JÉRÔME LOMBARD
ACTEURS ET ENJEUX DANS LE
BASSIN ARACHIDIER SÉNÉGALAIS
Les travaux quej’ai menés auSénégal entre 1984 et 1990 ont
eu uncadre géographiquelimité :la zone serer entre Bambey et
Fatick. Ils ont répondu également à une problématiqueextrême-
ment précise : comment la paysannerie de cette région a-t-elle
réagi aux sécheresses de 1983 et 1984, et quelles ont été les
solutions de survie ? Poser le sujet de cette façon se justifiait
pourun travail universitaire, mais cela exigeait à terme un
approfondissement des thèmes étudiés et leur élargissement à un
ensemble géographique plus vaste. Les crises vivrières ont en
effet concerné depuis une vingtaine d’années toutes les paysan-
neries dubassin arachidier : ces dernières ont toutes connu
certaines années une diminution très forte de la pluviométrie, et
dans le même tempsont simplifié leurs systèmes de production
à l’extrême (arachide - mil ou maïs), et intégré complètement
l’économie marchande. Ainsi,de Louga à Koungheul, de Thiès
à Diourbel (Fig. l), malgré les différences ethniques, l’unifor-
misation des modes de vie, des systèmes agricoles et des
économies amèneà dépasser le simple fait serer et à s’interroger
sur l’avenir global dubassin arachidier, sur les enjeux et sur les
acteurs des changements.
En outre,parler dans ces termesimplique de prendre en
compte différentsniveaux d’analyse : le niveau local du village,
les échanges régionaux, les données économiques nationales.
Peu de travaux ont porté sur l’articulation entre ces différentes
. . _
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Figure 1 : Division administrativedu SenCgal.
- 135 -
échelles. Certains sont connus (Etat, paysans), et par le biais de
niveaux intermédiaires,soit verticaux (commerçants)soit
horizontaux (solidaritésfamiliales), les mises en correspondance
sont possibles.
La sécurité alimentaire du monde rural (mais aussi des villes)
est un bon exempledes oppositions, des conflits, et des espoirs
qui existent dans le bassin arachidier. Les paysans, les produc-
teurs sont évidemment les principaux acteurs de cet enjeu, que
1’Etat a repris pendant des années à son compte.
La prise en charge du monde rural par 1’Etat
Depuis l’indépendance, 1’Etat a voulu s’imposer comme le
seul interlocuteur du monde rural. D’inspiration socialiste, le
régime en place a toujours cherché à organiser le monde rural,à
garantir les revenus agricoles, à préserver la sécurité vivrière.
Au-delà de ces objectifs avoués, 1’Etata considéréimplicitement
le monde rural comme étant enretard et doncvoué à des
programmes de dé[Link] autre but visé a été de
chercher à contrôler au maximum les paysans, qui représentent
la base politique sûre et indispensable au parti socialiste, en
s’immisçant dans la vie économique, sociale et politique des
campagnes. Le développement de 1’Etat de et ses administrations
en milieu rural a servi enfin,dèsl’indépendance, de moyen
d’accumulation pour une partie des dirigeants, et a fait vivre un
nombre élevé de fonctionnaires, souvent citadins, représentant
l’autre base sociale et politique du pouvoir (Pourtier, 1990), et
dont aujourd’hui le gouvernement doit licencier une partie.
Cet aspect politique, rarement mis en évidence, explique la
configuration générale dubassinarachidier. Le vote paysan
reste, aujourd’hui encore, le plus sûr moyen pour les socialistes
de se maintenir au pouvoir. En 1988, lors des élections générales,
ce sont les grandes villes qui ont massivement voté pour l’oppo-
sition, les campagnes sont en majoritérestées fidèles au pouvoir
en place. Comme dans de nombreux pays d’Afrique,le parti du
gouvernement est construit de façon pyramidale et s’appuie
dans les départements; dans les villes secondaires, dans les
Communautés Rurales et les villages, sur des personnalités dont
un des buts est de recruter ou,dumoins,d’empêcher les
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desertions. Ce proselytismese retrouve dans toutes les instances
locales et regionales, qu’elles soientadministrations,socibtBs de
d6veloppement’ centres de recherches, services d’aides, r6seaux
de distribution commerciale, coop8ratives de producteurs.
Pl est abusif de penserque les représentants du parti au
pouvoir opBrent dans le seul but de contr6ler la population et de
servir d’antenne locale au parti en questiqn. La grande majorit6
rBpond aussi 3 des motifs politiques ou id6ologiques, ou (et)
adhkre par opportunisme. Le parti au pouvoirpermet ainsi
d’acc6der 2 des postes plus 6levés dans l’administration,d’obte-
nir des marches ou simplement de la consid6ration. Neanmoins,
il est clair que, sans cette structure verticale partout présente et
permanente, l’interventionnisme de 1’Etat s6négalais dans le
monde mral n’aurait eu cette ampleur et ce caractère uniforme.
E9
L’action de l’Etat dans les campagnes du bassin arachidier a
éte rendue possible par la creation d’un organisme public qui,
apr&smoult tentatives, s’est vu confier par le gouvernement,
jusqu’en 1981, la commercialisation des arachides et des
c6r6ales, la reconstitution des stocks semenciers, la vente du
ma%$rielagricole et des engrais, la distribution de l’aidealhen-
taire. E‘Office National de Commercialisation et d’
D6veloppement (ONCAD) garantissait, pour chaque campagne
annuelle, un prix au producteur du kilogramme d’arachides non
d6cortiquees qui a fortement contribu6 B l’extension des terres
cultivbes en arachide, B l’augmentation de la production et, au
stadeultimemaiscapital de I’export
budgetaire de 1’[Link] le meme temps, 1
B acheter les c6rCales locales 21 un prixfk6 annuellementet 2 les
commercialiservers les villes et les r6gions Puralesdeficitaires.
Pour favoriser 1’6coulement étatique de la production, une limi-
tation très dure du commerce prive a BtB menée pendant pr5s de
25 ans, de nombreuses entravesont Bté multipliées pour empêcher
les commerçants d’op6rer dans les campagnes : interdiction du
commerce, contr6le des stocks d6plac6s, répression du non-
respect des prix.
L’ONCAD avaitégalement d’autres fonctions parmi les-
quelles la vente ou le pr8t aux paysans de mat6riel agricole et
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d’engrais, qui contribuaient au bon fonctionnement de l’industrie
sénégalaise de biens de production. La distribution d’aide
alimentaire, du ressort également de I’ONCAD, maintenait la
pression sur un monde rural rendu très dépendant : en cas de
crise vivrière, 1’Etat sénégalais, aux yeux des paysans, devait
intervenir et répondre aux besoins des campagnes (d’où les
rappels incessants du monde rural : << au gouvernementde faire
quelque chose, au Président Senghor, au Président Diouf B).
