Approximations Hilbertiennes en Analyse
Approximations Hilbertiennes en Analyse
Analyse fonctionnelle
Laurent Guillopé
TABLE DES MATIÈRES
Le titre général de ces notes insiste sur le point de vue de l’approximation en moindres
carrés d’une fonction, via sa représentation par une série dans un espace de Hilbert
N
X
f = lim hf, en ien
N →∞
n=0
avec
N 2 ∞
X X
f− hf, en ien = |hf, en i|2 →N →∞ 0.
n=0 n=N +1
La famille (en )n∈N , un système de fonctions orthonormées, sera tour à tour celle des expo-
nentielles de Fourier, et leurs compagnons sin et cos, celle de polynômes de divers types
(Legendre, Chebyshev, Hermite), celle des fonctions de Haar (ancêtres des ondelettes) et
celle de fonctions de Bessel.
Le cadre géométrique des séries précédentes est celui de la géométrie euclidienne (celle
du plan ou de l’espace physique) en dimension infinie (le domaine de l’analyse), qui mêle
formules de Pythagore de la géométrie élémentaire et complétude de l’analyse fonctionnelle :
c’est la théorie des espaces de Hilbert dont les résultats de base sont exposés dans le premier
chapitre.
Les deux chapitres suivants se concentrent sur les familles particulières de fonctions don-
nant des bases orthonormées. Leur caractère de catalogue aurait pu imposer le titre général
de Fonctions spéciales au lieu de la référence hilbertienne (qui ne couvre pas les résultats
plus subtils de convergence simple) : pourquoi ces choix, et pas d’autres, tant les fonctions
spéciales sont nombreuses ? Sans risque d’erreur, on peut dire que ce sont les fonctions qui
apparaissent le plus fréquemment dans les sciences de l’ingénieur, après les fonctions ex-
ponentielle, logarithme, sinusoïdales : par ex., les fonctions de Bessel apparaissent lors de
l’étude des fonctions radiales (pour le calcul de leur transformée de Fourier, pour l’expression
du Laplacien en coordonnées polaires et la séparation des variables exposée au début du cha-
pitre 3), les polynômes de Legendre sont aussi intimement liés à l’analyse de fonctions dans
l’espace R3 comme par exemple la formule (20) pour le dipôle ou les harmoniques sphériques
de la sphère S 2 à l’instar des fonctions sinusoïdales sur le cercle S 1 du plan.
L’étude de, et les résultats sur, ces fonctions spéciales sont emmêlés, comme l’exprime par
exemple parfaitement la décomposition (21) attribuée à Rayleigh de l’onde plane ejhk,ri de
vecteur k ∈ R3
r
π Jn+1/2 (kkk krk)
jhk,ri
X
n hk, ri
e = (2n + 1)j p Ln , r ∈ R3 .
n≥0
2 kkk krk kkk krk
en série de polynômes de Legendre Ln , avec les amplitudes exprimés en terme de fonctions
de Bessel Jn+1/2 d’ordre demi-entier.
PROLOGUE v
L’examen des graphes des diverses familles (Fig. 2, 4, 6, 8, 13), et des approximations
des fonctions en dent de scie classique (Fig. 3, 5, 7, 9, 14) montre par ailleurs toute la
similarité des approximations. Si les démonstrations pour les exponentielles sont classiques
(et aisées), les résultats sont repris quasiment mot pour mot pour les familles de polynômes
ou de fonctions de Bessel : ces notes auraient pu être intitulées Développements de Fourier-
Legendre-Chebyshev-Hermite-Bessel ! Aussi simples soient-ils, ces résultats requièrent pour
leur preuve des résultats fins de la théorie moderne, i. e. lebesguienne, de l’intégration (ne
serait-ce que la définition de l’espace L2 (I) associé à un intervalle I de R) : le lecteur
intéressé est renvoyé au cours Linéarité et convergences qui indique au long d’un bref aperçu
de cette théorie quelques résultats utilisés sans vergogne ici.
Ces fonctions classiques ont été introduites et étudiées il y a bien longtemps : Bessel, Che-
byshev, Hermite, Legendre sont des mathématiciens du XIXe siècle (à l’habitude, l’Index
de la version en ligne renvoie pour les mathématiciens cités dans le texte à leurs notices de
l’encyclopédie biographique MacTutor history of mathematics archive de J. J. O’Connor et
E. F. Robertson de l’Université de St Andrews, Écosse). Avec la disponibilité des ordina-
teurs et de leurs bibliothèques de programmes scientifiques (C, maple, matlab, scilab,. . .),
le scientifique ou l’ingénieur du XXIe siècle ont un accès commun et aisé à ces fonctions
classiques.
[Link]/˜guillope/seii1-af/
[Link]@[Link]
CHAPITRE 1
ESPACES DE HILBERT
Un espace de Hilbert est un espace normé complet, non nécessairement de dimension finie,
dont la norme dérive d’un produit scalaire comme la norme euclidienne || ||2 de Rn , ce
qui lui confère une géométrie euclidienne qui permet de généraliser simplement certaines
propriétés de la dimension finie.
L’archétype des espaces de Hilbert (non de dimension finie) est l’espace des suites dénom-
brables (i. e. indexée par N ou, par une bijection convenable, par Z)
X
`2 (N) = {u = (un )n∈N ∈ CN , |un |2 < ∞}
n∈N
Si (ek )k∈N est la famille de suites où ek est la suite de `2 (N) dont le seul coefficient non nul
2
est le k -ème valant 1, on peut écrire tout
P u = (un )n∈N de2 ` (N) P avec un nombre fini de
coordonnées un non nulles comme u = k∈N uk ek , avec kuk2 = k∈N |uk |2 = k∈N hu, ek i2 .
P
De telles sommes gardent un sens comme série pour des vecteurs quelconques u ∈ `2 (N),
justifiant le qualificatif de base orthonormée pour la famille (en )n∈N . C’est ce que développe
ce chapitre.
2. L’espace `f (N), muni du produit scalaire (1) (où la somme est toujours finie) n’est pas
complet : en effet la suite (xk )k≥1 telle que xkn = 1/(n + 1) si n ≤ k et zéro sinon est
une suite de Cauchy, qui n’est pas convergente dans `f (N).
