Andromaque : Tragédie de Racine
Andromaque : Tragédie de Racine
Andromaque’
Gilles Demarteau (French, 1732 - 1776), The Rijksmuseum
INTRODUCTION GENERALE
Le classicisme est un mouvement qui se développe en France dans la seconde moitié du
XVIIème siècle. Molière, Corneille et Racine sont trois grands auteurs de cette époque. Jean
Racine est un dramaturge et poète français et s’impose comme le meilleur dramaturge de cette
époque. Il écrit majoritairement des tragédies.
Racine a été élevé par les Jansénistes ce qui implique une vision de l’existence assez sombre. Les
jansénistes condamnent le théâtre et Racine sera ainsi exclue lorsqu’il commencera à écrire des
pièces. Racine va s’élever socialement et confiera ses pièces à Molière. Le succès de Racine
commence avec sa tragédie Andromaque créée le 17 Novembre 1667 et sera joué par la troupe
de Bourgogne. Ce sera donc pour lui le début de sa consécration. Cette œuvre au personnage
éponyme est une tragédie classique qui met en scène la vie de plusieurs personnages de la haute
société de la Grèce après la meurtrière guerre de Troie. Racine met en place les fondements de sa
dramaturgie, il a ainsi conquit sa place d’auteur tragique majeur. En effet il a réutilisé et adapté
la mythologie, il a renoué avec l’idéal de la tragédie grecque, cherchant à inspirer au public des
émotions fortes. Mais il a aussi amené les hommes à réfléchir à leurs passions, à leurs conditions
humaines, à la mort tout en posant des questions politiques fondamentales.
Suite à la guerre de Troie les femmes nobles sont livrées en trophées et en otage aux grands
princes Grecques dont la jeune Troyenne Andromaque qui fut retenue prisonnière par Pyrrhus,
fils d’Achille (roi d’Epire), qui tua son époux le prince Hector.
Pyrrhus tomba fou amoureux de sa captive et tenta de la séduire.
Nous verrons lors de cet exposé pourquoi Andromaque fut et est un succès encore à ce jour ?
Nous répondrons à cette question à la faveur de quatre axes, dans un premier temps
nous ferons la présentation de l’auteur, de l’histoire et du contexte de la pièce, puis nous
parlerons de la structure de l’œuvre. Ensuite nous présenterons le tragique dans Andromaque et
enfin nous terminerons par voir l’œuvre aujourd’hui.
L’intrigue est simple : Oreste aime Hermione, Hermione aime Pyrrhus, qui aime Andromaque,
laquelle est fidèle au souvenir de son mari, Hector, tué pendant la guerre de Troie. Il s’agit
d’une chaîne amoureuse à sens unique. Racine, pour cette pièce, s’est inspiré des chants
de L’Illiade d’Homère.
Aujourd’hui, cette pièce est l’une des plus jouées de Racine après Phèdre, Bérénice et
Britannicus.
Auteur d'œuvres telles que Phèdre et Andromaque, Jean Racine écrit des pièces de théâtre
où la passion des sentiments se mêle au destin irrémédiablement tragique des personnages.
Né le 22 décembre 1639 en Picardie, à La Ferté-Milon, Jean Racine est un auteur, dramaturge et
poète français. Issu d'une famille relativement modeste, orphelin à l'âge de 3 ans, il est pris en
charge par les Solitaires de Port-Royal, jansénistes lui assurant une éducation religieuse et
littéraire. Jean Racine s'oriente rapidement vers le théâtre et écrit sa première pièce en 1660. Il se
rapproche de plus en plus des milieux mondains et littéraires et noue de nombreuses relations
avec des membres influents de l'entourage du roi Louis XIV. Jean Racine construit sa renommée
sur des pièces épurées portées par les passions humaines, où la tristesse et la fatalité sont
incontournables. Le public de l'époque se divise entre les adeptes de la rupture créée par Racine,
et les fidèles de la tragédie de Corneille. Les faveurs de la Cour, en particulier de Mme de
Montespan font l'ascension sociale et économique de l'auteur, qui est élu à l'Académie française
en 1672 et anobli deux ans plus tard.
