Histoire de la papauté et du papisme
Histoire de la papauté et du papisme
1. Les livres apocryphes (ou cachés) sont des compositions qui n'ont jamais été reçues comme inspirées, par les Juifs,
auxquels les oracles de Dieu ont été confiés (Romains 3:2); néanmoins le concile de Trente (dans le seizième siècle) les a
déclarés divins.
Mais le clergé ne voulait pas que le peuple illettré et aveuglé s'aperçût de cette distinction. C'était en
effet un temps de grande ignorance où un bien petit nombre de personnes savaient lire. Le clergé en
profitait pour exercer une autorité d'autant plus absolue sur le peuple. Il usait aussi de son influence
pour engager le pouvoir civil à défendre la lecture de la Bible. Ainsi, en 1394, un arrêt de la Chambre
des Lords en Angleterre l'interdisait. Les prêtres disaient à propos de la traduction de la Bible en lan-
gue vulgaire: «Hélas! la perle de l'Évangile est maintenant jetée aux pourceaux et foulée par eux.
L'Évangile que Christ avait donné au clergé pour qu'il le garde, devient maintenant le partage des laï-
ques.»
On dira peut-être: «C'est dans le moyen âge seulement que les choses se passaient ainsi.» Ce serait
une erreur de le penser. En l'an 1526, ce que l'on nomme le moyen âge était passé, et l'Anglais Tyndall,
un serviteur de Dieu, avait traduit dans sa langue maternelle et fait imprimer le Nouveau Testament.
L'évêque de Londres ayant appris que ces livres étaient destinés à être répandus en Angleterre, acheta
toute l'édition et la fit brûler à Londres. En 1530, le même fait se renouvela. On ne se contentait même
pas de brûler les saintes Écritures; maintes fois le même sort atteignait ceux qui les possédaient et les
lisaient. Ainsi, en 1519, une pauvre veuve, mère de plusieurs enfants, fut brûlée vive, parce qu'on avait
trouvé sur elle l'oraison dominicale, les dix commandements et le symbole des apôtres en anglais.
Telle était la frayeur qu'inspirait au clergé la parole de Dieu. Pourquoi? Parce que la Bible condamne
les erreurs et les pratiques de l'église de Rome. Le clergé, en voyant l'usage que de prétendus héréti-
ques faisaient des Écritures, pour dévoiler et combattre les abus et les fausses doctrines de cette église,
ne trouvait rien de mieux que d'en défendre la lecture, de peur que les âmes ne vinssent à la lumière.
Il inculquait au peuple la pensée — et il cherche encore à le faire — que les laïques ne peuvent com-
prendre la Bible et que, par sa lecture, ils risquent le salut de leur âme. Un évêque anglais qui vivait
à la même époque que la veuve dont j'ai parlé, disait du haut de la chaire: «Ôtez ces traductions nou-
velles (celles de la Bible), sans cela une ruine totale menace la religion de Jésus Christ.» Il voulait dire
par là l'église romaine. Et il suppliait le roi de fermer à ce livre l'entrée du royaume.
Mais de nos jours, dira-t-on, il n'en est pas ainsi. L'église romaine ne change pas. De nos jours, il
est vrai, les prêtres catholiques ont traduit en langage vulgaire les saintes Écritures, mais un laïque
soumis à l'église n'osera pas les lire sans l'approbation du prêtre, et il faudra qu'il accepte l'interpréta-
tion que l'église donne. Il est même telle contrée où, si le prêtre apprend qu'une personne ou une
famille possède la Bible, il se la fera remettre pour la brûler. Bien plus, en 1883, à Barcelone, par ordre
du gouvernement, un certain nombre d'exemplaires des Évangiles furent livrés aux flammes. Et un
journal non seulement approuvait ce fait, mais exprimait le désir que les hérétiques qui cherchaient à
répandre ce livre partageassent le même sort. On voit donc que si l'église romaine ne peut plus, comme
au moyen âge, dresser des bûchers et y faire périr ceux qui ne se soumettent pas à elle, son esprit est
resté le même. Elle est figurée dans la parole de Dieu par «la femme enivrée du sang des saints, et du
sang des témoins de Jésus.» (Apocalypse 17:6.) Nous verrons, dans la suite de ces pages, combien,
hélas! cela est vrai.
Quant à la défense de lire les Écritures, cela est totalement opposé au témoignage qu'elles rendent.
Même un jeune enfant, je veux dire Timothée, avait dès son jeune âge la connaissance des saintes let-
tres qui rendent sage à salut. (2 Timothée 3:15.) Paul adjurait les saints que ses lettres fussent lues à
tous les saints frères (1 Thessaloniciens 5:27), et qu'elles passassent d'une assemblée à une autre.
(Colossiens 4:16.) L'Esprit Saint louait les Béréens de ce qu'ils contrôlaient par les Écritures les paro-
les même d'un apôtre. (Actes 17:11.) Souvenons-nous aussi des paroles de notre Seigneur et Sauveur:
«Sondez les Écritures, car vous, vous estimez avoir en elles la vie éternelle, et ce sont elles qui rendent
témoignage de moi.» (Jean 5:39.) Tenons donc ferme à la sainte Parole par laquelle nous pouvons
juger de toutes choses.
LES SACREMENTS DANS L'ÉGLISE ROMAINE
Après les quelques pages que nous avons consacrées à la papauté, et passant sous silence la triste
histoire de la succession des papes, chefs de l'église romaine, nous passerons à l'examen du culte, des
pratiques et des doctrines de cette église, ce que l'on nomme spécialement le papisme.
Dans le Nouveau Testament, le Seigneur a établi seulement deux ordonnances. D'abord le bap-
tême1, qui est le signe de l'introduction dans l'Église, la maison de Dieu sur la terre, fondée sur la mort
et la résurrection du Seigneur. Mais le baptême ne sauve pas, ne lave pas du péché, ne régénère pas,
comme l'enseigne l'église romaine. L'apôtre Pierre le dit expressément2. Par conséquent, quand le Sei-
gneur Jésus dit à Nicodème: «Si quelqu'un n'est né d'eau et de l'Esprit, il ne peut entrer dans le
royaume de Dieu»3, l'eau ne désigne pas le baptême, mais la parole de Dieu, comme Jacques le dit en
parlant des chrétiens: «De sa propre volonté», Dieu, le Père des lumières, «nous a engendrés (ou fait
naître) par la parole de la vérité»4. C'est pourquoi l'apôtre Paul dit: «Dieu… nous sauva… selon sa
propre miséricorde, par le lavage de la régénération et le renouvellement de l'Esprit Saint»5. Et Pierre
1. Matthieu 28:19.
2. «Or cet antitype (l’antitype de l'arche) vous sauve aussi maintenant, c'est-à-dire le
baptême, non le dépouillement de la saleté de la chair, mais la demande à Dieu d'une
bonne conscience, par la résurrection de Jésus Christ.» (1 Pierre 3:21.)
3. Jean 3:5
4. Jacques 1:18.
5. Tite 3:5.
dit aussi: «Vous êtes régénérés (ou nés de nouveau)… par la vivante et permanente parole de Dieu»1.
Ce n'est donc pas le baptême d'eau qui produit la nouvelle naissance, sans laquelle on ne peut entrer
dans le royaume de Dieu, mais c'est la parole de Dieu reçue dans le cœur et appliquée à l'âme par la
puissance de l'Esprit Saint. C'est l'Esprit Saint qui, par le moyen de la Parole, produit en nous une
nature et une vie nouvelles. Le Seigneur dit — «Celui qui entend ma parole, et qui croit celui qui m'a
envoyé, a la vie éternelle»2. Ainsi il ne suffit pas d'avoir été baptisé et de porter le nom de chrétien.
Pour posséder la vie éternelle, il faut croire du cœur au nom du Fils de Dieu.
L'église romaine, au contraire, présente le baptême comme nécessaire au salut, de sorte qu'un petit
enfant serait perdu, s'il venait à mourir non baptisé, et qu'un adulte qui aurait la foi au Seigneur et
mourrait sans baptême ne serait pas sauvé. L'Écriture nous dit quant aux petits enfants que Jésus est
venu les sauver (Matthieu 18:11, 14), et quant à ceux qui sont en âge de raison, elle déclare simple-
ment que celui «qui croit au Fils a la vie éternelle» (Jean 3:36), sans qu'il soit question de baptême.
Les apôtres du Seigneur furent-ils baptisés du baptême chrétien? Non. Le brigand converti sur la croix
fut-il baptisé? Non, et cependant il alla le même jour au Paradis. Toutefois, bien que le baptême d'eau
ne sauve pas, celui qui n'aurait pas été baptisé doit l'être par obéissance au Seigneur.
L'église romaine a aussi ajouté plusieurs choses à l'ordonnance du Seigneur. D'abord elle veut que
l'eau du baptême soit additionnée de sel et consacrée par le prêtre — c'est l'eau bénite, à laquelle on
attribue bien des vertus, entre autres celle de chasser le démon loin des baptisés. Ensuite, sauf des cas
1. 1 Pierre 1:23.
2. Jean 5:24.
extrêmes, le prêtre seul a le droit d'administrer le baptême. Nous ne voyons rien de semblable dans
l'Écriture. C'est d'eau pure et simple que l'on se servait pour baptiser c'est Ananias, un simple disciple,
qui baptise Paul c'est Philippe, qui n'était que diacre ou serviteur, qui baptise l'officier éthiopien; ce
sont les frères de Joppé, venus avec Pierre, qui administrent le baptême à Corneille et aux autres con-
vertis. (Actes 8:38; 9:18; 22:16; 10: 47-48.)
La seconde ordonnance est la Cène ou souper du Seigneur. Jésus l'a instituée avant sa mort,
lorsqu'il était pour la dernière fois à table avec ses bien-aimés disciples et qu'il avait mangé avec eux
la Pâque1. Mais après être monté dans la gloire, il a rappelé à l'apôtre Paul ce qu'il avait établi la nuit
qu'il fut livré, pour que tous les vrais croyants y participent2. Nous voyons par là combien notre pré-
cieux Sauveur tient à ce que la Cène soit célébrée, de même qu'autrefois l'Éternel tenait à ce que les
enfants d'Israël ne négligeassent pas de garder l'ordonnance de la Pâque, qui leur rappelait leur déli-
vrance du pays d'Égypte3. C'est que la Cène rappelle aussi aux chrétiens la délivrance bien plus grande
dont ils sont les objets. Elle remet en mémoire aux croyants que Christ, dans son amour, a souffert et
est mort pour eux. C'est pourquoi Il est appelé «notre Pâque». «Notre pâque, Christ», dit Paul, «a été
sacrifiée» pour nous4. La Cène du Seigneur se célèbre très simplement, quand on suit la parole de
Dieu. Le pain que l'on rompt et qui est partagé entre tous, représente et rappelle le corps du Seigneur
qui a été livré pour nous et offert en sacrifice sur la croix. Le vin contenu dans la coupe, à laquelle
1. Luc 22:19-20.
2. 1 Corinthiens 11:23-26.
3. Deutéronome 16:1-2; Exode 12:21-27; 34:18; Lévitique 23:5; Nombres 28:16-17.
4. 1 Corinthiens 5:7.
tous participent, parce que le Seigneur a dit: «Buvez-en tous»1, est le mémorial du sang précieux de
Christ, l'Agneau sans défaut et sans tache, qui a été versé pour la rémission des péchés afin de nous
racheter et de nous purifier du péché2. Et le Seigneur a dit en instituant la Cène, soit en rompant le
pain, soit en distribuant la coupe: «Faites ceci en mémoire de moi.» Quelle chose douce et précieuse
pour le cœur du chrétien de se rappeler d'une manière spéciale, chaque premier jour de la semaine, le
grand et ineffable amour du Sauveur envers lui! Et il le fait en communion d'amour avec les autres
croyants, qui sont, comme lui, membres du corps de Christ3.
