Sommeil partagé et allaitement : recommandations
Sommeil partagé et allaitement : recommandations
L’un des principaux objectifs de l’Academy of Breastfeeding Medicine est le développement de protocoles clini-
ques portant sur le suivi de problèmes médicaux courants pouvant avoir un impact sur le succès de l’allaitement.
Ces protocoles sont destinés uniquement à servir de recommandations pour le suivi des mères allaitantes et de leurs
enfants, et ne constituent pas un mode exclusif de traitement ou un standard pour les soins médicaux. Des
variations dans le traitement pourront être appropriées en fonction des besoins individuels du patient.
Objectif
Le partage du lit parental favorise le démarrage de l’allaitement (1), augmente sa durée (2-7) et son exclusivité (7,
8). Les organisations médicales et de santé publique de certains pays déconseillent le partage du lit parental en
raison d’une augmentation du risque de décès de l’enfant (9, 10). Toutefois, ce partage pourrait augmenter le risque
uniquement dans certaines circonstances, comme cela a été constaté par une étude épidémiologique (11, Table 1).
Notre objectif est de faire le point sur les données disponibles sur les bénéfices et les risques du partage du lit
parental, et de proposer des recommandations scientifiquement fondées qui favorisent la santé maternelle et
infantile via une augmentation de la durée de l’allaitement (12). Les recommandations de ce protocole s’appliquent
aux dyades mère-enfant qui ont commencé l’allaitement, dans le cadre du domicile parental, et ne s’appliquent pas
aux services hospitaliers ou aux centres de naissance.
Sommaire
Le niveau des preuves (1-5) d’après le Oxford Centre for Evidence-Based Medicine (13) est donné entre
parenthèses et il est fondé sur les citations qui sont données plus bas dans le matériel de soutien. Voir cette rubrique
pour les définitions des concepts de « sommeil dans le lit parental », « MSIN » et « sommeil séparé » utilisées dans
ce protocole, ainsi que la définition pour le « dorm’allaitement ».
Globalement, les études menées sur le partage du lit parental et l’allaitement montrent que la proximité nocturne
favorise une plus longue durée d’allaitement exclusif et une plus longue durée totale d’allaitement (2, 4, 14 ; niveau
2-3). Des informations sur le partage du lit parental dans de bonnes conditions de sécurité devraient être incluses
dans les recommandations pour le suivi de la grossesse et du post-partum (15-19). Les données existantes ne
permettent pas de conclure que le partage du lit parental par les enfants allaités (le dorm’allaitement) favorise la
mort subite inexpliquée du nourrisson (MSIN) en l’absence d’autres facteurs de risque connus (11 ; niveau 3 ; voir
Table 1). Des études plus vastes incluant un groupe témoin adéquat sont nécessaires pour mieux comprendre les
relations entre le partage du lit parental et les décès infantiles en l’absence d’autres facteurs de risque à différents
âges (20 ; niveau 2-3), et il est nécessaire de peser ces risques par rapport aux conséquences du sommeil séparé. Ce
dernier présente en effet des risques (y compris en cas de sommeil dans la chambre parentale) qui incluent le risque
d’un sevrage précoce, le risque d’une baisse de la production lactée en raison des tétées moins fréquentes pendant
la nuit, et un partage du lit parental non intentionnel (5, 21, 22 ; niveau 1-3). Les recommandations concernant le
partage du lit parental doivent prendre en compte les connaissances, convictions et préférences de la mère, et
reconnaître tant ses bénéfices que ses risques (23, 24 ; niveau 5).
Recommandations
Toutes les familles devraient être informées sur les pratiques sûres de sommeil.
La Table 2 résume les conseils en la matière par ordre d’importance à partir du degré de fiabilité des preuves. De
plus, nous faisons les recommandations suivantes :
1 Centre for Academic Child Health, University of Bristol, Bristol, United Kingdom. 2 Infancy and Sleep Centre, Department of Anthropology, Durham University, Durham, United Kingdom. 3 Department of
Anthropology, Santa Clara University, Santa Clara, California. 4 Mother-Baby Sleep Lab, Department of Anthropology, University of Notre Dame, South Bend, Indiana. 5 Department of Pediatrics, Division of
Adolescent Medicine, Cooper Medical School of Rowan University, Camden, New Jersey. 6 Department of Pediatrics, University of Connecticut School of Medicine, Farmington, Connecticut. 7 Connecticut
Children’s Medical Center, Division of Neonatology, Hartford, Connecticut. 8 Department of Medicine, Cambridge Health Alliance and Harvard Medical School, Cambridge Massachusetts.
