Introduction aux processus stochastiques
Thèmes abordés
Introduction aux processus stochastiques
Thèmes abordés
M2 Mathématiques
Jean-Christophe Breton
Université de Rennes
Septembre–Décembre 2023
I Processus stochastiques 1
1 Processus stochastiques 3
1.1 Loi d’un processus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.2 Régularité des trajectoires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.3 Convergence faible des lois de processus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.3.1 Rappels sur la convergence faible . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.3.2 Équitension . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2 Processus gaussiens 17
2.1 Lois des processus gaussiens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.2 Régularité gaussienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
2.3 Espace gaussien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
2.4 Exemples de processus gaussiens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
3 Mouvement brownien 29
3.1 Historique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
3.2 Définition, premières propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
3.2.1 Propriétés immédiates . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
3.3 Constructions du mouvement brownien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
3.3.1 Principe d’invariance de Donsker . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
3.3.2 Mesure de Wiener . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
3.4 Propriétés en loi du mouvement brownien . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
3.5 Propriétés trajectorielles du mouvement brownien . . . . . . . . . . . . . . 41
3.5.1 Loi du 0/1 de Blumenthal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
3.5.2 Conséquences trajectorielles de la loi du 0/1 de Blumenthal . . . . . 44
3.5.3 Régularité trajectorielle brownienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
3.6 Variation quadratique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
3.7 Propriété de Markov forte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
3.7.1 Temps d’arrêt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
3.7.2 Propriété de Markov . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
3.7.3 Principe de réflexion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
3.8 Équation de la chaleur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
3.8.1 Origine physique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
i
ii Table des matières
II Martingales 61
4 Martingales en temps continu 63
4.1 Filtration et processus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
4.2 Filtrations et temps d’arrêt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
4.3 Définition et exemples de martingales en temps continu . . . . . . . . . . . 72
4.4 Inégalités pour martingales en temps continu . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
4.5 Régularisation de trajectoires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
4.6 Théorèmes de convergence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
4.7 Théorème d’arrêt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
4.8 Processus de Poisson . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
Ces notes de cours ont pour but d’introduire au calcul stochastique et à ses outils fon-
damentaux. Elles sont principalement destinées aux étudiants du Master 2 Mathématiques
et applications de l’Université de Rennes 1. Ces notes ont plusieurs sources d’inspiration,
dont principalement [LG1] mais aussi les notes de cours [Gué], [EGK], [Mal]. Par ailleurs,
des références standards conseillées sur le sujet sont les livres [KS], [RY] (en anglais) et
[Gal], [CM] (en français).
Le contenu de ces notes est le suivant :
On commence par quelques rappels gaussiens en introduction. La notion générale de
processus stochastique est présentée au Chapitre 1. Le Chapitre 2 introduit la classe des
processus gaussiens. Ces chapitres s’inspirent de [Dav] et des références classiques sont
[Bil2], [Kal].
Au Chapitre 3, on présente le mouvement brownien, processus stochastique central, dont
on discute de nombreuses propriéfentés.
Au Chapitre 4, on introduit la notion de martingale en temps continu. On revisite les
principales propriétés connues dans le cas des martingales discrètes.
La notion de semimartingale, essentielle dans la théorie de l’intégration stochastique, est
présentée au Chapitre 5.
Le Chapitre 6 est consacré à la construction des intégrales stochastiques et à ses principales
propriétés.
On achève ces notes avec la formule d’Itô dans le Chapitre ??. Ce résultat est essentiel et
constitue le point de départ du calcul stochastique qui est la suite naturelle de cours et
pour laquelle on renvoie à [JCB-stoch].
Les propriétés de l’intégrale stochastique, en particulier la formule d’Itô et le théorème
de Girsanov, sont des outils qui fondent le calcul stochastique.
Les prérequis de ce cours sont des probabilités de base (des fondements des probabilités
aux conséquences de la LGN et du TCL – niveau L3) pour lesquelles on pourra consulter
[JCB-proba], les martingales en temps discret (niveau M1), voir [JCB-martingale].
iii
iv ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Rappels gaussiens
Dans ce chapitre, on rappelle les principaux résultats sur les variables aléatoires gaus-
siennes et sur les vecteurs aléatoires gaussiens. Ces rappels seront utiles pour généraliser le
cadre gaussien aux processus au Chapitre 2 et présenter la notion de processus gaussien.
Variables gaussiennes
Définition 0.1 Une variable aléatoire X suit la loi normale standard N (0, 1) si elle admet
pour densité
1
t ∈ R 7→ √ exp − t2 /2 .
2π
De façon générale, une variable aléatoire X suit la loi normale N (m, σ 2 ) (m ∈ R, σ 2 > 0)
si elle admet pour densité
(t − m)2
1
t ∈ R 7→ √ exp − .
2πσ 2 2σ 2
Si σ 2 = 0, la loi est dégénérée, la variable aléatoire X est constante égale à m. Sa loi est
une mesure de Dirac en m : PX = δm .
Proposition 0.2 Une variable aléatoire X ∼ N (m, σ 2 ) peut se voir comme la translatée et
la dilatée de X0 ∼ N (0, 1) par X = m + σX0 .
(2n)!
E X 2n = n σ 2n E X 2n+1 = 0.
et (1)
2 n!
v
vi ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Démonstration :[Esquisse] Centrer, réduire pour se ramener à X ∼ N (0, 1). Calculs simples
pour E[X], Var(X). Pour la fonction caractéristique, identifier les fonctions holomorphes
2
E[ezX ] et ez /2 pour z ∈ R et considérer z = ix. Pour les moments de tous ordres faire des
intégrations par parties successives. □
φN1 +N2 (t) = φN1 (t)φN2 (t) = exp im1 t − σ12 t2 /2 exp im2 t − σ22 t2 /2
= exp i(m1 + m2 )t − (σ12 + σ22 )t2 /2 = φN (m1 +m2 ,σ12 +σ22 ) (t)
Proposition 0.6 Soit (Xn )n≥1 une suite de variables normales de loi N mn , σn2 .
1. La suite (Xn )n≥1 converge en loi ssi mn → m ∈ R et σn2 → σ 2 ∈ R+ . La loi limite
est alors N (m, σ 2 ).
2. Si la suite (Xn )n≥1 converge en probabilité vers X, la convergence a lieu dans tous
les espaces Lp , p < +∞.
vii
Comme φX est continue et φX (0) = 1, il existe t ̸= 0 tel que |φX (t)| ̸= 0. Pour ce t, en
2
prenant le module dans (3), on a exp(− σ2n t2 ) → |φX (t)|. On déduit alors que limn→+∞ σn2 =
− t22 ln |φX (t)| := σ 2 existe. Par suite, on a aussi
Supposons que (mn )n≥1 est non bornée. On construit alors une sous-suite mnk → +∞,
k → +∞ (ou −∞ ce qui mène à un raisonnement analogue). Alors pour tout η > 0,
1
P(X ≥ η) ≥ lim sup P(Xnk ≥ η) ≥
k→+∞ 2
puisque, pour k assez grand, P(Xnk ≥ η) ≥ P(Xnk ≥ mk ) = 1/2 (la moyenne mk étant
aussi la médiane). En faisant η → +∞, on a P(X = +∞) ≥ 1/2, ce qui est absurde car
P(X ∈ R) = limn→+∞ P(Xn ∈ R) = 1.
On a donc (mn )n≥1 bornée. Dès lors, si m et m′ sont deux valeurs d’adhérence de (mn )n≥1 ,
′
en passant à la limite sur les bonnes sous-suites, on doit avoir eimt = eim t pour tout t ∈ R,
ce qui exige m = m′ . Il y a donc unicité de la valeur d’adhérence, c’est à dire existence de
la limite m de mn .
Finalement, mn → m et σn → σ (n → +∞) et en passant à la limite dans (3), on a :
σ2
φX (t) = exp imt − t2
2
ce qui assure X ∼ N (m, σ 2 ).
2) On écrit Xn = σn Nn + mn avec Nn ∼ N (0, 1). Comme Xn converge en loi, les suites
(mn )n≥1 et (σn )n≥1 sont bornées d’après la partie 1). Par convexité pour q ≥ 1
Soit p ≥ 1, la suite |Xn − X|p converge vers 0 en probabilité et est uniformément intégrable
car bornée dans L2 (d’après ce qui précède avec q = 2p). Elle converge donc dans L1 vers
0, ce qui prouve 2) dans la Prop. 0.6. □
Le caractère universel de la loi normale est illustré par le résultat suivant. Il montre que la
loi normale standard contrôle les fluctuations par rapport à leur moyenne des effets cumulés
d’un phénomène aléatoire répété avec des répétitions indépendantes.
Dans la suite, iid signifiera indépendant(e)s et identiquement distribué(e)s, c’est à dire
de même loi. Souvent, on notera aussi vaiid pour variables aléatoires indépendantes et
identiquement distribuées.
Théorème 0.7 (TCL) Soit (Xn )n≥1 une suite de variables aléatoires iid, d’espérance m et
de variance finie σ 2 > 0. Soit Sn = X1 + · · · + Xn la somme partielle. Alors
Sn − nm
√ =⇒ N (0, 1), n → +∞.
σ2n
Remarque 0.8 — Le TCL complète la loi des grands nombres : en effet, la LGN donne
Sn /n → m, c’est à dire
√ Sn − nm ≈ 0. Le TCL donne la vitesse de cette convergence
(en loi) : elle est en n. Noter que la convergence est presque sûre dans la LGN et
en loi (donc beaucoup plus faible) dans le TCL.
— La loi N (0, 1) apparaı̂t à la limite dans le TCL alors que les variables aléatoires Xi
sont de lois arbitraires (de carré intégrable) : ce résultat justifie le rôle universel de
la loi normale. Elle modélise les petites variations de n’importe quelle loi (avec un
moment d’ordre 2) par rapport à sa moyenne.
Sn′
t ′ t
φZn (t) = E exp it √ = E exp i √ Sn = φSn′ √
n n n
n
t t t
= φY1 √ . . . φYn √ = φ Y1 √
n n n
en utilisant φY1 +···+Yn = φY1 . . . φYn = φnY1 par indépendance et identique distribution des
variables aléatoires Yi .
Comme Y1 a un moment d’ordre 2, φY1 est dérivable 2 fois avec φY1 (0) = 1, φ′Y1 (0) =
iE[Y1 ] = 0 et φ′′Y1 (0) = i2 E[Y12 ] = −1. La formule de Taylor à l’ordre 2 en 0 donne alors
x2 ′′ x2
φY1 (x) = φY1 (0) + xφ′Y1 (0) 2
+ φY1 (0) + x ϵ(x) = 1 − + x2 ϵ(x)
2 2
ix
n !n n
t2 √ t2 √
t t 1
φZn (t) = φY1 √ = 1 − √ 2 + √ 2 ϵ(t/ n) = 1− + ϵ(1/ n)
n 2 n n 2n n
t2 √ t2 √
1 1
= exp n ln 1 − + ϵ(1/ n) = exp n − + ϵ(1/ n)
2n n 2n n
√
2
t
= exp − + ϵ(1/ n) .
2
(Noter que la fonction reste ϵ(·) dans φY1 est à valeurs complexes si bien qu’il est un peu
rapide de prendre directement le logarithme comme précédemment. Cependant l’argument
peut être précisé sans passer par la forme exponentielle avec les logarithmes ; on renvoie à
un (bon) cours de L3 ou de M1.) On a donc pour chaque t ∈ R,
Le théorème de Paul Lévy donne alors la convergence en loi de Zn vers N (0, 1), ce qui
prouve le TCL. □
Remarque 0.9 En général, lorsque n est grand, on approxime la loi d’une somme de va-
riables aléatoires iid de L2 (Ω) par une loi normale grâce au TCL de la façon suivante : Soit
Sn = X1 + · · · + Xn la somme de variables aléatoires iid Xi avec σ 2 < +∞, on a d’après le
TCL
X1 + · · · + Xn − nE[X1 ]
√ =⇒ N (0, 1).
σ n
−nE[X1 ]
Quand n est grand, on approxime alors la loi de X1 +···+X√n
σ n
par celle de N ∼ N (0, 1).
Si bien que la loi de la somme Sn = X1 + · · · + Xn est approximée par celle de
√
nE[X1 ] + σ nN ∼ N nE[X1 ], σ 2 n .
Vecteurs gaussiens
On considère des vecteurs aléatoires dans Rn . Muni de son produit scalaire canonique,
Rn est un espace n
Pn euclidien. Pour deux vecteurs a = (a1 , . . . , an ), b = (b1 , . . . , bn ) ∈ R , on
note ⟨a, b⟩ = i=1 ai bi leur produit scalaire. On peut généraliser cette section à un espace
E euclidien (si dim(E) = n alors E ∼ Rn ).
En particulier, chaque marginale Xi suit une loi normale et a donc un moment d’ordre 2
fini. Les moments joints E[Xi Xj ], 1 ≤ i, j ≤ n, sont donc bien définis (par l’inégalité de
Cauchy-Schwarz) et on peut définir licitement la matrice de covariance :
La variable aléatoire ⟨a, X⟩ suit donc la loi N ⟨a, E[X]⟩, at Cov(X)a , sa fonction caracté-
ristique est donnée par
1 t 2
φ⟨a,X⟩ (x) = exp ix⟨a, E[X]⟩ − a Cov(X)a x .
2
xi
D’après la définition des fonctions caractéristiques d’une variable aléatoire et d’un vecteur
aléatoire
φX (x) = E ei⟨x,X⟩ = φ⟨x,X⟩ (1).
On en déduit :
Remarque 0.13 — La loi d’un vecteur gaussien est connue dès qu’on a le vecteur
moyenne E[X] et la matrice de covariance Cov(X).
— On parle du vecteur gaussien standard en dimension n lorsque E[X] = 0 et Cov(X) =
In . Sa fonction caractéristique se simplifie en
On retrouve que X1 ∼ N E[X 1 ], Var(X1 ) . Plus généralement, pour tout 1 ≤ i ≤ n,
on a Xi ∼ N E[Xi ], Var(Xi ) .
Comme pour les variables aléatoires gaussiennes, on peut se ramener à un vecteur gaussien
standard en centrant et en réduisant un vecteur gaussien quelconque non dégénéré. On a
en effet :
Proposition 0.14 Soit X ∼ N (m, K) un vecteur gaussien non dégénéré (ie. det K =
̸ 0)
avec m ∈ Rn et K sa matrice de covariance. Alors
√ −1
K (X − m) ∼ N (0, In ). (5)
xii ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Si X ∼ N (m, K) est dégénéré, c’est que le vecteur X vit dans un sous-espace vectoriel
strict de Rn . Il faut l’étudier dans ce sous-espace vectoriel.
Démonstration : Comme le vecteur X est non dégénéré, sa matrice√ de covariance K est
définie (c’est à dire inversible). Il existe donc une matrice A = K inversible telle que
K = AAt . (Par la méthode de Cholesky, A peut être choisie triangulaire inférieure.) Il est
√ −1
donc légitime d’utiliser K dans (5).
√
On montre maintenant que X e = K −1 (X − m) est gaussien, standard :
h i
φXe (x) = E exp(i⟨x, X⟩) e
h √ −1 i
= E exp(i⟨x, K (X − m)⟩)
h √ −1 i
= E exp(i⟨( K )t x, X − m⟩)
h √ −1 t i √ −1 t
= E exp(i⟨( K ) x, X⟩) × exp −i⟨( K ) x, m⟩
√ −1 √ −1
= φX ( K )t x × exp −i⟨( K )t x, m⟩
√ −1 t 1 √ −1 t √ −1 t √ −1
= exp i⟨m, ( K ) x⟩ − ⟨( K ) x, K( K ) x⟩ × exp −i⟨( K )t x, m⟩
2
1 √ −1 t √ −1 t
= exp − ⟨( K ) x, K( K ) x⟩
2
1 √ −1 √ −1 t 1 √ −1 √ √ t √ −1 t
= exp − ⟨x, K K( K ) x⟩ = exp − ⟨x, K K( K) ( K ) x⟩
2 2
1 1 2
= exp − ⟨x, x⟩ = exp − ∥x∥ .
2 2
e ∼ N (0, In ).
On a donc bien X □
Remarque 0.15 Comme pour les variables aléatoires normales, un vecteur aléatoire X ∼
N (m, K) avec K inversible peut se voir comme la translatée et dilatée du vecteur gaussien
standard N ∼ N (0, In ) : √
X ∼ KN + m.
Démonstration : Le sens direct est vrai quelque soit la loi de X et de Y et suit de E[XY ] =
E[X]E[Y ] lorsque X ⊥⊥ Y . Pour la réciproque, on sait que, lorsque (X, Y ) est un couple
xiii
Il est aisé de généraliser de la même façon le résultat pour des vecteurs. Attention, il faut
bien veiller à ce que, considérés ensemble, les vecteurs forment encore un vecteur gaussien,
sinon l’exemple ci-dessous montre que le résultat est faux (cf. aussi un autre exemple ci-
dessous).
Exemple 0.17 On considére une variable aléatoire X ∼ N (0, 1) et une seconde variable
aléatoire ε indépendante de X et telle que P(ε = 1) = P(ε = −1) = 1/2. Alors X1 =
X, X2 = εX sont deux variables aléatoire N (0, 1). De plus, Cov(X1 , X2 ) = E[X1 X2 ] =
E[ε]E[X 2 ] = 0. Cependant X1 et X2 ne sont évidemment pas indépendantes (par exemple
parce que |X1 | = |X2 |). Dans cet exemple, le couple (X1 , X2 ) n’est pas un vecteur gaussien
dans R2 bien que ses coordonnées soit des variables gaussiennes.
Proposition 0.18 Soit (X1 , . . . , Xn , Y1 , . . . , Yp ) un vecteur gaussien de dimension n + p.
Les deux vecteurs aléatoires X = (X1 , . . . , Xn ) et Y = (Y1 , . . . , Yp ) sont indépendants si et
seulement si toutes les covariances Cov(Xi , Yj ), 1 ≤ i ≤ n, 1 ≤ j ≤ p sont nulles.
Pour passer au cas général d’un vecteur gaussien X ∼ N (m, K) non dégénéré (ie. K =
Cov(X) inversible), on√ utilise la représentation donnée en (5) avec le vecteur gaussien réduit
N ∼ N (0, In ) : X ∼ KX0 + m. Cela permet d’utiliser la densité déjà justifiée dans la
proposition précédente : Soit A ∈ B(Rn )
√
P(X ∈ A) = P KX0 + m ∈ A
√ −1
= P X0 ∈ K (A − m)
exp(−∥x∥2 /2)
Z
= √ −1 dx
K (A−m) (2π)n/2
√ −1
exp(−∥ K (y − m)∥2 /2)
Z
dy
= n/2
√
A (2π) det K
√
(avec le changement de variable y = Kx + m)
exp − ⟨(x − m), K −1 (x − m)⟩/2
Z
= dx.
A ((2π)n det K)1/2
On a obtenu la forme générale de la densité d’un vecteur gaussien non dégénéré :
Proposition 0.20 La densité d’un vecteur gaussien X ∼ N (m, K) non dégénéré est
car la loi de X est symétrique : L(X) = L(−X). Puis, la variable X + Y est donnée par
X + X = 2X si |X| ≤ a
X +Y =
X −X =0 si |X| > a
= 2X1{|X|≤a} .
La fonction u(a) = E[X 2 1{|X|>a} ] tend vers 0 en +∞ par convergence dominée, est continue
et vaut E[X 2 ] = 1 en 0. Par le théorème des varleurs intermédiaires, il existe donc a ∈ R+
tel que u(a) = 1/2 et Cov(X, Y ) = 0. Pourtant, X et Y sont non indépendantes sinon la loi
du couple (X, Y ) serait
0 1 0
P(X,Y ) = PX ⊗ PY = N (0, 1) ⊗ N (0, 1) = N ,
0 0 1
qui est gaussienne, ce qui est faux. On a donc des variables aléatoires gaussiennes X et Y
non corrélées mais non indépendantes.
xvi ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Première partie
Processus stochastiques
1
Chapitre 1
Processus stochastiques
3
4 Chapitre 1. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Qt (A × R) = Qs (A).
Alors il existe une mesure de probabilité P sur RT , σ(Cyl) qui admet Q = {Qt1 ,...,tp :
t1 , . . . , tp ∈ T, p ∈ N∗ } pour famille de lois fini-dimensionnelles.
Comme les lois fini-dimensionnelles d’un processus X = (Xt )t∈T satisfont immédiatement
les relations de compatibilité, le théorème d’extension de Kolmogorov (Th. 1.3) permet
effectivement de considérer la loi PX d’un processus X sur RT , σ(Cyl) . De plus :
Proposition 1.4 La loi PX d’un processus stochastique X = (Xt )t∈T est entièrement carac-
térisée par ses lois fini-dimensionnelles L(Xt1 , . . . , Xtp ) : t1 , . . . , tp ∈ T, p ∈ N∗ .
Démonstration : Considérons deux processus X (1) et X (2) partageant les mêmes lois fini-
dimensionnelles.
Nous montrons que leur loi P1 := PX (1) et P2 := PX (2) sont égales sur
RT , σ(Cyl) .
Remarquons que l’ensemble Cyl des cylindres est un π-système (stable par intersection
finie : l’intersection de deux cylindres est encore un cylindre). Notons M = {A ∈ σ(Cyl) :
P1 (A) = P2 (A)}. Il s’agit d’une classe monotone (RT ∈ M ; M est stable par différence
1.1. Loi d’un processus 5
ensembliste, M est stable par réunion croissante) et M contient Cyl (puisque X (1) et X (2)
ont mêmes lois fini-dimensionnelles) : pour un cylindre C,
(1) (1) (2) (2)
P1 (C) = P Xt1 ∈ A1 , . . . , Xtp ∈ Ap = P Xt1 ∈ A1 , . . . , Xtp ∈ Ap = P2 (C).
Le théorème de classe monotone assure alors que σ(Cyl) ⊂ M, ce qui prouve la Prop. 1.4. □
Il est facile de voir que pour deux processus stochastiques X et Y , les notions d’égalité des
lois de processus s’ordonnent logiquement de la façon suivante :
Les implications sont strictes, comme indiqué dans les exemples ci-dessous :
Pour t fixé, on a X(t, ω) = 0 et Y (t, ω) = 1{t} (ω). On a donc X(t, ω) = Y (t, ω) pour
tout ω ̸= t, c’est à dire presque sûrement : les processus
X, Y sont versions l’un de
l’autre. Pourtant, P {ω : X(t, ω) = Y (t, ω), ∀t ∈ [0, 1]} = 0 : les processus X et Y
ne sont pas indistinguables.
6 Chapitre 1. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Dans l’exemple 2) ci-dessus, on observe que les trajectoires de X sont continues tandis que
celles de Y ne le sont pas. En fait, c’est ce qu’il manque pour avoir une réciproque :
Proposition 1.8 Soit T séparable (ie. T contient une partie dense dénombrable) et X, Y
modifications avec des trajectoires continues presque sûrement alors ils sont indistinguables.
Remarque 1.9 Si T ⊂ R alors on peut supposer seulement la continuité à droite ou à
gauche des trajectoires.
Démonstration : On choisit D une partie dénombrable dense dans T . Pour tout t ∈ D, on
a P(Xt = Yt ) = 1 et par dénombrabilité de D, l’ensemble A = {Xt = Yt : t ∈ D} ∈ F
est de probabilité 1. L’ensemble B = {X et Y sont à trajectoires continues} est aussi de
probabilité 1. Soit ω ∈ A∩B tel que t 7→ Xt (ω), t 7→ Yt (ω) sont continues. On a P(A∩B) = 1
et pour ω ∈ A ∩ B :
— si t ∈ D, on a Xt = Yt ;
— si t ̸∈ D, il existe tn ∈ D avec tn → t, n → +∞. On a Xtn = Ytn (tn ∈ D, ω ∈ A)
et Xtn → Xt , Ytn → Yt (continuité des deux trajectoires pour ω ∈ B). On a donc
Xt = Yt sur A ∩ B.
Finalement pour ω ∈ A ∩ B : Xt = Yt pour tout t ∈ T ; ce qui signifie que X, Y sont des
processus indistinguables. □
Exemple 1.11 (TP= N) Soit (Xn )n≥1 une suite de variables aléatoires indépendantes. On
considère Sn = ni=1 Xi le processus discret des sommes partielles. On parle de marche
aléatoire. Alors (Sn )n≥1 est un processus à accroissements indépendants. Si en plus les
variables aléatoires Xn , n ≥ 1, sont de même loi (les variables aléatoires sont iid), le
processus est à accroissements indépendants et stationnaires.
1.2. Régularité des trajectoires 7
Théorème 1.12 (Kolmogorov-Čentsov) Soit (Xt )t∈T un processus indexé par un intervalle
T de R et à valeurs dans (E, d) espace métrique complet. On suppose qu’il existe a, b, C > 0
vérifiant pour tout s, t ∈ T :
E d(Xt , Xs )a ≤ C|t − s|1+b .
(1.3)
ce qui est une condition légère sur la loi, caractérisée par toutes les loi fini-dimension-
nelles. En pratique, pour vérifier (1.3), il faut donc calculer des moments pour des
vecteurs de dimension 2.
— Quand (E, d) = (R, | · |), a priori, dans le théorème, a et b sont non liés. En réalité,
on peut toujours prendre a ≥ 1 + b. En effet, si a < 1 + b, alors (1.3) se réécrit
a
d(Xt , Xs )
E ≤ c|t − s|1+b−a
t−s
avec 1 + b − a > 0. En faisant s → t, la dérivée dans le sens La de (Xt )t∈T est
nulle et (Xt )t∈T est donc constant. Ce n’est donc pas très intéressant d’utiliser le
Théorème 1.12 dans un tel cas : puisque le processus initial est en fait constant, il
est évident qu’il est aussi continu.
— La condition b > 0 est essentielle : le processus de Poisson compensé (Πt − t)t≥0
fournit un contre-exemple quand b = 0. Soit Xt = Πt − t où (Πt )t≥0 est un pro-
cessus de Poisson (processus à accroissements indépendants, stationnaires avec des
marginales de loi de Poisson, cf. Section 4.8). On a
Πt ∼ P(t), E[Πt ] = t, Var(Πt ) = t,
soit pour X :
E |Xt − Xs |2 = Var Πt − Πs = Var Πt−s = t − s.
