Propriétés mécaniques des matériaux métalliques
Propriétés mécaniques des matériaux métalliques
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Thibaut Fourcade
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Silver sintering assembly process for power electronic and optical View project
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Je tiens tout d’abord à remercier MM. Jean-Michel Bergheau et Laurent Latorre pour
avoir accepté de rapporter sur mon travailainsi que les membres du Jury, MM. Moussa Naït
Abdelaziz, Eric Andrieu et Eric Lacoste, qui ont bien voulu faire le déplacement jusqu’à
Tarbes pour assister à mon jury de soutenance.
Une thèse est une aventure dans laquelle on ne peut se lancer et perséverer sans être
convaincu que l’on est soutenu par son encadrement. Ce fut le cas lors de mon travail et je
tiens à remercier pour cela mon directeur de thèse Talal Masri qui a su malgré ses fonctions
de directeur de l’ENIT se montrer à l’écoute et disponible toutes les fois où j’en ai eu be-
soin. Ma gratitude va aussi vers mes co-encadrants, Joël Alexis et Olivier Dalverny, qui ont
toujours cru en mon travail et m’ont poussés à travers leurs questions et leurs remarques
à aller toujours un peu plus loin.
Ce travail n’aurait pas été possible si la société Novamems (maintenant Fialab) ne
m’avait pas accueilli. Je remercie donc son PDG, Xavier Lafontan pour m’avoir donné cette
opportunité. Je remercie aussi Cédric Séguineau dont j’ai pris la relève et avec qui nous for-
mions le département « mécanique et matériaux » de l’entreprise. Je remercie aussi en vrac
tous mes anciens collègues qu’ils soient restés ou qui, comme moi, sont allé voir ailleurs
si l’herbe ne serait pas un peu plus verte. Merci donc à Jérémy, Djemel, Stéphanie, Laetitia
et Fabio. Une pensée particulière pour les « compagnons de pauses », Mélanie, Anthony,
Guilhem et Adrien, pour tous ces moments qui me permettaient de sortir de ma thèse
pendant quelques instants pour mieux m’y replonger après.
J’ai passé la plus grande partie de ma thèse au sein du CNES. Je tiens donc à remer-
cier Francis Pressecq pour m’avoir accueilli dans son service. Un grand merci va aussi à
Jean-Michel Desmarres qui m’a suivi et conseillé tout au long de ma thèse ainsi qu’à toute
l’équipe du service AQ/LE que je ne peux citer dans son entier par manque de place.
Je voudrais aussi remercier toutes les personnes avec qui j’ai pu travailler au LGP et
particulièrement à toute l’équipe « métalo » : Jade pour son polissage exceptionnel, Jé-
rémy pour l’usinage ainsi que Nathalie, Amandine, Jean-Denis, Lionel et Luis. Je remercie
également Michel Trilhe et Gilles Dessein pour l’usinage des éprouvettes de traction ainsi
que Helene Welemane pour son aide sur la compréhension de l’endommagement. Je veux
aussi remercier Elodie Peronnet pour sa relecture attentive. Je ne veux pas oublier Yannick
i
Balcaen qui a débuté cette aventure presque en même temps que moi et avec qui nous
passons la ligne d’arrivée en même temps.
Ces remerciements ne seraient pas complets si je ne remerciais pas mes parents et mon
frère sans qui tout cela n’aurait jamais pu être possible. Enfin je veux remercier ma com-
pagne Michèle qui m’a accompagné tout au long de ce travail.
ii
Table des matières
Remerciements i
Nomenclature xvii
Notations xix
Introduction 1
Conclusion 159
vii
viii
Liste des figures
xi
III.3 - 23 Résultats de l’identification paramétrique du modèle de comportement
de l’aluminium à partir des essais de traction macroscopique. . . . . . . 119
III.3 - 24 Résultats de l’identification paramétrique du modèle de comportement
du cuivre à partir des essais de traction macroscopique. . . . . . . . . . 120
III.3 - 25 Résultats de l’identification paramétrique du modèle de comportement
du titane à partir des essais de traction macroscopique pour les trois
directions d’éprouvettes de titane. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 122
III.4 - 26 Résultats des résolutions inverses des problèmes d’identification du
modèle de comportement de l’aluminium à partir d’essais d’indenta-
tion Brinell et Vickers. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 129
III.4 - 27 Influence de la valeur du coefficient de Poisson sur l’identification du
modèle de comportement de l’aluminium . . . . . . . . . . . . . . . . . 131
III.4 - 28 Résultats des résolutions inverses des problèmes d’identification du
modèle de comportement du cuivre à partir d’essais d’indentation Bri-
nell et Vickers. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 132
III.4 - 29 Résultats des résolutions inverses des problèmes d’identification du
modèle de comportement du titane à partir d’essais d’indentation Bri-
nell et Vickers. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 134
III.5 - 30 Écart entre la contrainte identifiée par indentation et par traction pour
l’aluminium, le cuivre et le titane. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137
III.5 - 31 Influence sur le comportement du cuivre de l’écrouissage initial. . . . . 139
III.6 - 32 Schéma de la procédure d’identification paramétrique du modèle de
comportement de matériaux massifs à partir d’essais d’indentation ins-
trumentée. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 142
xiii
xiv
Liste des tables
xvi
Nomenclature
ε Déformation totale
εe Déformation élastique
εp Déformation plastique
ν Coefficient de Poisson
ρ résistivité électrique
σ Contrainte
σ0 Contrainte résiduelle
σs Seuil de plasticité
σy Limite d’élasticité
xvii
σ0,2 Limite conventionnelle d’élasticité à 0,2 %
E Module d’élasticité
F Force appliquée
xviii
Notations
x Scalaire
[ ] Matrice
Norme euclidienne
x Gradient du vecteur x
xix
xx
Introduction
Les couches minces métalliques sont depuis longtemps présentes dans de nombreux
secteurs industriels, où déposées sur un substrat, elles apportent des fonctions de protec-
tion ou de fonctionnalisation de surfaces. Depuis l’apparition des Micro- et Nano- Techno-
logies (MNT), les couches minces sont aussi utilisées libre de tout substrat sous forme au-
toportante comme éléments de structure devant répondre à des contraintes mécaniques
significatives et subir des déformations importantes. Quelque soit son type, l’épaisseur
des couches minces est généralement de l’ordre du micromètre et elles font généralement
partie de systèmes mécaniques permettant de réaliser une ou plusieurs fonctions spéci-
fiques. Afin d’améliorer la performance et la fiabilité de ces systèmes, il est nécessaire de
pouvoir s’appuyer lors de leur conception sur une connaissance et une compréhension
fine du comportement mécanique de ces couches minces.
Du fait de leur épaisseur, proche des dimensions de la microstructure, et des tech-
niques d’élaborations différentes de celle du matériau massif, le comportement méca-
nique des matériaux en couches minces ne peut être extrapolé à partir de la connaissance
du comportement de ce même matériau à l’échelle macroscopique. Il est donc nécessaire
de développer des moyens de mesures adaptés à la caractérisation de telles couches dans
un double objectif industriel et scientifique. Pour l’industriel, il s’agit de pouvoir s’appuyer
sur des données fiables pour la conception et la fiabilisation de systèmes intégrant des
couches minces. L’objectif scientifique repose sur une meilleure compréhension des phé-
nomènes régissant le comportement mécanique des matériaux à cette échelle.
Cette thèse s’inscrit dans le cadre d’un partenariat entre le Centre National d’Études
Spatiales de Toulouse (CNES-CST), la société Fialab (anciennement Novamems) et le La-
boratoire Génie de Production de l’École Nationale d’Ingénieurs de Tarbes (LGP-ENIT)
dans le but de développer des moyens de caractérisation des propriétés mécaniques de
matériaux en couches minces. L’objectif est donc de développer des outils de caractéri-
sation fiables et opérationnels dans l’optique d’une utilisation compatible à des fins de
recherche et industrielles.
mier temps la caractérisation des couches minces autoportantes puis celle des couches
minces déposées. Le manuscrit de thèse se décompose en quatre chapitres.
Le premier chapitre s’appuie sur une étude bibliographique pour donner un aperçu
du contexte actuel de la caractérisation des matériaux en couches minces ainsi que les
méthodes numériques de résolutions de problèmes inverses d’identification. Après avoir
abordé les principaux enjeux de la caractérisation des matériaux en couches minces, nous
détaillons les paramètres régissant leur comportement mécanique et nous présentons
deux modèles, parmi d’autres, qui nous semblent particulièrement adaptés pour le dé-
crire. Par la suite, nous listons et commentons les techniques de caractérisation méca-
nique couramment mises en œuvre pour l’étude des couches minces avec pour objectif
de choisir la ou les techniques les mieux adaptées à l’étude de ces structures. Enfin, nous
nous intéressons à l’apport des méthodes de résolution de problèmes inverses d’identifi-
cation paramétrique dans la caractérisation mécaniques de couches minces.
Le deuxième chapitre est dédié à la caractérisation de couches minces autoportantes
dont l’épaisseur est comprise entre 0,8 et 25 µm par microtraction uni-axiale. Nous dé-
taillons dans un premier temps le principe de l’essai, le dispositif expérimental ainsi que
les éprouvettes associées et leurs techniques de fabrication. Dans un deuxième temps
nous présentons les méthodes mises en œuvre pour réduire les incertitudes de mesure
liées à l’essai de microtraction. Nous proposons, dans un troisième temps, deux tech-
niques pour mesurer l’endommagement mécanique de couches minces au cours de l’essai
de microtraction. La première est basée sur la mesure de l’évolution du module d’élasticité
et la deuxième sur l’évolution de la résistance électrique au cours de l’essai.
Le troisième chapitre porte sur le développement d’un outil pour permettre la caracté-
risation du comportement élasto-plastique de matériaux massifs grâce au couplage d’es-
sais d’indentation instrumentée à une méthode d’identification paramétrique du compor-
tement du matériau. L’objectif est de mettre au point cet outil à l’échelle macroscopique
sur un matériau massif pour limiter les incertitudes de mesures liées à la caractérisation
par nanoindentation de couches minces déposées. Les résultats de l’étude microstructu-
rale des trois matériaux choisis pour cette étude sont présentés. Un poinçon sphérique
et un poinçon autosimilaire sont évalués. Pour ce dernier, l’ajout comme entrée supplé-
mentaire au problème inverse d’identification de la hauteur de bourrelet est discuté. Le
résultat de l’identification pour ces trois matériaux et les deux géométries de poinçon sont
présentés et comparés à ceux d’une campagne d’essais de traction conventionnelle. En-
fin, les résultats sont mis en relation avec la microstructure du matériau afin d’évaluer les
limites de l’outil développé. L’objectif fixé par le CNES et Fialab pour cet outil est une dif-
férence de moins de 20 % entre les propriétés mesurés par traction conventionnelle et le
résultat de l’identification paramétrique.
Dans le quatrième chapitre sont présentés les résultats d’une étude exploratoire dont
2
I NTRODUCTION
le but est d’adapter l’outil développé dans le chapitre précédent à l’échelle de la couche
mince. Pour cela, un essai de nanoindentation a été réalisé sur un alliage d’aluminium
2024 recuit et une identification paramétrique est menée sur le résultat de cet essai. Les
résultats sont alors comparés à ceux du même matériau évalué par traction convention-
nelle. Le résultat de la simulation de l’essai de nanoindentation avec les paramètres issus
de l’essai de traction est aussi présenté et discuté afin de mettre en évidence les princi-
paux points restant à traiter pour adapter l’outil développé à la caractérisation de couches
minces déposées.
3
I NTRODUCTION
4
Chapitre 1
État de l’art
L’utilisation des couches minces par l’homme remonte à l’Antiquité : des feuilles d’or
d’une épaisseur de 0,3 µm datant de la 18e dynastie égyptienne (1567-1320 avant J.C.) ont
été découvertes à Louxor [Ohring 01]. De nos jours, les couches minces sont utilisées dans
un nombre important de domaines industriels comme la microélectronique et les Micro
et Nano-Technologies (MNT) comme couches structurelles. Elles sont aussi utilisées dans
l’industrie du traitement de surface où elles apportent des fonctions de protection (corro-
sion, radiations, résistance à l’abrasion,. . .) ou de fonctionnalisation (diminution du coef-
ficient de frottement, hydrophobie, modification de l’indice de réflexion. . .) à un substrat.
De manière générale, les couches minces sont des couches dont l’épaisseur est com-
prise entre quelques couches atomiques et quelques dizaines de micromètres. Elles
peuvent être composées de matériaux polymères, métalliques ou céramiques. Les couches
minces sont usuellement divisées en deux catégories : les couches minces déposées et les
couches minces autoportantes. La figure I.0 - 1a montre un exemple de couche mince dé-
posée de NiP-Talc, développée au cours de la thèse de Bernard Etcheverry pour améliorer
le comportement tribologique de l’acier 35NiCrMo16 [Etcheverry 06]. Ce revêtement avait
pour objectif de remplacer les revêtements développés à partir de bains de chrome hexa-
valent, jugés trop dangereux pour la santé. La figure I.0 - 1b montre un exemple de réali-
sation d’un Microsystème-Électro-Mécanique (MEMS) conçu à partir de couches minces
autoportantes.
Nous allons dans un premier temps mettre en évidence les enjeux de l’étude des pro-
priétés mécaniques des couches minces. Par la suite, nous présenterons les principaux pa-
ramètres régissant leur comportement mécanique. Puis, nous détaillerons les différentes
techniques de caractérisation mécanique couramment mises en œuvre pour l’étude de
ces structures. Enfin, nous développerons les méthodes d’identification paramétrique que
nous avons utilisées au cours de ces travaux.
5
C HAPITRE 1. É TAT DE L’ ART
(a) Visualisation après rupture d’une (b) Micro-miroir orientable réalisé par
couche mince NiP-Talc de 20 µm Sandia Lab à partir de couches minces
d’épaisseur déposée sur une éprouvette autoportantes [eSMART 05].
de microtraction [Etcheverry 06].
6
I.2. R APPEL DES PRINCIPAUX PARAMÈTRES MÉCANIQUES
On peut donc définir le comportement mécanique d’un matériau comme étant les dé-
formations élastiques et plastiques en réponse à une contrainte σ :
εe = f (σ)
σ, εp = g (σ) si σ σy , (I.2.2)
εp = 0 si σ < σy ,
où σy est la limite d’élasticité du matériau, c’est à dire la plus petite valeur absolue à par-
tir de laquelle la première déformation irréversible apparaît. Cette expression est vérifiée
pour un chargement monotone et tant que le matériau reste vierge de tout endommage-
ment.
I.2.1 Élasticité
Comme indiqué précédemment, nous étudions le cas d’un matériau isotrope. En consi-
dérant l’élasticité comme linéaire, la relation contrainte-déformation ne dépend alors que
de deux paramètres : le module d’élasticité E et le coefficient de Poisson ν. Cette relation
7
C HAPITRE 1. É TAT DE L’ ART
s’écrit :
3
E νE X
σij = εij + δij εkk (I.2.3)
1+ν (1 + ν) (1 2ν) k=1
3
E νE X
σij = εij + δij εkk (I.2.4)
1+ν 1 ν 2 k=1
ν
ε33 = (ε11 + ε22 ) (I.2.5)
1 ν
Les contraintes résiduelles σ0 à l’état initial sont des contraintes mécaniques qui sub-
sistent dans la structure lorsque celle-ci n’est soumise à aucune sollicitation extérieure.
Ces contraintes sont généralement introduites dans les couches minces lors de leur éla-
boration ou des étapes de micro-usinage. Ces contraintes peuvent avoir une origine ther-
mique ou microstructurale. Les contraintes d’origine thermique sont induites par les dif-
férences de coefficients de dilatation thermique (CTE) entre les différents matériaux. L’éla-
boration se fait à une température différente de la température ambiante. Après le dépôt, la
température revient à la température ambiante. Les différents matériaux se dilatent plus
ou moins en fonction de leurs CTE, ce qui créé une contrainte dans la couche mince et
dans le substrat [Stoney 09]. Les contraintes d’origine microstructurale sont générées par
les transformations de phase lors du dépôt et sont indépendantes des contraintes ther-
miques [Doerner 88]. Les contraintes résiduelles des couches minces résultent générale-
ment de la combinaison de ces deux types de contraintes.
I.2.3 Plasticité
ε̇p = 0 si σ < σs
(I.2.6)
ε̇p 0 si σ = σs
8
I.2. R APPEL DES PRINCIPAUX PARAMÈTRES MÉCANIQUES
Ce modèle a été développé en 1943 par W. Ramberg et W.R. Osgood. Il s’agit d’un mo-
dèle à quatre paramètres qui découle directement de la proportionnalité du seuil de plasti-
cité avec la racine carrée de la densité de dislocations évoquée précédemment. Ce modèle
permet d’exprimer la déformation comme une fonction de la contrainte [Ramberg 43] :
n
σ σr σ
ε= +α (I.2.7)
E E σr
E
α = 0,002 (I.2.9)
σ0,2
Les paramètres de ce modèle sont : E qui correspond au module d’élasticité, σ0,2 qui est la
limite d’élasticité mesurée de manière conventionnelle à 0,2 % de déformation, n le coeffi-
cient d’écrouissage de la première partie de la courbe et σu et εu qui sont respectivement la
contrainte maximale et la déformation associée. Les coefficients calculés à partir des pa-
ramètres précédents sont : E0,2 qui permet d’assurer la continuité de la dérivée lors de la
transition, m qui représente la courbure de la deuxième partie du modèle et ε0,2 qui est la
déformation atteinte pour une contrainte égale à σ0,2 . Tant que la contrainte est inférieure
à σ0,2 , le modèle de Rasmussen est identique au modèle de Ramberg-Osgood écrite dans
le cas particulier d’une limite conventionnelle d’élasticité.
Lorsque la contrainte est supérieure à la limite d’élasticité conventionnelle, la relation
prend la forme d’une transformation linéaire de l’équation de Ramberg-Osgood initiale
écrite dans un deuxième repère comme montré dans la figure I.2 - 2b [Rasmussen 03] :
m
σ̄ σ̄
ε̄ = + ε̄up (I.2.11)
E0,2 σ̄u
10
I.2. R APPEL DES PRINCIPAUX PARAMÈTRES MÉCANIQUES
ߪ ߪ
ߪҧ
ܧǡଶ ߝ௨ ǡ ߪ௨
ܧ
ߪǡଶ ߪǡଶ
ߝҧ
calculées comme :
ε̄ = ε ε0,2 (I.2.12)
σ̄ = σ σ0,2 (I.2.13)
σu
ε̄up = εu ε0,2 (I.2.15)
E
Rasmussen fait l’hypothèse que pour des matériaux présentant des déformations à
rupture importante, la déformation ultime transformée peut être remplacée par la défor-
mation ultime [Rasmussen 03] :
ε̄up εu (I.2.16)
Ainsi, par rapport au modèle de Ramberg-Osgood pour une limite d’élasticité conven-
tionnelle, deux paramètres supplémentaires sont alors nécessaires pour décrire le com-
portement mécanique du matériau :
11
C HAPITRE 1. É TAT DE L’ ART
— la contrainte ultime σu ,
— la déformation ultime εu .
Les autres paramètres sont calculés comme suit :
— le module E0,2 représente la pente initiale de la deuxième partie de la courbe. Afin
d’assurer la continuité entre les deux parties, E0,2 est calculé à partir de l’équation
I.2.8 comme étant dσ/dε σ=σ0,2 et vaut :
E
E0,2 = (I.2.17)
E
1 + 0,002n
σ0,2
σ0,2
ε0,2 = 0,002 + (I.2.18)
E
σ0,2
m = 1 + 3,5 (I.2.19)
σu
Bien que permettant une description plus précise que le modèle de Ramberg-Osgood
pour les matériaux présentant une ductilité importante, le modèle de Rasmussen présente
plusieurs inconvénients :
— seule la limite conventionnelle d’élasticité est considérée. Contrairement au modèle
de Ramberg-Osgood, le coefficient α qui permet d’adapter le niveau de déformation
à partir duquel apparaît la déformation plastique est perdu,
— une approximation est faite dans le modèle pour les matériaux fortement ductiles
(équation I.2.16), approximation qui n’est totalement justifiée par l’auteur que pour
les aciers inoxydables. De plus, cette écriture fait que pour une contrainte σu , la dé-
formation est différente de εu ,
— l’identification de l’exposant m en utilisant la formule proposée par Rasmussen
(équation I.2.19) n’a été vérifiée que dans le cadre de la caractérisation d’aciers in-
oxydables et n’est pas validée pour les autres classes de matériaux.
12
I.3. O UTILS DE CARACTÉRISATION DES COUCHES MINCES
ler les paramètres des modèles de comportements présentés précédemment, il est néces-
saire de mettre en œuvre des techniques de caractérisation permettant de déterminer le
comportement mécanique du matériau à partir de la réponse d’une structure.
E wt3
P = δ (I.3.1)
4 la3
13
C HAPITRE 1. É TAT DE L’ ART
ܨ
F IGURE I.3 - 3 – Principe de la micro-flexion d’une structure encastrée-libre. La force est géné-
ralement exercée par la pointe d’un nanoindenteur ou d’un AFM.