L'apôtre Paul rappelle encore une chose relativement à ce saint repas. Il dit: «Toutes les fois que
vous mangez ce pain et que vous buvez la coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il
vienne»4. Ainsi, dans la Cène, nous sommes mis en présence de l'amour infini du Seigneur mort pour
nous, nous annonçons cette mort au monde coupable, puis nos pensées sont portées en avant vers ce
bienheureux jour où Christ reviendra pour consommer sa victoire en transformant nos corps et en nous
introduisant dans la gloire avec Lui. Tout nous parle là de son amour. Quel bonheur d'avoir sa place
à la table du Seigneur! Mais l'église romaine a complètement travesti la Cène du Seigneur dans ce
qu'elle appelle la messe, dont nous parlerons plus tard.
1. Matthieu 26:27.
2. 1 Pierre 1:18-19; 1 Jean 1:7; Apocalypse 1:5.
3. 1 Corinthiens 12:13; 10:17; Éphésiens 5:30.
4. 1 Corinthiens 11:26.
Ces ordonnances du Seigneur sont appelées par quelques-uns, et surtout par l'église romaine, des
sacrements. À ce mot se rattache l'idée qu'elles confèrent une certaine grâce spirituelle à celui qui y a
part. Nous avons vu qu'aucune grâce n'est conférée par le baptême. C'est un privilège, sans doute,
d'être introduit par le baptême dans la maison de Dieu sur la terre; mais le baptême n'est qu'un signe.
Il n'apporte aucun changement dans l'âme de celui qui le reçoit. C'est un très grand privilège de par-
ticiper à la Cène du Seigneur; mais on le fait et on en jouit, parce que l'on est déjà sauvé par la mort
du Christ, que l'on est membre de son corps, et béni en Lui de toute bénédiction spirituelle1. On est
heureux de rappeler son amour, on Lui rend grâces et on rend grâces au Père qui nous a introduits dans
le royaume du Fils de son amour, et nous a donné une part avec les saints dans la lumière2. On adore
le Père et le Fils par l'Esprit Saint qui nous a été donné; mais on a déjà tout reçu en fait de grâces.
Seulement dans la Cène, le croyant jouissant de tout ce qu'il a reçu en bénit son Seigneur et son Dieu,
et c'est une grâce de pouvoir le faire.
1. Éphésiens 1:3.
2. Colossiens 1:12-14.
LA CONFIRMATION ET LA PÉNITENCE
Revenons maintenant à ce qu'enseigne l'église de Rome au sujet des sacrements. Non contente des
deux ordonnances établies par le Seigneur, elle a, de son chef, ajouté cinq sacrements au baptême et
à la Cène. Le fameux concile de Trente, tenu dans le XVIe siècle, et qui a fixé la doctrine romaine,
énumère ainsi les sacrements: le baptême, la confirmation, l'eucharistie1 ou cène, la pénitence,
l'extrême onction, l'ordre (le caractère ecclésiastique des prêtres), et le mariage. À part le baptême et
la Cène, les autres sacrements sont des inventions humaines dont nous ne trouvons aucune trace dans
l'Écriture. Nous avons parlé du baptême; disons quelques mots des autres sacrements.
La confirmation, dans l'église romaine, est une cérémonie qui a pour but de confirmer les grâces
du baptême. En général, elle a lieu pour les enfants de 11 à 12 ans avant de les admettre à ce que l'on
appelle la première communion, la première participation à la Cène. On prétend les rendre ainsi «par-
faits chrétiens, en leur communiquant l'abondance des grâces et des dons de l'Esprit Saint». C'est à
l'évêque qu'il appartient de confirmer. Il le fait par l'imposition des mains, le signe de la croix et
l'onction avec l'huile consacrée. Il y ajoute un léger soufflet sur la joue, avec ces mots: «La paix soit
avec vous.» Pouvons-nous penser que de semblables actes rendent chrétiens, sinon parfaits chrétiens,
ou communiquent l'Esprit Saint? Est-il question de cela dans l'Écriture? Nullement. Ces pauvres
enfants que l'on confirme ne sont peut-être pas même sauvés. Car c'est par la foi au Seigneur Jésus
que nous avons la rédemption, la rémission des péchés par son sang, et ayant cru en Lui, nous rece-
1. Ce mot signifie actions de grâces. Il désignait d'abord les prières qui accompagnaient la communion ou Cène, et a fini
par s'appliquer à la Cène même.
vons l'Esprit Saint. Lisons ce que l'apôtre Paul dit en Éphésiens 1:13: «Ayant entendu la parole de la
vérité, l'évangile de votre salut, auquel aussi ayant cru, vous avez été scellés du Saint Esprit de la pro-
messe.» Là il n'est question ni d'évêque, ni d'imposition des mains, ni d'onction. L'homme et ses céré-
monies n'y sont pour rien. Tout est de Dieu pour celui qui croit. On entend l'Évangile, on y croit, et
Dieu nous donne l'Esprit Saint. Quelle simplicité, quelle grâce!
Dans le sacrement de la pénitence, l'église romaine comprend, sans doute, le regret d'avoir offensé
Dieu par quelque péché. Mais la partie essentielle en est la confession auriculaire, c'est-à-dire faite à
l'oreille du prêtre, l'absolution que celui-ci donne et l'accomplissement de la pénitence proprement
dite, imposée par le prêtre, et consistant en certains actes de piété, ou de dons, ou de réparations. Où
trouvons-nous cela dans l'Écriture? Où voyons-nous qu'un homme ait le pouvoir de donner l'absolu-
tion des péchés? où est-il dit que l'on ait à confesser à un tel homme, dans le secret, les fautes que l'on
a commises, et qu'il ait l'autorité d'infliger une peine pour les expier? Nulle part. Sans doute que, si un
chrétien est tombé dans quelque faute, il doit la juger, s'en repentir et en avoir horreur. Mais à qui la
confessera-t-il? La parole de Dieu le dit: «Si nous confessons nos péchés, il (c'est-à-dire Dieu) est
fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité.»1 A qui David con-
fessa-t-il ses transgressions? Il le dit: «J'ai dit: Je confesserai mes transgressions à l'Éternel; et toi, tu
as pardonné l'iniquité de mon péché.»2 Il est vrai qu'en Jacques 5:16, il est écrit: «Confessez donc vos
fautes l'un à l'autre, et priez l'un pour l'autre»; mais cela ne veut pas dire: Confessez vos fautes à un
1. 1 Jean 1:9.
2. Psaume 32:5.
prêtre, mais si vous avez manqué envers un autre, confessez-le lui. C'est une chose que nul ne doit
négliger. Les enfants et les jeunes gens ont à confesser à leurs parents et à leurs supérieurs les fautes
qu’ils ont commises à leur égard, si cachées qu'elles aient pu être. On n'est jamais heureux quand il
reste sur la conscience le poids d'une faute commise1. Ont-ils manqué envers un camarade, envers un
ami, envers leurs frères ou sœurs, envers leurs parents ou leurs maîtres, envers qui, que ce soit, il faut
le confesser simplement, sans restriction et sans excuse et le cœur sera allégé. Et il en est ainsi pour
chacun. Mais par-dessus tout, confessez tout à Dieu, qui pardonne, comme il le dit dans sa Parole.
Quant à l'absolution donnée par un homme, qui peut pardonner les péchés que Dieu seul? C'est ce que
toute l'Écriture enseigne. Il est bien dit: «A quiconque vous remettrez les péchés, ils sont remis; et à
quiconque vous les retiendrez, ils sont retenus.»2 Mais il ne s'agit pas ici de l'absolution donnée après
une confession secrète à l'oreille d'un prêtre. Le Seigneur, par ces paroles, confie aux disciples la mis-
sion d'annoncer au monde la rémission des péchés à ceux qui croient, et au contraire le jugement à
ceux qui ne croient pas3.
Dans les premiers temps de l'Église, on demandait que ceux qui avaient commis un grand péché
en fissent une confession publique avant d'être de nouveau reçus dans la communion chrétienne. Le
grand empereur Théodose fut obligé de s’humilier ainsi devant tout son peuple, à Milan. Peu à peu on
en vint à se confesser aux prêtres, et en l'an 1215, le pape Innocent III établit la confession auriculaire
comme obligatoire, et l'on dut se confesser pour pouvoir communier, pour être marié et pour recevoir
1. Dans l'Église primitive, celle des premiers siècles après les apôtres, les pénitents (ceux qui avaient été exclus de la
communion), et les catéchumènes, à qui il n'était pas permis d'assister à la communion que l'on nommait les saints
mystères, étaient congédiés par ces mots: «Ite, missa est ecclesia», c'est-à-dire: «Allez, l'assemblée est congédiée.» De
missa, on a fait messe, pour désigner la cérémonie de la Cène.
2. Le pain de la communion est une sorte d'oublie faite de farine et d'eau, sans levain, et sur laquelle est l'empreinte d'une
croix. On lui donne le nom d'hostie ou sacrifice, nous verrons pourquoi. On la conserve dans l'ostensoir, vase plus ou
moins richement orné, dans lequel on l'expose ou on la transporte. Il n'y a rien de semblable dans la parole de Dieu. Le
pain que rompit le Seigneur Jésus, était celui dont on se servait à table.
dont nous parlerons plus loin. Puis le prêtre communie avec le pain et la coupe, et donne la commu-
nion avec le pain seulement, aux assistants qui l'ont demandée. La messe se termine par l'action de
grâces, et l'assemblée est congédiée par ces mots: «Ite, missa est.»
Sans parler de tout ce qui accompagne la célébration de la messe, les ornements de l'autel, les cier-
ges et l'encens, les vêtements des prêtres et de ceux qui l'assistent, choses qui rappellent les formes du
judaïsme et même du paganisme, on voit aisément combien l'église romaine s'est écartée du culte «en
esprit et en vérité» dont parle le Seigneur1, et l'a remplacé par des cérémonies arrêtées d'avance et des
choses qui agissent sur les sens. C'est un culte charnel, inventé par l'homme, où rien n'est laissé à la
libre action de l'Esprit Saint. De plus, le prêtre est là, ayant seul le droit d'officier, faisant partie d'une
classe à part, tandis que, selon la parole de Dieu, tous les croyants sont une «sainte sacrificature»2,
chacun de ceux qui la composent ayant le privilège de rendre l'action de grâces à la table du Seigneur,
sous la direction de l'Esprit Saint. Remarquez ensuite que la messe se dit en latin; prières, chants, lec-
tures, tout, ou à peu de chose près, est dans une langue étrangère à la très grande majorité des assis-
tants, de sorte que ce n'est pour eux rien qu'une forme et de vaines redites. Or l'apôtre Paul dit qu'il
aimait mieux prononcer cinq paroles dans l'assemblée et en être compris, que dix mille dans une lan-
gue étrangère3.
1. Jean 4:23-24.
2. 1 Pierre 2:5-9.
3. 1 Corinthiens 14:19.
Mais il y a des choses pires encore; les erreurs les plus graves se mêlent à ce culte de l'église de
Rome. La table de communion est devenue un autel. Le concile de Trente enseigne en effet que, dans
la Cène ou la Messe, est offert un véritable sacrifice, non sanglant, il est vrai, mais un sacrifice vrai-
ment propitiatoire, efficace pour les péchés non expiés des vivants et des morts. C'est Christ qui est
offert, dit le concile, c'est la même victime que celle qui autrefois s'est offerte elle-même sur la croix,
et qui est offerte maintenant par le ministère des prêtres. Par ce sacrifice propitiatoire renouvelé cha-
que jour dans l'Eucharistie, Dieu, selon l'église de Rome, est apaisé et nous est rendu propice. On peut
aisément voir que cet enseignement est contraire à l'Écriture. L'Esprit Saint, dans l'épître aux Hébreux,
déclare que «l'offrande du corps de Jésus Christ» a été faite «une fois pour toutes»; que Christ a offert
«un seul sacrifice pour les péchés,» et que, «par une seule offrande, il a rendu parfaits à perpétuité
ceux qui sont sanctifiés», de sorte que Dieu ne se souviendra «plus jamais de leurs péchés ni de leurs
iniquités» et que «là où il y a rémission de ces choses, il n'y a plus d'offrande pour le péché». De plus,
il nous est dit que Christ ne peut s'offrir plusieurs fois, parce qu'alors il devrait souffrir plusieurs fois,
et enfin que, «sans effusion de sang, il n'y a point de rémission de péchés»1. Un sacrifice non sanglant
n'en est donc pas un, et Christ glorifié ne peut souffrir, ce qui est nécessaire pour un vrai sacrifice.
