Noblesse
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Pour les articles homonymes, voir Noblesse (homonymie).
Le terme noblesse peut désigner une qualité qui peut être morale ou institutionnelle,
et qui, dans le second cas, peut être détenue à titre personnel ou bien dynastique,
révocable ou héréditaire. Johann Wirn (de) distingue dès le XVII siècle la noblesse
e
morale de la noblesse politique.
Noblesse morale[modifier | modifier le code]
Articles détaillés : Morale, Responsabilité morale et Vertu.
La « noblesse morale » n'est ni un ordre social, ni une caste, ni un apanage, mais
une forme de responsabilité philanthropique, un comportement vertueux et généreux,
que tout homme de toute condition peut adopter selon sa vocation et
son éducation : Grégoire de Nazianze la divise en « trois genres ».
Le premier consiste à s'efforcer d'être et d'agir comme Dieu est censé l'attendre de
nous, le deuxième à se purifier en résistant à la possible corruption de notre nature
humaine, le troisième à cultiver et partager les dons et les savoirs que nous
possédons. Gilles-André de La Rocque écrit dans son Traité de la noblesse1 que
celle-ci ne donne point de droits mais bien des devoirs, dont un comportement
désintéressé dans les activités humaines ou sociales, sans rechercher
ni profit individuel, ni lucre, ni usure, ni prostitution, que ce soit dans la fonction
publique, la justice, les forces armées, l'administration, les arts libéraux… Quant à
la dignité, l'« honneur », il provient surtout de la défense des valeurs collectives, et
non de l'intérêt, de la dépense ou du défi, et il est antinomique d'une
attitude utilitaire ou vénale2.
Noblesse politique[modifier | modifier le code]
Articles détaillés : Stratification sociale et Société d'ordres.
Les trois ordres de la société
féodale : laboratores (travailleurs), oratores (prieurs) et bellatores (combattants).
Enluminure médiévale (British Library) : le clerc, le
guerrier et le producteur.
Du point de vue des sciences sociales, historiques et politiques, la notion de
« noblesse » renvoie généralement à une caste aristocratique souvent endogame, et
désigne alors la condition d'un groupe social distinct et hiérarchisé jouissant
de privilèges spécifiques. Dans la plupart des cultures, la noblesse remonte, non
comme lignées, mais comme caste de combattants, aux « fonctions tripartites indo-
européennes » (guerrière, religieuse et économique) décrites par Georges Dumézil à
propos des sociétés indo-européennes (mais qui existaient aussi ailleurs)3,4.
Histoire de la noblesse politique[modifier | modifier le code]
Articles détaillés : Société romaine, Cingulum, Nobilitas, Patriciat, Potestas, Noblesse
franque et Liste de titres byzantins.
L'anoblissement est apparu avec l'émergence des sociétés sédentaires et
organisées d'agriculteurs, d'éleveurs, de marchands et d'artisans ayant besoin de
défenseurs professionnels ayant les moyens de s'armer eux-mêmes et leurs
compagnons5. Il consiste à coopter une personne au rang des nobles en raison de
ses capacités à combattre et commander d'autres combattants, des mérites ainsi
acquis ou de sa fortune6. Dans cette noblesse politique, l'ancienneté (les « quartiers
de noblesse ») apparaîtra à Sébastien Le Prestre de Vauban comme « le premier
critère de dignité »7.
La « noblesse » institutionnelle d'un État (en général une monarchie, mais aussi
des républiques comme Rome ou Venise), ou d'une province de ce pays, regroupe
la minorité dominante d'un ensemble de familles détenant, le plus
souvent héréditairement, des fonctions
d'autorité militaire, politique, civile ou religieuse plus ou moins étendues, dans le
cadre d'un statut privilégié comprenant des exemptions (le plus souvent de taxes et
d'impôts) et des charges et emplois publics rémunérés (collecte des taxes et impôts,
administration des provinces, levée des armées, conduite des guerres…) dits
alors emplois nobles, ainsi que de sacerdoces réservés (lorsque ces fonctions sont
religieuses, comme chez les lévites ou les brahmanes, on ne parle pas de noblesse,
mais de caste sacerdotale).
Charles Fourier en 1822 représente seize castes et sous-castes sociales dont il
analyse le « courant ascendant » de sentiments d'envie et de haine, et le « courant
descendant » de sentiments de morgue et de mépris : « La noblesse de cour
méprise la non-présentée ; la noblesse d'épée méprise celle de robe : les seigneurs
à clocher méprisent les gentillâtres, tous les parvenus anoblis qui ne sont que
de 1er degré et qui dédaignent les castes bourgeoises. Dans la bourgeoisie nous
trouverions en 1re sous-caste la haute banque et la haute finance (no 5), méprisées
des nobles mais s'en consolant avec leurs coffre-forts, méprisant le gros marchand
et le bon propriétaire (no 6). Ceux-ci tout fiers de leur rang d'éligibles méprisent la
sous-caste qui n'a que rang d'électeur (no 7) qui elle, s'en dédommage en méprisant
la sous-caste des savants, les gens de loi et autres vivant de traitements ou casuels
ou petits domaines qui ne leur donnent pas l'entrée au corps électoral (no 8) ; enfin la
basse bourgeoisie (no 9), le petit marchand (no 10), le petit campagnard (no 11)
seraient bien offensées si on les comprenait dans le peuple dont elle méprise les
trois sous-castes (nos 12, 13, 14) et dont elle se pique d'éviter les manières, sans
même compter la pègre et les vagabonds (nos 15 et 16). Il règne entre toutes ces
castes des haines régulières c'est-à-dire que la no 9 hait la no 8 autant que celle-ci
hait la no 7, quoique chacune recherche la fréquentation du degré supérieur par
ambition et non par amitié »8.
