THÉORIE D E S NOMBRES
Année 1 983 - 1
BESANÇON
LES NOMBRES CONVENABLES
D E LEONHARD EULER
Gunther FREI
LES NOMBRES CONVENABLES DE LEONHARD EULER
Gunthen Frei
Département de mathématiques
Université Laval
Ste-Foy, Québec
Canada G1K 7P4
et
Forschungsinstitut fur Mathematik
ETH-Zentrum
CH-8092 Zurich
Suisse
A l'occasion du deux-centenaire de la mort de
Leonhard Euler (4.4.1707 - 18.9.1783)
dedie a mon cher ami Paulo Ribenboim
Préface
Cet article est une version élargie d'une conférence donnée à
l'Université de Besançon le 11 juin 1982. J'aimerais remercier vive-
ment mes amis Georges et Marie-Nicole Gras qui m'avaient invité à Be-
sançon et qui m'avaient encouragé à écrire cet article. Je remercie
également profondément Monsieur le Professeur Beno Eckmann pour son
invitation généreuse à passer l'été 1983 au Forschungsinstitut fur
Mathematik à 1'ETH Zurich et Madame Liselotte Karrer pour des aides
pratiques liées à la nature de ce séjour et Madame Hermona Rosinger
pour la dactylographie impéccable du manuscrit.
Tarasp, le 21 août 1983
Les nombres convenables de Leonhard Euler 16.10.82
Table des matières
1. Les nombres convenables d'Euler 2
2. Théorie des formes quadratiques de Gauss 13
3. Théorie des corps quadratiques de Dedekind 22
4. Théorie des formes quadratiques (suite) 39
5. Les critères de Grube 50
Bibliographie 56
1. Les nombres convenables d'Euler
1. Il est bien connu que les théorèmes de Gauss sur les genres des
formes quadratiques équivalent aux théorèmes fondamentaux de la théorie
du corps de classes pour les corps quadratiques (voir [Ga] - 1801).
Moins connu est le fait que déjà Euler découvrit des propriétés sur les
genres et trouva ainsi les premiers résultats reliés à la théorie du
corps de classes. C'est Kronecker qui remarqua (voir [Kr], Vol. 2, Nr. 1
- 1875) que le mérite d'avoir trouvé la loi de réciprocité quadratique
le premier (avant Legendre et Gauss) revient à Euler (voir [Eu], no. 164
(Ser. 1, Vol. 2, p. 194- 222) - 1751 et no. 552 (Ser. 1, Vol. 3, p , 4 9 7 -
512) - 1783)) et Fueter dans la préface du volume IV de la première sé-
rie de l'Opéra Omnia d' Euler nota en 1941 qu' Euler ne reconnut pas
seulement la loi de réciprocité quadratique, mais qu'il observa même que
seulement la moitié des genres possibles des formes quadratiques binai-
res ayant déterminant -n existent (voir [Eu], no. 598 et no. 610 (Ser. 1
Vol. 4, p. 163-220) - 1785 et 1787). On doit à Euler également la notion
et la théorie des nombres convenables, théorie que Gauss interpréta en
1801 comme étant une théorie des formes quadratiques binaires ayant une
seule classe par genre (voir [Ga], Art. 303).
D'après 1'interprétation que donna Takagi en 1920 (voir [Ta]) à la
théorie du corps de classes, celle-ci est la théorie des extensions al-
gébriques abéliennes L/K d'un corps de nombres K . Les extensions abél-
iennes L/K sont précisément les extensions L de K qui se laissent carac-
tériser par des propriétés de congruences dans K , en particulier en ce
qui concerne le groupe normique dans K associé à L et les idéaux prem-
iers p dans K complètement scindés dans L et en général la loi de
décomposition des premiers p dans K par rapport à L/K . Point de dé-
part du développement conduisant à une théorie du corps de classes est
ainsi la théorie des corps abéliens issue de la théorie des corps cyc-
lotomique de Gauss (voir [Ga] - 1801, chapitre V) et la théorie de re-
présentation d'un nombre par une forme, en particulier d'un premier par
une forme normique. En ce qui concerne la théorie de représentation l'ob-
servation suivante faite par Fermât, Euler et Lagrange est fondamentale:
Les nombres premiers représentés par une forme quadratique binaire
donnée se trouvent tous dans les mêmes progressions arithmétiques, et
sont donc représentables par des formes linéaires.
2. Une telle première observation se trouve dans une lettre de Fer-
mat adressée à son ami Mersenne le 25 décembre 1640 (voir [Fe]).
Théorème 1.1: Un nombre premier impair p est somme de deux carrés
de nombres naturels, p = x 2 + y 2 , x , y ë IN , si et seulement si p = 1
modulo 4. De plus, cette représentation est unique et x et y sont pre-
miers entre eux, (x,y) = 1 .
Nous désignons par |N l'ensemble des nombres naturels, IN = {1,2,3,
4,...} et par IN0 l'ensemble IN augmenté par 0, IN0 = {0,1,2,3,4,...}.
Notons aussi que (x,y) = 1 implique x ^ 0 , y ^ 0 .
Ce théorème fut complètement démontré par Euler plus d 'un siècle
plus tard, à savoir en 1750, resp. 1760 et 1758 dans les Nouveaux Commen-
taires de l'Académie des Sciences à Petersbourg (voir [Eu], no. 134 (Ser.
1, Vol. 2, p. 62-85) - 1750, en particulier Theorema 5, no. 241 (Ser. 1,
Vol. 2, p. 328-337) - 1760 et no. 228 (Ser. 1, Vol. 2, p. 295-327) - 1 7 5 8 ,
en particulier Propositio 7). Mais Euler remarqua et démontra en 1758
aussi l'inverse (voir [Eu], no. 228 (Ser. 1, Vol. 2, p. 295-327) - 1758,
en particulier p. 314):
Théorème 1.2: Tout nombre naturel impair n > 1 qui n'est repré-
sentable que d'une seule manière comme somme de deux carrés de nombres
non négatifs, n = x2 + y2 , x , y e lN0 , lesquels nombres sont en plus
premiers entre eux, (x,y) = 1 , est un premier.
Ce critère lui donna un moyen pour examiner le problème des grands
nombres premiers posé par Fermât:
Etant donné un "grand" nombre naturel n , décider si n est
premier ou non.
D'après le théorème 1.2 il suffit de soustraire à n tous les car-
rés x2 inférieurs à n/2 et d'examiner s'il ne reste un carré qu'une
seule fois. En outre, Euler nota qu'il n'est pas nécessaire d'essayer
tous les carrés x2 inférieurs à n/2 , car les x doivent satisfaire
à certaines conditions de congruence pour un n donné. Il trouva ces
conditions moyennant sa théorie des restes quadratiques calculés et ras-
semblés dans de grandes tables. Par exemple, étant donné n E 77 modu-
lo 480, il suffit de vérifier les valeurs x = + 19 , + 29 , + 61 , + 109
modulo 240 (voir [Eu], no. 369 (Ser. 1, Vol. 3, p. 112-130) - 1769).
Cette méthode ne s'applique qu'aux nombres n E 1 modulo 4 puis-
que d'après le théorème 1.1 uniquement des premiers impairs p de cette
forme peuvent être somme de deux carrés. Pour étendre la méthode aussi
aux nombres n 5 3 modulo 4 Euler examina les formes n = x 2 + 2y 2 et
n = x 2 + 3y 2 , formes déjà étudiées par Fermât, et plus généralement les
formes n = ax 2 + by 2 avec a,b e IN . Euler arriva alors au résultat
suivant (voir [Eu], no. 256 (Ser. 1, Vol. 2, p. 459-492) - 1761, en par-
ticulier Theoremata 4, 10, 11 et 12 et Observatio 8 et no. 449 (Ser. 1,
Vol. 3, p. 240-281) - 1774, en particulier art. 85) :
Théorème 1.3: 1) Etant donné un premier impair p, l'équation
p = x 2 + 2y 2 est résoluble et ceci d'une seule manière avec x , y £ IN
si et seulement si p = 1,3 modulo 8. En plus x et y sont premiers
entre eux. 2) Inversement, si n > 1 est un nombre naturel im-
pair tel que n = x 2 + 2y 2 soit résoluble d'une seule manière avec
x,y e IN0 et qu' en plus x et y soient premiers entre eux, alors n
est premier.
Euler publia une démonstration complète de ce théorème à l'excep-
tion de la partie qui affirme qu'un premier p 5 3 module 8 est tou-
jours représentable par p = x2 + 2y2 . Mais Euler dit dans l'artic-
le 85 de cette publication (voir [Eu], no. 449, Ser. 1, Vol. 3, p. 275)
qu'il sait aussi régler ce cas-ci grâce à une communication d'un ami.
C'est cependant Lagrange qui en publia le premier une démonstration en
1775 (voir [La]).
De plus Euler affirme le théorème suivant (voir [Eu], no. 272
Ser. 1, Vol. 2, p. 556-575) - 1763, en particulier Propositio 9):
Théorème 1.4: 1) Etant donné un premier p ^ 2,3 , l'équation
p = x 2 + 3y 2 est résoluble et ceci d'une seule manière avec x,yg; IN
si et seulement si p = 1 modulo 3; x et y sont alors premiers entre
eux. 2) Inversement, si n > 1 est un nombre naturel
impair tel que n = x 2 + 3y 2 soit résoluble d'une seule manière avec
x,y e. IN0 et qu'en plus x et 3y soient premiers entre eux, alors n
est premier.
Euler ne publia une démonstration que pour la première partie du
théorème. Une démonstration pour la deuxième partie apparut pour la
première fois dans l'ouvrage de Lagrange mentionné plus haut (voir [La]).
3. Il n'est pas possible d'obtenir un théorème analogue aux théo-
rèmes 1.2, 1.3 et 1.4 pour la forme x2+ 11y 2 , car 15 = 1-2 2 + 11-1 2
n'est décomposable que de cette manière en nombres naturels quoique 15
ne soit pas premier. On est donc amené à la question suivante. Pour
quels nombres naturels a,b fi IN l'énoncé suivant est-il vrai?
Si n > 1 est un nombre naturel impair tel que
n = ax 2 + b y 2 , avec a,be |N et (a,b) = 1 ,
(C) soit résoluble d'une seule manière avec x,y e IN0
et qu'en plus ax et by soient premiers entre
eux, (ax,by) = 1 , alors n est premier.