Partout, dans ces chapitres 9 et 10 de l'épître aux. Hébreux, il est insisté sur le fait d'un seul, unique
sacrifice de Christ, pleinement suffisant pour ôter les péchés. Ainsi le sacrifice de la messe n'en est
pas un, et les âmes qui s'appuient sur ce faux enseignement, sont trompées, et ne peuvent jamais jouir
de la paix qui résulte de ce qu'en vertu du seul et unique sacrifice de Christ, Dieu ne se souvient plus
1. Hébreux 10:17-18.
2. Hébreux 9:27.
3. Ce qui veut dire, ceci représente mon corps, de même que, dans l'institution de la Pâque, l'agneau est appelé la Pâque
de l'Éternel. (Exode 12:11.)
chose que la chair du Christ et son sang, la même chair qui est née de Marie et qui a souffert sur la
croix.» Après une longue et vive opposition, le quatrième concile de Latran, en 1215, consacra cette
doctrine en ces termes: «Le corps et le sang du Seigneur sont véritablement contenus dans le sacre-
ment de l'autel sous la figure du pain et du vin, lorsque par la puissance de Dieu et par le moyen du
prêtre officiant, le pain est changé dans le corps, et le vin dans le sang de Christ. Le changement opéré
de cette manière est si réel et si complet, que les éléments (le pain et le vin) contiennent Christ tout
entier — divinité, humanité, âme, corps et sang, avec toutes leurs parties constituantes.» Et le concile
de Trente, dans le XVIe siècle, a confirmé cette doctrine, et tout membre de l'église de Rome doit la
croire, sous peine d'anathème! Le prêtre, à un certain moment élève l'hostie, et en vertu des paroles
qu'il a prononcées, cette hostie est Dieu Lui-même. Il se prosterne en l'adorant, et tout le peuple suit
son exemple. Un homme, et parfois un homme méchant, crée son Créateur! expression blasphéma-
toire et pourtant usitée, car l'hostie, dit l'église de Rome, n'est plus du pain, mais Christ Lui-même.
Ceux qui possèdent la parole de Dieu, savent, d'après elle, que Christ est maintenant dans la gloire,
dans un corps glorifié; il ne peut donc être en même temps ici-bas, âme, corps et sang, dans l'hostie.
Son sang a été versé une fois pour toutes pour l'expiation des péchés, et ne peut être dans la coupe. Il
faudrait donc qu'il y eût deux Christs. Dans la Cène, selon l'Écriture, on annonce la mort du Seigneur,
on se souvient de la mort du Seigneur, mais supposer que l'on puisse mettre à mort un Christ glorifié
est une chose horrible et contraire à toute vérité. C'est là une des plus fatales erreurs de l'église de
Rome, c'est une monstrueuse idolâtrie. On trompe le pauvre peuple en lui faisant croire qu'un morceau
de pain est devenu Dieu et qu'il faut l'adorer.
L'église romaine a institué une fête que l'on nomme Fête-Dieu, ou du Saint Sacrement. Ce jour-là,
dans une procession solennelle, on porte l'hostie consacrée dans un magnifique ostensoir. Tout le
monde doit s'agenouiller sur son passage en signe d'adoration, car c'est Dieu qui est là, disent les prê-
tres. En certains pays, comme l'Espagne, le prêtre qui porte l'hostie à un mourant, est accompagné d'un
homme qui durant tout le trajet sonne une clochette. Dès qu'elle se fait entendre, tous ceux à qui le son
parvient doivent tomber à genoux et y rester jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus le percevoir. Le prêtre
fait croire au peuple et dit au mourant que c'est le Dieu vivant qui est dans le ciboire1 et que l'on trans-
porte ainsi. Quelle triste aberration!
Nous avons vu aussi que les simples fidèles communient avec le pain seulement. La coupe est
réservée aux prêtres seuls. C'est encore une invention humaine dont la parole de Dieu ne dit rien. Au
contraire, le Seigneur dit à ses disciples: «Buvez-en tous»; et l'apôtre, s'adressant à toute l'assemblée
à Corinthe, recommande que chacun «mange du pain et boive de la coupe»2. Ce retranchement de la
coupe, aux laïques se fait sous prétexte qu'il pourrait s'attacher à la barbe quelques gouttes du vin con-
sacré ou que les malades pourraient en répandre, et que d'ailleurs l'hostie renferme la chair du Sei-
gneur aussi bien que le sang. On dit aussi que le sang étant dans l'hostie, il n’est pas nécessaire que
les laïques boivent la coupe. Mais alors pourquoi les prêtres la boivent-ils? On voit clairement que
cette coutume n'a été établie que pour marquer plus distinctement la supériorité des prêtres.
1. Les mots ancien et surveillant équivalent à ceux de prêtre et d'évêque. Prêtre vient d'un mot grec qui veut dire ancien,
et évêque d'un mot qui signifie surveillant. La charge d'ancien ou de surveillant consistait à paître l'assemblée de Dieu, le
troupeau du Seigneur. (Actes 20:17, 28; 1 Pierre 5:2.) Il y avait plusieurs anciens ou surveillants dans une assemblée.
L'Écriture parle pas de diocèses, sur chacun desquels serait établi un évêque ou un archevêque; elle ne mentionne pas des
cardinaux. La parole de Dieu ne nous montre que deux charges dans l'Église; les anciens ou surveillants, et les serviteurs
on diacres. (Philippiens 1:1; 1 Timothée 3:1-7; ce dernier passage donne le caractère que devaient posséder les surveillants
et les serviteurs.) Quant à toutes les autres charges, d'exorciste, de lecteur, de sous-diacre, etc., qui se trouvent dans l'église
romaine, l'Écriture n'en parle pas. Remarquons encore que Pierre, le premier pape, selon l'église de Rome, se range lui-
même simplement au nombre des anciens. (1 Pierre 5:1.)
l'Église, d'être des hérétiques, et il fut un temps où, comme nous le verrons, une semblable accusation
avait de terribles conséquences.
LE CULTE DE LA VIERGE
Après ce qui se rapporte aux sacrements, nous avons à voir d'autres doctrines funestes et contraires
à l'Écriture que l'église romaine impose aux âmes placées sous son joug. La première est le culte rendu
à la Vierge Marie, aux saints et aux anges, chose complètement étrangère à la parole de Dieu. Ainsi
s'est trouvée introduite une idolâtrie pire que celle du paganisme, dont elle est une imitation sous bien
des rapports.
C'est vers le milieu du quatrième siècle, à une époque où la vraie piété avait beaucoup décliné pour
faire place à nombre de pratiques superstitieuses, que l'on commença à vénérer la Vierge Marie d'une
manière spéciale, comme le modèle des vierges, c'est-à-dire de ceux ou celles qui avaient fait vœu de
célibat. Bientôt après, il devint habituel de lui donner le nom de mère de Dieu, ce qui donna naissance
aux luttes du nestorianisme. Malgré la forte opposition qu'il rencontra d'abord, le culte de Marie s'éta-
blit et s'étendit peu à peu. Déjà au cinquième siècle, on pouvait voir dans toutes les églises nombre de
représentations de la Vierge tenant dans ses bras l'enfant Jésus. Le peuple ignorant, sorti des ténèbres
du paganisme, peu et mal instruit des pures et saintes vérités des Écritures, amené à un christianisme
de formes et de cérémonies, ayant un culte célébré avec une pompe empruntée au judaïsme et au paga-
nisme, n'eut pas de peine à remplacer l'une ou l'autre des déesses qu'il adorait, par la Vierge Marie
qu'on lui présentait toujours plus comme occupant une place élevée auprès de Dieu dans le ciel. Dans
l'office ordinaire de la Vierge, se trouve une hymne commençant ainsi: «Salut, étoile de la mer, Mère
auguste de Dieu et toujours Vierge, porte fortunée du ciel… affermissez-nous dans la paix, méritant
ainsi mieux qu'Ève le nom de mère des vivants.» Ensuite: «Montrez que vous êtes notre mère, obte-
nez-nous le pardon de nos crimes.» On en vint, à la fin du sixième siècle, à adopter la légende de son
Assomption, d'après laquelle, au moment de sa mort, Marie aurait été portée au ciel par des anges.
L'église romaine a consacré cette prétendue ascension; dans l'office de la fête instituée pour la célé-
brer, on dit ces paroles: «Réjouissons-nous dans le Seigneur en célébrant le jour de fête en l'honneur
de la bienheureuse Vierge Marie, de l'Assomption de laquelle les anges se réjouissent et louent le Fils
de Dieu.» Et plus loin: «Marie est montée au ciel; l'armée des anges se réjouit.» En même temps,
l'église romaine prenant des passages des Psaumes et des prophètes qui ont rapport à Israël et à Jéru-
salem, les applique à la Vierge qui n'est plus l'humble Marie que l'Écriture nous présente, mais qui est
devenue une déesse que l'on honore comme «la reine du ciel», car tel est un des noms que lui donne
l'église romaine. Cela ne nous rappelle-t-il pas le culte que les Israélites, abandonnant le vrai Dieu,
rendaient à la déesse Astarté, la reine des cieux? L'Éternel le dit à Jérémie: «Ne vois-tu pas ce qu'ils
font dans les villes de Juda, et dans les rues de Jérusalem? Les fils ramassent le bois, et les pères allu-
ment le feu, et les femmes pétrissent la pâte pour faire des gâteaux à la reine des cieux.» Et ces mal-
heureux Juifs, descendus en Égypte, persistant dans leur idolâtrie, disent au prophète: «Nous ne
t'écouterons pas; mais nous ferons certainement toute parole qui est sortie de notre bouche, en brûlant
de l'encens à la reine des cieux.» (Jérémie 7:17-20; 44:15-19.) Et voilà une semblable idolâtrie trans-
portée dans le christianisme, avec cette aggravation terrible du mal, qu'on l'associe aux saints noms
du Père, du Fils et du Saint Esprit!
Marie devint toujours plus un objet direct d'adoration, et le pape Urbain II, au concile de Clermont,
en l'an 1095, confirma le service journalier établi pour honorer la Vierge, ainsi que les jours et les fêtes
qui lui étaient spécialement réservés. Des églises lui furent dédiées sous le nom de «Notre Dame», et
dans toutes les églises se trouve une chapelle qui lui est consacrée1. À la doctrine de l'Assomption de
la Vierge, on ajouta peu à peu celle de son «Immaculée conception», par où l'on entend qu'elle naquit
sans péché, elle à qui l'ange dit: «Tu as trouvé grâce auprès de Dieu», et qui dit elle-même: «Mon
esprit s'est réjoui en Dieu mon Sauveur.» (Luc 1, 30, 47.) Si elle était sans péché, avait-elle besoin de
trouver grâce et d'avoir en Dieu son Sauveur? La doctrine de l'immaculée conception se trouve déjà
en germe dès le huitième siècle, et se répandit bientôt dans l'Église, toutefois non sans lutte. Elle fut
enfin définitivement confirmée par le pape Pie IX, en 1854, mais la fête en était depuis longtemps
célébrée. Et c'est dans l'office de cette fête que sont appliquées à la Vierge les paroles d'Ésaïe 61:10,
et celles des Proverbes 8:22-35, qui se rapportent au Seigneur Jésus Christ! N'y a-t-il pas là quelque
chose de blasphématoire? C'est aussi dans le même office qu'on lit ces paroles: «Tu es toute belle, ô
Marie, la tache originelle n'est pas en toi.» Et plus loin: «Aujourd'hui est sortie une branche des racines
d'Isaï, aujourd'hui Marie a été conçue sans aucune tache de péché.» Vous remarquerez que les pre-
mières paroles se trouvent dans la prophétie d'Ésaïe relative au Seigneur Jésus, lorsqu'il vient régner
pendant le millenium (Ésaïe 11:1). Et l'église romaine les applique à la Vierge! Puis elle dit encore:
«Aujourd'hui est écrasée par elle la tête du serpent ancien», paroles qui, se trouvent en Genèse 3:15,
et se rapportent à Celui qui est la semence ou la postérité de la femme, c’est-à-dire Jésus, et non Marie.
