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Andromaque : Tragédie de Racine

La tragédie Andromaque de Jean Racine met en scène des personnages de la Grèce antique après la guerre de Troie, notamment Andromaque et Pyrrhus. Le contexte politique et culturel du XVIIe siècle en France est également abordé.

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Andromaque : Tragédie de Racine

La tragédie Andromaque de Jean Racine met en scène des personnages de la Grèce antique après la guerre de Troie, notamment Andromaque et Pyrrhus. Le contexte politique et culturel du XVIIe siècle en France est également abordé.

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ANDROMAQUE

ANDROMAQUE, TRAGEDIE CLASSIQUE DE JEAN-RACINE

Andromaque’
Gilles Demarteau (French, 1732 - 1776), The Rijksmuseum

INTRODUCTION GENERALE
Le classicisme est un mouvement qui se développe en France dans la seconde moitié du
XVIIème siècle. Molière, Corneille et Racine sont trois grands auteurs de cette époque. Jean
Racine est un dramaturge et poète français et s’impose comme le meilleur dramaturge de cette
époque. Il écrit majoritairement des tragédies.

Racine a été élevé par les Jansénistes ce qui implique une vision de l’existence assez sombre. Les
jansénistes condamnent le théâtre et Racine sera ainsi exclue lorsqu’il commencera à écrire des
pièces. Racine va s’élever socialement et confiera ses pièces à Molière. Le succès de Racine
commence avec sa tragédie Andromaque créée le 17 Novembre 1667 et sera joué par la troupe
de Bourgogne. Ce sera donc pour lui le début de sa consécration. Cette œuvre au personnage
éponyme est une tragédie classique qui met en scène la vie de plusieurs personnages de la haute
société de la Grèce après la meurtrière guerre de Troie. Racine met en place les fondements de sa
dramaturgie, il a ainsi conquit sa place d’auteur tragique majeur. En effet il a réutilisé et adapté
la mythologie, il a renoué avec l’idéal de la tragédie grecque, cherchant à inspirer au public des
émotions fortes. Mais il a aussi amené les hommes à réfléchir à leurs passions, à leurs conditions
humaines, à la mort tout en posant des questions politiques fondamentales.

Suite à la guerre de Troie les femmes nobles sont livrées en trophées et en otage aux grands
princes Grecques dont la jeune Troyenne Andromaque qui fut retenue prisonnière par Pyrrhus,
fils d’Achille (roi d’Epire), qui tua son époux le prince Hector.
Pyrrhus tomba fou amoureux de sa captive et tenta de la séduire.

Nous verrons lors de cet exposé pourquoi Andromaque fut et est un succès encore à ce jour ?
Nous répondrons à cette question à la faveur de quatre axes, dans un premier temps
nous ferons la présentation de l’auteur, de l’histoire et du contexte de la pièce, puis nous
parlerons de la structure de l’œuvre. Ensuite nous présenterons le tragique dans Andromaque et
enfin nous terminerons par voir l’œuvre aujourd’hui.

INTRODUCTION SUR ANDROMAQUE


La tragédie Andromaque a été écrite par Jean Racine. C’est une pièce de théâtre en 5 actes et
en alexandrins, représentée pour la première fois en 1667 au Château du Louvre, devant la reine.

L’intrigue est simple : Oreste aime Hermione, Hermione aime Pyrrhus, qui aime Andromaque,
laquelle est fidèle au souvenir de son mari, Hector, tué pendant la guerre de Troie. Il s’agit
d’une chaîne amoureuse à sens unique. Racine, pour cette pièce, s’est inspiré des chants
de L’Illiade d’Homère.

Aujourd’hui, cette pièce est l’une des plus jouées de Racine après Phèdre, Bérénice et
Britannicus.

1. L'AUTEUR : JEAN RACINE (1639-1699)

Auteur d'œuvres telles que Phèdre et Andromaque, Jean Racine écrit des pièces de théâtre
où la passion des sentiments se mêle au destin irrémédiablement tragique des personnages.
Né le 22 décembre 1639 en Picardie, à La Ferté-Milon, Jean Racine est un auteur, dramaturge et
poète français. Issu d'une famille relativement modeste, orphelin à l'âge de 3 ans, il est pris en
charge par les Solitaires de Port-Royal, jansénistes lui assurant une éducation religieuse et
littéraire. Jean Racine s'oriente rapidement vers le théâtre et écrit sa première pièce en 1660. Il se
rapproche de plus en plus des milieux mondains et littéraires et noue de nombreuses relations
avec des membres influents de l'entourage du roi Louis XIV. Jean Racine construit sa renommée
sur des pièces épurées portées par les passions humaines, où la tristesse et la fatalité sont
incontournables. Le public de l'époque se divise entre les adeptes de la rupture créée par Racine,
et les fidèles de la tragédie de Corneille. Les faveurs de la Cour, en particulier de Mme de
Montespan font l'ascension sociale et économique de l'auteur, qui est élu à l'Académie française
en 1672 et anobli deux ans plus tard.
Les œuvres principales de Jean Racine
En 1664, Racine écrit "La Thébaïde", avec probablement une intervention de Molière dans la
rédaction de la pièce, et reçoit le soutien de Louis XIV. Dans "Alexandre le Grand", encore une
tragédie en cinq actes, datée de 1665, l'auteur dépeint le Roi-Soleil sous les traits d'Alexandre.
Mais son véritable succès arrive en 1667 avec "Andromaque". Suivent alors d'autres coups de
maître, avec notamment et successivement, en 1670, 1673 et 1674, "Bérénice", "Mithridate" et
"Iphigénie". En 1669, sa deuxième grande tragédie est jouée à l'Hôtel de
Bourgogne : Britannicus. En 1677, Jean Racine interrompt ses créations dramatiques avec
"Phèdre". Il se consacre dès lors à l'historiographie et se met, avec Boileau, au service de Louis
XIV, appuyé par Madame de Montespan, alors maîtresse du roi. Il exerce cette activité durant
près de quinze ans, avant d'écrire deux tragédies : "Esther" et "Athalie", en 1689 et 1691. Dans
son travail d'écriture, Jean Racine traite majoritairement les sujets grecs, comme son
contemporain Corneille. Jean Racine s'éteint à Paris le 21 avril 1699, à l'âge de 59 ans, d'un
cancer du foie.