8 Chapitre 1. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Lemme 1.14 Pour tout γ ∈]0, b/a[, ps il existe une constante Cγ (ω) < +∞ telle que pour
tout s, t ∈ D :
d Xs , Xt ≤ Cγ (ω)|t − s|γ .
Preuve du lemme. Avec l’inégalité de Markov, l’hypothèse (1.3) du Théorème 1.12 entraı̂ne
que, pour a > 0 et s, t ∈ T , u > 0
Comme b − aγ > 0, on a
X 2n n
+∞ [
P d(X(i−1)2−n , Xi2−n ) ≥ 2−nγ < +∞
n=1 i=1
1.2. Régularité des trajectoires 9
et le lemme de Borel-Cantelli assure que presque sûrement il existe n0 (ω) ∈ N tel que dès
que n ≥ n0 (ω) pour tout i ∈ {1, . . . , 2n }, on a
A fortiori, ps
d(X(i−1)2−n , Xi2−n )
Kγ (ω) := sup sup < +∞
n≥1 1≤i≤2n 2−nγ
(pour n ≥ n0 (ω), le terme entre parenthèses est majoré par 1 par (1.4), et il y a un nombre
fini de terme n ≤ n0 (ω) : le supn≥1 ci-dessus est donc bien fini !).
On obtient alors le résultat du Lemme 1.14 avec
En effet, considérons s, t ∈ D avec s < t. Soit p ≥ 1 tel que 2−p−1 < t − s ≤ 2−p . Il existe
m ≥ 1 tel qu’on puisse écrire s, t ∈ D sous la forme :
+ 1 − 2−γ −pγ
2 1−γ
≤ Kγ (ω) 2
1 − 2−γ
≤ Cγ (ω)(t − s)γ
10 Chapitre 1. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
sur l’ensemble presque sûr {ω ∈ Ω : Kγ (ω) < +∞} où s 7→ Xs (ω) est γ-höldérienne sur
D et on pose X et (ω) = x0 sur l’ensemble {ω ∈ Ω : K(ω) = +∞} négligeable où x0 est
un point fixé quelconque de E. Par construction, le processus X
e a alors des trajectoires
höldériennes d’exposant γ sur [0, 1].
Il reste à voir que X
e est bien une version de X. Or l’hypothèse (1.3) assure avec l’inégalité
de Markov :
E d(Xs , Xt )a |t − s|1+b
P d(Xs , Xt ) ≥ ε ≤ ≤ . (1.5)
εa εa
Ainsi, pour tout t ∈ T fixé,
P
Xs −→ Xt , s → t.
Comme par construction Xs → X et ps quand s → t, s ∈ D, on conclut que Xt = X et ps par
unicité ps de la limite en probabilité. □
qui définit la topologie de la convergence uniforme. Il s’agit alors d’un espace de Banach.
Quand T = R+ (ou T borné), C(R+ , R) admet pour distance
+∞
X
d(x, y) = 2−n min sup |x(t) − y(t)|, 1 , x, y ∈ C(R+ , R), (1.7)
n=1 t∈[0,n]
L’intérêt de considérer X à valeurs dans C(T, R) (ou un autre espace fontionnel, souvent
D(R+ , R), l’espace des fonctions càdlàg –continue à droite avec des limites à gauche– dit
espace de Skorohod, cf. [Bil2]) est alors que X est à valeurs dans un espace métrique (et
même souvent un espace métrique complet, séparable, dit espace polonais) et que dans ce
cadre la notion de convergence faible est bien développée, cf. Section 1.3.1.
On commence par s’assurer que le processus X = (Xt )t∈T reste bien une variable aléatoire
sur C(T, R) :
(Ω, F) → C(T, R), B C(T, R)
X: (1.8)
ω 7→ X(ω) = Xt (ω) t∈T .
L’espace C(T, R) est muni de deux tribus naturelles
: la trace de la tribu cylindrique σ(Cyl)∩
C(T, R) et sa propre tribu borélienne B C(T, R) . En fait ces deux tribus coı̈ncident :
Proposition 1.15 Sur C(T, R), la tribu cylindrique trace coı̈ncide avec la tribu borélienne :
A ∩ C(T, R) : A ∈ Cyl) = B C(T, R) .
Démonstration : D’abord, Πt0 est continue sur (C(T, R), d) pour d en (1.7) puisque
|Πt0 (x) − Πt0 (y)| = |x(t0 ) − y(t0 )| ≤ ∥x − y∥∞,n
pour tout n ≥ t0 dont on
déduit aisément la continuité pourTd. Dès lors Πt0 est mesurable
p
sur C(T, R), B C(T, R)
. Comme tout cylindre s’écrit
C = i=1 Π−1 ti (Ai ), Ai ∈
B(R), on a
bien C ∈ B C(R+ , R) et donc Cyl ⊂ B C(R+ , R) puis σ(Cyl) ⊂ B C(R+ , R) .
Finalement d’après la Prop. 1.15, le processus X vu comme en (1.8) définit bien une variable
alátoire sur C(T, R) et PX est alors une loi sur C(T, R).
Définition 1.16 (Convergence faible) Soit (Xn )n≥1 et X à valeurs dans S espace métrique
de lois Pn et P , on a Xn ⇒ X (ou Pn ⇒ P ) si et seulement si pour toute fonction
f : S → R continue et bornée
lim E f (Xn ) = E f (X) .
n→+∞
12 Chapitre 1. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Nous utiliserons les formulations équivalentes suivantes de la convergence faible. Pour plus
de détails on renvoie à [Bil2].
Théorème 1.17 (Porte-manteau) Les assertions suivantes sont équivalentes quand n →
+∞ pour des variables aléatoires Xn à valeurs dans un espace métrique S.
1. Xn ⇒ X, ie. pour toute fonction f : S → R continue et bornée
lim E f (Xn ) = E f (X) .
n→+∞
Finalement,
on déduit
Finalement lim supn→+∞ P(Xn ∈ A) = P(X ∈ A) = lim inf n→+∞ P(Xn ∈ A) ce qui montre
limn→+∞ P(Xn ∈ A) = P(X ∈ A).
5)⇒ 3). Soit F fermé et Fε = {x ∈ S : d(x, F ) ≤ ε}. Comme les ensembles ∂Fε = {x ∈
S : d(X, F ) = ε} sont disjoints, on a X ∈
̸ ∂Fε pour presque tout ε > 0. Pour un tel ε > 0,
d’après 5) on a
P(Xn ∈ F ) ≤ P(Xn ∈ Fε )
lim sup P(Xn ∈ F ) ≤ lim P(Xn ∈ Fε ) = P(X ∈ Fε )
n→+∞ n→+∞
T
ce qui prouve 3) car F = ε>0 Fε et P(X ∈ Fε ) → P(X ∈ F ), ε → 0 (convergence
monotone).
4)⇒ 1). Soit f ≥ 0 une fonction continue. Avec le lemme de Fatou, on a
Z +∞ Z +∞
E[f (X)] = P(f (X) > t)dt ≤ lim inf P(f (Xn ) > t)dt
0 0 n→+∞
Z +∞
≤ lim inf P(f (Xn ) > t)dt = lim inf E[f (Xn )]. (1.9)
n→+∞ 0 n→+∞
Le continuous mapping theorem montre que la convergence en loi se conserve par les
applications continues : de la même façon que si xn → x alors f (xn ) → f (x) quand f est
continue, le résultat reste vrai pour des variables (ou processus aléatoires) qui convergent
faiblement.
Démonstration : 1) Le premier point se justifie comme pour les variables aléatoires.
2) Le deuxième point est une conséquence facile du théorème porte-manteau (Th. 1.17) :
Soit F un ensemble fermé de S. Observons que f −1 (F ) ⊂ f −1 (F ) ∪ Df où Df désigne
l’ensemble des points de discontinuité de f . En effet, soit x ∈ f −1 (F ) limite d’une suite
(xn )n≥1 de f −1 (F ). Alors si f est continue en x, on a f (x) = limn→+∞ f (xn ) ∈ F car F
14 Chapitre 1. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
est fermé et f (xn ) ∈ F , sinon c’est que x ∈ Df . Par le théorème porte-manteau (Th. 1.17)
pour Xn ⇒ X, on a :
≤ P X ∈ f (F ) ≤ P X ∈ f −1 (F ) + P(X ∈ Df )
−1
= P X ∈ f −1 (F )
c’est à dire, encore par le théorème porte-manteau (Th. 1.17) : f (Xn ) =⇒ f (X).
3) Le troisième point est une conséquence du deuxième point avec l’application continue
Πt1 ...,tp : C(T, R) → Rp définie par Πt1 ...,tp (x) = (x(t1 ), . . . , x(tp )). □
— Pour tout 0 < t1 < · · · < tp , avec Πt1 ,...,tp (y) = (y(t1 ), . . . , y(tp )) on a Πt1 ,...,tp (x) =
(0, . . . , 0) et pour n > 1/t1 aussi Πt1 ,...,tp (xn ) = (0, . . . 0), c’est à dire la convergence
des lois fini-dimensionnelles
Pn Π−1 −1
t1 ,...,tp ⇒ P Πt1 ,...,tp , n → +∞.
Pour éviter une telle pathologie, il faut une condition supplémentaire, c’est l’objet de la
section suivante.
1.3. Convergence faible des lois de processus 15
1.3.2 Équitension
L’équitension est la condition qui empêche la perte de masse probabiliste. C’est la condi-
tion qui avec la convergence des lois fini-dimensionnelles donnera la convergence faible, cf.
Théorème 1.24. On renvoie à [Bil2] pour plus de détails sur cette notion.
Définition 1.20 (Équitension) Soit (Pn )n≥1 une suite de mesures de probabilité sur un es-
pace métrique. La suite est dite équitendue si pour tout ε > 0, il existe un compact Kε tel
que pour tout n ≥ 1 on a Pn (Kε ) > 1 − ε.
En fait, l’équitension s’exprime aussi par une propriété de relative compacité (dans les bons
espaces métriques : ceux qui sont séparables et complets, ie. polonais).
Définition 1.21 (Relative compacité) Une suite de mesures (Pn )n≥1 est dite relativement
compacte si pour toute sous suite (n′ ) ⊂ N, il existe (n′′ ) ⊂ (n′ ) telle que Pn′′ converge
faiblement vers une mesure de probabilité.
Théorème 1.22 (Prohorov) Soit (Pn )n≥1 une suite de mesures dans un espace métrique
séparable complet. Alors (Pn )n≥1 est équitendue si et seulement si (Pn )n≥1 est relativement
compacte.
Théorème 1.23 Soit (Pn )n≥1 la suite des lois de processus Xn à trajectoires continues. On
suppose qu’il existe a, b, C > 0 tels que pour tout s, t ∈ [0, 1],
Théorème 1.24 Soit P (n) n≥1
une suite équitendue dans C(T, R) telle que les lois fini-
(n) (n)
dimensionnelles Pt1 ,...,tm convergent faiblement pour tout t1 , . . . , tp ∈ T : Pt1 ,...,tp =⇒ Pt1 ,...,tp .
Alors il existe P de lois fini-dimensionnelles Pt1 ,...,tp : t1 , . . . , tp ∈ T, p ∈ N∗ telle que
P (n) ⇒ P .
16 Chapitre 1. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
En fait, la vraie condition supplémentaire nécessaire dans le Th. 1.24 est la relative compa-
cité de la suite (Pn )n≥1 mais d’après le théorème de Prohorov (Th. 1.22), c’est équivalent
à l’équitension de la suite pour laquelle on dispose de critères explicites.
Démonstration : Pour montrer que P (n) ⇒ P , il suffit de voir que pour toute (n′ ) ⊂ N, il
′′
existe (n′′ ) ⊂ (n′ ) tel que P (n ) ⇒ P . R R
(n)
En effet, on montre qu’alors pour f continue bornée, R on (n)
a f dP
R → f dP . Si ce n’était
pas le cas, il existerait f continue bornée telle que f dP ̸→ f dP , ie. il existerait ε > 0
et (n′ ) ⊂ (n) tels que Z Z
′
f dP (n ) − f dP > ε. (1.10)
′′
Par la propriété de relative compacité, il existe (n′′ ) ⊂ (n ′
R ) tel(n′′que PR(n ) ⇒ P . En
)
particulier, d’après le théorème porte-manteau (Th. 1.17) f dP → f dP . Comme
(n′′ ) ′′ (n′ )
R R
f dP )n est une suite extraite de f dP n′
, il y a une contradiction avec (1.10).
R R
La contradiction justifie finalement la convergence cherchée : f dP (n) → f dP .
Soit donc (n′ ) ⊂ (n) une sous-suite. Par équitension (relative compacité), il existe (n′′ ) ⊂
′′
(n′ ) et Q tels que P (n ) ⇒ Q. En particulier, la convergence des lois fini-dimensionnelles
(n′′ ) (n)
exige que Pt1 ,...,tp ⇒ Qt1 ,...,tp . Mais par hypothèse Pt1 ,...,tp ⇒ Pt1 ,...,tp et donc en particu-
(n′′ )
lier Pt1 ,...,tp ⇒ Pt1 ,...,tp . On doit donc avoir Qt1 ,...,tp = Pt1 ,...,tp , pour tout t1 , . . . , tp ∈ T . La
′′
Prop. 1.4 assure alors P = Q. Finalement, P (n ) ⇒ P = Q ce qui conclut car la première
partie de la preuve. □
Chapitre 2
Processus gaussiens
Dans ce chapitre, on commence par présenter la classe des processus gaussiens dont
on introduit d’abord la loi en Section 2.1. La régularité des trajectoires est considérée en
Section 2.2. La notion d’espace gaussien est décrite en Section 2.3. Enfin, on donne plusieurs
exemples de processus gaussiens en Section 2.4.
Il est connu que la loi d’un vecteur gaussien (Xt1 , . . . , Xtp ) est déterminée (par exemple via
sa fonction caractéristique) par le vecteur
moyenne mX = E[Xt1 ], . . . , E[Xtp ] et la matrice
de covariance ΣX = Cov(Xti , Xtj 1≤i,j≤p ). On comprend dès lors que toutes les lois fini-
dimensionnelles d’un processus gaussien (donc la loi du processus, cf. Prop. 1.4) est connue
dès qu’on se donne la fonction moyenne m(t) = E[Xt ] et l’opérateur de covariance K(s, t) =
Cov(Xs , Xt ). En effet, la loi fini-dimensionnelle de (Xt1 , . . . , Xtp ) est alors la loi gaussienne
N (mp , Kp ) de dimension p avec mp = (m(t1 ), . . . , m(tp )) et Kp = (K(ti , tj ))1≤i,j≤p . Les
fonctions m et K définissent donc toutes les lois fini-dimensionnelles de X et donc aussi sa
loi en tant que processus, cf. Prop. 1.4. Observons en plus que
— K est symétrique : K(s, t) = K(t, s) ;
17
18 Chapitre 2. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
— K est de type positif, ie. si c : T → R est une fonction à support fini alors :
!2
X X
c(s)c(t)K(s, t) = Var c(s)Xs ≥ 0. (2.1)
s,t∈T s∈T
On vérifie aisément que K est un opérateur réel symétrique K(t, s) = K(s, t) (car ν est
symétrique) et de type positif :
X Z X 2
c(s)c(t)K(s, t) = c(s)eius ν(du) ≥ 0.
s,t∈T s∈T
K(|t − s|). On en déduit aussitôt que le processus (centré) X associé à K par le théorème
précédent est stationnaire (au sens strict), c’est à dire pour tout choix de p ∈ N∗ et
t1 , . . . , tp ≥ 0, h ∈ R, on a
L
Xt1 +h , . . . , Xtp +h = Xt1 , . . . , Xtp .
Réciproquement, il est vrai aussi que si (Xt )t≥0 est un processus gaussien stationnaire,
continu dans L2 (ie. lims→t E[(Xt − Xs )2 ] = 0) la fonction de covariance de X est de la
forme (2.2) (théorème de Bochner). La mesure ν s’appelle la mesure spectrale du processus.
Elle véhicule beaucoup d’informations décrivant le processus. Par exemple, on a K(0) =
Var(Xt ) = ν(R).
ce qui justifie l’équivalence 1) ⇔ 2). Comme 3) ⇒ 1) est clair, on conclut avec 2) ⇒ 3) qui
vient de
K(t + h) = E Xt+h X0 = E (Xt+h − Xt )X0 + K(t)
avec par l’inégalité de Cauchy-Schwarz
q
E (Xt+h − Xt )X0 ≤ E (Xt+h − Xt )2 E[X02 ] = K(0)1/2 ∥Xt+h − Xt ∥2 .
Au passage, on a utilisé que la stricte stationnarité d’un processus gaussien est équivalente
à la stationnarité faible :
Démonstration : Il est clair que ces conditions sont nécessaires, que le processus soit gaus-
sien ou pas : comme par stationnarité, on a L(Xt ) = L(Xs ) pour tout t, s, on a E[Xt ] =
E[Xs ] et donc la fonction moyenne est constante ; de même L(Xt , Xs ) = L(Xt+h , Xs+h ) pour
tout t, s, h, alors on a Cov(Xt , Xs ) = Cov(Xt+h , Xs+h ) et donc la covariance ne dépend que
de la différence t − s.
Elles sont suffisantes seulement dans le cas gaussien puisque dans ce cas, la loi est caracté-
risée par t 7→ E[Xt ] et par K(s, t). Il est facile alors de voir dans ce cas qu’une translation
dans les paramètres de temps ne modifie pas ces fonctions sous les hypothèses de la pro-
position donc pas non plus la loi. □
(2m)!
E |Xt − Xs |2m ≤ C m m |t − s|mα .
2 m!
Comme cela est valable pour tout m ≥ 1, on choisit l’entier m tel que mα > 1. D’après le
Théorème 1.12 (Kolmogorov-Čentsov) avec
b mα − 1
b = mα − 1, a = 2m, et = ,
a 2m
il existe une version mα−1
2m
-höldérienne de X, pour tout m > 1/α. Comme limm→+∞ mα−1
2m
=
α
2
, il existe une version γ-höldérienne de X pour tout γ < α/2.
Finalement, les versions höldériennes pour des exposants γ ̸= γ ′ coı̈ncident nécessairement
par indistinguabilité (Prop. 1.8). □
2.3. Espace gaussien 21
Définition 2.8 (Espace gaussien) Un espace gaussien (centré) est un sous-espace fermé de
L2 (Ω, F, P) formé de variables gaussiennes centrées.
Par exemple, si X = (X1 , . . . , Xp ) est un vecteur gaussien centré dans Rp , alors Vect(X1 , . . . , Xp )
est un espace gaussien. (Vect(X1 , . . . , Xp ) est constitué des combinaisons linéaires d’un vec-
teur gaussien, elles sont donc gaussiennes).
Proposition 2.9 Si X = (Xt )t∈T est un processus gaussien, le sous-espace vectoriel fermé
de L2 (Ω, F, P) engendré par les variables aléatoires Xt , t ∈ T , est un espace gaussien,
appelé espace gaussien engendré par le processus X.
L2 (Ω,F ,P)
Démonstration : Le sous-espace vectoriel fermé Vect (Xt : t ∈ T ) est formé des
2
limites dans L (Ω, F, P) des combinaisons linéaires finies de marginales Xti de (Xt )t∈T .
Ces limites sont gaussiennes car
— comme (Xt )t∈T est gaussien, les combinaisons linéaires ni=1 ai Xti le sont aussi ;
P
— les limites L2 de variables gaussiennes sont gaussiennes, cf. Prop. 0.6.
□
Si H est un sous-ensemble de L2 (Ω, F, P), on note σ(H) la tribu engendrée par les variables
aléatoires Y ∈ H.
Théorème 2.10 Soit H un espace gaussien et soit {Hi , i ∈ I} une famille de sous-espaces
vectoriels de H. Alors les sous-espaces Hi , i ∈ I, sont orthogonaux dans L2 (Ω, F, P) si et
seulement si les tribus σ(Hi ), i ∈ I, sont indépendantes.
Ce résultat est une généralisation des Prop. 0.16 et 0.18 pour les variables et vecteurs
gaussiens. Comme dans ces cas, il est crucial que les espaces Hi soient contenus tous dans
un même espace gaussien.
Démonstration : Si on suppose les tribus σ(Hi ), i ∈ I, indépendantes, alors pour i ̸= j et
X ∈ Hi , Y ∈ Hj , on a
E[XY ] = E[X]E[Y ] = 0,
ce qui signifie que les espaces Hi sont deux à deux orthogonaux (le produit scalaire étant
donné dans ce contexte par la covariance : ⟨X, Y ⟩ = E[XY ]).
Réciproquement, supposons les espaces Hi , i ∈ I, deux à deux orthogonaux. Par dé-
finition de l’indépendance d’une famille infinie de tribus, il suffit de montrer que pour
tous indices distincts i1 , . . . , ip ∈ I, les tribus σ(Hi1 ), . . . , σ(Hip ) sont indépendantes. Pour
cela, il suffit de montrer que, si Y11 , . . . , Yn11 ∈ Hi1 , . . . , Y1p , . . . , Ynpp ∈ Hip les vecteurs
(Y11 , . . . , Yn11 ), . . . , (Y1p , . . . , Ynpp ) sont indépendants. En effet, pour chaque j, les ensembles
22 Chapitre 2. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
de la forme {Y1j ∈ A1 , . . . , Ynjj ∈ Anj } forment une classe stable par intersection finie qui en-
gendre la tribu σ(Hj ), et on peut ensuite utiliser un argument classique de classe monotone.
Pour chaque j ∈ {1, . . . , p}, on considère Z1j , . . . , Zm j
j
une base orthonormée de Vect(Y1j , . . . , Ynjj ).
La matrice de covariance du vecteur
Z11 , . . . , Zm
1
, Z12 , . . . , Zm
2
, . . . , Z1p , . . . , Zm
p
1 2 p
est alors la matrice identité (car pour i ̸= j E[Zli Zkj ] = 0 à cause de l’orthogonalité de Hi et
Hj , et pour i = j, c’est dû au choix de Zli , 1 ≤ l ≤ mi , base orthonormée de Hi ). Ce vecteur
est gaussien car ses composantes sont dans H, espace gaussien. D’après la Proposition 0.18,
les composantes sont indépendantes. On conclut alors que les vecteurs
Z11 , . . . , Zm
1
, . . . , Z1p , . . . , Zm
p
1 p
sont indépendants. Comme pour chaque j ∈ {1, . . . , p} le vecteur (Y1j , . . . , Ynj1 ) est une
combinaison linéaire des coordonnées de (Z1j , . . . , Zm j
1
), de manière équivalente les vecteurs
1
Z (y − p (X)2 )
K
Q(ω, B) = √ exp − dy
σ 2π B 2σ 2
Remarque 2.12 1. D’une manière générale, la loi conditionnelle d’une variable aléatoire
réelle X sachant une sous-tribu G est un noyau Q(ω, ·) G-mesurable, ie. une applica-
tion Q : Ω × B(R) → [0, 1] telle que
— pour tout ω, B 7→ Q(ω, B) est une mesure de probabilité sur (R, B(R)),
— pour tout B ∈ B(R), ω 7→ Q(ω, B) est G-mesurable,
2.4. Exemples de processus gaussiens 23
avec la propriété
P(X ∈ B|G) = Q(ω, B), ∀B ∈ B(R),
R
et plus généralement E[f (X)|G] = f (y) Q(ω, dy). La partie 2) du corollaire explique
alors que dans le cas gaussien, la loi conditionnelle
de X sachant la tribu σ(K) est
2
explicite, il s’agit de la loi N pK (X), σ .
2. En général, pour une variable aléatoire X dans L2 (Ω, F, P), l’espérance conditionnelle
est donné par une projection orthogonale, ie. E[X|σ(K)] = pL2 (Ω,σ(K),P) (X). Dans le
cadre gaussien, l’assertion 1) du corollaire montre que la projection orthogonale est
à faire directement sur l’espace K, bien plus petit que L2 (Ω, σ(K), P) où il faut en
général projeter.
3. L’assertion 1) porte aussi le principe de la régression linéaire. Par exemple, si (X1 , X2 , X3 )
est un vecteur gaussien, la meilleure approximation de X3 connaissant X1 et X2 s’écrit
λ1 X1 + λ2 X2 où λ1 et λ2 sont déterminés en disant que X3 − (λ1 X1 + λ2 X2 ) est or-
thogonal à Vect(X1 , X2 ).
où PY est la loi de Y qui est une loi N (0, σ 2 ) puisque Y est une variable gaussienne (cen-
trée) de variance σ 2 . (On a utilisé le fait général suivant : si Z est
R une variable aléatoire
G-mesurable et si Y est indépendante de G alors E[g(Y, Z)|G] = g(y, Z)PY (dy).) Le ré-
sultat annoncé en 2) découle aussitôt de la formule précédente. □
Mouvement brownien
Soit T = R+ , le mouvement brownien (standard) (Bt )t≥0 est le processus gaussien
défini par E[Bt ] = 0 et K(s, t) = min(s, t) (et à trajectoires presque sûrement continues).
On l’appelle aussi processus de Wiener. Noter que RK(t, s) = min(t, s) est bien de type
positif au sens de (2.1) puisqu’en écrivant K(t, s) = R 1[0,t] (x)1[0,s] (x) dx, on a
X Z X Z X 2
c(s)c(t)K(s, t) = c(s)1[0,s] (x)c(t)1[0,t] (x) dx = c(t)1[0,t] (x) dx ≥ 0.
s,t∈T R s,t∈T R t∈T
24 Chapitre 2. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Propriétés immédiates
Pont Brownien
Soit T = [0, 1], le pont brownien (Bt◦ )t∈[0,1] est le processus gaussien centré défini par la
fonction de covariance K(s, t) = min(s, t) − st.
[Graphe typique des trajectoires.]
2.4. Exemples de processus gaussiens 25
Proposition 2.13 On peut définir directement un pont brownien B ◦ à partir d’un mouve-
ment brownien B par
Bt◦ = Bt − tB1 , t ≥ 0.