La noblesse est donc une classe sociale que l'on rencontre dans la plupart des
sociétés sédentaires traditionnelles, dès lors que la fonction guerrière est distinguée
par les pouvoirs économiques et religieux (tripartition), comme chez les Romains ou
les Celtes avec la classe des chevaliers9. Les modalités d'entrée et de maintien dans
cette classe ont varié selon les époques et les pays, mêlant initiation, capacités et
hérédité. Elle se trouve à toutes les époques et dans de nombreux types de sociétés,
aussi bien antiques, comme en Grèce, que chez les peuples premiers, et
jusqu'aux États-nations modernes.
Dans la Grèce antique, il existait quatre termes qui, en grec ancien, servaient à
désigner les groupes humains : γένος / génos, « noble lignée » ; λάος / láos, « peuple
assemblé » ; δῆμος / dêmos, « ensemble des citoyens libres10 » et ἔθνος / éthnos, «
classe d'êtres d'origine commune ». Le pouvoir politique, le droit de propriété et les
privilèges ont progressivement diffusé, dans l'Athènes antique, de la première à la
deuxième et troisième catégories, tandis que les métèques relevaient de la
quatrième5 et les esclaves d'aucune, leur statut étant proche de celui du bétail11.
L'exemple le plus connu de noblesse grecque antique est celui des Eupatrides12.
Dans la Rome antique, les gens (familles au sens élargi) s'enorgueillissaient de
l'ancienneté de leurs lignées, qui n'était pas forcément biologique (génétique) en
raison de la pratique fréquente des adoptions, et qui ne connaissaient pas la
transmission héréditaire du pouvoir public. Il s'agissait surtout de la transmission
d'un nomen et d'un patrimoine. L'acquisition des pouvoirs publics était individuelle,
au fil du cursus honorum au service de la res publica (l'intérêt public) ou du princeps.
On obtenait un honor ou charge publique, soit par élection républicaine, soit par
nomination sénatoriale ou impériale13. Des homines novi, sans être « bien » nés,
pouvaient aussi être élus ou nommés à un honor élevé et ainsi devenir chef et
souche d'une nouvelle famille noble14.
Dans l'antiquité tardive, en Europe, la nobilitas de l'Empire romain est régie par les
codes de Théodose15 et de Justinien16. Après les grandes invasions, au haut Moyen
Âge, la nobilitas resta en vigueur dans l'Empire romain d'Orient (mégarchontes) et fut
en partie adoptée, mais aussi transformée, par les royaumes
germaniques en Occident17, par les slaves occidentaux et les hongrois en Europe
centrale, et par les États orthodoxes (grecs, slaves ou valaques) en Europe du Sud-
Est. L'éducation classique des jeunes nobles à la cour des rois comportait une
formation à la fois physique et intellectuelle leur permettant de faire carrière dans la
hiérarchie civile, militaire ou religieuse de leur royaume18.
Dans de nombreux pays, la noblesse a été abolie comme institution. En France, elle
a été supprimée sous la Révolution française en 1789, rétablie sous le Premier
Empire en 1802, et à nouveau supprimée sous la Troisième République en 1870 ;
les titres de noblesse, qui sont considérés comme un accessoire du nom, peuvent
toujours être officiellement enregistrés auprès du ministère de la Justice (afin d'être
transcrits à l'État civil). Dans les pays ayant été gouvernés par un parti unique se
réclamant du communisme, non seulement les titres et indicateurs de noblesse
furent abolis et les biens matériels nationalisés, mais les anciens nobles, considérés
comme « des exploiteurs, des parasites, des ennemis du peuple » finirent pour
beaucoup leurs existences dans les camps de travaux forcés comme ceux
du Goulag ou du Laogai, à moins qu'ils aient réussi à s'échapper et à s'exiler à temps
(cas de nombreux nobles russes à Paris, Londres et Berlin dans les années
1920). Dans leurs pays d'origine, les survivants ont perdu leur statut social et une
grande partie de leur mémoire familiale, car durant les longues années
de dictature (en moyenne un demi-siècle), faire valoir ce qui y était considéré comme
un « passé dont il faut faire table rase » (selon un couplet de l'Internationale) pouvait
entraîner des persécutions et conduire en camp de travail « rééducatif »19.
