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Techniques d'interprétation du droit

Ce document décrit différentes techniques d'interprétation de la règle de droit, notamment le raisonnement logique (par analogie, a contrario et a fortiori), ainsi que les méthodes d'interprétation exégétique et téléologique.

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Ce document décrit différentes techniques d'interprétation de la règle de droit, notamment le raisonnement logique (par analogie, a contrario et a fortiori), ainsi que les méthodes d'interprétation exégétique et téléologique.

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Introduction au droit

L’interprétation de la règle de droit


Les techniques d’interprétation

Pour résoudre les difficultés d’interprétation, le Code civil n’est d’aucune aide. En effet, s’il
contient des principes d’interprétation des contrats (C. civ., art. 1188, anciens art. 1156 s.), il reste
muet sur les modes d’interprétation de la règle de droit. Il faut donc recourir à la logique du
raisonnement et plus largement, s’inspirer des différentes méthodes d’interprétation qui ont été
proposées.

■ Le raisonnement logique
En cas de difficulté d’interprétation, l’interprète aura recours à la logique en faisant appel à
plusieurs types de raisonnement : le raisonnement a pari ou par analogie, le
raisonnement a contrario, enfin, le raisonnement a fortiori.

● Le raisonnement a pari (par analogie)


Par ce raisonnement, on étend à ce que la loi a prévu pour une situation donnée à des situations
semblables mais non prévues. Il est en effet logique de déduire l’inconnu du connu, dès lors que les
situations en cause se révèlent identiques. C’est l’argument de la ratio legis : la raison d’être de la
règle se retrouvant dans l’hypothèse pour laquelle on envisage une application de la règle,
l’argument d’analogie se justifie. Par exemple, une règle interdit de se promener torse-nu en ville. A
pari, il est interdit de se promener entièrement nu en ville. Autre exemple, un film est présenté
comme étant interdit aux adolescents de moins de 16 ans. A pari, il est interdit de le diffuser aux
enfants.

● Le raisonnement a contrario
La règle interprétée a contrario suppose de retenir l’inverse de ce que cette règle prévoit, dès lors
que les conditions de son application ne sont pas remplies. En cas d’interprétation a contrario, on
considère que lorsque le texte dit quelque chose, il est censé nier le contraire (qui dicit de uno negat
de altero). Quand un objet est inclus dans une règle de droit, son contraire en est exclu (inclusione
unius fit exclusione alterius). Par exemple, on peut déduire a contrario de l’article 6 du Code civil,
selon lequel on ne peut déroger, par des conventions particulières, aux lois qui intéressent l’ordre
public et les bonnes mœurs, qu’il est possible de déroger par convention aux lois qui ne sont pas
d’ordre public et qui ne portent pas atteinte aux bonnes mœurs.
Cet exemple montre que le raisonnement a contrario trouve essentiellement à s’appliquer dans les
cas où la règle à interpréter pose une interdiction ou contient une exception, les deux pouvant
d’ailleurs se confondre dès lors que dans une société libérale comme la nôtre, l’interdiction se
présente toujours comme une exception. L’interprétation a contrario de la règle repose ainsi sur
l’idée que tout ce qui n’est pas défendu est permis. Cette idée est d’ailleurs soutenue par la maxime
d’interprétation « exceptio est strictissimae interpretationis » (les exceptions sont d’interprétation

L’interprétation de la règle de droit 1


stricte), qui veut que les exceptions prévues par la loi soient étroitement enfermées dans les limites
explicitement posées à son application : celles-ci ne doivent pas être étendues au-delà du cas
expressément prévu par la loi. C’est la raison pour laquelle la doctrine traditionnelle ne reconnaît à
l’argument a contrario un caractère concluant que s’il s’agit d’interpréter une règle exceptionnelle.
En dehors de ces hypothèses, son application est plus hasardeuse. Ainsi, il serait faux de déduire de
l’article 16 du Code civil, qui garantit le respect de la personne dès le commencement de sa vie et
durant toute sa vie, que la protection légale cesse, a contrario, à la mort de la personne. Ainsi, le
raisonnement a contrario se prête mal aux règles prévoyant un principe général.