Démonstration : En effet, d’abord (Bt −tB1 )t∈[0,1] est gaussien, centré puis pour s, t ∈ [0, 1],
on a
Comme le processus (Bt − tB1 )t∈[0,1] est gaussien, centré avec la bonne covariance, il s’agit
d’un pont brownien. □
Bt = Bt◦ + tN.
Exercice 2.14 Vérifier par un calcul de covariance qu’on définit ainsi un mouvement brow-
nien.
Propriétés immédiates
1. Bet◦ = B1−t◦
, t ≥ 0, définit encore un pont brownien. Le pont brownien est donc
symétrique en 0 et en 1 par retournement du temps.
2. (Bt◦ )t≥0 a des trajectoires ps holdériennes d’ordre γ pour tout γ ∈]0, 1/2[ mais ps non
dérivables.
L’argument est le même que pour le mouvement brownien avec E[(Bt◦ )2 ] = t − t2 .
3. Un pont brownien B ◦ est un mouvement brownien B conditionné à valoir 0 à la date
t = 1 (conditionnement singulier).
Processus d’Ornstein-Uhlenbeck
Soit T = R, le processus d’Ornstein-Uhlenbeck est le processus gaussien centré défini par
Ut = e−t/2 B(et )
où B est un mouvement brownien. On montre facilement que Ut ∼ N (0, 1) car Var(Ut ) = 1,
ce processus est donc stationnaire. Sa fonction de covariance est donnée par
K(s, t) = exp − |t − s|/2 .
26 Chapitre 2. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Elle ne dépend que de la différence (t − s), il s’agit bien d’un processus stationnaire de
fonction de covariance plus simplement donnée par K(t) = e−|t|/2 (exercice). Elle est donnée
du
sous forme intégrale (2.2) avec la mesure spectrale ν(du) = .
π(1 + u2 )
Brownien géométrique
Ce n’est pas un processus gaussien mais l’exponentiel d’un processus gaussien. Il s’agit de
Un tel processus modélise le cours d’un actif St soumis à un taux d’intérêt µ ≥ 0 et à une
volatilité σ > 0 et qui vaut x au temps 0.
On le trouve en supposant comme Samuelson qui l’a introduit que les rendements entre
deux périodes sont mesurés par les logarithmes des cours St .
Le bruit blanc est un processus gaussien (XA )A∈A indexé par l’ensemble des mesurables A
défini par E[XA ] = 0 et Cov(XA , XB ) = µ(A ∩ B).
Il faut appréhender le buit blanc comme une mesure aléatoire A 7→ XA (ω). Elle est
aléatoire car XA dépend de ω. On connaı̂t quand même la loi de X(A) ∼ N (0, µ(A)).
Attention cependant, un bruit blanc n’est pas une vraie mesure car A 7→ XA n’est pas
σ-additif.
2.4. Exemples de processus gaussiens 27
Propriétés immédiates
1. Pour H = 1/2, le mBf devient le mouvement brownien standard.
2. On a E |B H (t) − B H (s)|2 = |t − s|2H .
3. Autosimilarité : B H (t) = c−H B H (ct), t ≥ 0, définit encore un mBf d’indice H.
4. Les accroissements du mBf ne sont indépendants que lorsque H = 1/2 (c’est à dire
dans le cas du mouvement brownien).
Cas H = 1. On a E B H (t)B H (s) = st. On montre alors qu’il s’agit d’un processus
dégénéré de la forme B H (t) = tB H (1). Il s’agit en fait d’une droite aléatoire. (Dans ce cas,
la dépendance est très forte dans la trajectoire !)
Cas H = 0. On a
1 1/2 si s ̸= t
E B H (t)B H (s) = |s|0 + |t|0 − |s − t|0 =
2 1 si s = t.
Dans le cas H = 0, on peut construire le mBf de la façon suivante : soit (Yt )t≥0 une suite de
variables aléatoires indépdendantes et Z une variable aléatoire indépendante de (Yt )t≥0 . On
√
les prend de loi Yt ∼ Z ∼ N (0, 1). Considérons alors Xt = (Yt +Z)/ 2. On montre facilement
que Xt a bien la covariance cherchée. On constate alors que les trajectoires de (Xt )t≥0 sont
complètement discontinues.
[Graphe typique des trajectoires.]
De façon générale, pour 0 < H < 1, les trajectoires du mBf (B H (t))t≥0 sont β-höldériennes
pour tout ordre β ∈]0, H[. Cela est dû au Théorème 2.7 de régularité des processus gaussiens
(Kolmogorov-Čentsov).
28 Chapitre 2. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Chapitre 3
Mouvement brownien
3.1 Historique
En 1827, la première description (heuristique) du mouvement brownien est due au bota-
niste écossais Robert Brown (qui lui a donc donné son nom). Il observe de fines particules
organiques en suspension dans un gaz ou un fluide et en décrit les mouvements particu-
lièrement erratiques, au point que plusieurs physiciens estiment ensuite pendant le 19ème
siècle que ce mouvement ne semble pas admettre de tangente. On ne pourrait donc pas
parler de vitesse, ni lui appliquer les lois classiques de la mécanique !
En 1900, la première approche mathématique du mouvement brownien est due au français
Louis Bachelier (dans sa Théorie de la spéculation). Il l’introduit pour modéliser la dyna-
mique des prix des actions à la bourse. Sa démarche sera cependant oubliée jusque vers les
années 1960.
29
30 Chapitre 3. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Dans le cadre déterministe, de nombreux phénomènes sont régis par des équations dif-
férentielles (ou équations aux dérivées partielles). Pour les phénomènes modélisés par un
mouvement brownien, on s’attend à avoir des équations différentielles faisant intervenir
le mouvement brownien. Malheureusement, ce processus a des trajectoires nulle part dé-
rivables (cf. Prop. 3.24 et Th. 3.25) et il n’est pas possible de considérer des équations
différentielles le faisant vraiment intervenir. Plutôt que de le dériver, on cherchera dans la
suite, à intégrer contre ce processus, ce qui permettra de contourner le problème en considé-
rant des équations intégrales (toutefois, il est d’usage de se ramener à l’écriture symbolique
de dérivées et on parlera alors d’équation différentielle stochastique). Dans les prochains
chapitres (cf. Chapitre 6), on définit l’intégrale stochastique pour une large classe de pro-
cessus (les semimartingales, cf. Chapitre 5). Si on se contente du cadre brownien (intégrale
et équation différentielle stochastique pour le mouvement brownien), on parle de calcul
d’Itô. Dans ce cadre simplifié, la contruction est plus directe. On pourra consulter les notes
de cours [Tud] ou le livre [Gal] pour cette approche réservée au mouvement brownien.
3.2. Définition, premières propriétés 31
Dans ce chapitre, nous en donnons les principales propriétés (en loi en Section 3.4, tra-
jectorielles en Section 3.5, variation quadratique en Section 3.6) notamment les propriétés
de Markov faible et forte (Section 3.7). À la fin du chapitre en Section 3.8, nous explorons
les liens entre le mouvement brownien et l’équation de la chaleur, ce qui correspond à la
démarche d’Einstein pour appréhender le mouvement brownien.
K(s, t) = min(s, t) := s ∧ t.
Par le Théorème 2.3, il existe alors un processus gaussien centré de covariance K. Par
contre, il n’est pas immédiat que ce processus admette une version à trajectoires conti-
nues ps. Mais cela sera justifié en début de Section 3.3 avec le théorème de régularité de
Kolmogorov-Čentsov pour les processus gaussiens (Th. 2.7).
3) (Bt )t≥0 est un processus à accroissements indépendants. En effet soit 0 ≤ t1 < t2 < t3 <
t4 , on a
Cov Bt2 − Bt1 , Bt4 − Bt3 = E (Bt2 − Bt1 )(Bt4 − Bt3 )
= E Bt2 Bt4 − E Bt2 Bt3 − E Bt1 Bt4 + E Bt1 Bt3
= t2 − t2 − t1 + t1 = 0.
Les variables Bt2 − Bt1 et Bt4 − Bt3 sont donc non corrélées. Comme le vecteur (Bt2 −
Bt1 , Bt4 − Bt3 ) est gaussien, Bt2 − Bt1 et Bt4 − Bt3 sont indépendantes. On justifie de même
l’indépendance mutuelle de n accroissements, n ≥ 1.
4) Si s ≤ t, on a Bt − Bs ∼ Bt−s . En effet E[Bt − Bs ] = E[Bt ] − E[Bs ] = 0 et
Var(Bt − Bs ) = Cov(Bt − Bs , Bt − Bs )
= Cov(Bt , Bt ) − 2 Cov(Bt , Bs ) + Cov(Bs , Bs )
= t − 2s + s = t − s.
Définition 3.3 (Définition équivalente du mouvement brownien) Soit B = (Bt )t≥0 une
famille de variables aléatoires indéxées par le temps. On dit que B est un mouvement
brownien si c’est un processus à trajectoires continues tel que
i) pour tout t ≥ 0 : Bt ∼ N (0, t).
ii) pour tout 0 ≤ t1 ≤ t2 ≤ · · · ≤ tn , les variables aléatoires Bt1 , Bt2 − Bt1 , . . . Btn − Btn−1
sont indépendantes.
Preuve de l’équivalence. On sait déjà qu’un mB défini par la Déf. 3.1 vérifie i) et ii)
donc la déf. 3.3. Il reste à prouver la réciproque. En écrivant Bt = Bs + Bt − Bs pour
s ≤ t, par indépendance des accroissements, en utilisant la fonction caractéristique, on a :
φBt = φBs φBt −Bs . D’où
φBt −Bs (x) = φBt (x)φBs (x)−1 = exp(−tx2 /2) exp(sx2 /2) = exp(−(t − s)x2 /2) = φBt−s (x).
Les accroissements sont donc stationnaires, en particulier ils sont gaussiens. Comme les
accroissements sont indépendants, un vecteur d’accroissements (Bt1 , Bt2 − Bt1 , . . . Btn −
Btn−1 ) a pour loi la loi produit de ses lois marginales qui sont gaussiennes. Un vecteur
d’accroissements est donc gaussien. Mais comme (Bt1 , Bt2 , . . . , Btn ) est une transformation
linéaire de (Bt1 , Bt2 − Bt1 , . . . , Btn − Btn−1 ) cela reste gaussien. Les lois fini-dimensionnelles
étant gaussiennes, le processus est gaussien. Puis pour s ≤ t, on a
ce qui confirme que le processus défini par la définition alternative Déf. 3.3 est bien le
mouvement brownien (Déf. 3.1) □
Définition 3.4 (Mouvement brownien avec dérive) On appelle encore mouvement brow-
nien issu de x, de dérive (ou drift) bß et de coefficient de diffusion σ, le processus Xt =
x + σBt + µt, t ≥ 0 (où B est un mouvement brownien standard).
Sauf mention contraire, par défaut, quand on parlera du mouvement brownien, il s’agira
du mouvement brownien standard B.
La version donnée par ce théorème est un mouvement brownien au sens des Déf. 3.1 ou
Déf. 3.3 et admet des trajectoires höldériennes d’indice γ pour tout γ ∈]0, 1/2[. Toutefois,
cette approche n’est pas explicite (elle utilise le Théorème 1.3 d’extension de Kolmogorov).
34 Chapitre 3. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
P
Lemme 3.8 (Slutsky) Soit Xn ⇒ X et Yn −→ 0. Alors Xn + Yn ⇒ X.
P
Pour montrer Vn ⇒ V , on se ramène par ce lemme à montrer que Vn −Un −→ 0 et Un ⇒ V .
On a d’abord
m
X ki
∥Vn − Un ∥1 ≤ Zn ti − Zn
i=1
n
m
X ki + 1 ki
≤ Zn − Zn (car Zn est affine par morceaux)
i=1
n n
m
1 X
≤ √ |Xki +1 |,
n i=1
m
E ∥Vn − Un ∥1 ≤ √ E |X1 | .
n
P
On a donc limn→+∞ E ∥Vn − Un ∥1 = 0 et par l’inégalité de Markov Vn − Un −→ 0,
n → +∞.
Soit maintenant
k k
i i−1
Un = . . . , Zn
e − Zn ,... , Ve = . . . , B(ti ) − B(ti−1 ), . . .
n n
avec k0 = 0 et t0 = 0. On introduit J : Rm −→ Rm donné par J(x) = y avec yk = kj=1 xj .
P
On a alors J Uen = Un et J Ve = V . Comme J est continue, U en ⇒ Ve assurera Un ⇒ V .
√
q
D’autre part limn→+∞ ki −kn i−1 = ti − ti−1 (rappel : ki = [nti ]/n) et par le TCL (Th. 0.7)
ki
1 X
p Xs =⇒ N (0, 1), n → +∞.
ki − ki−1 s=ki−1 +1
36 Chapitre 3. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
On a donc
k ki−1
i
Zn − Zn =⇒ N (0, ti − ti−1 ) = L B(ti ) − B(ti−1 ) ,
n n
en ⇒ Ve puis Un ⇒ V et donc la convergence faible des lois fini-dimensionnelles
ce qui justifie U
de Zn vers celles de B : cela achève la première étape (1) de la preuve.
(2) Il s’agit maintenant de vérifier l’équitension de la suite (Pn )n≥1 des lois de (Zn )n≥1
en (3.1). Pour cela, on se sert du Théorème 1.23 qu’on va appliquer avec la condition
supplémentaire E[X14 ] < +∞. On renvoie à [Bil2] pour un argument complet qui n’utilise
que E[X12 ] < +∞. Montrons que pour tout n ≥ 1 :
k m
Pour t = n
<s= n
, on a
P !4
m 4 m−k
j=k+1 Xj 1 X
E |Zn (t) − Zn (s)|4 ≤ E
√ ≤ 2E Xj
n n j=1
CE[X14 ]
≤ (m − k)2 ≤ c|t − s|2
n2
où on a utilisé le résultat suivant (dû à l’indépendance et au centrage des variables aléatoires
Xi ) :
Lemme 3.10 Soit (Yn )n≥1 des variables aléatoires indépendantes et identiquement distri-
buées telles que E[Yn ] = 0 et E[Yn4 ] < +∞. Pour un constante C ∈]0, +∞[, on a :
" n #
X 4
≤ Cn2 E Y14 .
E Yk
k=1
car
k+1 k+1 m m
t− , − , − s ≤ |t − s|.
n n n n
D’après le Théorème é1.23 (critère de tension de Kolmogorov), la suite des lois L(Zn ) n≥1
est équitendue.
Conclusion. La suite des lois L(Zn ) n≥1 est équitendue (par (2))) et ses lois fini-dimension-
nelles convergent vers celles de B (par (2))). D’après le Théorème 1.24, on a Zn ⇒ B dans
Remarque 3.11 On a justifié le résultat avec la restriction E[X14 ] < +∞. Avec un peu plus
de travail, on peut se passer de cette hypothèse et ne supposer que l’existence du moment
d’ordre 2 : E[X12 ] < +∞, cf. [Bil2].
Preuve du Lemme 3.10. Soit (Yn )n≥1 des variables aléatoires indépendantes et identique-
ment distribuées telles que E[Yn ] = 0 et E[Yn4 ] < +∞. On montre que
" n #
X 4
E Yi ≤ Cn2 E[Y14 ].
i=1
Pour cela, on a
n X X
X 4 X 4 2 4 1
Yi = + Yi4 2 2
Yi Yj + Yi3 Yj
i=1 i
2 2 i̸=j
3 1 i̸=j
X X
4 2 1 4 3 2 1
+ Yi2 Yj Yk + Yi Yj Yk Yl .
2 1 1 i̸=j̸=k 1 1 1 1 i̸=j̸=k̸=l
De façon générale : la loi d’un processus stochastique est entièrement déterminée par ses
lois fini-dimensionnelles, cf. Prop. 1.4. On définit alors :
3.4. Propriétés en loi du mouvement brownien 39
De plus, ses trajectoires sont continues sur ]0, +∞[ car celles de B le sont sur R+ . Il reste
s’assurer de la continuité des trajectoires de B
e en 0 et cela vient de
\[ \
P lim Bet = 0 = P |B
et | ≤ 1/n
t→0
n≥1 p≥1 t∈]0,1/p]∩Q
et )t>0 f=
dd
\[ \
= P |Bt | ≤ 1/n car (B (Bt )t>0
n≥1 p≥1 t∈]0,1/p]∩Q
40 Chapitre 3. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
= P lim Bt = 0 = 1.
t→0
Proposition 3.14 (Propriété de Markov faible) Soit t ≥ 0 fixé. Posons Bs′ = Bt+s , x ∈ R.
Alors conditionnellement à Bt = x, le processus B ′ est indépendant de σ(Bu : u ≤ t) = FtB
et a pour loi Wx .
(t) (t)
Démonstration : Pour cela, il suffit de remarquer que Bs′ = B s + Bt où B s = Bt+s − Bt
est un mouvement brownien indépendant de FtB et Bt est une variable FtB -mesurable. □
(On rappelle que A ∨ B = σ(A ∪ B).) La filtration (Ft )t≥0 est dite continue à droite (resp.
continue à gauche) si pour tout t, on a Ft = Ft+ (resp. Ft = Ft− ).
Dans la suite, on dira qu’une filtration satisfait les conditions habituelles si elle est complète
et continue à droite.
Proposition 3.16 La filtration brownienne (FtB )t≥0 est continue à droite.
Corollaire 3.17 (Loi du 0/1 de Blumenthal) La tribu F0B+ est triviale, ie. pour tout A ∈
F0B+ , on a P(A) = 0 ou 1.
Remarque
W 3.18 — En fait, la filtration brownienne est aussi continue à gauche : FtB =
B
s<t Fs .
C’est le cas de toute filtration (FtX )t≥0 engendrée par un processus à trajectoires
continues à gauche. En effet, FtX est engendrée par les ensembles A = {(Xt1 , . . . , Xtp ) ∈
Γ} avec 0 = t1 < · · · < tp ≤ t et Γ ∈ B(Rp ). Lorsque tp < t alors A ∈ FtXp ⊂ FtX− .
Lorsque tp = t, comme Xt = limm→+∞ Xsm pour toute suite sm ∈ [0, t) avec sm ↗ t,
on a A ∈ FtX− . Finalement, FtX− = FtX .
42 Chapitre 3. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
La suite (Xn )n≥1 est une suite de processus indépendants (par l’indépendance des accrois-
sements du mouvement brownien). On remarque que l’on peut retrouver la trajectoire
brownienne à partir des Xk , k ≥ n, par
+∞
X
B 2−n +t = Xn (t) + Xn+k (2−n−k ), 0 ≤ t ≤ 2n
k=1
car B2−n → 0, n → +∞. Soit pour t > 0 et 2−p ≤ t < 2−p+1 , en écrivant t = 2−p + s,
s ∈ [0, 2−p ] (ie. p = [−t/ ln 2] + 1) :
X
Bt = B2−p +s = Xp (t − 2−p ) + Xk (2−k )
k>p
et comme F0B+ = n≥0 F2B−n , F0B+ est la tribu asymptotique engendrée par les processus
T
indépendants Xn . D’après la loi du 0/1 (classique) de Kolmogorov, F0B+ est alors triviale.
i’) Autre preuve de la loi de Blumenthal. Soit 0 < t1 < t2 < · · · < tk , g : Rk → R une
fonction continue bornée et aussi A ∈ F0B+ . Par continuité et convergence dominée, on a
E 1A g(Bt1 , . . . , Btk ) = lim E 1A g(Bt1 − Bε , . . . , Btk − Bε ) .
ε→0
Mais dès que ε < t1 , les variables aléatoires Bt1 − Bε , . . . , Btk − Bε sont T
indépendantes de
FεB (par la propriété de Markov simple) et donc aussi de la tribu F0B+ (= ε>0 FεB ). Il vient
E 1A g(Bt1 , . . . , Btk ) = lim P(A) E g(Bt1 − Bε , . . . , Btk − Bε )
ε→0
= P(A) E[g(Bt1 , . . . , Btk )].
On a donc F0B+ ⊥ ⊥ σ(Bt1 , . . . , Btk ). Comme c’est vrai pour tout 0 < t1 < · · · < tk , on a
B
aussi F0+ ⊥⊥ σ(Bt , t > 0). Puis B0 étant la limite simple de Bt (continuité de t 7→ Bt en
0), on a σ(Bt , t ≥ 0) = σ(Bt , t > 0) et F0B+ ⊂ σ(Bt , t ≥ 0), si bien que F0B+ ⊥
⊥ F0B+ , ce qui
B
assure que F0+ est triviale.
ii) Continuité à droite de la filtration brownienne (Prop. 3.16).
(B) (B) (B)
Pour t ≥ 0 fixé, on montre Ft+ = Ft en prouvant que toute variable aléatoire Ft+ -
(B)
mesurable est Ft -mesurable. Pour cela, nous utilisons le théorème de classe monotone
(version fonctionnelle)
3.5. Propriétés trajectorielles du mouvement brownien 43
Lemme 3.19 (Théorème de classe monotone fonctionnel) Soit E un espace vectoriel fonc-
tionnel monotone (ie. f ∈ E est bornée, les constantes sont dans E, si fn ∈ E et fn ↗ f
bornée alors f ∈ E). On suppose que C ⊂ E où C est un ensemble de fonctions stable par
multiplication. Alors E contient toutes les fonctions σ(C)-mesurables.
On commence par prouver que Gt est indépendante de FtB+ . Pour tout n ≥ 1, par la
B
propriété de Markov (faible), Gt+1/n est indépendante de Ft+1/n et donc indépendante de
B B
T
Ft+ = n≥1 Ft+1/n :
Gt+ε ⊥⊥ FtB+ . (3.2)
Si t1 ≤ t2 , on observe que Gt2 ⊂ Gt1 car
Bt2 +s − Bt2 = (Bt1 +(t2 +s−t1 ) − Bt1 ) − (Bt1 +(t2 −t1 ) − Bt1 )
Ensuite, nous prouvons la Prop. 3.16 en montrant qu’une variable aléatoire FtB+ -mesurable
est FtB -mesurable. Quitte à écrire une telle variable Y sous la forme Y + − Y − , il suffit de le
faire pour une variable aléatoire Y positive. Quitte á écrire Y = limn→+∞ (Y ∧ n), il suffit
de le faire pour Y positive et bornée. On considère donc Y ∈ L∞ (FtB+ ) positive.
L’argument qui suit utilise le théorème de classes monotones fonctionnel (Lemme 3.19)
avec E l’espace des variables aléatoires bornées W ∈ L∞ (F) qui vérifie
(B)
E W Y = E W E[Y |Ft ] .
Par le théorème de convergence monotone (avec Y ≥ 0), on s’assure aisément que E est
un espace vectoriel fonctionnel monotone.
Notons
M = XZ : X ∈ L∞ (FtB ) et Z ∈ L∞ (Gt ) .
44 Chapitre 3. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
On vérifie facilement que M est une classe multiplicative. De plus M ⊂ E car avec (3.3),
on a :
En particulier, cela exige Y = E[Y |FtB ] ps. Comme la tribu est complète, Y coı̈ncide avec
une variable FtB -mesurable et FtB = FtB+ . □
— Comme les trajectoires du mouvement brownien sont continues et inf 0<t≤ε Bt < 0 <
sup0<t≤ε Bt , par le théorème des valeurs intermédiaires, il existe un zero tε ∈]0, ε[ de
B. On en déduit que ps {t ≥ 0 : Bt = 0} admet 0 comme point d’accumulation.
— Par translation (Markov simple), toute valeur du mouvement brownien est un point
d’accumulation de sa trajectoire ps.
— En utilisant la propriété de Markov simple, on constate aussi facilement que ps la
fonction t 7→ Bt n’est monotone sur aucun intervalle non-trivial.
Démonstration : 1) Soit (εp )p≥1 une suite de réels strictement positifs décroissants vers 0
et soit ( )
\
A= sup Bt > 0 .
0≤t≤εp
p≥1
Comme sup0≤t≤εp Bt est FεBp -mesurable, on a A ∈ p≥1 FεBp = F0B+ . Puis, comme l’intersec-
T
tion définissant A est décroissante, on a
P(A) = lim P sup Bt > 0
p→+∞ 0≤t≤εp
mais comme 1
P sup Bt > 0 ≥ P(Bεp > 0) = ,
0≤t≤εp 2
on a P(A) ≥ 1/2 et la loi de Blumenthal exige alors P(A) = 1. Comme A ⊂ {sup0≤t≤ε Bt >
0}, on a le résultat pour le sup. L’assertion concernant inf 0≤t≤ε Bt est obtenue par symétrie
en loi en remplaçant B par −B.
2) Par convergence monotone des probabilités, on a
1 = P sup Bs > 0 = lim P sup Bs > δ .
0≤s≤1 δ→0 0≤s≤1
Avec le changement s = tδ 2 , puis comme par autosimilarité Bδ2 t /δ définit encore un mou-
vement brownien,
P sup Bs > δ = P sup (Bδ2 t /δ) > 1 = P sup Bs > 1 .
0≤s≤1 0≤t≤1/δ 2 0≤s≤1/δ 2
Avec le changement B → −B, on a aussi P inf s≥0 Bs < −η = 1.
46 Chapitre 3. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
En particulier, on montre qu’un processus gaussien centré de covariance t∧s admet donc une
modification à trajectoires continues, c’est à dire une version est un mouvement brownien.
Démonstration : En effet, on a
lim sup B
es = +∞, es = −∞
lim inf B
s→+∞ s→+∞
En fait, on a bien mieux : le résultat suivant montre que : ps, les trajectoires browniennes
sont nulle part dérivables.
Théorème 3.25 (Dvoretsky, 1963) Il existe une constante C > 0 telle que
|Bs − Bt |
P ∃t > 0 : lim sup √ < C = 0. (3.5)
s→t+ s−t
Avant la preuve, on mentionne la conséquence concrète pour les trajevtoires browniennes :
Corollaire 3.26 (Dvoretsky) Presque sûrement, t 7→ Bt est dérivable nulle part.