Après l'ouverture du rideau de fer et la chute des régimes communistes en Europe,
les descendants de ces survivants qui ont revendiqué la restitution de leurs biens
familiaux nationalisés ont, pour la plupart, échoué en raison de la complexité des
procédures, des preuves exigées et du coût des démarches judiciaires. Seules les
familles nobles les plus puissantes financièrement ont obtenu la restitution d'une
partie de leurs anciennes propriétés dans les pays, comme la République tchèque ou
la Roumanie, où la législation le permet : c'est le cas des héritiers de la famille
autrichienne Schwarzenberg qui a obtenu la restitution du château d'Orlík au sud
de Prague, et, en Transylvanie, des héritiers du comte hongrois Daniel Bánffy20,
des Habsbourg d'Autriche21 ou des Hohenzollern de Roumanie22,23.
Dans la mesure où les privilèges, titres et indicateurs ont été abolis, l'existence d'une
noblesse est compatible avec l'exercice de la démocratie, par exemple au Royaume-
Uni où elle a été conservée après la Glorieuse Révolution et ailleurs en Europe où
elle a perduré après les révolutions de 1848. Une pairie et des titres de
noblesse existent toujours légalement au XXI siècle dans plusieurs pays européens,
e
comme la Belgique, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède, l'Espagne, Saint-
Marin, le Luxembourg. Le pouvoir législatif est exercé en partie par
des représentants de la noblesse, comme c'était le cas au Royaume-Uni avec
la Chambre des lords jusqu'à la fin du XX siècle. Ce fut le cas aussi
e
en France au XIX siècle avec l'ancienne Chambre des pairs.
e
En droit international il n'y a pas de noblesse et il n'existe pas d'ordre de noblesse
international : la noblesse de chaque pays lui est donc spécifique, même si certains
types de noblesse peuvent être communs à plusieurs pays (à titre d'exemple
les barons, comtes, marquis, ducs, archiducs, princes sont globalement similaires
en Europe occidentale et centrale tandis que
les joupans, boyards, hospodars et voïvodes sont communs aux pays d'Europe
orientale). Il existe en revanche des ordres internationaux dont certains sont
initiatiques et qui, bien qu'usant de grades, de titres et de symboles, ne sont pas des
ordres de chevalerie ou de noblesse, car ils sont ouverts à tous
par cooptation (même si réunir tous les critères est ardu) et n'ont aucun caractère
héréditaire ou transmissible24,25.
Au XXI siècle, des titres de noblesse existent encore officiellement et continuent à
e
être décernés par les souverains des monarchies actuellesNote 1, au nombre de trois
en AfriqueNote 2, treize en AsieNote 3, dix en Europe (en ne comptant que les maisons
royales héréditaires)Note 4 et deux en OcéanieNote 5. On peut être noble par
l'hérédité (baron de Ceuninck, vicomte Montgomery), par la haute finance (baron
Empain ; baron Norman), par la politique (baronne Thatcher ; duc de Suárez), par
les arts (baron Gros ; marquis de Dali), par les sciences (baron Winston ; vicomte
Frimout) ou par les sports (baron Coe ; comte Rogge)26.
Noblesses par aires culturelles[modifier | modifier le code]
Afrique précoloniale[modifier | modifier le code]
Articles détaillés : Castes en Afrique, Castes au Mali et Titres de noblesse éthiopiens.
Le Ras Tafari Makonnen d'Éthiopie en 1923, futur empereur
Hailé Sélassié.
Les noblesses africaines les plus anciennement attestées, celles de l'Égypte
antique et de la Maurétanie, se sont progressivement fondues dans les élites
romaines avant d'être absorbées par l'islamisation de l'Afrique du Nord ; pour leur
part, les
noblesses nubienne, makurienne, nobadienne, alodienne, axoumite, zagouée et aby
ssine ont fini par former la noblesse éthiopienne (négus, ras, mesafint, mekwanent et
autres warashehs en amharique) elle-même dispersée ou massacrée par
la révolution éthiopienne ; enfin au Ghana et dans les autres monarchies sub-
sahariennes, les horons (mot mandé) ou touboungs (mot lounda) étaient hiérarchisés
en trois groupes principaux27,28,29 :
les massalen (haute noblesse) étaient au sommet de la hiérarchie, assurant la
royauté et le pouvoir territorial dans les provinces : c'étaient les ducs et comtes,
grands propriétaires terriens et de bétail, détenteurs des droits de chasse et
pêche qu'ils affermaient, qui avaient sous leurs ordres les chefs des différents
villages de leur province ;
les dimo, geer, rimbe ou tondjon (moyenne noblesse, militaires et chasseurs,
grands fermiers) ;
les mori (ou marabouts, à la fois sages, juges, prêtres, éducateurs, gardiens et
transmetteurs des mythes, des traditions et des connaissances comme
l'herboristerie et les pratiques thérapeutiques).