Ainsi Euler introduisit la notion suivante (voir [Eu], no. 708 (Ser. 1,
Vol. 4, p. 269-289) - 1778, en particulier art. 10) :
Définition 1.5: Une forme ax 2 + by 2 avec a , b e IN , (a,b) = 1
est appelée une forme congrue ou une forme convenable si tout nombre na-
turel n > 1 qui admet une seule solution
n = ax 2 + by 2
avec x,y e IN0 de sorte qu'en plus (x,y) = 1 , est nécessairement de
la forme
s
n = tp ou n = 2tp ou n = t2 ,
où t est un diviseur de a-b , p est un premier impair et s est un
nombre naturel.
s
Euler dans sa définition ne mentionne pas explicitement la forme t2
avec t ^ 1 qu'il faut cependant ajouter (voir la définition 5.3).
Notons qu'une forme convenable satisfait à la condition (C), car
si n est soumis à la condition d'être impair, il faut que n = tp ,
et la condition (ax,by) = 1 entraîne t = 1 ; car si q est premier
et qJ t on a q|a ou q j b ; comme q|n on en déduit q|ax et q|by
et donc (ax,by) ^ 1 .
Puis Euler démontra (voir [Eu], no. 708, art. 14):
Théorème 1.6: Soit a , b e IN et (a,b) = 1 . La forme ax 2 + by 2
est convenable si et seulement si la forme x 2 + aby 2 est convenable.
La démonstration d' Euler utilise l'hypothèse que a ou b est
sans carrés. Une démonstration générale de ce théorème, sans cette hy-
pothèse, fut donnée par Grube en 1874 (voir la section 5 et [Gr], § 8,
p. 510). Ceci donne lieu à la (voir [Eu], no. 708, art. 17)
Définition 1.7: Un nombre naturel m est appelé congru ou conve-
nable (idoneus) si la forme x 2 + my 2 est convenable.
Un tel nombre m est en effet convenable pour examiner si un nom-
bre donné n est premier ou non et pour découvrir de grands nombres
premiers. Euler illustra cette méthode de recherche de nombres prem-
iers, effectuée en 1778, dans [Eu], no. 718 et no. 719 (Ser. 1, Vol. 4
p. 352-394) - 1805.
Dans [Eu], no. 718 Euler détermina tous les nombres premiers p
de la forme
p = 232x 2 + 1 avec 1 £ x < 300 , x 6 IN ,
et dans [Eu], no. 719 Euler examina les nombres
n = 10'003 = 1 • 100 2 + 3 • 1 2
2 2
n = 100'003 =10-100 +3.1
n = 1-000'003 = 1 • 1000 2 + 3 - 1 2
et des nombres n de la forme
n = 40x 2 + 13y 2
et de la forme
n = 1848x 2 + y 2
En particulier il détermina tous les nombres premiers p de la forme
p = 1848x 2 + 197 2 avec 1 £ x £ 100 , x e IN .
Par exemple
p = 18*518'809 = 1848 • 100 2 + 197 2 est un nombre premier;
en effet, c'est de loin le plus grand nombre premier connu à l'époque
sauf pour le premier de Mersenne p = 231 + 1 découvert également par
Euler.
n = 100'003 ainsi que n = 1'000'003
sont également premiers, mais n = 10'003 ne l'est pas étant donné
que
n = 10'003 = 1 • 100 2 + 3 • 1 2 = 1 • 16 2 + 3 • 57 2 .
En effet, le nombre premier p = 1429 est un diviseur de 10'003 :
n = 10'003 = 7 • 1429
où les facteurs 7 et 1429 sont déterminés par les deux représenta-
tions .
Puis Euler nota ce résultat très remarquable (voir [Eu], no. 708,
art. 18 ou no. 715 (Ser. 1, Vol. 4, p. 303-328) - 1802, art. 39):
Théorème 1.8: Les 65 nombres suivants sont convenables (numeri
idonei):
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
12 13 15 16 18 21 22 24 25 28
30 33 37 40 42 45 48 57 58 60
70 72 78 85 88 93 102 105 112 120
130 133 165 168 177 190 210 232 240 253
273 280 312 330 345 357 385 408 462 520
760 840 1320 1365 1848
Pour calculer cette table "avec assez de facilité" Euler se servit
du critère suivant (voir [Eu], no. 715, art. 45 ou no. 498 (Ser. 1,
Vol. 3, p. 337-339) - 1776; voir aussi no. 708a. (Ser. I, Vol,. 3," p. 340-
346) - 1778) .
Théorème 1.9: Un nombre naturel m e. IN est convenable si et seu-
lement si tout nombre n de la forme
n = m + x 2 < 4m avec x e IN , (x,m) = 1
est de la forme
2
n = p , n = 2 p , n=p ou n = 2
ou p est un nombre premier impair et s un nombre naturel.
Pour démontrer ce critère il s'appuya sur le théorème suivant
(voir [Eu], no. 715, en particulier Theorema 6 et Theorema 7, et encore
no. 708, art. 20 ou no. 708a):
Théorème 1.10: Si un nombre composé r • s (r > 2 ) est représenta-
ble par la forme x 2 +my 2 d'une seule manière avec x , y e IN et si
(x,my) = 1 et (rs,mxy) = 1 , alors il existe une infinité d'autres
nombres composés ayant la même propriété. En particulier il y a tou-
jours un tel nombre composé r • s < 4m .
Euler donna comme exemple pour le théorème 1.9. entre autres les
nombres m = 14 , 11 ,13 (voir [Eu], no. 715, art. 38) et m = 60 et
m = 15 (voir [Eu], no. 498):
Pour m = 13 il trouva
13 + 1 2 = 14 = 2p
13 + 2 2 = 17 = P
2
13 + 3 = 22 = 2p
13 + 4 2 = 29 = P
2
13 + 5 = 38 = 2p
13 + 6 2 = 49 = P
donc m = 13 est convenable.
Les calculs pour m = 60 et m = 15 donnent:
60 + 1z = 61 = P 15 + 1 2 = 16 = 21*
60 + 7 2 = 109 = P 15 + 2 2 = 19 = P
60 + 11 2 = 181 = P 15 + 4 2 = 31 = P
60 + 13 2 = 229 = P
Ajoutons encore 1'exemple du nombre convenable m = 5
5 + 12 = 6 = 2p
2
5 + 2 = 9 = P
2
5 + 3 = 14 = 2p
2
tandis que 5+4 =21 = 3 •7 > 4 •5 .
Pour les nombres non-convenables m = 14 et m = 11 on trouve
14 + 1 2 = 15 = 3 • 5 11 + 1 2 = 12 = 3 . 4
14 + 3 2 = 23 = P 11 + 2 2 = 15 = 3 • 5
14 + 5 2 = 39 = 3 • 13 11 + 3 2 = 20 = 4 • 5
11 + 4 2 = 27 = 3 3
11 + 5 2 = 36 = 2 2 • 3
La démonstration du critère 1.9, par Euler n'est pas du tout sa-
tisfaisante comme Grube remarqua en 1874 (voir [Gr], §4). Euler démon-
tra la nécessité seulement pour les nombres de la forme p , 2p , k 2 ou
s
2 ou p est premier et k est un nombre entier quelconque, et sa dé-
monstration de la suffisance contient des lacunes sérieuses (voir [Gr],
p. 501). C'est Grube qui démontra que le critère est, en fait, néces-
saire (voir [Gr], p. 517 et p. 498). Que le critère soit aussi suffisant
est resté un problème ouvert quoique Gauss dise dans ses "Disquisitiones
arithmeticae" (voir [Ga], art. 303), en 1801, qu'il soitfacile à démon-
trer. En 1874, cependant, Grube réussit à démontrer un critère très sem-
blable au critère 1.9. d' Euler (voir théorème 5.8).
Euler donna encore un autre critère pour des nombres convenables,
mais celui-ci n'est pas correct comme Grube remarqua (voir [Gr |, §4,
p. 503). Le critère dit (voir [Eu], no. 708, art. 21):
Théorème: Un nombre naturel m est un nombre convenable si et
seulement si tout nombre n de la forme
2
n = m+ x <4m avec x £ IN
est de la forme
2
5
n = p , n = 2 p , n = t p , n=p ou n = 2
ou p est un premier impair, t est un diviseur de m et s est un nom-
bre naturel.
En effet, le critère impliquerait que m = 33 et m = 72 ne sont
pas convenables, parce que
2
33 + 3 =42 = 2 • t • p
et 82 + 3 2 = 81 = t • p 2 ,
contrairement au fait que m = 33 et m = 72 sont convenables (voir
théorème 1.8).
Euler fut surpris de voir qu'il ne trouva plus de nombres convenab-
les excédants 1848 malgré qu'il continua ses calculs au delà de 10'000 .
Pour comprendre ce phénomène il étudia la distribution des nombres con-
venables et il en découvrit et démontra les 10 propriétés suivantes
(voir [Eu], no. 708, Theoremata 1 à 10):
Théorème 1.11:
(1) Si c est convenable et c = t 2 , alors t = 1,2,3,4,5 .
(2) Si c est convenable et c = 3 modulo 4 ,
alors 4c est convenable.
(3) Si c est convenable et c E 4 modulo 8 ,
alors 4c est convenable.
(4) Si k2m est convenable, alors m est convenable.
(5) Si c est convenable et c = 2 modulo 3 ,
alors 9c est convenable.
(6) Si c >1 est convenable et c = 1 modulo 4 ,
alors 4c n'est pas convenable.
(7) Si c est convenable et c = 2 modulo 4 ,
alors 4c est convenable.
(8) Si c est convenable et c = 8 modulo 16 ,
alors 4c n'est pas convenable.
(9) Si c est convenable et c 5 16 modulo 32 ,
alors 4c n'est pas convenable.
(10) Si c est convenable et c + a 2 = p 2 < 4c pour un nombre
premier p , alors 4c n'est pas convenable.
Les propriétés (4), (6), (8), (9) ne furent pas démontrées par
Euler avec assez de rigueur et c'est Grube qui les compléta en 1874
(voir [Gr], §10). Grube obtint aussi des résultats plus généraux en ce
qui concerne les propriétés (1), (6), (8), (9) et (10) (voir théorè-
me 5.7).
Nous reviendrons aux théorèmes 1.6, 1.9, 1.10 et 1.11 dans la dern-
ière section et au théorème 1.8 dans la section 4. La prochaine section
traitera 1'interprétation que donna Gauss des nombres convenables en
termes de sa théorie des formes quadratiques, et dans la section 3 cette
théorie sera traduite suivant Dedekind en langage des corps quadrati-
ques.
