Géomancie
technique de divination
La géomancie est une technique de divination fondée sur l'analyse
de figures composées par la combinaison de quatre points
simples ou doubles (ou points et traits). Ces points sont obtenus
par l'observation de cailloux ou d'objets jetés sur une surface
plane ou posés dans un espace donné, par des lancers de dés[1],
par le comptage de traits dessinés dans le sable avec un bâton ou
sur du papier à l'aide d'un stylo[2] ou encore par l'observation
d'éléments disposés dans la nature sans intervention humaine.
Tableau pour servir à l'étude de
l'astrologie et de la géomancie (par le
Mage Edmond).
Les oracles géomantiques sont basés sur une série de figures,
chacune composée de quatre lignes de points, pairs ou impairs.
Par différentes combinaisons simples, les tirages des figures sont
développés pour former un diagramme ou graphe destiné à
l'interprétation : un écu ou thème (terme emprunté à l'astrologie)
géomantique, ou encore un carré. Les significations propres aux
figures géomantiques, leurs positions dans le graphe obtenu et les
relations à l'intérieur du graphe des figures (répétitions,
oppositions, passations, etc.) entrent en compte dans
l'interprétation.
Il en existe plusieurs pratiques africaines, certaines très proches
de la pratique d'influence Arabe, mais aussi une expression qui est
à l'origine du Vaudou à travers le dieu FA (ou Ifa) dieu de la
divination, appelée Ifa. Dans cette version, les seize figures sont
considérées par paires, ce qui donne 256 combinaisons. Il semble
que plus que de divination, il s'agit d'un système très élaboré de
pédagogie supporté par le dieu Fa et quelques autres divinités
(Lêgba, Gû, Hêbiesso... moins d'une dizaine)[3] à destination de
peuples qui n'avaient pas d'écriture et chez qui tout devait reposer
sur la mémoire. À noter qu'à ces divinités se superposent les
dieux proprement animistes.
Étymologie
Le terme est directement issu du bas latin geomantia (« divination
par la terre ») emprunté au grec γεωμαντεία. Il est rapporté, sous
la forme jomansie au début du xive siècle, notamment dans une
des relations de voyages de Marco Polo (chapitre CLXXIV du
« Devisement du monde » également appelé « Le Livre des
merveilles » — à ne pas confondre avec le « Livre des merveilles du
monde » de Jean de Mandeville). Le terme était toutefois connu
antérieurement, puisqu'il apparaît ensuite en français, vers 1333,
sous la forme géomancie dans la traduction manuscrite du Miroir
Historial de Vincent de Beauvais rédigée par Jean de Vignay à la
demande du roi de France Philippe VI de Valois et de sa femme
Jeanne de Bourgogne.
Histoire
L'origine réelle de ce type d'oracle reste incertaine. Certains
auteurs le disent d'origine perse, tandis que d'autres tablent sur
une création arabe. Le mode de construction des figures et leur
placement dans l'ensemble de l'oracle, toujours de droite à
gauche, sont en tout cas la marque d'un peuple faisant usage
d'une écriture de droite à gauche, que la langue soit d'origine
sémitique (arabe) ou non (persan).
En Corée
Article détaillé : Yi jing#Les figures et leur composition.
Elle a été transmise par le taoïsme populaire pour être incorporé à
la culture locale dans le royaume de Koryo (918–1232 et 1270–
1392, ancien nom de la Corée), « pungsu » en coréen, « feng shui »
en chinois, écrit avec l'idéogramme « vent » et le pictogramme
« eau ». Cette pratique a été apportée en Corée par la Chine à la fin
du 1er millénaire[4]. La divination du yi jing, liée au taoïsme y est
donc présente.