Démonstration : D’après le Th. 3.25, ps ∀t ∈ [0, 1], lim sups→t+ |B√ss−t −Bt |
≥ C > 0. Soit t
arbitrairement fixé. Si B était dérivable en t de dérivée ℓ, on aurait quand s ↘ t
|Bs − Bt | |Bs − Bt | √ √
√ = × s − t ∼ ℓ s − t → 0,
s−t s−t
où ρ({tk }) = max1≤k≤p |tk − tk−1 | est le pas de la subdivision de [0, 1] et le sup est pris sur
l’ensemble de ces subdivisions.
Pour α = 1, on parle de la variation. On dit que f est à variations bornées si V ar(f, 1) <
+∞. Pour α = 2, on parle de la variation quadratique.
48 Chapitre 3. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Remarque 3.28 Pour une fonction f de classe C 1 , la variation quadratique tend vers 0 sur
tout intervalle [0, t], en effet, avec une partition 0 = t0 < t1 < · · · < tp = t, on a avec le
théorème des accroissements finis :
p p
X X
Vf (t0 , t1 , . . . , tp ) := 2
(f (ti ) − f (ti−1 )) = (f ′ (t∗i )(ti − ti−1 ))2
i=1 i=1
p
X
≤ δ∥f ′ ∥2∞ |ti − ti−1 | = δ∥f ′ ∥2∞ t
i=1
où δ = max1≤i≤p |ti − ti−1 | et t∗i ∈]ti , ti+1 [ est donné par le théorème des accroissements
finis appliqué à la fonction dérivable f .
Proposition 3.29 (Variation quadratique brownienne) Soit t >P0 et {0 = t0 < t1 < · · · <
p 2
tp = t} une subdivision de [0, t], notons VB (t0 , t1 , . . . , tp ) = j=1 (Btj − Btj−1 ) . Alors
lorsque le pas de la subdivision δ := max1≤j≤p (tj − tj−1 ) tend vers 0 :
(1) VB (t0 , t1 , . . . , tp ) converge dans L2 vers t.
(2) De plus, si la subdivision est uniforme, la convergence est presque sûre.
Heuristiquement : la variation quadratique du mouvement brownien sur [0, t] est donc t.
Démonstration : Notons d’abord que le carré d’une variable gaussienne X centrée de
variance σ 2 est une variable aléatoire d’espérance σ 2 et de variance Var(X 2 ) = 3σ 4 − σ 4 =
2σ 4 (calculs par ipp).
1) Pour la convergence dans L2 , on a :
n
h X 2 i Xn
2 2
Var (Btj −Btj−1 )2
E (VB (t0 , t1 , . . . , tn )−t) = E (Btj −Btj−1 ) −(tj −tj−1 ) =
j=1 j=1
car les variables (Btj − Btj−1 )2 − (tj − tj−1 ) sont centrées et indépendantes. On a donc
n
X
2
(tj − tj−1 )2 ≤ 2tδ → 0,
E (VB (t0 , t1 , . . . , tn ) − t) = 2 δ → 0.
j=1
Pn−1
2) Notons Vn := VB 0, nt , . . . , nt
n
. On a Vn − t = k=0 Yn,k avec
2
(k + 1)t kt t
Yn,k = B −B −
n n n
L’indépendance des accroissements de B assure que les Yn,k , k = 0, . . . , n, sont indépen-
dantes puis la stationnarité des accroissements de B assure que ces variables aléatoires sont
identiquement distribuées :
2
L t t L t
Yn,k = B − = Z
n n n
avec Z = B12 − 1 variable aléatoire centrée dont tous les moments sont finis. On a
3.6. Variation quadratique 49
— EYn,k = EYn,0 = EtZ/n = 0 ;
2 2
— E Yn,k = E Yn,0 = E t2 Z 2 /n2 = (t2 /n2 ) E Z2 ;
4 4
— E Yn,k = E Yn,0 = E t4 Z 4 /n4 = (t4 /n4 ) E Z4 .
On utilise maintenant le Lemme 3.10 :
!4
Xn−1
E Yn,k ≤ Cn2 E[Yn,0
4
].
k=0
Proposition 3.30 Presque sûrement, les trajectoires du mouvement brownien sont à trajec-
toires à variations non bornées.
Ce résultat justifie que, si les trajectoires browniennes sont continues, elles oscillent quand
même beaucoup. . . tellement que les trajectoires sont ps à variations non bornées. Ce
phénomène explique les difficultés qu’il y aura à construire une intégrale (de type Stieltjes)
par rapport au mouvement brownien.
Démonstration : Il suffit de justifier la remarque générale suivante : si f est continue sur
[0, 1] et
n−1 2
X k+1 k
lim f −f = a ∈]0, +∞[
n→+∞
k=0
n n
alors Var(f, 1) = +∞. Pour cela, supposons que Var(f, 1) < +∞ et notons ρf (u) =
sup|x−y|<u |f (x) − f (y)| le module de continuité uniforme de f . Alors
n 2 X n
X k+1 k 1 k+1 k
f −f ≤ ρf f −f
k=0
n n n n n
k=0
1
≤ ρf Var(f, 1) → 0
n
quand n → +∞ puisque par continuité de f : limn→+∞ ρf (1/n) = 0. Il est donc nécessaire
d’avoir Var(f, 1) = +∞. □
50 Chapitre 3. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Proposition 3.32 Soit T et S deux (Ft )-temps d’arrêt alors T ∧ S et T ∨ S sont des (Ft )-
temps d’arrêt.
{T ∧ S ≤ t} = {T ≤ t} ∪ {S ≤ t} ∈ Ft
et
{T ∨ S ≤ t} = {T ≤ t} ∩ {S ≤ t} ∈ Ft
puisque S, T sont de (Ft )-temps d’arrêt et la tribu Ft est stable par intersection et réunion.
□
Proposition 3.33 Si (Ft )t≥0 est une filtration continue à droite alors T est un (Ft )-temps
d’arrêt si et seulement si pour tout t ≥ 0, {T < t} ∈ Ft .
puisque {T ≤ t − ε} ∈ Ft−ε ⊂ Ft . □
Cette proposition s’applique par exemple pour la filtration brownienne F B = (FtB )t≥0
(Prop. 3.16, généralisation de la loi de Blumenthal).
Proposition 3.34 1. Si (Tn )n∈N est une suite croissante de (Ft )-temps d’arrêt alors T =
limn→+∞ Tn est un (Ft )-temps d’arrêt.
3.7. Propriété de Markov forte 51
2. Si (Tn )n∈N est une suite décroissante de (Ft )-temps d’arrêt alors T = limn→+∞ Tn
est un (Ft+ )-temps d’arrêt.
Démonstration : 1) Soit Tn ↗ T alors pour tout t ≥ 0 :
\
{T ≤ t} = {Tn ≤ t} ∈ Ft
n≥1
Mais [
{Tn < t} = {Tn ≤ t − 1/p} ∈ Ft
p≥1
puisque {Tn ≤ t − 1/p} ∈ Ft−1/p ⊂ Ft . On a donc {T < t} ∈ Ft ⊂ Ft+ ce qui suffit d’après
la Prop. 3.33 puisque (Ft+ )t≥0 est continue à droite. □
Comme la filtration est continue à droite, {TO < t} ∈ FtX suffit, cf. Prop. 3.33.
5. Soit F un fermé alors TF = inf t ≥ 0 : Xt ∈ F est un (FtX )-temps d’arrêt.
En effet :
TF ≤ t = ω ∈ Ω : inf d(Xs (ω), F ) = 0
0≤s≤t
52 Chapitre 3. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
= ω∈Ω: inf d(Xs (ω), F ) = 0
s∈[0,t]∩,Q
car X est à trajectoires continues et donc la distance aussi. Par ailleurs, un inf
dénombrable de fonctions mesurables reste mesurable. Par conséquent, {TF ≤ t} ∈
FtX et TF est bien un (FtX )-temps d’arrêt.
Définition 3.36 (Temps d’arrêt simple) Soit T un (Ft )-temps d’arrêt. On dit que T est un
(Ft )-temps d’arrêt simple si l’ensemble des valeurs prises par TP est au plus dénombrable,
ie. il existe une suite (tn )n∈N de temps positifs dans R telle que n≥0 P(T = tn ) = 1.
Proposition 3.37 (Approximation de temps d’arrêt) Soit T un (Ft )-temps d’arrêt. Alors
il existe une suite décroissante (Tn )n∈N de (Ft )-temps d’arrêt simples tels que Tn ↘ T ps.
où on a utilisé T < p2−n = ε>0 T ≤ p2−n − ε ∈ Fp2−n . Puis, par construction, on a
S
facilement Tn → T ps et Tn ≥ T . La suite (Tn )n≥1 décroit car si Tn = (p + 1)2−n , c’est que
et Tn+1 = (2p + 1)2−n−1 (si (2p)2−n−1 ≤ T < (2p + 1)2−n−1 ) ou Tn+1 = (2p + 2)2−n−1 (si
(2p + 1)2−n−1 ≤ T < (2p + 2)2−n−1) , c’est à dire Tn+1 ≤ Tn . On a donc Tn ↘ T . □
Définition 3.38 Soit T un temps d’arrêt. La tribu des évènements antérieurs à T est
n o
FT = A ∈ F∞ : ∀t ≥ 0, A ∩ {T ≤ t} ∈ Ft .
Proposition 3.39 Soit T un temps d’arrêt fini ps. Les variables aléatoires T et BT sont
FTB -mesurables.
3.7. Propriété de Markov forte 53
Démonstration : Pour alléger les notations, on note ici Ft = FtB . Il s’agit de voir que pour
tout s ≥ 0, T −1 (] − ∞, s]) = {T ≤ s} ∈ FT . Pour cela, soit t ≥ 0, on a
{T ≤ s} ∩ {T ≤ t} = {T ≤ t ∧ s} ∈ Ft∧s ⊂ Ft
en utilisant le fait que T est un temps d’arrêt. Pour BT , on commence par justifier que
Bs 1{s<T } est FT -mesurable. En effet pour tout u ∈ R, on montre que {Bs 1{s<T } ≤ u} ∈ FT .
Pour cela, on établit que, pour tout t ≥ 0, {Bs 1{s<T } ≤ u} ∩ {T ≤ t} ∈ Ft .
— si t < s alors {Bs 1{s<T } ≤ u} ∩ {T ≤ t} = {0 ≤ u} ∩ {T ≤ t} = (∅ ou Ω) ∩ {T ≤
t} ∈ Ft ;
— si t ≥ s alors {Bs 1{s<T } ≤ u} ∩ {T ≤ t} = ({Bs ≤ u} ∩ {s < T ≤ t}) ∪ ({0 ≤
u} ∩ {T ≤ s}) mais {Bs ≤ u} ∈ Fs et {s < T ≤ t} = {T ≤ s}c ∩ {T ≤ t} ∈ Ft et
{T ≤ s} ∈ Fs .
Ensuite, par continuité presque sûre des trajectoires on écrit
+∞
X
BT = lim 1{i2−n <T ≤(i+1)2−n } Bi2−n
n→+∞
i=0
Comme 1{i2−n <T } Bi2−n et 1{T ≤(i+1)2−n } sont FT -mesurables alors 1{i2−n <T ≤(i+1)2−n } Bi2−n
l’est aussi puis par sommation et passage à la limite, BT l’est encore. □
Cette notion est développée en Section 4.2, en particulier les relations entres les diverses
filtrations FT (Prop. 4.9).
Théorème 3.40 (Propriété de Markov forte) Soit T un temps d’arrêt. Alors conditionnel-
lement à {T < +∞}, le processus B (T ) défini par
(T )
Bt = BT +t − BT
dit B (T ) est un mouvement brownien. Puis pour A quelconque, (3.6) assure que pour tout
(T ) (T )
choix 0 ≤ t1 ≤ · · · ≤ tp , le vecteur (Bt1 , . . . , Btp ) est indépendant de FT , d’où par un
argument de classe monotone B (T ) ⊥ ⊥ FT .
Pour montrer (3.6), on écrit, par continuité presque sûre des trajectoires de B :
(T ) (T )
F Bt1 , . . . , Btp
+∞
X
= lim 1{(k−1)2−n <T ≤k2−n } F Bk2−n +t1 − Bk2−n , . . . , Bk2−n +tp − Bk2−n .
n→+∞
k=1
Théorème 3.41 (Principe de réflexion) Pour tout t > 0, notons St = sups≤t Bs . Alors si
a ≥ 0 et b ≤ a on a
P St ≥ a, Bt ≤ b = P Bt ≥ 2a − b . (3.7)
En particulier, pour chaque t ≥ 0,
St ∼ |Bt |. (3.8)
(T )
puisque Bt−Ta a = Bt−Ta +Ta − BTa = Bt − a. Pour simplifier, notons B ′ = B (Ta ) . Le Théo-
rème 3.40 (propriété de Markov forte) assure que B ′ est un mouvement brownien indépen-
dant de FTa , donc de Ta . Comme B ′ a même loi que −B ′ , on a
Z t Z t
(Ta ) ′ ′
P Ta ≤ t, Bt−Ta ≤ b − a = P(Bt−u ≤ b − a) PTa (du) = P(−Bt−u ≤ b − a) PTa (du)
0 0
Z t
′ (T )
= P(Bt−u ≥ a − b) PTa (du) = P Ta ≤ t, Bt−Ta a ≥ a − b
0
= P Ta ≤ t, Bt − a ≥ a − b
= P(Bt ≥ 2a − b)
Remarque 3.43 On déduit facilement du principe de réflexion que le temps d’atteinte Ta =
inf t ≥ 0 : Bt = a d’un mouvement brownien du niveau a n’est pas déterministiquement
borné : pour tout C > 0, on a
P(Ta ≤ C) = P sup Bt ≥ a = P |BC | ≥ a = 2P(N ≥ a/C 2 ) < 1 (3.9)
t∈[0,C]
où N ∼ N (0, 1). Cependant Ta < +∞ ps puisque limC→+∞ P(Ta > C) = limC→+∞ 2P(N <
a/C 2 ) = 0.
Soit Z une variable aléatoire réelle. Un processus (Xt , t ≥ 0) est appelé mouvement brow-
nien réel issu de Z si on peut écrire Xt = Z + Bt où B est un mouvement brownien issu
de 0 indépendant de Z.
où c est la chaleur spécifique de la matière considérée. Comme m = ρSdx (où ρ est la masse
volumique du milieu), on a alors
∂T ∂J
ρc =−
∂t ∂x
qui est l’équation de continuité d’un flux thermique d’énergie. En la combinant avec la loi
de Fourier, on obtient l’équation de la chaleur
∂T k ∂ 2T
= .
∂t ρc ∂x2
Cette EDP se généralise facilement en dimension supérieure.
La densité gaussienne standard satisfait donc l’équation de la chaleur par rapport aux
variables x et y. Cette propriété est étendue à une vaste classe de fonctions construites à
partir du mouvement brownien.
Théorème 3.44 1. Considérons la fonction
Z
u(t, x, f ) = E[f (x + Bt )] = g(t, x, y)f (y) dy
R
où f est une fonction borélienne bornée. La fonction u est C ∞ en espace et en temps
pour t > 0 et vérifie l’équation de la chaleur
1
u′t (t, x, f ) = u′′xx (t, x, f ), u(0, x) = f (x). (3.12)
2
2. Lorsque le point de départ du mouvement X0 est aléatoire avec une loi de densité
π(x), indépendante
R du mouvement brownien, la densité de la loi de X0 + Bt est égale
à q(t, y) = R g(t, y − x)π(x)dx et vérifie l’équation de la chaleur
1 ′′
qt′ (t, y) = qyy (t, y), q(0, y) = π(y).
2
R
Démonstration : 1) La fonction u(t, x, f ) = E[f (x + Bt )] = R g(t, x, y)f (y) dy est très
régulière pour t > 0, car la densité gaussienne (le noyau de la chaleur) est C ∞ , à dérivées
bornées pour t > a. Par dérivation sous le signe intégral, on a aisément :
Z Z
′ ′ ′′ ′′
ut (t, x, f ) = gt (t, x, y)f (y) dy, uxx (t, x) = gxx (t, x, y)f (y) dy.
R R
L’équation de la chaleur (3.12) pour u(t, ·, f ) suit alors facilement de celle pour g(t, x, y).
2) Supposons que la condition initiale soit aléatoire et indépendante du mouvement brow-
nien et donc de Bt . La loi de X0 + Bt admet une densité qui est la convolée de π(x) et de
g(t, x). □
La formule précédente peut être étendue sous certaines conditions à d’autres fonctions
que les fonctions bornées, par exemple pour les fonctions f (x) = eλx , λ > 0. La fonc-
tion u(t, x, eλ· ) est la transformée de Laplace de x + Bt . Des calculs gaussiens (classiques)
montrent que
1 2
u t, x, eλ· = E eλ(x+Bt ) = eλx+ 2 λ t .
Lorsque la fonction considérée est régulière, une autre formulation peut être donnée à cette
relation qui jouera un rôle important dans la suite :
Proposition 3.45 Si f est une fonction Cb1 en temps et Cb2 en espace (c’est à dire à dériveés
bornées en temps et en espace), on a
1 ′′
u′t (t, x, f ) = u t, x, ft′ + fxx
2
3.8. Équation de la chaleur 59
Le mouvement brownien décentré Xtx = x + bt + σBt joue un rôle important dans les appli-
cations. Les équations aux dérivées partielles (EDP) précédentes s’étendent sans difficulté
à partir de l’EDP satisfaite par la densité de Xtx
(y − x − bt)2
1
gb,σ2 (t, x, y) = √ exp − 2t
= g(σ 2 t, x + bt, y) = g(σ 2 t, x, y − bt).
2
2πσ t 2σ
Nous introduisons le générateur associé à ce processus, c’est à dire l’opérateur du 2nd
ordre défini par
1
Lb,σ2 ϕ(x) = σ 2 ϕ′′xx (x) + bϕ′x (x).
2
Puisque g(t, x, y) satisfait l’équation de la chaleur, la fonction x 7→ gb,σ2 (t, x, y) vérifie
1 2 ′′ 2
∂t gb,σ2 (t, x, y) = σ gxx (σ t, x + bt, y) + bgx′ (σ 2 t, x + bt, y)
2
= Lb,σ2 gb,σ2 (t, x, y). (3.14)
Proposition
R 3.46 1. Soit f : R → R. Les fonctions u(t, x, f ) = E[f (x + bt + σBt )] =
g 2 (t, x, y)f (y) dy satisfont l’EDP
R b,σ
′
ut (t, x, f ) = Lb,σ2 u(t, x, f ) = 21 σ 2 u′′xx (t, x, f ) + bu′x (t, x, f )
(3.15)
u(0, x, f ) = f (x).
Démonstration : L’équation (3.15) s’obtient en intégrant par rapport à f (y)dy l’EDP sa-
tisfaite par la densité gb,σ2 (t, x, y) considérée comme fonction de x. Puis (3.16) suit avec
des intégrations par parties comme précédemment. □
qui mesure la différence trajectorielle entre les deux termes de l’équation (3.13) sans prendre
l’espérance E comme une intégrale stochastique. Ce faisant, il introduit un calcul différentiel
stochastique, le calcul d’Itô, vrai sur les trajectoires et non plus seulement en moyenne.
C’est l’objet des chapitres suivants (Chapitre 6).
Deuxième partie
Martingales
61
Chapitre 4
Dans ce chapitre, on présente les rudiments sur la théorie des martingales en temps
continu. Il s’agit de la généralisation au temps continu des martingales en temps discret
étudiées par exemple dans [JCB-martingale]. Ce sont des processus définis sur des espaces
(Ω, F, (Ft )t≥0 , P) filtrés, c’est à dire muni d’une filtration (Ft )t≥0 . On rappelle qu’on associe
à chaque Ft les tribus Ft+ et Ft− et la filtration est dite continue à droite (resp. à gauche)
si pour tout t ≥ 0, on a Ft = Ft+ (resp., pour tout t > 0, Ft = Ft− ). Elle est dite satisfaire
les conditions habituelles si elle est continue à droite et complète (ie. contient tous les
négligeables de F).
Dans tout ce chapitre, on considère (Ω, F, (Ft )t≥0 , P) un espace filtré. On commence par
des généralités sur les filtrations en Section 4.1 et sur les temps d’arrêts en Section 4.2
puis on présente la notion de martingale en temps continu en Section 4.3. On généralise
les principaux résultats rencontrés dans le cadre discret (inégalités de Doob, théorèmes de
convergence, théorème d’arrêt, martingales arrêtées) et on régularise les trajectoires des
martingales. On termine avec un mot sur le processus de Poisson en Section 4.8.
63
64 Chapitre 4. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
T W
À une filtration (Ft )t≥0 , on associe Ft+ = ε>0 Ft+ε et Ft− = ε>0 Ft−ε .
La filtration (Ft )t≥0 est dite continue à droite si pour tout t ≥ 0, on a Ft = Ft+ , continue
à gauche si pour tout t > 0, on a Ft = Ft− .
Dans la suite, on dira qu’une filtration satisfait les conditions habituelles si elle est complète
et continue à droite. C’est le cas de la filtration brownienne (FtB )t≥0 donnée par FtB =
σ(Bs : s ≤ t), cf. Prop. 3.16.
Étant donnée une filtration quelconque (Ft )t≥0 , on peut toujours en considérer une satis-
faisant les conditions habituelles en ajoutant à Ft+ la classe des P-négligeables de F. Il
s’agit de l’augmentation habituelle de (Ft )t≥0 .
W S
On note F∞ = t≥0 Ft = σ t≥0 Ft la tribu limite de la filtration (Ft )t≥0 .
(Progressif ) Un processus (Xt )t≥0 est dit progressif (ou progressivement mesurable) si pour
tout t ≥ 0 l’application suivante est mesurable :
([0, t] × Ω, B([0, t]) ⊗ Ft ) −→ R
X:
(s, ω) 7−→ Xs (ω).
Définition 4.4 (Tribu progressive) La famille des ensembles A ∈ B(R+ ) ⊗ F tels que le
processus Xt (ω) = 1A (t, ω) est progressif est appelée la tribu progressive. On la note Prog.
Un processus est donc progressif s’il est mesurable par rapport à la tribu progressive Prog.
L’intérêt d’un processus progressif vient de ce que, estimé en un temps d’arrêt, il est
mesurable pour la tribu associé au temps d’arrêt, cf. Prop. 4.12.
— Soit 0 < t1 < · · · < tn et h1 , . . . , hn des variables aléatoires telles que hi est Fti -
mesurable pour chaque 1 ≤ i ≤ n. On pose t0 = 0 et tn+1 = +∞. Les processus
simples suivants sont progressifs :
n
X n
X
X= hi 1[ti ,ti+1 [ et Y = hi 1]ti ,ti+1 ] .
i=0 i=0
∈ B([0, t]) ⊗ Ft ,
[n
(s, ω) ∈ [0, t] × Ω : Ys (ω) ∈ B = ]ti , ti+1 ] ∩ [0, t] × ω ∈ Ω : hi (ω) ∈ B
i=0
| {z }
∈Fti
∈ B([0, t]) ⊗ Ft ,
puisque ω ∈ Ω : hi (ω) ∈ B ∈ Fti ⊂ Ft lorsque ti ≤ t ou ti < t.
−1
car X|[0,t] (B) ∈ B([0, t]) ⊗ F ⊂ B(R+ ) ⊗ F.
2) On traite le cas d’un processus X à trajectoires continues à droite (le cas de la continuité
(n)
à gauche est analogue). Soit t > 0 fixé. Pour chaque n ≥ 1, on définit (Xs )s∈[0,t] par
(n)
Xs(n) = Xkt/n pours ∈ [(k − 1)t/n, kt/n[, et Xt = Xt .
(n)
Par la continuité à droite, on a pour limn→+∞ Xs (ω) = Xs (ω) pour chaque ω ∈ Ω
(n)
et s ∈ [0, t] et il suffit de montrer que l’application (s, ω) ∈ [0, t] × Ω 7→ Xs (ω) est
(B([0, t]) ⊗ Ft )-mesurable pour chaque n ≥ 1.
Pour cela, pour un borélien B ∈ B(R), on a
n h
[ (k − 1)t kt h
Xs(n) (ω)
(s, ω) ∈ [0, t] × Ω : ∈ B = {t} × {Xt ∈ B} ∪ , × {X kt ∈ B}
k=1
n n n
avec (k−1)t , kt
n n
∈ B([0, t]) et {Xkt/n ∈ B} ∈ Fkt/n ⊂ Ft , {Xt ∈ B} ∈ Ft si bien que
(n)
(s, ω) ∈ [0, t] × Ω : Xs (ω) ∈ B ∈ B([0, t]) ⊗ Ft justifiant la (B([0, t]) ⊗ Ft )-mesurabilité
de X (n) puis, à la limite, celle de X.
3) Résultat admis, dû à Chung et Doob, cf. [DM]). □
FS ⊂ FT , FS − ⊂ FT − , FS + ⊂ FT + .
7) Soit T temps d’arrêt et S une variable aléatoire FT -mesurable telle que S ≥ T . Alors
S est aussi un temps d’arrêt.
8) Pour S, T des temps d’arrêt, S ∧ T et S ∨ T sont des temps d’arrêt et FS∧T = FS ∩ FT .
De plus {S ≤ T } ∈ FS∧T , {S = T } ∈ FS∧T .
9) Si (Sn )n≥1 est une suite W
croissante de temps d’arrêt alors S = limn→+∞ Sn est aussi un
temps d’arrêt et FS − = n≥1 FSn− .
10) Si (Sn )n≥1 est une suite décroissante deTtemps d’arrêt alors S = limn→+∞ Sn est aussi
un temps d’arrêt de (Ft+ )t≥0 et FS + = n≥1 FSn+ .
11) Si (Sn )n≥1 est une suite décroissante stationnaire de temps d’arrêt (ie. ∀ω, ∃N (ω),
∀n ≥ N (ω), Sn (ω)
T = S(ω)) alors S = limn→+∞ Sn est aussi un temps d’arrêt pour
(Ft )t≥0 et FS = n≥1 FSn (comparer avec 10)).