Le mouvement littéraire de Jean Racine


Jean Racine réinvente la tragédie classique en alliant rigueur de modèle et profondeur dans
l'analyse psychologique : c'est le classicisme. En effet, la forme de la tragédie est respectée de
manière la plus fidèle : les trois unités de temps, de lieu, d'action, les cinq actes, les vers
en alexandrin, tout y est. A cela s'ajoute le génie de Racine qui fait naître des situations de crise
poussées à leur acmé dans un fatalisme et une intensité de sentiments inégalés. L'héroïsme de
Corneille est rejeté pour faire place à une passion déchirante, qui crée des personnages tout
sauf manichéens, à la fois innocents et coupables, honorables et détestables… des humains, en
somme. La passion est cependant poussée à exagération avec des destins tragiques au possible,
une lutte vaine contre la déraison et une fin souvent fatale. Jean Racine s'illustre en particulier
dans la passion amoureuse, avec des sentiments intenses, souvent cruels, inexorables.

2- LE CONTEXTE DE LA PIECE : LE CONTEXTE POLIQUE


ET CULTUREL

LE CONTEXTE POLITIQUE : LE SIÈCLE DE LOUIS XIV : UN REGNE GUERRIER

La seconde moitié du siècle est marquée par la guerre de Dévolution. La succession du roi
d’Espagne, Philippe IV, mort en 1665, relance le conflit avec ce pays, apaisé par le Traité de
Westphalie en 1655. Louis XIV doit alors combattre la « Triple-alliance » entre l’Angleterre,
les Provinces-Unies des Pays-Bas et la Suède. Cette guerre se termine en 1668 par le traité
d’Aix-la-Chapelle, mais ce n’est qu’un temps de pause : les guerres reprennent et marquent toute
la fin du siècle. Cette situation historique est révélatrice des ambitions de Louis XIV, exprimées
en 1668 dans ses Mémoires pour l’instruction du Dauphin.
Or, que nous montre Andromaque, sinon un roi guerrier, un roi triomphant, Pyrrhus, « fils
d’Achille et vainqueur de Troie », mais en butte à une lutte avec les autres peuples de la Grèce et
qui n’a comme arme, face à leurs reproches, que son orgueil, soutenu par sa volonté de
puissance et par le souci de sa « gloire ».
LES CONFLITS RELIGIEUX

L’Édit de Nantes, en 1598, a mis fin aux guerres de religion entre catholiques et protestants en
accordant à ceux-ci la liberté de culte. Mais un conflit éclate au sein même du catholicisme, en
raison de l’ascension d’un courant nouveau, le jansénisme, condamné dès 1653 par le pape.
C’est l’abbé de Saint-Cyran qui, dès 1636, fait pénétrer cette doctrine dans l’abbaye de Port-
Royal, et son arrestation, en 1638, n’arrête pas la diffusion de ses principes rigoureux, enseignés
dans les "Petites Écoles". Même si elles sont fermées en 1656, le jansénisme continue à
exercer une influence importante sur toute la seconde partie du siècle, jusqu’à la destruction
de l’abbaye et de son cimetière en 1709.

La doctrine janséniste est fondée sur une vision pessimiste de la nature humaine :
irrémédiablement corrompue par le péché originel, elle ne peut être sauvée que par la « grâce
nécessaire et suffisante » de Dieu. C’est cette notion qui a valu au jansénisme sa condamnation
en tant qu’hérésie. Si, en effet, Dieu est seul juge absolu pour accorder ou refuser sa « grâce
», l’homme se voit privé de sa liberté fondamentale, celle de construire lui-même son propre
salut par son choix de faire le bien ou de commettre le mal. Le catholicisme reposant sur ce libre-
arbitre, il ne pouvait que s’opposer au jansénisme, doctrine qui insiste sur le néant
humain. L’homme perd tout pouvoir sur lui-même ; il est mené, comme le dit Saint-Cyran,
par des forces obscures venues des « fosses profondes de l’âme ».

Certes, Racine, après sa tragédie Alexandre, a été vivement blâmé par ses anciens maîtres de
Port-Royal, pour lesquels le théâtre est l’école du vice, et a rompu avec eux.
Cependant, l'influence du jansénisme reste bien présente dans Andromaque : que révèle la
passion violente d’Hermione, d’Oreste, de Pyrrhus, sinon la façon dont ces êtres sont victimes de
forces intérieures qu’ils ne maîtrisent pas et qui les mènent aux pires excès ?

LE CONTEXTE CULTUREL
La Préciosité
La Préciosité est un mouvement social, qui naît dans la noblesse en réaction contre la
vulgarité, voire la grossièreté, qui régnait encore dans les relations sous le règne d'Henri IV. Elle
s'oppose à la nature brute, aux instincts, en réclamant des comportements, des manières et un
langage plus raffinés. Elle se développe, dans la seconde moitié du siècle, dans les "salons"
tenus par des femmes, tels ceux de Madame de Rambouillet, de Mesdemoiselles de Montpensier
ou de Scudéry, qui réunissaient les « beaux esprits » pour pratiquer l'art de la conversation, lire
des poèmes, écouter de la musique... L'amour est leur thème de prédilection, objet des
analyses les plus subtiles, mais un amour raffiné, épuré de toute dimension sensuelle, sublimé.
La préciosité marque profondément l'ensemble la littérature de l'ensemble du siècle, en invitant
les écrivains à une recherche de perfection formelle, et à approfondir les analyses
psychologiques, en recourant à un vocabulaire plus raffiné. Outre la poésie, la préciosité s'est
donné libre cours dans des romans, plus de 1200 en ce siècle. L'Astrée (1607-1627), d'Honoré
d'Urfé, marque un premier succès : dans le cadre de la Gaule barbare du Vème siècle, le roman
dépeint, dans un cadre pastoral, les codes de galanterie prônés par la préciosité en développant
des analyses subtiles du sentiment amoureux.
Or, dans la première préface d’Andromaque, Racine répond à un reproche sur le comportement
de Pyrrhus qui révèle la place prise par les goût "précieux", en arguant de l'exigence de
vraisemblance à travers la comparaison à Céladon, personnage d’amant dont la passion
s’exprime avec délicatesse dans L’Astrée.
Cependant, ce personnage ne manque pas de recourir, dans ses discours amoureux, à un langage
directement emprunté à la préciosité, et le thème de l'amour, avec toutes ses nuances, occupe une
place essentielle dans sa tragédie.