Les 16 figures
x x x
x
x x x
x
x x x x x
x
x x x x x
x
Cauda draconis Puer Fortuna minor
Via
(La Queue du (Le Jeune (La Fortune
(La Voie)
Dragon) Garçon) Mineure)
x x x x
x x x x x x x x
x x x x x x
x x x x x x
Puella Amissio Carcer Laetitia
(La Jeune Fille) (La Perte) (La Prison) (La Joie)
x x x x
x x x x
x x
x x
x x
x x x x
x x x
x x x
Caput Draconis Conjunctio
Acquisitio Rubeus
(La Tête du (La
(Le Gain) (Le Rouge)
Dragon) Conjonction)
x x x x x x x x
x x x x x x x x
x x x x x x
x x x x x x
Fortuna Major Albus Tristitia Populus
(La Fortune (Le Blanc) (La Tristesse) (Le Peuple)
Majeure)
Les noms latins des seize figures sont traditionnellement
employés dans la géomancie « occidentale », depuis le Moyen
Âge, parallèlement avec leur traduction dans la langue profane en
usage dans le pays où est interrogé l'oracle.
Technique
Les usagers de cette méthode de divination procèdent
habituellement à un « tirage » de quatre figures, selon différentes
techniques (jet de dés, de pièces, séparation de tas de cailloux,
etc.).
Une méthode de tirage consistait par exemple à aligner, sur le
sable, quatre lignes superposées de points tracés au hasard, puis
de faire le décompte de chaque ligne de points. D'une ligne
impaire résultait un point unique, et d'une ligne paire un point
double. Cette méthode est encore utilisée de nos jours, dans une
version « adaptée », où le medium trace sur le papier quatre lignes
de points pour en faire ensuite le décompte.
Ces quatre premières figures sont en général appelées les
« Quatre Mères », et d'elles découlent, par un système complexe
de report de points, les onze autres figures de l'oracle. Ces quinze
figures sont réparties en douze « maisons », deux « témoins »
(droit et gauche) et un « Juge ».
Certains adeptes de cette technique divinatoire y ajoutent une
seizième « maison », le « Subjudex » ou « la Sentence », obtenue à
partir de la combinaison du « Juge » et de la « maison I ». Cette
« maison » surnuméraire n'est habituellement pas dessinée sur le
graphique des quinze « maisons » classiques.
Construction d'un graphe
Exemple fictif choisi au hasard parmi 65 536 combinaisons
différentes (16 x 16 x 16 x 16).
Une même figure peut revenir deux ou plusieurs fois dans
l'ensemble du tirage : son interprétation variera toutefois en
fonction de la place occupée parmi les « Maisons ». Toutefois, un
graphe réunissant la même figure dans quatre cases (ou plus) sur
quinze est habituellement considéré comme nul.
Les quatre « Filles » Les quatre « Mères »
VIII VII VI V IV III II I
x x x x x x x x x x x
x x x x x x x x x x x x x
x x x x x x x x x x x x x
x x x x x x x x x x x x x
(la (le (la (le (la (la (la (la
Joie) Blanc) Fortune Jeune Fortune Conjonction) Joie) Prison)
Majeure) Garçon) Mineure)
Les quatre « Nièces »
XI IX
XII X
x x x
x x
x x x
x x x x
x x x
x x
x x x
x x x x
(la Queue du (la
(la Perte) (la Perte)
Dragon) Tristesse)
Témoin Gauche Témoin Droit
x x x
x x x
x x x
x x x
(le Rouge) (la Jeune Fille)
Juge
x
x
x
x
(la Voie)
Construction des « Filles » :
les points successifs de la première « Fille » (V) sont le report
de la première ligne de points des quatre « Mères » ;
les points successifs de la deuxième « Fille » (VI) sont le report
de la deuxième ligne de points des quatre « Mères » ;
les points successifs de la troisième « Fille » (VII) sont le report
de la troisième ligne de points des quatre « Mères » ;
les points successifs de la quatrième « Fille » (VIII) sont le
report de la quatrième ligne de points des quatre « Mères ».
Construction des « Nièces » : à la différence de la construction
des « Filles », les points ne sont pas reportés. Chaque ligne de
chacune des « Nièces » est obtenue en additionnant les points de
la ligne correspondante des deux « Mères » ou des deux « Filles »
de l'étage supérieur, puis en réduisant au plus petit entier pair ou
impair : 2 + 2 = 4 réduit à 2, 2 + 1 ou 1 + 2 = 3 réduit à 1, 1 + 1 = 2.
La construction des « Témoins » suit le même schéma, chaque
ligne de chacun des « Témoins » étant obtenue en additionnant
les points de la ligne correspondante des deux « Nièces » de
l'étage supérieur, puis en réduisant au plus petit entier pair ou
impair. Les deux « Témoins » sont obligatoirement de même
parité (soit pairs, soit impairs). Une parité divergente est la preuve
d'une erreur dans l'établissement du graphe.
