Défis démographiques et agricoles en 2050
Défis démographiques et agricoles en 2050
du développement
agricole et rural
des pays ACP
[Link]
numéro hors-série - AOÛT 2010
Population
& agriculture
B. Morandi / [Link]
À l’époque où les hommes se sont mis à cultiver, la planète comptait cinq millions d’habitants.
À présent, cinq millions de personnes naissent tous les dix jours. Avec une population mondiale
qui devrait augmenter de près de 40 % dans les 40 prochaines années, en majorité au Sud, le
défi est de trouver le moyen d’améliorer la production et l’accès à la nourriture, et de contenir
l’exode des jeunes ruraux vers les villes.
Un avenir
ASIE | 60%
où les jeunes peuvent faire carrière.
L’enquête montre que les jeunes sont une
2007 à la ferme
Les jeunes du Pacifique ont
part importante de la force de travail informelle
dans des activités agricoles génératrices
de revenus et de sécurité alimentaire pour
besoin d’un appui plus solide des les ménages. Ils sont la plupart du temps
familles et de la communauté responsables de la culture et de l’entretien
pour les aider à se faire un des potagers, tandis qu’un petit nombre
avenir dans l’agriculture : tient et gère ses propres plantations semi-
c’est l’un des résultats clés commerciales. Pourtant, en dépit de cette
d’une enquête sur les jeunes à implication, de nombreux jeunes interrogés
Fidji, Kiribati et Tonga, menée se disent frustrés par le manque de
par le Réseau océanien de reconnaissance de leur rôle. Ils veulent aussi
T. Cockrem © Alamy/[Link]
responsables des stratégies que leurs parents et les aînés de la communauté
agricoles et forestières soutiennent leurs initiatives en leur permettant
(PAFPNet). Dans un contexte de de partager les bénéfices de leurs propres
migration croissante des jeunes efforts et, tout aussi important, leur réservent
ruraux vers les zones urbaines, des terres qu’ils pourront exploiter pour leurs
OCÉANIE l’enquête relève de la stratégie propres activités entrepreneuriales.
7
2050
6
EUROPE
5 ASIE
2007
4
3
AMÉRIQUE
2 LATINE
1950
1
7
Source : Nations unies 2006 -
© Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest / OCDE 6
AFRIQUE
5
Cuba et Trinité-et-Tobago, ces taux sont égaux ou inférieurs au seuil de à la recherche de possibi-
renouvellement des générations. Quelque 120 pays, tous dans les régions lités de s’éduquer ou de 4
les moins avancées, ont des taux de fécondité égaux ou supérieurs à ce se former, de trouver un
3
seuil. Les taux de fécondité sont encore de six enfants par femme ou plus emploi ou d’accéder à des
dans sept pays, et cinq d’entre eux sont dans les régions ACP : Niger, soins médicaux, s’accentuera probablement”. 2
Ouganda, République démocratique du Congo, Somalie et Tchad. Maladies, conflits armés et problèmes économiques ont entraîné 1
une stagnation de l’espérance de vie en Afrique depuis la fin des années 1
Le défi de la jeunesse 1980. Dans l’ensemble de l’Afrique australe, zone la plus touchée par
D’ici 2050, la population des régions les plus avancées devrait se le VIH/sida, l’espérance de vie a chuté de 61 à 53 ans en 20 ans. Au
maintenir à 1,2 milliard d’habitants ; mais à mesure que vieillit la popula- Botswana, où la prévalence du VIH était estimée à 24 % en 2007 chez
tion des pays du Nord, celle des pays du Sud rajeunit. En 2050, environ les 15-49 ans, la durée de vie est passée de 64 ans dans les années
neuf jeunes sur dix vivront au Sud, un facteur lourd de conséquences 1985-1990 à 48 ans en 2000-2005. Les ravages du sida enrayent les
pour des gouvernements censés satisfaire les besoins croissants en efforts de réduction de la mortalité infantile ; son impact est particu-
matière d’éducation, de formation et d’emploi. lièrement fort dans les pays, comme le Zimbabwe, qui avaient obtenu
La population africaine est la plus jeune du monde et celle qui croît auparavant des niveaux relativement bas de mortalité infantile. Depuis
le plus vite. Plus de 20 % de la population du continent est âgée de 1950, ce sont les femmes qui ont le plus bénéficié de l’allongement de
15 à 24 ans, taux qui devrait encore augmenter ces prochaines années l’espérance de vie à l’échelle mondiale. Elles vivent plus longtemps
dans la mesure où 40 % de celle-ci a moins de 15 ans. Selon Carl Haub, que les hommes presque partout. Mais, en dépit de cette longévité, les
démographe senior au Population Reference Bureau (PRB), “la majeure femmes passent 15 % de leur vie en mauvaise santé, contre 12 % pour
partie (près de 90 %) des 1,2 milliard de jeunes vivent actuellement les hommes. L’écart est souvent dû aux risques liés à la maternité et à
dans les pays du Sud. Au cours des prochaines décennies, la tendance une disparité de genre — particulièrement au Sud où elles sont souvent
actuelle qui voit ces jeunes gens quitter les zones rurales pour la ville, désavantagées dès la naissance. Il est fréquent que les filles soient
248 m
ASIE / 54 % 348 millions
PACIFIQUE 29 %
AMÉRIQUE DU NORD | 5 %
Répartition
de la EUROPE | 11 %
population OCÉANIE | 1 %
mondiale 138 m
en 2007
2050 AMÉRIQUE LATINE PAYS PLUS 30 %
ET CARAÏBES | 9 % AVANCÉS
AFRIQUE | 14%
2007
43 m 87 millions
AFRIQUE 9% 7%
ASIE | 60%
AMÉR. LATINE / 32 m
2007 CARAÏBES 7%
1950
138 m
Source : USAID
1950 2050
PAYS PLUS 30 %
AVANCÉS
au Canada, aux États-Unis ou en Europe. Une fois les naissances et les
décès comptabilisés, la population des pays et territoires insulaires du
extérieures, la population active a émigré, laissant jeunes et vieux
derrière elle. Aux Fidji, le phénomène est lié au déclin de l’industrie
Pacifique (PICT) croît de 507 personnes par jour, mais en perd 34 du sucrière.”