Le théâtre au XVIIème siècle : les conditions de la représentation


À l’époque d’Andromaque, les pièces sont jouées, soit à l’extérieur, sur des tréteaux, soit dans
des salles de jeu de paume ou chez de riches particuliers. À Paris, seuls l’Hôtel de Bourgogne,
attribué, depuis 1629 aux « Comédiens ordinaires du Roy », l’Hôtel du Marais et l’Hôtel du
Petit-Bourbon, offrent des salles adaptées aux représentations.
Ainsi, le 17 novembre 1667, la première représentation d’Andromaque est jouée au château
du Louvre, devant la reine et la cour, par la troupe de l’hôtel de Bourgogne qui s’y est
déplacée. Ses acteurs en sont célèbres, tels, dans le rôle d’Andromaque, Mademoiselle Du Parc,
devenue la maîtresse de Racine en 1665.
L’éclairage se fait à la chandelle, une des explications de la division en actes, qui permet de
les remplacer régulièrement, ainsi que de l'annonce de l’entrée d’un personnage, invisible tant
qu'il n'arrive pas sur l'avant-scène : « Il vient » signale l’arrivée de Pyrrhus, à la fin de la scène 1
de l’acte I, « Andromaque paraît » ferme la scène 3.
Le public est réparti selon le statut social, le « peuple » debout au parterre, tandis que les plus
riches occupent les galeries et les loges, et même, pour quelques nobles, des bancs placés de part
et d’autre de la scène. De grandes toiles peintes forment les panneaux de décor, qui peuvent
coulisser à la demande.
Le classicisme

Au XVII° siècle, on qualifie de "classique" un auteur ou une œuvre dont la valeur est prouvée
par leur permanence, ce qui les rend dignes d'être lus et étudiés. Ce n'est qu'au XIX° siècle que
les Romantiques créent le mot "classicisme" pour qualifier les choix et les normes littéraires
qu'ils remettent en cause.

Les principes fondateurs


La doctrine classique sur le théâtre s'élabore en même temps que Louis XIV fortifie la
monarchie absolue. Trois théoriciens font autorité : Chapelain avec Les Sentiments de
l'Académie française sur la tragi-comédie du Cid, en 1637, La Mesnardière, dont
la Poétique paraît en 1639, et d'Aubignac avec La Pratique du théâtre, en 1657.
Deux grands principes guident les "classiques" : l'importance accordée
 aux Anciens, dont le temps a consacré la valeur et pris comme modèles, à partir de l' idée que la
"nature" de l'homme est éternelle. Cela se reconnaît à travers les emprunts à l'antiquité
gréco-romaine, dont témoigne Andromaque.
 aux écrits théoriques, d'abord ceux d'Aristote pour le théâtre, puis ceux des latins Quintilien,
Sénèque, Cicéron, Horace, pour les différents genres littéraires. Il s'agit de poser des critères
objectifs pour déterminer la beauté d'une œuvre d'art. Cela conduit à la volonté d'établir des
normes et des règles, aussi bien esthétiques que morales.

Tous les artistes de ce courant s'accordent sur le double objectif assigné à l'œuvre d'art :
"placere" et "docere", c'est-à-dire "plaire" et "instruire".

Le classicisme affirme sa volonté de séparer nettement les genres dramatiques : la comédie


doit, selon la recommandation d’Horace, « châtier les mœurs par le rire », tandis que la tragédie,
doit susciter, selon Aristote la « terreur » et la « pitié » par le spectacle des malheurs qui
accablent les grands.

Les règles
Ainsi, les théoriciens posent des règles esthétiques, destinées à poser les critères pour atteindre
un idéal de beauté.

La règle des « bienséances » : Les bienséances dites « externes » s’inscrivent dans la


logique du raffinement des mœurs, sont bannis du théâtre toute représentation susceptible de
choquer, telle la mort violente, ou un dialogue faisant trop directement allusion au corps, à des
fonctions matérielles, manger, boire, dormir..., enfin les blasphèmes ou les sacrilèges. D’où la
place des récits pour les meurtres, les suicides ou les batailles. Mais il y a surtout les
bienséances « internes », c’est-à-dire que les personnages doivent adopter un comportement
conforme à leur rang social ou à leur caractère, par exemple une démarche noble dans la
tragédie. Il faut répondre à une exigence fondamentale du classicisme, la vraisemblance,
comme le déclare d'Aubignac : « il faut se souvenir que la vraisemblance est la première et la
plus fondamentale de toutes les règles ».

La règle des « trois unités » : Boileau la reformule de façon absolue dans son Art
Poétique : « Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli / Tienne jusqu'à la fin le théâtre
rempli » (vers 45-46). Elle vise, elle aussi, à renforcer la vraisemblance en resserrant l'intrigue
dans une durée aussi proche que possible de celle de la représentation : cela explique que l'action
correspond souvent au moment où une crise, latente, explose, ce qui permet de la résoudre
dans la limite des 24 heures. De même, le lieu unique - même s'il peut paraître invraisemblable
que tous les personnages se rencontrent sur une place, ou dans une salle de palais - est plus
vraisemblable du point de vue du public, qui n'est pas doté du pouvoir d'ubiquité ! Enfin l’unité
d’action exige de concentrer l’intrigue autour d’un enjeu principal, auquel doivent être liées
les actions secondaires.
3- Présentation d'Andromaque

LE TITRE
Un personnage central

Comme dans la plupart de ses tragédies, le titre met en valeur le personnage central dont
dépend toute l’intrigue, selon qu’Andromaque accepte d’épouser Pyrrhus ou reste fidèle à
Hector, victime pathétique d’un douloureux chantage. Cependant, comme dans Iphigénie, Racine
ne dénoue pas sa tragédie par la mort de son héroïne.