2. Théorie des formes quadratiques de Gauss
1. Après les recherches d' Euler sur les formes quadratiques du
type x 2 + by 2 , où b = 1,2,3, et aussi (mais d'une façon moins ap-
profondie) sur les formes ax 2 + by 2 (voir [Eu], no. 164, 708 et 708a)
c'est Lagrange qui en 1773 et 1775 entreprit une première étude systé-
matique sur les formes quadratiques générales à coefficients entiers
ax 2 + bxy + cy 2 (voir [La]). Il introduisit par exemple les notions
de déterminant, d'équivalence, de classe et de réduction. Un résultat
principal de sa théorie est que le nombre de classes des formes quadra-
tiques ayant même déterminant est fini, théorème que Lagrange put dé-
duire en associant à chaque classe une forme réduite.
Pour une théorie systématique il faut cependant attendre Gauss qui
la developpa en 1801 dans son oeuvre fondamentale"Disquisitiones arith-
meticae" (voir [Ga]). Dans cet ouvrage Gauss, après avoir démontré le
premier la loi de réciprocité quadratique d'une façon complète, étudia
à fond la théorie des formes quadratiques ax 2 + 2bxy + cy 2 , c'est-à-
dire les équivalences, les classes, les classes propres, la réduction,
et il introdusit les notions fondamentales de genres, d' ordres, de
classes ambiguës et de composition.
2. Si
f = [a,b,c] = ax 2 + 2bxy + cy 2 avec a,b,c s V.
est une forme quadratique (binaire et entière) nous associons à f la
matrice symétrique
'a b'
M =
lb c.
Puis nous introduisons les notions suivantes (voir [Ga], art. 154,
226, 157):
Définition 2.1: Soit f = ax 2 + 2bxy + cy 2 une forme quadratique.
1) d = d(f) = - det M = b 2 -ac est dit le déterminant de f .
2) f est dite primitive, si (a,b,c) = 1 et
3) f est dite proprement primitive si (a, 2b, c) = 1 où (a,b,c) dé-
signe le plus grand commun diviseur de a,b et c .
4) f est dite improprement primitive si f est primitive mais non
proprement primitive, i.e. si (a,b,c) = 1 mais (a, 2b, c) = 2 .
5) f(-Z2) = {ax 2 + 2bx + cy 2 | x,y ^ Z } désigne l'ensemble des nombres
entiers représentés par f .
Soient f et f' deux formes avec matrices associées M^. et M .
6) f est équivalente à f' , notation: f - f' , s'il existe une ma-
= avec
trice T ô) a,g,Y,6 e Z et avec
det T = a6 - BY = + 1 , telle que
M f = T^M T , où T^ dénote la transposée de T.
7) f est proprement équivalente à f' , notation: f E f' , s'il
ct 3 \
= avec
existe une matrice (y 6 i 2 et avec
dét T = aô - BY = +1 , telle que
M_, = T^VI T .
f' f
Comme ax 2 + 2bxy + cy 2 = X^M^X , où X = ) , on déduit immédia-
tement (voir [Ga] , Art. 157, 166, 226, 161) la
Proposition 2.2: Soient f et f' deux formes telles que f - f' .
Alors
1) d( f) = d( f' )
2
2) m ) = f ' (Z 2 )
3) Si f est primitive f' est aussi primitive.
4) Si f est proprement primitive f' est aussi proprement primitive.
5) Si f est improprement primitive f' est aussi improprement primitive.
Point de départ pour la notion des genres est le théorème suivant
(voir [Ga], Art. 229):
Théorème 2.3: Soit f = [a,b,c] une forme primitive, d = d(f) =
= b 2 - ac , p un premier ?t 2 divisant d, p |d, p / 2 et f^(/22) =
{m € f(£ 2 ) | (m,p) = 1} les entiers représentés par f et non divisibles
par p .
Alors
ou bien f — ) = +1 pour tous les m e f (<Z2) ,
^P P
lv2
ou bien f — l = -1 pour tous les m f '
> P
n ' r
où (—) dénote le symbole de Legendre.
Démonstration : Soient m,m'e f^(7Z_z) , i.e.
m = ax 2 + 2bxy + cy 2 et m' = a x 1 2 + 2bx'y' + cy' 2
pour certain x,y,x',y' s. Z, . Alors
mm' = (axx' + b(xy' + yx') + cyy') 2 - d(xy' - yx' ) 2 .
mm ' m 'm' '
Si p|d ona = +1 et alors q. e . d.
P J .P. P.
En ce qui concerne le premier p = 2 on a un théorème analogue
(voir [Ga], Art. 229), à savoir le
Théorème 2.4: Soit f = [a,b,c] une forme primitive et d = b 2 - ac .
1) Si 41 d ,
alors ou bien m := 1 modulo 4 pour tous les m e f 2 (Z 2 )
ou bien m :E 3 modulo 4 pour tous les m e (Z 2 )
Si 8|d ,
alors ou bien m e= 1 modulo 8 pour tous les m s f 2 (Z 2 )
ou bien m := 3 modulo 8 pour tous les m e f 2 (Z 2 )
ou bien m :ï 5 modulo 8 pour tous les m £ f 2 (Z 2 )
ou bien m ï: 7 modulo 8 pour tous les m € f 2 (Z 2 )
La démonstration est parfaitement analogue à celle du théorème 2.3.
Les premiers impairs p qui ne divisent pas le déterminant d(f)
ne fournissent pas de caractérisation de f (Z 2 ) , mais pour le premier
P
p = 2 on a (voir [Ga], Art. 229):
Théorème 2.5: Soit f = [a,b,c] une forme primitive de déterminant
d = b 2 - ac .
1) Si d e 3 modulo 4 ,
alors ou bien m E 1 modulo 4 pour tous les m e f2(Z2)
ou bien m E 3 modulo 4 pour tous les m E f2(Z2)
2) Si d E 2 modulo 8,
ou bien m E 1,7 modulo 8 pour tous les m £ f 2 (/Z 2 )
alors ou bien m s 3,5 modulo 8 pour tous les m e f2(£2)
3) d = modulo 8,
Si ou bien m = 1,3 modulo 8 pour tous les m € f 2 (/Z 2 )
alors
ou bien m = 5,7 modulo 8 pour tous les m é f 2 (%_ 2 )
L'idée de démonstration est toujours la même que celle du théorème 2.3
car si d = 3 modulo 4, resp. d e 2 modulo 8, resp. d s 6 modulo
on a mm' s 1 modulo 4, resp. e +1 modulo 8, resp. e 1 ,3 modulo 8.
D'après le théorème 2.3 les classes ainsi que les classes propres
d'équivalence des formes primitives ayant même déterminant d sont ca-
ractérisées par t caractères impairs\ (terminologie introduite par
Gauss) e , ... , e qui corrëspondent aux t diviseurs premiers
Pi Pt
impairs pt , ... , de d . Avec Dirichlet (voir [Di], XXVII, §3)
on peut poser pour une forme primitive f
(2.6) e (f ) = ( - ) où me f (/2 2 )
P P P
Pour le caractère pair e2 on a d'après les théorèmes 2.4 et 2.5
m-1
(-1) 2 , si d e 0,3,4,7 modulo 8
m 2 -1
(2.7) e 2 (f) = 1 (-1) 8
, si d i 0,2 modulo 8
m-1 m2- 1
(-1) , si d E 6 modulo
où m <£ f2 (Z2 )
Notons que dans le cas où d E 0 modulo 8 le caractère e2 se
décompose en deux caractères indépendants, à savoir
m-1 m 2 -1
e. (f) = ( - 1 ) " 2 " , e, (f) = (-1) 8
Pour un déterminant négatif on a par analogie avec le théorème 2.3 la
Proposition 2.8: Soit f= [a,b,c] une forme de déterminant
d = b 2 - ac < 0 et f (£ 2 ) = {m £. f ( Z 2 ) I m * 0} .
OO
Alors ou bien m > 0 pour tous les m e f (/Z2)
00
ou bien m < 0 pour tous les m e f (£2)
00
(voir [Ga], Art. 225).
Si l'on pose pour un entier m A 0
+1 si m > 0
-1 si m < 0
on peut associer à une forme f de déterminant négatif d < 0 un
caractère infini comme suit:
(2.9) e (f) = où m e. f (Z 2 ) .
Toute forme primitive f = [a,b,c] de déterminant d ac
est donc caractérisée par r = t + s + u valeurs de caractères +1
où t désigne le nombre de premiers impairs divisant d , s = 0,1,2
selon que d E 1,5 modulo 8 ou d = 2,3,4,6,7 modulo 8 ou d E 0
modulo 8 et u = 0,1 selon que d > 0 ou d < 0 .
Nous dirons que 2|d si d Z 1,5 modulo 8 et que °°|d si d < 0
Gauss appelle (voir [Ga], Art. 231)
e(f) = {e (f) , ... , ep (f) , e?
,(f) , e (f)} -c - 1}
{+
Pl t
le caractère complet de f et il dit que chaque caractère complet défi-
nit ungenre, plus précisément (voir [Ga], Art. 231):
Définition 2.10: Deux formes proprement primitives f et g ayant
le même déterminant d sont dans le même genre, notation: f ^ g , si
E
e^(f) = p(9) pour tous les p j d , i.e.
pour tous les premiers impairs p , tels que p|d , pour p = 2 si d ê 1
m
modulo 4 et pour p = si d < 0 .
La même définition s'applique aux formes improprement primitives,
et plus généralement aux formes appartenant au même ordre. Gauss dit que
deux formes f = [a,b,c] et f' = [a',b',c'] appartiennent au même or-
dre si (a,b,c) = (a',b',c') et (a, 2b, c) = (a', 2b' , c') (voir [ Ga]
Art. 226). Donc les formes proprement primitives forment un ordre O(p)
et les formes improprement primitives forment un autre ordre 0(i). Tout
ce que nous allons dire sur l'ordre 0(p) sera aussi vrai pour l'ordre
0(i). Cela s'applique en particulier aux théorèmes 2.11, 2.15, 2.17 et
2.18 (voir [Ga], Art. 252,264,287).
3. Si f est proprement primitive et f 5 g il s'en suit que f ^ g ,
et d'après la proposition 2.2 que f ^ g . C'est-à-dire les classes pro-
pres des formes proprement primitives ayant même déterminant d sont di-
P
stribuées en genres dont le nombre est tout au plus égal à 2
La forme f 0 = [1,0, - d] de déterminant d est dite forme princi-
pale , sa classe propre est dite classe propre principale et son genre
est appelé genre principal. Le genre principal est caractérisé par le fait
que ses r caractères prennent la valeur +1 .