Démonstration :
1) Pour A ∈ Ft , soit A ∩ {T > t} ∈ FT − . Alors A ∩ {T > t} ∈ F∞ et pour s ≥ 0
Proposition 4.10 Une variable aléatoire Y est FT -mesurable si et seulement si, pour tout
t ≥ 0, Y 1{T ≤t} est Ft -mesurable.
car {Y ∈ B} ∩ {T ≤ t} ∈ Ft . □
Alors la suite (Tn )n≥1 forme une suite de temps d’arrêt qui décroı̂t vers T .
On a donc
[2n u]
{Tn ≤ u} ∩ {T ≤ t} = T ≤t∧ n ∈ Ft∧[2n u]/2n ⊂ Ft .
2
4.2. Filtrations et temps d’arrêt 71
Par la Prop. 4.9-7), les variables aléatoires (Tn )n≥1 sont donc bien des temps d’arrêt.
Puis la suite (Tn )n≥1 décroit car si Tn = (p + 1)2−n , c’est que
et Tn+1 = (2p + 1)2−n−1 (si (2p)2−n−1 ≤ T < (2p + 1)2−n−1 ) ou Tn+1 = (2p + 2)2−n−1 (si
(2p+1)2−n−1 ≤ T < (2p+2)2−n−1) , soit dans tous les cas Tn+1 ≤ Tn . On a donc Tn ↘ T . □
en utilisant que T ∧t est Ft -mesurable (Prop. 4.9-2). La seconde est mesurable par définition
de X progressif. Il en résulte que XT ∧t , et donc aussi XT ∧t 1{T ≤t} , est Ft -mesurable. La
Prop. 4.10 conclut pour 1)
2) Lorsque X∞ est définie et F∞ -mesurable, on écrit
avec
— XT 1{T <+∞} FT -mesurable par 1)
— XT 1{T =+∞} est aussi FT -mesurable d’après la Prop. 4.10 car XT 1{T =+∞} 1{T ≤t} = 0.
□
Remarque 4.13 Dans la Prop. 4.12, il est nécessaire (a priori) de considérer XT 1{T <+∞}
plutôt que XT tant que X∞ n’est pas définie.
72 Chapitre 4. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Une martingale est, en moyenne, constante, tandis qu’une sur-martingale est, en moyenne,
décroissante et une sous-martingale, en moyenne, croissante. Ainsi, on peut considérer
qu’une sur-martingale est une généralisation aléatoire d’une fonction décroissante tandis
qu’une sous-martingale est une généralisation d’une fonction croissante. Dans la suite, on
considère souvent des martingales à trajectoires continues à droite, d’après la Prop. 4.6
elles seront progressivement mesurables.
Proposition 4.15 Soit (Xt )t≥0 une martingale (resp. une sous-martingale) et soit φ : R →
R une fonction convexe (resp. convexe croissante). On suppose que φ(Xt ) ∈ L1 pour tout
t ≥ 0. Alors (φ(Xt ))t≥0 est une sous-martingale.
Si on suppose en plus que les trajectoires de X sont continues à droite alors en prenant D
dense contenant t, on a sups∈[0,t]∩D |Xs | = sups∈[0,t] |Xs | ce qui justifie qu’on peut prendre
sups∈[0,t] |Xs | dans (4.5) et on a alors montré :
Proposition 4.17 (Inégalité maximale de Doob) Soit (Xt )t≥0 une sous, sur-martingale ou
martingales dont les trajectoires sont continues à droite. Alors pour tout x, t > 0 :
E[|X |] + 2E[|X |]
0 t 3 sups∈[0,t] E[|Xs |]
P sup |Xs | ≥ x ≤ ≤ . (4.6)
s∈[0,t] x x
74 Chapitre 4. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Démonstration : Soit t ≥ 0 fixé. Pour toute partie finie {0 = t0 < t1 < t2 < · · · < tn = t}
de [0, t], on peut appliquer l’inégalité de Doob discrète (4.7) à la martingale discrète Yk =
Xtk∧n , k ≥ 0, par rapport à la filtration Ftk∧n , k ≥ 0.
En considérant une partie D dénombrable de R+ contenant t, on peut l’écrire comme limite
croissante de parties finies Dn = {0 ≤ t1 ≤ · · · ≤ tn } ∪ {t} et on a pour chaque Dn :
S
Comme Dn ↗ n≥1 Dn = D et sups∈[0,t]∩Dn |Xs | ↗ sups∈[0,t]∩D |Xs |, lorsque n → +∞, par
convergence monotone, on a
Nombre de montées
Si f est une fonction définie sur une partie T de R+ et si a < b, le nombre de montées de
f
f le long de [a, b], noté Ma,b (T ), est le supremum des entiers k tels que l’on puisse trouver
une suite croissante de T , s1 < t1 < s2 < t2 · · · < sk < tk , avec f (si ) < a, f (ti ) > b.
4.5. Régularisation de trajectoires 75
Proposition 4.19 (Inégalité sur les montées) Soit (Xt )t≥0 une sous-martingale. Si D est
un sous-ensemble dénombrable de R+ , on a pour tout a < b :
X 1
E (Xt − a)+ .
E Ma,b ([0, t] ∩ D) ≤ (4.12)
b−a
Démonstration : Pour toute partie finie {0 = t0 < t1 < t2 < · · · < tn = t} de [0, t], on peut
appliquer l’inégalité discrète (4.11) sur le nombre de montées à la sous-martingale discrète
Yk = Xtk∧n , k ≥ 0, par rapport à la filtration (Ftk∧n )k≥0 .
S
On écrit D = n≥1 Dn où Dn = {t1 , . . . , tn } ∪ {t}, n ≥ 1 forme une suite croissants de
parties finies contenant t. Pour chaque Dn , on a alors :
X 1
E (Xt − a)+ .
E Ma,b ([0, t] ∩ Dn ) ≤ (4.13)
b−a
S
Comme Dn ↗ n≥1 Dn = D lorsque n → +∞, on a
!
[
X X X
Ma,b ([0, t] ∩ Dn ) ↗ Ma,b [0, t] ∩ Dn = Ma,b ([0, t] ∩ D)
n≥1
(1) Soit (Yn )n∈N une sous, sur-martingale ou martingale bornée dans L1 . Alors Yn → Y∞
ps et Y∞ ∈ L1 .
(2) Une sur-martingale positive converge ps.
(3) Soit (Yn )n∈N sous-martingale. Alors (Yn )n∈N est uniformément intégrable si et seule-
ment si (Yn )n∈N converge ps et L1 .
(4) Si (Yn )n∈−N est une sous-martingale rétrograde (ie. indéxée par −N : Fn ⊂ Fn+1 et
Yn ≤ E[Yn+1 |Fn ] pour n ≤ 0) et telle que supn≤0 E[|Yn |] < +∞ alors la suite (Yn )n≤0 est
uniformément intégrable et converge ps et dans L1 quand T n → −∞ vers une variable
Z telle que Z ≤ E[Yn |F−∞ ], où par définition F−∞ := n≤0 Fn .
Proposition 4.22 (Limites à droite et à gauche) Soit (Xt )t≥0 une sous-martingale et D un
sous-ensemble dénombrable dense dans R+ . Alors pour presque tout ω ∈ Ω, l’application
s ∈ D 7→ Xs (ω) ∈ R admet en tout t ∈ R+ une limite à droite le long de D finie, notée
Xt+ (ω), et en tout point t ∈ R∗+ , une limite à gauche le long de D, notée Xt− (ω).
Démonstration : C’est une conséquence de l’inégalité maximale de Doob (4.6) et de celle sur
le nombre de montées (4.12). En effet, pour T > 0 fixé, on a d’abord, sups∈[0,T ]∩D |Xs | < +∞
ps car l’inégalité maximale de Doob (4.6) assure
lim P sup |Xs | ≥ x = 0.
x→+∞ s∈[0,T ]∩D
(D’abord pour tout a < b rationnels presque sûrement, puis presque sûrement pour tout
a < b presque sûrement.) Finalement, s 7→ Xs (ω) est bornée sur [0, T ] ∩ D et pour tous
a < b rationnels, ne fait qu’un nombre fini de montées le long de [a, b]. La Prop. 4.22 s’en
déduit puisque si, par exemple une fonction f : [0, T ] → R n’a pas de limite à droite finie
en t ∈]0, T ], on peut choisir a < b rationnels de sorte que
f
et on obtient que M[a,b] ([0, T ] ∩ D) = +∞, ie. f a un nombre infini de montées le long de
[a, b] sur [0, t] ∩ D. De même pour les limites à gauche. □
Corollaire 4.23 (sur le processus (Xt+ )t≥0 ) Soit (Xt )t≥0 une sous-martingale.
(1) Pour tout t ∈ R+ , on a Xt+ ∈ L1 (Ft+ ), ie. Xt+ est Ft+ -mesurable et Xt+ ∈ L1 .
4.5. Régularisation de trajectoires 77
(2) Pour tout t ∈ R+ , on a Xt ≤ E[Xt+ |Ft ] ps avec égalité si la fonction t 7→ E[Xt ] est
continue à droite (par exemple, si (Xt )t≥0 est une martingale).
(3) De plus, le processus (Xt+ )t≥0 est alors une sous-martingale par rapport à la filtration
(Ft+ )t≥0 et même une martingale si X en est une.
Démonstration : 1) Pour que Xt+ (ω) soit définie pour tout ω ∈ Ω et pas seulement sur
l’ensemble de probabilité 1 où la limite existe, on prend Xt+ (ω) = 0 sur l’ensemble Ft+ -
mesurable et de probabilité nulle où la limite en t le long de D n’existe pas.
La variable aléatoire Xt+ est Ft+ -mesurable : en effet, en fixant u > t, pour s ∈ [t, u], Xs est
alors Fu -mesurable et comme Xt+ = lims∈[t,u]↘t Xs est limite de telles variables aléatoire,
on a aussi que la Fu -mesurabilité deTXt+ . Comme cela est vrai pour tout u > t, Xt+ est
finalement mesurable par rapport à u>t Fu = Ft+ .
De cette façon, la variable aléatoire Xt+ (ω) est bien définie pour tout ω ∈ Ω et reste
Ft+ -mesurable (en supposant la filtration complète).
Pour l’intégrabilité, on choisit une suite (tn )n≥0 de D qui décroit vers t fixé. Par construc-
tion, on a Xt+ = limn→+∞ Xtn ps. Pour k ≤ 0, on pose Yk = Xt−k et Gk = Ft−k . Comme la
suite (tn )n≥0 décroit, on a t−k ≤ t−k−1 et :
— Gk = Ft−k ⊂ Ft−k−1 = Gk+1 : (Gk )k≤0 est bien une filtration indéxée par −N,
— (Yk )k≤0 est bien une (Gk )-sous-martingale rétrograde :
le résultat discret (cf. 4 ) de la Prop. 4.21) assure que la suite (Yk )k≤0 = (Xtn )n≥0 converge
dans L1 , dans ce cas nécessairement vers Xt+ . On a donc en particulier Xt+ ∈ L1 .
2) Grâce à la convergence L1 , on peut passer à la limite dans l’inégalité de sous-martingale
(pour tn > t) Xt ≤ E[Xtn |Ft ] et obtenir
L1
Toujours grâce à la convergence Xtn → Xt+ dans L1 , on a E[Xt+ ] = limn→+∞ E[Xtn ] et donc
si la fonction s 7→ E[Xs ] est continue à droite, on doit avoir E[Xt+ ] = E[Xt ]. L’inégalité
précédente (4.14) n’est alors possible que si Xt = E[Xt+ |Ft ] ps.
3) Par 1), le processus (Xt+ )t≥0 est (Ft+ )-adapté et intégrable. Il reste à établir la propriété
de sous-martingale pour (Xt+ )t≥0 :
Xs+ ≤ E Xt+ |Fs+ ∀s ≤ t. (4.15)
78 Chapitre 4. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Étant donnés s < t, on considère des suites (sn )n≥0 et (tn )n≥0 de D qui décroissent res-
pectivement vers s et t. Comme s < t, on peut supposer sn ≤ tn pour tout n ≥ 1. Alors
(Xsn )n≥1 converge vers Xs+ dans L1 , et donc, si A ∈ Fs+ ⊂ Ft+ ,
E[Xs+ 1A ] = lim E[Xsn 1A ] ≤ lim E[Xtn 1A ] = E[Xt+ 1A ] = E E[Xt+ |Fs+ ]1A (4.16)
n→+∞ n→+∞
Théorème 4.24 (Régularisation de martingale) On suppose que la filtration (Ft )t≥0 satis-
fait les conditions habituelles. Soit X = (Xt )t≥0 une sous, sur-martingale ou martingale
dont la fonction espérance t 7→ E[Xt ] est continue à droite. Alors le processus X admet
une modification qui est aussi une (Ft )-sous-martingale et dont les trajectoires sont càdlàg
(continues à droite avec des limites à gauche en tout point).
Démonstration : Il suffit de faire la preuve pour une sous-martingale. On fixe D un ensemble
dénombrable dense dans R+ et on applique la Prop. 4.22. D’après ce théorème, il existe
un ensemble N négligeable tel que pour ω ̸∈ N , l’application s ∈ R+ 7→ Xs (ω) admet des
limites le long de D à droite en tout t ≥ 0 et à gauche en tout t > 0. On pose alors
Xt+ (ω) si ω ̸∈ N
Yt =
0 si ω ∈ N.
Les trajectoires de Y sont continues à droite et avec des limites à gauche pour tout ω ∈ Ω :
si ω ∈ N , c’est immédiat, tandis que si ω ̸∈ N alors pour t ≥ 0 et ε > 0, on a
Yt+ = lim Yt+h = lim X(t+h)+ = lim lim Xt+h+δ = lim Xt+η = Xt+ = Yt
h↘0 h↘0 h↘0 δ↘0 η↘0
en posant η = h + δ ↘ 0 et
Yt− = lim Yt−h = lim X(t−h)+ = lim lim Xt−h+δ = lim Xt−η existe
h↘0 h↘0 h↘0 δ↘0 η↘0
car la limite itérée limh↘0 limδ↘0 revient à prendre limη↘0 avec η = h − δ ↘ 0 car δ ↘ 0
avant h ↘ 0.
On a alors
Xt = E Xt+ |Ft = E Xt+ |Ft+ = Xt+ = Yt ps
où la première égalité vient de 2) de la Prop. 4.22, la deuxième de Ft+ = Ft (par hy-
pothèse de conditions habituelles satisfaites par la filtration (Ft )t≥0 ) et la troisième de
Ft+ -mesurabilité de Xt+ (Corollaire 4.23-1). Ainsi le processus Y est une modification de
X. Comme la filtration (Ft )t≥0 est complète, Yt est Ft -mesurable (Prop. 4.2). Enfin, d’après
le Corollaire 4.23-3), le processus Y est une (Ft )-sous-martingale. □
4.6. Théorèmes de convergence 79
Théorème 4.25 (Convergence ps de martingales) Soit X = (Xt )t≥0 une sous, sur ou mar-
tingale bornée dans L1 et à trajectoires continues à droite. Alors il existe une variable
aléatoire X∞ ∈ L1 telle que
lim Xt = X∞ ps. (4.17)
t→+∞
Remarque 4.26 1) Une sous-martingale (Xt )t≥0 est bornée dans L1 si et seulement si
supt≥0 E[Xt+ ] < +∞. En effet, comme E[X0 ] ≥ E[Xt ], on a E[X0 ] + E[Xt− ] ≥ E[Xt+ ]. Il
vient
E[Xt+ ] ≤ E[|Xt |] = E[Xt+ ] + E[Xt− ] ≤ 2E[Xt+ ] − E[X0 ]
et donc
sup E[|Xt |] ≤ −E[X0 ] + 2 sup E[Xt+ ].
t≥0 t≥0
Démonstration : Quitte à changer X en −X, ce qui ne modifie pas les hypothèses à vérifier
dans le Th. 4.25, on peut se ramener au cas de X sous-martingale.
Soit D un sous-ensemble dénombrable dense de R+ . On déduit de l’inégalité du nombre
de montées pour une sous-martingale X (Prop. 4.19) que pour tous a < b, on a
X X
E Ma,b (D) = lim E Ma,b ([0, t] ∩ D) (convergence monotone)
t→+∞
E[(Xt − a)+ ]
≤ lim (inégalité (4.12) sur le nombre de montées)
t→+∞
b − a
supt≥0 E (Xt − a)+
≤ < +∞.
b−a
X X
On a donc Ma,b (D) < +∞ ps, pour tout rationnels a < b et aussi Ma,b (D) < +∞ pour
tout rationnels a < b ps. En raisonnant comme pour la preuve de la Prop. 4.21 (existence
de limites à droite et à gauche), on en déduit que X∞ := limt∈D→+∞ Xt existe ps : sinon, il
existerait a < b rationnels tels que lim inf t∈D→+∞ Xt < a < b < lim supt∈D→+∞ Xt , ce qui
exige un nombre infini de montées de a vers b le long de D.
80 Chapitre 4. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
De plus, le lemme de Fatou permet de voir que cette limite est dans L1 : d’abord, on a
h i h i
E |X∞ | = E lim |Xs | = E lim inf |Xs | ≤ lim inf E[|Xs |] ≤ sup E[|Xs |] < +∞.
s→+∞ s→+∞ s→+∞ s≥0
Attention : une martingale peut être fermée en tant que sous ou sur-martingale mais pas
en tant que martingale : considérer par exemple une martingale positive (non nulle), elle
est fermée par 0 en tant que sur-martingale pourtant elle n’est pas fermée en tant que
martingale puisque non nulle.
Dans le cadre discret une martingale (Yn )n≥0 est fermée (ie. il existe une variable aléatoire
Z telle que Yn = E[Z|Fn ]) si et seulement si elle est uniformément intégrable ou si et
seulement si Yn converge ps et dans L1 . On a une caractérisation analogue dans le cadre
continu :
Théorème 4.28 (Convergence ps et L1 des martingales) Soit X = (Xt )t≥0 une martin-
gale à trajectoires continues à droite. Alors il y a équivalence entre les assertions suivantes :
(1) X est fermée par une variable aléatoire Z ∈ L1 ;
(2) la famille (Xt )t≥0 est uniformément intégrable ;
(3) Xt converge ps et dans L1 vers X∞ .
De plus si la variable aléatoire Z dans 1) est F∞ -mesurable alors X∞ = Z.
Remarque 4.29
W que variable aléatoire, Z est F-mesurable et par définition F∞ =
S En tant
t≥0 Ft := σ t≥0 Ft . La F∞ -mesurabilité de Z n’est donc pas automatique.
Si (2) est vrai, alors en particulier la martingale (Xt )t≥0 est bornée dans L1 et le Th. 4.25
(convergence ps) entraı̂ne que Xt converge ps vers une variable aléatoire X∞ ∈ L1 . Comme
(Xt )t≥0 est uniforme intégrable, par le théorème de Vitali (convergence en proba et uniforme
intégrabilité impliquent convergence L1 ), la convergence est aussi L1 , ce qui donne (3).
4.7. Théorème d’arrêt 81
Enfin, si (3) est vérifié, on peut passer à la limite t → +∞ dans L1 dans l’égalité Xs =
E[Xt |Fs ] et on trouve Xs = E[X∞ |Fs ], et trouver que la martingale (Xt )t≥0 est fermée,
c’est à dire (1).
Pour la dernière partie, comme Xt = E[Z|Ft ] (la martingale est fermée par Z par (1)) et
Xt = E[X∞ |Ft ] par (3), on a E[Y |F
S t ] = 0 pour tout t ≥ 0,
en notant Y = Z − X∞ . On a
S tout A ∈ t≥0 Ft . Comme M = A ∈ F : E[Y 1A ] = 0 est une
donc E[Y 1A ] = 0 pour
classe monotone et t≥0 Ft est stable par intersection finie (π-système), le théorème des
S
classes monotones assure que F∞ = σ t≥0 Ft est inclus dans M.
Lorsque Z est F∞ -mesurable alors Y l’est aussi et on en déduit de E[Y 1A ] = 0 ∀A ∈ F∞
que Y = 0 ps (arguments usuels passant des indicatrices aux variables simples, puis posi-
tives et enfin de signe quelconque), ie. Z = X∞ ps. □
Le Th. 4.28 précédent concerne les martingales (fermées) ; pour les sous-martingales fer-
mées, on a seulement la convergence presque sûre :
Proposition 4.30 Soit X = (Xt )t≥0 une sous-martingale à trajectoires continues à droite.
Si X est fermée alors Xt converge ps vers X∞ .
Démonstration : On suppose (Xt )t≥0 fermée, en tant que sous martingale par Z : Xt ≤
E[Z|Ft ]. L’inégalité de Jensen (conditionnelle) appliquée à la sous-martingale X et à la
+
fonction convexe croissante x 7→ x+ ), assure Xt+ = E[Z|Ft ] ≤ E[Z + |Ft ] puis en prenant
l’espérance E[Xt+ ] ≤ E[Z + ]. Avec 1) dans la Remarque 4.26, le Th. 4.25 assure alors que
Xt converge presque sûrement vers une limite X∞ lorsque t → +∞.
□
Théorème 4.32 (Arrêt de Doob) Soit X = (Xt )t≥0 une sous-martingale à trajectoires conti-
nues à droite et S et T deux temps d’arrêt avec S ≤ T . Sous chacune des hypothèses
suivantes, on a XS et XT dans L1 et
XS ≤ E XT |FS .
(1) X est uniformément intégrable ; dans ce cas, elle converge ps vers une variable aléatoire
F-mesurable X∞ et par convention on pose XT = X∞ sur {T = +∞}.
(2) S et T sont (déterministiquement) bornés par K ∈ R+ .
On a des énoncés analogues pour les sur-martingales ou pour les martingales
avec
— Sous les mêmes conditions, pour X sur-martingale : XS ≥E XT |F S .
— Sous les mêmesconditions, pour X martingale : XS = E XT |FS , en particulier,
XS = E X∞ |FS .
D’après la Prop. 4.11, les variables aléatoires Tn , n ≥ 1, forment une suite de temps d’arrêt
qui décroı̂t vers T .
Pour n ≥ 1 fixé, les deux variables aléatoires Tn et Tn+1 sont deux temps d’arrêt pour la
filtration discrète (Ft )t∈Dn+1 car
La suite (Yk )k∈−N est donc une sous-martingale indexée par −N pour la filtration (Gk )k∈−N .
De plus, comme |x| = 2x+ − x, on a
sup E[|Yk |] = sup E[|XTn |] ≤ sup 2E[XT+n ] − E[XTn ]
k≤0 n≥0 n≥0
+
≤ 2E[X∞ ] − E[X0 ] < +∞ (4.19)
en utilisant
— E[XTn ] ≥ E[X0 ] par le théorème d’arrêt discret
— et E[XT+n ] ≤ E[X∞
+
] car X + sous-martingale convergeant ps et L1 vers X∞
+
.
La borne (4.19) assure qu’on peut utiliser Prop. 4.21-4 pour la convergence de la sous-
martingale discrète (Yk )k≤0 , et on a la convergence ps et L1 quand k → −∞ de (Y−k )k≤0 ,
c’est à dire de (XTn )n≥1 quand n → +∞. Comme Tn ↘ T , par continuité à droite, la limite
presque sûre est nécessairement XT , ce qui donne en particulier XT ∈ L1 car il y a aussi
convergence dans L1 .
Au temps d’arrêt S, on associe de même qu’en (4.18) la suite Sn ↘ S vérifiant aussi
Sn ≤ Tn (quitte à réindexer Sn ), et XSn converge vers XS ps et dans L1 . Puisque Sn ≤ Tn ,
le théorème d’arrêt discret donne XSn ≤ E[XTn |FSn ] ainsi, pour A ∈ FS ⊂ FSn , on a :
E XSn 1A ≤ E XTn 1A .
L1 L1
Comme XSn −→ XS et XTn −→ XT , quand n → +∞, en passant à la limite L1 quand
n → +∞, il vient
E X S 1A ≤ E XT 1A
pour tout A ∈ FS . Comme d’après la Prop. 4.12, XS est FS -mesurable, cette inégalité
assure alors que XS ≤ E[XT |FS ], ce qui conclut le 1). Soit a ≥ 0 tel que T ≤ a.
2) On suppose S ≤ T bornés par K ∈ R+ . On applique le cas 1) à la sous-martingale
X K = (Xt∧K )t≥0 qui est fermée par XK . Puis on remarque que XTK = XT ∧K = XT et
XSK = XS∧K = XS . □
Remarque 4.33 (Sur le mouvement brownien) Le théorème d’arrêt ne s’applique que pour
des (sous, sur-) martingales uniformément intégrables (fermées, Th. 4.32-1)) ou pour des
temps d’arrêt (déterministiquement) bornés (Th. 4.32-2)). Par exemple si B est un mou-
vement brownien, c’est bien une martingale (mais non uniformément intégrable sinon le
Th. 4.25 (convergence ps) exigerait la convergence ps Bt → B∞ ce qui est faux). Si pour
a > 0, on pose Ta = inf(t ≥ 0 : Bt = a) alors on a bien un temps d’arrêt mais il est
non (déterministiquement) borné, cf. (3.9) dans la Remarque 3.43. Le théorème d’arrêt
(Th. 4.32) ne s’applique effectivement pas dans ce cas puisque E[B0 ] = 0 ̸= E[BTa ] = a
malgré 0 ≤ Ta .
Définition 4.34 (Martingale arrêtée) Étant donné un temps d’arrêt T , on définit le pro-
cessus arrêté X T = (XtT )t≥0 par XtT := Xt∧T , c’est le processus qui vaut Xt tant que t ≤ T
puis qu’on arrête à sa valeur XT en T pour les dates ultérieures à T .
84 Chapitre 4. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Démonstration : Il suffit d’établir (4.20) : on aura alors une martingale fermée donc uni-
formément intégrable (Th. 4.28). Rappelons que XT ∈ L1 d’après le théorème d’arrêt
(Th. 4.32). Comme S := t ∧ T ≤ T , ce même théorème assure
Or si A ∈ Ft , on a
— A ∩ {T > t} ∈ Ft car A, {T > t} = {T ≤ t}c ∈ Ft ;
— puis A ∩ {T > t} ∈ FT car A ∩ {T > t} ∩ {T ≤ s} = ∅ ∈ Fs si s ≤ t et
A ∩ {T > t} ∩ {T ≤ s} ∈ Fs si t ≤ s car A, {T > t} = {T ≤ t}c ∈ Ft ⊂ Fs et
{T ≤ s} ∈ Fs .