Combien il est coupable de se servir ainsi de la parole de Dieu, de la tordre pour établir une idolâtrie
réelle!
1. Sur l'entrée d'une église à Lisbonne se trouvait gravée cette inscription «A la déesse Vierge de Lorette, des Italiens
dévoués à sa divinité ont consacré cette église.» (Les deux Babylones.)
Que voit-on, en effet? Dans toutes les églises du culte romain, dans les chapelles, comme aussi
dans les maisons, se trouvent des représentations en statues, en tableaux, en gravures, de la Vierge et
de l'enfant Jésus, devant lesquelles on se prosterne, on prie et l'on adore. Où trouve-t-on, dans les Écri-
tures, une seule ligne pour justifier une telle chose? Voici ce qu'elle dit: «Tu ne te feras point d'image
taillée, ni aucune ressemblance de ce qui est dans les cieux en haut, et de ce qui est sur la terre en bas,
et de ce qui est dans les eaux au-dessous de la terre. Tu ne t'inclineras point devant elles, et tu ne les
serviras point» (Exode 20:4-5). Et l'apôtre Jean, à la fin de sa première épître, adresse aux chrétiens
cette solennelle injonction: «Enfants, gardez-vous des idoles.» Chose frappante; dans l'ancienne
Babylone, on adorait une mère déesse et son fils représenté dans des tableaux ou des statues, comme
un petit enfant dans les bras de sa mère. C'est de là que le culte de la mère et de l'enfant se répandit
partout, et est venu s'implanter dans la Babylone moderne. Au Thibet et en Chine, les missionnaires
jésuites furent surpris de trouver le pendant de la Madone romaine et de son enfant aussi dévotement
adorés que dans la Rome papale. Shing Moo, la sainte mère, en Chine, était représentée avec un enfant
dans ses bras et la tête entourée d'un nimbe ou auréole, absolument comme si c'eût été l'œuvre d'un
artiste catholique romain. N'est-il pas profondément douloureux de voir que Satan, l'ennemi de Christ,
a réussi à faire passer dans la chrétienté le culte rendu autrefois à Babylone à de fausses divinités?
***
La place donnée à la Vierge Marie par l'église romaine a amené d'autres erreurs d'une extrême gra-
vité, car elles ne tendent à rien moins qu'à dépouiller le Seigneur d'une partie de ses glorieuses préro-
gatives. La parole de Dieu nous apprend qu'il n'y a qu'un «seul Médiateur entre Dieu et les hommes,
l'homme Christ Jésus» (1 Timothée 2:5). Pour être ce Médiateur, le Fils éternel de Dieu est devenu un
homme (Jean 1:14), et comme tel, il a été tenté comme nous en toutes choses, à part le péché (Hébreux
4:15; 2:18). Il a pris connaissance de nos douleurs, de nos langueurs, de nos peines, de nos infirmités,
et y est entré dans un profond amour, une tendre compassion, une vraie sympathie; un amour, une
compassion, une sympathie divines en même temps qu'humaines (Matthieu 8:17). C'est ce que nous
prouve toute sa vie sur la terre. Et maintenant qu'il est monté au ciel, il est le même; son cœur n'a pas
changé. Il sympathise avec nous dans nos infirmités; il intercède sans cesse pour nous; il est notre
Avocat auprès du Père (Hébreux 4:15; 7:25; Romains 8:34; 1 Jean 2:1). Il nous invite à nous adresser
nous-mêmes au Père, et le Père, en son nom, nous exauce (Jean 14: 13; 16:24, 26). Ainsi nous pouvons
nous approcher de Dieu par Lui, entrer dans le sanctuaire même de Dieu, en vertu de son sacrifice, et
venir directement avec confiance au trône de la grâce (Hébreux 7:25; 10:9; 4:16). Quel parfait et pré-
cieux Médiateur nous avons en Celui qui nous a aimés jusqu'à donner sa vie pour nous, qui nous aime
et nous aimera toujours du même amour! Quel besoin aurions-nous d’un autre, et qui saura mieux que
Lui connaître tous nos besoins et pourra mieux y répondre! Il est venu sur la terre pour cela. Il est notre
salut, notre vie, notre paix.
Eh bien, l'église romaine, dans son enseignement, n'a nullement tenu compte de ce que dit la parole
de Dieu à cet égard. Non contente d'avoir donné à Marie la place que nous avons vue, elle en a fait
une Médiatrice toute puissante, et un Avocat dans le ciel! Elle lui a assigné un titre et une fonction
que l'Écriture n'attribue qu'à Christ. Elle a prétendu que Dieu était trop grand, et Jésus trop élevé, pour
que nous approchions directement, soit du Père, soit du Fils, mais que Marie, par sa bonté, par sa dou-
ceur et sa tendresse, et à cause de l'amour que lui porte son Fils, est tout à fait propre à être Médiatrice
et Avocat auprès de Lui. Le Fils, dit l'église romaine, ne peut rien refuser à sa mère. Et elle oublie les
paroles du Seigneur à Marie: «Qu'y a-t-il entre toi et moi, femme?» (Jean 2:4). Voici ce que dit Saint
Bernard, un des grands docteurs de cette église au XIIe siècle, et qui semble pourtant avoir été un
homme vraiment pieux: «Tu craignais de t'approcher du Père; comme Adam, tu te cachais à sa voix;
il t'a donné Jésus pour Médiateur auprès de Lui. Mais peut-être es-tu effrayé de la majesté de ce Jésus,
qui, bien qu'il se soit fait homme, est toujours Dieu. Il te faut auprès de Lui un avocat: recours à
Marie.» Le pape Pie IX, en 1849, dans une encyclique (lettre circulaire adressée aux évêques), dit:
«Vous savez bien, vénérables frères, que toute notre confiance est placée dans la très sainte Vierge,
puisque Dieu a placé en Marie la plénitude de tout bien. S'il y a quelque espoir pour nous, quelque
grâce, quelque salut, cela nous vient de Lui par elle.» N'est-il pas blasphématoire d'attribuer à une
créature ce qui n'appartient qu'à Dieu et à son Fils?
Écoutez encore ce qui est dit dans une des antiennes à, la Vierge: «Salut, ô Reine, mère de miséri-
corde, douceur et espérance de notre vie, salut! Nous crions à toi, nous fils d'Ève exilés, vers toi nous
soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes. Toi, notre Avocat, tourne vers nous tes
regards de miséricorde.» S'adresserait-on autrement à Dieu ou au Seigneur? Sans aller plus loin, vous
voyez dans quelle idolâtrie monstrueuse l'église romaine entraîne ceux qui l'écoutent. Elle assimile la
Vierge à la Sagesse éternelle de Proverbes 8, à l’Épouse du Cantique de Salomon. Elle lui dit: «Brisez
les fers des coupables, donnez la lumière aux aveugles1 … montrez que vous êtes notre mère.» Dans
les litanies à la Vierge, elle la nomme «la porte du ciel», «le refuge des pécheurs», «l'étoile du matin»;
1. Paroles analogues à celles que le Seigneur Jésus s'applique à Lui-même en Luc 4:19, où il dit: «L'Esprit du Seigneur
est sur moi… Il m'a envoyé pour publier aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue.»
et que devient Christ, notre unique et précieux Sauveur, à qui seul l'Écriture attribue ces titres?1 Ces
mêmes litanies s'adressent à la Vierge comme à la «Mère divine de la grâce», «la Mère du Créateur»,
«la source de notre joie», «l'arche de l'alliance», «la Reine de tous les saints», et en l'invoquant et
demandant son intercession, elles l'associent au Père, au Fils, au Saint Esprit! Croirait-on qu'un de
leurs docteurs a été jusqu'à dire: «Toutes choses sont soumises à la Vierge, Dieu Lui-même», parce
que, dit-il, «la mère a la prééminence sur le fils». N'est-ce pas un blasphème horrible? Combien sont
à plaindre ceux que l'on conduit dans de telles voies; et qu'il est à désirer que Dieu les éclaire par sa
parole, et que par elle, son Esprit les ramène et les garde dans la vérité, loin de ceux qui, «par de dou-
ces paroles et un beau langage, … séduisent les cœurs des simples» (Romains 16:18).
***
Nous voyons que la Vierge devient le grand objet du culte dans l'église romaine. C'est elle que l'on
invoque, que l'on prie, à qui l'on s'attend, en qui l'on met toute confiance. Nous dirons encore quelques
mots à ce sujet. Le Bréviaire est un livre de dévotion à l’usage des prêtres, qui, chaque jour, doivent
en lire une partie, en public comme en particulier, quand l'heure en est venue. Il renferme des Psaumes
pour les différentes heures du jour, des fragments des Écritures, des prières adaptées aux fêtes des
saints, l'office de Marie, etc. Les prêtres ne feraient-ils pas mieux de lire journellement et uniquement
toutes les Écritures inspirées de Dieu, propres pour enseigner, convaincre, corriger, instruire dans la
justice, et rendre l'homme de Dieu accompli pour toute bonne œuvre? 2 Timothée 3:16-17). C'est ce
1. Qu'on lise les paroles de la Sainte Écriture: «Une femme éleva sa voix du milieu de la foule, et dit à Jésus: Bienheureux
est le ventre qui t'a porté, et les mamelles que tu as tétées! Et il dit: Mais plutôt, bienheureux sont ceux qui écoutent la
parole de Dieu et qui la gardent.» (Luc 11:27-28.) C'est ce que l'église de Rome n'a point fait. Elle adore la Vierge et foule
aux pieds la parole de Dieu.
nous est immense et immuable. Il nous suffit. Dans les épreuves, les tentations, les difficultés et les
dangers, c'est vers Lui, la vraie Étoile du matin, le vrai et seul refuge, qu'il faut regarder, Lui qu'il faut
invoquer. Marie n'a rien fait pour nous, Lui a donné sa vie pour nous sauver.
Une des formes superstitieuses qui se rattache au culte de Marie, est le Rosaire— On nomme ainsi
un cordon terminé par une croix, et dans lequel sont enfilés des grains ou perles de deux différentes
grosseurs. Il y a quinze dizaines des plus petits grains, et, devant chaque dizaine, se trouve un plus
gros grain. Ces grains, que l'on fait passer entre les doigts, servent à compter le nombre de prières que
l'on a récitées. Aux gros grains, on récite un Pater (la prière que le Seigneur enseigna à ses disciples),
aux petits grains on récite un Ave Maria, qui est la salutation de l'ange à Marie. Les catholiques la
rendent ainsi: «Je vous salue, Marie, pleine de grâces; le Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre
toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.» Si l'on compare ces paroles avec Luc
1:28 et 30, on voit tout de suite la différence entre la parole inspirée de Dieu et la version qu'en donne
l'église romaine. À cette première partie de l'Ave Maria, elle ajoute: «Sainte Marie, mère de Dieu,
priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant, et à l'heure de la mort.» Or d'après l'Écriture, nous
avons en Christ l'unique Sauveur des pécheurs; en croyant en Lui nous possédons la vie éternelle, et
ainsi nous sommes sauvés maintenant, et pour l'heure de notre mort, et pour l'éternité. Quelle diffé-
rence entre la doctrine de Christ qui nous assure d'un salut parfait, actuel et éternel, et la doctrine de
Rome qui laisse toujours dans le doute si l'on est sauvé. Elle veut que l'on ait recours à l'intercession
d'une créature qui devait trouver grâce pour elle-même, et qui maintenant ne peut assurément rien
pour nous, car, selon l'Écriture, Dieu ne lui a conféré aucune autorité, aucune puissance! C'est le Sei-
gneur Jésus à qui toute autorité a été donnée dans le ciel et sur la terre (Matthieu 28:18). C'est Lui qui
tient les clefs de la mort et du hadès1 (Apocalypse 1:18). C'est Lui qui ouvre et nul ne fermera, qui
ferme et nul n'ouvrira (Apocalypse 3:7).