3. L’espace (C([0, 1]), || ||2 ) de l’exemple 1.1 n’est pas complet. La suite (gn )n∈N définie
par
0,
si 0 ≤ t ≤ 1/2,
gn (t) = n(t − 1/2), si 1/2 ≤ t ≤ 1/2 + 1/n,
1, si 1/2 + 1/n ≤ t < 1,
est de Cauchy sans être convergente dans cet espace normé.
1.2. ORTHOGONALITÉ 3
RT
4. L’espace L2 (0, T ) des fonctions f sur (0, T ) de caré intégrable, i. e. 0 |f (t)|2 dt < ∞,
muni du produit scalaire
1 T
Z
hg1 , g2 iT = g1 (t)g2 (t)dt, g1 , g2 ∈ L2 (0, T )
T 0
est un espace de Hilbert, dont la norme d’un vecteur f , une fonction de carré intégrable,
sera notée kf kL2 (0,T ) ou simplement kf k2 . Cet Hilbert contient C([0, T ]) comme sous-
espace dense. Son sous-espace C([0,
e T ]) des fonctions telles que f (0) = f (T ) et dont le
prolongement T -périodique à R est continu, l’est aussi : il contient le sous-espace des
polynômes trigonométriques comme sous-espace dense. /
1.2. Orthogonalité
Définition 1.3. Deux vecteurs u et v de l’espace E sont dits orthogonaux si hu, vi = 0.
Une famille (ei )i∈I de vecteurs de E est dite orthogonale si tous les vecteurs sont deux à
deux orthogonaux, elle est dite orthonormée si elle est orthogonale, avec tous ses vecteurs
unitaires.
Soit A une partie de E . Son orthogonal, noté A⊥ , est la partie définie par
A⊥ = {u ∈ E, hu, ai = 0, a ∈ A}.
4 Remarque 1.3. Si u et v sont orthogonaux, alors on a la relation de Pythagore
ku + vk2 = kuk2 + kvk2 .
Cette égalité, ainsi que l’égalité du parallélogramme de la Rem. 1.1, ne sont nullement
valables pour une norme en général, comme on le vérifie en particulier pour les normes
|| ||1 et || ||∞ telles que
n
X
kzk1 = |zi |, kzk∞ = sup |zi |, z ∈ Cn .
i=1,...,n
i=1
C
x−y v
u+v w u
x+y
y v
x u
Théorème ∗ 1.1. Soit C une partie fermée convexe d’un espace de Hilbert E . Alors, pour
tout u ∈ E , il existe un unique vecteur v de C tel que ku − vk = inf w∈C ku − wk. Pour un
tel v , on a <e hu − v, w − vi ≤ 0 pour tout w ∈ C . Le vecteur v s’appelle la projection de
u sur la partie C .
C’est le corollaire suivant qui est particulièrement important.
Corollaire 1.1. Soit F un sous-espace vectoriel fermé de E . Alors, pour tout vecteur u ∈ E ,
il existe un unique vecteur v dans E , dit projection orthogonale de u sur E , tel que
(3) ku − vk = inf ku − wk.
w∈F
Démonstration. — L’unicité d’un v résulte du fait que si hw, ui = 0 pour tout u ∈ E , alors le vecteur w est nul. Reste
donc à prouver l’existence. Si la forme ` est nulle, on peut prendre v = 0 . Sinon, le sous-espace K = {v ∈ E, `(v) = 0}
n’est pas E tout entier. Soit u0 un vecteur hors de K , qu’on peut supposer être dans K ⊥ quitte à soustraire à u0
son projeté orthogonal sur K . Alors, tout vecteur u s’écrit comme somme
„ «
hu, u0 i hu, u0 i
u= u− u0 + u0 ,
hu0 , u0 i hu0 , u0 i
1.4. BASE HILBERTIENNE 5
où le premier terme est dans K . Ainsi, son évaluation par ` est celle du dernier terme, soit
hu, u0 i `(u0 )
`(u) = `(u0 ) = hu, u0 i.
hu0 , u0 i hu0 , u0 i
Les complexes (xn )n∈N sont appelées les coordonnées du vecteur v dans la base (en )n∈N et
on écrit
X ∞
X
v= xn en ou xn en .
n∈N n=0
. Exemple 1.5. Dans l’espace `2 (N), la famille (en )n∈N , où en est la suite de `2 (N) dont
le seul coefficient non nul est le n-ème valant 1, est une base orthonormée. /
On a le théorème d’existence
Théorème ∗ 1.3. Soit E un espace de Hilbert séparable non de dimension finie. Alors E
admet une base orthonormée.
. Exemple 1.6. La famille des exponentielles √ (e−2jπnt/T√)n∈Z est une famille orthonormée
2
de L ([0, T ]), ainsi que la famille (1, ( 2 cos(2πnt/T ), 2 sin(2πnt/T ))n∈N∗ ) déduite par
combinaisons linéaires finies de la première. On montre que ce sont des bases orthonormées
de L2 ([0, T ]) : le sous-espace qu’elles engendrent y est dense.
Ainsi, si cn (g), an (g), bn (g) sont les coefficients de Fourier de g
1 T
Z
cn (g) = f (t)e−2jπnt/T dt, n ∈ Z,
T 0
1 T
Z √
an (g) = f (t) 2 sin(2πnt/T )dt, n ∈ N,
T 0
1 T
Z √
bn (g) = f (t) 2 cos(2πnt/T )dt, n ∈ N∗ ,
T 0
on a la décomposition suivant ces bases
X Xh √ √ i
(4) g(t) = cn (g)e2jπnt/T = c0 (g) + an (g) 2 sin(2πnt/T ) + bn (g) 2 cos(2πnt/T ) .
n∈Z n∈N∗
6 CHAPITRE 1. ESPACES DE HILBERT
/
X X
kgk22 = |cn (g)|2 = |a0 (g)|2 + |an (g)|2 + |bn (g)|2 .
n∈Z n∈N∗
Proposition 1.2. Soit E un espace de Hilbert muni d’une base orthonormée (en )n∈N et v
un vecteur de E . Alors, les coordonnées de v dans la base (en )n∈N sont données par les
produits scalaires hv, en i, soit
X
v= hv, en ien ,
n∈N
et on a l’égalité de Parseval
X
(5) kvk2 = |hv, en i|2 .
n∈N
PN 2 PN 2
L’application de Pythagore donne n=0 hv, en ien = n=0 |hv, en i| . D’après l’inégalité
PN
≤ v− N
P
triangulaire kvk − n=0 hv, en ien n=0 hv, en ien , on a donc
N
X
kvk − hv, en ien →0
n=0
1.5. Exercices
2. Soit E , espace vectoriel sur C, muni d’un produit scalaire. Montrer que
kx + yk2 − kx − yk2 + jkx + jyk2 − jkx − jyk2 = 4hx, yi, x, y ∈ E.