Le résultat principal de Gauss sur les genres est le suivant (voir
[Ga], Art. 252, 261, 287):
Théorème 2.11: 1) Etant donné un déterminant d , tout genre de dé-
terminant d contient le même nombre de classes propres de formes propre-
ment primitives de déterminant d.
2) Etant donné un déterminant d qui n'est pas un carré, exactement la
P
moitié des 2 caractères complets possibles correspond aux genres de
classes propres de formes proprement primitives de déterminant d.
La deuxième partie du théorème fut démontrée par Gauss en deux ét-
apes. Gauss montra d'abord qu'au plus la moitié des caractères complets
peut correspondre à un genre (voir [Ga], Art. 261) et que ce fait
équivaut à la loi de réciprocité quadratique (voir [Ga], Art. 262, 263 et
voir théorème 3.15 plus bas). Qu'au moins la moitié des caractères com-
plets corresponde à un genre est une propriété très profonde que Gauss
extrait de sa théorie de représentation d'une forme quadratique binaire
par une forme quadratique ternaire (voir [Ga], Art. 266 ff et voir théo-
rème 3.15 plus bas). En plus il se sert de sa théorie des classes ambi-
guës (voir [Ga], Art. 163, 224):
Définition 2.12: 1) Une forme f = [a,b,c] est dite ambiguë,
si a | 2b .
2) Une classe propre est dite ambiguë si elle contient une forme ambiguë.
Une forme ambiguë peut aussi être caractérisée ainsi (voir [Ga],
Art. 163):
Proposition 2.13: Si f est une forme ambiguë il existe une matri-
a B
ce entiere T = avec dét T = -1 , telle que
Y «
M„ = T M T .
f f
Donc f est ambiguë si f est improprement équivalente a elle-
même, et toutes les formes d'une classe (propre) ambiguë sont propre-
ment et improprement équivalentes entre elles.
Gauss montra alors (voir [Ga], Art. 258):
Théorème 2.14: Le nombre de classes propres ambiguës de formes
proprement primitives et de déterminant non-carré d est égal à la moi-
tié du nombre de caractères complets ayant ce même déterminant.
En combinant ce résultat avec le théorème 2.11 on obtient (voir
[Ga], Art. 258 I) :
Théorème 2.15: Le nombre de genres de classes propres de formes
proprement primitives de déterminant d est égal au nombre de classes
propres ambiguës de formes proprement primitives de déterminant d .
En plus on a (voir [Ga], Art. 259):
Théorème 2.16: Le nombre de classes propres ambiguës de formes
de l'ordre 0(p) et de déterminant d est égal au nombre de classes
propres ambiguës de formes de l'ordre 0(i) et ayant même déterminant d.
Comme application de sa théorie des classes ambiguës Gauss détermi-
na explicitement les solutions x,y e Z , x,y > 0 , (x,y) = 1 de
p = x2 + y 2 pour un nombre premier p = 1 modulo 4 (voir [Ga], Art. 265)
en se servant du fait qu'il y a une seule classe propre ambiguë de for-
mes proprement primitives de déterminant premier p = 1 modulo 4. Car
un tel déterminant d = p ne donne naissance qu'à un seul caractère (im-
pair) e
P
Finalement Gauss obtint une caractérisation des nombres convenables
de Euler (voir [Ga], Art. 303):
Théorème 2.17: Un nombre naturel m £ IN est convenable si et seu-
lement si tout genre de déterminant d = -m contient précisément une
classe propre de formes proprement primitives.
Gauss ne se donna pas la peine de publier une démonstration de ce
théorème, un théorème qu'il dit facile à démontrer. Une démonstration
complète fut publiée par Grube en 1874 (voir [Gr], §6, §8 et section 5).
En tenant compte du théorème 2.14 on a donc (voir [Ga], Art. 307):
Théorème 2.18: Un nombre m e IN est convenable si et seulement si
toute classe propre de formes proprement primitives de déterminant
d = -m est une classe propre ambiguë de formes proprement primitives.
3. Théorie des corps quadratiques de Dedekind
1. Dans le supplément X de la 2-ème édition de "Vorlesungen Liber
Zahlentheorie" de Dirichlet (voir [D-D], §165) Dedekind fait le lien,en-
tre sa théorie sur les idéaux et la théorie de Kummer sur les nombres
idéaux d'un côté , et la théorie des formes normiques de Gauss dans le
cas des formes quadratiques et de Dirichlet dans le cas des formes de de-
gré général d'un autre côté. C'est déjà Kummer qui fit allusion à cette
correspondance (voir [Ku], p. 208-9)sans donner de détails cependant
(voir aussi [Di], Vol. II, V, 27-48).
2. Dans le cas quadratique le lien se fait comme suit. Soit
K = <Q(/d) un corps quadratique de discriminant d , c'est-à-dire d = 1
modulo 4 et sans carré,ou d = 4d' avec d' s 2,3 modulo 4 et d' sans
carré.
L'ordre principal des entiers algébriques dans K (de discriminant
d )
o = { a + b | a, b e } = { u + ve j u,v <= Z } ,
1+/d
si d = 1 mod 4
2
/d
si d s 0 mod 4
2
ainsi que tout ordre dans K de conducteur f e IN et donc de discri-
minant D = f2d
d+/d
= { a + bf a, b e { u+ vG | u, v e } ,
1 + /D
, si D = 1 mod 4
2
/D
, si D E 0 mod 4
2
est un Z-module libre de rang 2.
Bien entendu, pour f = 1 on a = o . En général f = [o : o^] .
Nous appelons tout ^-module libre de rang 2 dans K
A = {otjXj + ot2x2 | x j , x2 e } = <a, , a 2 > avec a, , a 2 <£. K ,
où {oij , a 2 } est une base de K sur Q,
un module complet de K et nous désignons par M l'ensemble des modules
complets de K.
Si A = <a, , a 2 > e M et y £ K = K - {0} , nous définissons
yA= {ya | a e A} = {ya,: x, + y a 2 x 2 | Xj , x 2 ê £} =
= <yaj , Ya2> >
qui est encore un module complet de K.
Etant donné A e M , l'ensemble
R = R^ = {y e K | a e A ya £ A} = {y e K | |A £ A]
est un sous-anneau de K , dit l'anneau des multiplicateurs de A.
On peut montrer que l'anneau des multiplicateurs R^ d'un module
complet A de K est un ordre o^, dans K et que tout ordre o de K
est l'anneau des multiplicatuers pour un module complet A de K (voir
[B-S], chapitre II, §2.2, théorème 3).
Si y = r+s /d , avec r , s e (E) , est un nombre algébrique de K,
nous désignons par Y = r-s /d son conjugué et par N(Y)=YY = r2-s2d
sa norme.
Définition 3.1: Deux modules complets A et B de K sont dits
x
équivalents, notation: A - B , s'il existe un Ys K tel que B =YA •
Deux modules complets A et B de K sont dits proprement équivalents,
notation: A s B , s'il existe un Y <£ K avec N(Y) > 0 tel que
B = yA .
Nous avons les propriétés suivantes :
Théorème 3.2:
(1) Si A,Bê M et A = B , alors R^ = R g .
(2) Pour tout A e M il existe un B £ M tel que A = B et
BCRB .
(3) L'ensemble des modules complets dans K ayant le même ordre
o comme anneau des multiplicateurs est un groupe commuta-
tif (par rapport à la multiplication de modules). Il sera dé-
signé par M^
(4) Le nombre de classes d'équivalence propre de modules complets
ayant le même ordre o comme anneau des multiplicateurs est
fini. Son nombre sera désigné par h
f
Pour une démonstration voir [B-S], Chapitre II, §2.2, lemme 1,
§7.4, théorème 2 et §6.2, théorème 3.
En vertu de la propriété (3) le nombre de classes d'équivalence
de modules complets ayant le même ordre ocomme anneau des multipli-
cateurs est également fini. Si h^.0 désigne ce nombre, alors
0 0
h = h ou h = 2 h
f f f f
(voir [B-S], Chapitre II, §7.5).
On sait que tout idéal a t (0) dans K , entier ou fractionnaire,
est un module complet dans K et que son anneau des multiplicateurs R
a
est l'ordre principal o dans K , qui est l'ordre maximal dans K . D'aut-
re part tout module complet dans K dont l'anneau des multiplicateurs
est o doit être un idéal dans K et M^ devient alors le groupe multi-
plicatif d'idéaux dans K . Donc les classes ordinaires d'idéaux dans K
coïncident avec les classes de modules complets ayant o comme anneau de
multiplicateurs et les classes restreintes d'idéaux dans K coïncident
avec les classes propres de modules complets ayant o comme anneau de mul-
tiplicateurs. Le théorème 3.2 (2) affirme alors qu'il existe pour tout
idéal a un idéal entier b équivalent à a, i.e.
t> = ya £_ o avec un y e o
On peut maintenant associer à chaque module A <=• M une forme qua-
2
df °f
dratique F de déterminant — — de sorte que les classes propres de mo-
dules complets dans M correspondent d'une façon biunivoque aux clas-
°f
ses propres de formes quadratiques proprement primitives ayant détermi-
df 2
nant .
4
3. Pour rendre cette correspondance plus souple encore, nous aban-
donnons la notation de Gauss ax 2 +2b'xy + cy 2 , avec a,b',c e £ pour
la remplacer par la notation ax 2 + bxy + cy 2 , avec a,b = 2b' , c e Z .
Nous appelons la forme F = [a,b,c] 0 = ax 2 + bxy + cy 2 primitive si
( a, b, c ) = 1
et nous appelons
D = D(F) = b 2 - 4ac = (2b') 2 - 4ac = 4(b'-ac) = 4d(F)
le discriminant de F.
Donc une forme de Gauss
f = [a,b',c] = ax 2 + 2b'xy + cy 2
est proprement primitive si et seulement si la forme correspondante
F = [a,b,c] 0 = ax 2 + bxy + cy 2 , b = 2b'
est primitive.
Par ce changement de notation nous augmenterons l'ensemble des
formes
h = {ax 2 + 2b'xy + cy 2 | a,b',c e Z }
G
considéré par Gauss de l'ensemble
h = {ax 2 + bxy + cy 2 | a,b,c s. £ et b impair}
pour obtenir 1'ensemble des formes
h = {ax 2 + bxy + cy 2 | a,b,c & /Z} •
Notons que
D(F) = 0 modulo 4 , si F e A
et que
D(F) = 1 modulo 4 , si F e A, .