TABLE 1. FACTEURS ET CIRCONSTANCES A RISQUE PENDANT LE 1. Les professionnels de santé devraient discuter avec
PARTAGE DU LIT PARENTAL
TOUS les parents en posant des questions ouvertes sur
Ce sont des facteurs qui augmentent le risque de MSIN et la sécurité du partage du lit parental dans la mesure où
d’accidents fatals pendant le sommeil, soit seuls, soit combinés
avec le partage du lit parental (11, 26, 41, 42).
celui-ci a de fortes chances d’être pratiqué de façon
• Sommeil sur un canapé avec un adulte qui dort (partage volontaire ou non intentionnelle (25 ; niveau 4). Ces
d’un canapé) discussions devraient débuter dès le début du suivi
• Enfant dormant près d’un adulte dont l’état est altéré par 2. prénatal, se poursuivre régulièrement pendant la petite
l’alcoola ou les drogues enfance, et inclure le plus grand nombre possible des
• Enfant dormant près d’un adulte qui fume
personnes qui s’occuperont du bébé. Les questions
• Enfant placé pour dormir sur le ventre
• Enfant n’ayant jamais été allaité
ouvertes qui se sont avérées utiles pour démarrer cette
• Partage d’un fauteuil avec un adulte endormi discussion incluent :
• Sommeil sur un lit mou a. Quels sont vos plans concernant l’endroit où votre
• Enfant prématuré ou de petit poids de naissance bébé va dormir ?
a
Le volume d’alcool induisant une altération de l’état est abordé dans le texte. b. Que pensez-vous de cette zone de sommeil ?
MSIN : mort subite inexpliquée du nourrisson
c. Est-ce que votre bébé pourra se retrouver dans votre
lit avec vous ?
3. Rechercher les familles à risque de MSIN pendant le partage du lit parental : prématurés (26, 27 ; niveau 2 et
3), enfants exposés au tabagisme maternel pendant la grossesse (28, 29, 30 ; niveau 1, 4 et 5), autre personne
fumeuse au domicile (28, 11, 31, 32 ; niveau 1, 3, 4 et 4), consommation d’alcool (11, niveau 3) ou de drogues
par une personne vivant avec l’enfant, qui pourra donc avoir à s’en occuper et qui pourra s’endormir avec lui.
4. Des informations et des conseils sur le partage du lit parental devraient être données même aux parents chez
qui cette pratique doit être déconseillée (familles dans lesquelles elle est à risque) car il faut partir du principe
que les parents pourront s’endormir avec leur enfant dans leur lit, même de façon non intentionnelle (33 ;
niveau 1). Voir la Table 3 pour les stratégies permettant de limiter les risques.
a. Ces discussions peuvent inclure les moyens de rendre la zone de sommeil aussi sûre que possible et
montrer comment limiter l’impact des facteurs de risque même si cela ne les élimine pas (voir Table 2).
b. Par exemple, si un des parents est fumeur, on pourra discuter de l’allaitement, de la position de sommeil, de
la surface de sommeil, du matériel de couchage et de l’endroit où le bébé fait ses siestes seul.
2
médecin fondée sur la confiance, nécessaire pour que TABLE 3. STRATEGIES DE MINIMISATION DU RISQUE POUR LES
FAMILLES CHEZ QUI LE PARTAGE DU LIT PARENTAL EST A HAUT
les patients soient sincères et que les conseils soient
RISQUE
efficaces (10 ; niveau 5). • Augmenter la promotion et le soutien à l’allaitement (12,
42, 52, niveau 1 ; 52, niveau 3.