Finalement, A ∩ {T > t} ∈ FT ∩ Ft = Ft∧T (Prop. 4.9-8)). On a aussi {T > t} ∈ Ft∧T =
Ft ∩ FT car
— {T > t} = {T ≤ t}c ∈ Ft
— et {T > t} ∈ FT car {T > t} = {T ≤ t}c et pour tout s ≥ 0 : {T ≤ t} ∩ {T ≤ s} =
{T ≤ t ∧ s} ∈ Ft∧s ⊂ Fs .
Pour tout A ∈ Ft , on a :
E[1A 1{T >t} XT ] = E E[1A 1{T >t} XT |Ft∧T ] = E 1A 1{T >t} E[XT |Ft∧T ]
= E 1A E[XT 1{T >t} |Ft∧T ] .
c’est à dire (4.23), et compte tenu de (4.22), cela termine la preuve du Corollaire 4.35. □
On a aussi
4.8. Processus de Poisson 85
Corollaire 4.36 (Martingale arrêtée) Soit X est une martingale à trajectoires continues et
T un temps d’arrêt. Alors X T = (Xt∧T )t≥0 définit bien une martingale appelée martingale
arrêtée. Elle est uniformément intégrable si X l’est ou si T est (déterministiquement)
borné.
Démonstration : Étant donné a > 0 quelconque, on considère Y = (Xt∧a )t≥0 . Il s’agit
d’une martingale fermée par Xa donc elle est uniformément intégrable (Th. 4.28). Par le
Corollaire 4.35, pour tout temps d’arrêt T , Y T = (Xt∧T ∧a )t≥0 est une martingale uniformé-
ment intégrable. Comme on peut prendre a > 0 aussi grand qu’on le désire, on récupère la
propriété de martingale directement pour X T = (Xt∧T )t≥0 : étant donnés s ≤ t, on prend
a > t ≥ s, et la propriété de martingale pour Y T = (Xt∧T ∧a )t≥0 , E[Xt∧T ∧a |Fs ] = Xs∧T ∧a ,
s’écrit E[Xt∧T |Fs ] = Xs∧T , c’est à dire : X T = (Xt∧T )t≥0 est bien une martingale. □
Définition 4.37 (Processus de Poisson) Soit λ > 0 et (Sn )n≥1 une suite de variables aléa-
toires indépendantes de même loi exponentielle E(λ). On pose Tn = S1 + · · · + Sn . On
définit alors le processus de comptage N = (Nt )t≥0 à valeurs dans N ∪ {+∞} par
X
Nt = 1{Tn ≤t} .
n≥1
Définition 4.38 On définit (FtN )t≥0 la filtration naturelle complétée du processus de Pois-
son.
Remarque 4.39 Le processus se réécrit aussi sous la forme Nt = sup n ≥ 0 : Tn ≤ t .
Réciproquement, on remarque que Tn = inf t ≥ 0 : Nt = n est un (FtN )-temps d’arrêt.
P
Comme pour t > s, on a Nt − Ns = n≥1 1{s<Tn ≤t} , N est un processus à accroisssements
indépendants et stationnaires (PAIS) et à trajectoires càdlàg. On montre qu’il vérifie alors
la propriété de Markov forte : soit T un (FtN )-temps d’arrêt fini presque sûrement ; on
note N ′ le processus défini pour s ≥ 0 par Ns′ = NT +s − NT . Alors le processus N ′ est
indépendant de FTN et a même loi que N .
— N (0) = 0 ;
— N est un processus à accroissements indépendants et stationnaires ;
— pour tout t ≥ 0, Nt suit la loi de Poisson P(λt).
Théorème 4.41 Soit N un processus de Poisson d’intensité λ. Alors les processus suivants
sont des martingales :
e = (Nt − λt, t ≥ 0) ;
1. le processus de Poisson compensé : N
2. (Nt − λt)2 − λt t≥0 .
Remarque 4.42 — On peut voir le processus de Poisson comme une mesure aléatoire
sur (R, B(R)) : la mesure de l’intervalle ]s, t] est N (]s, t]) = Nt − Ns .
— Le mouvement brownien et le processus de Poisson sont deux représentants d’une
classe plus vaste de processus dit de Lévy (processus càdlàg à accroissements indé-
pendants et stationnaires).
Chapitre 5
Proposition 5.1 Il y a une bijection entre les fonctions croissantes continues à droite g :
[0, T ] → R+ et les mesures ν positives finies sur [0, T ]. Elle est donnée par
De plus, g est continue si et seulement si la mesure ν est sans atome (ie. ν({t}) = 0 pour
tout t ∈ [0, T ]).
Démonstration : On commence par remarquer que la donnée de ν sur les intervalles ]s, t] en
(5.1) détermin uniquement la mesure ν sur B([0, T ]) par un argument de classe monotone.
De plus, par monotonie de la mesure µ, on observe que
87
88 Chapitre 5. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
T
— lims↘t µ([0, s]) = µ [0, s] = ν([0, t]) ;
Ss>t
— lims↗t µ([0, s]) = µ s>t [0, s] = ν([0, t[).
De ce fait, il découle de 5.1.1) que g est continue à droite (ie. lims↘t g(s) = g(t)) et de
5.1.1) que g admet des limites à gauche (ie. lims↘t g(s) = µ([0, t[))). De plus, si µ est sans
atome alors µ([0, t[) = µ([0, t]) et g est continue à gauche donc continue. □
Définition 5.3 (Mesure signée) Une mesure finie est dite signée si elle est différence de
deux mesures positives finies.
L’écriture d’une mesure µ signée sous la forme d’une différence de deux mesures positives
finies n’est pas unique, cependant il existe une seule décomposition canonique :
Proposition 5.4 (Décomposition canonique d’une mesure signée) Il existe une seule dé-
composition µ = µ+ − µ− minimale dans le sens où µ+ et µ− sont deux mesures positives
finies portées par des boréliens disjoints. Il s’agit de la décomposition canonique de µ.
Dans la suite, pour une fonction h à valeurs réelles, on note h+ = h ∨ 0 et h− = −(−h ∨ 0)
ses parties positive et négative.
Démonstration : Pour obtenir l’existence d’une telle décomposition, on considère une dé-
composition quelconque µ = µ1 − µ2 de µ, on pose ν = µ1 + µ2 . Comme µ1 ≪ ν et µ2 ≪ ν,
on écrit par le théorème de Radon-Nikodym :
Avec h := h1 − h2 on a
ce qui donne la décomposition µ = µ+ −µ− avec µ+ (dt) = h(t)+ ν(dt), µ− (dt) = h(t)− ν(dt).
Notons que les mesures µ+ et µ− sont bien à supports disjoints puisqu’elles sont portées
respectivement par D+ = {t ∈ [0, T ] : h(t) > 0} et D− = {t ∈ [0, T ] : h(t) < 0}. L’unicité
de la décomposition µ = µ+ − µ− vient du fait que l’on a nécessairement
µ+ (A) = sup µ(C) : C ⊂ A, C borélien .
Définition 5.5 (Mesure variation totale) Pour une mesure µ de décompisition canonique
µ = µ+ − µ− , on appelle variation totale de µ la mesure positive
|µ| = µ+ + µ− .
dµ
= 1D+ − 1D−
d|µ|
Définition 5.6 (Fonction à variation bornée) Soit T > 0. Une fonction continue F : [0, T ] →
R telle que F (0) = 0 est dite à variation bornée s’il existe une mesure signée µ telle que
F (t) = µ([0, t]) pour tout t ∈ [0, T ].
La mesure µ est alors déterminée de façon unique : l’expression µ(]s, t]) = F (t) − F (s) la
détermine uniquement sur la famille des intervalles ]s, t] puis, par un argument de classe
monotone, sur B([0, T ]). De plus, F étant continue, µ est sans atome.
Proposition 5.7 Une fonction F est à variation bornée si et seulement si F est différence
de deux fonctions croissantes continues nulles en 0.
Démonstration : Si F est à variation bornée, F (t) = µ([0, t]) et avec la décomposition ca-
nonique de µ de la Proposition 5.4, F est différence de deux fonctions croissantes continues
et nulles en 0 : F (t) = µ+ ([0, t]) − µ− ([0, t]) (si µ+ et µ− ont des atomes, ils doivent néces-
sairement coı̈ncider pour s’annuler (µ n’en ayant pas). Mais comme µ+ et µ− sont censés
avoir des supports disjoints, c’est que de tels atomes n’existent pas : µ+ et µ− sont bien
sans atome. Réciproquement, si F = F1 − F2 avec F1 , F2 fonctions croissantes continues et
nulles en 0 alors on associe µ1 et µ2 des mesures positives finies à F1 , F2 et F s’écrit alors
F (t) = µ([0, t]) pour la mesure signée µ = µ1 − µ2 . □
où le supremum porte sur toutes les subdivisions 0 = t0 < t1 < · · · < tp = t de [0, t].
90 Chapitre 5. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Pour l’autre inégalité (≤), on montre le résultat plus fort suivant : pour toute suite 0 =
tn0 < tn1 < · · · < tnpn = T de subdivisions emboı̂tées de [0, T ] de pas tendant vers 0, on a
pn
X
lim |F (tni ) − F (tni−1 )| = |µ|([0, T ]).
n→+∞
i=1
(Noter qu’on a bien Bn ⊂ Bn+1 car les subdivisions sont emboı̂tées). On pose alors
dµ
X(s) = (s) = 1D+ (s) − 1D− (s)
d|µ|
où D+ ⊔ D− est une partition de l’espace et on considère pour chaque n ≥ 0 :
Xn = E[X|Bn ].
Il s’agit d’une (Bn )n≥0 -martingale. Comme Xn est Bn -mesurable, Xn est constante sur
chaque intervalle ](i − 1)2−n T, i2−n T ] et vaut
R dµ |µ|(ds)
(s) (|µ|([0,T
E X1](i−1)2−n T,i2−n T ] ](i−1)2−n T,i2−n T ] d|µ| ])−1 )
αi = = |µ|(ds)
P ](i − 1)2−n T, i2−n T ]
R
](i−1)2−n T,i2−n T ] (|µ|([0,T ])−1 )
µ(](i − 1)2−n T, i2−n T ]) F (i2−n T ) − F ((i − 1)2−n T )
= = .
|µ|(](i − 1)2−n T, i2−n T ]) |µ|(](i − 1)2−n T, i2−n T ])
Par définition, la martingale discrète (Xn )n≥0 est fermée et comme X est mesurable par
rapport à B([0, T ]) = n≥0 Bn , (Xn )n≥0 converge ps et dans L1 vers X. En particulier, on
W
a:
lim E[|Xn |] = E[|X|] = 1,
n→+∞
5.1. Processus à variation bornée 91
On a aussi une écriture en terme d’intégrales par rapport à des mesures positives
Z t Z t Z t
f (s) dF (s) = +
f (s) dF (s) − f (s) dF − (s)
0 0 0
en écrivant
Z t Z Z t Z
−
+
f (s) dF (s) := +
f (s) µ (ds), f (s) dF (s) := f (s) µ− (ds).
0 [0,t] 0 [0,t]
(3) (Associativité) Si de plusR g est une fonction mesurable, intégrable par rapport à |f (s)|dF |(s)
t
alors en notant G(t) = 0 f (s) dF (s), on a
Z t Z t
g(s) dG(s) = g(s)f (s) dF (s).
0 0
(4) (Convergence dominée) Soit (fn )n≥1 une suite de fonction qui converge simplement
vers f avec |fn (t)| ≤ H(t) et H ∈ L1 (d|F |). Alors
Z T Z T
lim fn (s) dF (ds) = f (s) dF (s). (5.5)
n→+∞ 0 0
(5) (Approximation de Riemann) Si f : [0, T ] → R est une fonction bornée et si 0 = tn0 <
tn1 < · · · < tnpn = T est une suite de subdivisions de [0, T ] de pas tendant vers 0. Alors
on a : Z T pn
X
f (tni−1 ) F (tni ) − F (tni−1 ) .
f (s) dF (s) = lim
0 n→+∞
i=1
Démonstration : 1) On a facilement
Z t Z Z Z Z
−
f (s) dF (s) = +
f (s) µ (ds) − f (s) µ (ds) ≤ +
|f (s)| µ (ds) + |f (s)| µ− (ds)
0 [0,t] [0,t] [0,t] [0,t]
Z Z Z t
= |f (s)| (µ+ + µ− )(ds) = |f (s)| |µ|(ds) = |f (s)| |dF |(s).
[0,t] [0,t] 0
R·
2) On justifie que 0 f (s) dF (s) est à variation bornée en écrivant
Z t Z t Z t
+ + − −
f (s) dF (s) = f (s) dF (s) + f (s) dF (s)
0 0 0
Z t Z t
− + + −
− f (s) dF (s) + f (s) dF (s)
0 0
Rt Rt Rt Rt
où t 7→ 0 f + (s) dF + (s) + 0 f − (s) dF − (s) et t 7→ 0 f − (s) dF + (s) + 0 f + (s) dF − (s) sont
des fonctions croissantes. De plus, en notant Df± et DF± les supports de f ± et F ± , alors le
support de f + (t) dF + (t)+f − (t) dF − (t) est (Df+ ∩DF+ )∪(Df− ∩DF− ) et celui de f − (t) dF + (t)+
f + (t) dF − (t) est (Df+ ∩ DF− ) ∪ (Df− ∩ DF+ ). Comme
les mesures f + (t) dF + (t) + f − (t) dF − (t), et f − (t) dF + (t) + f + (t) dF − (t) sont de supports
disjoints, ce qui assure que (5.4) est la décomposition canonique de sa mesure signée associée
f (s)µ(ds).
3) En utilisant la décomposition canonique de G du 2), on a
Z t Z t Z t
g(s) dG(s) = +
g(s) dG (s) − g(s)dG− (s)
0 0 0
Z t Z t
− −
+ +
g(s) f − (s) dF + (s) + f + (s) dF − (s)
= g(s) f (s) dF (s) + f (s) dF (s) −
Z0 t Z t 0
4) Le théorème de convergence dominée pour les intégrales (de Lebesgue) par rapport à
µ± donne
Z Z
+
fn (s) µ (ds) −→ f (s) µ+ (ds)
[0,T ] [0,T ]
Z Z
fn (s) µ− (ds) −→ f (s) µ− (ds)
[0,T ] [0,T ]
Remarque 5.15 Quand on intègre contre un processus à variation bornée, on définit une
intégrale trajectorielle : l’intégrale se définit ω par ω (ie. trajectoire par trajectoire).
Enfin, on passe au cas général en écrivant h fonction B([0, t]) ⊗ Ft -mesurable, |dAs |(ω)-
intégrable, comme limite simple d’une suite de fonctions étagées hn telles que pour tout n
on ait |hn | ≤ |h|. Par convergence dominée pour l’intégrale de Stieltjes (Prop. 5.10-4)), on
a Z t Z t
n→+∞
hn (s, ω) dAs (ω) −−−−→ h(s, ω) dAs (ω).
0 0
Rt
Comme le cas précédent assure que 0 hn (s, ω) dAs (ω) est Ft -mesurable et que la Ft -
mesurabilité se conserve en passant à la limite, on obtient la Prop. 5.14. □
Remarque 5.16 — Souvent, on sera dans la situation où l’hypothèse plus faible sui-
vante est satisfaite :
Z t
ps ∀t ≥ 0, |Hs | |dAs | < +∞.
0
K · (H · A) = (KH) · A.
Un cas particulier important est celui où At = t : soit H = (Ht )t≥0 un processus progressif
tel que Z t
ps ∀t ≥ 0 |Hs | ds < +∞,
0
R·
le processus 0
Hs ds est un processus à variation bornée.
Définition 5.17 (Martingale locale) Un processus M = (Mt )t≥0 est appelé une martingale
locale (à trajectoires continues) s’il s’écrit Mt = M0 + Nt où
— M0 est une variable aléatoire F0 -mesurable et
— (Nt )t≥0 est un processus adapté à trajectoires continues avec N0 = 0 et tel qu’il
existe une suite croissante (Tn )n≥0 de temps d’arrêt avec Tn ↗ +∞ et pour tout
n ∈ N le processus arrêté N Tn est une martingale uniformément intégrable.
96 Chapitre 5. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Remarque 5.18 On n’impose pas dans la définition d’une martingale locale que les va-
riables Mt soient dans L1 (c’est une différence essentielle avec les martingales). En par-
ticulier, d’après la définition précédente, M0 peut être n’importe quelle variable aléatoire
F0 -mesurable.
Dans les propriétés qui suivent, la plupart des justifications viennent des propriétés des
martingales arrêtées énoncées dans le Corollaire 4.36.
Exemple 5.19 Une martingale à trajectoires continues est une martingale locale (et la suite
Tn = n réduit M ).
En effet, cela suit par exemple du Corollaire 4.36 et de ses conséquences avec les temps
d’arrêt Tn = n ↗ +∞, plus simplement, en écrivant M = M0 + N il est immédiat que
pour s < t :
Ns∧n = E Nt∧n |Fs
et (Nt∧n )t≥0 est fermée par Nn donc est uniformément intégrable.
Proposition 5.20 Dans la définition d’une martingale locale (issue de 0), on peut remplacer
′′
martingale uniformément intégrable′′ par ′′ martingale′′ (en effet, on peut ensuite remplacer
Tn par Tn ∧ n pour récupérer l’uniforme intégrabilité).
Proposition 5.21 Si M est une martingale locale, pour tout temps d’arrêt T , alors M T est
encore une martingale locale.
Proposition 5.22 Si (Tn )n≥0 réduit une martingale locale M et si (Sn )n≥0 est une suite de
temps d’arrêt telle que Sn → +∞, alors la suite (Tn ∧ Sn )n≥0 réduit encore M .
Démonstration : Si M, N sont des martingales locales réduites respectivement par (Tn )n≥0
et (Sn )n≥0 alors d’après la Prop. 5.22, elles le sont encore toutes les deux par (Tn ∧ Sn )n≥0 .
Mais alors (M + N )Tn ∧Sn = N Tn ∧Sn + N Tn ∧Sn est une martingale, comme somme de mar-
tingales. □
Proposition 5.24 Une martingale locale positive M telle que M0 ∈ L1 est une sur-martingale.
D’après le Théorème 4.25 (convergence ps des sur-martingales) et la Remarque 4.26 qui le
suit, une martingale locale positive converge donc presque sûrement.
Démonstration : Écrivons Mt = M0 + Nt et soit (Tn )n≥0 une suite de temps d’arrêt qui
réduit N . Alors, si s ≤ t, on a pour tout n ≥ 0,
Ns∧Tn = E Nt∧Tn |Fs .
En ajoutant des deux côtés la variable aléatoire M0 (qui est F0 -mesurable et dans L1 ), on
trouve
Ms∧Tn = E Mt∧Tn |Fs . (5.6)
Puisque M est positive, on peut appliquer le lemme de Fatou pour les espérances condi-
tionnelles en faisant n → +∞. Comme Tn ↗ +∞ ps, on a alors
Ms = lim Ms∧Tn = lim inf Ms∧Tn = lim inf E Mt∧Tn |Fs
n→+∞ n→+∞ n→+∞
h i
≥ E lim inf Mt∧Tn |Fs = E Mt |Fs .
n→+∞
Proposition 5.25 Soit M une martingale locale. S’il existe une variable Z ∈ L1 telle que,
pour tout t ≥ 0, |Mt | ≤ Z, alors M est une martingale. En particulier, une martingale
locale bornée est une martingale.
Démonstration : Si M est dominée par une variable aléatoire Z intégrable, on obtient
comme pour la Prop. 5.24 pour s ≤ t :
Ms∧Tn = E Mt∧Tn |Fs .
Comme par convergence dominée la suite Mt∧Tn converge dans L1 vers Mt , on peut passer
à la limite n → +∞ pour trouver
h i
Ms = lim Ms∧Tn = lim E Mt∧Tn |Fs = E lim Mt∧Tn |Fs = E Mt |Fs .
n→+∞ n→+∞ n→+∞
□
98 Chapitre 5. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Remarque 5.26 Attention, il n’est donc pas facile d’affaiblir les conditions de le Prop. 5.25 :
si M est une martingale locale uniformément intégrable, en général M n’est pas une mar-
tingale (cf. le contre-exemple 2.13 p. 182 dans [RY] ). Par contre si on a une condition
d’uniforme intégrabilité pour tous les temps d’arrêt, on a un résultat positif :
Proposition 5.27 Soit M une martingale locale telle que la famille {MT : T temps d’arrêt}
est uniformément intégrable. Alors M est une vraie martingale uniformément intégrable.
L1 L1
MTn ∧t −→ Mt , et MTn ∧s −→ Ms , n → +∞,
et on peut passer à la limite dans (5.7), ce qui donne E[1A Mt ] = E[1A Ms ] pour tout s ≤ t
et A ∈ Fs . On a donc la propriété de martingale pour M . L’uniforme intégrabilité découle
de l’hypothèse. □
Proposition 5.28 Soit M une martingale locale à trajectoires continues avec M0 = 0. Alors
M est réduite par la suite de temps d’arrêt Tn = inf t ≥ 0 : |Mt | = n .
Démonstration : Comme M Tn est une martingale locale bornée, c’est aussi une martingale
uniformément intégrable par la Prop. 5.25. De plus M est à trajectoires continues, on a bien
Tn ↗ +∞. En effet, soit A > 0, comme M est à trajectoires continues, {Mt : t ∈ [0, A]}
est compact donc borné par R(A) < +∞. On a alors pour tout n ≥ R(A), Tn ≥ A, ie.
Tn ↗ +∞. □
E (Mt −Ms )2 |Fs = E (Mt2 −2Mt Ms +Ms2 ) |Fs = E Mt2 |Fs −2E Mt Ms |Fs +E Ms2 |Fs .
ce qui conclut. □
Le résultat suivant montre qu’une martingale locale à trajectoires continues qui n’est pas
triviale est à variation non bornée. L’ensemble des martingales locales est donc un ensemble
vraiment différent de celui des processus à variation bornée.
Théorème 5.30 Soit M une martingale locale (à trajectoires continues) issue de 0. Alors
si M est un processus à variation bornée, M est indistinguable de 0.
Les temps τn sontR des temps d’arrêt d’après l’Exemple 3.35 (pour cela, il faut remarquer
t
que le processus 0 |dMs | est adapté et à trajectoires continues, ce qui se voit par l’ap-
proximation donnée par Prop. 5.10-5). Fixons n ≥ 1 et posons N = M τn . Alors N est une
martingale locale telle que
Z +∞ Z τn
|dNs | = |dMs | ≤ n,
0 0
en utilisant la Prop. 5.8. On applique l’inégalité précédente à une suite 0 = tk0 < tk1 <
· · · < tkpk = t de subdivisions de [0, t] de pas tendant vers 0. En utilisant la continuité des
trajectoires, et le fait que N est bornée par n (fixé dans cette partie de l’argument), on a
par convergence dominée :
lim E sup Ntki − Ntki−1 = 0.
k→+∞ 1≤i≤pk
2
On conclut alors que E[Nt2 ] = 0 c’est à dire E[Mt∧τ n
] = 0. En faisant ensuite tendre
n → +∞, comme τn → +∞, on obtient par le lemme de Fatou :
2 2 2
2
E Mt = E lim Mt∧τn = E lim inf Mt∧τn ≤ lim inf E Mt∧τ n
= 0.
n→+∞ n→+∞ n→+∞
Lemme 5.33 Pour chaque n ≥ 1 le processus X (n) est une martingale à trajectoires conti-
nues.