La correspondance
définie par
-f : F = [ a, b, c ] „ t—>2 "F = [2a , 2b , 2c] 0
fournit une correspondance biunivoque entre les formes primitives dans
h et les formes improprement primitives dans A^ .
Les théorèmes 2.11, 2.15, 2.17 et 2.18 de Gauss resteront vrais pour
l'ensemble des formes dans h , étant donné que ces théorèmes restent en-
core vrais pour l'ordre 0(i) des formes improprement primitives (voir
[Ga ] Art. 352, 264 et 287 pour le théorème 2.11 et voir les théorèmes
2.14 et 2.16 pour les théorèmes 2.15, 2.17 et 2.18).
4. Considérons un module complet A = <a, , a 2 > tel que A c, R = q
~ r\ T
D'après le théorème 3.2 un tel module A existe dans chaque classe
et aussi dans chaque classe propre.
N(A) : = L[R : A]
J = indice de A dans R
A A
est dite la norme de A
Plus généralement, si {oij , a 2 } est une Z-base de A et , B2}
est une Z-base de R^ (en général A n'est pas contenu dans R^ ), et
si T est la transformation linéaire qui applique {32 , 0 2 } sur
{(*! , a 2 } , i.e.
"11^1 ' 2 P2
a
2 1 2 1 + a 2 2^2
la norme N(A) de A est définie par
N(A) : = dét T
Nous allons utiliser le fait que
AA (a ! a 2 - a 2 « 1
N(A) 2 _
AO 5
f
où AB désigne le discriminant d'un module B = , £ > , i.e.
Tn(B t 2 ) Tr(B102) B^+B:2 B1B2+61B2 B 1 B2
AB =
2
Tr(g 2 6 1 ) Tr(g 2 ) 6j62 !B 2 B2+B2 2 B ! B2
voir [Ri], p. 17 et p. 121.
Nous ordonnons la base {oj , a 2 } de A de sorte que
OJA2 - A2AJ = N(A)/D
soit positif,i.e. dans IN , ou positif imaginaire, i.e. dans i IN , et
nous disons que le module A = <«[ , a 2 > est orienté.
Nous associons alors au module complet orienté A £ R^ = o la
forme quadratique suivante
N ( C* i x+a 2 y ) a ja ! a1a2+a2a1
= X
F
A = A = NTÂ) N(Âj" +
N(A) XY
a
2a2
+ —;—- Jy 2 = ax 2 + bxy + cy 2
N(A)
Si a £ A on a a o f £ A £ of et N(otof ) = |N(a)j N(o ) * |N(a)|
(voir [B-S], Chap. II, §6.1, théorème 2) et donc N(A) divise N(a) .
En effet |N(a)| = [o : a o f ] et ^ = [A : a o f ] .
Comme a = atx + a2y est dans A pour tout x,y e E. , alors
F (x,y) = ax 2 + bxy + cy 2 est un entier pour tout x,y € Z . D'où
A
N(a, ) Nfot» )
a = F
^ = A(1'0) ' C = F
A(0'1) e t d ° n c b = FA(1,1)-a-c
sont des entiers.
Le discriminant de F, est éqal
M au discriminant de l'ordre o_
A f
(g1â2+a2â1)2 - 4a151a2a2
D(F ) = b z - 4ac - -
A N(A) 2
(a1a2-a2gl)2
D = df 2 .
N(A)2
F est une forme primitive (voir [B-S], Chap. II, §5).
A
Si D < 0 , est une forme positive, i.e. F (Z 2 ) £ 0 , car
F
A
r- N(ai )
N(a) = r 2 - s 2 d £ 0 , pour tout a = r + s/d et donc a = £ 0
N LA )
Si D > 0 ,
F est une forme indéfinie, i.e. F prend des va-
A A
leurs positives et négatives.
Etant donné une forme F = [a,b,c] 0 de discriminant D = df 2 =
= b 2 -4ac , positive si D < 0 , il existe un module complet orienté A
avec une base ordonnée telle que F. = F . En effet, si D < 0 ou si
A _
b-/D
D > 0 et a > 0 nous posons A = <a , — - — > ; si D > 0 et a < 0
/- b-/D . r-
prenons A = /D < a , — - — > , ou /D est positif ou positif imaginaire
(voir [He], p. 214). A est alors un module complet avec R^ = o et
F
A = F *
F^ dépend de la base {a, , a 2 } choisie pour A, mais la classe
propre de F^ est indépendante de ce choix.
Plus généralement: Si A et B sont deux modules proprement équiva-
lents, alors aussi les formes correspondantes F^ et F^ , et vice ver-
sa (voir [He], Satz 154).
Résumons ces résultats.
Théorème 3.3:
(1) A chaque module complet orienté A avec anneau de multiplica-
teurs R^ = o dans un corps K = Q(/d) de discriminant d
correspond une forme quadratique binaire F^ qui est entière
et primitive et dont le discriminant D = f2d égale le dis-
criminant de l'ordre o^ . La forme F^ est positive si
d < 0 ",et indéfinie si d > 0 .
(2) Inversement, à chaque forme F = [a,b,c] 0 de discriminant
D = f 2 d , positive si d < 0 et indéfinie si d > 0 , corres-
pond un module complet orienté A = <a, , a 2 > , avec une cer-
taine base ordonnée {at , a 2 } et d' anneau R = o dans
r\ T
le corps K = Q(/d) , tel que F = F^ .
(3) Soit A et B deux modules complets orientés avec même anneau
de multiplicateurs o . Alors
A = B si et seulement si F E F„
A B
Il y a donc une correspondance bi-univoque g entre le groupe mul-
tiplicatif C (d) des classes propres de modules complets orientés
dans et les classes propres d) des formes quadratiques primi-
2
mitives de discriminant D = df , positives si d < 0 et indéfinies
si d > 0 . Donc C (d) est fini |C ( d ) | = (d)| = h f , et Z? f (d)
peut être muni d'une structure de groupe commutatif, l'opération de
groupe dans D {d) étant la composition des classes de formes quadra-
tiques introduite par Gauss en 1801 (voir [Ga], Art. 234).
La correspondance B permet de définir la notion de genre pour des
[Link].
Définition 3.4: Soit
A, B <£. M
°f
A et B sont dans le même genre, en symbole A ^ B , si et seulement
si Fa ^ .
A B
Cette définition est indépendante des bases choisies pour A et B,
car F s'F entraîne - F, ^ .
A - B A B
En plus, on peut supposer que A,B _£ o^ (à cause du théorème 3.3
(3) et du théorème 3.2.(2)).
5. Les genres dans M peuvent être caractérisés de plusieurs
of
façons. Commençons avec la découverte par Gauss que le genre regroupe
les formes représentant les mêmes nombres.
Par la définition de F , l'ensemble F (Z 2 ) des entiers repré-
A A
sentés par la forme F^ est donné par
F (Z 2 ) ' N(a) a € A
A I N(A)
car a = [Link] + a 2 y parcourt tout A si x et y parcourent tout Z
Rappelons que
F (Z2) = F (Z 2 ) si A s B
A B
Ivoir la proposition 2.2.(2) et le théorème 3.3.(3)).
D'après la définition 3.4 et la définition 2.10 nous avons
(3.5) A "u B <f=> e (F.) = e (F) pour tous les p|D ,
p A p B
c ' est-a-dire
' N(a ) f N(B )
(3.6) A ^ B N(A) = N(B) pour tous les p|D
P P
Rappelons que D = discriminant de o = D(F ) = 4d(F ) où
T A M
A M et que
°f
D( F ) E 0 modulo 4 si F £ F-
A A G
et D( F ) E 1 modulo 4 si FA <£ F., .
A A N
La caractérisation du genre d'un module A s. M^ , moyennant le
N(a) f
symbole de Legendre,se limite aux nombres n = ^ ^ représentes par
F^ avec (n,p) = 1 . Pour enlever cette restriction et pour rendre
la caractérisation plus générale nous remplaçons le symbole de Legendre
( —) par le symbole de reste normique introduit par Hilbert en
1894 pour un premier p (voir [Hi], Nr. 7, §64, (1897) ou [Hi], Nr. 5,
§3, (1894)).
Définition 3.7: Soit n,d e Z , n ^ 0 , d ^ carré et p un
nombre premier. Alors
(HiË) _ +1 si n E N(Y ) modulo p6
P e
pour un entier algébrique y s. o dans le cors <D(/d) et pour toute
e
puissance p , e s N ,
.n,d,
( P ) = -1 autrement.
Si d est un carré on pose
= 1 .
P
Le symbole a, entre autres, les propriétés suivantes (voir [Hi],
Nr. 7, §64 (1897)):
Proposition 3.8:
(1) = 1 , si pind , p * 2
(2) = (-) , si p | d , p in , p * 2
p p
ml
2
(3) i ^ - ) = (-1) , si d E 3,7 modulo 8
n 2 -1
8
(JILË) = (_-,) ; si d E 2 modulo 8
2
n-1 n 2 -1
2 8
= (-1) , si d E 6 modulo 8
(4) = .
P P P
Grâce à (4) on peut étendre le symbole aux nombres rationnels
n £ Q , n ^ 0 , et encore aux rationnels d £ Q , d ^ 0 à cause de
(5) = .
P P
En plus, on a pour n,d € Q , nd ^ 0
(6) = 1 <ç=> n e N(y ) modulo p6 pour un y. e Q(/d)
p e e
e
Y / 0 et pour toute puissance p , e <£ IN .
e
En comparant les propriétés (2) et (3) de la proposition 3.8 avec
(2.6) et (2.7) nous remarquons que le symbole de Hilbert (—— ) coïn-
P
cide avec le caractère de Gauss pour une forme de discriminant
d qui représente n avec n e f^(-Z2) . Rappelons que d = 4d 0 où d0
désigne le déterminant de Gauss de f et que d désigne aussi le dis-
criminant de <D(/d) . Notons aussi qu'il y a un seul caractère ( — )
pour le premier p = 2 si 4|d . Nous avons ainsi t caractères non-
triviaux ( — — ) pour le corps K = <D(/d) de discriminant d si t dé-
P
signe le nombre des premiers distincts p qui divisent d .