Dans les cas où les dimensions de la structure sont telles que w > 5t (ce qui est sou-
vent le cas), le module mesuré correspond au module biaxial Eb qui est relié au module
d’élasticité par la relation [Osterberg 97] :
E
Eb = (I.3.2)
(1 − ν 2 )
Des éprouvettes bi-encastrées sont aussi utilisées pour caractériser le module d’élasti-
cité E et évaluer la contrainte résiduelle σ0 . Dans ce cas, la poutre est encastrée des deux
côtés et la charge est appliquée à égale distance des deux supports comme montré dans la
figure I.3 - 4. Le système est alors hyperstatique d’ordre 2. Pour une poutre de longueur l,
14
I.3. O UTILS DE CARACTÉRISATION DES COUCHES MINCES
ܨ
F IGURE I.3 - 4 – Principe de la micro-flexion d’une poutre bi-encastrée. La force est générale-
ment exercée par la pointe d’un nanoindenteur ou d’un AFM.
3
Ewπ 4 Ewπ 4 t wσ0 π 2 e
t 3
P = δ+ δ + δ (I.3.3)
6 l 8 l3 2 l
tσ0 w E t
3 E t3
P = C1 w 0 + C 2 ν, w + C 3 w0 (I.3.4)
l2 l 1 − ν l4 0 1 − ν 2 l4
t w0
P
2w 2l
F IGURE I.3 - 5 – Déformation d’une structure lors d’un essai de gonflement de membrane. Les
différentes grandeurs géométriques nécessaires au calcul des propriétés mécaniques sont in-
diquées sur le schéma.
16
I.3. O UTILS DE CARACTÉRISATION DES COUCHES MINCES
tσ0 w E t
P = C1 w 0 + C 2 ν, w3 (I.3.5)
l2 l 1 ν l4 0
17
C HAPITRE 1. É TAT DE L’ ART
I.3.3.2 Vibrométrie
La vibrométrie est une technique qui permet de déterminer les modes de vibration
propres d’une structure et, de manière indirecte, de calculer le module d’élasticité E et les
contraintes résiduelles σ0 dans les couches minces.
Une céramique piézoélectrique permet d’exciter une membrane. L’amplitude de la vi-
bration est mesurée de manière optique, par exemple par interférométrie, ou électrique
grâce à un système capacitif ou résistif. La gamme de fréquences généralement utilisées
se situe entre 1 kHz et 5 MHz. Pour l’étude théorique, nous considérerons une plaque rec-
tangulaire encastrée sur toute sa périphérie. L’équation de la fréquence de résonance pro-
posée par Jonsmann et al. est [Jonsmann 95] :
2 E C 1m n C 2m n C 3m n 2
fmn = + + 2 2 t+
ρ (1 ν 2) l4 w4 l w
C 4 m n C 5m n C 6 m n C 7m n C 8m n
(1 + ν) ε0 + + + + 2 2 ω 2 (I.3.8)
l2 w2 l4 w4 l w
où C9m n et C10m n sont des constantes calculées par Jonsmann pour chacun des quatre pre-
miers modes de vibration [Jonsmann 95] et σ0 la contrainte résiduelle dans le film. En tra-
çant la droite fmn /C9m n en fonction de C10m n et en connaissant les dimensions de la mem-
brane, ses fréquences de résonance et la densité volumique ρ du film, le module d’élasticité
E et la contrainte résiduelle σ0 sont extraits par régression linéaire.
L’inconvénient principal de cette technique est de faire intervenir le carré de l’épaisseur
de la couche ainsi que les largeurs et longueurs à la puissance 4. Il est donc impératif de
parfaitement caractériser la géométrie des éprouvettes afin de limiter l’incertitude sur les
calculs du module d’élasticité et de la contrainte résiduelle. De plus, la connaissance de la
masse volumique ρ est nécessaire pour le calcul des propriétés mécaniques.
18
I.3. O UTILS DE CARACTÉRISATION DES COUCHES MINCES
Comme pour tous les essais mécaniques réalisés sur les couches minces, la manipula-
tion des éprouvettes avant essai est rendue difficile par leur petite taille et leur faible ré-
sistance aux sollicitations mécaniques. Ceci est particulièrement vrai dans le cas de l’essai
de microtraction sur couche mince en raison notamment du facteur de forme important
entre l’épaisseur et les autres dimensions de l’éprouvette. Afin de protéger les éprouvettes
pendant la préparation de l’essai, deux configurations d’éprouvettes sont principalement
utilisées : il s’agit des éprouvettes semi-détachées et des éprouvettes encadrées.
Éprouvettes semi-détachées
Les éprouvettes semi-détachées sont des éprouvettes dont une des extrémités reste atta-
chée au substrat comme montré sur la figure I.3 - 6a. Cette dernière est fixée sur la pla-
tine et un dispositif permet de tirer sur l’extrémité libre. Ce type d’éprouvette a été in-
troduit par Tsuchiya et Greek et al. en 1997 pour mesurer les propriétés du poly-silicium
[Tsuchiya 98, Greek 97]. La configuration a plus tard été reprise par d’autres auteurs
[Sharpe Jr 01, Corigliano 04, De Masi 04].
L’intérêt de ce type d’éprouvettes réside dans la facilité de fabrication d’un grand
nombre d’éprouvettes sur un même support, réduisant ainsi le coût de fabrication. Cette
configuration est bien adaptée à une mesure automatisée mais il est difficile de réaliser
des ancrages présentant la même rigidité des deux côtés de l’éprouvette.
Éprouvettes encadrées
Les éprouvettes encadrées sont des éprouvettes auto-portantes dont la partie utile pos-
sède une section qui peut être extrêmement réduite. Cette partie utile est entourée par
deux bras plus épais réalisés dans le même matériau ou dans un matériau différent. Ces
bras ont pour but d’apporter à l’éprouvette une résistance mécanique accrue pour per-
19
C HAPITRE 1. É TAT DE L’ ART
mettre sa manipulation. Une fois l’éprouvette en place, les bras de maintien sont coupés.
Une illustration d’éprouvette encadrée est montrée figure I.3 - 6b.
Un des premiers essais de microtraction a été réalisé par Neugebauer en 1960 sur ce
type d’éprouvette [Neugebauer 60]. Des couches d’or dont l’épaisseur variait de 50 nm
à 1,5 µm ont été déposées sur un substrat en sel. Une fois l’éprouvette montée dans les
mors, le sel a été dissous avec de l’eau afin de libérer la couche d’or. Les résultats obtenus
(E =50 GPa et σr =260 MPa) sont assez proches des résultats récents.
Ce type d’éprouvettes a depuis été repris par beaucoup d’auteurs afin de caractéri-
ser plusieurs classes de matériaux [Read 92, Sharpe Jr 05, Guo 07, Isono 06]. La densité
d’éprouvette est moins importante et la mise en place d’un essai automatisé est rendu
plus difficile que dans le cas des éprouvettes semi-détachées. Cependant, cette configu-
ration d’éprouvette présente une symétrie parfaite qui permet de conserver une zone fixe
dans le cas d’une observation in-situ au cours de l’essai.
C’est donc ce type d’éprouvette que nous avons sélectionné pour notre étude.
La fixation de l’éprouvette dans les mors est un des points essentiels lors de la réali-
sation d’essais de microtraction sur couches minces. La méthode choisie doit assurer le
non-glissement de l’éprouvette dans les mors et le maintien de son alignement au cours
de l’essai. Plusieurs méthodes ont été développées pour assurer la fixation : le collage, l’ac-
crochage électrostatique, et la fixation par interaction mécanique.
20
I.3. O UTILS DE CARACTÉRISATION DES COUCHES MINCES
- +
Film isolant
Sonde
Eprouvette
+ + + +
- - - -
Substrat
- +
+ + + +
- - - -
F IGURE I.3 - 7 – Schéma de principe de la fixation par force électrostatique [Yi 99].
Collage
Cette technique est adaptable aux deux types d’éprouvettes. Sharpe et al. ont utilisé la
technique de collage pour leurs tests sur des éprouvettes encadrées comme le montre la
figure I.3 - 6b [Sharpe Jr 08]. L’éprouvette a d’abord été pré-collée grâce à une colle pho-
tosensible afin de réaliser l’alignement final. Une fois l’alignement réalisé le collage a été
finalisé avec de la colle forte. Cho et Chasiotis ont eux aussi utilisé une technique mettant
en jeu une colle photosensible, mais sur des éprouvettes semi-détachées [Cho 07]. Il est
ainsi possible de ne déclencher la polymérisation de la colle que lorsque l’alignement du
système de traction a été effectué.
Le principal inconvénient de cette méthode est la déformation de la colle au cours de
l’essai, déformation qui se cumule à la déformation de l’éprouvette, ce qui impose une
mesure de déplacement ou de déformation sur la partie utile de l’éprouvette uniquement.
21
C HAPITRE 1. É TAT DE L’ ART
vissage, serrage ou utilisation d’un obstacle. Greek et al. ont utilisé des éprouvettes semi-
détachées dont l’extrémité libre était formée par un anneau dans lequel s’introduisait une
sonde circulaire [Greek 97]. Isono a utilisé une fixation par obstacle entre un actionneur
piézoélectrique et une éprouvette de microtraction encadrée [Isono 06].
Cette technique est mieux adaptée que la fixation électrostatique dans le cas où les
forces mises en jeu sont importantes. De plus, le système de fixation par interaction mé-
canique étant souvent beaucoup plus rigide que la partie utile de l’éprouvette, sa défor-
mation est négligeable contrairement à la déformation de la colle dans le cas de la fixation
par collage.
C’est cette méthode de fixation que nous avons choisie pour notre étude.
22
I.3. O UTILS DE CARACTÉRISATION DES COUCHES MINCES
avec cette méthode [Greek 98]. La déformation ε est calculée par la formule :
σ
δ1000
k250
ε= (I.3.10)
l1000 l250
où δ1000 est l’allongement mesuré de l’éprouvette longue, l1000 et l250 sont les longueurs des
deux éprouvettes, σ est la contrainte au sein de la partie utile de l’éprouvette, et k250 est
la pente de la droite obtenue à partir de la régression sur la portion linéaire de la courbe
contrainte-déplacement de l’éprouvette la plus courte. Le module d’élasticité E du maté-
riaux est calculé par :
l1000 l250
E= 1 (I.3.11)
k1000 k2501
Cette dernière méthode présente l’inconvénient de devoir mesurer deux éprouvettes
pour chaque essai et augmente de fait l’incertitude de mesure à moins de doubler le
nombre d’essais.
23
C HAPITRE 1. É TAT DE L’ ART
Cette méthode permet donc d’obtenir une courbe force/déplacement en temps réel. Cette
technique est appelée ISDG (Interferometric Strain/Displacement Gage). En 1997, la fré-
quence maximale de rafraichissement était de 0,5 Hz à 1 Hz. Il est certainement possible
d’obtenir aujourd’hui de meilleures performances.
Il est nécessaire que les éprouvettes ne soient pas transparentes pour pouvoir utiliser
cette technique. En effet la déformation du dioxyde de silicium n’a pas pu être mesurée
par Sharpe avec cette technique.
Corrélation d’images
La corrélation d’images est une technique de mesure de champ de déplacements se basant
sur la mise en correspondance de deux images numériques de la surface à observer à deux
états distincts de déformations, un état de référence et un état dit déformé [Sutton 00]. Il
est ainsi possible de mesurer un champ dense de déplacements au cours de l’essai jusqu’à
la rupture. La dérivation de ce champ donne accès en tout point à la déformation. Cette
technique permet donc de mettre en évidence des déformations hétérogènes sur l’éprou-
vette. La corrélation d’images nécessite un codage de la surface en niveaux de gris, qui est
un invariant de la transformation mécanique subie au cours de l’essai.
Une difficulté de l’adaptation de la corrélation d’images à l’échelle microscopique vient
du fait que la plupart des couches sont trop lisses et/ou trop réfléchissantes pour obtenir
des nuances de gris suffisamment contrastées pour réaliser l’analyse. A l’échelle macro-
scopique, on remédie à ce problème en créant sur la surface un mouchetis souvent réalisé
avec de la peinture. A l’échelle microscopique, on utilise souvent des poudres céramiques
très fines que l’on dépose au travers d’un filtre. La figure I.3 - 9 montre un tel mouchetis.
La résolution de cette technique est un peu moins importante que celle obtenue par inter-
férométrie : 1 µm.m−1 de déformation.
Tsuchiya et al. ont utilisé cette technique pour mesurer la déformation d’une éprou-
vette en titane, Gianola a mesuré la déformation d’un film fin d’aluminium nanocristallin
24
I.3. O UTILS DE CARACTÉRISATION DES COUCHES MINCES
I.3.6 Nanoindentation
La nanoindentation est une des techniques les plus utilisées dans le cadre de la carac-
térisation mécanique des couches minces déposées. Il s’agit d’une réduction d’échelle de
l’indentation instrumentée développée à l’échelle macroscopique dans les années 1970.
Contrairement à l’indentation classique, où seule la taille de l’empreinte et/ou l’enfonce-
ment maximal du poinçon sont mesurés, lors d’un essai d’indentation instrumentée l’évo-
lution de la charge P en fonction de la profondeur de pénétration du poinçon h au cours
du chargement et du déchargement est enregistrée et analysée. La figure I.3 - 10 représente
une courbe typique d’un essai de nanoindentation.
Plusieurs formes de poinçons peuvent être utilisées en nanoindentation : sphères,
cônes et pyramides. Le poinçon Berkovich, qui est de type pyramidal à 3 faces, est le
plus fréquemment utilisé en nanoindentation contrairement aux poinçons pyramidaux à
quatre faces utilisés classiquement lors des essais de micro- ou macro-indentation. Cette
géométrie particulière est induite par la difficulté de fabriquer des poinçons à quatre faces
de taille réduite présentant une faible erreur géométrique sur le défaut de pointe (apex).
Les poinçons Berkovich présentent un angle de 65,03 ˚. Il s’agit d’un poinçon autosimi-
laire, c’est-à-dire que ses sections transversales (hors défaut d’apex) sont homothétiques
les unes par rapport aux autres. Il présente la même fonction d’aire que le poinçon Vickers
et ils peuvent tous les deux être modélisés par un poinçon conique d’angle 70,3 ˚. La du-
reté, les propriétés élastiques et certaines propriétés plastiques peuvent être caractérisées
par nanoindentation.
I.3.6.1 Dureté
P
H= (I.3.13)
Ac (hc )
26
I.3. O UTILS DE CARACTÉRISATION DES COUCHES MINCES
ࡼ
ܲ
ܹ ൌ ܹ ܹ ܹ
S
ܹ
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F IGURE I.3 - 10 – Schéma d’une courbe de chargement-déchargement lors d’un essai de dureté
instrumenté.
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Enfoncement Bourrelet
݄ ݄ ݄ ݄
ݎ ݎ
F IGURE I.3 - 11 – Illustration des deux phénomènes qui peuvent apparaître lors d’un essai d’in-
dentation suivant la nature du matériau : l’enfoncement et le bourrelet. Ces phénomènes ont
une influence sur la mesure de la hauteur de contact hc et sur le rayon de contact rc qui sont
utilisés pour calculer l’aire de contact Ac et donc la dureté H.
27
C HAPITRE 1. É TAT DE L’ ART
P
hc = h ε (I.3.14)
S
1 (1 ν 2 ) (1 νi2 )
= + (I.3.16)
ER E Ei
π1 S
ER = (I.3.17)
2 β Ac
matériau constitutif de l’éprouvette et que ces variations peuvent avoir une influence non-
négligeable sur les propriétés mécaniques mesurées [Vlassak 94, Oliver 04, Jha 11].
H = 3σy (I.3.18)
Dans le cas d’un poinçon Berkovich, cette déformation représentative est comprise
entre 8 et 10 % [Tabor 48]. Ainsi pour un couple poinçon autosimilaire-éprouvette donné,
le résultat macroscopique de l’essai d’indentation sera un couple (εT , σT ) caractéristique
quelque soit la profondeur de pénétration. De ce fait, connaissant le module d’élasti-
cité du matériau à caractériser, le résultat brut d’un essai de nanoindentation (courbe
chargement-profondeur d’indentation) ne sera pas suffisant pour décrire complètement
la loi contrainte-déformation du matériau, comme illustré par la figure I.3 - 12.
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29
C HAPITRE 1. É TAT DE L’ ART
30
I.4. P ROBLÈME INVERSE D ’ IDENTIFICATION PARAMÉTRIQUE
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31
C HAPITRE 1. É TAT DE L’ ART
à des perturbations. Les premiers développements théoriques portant sur les méthodes
d’identifications ont principalement été le fait des géophysiciens. En effet, leur but était
de comprendre les phénomènes ayant lieu sous la croûte terrestre avec pour seules infor-
mations des données mesurées en surface. De nos jours ces techniques sont utilisées dans
un nombre important de domaines tels que la thermique ou la caractérisation des lois de
comportement de matériaux soumis à des champs de contraintes complexes.
Nous allons dans un premier temps définir ce qu’est un problème inverse d’identifica-
tion et les conditions générales qui permettent de statuer sur l’existence d’une solution.
Par la suite, nous présenterons les étapes générales ainsi que les méthodes permettant de
mener à la résolution d’un tel problème.
Données Résultats
F IGURE I.4 - 13 – Formulation générale du problème direct d’identification appliquée aux élé-
ments finis [Kleinermann 00].
Données Résultats
32
I.4. P ROBLÈME INVERSE D ’ IDENTIFICATION PARAMÉTRIQUE
L’objectif d’un problème inverse est de déduire certaines données du problème de base
(données du problème direct) en fixant comme données d’entrées supplémentaires un ou
plusieurs résultats expérimentaux (résultats du problème direct). La figure I.4 - 14 présente
l’exemple d’un problème inverse où l’un des résultats à déduire est la loi constitutive du
matériau en intégrant en tant que données les résultats expérimentaux obtenus. Il s’agit
effectivement d’un problème d’identification inverse car on cherche à déterminer les pa-
ramètres du matériau (données du problème direct) permettant d’obtenir les mêmes ré-
sultats que ceux obtenus expérimentalement (résultat du problème direct) [Bui 93].
Les problèmes d’identification appartiennent, par définition, à la famille des pro-
blèmes inverses.
33
C HAPITRE 1. É TAT DE L’ ART
à trouver le jeu de paramètres permettant de réduire l’écart entre les mesures expérimen-
tales et la solution du problème direct utilisant ce jeu de paramètres. Les enjeux de la cor-
rection paramétrique reposent principalement dans la définition du problème à résoudre,
la méthode de résolution du problème direct, le choix de la fonctionnelle coût et le choix
de la méthode de minimisation.
Une des méthodes de résolution du problème direct usuellement utilisée est l’utilisa-
tion d’un modèle par éléments finis. C’est en 1992 que Schnur et Zabaras [Schnur 92] cou-
plèrent pour la première fois un code de calcul par éléments finis et une méthode d’opti-
misation dans l’optique de l’identification du comportement d’un matériau.
C’est cette méthode que nous avons décidé de mettre en œuvre en raison de sa simpli-
cité et sa robustesse.
Procédure d’identification
Mesure écart - J(X)
NON Actualisation
e <e Essai de structure
paramètres
OUI
Paramètres Géométrie
identifiés CL + CI
Modèle numérique de la structure
Réponses Réponses
numériques expérimentales
Validation
34
I.4. P ROBLÈME INVERSE D ’ IDENTIFICATION PARAMÉTRIQUE
ωi le vecteur poids,
Ω la somme des termes du vecteur poids Ω = nj=1 ωj .
P
36
I.4. P ROBLÈME INVERSE D ’ IDENTIFICATION PARAMÉTRIQUE
Méthodes de Monte-Carlo
Ces méthodes regroupent l’ensemble des méthodes basées sur l’utilisation d’un généra-
teur aléatoire de nombres. Son développement remonte au projet Manhattan (1942-1946),
pour lequel le calcul du résultat de la collision d’un neutron avec un atome a été remplacé
par un tirage aléatoire.
Cette méthode est principalement utilisée pour la résolution de problèmes fortement
non-linéaires. Elle est basée sur le calcul de la fonction objectif J(x) à partir d’un modèle
(x) déterminé aléatoirement. Des tirages sont effectués jusqu’à ce que le nombre de mo-
dèles (x) soit suffisant pour être représentatif.
Hormis le nombre important de tirages, la difficulté de cette méthode réside dans la
réalisation d’un générateur de hasard de bonne qualité.
Le principe des méthodes de descente est de générer de manière itérative une suite
x k N définie par xk+1 = xk + αk g k telle que pour f (α) = J xk + αg k , x +
:
k
La convergence de cet algorithme est généralement très lente car l’information donnée
est très locale et ne permet donc qu’une petite variation des paramètres à optimiser pour
chaque itération. De plus, dans le cas où la surface de la fonctionnelle coût est une val-
lée très plate et très allongée, cet algorithme peut devenir inefficace et ne pas atteindre le
minimum de J.
Algorithme de Gauss-Newton
Cet algorithme est très bien adapté à l’optimisation des fonctionnelles coût de type
moindres-carrés :
N
X
J (x) = jk2 (x) (I.4.3)
k=1
37
C HAPITRE 1. É TAT DE L’ ART
La particularité de ces fonctions objectifs réside dans le fait que l’on connaît la forme
de leurs dérivées premières et secondes :
N
∂J X ∂jk
( x J)i = =2 jk (I.4.4)
∂xi k=1
∂xi
N
∂ 2J ∂ 2 jk
X ∂jk ∂jk
Hij = =2 + jk (I.4.5)
∂xi ∂xj k=1
∂x i ∂xj ∂xi ∂xj
Lorsque l’on s’approche de l’optimum, le deuxième terme de (I.4.5) qui est quadratique
devient négligeable devant le premier et on peut écrire :
N
∂ 2J X ∂jk ∂jk
=2 (I.4.6)
∂xi ∂xj k=1
∂xi ∂xj
cJ = 2Aj (I.4.8)
H = 2AT A (I.4.9)
avec j = [j1 , j2 , . . . , jN ]T .