fait de la migration. Dans les Caraïbes, où la vie rurale attire peu les jeunes, l’agriculture
Il existe aussi un flux massif et croissant d’individus qui passent est peu à peu abandonnée à la génération précédente (voir page 10).
d’un pays du Sud à un autre, en quête de travail ou pour échapper aux L’âge moyen des paysans dans la région est désormais de 55 ans.
conflits ou aux catastrophes naturelles. De tels déplacements pèsent Le boom démographique des jeunes qui touche tous les pays ACP
43 m 87 millions
sur les infrastructures sociales, médicales et économiques, comme on va augmenter les besoins en matière d’éducation et d’emploi. Le rap-
AFRIQUE
l’a constaté au Rwanda en 1994, lorsque deux millions de réfugiés ont port 2008 de la Banque mondiale 9 % Les jeunes et l’emploi en Afrique : 7 %
fui, créant de graves tensions dans les pays voisins. le potentiel, le problème, la promesse voit dans le chômage et le sous-
AMÉR. LATINE / 32 m
La migration interrégionale peut toutefois avoir des avantages, à la emploi un moteur de l’instabilité sociale et soutient que la création d’em-
OCÉANIE 7 % à la réduction de la pauvreté et au
CARAÏBES
fois pour le pays de départ et celui d’arrivée. Il est communément admis plois pour les jeunes est un préalable
que le succès des secteurs caféier et cacaoyer ivoiriens dans les années développement durable en Afrique. Cependant, malgré l’augmentation
1950 2050
1980 est largement dû à l’afflux de main-d’œuvre des pays voisins des flux migratoires des campagnes vers les villes, plus de 70 % des
Prévalence
de la malnutrition
par rapport
à la population
totale en 2009
(en %)
Moins de 5 %
De 5 % à 15 %
De 15 % à 25 %
De 25 % à 35 %
De 35 % à 50 %
Plus de 50 %
Source : FAO Pas de données
AFRIQUE
SUBSAHARIENNE 44,5 %
AMÉRIQUE LATINE
ET CARAÏBES 35,6 %
ASIE DE L’EST
ET PACIFIQUE 49,9 %
ASIE DU SUD
54,9 %
EUROPE ET
ASIE CENTRALE 28,1 %
MOYEN-ORIENT ET
AFRIQUE DU NORD 23,0 %
0 10 20 30 40 50 60 %
Source : Banque mondiale
© Syfia International
Kigali
Rwanda :
© Terre Nourricière
g e]
Travailler en ville por
ta
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pour investir au village
Les jeunes ruraux rwandais, qui quittent leur deux ans à Kigali comme veilleur de nuit. Il gagne petit commerce sont régulièrement pourchassés
colline pour venir travailler à Kigali, n’ont souvent 25 000 Frw (35 €) par mois qu’il épargne en par les forces de l’ordre car, à Kigali, vendre dans
plus envie de s’y installer durablement. Ils savent totalité. Pour vivre, il se contente des revenus la rue est interdit. “Retourner à la campagne
désormais que la capitale n’est pas le paradis rêvé des petits travaux qu’il fait dans la journée. pour y monter un projet ou y construire un logis
où les gens gagnent facilement leur vie. “La ville “Avec ce petit capital, je suis parvenu à acheter est plus rassurant”, remarque un de ces jeunes.
attire des jeunes des campagnes, car ils peuvent une vache à 100 000 Frw (140 €). Je suis en train Après s’être fait, à maintes reprises, confisquer
y trouver des petits jobs mieux rémunérés que de me construire une maison chez moi dans la ses marchandises par les policiers, il a finalement
les emplois des régions rurales. Mais nous province de l’Ouest”, se félicite-t-il. Bon nombre décidé de démarrer une boutique dans son village.
conseillons aux jeunes d’épargner pour retourner de travailleurs domestiques demandent même Nombre de ses camarades qui se sont échinés
investir chez eux”, déclare un des responsables à leurs patrons de garder leurs salaires pour en vain pour s’intégrer en ville font de même.
de l’Association des travailleurs domestiques pouvoir disposer d’une somme plus importante Emeritha Mukantaganzwa, 28 ans, a acheté un
basée à Kigali. “Aujourd’hui, poursuit-il, ils sont quand ils en ont besoin. champ, après avoir travaillé quelques années
nombreux à penser retourner au bercail pour y Ces jeunes constatent, en effet, qu’il est de plus comme domestique. “J’exploite ma parcelle en
monter des petits projets qui servent d’exemples en plus difficile de se loger à Kigali lorsqu’on a peu y cultivant des légumes qui me font gagner plus
aux villageois.” de moyens. Ceux qui ne sont pas domestiques ont qu’on me payait à Kigali”, témoigne-t-elle.