5. Soit P la partie de `2 (N) définie par P = {(xn ), xn ∈ [0, ∞), n ∈ N}. Montrer
que P est convexe.
6. Comment définir un produit scalaire sur `2 (Z) “naturel”. qui en fasse un espace
de Hilbert ?
7. Soit (en )n=1,...,N une famille orthonormée d’un espace de Hilbert H et VN le sous-
espace vectoriel engendré par cette famille, i. e. VN = {x1 e1 + . . . + xN eN , xi ∈
C}. Montrer que la projection orthogonale de u ∈ H sur VN est le vecteur
v= N
P
n=1 hu, ek iek .
(c) Soit f une fonction définie sur (0, π/2) et g son prolongement pair à (0, π),
i. e. la fonction g telle que
g(π/2 + t) = g(π/2 − t), t ∈ (0, π/2).
En utilisant le développement en sinus de g , montrer que
X 4 Z π/2
f (t) = f (τ ) sin(2n + 1)τ dτ sin(2n + 1)t, t ∈ (0, π/2).
n>0
π 0
où α ∈ (0, 1).
12. Soit H2 l’espace des séries entières f (z) = ∞
P n
P∞ 2
n=0 an z telle que n=0 |an | /(1+n)
soit finie. On le munit du produit scalaire
Z
hf, gi = f (z)g(z)dxdy.
|z|<1
n
(a) Montrer que (z )n∈N est une famille orthogonale de H2 . Quelle est la
norme de z n ?
(b) Soit, pour w complexe avec |w| < 1, la fonction Sw définie sur {|z| < 1}
par Sw (z) = π1 (1 − wz)−2 . Montrer que Sw appartient à H2 , puis que, pour w
avec |w| < 1,
f (w) = hf, Sw i.
CHAPITRE 2
SYSTÈMES ORTHOGONAUX
Après avoir rappelé comment les exponentielles à fréquences entières constituent un sys-
tème orthogonal dans L2 (0, 1) et quelques résultats de convergence pour les séries de Fourier
d’une fonction, nous introduisons les polynômes de Legendre, de Chebyshev(1) et d’Hermite.
Même si la définition de ces familles de polynômes n’est pas familière, les systèmes orthogo-
naux qu’ils constituent permettent de faire des analyse/synthèse en tout point similaires à
celles de Fourier : les tracés, et quelques démonstrations, témoignent de ces similarités pro-
fondes. Ce chapitre se termine par la présentation du système de Haar introduit au début du
XXe siècle, ancêtre des bases d’ondelettes dont l’efficacité a été plébiscitée dans de nombreux
domaines rapidement après leur introduction à la fin du siècle dernier.
(1)
La translittération de Qebyxv est variable. Ainsi, dans la base de références bibliographiques Zen-
tralblatt Math, 8 000 recensions contiennent référence à Qebyxv, avec 35 translittérations différentes :
Cebisev Cebysev Chebichev Chebisheff Chebishev Chebyschev Chebyshev
Tchebichef Tchébichef Tchebichev Tchebicheff Tchébicheff Tchebischef Tchébischeff
Tchebycev Tchebychef Tchébychef Tchebycheff Tchébycheff Tchebychev Tchébychev
Tchébychew Tchebyschef Tchébyschef Tchebyscheff Tchebyschev Tchebyshef Tchebysheff
Tchebyshev Tchebytchev Tschebicheff Tschebychev Tschebyscheff Tschebyschew Tschebyshev
10 CHAPITRE 2. SYSTÈMES ORTHOGONAUX
Les théorèmes de représentation d’une fonction f définie sur [0, 1] comme somme de sa
série de Fourier abondent : le type de convergence dépend fortement des propriétés de ré-
gularité de la fonction. Les résultats suivants rappellent les énoncés pour des fonctions L2
(théorie hilbertienne), indéfiniment dérivable, continue (le théorème de Dirichlet) et généra-
lisée (théorie des distributions de Schwartz). Les coefficients de Fourier sont définis pour une
fonction f intégrable
Z 1
cn (f ) = e−2jπnt f (t)dt,
0
Z 1 Z 1f (t)dt,
√ si n = 0
Cn (f ) = En (t)f (t)dt = 2 cos(πnt)f (t)dt, si n est pair non nul
0 √2 sin(π(n + 1)t)f (t)dt, si n est impair
0
Théorème 2.1. Soit f une fonction de carré intégrable sur (0, 1). Alors, pour la convergence
dans L2 (0, 1),
X ∞
X
(6) f= cn (f )en = Cn (f )En .
n∈Z n=0
2.1. EXPONENTIELLES DE FOURIER 11
et on a la relation de Bessel-Parseval
Z 1 X ∞
X
|f (t)|2 dt = |cn (f )|2 = |Cn (f )|2 .
