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Défis démographiques et agricoles en 2050

Le document traite de la relation entre la croissance démographique et l'agriculture. Il explique que la population mondiale devrait dépasser les 9 milliards d'ici 2050 et que l'agriculture doit relever d'énormes défis pour nourrir tout le monde de manière durable, en augmentant la productivité tout en préservant les ressources naturelles. Différentes solutions sont proposées comme l'agriculture durable, les investissements dans l'éducation et la création d'emplois.

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Défis démographiques et agricoles en 2050

Le document traite de la relation entre la croissance démographique et l'agriculture. Il explique que la population mondiale devrait dépasser les 9 milliards d'ici 2050 et que l'agriculture doit relever d'énormes défis pour nourrir tout le monde de manière durable, en augmentant la productivité tout en préservant les ressources naturelles. Différentes solutions sont proposées comme l'agriculture durable, les investissements dans l'éducation et la création d'emplois.

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Le magazine

du développement
agricole et rural
des pays ACP
[Link]
numéro hors-série - AOÛT 2010

Population
& agriculture
B. Morandi / [Link]

partageons les connaissances au profit des communautés rurales


Sommaire Population
et agriculture :
page 3 pour le meilleur
1 l Démographie et pas le pire…
• Le jeu des chiffres 3
D’ici à 2050, la population mondiale devrait
• Pacifique : un avenir à la ferme 4 dépasser les neuf milliards de personnes.
• Interview : “Un dividende pour l’Afrique” par David Bloom 6 Serons-nous à même de nourrir cet énorme
croît démographique ou succomberons-nous aux
• La transition démographique 6 désastres que prédisent les malthusiens ?
L’ingéniosité de l’homme lui a permis de
surmonter les précédentes prophéties d’apocalypse
selon lesquelles le monde, confronté à une
page 7 croissance démographique rapide, allait manquer
de nourriture. Avec la Révolution verte, la
2 l Les défis des zones rurales production agricole mondiale a doublé dans les
50 dernières années, en grande partie grâce aux
• 2010-2050 : mêmes combats 7 variétés végétales améliorées et à de meilleures
techniques agricoles. Mais la demande vis-à-vis
• Bénin : formés à vendre 8
de l’agriculture ne faiblit pas. Il nous faut non
• Reportage au Rwanda : travailler en ville pour investir au village 9 seulement produire plus pour répondre aux besoins
• Interview : “Assurer la relève aux Caraïbes” par Jethro Greene 10 d’une population croissante, mais aussi satisfaire
à l’évolution des préférences alimentaires pour la
• Cap-Vert : cap sur l’eau 10
viande et les produits laitiers, et en outre répondre
• Reportage au Cameroun : pour les jeunes de 20 à 50 ans 11 aux exigences croissantes des bioénergies.
• Interview : “Produire plus sans polluer” par Vincent Ribier 12 Résultat : le système alimentaire mondial doit
relever d’énormes défis. L’écosystème naturel
• Les scénarios Agrimonde 12 dont dépend l’agriculture souffre : 27 millions
• RuralStruc : l’équation malienne 12 de tonnes de terre arable sont perdues chaque
année. Les aquifères souterrains sont épuisés et
les nappes phréatiques diminuent sans cesse.
L’exploitation des terres et la déforestation

page 13 contribuent d’un tiers environ aux émissions


de gaz à effet de serre. Les grands élevages et

3 l Agir sur la force de travail plantations sont facteurs de perte de biodiversité


et l’usage excessif d’engrais chimiques et de
pesticides a gravement pollué l’eau.
• Productivité rime avec santé 13
La responsabilité des petits exploitants des
• Bonne nuit aux Salomon 13 pays ACP est infime en la matière, et pourtant
• Reportage au Niger : les marabouts à la rescousse 14 ils en subiront les conséquences : sécheresses
et inondations plus fréquentes, diminution des
• Reportage au Malawi : plus éduquées…, mieux payées 15 ressources en terre et en eau.
• Interview : “Des familles moins nombreuses” S’attaquer à la demande agricole croissante
nécessite une approche multidimensionnelle. Il faut
par le Révérend Symon Msowoya 16
tout d’abord augmenter la productivité à surface
• Le Kenya réduit son taux de natalité 16 agricole constante. Pratiques agricoles innovantes,
nouvelles variétés céréalières, agriculture de
conservation, meilleures techniques d’utilisation
de l’eau et des ressources : tout cela devrait y
page 17 contribuer. Il nous faut ensuite prendre en main
les interventions politiques et institutionnelles qui

4 l Agir sur le développement rural dynamiseront la productivité des petits exploitants.


Ainsi, la croissance démographique
• L’agriculture, un investissement d’avenir 17 – en particulier dans les pays ACP – n’est pas
nécessairement une fatalité synonyme de désastre.
• Afrique de l’Ouest : le dynamisme des OP 17
Avec des investissements dans l’éducation, la
• Reportage en Afrique du Sud : terres promises 18 formation, la santé et la création d’emplois, les
• Transactions sur les terres : prudence 19 pays ACP pourraient jeter les bases solides d’un
développement économique. À mesure que des
• Agriculture vivrière : un vivier d’emplois 20 emplois sont créés et que les revenus des ménages
• Reportage au Kenya : inverser la tendance 20 augmentent, la demande pour des aliments et
autres produits agricoles stimulera la croissance
• Reportage en RD Congo : une route, trois fois plus de champs 21
dans le secteur rural.
• Fabriquer les engrais localement 21
• Reportage en Ouganda : agriculteurs en ligne 22
Michael Hailu
Directeur du CTA
• “Révolution verte” au Rwanda 23
• Interview : “Miser sur la technologie” par Lindiwe Majele Sibanda 23

2 Spore hors-série / Août 2010


1 | Démographie
Le jeu
des chiffres
© Syfia International

À l’époque où les hommes se sont mis à cultiver, la planète comptait cinq millions d’habitants.
À présent, cinq millions de personnes naissent tous les dix jours. Avec une population mondiale
qui devrait augmenter de près de 40 % dans les 40 prochaines années, en majorité au Sud, le
défi est de trouver le moyen d’améliorer la production et l’accès à la nourriture, et de contenir
l’exode des jeunes ruraux vers les villes.

Depuis l’aube de l’agriculture, il a fallu


quelque 10 000 ans à la
population mondiale pour atteindre son premier milliard. Pour arriver
Comment les pays du Sud nourriront-ils ces multitudes sur fond
de diminution constante de l’offre en terres arables, eau et autres res-
sources naturelles — et sans détruire un environnement déjà fragile ?
au second en 1927, 130 ans ont suffi. Au vingtième siècle, il a fallu de Et comment atteindront-ils cet objectif dans un contexte d’aggravation
moins en moins de temps pour chaque milliard additionnel. L’humanité des menaces du changement climatique et d’augmentation constante
est entrée dans le vingtième siècle avec 1,6 milliard de personnes et des besoins en énergie ?
en est sortie avec 6,1 milliards. Aujourd’hui, la population de la planète Les taux de fécondité chutent dans la plupart des pays ACP, mais pas
enregistre une augmentation nette de 2,5 personnes par seconde, soit assez pour réduire l’augmentation démographique prévue. C’est à l’Afri-
9 000 habitants de plus par heure, 216 000 par jour. Une augmenta- que de relever le défi le plus lourd en termes de bouches supplémentaires
tion massive de la population mondiale est prévue dans les prochaines à nourrir. La population actuelle du continent, près d’un milliard d’indivi-
décennies ; selon les Nations unies (NU), on passera de 6,8 milliards dus, devrait plus que doubler d’ici 2050. Cette forte augmentation tient
actuellement à 9 milliards en 2050. aux progrès sanitaires et médicaux qui ont entraîné un déclin rapide de la
L’augmentation de la population et la dynamique de sa concen- mortalité des nourrissons et des enfants. Malgré un taux élevé de décès
tration posent un défi gigantesque à l’agriculture. Avec le croît démo- liés au VIH/sida, la mortalité a assez décliné pour autoriser une croissance
graphique, la demande en nourriture, eau et énergie augmentera démographique rapide. De nos jours, en Afrique — à l’exception de l’Afri-
fortement dans les pays qui peuvent le moins se le permettre et dont que australe —, les femmes mettent au monde 5,5 enfants en moyenne.
les gouvernements tentent d’assurer le développement des services Au Niger, ce chiffre dépasse sept. D’après les données des NU, 76 pays — la
sanitaires, éducatifs et sociaux. La croissance démographique mondiale plupart dans les régions plus avancées — présentent des taux de fécon-
est presque entièrement concentrée dans les pays les plus pauvres de dité inférieurs au seuil de renouvellement des générations de 2,1 enfants
la planète et cette tendance est supposée se poursuivre. En revanche, par femme. Le taux global de fécondité régionale (TGFR) pour l’Améri-
seuls 14 % vivront dans les régions plus avancées. que latine et les Caraïbes est actuellement de 2,3 ; pour le Costa Rica,

Glossaire somme du solde naturel et du solde migratoire,


calculé en général pour une année. L’effectif d’une
Taux de mortalité infantile
Nombre de décès d’enfants de moins d’un an
Baby-boom population augmente quand il y a excédent des rapporté au nombre de naissances vivantes. Il
naissances sur les décès (solde naturel) et des en- est en général calculé pour une année donnée et
Augmentation rapide et soudaine du taux de natalité.
trées de migrants sur les sorties (solde migratoire). exprimé pour 1 000 nouveau-nés vivants.
Contrôle des naissances
Méthodes employées par les couples pour avoir
Espérance de vie Taux de natalité
Nombre moyen d’années qu’un groupe d’individus Nombre de naissances vivantes de l’année
des rapports sexuels en réduisant la possibilité
peut s’attendre à vivre. rapporté à la population moyenne de l’année. Il est
d’une grossesse. Ce terme est souvent utilisé
comme synonyme de contraception ou de Fécondité généralement exprimé pour 1 000 habitants.
planification familiale. Mais le contrôle des On emploie le terme fécondité, au lieu de natalité, Transition démographique
naissances inclut l’avortement contrairement aux lorsque les naissances sont mises en relation avec La transition démographique désigne le passage
méthodes de planification familiale. l’effectif des femmes d’âge fécond. d’un régime traditionnel où la fécondité et la
Croissance démographique Projection de population mortalité sont élevées et s’équilibrent à peu près à
Augmentation de l’effectif d’une population au Calcul des effectifs futurs de population, en fonction un régime où la natalité et la mortalité sont faibles
cours d’une période donnée. d’hypothèses concernant les tendances futures de la et s’équilibrent également.
La croissance démographique correspond à la fécondité, de la mortalité et des migrations. Source : INED

Spore hors-série / Août 2010 3


OCÉANIE | 1 %

1 | Démographie AMÉRIQUE LATINE


ET CARAÏBES | 9 %

du Secrétariat de la Communauté Pacifique (CPS)


Pacifique
AFRIQUE | 14% pour promouvoir l’agriculture comme un secteur

Un avenir
ASIE | 60%
où les jeunes peuvent faire carrière.
L’enquête montre que les jeunes sont une

2007 à la ferme
Les jeunes du Pacifique ont
part importante de la force de travail informelle
dans des activités agricoles génératrices
de revenus et de sécurité alimentaire pour
besoin d’un appui plus solide des les ménages. Ils sont la plupart du temps
familles et de la communauté responsables de la culture et de l’entretien
pour les aider à se faire un des potagers, tandis qu’un petit nombre
avenir dans l’agriculture : tient et gère ses propres plantations semi-
c’est l’un des résultats clés commerciales. Pourtant, en dépit de cette
d’une enquête sur les jeunes à implication, de nombreux jeunes interrogés
Fidji, Kiribati et Tonga, menée se disent frustrés par le manque de
par le Réseau océanien de reconnaissance de leur rôle. Ils veulent aussi

T. Cockrem © Alamy/[Link]
responsables des stratégies que leurs parents et les aînés de la communauté
agricoles et forestières soutiennent leurs initiatives en leur permettant
(PAFPNet). Dans un contexte de de partager les bénéfices de leurs propres
migration croissante des jeunes efforts et, tout aussi important, leur réservent
ruraux vers les zones urbaines, des terres qu’ils pourront exploiter pour leurs
OCÉANIE l’enquête relève de la stratégie propres activités entrepreneuriales.

Répartition et évolution AMÉRIQUE


de la population mondiale DU NORD

Population par continent


(en milliards)

7
2050
6
EUROPE
5 ASIE

2007
4

3
AMÉRIQUE
2 LATINE
1950
1
7
Source : Nations unies 2006 -
© Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest / OCDE 6
AFRIQUE
5
Cuba et Trinité-et-Tobago, ces taux sont égaux ou inférieurs au seuil de à la recherche de possibi-
renouvellement des générations. Quelque 120 pays, tous dans les régions lités de s’éduquer ou de 4
les moins avancées, ont des taux de fécondité égaux ou supérieurs à ce se former, de trouver un
3
seuil. Les taux de fécondité sont encore de six enfants par femme ou plus emploi ou d’accéder à des
dans sept pays, et cinq d’entre eux sont dans les régions ACP : Niger, soins médicaux, s’accentuera probablement”. 2
Ouganda, République démocratique du Congo, Somalie et Tchad. Maladies, conflits armés et problèmes économiques ont entraîné 1
une stagnation de l’espérance de vie en Afrique depuis la fin des années 1
Le défi de la jeunesse 1980. Dans l’ensemble de l’Afrique australe, zone la plus touchée par
D’ici 2050, la population des régions les plus avancées devrait se le VIH/sida, l’espérance de vie a chuté de 61 à 53 ans en 20 ans. Au
maintenir à 1,2 milliard d’habitants ; mais à mesure que vieillit la popula- Botswana, où la prévalence du VIH était estimée à 24 % en 2007 chez
tion des pays du Nord, celle des pays du Sud rajeunit. En 2050, environ les 15-49 ans, la durée de vie est passée de 64 ans dans les années
neuf jeunes sur dix vivront au Sud, un facteur lourd de conséquences 1985-1990 à 48 ans en 2000-2005. Les ravages du sida enrayent les
pour des gouvernements censés satisfaire les besoins croissants en efforts de réduction de la mortalité infantile ; son impact est particu-
matière d’éducation, de formation et d’emploi. lièrement fort dans les pays, comme le Zimbabwe, qui avaient obtenu
La population africaine est la plus jeune du monde et celle qui croît auparavant des niveaux relativement bas de mortalité infantile. Depuis
le plus vite. Plus de 20 % de la population du continent est âgée de 1950, ce sont les femmes qui ont le plus bénéficié de l’allongement de
15 à 24 ans, taux qui devrait encore augmenter ces prochaines années l’espérance de vie à l’échelle mondiale. Elles vivent plus longtemps
dans la mesure où 40 % de celle-ci a moins de 15 ans. Selon Carl Haub, que les hommes presque partout. Mais, en dépit de cette longévité, les
démographe senior au Population Reference Bureau (PRB), “la majeure femmes passent 15 % de leur vie en mauvaise santé, contre 12 % pour
partie (près de 90 %) des 1,2 milliard de jeunes vivent actuellement les hommes. L’écart est souvent dû aux risques liés à la maternité et à
dans les pays du Sud. Au cours des prochaines décennies, la tendance une disparité de genre — particulièrement au Sud où elles sont souvent
actuelle qui voit ces jeunes gens quitter les zones rurales pour la ville, désavantagées dès la naissance. Il est fréquent que les filles soient