L’ONCAD n’était pas le seul organisme d’Etat travaillant
dans les campagnes. Le gouvernement sénégalais avait créé des
Sociétés Régionales de Développement Rural (SRDR) chargées,
dans un secteur géographique bien précis, d’y développer un
nouveau type d’agriculture. Dans le bassin arachidier,la Société
de Développement et de Vulgarisation Agricole (SODEVA) a
eu pour fonction, à partir de 1968 (Pélissier, 1972), de faire
adopter par les agriculteurs quelques thèmes techniques légers,
comme le semis ou le sarclage attelé, l’utilisation d’engrais, ou
l’acquisition et l’entretien desemencessélectionnéesd’arachide
et de mil. Pratiquement, dans chaque gros village, jusqu’aux
années 1984-85(Lombard,1992)’un agent techniquerepré-
sentait la SODEVA, formait les agriculteurs, et rendait compte
de l’évolutiondes changements. En matièred’utilisation
d’engrais ou de semences résistantes à la sécheresse, les SRDR
et principalement la SOVEDA diffusaient les résultats de la
recherche agronomique, qui était menée au Centre National de
Recherches Agronomiques (CNRA) de Bambey (au coeur du
bassin arachidier).
Dans les villages, I’ONCAD avait comme interlocuteurs les
coopératives de producteurs,composées principalement des
chefs de famille, et des hommes cultivant une parcelle. Cette
structure, imaginée au lendemain de l’indépendance par le
gouvernement, servait delieuderevendications pour les
producteurs, de lieu de discussions, et surtout de moyen pour
l ’ O N 0 de diffuser et de collecter tout aussi efficacement les
semences et les graines d’arachides. Le rôle du président de la
coopérative était capital et, comme notable et représentant de la
communauté villageoise, il arbitrait les conflits et décidait. Son
appartenance au parti socialiste en faisait également
.-
un artisan
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du prosklytisme :en quelque sorte, il était un maillon de base de
la pyramide politique qui couvrait l’ensemble du pays.
L’intervention de
intrants agricoles ou B la collecte des arachides. Dans tous les
secteurs de la vie êconsmique, il 6tait présent. E’Etat a ainsi
servi de d9 filtre B plus ou moins efficace de la conjoncture
intemationde, ou de ce qu’on appelle les & domées du maché D.
Un systbme de pêrbquations sur le prix de l’arachideachetée au
producteur devait permettre tant bien que mal de protêger ses
revenus. En realité, le decalage, souvent trop important, entre
cours mondial et cours htkrieur a rovoquêdenombreuses
baisses dudit prix (la derni6re en 198 de 98 2 70 francs CFA le
kilo). Un systcme équivalent de pbr6 ations sur le cours du riz
importe a nettement mieux fonction&. Il a surtout permis B
l’Et&par des pr$l&vementssur le prix & I’imp6rtation, de
renflouer son budget tout en maintenant la paix sociale en ville.
Il a moins prafite aux paysans du bassin arachidier,attaches au
mil, mais la diffusion du riz dans les campagnes a dvitê de
graves disettes durant les amBes de sbcheresse, et confort6
”onorniquement les cornergants - Maures et Sén6galais.
Le riz et les autres produits h p s ou fabriqués sur place
ont été diffusés par une SOciêté ionalede DIStribution
(SONADIS) dont les magasins, rec ssables B leurs couleurs
du
drapeau sénégalais, pr6sents jusque dans les sous-
prbfectures et grosses des.
Dans le mQme temps, les
marchéshebdomadaires, initids p u la population (Van Chi-
Bonnardel, 1978), ont ét6 volontairement lhit6s, du moins
jusqu’aux débuts des années 19 want par l l - m h e le
d6veloppement simultané des S
Inspirée par l’expérience due tout-Etat D et, dans une
certaine
mesure, par les êchecs des 25 dernieres annbes, soutenue par le
Fonds Monétaire International (.FMI), et présentee dans le cadre
des Plans d’Ajustement Structurel (BAS), qui se ghéralisent,
simultanément dans toute l’Afriqueau sud du Sahara, une
- 139 -
Nouvelle Politique Agricole ou NPA est lancée par le gouver-
nement sénégalais en 1984 (MDR, 1984). Elle a pourprincipaux
objectifs le désengagement massif de 1’Etat d’une partie des
actions initiées par lui, et corrélativement une << responsa-
bilisation B des paysans appelés producteurs.
Dans le domaine agricole, l’interventionnisme de 1’Etat est
rudement m i s à mal. Les SRDR sont démantelées, et la SODEVA
du bassin arachidier voit ses anciennes attributions disparaître’
et sesagents licenciés. Le CNRA de Bambey ne connaît plus le
même dynamisme que dans les années 70. L’ONCADa été
dissoute en 1981 et la Société Nationale d’Approvisionnement
Rural (SONAR), qui lui succède, ne subsiste que quelques
années.
Le soutien apporté aux campagnesarachidièrespar 1’Etat est
par conséquenttrès limité. Les paysans doiventainsi reconstituer
une partie du capital semencier (60 O00 sur 120 O00 tonnes
environ). Ils s’approvisionnent désormais en semences, en
engrais et en matériel agricole sur les marchés hebdomadaires.
Enfin, la garantie de commercialisation connaît des hauts et des
bas : l’Office de Commercialisation ayant disparu, la Société
Nationale de Commercialisation des Oléagineuxdu Sénégal
(SONACOS), dont la principale usine de transformation est
située à Dakar, finance les coopératives, et de plus en plus des
commerçants et transporteurs de la place appelés Opérateurs
Privés du Sénégal(OPS).Paradoxalement,alorsque la
SONACOS abandonneles coopératives lorsqu’elles ne rembour-
sent pas oumal les crédits de campagne,l’Etat, qui est le
principal actionnaire de la SONACOS, garde le contrôle du
commerce de l’arachide.
Le commerce des céréales locales est déclaré libre de toute
contrainte : liberté de transport, liberté d’achat et de vente dans
n’importe quelle partie du territoire, à n’importe quelle époque
de l’année, et à n’importe quel(s) client(s). Les interventions de
l’Etat, par le biais du Commissariat à la Sécurité Alimentaire
(CSA), doivent faire respecter un prix-plancher enachetant sur
les marchés lors de fortes récoltes ou enrevendant lors de
pénuries. Dans la pratique, comme souvent auparavant, l’orga-
nisme officiel est quasiment absent, et laisse la place aux
commerçants habitués et habituels. De son côté, le CSA est
- 140 -
occup6 B gerer les maigres stocks achet6s au Sédgal, ou i
1’6tranger depuis peu (Lombard, 1990), et l’aide alimentaire.
D’autres pans de l’iconomie gkkgalaise sont touch6s par le
d6senngagement. Le commerce d’Etat est en dicr6pihde9 les
SONmIS periclitent A cause de leurs propres errements et
devant les performances du. commerce prive. Les marches
hebdomadaires deviennent le lieu privilégi6 du commerce dans
le bassin aachidier.
Enfin, la dislocation de l’B16ment-clé du pouvoir dans les
campagnes - les coop6ratives - accompagne aussi les change-
ments [Link] r6fome est prevue dans la
doivent devenir des coopCratives de producteurs regroupant une
sous-sectionpar village. Dans la réaliti, elles ne servent souvent
plus qu’2 commercialiser l’arachide, et B distribuerles semences.
Leur r6le est donc trbs riduit, quand il ne disparazt pas complste-
ment devant la multiplication des ventes N sauvages B aux
commerpnts (comme en 1984) et, depuis peu, devant l’emprise
des OPS dans les campagnes.