−1 n∈Z n=0
. Exemple 2.1. Soit g1 la fonction définie sur [0, 1] telle que g1 (t) = t si t < 1/2 et
g1 (t) = t − 1 si t ≥ 1/2. On a alors, au sens L2 dans l’espace de Hilbert L2 (0, 1),
1 X (−1)n+1 2jπnt 1 X (−1)n+1
(7) g1 (t) = e = sin(2πnt)
2jπ n∈Z∗ n π n∈N∗ n
La fonction P définie sur [0, 1] par P (t) = t2 , t ∈ (0, 1), a comme développement de Fourier
∞ ∞
2 1 X cos(2πnt) X sin(2πnt)
t = + − , t ∈ (0, 1),
3 n=1 (πn)2 n=1
πn
(2)
Trouver la valeur p de cette série a été énoncé comme le Problème de Bâle, problème proposé par Pietro
Mengoli en 1644. L. Euler, dont on célèbre le trois-centième anniversaire de la naissance en 2007, le résolut
en 1735 en affirmant, à raison mais sans Q∞en voir la justification nécessaire, que le sinus cardinal sinc(x)
était égal au produit infini p∞ (x) = k=1 (1 − (x/(πk))2 ), d’où la valeur p de la série en égalant les
coefficients du développement de Taylor à l’ordre 2 en x = 0 : restait à démontrer que sur sinc /p∞ ,
fonction holomorphe sur C sans zéro (donc de la forme eg(x) ) était la fonction constante égale à 1. Euler
donna une autre démonstration en 1743 basée sur le développement en série de arsin2 (dont la dérivée
est 2(1 − x2 )−1/2 arcsin), preuve considérée comme exacte. Si d’autres preuves basées sur le calcul intégral
utilisent les mathématiques du XVIe siècle, celle dérivée ici des séries de Fourier est résolument moderne.
12 CHAPITRE 2. SYSTÈMES ORTHOGONAUX
Théorème 2.2. Soit h fonction C ∞ sur [0, 1] avec h(k) (0) = h(k) (1), k ≥ 0. Alors les coef-
ficients de Fourier (cn (h))n∈Z , (Cn (h))n≥0 de h sont à décroissance rapide et
X ∞
X
h(t) = cn (h)en (t) = Cn (h)En (t), t ∈ [0, 1]
n∈Z n=0
avec convergence absolue des séries, ainsi que pour leurs dérivées terme à terme.
Théorème ∗ 2.3 (Dirichlet). Soit f continue par morceaux sur (0, 1), ayant des limites à
droite f (t+ ) et à gauche f (t− ) en tout point t ∈ (0, 1) et de carré intégrable sur [0, 1]. Alors
N N
X X f (t− ) + f (t+ )
lim cn (f )en (t) = lim Cn (f )En (t) = , t ∈ (0, 1).
N →∞
n=−N
N →∞
n=0
2
. Exemple 2.2. Le développement (7) pris aux valeurs t = 0, 1/2 et 1 donne bien (g1 (t−)+
g1 (t+))/2. Pour t = 1/4, on obtient
∞ ∞
1 1 X sin(π(2k + 1)/2) 1 X (−1)k )
= =
4 π k=0 2k + 1 π k=0 2k + 1
d’où
1 1 1 1 π
1− + − + − ... = .
3 5 7 9 4
/
4 Remarque 2.1. Pour la base des exponentielles (e2jπn· )n∈Z , la première égalité dans (4)
signifie la convergence
q
X
g(t) = lim cn (g)e2jπnt
p,q→+∞
n=−p
Théorème ∗ 2.4. Soit U une distribution tempérée à support dans (0, 1). Alors
X X
U= cn (U )en = Cn (U )En
n∈Z n≥0
Théorème/Définition 2.2. La famille des polynômes de Legendre (Ln )n≥0 est caractérisée
par l’une des trois présentations suivantes
1. Les Ln sont donnés par la fonction génératrice
∞
1 X
(9) L(x, t) = √ = Ln (t)xn
1 − 2xt + x 2
n=0
où x est suffisamment petit.
2. Le polynôme Ln , n ≥ 0 est défini par la formule de Rodrigues
1 dn 2 n
(10) Ln (t) = n (t − 1)
2 n! dtn
3. La suite (Ln )n≥0 vérifie la relation de récurrence
(11) (n + 1)Ln+1 (t) = (2n + 1)tLn (t) − nLn−1 (t), n≥1
avec L0 (t) = 1 et L1 (t) = t.
La suite (Ln )n≥0 est orthogonale dans L2 (−1, 1), avec
1 1
Z
1
(12) Ln (t)2 dt = , n ≥ 0.
2 −1 2n + 1
Le polynôme Ln admet la représentation intégrale
1 πh
Z √ in
(13) Ln (t) = t + t2 − 1 cos ϕ dϕ
π 0
(3)
Ce théorème, ainsi que l’assertion suivante, est démontré dans le fascicule Linéarité et convergences,
disponible sur le oueb à des côtés.
14 CHAPITRE 2. SYSTÈMES ORTHOGONAUX
1
Démonstration. — Pour t fixé, la fonction x → √ est holomorphe au voisinage de x = 0 , ainsi, d’après
1−2xt+x2
Cauchy,
∞
1 X
√ = cn (t)xn
1 − 2xt + x2 n=0
avec Z
1 1 dx
cn (t) = √
2jπ1 − 2xt + x2 xn+1
γ
où γ est un petit cercle de centre x = 0 parcouru dans le sens positif. Introduisons u = u(x) vérifiant
p
(15) 1 − ux = 1 − 2xt + x2 .
Ainsi √
1− 1 − 2xt + x2 2
u= = √ (t − x/2)
x 1 + 1 − 2xt + x2
parcourt un contour fermé γ e autour de u = t lorsque x parcourt γ . Développant au carré de (15), on obtient
x = (2(u − t))/(u2 − 1) , et en prenant la différentielle de (15)
dx du
√ = .
x 1 − 2xt + x2 u−x
On en déduit
(u2 − 1)n
Z
1
(16) cn (t) = du
2jπ γ
e 2n (u− t)n+1
soit, par la formule de Cauchy
dn (u2 − 1)n
» –
1
cn (t) = = Ln (t).
n!2n dun u=t
p √
En prenant dans (16) comme contour γ e le cercle de centre t et de rayon |t2 − 1| , soit u(ϕ) = t + t2 − 1ejϕ , ϕ ∈
[−π, π] on obtient
Z π » 2 √ –n
1 t + 2t t2 − 1ejϕ + (t2 − 1)e2jϕ − 1
Ln (t) = √ dϕ
2π −π 2 t2 − 1ejϕ
1 πh
Z p in
= t + t2 − 1 cos ϕ dϕ
π 0
La dérivée ∂x L vérifie
(1 − 2tx + x2 )∂x L + (x − t)L = 0,
d’où en substituant la série et sa dérivée (obtenue par dérivation terme à terme), on a
X X
(1 − 2tx + x2 ) nLn (t)xn−1 + (x − t) Ln (t)xn = 0
n≥0 n≥0
soit Z 1 Z 1
2n + 1
L2n+1 (t)dt = L2n (t)dt
−1 2n + 3 −1
et la formule (12)
1 1
→
− →
− =q
k r 1 − r 2k
k−→
r 1 k2 − 2k−
→r 1 k k−
→r 2 k cos(−
→r\ →
− → 2
−
1, r 2) + k r 2k
1 1
= − → q
k r 2k
1 − 2k−
→r 1 k k−
→r 2 k−1 cos(−
→
r\ →
− → −
− → −1 2
1 , r 2 ) + (k r 1 kk r 2 k )
(4)
On prendra grade aux normalisations : dans l’espace de Hilbert L2 (−1, 1) avec le produit scalaire
−1
R1 √
2 −1
f (t)g(t)dt , les coordonnées de f dans la base orthonormée ( 2n + 1Ln )n≥0 sont les coefficients
p
n + 1/2`n (f ).