Avec l'islamisation et la colonisation ces noblesses ont perdu tout caractère officiel et
le mot marabout a changé de sens pour désigner de nos jours deux choses
différentes : soit, avec une connotation positive et flatteuse, un guide
religieux musulman, soit, avec une connotation négative et péjorative, un sorcier ou
un envoûteur auquel on prête des pouvoirs de voyance et de guérison ; parmi les
marabouts, certains sont des manipulateurs psychiques qui prétendent pouvoir,
moyennant finances, résoudre tout type de problème. Ces derniers, que les guides
religieux considèrent comme des charlatans, mêlent en un syncrétisme religieux qui
varie de l'un à l'autre, l'islam, l'animisme, le christianisme, le vaudou et diverses
formes de magie.
Au Rwanda et au Burundi, ce ne sont ni la langue ni la religion qui séparent
les tutsi des hutu, mais le statut : les premiers sont issus de la noblesse, les seconds
du peuple agriculteur ou artisan30.
Le prestige de la noblesse est encore très grand dans les sociétés africaines, et peut
compter en politique : à titre d’exemple, Nelson Mandela n'était pas seulement un
militant de l'ANC et un président de l'Afrique du Sud, mais aussi un prince Xhosa de
lignée royale Thembu, de son nom royal Rolihlahla Madiba31,32.
Amérique précolombienne[modifier | modifier le code]
Le Sapa Inca Túpac Amaru (1545-1572), dernier souverain
de Vilcabamba (Pérou).
Les conquistadors espagnols dénommèrent indifféremment « caciques » les
aristocrates des empires amérindiens (maya, aztèque, inca…) dont la hiérarchie était
aussi complexe qu'en Europe, mais moins cloisonnée et pas systématiquement
héréditaire. Le mot cacique désigne un noble en taïno, langue indigène
d'Hispaniola33: il est généralement traduit par « dignitaire » ou « seigneur » et chez
les Aztèques par exemple, les descendants des nobles, désignés
comme tecuhtli en nahuatl34 étaient nommés « pilli »35, terme équivalent à
l'espagnol « hidalgo » (« fils de quelqu'un »)36.
Ces nobles amérindiens pouvaient aussi bien être d'extraction relativement modeste
(par exemple, chez les Aztèques, les calpullec, des villages ou des quartiers de la
capitale), que des seigneurs de rang élevé (empereurs, rois des monarchies
subordonnées, gouverneurs des provinces, conseillers des monarques, juges
importants ou grands chefs militaires, par exemple
les apu, kuraka, qhapaq, tuqriquq et varayoks des Incas). Les nobles amérindiens
qui se sont opposés aux conquistadors ont disparu, mais ceux qui se sont ralliés à
eux et se sont convertis au catholicisme ont parfois pu s'intégrer à la petite noblesse
créole locale comme vizcondes ou caballeros37.
Brésil[modifier | modifier le code]
Au Brésil, c'est la maison d'Orléans-Bragance qui, durant son règne sur l'Empire
brésilien, décerna quelques titres de noblesse, non-reconnus en Europe38 où les
récipiendaires, de riches planteurs et éleveurs de bétail esclavagistes, furent
qualifiés de « rastaquouères »39,40.
L'impératrice douairière de Chine Cixi (Ts'eu-Hi) en 1902.
Chine[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Noblesse chinoise.
Incluant les souverains et les nobles proprement dits41, la noblesse chinoise a été un
élément important de l’organisation sociale et politique traditionnelle de la Chine
impériale. Les concepts de souverains héréditaires, de titres de noblesse et de
familles nobles apparaissent dès les débuts semi-mythiques de l'histoire de la
Chine puis, sous la dynastie Zhou un système structuré définissant la noblesse et les
nobles se met en place et perdure durant plus de deux millénaires suivants, avec
quelques modifications et ajouts dont le plus récent date de la dynastie Qing.
Un titre de noblesse peut être gagné ou perdu à titre posthume, l'élévation posthume
étant souvent utilisée comme un moyen d'exprimer sa considération envers le défunt.
Ainsi Guan Yu, qui vécut à la fin de la dynastie Han, portait de son vivant le titre
de marquis de Han Zhou (漢壽亭侯) et reçut à titre posthume le titre de duc de
Zhonghui (忠惠公). Sous la dynastie Yuan, Yiyong Wu'an Yingji portait le titre
de prince de Xianling (顯靈義勇武安英濟王), avant d'être littéralement « béatifié » et
élevé au rang d'empereur sous la dynastie Ming, où il devient le « saint empereur
Guan », le Grand dieu qui subjugue les démons des trois mondes et dont la grâce se
propage loin et se déplace dans le ciel (三界伏魔大神威遠震天尊關聖帝君). Dans la
culture populaire, il est révéré comme étant un Dieu de la prospérité, du commerce,
de la guerre et de la police42.