Le prénom de cette héroïne offre déjà une part de son portrait. Formé sur "andros", l'homme, et
"makè", le combat, il reflète la force d'âme dont elle fait preuve par fidélité à son époux et par
amour maternel.
Mais la répartition de la parole dans la pièce, montre qu’Andromaque n’intervient que dans six
scènes. Nous la découvrons face à Pyrrhus dans la scène 4, la dernière de l’acte I, puis au cœur
de la pièce, dans l’acte III, face à Hermione, dans la scène 4, puis dans sa confrontation avec
Pyrrhus, directement, dans la scène 6.
Mais elle reste muette dans la scène 8, et ces scènes sont entrecoupées par des entretiens (scènes
5 et 8) avec Céphise, sa confidente, enfin, brièvement, à l’ouverture de l’acte IV, pour annoncer
à Céphise sa décision.
En revanche, elle est totalement absente de l’acte II, centré autour d’Oreste, de l’acte IV, où, sauf
dans la scène 1, l’action est principalement menée par Hermione, et de l’acte V, où seuls six vers
mentionnent son destin en ouvrant sur une perspective.

Aux ordres d’Andromaque ici tout est soumis ;


Ils la traitent en reine, et nous comme ennemis.
Andromaque elle-même, à Pyrrhus si rebelle,
Lui rend tous les devoirs d’une veuve fidèle,
Commande qu’on le venge ; et peut-être qu’encor
Elle poursuit sur nous la vengeance d’Hector.
Elle poursuit sur nous la vengeance d’Hector
L'héritage antique

À l’abbaye de Port-Royal, Racine a été nourri d’histoire et de littérature de l’antiquité gréco-


romaine, et la guerre de Troie, qu’on retrouve aussi dans Iphigénie, est au cœur de ces lectures.
Mais, Iphigénie se déroule avant le départ des Grecs pour Troie, tandis qu’Andromaque se
déroule un an après la chute de Troie, plaçant face à face le point de vue des vainqueurs grecs et
celui des vaincus, à travers les souvenirs d’Andromaque. Même si Racine ne mentionne dans ses
préfaces que son emprunt à Virgile, et à Euripide, il s’est aussi servi d’éléments fournis par
Homère dans l’Iliade et par Les Troyennes de Sénèque.

La Mythologie de l’histoire:
L'histoire d'Andromaque prend sa source dans la guerre de Troie. Elle est racontée dans l'Iliade
par Homère. Ilion est un autre nom pour désigner Troie.

Tout commence avec Pâris, le prince de Troie, fils du roi Priam. Un jour, trois déesses viennent à
lui : Héra, Athéna, et Aphrodite. Elles se disputent à propos d'une pomme qui doit revenir à la
plus belle d'entre elles.
En toute naïveté, Pâris accorde ce prix à Aphrodite. Pour le récompenser, elle lui promet l'amour
de la plus belle femme du monde.

Or la plus belle femme du monde est déjà mariée à un roi grec : Ménélas, avec qui elle a une
petite fille qui s'appelle Hermione.

Mais le sort d'Aphrodite est très puissant, Hélène tombe amoureuse de Pâris dès qu'elle le voit. Il
l'enlève et l'emmène avec lui à Troie.

Ménélas furieux demande aux autres rois grecs de l'aider à récupérer sa femme. Il fait venir
notamment Agamemnon (le père d'Oreste) et Achille (le père de Pyrrhus). D'autres guerriers
célèbres viennent aussi, comme Ulysse ou Ajax.

Le siège de Troie dure 10 ans. L'Iliade d'Homère en raconte les péripéties. Le tournant de la
guerre est marqué par la mort du plus grand guerrier troyen, Hector. C'est Achille qui parvient à
le tuer. Sans pitié, il traîne le cadavre d'Hector derrière son char en faisant 3 fois le tour de la
ville.
La mort d'Hector laisse inconsolables sa veuve Andromaque et son fils, Astyanax .

Très peu de temps plus tard, Achille est lui-même tué par Pâris d'une flèche au talon : le seul
endroit de son corps qui était vulnérable.

Vous connaissez la fin de la guerre de Troie. Les Grecs font semblant de lever le camp, et laissent
devant la ville un immense cheval de bois. Les Troyens croient que c'est un présent des dieux et
font rentrer le cheval, qui était rempli de guerriers grecs.

Pyrrhus, le fils d'Achille, participe au sac de Troie. C'est lui qui tue le roi Priam (le père de
Pâris).
La ville de Troie est mise à feu et à sang. Il n'en reste que des ruines.

Aujourd'hui même, des archéologues recherchent en Turquie les restes de la ville de Troie.
Serait-ce la colline d'Hissarlik, entre les Dardanelles et la mer Égée ?
Quoi qu'il en soit, Andromaque et Astyanax sont faits prisonniers par Pyrrhus qui les emmène
dans son royaume d'Épire. C'est maintenant que commence notre tragédie.

4. LA PIÈCE: RÉSUMÉ

a. L'intrigue
Pendant la guerre de Troie, Achille a tué Hector. Andromaque, la femme d’Hector
et Astyanax, son fils, sont faits prisonniers par Pyrrhus, le fils d’Achille. Pyrrhus tombe
amoureux de sa captive alors qu’il doit se marier avec Hermione, la fille de Ménélas et Hélène.
L’arrivée d’Oreste à la cour de Pyrrhus est l’élément déclencheur de l’intrigue.

b. Résumé par acte


L’intrigue est simple : Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui aime
Hector, qui est mort.
La scène est à Buthrote, ville d’Épire, en Grèce.