Les œuvres principales de Jean Racine
En 1664, Racine écrit "La Thébaïde", avec probablement une intervention de Molière dans la
rédaction de la pièce, et reçoit le soutien de Louis XIV. Dans "Alexandre le Grand", encore une
tragédie en cinq actes, datée de 1665, l'auteur dépeint le Roi-Soleil sous les traits d'Alexandre.
Mais son véritable succès arrive en 1667 avec "Andromaque". Suivent alors d'autres coups de
maître, avec notamment et successivement, en 1670, 1673 et 1674, "Bérénice", "Mithridate" et
"Iphigénie". En 1669, sa deuxième grande tragédie est jouée à l'Hôtel de
Bourgogne : Britannicus. En 1677, Jean Racine interrompt ses créations dramatiques avec
"Phèdre". Il se consacre dès lors à l'historiographie et se met, avec Boileau, au service de Louis
XIV, appuyé par Madame de Montespan, alors maîtresse du roi. Il exerce cette activité durant
près de quinze ans, avant d'écrire deux tragédies : "Esther" et "Athalie", en 1689 et 1691. Dans
son travail d'écriture, Jean Racine traite majoritairement les sujets grecs, comme son
contemporain Corneille. Jean Racine s'éteint à Paris le 21 avril 1699, à l'âge de 59 ans, d'un
cancer du foie.
La seconde moitié du siècle est marquée par la guerre de Dévolution. La succession du roi
d’Espagne, Philippe IV, mort en 1665, relance le conflit avec ce pays, apaisé par le Traité de
Westphalie en 1655. Louis XIV doit alors combattre la « Triple-alliance » entre l’Angleterre,
les Provinces-Unies des Pays-Bas et la Suède. Cette guerre se termine en 1668 par le traité
d’Aix-la-Chapelle, mais ce n’est qu’un temps de pause : les guerres reprennent et marquent toute
la fin du siècle. Cette situation historique est révélatrice des ambitions de Louis XIV, exprimées
en 1668 dans ses Mémoires pour l’instruction du Dauphin.
Or, que nous montre Andromaque, sinon un roi guerrier, un roi triomphant, Pyrrhus, « fils
d’Achille et vainqueur de Troie », mais en butte à une lutte avec les autres peuples de la Grèce et
qui n’a comme arme, face à leurs reproches, que son orgueil, soutenu par sa volonté de
puissance et par le souci de sa « gloire ».
LES CONFLITS RELIGIEUX
L’Édit de Nantes, en 1598, a mis fin aux guerres de religion entre catholiques et protestants en
accordant à ceux-ci la liberté de culte. Mais un conflit éclate au sein même du catholicisme, en
raison de l’ascension d’un courant nouveau, le jansénisme, condamné dès 1653 par le pape.
C’est l’abbé de Saint-Cyran qui, dès 1636, fait pénétrer cette doctrine dans l’abbaye de Port-
Royal, et son arrestation, en 1638, n’arrête pas la diffusion de ses principes rigoureux, enseignés
dans les "Petites Écoles". Même si elles sont fermées en 1656, le jansénisme continue à
exercer une influence importante sur toute la seconde partie du siècle, jusqu’à la destruction
de l’abbaye et de son cimetière en 1709.
La doctrine janséniste est fondée sur une vision pessimiste de la nature humaine :
irrémédiablement corrompue par le péché originel, elle ne peut être sauvée que par la « grâce
nécessaire et suffisante » de Dieu. C’est cette notion qui a valu au jansénisme sa condamnation
en tant qu’hérésie. Si, en effet, Dieu est seul juge absolu pour accorder ou refuser sa « grâce
», l’homme se voit privé de sa liberté fondamentale, celle de construire lui-même son propre
salut par son choix de faire le bien ou de commettre le mal. Le catholicisme reposant sur ce libre-
arbitre, il ne pouvait que s’opposer au jansénisme, doctrine qui insiste sur le néant
humain. L’homme perd tout pouvoir sur lui-même ; il est mené, comme le dit Saint-Cyran,
par des forces obscures venues des « fosses profondes de l’âme ».