4 Spore hors-série / Août 2010


116
1 | Démographie
moins bien nourries et soignées ; elles ont moins de perspectives en tel le Burkina Faso. Il est de même quasi certain que
matière d’éducation, ce qui influe sur le nombre d’enfants à naître et les plaines fragiles et dégradées du centre du Burkina
la façon dont elles les élèveront. Les femmes enceintes sous-alimen- Faso auraient difficilement pu supporter une popula-
331 852
tées risquent plus d’avoir des nourrissons de faible poids et des enfants tion en forte croissance.
sous-alimentés. Les taux de mortalité maternelle sont particulièrement 183 179
élevés en Afrique subsaharienne.
L’exode rural 639 millions
57 463 53 %
Pour la première fois en 2008, la population
42
Mobilités 116 a égalé la population rurale et la
urbaine mondiale
Selon les Projections probabilistes sur la population mondiale tendance va se poursuivre. Bien que le nombre de
publiées en 2007 par un organisme de recherche, l’Institut international ruraux continue à croître en Afrique, celui des cita-
pour l’analyse des systèmes appliqués, deux éléments réduisent forte- dins augmente beaucoup plus vite. Pour l’agriculture,
ment les chances pour l’Afrique de grimper sur l’échelle du dévelop- les perspectives sont aussi simples que découra-
pement international. Il s’agit tout d’abord de la conjonction entre une geantes : les ruraux devront nourrir des popula-
croissance démographique rapide et la stagnation
AMÉRIQUE voire
DU NORDle | déclin
5% des tions urbaines en forte expansion. Celles-ci devront
niveaux de réussite scolaire. Viennent ensuite les problèmes environne- elles-mêmes prendre des mesures drastiques pour
EUROPE | 11 %
mentaux et agricoles qu’induira le changement climatique. sécuriser la production alimentaire, en investissant
OCÉANIE | 1 %
La migration est l’un des effets secondaires les plus visibles de la davantage dans l’agriculture périurbaine.
AMÉRIQUE LATINE
croissance démographique. Le nombre de personnes qui se déplacent C’est en Afrique que l’exode rural est le plus
ET CARAÏBES | 9 %
à l’échelle nationale, régionale ou internationale a considérablement spectaculaire, mais on le voit partout dans les
augmenté ces dernières décennies. En 2005, le nombre de migrants régions ACP. De nombreuses îles des Caraïbes
internationaux dans le monde frôlait les 191 millions, contre 155 millions
AFRIQUE | 14% et du Pacifique connaissent une forte migration
en 1990, soit 3 % de la population mondiale. Ces chiffres déjà colos- rurale-urbaine qui aspire la force de travail agricole.
saux devraient grossir encore de 2,4 millionsASIE
de |personnes
60% en moyenne Rarotonga, la plus grande des îles Cook, s’efforce
chaque année, de 2009 à 2050. Le flux principal de migrants interna- d’attirer des jeunes pour travailler dans ses hôtels
2007
tionaux va des pays du Sud vers ceux du Nord, avec environ 62 millions — beaucoup emploient des migrants fidjiens — ; alors
de migrants en 2005, surtout pour trouver du travail et envoyer de l’ar- ne leur parlons pas d’agriculture. “Les zones recu-
gent à leurs familles. Dans certains pays, le montant total des transferts lées et les îles extérieures se dépeuplent en général,
d’argent dépasse celui de l’aide officielle au dévelop- en partie à cause de l’urbanisation et de la migration
pement. Les effets de la migration peuvent néan- internationale, déclare Geoff Hayes, spécialiste de la
moins être extrêmement négatifs pour les pays démographie dans le Pacifique. Dans nombre d’îles 134 millions
11 %
pauvres. La fuite des cerveaux se nourrit de l’exil
La population jeune du monde
134 millions
de la main-d’œuvre éduquée, attirée par de
meilleures perspectives. Dans certaines (15 à 24 ans)
= 1 500 000 jeunes 11 %
parties des Caraïbes, 70 % = 1 500 000 jeunes
248 m
des travailleurs très édu- = 1 500 000 jeunes 54 % 348 millions
qués sont partis travailler ASIE /
OCÉANIE PACIFIQUE 29 %

248 m
ASIE / 54 % 348 millions
PACIFIQUE 29 %
AMÉRIQUE DU NORD | 5 %
Répartition
de la EUROPE | 11 %
population OCÉANIE | 1 %
mondiale 138 m
en 2007
2050 AMÉRIQUE LATINE PAYS PLUS 30 %
ET CARAÏBES | 9 % AVANCÉS

AFRIQUE | 14%
2007
43 m 87 millions
AFRIQUE 9% 7%
ASIE | 60%
AMÉR. LATINE / 32 m
2007 CARAÏBES 7%
1950
138 m
Source : USAID
1950 2050
PAYS PLUS 30 %
AVANCÉS
au Canada, aux États-Unis ou en Europe. Une fois les naissances et les
décès comptabilisés, la population des pays et territoires insulaires du
extérieures, la population active a émigré, laissant jeunes et vieux
derrière elle. Aux Fidji, le phénomène est lié au déclin de l’industrie
Pacifique (PICT) croît de 507 personnes par jour, mais en perd 34 du sucrière.”
fait de la migration. Dans les Caraïbes, où la vie rurale attire peu les jeunes, l’agriculture
Il existe aussi un flux massif et croissant d’individus qui passent est peu à peu abandonnée à la génération précédente (voir page 10).
d’un pays du Sud à un autre, en quête de travail ou pour échapper aux L’âge moyen des paysans dans la région est désormais de 55 ans.
conflits ou aux catastrophes naturelles. De tels déplacements pèsent Le boom démographique des jeunes qui touche tous les pays ACP
43 m 87 millions
sur les infrastructures sociales, médicales et économiques, comme on va augmenter les besoins en matière d’éducation et d’emploi. Le rap-
AFRIQUE
l’a constaté au Rwanda en 1994, lorsque deux millions de réfugiés ont port 2008 de la Banque mondiale 9 % Les jeunes et l’emploi en Afrique : 7 %
fui, créant de graves tensions dans les pays voisins. le potentiel, le problème, la promesse voit dans le chômage et le sous-
AMÉR. LATINE / 32 m
La migration interrégionale peut toutefois avoir des avantages, à la emploi un moteur de l’instabilité sociale et soutient que la création d’em-
OCÉANIE 7 % à la réduction de la pauvreté et au
CARAÏBES
fois pour le pays de départ et celui d’arrivée. Il est communément admis plois pour les jeunes est un préalable
que le succès des secteurs caféier et cacaoyer ivoiriens dans les années développement durable en Afrique. Cependant, malgré l’augmentation

1950 2050
1980 est largement dû à l’afflux de main-d’œuvre des pays voisins des flux migratoires des campagnes vers les villes, plus de 70 % des

Spore hors-série / Août 2010 5


1 | Démographie
jeunes d’Afrique vivent encore en zone rurale. La Banque mondiale si les bons investissements étaient faits dans la santé, l’éducation, la
révèle d’ailleurs que le jeune Africain moyen n’est pas un migrant urbain formation et le développement agricole rural. Le dividende démogra-
de la campagne, mais une femme pauvre, phique — la valeur potentielle d’une proportion supérieure de gens en

Pour aller alphabétisée, déscolarisée et vivant en


zone rurale, ce qui montre que le déve-
âge de travailler comparée au déclin des taux des très jeunes et des
vieux — pourrait alimenter développement et croissance économique.
plus loin loppement doit cibler les jeunes et les Les experts préviennent que, sans ces opportunités et une économie
Banque mondiale femmes des campagnes. forte associée à une bonne gouvernance, la présence de ces jeunes
• La population de l’Afrique Ces jeunes si nombreux pourraient pourrait s’avérer délétère si leur désenchantement les menait à déchar-
subsaharienne devrait doubler voir s’ouvrir une fenêtre d’opportunité, ger leurs frustrations sur la société qui les a engendrés.
d’ici à 2036
[Link]
• The world’s growing
interview alors détournées d’autres utilisations, Pour le Nigeria et la plupart des
population, Atlas de la Banque
Un dividende
ce qui tend à ralentir la croissance autres pays d’Afrique subsaharienne,
mondiale (36e édition), 2004 économique. Mais au bout de 15 à 25 tirer parti du dividende démographique
[Link]
CPS pour l’Afrique ans, les membres les plus âgés de la
génération du baby-boom arrivent
est un objectif qui demandera des
efforts. L’environnement international
Tendances démographiques dans à la fleur de l’âge pour l’emploi et économique, social et politique a un
le Pacifique David Bloom est professeur d’économie et l’épargne. Lorsque cela se produit, énorme impact sur la capacité d’un
[Link]/sdp de démographie et président du département la situation économique change en pays à capter ou non ce dividende.
[Link] de santé et démographie internationales à la
raison de l’accroissement de l’offre La mise en œuvre de politiques
Harvard School of Public Health, USA.
CTA de main-d’œuvre et, potentiellement, appropriées, la réduction des conflits
Briefing de Bruxelles : La Le dividende d’une augmentation de l’épargne. internes et une bonne coopération
croissance démographique démographique est Presque tous les pays ont démarré du reste du monde permettraient à
et ses implications pour le le coup de pouce leur transition démographique. ces pays de bénéficier du décollage
développement rural ACP à la croissance Beaucoup l’ont terminée depuis économique résultant du changement
[Link]
économique qui longtemps. D’autres se trouvent à démographique. La Corée du Sud,
FNUAP peut résulter des différentes étapes du processus. la Malaisie ou encore la Thaïlande
Fonds des Nations unies pour évolutions de la La plupart des pays d’Afrique illustrent ce phénomène.
la population pyramide des âges subsaharienne commencent tout Les zones rurales sont confrontées
[Link]
au sein de la population d’un pays. juste la leur. Les taux de mortalité à des défis particuliers, parce
• État de la population mondiale
Ces changements accompagnent infantile y ont amorcé leur déclin que leurs taux de mortalité et de
2009. Face à un monde qui
une transition démographique relativement récemment par rapport fécondité sont élevés et qu’elles
change : les femmes, la
population et le climat nationale – les taux de mortalité aux autres pays du monde. Les sont plus pauvres que les zones
Téléchargeable en PDF sur : déclinent, en particulier ceux des taux de fertilité ont suivi, mais, urbaines. Si les gouvernements
[Link] nourrissons et des enfants, et les dans de nombreux pays, ce déclin adoptent des politiques génératrices
taux de natalité suivent. Un déclin est resté modéré jusqu’à présent. d’emploi à l’échelle nationale, les
ONUSIDA
[Link]/fr/[Link] de la mortalité des nourrissons et Le Nigeria, par exemple, est dans zones rurales pourraient bénéficier
• Rapport sur des enfants entraîne un baby-boom la phase initiale de sa transition d’investissements plus élevés ou de
l’épidémie mondiale – non pas parce que les naissances démographique. Les Nations unies meilleures chances de migration vers
de sida 2008 augmentent, mais parce qu’un plus prédisent une augmentation constante les zones urbaines où les emplois
[Link] grand nombre d’enfants nés survivent. de la part de la population active, sont plus nombreux. S’il est effectif,
Organisation internationale Le baby-boom c’est tout d’abord avec deux fois plus de personnes le dividende démographique pourrait
pour les migrations un nombre élevé de jeunes, une actives que d’inactifs en 2050. La générer une hausse de l’activité
[Link] cohorte qu’il faut nourrir, vêtir, valeur future exacte de ce ratio économique qui aiderait les zones
Population Reference Bureau héberger, éduquer et soigner. Tout dépendra fortement de la vitesse rurales autant que les villes à travers
[Link] cela demande des ressources qui sont actuelle de la chute de la fertilité. toute l’Afrique subsaharienne.

La transition démographique La transition démographique


est le phénomène sous-
Taux
Natalité
3 4 jacent qui favorise ce que
Baisse de la natalité Natalité et mortalité les économistes nomment
et poursuite faibles, la population le bénéfice démographique.
Mortalité de la baisse de se stabilise.
Ce phénomène fait référence
la mortalité.
à la mutation que subissent
La croissance
les pays qui passent d’un
démographique
diminue. régime de fécondité et
de mortalité élevées à un
1 2 régime de faibles fécondité
Forte natalité et Mortalité en et mortalité. Une chute des
forte mortalité. baisse et forte taux de mortalité au début de
La croissance natalité. Très la transition démographique
démographique forte croissance — imputable en général à
est quasi nulle. démographique. une utilisation élargie de
vaccins, d’antibiotiques,
d’installations sanitaires et
d’une eau saine — entraîne un
0 déclin des taux de fécondité
Temps car les individus réalisent
Afrique Afrique EUROPE que leurs enfants ont de
Source : CSEAO/OCDE subsaharienne du nord meilleures chances de survie.

6 Spore hors-série / Août 2010


2 | Les défis des zones rurales
2010-2050 :
mêmes combats
© Syfia International

Assurer la sécurité alimentaire de 1,9 milliard d’habitants en 2050, préserver l’environnement


et employer les jeunes ruraux, de plus en plus nombreux, sont parmi les grands défis auxquels
l’Afrique est confrontée dès aujourd’hui.

Comment l’Afrique parviendra-t-elle à nourrir


près de 2 milliards d’habitants en 2050
alors qu’elle peine à en alimenter un milliard aujourd’hui ? Le défi est
récoltes mondiales plus abondantes, les prix d’achat des denrées sur le
marché international augmenteront encore de 10 à 14 % cette année pour
les pays les plus vulnérables, avertit la FAO. Or, en Afrique, la nourriture
immense et les prospectives donnent le vertige. En Afrique subsaha- des citadins dépend massivement de ces importations.
rienne, la sécurité alimentaire est actuellement loin d’être assurée et Nourrir deux fois plus de personnes dans 40 ans représente donc un
elle se dégrade dans plusieurs pays ; en 2009, le nombre de personnes défi d’une ampleur inégalée pour le continent. “Les pays en développe-
souffrant de la faim y a augmenté de 11,8 %. Dans les Caraïbes, Haïti ment devront accroître leurs disponibilités en énergie d’origine végétale
fait grimper ce chiffre à 12,8 %. Un tiers des Africains sont sous-alimen- de 175 %, estime la FAO, l’Afrique de 414 % et les peuples qui s’alimentent
tés et, paradoxalement, les trois quarts d’entre eux sont des paysans, surtout de manioc, d’igname ou de taro de 617 %.” Atteindre de tels taux
censés produire des vivres pour tous. En Afrique centrale, le taux de suppose une augmentation annuelle considérable de la production agri-
malnutris est particulièrement élevé et ne cesse de croître : de 36 % cole, sans commune mesure avec les 2,4 % enregistrés en Afrique dans
dans les années 1960 à 56 % depuis 2000. les années 1970 et 1980.
La sous-alimentation est devenue chronique dans de nombreuses En Afrique de l’Est, la production devra ainsi être multipliée
régions du continent, en quantité comme en qualité. Les par huit à quatorze, ce qui signifie cultiver toutes
familles se contentent souvent d’un seul repas les terres arables — un tiers le sont en moyenne
par jour, voire tous les deux jours. C’est dans actuellement — et tripler les rende-
les pays qui ont connu des conflits que ments. Pour Michel Griffon, agro-
se trouvent le plus d’adultes vivant nome et économiste, des crises
en dessous du seuil de 2 000 calo- alimentaires et des migrations
ries par jour. De plus, en dépit de des régions très peuplées vers

Prévalence
de la malnutrition
par rapport
à la population
totale en 2009
(en %)

Moins de 5 %
De 5 % à 15 %
De 15 % à 25 %
De 25 % à 35 %
De 35 % à 50 %
Plus de 50 %
Source : FAO Pas de données

