CHAPITRE 1 LE LANGAGE MATHÉMATIQUE
Ce chapitre, volontairement court, précise les modalités du raisonnement mathématique.
En effet on n’écrit pas un texte mathématique comme un texte de langage courant : ce
serait théoriquement possible mais totalement impraticable pour de multiples raisons (le
raccourci des “formules” est notamment une aide précieuse pour l’esprit).
Une définition précise le sens mathématique d’un mot ; par exemple :
Définition: Un ensemble E est fini si il n’est pas en bijection avec lui-même privé d’un
élement. Un ensemble est infini si il n’est pas fini.
On voit tout de suite deux difficultés avec cet exemple : d’abord il faut avoir défini
“ensemble” (ce que nous ne ferons pas) et “être en bijection” (ce qu’on fera au chapitre
suivant) pour que la définition ait un sens ; ensuite il n’est pas immédiat que la définition
donnée coı̈ncide avec l’idée intuitive que l’on a d’un ensemble fini (c’est en fait vrai).
Un énoncé mathématique (nous dirons simplement énoncé) est une phrase ayant un
sens mathématique précis (mais qui peut être vrai ou faux) ; par exemple :
(A) 1=0
(B) Pour tout nombre réel x on a x2 ≥ 0
(C) x3 + x = 1
sont des énoncés ; le premier est faux, le second est vrai, la véracité du troisième
dépend de la valeur de la variable x. Par contre, des phrases comme “les fraises sont des
fruits délicieux”, “j’aime les mathématiques” sont clairement subjectives. L’affirmation :
“l’amiante est un cancérogène provoquant environ trois mille décès par an en France et
le campus de Jussieu est floqué à l’amiante” n’est pas un énoncé mathématique, même si
l’affirmation est exacte. Nous ne chercherons pas à définir précisément la différence entre
énoncé mathématique et énoncé non mathématique.
Un théorème est un énoncé vrai en mathématique ; il peut toujours être paraphrasé de
la manière suivante : “Sous les hypothèses suivantes : .... , la chose suivante est toujours
vraie :... ”. Dans la pratique certaines des hypothèses sont omises car considérés comme
vraies a priori : ce sont les axiomes. La plupart des mathématiciens sont d’accord sur un
certain nombre d’axiomes (ceux qui fondent la théorie des ensembles, voir chapitre suivant)
qui sont donc la plupart du temps sous-entendus.
Par exemple nous verrons au chapitre 5 que :
THÉORÈME: Soit n un nombre entier qui n’est pas le carré d’un
√ entier alors il n’existe
pas de nombre rationnel x tel que x2 = n (en d’autres termes n n’est pas un nombre
rationnel).
Pour appliquer un théorème à une situation donnée, on doit d’abord vérifier que les
hypothèses sont satisfaites dans la situation donnée, traduire la conclusion du théorème
dans le contexte et conclure.
Par exemple : prenons n = 2 (puis n√= 4) alors 2 n’est pas le carré d’un entier donc
le théorème nous permet d’affirmer que 2 n’est pas un nombre rationnel. Par contre √
l’hypothèse n’est pas vérifiée pour n = 4 et le théorème ne permet pas d’affirmer que 4
n’est pas un nombre rationnel (ce qui serait d’ailleurs bien sûr faux!).