Acte 1 - Oreste, ambassadeur des Grecs, parvenu chez Pyrrhus, y retrouve un ami fidèle,
Pylade. Il vient au nom de la Grèce pour venir exiger de Pyrrhus qu’il mette à mort Astyanax, le
fils d’Hector, de crainte qu’il ne veuille un jour se venger de la défaite de Troie et de la mort de
son père Hector, prince de Troie. Pyrrhus s’y refuse pour l’instant. Mais Oreste est aussi à la
cour de Pyrrhus parce que l’amour de sa vie, Hermione, s’y trouve. Puis Pyrrhus parle à
Andromaque ; comme elle se refuse à lui une fois de plus, il menace de livrer Astyanax aux
Grecs.
Acte 2 - Oreste parle à Hermione. Elle se montre prête à partir avec lui si Pyrrhus refuse de
mettre à mort l’enfant. Or Pyrrhus, qui jusque-là n’aimait pas Hermione, annonce à Oreste qu’il
a décidé de lui livrer Astyanax aux Grecs et qu’il va probablement épouser Hermione.
Acte 3 - Oreste est furieux de perdre définitivement Hermione. Andromaque implore
successivement Hermione et Pyrrhus de sauver la vie de son fils. Pyrrhus est prêt à changer
d’avis si elle accepte de l’épouser ; Andromaque hésite.
Acte 4 - Andromaque est résolue à épouser Pyrrhus pour sauver son fils et à se donner la mort
sitôt après par fidélité envers Hector. Hermione est furieuse et demande à Oreste de la venger
des revirements de Pyrrhus en l'assassinant.
Acte 5 - Hermione regrette d’avoir exigé la mort de Pyrrhus, qu’elle aime. Survient Oreste : il
vient d’accomplir la mission dont elle l’a chargé. Hermione le récompense par des injures.
Oreste est pris de folie, frappé par la malédiction des horribles Erinyes. Après avoir repoussé
Oreste, Hermione se donne la mort sur le cadavre de Pyrrhus.

C-Présentations des personnages

:
Andromaque : Veuve d'Hector, captive de Pyrrhus.
Pyrrhus : fils d'Achille (qui a tué Hector), roi d'Epire.
Oreste : fils d'Agamemnon, amoureux d'Hermione.
Hermione : fille d'Hélène amante de Parys et femme de Ménélas, fiancée de Pyrrhus.
Pylade : ami d'Oreste
Cléone : confidente d'Hermione
Céphise : confidente d'Andromaque
Phoenix : gouverneur d’Achille puis de Pyrrhus.

Les personnages : des héros tragiques


Les héros tragiques se caractérisent par une ascendance illustre : Pyrrhus est le descendant de
Zeus et le petit-fils de la déesse Thétis, Andromaque est la fille du roi Agamemnon. Ils doivent
donc se montrer dignes d’une telle lignée. Ces héros sont généralement écartelés entre leur
idéal, dicté par leurs ancêtres, et une passion qui les tire dans la direction opposée.

Les personnages principaux :


Andromaque : princesse troyenne, veuve d'Hector et mère d'Astyanax. Pour sauver son fils de
la mort, elle lui substitue un autre enfant qui est tué à sa place, lors de la prise de Troie. Elle est
ensuite donnée comme part du butin à Pyrrhus qui tombe amoureux d'elle. Mais elle refuse ses
avances jusqu'à ce qu'il la menace de livrer son fils aux Grecs si elle ne l'épouse pas. Elle
l'épouse finalement mais reste fidèle à Hector et garde sa dignité.
Astyanax : fils d'Hector et d'Andromaque. Il est l'héritier de l'empire de Troie et le prisonnier de
Pyrrhus. on note l’absence de ce personnage, ce qui a pour conséquence de concentrer un peu
plus encore l’action sur Andromaque
Oreste : fils d'Agamemnon et de Clytemnestre. Il est amoureux d'Hermione et vient à la fois
pour la convaincre de le suivre et pour demander Andromaque et son fils pour les livrer aux
grecs. Il est prêt à tout pour récupérer l'amour d'Hermione et il a un côté manipulateur. Il est
aussi maudit par la famille des Atrides
Hermione : fille unique de Ménélas et d'Hélène, orgueilleuse et jalouse d'Andromaque. Elle est
d'abord fiancée à Oreste mais promise par son père à Pyrrhus dont elle est amoureuse. Elle est
humiliée par le dédain et la félonie de Pyrrhus qu'elle aime naïvement. La violence de sa colère,
à la mesure de son dépit, l'amène à manipuler Oreste pour arriver à ses fins.
Pyrrhus : fils d'Achille et roi d'Epire, il est aussi l'assassin de la famille d'Andromaque. Il doit
épouser Hermione, mais il est amoureux d'Andromaque et l'épousera par la suite. Violent, il
meurt assassiné par Oreste qui exécute la volonté d'Hermione.
• Les confidents :
Racine est un homme du XVIIème siècle, et ses tragédies s’inscrivent dans le contexte de son
temps. Le roi Louis XIV est entouré d’une suite, de courtisans et de gardes, et les règles de
bienséances exigent qu’une femme jeune de haut rang ne sorte jamais sans être accompagnée
d’une « dame d’honneur », d’une « suivante ». Il est donc impossible que le théâtre ne tienne pas
compte de ces réalités, d’où la place accordée à des personnages, qualifiés de « confidents »,
dont le rôle, cependant, est bien plus complexe qu’un simple accompagnement.

Dans Andromaque, quatre personnages tiennent ce rôle :


 Phoenix, présenté comme « gouverneur d’Achille, et ensuite de Pyrrhus », son fils : il est donc
attaché à la "maison" du roi, déjà âgé, et dépasse le statut de simple serviteur. Il est présent
dans quatre scènes :: I, 3 – II, 5 – III, 6 et IV, 6.
 Pylade, cousin d’Oreste et fils du roi de Phocide, est l’« ami d’Oreste », amitié légendaire dans
la mythologie grecque. Il intervient dans trois scènes clés, celles d’exposition et de dénouement,
et à l’ouverture de l’acte III, au cœur de l’œuvre.
 Céphise, « confidente d’Andromaque », a vécu comme elle la guerre et la chute de Troie.
Présence muette lors des rencontres d’Andromaque avec Pyrrhus ou Hermione, elle intervient au
cœur de la tragédie, dans les scènes centrales de l’acte III, prenant la parole dans les scènes 5, 6
et 8, puis à l’ouverture de l’acte IV.
 Cléone, « confidente d’Hermione », est venue avec elle de Sparte pour accompagner son
mariage avec Pyrrhus. Elle reste souvent muette, sauf dans la première scène de l’acte II, dans la
scène 3 de l’acte III, dans la scène 4 de l’acte IV, enfin dans la scène 2 de l’acte V.

D-STRUCTURE DE L’ŒUVRE
Répartitions de personnages :
Comme nous avons pu le voir cette œuvre se constitue de 8 personnages répartis en 2 groupes,
d’un côté les seigneurs constitués d’Andromaque, Hermione, Oreste et Pyrrhus et de l’autre les
confidents. On peut ainsi constater que les personnages sont distingués par leur sexe, 4 hommes,
4 femmes dont 4 héros (2 hommes et 2 femmes).