Valens Mfitumukiza, 32 ans, travaille depuis bien du mal à gagner leur vie. Ceux qui font du Djalia Bazubagira
Cameroun : [ reportage
]
pour les jeunes de 20 à 50 ans
“Voyez ! Avec de l’engrais, ça change tout.” disséminées dans les villages de la localité. “Sans en nature (pulvérisateurs, engrais, pesticides, etc.),
Régine Demeze, responsable d’un Groupe ces crédits, aucun d’entre nous ne pourrait exploiter en fonction des demandes du GIC. Le reste est
d’initiative commune (GIC) à Mélong (130 km à plus de 2 ha”, affirme Julienne Ouandji, qui évalue versé sur le compte du groupe pour les membres
l’ouest de Douala), balaie du regard sa plantation à 5 ha l’ensemble de ses plantations de polyculture concernés. “Cela nous évite d’avoir à payer des
luxuriante de maïs parsemé de plants de manioc et vivrière où domine le maïs. “Cela nous aide à faire frais de voyage et des commissions aux multiples
de macabo. Les jeunes plants robustes aux feuilles deux récoltes de maïs, haricot et soja par an, ajoute intermédiaires lorsque les fonds sont débloqués au
vert foncé font espérer de bonnes récoltes, malgré Jacqueline Nkouakam. J’ai réussi ainsi à doubler ministère”, apprécie Pauline Magne. Sans compter
les pluies tardives de cette année. “C’est grâce ma production.” Les prêts dont le taux d’intérêt que les fonds n’arrivent pas toujours à leurs
au crédit du Fonds national de l’emploi (FNE)”, se annuel se monte à 8 % sont remboursables en destinataires…
réjouit-elle. Un prêt de 50 000 FCFA (76 €) lui a 10 mensualités. “Les remboursements se font à Le PADER, qui s’adresse aux paysans de 20 à
permis de payer la main-d’œuvre qui l’a secondée 100 %”, lance Régine Demeze, en exhibant des 50 ans constitués en GIC, a été lancé dans plusieurs
dans les travaux et d’acheter engrais et pesticides. reçus bancaires et un cahier où sont notés les régions camerounaises à partir de 2003 afin de
Depuis 2 ans, son groupe, composé de dix paiements mensuels de ses membres. lutter contre la pauvreté par la création et le
membres, bénéficie comme la plupart des GIC De l’avis de tous les bénéficiaires, ce système de renforcement d’emplois ruraux. Au total, fin 2009,
de la région d’un prêt du Programme d’appui financement a un avantage que beaucoup d’autres il a financé plus de 35 000 projets et créé quelque
au développement des emplois ruraux (PADER), n’ont pas : “Les gens du FNE viennent directement 52 000 emplois dans diverses filières (riz, maïs,
mis en œuvre par le FNE, un organisme public. sur le terrain ; chaque groupe exprime ses besoins manioc, etc.).
Régine, 40 ans cultive environ 3 ha de plantations et ils financent.” En général, 80 % du prêt se fait Étienne Tassé
© Syfia International
© Syfia International
vital, a renforcé ce sentiment d’abandon. L’absence de formations Revaloriser le métier d’agriculteur, rendre les zones rurales attrac-
adaptées aux besoins des jeunes ruraux qui veulent se moderniser en tives, prendre en compte les besoins et les souhaits de cette catégorie
témoigne. L’école est un premier pas. La fréquentation de l’école pri- de la population, sont autant de défis à relever pour que les générations
maire, qui a bien augmenté depuis une dizaine d’années, est aujourd’hui montantes restent dans les campagnes africaines. Certes, une partie
de 76 %. Dans le secondaire, elle ne dépasse pas 30 % et est concen- d’entre eux continuera à venir grossir les villes, mais l’arrivée de jeunes
trée dans les villes et sur les garçons. Pourtant, lorsque la fréquentation agriculteurs bien formés et dynamiques, prêts à innover, ouvre la voie à
des filles dans le secondaire augmente de 1 %, la croissance économi- la hausse de la productivité tant attendue. À ces conditions, ces nouvel-
que progresse de 0,3 %... Une formation professionnelle adaptée aux les générations si nombreuses seront plus une richesse qu’un poids.
besoins est un gage de modernisation de l’agriculture et permet aux Il n’y a pas le choix. Nourrir et faire vivre deux milliards de person-
jeunes de se dégager du poids souvent pesant des traditions. nes en 2050 implique de faire de l’agriculture la priorité absolue.
(UNOFS) qui gère aussi les stocks. des effectifs de la fonction publique
Les terres cultivées se sont étendues, et de faiblesse persistante du tissu
mais les pratiques agroforestières industriel, l’agriculture reste un
et agroécologiques ont permis réservoir majeur d’emplois.
L’amélioration de la santé en milieu rural peut avoir des répercussions majeures sur la démo-
graphie et la productivité du travail. Autre domaine clé, l’éducation, celle des femmes et des
filles surtout, pour qu’elles pèsent davantage sur l’avenir de leurs familles.
aux Salomon !
de distribution de moustiquaires lancé avec programme incluait aussi des conférences sur le
l’assistance de bailleurs donne de bons résultats. paludisme et les méthodes pour s’en protéger.