Spore hors-série / Août 2010 7


2 | Les défis des zones rurales
l’Afrique centrale où les terres sont abondantes sont presque iné- en forêts denses. La demande en bois de feu ou charbon de bois, qui
vitables. Pour ces pays, les défis paraissent insurmontables sans une représente, encore 89 % de l’énergie et ne cesse d’augmenter, ne fait
aide extérieure massive. En Afrique de l’Ouest, les besoins sont moins qu’aggraver la déforestation et l’érosion des terres.
importants : pour que chacun mange à sa faim, il faudra multiplier la Or les ressources naturelles du continent africain et sa biodiversité
surface cultivée par quatre aux dépens des savanes et forêts ainsi que sont une de ses richesses qui prennent de la valeur. Elles peuvent être
la production de deux à cinq fois selon les régions. monnayables par les agriculteurs lorsqu’ils protègent des espèces en
Ces sombres prévisions peuvent effrayer, même si l’Afrique a des voie de disparition, qu’ils replantent des arbres qui séquestrent le car-
atouts pour relever ces défis ; il lui faudra investir massivement pour les bone ou encore qu’ils adoptent des méthodes de culture respectueuses
valoriser. Les terres non exploitées y sont encore très abondantes. Selon de l’environnement. Les préserver est un impératif.
les chiffres de la FAO — approximatifs, car de nombreux pays ignorent Pour limiter les défrichements tout en accroissant fortement la
la superficie exacte de leurs terres agricoles — 228 millions d’hectares production, l’intensification de l’agriculture est donc le défi prioritaire à
seraient cultivés, soit 22 % des terres qui pourraient l’être. Compte relever. Elle nécessite de mettre à la disposition des agriculteurs les fac-
tenu des vastes forêts et des déserts, la densité moyenne est faible teurs de production et les services qui favorisent cette transformation.
(25 hab./km2), mais elle cache de très grandes disparités. Certains pays
Irriguer et fertiliser
sont très peu peuplés comme le Botswana, la Centrafrique, la Namibie,
tandis que d’autres — Comores, Maurice ou Rwanda — sont très peuplés : L’irrigation est une solution pour accroître les récoltes et les rende-
plus de 200 hab./km2 et même 400 ou 500 dans certaines zones. ments et pallier l’insuffisance ou l’irrégularité croissante des précipita-
La superficie cultivée par actif agricole est très variable d’une tions liées aux changements du climat. Ainsi, en Côte d’Ivoire, selon les
région à l’autre — entre 0,1 et 1 ha en moyenne — voire à l’intérieur experts, 80 % du riz est cultivé en pluvial, alors que le rendement du riz
d’un même pays. Étendre les surfaces cultivées a été, ces 30 dernières en irrigué est cinq fois plus élevé. Les cultures irriguées à petite échelle
années, la principale réponse des agriculteurs, surtout en Afrique de pourraient doubler les besoins en main-d’œuvre agricole et employer
l’Ouest, pour faire face aux besoins alimentaires grandissants sous la de nombreux jeunes ruraux sans terres. Aujourd’hui, à peine 4 % de ces
poussée démographique. La surface par actif agricole a été divisée par terres arables sont irriguées contre 38 % en Asie. Le potentiel est donc
deux : un hectare en moyenne au Sénégal, par exemple. La pression sur énorme, mais exige des investissements colossaux pour le valoriser.
les sols s’est accrue, la fertilité des terres a diminué. La restauration rapide de la fertilité des sols pour accroître
les rendements est l’autre facteur clé. Dans de nombreuses
Préserver l’environnement régions, la pression démographique ne
L’extension des terres cultivables se fait aux dépens des forêts et permet plus la mise en
des savanes : selon la FAO, 3,4 millions d’hectares de forêts africaines
disparaissent chaque année depuis 2000. La déforestation est
particulièrement intense dans les pays d’Afrique centrale, les plus riches

Terres agricoles en pourcentage du territoire


(en 2007)

AFRIQUE
SUBSAHARIENNE 44,5 %
AMÉRIQUE LATINE
ET CARAÏBES 35,6 %
ASIE DE L’EST
ET PACIFIQUE 49,9 %
ASIE DU SUD
54,9 %
EUROPE ET
ASIE CENTRALE 28,1 %
MOYEN-ORIENT ET
AFRIQUE DU NORD 23,0 %
0 10 20 30 40 50 60 %
Source : Banque mondiale

Bénin secrétaire général du ministère chargé de


l’Agriculture et du Développement rural. Selon lui,
et un suivi pratiques sur site.
L’une des spécificités les plus fortes est

Formés à vendre les programmes précédents portaient sur l’octroi


de crédits, la formation et le suivi des bénéficiaires,
la sécurisation des marchés. La SONAPRA
(Société nationale de la promotion agricole),
Au Bénin, 16 000 jeunes bénéficient depuis sélectionnés sur la base de dossiers, sans chercher une entreprise publique, achète la production
2009 du Programme spécial d’insertion des à régler la question cruciale de l’accès aux de ces jeunes aux prix homologués et la
jeunes dans l’agriculture (PSIJA). Lancé par marchés. “Ils marchaient bien, mais ils échouaient commercialise. Résultat : une motivation
l’État béninois pour lutter contre le chômage à l’étape de la commercialisation”, conclut-il. élevée chez les bénéficiaires et des rendements
et l’exode rural, ce programme comprend une Le PSIJA innove selon lui par plusieurs aspects, supérieurs à la moyenne nationale. “Les jeunes
phase pilote de 2 ans (2009-2010), dont le coût notamment : une sélection des bénéficiaires plus font 2,5 t de maïs et 4 t de riz à l’hectare contre
est évalué à 7 milliards de FCFA (10,6 millions €), ouverte, fondée non plus sur l’étude de dossiers, respectivement 1,5 t et 2,5 t en moyenne”,
financé à 100 % par le budget national, suivie, mais sur la motivation et le volontariat ; la selon le ministère. En 2011, la seconde phase
à partir de 2011, d’une phase de promotion de sécurisation et la préparation des terres (par la du programme s’attachera à rendre plus
l’entreprenariat agricole chez les jeunes. délivrance de titres fonciers, l’essouchement, le professionnels les jeunes les plus méritants en
“C’est une initiative originale au regard des labour…) mises gratuitement à la disposition des appuyant leur activité sur un plan d’affaires qu’ils
expériences passées”, estime Aly Bouco Imorou, jeunes ; l’octroi de subventions ; une formation soumettront au PSIJA.

8 Spore hors-série / Août 2010


2 | Les défis des zones rurales
jachère des terres. De nombreux petits agriculteurs n’ont pas accès pas totalement inutilisables. Dans certains pays, comme en RDC, des
aux engrais, qui ne sont pas disponibles ou sont très onéreux. Actuel- régions entières qui auparavant en alimentaient d’autres ou exportaient
lement, les paysans africains n’utilisent en moyenne que 8 kg d’engrais sont aujourd’hui totalement enclavées. Elles ne peuvent plus évacuer
chimiques par hectare et par an contre 90 kg en moyenne mondiale. leurs produits si ce n’est à vélo ou à dos de femmes...
Selon le Centre international de développement des fertilisants (IFDC), Là aussi la réfection de ces pistes, en cours dans certains pays, et
85 % des terres cultivées ont ainsi perdu en moyenne 30 kg de nutri- la construction de nouvelles routes exigent des financements colossaux
ments par hectare et par an. Les rendements stagnent, ils sont de et la participation de tous : bailleurs de fonds, États, privés, populations
12,3 quintaux de céréales par hectare, sans changement depuis 1980 locales. Mais c’est la condition indispensable pour que les agriculteurs
(30,9 quintaux en Asie et 54 en Europe). puissent approvisionner les marchés tant locaux que nationaux ou
L’accès aux engrais et aux autres intrants — semences amélio- régionaux et ainsi alimenter les villes.
rées, pesticides — ainsi qu’au matériel agricole constitue un préalable
incontournable à la très forte hausse de production attendue dans les
Employer les jeunes
décennies à venir. Un défi qu’il convient aux États de relever en priorité, Face à l’explosion démographique attendue, l’Afrique dispose
comme le soulignent de nombreuses études. d’atouts physiques importants dont la mise en valeur demande de lourds
investissements. L’accroissement de la population, qui les rend urgents,
Favoriser l’accès aux marchés
est aussi un atout, car il se traduit par l’arrivée sur le marché d’une main-
L’autre obstacle d’importance pour de nombreux agriculteurs est d’œuvre abondante et jeune. En dépit d’un fort exode rural, la population
l’enclavement, qui ne permet pas l’écoulement des récoltes, dont près des campagnes continuera à croître de 1,4 % par an. De 2005 à 2030,
d’un tiers est perdu faute de moyens de stockage appropriés. Pourquoi elle passera de 473 à 604 millions en Afrique. En 2010, encore près de
alors produire plus ? Plus de 60 % des ruraux habitent et cultivent à 70 % des gens vivent de la terre en zone rurale et à proximité des villes.
plus de deux kilomètres d’une route où les véhicules peuvent circuler en Les zones urbaines, très peu industrialisées, n’offrent pas assez d’em-
toutes saisons. Près de la moitié des pistes rurales sont dégradées, ce plois formels pour tous les jeunes qui arrivent sur le marché du travail :
qui augmente les durées et les coûts de transport ; quand elles ne sont 10 millions par an actuellement, de 18 à 20 millions en 2030.

© Syfia International
Kigali

Rwanda :
© Terre Nourricière

g e]
Travailler en ville por
ta
[ re
pour investir au village
Les jeunes ruraux rwandais, qui quittent leur deux ans à Kigali comme veilleur de nuit. Il gagne petit commerce sont régulièrement pourchassés
colline pour venir travailler à Kigali, n’ont souvent 25 000 Frw (35 €) par mois qu’il épargne en par les forces de l’ordre car, à Kigali, vendre dans
plus envie de s’y installer durablement. Ils savent totalité. Pour vivre, il se contente des revenus la rue est interdit. “Retourner à la campagne
désormais que la capitale n’est pas le paradis rêvé des petits travaux qu’il fait dans la journée. pour y monter un projet ou y construire un logis
où les gens gagnent facilement leur vie. “La ville “Avec ce petit capital, je suis parvenu à acheter est plus rassurant”, remarque un de ces jeunes.
attire des jeunes des campagnes, car ils peuvent une vache à 100 000 Frw (140 €). Je suis en train Après s’être fait, à maintes reprises, confisquer
y trouver des petits jobs mieux rémunérés que de me construire une maison chez moi dans la ses marchandises par les policiers, il a finalement
les emplois des régions rurales. Mais nous province de l’Ouest”, se félicite-t-il. Bon nombre décidé de démarrer une boutique dans son village.
conseillons aux jeunes d’épargner pour retourner de travailleurs domestiques demandent même Nombre de ses camarades qui se sont échinés
investir chez eux”, déclare un des responsables à leurs patrons de garder leurs salaires pour en vain pour s’intégrer en ville font de même.
de l’Association des travailleurs domestiques pouvoir disposer d’une somme plus importante Emeritha Mukantaganzwa, 28 ans, a acheté un
basée à Kigali. “Aujourd’hui, poursuit-il, ils sont quand ils en ont besoin. champ, après avoir travaillé quelques années
nombreux à penser retourner au bercail pour y Ces jeunes constatent, en effet, qu’il est de plus comme domestique. “J’exploite ma parcelle en
monter des petits projets qui servent d’exemples en plus difficile de se loger à Kigali lorsqu’on a peu y cultivant des légumes qui me font gagner plus
aux villageois.” de moyens. Ceux qui ne sont pas domestiques ont qu’on me payait à Kigali”, témoigne-t-elle.
Valens Mfitumukiza, 32 ans, travaille depuis bien du mal à gagner leur vie. Ceux qui font du Djalia Bazubagira

Spore hors-série / Août 2010 9


2 | Les défis des zones rurales
interview libérales, la substitution par les principales du manque d’engagement d’un fonds de développement
importations et la stagnation des des jeunes dans le secteur. Cela agricole qui aide financièrement les
caraïbes  investissements publics : tout visait aussi à fournir un cadre jeunes entrepreneurs agricoles.

Assurer cela a conduit à une véritable


déliquescence de l’agriculture.
favorable pour que jeunes et moins
jeunes se rencontrent, échangent
Nos objectifs : améliorer la
qualité de vie des petites familles
la relève Outre les défis que pose l’absence
de mécanisation, d’assistance
des idées, fassent émerger des
leaders et des solutions communes
paysannes et donner au secteur
agricole les moyens d’entreprendre
Jethro Greene est le coordinateur en chef du commerciale et financière, le secteur à des problèmes communs. et une indépendance économique.
Réseau des agriculteurs caribéens (CaFAN) semble vieillissant. En quête de Développement technologique, Divers projets et la collaboration
sécurité financière, de plus en plus professionnalisation agricole, liens continue des secteurs public et
Le secteur d’individus gravitent autour des sectoriels ainsi qu’accès à la terre, privé ont permis des progrès
agricole des zones urbaines à la recherche d’un à la finance et au marketing sont importants vers la création d’un
Caraïbes est emploi. Toute la région Caraïbe est autant de questions clés pour de environnement favorable aux
menacé depuis ainsi marquée par le manque de futures actions. Pour encourager jeunes. Nous espérons que, partout
un certain jeunes entrepreneurs. Des enquêtes la jeunesse à s’impliquer dans dans la région, ils saisiront ces
temps. Des auprès des organisations paysannes l’agriculture, il faudrait plus de opportunités, afin non seulement
perceptions révèlent que l’âge moyen des programmes destinés aux jeunes, qui d’accéder à l’indépendance et la
sociales agriculteurs a augmenté  — 45 ans s’appuient sur la technologie pour sécurité financières mais pour
négatives liées dans la plupart des îles — et nombre augmenter productivité et rentabilité, s’engager, contribuer à réduire
à l’histoire, des économies centrées d’entre eux ont plus de 60 ans. diffusent l’information sur les l’insécurité alimentaire et renforcer
sur le tourisme et le pétrole, de Le CaFAN a récemment tenu opportunités à saisir, via le système les tentatives nationales de
désastreuses politiques commerciales un atelier pour traiter des causes éducatif formel et la création diversification économique.

En 2006, selon l’Organisation internationale du travail, 27 % des


jeunes Africains de 15 à 35 ans n’avaient pas de travail, formel ou infor-
mel, et n’allaient pas à l’école. Une situation désespérante qui pousse
certains d’entre eux à s’exiler à tout prix ou, dans les zones de conflits, à
s’enrôler comme enfants soldats, triste moyen de gagner leur vie. Dans
les conditions actuelles, l’agriculture et les activités rurales resteront,
pour les décennies à venir, les principales pourvoyeuses d’emplois et de
revenus pour ces cohortes de jeunes.
Beaucoup d’Africains sont sous-employés dans les campagnes, par
exemple pendant la longue saison sèche au Sahel ou faute de terres au
Rwanda. Cependant, on manque de bras au moment des gros travaux
agricoles comme le labour, surtout là où les femmes, à la tête d’exploi-
tations, ne peuvent tout assumer.
Mais pour les jeunes, être agriculteur,
© Syfia International

actuellement n’est guère attractif. Ce


métier est déconsidéré, voire méprisé. Le
peu d’intérêt des autorités ces
dernières décennies pour
ce secteur, pourtant

Cap-Vert développement (BAD) et de la Banque arabe


pour le développement économique en Afrique

Cap sur l’eau (BADEA), le gouvernement a démarré en 2004


l’aménagement de bassins versants dans les trois
Le Cap-Vert est l’un des pays les moins arrosés îles volcaniques de Santiago, San Antao et San
de la planète. Il y tombe 260 mm d’eau au mètre Nicolau — qui concentrent 90 % du potentiel
carré en moyenne par an, la limite inférieure irrigable. Objectif : freiner la dégradation des
des précipitations au Sahel. Sans aménagements sols due à l’érosion et mieux mobiliser les eaux
de retenue, l’eau dévale les pentes abruptes de pluie par la construction de petits barrages et
de ces îles volcaniques, provoquant une forte de périmètres irrigués.
érosion et une faible infiltration. Seulement 17 % La coopération chinoise a financé la
de cette eau atteint les nappes phréatiques, construction du premier grand barrage
le reste s’évapore ou rejoint l’océan. Mal hydro-agricole du Cap-Vert à Poilão sur l’île
approvisionnées et surexploitées, ces nappes de Santiago. Inauguré en 2006, sa capacité de
connaissent une inquiétante baisse de niveau, rétention est de 1,7 million de m3. En juin 2009,
accompagnée d’une salinisation accélérée des le Portugal a annoncé son intention de financer
zones côtières. la construction de trois autres barrages pour
Cette situation extrême a amené les autorités un coût de 100 millions €. D’autres solutions
capverdiennes à faire du développement de techniques ont été proposées : revêtement
l’agriculture irriguée de surface, par aspersion des canaux, capacités locales de stockage
C. Dancette © Cirad

et micro-irrigation, et de la protection de accrues, cultures moins exigeantes en eau et


l’environnement un axe stratégique de surtout promotion de l’irrigation localisée pour
leur politique de sécurité alimentaire. Le utiliser au mieux cette eau si précieuse pour
potentiel irrigable de l’archipel est estimé à l’avenir de ces îles et l’alimentation de leurs
3 000 ha. Avec l’aide de la Banque africaine de 500 000 habitants.