Face ii cet Etat omniprisent, les agriculteurs ont souvent CtC
d6crits comme passi$, inorganis&s, et peuperformants. La
simplification B I’extrrCme du nombre d’acteurs pxesents dans la
bassin arachidier et la limitation de leurs pouvoirs et savoirs ont
éte voulus, onle sait, par 1’Etat s6nCgalais. Derribrece terne de
paysans par trop uni€ome, et pratique pour I’Etat autant que
pour les organisations internationales ou mbme les chercheurs,
existe une cattgorie d’acteurs dominante dans le bassin arachi-
dier, représentant différentes ethnies, fortement hiQarchis$e,
dont les htérCts peuvent Ctre contradictoires, parfois mCme
favorables i 19Etatou 2 d’autres groupes socio-économiques.
Notre étude, men6e en 1989 et 1998, sur l’impact des 6changes
de céréales sur les pratiques de production et de consommation
des paysans serer du vieux pays et des Terres Neuves, aCvBle,
non seulement un des enjeux majeurs auxquels est confiont6 le
monde rural - la sCcurité alimentaire - mais aussi les écarts qui
existent entre paysans et la hi6rarchisation trks vivace entre
exploitations agro-pastorales du bassin arachidier.
- 141 -
Les types d’exploitations
Dans les campagnes serer, nous avons repéré trois types
majeurs d’exploitations : les exploitations en déficit céréalier et
monétaire ;celles en équilibre ;et celles en excédent. Dans les
Terres Neuves, nous avons ajouté deux autres catégories : les
exploitations à la recherche d’un équilibre cér6alier et mon6taire’
et celles fortement excédentaires. Il a semblé particulièrement
intéressant et nécessaire d’extrapoler cette typologie à l’ensemble
du bassin arachidier. Quelques caractéristiques sont en effet
communes aux exploitations serer et wolof (majoritaires à
l’ouest), toucouleur et mandingue (deux ethnies très présentes à
l’est etdans les Terres Neuves auxcôtés des Wolofet des Serer).
Dans l’ensemble des exploitations du bassin arachidier,le chef
d’exploitation - ils sont parfois plusieurs dans une unité de
résidence - décide du programme de cultures pour toutes les
terres attribuées dans l’[Link] général, on trouve deux
champs collectifs, l’un cultivé en céréales (mil, ou maïs chez les
Mandingue) et l’autre en arachide, dont le produit ou la vente du
produit va au chef d’exploitation. Les parcelles individuelles,
distribuées à tous les actifs (femmes mariées comprises) sont
plantées d’arachides, qui restent un produit personnel ; rares
sont les parcelles individuelles de céréales : seuls les frères
mariés, les fils, et parfois les premières épouses en disposent,
sans qu’automatiquement le produit neleur revienne. L’utilisa-
tion du matériel agricole respecte le même ordre que l’attribution
des parcelles individuelles de céréales. Dans ces exploitations,
les troupeaux de bovins et de petits ruminants sont très présents,
souvent collectifs et possédés par les chefs d’exploitation. Les
femmes mariées jouent cependant un rôle important dans la
possession des petits ruminants.
La nécessité d’extrapoler s’appuie sur quelques faits inhérents
au bassin arachidier. Toutes les paysanneries de cette région
connaissent la monoculture d’arachidedepuis près d’un siècle,
même si dans le nord autour de Louga elle ne rapporte plus
guère aujourd’hui. L’économie rurale est ainsi fortement moné-
taire. D’autre part, la hiérarchie très fortequi existe entre exploi-.
tations, entre familles, abusivement présentée comme étant la
conséquence du modernisme, a toujours existé. Il nous semble
- 142 -
-
enfin qu’un dernier fait - ou peut-Qtrepremier influe sur les
paysanneries : la << civilisation s de la ville, de la migration, de
l’blargissement des espaces de vie, rnodble les comportementset
constitue une r6f6rence importante en milieu m a l . Les conse-
quences sont une certahe uniformisation des modes de vie, des
agricultures il travers le bassin arachidier, ainsi que la g6n6ra-
lisation d’un type de divages socio-6csnomiques 3 l’ensemble
des exploitations.
E’6lqissement des aires de vie et de travail, la place ocapBe
par les rt%6rencesurbaines, quicosnncewent aussi bien les h o m e s
que les femmes, les jeunes que les plus
remise en cause de la notion d’e
pourtant pivot de notre travail, a d6ji subi la critique lors de
I’hstdllation au SBn6gal Oriental, 2 partir de 1972, de colons
serer, sur la base d’une exploitationoutill$e, p o u m e en terres
et codibe i me famille de type europ6en. %.es travaux r6cents
d’A. Lericollais et de G. Ponti6 (1991), men& en pays serer,
confiment que l’exploitation ou cuisine doit Ctre
uneunit6 de résidence, et également dans les
es maternels et paternels auxquels appartiement les
nts membres de ladite cuisine. C’est ahsi que le chef
unitê de r6sielenca ou concession, situde n’importe oia
dans 19espacasCnegdais, est sous la d6pendmce d’un chef de
lignage paternel, qui peut htewenir dans le fonctionnement et la
composition de %aconcession et, a fortiori, d’une des cuisines.
* ans le cas qui nous intkresse, 2 savoir la s~curit6dimentaire
dans le bassin arachidier, il est rimordid de savoir que ce chef
en questionpeutmobiliser les c6redes ou les rbsemes
msnCtakes de plusieurs conce $dentairespour soutenk
- par des envois, quelle que soit la distance - une concession
dtmunie. Ceci est vrai pour le pays serw, mais les $changes -
sont tout aussi nombreux chez les
ion repose en fait sur son effective
existence dans les campagnes. Le chef d’exploitation a de réels
re de culture, de gestion des stocks familiaux
sein d’une concession, les frontihresinvisibles
sont cependant souventtrmsgtes%6es, sous la fome par exemple
d’aides diverses. Depuis 1984, les entretiens que nous avons
- 143 -
menés ont toujours privilégié l’équilibre entre le soi-disant
rationnel -l’exploitation- et lespratiques diversesdes personnes
interrogées. Nous avons ainsi tenu compte, dans les question-
naires relatifs aux problèmes de circulation des céréales et de
l’argent, des échanges entre exploitations, et de tout ce qui fait
qu’une exploitation de type europBen est intégrée dansun
système complexe de relations.
Les pratiques de production et de consommation
Les exploitations déficitaires se caractérisent d’abord par de
faibles superficies, cultivées sans l’aide de matériel agricole
propre. Le seul champ de céréales a une superficie toujours
supérieure à celle du champ d’arachides, dans le but d’assurer
autant que possible la sécurité alimentaire. Le chef d’exploitation
ne dispose pas de bovins, et les petits bétails, quand ils existent,
appartiennent aux femmes. Les ressources monétaires provien-
nent de la vente de l’arachide, dontla production reste de ce fait
indispensable. Eneffet, la sécurité alimentaire existe-t-elle
vraiment si le paysan ne dispose d’aucun revenu,aussi petit soit-
il, qui lui permette d’engager des dépenses incompressibles? Le
complément est généralement apporté par la pratique au village
par le chef d’exploitation d’unpetit << boulot comme le ramas-
sage et la vente de foin ou de bois mort. La concurrencepour le
travail aléatoire étant sévère dans les villages, la migration
temporaire du chef enville - le plus souvent à Dakar - est aussi
une solution dans les petites exploitationshabitées parun couple
et de jeunes enfants. La vente de mil et l’emprunt - en nature et
en argent - constituent en outre deux palliatifs très utilisés en
dernier recours,qui fragilisent fortement l’exploitation ainsi
débitrice.