Le paludisme est généralement très répandu : Le Programme national de lutte contre le
Le paludisme n’est pas seulement un problème 77 insulaires sur 1 000 en sont victimes chaque paludisme prépare à présent la distribution de
de santé publique majeur, c’est aussi un obstacle année. Les enfants de moins de cinq ans sont 360 000 moustiquaires supplémentaires. Selon
important au développement des îles Salomon, particulièrement vulnérables : ils représentent son directeur national, Albino Bobogare, les mous-
et il génère d’énormes pertes économiques. plus d’un quart des admissions hospitalières tiquaires correctement utilisées devraient encore
Conflits ethniques armés, services sanitaires pour paludisme. faire chuter les taux d’infection. “Une simple
défaillants et déclin des investissements publics Les chiffres indiquent toutefois un déclin moustiquaire de lit reste l’une des armes les plus
ont gravement affecté les activités de contrôle substantiel en 2009 après la distribution de plus efficaces dans la lutte contre le paludisme”, dit-il.
Niger : [ reportage ]
les marabouts à la rescousse
passé, étaient très hostiles à cette planification se Pour Nana Hadiza, enseignante à Maradi — ville
montrent attentifs à leurs discours. située à plus de 700 km à l’est de Niamey, la
Alamy/[Link]
Au Niger, pays fortement islamisé, les capitale du Niger —, l’évolution des mentalités
marabouts sont consultés sur tous les sujets de constatée chez beaucoup de maris est le fruit de
société. Ils préconisent l’allaitement maternel la sensibilisation des marabouts. “Ils nous disent
comme la méthode la plus appropriée pour ce qui est permis et ce qui est interdit en matière
L’espacement des naissances n’est plus un sujet espacer les naissances. Mais certains hommes, de contrôle des naissances”, témoigne Ali Ibra, un
tabou au Niger. Les marabouts commencent à le plus souvent instruits, font plus confiance aux polygame de 35 ans, revendeur à Maradi.
modérer leurs discours dans ce pays où l’indice contraceptifs modernes. “C’est une véritable “Ici, le nombre de femmes qui consultent pour
de fécondité est l’un des plus élevés au monde révolution. Aujourd’hui, des hommes même non la contraception a presque triplé ces dix dernières
(7,1 enfants par femme). instruits acceptent la contraception”, affirme années”, constate Fatchima Zara, 46 ans, sage-
“Le musulman croyant que je suis s’interdit de Hassane Mani, 52 ans, agriculteur, père de femme dans une maternité de Niamey. “Elles
parler de limitation des naissances. C’est Dieu 15 enfants. Rabi Moussa, 36 ans, ménagère, très viennent chercher des pilules. D’autres se
qui nourrit et c’est Lui qui donne les naissances. affaiblie par ses six maternités, nous confie : “Mon font faire des injections, mais elles demandent
Néanmoins, pour la santé de la mère et de l’enfant, mari ne fait plus de résistance. L’espacement des rarement des préservatifs. Sage-femme depuis
l’islam n’interdit pas d’espacer les naissances”, naissances n’est plus un problème dans notre plus d’une vingtaine d’années, je suis convaincue
assure Mallam Adam, marabout. Autrefois foyer. Il y a 12 ans, il m’avait battue quand je lui que, désormais, elles ne le font pas à l’insu
impensables, de tels propos développés de ai dit que j’étais allée au centre de planification de leurs maris, très opposés à tout cela il y a
plus en plus par des marabouts sont en train de familiale. Maintenant, il accompagne lui-même ma quelques années.”
changer les mentalités. Des hommes qui, par le jeune coépouse au centre.” Souleymane Saddi Maâzou
Malawi :
cuisinerons, assure Anna, la trésorière du groupe. mais l’argent que nous gagnons profite à
Les touristes veulent toujours goûter la nourriture toute la communauté et nous aide à prendre soin
locale. À la fin de chaque mois, nous calculons nos des orphelins ainsi que des malades chroniques.”
© M. Ziba
teurs toujours plus nombreux de leur exploitation. le reste tout au long de l’année pour ne plus être
Tikondwe Freedom Gardens produit plus de à court de nourriture ou d’argent. “Nous avons
les zones rurales où les enfants représentent éduquées risquent plus de tomber enceintes. Certains pays ont réduit
une source importante de main- d’œuvre et une la prévalence des maternités précoces en maintenant les filles à l’école
assurance-vieillesse. Si les taux de natalité et en réformant les lois sur le mariage précoce.
chutent dans l’Afrique urbaine en Au Malawi, où le planning familial était banni depuis de nombreuses
raison de modes de vie différents années, le gouvernement tente à présent de réduire de moitié les taux
— incluant un meilleur accès à la moyens de natalité (de six à trois enfants par femme) et de faire chuter
santé et l’éducation, mais aussi le nombre élevé de grossesses chez les adolescentes. “Sans diminution
un espace de vie plus restreint —, du taux de fécondité, la population du Malawi grimpera à 41 millions en
réduire le nombre des enfants 2040, contre 13 millions en 2010, explique le Dr Chisale Mhango, direc-
s’avère bien plus difficile en campagne. De teur de la Santé reproductive. Dans ce pays, 35 % des jeunes filles tom-
nombreuses Africaines recourent secrètement à la contraception et bent enceintes chaque année.”
privilégient les injections dont les effets durent trois mois et qui sont
moins faciles à détecter par leur mari que les autres méthodes.