Certes, Racine, après sa tragédie Alexandre, a été vivement blâmé par ses anciens maîtres de
Port-Royal, pour lesquels le théâtre est l’école du vice, et a rompu avec eux.
Cependant, l'influence du jansénisme reste bien présente dans Andromaque : que révèle la
passion violente d’Hermione, d’Oreste, de Pyrrhus, sinon la façon dont ces êtres sont victimes de
forces intérieures qu’ils ne maîtrisent pas et qui les mènent aux pires excès ?
LE CONTEXTE CULTUREL
La Préciosité
La Préciosité est un mouvement social, qui naît dans la noblesse en réaction contre la
vulgarité, voire la grossièreté, qui régnait encore dans les relations sous le règne d'Henri IV. Elle
s'oppose à la nature brute, aux instincts, en réclamant des comportements, des manières et un
langage plus raffinés. Elle se développe, dans la seconde moitié du siècle, dans les "salons"
tenus par des femmes, tels ceux de Madame de Rambouillet, de Mesdemoiselles de Montpensier
ou de Scudéry, qui réunissaient les « beaux esprits » pour pratiquer l'art de la conversation, lire
des poèmes, écouter de la musique... L'amour est leur thème de prédilection, objet des
analyses les plus subtiles, mais un amour raffiné, épuré de toute dimension sensuelle, sublimé.
La préciosité marque profondément l'ensemble la littérature de l'ensemble du siècle, en invitant
les écrivains à une recherche de perfection formelle, et à approfondir les analyses
psychologiques, en recourant à un vocabulaire plus raffiné. Outre la poésie, la préciosité s'est
donné libre cours dans des romans, plus de 1200 en ce siècle. L'Astrée (1607-1627), d'Honoré
d'Urfé, marque un premier succès : dans le cadre de la Gaule barbare du Vème siècle, le roman
dépeint, dans un cadre pastoral, les codes de galanterie prônés par la préciosité en développant
des analyses subtiles du sentiment amoureux.
Or, dans la première préface d’Andromaque, Racine répond à un reproche sur le comportement
de Pyrrhus qui révèle la place prise par les goût "précieux", en arguant de l'exigence de
vraisemblance à travers la comparaison à Céladon, personnage d’amant dont la passion
s’exprime avec délicatesse dans L’Astrée.
Cependant, ce personnage ne manque pas de recourir, dans ses discours amoureux, à un langage
directement emprunté à la préciosité, et le thème de l'amour, avec toutes ses nuances, occupe une
place essentielle dans sa tragédie.
Au XVII° siècle, on qualifie de "classique" un auteur ou une œuvre dont la valeur est prouvée
par leur permanence, ce qui les rend dignes d'être lus et étudiés. Ce n'est qu'au XIX° siècle que
les Romantiques créent le mot "classicisme" pour qualifier les choix et les normes littéraires
qu'ils remettent en cause.
Tous les artistes de ce courant s'accordent sur le double objectif assigné à l'œuvre d'art :
"placere" et "docere", c'est-à-dire "plaire" et "instruire".
Les règles
Ainsi, les théoriciens posent des règles esthétiques, destinées à poser les critères pour atteindre
un idéal de beauté.
La règle des « trois unités » : Boileau la reformule de façon absolue dans son Art
Poétique : « Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli / Tienne jusqu'à la fin le théâtre
rempli » (vers 45-46). Elle vise, elle aussi, à renforcer la vraisemblance en resserrant l'intrigue
dans une durée aussi proche que possible de celle de la représentation : cela explique que l'action
correspond souvent au moment où une crise, latente, explose, ce qui permet de la résoudre
dans la limite des 24 heures. De même, le lieu unique - même s'il peut paraître invraisemblable
que tous les personnages se rencontrent sur une place, ou dans une salle de palais - est plus
vraisemblable du point de vue du public, qui n'est pas doté du pouvoir d'ubiquité ! Enfin l’unité
d’action exige de concentrer l’intrigue autour d’un enjeu principal, auquel doivent être liées
les actions secondaires.