Les exploitations du deuxième type connaissent un relatif
équilibre. Le rapport mil/arachide est proche de 1, et on trouve
dans certaines exploitations quelques parcelles attribuées aux
dépendants. Le matériel agricole existe, même s’il n’est constitué
que d’un semoir et d’une houe, et le chef peut engraisser une
partie de ses terres avec quelques bovins qu’il possède. Les
revenus proviennent en majorité de la culture de l’arachide, et
un peu de la vente de bétail (souvent les petits ruminants). Les
ventes de mil sont rares,tout comme la migration temporaire du
- 144 -
ploitation. LecomplCment est en fait assure par la
pratique d’activitdsde saison sbcherdmunCratrices, comme
l’embouche ou un petit commerce. Il y a moins d’emprunts.
Les dCcalages visibles apparaissent entre les exploitations
dklicitaires et celles qui sont excddentaires. Dans les secondes,
on note une domination de l’arachide dans le terroir, consbquence
directe de la grande disponibilite en terres. Presque tous les
dependants cultivent de ce fait une parcelle en cCrCales, et
profitent d’un matCrielagricole surreprdsente. Le troupeau bovin
depasse souvent 10 tetes. Les rentrées monétaires sont Cgalement
variées et multiples, en particulier 1%où il y a beaucoup d’actifs.
L’arachide mais aussi de gosses ventes demil de la part du chef
rapportent$[Link] gros exploitants sont aussi les
preteurs, qui vivent des remboursements de pr6ts. Une difference
fondamentale distingueces exploitations desautres : l’embouche
des bovins est entreprise de f a p n rCgulibre et avec serieu
rnQme, nombre de dependants migrent temporairement ou
exercent aussi une seconde activit6 au village, dont le rapport
contribue faire vivre en permanence la famille.
Il existe beaucoup d’exploitations h la recherche d’un
Cquilibre, et que nous situons entre les deux premiers types : les
chefs disposentainsi de bovins, donc d’un peu plus de ressources
que dans les exploitations d$ficitaires, mais privil6gient, malgr6
tout, les cCrCaPes dans les cultures. Nous avons rencomtrC aux
Terres Neuves un autre type d’exploitations tri% particulières,
avec a leur tete des paysans très ais& Ils disposent de 20 ou
30 hectares de terres dont les deux tiers sont emblaves en
arachide, cultivent avec plusieurs paires deboeufss, utilisent
quand ils en trouvent de l’engrais, emploient 4 ou 5 saisonniers,
ont un troupeau d’au moins 50 bovins, pratiquent massivement
l’embouche (10B 12par saison), sont gros pr6teurs (appel6aussi
<< patron >>),épargnent sur un compte en banque, et envisagent
en permanence de multiples grojets, comme l’ouverture d’une
boutique sur le 4< goudron N,l’achat d’un taxi ou d’un moulin B
mil. Enfin, ils investissent dans l’immobilier en ville ou dans
leur pays natal. Ce type de producteurs est rare dans les vieux
pays serer et wolofde l’ouest du bassin arachidier, où la pression
dCmographique est forte et la disponibilite en terres faible. De
- 145 -
tels domaines existent cependant et appartiennent souvent à des
commerçants.
Les producteurs et le marché des céréales
Cette hiérarchie économique, réelle dans les campagnes du
bassin arachidier, garde un aspect un peu trop figé. Elle n’est
véritablement intéressanteque si elle permet d’entrevoir pourquoi
telle ou telle exploitation, auparavant en relatif équilibre, se
retrouve déficitaire?ou bien de connaître les moyens pour elle
d’être excédentaire.
Les agriculteurs-chefs d’une exploitation déficitaire subissent
complètement les variations du marchC des céréales. En règle
générale, ils vendent leurs céréales à bas prix au moment de la
récolte, et la plupart du temps sont contraints de racheter en
saison sèche à prix fort. Ils entretiennentainsi fortement le cycle
ventes-achats et donc emprunts, et contribuent à faire varier
dans le temps les prix des céréales. Localement? ils restent très
attachés à un lieu unique de transactions - village même ou (et)
marché hebdomadaireproche. En aucune façonou rarement, ils
ne jouent sur la concurrence entre acheteurs?entre vendeurs, qui
s’opère d’un marché à l’autre.
Certaines conditions, extrêmement favorables, peuvent leur
permettre d’entrevoir un relatifé[Link] en sera-t-il d’un
bon niveaude récoltes à la fois des céréales et des arachides. La
vente des arachides évitera se dedélester de beaucoup de céréales
et éventuellement de rembourser un emprunt ou deux. L‘achat
de céréales sera minime. Pour que cet équilibre perdure, il faut
que le niveau des récoltes soit stable durant plusieurs années, ce
qui n’est pas évident dans le centre du bassin arachidier - Sine,
Baol - et encore moins dans le nord - Cayor. Uneautre condition
indispensable est la disponibilité permanente en sources de
rentrées monétaires autres que celles de l’arachide : petit bétail
essentiellement. Onmesure bien combien cet équilibre est
précaire et soumis aux aléas de la production ou de la pression
démographique, et aux << coups durs >>.
Les paysans qui dirigent une exploitation en équilibre
disposent d’assezde revenus au moment de récolte la pour éviter
de vendre leurs céréales. A cette période de l’année, ce n’est pas
l’arachide qui leur en fournit, mais le petit bétail ou une activité
- 146 -
annexe. Vendre OUne pas vendre A la rkolte est revélateur de la
capacité d’un agriculteur 5 mobiliser des revenus pour passer la
soudure. Neanmoins, les mCmes paysans feront pression sur le
marche des cCr6ales en fin de saison sbche, car ils ne disposent
pas d’assez de rCserves et doiventacheter.
n’empruntent pas, ils contribuent eux aussi h faire varier B la
hausse le prix des c6r6ales.
Ceux de la demihre catbgorie achbtent plus rarement des
cQCales. Par contre, bien souvent ils vendent leurs cér6ales9 pas
spécialement B la r6celte, mais en cours de saison sbche peur se
procurer des rentrees monktaires. Le mil devient alors une
véritable culture de rente. Ceux qui spéculent iront éventuel-
lement se mêler aux cornergants qui achbtent h la recslte et
revendent 5 la soudure. Ceux-18 profitent des difficultks des
autres et sont Bgalement responsables de la trop forte variation
inter-saisonni5redes prix. Plus ces agriculteurs sont riches, plus
ils jouent le r81e de prCteurs, fondamentalen periode de soudure.
Les prêts de cCr6ales sont fiequents (en moyenne une gerbe
contre deux au remboursement), et ne sontpas rares les charrettes
qui, 8 la recolte, filent directement du champ du debiteuus au
grenier du créancier. En prgtant plutbt qu’en vendant, 8 une
pCriode 06 le mil est rare et cher, ce dernier y gagne et fait
perdurer il sa f a ~ o nle cycle dt5ficit-empmnt. bien connu des
paysans démunis.
L’encadrement depuis I’indCpendance des paysans par 1’Etat
obsre en fait d’autresenjeux,d’autres acteurs dans le cadre
d’une approche trop simpliste, et pourtant bien souvent reprise
par les organismes internationaux et les chercheurs obnubiles
par la << crise Y.L’enchaînement fatal, pour les paysans confion-
tes B ces crises, serait de migier, sans possibilitks d’alternatives
ou d’initiatives locales. On connaît las exc5s midrabilistes que
la diffusion d’une telle image dans les sociCtCs europeennes peut
susciter.