Plus d’école, moins d’enfants
Une stratégie qui rencontre un certain succès au Nigeria consiste La relation entre éducation et fécondité est clair : une meilleure
à diffuser des informations sur la santé et le planning familial via les éducation mène à une élévation du niveau économique et social et à la
travailleurs communautaires. Le projet Kyautatawa Iyali (Bien-être de la baisse consécutive du nombre d’enfants par famille. L’éducation des jeu-
famille), géré par l’ONG internationale Centre pour le développement et nes femmes en particulier est un préalable indispensable pour s’attaquer
les activités en matière de population (CEDPA), a réussi à obtenir l’appro- aux taux de natalité. Il est prouvé qu’éduquer les filles entraîne une dimi-
bation des chefs religieux de la communauté très conservatrice du Nord- nution des taux de fécondité et améliore les soins aux enfants à naître.
Nigeria principalement musulman. Le risque de décéder en couches pour Selon les statistiques, les mères éduquées souhaitent investir dans leurs
les Nigérianes est de 1 pour 18 — l’un des taux les plus élevés du monde —, enfants et procréent moins. Des données récentes de nombreux pays les
imputable en partie aux grossesses rapprochées, à des soins inadaptés et moins avancés (PMA) révèlent que les femmes ayant au moins atteint le
à un planning familial insuffisant. secondaire donnent naissance entre deux et trois fois moins d’enfants
Les campagnes de limitation des naissances les plus abouties ont en que celles qui n’ont pas été scolarisées. Les chercheurs analysant les taux
général été celles qui proposaient un soutien direct, avec une offre de de mortalité infantile en Éthiopie, au Kenya et au Nigeria ont découvert
planning familial via des structures étatiques — hôpitaux, cliniques, dis- que le nombre de décès des enfants de moins de cinq ans dont les mères
pensaires et services de santé mobiles. Cependant, le niveau des taux de ont atteint le niveau scolaire du secondaire est nettement inférieur à des
natalité de la majorité des pays africains montre qu’il faudra des décen- enfants dont les mères n’ont pas été scolarisées ou ont été seulement en
nies pour ramener les familles à des dimensions plus gérables. Bien que le primaire. L’éducation sexuelle à l’école a également eu des effets bénéfi-
Kenya ait instauré une politique nationale de réduction de la croissance ques, réduisant les comportements à risques des filles quant aux grosses-
démographique dès 1963, les taux de fécondité n’y ont réellement com- ses, infections VIH et autres maladies sexuellement transmissibles. Les
mencé à chuter que presque 30 ans plus tard (voir page 16). efforts de prévention du VIH sont plus efficaces lorsqu’ils sont liés à des
La réduction des grossesses précoces est un volet essentiel de toute programmes de planning familial.
stratégie de limitation de la croissance démographique et d’augmentation Mais il faut aussi éduquer les hommes sur le comportement sexuel
de la productivité. Les chiffres montrent que retarder l’âge de la mater- et ses implications, et en particulier les jeunes dont les attitudes à l’égard
nité et espacer les grossesses améliorent la survie des nourrissons et des du sexe, des femmes et de la natalité contribueront à former la prochaine
enfants. Les grossesses de filles âgées de 15 à 19 ans sont plus communes génération. Bien que cet aspect soit largement négligé, des initiatives exis-
en Afrique subsaharienne, en Amérique latine et aux Caraïbes qu’en Asie tent. Pour compléter son travail auprès des adolescentes, le CEDPA informe
du Sud et du Sud-Est. Les taux de grossesses précoces sont particulière- aussi les garçons pour les aider à devenir de meilleurs partenaires. Dans le
ment élevés en Afrique, avec 118 naissances pour 1 000 jeunes filles. cadre de ce programme, le centre forme des éducateurs pairs au sein de
Ces chiffres résultent en partie des carences du planning familial, groupes de jeunes et d’autochtones, afin qu’ils transmettent un message
mais aussi des systèmes éducatifs. Les adolescentes rurales et moins responsable sur le planning familial et la santé reproductive.
Des politiques agricoles fortes et structurées, pilotées et largement financées par les États,
sont essentielles pour favoriser la mutation de l’agriculture africaine, laquelle va devoir
employer des jeunes de plus en plus nombreux, leur assurer des revenus décents et alimenter
une population croissante.
MAÏS
17,8 %
ORGE
9,7 %
BLÉ
11 %
SORGHO
12,2 %
MIL
12,3 %
RIZ
11,1 %
TEFF
11,7 %
TOUTES
15,10 %
© Terre Nourricière
CÉRÉALES
0 5 10
Source : PHL Network
improductives où les Noirs ont été parqués sous “Pour donner aux femmes un réel moyen d’entre-
l’apartheid. Les rendements y sont très faibles à prendre au plan économique, il faut commencer par
cause de la surexploitation des terres qui réclament régler le problème de leur accès à la terre, estime
à présent beaucoup d’intrants pour restaurer la Ngubane. La terre est un bien vital, à la base de tout
productivité d’un sol épuisé. “Cette parcelle est trop développement ; c’est d’elle que provient la nourri-
petite pour moi”, ajoute Semango. ture que nous mangeons pour vivre.”