10 Spore hors-série / Août 2010


2 | Les défis des zones rurales

Cameroun : [ reportage
]
pour les jeunes de 20 à 50 ans
“Voyez ! Avec de l’engrais, ça change tout.” disséminées dans les villages de la localité. “Sans en nature (pulvérisateurs, engrais, pesticides, etc.),
Régine Demeze, responsable d’un Groupe ces crédits, aucun d’entre nous ne pourrait exploiter en fonction des demandes du GIC. Le reste est
d’initiative commune (GIC) à Mélong (130 km à plus de 2 ha”, affirme Julienne Ouandji, qui évalue versé sur le compte du groupe pour les membres
l’ouest de Douala), balaie du regard sa plantation à 5 ha l’ensemble de ses plantations de polyculture concernés. “Cela nous évite d’avoir à payer des
luxuriante de maïs parsemé de plants de manioc et vivrière où domine le maïs. “Cela nous aide à faire frais de voyage et des commissions aux multiples
de macabo. Les jeunes plants robustes aux feuilles deux récoltes de maïs, haricot et soja par an, ajoute intermédiaires lorsque les fonds sont débloqués au
vert foncé font espérer de bonnes récoltes, malgré Jacqueline Nkouakam. J’ai réussi ainsi à doubler ministère”, apprécie Pauline Magne. Sans compter
les pluies tardives de cette année. “C’est grâce ma production.” Les prêts dont le taux d’intérêt que les fonds n’arrivent pas toujours à leurs
au crédit du Fonds national de l’emploi (FNE)”, se annuel se monte à 8 % sont remboursables en destinataires…
réjouit-elle. Un prêt de 50 000 FCFA (76 €) lui a 10 mensualités. “Les remboursements se font à Le PADER, qui s’adresse aux paysans de 20 à
permis de payer la main-d’œuvre qui l’a secondée 100 %”, lance Régine Demeze, en exhibant des 50 ans constitués en GIC, a été lancé dans plusieurs
dans les travaux et d’acheter engrais et pesticides. reçus bancaires et un cahier où sont notés les régions camerounaises à partir de 2003 afin de
Depuis 2 ans, son groupe, composé de dix paiements mensuels de ses membres. lutter contre la pauvreté par la création et le
membres, bénéficie comme la plupart des GIC De l’avis de tous les bénéficiaires, ce système de renforcement d’emplois ruraux. Au total, fin 2009,
de la région d’un prêt du Programme d’appui financement a un avantage que beaucoup d’autres il a financé plus de 35 000 projets et créé quelque
au développement des emplois ruraux (PADER), n’ont pas : “Les gens du FNE viennent directement 52 000 emplois dans diverses filières (riz, maïs,
mis en œuvre par le FNE, un organisme public. sur le terrain ; chaque groupe exprime ses besoins manioc, etc.).
Régine, 40 ans cultive environ 3 ha de plantations et ils financent.” En général, 80 % du prêt se fait Étienne Tassé
© Syfia International

© Syfia International

vital, a renforcé ce sentiment d’abandon. L’absence de formations Revaloriser le métier d’agriculteur, rendre les zones rurales attrac-
adaptées aux besoins des jeunes ruraux qui veulent se moderniser en tives, prendre en compte les besoins et les souhaits de cette catégorie
témoigne. L’école est un premier pas. La fréquentation de l’école pri- de la population, sont autant de défis à relever pour que les générations
maire, qui a bien augmenté depuis une dizaine d’années, est aujourd’hui montantes restent dans les campagnes africaines. Certes, une partie
de 76 %. Dans le secondaire, elle ne dépasse pas 30 % et est concen- d’entre eux continuera à venir grossir les villes, mais l’arrivée de jeunes
trée dans les villes et sur les garçons. Pourtant, lorsque la fréquentation agriculteurs bien formés et dynamiques, prêts à innover, ouvre la voie à
des filles dans le secondaire augmente de 1 %, la croissance économi- la hausse de la productivité tant attendue. À ces conditions, ces nouvel-
que progresse de 0,3 %... Une formation professionnelle adaptée aux les générations si nombreuses seront plus une richesse qu’un poids.
besoins est un gage de modernisation de l’agriculture et permet aux Il n’y a pas le choix. Nourrir et faire vivre deux milliards de person-
jeunes de se dégager du poids souvent pesant des traditions. nes en 2050 implique de faire de l’agriculture la priorité absolue.

Pour aller plus loin


CTA Banque mondiale Fondation Farm
16e Briefing de Bruxelles sur La croissance • Rapport sur le développement dans le Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde
monde 2008. L’agriculture au service du • Les potentialités agricoles de l’Afrique de l’Ouest
démographique et ses implications pour le développement [Link]
développement rural ACP (janvier 2010) [Link] • Défis agricoles africains
[Link] RuralStruc Sous la direction de J.-C. Devèze
FAO [Link] (en anglais) Karthala, 2008, 414 p. - ISBN 978-2-8111-0011-7
Forum d’experts de haut niveau sur Comment • Les besoins d’investissement dans • Nourrir la planète
l’irrigation en Afrique subsaharienne Par M. Griffon
nourrir le monde en 2050 ? (octobre 2009) Résumé en français : Éditions Odile Jacob, 2006
[Link] [Link] ISBN 978-2-7381-1805-9

Spore hors-série / Août 2010 11


recherches & initiatives
2 | Les défis des zones rurales

interview “Produire plus sans polluer” L’équation


Vincent Ribier, chercheur en économie au CIRAD-Environnements et sociétés malienne
Face au défi Dans les exploitations qui main-d’œuvre. C’est donc un gage de Une économie qui évolue
de nourrir une utilisaient peu d’intrants chimiques, maintien de la population en milieu peu face à une croissance
population avec de bas niveaux de rendement, rural à l’heure où les questions démographique toujours
mondiale de comme c’est généralement le d’emploi et d’exode rural sont forte. Telle se présente
plus en plus cas dans les petites exploitations d’une actualité brûlante. Les gains “L’équation malienne”
nombreuse tout en se préoccupant africaines, la forte disponibilité de productivité obtenus sans selon RuralStruc
de l’environnement, vous répondez potentielle de biomasse laisse acheter d’intrants permettent (pour Rural
par l’agriculture écologiquement augurer une amélioration de la de conserver leur rentabilité Structure), une
intensive. Que recouvre ce concept ? fertilité naturelle, tout en réduisant aux exploitations même avec plus de étude menée depuis trois ans au
L’agriculture écologiquement la sensibilité aux aléas climatiques main-d’œuvre. sein de la Banque mondiale sur
intensive cherche à mieux valoriser et aux risques de maladie. Cela peut l’évolution des économies rurales.
les ressources naturelles disponibles se traduire pour les agriculteurs Chacun peut donc facilement Au Mali, la population a quadruplé
dans l’écosystème. L’objectif est par plus de stabilité économique et l’appliquer sur son exploitation ? depuis l’indépendance et pourrait
de modifier le fonctionnement moins de risque, et contribuer à la Oui, mais le système fonctionne encore quadrupler pour atteindre
du système pour le rendre plus fonction d’assurance. mieux si l’on n’est pas isolé dans 56 millions d’habitants en 2050, soit
efficace. Cela permet simultanément cette démarche. Il est bien que des 40 millions de plus qu’aujourd’hui.
de limiter l’utilisation des intrants Ce système est donc bien adapté à la exploitations voisines entreprennent Cette forte croissance s’explique par
chimiques comme les engrais et les petite agriculture familiale ? la démarche ensemble. Les résultats une fécondité toujours élevée, une
pesticides, et donc la pollution. Le Tout à fait. Le moindre recours à seront plus probants si ces baisse de la mortalité, le tassement de
cycle du carbone est intensifié par la des intrants rend ces pratiques plus pratiques sont généralisées au sein l’émigration et le retour des migrants
production de biomasse qui accroît le accessibles à des producteurs ne de la zone de production. Dans le de Côte d’Ivoire à la suite des troubles
stock de matière organique disponible pouvant pas préfinancer l’achat des cas contraire, la phase de transition politiques et de leurs retombées
pour la plante. Cette biomasse différents facteurs de production. sera plus lente et délicate à gérer. Il socio-économiques.
assure une couverture du sol afin D’autre part, le système est est donc souhaitable d’encourager Où et à quoi seront employés
de réduire les adventices, diminuer valable quelle que soit la taille de l’adoption de ces pratiques à les 300 000 jeunes bras nouveaux
l’évaporation et l’érosion des sols, et l’exploitation, ce qui ne pénalise l’échelle de micro-bassins versants qui se présentent chaque année
enfin améliorer la fertilité. Le cycle de pas les très petits producteurs. et de favoriser la réalisation sur le marché du travail et qui
l’eau est également optimisé par des Enfin, cette agriculture demande en commun de divers travaux seront 520 000 dans 15 ans ?
ouvrages simples de rétention. peu d’intrants mais beaucoup de d’aménagement. Pour RuralStruc, l’urbanisation se
poursuivra à un rythme soutenu. Mais
la population rurale, estimée à 64 %

Les scénarios Agrimonde semences améliorées, en grande


partie OGM. La grande majorité
des Maliens, devrait rester majoritaire
jusqu’en 2030. L’économie malienne
La plateforme Agrimonde est un de préserver en grande partie la des exploitations agricoles, petites aura 6,2 millions de nouveaux actifs à
outil de réflexion prospective sur biodiversité. comme grandes, sont devenues absorber dans les quinze prochaines
les enjeux alimentaires et agricoles très mécanisées et industrielles. La années et le milieu rural à lui seul
mondiaux piloté par l’INRA et le Scénario Agrimonde GO croissance économique mondiale 3,3 millions, soit un peu plus de
CIRAD (France). Pour arriver à fournir (Global orchestration) : a été très forte, les créations 200 000 par an en moyenne.
à chacun des 9 milliards d’habitants nourrir la planète en d’entreprises nombreuses, l’exode Le secteur agricole reste donc
de la planète 3 000 kcal/j (soit un privilégiant la croissance rural s’est accru. Les préoccupations déterminant pour l’avenir du pays. La
quart de plus qu’actuellement pour économique mondiale environnementales sont prises en croissance démographique urbaine
l’Afrique) en 2050, les chercheurs ont Ici, l’augmentation rapide de compte à l’échelle mondiale. offre de nouveaux et importants
envisagé deux scénarios. la production alimentaire prime. Pour un décollage agricole débouchés pour les produits
On l’obtient grâce à de forts rapide en Afrique subsaharienne, agricoles, de même que l’intégration
Scénario Agrimonde 1 : investissements dans la recherche, les chercheurs estiment préférable régionale en cours qui fera jouer la
nourrir la planète en les infrastructures, l’éducation et la de commencer par un scénario complémentarité des productions.
préservant les écosystèmes santé, la diffusion rapide de nouvelles Agrimonde GO. Cela laisserait Le développement d’une économie
Ce scénario repose sur technologies avec l’aide des firmes le temps de perfectionner les rurale non agricole, largement
l’intensification écologique de la multinationales, favorisée par de techniques d’intensification basée sur les services, créerait un
production agricole en préservant les faibles barrières commerciales. écologique nécessaires pour adapter autre important vivier d’emplois.
ressources naturelles et la fertilité des Les cultures sont beaucoup plus l’agriculture aux changements Mais son développement dépend de
sols. En 2050, des investissements intensives grâce aux engrais et aux climatiques. l’augmentation du pouvoir d’achat
massifs ont permis d’aménager les agricole.
territoires, d’organiser les filières, L’importance de l’enjeu justifie
d’améliorer les revenus des ruraux. bien, selon RuralStruc, la mise en
L’exode rural s’est ralenti. Les place de nouvelles politiques en
échanges de biens alimentaires sont faveur du monde rural, actuellement
régulés par l’Organisation des Nations très défavorisé. Dans un contexte de
unies pour la sécurité alimentaire réduction de l’émigration, de baisse
© Terre Nourricière

(UNOFS) qui gère aussi les stocks. des effectifs de la fonction publique
Les terres cultivées se sont étendues, et de faiblesse persistante du tissu
mais les pratiques agroforestières industriel, l’agriculture reste un
et agroécologiques ont permis réservoir majeur d’emplois.

12 Spore hors-série / Août 2010


1 | Démographie

3 | Agir sur la force de travail


Productivité
rime avec santé
© Syfia International

L’amélioration de la santé en milieu rural peut avoir des répercussions majeures sur la démo-
graphie et la productivité du travail. Autre domaine clé, l’éducation, celle des femmes et des
filles surtout, pour qu’elles pèsent davantage sur l’avenir de leurs familles.

Tout paysan le sait : produire de la nourriture


est un dur labeur. Qu’il s’agisse de
culture, d’élevage, de foresterie ou de pêche, de bons résultats sont dans
antirétroviraux (ARV) et de nombreux patients sous thérapie ARV rede-
viennent productifs, alors qu’ils étaient trop malades auparavant pour
travailler”, explique le Dr Phil Thuma, administrateur de l’hôpital de la mis-
une certaine mesure liés à la santé et à la force des personnes impli- sion de Macha en Zambie, où l’on traite les patients atteints de sida, tuber-
quées. Des millions d’individus dans les pays ACP sont privés d’accès culose et paludisme. Dans la région de Hoedspruit, au Limpopo, en Afrique
aux soins médicaux de base ; le manque est d’autant plus criant dans du Sud, les exploitations agricoles qui fournissent des services sanitaires
les zones rurales. Or, il faudra étendre les services sanitaires aux com- à leurs ouvriers, incluant tests du sida et traitement ARV, ont observé une
munautés rurales si l’on veut consolider la force de travail et améliorer augmentation de leur productivité. Dans le cadre de la même initiative, les
la sécurité alimentaire. Les maladies telles que le paludisme, la tuber- femmes se voient proposer des services de planning familial et de mater-
culose et surtout le VIH/sida ont un immense impact sur la capacité de nité et leurs enfants sont intégrés à des programmes de vaccination.
travail des gens ; l’absentéisme et les faibles performances imputables
à la maladie posent un vrai problème, en particulier en Afrique australe
Prévention et diagnostic
et de l’Est. Soins médicaux coûteux et temps passé à veiller des parents La vaccination contre des maladies telles qu’oreillons, polio, diphté-
malades épuisent aussi les revenus des ménages. En Afrique subsaha- rie et tétanos peut considérablement contribuer à réduire la mortalité
rienne, le sida a tué environ sept millions de travailleurs agricoles depuis infantile. Il est de plus avéré que, quand le taux de mortalité infantile
1985. La région Caraïbe est la seconde la plus touchée au monde ; le sida chute, les femmes ont moins d’enfants. Améliorer la nutrition est pri-
y demeure l’une des principales causes de décès des 25-44 ans. mordial pour une meilleure santé, en particulier celle des ruraux dont
Maladie que l’on peut à la fois prévenir et guérir, la tuberculose emporte la force de travail est indispensable pour cultiver et élever le bétail.
encore 1,3 million de vies chaque année et, si la lutte contre le paludisme D’autres éléments peuvent faire une grande différence ; par exemple
progresse grâce aux moustiquaires imprégnées d’insecticide et aux thé- un environnement plus hygiénique — incluant un approvisionnement en
rapies combinées à base d’artémisinine, des financements et actions eau saine pour réduire les maladies telles que la diarrhée, l’une des pre-
supplémentaires sont indispensables. Les Nations unies estiment que le mières causes de décès chez les moins de cinq ans.
paludisme cesserait de tuer d’ici 2015 si des moustiquaires de lit étaient Le diagnostic est une composante essentielle de toute stratégie de
fournies à toutes les populations vivant dans les pays où il est endémique. prévention, mais dans nombre de pays ACP les installations font défaut.
L’amélioration de la santé rurale a des effets tangibles sur la pro- Un test rapide et bon marché développé par des chercheurs aux USA sou-
ductivité. “Nous disposons à Macha d’une grande clinique de soins lève l’espoir de détecter précocement trois maladies négligées. Ce test

Bonne nuit de la maladie ces dernières années.