Recommandations de politique publique • Référer à une consultation de soutien à l’arrêt du tabagisme
et de la consommation d’alcool et/ou de drogues (28, niveau
Des interventions sociétales structurelles sont essentielles, 1 ; 11, niveau 3).
quels que soient les conseils en matière d’arrangements de • Augmenter la répétition de messages multimodaux
concernant les risques du co-sommeil sur un canapé, le
sommeil. Dans la mesure où de nombreux parents auront des partage du lit parental en présence d’autres facteurs de
contacts limités avec le système de santé (33), recommander risque, incluant le sommeil avec un adulte dont le
des améliorations structurelles est capital. Les responsables comportement est altéré ou le tabagisme. L’envoi de
politiques devraient évaluer les stratégies suivantes, messages téléphoniques et d’e-mails incluant des vidéos ou
susceptibles d’abaisser la mortalité infantile : l’utlisation des réseaux sociaux pourra être utile si les
parents peuvent y accéder (34, 53, 54, niveau 2).
1. Augmenter le prix du tabac, une stratégie qui diminue • L’utilisation d’un berceau en side-car ou d’un couffin posé
immédiatement et significativement la mortalité sur le lit parental (wahakura, Pēpi-Pod®) peut être
infantile en Europe (37 ; niveau 5). envisagée (1, 55, niveau 2).
2. Mettre fin aux biais ethniques du système de santé qui • Souligner l’importance du sommeil de l’enfant dans la
sabotent l’allaitement et augmentent les risques pour la chambre parentale lorsque le partage du lit parental ne peut
pas être fait dans de bonnes conditions de sécurité.
santé des mères et des enfants (38, 39, 40 ; niveau 2, 2 et • Prendre en compte l’importance de l’implication du conjoint
3). et des autres personnes responsables des soins à l’enfant
3. Plaider pour l’allocation de fonds et de ressources sur pendant les périodes de sommeil.
les facteurs de risque de décès infantile lié au sommeil
par rapport aux données scientifiquement fondées sur le niveau de risque.
La mort inattendue du nourrisson (MIN – SUDI) est un terme génétique utilisé pour tous les décès inattendus chez
les jeunes enfants, qu’ils soient inexpliqués (codés comme R95 ou R99) ou qu’une cause soit finalement
pleinement établie.
Mesure approximative de la MSIN. Pour favoriser les comparaisons entre les données de ce protocole et celles
utilisées à l’échelle internationale, nous regroupons sous l’acronyme MSIN (ou MIN) les décès codés comme R95,
R99 et W75 (57). Nous reconnaissons en cela les difficultés diagnostiques pointées par Taylor et al (58) et Shapiro-
Menzoda et al (59) ces dernières années, qui font que certains pathologistes et médecins légistes semblent hésiter à
qualifier un décès de MSIN (R95) car ce diagnostic suppose l’exclusion de toute autre cause de décès. En
conséquence, l’utilisation des codes R99 ou W75 est préférée même en l’absence de preuves incomplètes ou faibles
que l’écrasement de l’enfant (étouffement accidentel) pourrait être la cause du décès. Le glissement du diagnostic
vers l’ASSB (W75) est plus courant aux États-Unis qu’au Royaume-Uni (60).
Le partage du lit parental est défini comme le sommeil de l’enfant dans un lit d’adulte et avec un adulte, à savoir
dans ce protocole le sommeil de l’enfant près d’une personne qui s’occupe de lui, le plus souvent sa mère. Le lit
peut être un matelas ou un futon avec un niveau variable de fermeté en fonction des matériaux qui le constituent.
Le co-sommeil inclut à la fois le sommeil sur la même surface et le sommeil à proximité mais pas sur une même
surface de sommeil. Par souci de clarté, le terme co-sommeil n’est pas utilisé dans ce protocole.
Sommeil séparé versus sommeil solitaire : nous utilisons l’expression « sommeil séparé » pour qualifier le partage
de la chambre parentale sans partage du lit parental, tandis que l’expression « sommeil solitaire » qualifie le
sommeil de l’enfant dans une autre pièce que la chambre parentale.