Entravée par l’insuffisance de financement, Fidelis Zvomuya
15 20
passer d’une agriculture prioritairement tournée vers l’autoconsom- claires pour assurer la transparence des transactions et l’indemnisation
mation de subsistance, à une agriculture professionnelle, plus intensive, des agriculteurs privés de leurs terres.
orientée vers les marchés. Les chefs d’exploitation sont appelés à deve- Un autre facteur d’augmentation de la production considéré comme
nir des entrepreneurs agricoles, formés et informés. De nombreuses prioritaire est l’irrigation. De très importants investissements sont pré-
conditions sont à réunir pour que les jeunes, futurs exploitants, puis- vus pour construire plus de 130 barrages en Afrique subsaharienne.
sent évoluer dans ce sens. Selon une étude de la Banque mondiale, environ 23 millions d’hectares
de terres situées à moins de cinq heures de camion d’une ville importante
Terres : sécuriser et irriguer pourraient être irrigués par des systèmes à petite échelle de conception
L’accroissement de la pression sur les terres, lié à la hausse démo- simple, peu coûteux à gérer et à entretenir par les agriculteurs. Un autre
graphique, rend les politiques foncières particulièrement urgentes. Il avantage des cultures irriguées est qu’elles nécessitent une main-d’œu-
s’agit de favoriser un accès équitable à la terre, facteur de paix et de vre abondante et sont un vivier d’emplois pour les ruraux.
développement. La sécurisation des droits sur les terres est en effet un
Des moyens de production pour tous
préalable indispensable à l’intensification, car elle favorise les investis-
sements à long terme des petits agriculteurs et des entreprises dans la Les moyens de production, souvent négligés ces dernières décen-
gestion de leurs biens et des ressources naturelles. nies, sont les clefs de voûte des transformations attendues des exploi-
De nouvelles formes de tenure officiellement formalisées — fer- tations familiales. Aujourd’hui, l’utilisation d’engrais chimiques est
mage, baux à long terme — se développent qui tiennent compte à la fois considérée comme LA priorité pour accroître rapidement les rende-
des droits coutumiers, des pratiques locales, des besoins, du mode d’ex- ments. C’est pourquoi, des pays de plus en plus nombreux — Bénin,
ploitation et des capacités des agriculteurs. Certains pays font aussi des Burundi, Malawi, Mali… — les subventionnent largement avec des résul-
efforts pour améliorer les droits des femmes, nombreuses à être chefs tats souvent spectaculaires. Au Mali, les rendements du riz sont passés
d’exploitation, et des jeunes qui ont difficilement accès à la terre. de 1,5 à 2,4 t en moyenne de 2008 à 2009, grâce aux engrais. L’Ecowap
Des réformes foncières sont déjà engagées dans de nombreux pays. a inscrit l’octroi de subventions aux paysans dans ses objectifs, pour
Au Bénin, le Livre blanc de politique foncière, validé en octobre 2009, doper la production du manioc, du maïs et du riz. Mais à long terme, l’in-
facilite l’obtention rapide de titres fonciers (projet Millénium challenge). tensification écologique (voir interview page 12) permettrait d’asseoir
Au Rwanda, la réforme du Code de la famille permet aux femmes d’héri- durablement la fertilité des sols.
ter de terres. La vente ou la location à long terme des terres à des inves- Les semences améliorées, et les OGM selon certains, qui produisent
tisseurs étrangers, qui s’accélère, nécessite aussi des réglementations plus et sont moins sensibles aux maladies ou à la sécheresse sont un
Agriculture vivrière :
Au Mozambique, par exemple, le programme national de vulga-
risation agricole 2008-2015 (PROENA) teste une nouvelle approche,
un vivier d’emplois
qui fait travailler ensemble pour un apprentissage interactif, les asso-
ciations d’agriculteurs, particulièrement celles des femmes, et les
acteurs des marchés. Des conseillers privés ou publics sont là pour les
Beaucoup de grandes cultures industrielles d’exportation sont aujourd’hui aider et les conseiller.
majoritairement détenues par de grands groupes internationaux. Pour être Si les moyens financiers et techniques de produire dans de bon-
plus compétitifs, ceux-ci ont investi massivement dans la mécanisation des nes conditions facilitent l’adoption de nouvelles méthodes de culture et
tâches. Les besoins en main-d’oeuvre s’en trouvent réduits. C’est le cas dans encouragent les jeunes à rester sur les exploitations, ceux-ci ont aussi
les plantations d’ananas, de bananes dessert, de palmier à huile, de canne,
de thé ou encore d’hévéa. Même les cultures d’exportation gérées par des
petits exploitants dans le cadre d’une agriculture familiale comme le café,
le cacao ou le coton ont des besoins en main-d’oeuvre assez réduits, en
dehors des périodes de récolte où il est fait appel à du personnel temporaire
souvent émigré. C’est le cas dans les plantations de cacao en Côte d’Ivoire.
À l’inverse, l’agriculture vivrière reste peu mécanisée, ce qui pose le
problème de la compétitivité de ses produits face aux aliments importés.
Mais elle est, de ce fait, une grosse pourvoyeuse d’emplois ruraux,
majoritairement féminins. Le maintien d’une agriculture vivrière dynamique,
capable de nourrir les villes, est donc un des grands enjeux en termes de
maintien des emplois ruraux et donc de ralentissement des migrations des
campagnes vers les villes, qui se sont accélérées ces dernières décennies.
Le développement d’industries de transformation des produits vivriers
est une autre source importante d’emplois. Ce constat pousse certains
économistes à exiger le rétablissement des droits de douane sur les produits
alimentaires importés. “L’entrée incontrôlée en Afrique des produits
agroalimentaires occidentaux, en détruisant les productions locales, aggrave
les problèmes déjà préoccupants de chômage, d’exode rural et de croissance
© Terre Nourricière
des agriculteurs bio de Wangige. Le propre exploitation, tout en gagnant plus que mon
groupe, qui comptait huit membres salaire précédent”, conclut-il.