Les 4 confidents (Cléone, Céphise, Phoenix et Pylade) ont un point commun. Ils sont la voix de
la raison ce qui permet de mesurer la démesure de nos héros tragiques. Ils constituent un élément
essentiel à la progression de la pièce jamais de confrontation entre deux héros, le confident est
une sorte de barrière, sa présence contraint les héros. Le confident va avoir un rôle
dramaturgique important. Il permet de faire le lien entre 2 scènes.

Nous pouvons distinguer dans cette œuvre des types de scènes :


- un héros et son confident
- deux héros et un confident
- deux héros, deux confidents
- Monologue
Nous voyons que dans chacune des scènes les héros sont accompagnés de leurs confidents car les
confidents permettent de raisonner les héros. Les confidents incarnent la raison.

Répartitions des scènes :


Nous avons pu distinguer que sur les 29 scènes que constituent la pièce il y a 14 scènes avec un
héros et son confident ; 9 scènes à trois (2 héros et 1 confident) ; 3 scènes à quatre dont 2
confidents muets et enfin 3 monologues (relativement brefs et dont deux monologues d’Oreste).
Le monologue est un énoncé prononcé par un personnage dont le destinataire n’est pas présent.
Le monologue constitue un moment d’émotions, en effet il permet d’exprimer la pensée du
personnage et d’exprimer ses sentiments. Le seul problème est son invraisemblance. Le
monologue à différentes fonctions: -la fonction délibérative (argumentative)
- la fonction lyrique (sentiments personnels)
Racine alterne ainsi les différents types de scènes. La structure globale de la pièce montre bien
un point culminant dans l’acte 3 qui est l’acte où se concentre l’action.

E-LE SCHEMA NARRATIF


Racine suit la structure traditionnelle de la tragédie classique, cinq actes, avec une
exposition dans la première scène, puis intervient le nœud de l’action dans la scène
deux, avec le refus de Pyrrhus à la demande d’Oreste, adressée au nom des Grecs, de
leur livrer Astyanax. Les trois actes suivants présentent les péripéties, celles qui
opposent Andromaque et Pyrrhus au cœur de l’acte III, tandis que les actes II et IV
mettent l’accent sur la relation entre Hermione et Oreste. L’élément de
résolution intervient à la fin de l’acte IV : Hermione demande à Oreste de tuer
Pyrrhus. L’acte V conduit donc au dénouement : la mort de Pyrrhus entraîne le
suicide d’Hermione qui, ayant rejeté Oreste, le plonge dans la folie.
F-LE SCHEMA ACTANCIEL
Ce tableau présente le schéma actanciel, avec les liens qui unissent les
personnages impliqués dans la tragédie. Mais ces liens ne se comprennent que par
référence au passé, à la guerre de Troie. Ainsi Oreste est le fils d’Agamemnon, chef
des Troyens pour permettre à son frère Ménélas de retrouver son épouse Hélène,
enlevée par le prince troyen Pâris. Or, cette même Hélène, considérée dans
l’Iliade comme source de la guerre de Troie, est la mère d’Hermione, qui hérite donc
de la haine de son père pour les Troyens, dont elle aime le vainqueur ultime, Pyrrhus,
auquel son père l’a promise.
Elle ne peut donc qu’être opposante d’Andromaque, la troyenne, et souhaiter la mort
d’Astyanax. En revanche, Andromaque, veuve d’Hector tué par Achille, le père de
Pyrrhus, ne peut que haïr ce criminel, meurtrier aussi du roi Priam.
Oreste, lui, est nettement dans le camp des Grecs, dont il soutient la demande, mais
son amour pour Hermione rend son action ambiguë : si Pyrrhus fait périr Astyanax, il
devra renoncer à Andromaque, donc sera libre d’épouser Hermione qu’il aime… Pour
lui, le meurtre de Pyrrhus apparaît donc comme une solution.

G-LE CADRE SPATIO-TEMPOREL


Le lieu scénique
Le lieu de l’action de la pièce est présenté dans la didascalie initiale : « La scène est à Buthrot
ville d’Épire, dans une salle du palais de Pyrrhus. »
La « salle du palais » où les personnages peuvent se croiser est une convention au théâtre qui
permet de maintenir l’unité de lieu.

Le temps de l'action
Comme le veut la règle classique qui exige une action limitée à 24 heures, la tragédie débute
alors que la crise a commencé depuis longtemps, comme l’explique Pylade à Oreste dans la
scène d'exposition.
Tout est donc prêt pour que l’arrivée soudaine d’Oreste, messager de la demande des Grecs,
puisse accélérer la crise, comme il le souligne lui-même à Hermione : « À peine suis-je encore
arrivé dans l’Épire, / Vous voulez par mes mains renverser un empire ». Ainsi, face à cette
menace plus pressante, le chantage de Pyrrhus et la décision d’Andromaque se trouvent
accélérés.

5- LES GRANDS THEMES D'ANDROMAQUE :


L'amour et la haine : ces deux thèmes sont profondément liés chez Racine. L'amour est
passion, mais aussi souffrance. Chacun aime qui ne l'aime pas : Oreste aime Hermione ; celle-ci
aime Pyrrhus et ce dernier aime Andromaque. Mais celle-ci ne peut pas répondre à son amour,
parce que son mari a été tué par le père de Pyrrhus, Achille. Les personnages sont frustrés car ils
ne peuvent pas être aimés en retour. Chez Hermione, l'amour est intimement lié à l'amour propre.
Cela entraîne du dépit, de la jalousie et de la haine qui la détruit ainsi que son entourage : Oreste
tue Pyrrhus. Le seul amour « pur » est l'amour maternel que porte Andromaque à Astyanax.
La fidélité : elle est représentée par Andromaque qui reste fidèle à son défunt mari. Cette fidélité
entre en conflit avec le désir de sauver son fils. Elle est en effet déchirée entre son amour pour
Hector et la menace de Pyrrhus qui veut tuer son fils si elle ne l'épouse pas.
La folie : Dans Andromaque, tous les personnages souffrent et ont des comportements
pathologiques : Hermione a des accès de fureur sanguinaire ; Oreste va jusqu'à tuer Pyrrhus et
sombre dans la folie totale en apprenant le suicide d'Hermione : (Lire Acte V, scène 1,
Hermione, seule.)
La mort et la fatalité : les personnages de Racine ne sont pas maîtres de leur destin. Ils rejettent
parfois comme Oreste toute responsabilité sur les Dieux : elle est présente tout au long de la
tragédie. Elle sert de décor : mort d'Hector et massacre des Troyens. Elle constitue aussi l'action :
Oreste vient demander la mort d'Astyanax et Andromaque souhaite se suicider pour sauver son
fils. Enfin, le dénouement est marqué par le meurtre de Pyrrhus et le suicide d'Hermione.