3- Présentation d'Andromaque
LE TITRE
Un personnage central
Comme dans la plupart de ses tragédies, le titre met en valeur le personnage central dont
dépend toute l’intrigue, selon qu’Andromaque accepte d’épouser Pyrrhus ou reste fidèle à
Hector, victime pathétique d’un douloureux chantage. Cependant, comme dans Iphigénie, Racine
ne dénoue pas sa tragédie par la mort de son héroïne.
Le prénom de cette héroïne offre déjà une part de son portrait. Formé sur "andros", l'homme, et
"makè", le combat, il reflète la force d'âme dont elle fait preuve par fidélité à son époux et par
amour maternel.
Mais la répartition de la parole dans la pièce, montre qu’Andromaque n’intervient que dans six
scènes. Nous la découvrons face à Pyrrhus dans la scène 4, la dernière de l’acte I, puis au cœur
de la pièce, dans l’acte III, face à Hermione, dans la scène 4, puis dans sa confrontation avec
Pyrrhus, directement, dans la scène 6.
Mais elle reste muette dans la scène 8, et ces scènes sont entrecoupées par des entretiens (scènes
5 et 8) avec Céphise, sa confidente, enfin, brièvement, à l’ouverture de l’acte IV, pour annoncer
à Céphise sa décision.
En revanche, elle est totalement absente de l’acte II, centré autour d’Oreste, de l’acte IV, où, sauf
dans la scène 1, l’action est principalement menée par Hermione, et de l’acte V, où seuls six vers
mentionnent son destin en ouvrant sur une perspective.
La Mythologie de l’histoire:
L'histoire d'Andromaque prend sa source dans la guerre de Troie. Elle est racontée dans l'Iliade
par Homère. Ilion est un autre nom pour désigner Troie.
Tout commence avec Pâris, le prince de Troie, fils du roi Priam. Un jour, trois déesses viennent à
lui : Héra, Athéna, et Aphrodite. Elles se disputent à propos d'une pomme qui doit revenir à la
plus belle d'entre elles.
En toute naïveté, Pâris accorde ce prix à Aphrodite. Pour le récompenser, elle lui promet l'amour
de la plus belle femme du monde.
Or la plus belle femme du monde est déjà mariée à un roi grec : Ménélas, avec qui elle a une
petite fille qui s'appelle Hermione.
Mais le sort d'Aphrodite est très puissant, Hélène tombe amoureuse de Pâris dès qu'elle le voit. Il
l'enlève et l'emmène avec lui à Troie.
Ménélas furieux demande aux autres rois grecs de l'aider à récupérer sa femme. Il fait venir
notamment Agamemnon (le père d'Oreste) et Achille (le père de Pyrrhus). D'autres guerriers
célèbres viennent aussi, comme Ulysse ou Ajax.
Le siège de Troie dure 10 ans. L'Iliade d'Homère en raconte les péripéties. Le tournant de la
guerre est marqué par la mort du plus grand guerrier troyen, Hector. C'est Achille qui parvient à
le tuer. Sans pitié, il traîne le cadavre d'Hector derrière son char en faisant 3 fois le tour de la
ville.
La mort d'Hector laisse inconsolables sa veuve Andromaque et son fils, Astyanax .
Très peu de temps plus tard, Achille est lui-même tué par Pâris d'une flèche au talon : le seul
endroit de son corps qui était vulnérable.
Vous connaissez la fin de la guerre de Troie. Les Grecs font semblant de lever le camp, et laissent
devant la ville un immense cheval de bois. Les Troyens croient que c'est un présent des dieux et
font rentrer le cheval, qui était rempli de guerriers grecs.
Pyrrhus, le fils d'Achille, participe au sac de Troie. C'est lui qui tue le roi Priam (le père de
Pâris).
La ville de Troie est mise à feu et à sang. Il n'en reste que des ruines.
Aujourd'hui même, des archéologues recherchent en Turquie les restes de la ville de Troie.
Serait-ce la colline d'Hissarlik, entre les Dardanelles et la mer Égée ?