En considérant ∆x = xk+1 xk au pas k de l’identification, on peut écrire la formule de
Newton :
AT A ∆ x = AT f (I.4.10)
38
I.5. C ONCLUSION
L’algorithme de Levenberg-Marquardt
L’algorithme de Levenberg-Marquardt permet de palier les inconvénients de l’algorithme
de Gauss-Newton par l’ajout d’une régularisation à l’équation (I.4.10) :
AT A + λI ∆x = AT f (I.4.11)
I.5 Conclusion
Nous avons présenté dans ce chapitre les différents paramètres qui régissent le com-
portement mécanique des couches minces ainsi que les principales techniques qui per-
mettent de les caractériser. Parmi celles-ci, deux techniques qui permettent de mesurer les
propriétés élasto-plastiques des couches minces déposées et autoportantes se sont distin-
guées. Il s’agit respectivement de la nanoindentation et de la microtraction.
La microtraction permet de caractériser les propriétés élasto-plastiques de couches
minces autoportantes. L’intérêt de cette méthode est d’être peu sensible aux incertitudes
et erreurs de mesure sur la géométrie des couches à caractériser. De plus, c’est la seule
méthode ne nécessitant pas de connaître le coefficient de Poisson pour calculer les autres
paramètres et le traitement des données en vue de déterminer le modèle de comporte-
ment est assez simple pour le réaliser de manière analytique. Cependant, l’étude biblio-
graphique montre que la mise en œuvre expérimentale de cette technique demande un
développement conséquent dans le but d’obtenir une méthode de mesure fiable et de li-
miter les incertitudes et les erreurs de mesure introduites par le moyen.
La nanoindentation est quant-à-elle une méthode de caractérisation bien connue pour
la caractérisation des propriétés élastiques des couches minces déposées. Il est néanmoins
théoriquement possible de caractériser le comportement plastique de telles couches. La
difficulté de cette démarche vient de la complexité du champ de déformations introduit
sous le poinçon qui empêche une résolution simple du problème. Afin de surmonter cet
écueil, il est nécessaire de mettre en œuvre des techniques d’identification paramétrique.
Les grandes lignes des méthodes d’identification paramétrique ont été exposées dans
la dernière partie de ce chapitre. Ces techniques seront mises en œuvre, couplées à nos
39
C HAPITRE 1. É TAT DE L’ ART
40
Chapitre 2
Nous avons vu dans le chapitre 1 que les couches minces autoportantes sont forte-
ment présentes dans l’élaboration des MEMS. La problématique principalement associée
à ce type de mécanisme est l’utilisation de couches minces autoportantes en tant que
pièces de structure soumises à des contraintes et des déformations importantes. De ce fait,
dans un processus de conception et de fiabilisation des micro-systèmes, il est impératif de
connaitre précisément les propriétés mécaniques des matériaux qui y sont mis en œuvre.
Un point crucial concerne le fait que les propriétés mécaniques des matériaux en couches
minces ne sont pas identiques à celles des matériaux massiques et sont fortement dépen-
dantes des procédés d’élaboration. La figure II.0 - 1 compare des courbes de traction ra-
tionnelles d’aluminium résultantes d’essais sur des éprouvettes macroscopiques d’alumi-
nium 1050 (70 mm2 de section ) et des éprouvettes en couches minces autoportantes réali-
sées soit par évaporation (3,3 10 4 mm2 de section), soit par pulvérisation (0,00027 mm2
de section) avec des paramètres d’élaboration différents. Les comportements sont radica-
lement différents.
Nous observons que pour une déformation donnée, le niveau de contrainte atteint
pour les éprouvettes en couche minces est beaucoup plus important que pour l’éprou-
vette macroscopique. De plus, les trois éprouvettes en couches minces ne présentent pas
le même type de comportement. Alors que le comportement de l’éprouvette d’aluminium
évaporé s’approche de celui d’un matériaux fragile, les éprouvettes d’aluminium pulvé-
risé présentent une déformation ductile importante mais un comportement différent en
fonction des paramètres d’élaboration. La rupture apparait pour une déformation qui peut
atteindre 25 % pour ce type d’éprouvette.
A la lumière de cet exemple, nous observons que les propriétés mécaniques des maté-
riaux en couches minces autoportantes ne peuvent pas être déduites de celles du matériau
41
C HAPITRE 2. C ARACTÉRISATION MÉCANIQUE DES COUCHES MINCES AUTOPORTANTES
250
200
150
100
50
0
0 0.05 0.1 0.15 0.2 0.25 0.3 0.35 0.4 0.45
Déformation vraie
massif ou de celles du même matériau en couche mince élaboré suivant un procédé dif-
férent. Au travers de l’étude bibliographique [Sharpe Jr 08, Gaspar 09, Greek 98], il appa-
rait que l’essai de traction uni-axiale est bien adapté à la caractérisation élasto-plastique
des couches minces autoportantes. Suite aux travaux de thèse de Cedric Seguineau, le la-
boratoire DCT/AQ/LE du CNES s’est doté d’un prototype de machine de micro-traction
uniaxiale[Seguineau 09].
Après un rappel sur l’essai de traction uniaxiale, nous présenterons la platine de mi-
crotraction et les éprouvettes associées. Nous exposerons les améliorations techniques et
méthodologiques apportées à ce prototype dans le but de disposer d’un système de ca-
ractérisation des couches minces autoportantes fiable. Enfin nous aborderons la problé-
matique de la caractérisation de l’endommagement mécanique des couches minces au
travers de l’essai de traction uni-axiale sur couches minces autoportantes.
Le but de ce chapitre n’est pas de discuter du comportement des matériaux caractérisés
mais de présenter le processus de réflexion mené pour perfectionnner le banc de mesure.
La discussion des propriétés mécaniques en relation avec les procédés de fabrication et la
micro-structure a été réalisée en parallèle par Julien Martegoutte au cours de ses travaux
de thèse [Martegoutte 12].
ainsi que les différentes techniques d’élaboration. Enfin, nous développerons les princi-
pales étapes de la méthodologie de l’essai de microtraction.
F F
σ= = (II.1.1)
S w t
— la déformation suivant l’axe de traction est également uniforme sur toute la lon-
gueur utile de l’éprouvette. Elle est calculée en fonction de la longueur initiale de la
ሺࡺሻ
ȟܮ
Force
ܮ
43
C HAPITRE 2. C ARACTÉRISATION MÉCANIQUE DES COUCHES MINCES AUTOPORTANTES
∆L
ε= (II.1.2)
L0
0 0 0 0 0 ν ε
εv = ln (1 + ε) (II.1.5)
ሺࡹࡼࢇሻ
§ Contrainte-déformation
apparente
§ Contrainte-déformation
vraie
Déformation
45
C HAPITRE 2. C ARACTÉRISATION MÉCANIQUE DES COUCHES MINCES AUTOPORTANTES
Mors 1 Axe de
traction
Liaison vis-écrou
Mors 2
(a) Photographie de la platine de microtraction. La (b) Schéma cinématique de la platine de
pièce de deux euros permet de situer la taille de la microtraction.
platine.
4b). Le système de mise en mouvement se fait par une ensemble vis-écrou orthogonal à
l’axe de traction.
La mesure de force
La mesure de chargement mécanique est réalisée grâce à une cellule de force montée en
série avec l’éprouvette de microtraction comme le montre la figure II.1 - 5. Au cours de
cette étude, deux capteurs de capacité maximale respectivement égale à 1,5 N et 20 N ont
été utilisés. Il s’agit de cellules de force piézorésistives miniatures. Nous avons observé que
ces capteurs sont très sensibles à la température et aux champs électriques environnants.
Des méthodes correctives de ces effets ont été mises en place et seront présentées dans le
pargaraphe II.2.1.
La mesure de déplacement
Dans un premier temps, la mesure de déplacement était réalisée par un capteur à taux de
réflectance laser embarqué sur la platine de microtraction. Cependant, cette technique de
mesure est entachée des inconvénients suivants :
— le capteur est excentré par rapport à l’axe de l’éprouvette en raison de son encom-
brement comme cela est visible sur la figure II.1 - 5. De ce fait la chaine de mesure
est longue et prend en compte, outre la déformation de l’éprouvette, la déformation
des mors, du capteur de force et celle du bâti,
— le capteur est très sensible à un endommagement de la cible : une rayure ou une
poussière peuvent perturber la mesure,
46
II.1. D ESCRIPTION DU DISPOSITIF ET DES ÉPROUVETTES DE TRACTION UNI - AXIALE
Eprouvette
Cellule de force
Interféromètre laser x2
Capteur de
déplacement
Axe de embarqué
traction
F IGURE II.1 - 5 – Illustration de la position des différents capteurs dans la chaine de mesure.
Trous de fixation
Bras de maintien
En silicium
ܴଶ ൌ Ͳǡʹ݉݉
ܴଵ ൌ ʹ݉݉
ܹ௨
Afin de limiter les concentrations de contrainte qui sont une des causes principales
de la rupture prématurée des éprouvettes au cours de l’essai, une étude a été menée pour
optimiser les zones de raccordement entre la partie utile et les zones d’ancrage 1 . Une opti-
misation basée sur une modélisation par éléments finis a abouti à l’utilisation de doubles
congés de raccordement dont la géométrie est présentée en figure II.1 - 7 [Malhaire 07].
Les réductions de contrainte au voisinage des ancrages par rapport à un simple congé de
raccordement et un encastrement droit valent respectivement 10 % et 27 % [Malhaire 09].
1. Ce travail a été mené au sein de l’Institut des Nanotechnologies de Lyon (INL) dans le cadre du projet
ANR blanc « Microtraction » 2005-2008 initié entre le SIMaP et l’INL.
48
II.1. D ESCRIPTION DU DISPOSITIF ET DES ÉPROUVETTES DE TRACTION UNI - AXIALE
a 5,971 10 10 c 4,767 10 4
b 8,701 10 7 d 0,872
TABLE II.1 - a – Valeurs numériques des coefficients du polynôme G (wu ) utilisées pour calculer
la longueur équivalente Leq (150 < wu <550 µm).
Les techniques de dépôts se divisent en deux grandes catégories : les dépôts par voie
sèche et les dépôts par voie humide. Il existe au moins deux familles de techniques de dé-
pôts par voie sèche : les dépôts PVD ( Physical Vapor Deposition) et les dépôts CVD (Che-
49
C HAPITRE 2. C ARACTÉRISATION MÉCANIQUE DES COUCHES MINCES AUTOPORTANTES
Echantillon
Métal évaporé
Filaments
Métal à évaporer
Creuset
Source
électrique
F IGURE II.1 - 8 – Schéma de principe du dépôt par évaporation par arc électrique.
mical Vapor Deposition). Pour l’élaboration de nos éprouvettes, les techniques mises en
œuvre sont les dépôts PVD et les dépôts par voie humide.
50
II.1. D ESCRIPTION DU DISPOSITIF ET DES ÉPROUVETTES DE TRACTION UNI - AXIALE
1
Ar 2
Vide
3
cible. Le plasma est créé par l’application d’une tension électrique (supérieure à une ten-
sion critique) entre une cathode, la cible qui fournit les atomes à déposer, et une anode,
le substrat sur lequel les atomes vont venir se déposer. Le gaz qui est principalement uti-
lisé pour générer le plasma est l’argon qui présente les avantages d’être à la fois neutre et
de posséder une masse atomique élevée. De la même manière que pour l’évaporation par
arc électrique, ce processus doit être réalisé sous vide pour éviter la pollution du dépôt.
Le processus de dépôt peut se diviser en trois étapes principales qui sont résumées sur la
figure II.1 - 9 :
1. Les atomes d’argon sont introduits dans la chambre à vide et une tension électrique
élevée est appliquée entre l’anode et la cathode afin d’ioniser le gaz. Les atomes
d’argon ionisés sont alors accélérés vers la cathode où leur énergie cinétique va per-
mettre l’arrachement physique des atomes à déposer.
Il est possible avec cette méthode de déposer la plupart des métaux mais aussi des maté-
riaux isolants.
- +
݊݁ ି ݊݁ ି
Cathode Anode
Métal déposé
réduction lors de la réduction d’un métal est traduite par l’équation suivante :
Procédé AUXITROL
Le procédé AUXITROL a été utilisé pour fabriquer les éprouvettes de traction d’aluminium
pulvérisé dont le dépôt a été réalisé au LAAS, référencées comme Alu-AUXITROL. Il a été
aussi utilisé pour la fabrication des éprouvettes d’aluminium pulvérisé dont le dépôt a été
réalisé au Centre de Recherche Publique - Gabriel Lippmann (CRP-GL), référencées Alu-
CRPGL.
Ce procédé repose sur une mise en forme du dépôt en face avant par gravure chimique
et sur une gravure humide du silicium en face arrière à l’aide d’une solution KOH. Les dif-
férentes étapes de ce procédé sont schématisées sur la figure II.1 - 11. Le wafer de silicium
est tout d’abord préparé par la croissance et le dépôt d’un bi-couche Si3 N4 /SiO2 qui sert de
couche d’arrêt à la gravure KOH (étapes 1 et 2). Le métal est ensuite déposé sur l’ensemble
de la surface de la plaque avant d’être gravé pour dessiner la forme des éprouvettes (étapes
3 à 5). La face arrière est ensuite gravée par gravure KOH (étapes 6 à 9) et l’éprouvette est
finalement libérée des couches d’accroche Si3 N4 /SiO2 par le procédé de gravure physique
appelé reactive ion etching (RIE). La vitesse de gravure du silicium par le KOH est comprise
entre 0,5 µ[Link] 1 et 2 µ[Link] 1 pour une température comprise entre 70 C et 90 C. Ce-
pendant, le rapport d’anisotropie de la gravure des plans (111) par rapport aux plans (100)
est de 100 : 1 ; c’est-à-dire que les plans (111) sont gravés cent fois plus vite que les plans
(100). Ce phénomène provoque un angle de gravure du silicium de 54,7 [Shon-Roy 98].
Cette anisotropie doit être prise en compte dans la conception des masques pour obtenir
la géométrie souhaitée.
Procédé INL
Le procédé INL a été utilisé pour fabriquer les éprouvettes d’aluminium et d’or respecti-
vement référencées Alu-INL et Au-INL. Les différentes étapes de ce procédé sont schéma-
tisées sur la figure II.1 - 12. Ce procédé se distingue de celui précédemment présenté par
l’utilisation de la technique du « lift-off » pour définir la géométrie de la poutre et par l’uti-
lisation d’une résine de masquage spéciale résistant à l’agent de gravure du silicium. Les
dépôts de Si3 N4 LPCVD / SiO2 (oxyde thermique) ont été sous-traités à l’École Supérieure
d’Ingénieurs en Électrotechnique et Électronique (ESIEE).
Procédé MetalMUMPs
Le procédé MetalMUMPs est un procédé commercial développé par la société MEMSCAP
qui est basé sur le dépôt par voie électrolytique d’une couche de nickel. Les détails des
différentes étapes sont décrits par Cowen et al. [Cowen 02]. Les éprouvettes en Nickel-
Cobalt présentées dans cette étude ont été réalisées à partir de ce procédé.
53
C HAPITRE 2. C ARACTÉRISATION MÉCANIQUE DES COUCHES MINCES AUTOPORTANTES
1 2 3 4 5
Gravure Si3N4 Lithographie Gravure Si3N4 Gravure Si Retrait résine Retrait Si3N4
RIE FAR RIE KOH RIE
54
II.2. R ÉDUCTION DES INCERTITUDES DE MESURE POUR L’ ESSAI DE MICROTRACTION
MONOTONE
F IGURE II.1 - 13 – Les différentes étapes d’un essai de microtraction [Malhaire 09].
Ce qui a été décrit jusqu’à ce point est antérieur au commencement de la thèse. Nous
allons maintenant présenter les améliorations techniques et méthodologiques qui ont été
apportées au cours de mes travaux. Le but de ce travail est de réduire les incertitudes de
mesure.
σy 150 3 3
∆L = εσy L0 = L0 = = 6,7 10 mm (II.2.1)
E 67 000
Il est donc primordial de maitriser aux mieux les incertitudes de mesure afin de limiter
les erreurs et incertitudes lors de la détermination des propriétés mécaniques des couches
minces caractérisées.
Afin d’obtenir une liste exhaustive des sources d’incertitude pouvant influencer la me-
sure des propriétés mécaniques des couches minces, une approche 5M a été adoptée.
Cette approche permet de structurer la recherche des causes d’un problème en les classant
dans cinq familles différentes. La représentation graphique de cette méthode est le dia-
gramme en « arêtes de poisson » (aussi appelé diagramme des causes et effets d’Ishikawa
du nom de son inventeur). La figure II.2 - 14 montre les différentes sources d’incertitude
concernant l’essai de microtraction classées suivant les différentes familles proposées par
la méthode. Après avoir identifié les sources d’incertitudes, elles sont classées selon leur
criticité. Une partie des incertitudes de mesure présentées dans le diagramme ont déjà
été identifiées, analysées et limitées par Cédric Seguineau lors de ses travaux de recherche
[Seguineau 09]. Nous mettrons en évidence les développements méthodologiques et tech-
niques ayant permis de réduire les incertitudes restantes.
Par la suite, sauf mention contraire, les incertitudes sur les différents paramètres mé-
caniques introduites par les erreurs de mesures seront calculées en prenant la section
d’éprouvette nominale la plus faible caractérisée lors de cette étude :
— longueur L0 = 3 000 µm,
— largeur w = 200 µm,
— épaisseur t = 1 µm.
Moyen Méthode
Incertitudes
Procédé fabrication
Matière Milieu
Opérateur
ϮϱϬ
ϮϬϬ
ϭϱϬ
ϭϬϬ
ϱϬ
Ϭ
Ϭ Ϭ͘ϬϮ Ϭ͘Ϭϰ Ϭ͘Ϭϲ Ϭ͘Ϭϴ Ϭ͘ϭ Ϭ͘ϭϮ Ϭ͘ϭϰ Ϭ͘ϭϲ Ϭ͘ϭϴ
ĠĨŽƌŵĂƚŝŽŶǀƌĂŝĞ
(a) Essai réalisée sur la platine du SIMaP (b) Essai réalisée sur la platine du CNES
[Ignat 08]
F IGURE II.2 - 15 – Courbes caractéristiques d’essais de microtraction sur une éprouvette d’alu-
minium d’1,5 µm d’épaisseur obtenue avec la platine du SIMaP (a) et celle acquise par le CNES
après l’apport des modifications techniques (b).
57
C HAPITRE 2. C ARACTÉRISATION MÉCANIQUE DES COUCHES MINCES AUTOPORTANTES
Commande du moteur
La vitesse résiduelle du moteur de la première version de la platine se réglait à l’aide d’un
potentiomètre. De ce fait, même après avoir réalisé un réglage fin, le moteur possédait
58
II.2. R ÉDUCTION DES INCERTITUDES DE MESURE POUR L’ ESSAI DE MICROTRACTION
MONOTONE
une vitesse résiduelle non-nulle de 45 nm.s 1 . Cette vitesse résiduelle était probléma-
tique pour la réalisation des essais, notamment lors des phases préliminaires (mesures
géométriques, découpe des bras, stabilisation de la température). Afin de palier ce pro-
blème, un boitier de commande intermédiaire on-off a été ajouté. Cependant lors de la
modification de l’état de l’interrupteur, un pic de tension était systématiquement envoyé
au moteur entrainant un à-coup dans le déplacement des mors susceptible d’endomma-
ger l’éprouvette.
Dans la version actuelle de la platine, la technologie de commande du moteur a été
modifiée et l’utilisation d’un codeur numérique de position (Modèle IE2-512 de Faulha-
ber) supprime la vitesse résiduelle du moteur lorsque une commande de vitesse égale à
zéro est envoyée. Ainsi l’éprouvette n’est plus sollicitée en compression lors de la phase
d’attente de la stabilisation thermique.
Améliorations logicielles
Une gestion des erreurs a été ajoutée à la partie logicielle. Elle permet le retour à une posi-
tion de sécurité si la limite en force est dépassée et limite les risques d’endommager le cap-
teur et/ou l’éprouvette. La boucle de commande de l’essai a été allégée des commandes
superflues et les données en provenance des capteurs gérées par le logiciel ont été ratio-
nalisées afin de rendre l’application plus robuste et d’améliorer la vitesse d’acquisition.
Cette dernière a ainsi été portée de 4 Hz à 15 Hz ce qui a permis de caractériser des maté-
riaux au comportement fragile présentant des allongements à rupture très faible. Le détail
des améliorations apportées au logiciel ne peut pas être présenté ici pour des raisons de
confidentialité.
L’ensemble de ces améliorations techniques ont permis de réduire fortement les bruits
de mesure comme le montre la figure II.2 - 15b et d’obtenir des courbes caractéristiques
suffisamment « propres » pour ne pas nécessiter de post-traitement numérique.
59
C HAPITRE 2. C ARACTÉRISATION MÉCANIQUE DES COUCHES MINCES AUTOPORTANTES
— L’épaisseur des couches minces testées au cours de ces travaux est comprise entre
0,8 µm et 25 µm. La méthodologie de mesure est donc à adapter à de si petites di-
mensions.