Nous pouvons alors poser pour un module complet A _£ R^ = cy de
discriminant D = df 2 dans le corps Q(/d) de discriminant d
N(a)
D
N(A) ' N(g)
(3.9) e (F.) = pour tout a € A avec =1
P A P N(A) ' P
Un tel a A existe, car F. est une forme primitive, e (F.) est
A P A
ainsi défini pour tous les nombres premiers p , car d'après la pro-
priété (1) de la proposition 3.8 eP (F A ) = 1 si p ne divise pas le
discriminant D.
Si nous définissons pour n,d e Z , n ^ O , d ^ O
+1 si n > 0 ou d > 0
, n, d
(3.10) (-*-
[ -1 si n < 0 et d < 0
la relation (3.9) reste aussi vraie pour p = °° , mais comme nous ne
considérons que desformes positives si d < 0 , le caractère pour
p = co est trivial, i.e. e (F ) = 1 pour tout module complet A.
oo A
Nous avons ainsi obtenu le résultat suivant :
Proposition 3.11: Soit A,B deux modules complets d'anneau
de multiplicateurs R = F = o. de discriminant D = df 2 et de con-
A B T
ducteur f dans le corps quadratique K = <t)(/d) de discriminant d.
Alors
A ^ B e (F ) e (F )
P A P B
pour tous les premiers p (y compris p ou
N(a)
D
N(A) N(g)
e (F) = pour tout a £ A avec ,P =1
p -A N(A)
,n,D, ,n,d. .. , , ..
Remarquons que ( ) = ( ) , a cause de la propriété (4) de la
P P
N(a)
proposition 3.8, et que n = ^ ^ est un entier represente par
la forme primitive entière F^ . La condition (n,p) = 1 pourrait être
enlevée. D'après la proposition 3.11 il y a au plus genres dis-
tincts où t désigne le nombre des premiers distincts qui divisent d
(2 inclus si 4|d).
Notons aussi que l'ordre o appartient à la classe propre prin-
cipale dans M et donc (selon 2.3, théorème 3.3.(3) et définition
°f
3.4) au genre principal qui est caractérisé par e ( ) = +1 pour tous
les premiers p qui divisent D et donc pour tous les premiers.
Pour en déduire des caractérisations des genres nous allons nous
servir du théorème normique de Hilbert (voir [Hi], Nr. 7, Satz 102
(1897) ou [Ha] - 1949, §26.7):
Théorème 3.12: Soit n,d £ Z , n / 0 , d / carré . Si
,n,d.
( ) = 1 pour tous les premiers p
P
alors n est la norme n = N(f) d'un y e Q(/d)
et du théorème sur la réciprocité quadratique auquel Hilbert a donné la
forme suivante (voir [Hi], Nr. 7, Hilfssatz 14 ou [Ha] - 1949, §5.6):
Théorème 3.13: Quel que soit n,d n ^ O , d ^ O avec
n > 0 ou d > 0 , le produit sur tous les premiers p
^ (——) est égal à 1.
P P
Le lien entre les genres et le symbole de reste normique de Hilbert
est alors le suivant:
Théorème 3.14: Soit A et B deux modules complets avec
R = R = o dans le corps quadratique K = Q(/d) de discriminant d
A B f
et D = df 2 le discriminant de . Alors:
N( v) d
(1) ( TP ' ) = 1 pour tout y e. <D(/d) , Y * 0 .
(2) A est dans le genre principal de M si et seulement si
,N(A),D °f
( ) = 1 pour tous les premiers p .
P
, s . N ( A ) , D. N(B) ,D
(3) A ^ B <==> ( ) = ( ) pour tous les premiers p .
P P
(4) A est dans le genre principal de M^ si et seulement s'il ex-
é
iste Y Q(/d) , Y * 0 tel que N(A) = N(y) •
(5) Un module A M avec (N(A),D) = 1 est dans le genre princi-
°f
pal si et seulement s'il existe un entier y S Q(/d) avec
(y,D) = 1 , N(y) > 0 , tel que N(A) E N(Y) mod D .
(6) Soit A,B e M et (N(A),D) = 1 et (N(B),D) = 1 . Alors A ^ B
°f
si et seulement s'il existe un entier y e Q(/d) , N(Y) > 0 ,
(Y,D) = 1 ,tel que N(A) E N(Y)N(B) mod D .
Démonstration :
(1) est une conséquence immédiate de la proposition 3.8.(6)
(2) est une conséquence de (1) et de la proposition 3.11, car si
N(a„)
Cp £ A tel que — P-,p 1 , alors
N(A),d N(A ) ' N(a ) ,d
P" i j
A est dans le genre principal si et seulement si
E
(Fa) N(A) ' = 1 pour tout premier p avec a e A
P A P
P
choisi comme plus-haut; d'où la propriété (2).
(3) est une conséquence immédiate de (2).
(4) Pour (4) nous nous servons du théorème 3.12 et de (1) et (2).
Notons que N(A) > 0 et donc N(y) > 0 , et que N(A) e Z et
donc y & o •
(5) est une conséquence du théorème 3.13, car si N(A) E N(y) mod D,
alors N(A) E N(y) mod p pour tout premier p qui divise D.
x + y/d
Si Y = avec x , y s. nous obtenons
2
4 N(A) E X - dy 2 E X2 mod p , donc
N(A) E x 2 mod p est résoluble pour un entier x si p ^ 2 .
Il est bien connu qu'alors (voir [Se], II, §2, Corollaire 2, p. 29)
e e
N(A) E x 2 mod p est résoluble pour toute puissance p de p si
p / 2 . Donc
^ N ( A ) _ ^ p0un tout premier p ^ 2 .
D'après la loi de réciprocité (théorème 3.13) on a aussi
( N(A),P ) = 1
et donc le critère (5).
(6) est une conséquence immédiate de (5). q.e.d.
La théorie des genres de modules complets dans M se laisse
°f
ramener en quelque sorte à la théorie des genres des modules complets
dans M , c'est-à-dire à la théorie des idéaux dans Q(/d) , grâce
aux faits suivants:
(1) Tout idéal (ordonné) dans o est (proprement) équivalent à au
moins un module complet dans M pour un certain ordre
0.p T
(voir [Co], p. 220).
(2) Les classes dans M peuvent être obtenues d'après Weber (1897)
f
°
et Fueter (1903) moyennant une équivalence définie modulo f à
l'intérieur de l'ordre pricipal o (voir [Co], p. 220 et [We] -
1897, §4, §5 ou [We] - 1908, Band 3, Zweites Buch, §96-100).
6. Avant de donner des caractérisations algébriques des genres,dé-
duisons du théorème 3.14 le théorème fondamental de Gauss (1801) sur
les genres (voir [Ga], Art. 247, 261/2, 286/7 et comparer avec les thé-
orèmes 2.11, 2.14, 2.15) :
Théorème 3.15: Soit D = df 2 le discriminant de l'ordre o^. du
corps quadratique K = Q(/d) .
(1) Il y a exactement 2^ genres distincts, où t désigne le nomb-
re des diviseurs premiers distincts de d .
(2) Le carré d'une classe propre est dans le genre principal.
(3) Toute classe propre dans le genre principal est le carré d'une
classe propre.
Démonstration :
(2) est une conséquence de la multiplicativité de la norme et du sym-
bole normique, proposition 3.8.(4), car
2
N(A 2 ),Dl N(A) , D
= 1 pour tous les premiers p.
P P
, , t-i
(1) Qu'il y ait au plus 2 genres distincts est une conséquence de
la réciprocité quadratique qui donne une relation linéaire entre
tous les caractères ( —P— ) (théorème 3.13).
t-i „ .
Qu'il y ait au moins 2 genres distincts est une propriété très
profonde que Gauss obtint via (3) à l'aide de la théorie de repré-
sentation d'-une forme binaire par une forme ternaire. Elle se
laisse essentiellement déduire du théorème (analytique) de Dirich-
let qu'une progression arithmétique contient un nombre infini de
premiers (voir [B-S], III, §8.3, en particulier théorème 5 et aus-
si §8.4 théorème 8).
(3) Pour une démonstration complète de (3) voir par exemple [B-S],
III, §8.4, théorème 7.
Le théorème fondamental des genres 3.15, démontré par Gauss pour
des formes quadratiques de déterminant d0 peut être interprété comme
étant le théorème principal de la théorie du corps de classes pour
le corps quadratique K = Q(/d) de discriminant d = 4d 0 (voir [B-S],
III, §8.2).
4. Théorie des formes quadratiques (suite)
1. Revenons à la théorie des formes quadratiques. En se basant sur
des travaux d' Eisenstein , Smith et Minkowski sur les formes quadrati-
ques entières à plusieurs variables, Speiser donna en 1912 une carac-
térisation algébrique du genre (voir [Sp]):
Théorème 4.1: Deux formes quadratiques primitives (binaires) F
et G de discriminant D appartiennent au même genre si et seulement
s'il existe une transformation linéaire rationnelle T = (t ) , de dé-
terminant dét T = 1 et dont les coefficients t e d) ont des déno-
ij
minateurs qui sont premiers à D, telle que
Mq = T1 Mf T .
Ce théorème peut encore se formuler ainsi (voir [Wa], Chapter 5.5 ou
[B-S], III, § 8.3 ou [Jo], Chapter V):
Théorème 4.2: Deux formes quadratiques primitives (binaires) F
et G de discriminant D appartiennent au même genre si et seulement
s'il existe une transformation rationnelle T = (t ) , t e Q ,
ij !J
telle que
t
M = T M T .
G F
En appliquant les nombres p-adiques introduits par K. Hensel en
1897 aux critères de Minkowski (voir [Fr], 1.5) Hasse put donner le cri-
tère suivant (voir [Ha] - 1923, Einleitung et [Fr], 1.6 ou [Wa], Chap-
ter 3.7, voir aussi [Hn], Kap. XII, § 8) :
Théorème 4.3: Deux formes quadratiques primitives (binaires) F
et G de discriminant D appartiennent au même genre si et seulement
si
t
(1) M = T M T pour une matrice reelle inversible T
G F
t
(2) M = T M T pour une matrice p-adique inversible et
G p F p
entière T pour chaque premier p .
2. L'importance de la théorie des genres pour la représentation
d'un nombre par une forme quadratique (primitive binaire) repose sur
le critère 4.4 qui suivra. Si F est une forme quadratique appartenant
au genre Ç nous désignons les caractères de Ç par
e (Ç) : = e (F)
P P
Cette définition est, bien entendu, indépendente de la forme F choi-
sie dans Ç . Rappelons que
e (F) =
où D est le discriminant de F et m ^ 0 est un entier représenté par
F . Le critère s'énonce alors comme suit:
Théorème 4.4: Un nombre naturel n se laisse représenter par une
forme F de genre Ç et de discriminant D si et seulement si
,n,D r
( ) = e (y) pour tous les premiers p .