6-En quoi Andromaque de Jean Racine est-elle une œuvre


modèle du théâtre tragique classique ?
Comme toute tragédie classique qui se respecte, Andromaque de Jean Racine est, au niveau de la
forme, écrite en vers et divisée en 5 actes. Au niveau du fond, elle traite d’un sujet
antique puisqu’elle est inspirée d’un épisode de la mythologie grecque, et elle met en scène
des héros de noble rang.
Le tragique, héritage de l'antiquité, se définit par deux critères, retenus par le philosophe grec
Aristote, susciter la terreur et la pitié du public face à la fatalité qui écrase les héros en lutte.
Le pathétique est provoqué par le décalage entre les espoirs du héros, qui tente d'échapper à son
destin, et la conscience qu'a le spectateur de la vanité de ces efforts.
Le dénouement est généralement malheureux : à la fin d'Andromaque, Hermione et Pyrrhus
sont morts, Oreste sombre dans la folie. Les personnages tragiques inspirent à la fois terreur
et pitié. Les héros vivent des situations déchirantes. Ils sont généralement pris entre leurs
passions et la question du pouvoir, du rang à tenir. Tout au long de la pièce, ils tentent de
résoudre ce dilemme (à travers des monologues ou de longues tirades), alors que le spectateur
sait que l’issue en sera malheureuse.
En plus de tout ça, le dramaturge a respecté la fameuse règle des 3 unités que doit suivre
toute pièce de théâtre classique :
• 📌 L’unité de temps : l’action dure quelques heures à peine, le temps que les Grecs
arrivent à Epire, que le mariage ait lieu et qu’ils repartent.
• 📌 L’unité de lieu : toute l’action se déroule dans une salle du palais, où tout le monde
se croise.
• 📌 L’unité d’action : l’histoire tourne autour d’une seule et unique question : est-ce
qu’Andromaque va vraiment finir par se marier avec son ennemi ? Racine est un pro
du suspense pour arriver à repousser la réponse pendant 5 actes.
• 📌 La bienséance : Racine refuse de mettre en évidence le désir, la violence sur scène,
et tout ce qui se rapporte au corps. Les violences (les meurtres par exemple) sont
seulement racontées mais elles ne sont jamais représentées sur scène. Par exemple, le
meurtre de Pyrrhus par Oreste lors de son mariage est seulement raconté et jamais
représenté tout comme le suicide d'Hermione.
• 📌 La vraisemblance : tout doit être vraisemblable et susceptible de se passer dans la
vraie vie. Ici, c'est la mission d'Oreste qui précipite les événements.

Ainsi, le propre d’une bonne pièce tragique, c’est avant tout de montrer sur scène les
passions humaines et à quel point elles dominent les protagonistes. Le but ? Montrer au public
que se laisser aller à ses passions, c’est pas toujours une bonne idée… puisqu’on voit ce qui
arrive à la fin !
Selon Aristote, qui a théorisé le théâtre au Ve siècle av. J-C., ça permettrait la catharsis (qu’on
pourrait traduire par « purgation ») du public. En gros, en voyant tous les malheurs qui
arrivent aux protagonistes, le public ressent à la fois de la pitié et de la crainte. C’est ce qui
permettrait sa « purification » des passions négatives. L'ambition de Racine, dans
Andromaque, est de montrer des personnages qui se perdent pour avoir défié les Dieux ou s'être
laissés submerger par leurs passions. Leur destin tragique nous dissuade de suivre leur exemple.
D'autant qu'en nous identifiant au héros, nous avons, à travers lui, éprouvé ces terribles passions
: au cours de la représentation tragique de la pièce, nous subissons une sorte de «
purification » (catharsis en grec) qui nous libère des tentations les plus dangereuses. De
cette impuissance naît l'ironie tragique. Les héros sont écrasés par la fatalité : leurs efforts sont
vains, et le public en est conscient.
Dernier ingrédient de la recette d’une délicieuse tragédie classique : une bonne dose de
destinée inéluctable. Pendant toute la pièce, aucun personnage ne peut lutter contre la fatalité
qui pèse sur lui.
Dès le début, la mort est partout : on sort quand même de la guerre de Troie, qui n’est pas
l’épisode le plus drôle de l’histoire antique… Hector est mort, sa veuve est prisonnière, bref,
c’est la catastrophe depuis la première scène. L’amour est le sujet de la pièce, mais il est aussi
victime du destin : Oreste ne sera jamais aimé de sa cousine, qui ne sera jamais aimée de son
promis, qui… Tout est écrit pour que ça finisse mal.
Et comme prévu, ça finit mal pour tout le monde : Pyrrhus meurt, Hermione se suicide, Oreste
devient fou… mais Andromaque reste debout ! C’est peut-être la seule originalité de ce modèle
du genre : l’héroïne éponyme (= qui donne son nom à l’œuvre) ne meurt pas. Mais elle a quand
même perdu son mari, donc on ne va pas l’envier non plus.

7-LA PARTICULARITÉ DE L'ŒUVRE ANDROMAQUE


Cette tragédie est une modèle de tendresse maternelle,de piété et fidélité conjugale. A travers
cette tragédie, on peut observer l'énergie et la vérité des passions ainsi que la continuelle
alternative de crainte, d'espérance, de terreur et de pitié. La tragédie Andromaque de Racine suit
donc les règles traditionnelles de la tragédie. On peut également souligner le caractère élevé et
calme d'Andromaque par opposition et contraste avec les passions violentes dont elle est
entourée.