Cependant, l’introduction d’un programme
de 15 000 moustiquaires gratuites et le nettoyage
de 54 sites de reproduction des moustiques. Le

aux Salomon !
de distribution de moustiquaires lancé avec programme incluait aussi des conférences sur le
l’assistance de bailleurs donne de bons résultats. paludisme et les méthodes pour s’en protéger.
Le paludisme est généralement très répandu : Le Programme national de lutte contre le
Le paludisme n’est pas seulement un problème 77 insulaires sur 1 000 en sont victimes chaque paludisme prépare à présent la distribution de
de santé publique majeur, c’est aussi un obstacle année. Les enfants de moins de cinq ans sont 360 000  moustiquaires supplémentaires. Selon
important au développement des îles Salomon, particulièrement vulnérables : ils représentent son directeur national, Albino Bobogare, les mous-
et il génère d’énormes pertes économiques. plus d’un quart des admissions hospitalières tiquaires correctement utilisées devraient encore
Conflits ethniques armés, services sanitaires pour paludisme. faire chuter les taux d’infection. “Une simple
défaillants et déclin des investissements publics Les chiffres indiquent toutefois un déclin moustiquaire de lit reste l’une des armes les plus
ont gravement affecté les activités de contrôle substantiel en 2009 après la distribution de plus efficaces dans la lutte contre le paludisme”, dit-il.

Spore hors-série / Août 2010 13


3 | Agir sur la force de travail
trois-en-un fournirait un diagnostic fiable de la maladie de Chagas, de diminuent dans les pays du Sud, leurs niveaux demeurent élevés en Afri-
la leishmaniose et de la trypanosomiase africaine ou maladie du sommeil, que et l’usage de contraceptifs y reste limité. Les États ont régulièrement
en seulement une heure et pour quelques cents l’unité. L’Organisation intensifié leurs politiques de promotion de la contraception dans le der-
mondiale de la santé (OMS) estime que quelque trois millions de person- nier quart du vingtième siècle. La demande de planning familial devrait
nes sont infectées chaque année par l’une de ces trois maladies. néanmoins dépasser l’offre, une situation qu’exacerbe la crise finan-
Début 2010, des scientifiques de cinq pays est-africains ont créé un cière. En outre, bien que l’utilisation de contraceptifs ait augmenté dans
centre conjoint de surveillance pour la détection précoce et le contrôle le monde, de moins de 10 % dans les années 1960 à 62 % des femmes
des maladies infectieuses. Grâce à de meilleurs laboratoires, le Centre de mariées en âge de procréer en 2009, les disparités régionales restent
contrôle des maladies infectieuses de l’Afrique de l’Est (EACIDS), qui ras- considérables. En Afrique, seules 28 % des femmes mariées recourent à
semble des membres du Burundi, du Kenya, de l’Ouganda, du Rwanda et la contraception, contre 71 % en Amérique latine et 67 % en Asie.
de la Tanzanie, devrait améliorer la détection et le traitement transfronta- Si les femmes en Afrique ont été dans l’ensemble lentes à adop-
liers des épidémies infectieuses. Si celles-ci restent la pire menace sur la ter la planification des naissances, c’est en partie pour des raisons reli-
santé de la plupart des régions ACP, l’obésité émerge comme un problème gieuses, économiques et culturelles. Dans de nombreux pays, avoir une
majeur, en particulier dans les Caraïbes et le Pacifique. Ce phénomène est famille nombreuse reste un signe de prestige social, surtout dans
largement dû au changement de régime alimentaire et de style de vie, avec
la dépendance vis-à-vis d’aliments importés, moins sains, excessivement Taux de natalité en 2009
gras et sucrés. Dans le Pacifique, qui connaît ces dernières années une
augmentation alarmante des maladies chroniques due à la surconsom- Moins de 10 ‰ De 20 à 30 ‰
mation d’aliments importés, entre autres, un projet de sensibilisation des De 10 à 20 ‰ Plus de 30 ‰
populations aux bienfaits des espèces sous-exploitées a permis d’identi-
fier plusieurs cultures clés et de lancer une campagne pour les rendre plus
accessibles et les réintroduire dans les régimes alimentaires locaux.
Mieux vaut prévenir que guérir, mais cela coûte cher et beaucoup ne
consultent qu’en cas de problème grave. Les systèmes d’assurance médi-
cale en zones rurales qui démarrent dans certains pays ACP contribuent
à remédier à cela en proposant à leurs clients un accès à des services
médicaux pour des contrôles ou traitements. Dans le Sud-Kivu, le nombre
de personnes qui contractent une assurance a quasiment doublé ces deux
dernières années. Cadre de la santé publique, Isaac Miruho affirme que
l’un des effets notoires est l’augmentation du nombre d’accouchements
à l’hôpital — avec donc moins de complications — et du nombre de mères
qui se rendent aux consultations prénatales, ce qui contribue à améliorer
les taux de survie des mères comme des enfants. Plus de 500 000 fem-
mes meurent en couches chaque année dans le monde, la plupart au
Sud. Dans plusieurs pays ACP, les technologies « e-santé » mobilisant
les TIC pour encourager et suivre la prise des médications au sein des
populations rurales s’annoncent prometteuses. Un système d’archivage
électronique délivrant tests et traitements médicaux à 40 000 patients a
révolutionné le traitement du VIH dans l’ouest du Kenya.

Des familles moins nombreuses


Permettre aux couples de limiter le nombre de leurs enfants et
d’espacer les grossesses est un droit inscrit dans un certain nom-
bre de déclarations internationales. Bien que les taux de fécondité
Source : [Link]

Niger : [ reportage ]
les marabouts à la rescousse
passé, étaient très hostiles à cette planification se Pour Nana Hadiza, enseignante à Maradi — ville
montrent attentifs à leurs discours. située à plus de 700 km à l’est de Niamey, la
Alamy/[Link]

Au Niger, pays fortement islamisé, les capitale du Niger —, l’évolution des mentalités
marabouts sont consultés sur tous les sujets de constatée chez beaucoup de maris est le fruit de
société. Ils préconisent l’allaitement maternel la sensibilisation des marabouts. “Ils nous disent
comme la méthode la plus appropriée pour ce qui est permis et ce qui est interdit en matière
L’espacement des naissances n’est plus un sujet espacer les naissances. Mais certains hommes, de contrôle des naissances”, témoigne Ali Ibra, un
tabou au Niger. Les marabouts commencent à le plus souvent instruits, font plus confiance aux polygame de 35 ans, revendeur à Maradi.
modérer leurs discours dans ce pays où l’indice contraceptifs modernes. “C’est une véritable “Ici, le nombre de femmes qui consultent pour
de fécondité est l’un des plus élevés au monde révolution. Aujourd’hui, des hommes même non la contraception a presque triplé ces dix dernières
(7,1 enfants par femme). instruits acceptent la contraception”, affirme années”, constate Fatchima Zara, 46 ans, sage-
“Le musulman croyant que je suis s’interdit de Hassane Mani, 52 ans, agriculteur, père de femme dans une maternité de Niamey. “Elles
parler de limitation des naissances. C’est Dieu 15 enfants. Rabi Moussa, 36 ans, ménagère, très viennent chercher des pilules. D’autres se
qui nourrit et c’est Lui qui donne les naissances. affaiblie par ses six maternités, nous confie : “Mon font faire des injections, mais elles demandent
Néanmoins, pour la santé de la mère et de l’enfant, mari ne fait plus de résistance. L’espacement des rarement des préservatifs. Sage-femme depuis
l’islam n’interdit pas d’espacer les naissances”, naissances n’est plus un problème dans notre plus d’une vingtaine d’années, je suis convaincue
assure Mallam Adam, marabout. Autrefois foyer. Il y a 12 ans, il m’avait battue quand je lui que, désormais, elles ne le font pas à l’insu
impensables, de tels propos développés de ai dit que j’étais allée au centre de planification de leurs maris, très opposés à tout cela il y a
plus en plus par des marabouts sont en train de familiale. Maintenant, il accompagne lui-même ma quelques années.”
changer les mentalités. Des hommes qui, par le jeune coépouse au centre.” Souleymane Saddi Maâzou

14 Spore hors-série / Août 2010


3 | Agir sur la force de travail
e]
[ reportag
20 sortes de fruits et de légumes et diverses her- nos propres défis à relever, dit Anna. Nous
bes. “Nommez un aliment au hasard et nous vous le avons besoin d’avoir une cuisine à nous,

Malawi :
cuisinerons, assure Anna, la trésorière du groupe. mais l’argent que nous gagnons profite à
Les touristes veulent toujours goûter la nourriture toute la communauté et nous aide à prendre soin
locale. À la fin de chaque mois, nous calculons nos des orphelins ainsi que des malades chroniques.”

plus éduquées… gains et les partageons entre nous.”


“Les femmes apprennent beaucoup de choses
Muyanga Ziba

mieux payées dans notre groupe, explique Mme Chinkhuntha.


Nous donnons par exemple des informations sur le
planning familial ainsi que sur le VIH/sida. Celles-ci
Les femmes de Dowa, au centre du Malawi, ont sont cruciales pour la santé des familles qui peuvent
un bon revenu et acquièrent des connaissances sur vivre de petits revenus.” Elle ajoute que les femmes
le contrôle des naissances et le VIH/sida avec l’aide sont les mieux placées pour transmettre ce genre
d’une ex-enseignante qui les a structurées en grou- d’informations aux filles, dont un nombre inquiétant
pement. C’est en constatant que de nombreuses fem- dans la région quitte l’école pour cause de grossesse
mes de son voisinage n’avaient aucun moyen de sub- précoce. “Une autre question vitale est celle de la
sistance que Chrissie Chinkhuntha a eu l’idée de créer terre : il y en a de moins en moins car la population
Tikondwe Freedom Gardens. “Chaque année, elles augmente. C’est un élément qui doit être contrôlé
n’avaient de nourriture que pour trois mois. Leurs en- et, sur ce thème, ce sont les femmes qui sont les
fants souffraient de la faim et pouvaient difficilement meilleurs pédagogues de leurs communautés.”
aller à l’école. Cela me préoccupait beaucoup”, se Les membres du groupe s’entraident
souvient l’enseignante à la retraite. À présent, toutes pour les travaux agricoles et domestiques,
les membres du groupe gagnent environ 500 € par ce qui inspire un fort sentiment de solida-
an. Elles ont appris de meilleures pratiques agricoles, rité. Elles vendent une partie de leur récolte
à fabriquer du compost bio et à cuisiner pour les visi- pour assurer les besoins familiaux et conservent

© M. Ziba
teurs toujours plus nombreux de leur exploitation. le reste tout au long de l’année pour ne plus être
Tikondwe Freedom Gardens produit plus de à court de nourriture ou d’argent. “Nous avons

les zones rurales où les enfants représentent éduquées risquent plus de tomber enceintes. Certains pays ont réduit
une source importante de main- d’œuvre et une la prévalence des maternités précoces en maintenant les filles à l’école
assurance-vieillesse. Si les taux de natalité et en réformant les lois sur le mariage précoce.
chutent dans l’Afrique urbaine en Au Malawi, où le planning familial était banni depuis de nombreuses
raison de modes de vie différents années, le gouvernement tente à présent de réduire de moitié les taux
— incluant un meilleur accès à la moyens de natalité (de six à trois enfants par femme) et de faire chuter
santé et l’éducation, mais aussi le nombre élevé de grossesses chez les adolescentes. “Sans diminution
un espace de vie plus restreint —, du taux de fécondité, la population du Malawi grimpera à 41 millions en
réduire le nombre des enfants 2040, contre 13 millions en 2010, explique le Dr Chisale Mhango, direc-
s’avère bien plus difficile en campagne. De teur de la Santé reproductive. Dans ce pays, 35 % des jeunes filles tom-
nombreuses Africaines recourent secrètement à la contraception et bent enceintes chaque année.”
privilégient les injections dont les effets durent trois mois et qui sont
moins faciles à détecter par leur mari que les autres méthodes.
Plus d’école, moins d’enfants
Une stratégie qui rencontre un certain succès au Nigeria consiste La relation entre éducation et fécondité est clair : une meilleure
à diffuser des informations sur la santé et le planning familial via les éducation mène à une élévation du niveau économique et social et à la
travailleurs communautaires. Le projet Kyautatawa Iyali (Bien-être de la baisse consécutive du nombre d’enfants par famille. L’éducation des jeu-
famille), géré par l’ONG internationale Centre pour le développement et nes femmes en particulier est un préalable indispensable pour s’attaquer
les activités en matière de population (CEDPA), a réussi à obtenir l’appro- aux taux de natalité. Il est prouvé qu’éduquer les filles entraîne une dimi-
bation des chefs religieux de la communauté très conservatrice du Nord- nution des taux de fécondité et améliore les soins aux enfants à naître.
Nigeria principalement musulman. Le risque de décéder en couches pour Selon les statistiques, les mères éduquées souhaitent investir dans leurs
les Nigérianes est de 1 pour 18 — l’un des taux les plus élevés du monde —, enfants et procréent moins. Des données récentes de nombreux pays les
imputable en partie aux grossesses rapprochées, à des soins inadaptés et moins avancés (PMA) révèlent que les femmes ayant au moins atteint le
à un planning familial insuffisant. secondaire donnent naissance entre deux et trois fois moins d’enfants
Les campagnes de limitation des naissances les plus abouties ont en que celles qui n’ont pas été scolarisées. Les chercheurs analysant les taux
général été celles qui proposaient un soutien direct, avec une offre de de mortalité infantile en Éthiopie, au Kenya et au Nigeria ont découvert
planning familial via des structures étatiques — hôpitaux, cliniques, dis- que le nombre de décès des enfants de moins de cinq ans dont les mères
pensaires et services de santé mobiles. Cependant, le niveau des taux de ont atteint le niveau scolaire du secondaire est nettement inférieur à des
natalité de la majorité des pays africains montre qu’il faudra des décen- enfants dont les mères n’ont pas été scolarisées ou ont été seulement en
nies pour ramener les familles à des dimensions plus gérables. Bien que le primaire. L’éducation sexuelle à l’école a également eu des effets bénéfi-
Kenya ait instauré une politique nationale de réduction de la croissance ques, réduisant les comportements à risques des filles quant aux grosses-
démographique dès 1963, les taux de fécondité n’y ont réellement com- ses, infections VIH et autres maladies sexuellement transmissibles. Les
mencé à chuter que presque 30 ans plus tard (voir page 16). efforts de prévention du VIH sont plus efficaces lorsqu’ils sont liés à des
La réduction des grossesses précoces est un volet essentiel de toute programmes de planning familial.
stratégie de limitation de la croissance démographique et d’augmentation Mais il faut aussi éduquer les hommes sur le comportement sexuel
de la productivité. Les chiffres montrent que retarder l’âge de la mater- et ses implications, et en particulier les jeunes dont les attitudes à l’égard
nité et espacer les grossesses améliorent la survie des nourrissons et des du sexe, des femmes et de la natalité contribueront à former la prochaine
enfants. Les grossesses de filles âgées de 15 à 19 ans sont plus communes génération. Bien que cet aspect soit largement négligé, des initiatives exis-
en Afrique subsaharienne, en Amérique latine et aux Caraïbes qu’en Asie tent. Pour compléter son travail auprès des adolescentes, le CEDPA informe
du Sud et du Sud-Est. Les taux de grossesses précoces sont particulière- aussi les garçons pour les aider à devenir de meilleurs partenaires. Dans le
ment élevés en Afrique, avec 118 naissances pour 1 000 jeunes filles. cadre de ce programme, le centre forme des éducateurs pairs au sein de
Ces chiffres résultent en partie des carences du planning familial, groupes de jeunes et d’autochtones, afin qu’ils transmettent un message
mais aussi des systèmes éducatifs. Les adolescentes rurales et moins responsable sur le planning familial et la santé reproductive.