Prendre en compte toutes les facettes de l’avenir du bassin
arachidier et de la problématique s6curit6 alimentaire revient h
- 147 -
se poser la question suivante : quels sont les autres acteurs,
présents dans le bassin arachidier qui, autant que les producteurs,
défendent leurs intérêts et parfois se heurtent B l’ingérence de
1’Etat ou d’autres groupes ? Les commerçants constituent un
élément essentiel de l’organisation des relations sociales et
économiques au sein du bassin arachidier:par exemple, pendant
toute la période de pression de I’Etat, ils acheminaient déjà les
céréales locales vers les villes. Les musulmans mourides, dont
le pôle géographique majeurest Touba, au coeur du bassin
arachidier, contribuent également par leurs activités à structurer
les rapports politiques, sociaux et économiques d’unepartie du
monde [Link] est même parfoisdifficile de scinder les réseaux
proprement commerçantsdes réseaux mourides, en pays wolof
notamment mais aussi dans les Terres Neuves au-del& de
Kaolack. On inclura parmi les acteurs au rôle prépondérant les
Organisations Non Gouvernementales (ONG), du Nord comme
du Sud, dont les projets concernent dans beaucoup de cas le
problème de la sécurité alimentaire des ruraux.
Ces trois types d’acteurs se caractérisent par une hiérarchie
très forte : sociale, économique et politique. Certains parmi eux
ont ainsi été reconnus par 1’Etatcomme interlocuteurs de
l’administration et sesontfait octroyer des marchés, des
avantages, une position sociale dominante. L’Etat, en fait, n’a
jamais pu nier ces acteurs, présents avant l’indépendance dans
les villages, les Cercles et les villes, et a plutôt composé avec
eux quand cela l’arrangeait. Tout l’intérêtréside dans la mise en
évidence des relations particulières tissées entre Etat et acteurs
ruraux, ainsi que des faveurs accordées à tel ou tel groupe ou
personnes, qui par la suite expliquent bien des positions domi-
nantes, la configuration de circuits commerciaux, la géographie
des dépendances.
Ces trois exemples ne recouvrent pas non plus la totalité de
la réalité vécue. Ils traduisent néanmoins des préoccupations
majeures et des fonctions que1’Etata voulu plus ou moins
directement s’octroyer dès l’indépendance : la prise en charge
de l’économie et des échanges ; le souhait de changer et de
<< développer >) les façons de faire des ruraux ;l’initiation, dans
un grand mouvement libérateur,des paysans au socialisme laïc.
La sécurité alimentaire du StnCgal est indissociable du r8le
et de l’action c o ~ ~ ~ ~ ~c’est
r ~ [Link] s~ . U qu’elle
X se fera,
et non contre eux ou sans em. Leurs produits de prCdilection,
dans le bassin arachidier, sont les cér6ales tantlocales qu’impor-
tées, l’arachide et les biens de consommation, manufactures 21
Dakar ou d’origine ttrangkre. Ori retrouve souvent la combi-
naison cCréales locales/arachi$e, distimcte de celle associant riz
importe et produits manufacturés. Certains ajoutentii ce dernier
cornerce l’xachide, mais rares sont ceux qui melentles c6r6ales
locales au riz ou aux produits manufactures. Ces distinctions
sont avant tout fonction du degré de rentabilité de la fili&rey
variable dans le temps, et surtout d’une forte hiCrarchie entre
comer$mts.
Pour les cCréales locales (mil2 maïsessentiellement), on
distingue les demi-grossistes tr&sprésents dans les marches
hebdomadaires. Ils utilisent souvent les services des gros produc-
teurs et de<< rabatteurs B (Yung, 1984)’transportent leurs exgai-
sons en charrette ou louent & plusieurs un camion. Leur aire de
collecte estune zone de production 2 partir de laquelle ils
icoulent vers un lieu de groupage (grosse bourgade sur le
<< goudron B).Ils cornercent aussi entre zones de production
proches, profitant des variations de prix d’un marche B l’autre.
Les grossistes 6voluent 5 une autre échelle. Souvent seuls
propriétaires d’un camion, ils tcoulent la marchandised’un
centre groupeur vers un centre de stockage et de redistribution
(dans le bassin arachidier, Touba et h o l
aussi fortement entre régions déficitaires et
le dépirissement progressif des coop6ratives mrdes de produc-
teurs, on retrouve ces grossistes dans le coppppplerce de l’arachide.
Pour Ctre agré6 OPS, il faut disposer sur un compte en banque
d’aumoins 3 millions de francs CFA, Qtre proprietaire de
bascules (pour le pesage), Ctre capable d’employerdans plusieurs
villages i la fois du personnel (les peseurs), et posséder des
camions (ou en louer) pour l’éco~[Link] grossistes sont
également tri% impliqués d a s le commerce du riz importé, et
peuvent distribuer au moins 18 tonnes ii la fois (la charge d’un
- 149 -
petit camion). Jusque dans les plus petites bourgades, ils
dominent aussi le commerce d’épicerie et de quincaillerie.
L’implication de 1’Etat dans le commerce s’est faite depuis
1,indépendance dans l’oubli des principaux protagonistes. La
volonté d’organiser le commerce ,dansle bassin arachidier s’est
traduite par la création des SONADIS et la mainmise par
I’ONCAD sur les campagnes de commercialisation des ara-
chides. Le réseau SONADIS,en dehors des routes bitumées et
des grandes pistes, ne couvrait qu’imparfaitement le territoire
(Fig. 2), alors même que le tissu commercial local,bien
qu’entravé, était très présent et très actif. L‘idée de << quotas >>,
attribués aux commerçants pour l’écoulement du riz importé
dans l’intérieur du pays, a bien montré à quel point 1’Etat ne
pouvait complètement contrôler et organiser le commerce rural
ni même l’oublier dans une politique de développement.
Cette contradiction est levée aujourd’hui à l’heure de la
reconnaissance du rôle des commerçants privés. L’Etat a presque
disparu du commerce des céréales locales. Le CSA continue
d’acheter dans les régions mil et maïs, mais seulement à la
<< porte D des magasins d’Etatsitués sur les grands axes (Fig. 2).
Cette structure d’achats, désormais extrêmement légère, incite
peu les paysans à venir vendre, seuls les gros producteurs qui en
ont les moyens peuvent affréter des charrettes ou même untaxi
et profiter selon la saison des prix du CSA. Cesont les mêmes,
ainsi que les citadins des villes et grosses bourgades où sont
situés les magasins, qui rachètent en fin de saison sèche les
céréales ainsi stockées. Le paradoxe a été poussé à l’extrême en
1990, lorsque le CSA a vendu6 O00 tonnes de mil malien dans
ses magasins, se détournant ainsi totalement de sa fonction
initiale, qui est d’éviter la spéculation en achetant
et en revendant,
à un prix garanti et au moment opportun, les céréales locales.