Démonstration : Le processus X est adapté et à trajectoires continues car la martingale
M l’est, il est intégrable car M est bornée. Pour la propriété de martingale, pour s ≤ r,
on a
E Xr(n) |Fs
pn
X
= E Mtni−1 (Mtni ∧r − Mtni−1 ∧r ) |Fs
i=1
X
= E Mtni−1 (Mtni ∧r − Mtni−1 ∧r ) |Fs
i:tn
i−1 ≤r
X X
= E Mtni−1 (Mtni ∧r − Mtni−1 ∧r ) |Fs + E Mtni−1 (Mtni ∧r − Mtni−1 ∧r ) |Fs
i:s≤tn
i−1 ≤r i:tn
i−1 ≤s≤r
X X
= E Mtni−1 E (Mtni ∧r − Mtni−1 ∧r ) |Ftni−1 ]|Fs + Mtni−1 E (Mtni ∧r − Mtni−1 ∧r ) |Fs
i:s≤tn
i−1 ≤r i:tn
i−1 ≤s≤r
X X
= E Mtni−1 (Mtni−1 − Mtni−1 ) |Fs + Mtni−1 (Mtni ∧s − Mtni−1 ∧s )
i:s≤tn ≤r i:t n ≤s≤r
| {z }
i−1 i−1
=0
X
= Mtni−1 (Mtni ∧s − Mtni−1 ∧s ) = Xs(n) .
i:tn
i−1 ≤s
102 Chapitre 5. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
□
On a ensuite :
(n)
Lemme 5.34 Les variables aléatoires Xt , n ≥ 1, vérifient la propriété de Cauchy dans
L2 : (n) (m)
lim E (Xt − Xt )2 = 0.
n,m→+∞
Démonstration : On commence par observer que, puisque les subdivisions sont emboı̂tées,
on peut écrire lorsque n ≤ m :
pn pn
X X X
Mtni−1 (Mtni − Mtni−1 ) = Mtni−1 (Mtm
j
− Mtm
j−1
),
i=1 i=1 tm n m
j ∈]ti−1 ,ti ]
pm pn
X X X
Mtm
j−1
(Mtm
j
− Mtm
j−1
) = Mtm
j−1
(Mtm
j
− Mtm
j−1
).
j=1 i=1 tm n m
j ∈]ti−1 ,ti ]
Avec des calculs (fastidieux. . . ) qui utilisent la propriété de martingale sous la forme du
Lemme 5.29, pour n ≤ m on a :
(n) (m)
E (Xt − Xt )2
!2
pn pm
X X
= E Mtni−1 (Mtni − Mtni−1 ) − Mtmj−1
(Mtm
j
− Mtm j−1
)
i=1 j=1
2
pn pn
X X X X
= E Mtni−1 (Mtm
j
− Mtm
j−1
)− Mtm
j−1
(Mtm
j
− Mtm
j−1
)
i=1 tm n m
j ∈]ti−1 ,ti ]
i=1 tm n m
j ∈]ti−1 ,ti ]
car la propriété de martingale annule les termes croisés du carré de la somme : en effet
pour i1 < i2
X X
E (Mtni −1 − Mtm
j −1
)(Mtm
j
− Mtm
j −1
) (Mtni −1 − Mtmj −1
)(Mtm
j
− Mtm
j −1
)
1 1 1 1 2 2 2 2
tm n n
j ∈]ti −1 ,ti ] tm n n
j ∈]ti −1 ,ti ]
1 1 1 2 2 2
X
= E E (Mtni −1 − Mtm
j −1
)(Mtm
j
− Mtm
j −1
)
1 1 1 1
tm n n
j ∈]ti −1 ,ti ]
1 1 1
5.3. Variation quadratique d’une martingale locale 103
X
(Mtni −1 − Mtm
j −1
)(Mtm
j
− Mtm
j −1
) Ftni
2 2 2 2 1
tm n n
j ∈]ti −1 ,ti ]
2 2 2
X
= E (Mtni −1 − Mtm
j −1
)(Mtm
j
− Mtm
j −1
)
1 1 1 1
tm n n
j ∈]ti −1 ,ti ]
1 1 1
X
E (Mtni −1 − Mtm
j −1
)(Mtm
j
− Mtm
j −1
) Ftni
2 2 2 2 1
tm n n
j ∈]ti −1 ,ti ]
2 2 2
X
= E (Mtni −1 − Mtm
j −1
)(Mtm
j
− Mtm
j −1
)
1 1 1 1
tm n n
j ∈]ti −1 ,ti ]
1 1 1
X h i
E E (Mtni −1 − Mtm
j −1
)(Mtm
j
− Mtm
j −1
) Ftm
j −1
Ftni
2 2 2 2 2 1
tm n n
j ∈]ti −1 ,ti ]
2 2 2
X
= E (Mtni −1 − Mtm
j −1
)(Mtm
j
− Mtm
j −1
)
1 1 1 1
tm n n
j1 ∈]ti1 −1 ,ti1 ]
X h i
(Mtni −1 − Mtm ) E (Mtm − Mtm ) Ftm Ftni
E j2 −1 j2 j2 −1 j2 −1
2 1
tm n n
j2 ∈]ti2 −1 ,ti2 ]
| {z }
=0
car pour tm n n n m
j2 ∈]ti2 −1 , ti2 ], on a ti2 −1 ≤ tj2 −1 et (Mtn
i2 −1
− Mtm
j2 −1
) est Ftmj2 −1
-mesurable. On a
donc
2
pn
(n) (m)
X X
E (Xt − Xt )2 =
E (Mtni−1 − Mtm j−1
)(Mtmj
− Mtm j−1
)
i=1 tm n n
j ∈]ti−1 ,ti ]
pn h i
X X
2 2
= E (M tn
i−1
−M tm
j−1
) (M tm
j
−M tm
j−1
) (5.10)
i=1 tm n n
j ∈]ti−1 ,ti ]
car à nouveau la propriété de martingale annule les termes croisés du carré de la somme :
pour j1 < j2 avec tm m n n
j1 , tj2 ∈]ti−1 ti ], on a
h i
E (Mtni−1 − Mtm j1 −1
)(M m
tj − M m
tj −1 )(M n
ti−1 − M m
tj −1 )(M m
tj − M m
tj −1 )
1 1 2 2 2
h h ii
= E E (Mtni−1 − Mtm j1 −1
)(Mtm j1
− Mtm j1 −1
)(Mtni−1 − Mtm j2 −1
)(Mtm j2
− Mtmj2 −1
) Ftm
j2 −1
h i
= E (Mtni−1 − Mtm )(Mtm − Mtm )(Mtni−1 − Mtm ) E (Mtm − Mtm ) Ftm
j1 −1 j1 j1 −1 j2 −1 j2 j2 −1 j2 −1
| {z }
=0
104 Chapitre 5. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
= 0.
car tni−1 , tm m m
j1 −1 , tj1 ≤ tj2 −1 . Et donc à partir de (5.10), on a
(n) (m)
E (Xt − Xt )2
pn
X X
≤ sup (Mtni−1 − Mtm )2 (Mtm − Mtm )2
E j−1 j j−1
i=1 tm n n tm n n
j ∈]ti−1 ,ti ]
j ∈]ti−1 ,ti ]
1≤i≤pn
pm
!
X
2
= E sup (Mtni−1 − Mtm ) (Mtm − Mtm )2
j−1 j j−1
tm n n
j ∈]ti−1 ,ti ] j=1
1≤i≤pn
1/2
pm
!2 1/2
X
≤ E sup (Mtni−1 − Mtm )4 (Mtm − Mtm )2 (5.11)
j−1
E j j−1
tm n n
j ∈]ti−1 ,ti ] j=1
1≤i≤pn
(par l’inégalité de Cauchy-Schwarz)
Comme M est à trajectoires continues, donc uniformément continues sur [0, t], on a
Pour conclure il suffit de montrer qu’il existe une constante C telle que
!2
pm
X
E (Mtmj
− Mtmj−1
)2 ≤ C. (5.13)
j=1
Pour voir (5.13) (avec C = 8K 4 ), on développe les carrés en utilisant le Lemme 5.29 :
!2
pm
X
E (Mtmj
− Mtm j−1
)2
j=1
"p #
m
X X
= E (Mtm
j
− Mtm
j−1
)4 + 2 (Mtm
j
− Mtm
j −1
)2 (Mtm
j
− Mtm
j −1
)2
1 1 2 2
j=1 1≤j1 <j2 ≤pm
"p #
m h h ii
X X
≤ (2K)2 E (Mtm
j
− Mtm
j−1
)2 + 2 E E (Mtm
j
− Mtm
j −1
)2
(Mtm − Mtm
j j −1
)2
|F tm
j
1 1 2 2 1
j=1 1≤j1 <j2 ≤pm
pm h i h h ii
X X
2 2 2 2
≤ (2K) E (Mtm
j
− M m
tj−1 ) +2 E (Mtm
j
− M m
tj −1 ) E (M m
tj − M m
tj −1 ) |F m
tj
1 1 2 2 1
j=1 1≤j1 <j2 ≤pm
On estime les deux termes en utilisant le Lemme 5.29 : pour le premier terme, on a
pm h i pm h i
X X
2 2 2
2 2 2
E (M tm
j
−M tm
j−1
) = E Mtm
j
− Mtm
j−1
= E Mtm ] − E Mt
pm 0
= E Mt ] ≤ K 2 .
j=1 j=1
Puis h i h i
2 2 2
E (Mtm
j
− M m
tj −1 ) |F m
tj = E M m
tj − M m
tj −1 |F m
tj
2 2 1 2 2 1
si bien que
X h h ii
2 2
E (Mtj − Mtj −1 ) E (Mtj − Mtj −1 ) |Ftj
m m m m m
1 1 2 2 1
1≤j1 <j2 ≤pm
pm pm
" #
X X h i
= E (Mtm
j
− Mtm
j −1
)2 E Mt2m
j
− Mt2m
j −1
Ftm
j
1 1 2 2 1
j1 =1 j2 =j1 +1
pm h h ii
X
2 2 2
= E (Mtm
j
− M m
tj −1 ) E Mt − M m
tj F m
tj
1 1 1 1
j1 =1
pm h i pm h i
X X
2 2 2 2 2
≤ E (Mtm
j
− Mtm
j −1
) (2K ) = (2K ) E M m
tj − M m
tj −1
1 1 1 1
j1 =1 j1 =1
Finalement,
pm
!2
X
E (Mtm
j
− Mtm
j−1
)2 ≤ 8K 4 .
j=1
□
106 Chapitre 5. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
En combinant le Lemme 5.33, l’inégalité de moment de Doob (Prop. 4.18 avec p = q = 2),
on obtient : h i
(n) (m) 2
lim E sup Xs − Xs = 0. (5.14)
n,m→+∞ s≤t
(n )
Presque sûrement, la suite de fonction Xs k s∈[0,t] , k ≥ 1, converge donc uniformément
sur [0, t] vers une limite qu’on note (Ys )s∈[0,t] . Sur l’ensemble négligeable où il n’y a pas la
convergence, on impose Ys ≡ 0. Le processus limite (Ys )s∈[0,t] ainsi construit a alors des
trajectoires continues.
(n)
Comme d’après le Lemme 5.33 pour chaque s ∈ [0, t], (Xs )n≥1 est une suite de Cauchy
(n) L2
dans L2 , on a aussi la convergence Xs −→ Ys quand n → +∞. En passant à la limite L2
dans l’égalité de martingale pour X (n) aux dates s et r,
(n) Pj Pj 2
En effet Xtnj = Mtn Mtn − Mtn = Mtn Mtn − M n et donc
i=1 i−1 i i−1 i=1 i−1 i ti−1
j j
(n)
X X
Mt2nj − 2Xtnj = Mt2nj +2 Mt2ni−1 −2 Mtni−1 Mtni
i=1 i=1
5.3. Variation quadratique d’une martingale locale 107
j j j
X X X
= Mt2ni + Mt2ni−1 −2 Mtni−1 Mtni
i=1 i=1 i=1
(en reindexant la somme et avec Mtn0 = M0 = 0)
j
X
Mt2ni + Mt2ni−1 − 2Mtni−1 Mtni
=
i=1
j
X 2
= Mtni − Mtni−1 .
i=1
On remarque que (M0 Nt )t≥0 est une martingale locale. En effet, en notant (Tn )n≥1 la suite
de temps d’arrêt qui réduit la martingale locale N et Sn = inf n ≥ 0 : |M0 Nt | ≥ n , alors
Sn est un temps d’arrêt ((M0 Nt )t≥0 est adaptée) et Sn ↗ +∞ (continuité de t 7→ M0 Nt ,
Tn ∧Sn
comme en Prop. 5.28). Comme M0 Nt t≥0 est bornée et vérifie la propriété de martingale,
(M0 Nt )t≥0 est bien une martingale locale réduite par la suite de temps d’arrêt Tn ∧Sn , n ≥ 1.
Ainsi pour montrer que Mt2 − At = (M02 + 2M0 Nt ) + Nt2 − At , t ≥ 0, est une martingale
locale, il suffit de le faire pour (Nt2 − At )t≥0 , et sans perte de généralité, on suppose donc
que M0 = 0 et on pose alors
Tn = inf t ≥ 0 : |Mt | ≥ n ,
et on applique le résultat déjà prouvé dans le cas borné aux martingales bornées M Tn .
Notons A(n) = ⟨M Tn , M Tn ⟩ le processus associé à M Tn . D’après l’unicité, les processus
(n+1) (n)
At∧Tn et At sont indistinguables. On en déduit qu’il existe un processus croissant A tel
(n)
que, pour tout n ≥ 1, At∧Tn et At sont indistinguables. De plus, par construction du cas
2
borné, Mt∧Tn
− At∧Tn = (Mt2 − At )Tn est une martingale, c’est à dire Mt2 − At est une
martingale locale puisque Tn ↗ +∞.
On prend alors ⟨M, M ⟩t = At et cela termine la preuve de la partie existence.
(même avec convergence dans L2 plutôt qu’en probabilité). On conclut en observant que,
pour tout t > 0, on a P(t ≤ Tp ) → 1, quand p → +∞, ce qui affaiblit la convergence L2 en
une convergence en probabilité : soit ε > 0, posons
pn
( )
X
An (ε) = ⟨M, M ⟩t − (Mtni − Mtni−1 )2 ≥ ε
i=1
alors P An (ε) = P An (ε), t ≤ Tp + P An (ε), Tp < t avec P An (ε), Tp < t ≤ P(Tp <
t) ≤ ε pour p assez grand et
pn
( )
X T Tp 2
An (ε) ∩ {t ≤ Tp } = ⟨M, M ⟩t∧Tp − (Mtnip − Mtni−1 ) ≥ε ∩ {t ≤ Tp }.
i=1
5.3. Variation quadratique d’une martingale locale 109
Il vient
pn
!
X T
(Mtnip − MtTpn )2 ≥ ε
lim P An (ε) ≤ P(Tp < t) + lim P ⟨M, M ⟩t∧Tp − ≤ ε.
n→+∞ n→+∞ i−1
i=1
(5.17)
Ppn 2
Comme ε > 0 est quelconque, on a P- limn→+∞ i=1 M −M
tn
i tn
i−1
= ⟨M, M ⟩t . □
⟨M T , M T ⟩t = ⟨M, M ⟩Tt .
est une martingale locale comme martingale locale arrêtée. Par conséquent le crochet ar-
rêté ⟨M, M ⟩T vérifie la propriété/définition de ⟨M T , M T ⟩ du Théorème 5.31. Par unicité
du crochet, on doit avoir ⟨M T , M T ⟩ = ⟨M, M ⟩T à indistinguabilité près. □
Le théorème suivant montre comment les propriétés d’une martingale locale M sont liées à
celles de sa variation quadratique ⟨M, M ⟩. Ainsi, les intervalles sur lesquels M est constante
sont exactement ceux sur lesquels ⟨M, M ⟩ est constant. Si A est un processus croissant, on
note A∞ la limite croissante de At quand t → +∞.
Théorème 5.36 (Crochet d’une martingale L2 ) Soit M une martingale locale à trajectoires
continues avec M0 = 0.
(1) Il y a équivalence entre :
(a) M est une (vraie) martingale bornée dans L2 (ie. supt≥0 E Mt2 < +∞).
(b) E ⟨M, M ⟩∞ < +∞.
Sous ces conditions, M 2 − ⟨M, M ⟩ est une martingale uniformément intégrable.
(2) Il y a aussi équivalence entre :
(a) M est une (vraie) martingale L2 (ie. E Mt2 < +∞ pour tout t ≥ 0).
(b) E ⟨M, M ⟩t < +∞ pour tout t ≥ 0.
Sous ces conditions, M 2 − ⟨M, M ⟩ est une (vraie) martingale.
Remarque 5.37 Dans la partie 1) de l’énoncé, il est essentiel de supposer que M est une
martingale, et pas seulement une martingale locale car on utilise l’inégalité de moment de
Doob et elle n’est pas valable pour une martingale locale.
110 Chapitre 5. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Démonstration : 1a) ⇒ 1b) On suppose que M est une martingale à trajectoires conti-
nues, bornée dans L2 . L’inégalité de Doob (Proposition 4.18 avec p = q = 2) assure
h i
E sup Mt ≤ 4 sup E Mt2 < +∞.
2
t≥0 t≥0
En particulier, M est une martingale uniformément intégrable qui converge (ps et, par
convergence dominée, dans L2 ) vers une limite M∞ ∈ L2 quand t → +∞. Pour tout entier
n ≥ 1, on pose
Sn = inf t ≥ 0 : ⟨M, M ⟩t ≥ n .
Alors Sn est un temps d’arrêt et ⟨M, M ⟩t∧Sn ≤ n. On en déduit que la martingale locale
2
Mt∧S n
− ⟨M, M ⟩t∧Sn est dominée par la variable intégrable n + supt≥0 Mt2 . D’après la Pro-
position 5.25, cette martingale locale est donc une vraie martingale. Comme elle est nulle
en 0, la propriété de martingale assure
2 2
E Mt∧S n
− ⟨M, M ⟩t∧Sn = E M0∧Sn − ⟨M, M ⟩0∧Sn = 0,
soit 2
E ⟨M, M ⟩t∧Sn = E Mt∧Sn
.
En faisant tendre t → +∞ (avec le théorème de convergence monotone pour le terme de
gauche, le théorème de convergence dominée pour celui de droite), on trouve
Puis comme Sn ↗ +∞, en faisant tendre n → +∞, on trouve de la même façon (conver-
gences monotone et dominée)
2
E ⟨M, M ⟩∞ = E M∞ < +∞.
1b) ⇒ 1a) On suppose maintenant E ⟨M, M ⟩∞ < +∞. Avec Tn = inf t ≥ 0 : |Mt | ≥ n ,
M Tn est bornée donc c’est une vraie martingale bornée. De plus, la martingale locale
2
Mt∧T n
− ⟨M, M ⟩Tt n est aussi une vraie martingale uniformément intégrable, car elle est
dominée par la variable aléatoire intégrable n2 + ⟨M, M ⟩∞ (cf. encore Prop. 5.25)).
Soit S un temps d’arrêt fini ps. D’après le théorème d’arrêt (Th. 4.32) appliqué à la mar-
2
tingale uniformément intégrable (Mt∧T n
− ⟨M, M ⟩Tt n )t≥0 avec S ≥ 0, on a
2
E MS∧T n
= E ⟨M, M ⟩S∧Tn .
La famille {MS : S temps d’arrêt fini} est donc bornée dans L2 et par conséquent unifor-
mément intégrable.
5.3. Variation quadratique d’une martingale locale 111
Proposition 5.38 Soit M une martingale locale à trajectoires continues telle que M0 = 0.
Alors on a ⟨M, M ⟩t = 0 ps pour tout t ≥ 0 si et seulement si M est indistinguable de 0.
Remarque 5.40 En utilisant deux fois 4), on a pour deux temps d’arrêt S, T :
⟨M T , N S ⟩ = ⟨M, N ⟩S∧T .
5.3. Variation quadratique d’une martingale locale 113
Définition 5.43 Un (Ft )t≥0 -mouvement brownien est un mouvement brownien B tel que
— B est (Ft )t≥0 -adapté,
— B est à accroissements indépendants par rapport à (Ft )t≥0 , ie. t ≥ s, Bt − Bs ⊥
⊥ Fs .
Un (Ft )t≥0 -mouvement brownien B est bien sûr une martingale locale, de variation qua-
dratique ⟨B, B⟩t = t.
Démonstration : Soit Wt = √12 (Bt + B et ), t ≥ 0. Le processus W est encore une (Ft )t≥0 -
martingale locale, et il s’agit encore d’un mouvement brownien (facile à voir). Sa variation
quadratique est alors donné par ⟨W, W ⟩t = t et par bilinéarité cela entraı̂ne ⟨B, B⟩
e t=0:
* +
B+B e B+B e 1 e t = 1 t + 2⟨B, B⟩
⟨B, B⟩t + 2⟨B, B ′ ⟩t + ⟨B,
t= √ , √ = e B⟩ e t+t .
2 2 2 2
t
D’où ⟨B, B⟩
e t = 0. □
Si M et N sont deux (vraies) martingales bornées dans L2 , on déduit facilement par polari-
sation du Théorème 5.36 que Mt Nt − ⟨M, N ⟩t est une martingale uniformément intégrable.
Si de plus M et N sont orthogonales et issues de 0, on a E[Mt Nt ] = 0, et même E[MS NS ] = 0
pour tout temps d’arrêt S (par arrêt avec S ≥ 0).
Le résultat suivant est une sorte de généralisation de l’inégalité de Cauchy-Schwarz aux
intégrales par rapport à un crochet de martingales locales.
Notons ⟨M, N ⟩s,t = ⟨M, N ⟩t −⟨M, N ⟩s . On commence par remarquer que presque sûrement
pour tous s < t rationnels (donc aussi par continuité pour tous s < t) on a
q q
|⟨M, N ⟩s,t | ≤ ⟨M, M ⟩s,t ⟨N, N ⟩s,t . (5.20)
où (tni )i=0,...,n est une subdivision de [s, t]. À la limite n → +∞, on obtient bien (5.20).
Dans la suite on fixe un ω ∈ Ω pour lequel (5.20)
Rt est vraie pour tout s < t et on raisonne
pour ce ω presque sûr. L’interprétation de s |d⟨M, N ⟩u | comme variation bornée par la
Prop. 5.8 donne aussi
Z t q q
|d⟨M, N ⟩u | ≤ ⟨M, M ⟩s,t ⟨N, N ⟩s,t . (5.21)
s
Soit maintenant H, K des processus progressifs simples. Quitte à raffiner les subdivisions
définissant H et K, on peut trouver 0 = t0 < t1 < · · · < tn < +∞ et h0 , . . . , hn , k0 , . . . , kn
telles que hi , ki ∈ L∞ (Fti ), i ∈ J0, n − 1K, et pour lesquels
n−1
X n−1
X
H = h0 1{0} + hi 1]ti ,ti+1 ] , K = k0 1{0} + ki 1]ti ,ti+1 ] .
i=0 i=0
5.4. Semimartingales 115
On a alors
Z t n−1
X Z ti+1 n−1
X Z ti+1
Hs Ks d⟨M, N ⟩s = hi ki d⟨M, N ⟩s ≤ |hi | |ki | d⟨M, N ⟩s
0 i=0 ti i=0 ti
n−1
X Z ti+1 1/2 Z ti+1 1/2
≤ |hi | |ki | d⟨M, M ⟩s d⟨N, N ⟩s
i=0 ti ti
n−1
X Z ti+1 1/2 Z ti+1 1/2
= h2i d⟨M, M ⟩s ki2 d⟨N, N ⟩s
i=0 ti ti
n−1 Z
!1/2 n−1 Z
!1/2
X ti+1 X ti+1
≤ h2i d⟨M, M ⟩s ki2 d⟨N, N ⟩s
i=0 ti i=0 ti
Z t 1/2 Z t 1/2
= Hs d⟨M, M ⟩s Ks d⟨N, N ⟩s .
0 0
Quand H et K sont des processus progressifs bornés, on peut les approximer par deux
suites de processus simples (Hn )n≥1 et (Kn )n≥1 qui convergent vers H et K en restant bor-
nées. On conclut alors par le théorème de convergence dominée pour l’intégrale de Stieltjes
(Prop. 5.10-4. □
5.4 Semimartingales
Les semimartingales forment la classe la plus générale de processus considérés pour construire
une intégrale stochastique au Chapitre 6 suivant.
Définition 5.46 (Semimartingale) Un processus X = (Xt )t≥0 est une semimartingale à
trajectoires continues s’il s’écrit sous la forme Xt = X0 + Mt + At , t ≥ 0, où M est une
martingale locale (issue de 0) et A est un processus à variation bornée.
Toujours grâce au Théorème 5.30, la décomposition ci-dessus est unique à indistinguabilité
près : si X = X0 + M + A = X0 + M ′ + A′ alors A − A′ = M ′ − M est nul car à la fois
martingale locale M − M ′ et un processus à variation bornée A − A′ .
Si Yt = Y0 + Mt′ + A′t est une autre semimartingale à trajectoires continues, on pose par
définition
⟨X, Y ⟩t := ⟨M, M ′ ⟩t .
En particulier, ⟨X, X⟩t = ⟨M, M ⟩t .
Proposition 5.47 Soit X, Y deux semimartingales à trajectoires continues et 0 = tn0 <
tn1 < · · · < tnpn = t une suite de subdivisions emboı̂tées de [0, t] de pas tendant vers 0. Alors,
au sens de la convergence en probabilité :
pn
X
P- lim Xtni − Xtni−1 Ytni − Ytni−1 = ⟨X, Y ⟩t . (5.22)
n→+∞
i=1
116 Chapitre 5. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Remarque 5.48 En particulier, si X ou Y est à variation bornée (et tous les deux à tra-
jectoires continues), alors
pn
X
P- lim Xtni − Xtni−1 Ytni − Ytni−1 = 0.
n→+∞
i=1
Rt
car 0 |dXs | est bornée (processus à variation bornée) et limn→+∞ sup1≤i≤pn |Ytni −Ytni−1 | = 0
par uniforme continuité des trajectoires de Y sur [0, t] (Th. Heine).
Pour le premier terme de (5.23) lié à la martingale locale M , le Th. 5.31 donne
pn
X 2
P- lim Mtni − Mtni−1 = ⟨M, M ⟩t = ⟨X, X⟩t . (5.24)
n→+∞
i=1
Pour les deuxième et troisième termes de (5.23), comme A est à variation bornée et M est
à trajectoires continues, la Remarque 5.48 précédente s’applique pour donner
pn
X
lim Mtni − Mtni−1 )(Atni − Atni−1 = ⟨M, A⟩t = 0, (5.25)
n→+∞
i=1
pn
X 2
lim Atni − Atni−1 = ⟨A, A⟩t = 0. (5.26)
n→+∞
i=1
Finalement, en injectant (5.24), (5.25) et (5.26) dans (5.23), on obtient (5.22) pour X = Y .
□
Les principaux résultats d’intégration contre un crochet de martingales locales restent vrais
contre un crochet de semimartingales. En particulier, on a :
5.4. Semimartingales 117
Intégration stochastique
119
Chapitre 6
Intégration stochastique
On considère à nouveau dans ce chapitre un espace de probabilité filtré (Ω, F, (Ft )t≥0 , P)
muni d’une filtration (Ft )t≥0 satisfaisant les conditions habituelles. Le but est de construire
une théorie de l’intégration contre les processus stochastiques. La bonne classe de processus
à considérer est celle des semimartingales (à trajectoires continues) introduites dans le
Chapitre 5.
On commence par intégrer par rapport à des martingales à trajectoires continues bor-
nées dans L2 en Section 6.1, cette construction est fondée sur une théorie L2 . On étend cette
construction par propriété d’arrêt en Section 6.2 à des martingales locales à trajectoires
continues. On achève la construction en Section 6.3 avec l’intégration contre des semimar-
tingales. On termine le chapitre par quelques commentaires sur le cas des semimartingales
à trajectoires non continues en Section 6.4.
On définit alors un produit scalaire sur Hc2 par (M, N )Hc2 := E[⟨M, N ⟩∞ ] et on note ∥ · ∥Hc2
la norme sur Hc2 associée à ce produit scalaire :
1/2 1/2
∥M ∥Hc2 = (M, M )Hc2 = E ⟨M, M ⟩∞ .