Spore hors-série / Août 2010 15


3 | Agir sur la force de travail

Pour aller FHI


Family Health International
Reproductive Health Gateway
Portail d’information sur la santé de la
plus loin [Link] reproduction et le planning familial
Centre africain de recherche FIPP [Link]
sur la population et la santé Fédération internationale pour la parenté planifiée
Reproductive Health Supplies Coalition
[Link] [Link]
Coordination de l’approvisionnement en matière
CEDPA Fonds mondial de lutte contre le sida,
[Link] de produits contraceptifs
la tuberculose et le paludisme
Équilibres et Populations [Link]
[Link]
[Link] Safe Motherhood
OMS
EuroNGOs [Link]
[Link]
ONG européennes pour la santé et les droits
sexuels et reproductifs, la population et le PAI • L’Afrique face à ses défis démocratiques.
développement Population Action International Un avenir incertain
[Link] [Link] AFD/CEPED/Karthala, 2007 - ISBN 978-2-84586-944-8

recherches & initiatives


d’arbre. Pourquoi ? À cause d’une
démographie galopante. La pénurie Le Kenya réduit
de terre provoque de nombreuses
disputes qui dégénèrent en conflits. son taux de natalité
C’est là qu’interviennent nos Dans un paysage subsaharien Dr Alfred Otieno, du département
conseillers pour recommander marqué par des taux de fécondité des Études démographiques de
aux populations de planifier les élevés, le Kenya est partout l’Université de Nairobi. L’Enquête
naissances. Nous ciblons les jeunes considéré comme un exemple de démographique et de santé
et les familles en âge de procréer. réussite en matière de planning montre qu’il en a résulté une
Les chiffres de l’Institut national familial. Sous la présidence de Daniel chute du taux global de fécondité
de la statistique montrent que la Moi, à la fin des années 1970 et (TGF), qui est passé de 7,8 en
population malawite augmente très 1980, des campagnes d’information 1979 à 6,7 en 1989, puis à 4,6 en
vite. Les ménages ont six enfants et des investissements dans la santé 2009. Quelque 46 % des femmes

interview au lieu de trois. Si cette tendance


s’accentue, nous serons 41 millions
publique ont encouragé les Kényans
à réduire la taille moyenne des
mariées utilisent aujourd’hui des
méthodes contraceptives contre

Malawi : en 2040. Où trouverons-nous


de quoi nourrir tout ce monde ?
familles.
“Face au fardeau qui pesait sur
39 % en 2008. En comparaison,
les TGF des pays voisins restent

des familles De nombreux déscolarisés n’ont


déjà pas d’emploi. Les places en
les épaules de nombreux parents
— surtout ceux qui avaient six à dix
élevés : 5,3 pour la Tanzanie et
6,7 pour l’Ouganda où l’utilisation

moins secondaire et à l’université sont


difficiles à obtenir. Beaucoup de
enfants —, la majorité des Kényans
ont choisi d’adopter les méthodes
de contraceptifs est bien moins
répandue.

nombreuses filles abandonnent leurs études


encore adolescentes et déjà
du planning familial”, rappelle le Nicholas Okeya

enceintes. Les dirigeants doivent


Le Révérend Symon Msowoya dirige
l’ONG malawite Every Home for Christ, trouver une solution durable à ce
active dans le secteur de l’éducation et du problème : qui prendra soin de ces
planning familial. enfants sans père, quand déjà les
parents de ces filles luttent pour les
Il ne peut y avoir de sécurité envoyer à l’école ? Nos conseillers
alimentaire au sein des ménages jouent un rôle capital dans la
sans planning familial. C’est vital. diffusion du message. Le fait qu’un
Il est très important pour ce pays grand nombre de femmes réclame
que les familles restent “gérables”, à présent des injections pour
sans quoi les problèmes de pénurie éviter de nouvelles grossesses est
alimentaire continueront. Le coût réconfortant : cela signifie que nous
de la vie au Malawi augmente progressons.
chaque année et seules les familles Le défi le plus grand vient des
peu nombreuses pourront survivre. jeunes qui pensent que le planning
Une grande famille, cela veut familial cherche à les dissuader
dire un plus grand jardin, plus d’avoir des enfants. Certains
d’intrants, et aussi plus d’argent couples croient que les pilules
pour vêtir les enfants et les et injections vont les rendre
envoyer à l’école. complètement stériles, voire qu’il
Les populations le constatent s’agit d’un moyen imaginé par
déjà dans le sud du pays : les l’étranger pour les empêcher d’avoir
J.-J. Lemasson © IRD

habitants de certains districts, beaucoup d’enfants : ils nous rient


tels Chiradzulu et Mulanje, ont au nez quand nous leur enseignons
du mal à trouver de la terre pour les méthodes de planning familial.
faire leur jardin. Dans certaines Raison de plus pour continuer à
zones, il n’y a pratiquement pas nous battre.

16 Spore hors-série / Août 2010


4 | Agir sur le développement rural
L’agriculture,
un investissement d’avenir
© Syfia International

Des politiques agricoles fortes et structurées, pilotées et largement financées par les États,
sont essentielles pour favoriser la mutation de l’agriculture africaine, laquelle va devoir
employer des jeunes de plus en plus nombreux, leur assurer des revenus décents et alimenter
une population croissante.

“Il n’y a pas de fatalité. Le capital humain est sans


conteste le plus important du développement
agricole”, affirmait en février 2010, Modibo Sidibé, premier ministre
Celles-ci doivent prendre en compte l’ensemble des composantes
nécessaires à l’essor de l’agriculture et à l’amélioration des conditions
de vie des ruraux.
malien, au Forum de Bamako, espace de réflexion, de partage d’ex-
De vigoureuses politiques agricoles
périences sur les grands sujets de l’heure qui touchent le continent
africain. Et c’est la modernisation de l’agriculture qui permettra aux C’est aux États et aux organisations régionales de stimuler, coor-
générations montantes, si nombreuses, des pays africains de vivre donner, financer les changements significatifs et rapides indispensables,
décemment, de rester en grande partie dans les campagnes et d’assu- en associant les organisations de producteurs et la société civile. Toutes
rer la sécurité alimentaire des populations tant rurales que citadines. les études s’accordent à dire que travailler avec l’ensemble des acteurs
L’avenir du continent et celui de son agriculture sont donc intimement du secteur agricole — État, organisations paysannes, secteur privé et
liés, ce qui avait un peu été oublié ces dernières décennies. bailleurs de fonds — est un facteur d’efficacité. En Afrique de l’Ouest, les
Face au défi de la croissance démographique et aux urgences engen- organisations faîtières nationales de producteurs participent désormais
drées par les changements climatiques et la mondialisation des échanges, activement à la mise sur pied des politiques agricoles. Elles disposent
les sociétés rurales sont appelées à muter profondément, les opérateurs même d’une plate-forme sous-régionale, le ROPPA. Des organisations
économiques à investir dans l’agriculture, les gouvernants à mettre en nationales et régionales existent aussi en Afrique de l’Est et australe
œuvre de vigoureuses politiques de développement agricole et rural. ainsi qu’en Afrique centrale où elles sont toutefois moins présentes.

Afrique de l’Ouest : le dynamisme des OP


Associations ou organisations paysannes agricoles de Côte d’Ivoire (ANOPACI). internationales : dans la commission agriculture et
(OP), groupements villageois, organisations Cette dernière, par exemple, née en 1998, environnement de l’Union économique monétaire
professionnelles… La vie associative a connu une regroupe la totalité des filières agricoles ouest-africaine (UEMOA), au comité régional des
effervescence inédite dans les années 1990 en ivoiriennes, des éleveurs de caprins aux ACP, dans les négociations de l’OMC…
Afrique de l’Ouest. Regroupées en fédérations producteurs de café-cacao, de caoutchouc, de Au service de ses membres, elle vise à
nationales, ces organisations ont acquis depuis coton, de fruits, de vivrier… Vingt organisations de augmenter leurs production et revenus, en
une légitimité nationale et internationale. producteurs en sont membres. Représentant la très particulier par une meilleure information
Elles agissent comme forces de proposition, grande majorité des producteurs du pays, l’Anopaci sur les marchés et en publiant un journal.
de concertation ou de revendication dans les est devenue l’interlocuteur incontournable L’UNACOOPEC-CI, une institution de
grandes décisions concernant la politique du ministère ivoirien de l’Agriculture dans microcrédit qui en est membre, compte plus de
agricole et le monde rural. C’est le cas du Conseil l’élaboration de la loi d’orientation agricole. 200 000 sociétaires.
national de concertation et de coopération des En 2009, l’UE lui a confié la restructuration et Comme les autres OP de la sous-région,
ruraux (CNCR), créé au Sénégal dès 1993, de la professionnalisation des organisations de la l’Anopaci est membre du Réseau des
la Coordination nationale des organisations filière coton. Elle bénéficie aussi de financements organisations paysannes et de producteurs
paysannes (CNOP) au Mali, de la Plate-forme de la FAO pour redynamiser la Plate-forme des agricoles d’Afrique de l’Ouest (ROPPA), créé en
paysanne au Niger ou encore de l’Association agricultrices, membre de l’association. Elle 2000 par les fédérations agricoles nationales de
nationale des organisations professionnelles intervient dans les négociations régionales ou dix pays de l’UEMOA.

Spore hors-série / Août 2010 17


4 | Agir sur le développement rural
Pour préparer l’avenir, les jeunes doivent trouver leur place dans ces aujourd’hui moins de 3 % des financements privés. Cependant, elle
structures et pouvoir y donner leur avis. attire de plus en plus les opérateurs économiques, voire les fonction-
À l’échelle régionale, l’ECOWAP, la politique agricole de la CEDEAO, naires, qui y voient la possibilité d’investissements rentables. C’est
est le résultat d’une concertation entre les États membres et les orga- pour inciter les entreprises à bâtir des projets et soutenir les coopé-
nisations socioprofessionnelles. Elle promeut les produits stratégiques ratives agricoles et petites entreprises dans leurs efforts de moderni-
pour assurer la sécurité alimentaire (riz, maïs, manioc, bétail et produits sation qu’a été mis en place le Fonds pour l’agriculture africaine (FAA)
de la mer), la construction d’un environnement propice à une évolution qui disposera, dans les mois à venir, de 240 millions € prêtés par des
des systèmes de production et des filières agricoles et à l’amélioration banques de développement régional du continent, des organisations
de la productivité pour réduire les prix alimentaires et la pauvreté des internationales et des fondations. La sécurité alimentaire est au cen-
producteurs. Autant d’éléments qui reviennent dans la plupart des plans tre de ce dispositif. Une large place est laissée à l’agrobusiness pour
d’investissement agricoles dont le financement a récemment été évalué augmenter la production alimentaire, de céréales en particulier. Mais
pour les 15 pays de la CEDAO, à 455 milliards de FCFA (693,6 millions €) surtout les partenariats entre l’agrobusiness et les exploitations fami-
pour les cinq prochaines années. liales peuvent aider les petits producteurs à disposer de moyens de
production, à se moderniser, à accéder aux marchés.
Le secteur privé impliqué Le maintien de l’agriculture familiale, qui emploie une main-d’œu-
Mais l’État n’est pas le seul acteur ; le secteur privé est invité à vre importante, reste cependant essentiel pour limiter l’exode rural et
prendre une part croissante dans l’agriculture. En Afrique, celle-ci reçoit intensifier la production. Pour cela, les petites exploitations doivent

Pertes après récoltes


en Afrique de l’Est et australe
(estimations en pourcentage de la production annuelle en 2007)

MAÏS
17,8 %
ORGE
9,7 %
BLÉ
11 %
SORGHO
12,2 %
MIL
12,3 %
RIZ
11,1 %
TEFF
11,7 %
TOUTES
15,10 %
© Terre Nourricière

CÉRÉALES

0 5 10
Source : PHL Network

Afrique du Sud : terres promises age ]


[ report
Depuis dix ans, Nontobeko Semango, d’Ermelo foncière en Afrique du Sud rend les choses l’inefficacité des institutions chargées de sa mise
au Mpumalanga, est sur la liste d’attente des particulièrement difficiles pour les femmes. “Les en œuvre et la marginalisation politique de la
attributaires de terres dans le cadre de la lois coutumières nous empêchent toujours d’obtenir réforme foncière, la redistribution de 96 % des
réforme foncière en Afrique du Sud. À l’instar de des droits fonciers”, affirme Semango. terres arables, toujours aux mains d’exploitants
nombreuses femmes chefs de famille qui cherchent Veuve et mère de cinq enfants, elle a vécu la blancs, reste à l’état de projet lointain. La
à joindre les deux bouts, elle sait que ses chances réalité de la discrimination. “À un moment donné, le Commission des revendications foncières
d’obtenir la terre promise dans un proche avenir chef a presque pris ma terre pour la donner au frère d’Afrique du Sud est encore loin de son objectif :
sont infimes. La lenteur du programme de réforme de mon mari défunt, puisque notre loi coutumière ne transférer 30 % des terres agricoles commerciales
permet pas aux femmes d’en posséder”, se souvient aux paysans noirs d’ici 2014. “Il semble qu’il n’y
Semango, dont le mari est décédé il y a sept ans. ait pas d’issue, surtout lorsque le gouvernement
Sur ses 3 ha de terrain plantés en manguiers, annonce, comme il vient de le faire, qu’il sera dans
bananiers et avocatiers, elle cultive du maïs et des l’incapacité de réaliser ses objectifs de réforme
fruits qu’elle vend sur le marché local pour envoyer foncière”, se désole Semango.
ses enfants à l’école. La taille de sa parcelle suffit Selon Sizane Ngubane, directrice du Mouvement
pour une agriculture de subsistance, mais pas pour des femmes rurales, l’absence de volonté politique
une exploitation pour la vente. De plus, sa parcelle pour résoudre les problèmes des femmes sans-terre
est située sur d’anciens bantoustans, ces terres pauvres est l’un des problèmes majeurs du pays.
©Eric MILLER/PANOS-REA

improductives où les Noirs ont été parqués sous “Pour donner aux femmes un réel moyen d’entre-
l’apartheid. Les rendements y sont très faibles à prendre au plan économique, il faut commencer par
cause de la surexploitation des terres qui réclament régler le problème de leur accès à la terre, estime
à présent beaucoup d’intrants pour restaurer la Ngubane. La terre est un bien vital, à la base de tout
productivité d’un sol épuisé. “Cette parcelle est trop développement ; c’est d’elle que provient la nourri-
petite pour moi”, ajoute Semango. ture que nous mangeons pour vivre.”
Entravée par l’insuffisance de financement, Fidelis Zvomuya