Ce système perdure jusqu'à la Révolution chinoise de 1911 qui met fin à l'empire
chinois. Toutefois la république de Chine permet à quelques familles nobles, ayant
soutenu le nouveau régime, de garder leurs titres et leurs dignités, mais tous perdent
leurs domaines et cela précipite leur déclin économique. Quant à la république
populaire de Chine mise en place en 1949, elle ne se contente pas d'abolir tous les
titres, prédicats et indicateurs de noblesse, mais cible l'aristocratie physiquement
dans le cadre de la lutte des classes, de sorte que tous ceux qui n'ont pas réussi à
fuir le pays sont, au mieux, détenus aux travaux forcés du Laogai et au pire
massacrés sur place, notamment pendant la révolution culturelle. De nos jours, seule
une poignée de personnes de la diaspora chinoise continue à revendiquer tel ou tel
titre de noblesse dans l'indifférence générale43.
Europe[modifier | modifier le code]
La noblesse européenne et la tradition de l'héraldique,
comme ici chez les pleurants, Louvre.
En Europe, chaque pays a ses propres traditions nobiliairesNote 6.
« Statue équestre » d'un chevalier en armure, sa monture
cabrée (ce qui suppose un cheval beaucoup plus musclé que les races actuelles).
Portrait de Pierre-Cardin Le Bret seigneur de Flacourt (1639-
1710) et de son fils Cardin Le Bret comte de Selles (1675-1734) : l'achat au roi de
France d'une fonction de justice (office) anoblit. Les Le Bret, parlementaires d'Aix-en-
Provence à la fin du XVII siècle.
e
La noblesse et son histoire
est étudiée dans des armoriaux, comme ici des Pays-Bas, contenant mariages avec
quartiers du XVIII siècle.
e
L'héritage romain[modifier | modifier le code]
En Europe occidentale, les royaumes germaniques copièrent plus ou moins le
système romain de délégation de la potestas44. Ainsi, des nobles germaniques purent
se voir confier, par les maiores natu ou « grands des peuples barbares », des
fonctions publiques ou honores, non héréditaires, comme dans la nobilitas romaine,
et ainsi entrer dans la militia principis en jurant obéissance « à la romaine »
(obsequium) au nouveau roi germanique. Par exemple, pour être mieux accepté et
obéi par ses sujets gallo-romains, largement majoritaires dans son royaume, le
souverain franc Chlodwig (Clovis) conserva le droit romain pour les Romains et pour
les chrétiens45, incita ses « grands » à entrer dans ce système et finit par renoncer à
sa religion germanique pour adopter lui-même le christianisme46.
L'osmose germano-romaine en Occident a été freinée par la division
du christianisme entre ariens (variante initialement adoptée par une grande part de la
noblesse germanique) et nicéens (variante adoptée par les autochtones romainsNote
7,47
) mais facilitée par certaines similarités entre noblesses romaines
et germaniquesNote 8.
Dans la féodalité européenne, le noble, vassal de son suzerain et qui a les
ressources économiques pour disposer de montures, d'armes d'hast, d'estoc et de
taille, d'armures, d'écus, de tentes, d'écuyers et de goujats (responsables des
bagages), se bat à cheval et est astreint à des règles de combat spécifiques.
L'homme du peuple, moins bien armé et cuirassé, se bat à pied dans l'infanterie,
en fantassin, en archer ou en frondeur, appelé « piéton ». À la fin du Moyen Âge, les
innovations technologiques et notamment les armes à feu rendent obsolète le
combat à cheval en armure lourde, tandis que le besoin de main-d'œuvre agricole et
la professionnalisation des métiers d'armes favorise l'usage des mercenaires dans
l'infanterie. Cela n'empêchera pas la mythologie associée à la chevalerie de persister
jusqu'à la période romantique, au XIX siècle48.
e
La noblesse occidentale dans la culture[modifier | modifier le code]
Dans la culture occidentale, l'expression métaphorique de « sang bleu » pour les
nobles n'apparaît qu'au XIX siècle : du XVI au XVIII siècle, l'expression en France est
e e e
celle de « sang clair », « sang pur » ou « sang épuré », mythe racial qui s'épanouit à
la fin du règne de Louis XV, correspondant à une réaction nobiliaire face à
l'affaiblissement du pouvoir politique de la noblesse d'extraction face à
la bourgeoisie et à la noblesse de robe et à une réception de l'œuvre
de Boulainvilliers qui reprend la théorie germaniste des « deux races » (la race
supérieure, franque ou germanique, en lutte contre la race inférieure des Gaulois ou
Gallo-Romains)49. L'expression française provient de l'espagnol « sangre azul »
désignant la noblesse chrétienne actrice de la reconquista, peut-être en référence à
l'archétype du héros princier moralement noble, à l'âme pure comme le ciel bleu
sans nuages, appelé en Espagne Principe azul50. D'autres hypothèses sont
proposées pour expliquer cette référence à la couleur bleue : pâleur de la peau des
nobles restant à l'abri du soleil et qui les différencie du peuple laborieux des villes et
des campagnes à la peau burinée par le soleil et le grand air (les vaisseaux
sanguins des aristocrates transparaissant dans une teinte bleuâtre à travers le filtre
de la peau) ; association au statut de la Vierge Marie, patronne principale de la
France, et dont le bleu est la couleur exclusive et « noble » pour peindre le manteau
sur ses représentations artistiques (« noble » dans le sens où l'utilisation de
pigments bleus pour honorer la Vierge fait appel à un ingrédient extrêmement cher,
le lapis-lazuli)51…
Albrecht Dürer, Le Chevalier, la Mort et le Diable, 1513.
