Main
Main
a
Centre fédératif de pelvipérinéologie, clinique urologique, CHU de Nantes,
44093 Nantes, France
b
Centre fédératif de pelvipérinéologie et kinésithérapie, CHU de Nantes,
44093 Nantes, France
c
Service d’urologie-andrologie, CHR La Source, 45000 Orléans, France
d
Service d’urologie, EA 4308, hôpital Charles-Nicolle, CHU de Rouen, université de Rouen,
1, rue de Germont, 76000 Rouen, France
∗ Auteur correspondant.
Adresse e-mail : jjlabat@[Link] (J.-J. Labat).
1166-7087/$ — see front matter © 2010 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
doi:10.1016/[Link].2010.08.059
Douleurs musculaires pelviennes 983
KEYWORDS Summary
Pelvic pain; Introduction. — Clinical examination of a patient with chronic pelvic and perineal pain often
Perineal pain; demonstrates muscle hypertonia or muscle contracture sometimes associated with local ten-
Myofascial syndrome; derness or real muscle trigger points. It is sometimes very difficult to determine whether this
Pelvic floor muscle pain detected on clinical examination is the cause or a consequence of the pain. The
dysfunction; purpose of this article is to review musculoskeletal dysfunction in the context of chronic pelvic
Fibromyalgia; and perineal pain.
Hypersensitization; Material and methods. — Review of the literature devoted to musculoskeletal aspects of pelvic
Referred pain; and perineal pain.
Physiotherapy Results. — Definitions of pelvic floor dysfunction, hyperactive pelvic floor, myofascial pain and
muscle trigger points, and the concept of fibromyalgia.
Conclusion. — Musculoskeletal pain is certainly underestimated in the management of chronic
pelvic and perineal pain. The pathophysiology of musculoskeletal pain involves disorders of
the lumbar, pelvic and femoral equilibrium, myofascial pain characterized by the presence of
trigger points for which the pathophysiology remains controversial: a purely muscle disease,
reaction to adjacent inflammatory reactions causing hypersensitization, or simply a sign of
central hypersensitization in a context of chronic pain syndrome.
© 2010 Elsevier Masson SAS. All rights reserved.
taire avec retour à l’état de repos caractérise selon l’ICS L’hypertonie périnéale (hyperactivité du plancher
un défaut de relaxation volontaire du plancher pelvien. pelvien) peut-elle être considérée comme une
On demande au patient de pousser comme s’il allait à explication à un syndrome algique pelvipérinéal ?
la selle, l’absence de relaxation du plancher pelvien carac-
On peut toujours discuter des facteurs responsables de
térise selon l’ICS un défaut de relaxation involontaire du
ces tensions musculaires mais il est toujours bien difficile
plancher pelvien.
d’affirmer qu’elles sont à l’origine d’une douleur et non
Parfois, on constatera que le patient n’a ni contraction
une conséquence réflexe de celle-ci. Toute douleur entraîne
volontaire ni relaxation du plancher pelvien (plancher pel-
des réactions réflexes dans le système somatique stimu-
vien non contractant et non relaxant).
lant le réflexe myotatique responsable d’une contraction
Le tonus sphinctérien est également un témoin
musculaire.
de l’hyperactivité du plancher pelvien mais la notion
d’hypertonie périnéale pose le problème de la normalité :
quel est le tonus normal ? Cela peut être relativement facile Conséquences des hypertonies du plancher pelvien
quand on explore par manométrie les sphincters de l’urètre Ces contractions musculaires peuvent être très locali-
ou de l’anus par des données statistiques, cela est plus sées mais peuvent également s’étendre à des muscles
compliqué pour les muscles élévateurs de l’anus ou les de voisinage entraînant alors des modifications d’équilibre
ischio- et bulbocaverneux. musculaire régionale qui peuvent par elle-même générer
des douleurs musculotendinosquelettiques. Ainsi, certains
estiment que toute douleur pelvipérinéale s’accompagnant
Les examens complémentaires permettent-ils de d’une hypertonie musculaire sans explication lésionnelle
quantifier l’hyperactivité du plancher pelvien ? locale évidente doit inciter à un bilan exhaustif des
Électromyogramme évènements passés et présents susceptibles de pertur-
L’électromyogramme (EMG) de détection à l’aiguille ne peut ber l’équilibre musculosquelettique du patient. Nombreux
évaluer un tonus musculaire. Dans un muscle normal, il sont alors les éléments traumatiques, opératoires, obsté-
n’y a pas d’activité électrique au repos mais les muscles tricaux et psychologiques dont on pourrait envisager la
du plancher pelvien, du fait de leur fonction de préven- responsabilité initiale. Le lien étant formellement impos-
tion de la continence et de la statique, ont une activité sible à établir, cette démarche est donc avant tout
musculaire tonique permanente au repos et se relâchent affaire de convictions personnelles mais l’important est
dans la fonction (miction, défécation), cette relaxation dans tous les cas, d’identifier les muscles hypertoniques
peut être enregistrée par une électrode aiguille mais la dans la région du plancher pelvien, de la région fessière
seule présence de l’électrode, chez un patient sans patho- et de la région abdominale et d’en tirer des consé-
logie neurologique, notamment sensitive, peut modifier le quences thérapeutiques. Si un traitement locorégional est
degré de relaxation musculaire. Des sondes avec recueil dans tous les cas indispensable, une analyse plus pous-
par électrodes de contact peuvent être utilisées au niveau sée incitera à la recherche d’un trouble de la statique
de l’anus et du vagin. C’est une méthode qui peut être du bassin souvent associé à un trouble de la statique
utilisée en rééducation périnéale mais elle ne peut être rachidienne.