3
Fig. 2. Taux d’allaitement suivant que l’enfant dort ou
non dans le lit parental entre 1 et 13 semaines
(Ball et al, 2016)
Taux d’allaitement
Fig. 1. Position en C ou « mère enroulée autour du bébé ». Les
mères qui dorm’allaitent adoptent une position caractéristique et
protectrice de sommeil et créent avec leur corps un espace sûr de Ne dort pas Dort
sommeil pour leur bébé qui dort contre elles. Le bras de la mère est
au dessus de la tête du bébé, ce qui lui évite d’être près de
l’oreiller, et ses genoux sont contre les pieds du bébé, ce qui lui
évite de descendre dans le lit. Le bébé est sur le dos sur un matelas
ferme pendant son sommeil, et près des seins de la mère pour y
accéder facilement. ®Baby Sleep Information Source, licensed for
use under Creative Commons, 2016. Color images are available
online.
4
Lorsqu’une mère allaitante
dort avec son bébé, elle le
protège vis-à-vis de divers
facteurs potentiels de stress
physiologique incluant la
couverture des voies
aériennes supérieures ou
l’hyperthermie, et ce en
raison des caractéristiques
spécifiques de sommeil de
la dyade (mère enroulée
autour de son enfant, créant
avec son corps un espace
de sommeil) connues
comme la position en C
(48) ou la « curddle curb »
(enroulement en nid – Fig
1). Leur vigilance
continuelle, qui se
manifeste via des
microréveils fréquents,
favorise des réveils
Fig. 3. Berceau séparé (a), berceau en side-car (b), wahakura (c) et Pēpi-Pod® (d)
réguliers du bébé pendant
la nuit (21, 78-80). Dans 2 petites études ayant effectué des enregistrements vidéo, les mères qui n’avaient jamais
allaité manifestaient moins fréquemment ces comportements protecteurs (78, 81).
Par rapport aux enfants allaités qui dorment seuls, les enfants qui pratiquent le dorm’allaitement passent moins de
temps en sommeil de stade 3-4 (sommeil profond) et davantage de temps en sommeil de stade 1-2 (sommeil plus
léger), ce qui facilite un réveil rapide de l’enfant et la fin des épisodes d’apnée. Le temps supplémentaire consacré à
l’enfant pendant le dorm’allaitement par rapport au temps plus faible qui lui est consacré lorsque l’enfant dort
séparément peut avoir un impact sur les réponses épigénétiques au stress chez l’enfant, via l’impact éventuel des
soins maternels sur les réponses de régulation (82).
En dépit des décennies pendant lesquelles on a recommandé aux parents d’éviter le contact mère-enfant pendant le
sommeil, les chercheurs rapportent que pour n’importe quelle nuit, 20 à 25 % des parents aux États-Unis et en
Grande-Bretagne qui ont un bébé de < 3 mois prennent leur bébé dans leur lit pendant au moins certaines nuits (83,
84), et que > 40 % des parents vivant dans les pays occidentaux dans leur ensemble l’ont fait à un quelconque
moment des 3 premiers mois (83, 85-91). Ces pourcentages pourraient être sous-estimés en raison de la
stigmatisation du partage du lit parental, en particulier aux États-Unis. Les parents rapportent diverses raisons pour
prendre leur bébé dans leur lit, incluant des convictions culturelles ou religieuses fortement ancrées, une certaine
philosophie du parentage, le lien physiologique entre la lactation et les tétées nocturnes, ou une pulsion biologique
qui pousse le parent à vouloir absolument un contact étroit avec son enfant (25, 89, 92-94). Les parents expliquent
que dormir avec leur enfant rend le parentage nocturne plus simple, les aide à surveiller leur bébé, à le réconforter,
et leur permet aussi de mieux dormir (8, 25, 95). Parfois, les parents disent qu’ils n’ont pas d’autre endroit que leur
lit pour mettre leur bébé la nuit, ou qu’ils se sont endormis sans le vouloir avec leur bébé (25, 89, 96). D’autres
rapportent avoir débuté le partage du lit parental en cas de surdité de l’enfant ou de la mère, ou pour protéger
l’enfant de risques environnementaux (vermine, agressions, tremblement de terre…) ou vis-à-vis de la MSIN (97-
99).