Le chapelet est un abrégé du Rosaire. Il ne contient que cinq dizaines d'Ave Maria séparées par un
Pater. À quoi servent le Rosaire et le chapelet? À compter le nombre de prières que l'on a récitées à
la suite l'une de l'autre. Répéter ainsi, avec ou sans attention, 150 Ave et 15 Pater, ou 50 Ave et 5 Pater;
dire ou répéter plusieurs fois le Rosaire et le chapelet, constitue un acte méritoire aux yeux de Dieu,
selon l'église romaine. Le prêtre l'impose comme pénitence, pour expier des fautes. On récite le
Rosaire ou le chapelet, pour abréger la durée des peines du purgatoire pour soi ou pour les autres.
Nous ne trouvons rien de semblable dans l'Écriture; ce sont des pratiques superstitieuses inventées par
les hommes. Que dit le Seigneur? «Quand vous priez, n'usez pas de vaines redites, comme ceux des
nations, car ils s'imaginent qu'ils seront exaucés en parlant beaucoup. Ne leur ressemblez donc pas.»
(Matthieu 6:7-8.) «Comme ceux des nations», dit Jésus. Cela ne rappelle-t-il pas les prêtres de Baal,
qui, depuis le matin jusqu'à midi, répétaient «O Baal, réponds-nous!» (1 Rois 18:26.) Et de nos jours,
les pauvres Bouddhistes ignorants ont aussi leurs chapelets et même leurs moulins à prières! Les prê-
tres romains imposent ces répétitions de prières pour expier des fautes, et la parole de Dieu nous dit
simplement: «Si nous confessons nos péchés, il (Dieu) est fidèle et juste pour nous pardonner nos
péchés et nous purifier de toute iniquité.» (1 Jean 1:9.) Et là il n'est question d'aucun rosaire, ni de
répéter des prières. Nous venons à Dieu, nous Lui confessons (et non au prêtre) humblement nos
1. Cela est vrai; la prière fervente du juste peut beaucoup; mais c'est sur la terre.
(Jacques 5:15.)
seur du Seigneur. Dans l'office de la fête de Jean Baptiste, l'église romaine applique à ce saint les
paroles d'Ésaïe qui annonce la venue du Sauveur (Ésaïe 49:1-6)1, tordant ainsi les Écritures. Ensuite
vient Joseph, l'époux de Marie, que l'on vénère comme le patron de l'église universelle, et auquel on
applique les bénédictions appelées par le patriarche Jacob sur la tête de son fils Joseph (Genèse 49:22-
26)2, jouant ainsi sur la ressemblance des noms et induisant les âmes doublement en erreur. Après
ceux-là viennent les martyrs, les Pères, les ermites comme saint Antoine par exemple, et ensuite une
multitude de saints que nomment des légendes plus ou moins authentiques, quelques-uns n'ayant peut-
être jamais existé. Ces légendes sont remplies de soi-disant miracles opérés par les saints dont elles
parlent. À cela, il faut ajouter les hommes et les femmes d'une époque plus récente, qui, ayant mené
une vie pieuse et opéré, affirme-t-on, des miracles, ont été d'abord béatifiés, puis canonisés, c'est-à-
dire déclarés saints par le pape, et placés dans le ciel comme des intercesseurs auxquels on peut
s'adresser et que l'on peut prendre pour patrons.
De bonne heure on plaça des édifices religieux, églises et chapelles, sous l'invocation de tel ou tel
saint. On prétendit que des reliques de celui dont l'édifice portait le nom, se trouvaient là, souvent que
son corps était sous le maître-autel, et que des miracles s'y opéraient3, et cela amenait, dans ces lieux
1. «Le Seigneur m'a appelé avant ma naissance; il s'est souvenu de mon nom lorsque j'étais encore dans le sein de ma mère,
etc.» Je cite d'après la version catholique.
2. Entre autres celles-ci: «Ceux qui portaient des dards l'ont irrité, l'ont insulté, lui ont porté envie… Le Tout puissant te
comblera de bénédictions… que ces bénédictions se répandent sur la tête de Joseph.» Sur la façade d'églises catholiques
dédiées à saint Joseph, on lit: «Allez à Joseph», paroles que le Pharaon adressait aux Égyptiens, et que l'on détourne de
leur vrai sens pour les appliquer à l'époux de Marie.
3. L'ancien historien Grégoire de Tours (dans le VIe siècle), est rempli de ces récits légendaires de miracles.
vénérés, une multitude de pèlerins qui s'y rendaient, soit pour être guéris, soit pour obtenir de l'inter-
cession du saint quelque bénédiction, soit pour acquérir, en vertu de ces pèlerinages fatigants et coû-
teux, des mérites auprès de Dieu. Nécessairement ces pèlerinages étaient pour ceux qui desservaient
les lieux de culte et pour les habitants des endroits où ils se trouvaient, une source de gains d'autant
plus considérable que la réputation du saint était grande et les pèlerinages plus nombreux. De là des
trafics honteux, et une rivalité entre les lieux de pèlerinage, une sorte de concurrence à qui aurait le
plus de pèlerins. Ne croyons pas que, dans nos temps plus éclairés, ces superstitions aient cessé. Qui
ne connaît les pèlerinages à Lourdes, provoqués par de prétendues apparitions de la Vierge à une jeune
fille en 1858; à Einsiedeln, en Suisse, où l'on affirme avoir une image miraculeuse de la Vierge; à
Notre Dame de Lorette, en Italie, où l'on montre la maison de la Vierge et la chambre qu'elle occupait
quand l'ange vint lui annoncer la naissance du Sauveur, le tout transporté par les anges à Lorette, petite
ville des environs d'Ancône; à Saint-Jacques de Compostelle, en Espagne, le plus célèbre des lieux de
pèlerinage après Rome et Jérusalem: on prétend que l'apôtre Jacques y fut enterré! Que de choses
l'ennemi du Seigneur et des âmes a mises au cœur des hommes pour les détourner de Christ, de son
œuvre, et du culte en esprit et en vérité!
Les saints ne sont pas seulement des intercesseurs généraux, pour ainsi dire. Bien que chacun
puisse s'adresser à eux, chaque bourg, chaque ville, chaque contrée, chaque royaume a son patron spé-
cial, là où domine l'église romaine. Bien plus, tout vrai catholique veut avoir pour patron le saint dont
il porte le nom et l'on choisit ordinairement celui dont la fête tombe sur le jour de naissance de la per-
sonne.
Les saints sont en si grand nombre qu'afin de n'en oublier aucun et afin d'obtenir de tous, connus
ou inconnus, la faveur de leur intercession, l'église romaine a institué une fête de tous les saints (le 1er
novembre).
Au culte rendu aux saints, il faut ajouter l'invocation des anges. Les litanies des saints disent entre
autres: Saint Michel, Saint Gabriel, Saint Raphaël, saints anges et archanges, priez pour nous. De plus
chaque personne a son «bon ange», au dire de l'église romaine. Ainsi, dans une prière que les fidèles
sont invités à répéter, il est dit: «Ange du ciel, mon fidèle et véritable guide, obtenez-moi d'être si
fidèle à vos instructions et de régler si bien tous mes pas, que je ne m'écarte en rien des commande-
ments de mon Dieu.» Et quant au saint patron, voici la prière qu'on lui adresse: «Grand saint dont j'ai
l'honneur de porter le nom, protégez-moi, priez pour moi, afin que je puisse servir Dieu comme vous
sur la terre, et le glorifier éternellement avec vous dans le ciel.» La confession des péchés ne s'adresse
pas à Dieu seulement, mais «à la bienheureuse Marie toujours Vierge, à saint Michel archange, à saint
Jean Baptiste, aux apôtres saint Pierre et saint Paul, et à tous les saints», et on les supplie d'intercéder
auprès du Seigneur Dieu pour le pardon des péchés.
Nous ne trouvons dans l'Écriture sainte aucun passage qui justifie ce culte rendu à des créatures.
Le Seigneur nous dit bien, pour montrer l'intérêt que le Père prend aux petits enfants et les soins qu'il
a pour eux, que leurs anges voient sans cesse sa face dans les cieux (Matthieu 18:10). Mais cela signi-
fie-t-il qu'il faut invoquer ces anges? Nullement. Les anges sont «des esprits administrateurs, envoyés
pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut.» (Hébreux 1:14.) Cela veut-il dire que nous
devions nous adresser à eux? Pas du tout; au contraire, l'apôtre Paul dit, en parlant de certains doc-
teurs, qui, déjà de son temps, induisaient les fidèles en erreur: «Que personne ne vous frustre du prix
du combat, faisant sa volonté propre dans l'humilité et dans le culte des anges, s'ingérant dans les cho-
ses qu'il n'a pas vues.» (Colossiens 2:18.) C'était une fausse humilité qui prétendait n'oser pas s'appro-
cher de Dieu, et s'adressait aux anges. Mais l'apôtre dit au contraire à ces hommes qu'ils sont enflés
d'un vain orgueil et suivent leurs propres pensées, et qu'ils ne tiennent pas ferme le Chef, c'est-à-dire
Christ (Colossiens 2:19). Nous avons tout en Christ, Christ suffit pleinement. Il nous a sauvés, par Lui
nous nous approchons de Dieu; nous n'avons besoin d'aucun autre. La Vierge Marie et les saints, les
vrais saints qui sont délogés, sont dans le repos près de Lui, en attendant la résurrection. Ils n'ont et
ne peuvent avoir cette toute-connaissance qui serait nécessaire pour entendre tous ceux qui les invo-
quent, et qui n'appartient qu'à Dieu, et par conséquent ils n'entendent aucune prière. Celles qu'on leur
adresse ne sont qu'un vain son. Les anges sont occupés de leur service, comme nous le voyons dans
l'Apocalypse, et quand Jean se prosterne et veut adorer l'ange qui lui avait montré les merveilleuses
choses de Dieu, l'ange repousse cet hommage et lui dit. «Garde-toi de le faire; je suis ton compagnon
de service… rends hommage à Dieu.» (Apocalypse 19:10; 22:8-9.)
Et s'il s'agit des saints, rappelons-nous que, quand Corneille vient recevoir Pierre, et qu'il se jette à
ses pieds pour lui rendre hommage, l'apôtre le relève en lui disant: «Lève-toi; et moi aussi je suis un
homme.» (Actes 10:25-26.) Cela ne suffit-il pas pour juger et condamner l'invocation des saints et des
anges? Assurément. À Dieu seul, et au Seigneur Jésus Christ, appartiennent la gloire, et l'honneur, et
la force, et toute adoration.
LES RELIQUES ET LE CULTE DES IMAGES
Deux choses contraires à l'Écriture caractérisent encore l'église de Rome. C'est d'abord le culte des
reliques des saints, de la Vierge et même du Seigneur, et ensuite le culte des images.
Les reliques sont de prétendus restes, des ossements ou parties du corps de ceux que l'on révère,
ou bien des objets qui leur ont appartenu ou qu'ils ont touchés. C'est vers le troisième siècle que l'on
commença à entourer les restes des martyrs d'une vénération superstitieuse. Malgré l'opposition de
quelques hommes pieux, le mal s'étendit rapidement. Vraies ou fausses, les reliques se multiplièrent.
On leur attribua un pouvoir miraculeux, une vertu divine permanente. On prétendit que par elles les
malades étaient guéris, les démons chassés, les morts ressuscités. Elles préservaient des dangers, fai-
saient gagner des batailles, et c'est sur elles que l'on prêtait les serments les plus inviolables. Pour affir-
mer leur puissance merveilleuse, on racontait toute espèce d'histoires souvent absurdes, en tout cas
mensongères, et elles devinrent souvent l'objet d'un trafic scandaleux. Chaque église, chaque chapelle,
chaque monastère, tenait à avoir ses reliques d'autant plus précieuses et renommées que de plus grands
soi-disant miracles s'opéraient par elles. Les endroits où se trouvaient les plus célèbres reliques deve-
naient des buts de pèlerinage. Et les choses sont restées telles dans notre temps qu'on appelle un siècle
de lumière. Rome présente à ses dévots pour être adorés, des objets dont l'origine est plus que dou-
teuse — idolâtrie honteuse, reposant sur des fables, et qui ressemble à celle des prêtres de Bouddha
qui eux aussi prétendent avoir des reliques de leur saint.