16 CHAPITRE 2. SYSTÈMES ORTHOGONAUX
De manière plus générale, si U est une distribution à support dans (−1, 1), ses coefficients
de Legendre sont définis par
`n (U ) = hU, Ln i, n ≥ 0.
√
La suite ( 2n + 1Ln ) étant une base orthonormée de L2 (−1, 1), on a le développement
en série de polynômes de Legendre suivant la convergence quadratique pour toute fonction
de carré intégrable sur [-1,1] :
Théorème 2.5. Soit f une fonction de carré intégrable sur [−1, 1]. Alors, dans L2 (−1, 1),
∞
X
f= (n + 1/2)`n (f )Ln ,
n=0
et on a la relation de Bessel-Parseval
Z 1 ∞
X
2
|f (t)| dt = (n + 1/2)|`n (f )|2 .
−1 n=0
avec convergence absolue de la série, ainsi que pour ses dérivées terme à terme.
Démonstration. — L’équation différentielle (14) s’écrit ((1 − t2 )L0n )0 + n(n + 1)Ln = 0, ainsi
en intégrant par partie
Z 1 Z 1
1 2 0 0 1
`n (h) = − Ln (t)[(1 − t )h (t)] dt = Ln (t)DLk (h)dt
n(n + 1) −1 (n(n + 1))k −1
où on a introduit l’opérateur différentiel DL défini pour une fonction f deux fois dérivable
sur [−1, 1] par
DL (f )(t) = −[(1 − t2 )f 0 (t)]0 , t ∈ [−1, 1].
La convergence de la série en résulte, en observant que Ln est borné sur (−1, 1) d’après la
formule de représentation intégrale (13) et des majorations analogues pour ses dérivées.
Le théorème de Dirichlet (cf. Théorème 2.3) pour les séries de Fourier a son analogue pour
les séries de Legendre.
2.2. POLYNÔMES DE LEGENDRE 17
Théorème ∗ 2.7. Soit f continue par morceaux sur (−1, 1), ayant des limites à droite et à
gauche en tout point. Alors
N
X f (t− ) + f (t+ )
lim (n + 1/2)`n (f )Ln (t) = , t ∈ (−1, 1).
N →∞
n=0
2
Théorème ∗ 2.8. Soit U une distribution tempérée à support dans (−1, 1). Alors
X
U= (n + 1/2)hU, Ln iLn ,
n≥0
. Exemples 2.3.
1. En utilisant la formule de Rodrigues (10) et n intégrations par parties, on obtient pour
u ∈ R,
Z 1
dn (−ju)n 1 jtu 2
Z
jtu jtu 1 2 n
e (t − 1)n dt
he , Ln i = e n n! dtn
(t − 1) dt = n
−1 2 2 n! −1
n Z 1
(ju)
= n cos(tu)(1 − t2 )n dt.
2 n! −1
Vu la représentation intégrale (41) ci-après, les coefficients de Legendre de l’exponen-
tielle ejtu s’expriment en terme de fonction de Bessel
√ Jn+1/2 (u)
(21) hejtu , Ln i = jn 2π √ ,
u
soit la décomposition de Rayleigh
r
jut
X
n π Jn+1/2 (u)
e = (2n + 1)j √ Ln (t), t ∈ (−1, 1).
n≥0
2 u
2. Soit, pour α ∈ (−1, 1), la fonction caractéristique fα de l’intervalle [α, 1]. La somme
de (17) et (18) donnent
L0n+1 − L0n−1 = (2n + 1)Ln , n ≥ 1,
ainsi
Z 1 Z 1 0
Ln+1 (t) − L0n−1 (t) dt = Ln−1 (α) − Ln+1 (α),
(2n + 1) Ln (t)dt = n ≥ 1,
α α
et
∞
1 1X
fα = (1 − α) + [Ln−1 (α) − Ln+1 (α)]Ln .
2 2 n=1
avec convergences comme p décrites dans les théorèmes 2.5 et 2.7.
3. Pour la fonction f (t) = (1 − t)/2, on multiplie la définition (9) de la fonction généra-
trice par f , puis on intègre les deux membres. L’intégration terme à terme du membre
de droite est justifiée par la majoration |L
√ n (t)| ≤ 1, t ∈ [−1, 1] obtenue à partir de (13)
et on utilise le changement de variable 1 − t = (1 − x)(2x)−1/2 sh v pour le membre
de gauche :
√ X n Z 1r
(1 − x)2
1 1+ x n 1−t
1+x− √ log √ = x Ln (t)dt, |x| < 1.
2x 2 x 1− x n=0 −1 2
18 CHAPITRE 2. SYSTÈMES ORTHOGONAUX
Les graphes de la figure 4 ont été tracés en utilisant la relation de récurrence (11) : la
commande
with(orthopoly) ; for i to 6 P(i,t) od ;
adressée à maple TM donne les expressions des polynômes de Legendre L0 , . . . , L6 .
1 1 1
L0 (t) = 1, L1 (t) = t, L2 (t) = (3t2 − 1), L3 (t) = (5t3 − 3t), L4 (t) = (35t4 − 30t2 + 3),
2 2 8
1 1
L5 (t) = (63t5 − 70t3 + 15t), L6 (t) = (231t6 − 315t4 + 105t2 − 5).
8 16
Les polynômes de Legendre sont bien sûr aussi disponibles sur matlab TM .