Nairobi au départ, a vu ses rangs grossir pour Isaiah Esipisu
RD Congo :
sur cette route bien compactée. Tous les 10 km, on faute de routes praticables. Il y a 50 ans,
aperçoit un village nouvellement créé ou revitalisé bien desservies par la route, le train et la voie flu-
une route,
comme celui de Lusa II, où se sont installés les gens viale, elles étaient pourtant le grenier de la RDC.
revenus de Bagwasi, à environ 60 km en pleine forêt. Francine Matope
trois fois
Les voyageurs qui, auparavant, bravaient
les bourbiers à pied, vélo, moto ou véhicule
plus de champs
pour transporter quelques marchandises ne
trouvaient même pas de quoi s’alimenter en
chemin. Sans débouchés, les paysans ne culti-
Les travaux de remise en état de la route entre vaient que de petites parcelles. Avec le retour
Kisangani et Ubundu (125 km), sur la rive gauche du des camions, ils ont fortement accru leur pro-
fleuve Congo, au nord-est de la RD Congo, ont com- duction. “Nous cultivions des champs d’une
mencé en septembre 2009. Moins d’un an après, de centaine de mètres carrés, mais maintenant
© Syfia International
nouvelles maisons et même des villages entiers se nous allons jusqu’à 300 m²”, déclare un culti-
sont déjà installés au bord de cet axe vital. vateur. “Grâce à la reprise des mouvements
La dégradation de la chaussée devenue inutilisable de population et l’intensité du trafic, nous
par les véhicules avait contraint les riverains à aller vendons le gobelet de riz près du double”,
habiter le long du chemin de fer, où un train passe de rapporte Aradjabu Kabali.
besoin d’une solide for- et sociale et leur permet de bousculer certaines traditions hostiles à
mation pour être à même l’innovation.
de relever tous les défis Une réduction très nette des pertes après récolte équivaudrait à
qui les attendent. Or, la une hausse de la production. À côté des infrastructures de stockage,
formation professionnelle le développement d’unités de transformation contribue à conserver et
au métier d’agriculteur valoriser les produits. Aujourd’hui, la transformation est assurée sur-
est très insuffisante dans tout par les femmes ; les entreprises sont rares dans de nombreux pays.
de nombreux pays. Seu- Au Rwanda, sous l’impulsion du gouvernement, de nombreuses unités
les des formations ponc- de transformation du lait, des fruits, du manioc, des haricots, ont vu le
tuelles sont dispensées jour ces dernières années alimentant la consommation locale et l’expor-
dans le cadre de projets tation et faisant travailler et vivre de nombreux ruraux.
ou par des Ong. Outre les
connaissances techniques,
Produire et transformer pour vendre
les jeunes ont besoin d’ap- Produire plus, surtout pour vendre, est le credo actuel des politi-
prendre à gérer leurs ques agricoles. Et là aussi, l’intervention active des États joue un rôle
exploitations, prévoir leur primordial. Tout d’abord, pour améliorer les transports en milieu rural,
développement, analyser et ainsi faciliter l’accès physique aux marchés ou faire baisser le coût du
les marchés… Des projets transport. Les bénéfices de ces investissements sont très importants
travaillent dans ce sens : économiquement et socialement pour les agriculteurs comme pour
le Renforcement des capa- les citadins. La construction de routes entre les pays favorise aussi les
cités rurales (RENCAR) au échanges entre régions productrices. Celle qui relie le Cameroun au
Tchad, la Stratégie d’édu- Nigeria, dont les travaux ont démarré en juin 2010 mettra en contact
cation et de formation les pays de la CEMAC et de la CEDEAO.
pour l’agriculture et le développement rural en Afrique du Sud. La structuration des marchés locaux, nationaux et régionaux est
L’éducation informelle qui incite les jeunes à entreprendre, à capitale pour que les producteurs tirent parti des efforts qui leur sont
travailler activement et collectivement pour le développement de demandés. C’est au niveau sous-régional que se trouvent les marchés
leur région favorise aussi leur intégration dans la vie économique les plus intéressants et les plus prometteurs. L’État a un rôle à
localement
actuellement, très insuffisante et les engrais (AFFM), qui sera doté, à terme, d’une
investisseurs peu intéressés par ce marché enveloppe de 10 millions de dollars.
encore très étroit. Face à la demande croissante, L’objectif de ces évolutions récentes est de
Les États africains se sont fixé comme objectif, les pays producteurs de phosphate tels le Togo permettre aux ruraux d’augmenter notablement
à Abuja en 2006, de multiplier par dix d’ici 2015 et le Sénégal se mobilisent pour réhabiliter leurs leurs revenus, ce qui leur permettra à terme
la quantité d’engrais utilisée par les agriculteurs. entreprises d’extraction et leurs usines dont la d’acheter des engrais sans avoir besoin de
Pour qu’ils puissent acheter ces intrants, vendus production avait lourdement chuté. La Société subventions. Les premiers résultats obtenus
sur le continent deux à quatre fois plus cher que nationale des phosphates du Togo (SNPT) et les grâce aux politiques d’aide aux petits exploitants
sur le marché mondial, de plus en plus d’États Industries chimiques du Sénégal (ICS), reprises sont significatifs : les récoltes de mil et de
les subventionnent de 25 % à 30 %. Mais le par un consortium indien, ont à nouveau le vent sorgho ont augmenté de 43 % à 120 % au
coût de l’engrais reste très dépendant des cours en poupe. Ailleurs, même les usines locales Burkina Faso, au Mali et au Niger, là où les
mondiaux des matières premières qui sont de formulation dépendent entièrement des paysans ont utilisé à peine le tiers des doses de
importées et les aides apportées aux agriculteurs importations. fertilisants recommandées, et les producteurs
peuvent devenir très lourdes pour les États. Pour favoriser la création d’usines de de maïs du Bénin ont vu leur production de maïs
Au Malawi, pays pionnier pour les subventions fabrication d’engrais, leur distribution et doubler en 2009 grâce à ces intrants.