— Dans le cas d’une éprouvette de microtraction de longueur l et d’épaisseur t res-
pectivement égales à 3 mm et 1 µm, le ratio l/t est égal à 3 000. Une telle différence
implique obligatoirement des stratégies de mesures différentes.
La mesure de la longueur des éprouvettes est réalisée in-situ à l’aide d’un microscope
numérique HIROX c après le montage de l’éprouvette dans les mors. L’erreur de mesure
∆c (L0) est principalement due à l’erreur de positionnement des curseurs numérique lors
de la mesure et est estimée égale à 10 µm. L’incertitude de mesure sur la longueur initiale
U (L0 ) est une incertitude de type B et la norme AFNOR NF ENV 13005 prévoit dans ce cas
de la calculer à partir de l’erreur de mesure ∆c (L0 ) comme suit :
∆c (L0 )
UL 0 = = 2,89 µm (II.2.2)
12
Soit, une incertitude relative u(L0 ) pour une éprouvette dont la longueur nominale L0 est
de 3 000 µm :
U (L0 )
u(L0 ) = = 0,29 % (II.2.3)
L0
ʹͲɊ
͵ͲͲɊ
(a) (b)
F IGURE II.2 - 16 – Topographie initiale d’une éprouvette de microtraction et (a) profil obtenue
à partir d’une section d’éprouvette indiqué par le plan de coupe bleu sur (b).
égale à 5 µm :
∆c (w)
U (w) = = 1,44 µm (II.2.4)
12
Soit, une incertitude relative u(w) pour une éprouvette dont la largeur nominale w0 est de
200 µm :
U (w)
u(w) = = 0,72 % (II.2.5)
w0
Angle de
visualisation
Zone de
mesure
Silicium
(a) Phénomène de sur-gravure des bras de (b) Influence de la sur-gravure sur la mesure
maintien. de l’épaisseur d’une éprouvette.
62
II.2. R ÉDUCTION DES INCERTITUDES DE MESURE POUR L’ ESSAI DE MICROTRACTION
MONOTONE
TABLE II.2 - b – Récapitulatif des mesures d’épaisseurs de différents wafers réalisées après une
gravure chimique de la couche sur les éprouvettes d’aluminium issues du procédé CRPGL et
AUXITROL. Les incertitudes U (t)i de mesures sont calculées pour un intervalle de confiance à
95 %.
∆c (t) 4
U (t)p = = 2,9 10 µm (II.2.7)
12
Soit, une incertitude relative u(t) pour une éprouvette dont l’épaisseur nominale t est de
1 µm :
U (t)p
u(t)p = = 0,29 % (II.2.8)
t
63
C HAPITRE 2. C ARACTÉRISATION MÉCANIQUE DES COUCHES MINCES AUTOPORTANTES
Dans le cas d’une éprouvette d’épaisseur d’épaisseur 1 µm, l’incertitude totale vaut donc :
p
u(t) = 0,292 + 5,02 = 5,01 % (II.2.10)
Les incertitudes de mesure faites sur les grandeurs géométriques ont un impact direct
sur les incertitudes des mesures de la déformation et de la contrainte.
F
σ= u(σ)w = u(w) (II.2.12)
wt
F
σ= u(σ)t = u(t) (II.2.13)
wt
64
II.2. R ÉDUCTION DES INCERTITUDES DE MESURE POUR L’ ESSAI DE MICROTRACTION
MONOTONE
L’utilisation dans les éprouvettes de doubles congés de raccordement pour limiter les
concentrations de contraintes induisent des champs de déformation hétérogènes au ni-
veau des ancrages. La méthode de mesure de la déformation des éprouvettes inclut la me-
sure de la déformation de ces ancrages. La mesure doit donc être corrigée pour ne pas
fausser le calcul de la déformation dans la partie droite de l’éprouvette. Cédric Seguineau
a proposé une méthode analytique de correction de ces déformations dans le domaine
élasto-plastique pour des petites déformations, comme indiqué dans le paragraphe II.1.3.
Cependant cette méthode n’est plus valide dans le domaine des grandes déformations
lorsque la géométrie des congés de raccordement est modifiée.
Afin de quantifier l’incertitude sur le calcul de la déformation de la partie droite de
l’éprouvette, une étude a été menée au travers de simulations par éléments finis en utili-
sant le logiciel Abaqus c . Les simulations ont été réalisées sur deux couches minces d’alu-
minium présentant des forts allongements à rupture. Il s’agit des dépôts d’aluminium
AUXITROL et CRPGL. Le modèle de comportement utilisé comme paramètre d’entré est
celui de Ramberg-Osgood dont les paramètres ont été identifiés à partir des résultats d’es-
sais de microtraction sur ces mêmes éprouvettes. Un déplacement de 600 µm a été appli-
qué sur l’ancrage. Ce déplacement correspond à une déformation nominale εnom de 20 %
pour une éprouvette possédant une longueur utile égale à 3 000 µm si aucune correction
n’est apportée. En appliquant la méthode de correction, la déformation corrigée avec le
modèle analytique εacorr vaut 21,3 %.
La figure II.2 - 18 montre le champs de déformation dans la partie utile d’une éprou-
vette dont les ancrages sont soumis à un déplacement de 600 µm. On remarque que la
déformation dans la partie utile de l’éprouvette est homogène et qu’elle vaut 26,5 %. Cette
valeur est supérieure de 32,5 % à la déformation nominale et de 24,4 % à la déformation
corrigée analytiquement.
L’identification des paramètres de la loi de comportement de Ramberg-Osgood en cou-
plant les essais mécaniques avec des simulations par éléments finis permettrait de prendre
en compte la déformation des doubles congés de raccordement, mais dans ce cas, une
identification paramétrique doit être réalisée pour chaque géométrie des différents types
65
C HAPITRE 2. C ARACTÉRISATION MÉCANIQUE DES COUCHES MINCES AUTOPORTANTES
TABLE II.2 - c – Erreurs commises sur les paramètres du modèle de Ramberg-Osgood pour les
éprouvettes d’aluminium AUXITROL et CRPGL en prenant en compte la correction analytique
et la déformation simulée de la partie utile de l’éprouvette
de dépôts. Cette approche, coûteuse en temps, n’a pas été retenue en raison du choix de
réaliser un grand nombre d’essais et de tester suffisamment de matériaux différents afin
de valider l’essai de microtraction.
Une étude a été menée pour mesurer l’impact de l’erreur faite sur la mesure des dé-
formations sur les valeurs des paramètres de la loi de Ramberg-Osgood identifiées à partir
de l’essai de microtraction. Les résultats sont résumés dans le tableau II.2 - c. Les diffé-
rences entre les paramètres calculés avec la correction analytique et ceux calculés à partir
de la déformation simulée de la partie utile dépendent fortement du comportement du
matériau. Les paramètres α et n sont les plus sensibles à une erreur sur la mesure de la
déformation.
L’aluminium CRPGL est celui qui présente la plus grande erreur entre la déformation
corrigée analytiquement et la déformation simulée. La figure II.2 - 19 montre la différence
entre les courbes théoriques calculées à partir des paramètres du modèle de Ramberg-
Osgood de l’aluminium CRPGL pour les deux types de déformation. On observe que, mal-
gré des différences significatives sur les paramètres, la différence entre les deux courbes
66
II.2. R ÉDUCTION DES INCERTITUDES DE MESURE POUR L’ ESSAI DE MICROTRACTION
MONOTONE
Contrainte (MPa)
180
160
140
120
100
Déformation corrigée
analytiquement
80
Déformation simulée
60
40
20
0
0 0.05 0.1 0.15 0.2 0.25 0.3
Déformation (µm/µm)
F IGURE II.2 - 19 – Comparaison des courbes d’écrouissage identifiées à partir des déformations
« réelles » simulées par la méthode des éléments finis et à partir de la correction analytique pour
une éprouvette de microtraction d’aluminium CRPGL.
est faible et que l’erreur faite sur la déformation peut donc être négligée pour le calcul de
la loi de comportement.
On peut donc conclure que la correction numérique de la déformation des ancrages
pour les éprouvettes présentant une ductilité importante n’impacte que légèrement l’iden-
tification des paramètres des modèles de comportement et que la correction analytique de
la déformation des ancrages est suffisante.
Le modèle choisi pour décrire le comportement des couches minces est celui de
Ramberg-Osgood qui exprime la déformation en fonction du niveau de contrainte en te-
nant compte de quatre paramètres [Ramberg 43] :
n
σ σr σ
ε= +α (II.2.16)
E E σr
Les détails concernant ce modèle ont été indiqués dans la partie I.2.4.1. Ce modèle a été
choisi car il présente, entre autre, l’avantage d’être continu et dérivable sur l’ensemble du
domaine de déformation. De plus, grâce au paramètre α, il permet de s’affranchir de la
limite conventionnelle d’élasticité σ0.2 prise à 0,2 % d’allongement qui n’est pas représen-
tative des couches minces qui présentent souvent des déformations à rupture très faibles.
Le module d’élasticité est calculé de manière indépendante par une régression réalisée
sur la partie linéaire de la courbe, en optimisant la valeur du résidus. Il est donc considéré
comme connu. Cédric Seguineau a, dans ses travaux de thèse, proposé une méthode ma-
67
C HAPITRE 2. C ARACTÉRISATION MÉCANIQUE DES COUCHES MINCES AUTOPORTANTES
nuelle permettant d’identifier les trois paramètres restants [Seguineau 09]. Afin de ratio-
naliser et de systématiser l’identification de ces trois paramètres, une méthode basée sur
la minimisation d’une fonction objectif en utilisant un schéma itératif de type Levenberg-
Marquardt a été développée. Cette technique permet de gagner en rapidité de traitement
et, même, si la différence entre les deux méthodes est négligeable pour des déformations à
rupture faible l’erreur est minimisée pour les allongements à rupture plus élevés. Lorsque
la déformation est supérieure à 15 %, l’écart entre la courbe théorique et la courbe expéri-
mentale a été diminué d’une valeur comprise entre 12,5 et 31,8 %.
II.2.4 Conclusion
Les améliorations techniques apportées à la platine de microtraction ont permis
d’améliorer la résolution et la répétabilité des courbes force-déplacement issues des es-
sais. Les méthodes introduites pour la caractérisation de la géométrie des éprouvettes ont
permis une réduction importante des incertitudes sur le calcul des propriétés mécaniques.
Les méthodes de traitements des données qui ont été mises en place ont permis de réduire
les écarts entre la courbe expérimentale et la courbe théorique construite à partir des va-
leurs des paramètres du modèle de comportement identifiées.
Afin de limiter l’influence de la déformation des ancrages sur la mesure de déforma-
tion, il a été envisagé d’utiliser la corrélation d’images comme moyen de mesure. Pour
augmenter le contraste, trop faible sur les éprouvettes de microtraction, il aurait été néces-
saire d’utiliser des poudres de céramique de taille nanométrique. Cependant, les normes
de sécurité au sein du CNES ne nous ont pas permis de mettre en œuvre cette technique. Il
a été démontré que l’erreur induite sur l’identification des paramètres du modèle de com-
portement élasto-plastique par la déformation des ancrages en grande déformation était
suffisamment faible pour être négligée.
L’ensemble de ces développements font de la platine de microtraction un outil adapté
à la caractérisation de couches minces autoportantes dont l’épaisseur peut être inférieure
au micro-mètre. La figure II.2 - 20 met en évidence la bonne reproductibilité des me-
sures et permet ainsi de valider les développements techniques et méthodologiques ap-
portés sur l’essai de microtraction ainsi que l’aboutissement des procédés d’élaboration
qui permettent une bonne homogénéité du dépôt sur l’ensemble du wafer. Il est à no-
ter que la résolution de la mesure permet de mettre en évidence des phénomènes loca-
lisés d’instabilité que nous avons interprétés comme étant des bandes de Piobert-Lüders
[Bouabdallah 06]. Cette instabilité est visible sur la figure II.2 - 20b où elle se traduit par un
pic de contrainte au niveau de la transition élasto-plastiques.
Suite à ces travaux, une campagne d’essais a été réalisée sur des fils d’or de 5 et 7 µm de
diamètre dont la force à rupture est inférieure à 10 mN. Les résultats ont permis de mettre
68
II.3. A PPORT DE LA MICROTRACTION DANS LA CARACTÉRISATION DE L’ ENDOMMAGEMENT
MÉCANIQUE
Contrainte vraie (MPa)
180
300
160
140 250
120
200
100
150
80
60 100
40
50
20
0 0
0 0.05 0.1 0.15 0.2 0.25 0 0.05 0.1 0.15 0.2 0.25 0.3
Déformation vraie Déformation vraie
(a) Éprouvettes d’épaisseur nominale 1,01 µm (b) Éprouvettes d’épaisseur nominale 0,92 µm
en aluminium élaborées selon le procédé en aluminium élaborées selon le procédé
CRPGL. AUXITROL.
F IGURE II.2 - 20 – Courbes contrainte vraie-déformation vraie issues des essais réalisés sur l’en-
semble des éprouvettes de chaque wafer.
en évidence des différences dans le comportement élasto-plastique entre les différents lots
de fils mais ne peuvent être présentés ici pour des raisons de confidentialité. Un brevet est
en cours de dépôt sur la méthodologie de l’essai.
Lors d’un essai de traction sur des matériaux métalliques, un phénomène autre que
l’élasto-plasticité peut intervenir : il s’agit de l’endommagement mécanique. La réduction
des incertitudes de mesure ayant permis d’obtenir un moyen de caractérisation fiable des
phénomènes élasto-plastiques des couches minces, il a été envisagé de développer une
méthodologie permettant de caractériser l’endommagement mécanique des matériaux
métalliques en couches minces.
69
C HAPITRE 2. C ARACTÉRISATION MÉCANIQUE DES COUCHES MINCES AUTOPORTANTES
70
II.3. A PPORT DE LA MICROTRACTION DANS LA CARACTÉRISATION DE L’ ENDOMMAGEMENT
MÉCANIQUE
ܵௗ
ܵ ݊ ܵሚ
F IGURE II.3 - 21 – Aire apparente S et aire résistante effective S̃ d’un élément de volume.
Contrainte effective
Dans le cas unidimensionnel d’un essai de traction, la contrainte σ est reliée à la force
appliquée F et à la section S de l’éprouvette par la relation σ = F/S. Il a été montré
précédemment que pour un matériau endommagé, la section effective résistante S̃ est
inférieure à la section nominale. Il est alors possible de calculer une contrainte effec-
tive, c’est-à-dire la contrainte rapportée à la section qui résiste effectivement aux efforts
[Lemaitre 04]. Cette contrainte est par définition :
F S
σ̃ = =σ (II.3.2)
S̃ S̃
ߪ ߪ ߪ
Ͳ്ܦ ߝ ܦൌͲ
ߪ ߪ
En prenant en compte les deux hypothèses proposées au paragraphe II.3.1.2, nous pou-
vons écrire la loi de Hooke pour un matériau endommagé :
σ̃ = Eε (II.3.4)
σ = E (1 − D) ε (II.3.5)
Ẽ
D =1− (II.3.6)
E
Bien que simple à mettre en œuvre, cette méthode présente quelques inconvénients :
— nécessité de réaliser des essais multi-cycles spécifiques,
72
II.3. A PPORT DE LA MICROTRACTION DANS LA CARACTÉRISATION DE L’ ENDOMMAGEMENT
MÉCANIQUE
ߪ
ܧ ܧ෨ଵ ܧ෨ଶ ܧ෨ଷ
ߝ
F IGURE II.3 - 23 – Schéma de principe de la caractérisation mécanique de l’endommagement.
II.3.2.2 Résultats
2. Cette étude a été réalisée au cours du projet Polynoé s’inscrivant dans un programme European De-
fence Agency (EDA).
73
C HAPITRE 2. C ARACTÉRISATION MÉCANIQUE DES COUCHES MINCES AUTOPORTANTES
Endommagement D
Contrainte vraie (MPa)
250 0.1
0.08
200
0.06
150
0.04
100
0.02
50
0
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18
0
0 0.05 0.1 0.15 0.2 -0.02
Déformation vraie Déformation vraie
(a) (b)
F IGURE II.3 - 24 – Courbe contrainte vraie et déformation vraie d’un essai multi-cycles (a) et
l’évolution correspondante de la variable d’endommagement D (b) d’une éprouvette d’alumi-
nium d’épaisseur égale à 1 µm.
II.3.2.3 Discussion
La mesure mécanique de l’endommagement montre dans les deux cas une évolution
de l’endommagement cohérente avec la littérature. Cependant, il est à noter que l’endom-
magement ultime mesuré Du est inférieur à 0,1 alors que la gamme de valeurs générale-
ment admise pour les métaux est comprise entre 0,5 et 0,9 [Lemaitre 04]. Cette valeur plus
faible que la normale peut s’expliquer par le faible volume des éprouvettes qui augmente
74
II.3. A PPORT DE LA MICROTRACTION DANS LA CARACTÉRISATION DE L’ ENDOMMAGEMENT
MÉCANIQUE
Endommagemnt D
Contrainte vraie (MPa)
0.035
1000
0.03
Déformation plastique homogène
800 0.025
0.02
600
0.015
0.005
200
0
0 0 0.005 0.01 0.015 0.02 0.025
0 0.005 0.01 0.015 0.02 0.025 -0.005
Déformation vraie Déformation vraie
F IGURE II.3 - 25 – Courbe contrainte vraie -déformation vraie d’un essai multi-cycles, évolu-
tion correspondante de la variable d’endommagement D et faciès de rupture d’une éprouvette
composée d’un bi-couche nickel-cobalt et or.
75
C HAPITRE 2. C ARACTÉRISATION MÉCANIQUE DES COUCHES MINCES AUTOPORTANTES
Par analogie avec la contrainte effective σ̃, on introduit ici la notion de courant effectif
ĩ, soit la quantité de courant traversant la section effective résistante de l’éprouvette. Le
courant effectif dans l’éprouvette peut s’exprimer en fonction du courant nominal et de la
variable d’endommagement de la manière suivante[Lemaitre 04] :
i
ĩ = (II.3.7)
1 D
76
II.3. A PPORT DE LA MICROTRACTION DANS LA CARACTÉRISATION DE L’ ENDOMMAGEMENT
MÉCANIQUE
dv dl
dR = =ρ (II.3.8)
di dS
dv dv dl 1
dR = = (1 D) =ρ (II.3.9)
dĩ di dS (1 D)
L’hypothèse est faite que l’évolution de la résistivité ne dépend que des changements
de géométrie induits par les déformations plastiques et élastiques. En utilisant les résultats
présentés dans la partie II.1.1.1, on peut écrire dans le cadre d’un matériau isotrope et
homogène :
dl = dl (1 + εe + εp ) dS = dS (1 2νεe εp ) (II.3.10)
La loi de Bridgman permet d’écrire que la déformation n’influe sur la résistivité que
par l’effet géométrique de la variation de volume pondérée par une constante C1 rendant
compte de la piézorésistivité du matériau :
ρ = ρ (1 + C1 εe (1 2ν)) (II.3.11)
(1 + εe + εp ) dL dL
ρ (1 + C1 (1 2ν)) ρ
∆dR (1 2νεe εp ) (1 D) dS dS
=
dR dL
ρ
dS
∆dR Ke εe + Kp εp + D (1 2νεe εp )
= (II.3.12)
dR (1 2νεe εp ) (1 D)
Avec :
Ke = 1 + 2ν + C1 (1 2ν) (1 + εe ) Kp = 2 + C1 εp (1 2ν) (II.3.13)
77
C HAPITRE 2. C ARACTÉRISATION MÉCANIQUE DES COUCHES MINCES AUTOPORTANTES
Afin de ne pas mesurer les résistances de contact entre les sondes et la surface du ma-
tériau ainsi que la résistance des fils, les mesures de résistance électrique ont été réalisées
par la méthode quatre pointes. Cette méthode est décrite par Holm et son principe est ré-
sumé sur la figure II.3 - 26 [Holm 67]. Les essais sont réalisés en imposant une différence
de tension entre les ancrages de l’éprouvette et en mesurant l’intensité traversant la partie
utile. Cette différence de potentiel imposée est de 100 mV.
Le passage du courant dans la section utile de l’éprouvette provoque inévitablement
un échauffement de celle-ci par effet Joule. Les figures II.3 - 27a et II.3 - 27b montrent que
l’augmentation de la température n’influence pas les propriétés mécaniques que ce soit
pour des couches minces d’aluminium ou des couches d’or.
II.3.3.3 Validation des méthodes de calcul de volumes avec les essais multi-cycles ex-
périmentaux
I+
V+
I-
V-
F IGURE II.3 - 26 – Principe de la mesure de résistance quatre pointes appliquée à une éprou-
vette de microtraction.