Le retrait de 1’Etatsur ses magasins laisse la place libre aux
commerçants désireux d’écouler les céréales locales. Ils le font
imparfaitement, le commerce en question n’étant pas ou peu
rémunérateur. Le marché est pourtant gigantesque : l’approvi-
sionnement des villes est en question. Elles grandissent rapide-
ment et l’afflux de céréales se fait d’abord‘par le biais des
échanges intra-familiaux entre villes et campagnes. Pourquoi,
en définitive,les commerçants s’inséreraient-ilsdans un marché
- 150 -
Figure 2 : Rkpartition des magasins S~nadiset des magasins
@.S.A. sur le territoire sbnkgalais
- 151 -
déjà très concurrencé ? Ils ne pourront le faire que s’ils y sont
incités et y trouvent intérêt. L’Etat ainsi que les organisations
internationales ont négligé de passerpar les commerçants pour
vulgariser leurs politiques. L’aspectinstitutionnel du commerce
a été favorisé par la création d’offices céréaliers, debanques de
céréales, véritables organismes plaqués sur la réalité.La politique
du << tout-Etat )> a de plus contribué à renforcer, sans les créer,
les pouvoirs des spéculateurs et des usuriers-commerçants,
pourtant habituels dans les campagnes, et contre lesquels les
mêmes intervenants (Etat et organisations internationales) se
sont régulièrement élevés.
Aujourd’hui, le désengagement de 1’Etat du commerce de
céréales locales passe par la création de structures de crédits
adaptées aux besoins des commerçants pour l’achat,le stockage
et l’acheminement. Ceux-là se disent prêts à écouler de façon
régulière des céréales entre zones de production et zones de
consommation, ainsi qu’entre zones excédentaireset déficitaires,
s’ils disposent des fonds pour acheter et transporter. Cetype de
crédits peut également être synonyme de garantie d’achat aux
producteurs, et attirer en particulier les gros agriculteurs.
L’exempleducommercedu riz importé montre combien
pour, à la fois répondre à une demandeintérieure, l’entretenir, et
parfois renforcer des rentes de situation, l’Etat, les banques ont
favorisé avec succès le développement des << quotataires >) dans
tout le pays (en 1982, plusde500 selon Andersen-Gueye,
1982). Les importations officielles sont ainsi passées entre 1960
et 1984 de 100 O00 à près de 350 O00 tonnes par an (CCCE,
1985). L’attribution des quotas était en fait déjà une forme de
libéralisation déguisée. Une partie ducommercede riz est
aujourd’hui complètement libre de tous quotas : les commer-
çants, souvent très puissants et influents, etoccupés à différentes
activités commerciales, sont chargés de toute la filière, de la
négociation de l’importation jusqu’à sa réception et à sa distri-
bution. Cette libéralisation était, dans le contexte international
d’ouverture totaledes économies, d’autant plus prévisible qu’aux
frontières, la contrebande sur le riz, en provenance de Gambie,
de Guinéeet de Mauritanie, s’est fortement développée, princi-
palement entre 1986 et1989. La politique de 1’Etat s’est même
révélée en la matière complètement paradoxale,la lutte contre la
- 152 -
contrebande allant i l’encontre de commerces bien Ctablis, de
rentes de situations confortables pour des commerGants et des
fonctionnaires au plus haut niveau de la hiCrarchie.
On se rend d’autant pluscompte a~jourd~hui de la divergence
entre les intir& cornerciaux et financiers des diE6rents acteurs,
que les OP% remplacent les cooptratives dans la corner-
cialisation des arachides. IL‘Etat, en attribuant les autorisations,
renforce eertains groupes socio-tcononmniques- des commerpnts,
des transporteurs, des personnes influentes - au dttrhent des
presidents de coopératives, anciennementstabilisateurs dans les
campagnes et pourvoyeurs de voix lors des tlections.
la reconnaissance d’une multitude d’intervenants ne sert pas
automatiquement l’Et& et le parti au pouvoir. Il n’est pas sûr
non plus que les producteurs s’en tirent h bon compte : des
garde-fous doivent 6tre trouvés pour &viter, par exemple, que les
crédits octroy6s aux OPS pour les campagnes servent d9abordet
avant tout leurs inter&.
Le commerce des etrtales dans le bassin arachidier est en
partie oriente B partir de Touba. La ville des s4ride.9 est un des
centres majeurs de stoekage des cBrBales en provenance et 5
destination de toutes les regions du bassin arachidier, et m6me
du Senkgal dans son entier. Cette situation est en partie le
rCsultat de la superposition spatiale et structurelle des rkseaux
sur les rkseaux de csmrnerqmts, woZof notamment.
Touba, capitale mouride, SC trouve la tete composke d’une
de cheikhs ou marabouts, et organiste de f a p n tri%
hitrarchique selon le degr6 de parente avec le fondateur de la
confrtrie et ]la puissance Bconomique. Ces distinctions se
traduisent par une structuration de 19espacebien particulibre : h
proximit6 du centre, c’est-&dire de la grande mosqube et du
tombeau du fondateur, le Khalife gtntral des
autres descendants directs de Cheikh Amadou Bamba,et au fur
et 6 mesure qu’on s’en éloigne, des descendants moins directs,
et des marabouts sans aucun lien de parente.
Dans le bassin arachidier principalement, des paysans, gros
producteurs ou non, des fonctionnaires, des marabouts de
moindre envergure et surtout des commerqants constituent le
- 153 -
corps des réseaux mourides. Non seulement ils sont très présents
en milieu rural, dans les villages, mais également dans les
petites villes, dans les capitalesrégionales et même à Dakar. Les
commerçants, par leséchangesqu’ils organisent, par les
déplacements qu’ils sont amenés5 faire, par leur plus ou moins
grande puissance financière?sont en quelque sorte des propa-
gateurs dumouridisme,non pas dansle sens d’un certain
prosélytisme plutôt réservé aux marabouts, mais bien dans une
perspective économique : ils font ainsi remonter vers Touba les
produits du bassin arachidier, principalement les céréales et,
selon les années, les arachides, mais également des produits
manufacturés en provenance de Dakar ou des pays proches et
entrés en fraude au Sénégal. Touba est aussi un point de
redistributionsur l’ensemble du Sénégal, du Fleuve à la
Casamance, en passant parle Sénégal Oriental.
Ce contrôle des Mourides, sur une partie du commerceet des
activités économiques, enrichit considérablementles plus hauts
dignitaires, renforce considérablement leur pouvoir sur le
<< peuple D des fidèles, et leur permet d’interférer dans la
politique sénégalaise. Cette influence est difficile à mettre en
évidence :la hiérarchie mouride a en effet un rapport declientèle
avec une partie des hauts fonctionnaires et des ministres, qui
souvent ont connu les maraboutsmourides pendant leur enfance
lors de l’éducation coranique, et cette relation privilégiée mais
parfois contraignante se poursuit bien souvent toute la vie,
surtout si la personne accède à de hautes responsabilités dans
1’Etat sénégalais. Les actes d’allégeance des autorités gouver-
nementales sont visibles et réguliers. Le président Abdou Diouf,
en personne, rend chaque année visite au chef de la confrérie, et
-
nombreux sont les prétextes fêtes musulmanes, Magal- aux
visites des représentants du parti au pouvoir, mais aussi des
autres partis politiques.