Démonstration: Il est clair que le critère est nécessaire. Pour
la suffisance voir [B—S], III, § 8.3, théorème 4.
Le théorème 4.4 se laisse étendre aux entiers m e Z , m ^ 0 ( si
l'on ajoute la condition pour p = °° .
Le théorème 4.4 exprime le fait important que la représentabilité
d'un nombre n par une forme F de genre Ç et de discriminant D,
(n,D) = 1 , ne dépend que de la classe de congruence de n modulo |D| ,
car (— 1 — ) ne dépend que de n modulo |D| , si p|D ; rappelons que
= 1 si p|D .
C'est en effet cette propriété qui motivait Gauss à introduire
la notion de genre. D'après la théorie du corps de classes il n'est
pas possible d'obtenir un critère analogue au théorème 4.4, c'est-à-
dire un critère de congruence par rapport à un seule module, si l'on
remplace la notion de genre par celle de classe , sauf dans le cas
où chaque genre contient précisément une seule classe. Ceci nous ra-
mène aux nombres convenables d' Euler (voir th. 2.17).
3. Enumérons d'abord les discriminants D = df 2 < 0 pour les-
quels on sait que chaque genre contient précisément une seule classe
propre (primitive) (voir [B-S], table 5 ou [De]).
Théorème 4.5: Soit D = df 2 < 0 le discriminant de l'ordre o
dans le corps K = Q(/d) de discriminant d . Alors tout genre de dis-
criminant D contient une et une seule classe propre (primitive) si
-D prend une des 101 valeurs positives suivantes:
3 > (3- 2 2 ) , (3- 3 2 ) (3- 4 2 ) , (3- 5 2 ) , (3
(3- 8 2 ) , 4 y (4- 2 2 ) (4- 3 2 ) , (4- 4 2 ) , (4
7 > (7- 2 2 ) , (7- 4 2 ) (7. 8 2 ) , 8 y (8
2
(8- 3 ) , (8- 6 2 ) , 11 (11- 3 2 ) , 15 y (15
(15- 4 2 ) , (15- 8 2 ) , 19 20 y (20- 3 2 ) , 24
(24- 2 2 ) , 35 > (35- 3 2 ) 40 y (40- 2 2 ) , 43
51 > 52 > 67 84 y 88 y (88
91 > 115 5 120 (120- 2 2 ) , 123 y 132
148 > 163 > 168 (168- 2 2 ) , 187 y 195
228 J 232 > (232- 2 2 ) 235 y 267 y 280
(280- 2 2 ) , 312 > (312- 2 2 ) 340 y 372 y 403
408 > (408- 2 2 ) , 420 427 y 435 y 483
520 5 (520- 2 2 ) , 532 555 y 595 y 627
660 5 708 y 715 760 y (760- 2 2 ) , 795
840 > (840- 2 2 ) , 1012 1092 y 1155 y 1320
(1320- 2 2 ) , 1380 y 1428 1435 y 1540 y 1848
(1848• 2 2 ) , 1995 y 3003 3315 y 5460 •
Parmi ces 101 valeurs, 65 appartiennent à un ordre maximal o , f = 1
et 36 à d'autres ordres (ces valeurs sont données entre
parenthèses); 36 parmi ces 101 valeurs ont un discriminant D impair,
i.e. D = 1 modulo 4, et appartiennent alors à l'ensemble Â" des for
mes nouvelles. Les 65 autres discriminants sont pairs et donc de la for
me D = 4 d0 et appartiennent à l'ensemble A des formes de Gauss de
G
D
déterminant d 0 = — . Ces 65 valeurs - d 0 sont positives et reprodui-
sent les 65 nombres convenables d' Euler (voir théorème 1.8).
Soit r l'ensemble des -D , où D = df 2 < 0 est un discriminant
avec une seule classe propre par genre:
T = {-D | D = df 2 < 0 discriminant ayant une seule
classe par genre).
Chowla démontra en 1934 que r est fini. Sa démonstration repose sur
le résultat que
lim h(D)
[>co £( D ) '
où h(D) signifie le nombre des classes propres et Q(D) le nombre
des genres de discriminant D < 0 (voir [Ch]).
En utilisant le théorème asymptotique de Siegel et la formule ana-
lytique du nombre de classes pour le corps Q(/d) de discriminant d < 0
L(1 , X) ,
où x(m) = (—) est le symbole de Kronecker, i.e. le caractère quadra-
m
tique de Q(/d) ,
, , , r X(m) la . . . . .
L(s,x) = l —s— serie L associee a x
et h(D) = f h(d)
si D = df 2 < 0 (voir [Ld], Satz 209 et Satz 214).
Briggs et Chowla (1954), et plus tard Grosswald (1963) et Weinber-
ger (1973) ont pu obtenir des informations plus précises sur l'ensemble
T , mais la "conjecture" d' Euler que 1848*2 2 est la plus grande va-
leur dans r , ou plus précisément que T contient exactement 101 nomb-
res, et qu'il y a donc précisément 65 nombres convenables, n'est pas
complètement réglée (voir [Br-Ch], [Go] et [Wr]). Le résultat est que
la table du théorème 1.8 contient tous les nombres convenables sauf
pour une valeur additionnelle possible (voir [Wr], theorem 1).
4. Pour obtenir le nombre de représentations d'un nombre n par
une forme F nous suivons les idées de Gauss dans ses "Disquisitiones
arithmeticae".
Gauss dit qu'une forme F = ax 2 + bxy + cy 2 (Gauss considère seu-
lement les formes avec b pair) représente un nombre entier n propre-
ment si
n = ax 2 + bxy + cy 2 admet une solution (x,y) € Z 2
avec (x,y) = 1 .
Le théorème fondamental de représentation trouvé par Gauss peut
etre exprimé comme suit (voir [Ga] - 1801, Art. 154-156, 180) :
Théorème 4.6: Soit F = ax 2 + bxy + cy 2 une forme quadratique
de discriminant D = b 2 - 4ac et n e Z un entier.
(1) A chaque représentation propre (x,y) = (s,t) S, Z 2 du nombre n
par la forme F , i.e.
(R) n = as 2 + bst + et 2 (s,t) = 1
est associée une solution z = l <£- /Z de la congruence
(S) z2 = D modulo 4 n ,
qui est unique modulo 2 n .
(2) Inversement, à chaque solution z = î, de la congruence (S) est
associée une forme
î,2-D
F' = nx' 2 + î,x'y'
J + my'
J
2
, m = — —
4n
de discriminant l 2 - 4nm = D , qui représente n proprement avec
(x,y) = (1,0) .
(3) Si la solution (s,t) de (R) appartient à la solution il de (S),
alors F e F' , et inversement.
(4) Le nombre de représentations propres (s,t) = 1 de (R) apparte-
nant à une solution £ de (S) modulo 2n est égal au nombre d'au-
tomorphismes A(F) de F , i.e. au nombre de transformations liné-
aires de déterminant 1 qui laissent F invariante:
ag
A(F) = | {T : dét T = 1 , M = T t M T}
Y <S F F
(5) A(F) est égal au nombre d'unités dans le corps Q(/d) , i.e.
6, si d = -3 , f = 1
A( F) = \ 4 , si d = -4 , f = 1
2 , si D = df z < - 4 .
Donnons un exemple:
La forme F = 2x 2 + xy + y 2 de discriminant D = 1 2 - 4-2 = -7
représente n = 11 proprement avec (x,y) = (s,t) = (2,1) .
Par la transformation linéaire
x = 2x' + y'
y = x' + y'
2 1
de déterminant = 1 F est transformée en la forme
1 1
F' = 11x' 2 + 13x'y' + 4y' de discriminant
2
D=13 -4-11-4= -7.
Comme D = 13 2 modulo 4 - 1 1 on voit que z = A = 13 correspond à la
représentation (s,t) = 2,1) .
F admet deux automorphismes, donc il y a une autre représenta-
tion propre qui correspond à H = 13 , à savoir (s,t) = (-2 , -1) qui
s'obtient à partir de (s,t) = (2,1) par la multiplication par l'uni-
té -1 . Rappelons que l'ordre principal o du corps Q(/-7) contient
précisément deux unités, à savoir ±1 .
La forme F admet encore une représentation propre de n = 11 avec
(x,y) = (s,t ) = ( 2 , - 3 ) .
Une transformation appartenant à cette représentation
x = 2x' + y'
y = -3x' - y'
2 1
de déterminant 1 transforme F en la forme
-3 -1
F' = 11x' 2 + 9x'y' + 2y' de discriminant
2
D = 9 - 4 * 1 1 ' 2 = - 7 .
Comme D e 92 modulo 4 - 1 1 , on a que z = Z = 9 correspond aux re-
présentations (s,t) = (2 , -3) et (-2 , 3) .
Notons que la congruence
D = -7 e z 2 modulo 4 • 11
admet précisément les deux solutions z = Z E 9, 13 modulo 2 • 11 .
Donc n = 11 admet précisément les quatre représentations propres
trouvées.
Le théorème principal 4.6 implique immédiatement le théorème sui-
vant :
Théorème 4.7: Soit n un entier et F t , ... , F des représentants
des classes propres positives primitives de discriminant D = df 2 < 0 .
Soit N (n) le nombre de représentations propres de n par F et
i i
A(F. ) le nombre d ' automorphismes de , et soit L(D , 4n ) le nombre
de solutions distinctes modulo 2n de la congruence
(S) z2 = D modulo 4n .
Alors
h , ,
r N.; ( n )
L(D
'4n)
(1 )
^ Â ? ri r =
i=i
(2) Si n n'a pas de carrés
L(D , 4n) = l X(t) = l 1 + (-)
11 n 11 n p| n
0 , si (S) n'admet pas de solutions,
r
2 , si (S) admet une solution,
où x(t) = désigne le caractère quadratique de Q(/d)
et r dénote le nombre de premiers p qui divisent n mais pas D
Démonstration: (1) est une conséquence immédiate du théorème 4.6
et (2) s'obtient moyennant le théorème chinois sur les restes et la
théorie des restes quadratiques.