Contrainte vraie (MPa)
200 160
140
150 120
100
100 80
60
50 40
20
0 0
0 0.05 0.1 0.15 0.2 0 0.0005 0.001 0.0015 0.002 0.0025 0.003 0.0035 0.004 0.0045
Déformation vraie Déformation vraie
(a) (b)
250 1.75
Contrainte
Résistance électrique
1.7
200
Résistance électrique (Ω)
1.65
150
1.6
100
1.55
50
1.5
0 1.45
0 0.05 0.1 0.15 0.2
Déformation vraie (µm/µm)
79
C HAPITRE 2. C ARACTÉRISATION MÉCANIQUE DES COUCHES MINCES AUTOPORTANTES
Variable d'endommagement D
0.05
0
0 0.05 0.1 0.15
-0.05
-0.1
-0.15
-0.2
-0.25
Correction de la résistance par la
-0.3 régresssion linéaire
Correction de la résistance par
calcul théorique
-0.35
Déformation vraie
Endommagement D
1.505 0.1
1.5
1.495 0.08
Mesure électrique
1.49 Mesure mécanique
1.485 0.06
1.48
1.475 0.04
1.47
0.02
1.465
1.46
0
1.455
0 0.05 0.1 0.15 0.2
1.45
0 0.05 0.1 0.15 -0.02
Déformation vraie Déformation vraie
82
II.3. A PPORT DE LA MICROTRACTION DANS LA CARACTÉRISATION DE L’ ENDOMMAGEMENT
MÉCANIQUE
TABLE II.3 - d – Surface, volume et ratio surface-volume d’une éprouvette de traction macro-
scopique et d’une éprouvette de microtraction
évolutions pour la couche mince d’aluminium AUXITROL. En effet, tant que l’éprou-
vette n’atteint pas une déformation critique, l’endommagement reste nul, au-delà il aug-
mente jusqu’à la ruine de l’éprouvette. Il apparait cependant que la variable d’endom-
magement calculée à partir de la mesure de résistance électrique est plus faible que
celle calculée à partir des multi-cycles. Cette différence peut s’expliquer par les phéno-
mènes provoquant l’endommagement de la couche mince. L’endommagement des maté-
riaux métalliques ductiles se fait par l’amorçage, la croissance et la coalescence de cavités
[Saadoui 05, Skrzypek 99]. Dans ce cas de figure, Lemaitre et Chaboche indiquent que la
mesure électrique de l’endommagement sous-estime la valeur de la variable d’endomma-
gement [Lemaitre 04].
Comme nous l’avons montré, la méthode électrique de mesure de l’endommagement
demande une correction de la résistance électrique mesurée pour ne prendre en compte
que l’influence de l’endommagement. La méthode théorique de correction des effets géo-
métriques n’est pas adaptée aux couches minces et surestime les corrections à apporter.
Il est donc nécessaire de réaliser un essai multi-cycles de référence sur chaque famille de
géométrie de chaque lot d’éprouvette à analyser. En effet, chaque lot d’éprouvettes est
constitué de structures de différentes largeurs (typiquement 200, 300, 400 et 500 µm) et
la correction de géométrie à apporter est non-seulement fonction des propriétés rhéolo-
giques de la couche mince mais aussi de la géométrie des éprouvettes. Malgré cet inconvé-
nient, la caractérisation électrique de l’endommagement est intéressante car sa continuité
permet de donner une valeur précise de la déformation critique à partir de laquelle l’en-
dommagement de la structure apparait.
II.4 Conclusion
Nous avons dans ce chapitre décrit les améliorations techniques et méthodologiques
apportées à l’essai de traction afin de limiter les incertitudes de mesure et d’étendre les
propriétés mécaniques mesurables grâce à cet essai.
Les améliorations apportées permettent de disposer d’un outil performant pour carac-
tériser le comportement élasto-plastique de couches minces autoportantes. La caractéri-
sation de fils de diamètre proche du micromètre a été elle aussi validée (brevet en cours).
Nous avons aussi montré que l’association d’un essai de microtraction avec un dispositif
électrique permet, moyennant un essai multi-cycle préalable, de caractériser de manière
continu l’endommagement mécanique de l’éprouvette au cours de l’essai. Cette technique
permet ainsi de lever le doute sur la présence d’endommagement ou d’adoucissement
pour certains types de matériaux.
Cependant, la microtraction n’est pas adaptée à la caractérisation de couches minces
déposées. La technique de caractérisation la plus utilisée pour la caractérisation des
84
II.4. C ONCLUSION
85
C HAPITRE 2. C ARACTÉRISATION MÉCANIQUE DES COUCHES MINCES AUTOPORTANTES
86
Chapitre 3
L’objectif de ces travaux de recherche est de développer des moyens d’essais permet-
tant de déterminer les propriétés élasto-plastiques des couches minces autoportantes
et déposées. La microtraction est une technique qui permet de caractériser les couches
minces autoportantes, cependant elle n’est pas adaptée à l’étude des couches minces
déposées. L’étude bibliographique a permis de mettre en évidence que la technique la
mieux adaptée à la caractérisation des propriétés élastiques des couches minces dépo-
sées est la nanoindentation. À la vue des déformations plastiques engendrées, cette mé-
thode semble potentiellement apte à la caractérisation du comportement plastique de
telles couches. Plusieurs auteurs travaillent actuellement à la mise au point de méthodes
permettant d’arriver à ce résultat [Bocciarelli 07, Nakamura 07, Bolzon 09, Dowhan 11,
Rauchs 11, Donohue 12]. Cependant, de la même manière que pour la microtraction, tra-
vailler à ces échelles présente de nombreuses difficultés expérimentales et méthodolo-
giques :
— La caractérisation des couches minces déposées implique qu’il faille s’assurer soit
de ne solliciter que cette dernière, soit de pouvoir parfaitement différencier les pro-
priétés mécaniques de la couche de celles du substrat. Dans le cas de la mesure de la
dureté H et du module d’élasticité E d’un matériau ductile déposé sur un substrat
fragile à l’aide d’un poinçon Berkovich, il est généralement admis que la profon-
deur d’indentation doit être inférieure à 10 % de l’épaisseur de la couche déposée
pour ne pas être influencée par le substrat [Oliver 92]. Pour une couche mince de
87
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
métrique présentées dans le chapitre 1. Dans un premier temps, nous définirons les maté-
riaux de l’étude et décrirons les conditions expérimentales des différents essais que nous
avons réalisés au cours de cette étude, ainsi que le modèle utilisé pour la simulation de
l’essai d’indentation. Dans un deuxième temps, nous présenterons les résultats de ces es-
sais ainsi que ceux du modèle de simulation. Dans un troisième temps, nous présenterons
les modèles de comportement choisis pour décrire les différents matériaux de l’étude ainsi
que les validations associées. Nous poursuivrons par la présentation de la méthode d’iden-
tification, puis des résultats obtenus. Enfin, dans le dernier paragraphe, nous analyserons
et discuterons des résultats.
89
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
Faisceau d’électrons
primaire
Traitement logiciel :
indexation automatique des
Lignes de Kikuchi diagrammes de Kikuchi
Cônes de
diffraction
Caméra CCD
Ecran fluorescent
du capteur EBSD
Orientation du cristal
Echantillon dans l’échantillon
La phase stable à température ambiante de l’aluminium pur est une maille cubique
face centrée CFC dont le paramètre de maille a est égal à 0,404 nm (figure III.1 - 2b). Le mé-
90
III.1. P RÉSENTATION DE LA MÉTHODOLOGIE
ܽ
(a) (b)
(c)
canisme principal de déformation plastique pour ce type de cristal est le glissement de dis-
locations suivant les principaux systèmes décrits sur la figure III.1 - 2c. En effet les systèmes
de glissement du CFC, au nombre de 13, sont multiples et bien répartis ce qui permet d’ac-
commoder les déformations dans la plupart des directions de sollicitation [Christian 95].
L’analyse de la microstructure par EBSD sur la tôle à l’état de réception a été réali-
sée sur une surface située dans le plan d~t − d~n tel que défini sur la figure III.1 - 2a. Elle
montre une taille de grains hétérogène avec une majorité de petits grains et des zones où
la taille de grain est plus importante (figure III.1 - 3a). L’ordre de grandeur de la taille des
grains est de 10 µm. Cette observation est complétée par la figure III.1 - 3b qui indique deux
orientations cristallines préférentielles des cristaux qui est fonction de la taille des grains.
Les petits grains sont majoritairement orientés dans la direction [111] alors que les grains
de tailles supérieures sont orientés suivant la direction [001]. On peut parler de macro-
texture, c’est à dire de zones clairement identifiables présentant des textures particulières.
Cette macro-texture est confirmée par la figure III.1 - 3c qui montre l’orientation cristal-
line d’une surface située dans le plan d~l − d~t d’une éprouvette d’aluminium déformée à
30 %. On remarque que les zones de petits grains et gros grains sont regroupées en bandes
dont la direction est la même que la direction de laminage. On peut émettre l’hypothèse
que ces macro-textures proviennent d’une recristallisation partielle pendant le laminage
de la tôle [Vatne 96]. L’absence de macles, notable sur cette dernière figure, confirme que
le glissement de dislocations est le principal mécanisme de déformation dans ce matériau.
91
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
ʹͲͲɊ݉
(a)
ͳͳͳ
ʹͲͲɊ݉
݀௧
݀ ͲͲͳ ͳͲͳ
(b)
ͳͳͳ
ͲͲͳ ͳͲͳ
݀௧
݀
ʹͲͲɊ݉
(c)
F IGURE III.1 - 3 – Observations EBSD de la taille des grains (a) et de leurs orientations en IPFZ
(b) réalisées sur l’aluminium dans l’état de réception. La surface observée se trouve dans le
plan d~n d~t . (c) Orientation IPFZ d’une éprouvette ayant subi une déformation de 30 % dans la
direction de laminage, la surface observée appartient au plan d~l d~t .
92
III.1. P RÉSENTATION DE LA MÉTHODOLOGIE
La phase stable à température ambiante du cuivre pur est, comme l’aluminium, de type
CFC. Son paramètre de maille a vaut 0,361 nm (figure III.1 - 2b). Le mécanisme principal
de déformation est le glissement de dislocations dont les principaux systèmes sont décrits
dans la figure III.1 - 2c. À la différence de l’aluminium, le cuivre a tendance à se macler au
cours du recuit [Meyers 78].
L’analyse de la microstructure par EBSD sur la tôle à l’état de réception a été réalisée
sur une surface située dans le plan d~l d~t et est montrée sur la figure III.1 - 4. On observe
que la taille des grains est relativement homogène et vaut environ 150 µm, mais elle n’a
pas pu être déterminée de manière précise en raison du fort maclage des grains. Les grains
présentent un fort maclage originel introduit par le recuit avant laminage. Ces macles se
caractérisent par une géométrie non perturbée, bien définie et régulière.
ͳͳͳ
ͲͲͳ ͳͲͳ
݀௧
݀
ʹͲͲɊ݉
F IGURE III.1 - 4 – Observation EBSD de l’orientation en IPFZ des grains du cuivre à l’état de
réception pour une surface située dans le plan d~l d~t .
La phase stable du titane pur à température ambiante est la phase α. Il s’agit d’une
phase Hexagonale pseudo-Compacte HC dont les paramètres de maille sont les suivants :
a = 0,295 nm, c = 0,468 nm et c/a = 1,587 (figure III.1 - 5a). Les principaux mécanismes
de déformations plastiques de la phase α à la température ambiante pour les vitesses de
déformations qui nous intéressent (10 4 < ε̇ < 10 2 ) sont le glissement de dislocations et
le maclage [Okazaki 77, Meyers 01]. Les systèmes de glissement possibles pour les disloca-
tions de la maille HC, au nombre de 6, sont peu nombreux comparés à ceux de la maille
CFC. Ils sont détaillés dans la figure III.1 - 5b. L’autre mode de déformation plastique pri-
vilégié est le maclage dont les principaux systèmes sont montrés dans la figure III.1 - 5c.
93
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
ܽଷ
ܿ ܽଶ
ܽ
ܽଵ
(a)
(b) (c)
F IGURE III.1 - 5 – Description de la maille hexagonale compacte HC (a) et de ses systèmes prin-
cipaux de glissement (b) et de maclage (c) [Battaini 08].
En effet, les systèmes de glissement sont peu nombreux et mal répartis et ne permettent
pas, par exemple, d’accommoder facilement la déformation suivant la direction c. Ce phé-
nomène est accentué dans le cas de l’alliage T40 par la faible quantité d’oxygène dans le
matériau [Zaefferer 03]. Une taille de grains importante favorise, elle aussi, la déformation
par maclage [Conrad 81].
L’analyse microstructurale réalisée par EBSD montre une taille de grains d’environ
110 µm en moyenne (figure III.1 - 6a). Les figures de pôles extrapolées de l’analyse EBSD
sont présentées en figure III.1 - 7. On remarque une forte densité de pôle < 0001 > proche
de la direction normale au plan de la tôle avec un étalement sensible vers la direction
travers-long. Cependant le nombre de grains analysé n’est pas suffisant pour permettre
de quantifier avec précision la texture. Il s’agit néanmoins de la texture « classique » des
titanes laminés [Tenckhoff 88, Kocks 00]. La figure III.1 - 6b montre la microstructure après
que le matériau ai subi une déformation de 30 %. On notera le nombre important de
macles de déformations qui se distinguent par leur forme très perturbée (intersection,
macles lenticulaires, déformation des grains voisins).
ͲͲͲͳ ͲͳͳതͲ
ͲʹͳതͲ
݀௧
݀
ʹͲͲɊ݉
(a)
ͲͲͲͳ ͲͳͳതͲ
ͲʹͳതͲ
݀௧
݀
ʹͲͲɊ݉
(b)
F IGURE III.1 - 6 – Observation EBSD de l’orientation des grains en IPFZ du titane dans l’état de
réception (plan d~t − d~n ) (a) et après avoir subi une déformation de 30 % dans la direction de
laminage (plan d~l − d~t )(b).
F IGURE III.1 - 7 – Analyse de la texture par EBSD, la figure du haut montre les figures de pôles
des plans 0001 , 101̄0 et 112̄0 . La figure du bas montre la densité de données issues des
cartographies EBSD. L’angle de tilt est la direction de laminage de la tôle.
95
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
matériaux sur des éprouvettes provenant de la même tôle sans que celle-ci n’ait subi de
traitement pouvant modifier son état métallurgique.
Deux géométries de poinçon ont été utilisées : un poinçon autosimilaire et un poin-
çon sphérique. Le poinçon autosimilaire est un poinçon Vickers dont la géométrie corres-
pond à une pyramide droite à base carrée d’angle au sommet 136 ˚. Ce poinçon présente
la même fonction d’aire que le poinçon Berkovich et peut lui-aussi être représenté par un
poinçon conique d’angle 70,3 ˚. Le poinçon sphérique est un poinçon Brinell dont le dia-
mètre vaut 1 mm.
Après essai, la topographie de la surface indentée est mesurée afin d’évaluer la hau-
teur de bourrelet dans le cas des essais avec le poinçon Vickers. Cette mesure est réalisée
à l’aide d’un profilomètre optique Veeco NT1100. Les figures III.1 - 8a, III.1 - 8b et III.1 -
8c montrent que la hauteur de bourrelet maximale hbmax n’est pas constante au droit de
chacune des faces : elle est faible au niveau des arêtes du poinçon et est maximale vers
le centre de chacune des faces. Le modèle de simulation de l’essai d’indentation étant un
modèle 2D axisymétrique, il ne permet pas de prendre en compte la forme 3D réelle du
bourrelet et donc ces variations de hauteur. Il est ainsi nécessaire de calculer une hauteur
maximale équivalente hbmax , hauteur que nous pourrons comparer avec celle du bourrelet
donnée par la simulation éléments finis hbmax . La forme de l’empreinte implique un dépla-
cement de matière principalement perpendiculaire à la face du poinçon. La figure III.1 - 8e
met en évidence la direction du plan de coupe perpendiculaire à la face de l’empreinte, di-
rection initialement choisie pour mesurer l’évolution de la hauteur maximale de bourrelet.
Cependant, il n’a pas été possible de mettre en œuvre une méthode d’exploitation infor-
matisée en raison de contraintes liées au logiciel. La direction des plans de coupe que nous
avons retenue est parallèle à la face de l’empreinte comme montré sur la figure III.1 - 8f.
La hauteur de bourrelet maximale équivalente hbmax est la moyenne pour les quatre
côtés de l’empreinte de la moyenne sur chacune des faces i de la hauteur maximale de
bourrelet hibmax . La valeur de hbmax est donc calculée comme suit :
4
!
ai
1X 1
Z
hbmax = hibmax dx (III.1.1)
4 i=1 ai 0
ݖ
ݔ
A
ݕ
(a) (b)
ݕ ݕ
Evolution de la hauteur de
ݔ bourrelet ݄ le long de la ݔ Hauteur de bourrelet
face du poinçon. équivalente ݄
ܽ ܽ
(c) (d)
(e) (f )
F IGURE III.1 - 8 – Principe de mesure de la hauteur équivalente de bourrelet : la figure (a) est
la topographie de la surface après un essai d’indentation mesurée au profilomètre optique. On
remarque que la hauteur de bourrelet hbmax le long de chacune des faces n’est pas constante.
La figure (b) est un schéma d’une empreinte avec l’évolution de la hauteur de bourrelet hbmax et
le plan de coupe des deux images suivantes. La figure (c) représente l’évolution du bourrelet hb
suivant une des faces. La figure (d) montre la hauteur de bourrelet équivalente hbmax calculée
à partir de la hauteur réelle de bourrelet hbmax . Les figures (e) et (f) montrent la position de la
hauteur maximale de bourrelet le long de l’empreinte en rouge et l’orientation des deux plans
possibles pour le calcul de la hauteur de bourrelet équivalente en vert et en bleu.
97
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
dal à un poinçon conique, il est nécessaire de réaliser deux essais d’indentation dans les
mêmes conditions expérimentales avec un poinçon Vickers et un poinçon conique d’angle
au sommet 70,3 ˚, qui présente la même fonction d’aire que le poinçon Vickers. Cette vali-
dation n’a pas pu être effectué car nous ne possédons pas de tel poinçon conique.
Pour chaque géométrie de poinçon, des essais à différentes charges ont été réalisés
afin de vérifier la présence d’un éventuel effet d’échelle. Les charges appliquées sont com-
prises entre 5 N et 300 N en fonction de la géométrie du poinçon et du matériau testé. Pour
chaque point de fonctionnement, 10 essais d’indentation ont été réalisés dans les mêmes
conditions expérimentales. Une courbe moyenne de ces 10 essais ainsi que l’écart-type
correspondant ont ensuite été calculés. Dans la suite de ce chapitre, nous ne présenterons
et n’utiliserons que ces courbes moyennes agrémentées d’une barre d’erreur. Les valeurs
des barres d’erreur supérieure et inférieure sont toutes les deux égales à la demi incertitude
à 95 % calculée à partir de la loi de Student.
Le poinçon Vickers est de type pyramidal à quatre faces et présente la même fonction
d’aire que le poinçon Berkovich. Comme cela a été précisé en I.3.6, ces deux types de poin-
çons sont représentés par un cône équivalent d’angle au sommet 70,3 ˚. Il est ainsi possible
de modéliser l’essai d’indentation comme étant axisymétrique. Le poinçon étant réalisé en
diamant, il est considéré comme indéformable par rapport au matériau à évaluer [Dao 01].
Le défaut de pointe est modélisé par une forme sphérique de 10 µm de rayon. Cette valeur
provient du certificat du poinçon fournit par le fabriquant.
La distorsion du maillage est contrôlée par la mise en œuvre d’une technique dite « ALE
adaptative meshing » qui consiste à adapter au cours du calcul le maillage dans certaines
98
III.1. P RÉSENTATION DE LA MÉTHODOLOGIE
(a) (b)
(c)
(d) (e)
F IGURE III.1 - 9 – Les figures (a) et (b) représentent l’ensemble du maillage du modèle de si-
mulation par éléments finis de l’essai d’indentation dans le cas d’un poinçon Vickers et d’un
poinçon Brinell. Les figures (c) (d) et (e) sont des grossissements de la zone où le maillage est le
plus raffiné.
99
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
100
III.1. P RÉSENTATION DE LA MÉTHODOLOGIE
ݔଵ ݔସ
ݕଵ 1
ݕଶ
2 3 BC 2
1
ݔଶ
4 ݕ ݎ
BC 1
2
BC 2 3
BC 1 ݀ଶ
݀ଵ
ݔ
(a) Schéma de la zone indentée du modèle. (b) Schéma du poinçon sphérique.
F IGURE III.1 - 10 – Schéma des différentes zones du modèle d’indentation instrumentée et des
zones d’application des conditions aux limites.
TABLE III.1 - a – Paramètres de maillage pour les éprouvettes de la simulation des essais Vickers
et Brinell. hmax représente la profondeur d’indentation maximale au cours de l’essai et r le
rayon du poinçon dans le cas de l’indentation Brinell.
101
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
a été montré par différents auteurs, nous considérons le coefficient de frottement comme
nul [Dao 01, Bucaille 03].
La simulation est constituée d’une phase de chargement, descente du poinçon, sui-
vie d’une phase de remontée de ce dernier. La charge P en fonction de la profondeur de
pénétration h est enregistrée au cours de la simulation pour tous les pas de calcul. La hau-
teur de bourrelet équivalente hbmax est mesurée après retrait du poinçon de la matière. Elle
est définie comme la valeur maximale de déplacement de la surface libre supérieure de
l’éprouvette suivant la direction ~y .
Pour l’essai d’indentation Brinell, le poinçon est une sphère. L’essai peut donc, comme
l’essai Vickers, être représenté par un modèle axisymétrique. Cependant, contrairement à
l’essai Vickers, le poinçon est réalisé en acier et sa déformation ne peut plus être négligée.
Les deux pièces sont constituées d’éléments déformables. Le comportement du poinçon
est considéré comme purement élastique : son module d’élasticité et son coefficient de
Poisson valent respectivement 240 GPa et 0,33.