Théorème/Définition ∗ 2.3. La famille des polynômes de Chebyshev (Tn )n≥0 est caracté-
risée par l’une des trois présentations suivantes
2.3. POLYNÔMES DE CHEBYSHEV 19
On définit comme pour les polynômes de Legendre la suite (tn (f ))n≥0 des coefficients de
Chebyshev d’une fonction f intégrable sur (−1, 1) relativement à la mesure (1 − t2 )−1/2 ou
d’une distribution U à support dans (−1, 1)
1 1
Z
dt
tn (f ) = f (t)Tn (t) √ , tn (U ) = hU, π −1 Tn (t)(1 − t2 )−1/2 i.
π −1 1−t 2
Les théorèmes 2.5, 2.6, 2.7, 2.8 ont leur équivalent pour les coefficients de Chebyshev. Ils
concernent la convergence de la série suivant diverses topologies, et son égalité avec la fonction
(voire la distribution) f avec comme suite de coefficients de Chebyshev (tn (f ))n≥0
∞
X
f (t) = t0 (f ) + 2 tn (f )Tn (t), t ∈ (−1, 1).
n=1
XZ 1
=2 f (cos πν)Tn (cos πν)dν Tn (cos πu)
n≥1 0
XZ 1
=2 f (cos πν) cos(nπν)dν cos(nπu)
n≥1 0
Z 1
= f (cos πu) − f (cos πν)dν
0
Cela éclaire la simplicité de la forme (24) des polynômes de Chebyshev : la théorie analogue
développée dans l’espace Tα = L2 ([−1, 1], (1 − t2 )−α/2 dt), α < 2 introduit des systèmes de
polynômes orthogonaux de Gegenbauer (Tn (α))n≥0 , cas particuliers des familles polynomiales
dites Jacobi, sans expression aussi simple que pour les polynômes de Chebyshev.
n
(0) = (−t)n f (t)e−t dt
dp R
2.4. FONCTIONS D’HERMITE 21
2
sont toutes nulles, L(f (t)e−t ) est nulle et donc aussi f , d’après l’injectivité de la transfor-
mation de Laplace L.
Ce qui a été énoncé ci-dessus pour les polynômes de Legendre et l’espace de Hilbert
2
L2 ([−1, 1]) se développe de manière analogue dans l’espace de Hilbert L2 (R, e−t ), comme
l’indique le théorème suivant
Théorème/Définition ∗ 2.4. La famille des polynômes de Hermite (Hn )n≥0 est caractéri-
sée par l’une des trois présentations suivantes
1. Les Hn sont donnés par la fonction génératrice
∞
−2tx−x2
X
(26) H(x, t) = e = Hn (t)xn .
n=0
2. Le polynôme Hn , n ≥ 0 est défini par la formule de Rodrigues
n
2 d 2
Hn (t) = (−1)n et n e−t .
dt
3. La suite (Hn )n≥0 vérifie la relation de récurrence
(27) Hn+1 (t) = 2tHn (t) − 2nHn−1 (t), n ≥ 1,
avec H0 (t) = 1 et H1 (t) = 2t.
2
La suite (Hn )n≥1 est orthogonale dans L2 (R, e−t dt) avec
√
Z
2
(28) Hn2 (t)e−t dt = 2n n! π.
R
e n = Hn / 2n n!√π est une base
p
La famille (H
e n )n≥0 des polynômes d’Hermite unitaires H
2
orthonormée de L2 (R, e−t dt).
Le polynôme Hn vérifie l’équation différentielle
(29) Hn00 − 2xHn0 + 2nHn = 0
Définition 2.2. Les fonctions d’Hermite, définies suivant,
e n (t)e−t2 /2 , t ∈ R, n ≥ 0.
hn (t) = H
constituent une base orthonormée de l’espace de Hilbert L2 (R).
Les polynômes de Hermite sont disponibles dans la bibliothèque de fonctions spéciales de
maple TM , mais apparemment pas dans celle de matlab TM .
1. VN ⊂ VN +1 pour N ∈ Z,
2. ∪N ∈Z VN = V∞ , ∩N ∈Z VN = {0},
3. : τ1 (f )(t) = f (t − 1), t ∈ R.
L’espace V0 est stable par la translation entière τ1 √
4. Le changement d’échelle h définie par h(f )(t) = 2f (2t) applique isométriquement
VN sur VN +1 .
24 CHAPITRE 2. SYSTÈMES ORTHOGONAUX
1 1
−1
√
Théorème 2.9. Soient ϕ = χ[0,1] , ψ = 2[hϕ − hτ1 ϕ] et ϕ`,m = h` τm ϕ, ψ`,m = h` τm ψ pour
m, ` ∈ Z.
Alors la famille (ϕ`,m )m∈Z est une base hilbertienne de V` et la famille (ψ`,m )`,m∈Z , dit
système de Haar, est une base orthonormée de L2 (R).
Démonstration. — La famille (ϕ0,m )m∈Z est une base de V0 ; par changement d’échelle h` il
en est de même pour (ϕ`,m )m∈Z et V` .
Soit une fonction f de l’orthogonal W0 de V0 dans V1 . Alors, il existe des complexes
fm , m ∈ Z tels que X
f= fm ϕ1,m .
m∈Z
L’orthogonalité avec ϕ0,M donne fM + fM +1 = 0, d’où
X X √
f= f2M [ϕ1,2M − ϕ1,2M +1 ] = f2M 2ψ0,M .
m∈Z m∈Z
On en déduit que (ψ0,M )M ∈Z est une base orthonormée de W0 . Comme précédemment, par
changement d’échelle, (ψ`,m )m∈Z est une base orthonormée de W` , orthogonal de V` dans
V`+1 . On conclut en remarquant que L2 = ⊕`∈Z W` .
Ainsi, si pour f ∈ L2 (R) les scalaires f`,m désignent les coefficients de f dans le système
de Haar, à savoir, (ψ`,m )`,m∈Z ,
Z Z
2`/2 ψ 2` t − m f (t)dt,
f`,m = ψ`,m (t)f (t)dt =
R R
2
on a, pour la convergence L ,
X X
f`,m 2`/2 ψ 2` t − m
f (t) = f`,m ψ`,m (t) =
`,m∈Z `,m∈Z
est une somme finie, avec discontinuités dans l’ensemble DL des dyadiques de niveau L.