● Le raisonnement a fortiori
Ce dernier type de raisonnement permet d’étendre la règle à un cas non prévu par elle (identité sur
ce point avec le raisonnement a pari) parce que la raison d’être de la règle se retrouve avec plus de
force encore dans le cas non prévu par le texte. Exemples :
– il est interdit de blesser ; a fortiori, il est interdit de tuer ;
– un hôtel interdit de séjourner dans son établissement avec un animal domestique. A fortiori, il
est interdit d’y séjourner en compagnie d’un animal sauvage.
La question qui se pose est de savoir comment choisir entre ces différents raisonnements. En
vérité, il n’y a pas de règle absolue.
Choisir le raisonnement a pari revient à privilégier la ressemblance entre la situation envisagée
et celle expressément prévue par la règle considérée.
Choisir le raisonnement a fortiori revient également à retenir cette proximité.
Choisir le raisonnement a contrario revient au contraire à tenir compte de la différence entre la
situation envisagée et celle prévue par la règle.
Concrètement, le juge pourra choisir l’un ou l’autre de ces raisonnements en fonction des
circonstances propres à l’espèce considérée. Cela étant, le maniement de ces différents
raisonnements demande de la prudence et de l’habileté : en effet, il arrive que pour une même
situation, plusieurs types de raisonnements soient possibles, et de surcroît, qu’ils conduisent à
des solutions contraires. Reprenons le dernier exemple : un hôtel interdit de séjourner dans son
établissement avec un animal domestique ; je décide d’y séjourner avec un animal sauvage ; en ai-
je le droit ? En théorie, le raisonnement a contrario comme le raisonnement a fortiori sont ici
possibles mais en pratique, il va de soi que l’argument a contrario, qui autorise un client à séjourner
dans l’hôtel avec son animal sauvage, convainc moins que l’argument a fortiori. Il est ici finalement
question de bon sens. Mais dans d’autres hypothèses, le choix se révèle moins simple. Par exemple,
si la loi interdit aux personnes sous tutelle de vendre seules les biens leur appartenant ; leur interdit-
elle également de donner leurs biens ? Si l’argument a contrario commande une réponse négative,
le raisonnement a fortiori n’emporte pas de conclusion évidente. Pour être sûr de la solution à
apporter, il faudrait en fait identifier précisément la raison d’être de cette interdiction de contracter,
pour déterminer si elle ne vaut que pour les contrats à titre onéreux, ou si elle doit également inclure
les contrats gratuits en sorte de protéger au mieux l’incapable. Dans cette perspective, il convient
finalement de rechercher l’intention du législateur.
C’est dire que le seul recours aux règles logiques qui viennent d’être exposées est insuffisant.
Le recours aux méthodes plus larges d’interprétation est également nécessaire.

L’interprétation de la règle de droit 2


■ Les méthodes d’interprétation
Pour résoudre les difficultés d’interprétation autrement que par le recours à certaines règles
logiques, des écoles sont nées pour proposer, à cette fin, une méthodologie. Il existe plusieurs
méthodes d’interprétation, laissées au libre choix des juges. Celles-ci doivent être
chronologiquement présentées dans cet ordre : la méthode exégétique, la méthode téléologique, et la
méthode créatrice.