quantitative, il n’y a pas de valeur normale, l’intérêt de
ces mesures réside avant tout dans la prise de conscience du Douleurs myofasciales
patient, de son aptitude à contracter et à relâcher (biofeed-
back). Dans les douleurs pelvipérinéales, il est cependant Une douleur myofasciale est définie [7] par la présence
souvent impossible d’avoir recours à ces méthodes de d’un point douloureux gâchette (trigger point) au sein
biofeedback par relaxation car la présence de la sonde d’un muscle, traduisant une hyperirritabilité du muscle
dans le vagin ou dans l’anus est en elle-même source de ou de son fascia. Ce point gâchette est considéré comme
douleur. « actif », c’est-à-dire responsable d’une réaction symp-
Les méthodes de réflexologie (réflexe H) peuvent appor- tomatique locale et à distance. Cette réaction locale
ter des renseignements sur le degré de spasticité musculaire perturbe l’allongement du muscle, contribue à sa faiblesse,
mais ne sont pas applicables au niveau périnéal. génère des douleurs référées et perturbe le bon équilibre
musculaire de la région. La douleur myofasciale s’exprime
donc par une douleur régionale complexe mais reproduc-
Données manométriques tible à l’examen clinique et d’un moment à l’autre dans
La mesure des pressions sphinctériennes (urétrale et anale) des schémas assez spécifiques pour chaque muscle impli-
fait partie des examens manométriques habituels (urody- qué.
namique, manométrie anorectale). Il est également tout à Douleur myofasciale n’est donc pas synonyme
fait possible de mesurer les pressions vaginales à l’aide d’un d’hypertonie musculaire. Les points gâchettes
périnéomètre par le biais d’une sonde pression introduite au s’accompagnent parfois d’une réaction de spasme
niveau vaginal. musculaire local témoin de l’hyperactivité musculaire
Est-il pathologique d’avoir un bon tonus sphinctérien de mais la plupart du temps, il s’agit simplement de points de
repos (tonus de posture), ce qui est un bon élément de conti- sensibilité à la pression.
nence ou ne faut-il retenir comme hypertonie pathologique Les douleurs myofasciales sont très fréquentes, elles tou-
que celles qui s’accompagnent d’un défaut de relaxation cheraient 40 millions d’Américains [8]. Elles ont un impact
pendant la fonction (dyssynergie vésicosphinctérienne ou économique majeur et seraient très sous-estimées, car
anorectale) ? associées à de nombreuses pathologies rhumatologiques,
Douleurs musculaires pelviennes 985
Le syndrome de douleur pelvienne chronique de l’homme Dans les syndromes douloureux vésicaux
(CPPS) associe douleur pelvienne et troubles mictionnels.
L’examen musculosquelettique systématique de patients À propos de quatre patients, Doggweiler-Wiygul et Wiygul
porteurs d’un syndrome douloureux pelvien chronique rapportaient, chez des patients présentant un tableau de
montre des différences nettement significatives par rapport douleur vésicale, la constatation de trigger points au niveau
aux patients-témoins non douloureux. On retrouve plus de des muscles piriformes, obturateurs internes et élévateurs
muscles spasmés ou hypertoniques, des douleurs au toucher de l’anus mais également au niveau des muscles supra-
986 J.-J. Labat et al.
et infraépineux, avec une amélioration par les techniques qu’il n’y a pas de douleur lors du passage des selles. La sta-
rééducatives [12]. tion assise est nettement aggravante, la position debout et
la marche étant beaucoup mieux supportées, il n’y a pas
Dans les douleurs pelviennes chroniques de la de douleur en décubitus et pas de réveil nocturne. Il peut
femme s’y associer une constipation terminale. Les critères diag-
nostiques retenus sont : l’existence d’une douleur ou d’une
Chez 15 à 34 % des patientes présentant des douleurs pel- brûlure rectale chronique ou récurrente, évoluant depuis
viennes chroniques, on retrouve des douleurs myofasciales plus de trois mois dans les 12 derniers mois, par épisodes
et des trigger points abdominaux [19]. douloureux durant plus de 20 minutes, sans cause locale évi-
La mesure des seuils de pression au niveau des trigger dente et accompagnée d’une contracture des releveurs au
points abdominaux inférieurs des patientes présentant des toucher rectal avec une douleur à la traction du muscle
douleurs pelviennes chroniques montrent une corrélation [24]. La cause du syndrome du releveur est inconnue, ce
avec les autres mesures d’intensité de la douleur [20]. Cela syndrome peut s’associer à des douleurs plus diffuses avec
pourrait permettre une quantification de ces douleurs myo- des formes frontières avec les coccygodynies, les névral-
fasciales facilitant l’évaluation clinique des thérapies (après gies pudendales quand la douleur est retrouvée au niveau
des injections des trigger points, on constate une augmen- du périnée antérieure, avec les syndromes myofasciaux et
tation de ces seuils de 75 %). la fibromyalgie.