Je ne puis pas énumérer toutes les reliques que Rome vénère, ni les endroits où elles se trouvent.
Ajouté aux légendes qui s'y rapportent, cela ferait un gros volume. Je citerai seulement trois des plus
célèbres. La première est la sainte croix, celle sur laquelle le Sauveur a souffert. On prétend que
l'impératrice Hélène, mère de l'empereur Constantin, voulant faire construire une église sur l'empla-
cement du sépulcre de Jésus, les ouvriers, en creusant la terre, découvrirent les trois croix où le Sei-
gneur et les deux brigands avaient été attachés. Un miracle, dit-on, fit découvrir laquelle était celle de
Jésus. La plus grande partie de la croix fut conservée à l'église du saint sépulcre à Jérusalem, où, a ce
que l'on dit, elle est encore, recouverte d'argent. Le reste fut coupé en morceaux et distribué comme
reliques. Nombre d'endroits, églises ou autres, prétendent posséder un fragment de la vraie croix, mais
si on les rassemblait, on en aurait la charge de dix hommes. Peuvent-ils être tous vrais, si même il y
en a un seul qui le soit, car l'histoire de la découverte de la croix ne repose que sur des légendes? Et
alors, qu'est-ce que l'on adore? Des morceaux de bois, comme les sauvages leurs fétiches. N'est-ce pas
attristant de voir les âmes abusées par de telles choses au sein d'une église qui se dit chrétienne? Dieu
peut-il par là être honoré, et le Seigneur glorifié?
Une autre relique célèbre est la tunique sans couture que portait le Seigneur. On l'appelle la sainte
robe, et l'on raconte à son sujet les fables les plus,absurdes. Elle ne fut découverte que dans le XIIe
siècle et donnée à l'archevêque de Trêves, ville où on la montre encore. Mais on prétend l'avoir aussi
à Argenteuil en France, et au Latran à Rome, sans compter des morceaux que l'on en possède, dit-on,
en divers endroits. Où est la vraie? Ou plutôt, n'est-ce pas tout fausseté? Et c'est ce que l'on fait adorer
par de pauvres gens abusés. N'y a-t-il pas là un système de mensonges inventé par Satan pour égarer
les âmes et les détourner de Christ sous une apparence de dévotion? Les Bouddhistes ont aussi comme
relique le vêtement de Bouddha renfermé dans une châsse. Et ce n'est pas la seule ressemblance que
présente Rome papale avec le culte de Bouddha.
La troisième relique non moins fabuleuse, mais hautement vénérée, est le saint suaire. Une légende
du moyen âge raconte qu'une femme de Jérusalem présenta à Jésus, lorsqu'on le conduisait au Cal-
vaire, un mouchoir pour essuyer la sueur et le sang de son visage. Lorsque le Seigneur le lui rendit,
sa face s'était imprimée sur le linge. Une autre légende rapporte la chose d'une manière toute diffé-
rente. Ce serait le Seigneur lui-même qui aurait imprimé son visage sur un linge et l'aurait envoyé au
roi Abgare qui désirait son portrait! Ici encore on voit l'absurdité et la fausseté de la légende. Quoi
qu'il en soit, ce que l'on nomme le saint suaire se trouve, chose étrange, à Saint-Pierre de Rome, à
Milan, en Espagne, et en d'autres endroits. Où est le véritable, à supposer qu'il y en ait un seul? Le
saint suaire, un morceau de la vraie croix et la moitié de la lance qui perça le côté du Seigneur, sont
les trois grandes reliques que, dans la semaine sainte, le pape et les cardinaux vont adorer solennelle-
ment, donnant ainsi l'exemple de l'idolâtrie au peuple qui se prosterne avec eux devant ces objets ina-
nimés. Où trouvons-nous dans l'Écriture quoi que ce soit qui autorise un semblable culte? Nulle part.
Au contraire, tout culte rendu à un objet quelconque, de quelque manière que ce soit, y est formelle-
ment condamné. L'Écriture nous enseigne à adorer par l'Esprit Saint le Dieu vivant et vrai, le Père et
le Fils dans le ciel, et à mettre notre confiance en Lui. Quant aux miracles opérés par les reliques, ce
sont des mensonges ou des supercheries, ou, s'ils sont réels, ils sont dus à la puissance satanique.
L'homme de péché qui doit venir, viendra «selon l'opération de Satan», avec «toute sorte de miracles
et signes et prodiges, de mensonges». Et le mystère d'iniquité opère déjà1.
***
1. 2 Thessaloniciens 2:9, 7.
À côté du culte des reliques se place celui qui est rendu aux images. Nous le trouvons dans l'église
grecque comme dans l'église romaine, avec cette différence que la première n'admet que les images
peintes. Ce sont les icônes devant lesquelles, dans les chaumières, les maisons, les lieux publics, et
dans les églises, brûlent des cierges et se prosterne le peuple.
L'église romaine va plus loin. Les édifices consacrés à son culte sont remplis, non seulement de
peintures, mais aussi de statues de la Vierge parées de riches vêtements, ainsi que l'enfant qu'elle
porte, et de statues des saints et des anges. On y voit des crucifix, figures du Seigneur sur la croix; on
va même jusqu'à représenter dans des tableaux, sous une forme humaine, le Dieu invisible, le Père.
Ces images se trouvent aussi dans les maisons des dévots catholiques et y sont vénérées; dans les vil-
les autrefois, il y en avait en quantité dans les rues, et l'on en trouve encore des vestiges. L'apôtre Paul
ne serait-il pas indigné, plus encore qu'à Athènes, en voyant la chrétienté remplie d'idoles? (Actes
17:16). Et n'est-il pas à regretter, pour le dire en passant, que des chrétiens qui condamnent l'idolâtrie
romaine, ne soient pas plus soigneux d'en écarter toute trace sur eux et dans leurs maisons?
C'est dans les églises surtout que s'étale le culte rendu aux images. Il n'en est guère qui n'ait une
chapelle dédiée à la Vierge; d'autres ont en outre des chapelles consacrées à tel ou tel saint. Là, indé-
pendamment du maître autel avec ses nombreux cierges et ses riches ornements, se trouvent, dans cha-
que chapelle, un autel pour dire la messe, des cierges, des tableaux et d'autres images, et devant ces
images, on brûle de l'encens, et prêtres et laïques se prosternent, adorent et prient. Si mes lecteurs ont
l'occasion de voir une gravure représentant l'intérieur d'un temple bouddhiste, ils seront frappés de la
ressemblance qu'il présente avec une église romaine. Ne peut-on pas dire, que ces lieux où l'on prétend
servir le Dieu unique, sont de vrais temples d'idoles? Idolâtrie d'autant plus affreuse que l'on fait de
Christ une image taillée que l'on baise et que l'on adore, et que les autres images auxquelles on rend
un culte, sont celles de Pierre, de Paul, et d'autres qui furent de fidèles serviteurs de Dieu à qui toute
idolâtrie était en horreur; et surtout idolâtrie condamnable au plus haut degré en ce qu'on se prosterne
devant des représentations de Celui qui a dit: «Tu ne te feras point d'image taillée, ni aucune ressem-
blance de ce qui est dans les cieux en haut, ni de ce qui est sur la terre en bas, ni de ce qui est dans les
eaux au-dessous de la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras point»1. On
tombe ainsi dans le même péché qu'Israël quand il fit le veau d'or. L'église romaine prétend qu'on
n'adore pas les images, mais qu'en leur rendant un culte, on vénère ceux qu'elles représentent. C'est
un subterfuge; le passage que nous venons de lire est formel, et d'ailleurs le fait certain est que le pau-
vre peuple adore réellement l'image. Ajoutons à ce qui précède qu'un pouvoir miraculeux est attaché
à certaines images, et que les baiser — en particulier baiser le crucifix — est considéré comme un acte
méritoire. Nous l'avons vu en parlant de l'extrême onction.
Le culte des images commença de bonne heure en Orient et se répandit ensuite en Occident. Ce ne
fut pas sans opposition. En Orient, des empereurs voulurent l'extirper par la force. Il en résulta des
luttes sanglantes, car le peuple défendait avec acharnement ces images si chères, auxquelles il attri-
buait des miracles. En effet, souvent en Occident, comme en Orient, dans des calamités ou des dangers
publics, on portait, dans une procession solennelle, telle ou telle image pour obtenir la délivrance. Si
l'ennemi s'éloignait des murs d'une ville assiégée, si une maladie contagieuse venait à cesser, c'était
grâce à la vertu de l'image.
1. Exode 20:4-5.
Après les luttes dont j'ai parlé, un concile fut convoqué à Nicée, en l'an 787. Il décréta que des ima-
ges du Sauveur, de la Vierge, des anges, et des saints, en peinture ou en mosaïque, seraient placées
dans les églises pour être baisées1 et révérées en se prosternant devant elles, distinguant toutefois cette
adoration de celle qui n'appartient qu’à la nature divine. «On doit, dit le concile, leur offrir de l'encens
et des cierges, car l'honneur rendu à l'image passe à celui qu'elle représente.» Et pour joindre l'acte
aux paroles, on apporta dans le concile une image qui y fut adorée. Ensuite on déclara anathème celui
qui ne révérerait pas les images et qui dirait qu'elles sont des idoles.
L'église romaine, comme l'église grecque, reçut les décrets de ce concile. Plus tard, le concile de
Trente, dans le XVIe siècle, statua: «On doit avoir et conserver, principalement dans les églises, les
images de Jésus Christ, de la Vierge, mère de Dieu, et des autres saints, et leur rendre l'honneur et la
vénération qui leur sont dus, parce que cet honneur est rapporté aux originaux qu'elles représentent.»
Telle a été la ruse de Satan pour entraîner les âmes dans l'idolâtrie, malgré la parole de Dieu qui la
proscrit formellement. «Je ne donnerai pas ma gloire à un autre, ni ma louange à des images taillées»,
dit l'Éternel2. Et quand nous voyons ces statues devant lesquelles on se prosterne, qu'elles soient de
pierre ou de bois, comment ne pas nous rappeler les paroles si fortes d'Ésaïe: «Qui a formé un dieu,
ou fondu une image, qui n'est d'aucun profit?»… Un homme prend un bois: d'une partie il fait du feu
et s'en chauffe et fait cuire du pain; et de l'autre il en fait un dieu, une image taillée, et se prosterne
devant elle. Et le prophète ajoute: «Il se repaît de cendres; un cœur abusé l'a détourné; et il ne délivre
1. Les adorateurs de Baal baisaient son image. (1 Rois 19:18. Voyez aussi Osée 13:2).
2. Ésaïe 42:8.
pas son âme, et ne dit pas: N'ai-je pas un mensonge dans ma main droite?»1. Combien ces paroles sont
applicables à ces nombreux pauvres abusés qui se prosternent devant les peintures et les statues de
bois ou de pierre, et leur adressent leurs prières!
1. Ésaïe 44:10-20.
LE PURGATOIRE
Une autre doctrine du papisme est le purgatoire. Qu'est-ce que le purgatoire? C'est un lieu, dit
l'église romaine, où ceux qui sont morts en état de grâce, c'est-à-dire non coupables de péché mortel1,
sont purifiés par des châtiments et des souffrances temporaires, des fautes qui n'ont pas été suffisam-
ment expiées ici-bas. Ces souffrances peuvent être allégées et leur temps abrégé, par les prières et les
aumônes des parents et des amis du défunt, et surtout par des messes dites à son intention.