Comme précédemment, la figure III.1 - 10a montre le compartimentage en quatre de
la zone indentée du modèle. Par rapport à l’essai Vickers, seules les dimensions des zones
changent, les tailles et les types d’éléments sont les mêmes et sont récapitulés dans le ta-
bleau III.1 - a. Le poinçon étant dans ce cas déformable, il est lui aussi maillé. Il est com-
partimenté en 3 zones représentées sur la figure III.1 - 10b. Chaque zone est maillée avec
une taille d’éléments différente. Le tableau III.1 - b récapitule les dimensions et les tailles
de maillage de chacune des zones. Les éléments utilisés dans la zone 1 sont des quadrila-
tères linéaires à intégration réduite de type CAX4R. Plusieurs tentatives ont montré que 5
éléments dans l’épaisseur de la zone 1 est un bon compromis précision–temps de calcul.
Les éléments utilisés dans les zones 2 et 3 sont des éléments linéaires triangulaires du type
CAX3.
Les conditions aux limites appliquées à la zone indentée sont les mêmes que pour l’es-
sai Vickers. Les conditions aux limites appliquées sur le poinçon sont les suivantes :
— symétrie suivant x sur la ligne référencée BC1,
— déplacement suivant y imposé sur la ligne référencée BC2.
Le contact entre le poinçon et l’éprouvette est du même type que celui utilisé pour
le poinçon Vickers. Le coefficient de frottement est lui aussi considéré comme nul
[Bartier 08].
La simulation est constituée de deux phases successives : le chargement puis la remon-
tée du poinçon. La charge P en fonction de la profondeur de pénétration h est enregistrée
au cours de la simulation pour tous les pas de calcul.
102
III.1. P RÉSENTATION DE LA MÉTHODOLOGIE
Les essais de traction macroscopique ont été réalisés au CNES sur une machine de trac-
tion hydraulique MTS 810 équipée d’une cellule de force 100 kN. La mesure de déformation
est réalisée par stéréo-corrélation d’images GOM 12M en suivant le déplacement de deux
marqueurs positionnés sur la partie utile de l’éprouvette.
Les éprouvettes ont été conçues selon la norme ISO NF EN 6892-1. Elles sont de type
rectangulaire avec un congé de raccordement entre la zone utile et la zone d’accroche
afin de limiter les concentrations des contraintes. La zone utile des éprouvettes fait 60 mm
de long par 12 mm de large pour 6,5 mm d’épaisseur. Les éprouvettes d’aluminium et de
cuivre ont été usinées dans la direction de laminage. Néanmoins, une étude de l’aniso-
tropie du titane a été réalisée et des éprouvettes ont été usinées suivant la direction de
laminage, la direction transverse longue et à 45 ˚ par rapport à la direction de laminage.
La vitesse de déplacement des mors est elle aussi choisie selon la norme
ISO NF EN 6892-1. Elle est de 1,2 [Link] 1 pour les trois matériaux choisis, ce qui cor-
respond pour la géométrie des éprouvettes évaluées à une vitesse de déformation de
0,02 min 1 .
Le suffixe « méso » est ici utilisé en opposition à l’échelle « micro » qui concerne les
essais de traction réalisés sur des couches minces autoportantes dont le volume de la zone
utile est de 3,3 10 7 mm3 et à l’échelle « macro » pour laquelle les essais de traction sont
réalisés sur des éprouvettes dont la zone utile fait 4 683 mm3 . Le volume de la zone utile
des éprouvettes testées en mésotraction vaut 42 mm3 .
Les essais de traction à l’échelle mésoscopique ont été réalisés à l’ENIT sur une platine
développée par la société Deben. La mesure de la déformation a été réalisée par un exten-
somètre optique mis au point par la société ProViSys engineering (anciennement Apollor).
Ce moyen de mesure permet de suivre le déplacement de deux marqueurs positionnés sur
103
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
Extensomètre
Platine de
microtraction
(a) (b)
Pour les deux types d’essais et pour chaque matériau, un minimum de 5 essais a été
effectué. Une courbe de traction rationelle moyenne et l’écart-type correspondant ont
été déterminés. Par la suite, nous présenterons systématiquement ces courbes moyennes
104
III.2. R ÉSULTATS EXPÉRIMENTAUX ET DU MODÈLE DE SIMULATION
agrémentées d’une barre d’erreur. Les valeurs des barres d’erreur supérieure et inférieure
sont chacune égales à la demi incertitude à 95 % calculée à partir de la loi de Student.
Nous faisons part ici les résultats expérimentaux que nous avons obtenus à partir des
essais de traction et d’indentation sur les 3 matériaux. Nous présenterons ensuite les ré-
sultats de la simulation de l’essai d’indentation avec les deux géométries de poinçon afin
de valider les modèles.
105
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
120
100
80
60
Macrotraction
Mésotraction
40
20
0
0 0.05 0.1 0.15 0.2 0.25
Déformation vraie
F IGURE III.2 - 12 – Courbes contrainte vraie-déformation vraie obtenues à partir des essais de
traction à l’échelle macroscopique et mésoscopique sur l’aluminium.
E σ0,2 σu εu
GPa MPa MPa
Macrotraction 69 4 59 4 120 9 0,26 0,03
Mésotraction 115 78 0,19 0,08
TABLE III.2 - c – Résultats des essais de traction aux échelles méso- et macroscopique sur l’alu-
minium.
Charge (N)
Charge (N)
160 350 10
12
10 8
140 300
8
6 6
120 4
2
250 4
0
100 0 0.005 0.01 0.015 0.02 2
200
0
80 0 0.005 0.01 0.015 0.02 0.025
150 N 150
60
50 N 300 N
100
40 10 N 50 N
50 5N
20
0 0
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0 0.05 0.1 0.15 0.2
Profondeur de pénétration (mm) Profondeur de pénétration (mm)
(a) (b)
106
III.2. R ÉSULTATS EXPÉRIMENTAUX ET DU MODÈLE DE SIMULATION
107
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
Les valeurs des paramètres mécaniques évaluées à partir des essais de traction sont
présentées dans le tableau III.2 - d. De même que pour l’aluminium, le module d’élasticité
et la limite d’élasticité n’ont pas pu être évalués à l’échelle mésoscopique. On observe une
forte dispersion sur les valeurs pour les deux échelles, même si les dispersions sont plus
importantes à l’échelle mésoscopique.
Les deux courbes de traction ainsi que les paramètres mécaniques évalués confirment
le traitement 44 dur du matériau. En effet, la limite conventionnelle d’élasticité du cuivre
recuit vaut environ 80 MPa, alors que la limite d’élasticité mesurée vaut 262 39 MPa.
De plus, la courbe présente un très faible écrouissage et la contrainte maximale est
presque égale à la limite conventionnelle d’élasticité. Enfin, la déformation à rupture vaut
12 10 %, ce qui est faible comparé à la rupture du cuivre recuit (35 % habituellement).
Les essais d’indentation ont été réalisés dans les mêmes conditions expérimentales que
l’aluminium, excepté pour la charge maximale avec le poinçon Brinell qui est de 300 N.
Les courbes de chargement-déchargement sont montrées sur la figure III.2 - 15 pour les
deux types de poinçons. Les formes des courbes sont semblables à celles obtenues sur
l’aluminium.
Les profondeurs maximales de pénétration hmax atteintes avec le poinçon Brinell sont
4,2 0,1 µm pour la charge de minimale et 105 3 µm pour la charge maximale. Les pro-
fondeurs maximales de pénétration hmax atteintes avec le poinçon Vickers pour la plus
petite et la plus grande charge sont respectivement 11,9 0,4 µm et 105 4 µm. Malgré les
différences de dimension des empreintes, aucune différence n’est notable sur les courbes
de chargement-déchargement que ce soit pour le poinçon Brinell ou Vickers. Il semblerait
donc qu’il n’y ait pas d’effet de taille sur les propriétés mécaniques de ce matériau à ces
échelles.
Comme pour l’aluminium, le poids relatif des dispersions de mesure étant moins im-
portant à forte charge, nous n’utiliserons que les essais réalisés à charge maximale, c’est-à-
dire 300 N. La hauteur de bourrelet maximale équivalente hbmax estimée pour l’essai Vickers
à cette charge vaut 15,6 0,8 µm.
108
III.2. R ÉSULTATS EXPÉRIMENTAUX ET DU MODÈLE DE SIMULATION
250
200
Macrotraction
Mésotraction
150
100
50
0
0 0.01 0.02 0.03 0.04 0.05 0.06 0.07
Déformation vraie
F IGURE III.2 - 14 – Courbes contrainte vraie-déformation vraie issues des essais de traction aux
échelles méso- et macroscopique sur le cuivre.
E σ0,2 σu εu
GPa MPa MPa
Macrotraction 106 9 262 39 279 17 0,12 0,10
Mésotraction 268 16 0,06 0,05
TABLE III.2 - d – Résultats des essais de traction aux échelles méso- et macroscopique sur le
cuivre.
Charge (N)
Charge (N)
350 300
15
8
300 10 250 6
4
250 5
200
2
0
200 0 0.001 0.002 0.003 0.004 0.005 0
150 0 0.005 0.01
150
10 N 5N
50
50
0 0
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1
Profondeur de pénétration (mm) Profondeur de pénétration (mm)
(a) (b)
109
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
Pour chaque direction de laminage, six éprouvettes macroscopiques ont été testées et
cinq éprouvettes de mésotraction ont été évaluées. Les courbes contrainte-déformation
des essais de traction réalisés à l’échelle macroscopique et mésoscopique sont présentées
sur la figure III.2 - 16a. Le matériau présente un comportement élasto-plastique avec un
écrouissage presque linéaire. Les éprouvettes ont dans les deux cas été extraites dans la di-
rection de laminage. Excepté dans la zone de transition élasto-plastique les deux courbes
sont très proches. Il semblerait donc qu’il n’y ait pas d’effet d’échelle entre les éprouvettes
macroscopique et mésoscopique malgré le fait qu’il y ait moins de 10 grains dans l’épais-
seur des éprouvettes de mésotraction.
Une étude d’anisotropie a été menée sur le titane. La figure III.2 - 16b montre les
courbes contrainte-déformation issues des essais de traction à l’échelle macroscopique
dans trois directions orientées différemment par rapport à la direction de laminage. La
courbe référencée Ti-L correspond aux éprouvettes usinées suivant la direction de lami-
nage, Ti-T à la direction travers-long et les éprouvettes dont la courbe est référencée Ti-45
sont usinées à 45 ˚ par rapport à la direction de laminage. Ce référencement sera celui uti-
lisé par la suite pour décrire ces éprouvettes. Ces essais permettent de mettre en évidence
une anisotropie significative de la tôle qui se traduit par un comportement mécanique
différent de chacune des orientations d’éprouvettes. On peut remarquer que la courbe de
traction correspondant à la direction Ti-45 est toujours encadrée par celles des directions
Ti-L et Ti-T. Les courbes contrainte-déformation du titane montrent pour toutes les di-
rections une zone de transition élasto-plastique continue suivie d’un écrouissage presque
linéaire jusqu’à la rupture. L’anisotropie est le résultat de la combinaison de deux facteurs.
Le premier est d’origine microstructurale : à l’échelle du cristal, la maille hexagonale com-
pacte HC du titane présente des systèmes de glissement particuliers, assez mal distribués
dans l’espace et avec des facilités d’activation très variables. Le deuxième facteur est le
procédé de mise en œuvre (laminage) de la tôle qui génère une texture cristallographique,
ce qui a été confirmé par les analyses EBSD. Dans notre cas, l’anisotropie des propriétés
mécaniques est peu marquée car la texture principale est normale au plan de la tôle et les
éprouvettes ont toutes été usinées dans ce plan.
Les valeurs des paramètres mécaniques évaluées à partir des différents essais de trac-
tions sont récapitulées dans le tableau III.2 - e. Le module d’élasticité et la limite conven-
tionnelle d’élasticité n’ont pas pu être évalués à l’échelle mésoscopique. Les dispersions
de mesures sont beaucoup moins importantes que pour l’aluminium et le cuivre.
110
III.2. R ÉSULTATS EXPÉRIMENTAUX ET DU MODÈLE DE SIMULATION
Contrainte (MPa)
Contrainte (Mpa)
350 450
400
300
350
250
300
200 250
Courbe expérimentale Ti-L
0 0
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0 0.05 0.1 0.15 0.2 0.25 0.3 0.35
Déformation Déformation
(a) Courbes contrainte vraie-déformation vraie (b) Courbes contrainte vraie-déformation vraie
issues des essais de traction à l’échelle macrosco- issues des essais traction à l’échelle macrosco-
pique et mésoscopique dans la direction longitu- pique suivant trois directions d’éprouvettes par
dinale. rapport à la direction de laminage
F IGURE III.2 - 16 – Résultats des essais de traction sur le titane à différentes échelles et pour
différentes orientations d’éprouvettes.
E σ0,2 σu εu
GPa MPa MPa
Macrotraction L 222 3 413 50 0,42 0,15
Macrotraction T 107 2 190 5 446 22 0,41 0,04
Macrotraction 45 205 5 442 15 0,48 0,06
Mésotraction L 347 19 0,21 0,09
TABLE III.2 - e – Résultats des essais de traction aux échelles méso- et macroscopique sur le
titane dans les trois directions pour les éprouvettes macroscopiques et dans la direction de
laminage pour les éprouvettes mésoscopiques.
Charge (N)
Charge (N)
350 350 10
15
300 10
300
5
250 5 250
200 0 200
0 0.005 0
0 0.005 0.01 0.015
150 150
5N
300 N
100 100 50 N
50 N
300 N
10 N
50 50
0 0
0 0.01 0.02 0.03 0.04 0.05 0.06 0.07 0.08 0.09 0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1
Profondeur de pénétration (mm) Profondeur de pénétration (mm)
(a) (b)
111
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
Poinçon Brinell
Les résultats sont ceux de la simulation pour une profondeur de pénétration maximale
de 83,5 µm qui correspond à une charge de 300 N sur le titane. Les valeurs des paramètres
du modèle de comportement sont celles identifiées en traction macroscopique. La figure
III.2 - 18a montre que les éléments sous le poinçon qui sont les plus déformés ne sont
pas distordus. La figure III.2 - 19a indique que la déformation plastique équivalente maxi-
male sous le poinçon est de 40 %. La figure III.2 - 20a montre la courbe de chargement-
déchargement en fonction de la pénétration du poinçon extraite de la simulation. L’allure
générale de la courbe est similaire à celles des courbes expérimentales avec un départ tan-
gent à la courbe des abscisses suivi d’une évolution de la charge presque linéaire. Le choix
112
III.2. R ÉSULTATS EXPÉRIMENTAUX ET DU MODÈLE DE SIMULATION
F IGURE III.2 - 18 – Déformation du maillage sous le poinçon pour une charge de 300 N.
(a) Brinell. La valeur maximale vaut 4,02 10−1 (b) Vickers. La valeur maximale vaut 4,7
F IGURE III.2 - 19 – Déformation plastique équivalente simulée pour une charge de 300 N
Charge (N)
Charge (N)
350 350
300 300
250 250
200 200
150 150
100 100
50 50
0 0
0 0.01 0.02 0.03 0.04 0.05 0.06 0.07 0.08 0.09 0 0.05 0.1 0.15 0.2 0.25
Profondeur de pénétration (mm) Profondeur de pénétration (mm)
113
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
des types d’éléments et de leur nombre a permis de supprimer les oscillations numériques
sur la courbe.
Poinçon Vickers
Les résultats sont ceux de la simulation pour une profondeur de pénétration maximale de
197 µm qui correspond à une charge de 300 N sur l’aluminium. Les valeurs des paramètres
du modèle de comportement sont celles identifiées en traction macroscopique. La figure
III.2 - 18b montre les éléments sous le poinçon pour une pénétration maximale. Malgré la
procédure de contrôle de la distorsion du maillage, les éléments sont beaucoup plus dis-
tordus que lors de l’utilisation du poinçon sphérique. Cette distorsion des éléments est
susceptible d’entrainer des erreurs sur les valeurs de contraintes et de déformations sous
le poinçon. La figure III.2 - 19b montre la déformation plastique équivalente sous le poin-
çon qui a été seuillée arbitrairement à une valeur maximale de 100 % afin que la forme de
la zone déformée plastiquement soit visible. La valeur maximale de déformation plastique
équivalente vaut 4,7. La distorsion des éléments peut être une explication à cette valeur
très élevée mais il nous a été impossible de la limiter. La figure III.2 - 20b montre la courbe
de chargement-déchargement en fonction de la profondeur de pénétration du poinçon
issue de la simulation. L’allure générale de la courbe est similaire à celles des courbes
expérimentales avec un départ tangent à l’axe des abscisses suivi d’une évolution de la
charge basée sur une loi polynomiale quadratique. Malgré la distorsion des éléments sous
le poinçon, aucune oscillation n’est visible sur la courbe. La hauteur de bourrelet maxi-
male mesurée après la décharge vaut 20 µm qui est proche la valeur de la hauteur de bour-
relet maximale équivalente mesurée sur l’aluminium pour cette même charge et qui vaut
16 1 µm.
114
III.3. C HOIX DES MODÈLES DE COMPORTEMENT ET VALIDATION À PARTIR DES ESSAIS DE
TRACTION
Les modèles de comportement ont été choisis à partir des résultats des essais
de traction macroscopique. Le premier modèle choisi est celui de Ramberg-Osgood
[Ramberg 43]. Il est bien adapté à la modélisation du comportement de l’aluminium et
du cuivre, cependant il ne permet pas de modéliser avec fidélité le comportement du
titane qui présente un écrouissage presque linéaire jusqu’à la rupture. Ce comportement
se rapprochant de celui des aciers inoxydables, nous avons choisi d’utiliser le modèle
de Rasmussen développé pour ce type de matériaux [Rasmussen 03]. Des modifications
ont cependant été apportées au modèle initial afin qu’il représente mieux le comporte-
ment de notre matériau. Seules ces modifications sont présentées dans le paragraphe
suivant. Le lecteur pourra consulter le paragraphe I.2.4.1 pour la description du modèle
de Ramberg-Osgood.
ߪ
ߪҧ ܧ
ߝ௨ ǡ ߪ௨
ߪ
ߝҧ
ߝ ߝ
ε̄ = ε εr (III.3.4)
σ̄ = σ σr (III.3.5)
σr
εr = (1 + α) (III.3.8)
E
σu σr
ε¯up = εu εr (III.3.9)
Er
117
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
Validation
σr (MPa) α n m
Min Max Min Max Min Max Min Max
Ramberg-Osgood 10 1 000 0,001 50 1,0001 100
Rasmussen 10 1 000 0,001 50 1,0001 50 1,0001 50
TABLE III.3 - f – Bornes des paramètres des modèles de Ramberg-Osgood et Rasmussen pour
l’identification des modèles de comportement à partir d’essais de traction.
118
III.3. C HOIX DES MODÈLES DE COMPORTEMENT ET VALIDATION À PARTIR DES ESSAIS DE
TRACTION
Ecart relatif
7 140 0.3
Valeur de la fonction objectif ܬሺݔሻ
0 0 0
0 10 20 30 40 50 0 0.05 0.1 0.15 0.2 0.25
Nombre d'itérations Déformation
(a) (b)
119
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
et la courbe expérimentale. On observe que cet écart est maximal au niveau de la transi-
tion élasto-plastique où il vaut jusqu’à 27,1 %. Il diminue ensuite très rapidement et l’écart
relatif moyen pour le domaine de validité du domaine est de 0,5 %.
Ecart relatif
0.16 300 0.07
0.14 0.06
250
0.12 Courbe expérimentale
Modèle de Ramberg-Osgood
0.05
200
0.1 Erreur relative
0.04
0.08 150
0.03
0.06
100
0.02
0.04
50
0.01
0.02
0 0 0
0 10 20 30 40 50 60 70 0 0.01 0.02 0.03 0.04 0.05 0.06 0.07
Nombre d'itérations Déformation vraie
(a) (b)
120
III.3. C HOIX DES MODÈLES DE COMPORTEMENT ET VALIDATION À PARTIR DES ESSAIS DE
TRACTION
300 300
250
250
200
200
150
150 100
100 50
0
50 0 0.02
0
0 0.05 0.1 0.15 0.2 0.25 0.3 0.35 0.4 0.45
déformation vraie
122
III.4. I DENTIFICATION DES PARAMÈTRES DES MODÈLES DE COMPORTEMENT À PARTIR DES
ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
123
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
σr (MPa) n m σu
Min Max Min Max Min Max Min Max
Ramberg-Osgood 10 350 1,1 60
Rasmussen 10 350 1,1 60 1,1 3 20 850
TABLE III.4 - h – Bornes des paramètres des modèles de Ramberg-Osgood et Rasmussen modi-
fié pour l’identification des modèles de comportement à partir d’essais d’indentation.
sont surjectifs. En effet pour un même modèle de comportement, tous les autres para-
mètres des modèles étant identiques, il existe une infinité de couples (α, σr ) qui donne-
ront le même résultat. Dans ce cas, la solution du problème inverse d’identification n’est
pas unique. Afin d’assurer l’unicité de la solution, nous utilisons les modèles de Ramberg-
Osgood et de Rasmussen écrits dans le cas d’une limite conventionnelle d’élasticité.