C’est un élément de VL , en fait la projection de f sur ce sous-espace vu que
L−1 X
X
hfL , ϕL,n i = hf, ψ`,m ihψ`,m , ϕL,n i = hf, ϕL,n i.
`=−∞ m∈Z
Proposition 2.2. Soit f fonction continue sur R à support compact. Alors la suite (fM )M ≥0
définie par
L−1 X
X
fL (t) = f`,m ψ`,m (t)
`=−∞ `∈Z
converge vers f uniformément.
2.6. EXERCICES 25
puisque tous les autres termes de la série sont nuls dans cet intervalle, et par suite
Z (m+1)2−`
`
|f` (t) − f (t)| = 2 [f (u) − f (t)] ≤ ε,
m2−`
2.6. Exercices
R1
1. Soit f une fonction définie sur (0, 1) telle que 0 |f (t)|2 dt < ∞. En considé-
rant les développements de Fourier d’une fonction fp (resp. fi ) paire (resp. im-
paire) sur (−1, 1) qui coïncide avec f sur (0, 1), montrer les développements dans
L2 (0, 1) en série de cosinus et sinus
Z 1 XZ 1
f (t) = f (u)du + 2 f (u) cos(nπu)du cos(nπt),
0 n>0 0
XZ 1
f (t) = 2 f (u) sin(nπu)du sin(nπt).
n>0 0
2. Soient L l’application définie sur l’ensemble C ∞ ([−1, 1]) des fonctions indéfini-
ment dérivables sur [−1, 1] par
Lf (t) = (1 − t2 )f 00 (t) − 2tf 0 (t), t ∈ [−1, 1], f ∈ C ∞ ([−1, 1])
Montrer que
hLf, gi = hf, Lgi f, g ∈ C ∞ ([−1, 1])
R1
où hp, qi = −1 p(t)q(t)dt pour p, q ∈ C ∞ ([−1, 1]).
En déduire que pour fi , i = 1, 2 tels qu’il existe un scalaire λi avec Lfi =
λi fi , i = 1, 2 et λ1 6= λ2 , alors hf1 , f2 i = 0.
26 CHAPITRE 2. SYSTÈMES ORTHOGONAUX
7. La suite de polynômes de Hermite (Hn )n≥0 est caractérisée par la fonction géné-
ratrice
2
X Hn (t)xn
e2xt−x = ,
n≥0
n!
En dérivant par rapport à t l’égalité précédente, montrer que
Hn0 (t) = 2nHn−1 (t), n ≥ 1.
En dérivant par rapport à x la définition précédente par fonction génératrice,
montrer que
Hn+1 (t) = 2tHn (t) − 2nHn−1 (t), n ≥ 1.
Montrer
n
t1 + t2 X n!
Hn √ = Hk (t1 )Hn−k (t2 ).
2 k=0
2−n/2 k!(n − k)!
2
En utilisant la formule de Taylor pour la fonction e−x , montrer que
2 dn 2
Hn (t) = et (−1)n n (e−t )
dt
En déduire que
(
si n 6= m,
Z
2 0,
Hn (t)Hm (t)e−t dt = n
√
R 2 n! π, sinon.
8. Soit (Ln )n≥0 (resp. (Hn )n≥0 ) la suite des polynômes de Legendre (resp. Hermite)
caractérisées par leur fonction génératrice
X
(1 − 2xt + x2 )−1/2 = Ln (t)xn ,
n≥0
2
X Hn (t)xn
e2xt−x = .
n≥0
n!
Montrer que
√
Z
2
τ n e−τ Hn (tτ )dτ = πn!Ln (t), t ∈ R.
R
CHAPITRE 3
FONCTIONS DE BESSEL
se sépare en
1 d 2 dR
(33) r r + KR = LR
r dr dr
d2 Φ
(34) + LΦ = 0
dϕ2
Les équations (34) et (32), au contraire de (33), sont résolubles par des fonctions classiques.
En particulier, (34) a des solutions du type Φ(ϕ) = Φ0 einϕ avec n ∈ N, soit L = −n2 . Alors,
l’équation (33) prend alors la forme
d2 R −1 dR 2 −2
+ r + K − n r R=0
dr2 dr
√
soit pour la fonction y(r) = R(r/ K) l’équation différentielle
y 00 + r−1 y 0 + 1 − n2 r−2 y = 0
où Kn,p est un zéro de la fonction de Bessel Jn (cf. Section 3.3 ci-dessous) et un,p , ϕn,p des
coefficients appropriés.
J0
J1
J2 J
3 J
4
Pour n entier, la fonction de Bessel Jn est définie par une série et est solution d’une
équation différentielle (comme la fonction classique et )
Proposition/Définition 3.1. Soit n entier. La série
∞ n+2k
X (−1)k t
(35) Jn (t) =
k=0
k!(n + k)! 2
est absolument convergente pour t ∈ C et est solution de l’équation différentielle
(36) t2 y 00 (t) + ty 0 (t) + (t2 − n2 )y(t) = 0, t ∈ R.
30 CHAPITRE 3. FONCTIONS DE BESSEL
Théorème ∗ 3.1. La famille des fonctions de Bessel (Jn )n≥0 est caractérisée par l’une des
deux présentations suivantes
1. Les Jn sont donnés par la fonction génératrice
∞
t
(x−x−1 )
X
(37) J(x, t) = e 2 = J0 (t) + Jn (t)[xn + (−x)−n ], t > 0.
n=1
√
Vu que Jn vérifie l’équation différentielle (36), la fonction Un définie par Un (t) = Jn (t) t,
t > 0 vérifie l’équation différentielle
00 1
u +u+ − n t−3/2 u = 0.
2
4
√
Ainsi, le terme de droite dans l’asymptotique (39) lorsque t → ∞ vérifie, au facteur t près,
l’équation différentielle précédente où le terme (1/4 − n2 )t−3/2 u a été négligé. 5
En remplaçant dans (35) les factorielles d’entiers `! par les valeurs Γ(` + 1) de la fonction
eulérienne Γ (cf. (47) dans l’appendice), on définit la fonction Jν pour un indice ν non
entier sur R+
∞ ν+2k
X (−1)k t
(40) Jν (t) = , t > 0,
k=0
k!Γ(ν + k + 1)! 2
fonction qui conserve certaines des propriétés des fonctions de Bessel Jn d’ordre n entier,
notamment l’équation différentielle (36) et les relations de récurrence de la Prop. 3.1.