● La méthode exégétique
Parmi les différentes méthodes d’interprétation possibles, la méthode exégétique est la plus
classique. L’attachement au texte est ici essentiel. Elle s’impose au XIXe siècle, à l’ère du culte de
la loi, promu par les révolutionnaires et accru par l’entreprise de codification. Ainsi, à cette époque,
on pensait que l’essentiel des problèmes d’interprétation pouvait être réglé par la lecture attentive,
grammaticale et logique, du code, censé avoir tout prévu. La loi, surestimée, était vue comme le
seul moyen de résoudre les difficultés.
L’école exégétique impose alors à l’interprète de s’en tenir au sens littéral du texte, en recherchant
la volonté de son auteur, d’où le caractère psychologique attribué à cette méthode.
Dans cette perspective, la référence aux précédents historiques, la consultation des travaux
préparatoires d’une loi, la lecture de l’exposé des motifs d’un texte, se révèlent souvent nécessaires.
Si ces textes ne sont pas suffisamment significatifs, il est encore possible de prendre appui soit sur
des textes se référant à celui qu’il convient d’interpréter, soit sur l’état du droit antérieur dont on
peut présumer, en cas de doute, qu’il aura été naturellement reconduit par le législateur actuel.
Enfin, en l’absence de texte précédant et éclairant celui à interpréter, l’interprète pourra se servir de
procédés psychologiques et logiques. D’une part, il pourra soupeser les conséquences du texte pour
exclure celles que le législateur n’aurait très probablement jamais souhaitées ou envisagées. D’autre
part, il pourra mettre en œuvre le procédé d’induction et de déduction : à partir des solutions
particulières données par le législateur dans un certain nombre de cas, sera induit un principe
général qui, une fois dégagé, pourra faire l’objet de nouvelles applications particulières.
Si elle connut un succès certain, cette méthode montra néanmoins ses limites.
D’une part, elle est tenue en échec par l’adage « Cessante ratione legis, cessat ejus dispositio » :
une loi ne doit pas être appliquée à des cas qui, à la lettre, paraissent inclus dans ses dispositions,
mais qui contredisent son esprit. Ainsi admet-on qu’en dépit de la généralité des termes de l’article
2232 du Code civil, la prescription extinctive des actions réelles et personnelles ne s’applique pas à
l’action en revendication de la propriété immobilière, considérée comme imprescriptible.
D’autre part, cette méthode, centrée sur la recherche de la volonté présumée de l’auteur originel de
la règle, présente le danger d’être artificielle, voire divinatoire, notamment lorsque le texte est
ancien car l’auteur de l’époque ne pouvait de toute façon pas envisager les cas nouveaux inexistants
et imprévisibles au moment où il adoptait le texte.
Une méthodologie reposant essentiellement sur ce que l’auteur du texte a réellement voulu dire,
envisager, anticiper, soupeser, est donc fragile. C’est la raison pour laquelle la méthode téléologique
fut également proposée.

● La méthode téléologique
L’interprétation de la règle de droit 3
Selon cette méthode, si l’intention de l’auteur continue d’être recherchée, elle l’est de façon plus
ouverte et libre que la méthode précédente. Pour tenir de la limite précédemment évoquée tirée de la
référence à ce que l’auteur de la règle n’avait pu envisager des cas inenvisageables à l’époque de sa
rédaction, il convient d’adopter une conception plus large de l’intention de l’auteur, en se référant
non plus à ce qu’il avait effectivement à l’esprit, mais à l’objectif qu’il poursuivait en posant la
règle, son but. Cette méthode laisse naturellement plus de liberté à l’interprète que la méthode
exégétique, ne serait-ce que parce que l’interprète dispose en général d’une certaine latitude pour
définir ce but, et donc le résultat auquel va conduire l’interprétation. La recherche est centrée sur la
finalité de la règle, son but social. L’esprit du texte domine sa lettre. On explique un texte par ses
objectifs à l’aune des finalités générales et actuelles recherchées par le corps de règles dans lequel il
s’insère.
Par exemple, l’article 525 du Code civil dresse une liste de biens mobiliers susceptibles de devenir
des « immeubles par destination » ; or, dans cette liste, se trouvent énumérés des biens propres à
une société agricole et rurale désormais dépassée. Alors comment déterminer le but du législateur
lorsqu’il a adopté ce texte ? A-t-il voulu viser uniquement des biens agricoles ? Ou a-t-il plus
largement entendu cibler les biens (industriels par exemple) susceptibles d’être utiles à
l’exploitation d’un fonds ?