age ]
Ouganda : agriculteurs en ligne [ report
“La saison dernière, j’ai vendu mon maïs avec une télévision, un enregistreur/lecteur savent se servir d’Internet le font tout simplement,
450 UGX le kilo (0,16 €). La saison précédente, de cassettes et DVD, sept ordinateurs équipés mais il en reste qui ne savent pas. C’est là que
je n’en avais tiré que 250 UGX/kg (0,09 €)”, d’Internet, une imprimante, un téléphone, un fax, FIT-Uganda intervient”, ajoute Juma. Elle fournira
confie Sam Lumonya, l’un des 3 824 agriculteurs une photocopieuse et un générateur de secours. le télécentre en logiciels d’analyse des données
propriétaires du télécentre rural nommé Les utilisateurs paient une petite cotisation. Des commerciales. Les données de Busia seront
Association des agriculteurs du district de Busia formations sont proposées aux agriculteurs pour intégrées à l’information commerciale du reste
(BDFA), dans le district de Busia, dans l’est de les aider à utiliser les TIC et adopter une démarche du pays, diffusées auprès des agriculteurs via la
l’Ouganda. Le télécentre propose des formations entrepreneuriale. Certains d’entre eux se servent presse et les téléphones portables et affichées au
en TIC et aide les paysans à accéder à l’information du télécentre pour repérer les marchés intéressants télécentre même.
commerciale. “J’ai suivi une formation pour utiliser aux alentours de Nairobi, où ils disposent à présent Angella Nabwowe
Internet et ainsi avoir accès aux informations à d’étals permanents. “En 1998, j’étais un petit
partir d’ici. Alors, quand je suis tombé sur des paysan, mais en moins de deux ans la BDFA a
bons prix offerts à Kampala, j’ai mobilisé les fait de moi un grand agriculteur : j’ai à présent
agriculteurs de trois sous-comtés et nous avons 24 acres (9,7 ha) de maïs, sorgho et manioc,
vendu notre maïs en gros”, explique Lumonya. témoigne Lumonya. J’ai pu améliorer ma
Le télécentre a démarré en 2008 avec l’aide de la capacité de production, grâce à la garantie de
Commission ougandaise des communications qui débouchés commerciaux. J’ai construit une
fournissait 80 % de l’argent pour les semences maison et éduqué mes enfants,
tandis que les agriculteurs contribuaient à hauteur dont deux vont à l’université.”
de 20 %. “Depuis, nous n’avons jamais fait marche Grâce à un protocole d’accord
arrière. Si quelqu’un me fait savoir qu’il existe signé en mars 2010 entre la BDFA
un acheteur au Kenya, je demande l’e-mail ou et l’organisation de logiciels
le téléphone de ce dernier. Je négocie toutes les commerciaux FIT-Uganda, Juma
© A. Nabwowe
transactions d’ici”, ajoute Ogama Mourice Juma, espère que les agriculteurs
coordinateur de la BDFA. parviendront à encore mieux
Le télécentre possède son propre bâtiment, vendre leurs produits. “Ceux qui
est le magazine bimestriel du Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA). Le CTA est régi par l’Accord de Cotonou entre le groupe des pays
d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et l’Union européenne, et financé par l’UE. • CTA • Postbus 380 • 6700 AJ Wageningen, Pays-Bas • Tél. : +31 317 467 100
• Fax : +31 317 460 067 • E-mail : cta@[Link] • Site Web : [Link] • DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : Michael Hailu • COMITÉ DE RÉDACTION : Thierry Doudet, Stéphane Gambier,
Y. Doelan © [Link]
Anne Legroscollard, Isolina Boto, Vincent Fautrel, José Felipe Fonseca, Karen Hackshaw, Ibrahim Tiémogo • RÉDACTION : Directrice de la rédaction : Marie-Agnès Leplaideur •
Rédactrice en chef de la version française et coordinatrice : Denise Williams • Syfia International, 20 rue du Carré-du-Roi, 34 000 Montpellier, France • Rédactrice en chef de la
version anglaise : Clare Pedrick • Via dello Spagna 18, 06049 Spoleto (PG), Italie • CORRESPONDANTS : ont participé à ce numéro D. Bazubagira (Rwanda), I. Esipisu (Kenya),
G. Herming (Salomon), A. Labey (France), I. Maïga (Burkina Faso), F. Matope (RD. Congo), A. Nabwowe (Ouganda), F. Nouwligbêto (Bénin), N. Okeya (Kenya), S. Saddi Maâzou
(Niger), É. Tassé (Cameroun), M. Ziba (Malawi), B. Zulu (Zambie) et F. Zvomuya (Afrique du Sud) . • AUTRES CONTRIBUTEURS : J. Bodichon, L. de Araújo, F. Idir Le Meur, D. Manley,
Tradcatts • DESIGN ET MISE EN PAGE : Intactile DESIGN, France • IMPRESSION : Pure Impression, France • © CTA 2010 – ISSN 1011-0054
24 Spore hors-série / Août 2010