Quoi qu'il en soit, Andromaque et Astyanax sont faits prisonniers par Pyrrhus qui les emmène
dans son royaume d'Épire. C'est maintenant que commence notre tragédie.
4. LA PIÈCE: RÉSUMÉ
a. L'intrigue
Pendant la guerre de Troie, Achille a tué Hector. Andromaque, la femme d’Hector
et Astyanax, son fils, sont faits prisonniers par Pyrrhus, le fils d’Achille. Pyrrhus tombe
amoureux de sa captive alors qu’il doit se marier avec Hermione, la fille de Ménélas et Hélène.
L’arrivée d’Oreste à la cour de Pyrrhus est l’élément déclencheur de l’intrigue.
Acte 1 - Oreste, ambassadeur des Grecs, parvenu chez Pyrrhus, y retrouve un ami fidèle,
Pylade. Il vient au nom de la Grèce pour venir exiger de Pyrrhus qu’il mette à mort Astyanax, le
fils d’Hector, de crainte qu’il ne veuille un jour se venger de la défaite de Troie et de la mort de
son père Hector, prince de Troie. Pyrrhus s’y refuse pour l’instant. Mais Oreste est aussi à la
cour de Pyrrhus parce que l’amour de sa vie, Hermione, s’y trouve. Puis Pyrrhus parle à
Andromaque ; comme elle se refuse à lui une fois de plus, il menace de livrer Astyanax aux
Grecs.
Acte 2 - Oreste parle à Hermione. Elle se montre prête à partir avec lui si Pyrrhus refuse de
mettre à mort l’enfant. Or Pyrrhus, qui jusque-là n’aimait pas Hermione, annonce à Oreste qu’il
a décidé de lui livrer Astyanax aux Grecs et qu’il va probablement épouser Hermione.
Acte 3 - Oreste est furieux de perdre définitivement Hermione. Andromaque implore
successivement Hermione et Pyrrhus de sauver la vie de son fils. Pyrrhus est prêt à changer
d’avis si elle accepte de l’épouser ; Andromaque hésite.
Acte 4 - Andromaque est résolue à épouser Pyrrhus pour sauver son fils et à se donner la mort
sitôt après par fidélité envers Hector. Hermione est furieuse et demande à Oreste de la venger
des revirements de Pyrrhus en l'assassinant.
Acte 5 - Hermione regrette d’avoir exigé la mort de Pyrrhus, qu’elle aime. Survient Oreste : il
vient d’accomplir la mission dont elle l’a chargé. Hermione le récompense par des injures.
Oreste est pris de folie, frappé par la malédiction des horribles Erinyes. Après avoir repoussé
Oreste, Hermione se donne la mort sur le cadavre de Pyrrhus.
:
Andromaque : Veuve d'Hector, captive de Pyrrhus.
Pyrrhus : fils d'Achille (qui a tué Hector), roi d'Epire.
Oreste : fils d'Agamemnon, amoureux d'Hermione.
Hermione : fille d'Hélène amante de Parys et femme de Ménélas, fiancée de Pyrrhus.
Pylade : ami d'Oreste
Cléone : confidente d'Hermione
Céphise : confidente d'Andromaque
Phoenix : gouverneur d’Achille puis de Pyrrhus.
D-STRUCTURE DE L’ŒUVRE
Répartitions de personnages :
Comme nous avons pu le voir cette œuvre se constitue de 8 personnages répartis en 2 groupes,
d’un côté les seigneurs constitués d’Andromaque, Hermione, Oreste et Pyrrhus et de l’autre les
confidents. On peut ainsi constater que les personnages sont distingués par leur sexe, 4 hommes,
4 femmes dont 4 héros (2 hommes et 2 femmes).
Les 4 confidents (Cléone, Céphise, Phoenix et Pylade) ont un point commun. Ils sont la voix de
la raison ce qui permet de mesurer la démesure de nos héros tragiques. Ils constituent un élément
essentiel à la progression de la pièce jamais de confrontation entre deux héros, le confident est
une sorte de barrière, sa présence contraint les héros. Le confident va avoir un rôle
dramaturgique important. Il permet de faire le lien entre 2 scènes.