Cette gravure a donné lieu à de multiples interprétations au cours des siècles.
Au XX siècle, une noblesse fictive est mise en scène
e
à travers les œuvres de J. R. R. Tolkien ou de Walt Disney (ici le Château de la Belle
au bois dormant à Disneyland, Anaheim, Californie).
Articles détaillés : Occident chrétien, chanson de geste, Légende arthurienne, roman
de chevalerie et romantisme.
Karl Ferdinand Werner décrit plusieurs mythes concernant la noblesse et le Moyen
Age en général :
la noblesse occidentale descendrait essentiellement de la noblesse germanique
tandis que la militas romaine aurait disparu au Haut Moyen Age : Werner soutient
au contraire que la chevalerie européenne est l'héritière de la militas romaine. Il
n'y a pas eut de remplacement des élites romaines par les élites germaniques
mais une fusion des deux, tandis que les élites germaniques adoptaient les
formes et les institutions romaines52
La noblesse aurait usurpé et privatisé les droits de la puissance publique,
conduisant à "l'anarchie féodale". Werner affirme au contraire que l'idée que les
droits de la noblesse relèvent du droit privé, issue de la logique des États de
droit modernes qui proscrivent la personnalisation de l'espace public, serait
anachronique53. De même Werner récuse l'idée qu’il n'y aurait plus eu
d'administration civile et laïque efficace à l'époque féodale54. En fait, beaucoup de
nobles surveillaient de près et administraient soigneusement, directement ou
par régisseurs ou fermiers interposés, les populations qui assuraient leur
prospérité55.
Werner cite également plusieurs avantages et apports positifs de la noblesse à la
civilisation européenne :
Selon cet auteur, les nobles étaient élevés avec l’idée qu’ils étaient nés pour
servir le prince, mais aussi son seigneur, Dieu de qui vient toute autorité et tout
idéal de justice. Dans l’idéal, c’était gouverner les hommes, les protéger, les
juger, les aider, plus particulièrement les faibles et les pauvres, les veuves et les
orphelins, protéger le clergé, les moines, conformément à l'idéal chrétien. De
nombreuses fois, les nobles ignorèrent leurs obligations, mais, bien souvent, il les
respectèrent ou firent amende honorable, voire pénitence et cherchèrent à
réparer leurs torts56.
la noblesse a développé en son sein la culture courtoise bénéficiant à la femme ;
"avec le culte de la Vierge Marie", affirme Werner, "le miles a découvert la dignité
de la femme, représentée dans ce monde par l’épouse du seigneur, la dame, à
laquelle il pouvait avoir le privilège de vouer son service. S'est ainsi développée
la civilisation courtoise, avec la poésie des cours princières et des tournois dont
les dames étaient les vrais juges. Toute une culture du respect de la femme et de
la galanterie en est issue ; la femme, qu’elle soit noble ou bourgeoise, devait
avoir pas sur les hommes, le plus grand respect étant acquis aux dames âgées et
cultivées. Cette culture présupposait des hommes éduqués dans les normes
« chevaleresques », celles du "cavalier" à la Cour"57.
Sayajirao Gaekwad III, maharaja de l'État indien du Baroda.
Inde[modifier | modifier le code]
Parmi les varṇas (castes) de l'Inde, aujourd'hui sans existence légale58 mais toujours
très présentes dans la structure sociale59, ce sont les plus minoritaires :
les brahmanes ou prêtres et, parmi les kshatriyas ou guerriers,
les lignées de rājans ou rājahs (ou seigneurs, particulièrement les maharājahs ou
souverains), qui constituaient la noblesse60. Ce sysème a diffusé, en même temps
que l’hindouisme, en Indochine, Malaisie et Indonésie61. Lorsque l’hindouisme a été
supplanté par le bouddhisme ou l’islam, les rājahs ont perduré comme maîtres de la
terre, et les maharājahs comme rois bouddhistes ou sultans malais.
Indonésie[modifier | modifier le code]
Articles détaillés : Noblesse indonésienne et Titres de noblesse indonésiens.
Un regent javanais et sa famille (1888).
Bien que l'Indonésie soit aujourd'hui une république, on y trouve encore de
nombreuses cours royales et princières dont les membres forment une noblesse de
sang qui n'a plus de privilèges mais conserve ses titres. Les chefs de
ces maisons ont encore un rôle symbolique et rituel. Il existe en outre des rites par
lesquels on accorde une distinction nobiliaire à des personnes. Enfin, à Java, les
descendants d'une noblesse de robe créée au XVII siècle par le Sultan
e
Agung du royaume de Mataram, les priyayi, sont souvent reconnaissables à
leur nom de famille, alors que ce dernier n'est pas encore une institution répandue
pour la grande majorité des Indonésiens62.