Remarque 6.2 Noter que si T est un temps d’arrêt et M ∈ Hc2 , alors M T ∈ Hc2 puisque
E[⟨M T , M T ⟩∞ ] = E[⟨M, M ⟩T ∧∞ ] ≤ E[⟨M, M ⟩∞ ] < +∞.
121
122 Chapitre 6. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
D’après la Prop. 5.38, en identifiant les processus indistinguables, on a bien une norme
puisque (M, M )Hc2 = 0 si et seulement si M = 0 (ie. le produit scalaire considéré est bien
défini positif).
Proposition 6.3 L’espace Hc2 muni du produit scalaire (M, N )Hc2 est un espace de Hilbert.
Démonstration : Il s’agit de vérifier que Hc2 est complet pour la norme ∥ · ∥Hc2 . Pour cela,
on considère une suite de Cauchy (M n )n≥0 pour cette norme : Comme M n ∈ Hc2 , par le
Th. 5.36, la martingale (uniformément intégrable)M n = (Mtn )t≥0 converge ps, L1 et L2
n
vers M∞ . Comme M n − M m ∈ Hc2 , toujours d’après le Théorème 5.36, (M n − M m )2 −
⟨M −M m , M n −M m ⟩ est une martingale uniformément intégrable. L’égalité de martingale
n
E (M n − M m )2t − ⟨M n − M m , M n − M m ⟩t
= E (M n − M m )20 − ⟨M n − M m , M n − M m ⟩0 = 0
c’est à dire
E (M n − M m )2t = E ⟨M n − M m , M n − M m ⟩t
≤ E ⟨M n − M m , M n − M m ⟩∞ ,
soit
sup E (M n − M m )2t ≤ ∥M n − M m ∥2Hc2 .
t∈[0,+∞]
L2
Pour tout t ∈ [0, +∞], on a donc Mtn −−−−→ Mt∞ .
n→+∞
On peut alors extraire une sous-suite (nk )k≥0 telle que pour tout k ≥ 0
nk nk+1 2 1
E sup(Mt − Mt ) ≤ 2k .
t≥0 2
Presque sûrement, la suite (Mtnk )t≥0 converge dans C 0 (R+ , R) muni de ∥ · ∥∞ . En effet, en
écrivant
p−1
X X
np
M nk+1 − M nk + M n0 et M = M nk+1 − M nk + M n0 ,
M =
k=0 k≥0
n
n
X
Mt k+1 − Mtnk
sup |Mt − Mt p | = sup
t≥0 t≥0
k≥p
n
X
≤ sup Mt k+1 − Mtnk −−−−→ 0,
t≥0 p→+∞
k≥p
on a la convergence uniforme de M np vers M = (Mt )t≥0 qui est donc dans C 0 (R+ , R). Sur
l’ensemble négligeable où il n’y a pas convergence, on impose Mt ≡ 0. Le processus limite
(Mt )t≥0 a alors des trajectoires continues.
L2 (Ω)
Comme, pour chaque t ≥ 0, Mtnk −−−−→ Mt , en passant à la limite dans L1 (Ω) dans la
k→+∞
propriété de martingale de (Mtnk )t≥0
qui est donc aussi une martingale. La suite (M n )n≥1 étant de Cauchy dans Hc2 , elle est
bornée pour ∥ · ∥Hc2 , on a alors pour tout n ≥ 1, t ≥ 0
soit
sup E (Mtn )2 < +∞.
n≥1
t≥0
∥M nk − M ∥2Hc2 = E ⟨M nk − M, M nk − M ⟩∞ = E (M∞
n
− M∞ )2 −−−−→ 0,
k
k→+∞
ce qui montre que la sous-suite (M nk )k≥0 converge vers M dans Hc2 . Finalement, comme
la suite de Cauchy (M n )n≥0 a une sous-suite convergeant vers M , elle converge entièrement
vers M dans Hc2 . □
Rappelons que Prog désigne la tribu progressive sur R+ × Ω (Déf. 4.4) et que les processus,
vus comme fonctions sur (R+ × Ω, Prog) sont appelés progressifs (Déf. 4.3).
L2 (M ) = L2 R+ × Ω, Prog, d⟨M, M ⟩ ⊗ dP
où 0 < t0 < t1 < t2 < · · · < tp et pour chaque 0 ≤ i < p, H(i) est une variable aléatoire
Fti -mesurable et bornée.
Proposition 6.6 (Densité) Pour tout M ∈ Hc2 , l’espace S est dense dans L2 (M ).
Comme cela est vraie pour tout F ∈ L∞ (Fs ), (6.4) signifie E[Xt |Fs ] = Xs pour 0 ≤ s ≤ t.
Le processus X = (Xt )t≥0 est donc une martingale.
D’autre part, par la Proposition 5.14, X étant une intégrale contre un processus croissant
est aussi un processus à variation bornée avec X0 = 0. Le Théorème 5.30 exige alors d’avoir
X = 0, ie. Z t
Ku d⟨M, M ⟩u = 0 ∀t ≥ 0 ps.
0
Rt R
Comme 0 = 0 Ku d⟨M, M ⟩u = R+ Ku 1[0,t] (u) d⟨M, M ⟩u , la mesure Ku d⟨M, M ⟩u coı̈ncide
avec la mesure nulle sur la famille des intervalles [0, t], donc par un argument de classe
monotone sur tout B(R+ ). Cela assure que K est ps orthogonal à L2 (M ), ou encore K = 0
dans L2 (M ), établissant la densité de S dans L2 (M ). □
Remarque 6.9 — En général, on utilise la notation intégrale pour écrire ces processus :
Z t
(H · M )t = Hs dMs .
0
126 Chapitre 6. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
— L’intégrale H · ⟨M, N ⟩ qui figure dans le terme de droite de (6.5) est une intégrale de
Stieltjes par rapport à un processus à variation bornée ⟨M, N ⟩, comme défini dans
la Section 5.1.2.
— Pour M, N ∈ H2c , H, K ∈ S par symétrie et en itérant (6.5), et avec l’associativité
de l’intégrale de Stieltjes (Prop. 5.10-3)
⟨H · M, H · N ⟩ = H · ⟨M, H · N ⟩
= H · (H · ⟨M, N ⟩)
= H 2 · ⟨M, N ⟩.
De la même façon, on a ⟨H · M, K · M ⟩ = (HK) · ⟨M, M ⟩.
(i)
Démonstration : Pour H ∈ S de la forme (6.3), on écrit H · M = p−1 (i)
P
i=0 M où Mt :=
(i)
H(i) (Mti+1 ∧t − Mti ∧t ), t ≥ 0. On commence par observer que (Mt )t≥0 est une martingale
pour chaque i ∈ J0, p − 1K. En effet : pour s ≤ t,
— si s ≥ ti :
(i)
E Mt |Fs ] = E H(i) (Mti+1 ∧t − Mti ∧t )|Fs = H(i) E (Mti+1 ∧t − Mti ∧t )|Fs
= H(i) (Mti+1 ∧s − Mti ∧s ) = Ms(i) ;
— puis si s < ti :
(i)
E Mt |Fs ] = E H(i) (Mti+1 ∧t − Mti ∧t ) Fs = E E[H(i) (Mti+1 ∧t − Mti ∧t )|Fti ]|Fs
= E H(i) E (Mti+1 ∧t − Mti ∧t )|Fti Fs = E H(i) (Mti ∧t − Mti ∧t ) Fs
= 0 = Ms(i) .
(i) (i)
On a donc E[Mt |Fs ] = Ms pour tout t ≥ s et H ·M = p−1 (i)
P
i=0 M est bien une martingale.
2 2
De plus, comme H est bornée et M ∈ Hc , on a aussi H · M ∈ Hc .
Pour la deuxième partie, on suppose d’abord que H = H(i) 1]ti ,ti+1 ] . Comme M, N ∈ H2c ,
M N − ⟨M, N ⟩ est une martingale (car martingale locale bornée dans L2 d’après la Prop.
5.39). En remplaçant M par M ti+1 ou M ti , on a aussi
M ti+1 N − ⟨M, N ⟩ti+1 et M ti N − ⟨M, N ⟩ti
sont des martingales et par différence :
(M ti+1 − M ti )N − (⟨M, N ⟩ti+1 − ⟨M, N ⟩ti )
= M ti+1 N − ⟨M, N ⟩ti+1 − M ti N − ⟨M, N ⟩ti
— si s < ti , alors
t t
E H(i) Mt i+1 − Mtti Nt − H(i) ⟨M, N ⟩ti+1 − ⟨M, N ⟩tti |Fs
h i
t t
= E E H(i) Mt i+1 − Mtti Nt − H(i) ⟨M, N ⟩ti+1 − ⟨M, N ⟩tti |Fti |Fs
h i
t t
= E H(i) E Mt i+1 − Mtti Nt − ⟨M, N ⟩ti+1 − ⟨M, N ⟩tti |Fti |Fs
h i
ti+1 ti
ti+1 ti
= E H(i) Mti − Mti Nti − H(i) ⟨M, N ⟩ti − ⟨M, N ⟩ti |Fs = 0
| {z }
=0
= H(i) Msti+1 − Msti Ns − H(i) ⟨M, N ⟩tsi+1 − ⟨M, N ⟩tsi e
(6.7)
reste aussi une martingale. D’après la Prop. 5.39, cette propriété identifie le crochet de
(H · M ) et de N :
⟨(H · M ), N ⟩ = H · ⟨M, N ⟩.
□
(1[0,T ] H) · M = (H · M )T = H · M T . (6.9)
Avec des notations intégrales, cette dernière propriété s’écrit de façon naturelle :
Z t Z t∧T Z t
1[0,T ] (s)Hs dMs = Hs dMs = Hs dMsT .
0 0 0
∥H · M ∥2Hc2 = E[⟨H · M, H · M ⟩∞ ]
= E[(H 2 · ⟨M, M ⟩)∞ ] (par (6.5) )
Z +∞
2
= E Hs d⟨M, M ⟩s
0
2
= ∥H∥L2 (M ) .
est continue de Hc2 dans L1 (Ω) : en effet, par les inégalités (5.27) de Kunita-Watanabe
(Prop. 5.49) et de Cauchy-Schwarz,
1/2
⟨N, N ⟩1/2
E |⟨X, N ⟩∞ | ≤ E ⟨X, X⟩∞ ∞ (Kunita-Watanabe)
1/2 1/2
= E ⟨X, X⟩∞ E ⟨N, N ⟩∞ (Cauchy-Schwarz)
1/2
= E ⟨N, N ⟩∞ ∥X∥Hc2 .
Par densité de S dans L2 (M ) (Prop. 6.6), soit alors H ∈ L2 (M ) et (H n )n≥0 suite de S qui
H2
converge vers H dans L2 (M ). Par l’isométrie, on a alors H n · M −−−c−→ H · M . Puis par la
n→+∞
continuité de (6.10) :
où les convergences ont lieu dans L1 (Ω) avec pour la dernière égalité l’utilisation, encore,
des inégalités (5.27) de Kunita-Watanabe et de Cauchy-Schwarz :
Z +∞
E (Hs − Hs ) d⟨M, N ⟩s ≤ E[⟨N, N ⟩∞ ]1/2 ∥H n − H∥L2 (M ) .
n
0
(On justifie de la même façon que (H · ⟨M, N ⟩)∞ est bien défini.) On a donc établi la
propriété de crochet (6.8) pour t = +∞. Pour conclure, il faut l’obtenir pour tout t ≥ 0.
Pour cela, il suffit de remplacer N par la martingale arrêtée N t en t ≥ 0 dans l’égalité
⟨H · M, N ⟩∞ = (H · ⟨M, N ⟩)∞ et on trouve
⟨H · M, N ⟩t = ⟨H · M, N ⟩t∞ = ⟨H · M, N t ⟩∞
= (H · ⟨M, N t ⟩)∞ = (H · ⟨M, N ⟩t )∞ , = (H · ⟨M, N ⟩)t
⟨H · M, N ⟩ = H · ⟨M, N ⟩ = ⟨X, N ⟩
soit
⟨H · M − X, N ⟩ = 0.
Le choix particulier N = H · M − X ∈ Hc2 donne alors ⟨H · M − X, H · M − X⟩ = 0 donc
∥H · M − X∥Hc2 = 0, ie. X = H · M . Cela termine la preuve de 1).
2) Pour prouver la dernière propriété, on utilise la propriété d’arrêt du crochet (5.18) de
deux martingales (Prop. 5.39) et la propriété caractéristique (6.8) déjà prouvée : si N ∈ Hc2 ,
on a
⟨(H · M )T , N ⟩ = ⟨H · M, N ⟩T = (H · ⟨M, N ⟩)T = (H1[0,T ] ) · ⟨M, N ⟩
où l’avant dernière égalité vient de (6.8) et la dernière égalité est évidente puisqu’il s’agit
d’une intégrale de Stieltjes. La martingale arrêtée (H · M )T vérifie donc la propriété carac-
téristique de l’intégrale (1[0,T ] H) · M . Cela justifie la première partie de (6.9). On obtient
la seconde partie en procédant de même :
où à nouveau la dernière égalité est due au fait qu’il s’agit d’une intégrale de Stieltjes. □
(HK) · M = H · (K · M ). (6.11)
130 Chapitre 6. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
En particulier, on a
Z · Z · Z t
Hs dMs , Hs dMs = Hs2 d⟨M, M ⟩s .
0 0 t 0
Attention : Ces relations (6.13), (6.14) ne seront plus forcément vraies pour les extensions
de l’intégrale stochastique qu’on décrit ci-dessous pour les martingales locales.
Définition 6.14 (Espaces L2loc (M )) On note L2loc (M ) l’espace des processus progressifs H
tels que pour tout t ≥ 0, Z t
Hs2 d⟨M, M ⟩s < +∞ ps.
0
Pour une martingale locale M , on continue à noter L2 (M ) l’espace des processus progressifs
H tels que Z +∞
E Hs2 d⟨M, M ⟩s < +∞.
0
Le résultat suivant achève (presque) la construction de l’intégrale stochastique, en consi-
dérant le cas d’une martingale locale M à trajectoires continues.
Théorème 6.15 (Intégrale stochastique générale) Soit M une martingale locale, à trajec-
toires continues, issue de 0. Alors pour tout H ∈ L2loc (M ), il existe une unique martingale
locale issue de 0, notée H · M étendant le Th. 6.10 et vérifiant la propriété de crochet :
(1[0,T ] H) · M = (H · M )T = H · M T . (6.17)
Rt
Remarque 6.16 — On note habituellement (H · M )t = 0 Hs dMs .
— Cette définition étend celle du Théorème 6.10 : si M ∈ Hc2 et H ∈ L2 (M ), alors les
définitions des deux théorèmes coı̈ncident.
En effet, si M ∈ Hc2 et H ∈ L2 (M ), l’égalité ⟨H · M, H · M ⟩ = H 2 · ⟨M, M ⟩ entraı̂ne
d’abord que H · M ∈ Hc2 , et ensuite les propriétés caractéristiques (6.8) et (6.16)
montrent que les définitions des Théorèmes 6.10 et 6.15 coı̈ncident.
132 Chapitre 6. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
— La propriété d’associativité de la Proposition 6.11 reste vraie aussi sous des hypo-
thèses convenables d’intégrabilité.
— Le mouvement brownien B est une martingaleRt locale pour laquelle le Théorème 6.15
définit donc l’intégrale (H · B)t = 0 Hs dBs pour H ∈ L2loc (B). Les intégrales
stochastiques par rapport au mouvement brownien B s’appellent les intégrales d’Itô.
Le calcul stochastique lié à ces intégrales est le calcul d’Itô.
Démonstration : On définit
Z t
Tn = inf t ≥ 0 : (1 + Hs2 ) d⟨M, M ⟩s ≥n .
0
Comme pour la Prop. 5.28, il s’agit d’une suite de temps d’arrêt, croissante vers +∞.
Comme on a
Z Tn Z Tn
Tn Tn
⟨M , M ⟩t = ⟨M, M ⟩t∧Tn ≤ d⟨M, M ⟩s ≤ (1 + Hs2 ) d⟨M, M ⟩s = n,
0 0
la martingale locale arrêtée M Tn est une (vraie) martingale bornée dans L2 par le Th. 5.36,
ie. M Tn est dans Hc2 . De plus, H ∈ L2 (M Tn ) car par définition de Tn , on a aussi
Z +∞ Z Tn Z Tn
Hs2 Tn Tn
d⟨M , M ⟩s = Hs2 d⟨M, M ⟩s ≤ (1 + Hs2 ) d⟨M, M ⟩s = n.
0 0 0
D’après le cas L2 borné, l’intégrale stochastique H · M Tn est bien définie pour chaque
n ≥ 1 par le Th. 6.10. Par la propriété caractéristique (6.8), on vérifie facilement que
nécessairement si m > n alors Tm ≥ Tn et on a
H · M Tn = (H · M Tm )Tn . (6.18)
H · M Tn t = H · M Tm t∧Tn = H · M Tm t
(H · M )t = H · M Tn t ∀n tel que Tn ≥ t.
(6.19)
Le processus H · M ainsi construit en (6.19) étend tous les H · M Tn puisque pour tout
n ≥ 1,
(H · M )Tn = H · M Tn .
En effet, soit le majorant est +∞ et l’inégalité est vraie, soit il est fini et l’estimation de
la variance reste valable et donne l’égalité.
L’énoncé suivant établit une approximation par des sommes de Riemann des intégrales
stochastiques (contre une martingale locale) et complète Prop. 5.10-5) valable dans le cas
de processus à variation bornée.
Démonstration : On commence par observer que (6.23) est immédiate pour un processus
H (n) simple donné par
pn −1
X
(n)
H = Htni 1]tni ,tni+1 ] .
i=0
6.2. Par rapport à une martingale locale 135
et on remarque que H, H (n) et ⟨M, M ⟩ sont bornés sur l’intervalle ]0, Tp ]. D’après la théorie
L2 de l’intégrale stochastique en Section 6.1 (avec notamment l’expression (6.14) pour le
moment d’ordre 2), on a pour tout p fixé :
h 2 i h 2 i
E (H (n) · M Tp )t − (H · M Tp )t = E (H (n) 1[0,Tp ] · M )t − (H1[0,Tp ] · M )t
h 2 i
= E ((H (n) − H)1[0,Tp ] ) · M t
Z t
(n) 2
= E (Hs − Hs ) 1[0,Tp ] (s) d⟨M, M ⟩s
0
Z t∧Tp
(n) 2
= E (Hs − Hs ) d⟨M, M ⟩s .
0
(n)
Sur [0, Tp ], on a (Hs − Hs )2 ≤ (2p)2 et ⟨M, M ⟩ bornée par p, on a :
(n)
— limn→+∞ Hs = Hs par continuité des trajectoires de H
(n)
— (Hs − Hs )2 1[0,Tp ] (s) ≤ (2p)2 1[0,Tp ] (s) avec
hZ t i
(2p) 1[0,Tp ] (s) d⟨M, M ⟩s ≤ 4p2 E ⟨M, M ⟩t∧Tp ≤ 4p3 .
2
E
0
L2
On a donc (H (n) · M Tp )t −−−−→ (H · M Tp )t . Ensuite, en utilisant la propriété d’arrêt (6.17),
n→+∞
on en déduit la convergence dans L2
Pour conclure, on remarque que limp→+∞ P(Tp > t) = 1, ce qui affaiblit la convergence L2
obtenue en une convergence en probabilité, comme en (5.17) : pour t ≥ 0 et ε, η > 0 fixés,
on pose
An (ε) = (H (n) · M )t − (H · M )t ≥ ε
alors
P An (ε) = P An (ε), t ≤ Tp + P An (ε), Tp < t
avec
P An (ε), Tp < t ≤ P(Tp < t) ≤ η
136 Chapitre 6. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
et
En faisant η ↘ 0, on obtient P(An (ε)) −−−−→ 0, soit, comme ε > 0 est quelconque :
n→+∞
(H (n) · M )t −−−−→ (H · M )t .
P
n→+∞
En particulier, tout processus continu adapté est localement borné (cf. Prop. 4.6). De plus,
lorsque H est un processus localement borné :
— pour tout processus V à variation bornée, on a :
Z t Z t
ps ∀t ≥ 0, |Hs | |dVs | ≤ sup |Hs | |dVs | < +∞;
0 s≤t 0
H ·X =H ·M +H ·A (6.25)
6.3. Par rapport à une semimartingale 137
où H · M est définie dans la Section 6.2 (Th. 6.15) et H · A est définie en Section 5.1.3
en tant qu’intégrale de Stieltjes. Traditionnellement, on note :
Z t
(H · X)t = Hs dXs .
0
Des propriétés déjà vues pour l’intégrale contre une martingale locale et contre un processus
à variation bornée, on déduit facilement :
p−1
X
(H · X)t = H(i) (Xti+1 ∧t − Xti ∧t ).
i=0
Démonstration : Toutes les propriétés viennent de celles vues en Section 5.1 pour la partie
variation bornée et en Section 6.2 pour la partie martingale locale. Par exemple, 6) vient de
la Prop. 5.10-5) (approximation de Riemann-Stieltjes pour l’intégrale de Stieltjes) et de la
Prop. 6.18 (approximation de Riemann pour l’intégrale stochastique contre une martingale
locale). □
Remarque 6.21
— Remarquer que dans la propriété 5 ), on ne suppose pas que les variables aléatoires
H(i) sont bornées.
138 Chapitre 6. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Le résultat suivant est une version du théorème de convergence dominée pour les intégrales
stochastiques :
Théorème 6.22 (Convergence dominée pour l’intégrale stochastique) Soit X une semi-
martingale à trajectoires continues et (H (n) )n≥1 une suite de processus progressifs locale-
(n)
ment bornés telle que, pour tout t ≥ 0, limn→+∞ Ht = Ht et telle qu’il existe un processus
K borné satisfaisant |H (n) | ≤ K pour tout n ≥ 1. Alors, uniformément sur tout compact,
Z t Z t
Hs(n)
P
dXs −−−−→ Hs dXs .
0 n→+∞ 0
sup |(H (n) ·X)s −(H ·X)s | ≤ sup |(H (n) ·M )s −(H ·M )s |+sup |(H (n) ·A)s −(H ·A)s | (6.27)
s≤t s≤t s≤t
Comme la martingale locale M est réduite par la suite de temps d’arrêt (Tp )p≥1 donnée
comme en (6.24) par
Tp = inf s ≥ 0 : Ks + ⟨M, M ⟩s ≥ p , p ≥ 1,
6.3. Par rapport à une semimartingale 139
(n) (n)
Comme Hs −−−−→ Hs pour tout s ≥ 0 et |(Hs − Hs )1[0,Tp ] (s)| ≤ 2Ks 1[0,Tp ] (s) ≤
n→+∞
2p1[0,Tp ] (s) avec
hZ i
2p1[0,Tp ] (s)d⟨M, M ⟩s ≤ p E ⟨M, M ⟩Tp = 2p2 < +∞,
E
R+
lim H (n) − H L2 (M Tp )
= 0.
n→+∞
En particulier comme
2
H (n) · M Tp − H · M Tp H (n) · M Tp − H · M Tp , H (n) · M Tp − H · M Tp
−
est une martingale uniformément intégrable (Th. 5.36), avec l’inégalité de moment de Doob
(Prop. 4.18 avec p = q = 2), on a pour tout t ≥ 0 :
2 2
E sup H (n) · M Tp − H · M Tp s ≤ 4 E H (n) · M Tp − H · M Tp t
s≤t
= 4 E H (n) · M Tp − H · M Tp , H (n) · M Tp − H · M Tp t
≤ 4 E H (n) · M Tp − H · M Tp , H (n) · M Tp − H · M Tp ∞
2
= 4 H (n) · M Tp − H · M Tp −−−−→
Hc2 n→+∞
0. (6.29)
alors
P An (ε) = P An (ε), t ≤ Tp + P An (ε), Tp < t
140 Chapitre 6. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
avec
P An (ε), Tp < t ≤ P(Tp < t) ≤ η
pour p assez grand fixé dans la suite. On a alors
( )
An (ε) ∩ {t ≤ Tp } = sup (H (n) · M )s − (H · M )s ≥ ε ∩ {t ≤ Tp }
s≤t∧Tp
(n) Tp Tp
= sup (H · M )s − (H · M )s ≥ ε ∩ {t ≤ Tp }
s≤t
et par (6.29) :
(n) Tp Tp
lim sup P An (ε) ≤ P(Tp < t) + lim P sup (H · M )s − (H · M )s ≥ ε ≤ η.
n→+∞ n→+∞ s≤t
En faisant η ↘ 0, on obtient P(An (ε)) −−−→ 0, soit, comme ε > 0 est quelconque :
→+∞
Dans ce contexte, il faut alors porter une attention particulière aux sauts ∆Xt = Xt − Xt−
du processus. On consultera [Pro] pour une introduction au calcul stochastique avec saut
ou, pour le cas spécifique des processus de Lévy, [CT] ou [App].
142 Chapitre 6. ©JCB – M2 Math. – Université de Rennes
Bibliographie
[App] David Applebaum. Lévy Processes and Stochastic Calculus. Cambridge series in
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[JCB-mesure] Jean-Christophe Breton. Intégrale de Lebesgue. Notes de cours, L3 Mathé-
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[JCB-proba] Jean-Christophe Breton. Fondement des probabilités. Notes de cours, L3 Ma-
thématiques, Université de Rennes 1, 2014.
[JCB-martingale] Jean-Christophe Breton. Probabilités avancées. Notes de cours, M1 Ma-
thématiques, Université de Rennes 1, 2022.
[JCB-stoch] Jean-Christophe Breton. Calcul stochastique. Notes de cours, M2 Mathéma-
tiques, Université de Rennes 1, 2021.
[Bil2] Patrick Billingsley. Convergence of Probability Measures. 2nd Edition, Wiley series
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[Chung] Kai Lai Chung. A Course in Probability Theory. 3rd Edition, Academic Press,
2001.
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[Dav] Youri Davydov. Cours de DEA ”Processus stochastiques”. Université Lille 1, 1999.
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[EGK] Nicole El Karoui, Emmanuel Gobet, Etienne Pardoux. Introduction au calcul sto-
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[Link]
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