La présence d’un spasme des releveurs (62 %), d’une coc-
Dans les vestibulodynies cygodynie (8 %) ou d’une neuropathie pudendale (24 %) au
cours d’une proctalgie chronique n’influence pas le résul-
Le biofeedback, les techniques d’étirements musculaires tat des traitements (électrothérapie, biofeedback ou bloc
ont été proposées dans les vulvodynies et notamment dans caudal corticoïdes) [25]. L’absence de corrélation entre le
les vestibulites vulvaires. La dyspareunie associée est en traitement et l’étiologie tend à prouver que les causes de la
générale superficielle liée à l’intolérance au contact local douleur sont multifactorielles et que l’on agit peut-être par
mais il existe souvent un vaginisme associé qui peut être en ces techniques uniquement sur certaines composantes de
rapport avec une hypertonie des élévateurs mais aussi avec la douleur sans pour autant régler le problème étiologique.
des points gâchettes au niveau des élévateurs de l’anus ou Finalement, l’élément de confusion majeure est lié au fait
des obturateurs internes réveillés par la pression locale [21]. que la dénomination du syndrome sous-entend un méca-
nisme physiopathologique de certitude : c’est l’hypertonie
Dans les névralgies pudendales des élévateurs qui est génératrice de ce type de douleur.
Plusieurs éléments importants vont contre ce lien de causa-
Dans notre expérience, la prise en charge des patients lité. L’hypertonie des releveurs est au moins aussi souvent
présentant des névralgies pudendales par 12 à 15 séances absente qu’elle n’est présente dans ce type de douleur.
de rééducation adaptée permet des améliorations sou- Les patients qui ont d’authentiques névralgies pudendales
vent significatives avec 61 % d’amélioration très nette, 11 % s’exprimant au niveau du périnée antérieur peuvent aussi
d’amélioration nette, 20 % d’amélioration discrète et 8 % avoir une symptomatologie de syndrome du releveur et
d’absence d’amélioration [22]. Ces résultats sont toujours celle-ci disparaître avec les infiltrations du nerf puden-
assez spectaculaires et parfois inattendus mais pas toujours dal ou la chirurgie de libération du nerf pudendal. Les
durables dans le temps. muscles élévateurs sont des muscles fondamentaux pour la
continence fécale, ils doivent se relâcher pour faciliter la
Dans les proctalgies chroniques défécation, ce qui n’est possible qu’en position accroupie
ou assise ; en position debout, ils se retendent pour aug-
La classification de Rome III de 2006 [23] a démembré les menter les mécanismes de continence ; en cas d’hypertonie
troubles fonctionnels digestifs. Le chapitre F est consacré des releveurs, les patients devraient donc logiquement souf-
aux troubles fonctionnels anorectaux, le chapitre F2 aux frir en position debout et être soulagés en position assise.
douleurs fonctionnelles anorectales, le sous-chapitre F2a Enfin, une étude randomisée utilisant la toxine botulique
aux proctalgies chroniques comprenant le sous-groupe F2a ou un anesthésique local seul, injectés dans les muscles
1 : syndrome de l’élévateur de l’anus et le groupe F2a 2 : élévateurs de l’anus n’a pas montré de différence signifi-
les douleurs fonctionnelles anorectales non spécifiques. En cative sur l’évolution de la douleur entre les deux groupes
fait, ces deux groupes sont identiques avec pour différence alors que dans le groupe toxine les pressions endocavi-
la constatation à l’examen clinique d’une hypertonie des taires diminuaient de façon très significative témoignant
muscles élévateurs de l’anus (hypertonie dont la définition de l’efficacité du produit sur le tonus musculaire [26].
n’est d’ailleurs pas apportée). L’hypertonie musculaire ne semble donc pas être la respon-
Le syndrome de l’élévateur de l’anus est une entité cli- sable de la douleur.
nique indiscutable. Il s’agit de patients qui se plaignent de
douleurs de la région anorectale d’évolution chronique sur
plusieurs années. La douleur est comparée à une brûlure Physiopathologie
et s’accompagne d’une sensation de ténesme intrarectal et
parfois intravaginal. Les termes employés par les patients Déséquilibre lombopelvifémoral
sont souvent très imagés (impressions d’une bête qui ronge,
de mouvements musculaires incessants, de grignotements. . . Pendant la nutation du sacrum, c’est-à-dire l’extension du
Elle est en général déclenchée après l’exonération alors sacrum dont la face postérieure se porte en haut et en
Douleurs musculaires pelviennes 987
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