Japon[modifier | modifier le code]
Un daimyo japonais en visite d'État.
Fukuzawa Yukichi, samouraï de rang médiocre et grand
intellectuel japonais, photographié en Allemagne ; les armoiries de son clan figurent
sur son habit.
Source de ce sous-chapitre63. Jusqu'en 1869, la noblesse japonaise (kuge) était
structurée sur le modèle chinois, et basée sur la possession de grands domaines
dont les habitants étaient des serfs (auxquels pouvaient s'ajouter les esclaves des
grands propriétaires daimyo : on pouvait devenir esclave pour dettes, comme
punition à la suite d'un jugement, ou comme prisonnier de guerre si on n'était pas
mort les armes à la main car dans les trois cas on était déshonoré et on cessait
d'être une personne pour devenir une « chose » (hinin 非人).
Initialement, ce qu'on appelle, stricto sensu, noblesse japonaise (kuge) s'est articulée
autour du souverain impérial, d'où procédaient tous les honneurs, apanages et
charges décernés aux clans de courtisans (uji) comme les Fujiwara ou Mononobe),
dont nombre d'origine coréenne (Soga). Les chefs de ces clans portaient des titres
hiérarchisés ou kabane. Parallèlement, dès le VII siècle, s'est constituée une
e
noblesse de service qui a peu à peu accaparé la réalité du pouvoir, sans jamais
éliminer les kuge, les samouraïNote 9. Cette classe, sans équivalent en EuropeNote 10, s'est
rapidement fédérée autour de descendants de princes impériaux (les Heike et
les Genji), puis des shoguns. Ses principaux chefs, politiques et gouverneurs
régionaux (les daimyoNote 11 et les shomyoNote 12) ont été graduellement admis au sein
des kuge (d'autant plus qu'ils en procédaient le plus souvent)Note 13. Dans l'ensemble,
les samouraï ont fourni au Japon shogounal la plupart de ses cadres, de ses
militaires et de ses fonctionnaires, surtout provinciaux. Les chefs héréditaires de
sectes ou de temples étaient généralement d'origine samouraï et classés comme
tels.
Lors de la période Meiji (1868), le nouveau gouvernement institua une nouvelle
noblesse, ou kazoku (華族?, littéralement « ascendance fleurie »), inspirée du
système français (napoléonien) et anglais. Elle fut abolie à la fin de la Seconde
Guerre mondiale. Les bénéficiaires furent surtout des politiques (prince Itō Hirobumi,
artisan de la colonisation japonaise de la Corée), des hauts fonctionnaires et des
hommes d'affaires (baron Iwasaki Yatarô, fondateur du groupe Mitsubishi). Hormis
les Tokugawa, la distribution des titres de kazoku pour les
anciens daimyos dépendait du revenu en riz de ces seigneurs féodaux : ceux qui
percevaient plus de 150 000 koku devinrent marquis, ceux qui percevaient plus de
50 000 koku devinrent comtes, etc. L'ancien shogun, Tokugawa Yoshinobu, devint
prince, les chefs des branches primaires de la famille Tokugawa (shimpan daimyō)
devinrent marquis et les chefs des branches secondaires devinrent comtes. Ainsi,
la kuge (la noblesse de la cour impériale de Kyoto) et les daimyo (les seigneurs
féodaux) fusionnèrent en une seule classe aristocratique. Itō Hirobumi, un des
acteurs de la restauration de Meiji et plus tard l'un des auteurs de la Constitution de
1889, destinait le kazoku à servir de rempart pour l'empereur et l'institution impériale
rénovée, qui élargit le statut de kazoku aux personnes ayant brillamment servi la
couronne.
Article détaillé : Kazoku.
En 1884, le gouvernement divisa le kazoku en cinq rangs explicitement basés sur
la pairie de Grande-Bretagne. Ce système utilise des titres dérivés des anciens titres
de noblesse d'avant 1864 qui, eux aussi, sont au nombre de cinq :
prince ou duc (公爵, kōshaku?)
marquis (侯爵, kōshaku?)
comte (伯爵, hakushaku?)
vicomte (子爵, shishaku?)
baron (男爵, danshaku?)64
La Constitution actuelle du Japon, datant de 1947, abolit la kazoku et les titres,
prédicats et indicateurs de noblesse en dehors de la famille impériale. En revanche,
elle ne priva pas la kazoku de ses biens, de sorte que ses membres conservèrent
leur assise économique et qu'au XXI siècle encore, les descendants des anciennes
e
familles nobles continuent à occuper des postes de première importance dans
la société et l'industrie65.
L'empire du Japon actuelNote 14, État démocratique, ne reconnaît de noblesse que pour
le seul noyau de la famille impériale, c'est-à-dire le tennō, ses oncles et tantes par
les hommes, ses frères et sœurs, leurs enfants et les siens.