Les mères allaitantes représentent le groupe le plus important de personnes pratiquant le partage du lit parental. Le
contact entre la mère et son enfant favorise les tétées nocturnes, et plusieurs études ont démontré que le partage du
lit parental était associé à des tétées nocturnes plus fréquentes (ce qui favorise une sécrétion lactée abondante) et à
une durée plus longue d’allaitement (2, 4, 14, 90 ; Fig 2). Les femmes qui sont les plus motivées pour allaiter en
période prénatale sont plus nombreuses à pratiquer le partage du lit parental (4), tandis que les femmes qui
souhaitaient allaiter mais qui ne prévoyaient pas au départ de prendre leur bébé dans leur lit finissent souvent par le
faire (8, 100). Si les mères allaitantes se réveillent plus souvent pour faire téter leur bébé, elles se réveillent pendant
des périodes plus courtes et se rendorment plus rapidement (79). Elles arrivent donc à dormir plus longtemps que
les mères qui ne pratiquent pas le partage du lit parental (14). Le partage du lit parental est une stratégie utilisée par
5
les mères allaitantes pour diminuer le coût physique et social du maternage, comme les interruptions de sommeil
(102). Une étude observationnelle a montré que, par rapport aux mères qui prennent leur bébé dans leur chambre
sans le prendre dans leur lit, les mères qui prennent leur bébé dans leur lit sont plus nombreuses à allaiter
exclusivement (RR ajusté : 2,46, intervalle de confiance à 95 % : 1,76-3,45) ou partiellement (RR ajusté : 1,75,
intervalle de confiance à 95 % : 1,33-2,31). En conséquence, recommander d’éviter le partage du lit parental peut
potentiellement empêcher la mère d’atteindre ses objectifs en matière d’allaitement (3, 8, 104, 105) et peut
augmenter le risque de sommeil dans de mauvaises conditions de sécurité comme le sommeil sur un canapé (106).
Bien que les mères puissent dormir séparées de leur enfant et allaiter exclusivement, la séparation implique une
fréquence plus basse de tétées nocturnes. Le nombre de tétées nocturnes et le temps passé au sein par l’enfant sont
2 à 3 fois plus élevés en cas de partage du lit parental qu’en cas de sommeil solitaire (6). Dans une étude
randomisée menée sur les facteurs corrélés au démarrage de l’allaitement (1), le nombre de tétées nocturnes était
plus de 2 fois plus bas pendant le séjour en maternité lorsque l’enfant dormait seul dans un berceau séparé du lit
maternel (Fig 3a) que lorsqu’il dormait dans un berceau attenant au lit maternel (Fig 3b) ou en cas de sommeil dans
le lit de la mère. Dans une étude menée sur une population où le taux d’allaitement est bas, conseiller aux parents
de prendre leur bébé dans leur chambre mais pas dans leur lit permettait d’obtenir une durée totale similaire
d’allaitement mais n’augmentait pas la durée de l’allaitement exclusif (22).
6
L’analyse combinée de 400 enfants décédés de MSIN et de 1 386 enfants constituant le groupe témoin, inclus dans
2 études anglaises, a constaté un taux 18 fois plus élevé de MSIN chez les enfants qui dormaient avec un adulte sur
un canapé, ou avec un adulte qui avaient consommé > 2 unités d’alcool (ce qui correspond à environ 440 ml de
bière, 175 ml de vin ou 50 ml d’alcool fort) sur 24 heures, le risque étant 4 fois plus élevé en cas de tabagisme
parental (11). En l’absence de facteurs de risque, le risque de MSIN n’était pas plus élevé chez les enfants dormant
dans le lit parental que chez les enfants qui n’y dormaient pas (sommeil dans la chambre parentale ou dans une
pièce séparée – RR : 1,08, IC à 95 % : 0,58-2,01). Lorsqu’on analysait séparément les données concernant les
enfants les plus jeunes (< 3 mois) par rapport aux enfants plus âgés, on constatait un risque plus élevé mais non
statistiquement significatif chez les enfants plus jeunes (RR : 1,6, IC à 95 % : 0,96-2,7) et un impact protecteur
significatif du partage du lit parental dans de bonnes conditions de sécurité chez les enfants plus âgés (RR : 0,08 ;
IC à 95% : 0,01-0,52). D’autres études, incluant davantage d’enfants et menées selon une méthodologie de qualité
élevée, seraient nécessaires pour évaluer l’impact en fonction de l’âge de l’enfant et des autres facteurs tels que la
consommation parentale de drogues, la position de sommeil de l’enfant ou le partage de la chambre parentale.