● La méthode créatrice
Cette méthode est principalement attribuée à François Gény. En 1889, il publie un ouvrage qui
fonde, en réaction aux défauts de la méthode exégétique, l’École de la libre recherche
scientifique : Méthode d’interprétation et sources en droit privé positif. Dans cet ouvrage, l’auteur
propose une méthode ouvertement créatrice qui autorise l’interprète à prendre certaines libertés par
rapport au texte stricto sensu, l’essentiel étant de proposer, à partir du texte, une solution adaptée
aux besoins du moment.
Il s’agit d’une évolution sans révolution : la recherche de la volonté de l’auteur du texte demeure
inchangée. Simplement, cette recherche doit conduire à rechercher quelle serait son intention s’il
avait à légiférer aujourd’hui. Concrètement, lorsque le texte manque de clarté, son interprète est
autorisé à l’adapter aux circonstances et nécessités actuelles. Un même texte pourra donc recevoir
des sens différents selon le moment de son application, et même éventuellement un sens opposé à
son sens littéral.
Lorsque la situation envisagée est parfaitement nouvelle, l’interprète, principalement le juge, a
même le droit de créer une règle à partir du texte lui-même, empruntant ainsi à la figure du
législateur, tout en étant autorisé à tenir compte de considérations d’opportunité, d’équité.
Libre, cette création normative est néanmoins scientifique, dans la mesure où l’élaboration de la
règle créée à partir du texte doit reposer sur des données rationnelles, historiques, économiques ou
sociales. Dans ce cadre, le travail de l’interprète consiste finalement à apprécier les conséquences de
son interprétation, et même son opportunité, sur la base de données non plus seulement
économiques et sociales mais également philosophiques, morales, religieuses, etc.
On parle aussi parfois, en référence à Saleilles qui a rédigé la préface de l’ouvrage, d’École
historique ou évolutive. Cette méthode, proche de celle de Gény, met l’accent sur la nécessité
d’adapter le texte aux réalités et aux nécessités sociales de l’époque. En revanche, elle offre moins
de liberté avec les textes, l’interprète étant tenu de rechercher ce que serait la volonté de l’auteur du

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texte s’il avait à l’adopter aujourd’hui. Ainsi, à l’ère du machinisme, le principe général de
responsabilité du fait des choses a été dégagé par le juge à partir de l’ancien article 1384 alinéa
1er du Code civil (C. civ., art. 1242 nouv.) pour indemniser les victimes d’accidents causés par des
machines. Aussi bien, l’article 2276 du Code civil, selon lequel « En fait de meubles, la possession
vaut titre », s’il n’incluait à l’origine que les meubles meublants, a dû par la suite intégrer en son
sein les meubles que constituent les valeurs mobilières, nées après l’édiction du Code civil.
En conclusion, si les règles logiques en premier lieu présentées permettent de résoudre certaines
difficultés d’interprétation, elles ne suffisent cependant pas à les résoudre dans leur intégralité. Cela
est d’autant plus vrai que, ainsi qu’il a été vu, il existe parfois plusieurs raisonnements possibles.
C’est la raison pour laquelle à ceux-ci doivent être adjoints des approches plus larges et
méthodiques d’interprétation, étant précisé que le choix du raisonnement va lui-même dépendre de
l’approche de l’interprétation, c’est-à-dire de la méthode adoptée. En effet, plusieurs méthodes
existent voire coexistent, aucune n’étant exclusive d’une autre : en effet, aucune ne s’impose au
juge. En revanche, chacune exerce une influence, variable, sur son pouvoir créateur, la méthode
exégétique étant, sur ce point, la plus restrictive.

L’interprétation de la règle de droit 5

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