18 Spore hors-série / Août 2010


4 | Agir sur le développement rural

Transactions sur les terres : prudence


Depuis la crise alimentaire de 2007, les Louées pour de longues durées, plus respect pour les droits fonciers locaux.
acquisitions de terres dans les pays en rarement vendues, ces terres exploitées par des En outre, les contrats signés entre les États
développement se multiplient. Des pays très sociétés étrangères sont vouées à des cultures et les sociétés sont souvent peu transparents
dépendants des importations pour nourrir leur d’exportation vivrières ou non : 300 000 ha de riz et faiblement rémunérateurs. En Éthiopie, par
population, comme les pays du Golfe, la Chine cultivés par les Indiens en Éthiopie, 100 000 ha de exemple, l’hectare est loué 3 € par an. Les
ou la Corée du Sud, cherchent à sécuriser riz par les Libyens au Mali, 635 millions € investis investisseurs n’ont, par ailleurs, pas toujours
leurs approvisionnements. Dans le même par la Malaisie dans le secteur de l’huile de palme l’obligation de faire travailler la main-d’œuvre
temps, la perspective d’une forte hausse des au Liberia… locale à un coût décent.
besoins alimentaires, conjuguée à la vogue Certains estiment que l’arrivée de ces La Banque mondiale, pourtant favorable à ces
des biocarburants, fait de la terre un objet de sociétés qui offrent des emplois, améliorent les investissements, vient d’admettre que ces projets
placement fort rentable sur le long terme. Depuis infrastructures, modernisent les méthodes de ne profitent pas toujours aux communautés
2004, 30 millions d’hectares de terres agricoles culture, accroissent la productivité et bénéficient locales, qui ne sont ni consultées, ni associées
au moins ont été cédés à des investisseurs de débouchés garantis est bénéfique pour aux négociations et sont régulièrement chassées
étrangers en Afrique dont 12 millions sur les trois les agriculteurs locaux. Pour d’autres, cette des terres indispensables à leur survie.
dernières années. Le Mozambique, la RD Congo et appropriation des terres se fait au détriment • “Accaparement des terres” ou opportunité de développement
le Zimbabwe viennent en tête. des populations qui perdent leurs champs, sans [Link]
© Syfia International

15 20

passer d’une agriculture prioritairement tournée vers l’autoconsom- claires pour assurer la transparence des transactions et l’indemnisation
mation de subsistance, à une agriculture professionnelle, plus intensive, des agriculteurs privés de leurs terres.
orientée vers les marchés. Les chefs d’exploitation sont appelés à deve- Un autre facteur d’augmentation de la production considéré comme
nir des entrepreneurs agricoles, formés et informés. De nombreuses prioritaire est l’irrigation. De très importants investissements sont pré-
conditions sont à réunir pour que les jeunes, futurs exploitants, puis- vus pour construire plus de 130 barrages en Afrique subsaharienne.
sent évoluer dans ce sens. Selon une étude de la Banque mondiale, environ 23 millions d’hectares
de terres situées à moins de cinq heures de camion d’une ville importante
Terres : sécuriser et irriguer pourraient être irrigués par des systèmes à petite échelle de conception
L’accroissement de la pression sur les terres, lié à la hausse démo- simple, peu coûteux à gérer et à entretenir par les agriculteurs. Un autre
graphique, rend les politiques foncières particulièrement urgentes. Il avantage des cultures irriguées est qu’elles nécessitent une main-d’œu-
s’agit de favoriser un accès équitable à la terre, facteur de paix et de vre abondante et sont un vivier d’emplois pour les ruraux.
développement. La sécurisation des droits sur les terres est en effet un
Des moyens de production pour tous
préalable indispensable à l’intensification, car elle favorise les investis-
sements à long terme des petits agriculteurs et des entreprises dans la Les moyens de production, souvent négligés ces dernières décen-
gestion de leurs biens et des ressources naturelles. nies, sont les clefs de voûte des transformations attendues des exploi-
De nouvelles formes de tenure officiellement formalisées — fer- tations familiales. Aujourd’hui, l’utilisation d’engrais chimiques est
mage, baux à long terme — se développent qui tiennent compte à la fois considérée comme LA priorité pour accroître rapidement les rende-
des droits coutumiers, des pratiques locales, des besoins, du mode d’ex- ments. C’est pourquoi, des pays de plus en plus nombreux — Bénin,
ploitation et des capacités des agriculteurs. Certains pays font aussi des Burundi, Malawi, Mali… — les subventionnent largement avec des résul-
efforts pour améliorer les droits des femmes, nombreuses à être chefs tats souvent spectaculaires. Au Mali, les rendements du riz sont passés
d’exploitation, et des jeunes qui ont difficilement accès à la terre. de 1,5 à 2,4 t en moyenne de 2008 à 2009, grâce aux engrais. L’Ecowap
Des réformes foncières sont déjà engagées dans de nombreux pays. a inscrit l’octroi de subventions aux paysans dans ses objectifs, pour
Au Bénin, le Livre blanc de politique foncière, validé en octobre 2009, doper la production du manioc, du maïs et du riz. Mais à long terme, l’in-
facilite l’obtention rapide de titres fonciers (projet Millénium challenge). tensification écologique (voir interview page 12) permettrait d’asseoir
Au Rwanda, la réforme du Code de la famille permet aux femmes d’héri- durablement la fertilité des sols.
ter de terres. La vente ou la location à long terme des terres à des inves- Les semences améliorées, et les OGM selon certains, qui produisent
tisseurs étrangers, qui s’accélère, nécessite aussi des réglementations plus et sont moins sensibles aux maladies ou à la sécheresse sont un

Spore hors-série / Août 2010 19


4 | Agir sur le développement rural
autre facteur d’augmentation des récoltes. Selon l’ICRISAT, les varié- mesures en faveur du microcrédit doivent être prises pour permettre
tés hybrides de sorgho, de millet et de pois cajan ont un rendement de aux agriculteurs de s’approvisionner et aux jeunes de s’installer.
25 % supérieur à celui des variétés traditionnelles. Pour les mettre à la
Chercher, vulgariser, former
disposition de producteurs, il faut bâtir des filières semencières asso-
ciant services de l’État et paysans semenciers. Particulièrement importants pour promouvoir l’innovation et
Pour être efficace, la distribution de ces intrants et du matériel motiver les jeunes à rester à la terre, les services nationaux de vul-
agricole ne peut relever des seuls États ; ce sont les privés qui doivent garisation ont, pour beaucoup, disparu. Ce sont les organisations pay-
l’assurer, estime-t-on aujourd’hui, avec une aide, pour que même les sannes et les ONG qui assurent le plus souvent des services ponctuels.
zones les moins rentables soient bien couvertes. Mais en parallèle, des Les services nationaux de même que ceux de la recherche agricole
doivent être repensés pour répondre aux besoins exprimés par les
producteurs.

Agriculture vivrière :
Au Mozambique, par exemple, le programme national de vulga-
risation agricole 2008-2015 (PROENA) teste une nouvelle approche,

un vivier d’emplois
qui fait travailler ensemble pour un apprentissage interactif, les asso-
ciations d’agriculteurs, particulièrement celles des femmes, et les
acteurs des marchés. Des conseillers privés ou publics sont là pour les
Beaucoup de grandes cultures industrielles d’exportation sont aujourd’hui aider et les conseiller.
majoritairement détenues par de grands groupes internationaux. Pour être Si les moyens financiers et techniques de produire dans de bon-
plus compétitifs, ceux-ci ont investi massivement dans la mécanisation des nes conditions facilitent l’adoption de nouvelles méthodes de culture et
tâches. Les besoins en main-d’oeuvre s’en trouvent réduits. C’est le cas dans encouragent les jeunes à rester sur les exploitations, ceux-ci ont aussi
les plantations d’ananas, de bananes dessert, de palmier à huile, de canne,
de thé ou encore d’hévéa. Même les cultures d’exportation gérées par des
petits exploitants dans le cadre d’une agriculture familiale comme le café,
le cacao ou le coton ont des besoins en main-d’oeuvre assez réduits, en
dehors des périodes de récolte où il est fait appel à du personnel temporaire
souvent émigré. C’est le cas dans les plantations de cacao en Côte d’Ivoire.
À l’inverse, l’agriculture vivrière reste peu mécanisée, ce qui pose le
problème de la compétitivité de ses produits face aux aliments importés.
Mais elle est, de ce fait, une grosse pourvoyeuse d’emplois ruraux,
majoritairement féminins. Le maintien d’une agriculture vivrière dynamique,
capable de nourrir les villes, est donc un des grands enjeux en termes de
maintien des emplois ruraux et donc de ralentissement des migrations des
campagnes vers les villes, qui se sont accélérées ces dernières décennies.
Le développement d’industries de transformation des produits vivriers
est une autre source importante d’emplois. Ce constat pousse certains
économistes à exiger le rétablissement des droits de douane sur les produits
alimentaires importés. “L’entrée incontrôlée en Afrique des produits
agroalimentaires occidentaux, en détruisant les productions locales, aggrave
les problèmes déjà préoccupants de chômage, d’exode rural et de croissance
© Terre Nourricière

des bidonvilles”, estime ainsi le socio-économiste Daniel Moukoko-Maboulou.


Pour toutes ces raisons, le soutien à l’agriculture familiale apparaît pour
beaucoup comme une priorité dans la lutte contre la pauvreté.

Kenya : inverser la tendance age ]


[ report
Charles Kimani est un personnage atypique au restreinte mais dévouée d’ex-citadins qui ont décidé atteindre 22 membres. Tout comme leur président,
sein d’une communauté dont nombre de membres que gagner leur vie de la terre était le meilleur choix. presque tous ont abandonné leur travail en ville
migrent vers Nairobi à la recherche d’emplois. “Pendant 20 ans, j’ai travaillé pour des sociétés qui pour se lancer dans l’agriculture bio.
Il a quitté son poste de directeur des ressources se vantaient de réaliser des bénéfices alors que mes Kimani possède 120 avocatiers sur son exploita-
humaines (RH) à la capitale pour aller vivre dans le revenus restaient bien maigres”, confie l’agriculteur tion ainsi que des bananiers issus de vitroplants,
village de Kikuy et y gagner sa vie en tant qu’agri- âgé de 49 ans et père de quatre enfants. 12 têtes de bétail, 24 ruches et il cultive divers
culteur biologique. Le changement a été une telle Kimani a découvert l’agriculture biologique en produits horticoles à haute valeur ajoutée en
réussite que Kimani dirige à présent une équipe 2002 sur une petite parcelle dans le village où il est petite quantité, des concombres, des haricots, des
né, quatre ans avant qu’il décide de brocolis et des carottes. Il cultive par ailleurs du
remettre sa démission en tant que ca- napier pour ses animaux sur une autre parcelle
dre RH. “À partir de 2006, j’ai réalisé louée pour cet usage. Il écoule ses produits sur le
que je pouvais travailler moi-même marché britannique via le réseau KOAN.
sur ma parcelle de 2 acres (0,8 ha) et “Je tire de mes deux acres un revenu moyen de
employer aussi d’autres personnes.” 210 000 Sh (2 100 €) par mois, soit dix fois ce que
Il a rejoint le Réseau kényan je gagnais en ville. Avec ça, je paye cinq ouvriers
d’agriculture biologique (KOAN), qui saisonniers qui m’aident à la ferme et sur le projet
l’a formé à la culture de produits hor- laitier”, confie Kimani. Il dit à présent regretter
ticoles certifiés biologiques pour l’ex- le temps “perdu” à travailler à la ville toutes ces
portation. Encouragé par son succès, années. “J’étais loin de me douter que je pouvais
Kimani a créé le Groupe d’entraide utiliser mes compétences en gestion sur ma
© A. Hart-Davis

des agriculteurs bio de Wangige. Le propre exploitation, tout en gagnant plus que mon
groupe, qui comptait huit membres salaire précédent”, conclut-il.
Nairobi au départ, a vu ses rangs grossir pour Isaiah Esipisu

20 Spore hors-série / Août 2010


4 | Agir sur le développement rural
e]
[ reportag
temps en temps, ou simplement à rester en brousse. La plupart des régions de cette province
Aujourd’hui, les camions roulent facilement à 80 km/h Orientale sont enclavées depuis des années,

RD Congo :
sur cette route bien compactée. Tous les 10 km, on faute de routes praticables. Il y a 50 ans,
aperçoit un village nouvellement créé ou revitalisé bien desservies par la route, le train et la voie flu-

une route,
comme celui de Lusa II, où se sont installés les gens viale, elles étaient pourtant le grenier de la RDC.
revenus de Bagwasi, à environ 60 km en pleine forêt. Francine Matope

trois fois
Les voyageurs qui, auparavant, bravaient
les bourbiers à pied, vélo, moto ou véhicule

plus de champs
pour transporter quelques marchandises ne
trouvaient même pas de quoi s’alimenter en
chemin. Sans débouchés, les paysans ne culti-
Les travaux de remise en état de la route entre vaient que de petites parcelles. Avec le retour
Kisangani et Ubundu (125 km), sur la rive gauche du des camions, ils ont fortement accru leur pro-
fleuve Congo, au nord-est de la RD Congo, ont com- duction. “Nous cultivions des champs d’une
mencé en septembre 2009. Moins d’un an après, de centaine de mètres carrés, mais maintenant

© Syfia International
nouvelles maisons et même des villages entiers se nous allons jusqu’à 300 m²”, déclare un culti-
sont déjà installés au bord de cet axe vital. vateur. “Grâce à la reprise des mouvements
La dégradation de la chaussée devenue inutilisable de population et l’intensité du trafic, nous
par les véhicules avait contraint les riverains à aller vendons le gobelet de riz près du double”,
habiter le long du chemin de fer, où un train passe de rapporte Aradjabu Kabali.

besoin d’une solide for- et sociale et leur permet de bousculer certaines traditions hostiles à
mation pour être à même l’innovation.
de relever tous les défis Une réduction très nette des pertes après récolte équivaudrait à
qui les attendent. Or, la une hausse de la production. À côté des infrastructures de stockage,
formation professionnelle le développement d’unités de transformation contribue à conserver et
au métier d’agriculteur valoriser les produits. Aujourd’hui, la transformation est assurée sur-
est très insuffisante dans tout par les femmes ; les entreprises sont rares dans de nombreux pays.
de nombreux pays. Seu- Au Rwanda, sous l’impulsion du gouvernement, de nombreuses unités
les des formations ponc- de transformation du lait, des fruits, du manioc, des haricots, ont vu le
tuelles sont dispensées jour ces dernières années alimentant la consommation locale et l’expor-
dans le cadre de projets tation et faisant travailler et vivre de nombreux ruraux.
ou par des Ong. Outre les
connaissances techniques,
Produire et transformer pour vendre
les jeunes ont besoin d’ap- Produire plus, surtout pour vendre, est le credo actuel des politi-
prendre à gérer leurs ques agricoles. Et là aussi, l’intervention active des États joue un rôle
exploitations, prévoir leur primordial. Tout d’abord, pour améliorer les transports en milieu rural,
développement, analyser et ainsi faciliter l’accès physique aux marchés ou faire baisser le coût du
les marchés… Des projets transport. Les bénéfices de ces investissements sont très importants
travaillent dans ce sens : économiquement et socialement pour les agriculteurs comme pour
le Renforcement des capa- les citadins. La construction de routes entre les pays favorise aussi les
cités rurales (RENCAR) au échanges entre régions productrices. Celle qui relie le Cameroun au
Tchad, la Stratégie d’édu- Nigeria, dont les travaux ont démarré en juin 2010 mettra en contact
cation et de formation les pays de la CEMAC et de la CEDEAO.
pour l’agriculture et le développement rural en Afrique du Sud. La structuration des marchés locaux, nationaux et régionaux est
L’éducation informelle qui incite les jeunes à entreprendre, à capitale pour que les producteurs tirent parti des efforts qui leur sont
travailler activement et collectivement pour le développement de demandés. C’est au niveau sous-régional que se trouvent les marchés
leur région favorise aussi leur intégration dans la vie économique les plus intéressants et les plus prometteurs. L’État a un rôle à

Fabriquer aux producteurs, la facture a ainsi doublé entre


2008 et 2009, à cause de la hausse du prix des
une large information des producteurs sur
l’utilité de cet intrant, la Banque africaine de

les engrais phosphates.