Le temps de l'action
Comme le veut la règle classique qui exige une action limitée à 24 heures, la tragédie débute
alors que la crise a commencé depuis longtemps, comme l’explique Pylade à Oreste dans la
scène d'exposition.
Tout est donc prêt pour que l’arrivée soudaine d’Oreste, messager de la demande des Grecs,
puisse accélérer la crise, comme il le souligne lui-même à Hermione : « À peine suis-je encore
arrivé dans l’Épire, / Vous voulez par mes mains renverser un empire ». Ainsi, face à cette
menace plus pressante, le chantage de Pyrrhus et la décision d’Andromaque se trouvent
accélérés.
Ainsi, le propre d’une bonne pièce tragique, c’est avant tout de montrer sur scène les
passions humaines et à quel point elles dominent les protagonistes. Le but ? Montrer au public
que se laisser aller à ses passions, c’est pas toujours une bonne idée… puisqu’on voit ce qui
arrive à la fin !
Selon Aristote, qui a théorisé le théâtre au Ve siècle av. J-C., ça permettrait la catharsis (qu’on
pourrait traduire par « purgation ») du public. En gros, en voyant tous les malheurs qui
arrivent aux protagonistes, le public ressent à la fois de la pitié et de la crainte. C’est ce qui
permettrait sa « purification » des passions négatives. L'ambition de Racine, dans
Andromaque, est de montrer des personnages qui se perdent pour avoir défié les Dieux ou s'être
laissés submerger par leurs passions. Leur destin tragique nous dissuade de suivre leur exemple.
D'autant qu'en nous identifiant au héros, nous avons, à travers lui, éprouvé ces terribles passions
: au cours de la représentation tragique de la pièce, nous subissons une sorte de «
purification » (catharsis en grec) qui nous libère des tentations les plus dangereuses. De
cette impuissance naît l'ironie tragique. Les héros sont écrasés par la fatalité : leurs efforts sont
vains, et le public en est conscient.
Dernier ingrédient de la recette d’une délicieuse tragédie classique : une bonne dose de
destinée inéluctable. Pendant toute la pièce, aucun personnage ne peut lutter contre la fatalité
qui pèse sur lui.
Dès le début, la mort est partout : on sort quand même de la guerre de Troie, qui n’est pas
l’épisode le plus drôle de l’histoire antique… Hector est mort, sa veuve est prisonnière, bref,
c’est la catastrophe depuis la première scène. L’amour est le sujet de la pièce, mais il est aussi
victime du destin : Oreste ne sera jamais aimé de sa cousine, qui ne sera jamais aimée de son
promis, qui… Tout est écrit pour que ça finisse mal.
Et comme prévu, ça finit mal pour tout le monde : Pyrrhus meurt, Hermione se suicide, Oreste
devient fou… mais Andromaque reste debout ! C’est peut-être la seule originalité de ce modèle
du genre : l’héroïne éponyme (= qui donne son nom à l’œuvre) ne meurt pas. Mais elle a quand
même perdu son mari, donc on ne va pas l’envier non plus.
8-L'ÉCRITURE DU TRAGIQUE
Les choix lexicaux
Le vocabulaire doit mettre en valeur l'image du héros, et l'horreur de sa situation. Par
exemple, les tirades d’Hermione multiplient l’expression de sa « haine » envers à la fois Pyrrhus
et sa rivale, tandis que celles d’Andromaque sont emplies de cris de « douleur », de « larmes » en
lien avec les visions sanglantes qu’elle développe avec de nombreux adjectifs hyperboliques. Ce
vocabulaire est mis en évidence par les échos à la rime, tels la « nuit éternelle » qui prolonge
l’image de la « nuit cruelle », ou « les yeux étincelants » de Pyrrhus associés aux « palais
brûlants » de Troie.