Dans le modèle de Rasmussen, les paramètres σu et εu représentent respectivement la
contrainte ultime et la déformation qui y est associée. Pour un essai de traction, ces va-
leurs sont directement lues sur la courbe contrainte-déformation. Il est cependant impos-
sible d’évaluer une contrainte ultime pour des matériaux ductiles par un essai d’indenta-
tion. Dans le problème inverse d’identification, nous choisissons de considérer le couple
(εu , σu ) comme un couple contrainte-déformation représentatif du matériau. De la même
manière que pour les paramètres α et σr , il existe une infinité de couples (εu , σu ) qui don-
neront le même comportement, tous les autres paramètres étant les mêmes, et il n’existe
donc pas de solution unique au problème inverse d’identification. Afin d’assurer l’unicité
de la solution, nous choisissons arbitrairement de prendre εu = 0,25. Cela revient à dire
que nous prenons σu comme étant la contrainte pour une déformation totale égale à 25 %.
Les bornes des différents paramètres des modèles de Ramberg-Osgood ont été choisies
pour permettre la description des matériaux rencontrés dans cette étude. Ces bornes sont
données pour les deux modèles dans le tableau III.4 - h.
Les modèles utilisés pour calculer la réponse numérique du système sont ceux décrits
en III.1.3. La pénétration maximale du poinçon dans la matière est directement mesurée
sur la courbe de chargement en fonction de la pénétration du poinçon. Pour les deux mo-
dèles, le poinçon est piloté en déplacement jusqu’à la profondeur maximale de pénétra-
tion expérimentale. La courbe de chargement est enregistrée à la fin de la simulation. Les
valeurs expérimentales et numériques sont ramenées sur une même base de déplacement
pour pouvoir construire le vecteur écart e. Les données expérimentales et numériques uti-
lisées pour construire le vecteur écart sont :
— l’écart normé entre la courbe expérimentale P exp et la courbe simulée P EF pondéré
d’un poids ωe ,
— l’écart normé entre la charge maximale expérimentale Pmax exp
et la charge maximale
simulée Pmax
EF
pondéré d’un poids ωm .
Pour un vecteur de paramètres à identifier x, le vecteur écart e(x) est construit de la
manière suivante :
où :
P EF (x) Piexp
ai (x) = ωe i
Piexp
P EF (x) P exp
bi (x) = ωm maxi exp maxi
Pmaxi
125
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
J(x) = e (III.4.2)
e(x) = a1 (x), . . . , ai (x), . . . , an (x), b1 (x), . . . , bi (x), . . . , bn (x), c1 (x), . . . , ci (x), . . . , cn (x)
(III.4.3)
où :
PiEF (x) Piexp
a i (x) = ωe
Piexp
EF exp
Pmax (x) Pmax
b i (x) = ω m
i
exp
i
P maxi
hb (x) + hexp
EF
bi
ci (x) = ωb i
hexp
bi
127
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
J(x) = e (III.4.4)
Charge (N)
180 500
Courbe expérimentale
160 Simulation Monte-Carlo 450
Courbe expérimentale
Simulation Levenberg-Marquardt Simulation Monte-carlo
400
140
Simulation Levenberg-Marquardt
350
120
300
100
250
80
200
60
150
40
100
20 50
0 0
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0 0.05 0.1 0.15 0.2
Profondeur de pénétration (mm) Profondeur de pénétration (mm)
140
120
100
80
20
0
0 0.05 0.1 0.15 0.2 0.25
Déformation vraie
(c) Courbes de traction expérimentale et construites à partir des mo-
dèles de Ramberg-Osgood identifiés pour les deux types de poinçon.
F IGURE III.4 - 26 – Résultats des résolutions inverses des problèmes d’identification du modèle
de comportement de l’aluminium à partir d’essais d’indentation Brinell et Vickers.
TABLE III.4 - i – Résultats des résolutions inverses des problèmes d’identification du modèle de
comportement de l’aluminium à partir d’essais d’indentation Brinell et Vickers.
129
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
Poinçon Brinell
Le modèle identifié à partir de l’essai Brinell se trouve à la limite supérieure de l’intervalle
de confiance de la courbe expérimentale. On remarque que le modèle identifié est une ho-
mothétie de la courbe expérimentale décalée vers des valeurs supérieures de contraintes,
ce qui se traduit par un écart constant entre les courbes. Cela indique que le coefficient
d’écrouissage est correctement évalué et que l’écart provient d’une légère surestimation
de la valeur de la limite conventionnelle d’élasticité σ0,2 . Les valeurs des paramètres iden-
tifiées sont très proches des résultats obtenus lors de l’identification sur l’essai de traction.
L’écart relatif faite sur la contrainte pour une déformation de 20 % est de 4,9 % et l’écart re-
latif moyen vaut 4,6 %. Le temps nécessaire pour réaliser l’identification est de 16 heures.
Poinçon Vickers
Le modèle identifié à partir de l’essai Vickers présente une courbure différente de celle de
la courbe expérimentale. En effet le modèle identifié se trouve au dessous de la courbe ex-
périmentale tant que la déformation est inférieure à 2 % puis passe au dessus. L’écart entre
les deux courbes s’accroit constamment lorsque la déformation devient plus importante.
Ce comportement traduit une sous évaluation du coefficient d’écrouissage associée à une
sous évaluation de la limite conventionnelle d’élasticité qui est visible sur le tableau III.4 -
i. L’écart relatif faite sur la contrainte pour une déformation de 20 % est de 7,5 % et l’écart
relatif moyen vaut 5,8 %. Le temps nécessaire pour réaliser l’identification est de 7 heures.
130
III.4. I DENTIFICATION DES PARAMÈTRES DES MODÈLES DE COMPORTEMENT À PARTIR DES
ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
120
100
80
Modèle de Ramberg-Osgood (Poinçon Brinell),
nu=0.36
60 Modèle de Ramberg-Osgood (Poinçon Brinell),
nu=0.33
Modèle de Ramberg-Osgood (Poinçon Vickers),
40 nu=0.36
Modèle de Ramberg-Osgood (Poinçon Vickers),
nu=0.33
20
0
0 0.05 0.1 0.15 0.2 0.25
Déformation vraie
Poinçon Brinell
Le modèle identifié à partir de l’essai Brinell ne reproduit pas de manière satisfaisante le
comportement du cuivre. Le détachement de la courbe au niveau de la transition élasto-
plastique se fait pour une contrainte moins importante que pour l’essai de traction ce qui
traduit une sous-estimation de la limite d’élasticité σ0,2 . Le comportement plastique du
131
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
Charge (N)
Charge (N)
350 350
Courbe expérimentale
Simulation Monte-Carlo Courbe expérimentale
300 300
Simulation Levenberg-Marquardt Simulation Monte-carlo
Simulation Levenberg-Marquardt
250 250
200 200
150 150
100 100
50 50
0 0
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12
Profondeur de pénétration (mm) Profondeur de pénétration (mm)
350
300
250
200
50
0
0 0.01 0.02 0.03 0.04 0.05 0.06 0.07
Déformation vraie
(c) Courbes de traction expérimentale et construites à partir des mo-
dèles de Ramberg-Osgood identifiés pour les deux types de poinçon.
F IGURE III.4 - 28 – Résultats des résolutions inverses des problèmes d’identification du modèle
de comportement du cuivre à partir d’essais d’indentation Brinell et Vickers.
TABLE III.4 - j – Résultats des résolutions inverses des problèmes d’identification du modèle de
comportement du cuivre à partir d’essais d’indentation Brinell et Vickers.
132
III.4. I DENTIFICATION DES PARAMÈTRES DES MODÈLES DE COMPORTEMENT À PARTIR DES
ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
cuivre se rapproche d’un seuil lors des essais de traction. Ce comportement n’est pas celui
du modèle identifié qui présente une pente d’écrouissage assez importante introduite par
une sous-estimation du coefficient d’écrouissage n. L’écart relatif faite sur la contrainte
pour une déformation de 5 % vaut 9 % et l’écart relatif moyen vaut 6,8 %. Le temps néces-
saire pour réaliser l’identification est de 38 heures.
Poinçon Vickers
Le modèle identifié à partir de l’essai Vickers ne reproduit pas de manière satisfaisante le
comportement du cuivre. De la même manière que pour l’identification à partir de l’essai
Brinell, le coefficient d’écrouissage n est sous-estimé. Par contre, la limite d’élasticité est
elle bien évaluée. L’écart relatif faite sur la contrainte pour une déformation de 5 % vaut
15 % et l’écart relatif moyen vaut 10,8 %. Le temps nécessaire pour réaliser l’identification
est de 6 heures.
133
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
Charge (N)
Charge (N)
350 350
Courbe expérimentale Courbe expérimentale
Simulation Monte-Carlo Simulation Monte-carlo
300 300
Simulation Levenberg-Marquardt Simulation Levenberg-Marquardt
250 250
200 200
150 150
100 100
50 50
0 0
0 0.01 0.02 0.03 0.04 0.05 0.06 0.07 0.08 0.09 0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12
Profondeur de pénétration (mm) Profondeur de pénétration (mm)
450
400
350
300
250
0
0 0.05 0.1 0.15 0.2 0.25 0.3
Déformation vraie
(c) Courbes de traction expérimentale et construites à partir des modèles de Ramberg-Osgood identifiés
pour les deux types de poinçon.
F IGURE III.4 - 29 – Résultats des résolutions inverses des problèmes d’identification du modèle
de comportement du titane à partir d’essais d’indentation Brinell et Vickers.
134
III.4. I DENTIFICATION DES PARAMÈTRES DES MODÈLES DE COMPORTEMENT À PARTIR DES
ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
TABLE III.4 - k – Résultats des résolutions inverses des problèmes d’identification du modèle
de comportement du titane à partir d’essais d’indentation Brinell et Vickers en comparaison
avec les résultats de l’identification à partir des essais de traction. Afin de pouvoir comparer les
différentes valeurs de σu , une contrainte ultime du modèle de Rasmussen modifié εu unique de
0,25 est considérée.
de pénétration est inférieure à 0,65 mm, les deux courbes divergent ensuite et la courbe
simulée se trouve nettement au dessus de la courbe expérimentale.
Le tableau III.4 - k présente les valeurs des paramètres du modèle de Rasmussen modi-
fié identifiées à partir des deux types de poinçon et celles issues de l’identification à partir
des essais de traction uni-axiale. Comme pour l’aluminium et le cuivre, la limite conven-
tionnelle d’élasticité σ0,2 a été calculée pour les résultats issus des essais de traction afin
de pouvoir la comparée avec le résultat de l’identification à partir de l’essai d’indentation.
De même, la contrainte ultime σu du modèle identifié à partir de l’essai de traction a été
calculée pour une déformation ultime εu égale à 0,25. Les courbes de traction construites à
partir du modèle de Rasmussen pour les deux poinçons sont comparées aux courbes expé-
rimentales issues des essais de traction macroscopiques pour les trois directions d’éprou-
vette sur la figure III.4 - 29c.
Poinçon Brinell
Les paramètres du modèle de Rasmussen identifiés reproduisent bien le comportement
du matériau pour les déformations supérieures à 3 %. Une légère surévaluation du pa-
ramètre m se traduit par un écrouissage moins linéaire que celui des courbes issues des
essais de traction. La transition élasto-plastique moins rapide que celle de la courbe de
traction expérimentale est induite par une surévaluation du coefficient n associée à une
sous évaluation de la limite conventionnelle d’élasticité σc .
L’écart relatif faite sur la contrainte pour une déformation de 20 % est de 3 % par rap-
port au sens Ti-L et Ti-45 et est inférieure à 1 % par rapport au sens Ti-45. Les écarts re-
latifs moyens pour les directions d’éprouvettes Ti-L, Ti-T et Ti-45 valent respectivement
3,9 %, 2,2 % et 4,5 %. Il semblerait donc que le comportement identifié à partir de l’essai
de l’essai d’indentation soit plus proche de celui des éprouvettes usinées dans la direction
135
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
transverse longue par rapport à la direction de laminage. Le temps nécessaire pour réaliser
l’identification est de 29 heures.
Poinçon Vickers
Le modèle de Rasmussen identifié à partir de l’essai Vickers donne une courbe décalée des
courbes expérimentales de traction vers les valeurs supérieures de contraintes. Ce com-
portement traduit une bonne détermination des coefficients n et m mais une surévalua-
tion des valeurs de σc et σu .
L’écart relatif faite sur la contrainte pour une déformation de 20 % est de 15 % par rap-
port à la direction Ti-L et Ti-45 et est égale à 11 % par rapport à la direction Ti-T. Les écart
relatifs moyens pour les directions Ti-L, Ti-T et Ti-45 valent respectivement 16,3 %, 16,1 %
et 19,8 %. Le coefficient d’écrouissage semble plus proche de celui des éprouvette Ti-L et
Ti-45 que de celui des éprouvettes Ti-T, malgré un écart relatif pour cette dernière direc-
tion moins importante. Le temps nécessaire pour réaliser l’identification est de 3 heures.
136
III.5. A NALYSE ET DISCUSSION
Ecart relatif moyen (%)
16 16 Brinell
Brinell
Vickers Vickers
14 14
12 12
10 10
8 8
6 6
4 4
2 2
0
0
Aluminium Cuivre Titane
Aluminium Cuivre Titane
(a) (b)
F IGURE III.5 - 30 – Ecart relatif moyen entre le modèle identifié par indentation instrumenté et
le résultat de l’essai de traction (a) et écart entre la contrainte identifiée par indentation et par
traction pour une déformation de 20 % pour l’aluminium et le titane et de 5 % pour le cuivre
(b).
montré une distorsion importante des éléments se trouvant sous le poinçon. Cette
distorsion introduit une erreur sur la simulation qui est sans doute préjudiciable à
une identification correcte du modèle de comportement.
Cohérence avec
Microstructure
la traction
Ecrouissage
Taille de Mécanisme de
Maille Maclage Brinell Vickers
grains ሺߤ݉ሻ déformation
Aluminium Recuit CFC 10 Dislocations Non Bon Moyen
Cuivre Ecrouit CFC 150 Dislocations Au recuit Moyen Mauvais
Maclage et Après
Titane Recuit HC 110 Bon Moyen
dislocations déformation
138
III.5. A NALYSE ET DISCUSSION
ܧ
ܧ
ߝ
F IGURE III.5 - 31 – Influence sur le comportement du cuivre de l’écrouissage initial. La courbe
en pointillé montre le comportement du cuivre non-écroui et la courbe verte celui du cuivre à
l’état 44 dur.
un écrouissage cinématique qui peut être relativement important [Khan 99]. Nous avons
dans la simulation fait l’hypothèse d’un écrouissage isotrope. Cependant, du fait de la tri-
axialité du champ de contraintes, sous le poinçon cohabitent des contraintes de traction,
de compression et de cisaillement. Le type d’écrouissage pourrait donc expliquer en partie
ce résultat. Nous n’avons pas pu réaliser des essais de compression et de cisaillement qui
auraient pu nous permettre de valider ou non cette hypothèse.
Sur les trois matériaux évalués, l’aluminium et le cuivre ont une structure cristalline
de type Cubique Face Centrée (CFC) alors que celle du titane est Hexagonale pseudo-
Compacte (HC). Bien qu’ils n’aient pas le même type de maille, la cohérence des résultats
de l’identification inverse avec les essais de traction macroscopique sur l’aluminium et le
titane sont globalement satisfaisant. Par ailleurs, cette cohérence est moins bonne pour
le cuivre que pour les deux autres matériaux alors que sa maille cristalline est de même
type que celle de l’aluminium. Nous pouvons conclure que le type de mailles (CFC et HC)
ne semble par influencer la capacité à identifier le comportement élasto-plastique d’un
matériau par une méthode inverse basé sur des essais d’indentation instrumentée.
Du fait du grand nombre de systèmes de glissement activables dans la maille CFC, l’alu-
minium et le cuivre présentent tous les deux un mode de déformation principal basé sur
le glissement des dislocations. Pour le titane, en raison d’un nombre réduit de système
de glissements disponibles et de leur mauvaise distribution dans l’espace, un autre méca-
nisme de déformation qu’est le maclage s’ajoute au glissement des dislocations. La qualité
des résultats étant bon pour le titane et pour l’aluminium, on en déduit que le maclage
139
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
comme mécanisme de déformation ne semble pas avoir d’influence sur la qualité du ré-
sultat du problème d’identification.
Par ailleurs, le cuivre présente quant à lui un maclage créé par un recuit avant l’opé-
ration de laminage et la cohérence des résultats de l’identification pour ce matériau avec
les résultats de traction n’est pas satisfaisante. La présence de macles dans ce matériau ne
peut donc pas expliquer la différence des résultats avec ceux de traction macroscopique
car pour le titane qui en présente, cette cohérence est satisfaisante.
Afin de mettre en évidence l’influence de la taille des grains, il est impératif de la mettre
en relation avec le volume de matière sollicité plastiquement au cours de l’essai d’inden-
tation. Le tableau III.5 - m présente le nombre de grains présent dans le volume de matière
sollicité plastiquement pour chacun des matériaux lors des différents essais. Comme at-
tendu, le nombre de grains sollicité est fortement variable d’un type d’essai à l’autre pour
un même matériau. De plus, les fortes disparités sur les tailles de grains des matériaux
étudiés impliquent que le nombre de grains sollicité pour un type d’essai donné fluctue
de manière importante en fonction du matériau. L’aluminium, qui présente la plus petit
taille de grains (10 µm) présente pour tous les essais un nombre de grains sollicité suffi-
sant pour pouvoir être représentatif. Pour le cuivre qui présente la taille de grains la plus
importante, le nombre de grains sollicité plastiquement est d’environ 300 dans le cas de
l’essai d’indentation avec le poinçon Vickers. Bien que relativement faible, ce nombre de
grains semble suffisamment représentatif pour que l’on puisse considérer que le matériau
est évaluée à l’échelle du polycristal et que les résultats puisse être comparés aux résultats
des essais de traction macro- et mésoscopique.
Les courbes d’indentations à différentes profondeurs de pénétrations montrent qu’il
ne semble pas y avoir d’effet d’échelle sur l’essai d’indentation pour les matériaux à ces
TABLE III.5 - m – Volume moyen des grains pour chacun des matériaux et nombre de grains
dans la zone sollicité plastiquement pour les essais d’indentation Brinell et Vickers aux charges
maximales calculées à partir des résultats de simulation numérique de l’essai ainsi que le
nombre de grains dans la zone utile des éprouvettes de traction macro- et mésoscopique. Pour
le calcul du volume moyen, les grains sont considérés comme sphériques et les diamètres sont
donnés dans le tableau III.5 - l.
140
III.6. C ONCLUSION
échelles. Il semblerait donc que, pour les tailles de grains étudiées, celles-ci n’interfèrent
pas sur la qualité du résultat de l’identification inverse.
L’analyse des influences des facteurs propres au matériau montre que seul l’état métal-
lurgique semble avoir une influence sur les résultats de l’identification inverse d’un mo-
dèle de comportement à partir d’essais d’indentation instrumentée. En effet, il semble né-
cessaire que le matériau soit dans un état recuit pour que les résultats de l’identification
soient satisfaisant. De nombreux abaques permettent de relier la dureté Brinell ou Vickers
à l’état d’écrouissage des matériaux. Nous proposons donc d’ajouter une étape de valida-
tion dans la procédure d’identification, constituée d’un essai Brinell ou Vickers classique,
pour s’assurer que le matériau est bien dans un état recuit.
III.6 Conclusion
Nous avons présenté dans ce chapitre le développement d’un outil de caractérisation
des propriétés élasto-plastiques basé sur des essais d’indentation instrumentée associés à
une méthode d’identification paramétrique ainsi que les résultats de la caractérisation de
trois matériaux à partir de cet outil. La figure III.6 - 32 est un schéma de la procédure suivie
lors de la mise en œuvre de cet outil.
Deux géométries de poinçon ont été évaluées et il apparait que les poinçons sphériques
présente des résultats plus proches de ceux obtenus en traction que les poinçons pyrami-
daux, pour lesquels une donnée supplémentaire qu’est la hauteur de bourrelet est néces-
saire. La comparaison des résultats avec ceux d’un essai de référence (traction uni-axiale)
et les observations microstructurales ont permis de mettre en avant la robustesse de cet
outil qui permet de caractériser des matériaux présentant des modes de déformation et
des microstructures différents. Il est cependant nécessaire que le matériau testé soit dans
un état recuit et qu’il ne présente pas d’écrouissage initial. Si cette condition est vérifiée,
les comportements identifiés par indentation instrumentée et par traction uni-axiale pré-
sentent une différence inférieure à 20 %.
Cet outil peut être utilisé tel quel à l’échelle macroscopique dans un contexte industriel
car il présente plusieurs avantages par rapport à l’essai de traction :
— facilité de mise en œuvre,
— pas de géométrie d’éprouvette spécifique,
— identification en temps masqué,
— coût relativement faible,
— faible technicité de l’opérateur.