En particulier, pour n = 1/2, U1/2 satisfait à l’équation différentielle u00 + u = 0. En fait,
la définition (35) de J1/2 donne
∞ 1/2+2k 1/2 X ∞ 1/2
X (−1)k t 2t (−1)k t2k 2
J1/2 (t) = = = sin t,
k=0
Γ(k + 1)Γ(1/2 + k + 1) 2 π k=0
Γ(2k + 2) πt
où on a utilisé la formule de duplication de la fonction Γ (cf. (50) de l’appendice A). L’asymp-
totique pour t → ∞ de (39) est donc une égalité pour J1/2 .
Plus généralement, les séries (40) pour ν demi-entier définissent des fonctions élémentaires
dérivées du sinus cardinal sinc
r k+1
2 k+1/2 1d
Jk+1/2 (t) = t − (cos t), t > 0.
π t dt
p
soit, si jk est définie par jk (t) = π/(2t)Jk+1/2 (t), t > 0,
sin t cos t 3 1 3 cos t
j0 (t) = sinc t, j1 (t) = 2 − , j2 = 3 − sin t − .
t t t t t2
Terminons par une représentation intégrale de Jn .
Proposition 3.2.
π
(t/2)n
Z
(41) Jn (t) = √ cos(t cos θ) sin2n θdθ
πΓ(n + 1/2) 0
Y0
Y1 Y
2 Y
3 Y4
Théorème ∗ 3.2. Soit ν réel positif. La fonction Jν a une infinité de zéros sur R+ , tous
simples. Si ν est un entier n, Jn a pour seuls zéros ses zéros réels, t = 0 étant d’ordre n.
Notons par (xνi )i≥1 la suite croissante des zéros non nuls de Jν .
Pour α réel, la fonction Jν,α définie par Jν,α (t) = Jν (αt), t > 0 est solution de l’équation
différentielle
J00ν,α + t−1 J0ν,α + (α2 − ν 2 t−2 )Jν,α = 0
3.3. DÉVELOPPEMENTS EN SÉRIE DE FOURIER-BESSEL 33
Soient α+ , α− des réels distincts. En multipliant par α∓ l’équation vérifiée par Jν,α± et
faisant la différence, on obtient
Z 1
1
2 2
(α+ − α− ) tJν (α+ t)Jν (α− t)dt = [t (Jν (α+ t)α− Jν0 (α− t) − α+ Jν0 (α+ t)Jν (α− t))]0
0
soit
1
Jν (α+ )α− Jν0 (α− ) − α+ Jν0 (α+ )Jν (α− )
Z
tJν (α+ t)Jν (α− t)dt = 2 2
0 α+ − α−
Ainsi, si i 6= j ,
Z 1
(44) tJν (xνi t)Jν (xνj t)dt = 0
0
et, en passant à la limite α+ , α− → xνi
Z 1
1 1
(45) tJν2 (xνi t)dt = Jν0 (xνi )2 = Jν+1 (xνi )2
0 2 2
Les identités (44) sont des relations d’orthogonalité : pour un ν positif, la suite de fonc-
tions (Jνi )i≥1 avec Jνi (r) = Jν (xνi r), r ∈ (0, 1), est une famille orthogonale dans l’espace
L2 ((0, 1), rdr), dont les normes sont précisées par l’identité (45). On montre que la famille
orthonormée obtenue par normalisation c’est une base hilbertienne, qui donne des dévelop-
pements en série de Fourier-Bessel pour les fonctions définies sur [0, 1], séries au sens L2 et
avec des propriétés de convergence simple sous des hypothèses analogues à celle du théorème
de Dirichlet 2.3 pour les séries de Fourier.
∗
Théorème
R1 3.3. Soit ν ≥ −1/2. Soit f une fonction définie sur (0, 1) telle que
0
r|f (r)| dr soit finie. Alors, dans l’espace L2 ((0, 1), rdr), on a le développement en
2
série
∞ Z 1
X 2
f (t) = uf (u)Jν (xν` u)du Jν (xν` t)
J 2 (xν` ) 0
`=1 ν+1
R1√
Si la fonction f est C 1 par morceaux sur (0, 1) avec l’intégrale 0 t|f (t)|dt finie, alors
∞ Z 1
X 2 f (t+) + f (t−)
(46) 2
uf (u)Jν (xν` u)du Jν (xν` t) =
J (xν` ) 0
`=1 ν+1
2
34 CHAPITRE 3. FONCTIONS DE BESSEL
4 Remarque 3.2. Pour ν = 1/2, les séries de Fourier-Bessel de la fonction f √du théorème
précédentp se ramènent à des séries sinusoïdales de Fourier pour la fonction tf , vu que
J1/2 (t) = π/2t sin t, soit
∞ Z
√ X 1 √
tf (t) = 2 uf (u) sin(π`u)du sin(π`t).
`=1 0
3.4. Exercices
1. Si f est à dérivée seconde continue sur [0, 1], on note Lf l’application Lf (t) =
f 00 + t−1 f 0 (t). Montrer que, si f, g sont deux fois dérivables avec f (1) = g(1) = 0
hLf, gi1 = hf, Lgi1
R1
où hp, qi1 = 0 p(t)q(t)tdt.
En déduire que pour λi , i = 1, 2 zéros distincts de la fonction de Bessel J0 et
fi les fonctions définies par fi (t) = J0 (λi t), alors hf1 , f2 i1 = 0.
d p
2. En partant de la définition de Jp comme série entière, montrer que dt
(t Jp (t)) =
tp Jp−1 (t)
montrer que
t
nJn (t) = (Jn−1 (t) + Jn+1 (t)) ,
2
1
Jn0 (t) = (Jn−1 (t) − Jn+1 (t)) .
2
3.4. EXERCICES 35
(1)
R1
Dans une lettre à Goldbach datée du 13 octobre 1729, Euler introduit la fonction z → 0
(− log u)z−1 du ,
fonction qui fut notée Γ par Legendre en 1809.
INDEX