Dans le cas d'un discriminant avec une classe par genre nous obte-
nons finalement le
Théorème 4.8: Soit n un entier qui n'a pas de carrés et F une
forme positive primitive de discriminant D = df 2 < - 4 avec - D e r ,
i.e. avec une seule classe par genre,qui représente n proprement, et
(n , D) = 1 . Soit N(n) le nombre de représentations propres de n par
Alors
(1) N(n) = 2 r + I ,
où r désigné le nombre de premiers p qui divisent n (mais
pas D) .
(2) n est premier si et seulement si N(n) = 4 .
(3) Si F = ax 2 + cy 2 , -4ac = D < - 4 , -D e r , (n , D) = 1 , a e IN
et (a , c) = 1 , alors n est premier si et seulement si N(n) = 4 .
(4) Si F = ax 2 + cy 2 , -4ac = D < - 4 , -D t r , ( n , D) = 1 , a e |N
et (a , c) = 1 , alors n = ax 2 + cy 2 admet une seule représenta-
tion (x , y) e N 2 qui en plus satisfait (ax , cy) = 1 si et seu-
lement si n est premier.
Démonstration : (1), (2) et (3) découlent immédiatement du théorème
précédant et du fait que les formes représentant le même nombre n appar-
tiennent toutes au même genre (théorème 4.4). Pour (4) notons qu'avec
une représentation (x , y) <=~<Z2 de n , (-x , y) , (x , -y) et (-x , -y)
sont aussi des représentations de n , et que parmi ces quatre repré-
sentations une seule est dans IN2 .
Donc si -DeT et D < -4 alors — est convenable et nous av-
4
ons obtenu une partie du théorème 2.17.
Les théorèmes 2.17 et 3.15 de Gauss donnent encore une autre carac-
térisation des nombres convenables en termes d' exposant du groupe des
classes.
Soit E(D) l'exposant du groupe C(D) des classes propres de for-
mes quadratiques primitives de discriminant D < 0 ou encore des clas-
ses propres de modules complets orientés dans M du corps Q(/cT) , où
°f
D = df 2 .
Théorème 4.9: Les énoncés suivants sont équivalents:
(1 ) — est convenable
4
(2) -Der
(3) E(D) = 2
Démonstration: (1) et (2) sont équivalents d'après le théorème
2.17. L'équivalence de (2) et (3) est une conséquence du théorème 3.15,
car d'après le théorème 3.15 (2) le carré de toute classe propre est
dans le genre principal. Comme -D £ T , le genre principal ne contient
qu'une seule classe propre, la classe propre principale. Donc le carré
de toute classe propre est la classe propre principale. Inversement si
-D ^ T , alors le genre principal contient au moins deux classes dis-
ei:
tinctes, par exemple la classe principale M > ^
D'après le théorème 3.15 (3) il existe une classe [N] tel que
2
[N] = [M] . Donc l'ordre de [N] dans C(D) est différent de 2. q.e.d
Encore une autre caractérisation est fournie par la théorie du
corps de classes et résulte du théorème 4.4 et de la remarque qui suit
ce théorème.
Théorème 4.10: m e IN est convenable si et seulement si les nomb
res représentés par une forme quadratique primitive de discriminant
D = -4m se laissent tous caractériser par des congruences par rapport
à un et un seul module f.
f est un diviseur de D ou de 4m .
Pan exemple pour les discriminants D = - 4 , - 8 , -12 , i.e. pour
les déterminants d = -1 , - 2 , - 3 des formes x2 + y 2 , x2 + 2y2 e
x 2 + 3y 2 les théorèmes 1.1, 1.3 et 1.4 nous ont déjà montré que
f = -D = 4 , f = -D = 8 et f = j = 3 respectivement.
5. Les critères de Grube
1. Dans son article de 1874, F. Grube (voir [Gr]) examine et ana
lyse les démonstrations d' Euler concernant les nombres convenables
les corrige et les complète en s'appuyant sur la théorie des genres
des formes quadratiques de Gauss.
Soit dans la suite toujours
F = ax 2 + by 2
une forme primitive positive, i.e. (a , b) = 1 , a , b e IN , de dis-
criminant D = -4ab < 0 .
Une représentation (x , y) £ £ 2 d'un nombre naturel n par F
donne aussi naissance aux représentations (-x , -y) , (-x , y) et
(x , -y) de n par F si D < - 4 . Si D = - 4 , i.e. si a = b = 1 ,
(y , x) , (-y , -x) , (-y , x) et (y , -x) sont encore des repré-
sentations de n par F en accord avec le fait que l'ordre maximal
du corps quadratique Q(/-4) = Q(/^1) contient quatre unités. Nous
dirons, suivant Grube, que ces quatre (si D < -4), resp. huit (si
D = -4) représentations d'un nombre n par F sont essentiellement
égales.
Grube commence par la démonstration du théorème suivant (voir
[Gr], §1):
Théorème 5.1: Soit F = ax 2 + by 2 une forme positive primitive,
t un diviseur de a •b (aussi t = 1) et p un nombre premier impair.
Alors tout nombre naturel n de la forme
n = tp ou n = 2tp
admet essentiellement au plus une représentation par F . En plus cette
représentation est une représentation propre.
Définition 5.2: Si un nombre naturel n admet essentiellement une
seule représentation (x , y) e Z 2 par F = ax 2 + by 2 , qui en plus est
une représentation propre, i.e. (x , y) = 1 , nous dirons, suivant
Grube, que n est primitivement représenté par F.
Définition 5.3: Une forme positive primitive F = ax 2 + by 2 est
dite une forme eulerienne, si tout nombre naturel n qui est primitive-
ment représenté par F est de la forme
s
n = tp ou n = 2tp ou n = t2 ,
où t est un diviseur de a • b , p est un premier impair et s est un
nombre naturel.
Bien sur, la notion de forme eulerienne utilisée par Grube coïnci-
de avec la notion de forme convenable utilisée par Euler (voir défini-
tion 1.5). Nous continuerons à appeler une telle forme une forme conve-
nable. Pour une forme convenable le théorème 5.1 admet donc un inverse.
Puis Grube démontre le théorème suivant (voir [Gr] §2 et §8):
Théorème 5.4: Soit a , b , a' , b' e IN et ab = a'b' . Alors la
forme
F = ax 2 + by 2 est convenable si et seulement si
F' = a'x 2 + b'y 2 est convenable.
Euler démontra ce théorème mais seulement dans le cas où au moins
un des deux nombres a et b est sans carrés. La démonstration géné-
rale de Grube s'appuie sur le
Théorème 5.5: La forme positive primitive F = ax 2 + by 2 est
convenable si et seulement si -D = 4ab € T , i.e. si et seulement si
chaque genre de discriminant D contient exactement une seule classe
propre de formes proprement primitives.
Ce théorème fut déjà trouvé par Gauss (voir théorème 2.17), mais
la première démonstration fut publiée par Grube (voir [Gr], §6, §8).
Le théorème 5.4 s'obtient alors immédiatement comme suit. Si
F = ax 2 + by 2 est convenable alors -D = 4ab e T . Donc -D = 4a'b'é r
et F' = a'x 2 +b'y 2 est convenable.
Rappelons qu'un nombre naturel m = ab est dit convenable si et
seulement si F = ax 2 + by 2 est une forme convenable, i.e. si et seu-
lement si 4m e T (voir la définition 1.7).
En partant du théorème 5.5 et en appliquant la théorie des formes
réduites et la théorie des genres de Gauss, en particulier le théorème
2.15, Grube obtient facilement le critère suivant (voir [Gr], §9):
Théorème 5.6: Un nombre naturel m est un nombre convenable si
et seulement si tout nombre n e IN de la forme
n'admet pas d'autres factorisations
n = rs avec s > r > 2x , r,s e IN ,
que celles pour lesquelles
r = s ou r = 2x .
Donnons quelques, exemples:
Pour m = 48 on a les factorisations
48 + 1 2 = 49 = 7 • 7 : r = s
48 + 2 2 = 52 = 4 • 13 : r = 2x
48 + 3 2 = 57 = (3-19)
48 + 4 2 = 64 = 8 • 8 : r = s
donc m = 48 est convenable.
Pour m = 60 on a
60 + 1 2 = 6 1
2
6 0 + 2 = 6 4 = 8 * 8 : r = s
60 + 3 2 = 69 = (3-23)
60 + 4 2 = 76 = (4-19)
donc m = 60 est convenable.
Pour m = 11 on trouve
2
11 + 1 = 1 2 = 3 - 4 : s > r > 2x
donc m = 11 n'est pas convenable,
et pour m = 14 on a
14 + 1 2 = 15 = 3 ' 5 r > s > 2x
donc m = 14 n'est pas convenable, non plus.
Avec les mêmes méthodes déjà utilisées pour la démonstration du
théorème 5.6 Grube peut aussi démontrer le théorème 1.11 d' Euler ain-
si que la généralisation suivante de ce théorème (voir [Gr], §10):
Théorème 5.7:
(1') Si c est convenable et t 2 |c , alors t = 1 ,2,3,4,5 .
(6') Si m > 1 et m E 1 modulo 4 , alors 4m n'est pas con-
venable, i.e. 4(4k+1) , k e. IN n'est jamais convenable.
(8' et 9') m = 32k , k e IN , n'est jamais convenable.
(10' ) Si q est une nombre impair et m est de la forme
m = q2 - a2 , alors 4m n'est pas convenable.
Moyennant ce théorème Grube détermine tous les nombres convenables
divisibles par un carré (voir [Gr], §10). Pour les autres il peut fina-
lement déduire un critère qui est très proche du critère 1.9 d' Euler
(voir [Gr], §11).
Théorème 5.8: Soit m un nombre naturel sans carrés et
m ^ 3 , 7 , 15 .
Alors m est un nombre convenable si et seulement si tout nombre n t IN
de la forme
n = m + x2 avec x e IN et x < +
est de la forme
n = tp , n = 2tp ou n = p2
où t est un diviseur de m et p est un nombre premier impair.
Terminons en illustrant ce critère par l'exemple m = 120 .
D'après le théorème 1.11, propriétés (4) et (7), un nombre naturel
de la forme 4(4k+2) , k e IN , est convenable si et seulement si le
nombre (4k+2) est convenable.
Donc 120 est convenable si et seulement si 30 est convenable. En
appliquant le critère .5.8 à m = 30 on trouve
30 + 1 2 = 31 = p
2
30 + 2 = 3 4 = 2 ' 1 7 = 2 - p
2
3 0 + 3 = 3 9 = 3 - 1 3 = t - p
donc 30 ainsi que 120 sont des nombres convenables.
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