L’outil de caractérisation basé sur l’indentation instrumentée a été validé à l’échelle
macroscopique. Cependant, l’objectif final est la caractérisation des propriétés élasto-
141
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
ESSAI D’INDENTATION
Développement d’outil
informatique associé à la
Écrouissage procédure de
IDENTIFICATION
OUI initial caractérisation
IMPOSSIBLE
NON
Courbe de Type de
chargement+ poinçon
Dureté Type de poinçon +
Profondeur de pénétration
Calcul de la courbe de
chargement moyenne Procédure Procédure
expérimentale éléments finis
Courbe de Poinçon
chargement Vickers
moyenne
OUI Choix du modèle de
NON comportement
Pas d’information Mesure de la Modèle de
sur le bourrelet hauteur équivalente comportement
de bourrelet
Hauteur équivalent
de bourrelet Modèle numérique
de l’essai
Réponse Réponse
expérimentale numérique
Procédure de Levenberg-Marquardt
Valeurs optimales des
paramètres
VALIDATION
142
III.6. C ONCLUSION
plastiques de couches minces déposées. Ces dernières n’étant généralement pas écrouies,
les résultats obtenues lors de cet études sont encourageants pour l’adaptation de cet ou-
til à la caractérisation des couches minces déposées. Nous allons dans le chapitre suivant
présenter la transposition de cet outil à l’échelle des couches minces par la caractérisation
du comportement élasto-plastique d’un matériau macroscopique par nanoindentation.
143
C HAPITRE 3. D ÉVELOPPEMENT D ’ UN OUTIL DE CARACTÉRISATION DES PROPRIÉTÉS
ÉLASTO - PLASTIQUES À PARTIR D ’ ESSAIS D ’ INDENTATION INSTRUMENTÉE
144
Chapitre 4
Un objectif de ces travaux de thèse est de mettre au point des techniques de caractéri-
sation adaptées à l’évaluation du comportement mécanique de couches minces autopor-
tantes et déposées. Dans le chapitre précédent, nous avons présenté un outil développé
pour permettre de caractériser le comportement élasto-plastique des matériaux à partir
d’essais d’indentation instrumentée. Afin de limiter les difficultés liées à l’étude des pro-
priétés des matériaux en couches minces déposées, nous avons pour une première ap-
proche travaillé à l’échelle macroscopique sur des matériaux massifs. Dans ce chapitre,
nous mettons en œuvre la procédure précédemment développée pour caractériser un ma-
tériau massif à l’échelle micrométrique. Sur le plan expérimental, l’essai macroscopique
d’indentation instrumentée est remplacé par celui de nanoindentation. En raison de dif-
ficultés techniques et du manque de temps nécessaire pour conduire une étude statis-
tique de taille suffisante pour l’essai de nanoindentation (procédure permettant de limi-
ter les phénomènes dispersifs propres à ces échelles), nous ne considèrerons qu’un seul
indent. Pour ce dernier le volume du bourrelet créé ainsi que la courbe de chargement-
déchargement ont été mesurés. L’objectif de ce chapitre est de mettre en évidence les dif-
ficultés de caractérisation liées au changement d’échelle.
Nous allons dans un premier temps décrire les essais réalisés et les résultats obtenus
sur l’alliage d’aluminium 2024 à l’état recuit. Dans un deuxième temps, nous présenterons
les résultats de la mise en œuvre de l’identification paramétrique du modèle de comporte-
ment de ce matériau à partir de l’essai de nanoindentation. Enfin, une analyse critique des
résultats nous permettra de mettre en évidence les difficultés à surmonter pour adapter la
méthode développée à la caractérisation du comportement élasto-plastique de matériaux
par nanoindentation.
145
C HAPITRE 4. E XTENSION DE LA MÉTHODE À L’ ÉCHELLE MICROMÉTRIQUE ET DISCUSSION
300 0.25
250
0.2
200
Courbe expérimentale
0.15
0.05
50
0 0
0 0.02 0.04 0.06 0.08
Déformation vraie
146
IV.1. P RÉSENTATION DES ESSAIS ET RÉSULTATS EXPÉRIMENTAUX
l’erreur sur l’ensemble de l’essai vaut environ 2 %, ce qui est relativement faible. Les para-
mètres couramment évalués ainsi que les valeurs des paramètres du modèle de Ramberg-
Osgood identifiés sont présentés dans le tableau IV.1 - a. Le module d’élasticité évalué à
partir de l’essai de traction vaut 72 GPa.
1.4E+04
1.2E+04
1.0E+04
8.0E+03
6.0E+03
4.0E+03
2.0E+03
0.0E+00
0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8
Profondeur de pénétration (µm)
147
C HAPITRE 4. E XTENSION DE LA MÉTHODE À L’ ÉCHELLE MICROMÉTRIQUE ET DISCUSSION
placement de l’ordre du nanomètre dans le plan. Le nanoindenteur est alors utilisé comme
un pseudo-AFM en mode « contact » : une force très faible est appliquée sur le poinçon et
la position verticale de ce dernier est mesurée en tout point de la surface. Il est donc pos-
sible en indexant les positions dans les trois directions de reconstruire une topographie de
la surface, similaire à celle montrée sur la figure III.1 - 8a. La rugosité est mesurée par un
balayage de la surface d’indentation avant l’essai et est retranchée à la topographie mesu-
rée après l’essai. Le plan moyen de la surface non impactée par l’essai de nanoindentation
est ensuite déterminé et le volume du bourrelet est calculé comme étant le volume de ma-
tière au-dessus de ce plan moyen dans une zone suffisamment proche de l’empreinte. Le
volume du bourrelet pour l’essai considéré vaut 0,13 µm3 . La hauteur de bourrelet équi-
valente n’a pas pu être mesurée en raison de difficultés liées au logiciel de mesure. La
méthode de mesure du volume de bourrelet basée sur l’utilisation de la table de nano-
positionnement présente les avantages d’une localisation automatique des empreintes,
ce qui est intéressant au regard de leur taille, et de permettre de soustraire la rugosité de la
surface indentée. Cependant, une utilisation systématique de cette technique est suscep-
tible d’entrainer une usure prématurée du poinçon.
numérique est celui déterminé par l’essai de traction (72 GPa) et le coefficient de Poisson
ν est pris égal à 0,36.
1.4E+04
Simulation
1.0E+04
8.0E+03
6.0E+03
4.0E+03
2.0E+03
0.0E+00
0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8
Profondeur de pénétration (µm)
149
C HAPITRE 4. E XTENSION DE LA MÉTHODE À L’ ÉCHELLE MICROMÉTRIQUE ET DISCUSSION
Les valeurs initiales et finales de la fonction objectif ainsi que le nombre d’itérations
de l’algorithme de Levenberg-Marquardt nécessaires pour y parvenir sont présentés dans
le tableau IV.2 - b. Dans ce cas, l’algorithme de Monte-Carlo permet de s’approcher for-
tement de la valeur minimale de la fonction et un nombre important d’itérations de
Levenberg-Marquardt n’a pas permis de réduire significativement la valeur de la fonction
objectif. La valeur finale de la fonction objectif est plus importante en nanoindentation
(2,14) que lors de l’identification paramétrique à partir d’essais d’indentation instrumen-
tée avec un poinçon Vickers (1,28 pour la valeur la plus élevée sur l’aluminium), et ce mal-
gré la non-prise en compte de la hauteur de bourrelet. Ces valeurs sont comparables car
le nombre de points considéré sur les courbes de chargement expérimentale et simulée
est toujours égal à 100, que ce soit pour l’identification à partir des essais d’indentation
instrumentée ou à partir des essais de nanoindentation.
La figure IV.2 - 4 montre les courbes d’indentation expérimentale et simulée. Comme
pouvait le laisser penser la valeur finale de la fonction objectif, la courbe issue de la si-
mulation n’est pas au plus proche de la courbe expérimentale. L’agrandissement sur les
faibles valeurs de charge et de pénétration permet de mettre en évidence la différence
entre la courbe expérimentale et les courbes simulées lors du premier stade du contact
entre le poinçon et la matière. Cette différence au départ de la courbe se répercute tout au
long de l’essai malgré la non-prise en compte dans le calcul de la fonction objectif des dix
premiers pour-cents de pénétration et fausse la procédure d’identification. Le processus
de minimisation tant à répartir l’écart de part et d’autre de la courbe expérimentale : la
charge est sous-estimée dans la première partie de l’essai puis sur-évaluée pour les fortes
profondeurs de pénétration.
On observe sur la figure IV.2 - 5 une forte différence entre la courbe rationnelle de trac-
tion expérimentale et celle construite à partir du modèle de Ramberg-Osgood identifié. La
limite d’élasticité est sur-évaluée, ce qui se traduit par une courbe décalée vers un niveau
supérieur de contraintes. L’écrouissage de la courbe expérimentale est plus marqué que
celui du modèle identifié, ce qui indique une sur-évaluation du coefficient d’écrouissage
lors de l’identification. Le tableau IV.2 - b récapitule les valeurs des paramètres issues de
l’identification à partir de l’essai de nanoindentation et à partir de l’essai de traction. On
remarque une forte différence entre les valeurs de la limite conventionnelle d’élasticité σ0,2
et du coefficient d’écrouissage n identifiées à partir des deux essais. L’erreur relative faite
sur la contrainte pour une déformation de 5 % vaut 25 % et l’erreur relative moyenne vaut
35 %.
Le volume de bourrelet calculé à partir du résultat de la simulation vaut 1,86 µm3 .
Comme pour la simulation de l’essai de nanoindentation à partir des valeurs des para-
150
IV.2. I DENTIFICATION DU MODÈLE DE COMPORTEMENT À PARTIR D ’ ESSAIS DE
NANO - INDENTATION
1.2E+04
1.0E+00
1.0E+04
5.0E-01
8.0E+03
1.0E-03
0 0.05 0.1 0.15 0.2
6.0E+03
4.0E+03
2.0E+03
Courbe expérimentale
Simulation Levenberg-Marquardt
0.0E+00
0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8
Profondeur de pénétration (µm)
400
350
300
250
200
150
Courbe de traction expérimentale
Modèle de Ramberg-Osgood
100
50
0
0 0.01 0.02 0.03 0.04 0.05 0.06 0.07 0.08
Déformation vraie
151
C HAPITRE 4. E XTENSION DE LA MÉTHODE À L’ ÉCHELLE MICROMÉTRIQUE ET DISCUSSION
mètres identifiés par traction, le volume de bourrelet est d’un ordre de grandeur au-dessus
du volume de bourrelet expérimental.
influencé par la nature et la répartition des précipités dans la zone mécaniquement solli-
citée.
La validation d’une méthode à l’échelle des couches minces est donc rendue difficile
par la forte différence entre les volumes de matière mis en jeu aux échelles macroscopique
et microscopique. Une des raisons pouvant expliquer la différence de comportement entre
le modèle identifié à partir de l’essai de nanoindentation et le résultat expérimental de
traction pourrait ainsi être imputable à la différence d’échelle entre les deux essais. Pour
essayer de préciser ce point, il faudrait par exemple réaliser des essais couplés de traction
et de nanoindentation sur des mono-cristaux ou bien réaliser une étude statistique des
propriétés mécaniques de chaque grain en fonction de leur orientation en couplant les
essais de nanoindentation à des analyses EBSD.
ܨ
F IGURE IV.3 - 6 – Influence de la rugosité sur l’aire de contact lors des premiers stades du
chargement.
153
C HAPITRE 4. E XTENSION DE LA MÉTHODE À L’ ÉCHELLE MICROMÉTRIQUE ET DISCUSSION
Charge (µN)
600
300
200
100
0
0 0.05 0.1 0.15 0.2
Profondeur de pénétration (µm)
(a) Forme et position d’un défaut représentant la (b) Courbes de chargement pour la simulation de
rugosité l’essai de nanoindentation avec et sans rugosité.
200
180
APEX=10nm
160
APEX=50nm
140
APEX=100nm
120
APEX=200nm
100
80
60
40
20
0
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1
Profondeur de pénétration (µm)
155
C HAPITRE 4. E XTENSION DE LA MÉTHODE À L’ ÉCHELLE MICROMÉTRIQUE ET DISCUSSION
déduit les valeurs des coefficients Ci d’un polynômes de la relation semi-empirique déve-
loppée par Oliver et Pharr [Oliver 92] :
1 1 1
Ac (hc ) = C0 h2c + C1 hc + C2 hc2 + C3 hc4 + + C8 hc128 (IV.3.1)
156
IV.4. C ONCLUSION
IV.4 Conclusion
Nous avons présenté dans ce chapitre le résultat d’un essai exploratoire d’adaptation de
l’outil développé dans le chapitre 3 à la caractérisation du comportement élasto-plastique
de l’alliage d’aluminium 2024 massif recuit à l’échelle micrométrique à partir d’essais de
nanoindentation. Les résultats ont été comparés avec ceux obtenus à partir de l’essai de
traction macroscopique. Plusieurs difficultés ont été identifiées pour assurer ce change-
ment d’échelle :
— il est difficile de valider une méthode de caractérisation car les échelles mises en
jeu sont très faibles en comparaison avec les essais de caractérisation classiques.
Se pose donc le problème d’un volume élémentaire représentatif (VER) tant expéri-
mental (volume de matière sollicité par rapport à la taille de grains) que numérique
(choix du modèle de comportement),
— des difficultés expérimentales liées au changement d’échelle rendent l’identifica-
tion plus difficile,
— le volume de bourrelet n’est pas, avec notre méthode de mesure, une information
fiable à ajouter comme entrée au problème d’identification, il faut donc trouver une
autre information fiable pour pouvoir identifier un modèle de comportement,
— notre étude s’appuie sur un seul essai de nanoindentation, il est impératif pour
continuer le développement de cette méthode de travailler sur un nombre d’essais
suffisamment important afin de réaliser une étude statistique qui permettrait peut
être de limiter l’influence des phénomènes dispersifs sur l’essai de nanoindentation
tel que la rugosité.
157
C HAPITRE 4. E XTENSION DE LA MÉTHODE À L’ ÉCHELLE MICROMÉTRIQUE ET DISCUSSION
158
Conclusion
L’utilisation de couches minces est de plus en plus répandue dans l’industrie car elles
permettent de fonctionnaliser ou de protéger un substrat. Elles peuvent aussi être utilisées
libres de tout substrat pour permettre la réalisation de fonctions mécaniques, électriques
ou autres. Le CNES et la société Fialab ont identifié depuis quelques années la nécessité de
disposer de moyens permettant de comprendre et de caractériser le comportement méca-
niques de telles couches. Ces travaux de thèse s’inscrivent dans cet objectif puisque, pour
une grande part, il s’agit de développer des moyens de caractérisation mécanique permet-
tant l’étude du comportement élasto-plastique de matériaux en couches minces déposées
et autoportantes.
Dans le premier chapitre, en s’appuyant sur une étude bibliographique, nous avons
mis en évidence que l’essai de microtraction uniaxiale est la technique la mieux adaptée
à l’étude du comportement élasto-plastique des couches minces autoportantes. En effet,
cet essai permet, moyennant une mise en œuvre expérimentale requérant un développe-
ment conséquent, de déterminer de manière analytique le modèle de comportement du
matériau évalué sans devoir connaître son coefficient de Poisson et en étant peu influencé
par les incertitudes sur la mesure de la géométrie, notamment l’épaisseur, de l’éprouvette.
La nanoindentation est quant-à-elle, la technique la plus employée pour la caractérisa-
tion du comportement élastique des couches minces déposées. À la vue des déformations
plastiques engendrées par cet essai, il semble également possible de déterminer un mo-
dèle de comportement élasto-plastique de ce type de couche. Cependant, la complexité du
champ de déformation introduit sous le poinçon interdit une résolution simple du pro-
blème et impose de mettre à profit les techniques de résolution de problèmes inverses
d’identification paramétrique. Ces derniers permettent de déterminer un modèle mathé-
matique d’un système à partir de la mesure de sa réponse. La méthode de résolution que
nous avons choisie est une méthode itérative basée sur la minimisation d’une fonction
objectif construite à partir des résultats expérimentaux et d’une modélisation analytique
ou numérique de l’essai. Plusieurs méthodes existent pour la minimisation de la fonction
objectif parmi lesquelles deux ont été retenues. La première est celle de Monte-Carlo, ba-
sée sur des tirages aléatoires de paramètres, qui demande généralement beaucoup d’ité-
159
C ONCLUSION
rations pour trouver le résultat mais qui est peu sensible à la présence de minima locaux.
La seconde est l’algorithme de Levenberg-Marquardt qui est plus sensible à la présence de
minima locaux mais qui nécessite généralement un nombre moins important d’itérations
pour converger.
Le deuxième chapitre est dédié à la caractérisation mécanique de couches minces au-
toportantes. Les améliorations techniques et méthodologiques qui ont été apportées à la
platine d’essai existante ont permis de diminuer les incertitudes de mesures sur les ni-
veaux de déformation et de contraintes au cours de l’essai. Ces améliorations ont fait
de la platine de microtraction un moyen d’essai fiable et robuste dont la résolution per-
met d’étudier l’occurrence de phénomènes localisés d’instabilités élasto-plastique sur des
éprouvettes dont l’épaisseur nominale est inférieure au micromètre. Une méthode d’iden-
tification du modèle de comportement basée sur la résolution du problème inverse par
l’algorithme de Levenberg-Marquardt a été proposée. Cette méthode, automatisée, per-
met de diminuer le temps de traitement et, dans le cas d’éprouvette présentant une ducti-
lité importante, de réduire l’écart entre la courbe expérimentale et le modèle. Par la suite,
nous avons proposé deux méthodes pour caractériser l’endommagement mécanique des
couches minces autoportantes au cours d’essais de microtraction. La première est basée
sur la mesure de l’évolution du module d’élasticité au cours d’un essai multicycles. La se-
conde repose sur la mesure de la variation de la résistance électrique au cours d’un essai
de traction monotone qui permet d’évaluer de manière continue l’évolution de l’endom-
magement au cours de l’essai. L’endommagement ultime mesuré sur les couches minces
d’aluminium est plus faible que les valeurs escomptées sur ce type de matériau. Nous re-
lions cette différence au faible volume des éprouvettes, comparativement aux éprouvettes
macroscopiques, qui augmente la probabilité de l’apparition d’un défaut de taille critique
entrainant la ruine de la structure.
Le troisième chapitre traite du développement d’un outil de caractérisation des maté-
riaux massifs en couplant des essais d’indentation instrumentée à la résolution d’un pro-
blème inverse d’identification. Cette méthode est basée sur la minimisation d’une fonc-
tion objectif calculée comme la différence entre la courbe de chargement issue de l’ex-
périmentation et celle issue de la simulation pour un jeux de paramètres du modèle de
comportement. Les valeurs des paramètres sont choisis suite à des séquences de Monte-
Carlo, afin de limiter le risque de se trouver sur un minimum local. Ensuite, l’algorithme de
Levenberg-Marquardt est utilisé afin de minimiser le nombre d’itérations pour atteindre
l’optimisation. Trois matériaux possédant des types de mailles et des microstructures dif-
férentes et deux types de poinçons ont été évalués. Les modèles de comportement choisis
pour représenter ces matériaux sont celui de Ramberg-Osgood et de Rasmussen modifié.
La comparaison des résultats de l’identification à partir des essais d’indentation avec ceux
issus des essais de traction conventionnelle montre que les modèles identifiés à partir du
160
C ONCLUSION
poinçon sphérique sont plus proches des essais de traction que ceux identifiés à partir du
poinçon Vickers, ceci malgré la prise en compte de la hauteur de bourrelet pour ce der-
nier. Les tailles de grain et les modes de déformation ne semblent pas avoir d’influence sur
la qualité des résultats pour les tailles de grains étudiées. Une limitation a tout de même
était identifiée pour cette outil : pour l’un des matériaux étudié, le résultat de l’identifica-
tion n’est pas satisfaisant comparativement aux essais de traction. Nous avons relié cette
différence à un écrouissage initial très important de ce matériau. Pour les autres matériaux
évalués l’objectif fixé dans le cahier des charges du développement de cet outil d’une dif-
férence inférieure à 20 % par rapport à un essai de traction est atteint. Hors du contexte de
la caractérisation mécanique des couches minces, cet outil peut également être utilisé à
l’échelle macroscopique comme une alternative moins coûteuse à l’essai de traction dans
le cas de l’étude de matériaux non-écrouis.
Enfin, le quatrième chapitre consiste à une étude sur la faisabilité de la mise en œuvre
de l’outil précédant dans le cadre de l’étude d’un matériau massif à l’échelle micromé-
trique en remplaçant l’essai macroscopique d’indentation instrumentée par celui de na-
noindentation. S’agissant d’essais préliminaires, aucune information relative au bourrelet
n’a été prise en compte dans l’identification, bien que le poinçon Berkovich utilisé soit
autosimilaire. La comparaison des résultats de l’identification paramétrique avec les ré-
sultats de l’essai de traction conventionnelle montre une différence de comportement im-
portante. Cette différence n’est pas obligatoirement le signe que l’outil développé n’est pas
adapté à l’essai de nanoindentation ; elle peut aussi s’expliquer par un comportement mé-
canique du matériau distinct à l’échelle microscopique et à l’échelle macroscopique. Les
volumes de bourrelet mesurés expérimentalement et calculés à partir de la simulation dif-
fèrent fortement. Des essais de nanoindentation avec des poinçons de révolution associés
à des simulations numériques sont nécessaires pour discriminer si cette différence pro-
vient d’un effet d’échelle dans le comportement du matériau ou du fait que le volume du
bourrelet créé est différent pour un poinçon pyramidal et un poinçon conique présentant
la même fonction d’aire. Les courbes de chargement de l’essai de nanoindentation expéri-
mentale et simulée montrent une différence au niveau du pied de courbes. Nous pensons
que cette différence est imputable à la rugosité de la surface évaluée ainsi qu’au défaut de
pointe. Ce dernier peut être pris en compte en utilisant la fonction d’aire calculée lors de
l’étalonnage du poinçon Berkovich pour modéliser un poinçon axisymétrique présentant
la même fonction d’aire que le poinçon réel.
162
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