Au XXI siècle, 4 710 blasons (mons, originaux et variantes incluses) existent au
e
Japon66.
Perse[modifier | modifier le code]
En Perse impériale on différenciait deux catégories de nobles : ashrâfiyyat-e
divâni et ashrâfiyyat-e lashgari, qui correspondaient plus ou moins à la distinction
entre la noblesse de robe et celle d'épée. Sous les Arsacides, la noblesse du premier
rang se définissait par la parenté (la filiation ou la germanité) avec la personne
du Shah. Ainsi, les membres de Mehestan (nom hérité du Sénat iranien sous
l'Empire parthe) étaient nommés parmi les princes de sang qui de ce fait
appartenaient au plus haut rang de la noblesse. Avec l'avènement de la dynastie
Pahlavi en 1924, Reza Shah fit voter une série de lois portant l'abolition de tous
les privilèges et titres de la noblesse, comme Mirza (persan ميرزا,
transcrit mourza, murza ou morza et fréquemment pris pour un patronyme dans les
sources secondaires)67. L'usage de Mirza par courtoisie a néanmoins perduré jusqu'à
la révolution iranienne en 1979 et existe encore dans la diaspora iranienne68.
Portrait d’un mourza par Vassili Sourikov, 1873.
Peuples cavaliers des steppes[modifier | modifier le code]
Initialement chamaniste ou tengriste, la noblesse des peuples cavaliers de la steppe
eurasienne (Scythes, Sarmates, Huns, Avars, proto-Bulgares, Alains, Khazars, Magy
ars, Pétchénègues, Polovtses (Coumans), Mongols, Tatars…)69 comprenait plusieurs
rangs : à partir du VII siècle apparaissent les titres de khan (« souverain »)
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d'origine turco-mongole, de boïla (бꙑлꙗ, « noble ») d'origine bulgare70 et
de mirza (« prince », d'origine perse)71.
Ces titres identifiaient les aristocrates des khanats proto-bulgares de la mer
Noire (steppe pontique), de la Volga et du Danube, ainsi que ceux des
khanats turcophones de Qazan, d'Astrakhan, de Ferghana, de Khiva ou
de Boukhara, mais aussi les princes circassiens absorbés par les tatars, les nobles
polovtses et tatars absorbés par les principautés russes ou roumaines ainsi que
l'aristocratie des pays balkaniques d'avant la christianisation par l'église byzantine ou
d'avant la conquête turque et l'islamisation72.
Ce qui subsistait de cette « noblesse des steppes » au début du XX siècle disparaît
e
ou émigre en Occident après la révolution d'Octobre de 1917 en Russie, après
l'abolition de l'Empire ottoman remplacé par la république de Turquie en 1923 et
après l'avènement des gouvernements communistes en Europe centrale et
orientale à partir de 194573.
L’Ariki nui Pori Makea, roi polynésien
de Teauotonga à Rarotonga en 1833, portant son ta’iri (éventail équivalent d'un
sceptre).
Polynésie[modifier | modifier le code]
En Polynésie, un ariki est un guerrier, et le chef des guerriers, l’ariki nui (littéralement
« grand guerrier ») est le chef tribal, souvent assimilé à un roi, au statut
généralement semi-héréditaire. Aux îles Marquises par exemple, la société
comprenait cinq classes : les familles nobles hakaiki parmi lesquelles chaque tribu
avait sa lignée royale héréditaire (hérédité pas forcément patrilinéaire), les taua ou
prêtres, les kaïoï ou clans libres ordinaires (chacun ayant ses propres affiliations
initiatiques totémiques), les tuhuna (artisans, artistes, conteurs) et les kikino (serfs et
serviteurs, pouvant être des captifs de guerre ou des personnes punies pour avoir
enfreint des tabous ou pour dettes)74. À partir du XVIII siècle, la christianisation et
e
l'européanisation des institutions aboutit à la création des monarchies d'Hawaii,
de Bora Bora, de Raiatea et de Tahiti, autour de dynasties comme celles de Kame
ha Meha à Hawaii ou de Pōmare à Tahiti75.
Ces états ne résistèrent que quelques décennies aux protectorats imposés par
les puisances coloniales, mais aux Tonga, des titres de noblesse furent conférés à
des grands chefs traditionnels lors de la fondation du royaume des Tonga en tant
qu'État d'inspiration occidentale, au XIX siècle, posant ainsi les fondements
e
d'une noblesse tongienne qui dispose jusqu'à ce jour d'un grand prestige, ainsi que
de prérogatives politiques76. À Wallis-et-Futuna, le protectorat français ne destitua
pas les lavelua (souverains), assistés de kivalu (ministres) et
de faipule (gouverneurs), de sorte qu'aujourd'hui ce territoire français d'outre
mer n'est pas républicain mais triplement monarchique avec les trois royaumes
coutumiers d'Alo, Sigave et Uvea, reconnus et représentés à l'assemblée
territoriale77.