Bien que saint Augustin, à l’occasion de la mort de sa mère Monique, mentionne déjà les prières
pour les morts, ce n'est qu'en l'an 600 que la doctrine du purgatoire fut reçue parmi les dogmes de
l'église de Rome et que le pape Grégoire le Grand la formula en ces termes: «Nous devons croire qu'il
y a un feu qui purifie des petites fautes avant que le jour du jugement arrive.» Le célèbre concile de
Trente a défini complètement cette doctrine et prononcé l'anathème sur ceux qui la nient. Voici ce qu'il
dit «Il y a un purgatoire, et les âmes qui y sont retenues prisonnières, sont secourues par les prières
des croyants, mais surtout par le sacrifice acceptable de la messe.» Le concile ordonne à tous les évê-
ques, de «s'appliquer avec zèle à ce que la sainte doctrine du purgatoire qui nous a été transmise par
les vénérables pères de l'Église et par les saints conciles, soit crue, gardée, enseignée et prêchée par-
tout parmi les fidèles de Christ… Les âmes des justes sont purifiées dans les flammes du purgatoire
1. L'église romaine enseigne qu'il y a deux sortes de péchés: les péchés mortels qui font perdre la grâce de la justification,
et les péchés véniels (de venia, pardon) qui ne font pas perdre la grâce. Si quelqu'un meurt en état de péché mortel, il va
en enfer. Mais quelqu'un qui s'est rendu coupable d'un tel péché peut être pardonné et justifié par le sacrement de
pénitence. L'église romaine compte sept péchés mortels: l'orgueil, la convoitise, la luxure, la colère, la gourmandise,
l'envie et la paresse.
par un châtiment temporaire, afin que de cette manière leur soit accordée l'entrée dans leur patrie éter-
nelle, où rien d'impur ne peut être admis… Le sacrifice de la messe est offert pour ceux qui se sont
endormis en Christ, mais qui ne sont —pas entièrement purifiés.»
Telle est la doctrine romaine du purgatoire. Elle n'a, pour s'appuyer, aucun passage de la parole
de Dieu, et, de l'aveu même du concile, ne repose que sur l'autorité des pères et des conciles. Nous
allons voir qu'elle est contraire aux enseignements de l'Écriture, et au témoignage qu'elle rend à
l'amour de Dieu et à l’œuvre de Christ pour la justification du pécheur et le pardon des péchés.
Où se trouve le purgatoire, et quel genre de souffrances les âmes y endurent-elles? Les docteurs
romains ne le disent pas, et le concile de Trente interdit sur ce point les questions curieuses. Mais il
parle du «feu du purgatoire», et l'église romaine, pour apitoyer les vivants sur le sort des âmes qui s'y
trouvent, tolère qu'on le représente dans des tableaux comme un lieu où les âmes sont horriblement
tourmentées dans un feu ardent. Et jusqu'à quand les âmes restent-elles dans ce lieu de souffrances?
Jusqu'à ce qu'elles aient «payé le dernier quadrant» (Matthieu 5:26), disent les docteurs romains, car
c'est ainsi qu'ils appliqué à faux ce texte. Ils veulent dire par là que les âmes subissent les peines du
purgatoire jusqu'à ce qu'elles aient été entièrement purifiées et que la justice de Dieu ait été satisfaite.
L'église romaine dit bien que l'intensité des souffrances peut être adoucie et leur durée abrégée par
certaines œuvres accomplies en leur faveur, mais est-on jamais sûr que le dernier quadrant est payé et
que l'âme sort enfin du purgatoire pour entrer au ciel? Non, jamais. Et ainsi les pauvres catholiques
romains sont laissés dans une continuelle incertitude quant au sort de leurs parents ou amis décédés,
quand bien même ceux-ci ont reçu l'extrême onction (qui selon Rome, doit effacer les dernières traces
de péché), et qu’eux ont prié et fait dire des messes. Et ceux qui croient cet enseignement, ne peuvent
qu'être dans une erreur constante en pensant à la mort qui va les jeter dans les souffrances du purga-
toire, malgré leur foi et leurs œuvres1, et cela durant un temps indéterminé.
Mais Dieu soit béni, le purgatoire n'est qu'une invention de l'esprit humain et par conséquent un
mensonge. Tout l'enseignement de l'Écriture est opposé à cette doctrine. D’abord nous n'y voyons
nulle part la distinction entre les péchés mortels et les péchés véniels. Tout péché est mortel, car la
parole de Dieu dit: «Les gages du péché, c'est la mort» (Romains 6:23), et après la mort, le jugement
(Hébreux 9:27). Mais il est ajouté: «Le don de grâce de Dieu, c'est la vie éternelle dans le Christ Jésus,
notre Seigneur.» Et Jésus nous dit: «Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique, afin que
quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle.» (Jean 3:16.) Et ce n'est pas après
la mort seulement que nous aurons la vie éternelle; nous l'avons dès ici-bas lorsque nous croyons de
cœur au Seigneur Jésus, car il est écrit: «Qui croit au Fils a (et non aura) la vie éternelle.» (Jean 3:36.)
Nous lisons encore: «En ceci a été manifesté l'amour de Dieu pour nous, c'est que Dieu a envoyé son
Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui… Dieu… nous aima et… envoya son Fils
pour être la propitiation pour nos péchés.» (1 Jean 4:9-10.) Puis: «Voyez de quel amour le Père nous
a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu… Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants
de Dieu.» (1 Jean 3:1-2.) En croyant au Seigneur Jésus, nous avons déjà maintenant la vie éternelle et
sommes de bien-aimés enfants de Dieu; Dieu veut-il mettre son enfant, pour qui il a donné son Fils,
et qui possède la vie éternelle, dans une horrible prison et d'affreuses souffrances jusqu'à ce qu'il ait
payé le dernier quadrant? Est-ce là le grand amour dont il nous a aimés? (Éphésiens 2:4.)
1. Telle est l'union intime du croyant avec Christ. Peut-on supposer qu'un homme qui est vivifié et ressuscité avec Christ,
assis en Lui dans les lieux célestes, puisse en même temps être dans les souffrances du purgatoire?
thiens 6:11), et enfin que, si nous passons par la mort, c'est le Seigneur, et non le purgatoire, qui reçoit
notre esprit bienheureux (Actes 7:59).
LES INDULGENCES
Aux doctrines de la pénitence et du purgatoire se rattache celle des indulgences, entièrement étran-
gère aussi et contraire aux enseignements de l'Écriture sainte. Mais avant de voir ce que l'on entend
par là, rappelons en quelques mots ce que la Parole de Dieu nous dit touchant le salut de notre âme.
Elle nous apprend que nous sommes des pécheurs perdus, éloignés de Dieu et ses ennemis dans nos
pensées et par nos mauvaises œuvres, privés du ciel et sujets à la condamnation éternelle (Colossiens
1, 21; Romains 3, 23; Jean 3, 36). Elle nous dit que nous sommes morts dans nos fautes et dans nos
péchés, sans force et incapables par nous-mêmes de revenir à Dieu, et qu'en nous il n'habite aucun
bien (Éphésiens 2:1; Romains 5:6; 7:18). Et elle déclare de plus que personne ne sera justifié devant
Dieu par des œuvres de loi, car la loi ne fait que manifester, par notre impuissance à l'observer, tout
le mal qui est en nous (Romains 3:20).
Comment échapper à la juste condamnation prononcée contre nous? Il n'y a qu'une unique res-
source, nous dit la parole de Dieu. C'est la grâce divine: «Vous êtes sauvés par la grâce, par la foi, et
cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu; non pas sur le principe des œuvres, afin que personne
ne se glorifie.» (Éphésiens 2:8-9.) Le salut vient donc tout entier de Dieu, et il nous est accordé, sans
aucun mérite de notre part, à cause de l’œuvre de Christ qui est mort pour nos fautes et a été ressuscité
pour notre justification. Ce précieux Sauveur s'est chargé de nos péchés et les a expiés par son sacri-
fice parfait. C'est en vertu de ce sacrifice que Dieu nous pardonne et nous justifie, ainsi qu'il est écrit:
«Étant justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est dans le Christ Jésus, lequel Dieu
a présenté pour propitiatoire par la foi en son sang.» (Romains 3:24.) Quelles œuvres pourrions-nous
ajouter à l’œuvre parfaite de Christ qui a satisfait Dieu? Gratuitement ne veut-il pas dire que l'on n'a
rien à payer? Et comment avoir part à la justification, à la rédemption, au salut? Simplement par la
foi, la foi sans aucune œuvre, la foi au sacrifice du Seigneur, la foi en l'efficacité du sang versé croix
pour ôter nos péchés. Telle est la voie du salut pour le pécheur coupable et perdu.
L'église romaine enseigne autrement: selon elle, l'homme est capable de faire le bien par lui-même
et par conséquent peut et doit accomplir des œuvres propres à lui assurer le salut. Et comme preuve
que la foi seule sans les œuvres ne suffit pas au salut, ses docteurs objectent les paroles de Jacques:
«La foi sans les, œuvres est morte…» et «vous voyez qu'un homme est justifié par les œuvres et non
par la foi seulement.» (Jacques 2:17-26.) Mais Dieu ne peut se contredire: les paroles de l'Esprit Saint
données par l'apôtre Paul sont vraies, et celles données par Jacques sont vraies aussi, et les unes
s'accordent parfaitement avec les autres. La foi est dans le cœur une puissance vivifiante et purifiante
(Actes 15:9). Celui qui croit du cœur au Seigneur Jésus est régénéré, ou né de nouveau. L'Esprit Saint
produit en lui une vie nouvelle, et il est rendu capable de faire des œuvres agréables à Dieu, tandis
qu'auparavant les œuvres qu'il faisait étaient des œuvres mortes et nullement agréées de Dieu. Les
œuvres que le chrétien accomplit sont le fruit et non le moyen du salut; elles sont la manifestation
extérieure de la foi intérieure, de la vie de Dieu dans l'âme. C'est ainsi que Jacques dit qu'un homme
n'est pas justifié par la foi seule, mais aussi par les œuvres, parce que celles-ci sont la preuve de la
réalité la foi. Dans une horloge, le ressort qui est caché montre son existence par les mouvements du
balancier que l'on voit.
Les œuvres ne nous sauvent donc pas, mais les bonnes œuvres que le chrétien accomplit sont le
fruit la grâce et la preuve qu'il est sauvé, que la vie de Dieu est en lui. Nous avons encore sur ce sujet
si important le passage suivant: «Quand la bonté de notre Dieu Sauveur et son amour envers les hom-
mes sont apparus, il nous sauva, non sur le principe d'œuvres accomplies en justice, que nous, nous
eussions faites, mais selon sa propre miséricorde, par le lavage la régénération et le renouvellement
de l'Esprit Saint, qu'il a répandu richement sur nous par Jésus Christ, notre Sauveur, afin que, ayant
été justifiés par sa grâce, nous devinssions héritiers selon l'espérance de la vie éternelle.» (Tite 3:4-6.)
Et ensuite l'apôtre ajoute: «Que ceux qui ont cru Dieu s'appliquent à être les premiers dans les bonnes
œuvres.» (Verset 8.) Remarquons encore que les œuvres que le chrétien accomplit, ne sont pas des
œuvres qu'il invente ou qu'il choisit; elles sont le fruit de l'Esprit et, dit l'apôtre, «nous sommes son
ouvrage (l'ouvrage de Dieu), ayant été créés dans le Christ Jésus pour les bonnes œuvres que Dieu a
préparées à l'avance, afin que nous marchions en elles» (Galates 5:22; Éphésiens 2:10).
Mais l'église romaine s'est écartée de ce sain enseignement. Les œuvres qu'elle préconise sont des
œuvres purement extérieures; c'est l'observation des rites et cérémonies de l'église, des prières cent
fois répétées, des jeûnes, des macérations pour dompter la chair, des pèlerinages en tels ou tels lieux
réputés, la fondation d'églises, de chapelles ou de couvents, des aumônes; donner tous ses biens, faire
vœu de pauvreté, entrer dans un couvent en renonçant au monde, porter un cilice et se flageller; toutes
ces choses et d'autres encore sont considérées comme des œuvres méritoires propres à acquérir des
droits au ciel. Voyez, à propos de ces œuvres, ce que l'apôtre Paul dit en Colossiens 2:16-23.
