04/02/2024
SÉNÉGAL POLITIQUE
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Derrière le report de la
présidentielle, la guerre des clans
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entre Macky Sall et Amadou Ba
La décision du chef de l'État Macky Sall de reporter l'élection
présidentielle marque l'épilogue d'une âpre bataille opposant
son cercle proche à Amadou Ba. Ces derniers mois, plusieurs
barons du parti au pouvoir se sont mobilisés afin de fragiliser
le premier ministre, pourtant adoubé comme successeur de
Macky Sall en septembre dernier.
Le président sénégalais Macky Sall et son premier ministre Amadou Ba, à
Dakar, le 21 décembre 2023. © Seyllou/AFP
Cela faisait plusieurs semaines qu'ils plaidaient en faveur de ce scénario.
Annoncé le 3 février par le président Macky Sall, le report sine die de
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l'élection présidentielle marque une victoire pour une poignée de proches du
chef de l'État. Profondément sceptiques quant aux chances d'Amadou
Ba, premier ministre et candidat de la majorité, de remporter le scrutin, ces
derniers espèrent tirer profit de ce sursis pour convaincre Macky Sall de
désigner un nouveau dauphin.
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Parmi les personnalités s'étant mobilisées ces derniers jours à cette fin figure
l'actuel ministre du tourisme, Mame Mbaye Niang. Si cet intime de la
première dame Marième Faye Sall n'a jamais caché son hostilité à l'égard
d'Amadou Ba, d'autres membres de l'entourage présidentiel ont également agi
discrètement afin de désarçonner le premier ministre. Les partisans de ce
dernier soupçonnent notamment Mahmoud Saleh, ex-chef de cabinet du chef
de l'État, ainsi qu'Abdoul Aziz Mbaye, influent ministre conseiller à la
présidence chargé des télécommunications, d'avoir été à la manœuvre.
Opération d'affaiblissement
À ceux-ci viennent s'ajouter l'homme d'affaires Thierno Ba, connaissance de
longue date de la première dame, actif dans le secteur de la défense (AI du
23/01/23), et Abdoulaye Daouda Diallo, actuel président du Conseil
économique, social et environnemental (CESE) qui s'était aussi positionné
pour succéder à Macky Sall. Dans une moindre mesure, la ministre du
développement communautaire, Thérèse Faye Diouf (AI du 25/05/22), a
également pris part à l'opération d'affaiblissement d'Amadou Ba.
Ces fidèles du chef de l'État ont joué un rôle clé dans la mobilisation des
députés du parti présidentiel, l'Alliance pour la République (APR), en amont
de l'adoption d'une résolution cruciale, le 31 janvier, à l'Assemblée nationale.
Portant sur la création d'une commission d'enquête parlementaire censée
éclaircir les conditions du processus de validation des candidatures par le
Conseil constitutionnel, celle-ci a été citée par Macky Sall comme l'un des
principaux motifs du report de l'élection.
Bien qu'émanant d'une formation d'opposition, le Parti démocratique
sénégalais (PDS), en réaction à l'éviction de son champion Karim Wade de la
course, la proposition a reçu un large soutien des parlementaires du camp
présidentiel. Séjournant alors en Côte d'Ivoire pour assister aux matchs de la
Coupe Afrique des Nations (CAN), certains d'entre eux ont été rappelés en
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urgence pour prendre part au vote, à l'instar du chef de file des députés de la
majorité, Abdou Mbow.
Main tendue à Karim Wade
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Les raisons ayant motivé l'entourage du chef de l'État à pousser pour l'option
du report sont multiples. Certains poids lourds de l'APR suspectent les soutiens
d'Amadou Ba d'être derrière les révélations ayant conduit à la disqualification
de Karim Wade, recalé par le Conseil constitutionnel, le 22 janvier, pour cause
de double nationalité. Une manœuvre qui est venue mettre à mal le
rapprochement stratégique amorcé au cours des derniers mois entre Macky
Sall et le fils de l'ex-président Abdoulaye Wade (2000-2012).