Le rythme et le registre
Enfin, le rythme même de l’alexandrin est mis au service du tragique, par exemple par un
bouleversement de l'ordre syntaxique habituel : des noms, des adjectifs sont mis en relief par
rapport à leur place attendue, notamment par une inversion, un rejet en tête de vers, une mise en
valeur à la rime ou à la césure de l'alexandrin.
Racine joue également sur des parallélismes ou en choisissant la phrase nominale, pour un cri
bref. Tantôt le rythme est haché, comme pour reproduire l'angoisse, tantôt, au contraire, il
s'allonge, avec des enjambements et des énumérations.
Registre lyrique : c'est un registre qui permet de dévoiler l'intériorité et les sentiments du
personnage. Dans Andromaque, on retrouve le registre lyrique lorsqu'Oreste prend conscience de
la faute qu'il a commise en tuant son ami et prise de conscience sur le jeu de manipulatrice qu'a
adopté Hermione. On assiste à la mort psychologique du personnage et le registre lyrique met en
lumière le désespoir du personnage.
Registre tragique : c'est un registre qui met en lumière la prédestination chez un personnage qui
fait tout pour échapper à son destin mais qui n'y arrive jamais. Par exemple, le destin d'Oreste est
annoncé dès le début de la pièce.
La tension dramatique : par le suspens que créé le dramaturge et qui donne envie de connaître la
suite de la pièce à la fin de chaque acte.
9- L’ŒUVRE AUJOURD’HUI
Comment percevons-nous l’œuvre aujourd’hui ?
Le contexte actuel n’a plus rien avoir avec celui du temps de Racine. La monarchie absolue a
disparu, le public n’est plus aussi familier de la mythologie grecque, les valeurs de l’honneur et
de la fidélité se sont affaiblies, la crainte des dieux n’est plus de mise. Et pourtant bien des
questions que soulèvent Andromaque continuent de trouver un écho dans notre monde
contemporain. (Exemple) Pyrrhus mérite notre pitié : il a eu le courage de s’opposer aux Grecs, à
Hermione, à tous ceux qui voudraient que les conflits ancestraux perdurent à jamais, qu’il n’y ait
jamais de paix possible entre anciens ennemis. Il a payé de sa vie ce choix de la paix et du
renouveau. Il évoque tous ceux qui, dans le monde d’aujourd’hui, se battent pour la
réconciliation et la fin des conflits.
L’analyse que Racine fait des passions et de la condition humaine continue elle aussi de nous
concerner. La facilité avec laquelle l’amour peut se transformer en haine, comme on le voit dans
le cas de Pyrrhus et d’Hermione, demeure une constante de la psychologie humaine. Les dangers
de la passion amoureuse et du désir, quand aucune morale ne vient les limiter, n’ont pas changé :
comme Oreste, l’homme moderne a toujours en lui la tentation du pire, et peut aller, par amour,
jusqu’au meurtre. La folie guette celui qui reçoit d’une même personne des ordres
contradictoires, comme Oreste qui reçoit successivement d’Hermione la mission d’aller tuer
Pyrrhus, puis le reproche de l’avoir tué… La folie passionnelle de la princesse puis le suicide
sont des risques toujours actuels, quoi qu’on en pense.
10- CONCLUSION
Cette tragédie est le plus touchant modèle de tendresse maternelle et de piété conjugale. Son
succès rappelle celui du Cid par l’exagération des éloges comme par la violence des critiques ;
c’est de toutes les tragédies de Racine celle qui produit le plus d’effet au théâtre par l’énergie et
la vérité des passions et une continuelle alternative de crainte et d’espérance, de terreur et de
pitié. Le caractère élevé, calme d’Andromaque forme un heureux contraste avec les passions
violentes dont elle est entourée. Le rôle de Pyrrhus fut vivement attaqué à cause de ses
emportements.
Malgré tout ce qui sépare l’univers de Racine du notre, bien des questions continuent de nous
toucher dans Andromaque. La guerre et la paix, la morale et le mal, le désir et l’amour, la folie et
la mort hante notre monde, comme il hantait celui des Grecs et des gens du XVIIème siècle.
C’est pourquoi Racine demeure un classique : un homme habité par des interrogations
fondamentales sur l’être humain.