Les élections générales de 1988 ont fourni un bon exemple
de la nécessité, si ce n’est de l’obligation, pour les partis de se
ménager le pouvoir mouride. AbdouDiouf est ainsi venu
rencontrer le Khalife général et lui renouveler sa confiance ;
dans le même temps, son principal opposant a cherché également
9 mettre de son côté une partiedes Mourides en privilégiant les
relations avec un autre haut dignitaire mouride descendant du
- 154 -
fondateur. En definitive, le Khalife g6nBral en contrepartie de
garanties ultérieures, a a conseille D aux fidBles mourides de
voter pour Abdou Diouf et son parti, mais il reste que le vste
ruozu-ide n’est pas stable comme peut l’Qtredans d’autres pays le
vote d’un groupe particulier de la population.
Les relations entre pouvoir et hierarehie mouride sont en fait
variables selon les périodes. Quand la politique de 1’Etit et les
intérets des marabouts convergeni, les uns et les autres s’enten-
dent et ne se gbnent pas. Quand ils divergent, les marabouts
développent leur propre politique dans le domaine Ccsnomique
en particulier, dont les conséquences se ressentent dans tout le
bassin arachidier. finsi, en 1984-85(Bsnnefond-Couty, 1988)’
ce sont des dizaines et mbme des centaines de milliers de tonnes
d’arachides quiont été évacuéesvers Touba par les commerqants
et les transporteurs, et nsn pas directement vers les huileries.
Les marabouts, qui achetaient ferme et offraient plus cher que
I’Etat, ont ainsi compl8tement d6tourn6 le commerce, et ont
revendu au Mali, en Gambie, et mQmeaux huileries sénegalaises
A un prix que le gouvernement refusait officiellement.
urides sont avant tout portes sur le commerce sous
toutes ses formes. Leur poids 6conomique n’en est que plus
renforc6. Aucunh o m e politique ne peut les contourner, moins
en raison de l’importance du vote mouride, que des pressions
exercees et des avantages que lui-m$me peut en retirer. Les
Mourides n’ont cependant pas d’influence decisive sur
l’évolutionde l’agriculture du bassinarachidier, ni sur l’approvi-
sionnement massif des campagnes en materiel de culture et en
engrais. 11 n’y a pas de filiBre proprement rnsuride concernant
ces produits, alors qu’ils ont presque disparudes rnarch6s ruraux.
Leurs interventions sont remarquables lorsqu’ils prennent en
charge et encadrent, mat6riellcment et spirituellement, des
paysans qui s’installent dans de nouveaux terrsirs, comme c’est
le cas depuis un si&&et endore actuellement, dans les Terres
Neuves 6 l’est du bassin arachidier. L’allégeance au marabout
est alors totale, la dependance quasi-compl8te : les crédits sont
possibles, ainsi que la distribution de vivres. Leur action est
cependant nettement moinspoussée dans les vieu
autres que wolof, chez les Serer du Sine par exemple, dont la
fidélite se traduit plus par des envois de vivres et d’argent et des
- 155 -
visites au marabout,que par une redistribution de sa part ou une
participation au développement du village (case de santé par
exemple).
Du pouvoir dans les ONG
La sécurité alimentaire dans le monde rural est un problème
largement repris par d’autres intervenants - des associations,
des ONG,des Eglises - très liés aux pays occidentaux et aux
images qu’on y diffuse. L’idée d’un milieu rural souvent en
proie à de graves disettes et dépendant des commerçants pour
son approvisionnement enproduits de base a favorisé le dévelop-
pement de projets multiples, dont le but est justement l’organi-
sation des paysans pour atteindre la sécurité alimentaire et
diminuer la dépendancevis-à-vis d’autres acteurs économiques.
La très forte présence des ONG dans le bassin arachidier est
en quelque sorte une réponse à la politique du << tout-Etat B qui
s’est traduite par la prolifération d’autres interlocuteurs que les
paysans ou les commerçants. Les relations entre Etat et ONG
ont parfois été conflictuelles. La place de plus en plus grande
occupée par les organisations dans la résolutionde certains
problèmes dumonde rural (et urbain) meten lumière les
insuffisances de l’administrationgouvernementale. Deplus, les
ONG permettent à des paysans, à des instituteurs, à des infir-
miers - hommes ou femmes- de prendre de nouvelles respon-
sabilités et de devenir, malgré tout, des interlocuteurs indis-
pensables.
Les ONG interviennent la plupart du tempssous la forme de
projets précis, localisés dans l’espace sur un quartier, unvillage,
un groupe de villages, ou même développés à l’échelle de
plusieurs centainesde kilomètres carré[Link] sont souventfinancés
de l’extérieur, c’est-à-direà partir des pays européens, enfonction
de besoins définis par 15ntermédiaire de comités locaux. Les
zones concernées, les gens qui yhabitent, les catégories de
personnes visées- paysans, femmes, etc. - sont toujourspreneurs
des projets et de fonds, dont ils peuvent a priori pleinement
profiter. Du matériel agricole et des vivres de soudure sont ainsi
distribués ou vendus à crédit. C’est l’occasion aussi d’investis-
sements et d’équipements plus lourds (cases de santé, puits,
forages, etc.) qui visent à améliorer les conditions de vie dans
- 156 -
des domaines très sensibles. Enfin, c’est unepossibilité pour les
ruraux d’accroître leurs revenuspen particulier par le biais de
projets agricoles (maraîchage,vergers, poulaillers par exemple).
L’image du projet salvateurest rarement pr6sentedans l’esprit
des personnes concernees. Véhiculee dans les pays riches, elle
est trompeuse et montre bien souvent et uniquement le progrès
apporté. Pour les ruraux, ce n’est jamais considerd comme un
projet-miracle. C’est en fait une action pami d’autres, entreprise
de l’extérieur, avec son pourcentage de réussite mais aussi un
risque d’kchec. Il est juge au m&me titre que l’action d’une
soci&B de vulgarisation. L’exemple de la sant6 est B cet 6gard
trBs parlant. Les soins octroyes sur le modèleoccidental, la
médecine dite moderne sont souvent prBsent6s comme étant la
panac6e pour lrCsoudre les problèmes au demeurant
santé publique. Vu par les rurau
française >> ou << B l’américaine 1) n’
parmi d’autres pour sesoigner ou se prémunir. D’autres
possibilitesexistent,toutesaussiimportantes,telles que
l’infirmier du dispensaire, le sorcier ou la matrone, le médecin
d’un projet ou d’un institut de recherche. Pour tel ou tel
problbrne, onchoisira telle ou telle solution, en fonction du csilt,
de la rBputation des soignants, de la gravit6 de la maladie ou de
la blessure. En aucun cas une solution ne sera dkfinitivement
BcartCe.
Les projets d’ONG se multiplient dans le bassin arachidier,
mais aussi dans d’autres régions du SénBgal, en particulier sur le
Fleuve (avec l’apport des Cmigres en France et des personnes de
retour). Ced6veloppement des projets couvre l’ensemble du
territoire de faqon inégale. Des villages et des secteurs entiers
sont concernés par d’innombrables projets, p
ments inexistants danscertaines zones.