La construction du « Juge » suit le même schéma, chaque ligne du
« Juge » étant obtenue en additionnant les points de la ligne
correspondante des deux « Témoins », puis en réduisant au plus
petit entier pair ou impair. Le « Juge » compte obligatoirement un
nombre de points pair, ce qui limite à huit le nombre de figures
possibles dans cette case : Via (4 points), Fortuna Minor, Fortuna
Major, Carcer, Conjunctio, Amissio, Acquisitio (6 points) et Populus
(8 points). Toute autre figure est la preuve d'une erreur dans
l'établissement du graphe.
Dans le cas d'une interrogation de l'oracle faisant appel à la
seizième « Maison » surnuméraire, celle-ci est obtenue en
additionnant les points respectifs de la première « Mère » (I) et du
« Juge ». On aura dans le cas présent :
Sentence
x x
x
x
x x
(la Conjonction)
Notes et références
1. Dom Neroman, La géomancie retrouvée, éditions Sous le Ciel,
1948
2. Robert Fludd, 'Traité de Géomancie, traduction de de
geomantia par Pierre Piobb, éditions Dangles 1947.
3. P. Aclinou Une pédagogie oubliée : le vodou : L'horloger de
Kouti, Harmattan, Paris, 2007 Et P. Aclinou Comprendre les
fondamentaux du vodoun, Harmattan, Paris mai 2022 (ISBN-13
: 978-2343241067) page 423 à page560.
4. Philippe Pons, Corée du Nord, un État-guérilla en mutation,
Gallimard, coll. « La Suite des temps », avril 2016, 720 p.
(ISBN 9782070142491), page 194, note de bas de page n°4
Annexes
Bibliographie
Traités
Gérard de Crémone (xiiie siècle) , Géomancie Astronomique,
éditions des Cahiers Astrologiques, Nice, 1946 [1] ([Link]
[Link]/dodecafr/[Link]) [archive]
Eugène Caslant, Traité élémentaire de géomancie, Guy Trédaniel
éditeur, 1935 - 1985
Robert Fludd, Traité de Géomancie (De Geomantia), étude du
macrocosme annotée et traduite par P.-V. Piobb, éditions
Dangles, Paris, 1947. Extrait du traité Utriusque cosmi historia
(1617-1624)
Hadji Khamballah, La géomancie traditionnelle, éditions Vega,
1947.
Dom Néroman, La Géomancie Retrouvée, éditions Sous Le Ciel,
Paris, 1948
Margot Thieux, Géomancie : La terre vous parle, Paris, Véga,
2007, 287 p. (ISBN 978-2858295586)
Études
Robert Ambelain, La Géomancie arabe, Robert Laffont, 1984
T. Charmasson, Recherches sur une technique divinatoire : la
géomancie dans l'Occident médiéval, Genève et Paris, 1980. [2]
([Link]
g=PA177&dq=Th%C3%A9r%C3%A8se+Charmasson+l%27%C3%
A9crivain&source=bl&ots=69HXOSZ1Tm&sig=mjc8n_C1U3j0IlA
9WUKFAQifrvk&hl=fr&sa=X&ei=Vjb0TqTJJ8jg8AOOmYSrAQ&ve
d=0CC0Q6AEwAA#v=onepage&q&f=false) [archive].
Robert Jaulin, Géomancie et Islam, C. Bourgois, 1990.
Bernard Maupoil, La géomancie à l'ancienne Côte des Esclaves,
Institut d'ethnologie, Paris, 1988 (3e éd.), (XXVII-694 p.-VIII f. de
pl.) (ISBN 2-85265-012-6)
Aclinou P., Le vodoun : leçons de choses, leçons de vie. Le
continuum de potentialités, Harmattan, Paris, 2016, (ISBN-13 :
978-2343089300).
Aclinou P., Comprendre les fondamentaux du vodoun, Harmattan,
Paris, 2022, (ISBN-13 : 978-2343241067).
Articles connexes
Yi Jing
Ifa
Art divinatoire
Liens externes
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