Selon l'église romaine, plus on accomplissait de ces œuvres que nous avons mentionnées, plus on
était saint, plus on était propre pour le ciel, et l'on en vint à croire qu'il existait des personnes qui
allaient en sainteté au-delà du nécessaire pour entrer dans le ciel. Comme si l'on pouvait être trop saint
aux yeux de Dieu! Combien cela est loin de ce que dit la parole de Dieu: «Que celui qui est saint soit
sanctifié encore.» (Apocalypse 22:11.) Ce sont ces personnes-là que le pape canonise, c'est-à-dire
déclare saintes, et place dans le ciel pour y être invoquées. Mais ce n'est pas tout. Ayant fait plus qu'il
ne fallait pour être reçus dans le ciel, les saints ont laissé après eux un reste de mérites qui peuvent
être appliqués à d'autres, dit l'église de Rome. C'est ce qu'elle appelle des mérites surérogatoires, mot
qui veut dire au-delà de ce que l'on peut exiger. Mais que dit le Seigneur Jésus? «Quand vous aurez
fait toutes les choses qui vous ont été commandées, dites: Nous sommes des esclaves inutiles; car ce
que nous étions obligés de faire, nous l'avons fait.» (Luc 17:10.)
Au XIIIe siècle, un docteur de l'église de Rome, nommé Alexandre de Hales, et surnommé le doc-
teur irréfragable, c'est-à-dire qu'on ne peut contredire, inventa une nouvelle doctrine. Il dit que Christ
avait fait bien plus qu'il n'était nécessaire pour le salut des hommes. Une seule goutte du sang qu'il a
versé suffisait pour cela, et puisqu'il en a versé beaucoup, ajoutait ce docteur, il en reste pour l'Église
un trésor de mérites que l'éternité ne saurait épuiser. C'est une doctrine qui n'a aucun fondement dans
la parole de Dieu, et qui n'est que le produit des vains raisonnements et de la folle imagination de
l'homme. Mais le pape Clément VII l'a déclarée article de foi, et l'église romaine l'a acceptée comme
telle. Ce trésor des mérites de Christ a été augmenté des mérites surérogatoires des saints, et la garde
et l’administration en ont été confiées au pape, vicaire de Jésus Christ sur la terre, dit l'église romaine.
Que faire de ces mérites? Moyennant des sommes à payer ou certaines pratiques à accomplir,
l'église les applique à chaque pécheur dans la mesure que ses péchés nécessitent, et c'est là ce que l'on
nomme les indulgences. Les vivants peuvent aussi les acquérir pour abréger, disent les docteurs
romains, les peines qu'endurent les âmes dans le purgatoire. N'est-il pas triste de voir les âmes abusées
trompées, par de semblables enseignements? Peut-on croire mérites d'une créature comme nous puis-
sent nous être appliqués pour l'expiation de nos fautes? Peut-on supposer que d’une manière quelcon-
que, on puisse acheter quelque chose des mérites de notre adorable Sauveur qui a offert une fois pour
toutes le sacrifice qui expie tous nos péchés, et qui donne gratuitement le salut et la vie éternelle? Et
quelle prétention terrible de la part d'un homme de se dire le dispensateur de ce qui n'appartient qu'à
Christ, de ce que Christ seul donne!
Les indulgences devinrent la source du trafic le plus honteux. Au moyen d'une somme d'argent
payée à l'église, on était dispensé de la repentance et des peines de la pénitence. On pouvait ainsi sans
remords se livrer au péché. On alla jusqu'à établir une taxe des indulgences, qui indiquait ce qu'il fal-
lait donner pour se racheter de tel ou tel péché, même du plus grossier. On accordait aussi des indul-
gences à l'accomplissement de tels ou tels actes que l'on faisait considérer comme méritoires. Ainsi
une indulgence plénière, c'est-à-dire le pardon de tous les péchés commis, même les crimes les plus
grands, avait été promis par le pape Urbain II à tous ceux qui prendraient part à la croisade, c’est-à-
dire à l'expédition guerrière destinée à reprendre Jérusalem des mains des Turcs. Une indulgence plé-
nière applicable aux âmes du purgatoire, est accordée par le pape Pie VII à ceux qui, après la confes-
sion et la communion, récitent à genoux devant un crucifix une certaine prière.
Pour faire profiter du trésor des indulgences le plus grand nombre possible de personnes, le pape
Boniface VIII, en l'an 1300, publia une bulle annonçant à l’Église qu'un jubilé se célébrerait à Rome
tous les cent ans, et qu’à tous ceux qui s'y rendraient, il serait accordé une indulgence plénière, l'abso-
lution de tous leurs péchés. D'innombrables pèlerins se rendirent à Rome de toutes parts, non sans
apporter à l'église de riches offrandes. Cent ans, c'était bien long. On plaça donc les jubilés, d'abord à
cinquante ans, puis à trente-trois ans, et enfin à vingt-cinq ans d'intervalle. Et comme un grand nombre
ne pouvaient facilement aller à Rome, on transporta sur différentes places de la chrétienté le jubilé et
ses indulgences.
Ce trafic des choses saintes arriva au comble le plus honteux à l'époque de la Réformation. Le pape
Léon X, homme léger et dissolu, avait besoin d'argent pour satisfaire à ses goûts dispendieux et à ses
plaisirs. Pour s'en procurer, sous prétexte de vouloir achever la basilique de Saint-Pierre à Rome et de
faire la guerre aux Turcs, il donna un nouvel essor à la vente des indulgences, dont les principaux mar-
chés furent établis en Allemagne et en Suisse. Les scandales qui en résultèrent, l'indignation qu'ils
soulevèrent, la manière grossière et impie dont agissaient ceux qui étaient préposés à cette vente,
furent une des causes de la Réformation. Nous en reparlerons plus tard, s'il plaît au Seigneur.
De nos jours, l'église romaine applique toujours les indulgences, bien qu'en ayant supprimé les
abus les plus grossiers. Ainsi elle accorde des indulgences d'un certain nombre de jours ou d'années,
à l'accomplissement de tels ou tels actes, par exemple à des pèlerinages, à des prières récitées devant
certains autels, ou adressées à tel saint. Et ces indulgences sont appliquées soit à celui qui les acquiert
ainsi pour lui épargner un certain temps de souffrances dans le purgatoire, soit à des personnes délo-
gées en faveur desquelles ces actes sont accomplis.
Nous avons ainsi vu l'ensemble de ce qui constitue le papisme, ce grand système de doctrines qui
cache le vrai christianisme. Nous avons encore à considérer les moyens terribles inventés par l'église
romaine pour tenir les âmes sous sa domination.
L'INQUISITION
L'Inquisition était un tribunal ecclésiastique institué pour rechercher et punir les personnes coupa-
bles d'hérésie. Que faut-il entendre par ce mot? Il signifie en réalité toute doctrine contraire à la parole
de Dieu. Mais l'église romaine appelle de ce nom ce qui est opposé à ses enseignements et à ses pra-
tiques. Ainsi, si quelqu'un niait que le pape eût le pouvoir de pardonner les péchés, ou s'il ne croyait
pas à la messe, ou, au purgatoire, ou s'il rejetait quelque autre des traditions de l'église, il était regardé
comme un hérétique digne de châtiment.
Comment faut-il agir avec les hérétiques? La parole de Dieu nous dit simplement qu'il faut les reje-
ter et n'avoir pas de communication avec eux (Tite 3:10; 2 Jean 10), et c'est ce que l'Église faisait au
commencement. Mais quand elle se fut écartée de l'enseignement des Écritures, qu'elle y eut ajouté
ses traditions et ses ordonnances, et qu'elle se fut érigée en dominatrice des consciences et des cœurs,
elle en vint à dire qu'il fallait châtier les hérétiques qui ne voulaient pas renoncer à leurs erreurs, par
la perte de leurs biens, par la prison, et enfin par le feu. Elle prétendait s'appuyer sur ce passage. «Con-
trains-les d'entrer.»
Déjà à la fin du IVe siècle, un nommé Priscillien, chef d'une secte qui portait son nom, fut mis à
mort avec quelques-uns de ses disciples pour crime d'hérésie, par ordre de l'empereur Maxime1. Son
principal accusateur était un évêque du nom d’Ithacius.
Mais avec leur piété, leur charité, leur dévouement, ces hommes, et d'autres tels qu'eux, ne soute-
naient pas moins l'église romaine, ses erreurs et ses superstitions. On se rappelle ce que saint Bernard
disait relativement à la Vierge: «Si tu es effrayé de la majesté de Jésus, recours à Marie!» Et il sévissait
avec rigueur contre de prétendus hérétiques, car c'est ainsi qu'il nommait ceux qui, s'attachant à la
parole de Dieu, se séparaient de Rome.
Il est vrai que bien des hommes pieux de l'église romaine déploraient et dénonçaient les vices du
clergé, des moines et des papes, et cherchaient à les réformer. Ils s'efforçaient de corriger les mœurs
dissolues des moines en introduisant dans les couvents des règles sévères, et en fondant de nouveaux
ordres. Mais ce n'était pas couper le mal à la racine. Les nouveaux ordres monacaux, tels que les fran-
ciscains et les dominicains, ne firent que fortifier, par l'appui qu'ils lui prêtèrent, l'autorité de l'église
de Rome, et, sous différents noms, les diverses congrégations, en une certaine mesure, dominèrent et
dominent encore le chef même de l'église, le pape.
Dans ces ténèbres d'erreur et de superstition, et sous cette domination du clergé, que devenait la
vérité de Dieu, qu'il avait donnée aux hommes? Cette vérité ne peut jamais périr, et Dieu eut toujours
des témoins pour la maintenir. Mais ce fut au milieu et au prix de beaucoup de souffrances, car l'église
romaine les poursuivait partout, ne pouvant supporter qu'on se dérobât à son autorité. Dans l'état de
choses représenté par l'assemblée de Thyatire, ils étaient ceux dont le Seigneur reconnaissait les
œuvres, la foi, l'amour, le service et la patience, le résidu qui ne suivait pas la doctrine de Jésabel et
ne connaissait pas les profondeurs de Satan (Apocalypse 2:19, 24).
Il y avait bien, dans quelque cellule d'un couvent, un moine ou une nonne qui déplorait la corrup-
tion de l'église, et se réfugiait comme consolation auprès du Sauveur qu'il aimait. Tel, par exemple,
ce pauvre chartreux qui écrit sa confession en ces termes. «O Dieu très charitable! Je sais que je ne
puis être sauvé et satisfaire ta justice autrement que par le mérite, la passion très innocente et la mort
de ton Fils bien-aimé. — Pieux Jésus! tout mon salut est dans tes mains. Tu ne peux détourner de moi
les mains de ton amour, car elles m'ont créé, formé et racheté. Tu as inscrit mon nom d'un style de fer,
avec une grande miséricorde et d'une manière ineffaçable, etc.» Et il ajouta: «Si je ne puis confesser
ces choses de la langue, je les confesse du moins de la plume et du cœur». Puis il plaça sa confession
dans une boîte de bois qu'il renferma dans un trou fait à la muraille de sa cellule. Plusieurs siècles
après, en 1776, on abattit un corps de logis qui avait fait partie de ce couvent, et on trouva la confes-
sion du frère Martin. Un autre adressait chaque jour au Seigneur cette prière: «O mon Seigneur Jésus
Christ! Je crois que tu es seul ma rédemption et ma justice.» N'est-il pas doux de penser que le Sei-
gneur, dans ces temps ténébreux, avait des âmes cachées pour qui il était leur trésor? Mais elles
demeuraient dans l'ombre, soumises à Rome, et gardaient pour elles-mêmes la lumière intérieure qui
illuminait et réjouissait leur cœur.
Mais il y eut d'autres fidèles qui ne craignirent pas de confesser hautement leur foi, et de rompre
avec Rome, en s'attachant uniquement à la parole de Dieu. Ils forment une ligne non interrompue de
témoins jusqu'aux jours de la Réformation. C'est d'eux que nous avons à nous occuper maintenant.