8-L'ÉCRITURE DU TRAGIQUE
Les choix lexicaux
Le vocabulaire doit mettre en valeur l'image du héros, et l'horreur de sa situation. Par
exemple, les tirades d’Hermione multiplient l’expression de sa « haine » envers à la fois Pyrrhus
et sa rivale, tandis que celles d’Andromaque sont emplies de cris de « douleur », de « larmes » en
lien avec les visions sanglantes qu’elle développe avec de nombreux adjectifs hyperboliques. Ce
vocabulaire est mis en évidence par les échos à la rime, tels la « nuit éternelle » qui prolonge
l’image de la « nuit cruelle », ou « les yeux étincelants » de Pyrrhus associés aux « palais
brûlants » de Troie.

Les figures de style


L’hyperbole et l’anaphore sont fréquentes pour intensifier l’expression des sentiments. La
peinture de la mort, elle, est soutenue par une figure de style, l'hypotypose, qui consiste à décrire
la scène de façon tellement frappante que le lecteur a l'impression de la voir se dérouler sous ses
yeux. Nous reconnaissons ce procédé dans le récit d’Andromaque qui revit les adieux d’Hector,
les actes criminels de Pyrrhus, « de sang tout couvert, échauffant le carnage ». Racine a su
mettre en œuvre ce que montre Gaston Bachelard dans Fragments d’une poétique du feu, essai
paru à titre posthume, en 1988 : « La Poésie est un Règne du langage. Le Règne poétique n’est
plus en continuité avec le Règne de la signification. » Les images sont plus puissantes que les
idées et même que la réalité qu’elles expriment ; inutile donc de montrer la mort, la dire par
des images poétiques frappe davantage l’imagination pour inspirer la terreur et la pitié.

Les modalités expressives


Le tragique privilégie les modalités expressives, l'exclamation, parfois renforcée par des
interjections, l'injonction, l'interrogation notamment quand il s'agit d'un dilemme vécu par le
héros, ou de moments d’indignation, de révolte. Les modalités sont choisies, selon les cas, pour
implorer, pour résister ou ordonner, parfois pour lancer des imprécations, c'est-à-dire pour
maudire.

Le rythme et le registre

Enfin, le rythme même de l’alexandrin est mis au service du tragique, par exemple par un
bouleversement de l'ordre syntaxique habituel : des noms, des adjectifs sont mis en relief par
rapport à leur place attendue, notamment par une inversion, un rejet en tête de vers, une mise en
valeur à la rime ou à la césure de l'alexandrin.

Racine joue également sur des parallélismes ou en choisissant la phrase nominale, pour un cri
bref. Tantôt le rythme est haché, comme pour reproduire l'angoisse, tantôt, au contraire, il
s'allonge, avec des enjambements et des énumérations.
Registre lyrique : c'est un registre qui permet de dévoiler l'intériorité et les sentiments du
personnage. Dans Andromaque, on retrouve le registre lyrique lorsqu'Oreste prend conscience de
la faute qu'il a commise en tuant son ami et prise de conscience sur le jeu de manipulatrice qu'a
adopté Hermione. On assiste à la mort psychologique du personnage et le registre lyrique met en
lumière le désespoir du personnage.

Registre tragique : c'est un registre qui met en lumière la prédestination chez un personnage qui
fait tout pour échapper à son destin mais qui n'y arrive jamais. Par exemple, le destin d'Oreste est
annoncé dès le début de la pièce.

La tension dramatique : par le suspens que créé le dramaturge et qui donne envie de connaître la
suite de la pièce à la fin de chaque acte.

9- L’ŒUVRE AUJOURD’HUI
Comment percevons-nous l’œuvre aujourd’hui ?
Le contexte actuel n’a plus rien avoir avec celui du temps de Racine. La monarchie absolue a
disparu, le public n’est plus aussi familier de la mythologie grecque, les valeurs de l’honneur et
de la fidélité se sont affaiblies, la crainte des dieux n’est plus de mise. Et pourtant bien des
questions que soulèvent Andromaque continuent de trouver un écho dans notre monde
contemporain. (Exemple) Pyrrhus mérite notre pitié : il a eu le courage de s’opposer aux Grecs, à
Hermione, à tous ceux qui voudraient que les conflits ancestraux perdurent à jamais, qu’il n’y ait
jamais de paix possible entre anciens ennemis. Il a payé de sa vie ce choix de la paix et du
renouveau. Il évoque tous ceux qui, dans le monde d’aujourd’hui, se battent pour la
réconciliation et la fin des conflits.
L’analyse que Racine fait des passions et de la condition humaine continue elle aussi de nous
concerner. La facilité avec laquelle l’amour peut se transformer en haine, comme on le voit dans
le cas de Pyrrhus et d’Hermione, demeure une constante de la psychologie humaine. Les dangers
de la passion amoureuse et du désir, quand aucune morale ne vient les limiter, n’ont pas changé :
comme Oreste, l’homme moderne a toujours en lui la tentation du pire, et peut aller, par amour,
jusqu’au meurtre. La folie guette celui qui reçoit d’une même personne des ordres
contradictoires, comme Oreste qui reçoit successivement d’Hermione la mission d’aller tuer
Pyrrhus, puis le reproche de l’avoir tué… La folie passionnelle de la princesse puis le suicide
sont des risques toujours actuels, quoi qu’on en pense.

10- CONCLUSION
Cette tragédie est le plus touchant modèle de tendresse maternelle et de piété conjugale. Son
succès rappelle celui du Cid par l’exagération des éloges comme par la violence des critiques ;
c’est de toutes les tragédies de Racine celle qui produit le plus d’effet au théâtre par l’énergie et
la vérité des passions et une continuelle alternative de crainte et d’espérance, de terreur et de
pitié. Le caractère élevé, calme d’Andromaque forme un heureux contraste avec les passions
violentes dont elle est entourée. Le rôle de Pyrrhus fut vivement attaqué à cause de ses
emportements.

Malgré tout ce qui sépare l’univers de Racine du notre, bien des questions continuent de nous
toucher dans Andromaque. La guerre et la paix, la morale et le mal, le désir et l’amour, la folie et
la mort hante notre monde, comme il hantait celui des Grecs et des gens du XVIIème siècle.
C’est pourquoi Racine demeure un classique : un homme habité par des interrogations
fondamentales sur l’être humain.

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