En revanche, dans une analyse combinée similaire, un risque 5 fois plus élevé était constaté chez les enfants les
plus jeunes en cas de partage du lit parental sans autres facteurs de risque (9). Toutefois, le groupe de référence
pour cette étude était composé de bébés de sexe féminin allaités et mis sur le dos pour dormir près du lit parental en
l’absence d’autres facteurs de risque, les parents étant non-fumeurs. Cela augmentait la différence de risque entre
les 2 groupes et rendait les résultats non généralisables et difficiles à interpréter, car tant les facteurs protecteurs
(détaillés dans le groupe de référence) que les facteurs de risque potentiels (partage du lit parental) étaient
quantifiés en même temps.
Des données limitées existent sur le partage du lit parental avec des personnes s’occupant de l’enfant autres que la
mère. Une seule étude menée dans la ville de Chicago (États-Unis) constatait une augmentation du risque de décès
en cas de partage du lit parental avec diverses personnes (autres enfants seuls ou avec un ou les deux parents, ou
personnes autres que les parents – 50), mais la relation de cause à effet n’est pas claire. Dans une étude écossaise,
on constatait une augmentation significative du risque lorsque l’enfant dormait entre les deux parents (51), mais
cette étude ne prenait pas en compte la consommation d’alcool ou d’autres drogues, ce qui est un problème dans la
mesure où la prévalence des épisodes de beuverie (consommation ponctuelle mais importante d’alcool) est élevée
en Grande-Bretagne (27,1% des personnes de > 15 ans) par rapport à d’autres pays industrialisés (110).
Epidémiologie de la MSIN
La MSIN est plus fréquente dans les communautés défavorisées (46, 107) ou marginalisées vivant dans les pays
développés, la prévalence la plus élevée au monde étant constatée aux États-Unis, chez les natifs américains ou
d’Alaska et chez les natifs africains, et dans d’autres pays chez les natifs canadiens, les Maoris en Nouvelle-
Zélande, les Aborigènes en Australie et les indigènes des
Partage du lit parental en tant que norme culturelle et MSIN
îles du détroit de Torres (33). Le partage du lit parental est
courant et culturellement valorisé dans ces communautés
marginalisées. Toutefois, de nombreuses populations chez
qui le taux de partage du lit parental est élevé ont également
un faible taux de MSIN (33, 111), comme les Suédois (33),
les Asiatiques et les Hispaniques vivant aux États-Unis (Fig
4). Ces observations contradictoires peuvent s’expliquer par
la présence ou l’absence de divers autres facteurs de risque
(33). La suffocation par le corps d’un parent est surtout
constatée dans des conditions de pauvreté, de racisme
structurel et de traumatismes historiques, ainsi qu’en
% PLP % MSIN (R95) / 1 000 naissances présence de facteurs tels que le tabagisme maternel
anténatal, la consommation d’alcool, la naissance
Fig. 4 Le partage du lit parental (de quelque durée que ce prématurée, un mauvais suivi prénatal et l’alimentation avec
soit) en tant que norme culturelle et le risque de MSIN. une préparation pour nourrissons. Aux États-Unis, moins de
Source: Taken from data from Bartick and Tomori, 2019. La la moitié des mères d’un enfant décédé de MSIN avaient
plupart des données sur la MSIN datent de 2014. Celles pour
l’Australie datent de 2008–2012, celles pour le Japon de
bénéficié d’un suivi prénatal correct (33), alors que les
2015, celles des Pays-Bas et de Suède sont de 2013. Le relations entre ce suivi et le risque de MSIN ont été
terme Aborigène se réfère aux Aborigènes d’Australie et des démontré par des études (112, 113). Le racisme structurel
Iles du Détroit de Torres. MSIN : mort subite inexpliquée du joue également un rôle. Les bébés afro-américains sont plus
nourrisson. nombreux à recevoir des suppléments de préparation pour
7
Fig. 5. Evolution du taux de MSIN et
de MSN aux États-Unis (1990-2015).