Oriental, pendant de nombreuses anndes et souvent dans les
rnQmesvillages se sont conjugués les interventions des Volon-
taires du Progrès dans le domaine de la sant6, et le projet de
Bamba-Tialène très prospere et très connu des ON@françaises
de dCveloppement agricole. La region de Thiès, où la proportion
de catholiques est élevée, est très favorisde par la prdsence d’un
grand nombre d’BNG, souvent d’origine confessionnelle. Le
village de Ngass, au sud-estdeThiès, est un exemple
- 157 -
caractéristique de l’implantationmassive et répétitive des ONG
et des projets de tous types. En 1988 (Hadj, 1988-89), on y
trouvait côte-à-côte entre 5 et 10 projets, entrepris par au moins
5 ONG avec des soutiens divers. Le total des sommes engagées
s’élevait sur plusieurs années à plus de 9 millions de francs
CFA, soit, pour comparaison,l’équivalentdu revenu annuel
(à 100 O00 francs par famille) de 90 familles ou 900 personnes
(10personnes en moyenne par famille).
Analysée de l’extérieur, pareille multitude tourne à l’absurde :
plusieurs projets portent en effet sur les mêmes interventions, et
certains sont loin d’avoir un intérêt pour l’ensemble du village.
D’autre part, la concurrence entre ONG pour s’approprier des
adhérents peut sembler sévère, d’autant que le M marché P n’est
peut-être pas extensible. Dansla réalité, les projets ne s’adressent
pas toujours aux mêmes personnes ou aux mêmes quartiers. Si
c’est le cas, la multiplication des interventions extérieures est
d’abord le résultat de la présence dans les villages de leaders,
soit des groupes soit des individus, capables de faire venir des
ONG dans les villages, de les garder, et de les relayer. Ce sont
généralement,desfils de paysans,qui sont allés en classejusqu’à
la troisième ou parfois plus, qui sont revenus au village, après
avoir habité en ville ou voyagé à l’étranger. Les initiateurs sont
plus rarement des femmes, excepté d’anciennes migrantes. Au
cours de leurs déplacements, ils ont vu des projets, en ont
entendu parler, ou même ont été contactés par des ONG, en
particulier en France. Inévitablement,les expériences vécues et
observées les ont ramenés à leurs villages. Vis-à-vis des autres
habitants, leur atout est de disposer de l’information, que n’ont
pas la plupart des paysans, et certains savent l’utiliser. Ils ont
constitué un réseau de relations,qu’ils font jouer quand et
comme ils le souhaitent :en ce sens, ils deviennent de nouvelles
références dans le village et leaders à part entière.
Le projet est au départ l’occasion de contribuer à l’amélio-
ration de la vie auvillage.D’autres explications cependant
montrent les enjeux importants qui existent autour deces
réalisations. Les projets exigent en premier lieu des permanents
souvent salariés, parfois logCs et véhiculés, qui peuvent avoir
accès à certains moyens de production destinés à des projets
agricoles (ou à des médicaments dans le cadre de projets de
- 158 -
santé) : certains y voient ainsi le moyen d’avoir bon compte de
R O U V ~ ~ Urevenus
X et de meilleures conditions de vie. %a prise en
charge de projets par certains villageois leur permet en outre de
prendre un peu plus de pouvoir dans le village : %esinitiateurs
sont souvent des personnes issues des classes d’iiges jeunes
(entre 26 et 35 ans), qui n’ont pas ou peu accbs la terre, et qui
n’ont pas ou peu leur mot & dire face aux anciens pour << faire
bouger B le village. La multiplication des projets s’inscrit dans
un rapport de forces interne au village, d’autant plus actuel que
les jeunes migrent et Qargissent leurs ahes de vie et de rBf6rences.
Enfin, vient se greffersur ces dissensions villageoises la
politique. Les chefs de famille, anciens adhbrents de coopé-
ratives, sont souvent proches du parti socialiste, alors que les
jeunes - en particulier ceux qui ont migr&- sont plus favorables
aux partis d’opposition. sont possibles, et
certains leaders de proje se rapprocher du
poplvoi~en place plus B m8me de les aider et de conforter leur
position.
Les projets se rapportant de prGs ou de loin & la st5curitb
alimentaire privilégient deux aspects bien prCcis : d’une part
une meilleure gestion des stocks de cCrbales gour Cviter des
soudures difficiles, et d’autre part une amClioration des revenus
par la multiplication d’activit6s agricoles, d’6levage ou artisa-
nales [Link] le cas des e Mations d&=icitaires
ou B la recherche d’un bquilibre, decrites prCcCdemrnent, les
projets de banques de céréales (6pargner unepartie de la r6colte
pour la soudure B venir) et de structures d’achats villageoises ou
r6gionales (vendre ii la récolte des c$réales un prix plancher et
racheter plus tard & un prix lBg8rement supbrieur) peuvent en
partie Bviter aux chefs de famille de s’endetter et de dbpendre
trop fortement du marche.
Ces solutions,pour intbressantes qu’elles soient, sous-tendent
cependant quele paysan doit s’6carter du marchetrop tyrannique
et devenir [Link], l’indépendancevis-&vis du marchi
est totalement irrbaliste, comptetenu des multiples besoins
incompressiblesde l’agriculteur. En outre, les projets ont parfois
des effets nBgatifs, lorsque le paysan doit emprunter ou acheter
sur le marchb local pour approvisionner la banque ou vendre sa
part B la structure d’achats. En fait, on se rend compte qu’un
- 159 -
crédit bien situé dans le temps permettrait plus aux chefs
d’exploitation démunis de disposer d’argent sans vendre du mil
et, par la suite, de réduire leurs achats en céréales. Incomplets,
les projets devraient être mieux reliés à la réalité économiqueet
sociale, faite d’échanges, de crédits et d’emprunts.
Cette déconnexion des projets est sur le long terme souvent
préjudiciable à leur réussite. Elle éclaire aussi sur les enjeux liés
B leur implantation. Pouvoirs denouveaux leaders, intérêts
matériels, nécessité pour les ONG de créer des projets justifient
tout autant que la sécurité alimentaire la multiplication d’ini-
tiatives en milieu rural.
Le monde rural du bassin arachidier est entré dans une
périoded’[Link] dansdenombreuxpays
d’Afrique (De Brie,1991), 1’Etat tout puissant a disparu,le parti
socialiste ne régenteplus comme auparavantles affaires du pays
et, aux prochaines élections générales de 1993,ses adhérents et
les hauts dignitaires pourraient connaître des désillusions.
Le développement de la sécurité alimentaire par la croissance
de la productionlocale semble aujourd’hui [Link] paysans
vivent à l’heure des migrations et des allers-retoursentre villages
et villes, et leurs consommations alimentaires évoluent en consé-
quence. Le marché descéréales est approvisionné par les exploi-
tations déficitaires. Il est dans un perpétuel déséquilibre dontles
commerçants profitent en fait assez [Link]-là sont plus
intéressés à commercer surles produits manufacturés, sur
l’arachide, sur le charbon de bois (dans l’estdupays),aux
volumes plus réguliers.
Les projets d’amélioration dela sécurité alimentaireprovien-
nent pour l’essentiel des ONG, mais ils. ont leurs limites. La
recomposition, sous de nouvelles formes, des campagnes de
l’Ouest sénégalais dépend plus que jamais de la perception
qu’ont du milieu rural les Sénégalais eux-mêmes : campagnes
sans avenir, sans rentabilité ; indispensable base familiale et
économique. Elle dépend aussi et surtout de la place que va
occuper à l’avenir 1’Etat sénégalaisdontl’actionest
indispensablepourrelancerunepolitique de soutiens à
l’agriculture, au commerce, au transport.
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