La production locale d’engrais est,
développement (BAD) a lancé le Mécanisme
africain de financement du développement des

localement
actuellement, très insuffisante et les engrais (AFFM), qui sera doté, à terme, d’une
investisseurs peu intéressés par ce marché enveloppe de 10 millions de dollars.
encore très étroit. Face à la demande croissante, L’objectif de ces évolutions récentes est de
Les États africains se sont fixé comme objectif, les pays producteurs de phosphate tels le Togo permettre aux ruraux d’augmenter notablement
à Abuja en 2006, de multiplier par dix d’ici 2015 et le Sénégal se mobilisent pour réhabiliter leurs leurs revenus, ce qui leur permettra à terme
la quantité d’engrais utilisée par les agriculteurs. entreprises d’extraction et leurs usines dont la d’acheter des engrais sans avoir besoin de
Pour qu’ils puissent acheter ces intrants, vendus production avait lourdement chuté. La Société subventions. Les premiers résultats obtenus
sur le continent deux à quatre fois plus cher que nationale des phosphates du Togo (SNPT) et les grâce aux politiques d’aide aux petits exploitants
sur le marché mondial, de plus en plus d’États Industries chimiques du Sénégal (ICS), reprises sont significatifs : les récoltes de mil et de
les subventionnent de 25 % à 30 %. Mais le par un consortium indien, ont à nouveau le vent sorgho ont augmenté de 43 % à 120 % au
coût de l’engrais reste très dépendant des cours en poupe. Ailleurs, même les usines locales Burkina Faso, au Mali et au Niger, là où les
mondiaux des matières premières qui sont de formulation dépendent entièrement des paysans ont utilisé à peine le tiers des doses de
importées et les aides apportées aux agriculteurs importations. fertilisants recommandées, et les producteurs
peuvent devenir très lourdes pour les États. Pour favoriser la création d’usines de de maïs du Bénin ont vu leur production de maïs
Au Malawi, pays pionnier pour les subventions fabrication d’engrais, leur distribution et doubler en 2009 grâce à ces intrants.

Spore hors-série / Août 2010 21


4 | Agir sur le développement rural
jouer pour les organiser. Par exemple, la baisse ou la disparition des la Société nationale de gestion des stocks de sécurité (SONAGESS)
barrières douanières entre pays d’une même entité régionale comme du Burkina Faso, l’Observatoire du marché agricole (OMA) du Mali, le
l’UEMOA et plus récemment la CEA aide à dynamiser ces marchés. Il Commissariat à la sécurité alimentaire (CSA) du Sénégal ont formé des
doit aussi veiller à ce que les tracasseries et les prélèvements, légaux ou agents enquêteurs qui transmettent régulièrement les prix des céréa-
non, sur les routes ne découragent pas les transporteurs et finalement les, ce qui permet d’informer les opérateurs économiques et de veiller à
grèvent les prix… la sécurité alimentaire du pays ou de la région.
Pour informer sur les prix et opportunités de vente sur les marchés
les petits agriculteurs qui assurent l’essentiel de la production, et pas
Mieux vivre
seulement les gros opérateurs, les Systèmes d’information des marchés Fixer les jeunes ruraux dans les campagnes, ou du moins réduire les
(SIM) des produits agricoles doivent être efficaces et faciles d’accès. Le départs, ne se limite pas à les aider à produire et à vendre. Ils ont aussi
téléphone mobile, les radios et les télécentres ruraux sont des relais besoin de commerces, de services, de distractions… Jusqu’à présent, l’es-
de plus en plus utilisés pour diffuser l’information sur les prix. Ainsi sentiel des investissements a été fait dans les capitales, au détriment des
villes secondaires et des gros bourgs.
L’intervention des pouvoirs publics afin
d’assurer un meilleur cadre de vie, améliorer le
bien-être et l’offre de services administratifs,
sanitaires, éducatifs est capitale. Autant d’acti-
vités qui en favorisant la création d’emplois non
agricoles et de richesses limitent l’exode rural.
La décentralisation à l’œuvre dans de nombreux
pays devrait y contribuer si les pouvoirs locaux
en ont les moyens. Le rôle de ceux-ci s’est déjà
considérablement renforcé, par exemple en
Namibie, en Ouganda et au Rwanda. Les autori-
tés locales sont de plus en plus souvent respon-
sables des services sociaux, de la fourniture de
l’eau, de microcrédit… La gestion des territoires
s’impose également à l’échelle locale pour pré-
server durablement et valoriser les ressources
naturelles — forêts, eaux, paysages —, biens com-
muns à l’ensemble des habitants.
La mobilisation des pouvoirs publics et de
l’ensemble des acteurs sera déterminante pour
que l’agriculture s’engage dans la voie de l’in-
tensification et de la productivité, que nécessite
la montée en puissance de générations de jeu-
© Syfia International

nes toujours plus nombreux et majoritairement


ruraux. C’est à eux qu’incombera la sécurité
alimentaire du continent dans les décennies à
venir. Il faut leur en donner les moyens.

age ]
Ouganda : agriculteurs en ligne [ report
“La saison dernière, j’ai vendu mon maïs avec une télévision, un enregistreur/lecteur savent se servir d’Internet le font tout simplement,
450 UGX le kilo (0,16 €). La saison précédente, de cassettes et DVD, sept ordinateurs équipés mais il en reste qui ne savent pas. C’est là que
je n’en avais tiré que 250 UGX/kg (0,09 €)”, d’Internet, une imprimante, un téléphone, un fax, FIT-Uganda intervient”, ajoute Juma. Elle fournira
confie Sam Lumonya, l’un des 3 824 agriculteurs une photocopieuse et un générateur de secours. le télécentre en logiciels d’analyse des données
propriétaires du télécentre rural nommé Les utilisateurs paient une petite cotisation. Des commerciales. Les données de Busia seront
Association des agriculteurs du district de Busia formations sont proposées aux agriculteurs pour intégrées à l’information commerciale du reste
(BDFA), dans le district de Busia, dans l’est de les aider à utiliser les TIC et adopter une démarche du pays, diffusées auprès des agriculteurs via la
l’Ouganda. Le télécentre propose des formations entrepreneuriale. Certains d’entre eux se servent presse et les téléphones portables et affichées au
en TIC et aide les paysans à accéder à l’information du télécentre pour repérer les marchés intéressants télécentre même.
commerciale. “J’ai suivi une formation pour utiliser aux alentours de Nairobi, où ils disposent à présent Angella Nabwowe
Internet et ainsi avoir accès aux informations à d’étals permanents. “En 1998, j’étais un petit
partir d’ici. Alors, quand je suis tombé sur des paysan, mais en moins de deux ans la BDFA a
bons prix offerts à Kampala, j’ai mobilisé les fait de moi un grand agriculteur : j’ai à présent
agriculteurs de trois sous-comtés et nous avons 24 acres (9,7 ha) de maïs, sorgho et manioc,
vendu notre maïs en gros”, explique Lumonya. témoigne Lumonya. J’ai pu améliorer ma
Le télécentre a démarré en 2008 avec l’aide de la capacité de production, grâce à la garantie de
Commission ougandaise des communications qui débouchés commerciaux. J’ai construit une
fournissait 80 % de l’argent pour les semences maison et éduqué mes enfants,
tandis que les agriculteurs contribuaient à hauteur dont deux vont à l’université.”
de 20 %. “Depuis, nous n’avons jamais fait marche Grâce à un protocole d’accord
arrière. Si quelqu’un me fait savoir qu’il existe signé en mars 2010 entre la BDFA
un acheteur au Kenya, je demande l’e-mail ou et l’organisation de logiciels
le téléphone de ce dernier. Je négocie toutes les commerciaux FIT-Uganda, Juma
© A. Nabwowe

transactions d’ici”, ajoute Ogama Mourice Juma, espère que les agriculteurs
coordinateur de la BDFA. parviendront à encore mieux
Le télécentre possède son propre bâtiment, vendre leurs produits. “Ceux qui

22 Spore hors-série / Août 2010


4 | Agir sur le développement rural

Pour aller CTA


19e Briefing de Bruxelles sur La jeunesse et le
Forum de Bamako
L’Afrique 50 ans après : le défi alimentaire,
plus loin développement rural dans les pays ACP (juillet 2010)
[Link]
la faim sur le continent
Bamako, 16 au 20 février 2010
9e Briefing de Bruxelles sur L’accès à la terre [Link]
Agrimonde et le développement rural: nouveaux enjeux, IFPRI
• Agricultures et alimentation du monde nouvelles opportunités (février 2009) • Millions Fed: Proven Successes in
en 2050 [Link] Agricultural Development
Note de synthèse Agrimonde ECOWAP IFPRI, 2009, 179 p.
INRA, CIRAD (2009) Business meeting sur le financement des plans Téléchargeable gratuitement en ligne :
[Link] d’investissements agricoles — Dakar 14 au 17 juin 2010 [Link]
CNUCED [Link] Union africaine
• Technology and innovation report 2010. FAO • Diagnostics des infrastructures
Enhancing food security in Africa through • Vers un marché commun africain pour les nationales en Afrique. Les routes en Afrique
science, technology and innovation produits agricoles subsaharienne
(en anglais seulement) 2008 (2008)
[Link] [Link] [Link]

recherches & initiatives


“Révolution verte” au Rwanda Miser sur la
Avec 400 hab./km , le Rwanda n’a pas d’autre
2

choix que d’intensifier son agriculture pour que


les sols qui ne recevaient jusqu’alors que 4 kg
d’engrais par hectare en moyenne. Pour accroître
technologie
ses agriculteurs, qui ne disposent, en moyenne, la superficie des terres cultivées, les marais sont La Zimbabwéenne Lindiwe Majele
que d’un demi-hectare par famille, puissent drainés et cultivés en riz. Des crédits sont accordés Sibanda est PDG et chef de mission du
vivre. En 2007, le gouvernement a lancé une aux paysans pour l’achat d’engrais et de semences Réseau d’analyse des politiques alimentaires, agricoles et
véritable “Révolution verte”, vigoureusement sélectionnées. Des coopératives ont été montées de développement des ressources naturelles (FANRPAN)
et rigoureusement mise en application. Chaque pour centraliser les récoltes et faciliter la vente.
province ne doit cultiver que les plantes les mieux L’objectif est de produire essentiellement Comment la technologie influe-t-elle
adaptées à la région : le café, le riz, le maïs, la pour vendre, sur le marché national, régional ou sur le développement agricole ?
banane et l’ananas dans la province de l’Est ; le international. De petites usines de transformation L’innovation technologique reste la panacée pour
manioc, le blé, le thé, le café au Sud ; le thé, le poussent un peu partout dans le pays pour valoriser dynamiser la productivité agricole et parvenir à la
café, les pommes de terre à l’Ouest ; les pommes les productions. Les agriculteurs qui y travaillent sécurité alimentaire en Afrique. Les petits exploi-
de terre, le pyrèthre, le blé et le maracuja au Nord. complètent ainsi leurs revenus tants peuvent réaliser la Révolution verte si tant est
Cette répartition s’accompagne de changements Dans l’Est, la production de maïs a triplé ; dans qu’ils disposent des technologies nécessaires (irri-
dans les modes de culture. Les collines se couvrent le Sud, le manioc s’exporte désormais en RDC. gation et semences améliorées), utilisent plus d’en-
de terrasses dites “radicales” pour limiter l’érosion Les revenus des agriculteurs qui ont appliqué les grais chimiques et limitent les pertes post-récolte.
et restaurer la fertilité des terres. Les agriculteurs mesures préconisées, parfois sous la contrainte Avec seulement 4 % de terres arables irriguées,
doivent réunir leurs petites parcelles pour cultiver des autorités locales, ont vite augmenté. Les l’Afrique est trop dépendante de l’agriculture plu-
ensemble de grands champs. L’opération efforts demandés aux paysans ont été lourds, viale. L’utilisation de variétés de semences à hauts
“Une vache par famille”, couplée à l’obligation de douloureux parfois, mais ces premiers résultats rendements est inférieure à 5 % dans certains pays
disposer d’une fosse fumière, permet d’enrichir sont très encourageants. et les pertes post-récolte peuvent atteindre 40 % !
Malheureusement, les intrants — semences de
qualité, engrais et pesticides — sont chers et difficiles
à obtenir dans toute l’Afrique en raison des barrières
commerciales et de marché. Il y a un besoin urgent
de réformes institutionnelles et politiques qui
garantiront aux petits paysans africains le bénéfice
d’un accès continu aux savoirs et aux intrants de
qualité à de justes prix et au bon moment.
Quels moyens faudrait-il mettre en œuvre
pour y parvenir ?
Asseoir la sécurité alimentaire en Afrique requiert
un investissement massif dans les infrastructures,
la recherche agricole et le développement
technologique. On observe heureusement
des changements positifs. En février 2010, la
Communauté de développement d’Afrique australe
a convenu d’instaurer un Système régulatoire
d’harmonisation des semences, qui pourrait
faciliter le commerce transfrontalier des semences
© Syfia International

(administration limitée et prix abordables). Plans et


investissements à l’échelle du continent commencent
enfin à porter leurs fruits, par le biais de projets qui
s’inscrivent dans le cadre du Programme détaillé de
développement agricole pour l’Afrique (CAADP).

Spore hors-série / Août 2010 23


Au CTA, nous améliorons les conditions de vie et les connaissances
des communautés rurales d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.
Avec notre vaste réseau de partenaires, nous touchons
tous les acteurs du développement durable. Ensemble, nous
produisons, échangeons et transmettons les informations et
savoirs agricoles essentiels. Livres, magazines, ressources
multimédia sont les relais de notre action. Ateliers et séminaires
renforcent les compétences et l’échange d’expérience.
Nous vous offrons les moyens de vous assurer une vie meilleure.
Au CTA, l’avenir de l’agriculture commence dès aujourd’hui.

est le magazine bimestriel du Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA). Le CTA est régi par l’Accord de Cotonou entre le groupe des pays
d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et l’Union européenne, et financé par l’UE. • CTA • Postbus 380 • 6700 AJ Wageningen, Pays-Bas • Tél. : +31 317 467 100
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Anne Legroscollard, Isolina Boto, Vincent Fautrel, José Felipe Fonseca, Karen Hackshaw, Ibrahim Tiémogo • RÉDACTION : Directrice de la rédaction : Marie-Agnès Leplaideur •
Rédactrice en chef de la version française et coordinatrice : Denise Williams • Syfia International, 20 rue du Carré-du-Roi, 34 000 Montpellier, France • Rédactrice en chef de la
version anglaise : Clare Pedrick • Via dello Spagna 18, 06049 Spoleto (PG), Italie • CORRESPONDANTS : ont participé à ce numéro D. Bazubagira (Rwanda), I. Esipisu (Kenya),
G. Herming (Salomon), A. Labey (France), I. Maïga (Burkina Faso), F. Matope (RD. Congo), A. Nabwowe (Ouganda), F. Nouwligbêto (Bénin), N. Okeya (Kenya), S. Saddi Maâzou
(Niger), É. Tassé (Cameroun), M. Ziba (Malawi), B. Zulu (Zambie) et F. Zvomuya (Afrique du Sud) . • AUTRES CONTRIBUTEURS : J. Bodichon, L. de Araújo, F. Idir Le Meur, D. Manley,
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