Source : Centers for Disease Control
and Prevention/National Center for
Health Statistics (CDC/NCHS),
National Vital Statistics System,
Compressed Mortality File.
MSIN (SUID) : mort subite
inexpliquée du nourrisson.
MSN : mort subite du nourrisson
Causes inconnues
Suffocation ou strangulation
accidentelle dans le lit
nourrissons en maternité sans indication médicale (38, 39), ce qui sape l’allaitement. La discrimination raciale que
subissent les Maoris, les Aborigènes et les autres minorités de la part des professionnels de santé et de la société est
corrélée à une large gamme de conséquences négatives sur la santé en Nouvelle-Zélande et en Australie (40, 134).
8
hispanique (87, 91). Dans une étude sur l’impact d’une campagne contre le partage du lit parental auprès de
familles à risque (119), le taux de partage du lit parental était similaire dans le groupe témoin et le groupe
intervention, et le partage du lit parental pendant les 6 premiers mois avait augmenté dans les deux groupes. Le
taux d’allaitement n’avait pas baissé, probablement parce que le taux de partage du lit parental n’avait pas bougé
(22). Si l’on prend en compte le glissement du diagnostic, le taux approximatif de MSIN (R95 + R99 + W75) aux
États-Unis avec une politique du « strictement pas de partage du lit parental » reste presque inchangé (Fig 6). En
Grande-Bretagne, où les parents sont informés sur les pratiques optimales de partage du lit parental, le taux de
MSIN a baissé pendant les 10 dernières années (Fig 6). À noter toutefois que divers facteurs autres que le partage
du lit parental peuvent jouer un rôle dans ce taux de mortalité.
Les stratégies de minimisation du risque incluent la reconnaissance du rôle de l’allaitement dans la prévention de la
MSIN, l’information sur les risques potentiels du partage du lit parental en présence d’autres facteurs de risque, et
la prise en compte de l’implication du partenaire et des autres personnes s’occupant de l’enfant pendant le temps de
sommeil (voir Table 3).
9
que la localisation exacte de l’enfant dans le lit parental (entre les parents ou sur le côté du lit contre la mère) a
un impact sur sa sécurité ?
• Est-ce que les berceaux en side-car ou posés sur le lit parental sont efficaces, en particulier pour les enfants
placés dans des situations à haut risque, et quel est leur impact sur l’allaitement ?
• Est-ce que la position en C (mère enroulée autour de son enfant) peut être adoptée par les mères qui n’allaitent
pas, et est-elle alors efficace pour abaisser le risque de MSIN ?
• Est-ce que le don d’informations aux parents sur le dorm’allaitement tel qu’il est défini dans ce protocole en
tant que pratique spécifique de partage du lit parental, abaisse le risque ou l’augmente, afin de pouvoir donner
aux parents des informations spécifiques de meilleure qualité ?
• Existe-il des données à l’autopsie permettant d’établir un lien de cause à effet entre la MSIN et l’alimentation
avec un substitut du lait maternel ?
• Est-ce que l’augmentation du risque de MSIN due à un sevrage précoce et potentiellement causé par l’absence
d’un environnement sûr pendant le partage du lit parental est supérieur au risque de MSIN lié au partage du lit
parental dans de bonnes conditions de sécurité ? Il existe de nombreuses variables confondantes qu’il sera
difficile d’étudier.
• Dans quelle mesure l’obésité maternelle modifie les risques et les bénéfices du partage du lit parental (125,
126) ?
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Les protocoles de l’ABM expirent cinq ans après leur date de publication. Des révisions fondées sur des données
scientifiques sont faites au bout de cinq ans, ou plus rapidement s’il y a des modifications significatives des
connaissances.
Auteurs
Peter S. Blair, PhD
Helen L. Ball, PhD
James J. McKenna, PhD
Lori Feldman-Winter, MD, MPH
Kathleen A. Marinelli, MD, FABM
Melissa C. Bartick, MD, FABM
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