À l'issue de plusieurs tractations menées sous l'égide des dignitaires de la
puissante confrérie des Mourides, le chef de l'État s'était engagé à agir en
faveur du retour au pays de l'ancien ministre du ciel et de la terre. L'accord
trouvé entre les parties devait permettre à Karim Wade, en exil au Qatar,
depuis 2016, de rentrer au pays et de prendre part à l'élection présidentielle.
Parmi les proches du président, certains caressaient même l'espoir que cette
main tendue, qui avait été officialisée lors du dialogue national de juin 2023,
puisse faciliter une alliance entre l'APR et le PDS en cas de second tour. Une
perspective que l'élimination de Karim Wade de la course est cependant
venue faire voler en éclats.
"Sous le manteau"
Les risques que cette situation faisait peser sur le camp présidentiel sont
devenus de plus en plus manifestes au fur et à mesure que de nombreux
sondages commandés par l'état-major de l'APR ont fait surface ces dernières
semaines. Circulant "sous le manteau" pour ne pas enfreindre la loi
sénégalaise prohibant leur publication, pratiquement tous indiquent
qu'Amadou Ba échouerait à remporter plus de 50 % des voix au premier tour,
et laissent ainsi planer de sérieux doutes quant à la validité de sa stratégie
officielle.
Dans ces conditions, une victoire du camp d'Ousmane Sonko est
progressivement apparue comme inévitable aux yeux des barons du parti
présidentiel. Si l'opposant numéro 1 à Macky Sall purge en ce moment une
peine de deux ans de prison à la suite de sa condamnation, en juin dernier,
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pour corruption de mineurs, trois de ses lieutenants figuraient parmi la
vingtaine de candidats en lice avant l'annonce du report. Au vu de cette
configuration, certains caciques de l'APR redoutaient même qu'Amadou Ba
puisse chercher à faire alliance avec les partisans du maire de Ziguinchor,
avec qui il a pu entretenir des liens de proximité par le passé (AI du 14/07/23).
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À ces craintes s'est ajouté un agacement face à l'approche "resserrée" à
travers laquelle le premier ministre a jusqu'ici battu campagne. Se méfiant de
l'appareil présidentiel, où il compte de multiples adversaires, Amadou Ba a
préféré opérer avec un noyau rapproché de fidèles, dont son ancien conseiller
technique Dialigué Ba. L'irruption à ses côtés de cabinets de communication
étrangers, à l'instar du français Concerto, et de personnalités politiques de
l'extérieur, comme l'ex-député Cheikh Oumar Sy, a également fait grincer
des dents au sein de l'APR.
Limogeage imminent ?
Quelques cadres apéristes, dont l'ancienne ministre de la microfinance, Zahra
Iyane Thiam, ou encore Aliou Sall, le propre frère du président, ont exprimé
leur opposition au report. En vain. Le chef de l'État s'est finalement résigné à
opter pour ce choix risqué, au grand dam de son premier ministre qui n'a eu
de cesse de s'y opposer. Conséquence de ce désaccord, les relations entre les
deux hommes, déjà ambivalentes, se sont brusquement détériorées au cours
des dernières semaines.
Si Amadou Ba a été convoqué par Macky Sall pour une entrevue au palais
présidentiel, le 2 février, il a brillé par son absence lors du conseil des
ministres dix jours plus tôt. Le 28 janvier, il n'est pas non plus venu saluer le
chef de l'État sur le tarmac de l'aéroport international Léopold-Sédar-
Senghor, comme l'exige pourtant le protocole. Macky Sall s'apprêtait alors à
s'envoler pour Rome, où il a pris part au Sommet Italie-Afrique.
Alors que les rumeurs concernant un limogeage imminent du premier
ministre vont bon train, plusieurs membres de l'entourage d'Amadou Ba lui
ont conseillé de prendre les devants en démissionnant de lui-même. Dans ce
contexte délicat, plusieurs conseillers du chef de gouvernement l'ont
également invité à prendre discrètement attache avec le camp d'Ousmane
Sonko, vivement opposé au report acté par Macky Sall.
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