Guide Anti-Lean (24 Pages)
Guide Anti-Lean (24 Pages)
Lean Management
Avant-propos
Au cours de ces dernières décennies, les métiers ont connu d’importantes transformations, tant
dans leur contenu, que dans leurs conditions d’exercices : mutation des modes de consommation,
nouvelles technologies, évolution du management, réorganisations du travail.
Compétitivité et rentabilité sont devenues les pierres angulaires des nouvelles formes d’orga-
nisation du travail. À ce titre, le « Lean » (et les méthodes s’en inspirant) est parfois présenté
comme un outil idéal au service de l’efficience. Il a été soutenu en 2009 par les pouvoirs publics,
qui le présentaient comme l’un des outils de l’excellence opérationnelle, permettant aux PME
d’accroître leur compétitivité. Il est devenu le modèle d’organisation le plus largement diffusé
ces dernières années et s’impose désormais dans les banques et assurances.
Ce système d’organisation nous vient du Japon, pays culturellement marqué par la recherche de
perfection, plutôt que de productivité. Dans ce pays, le Lean a certes augmenté la productivité,
mais n’a pas eu une influence néfaste sur l’emploi. Système le plus souvent cohérent, stable dans
le temps et discuté collectivement au Japon, le Lean est malheureusement souvent perverti en
France, où la démarche est fréquemment utilisée pour opérer des gains de productivité à court
terme, bouleversant les habitudes de travail des exécutants bien davantage que les prérogatives
décisionnelles des hiérarchiques.
Présenté comme devant satisfaire les besoins et demandes du client, le Lean est en réalité
prioritairement utilisé en France pour réduire, voire supprimer, les temps considérés – par
l’employeur – comme non productifs, voire inutiles. Cette utilisation du Lean aux seules fins
de gains en vitesse d’exécution et donc – in fine – en masse salariale, est caractéristique d’un
pays qui compte parmi ceux au monde où les gains de productivité du travail ont été les plus
rapides depuis 1945.
Le Lean est souvent présenté aux salariés comme un changement de la culture d’entreprise dans
une démarche concertée, garante de progrès, de modernisation et d’efficacité. Les directions et
les cabinets de conseil à leurs côtés consacrent une grande énergie pour que le projet soit perçu
positivement et suscite une forte adhésion, condition nécessaire à sa réussite.
Les salariés sont mobilisés au travers de groupes de travail, d’ateliers pilotes, de formations-actions,
de questionnaires, de baromètres, de boîtes à idées ou de forums… Ce faisant, les Directions
tentent de démontrer qu’elles prennent en considération les aspirations et attentes des salariés,
dans une démarche participative. Mais l’association des salariés se limite trop souvent à des
réunions d’échange en début de démarche, sans débat ni remise en cause possible d’un processus,
qui débouche immanquablement sur des réaménagements importants des postes et méthodes
de travail.
4 Guide
Lean Management
Les salariés eux-mêmes ne sont pas toujours en mesure d’identifier ce que peut entraîner ce
type de réorganisation. Or la mise en place d’une démarche Lean touche l’organisation du travail
progressivement, au fur et à mesure de sa diffusion dans les services. Insidieuse, elle ne dévoile
pleinement ses effets qu’au bout de plusieurs mois.
Les salariés et leurs élus ont donc beaucoup de mal à anticiper les conséquences du Lean. Tous
constatent une modification de la façon de travailler, mais ce n’est souvent qu’en fin de processus
que les salariés détectent les premiers signes d’une plus grande tension au travail.
Les retours que nous avons sur la mise en place d’organisation de type Lean et l’analyse qu’en
font les experts, nous apparaissent pour le moins préoccupantes. Des témoignages de salariés
pointent du doigt cette organisation du travail, comme source de maux et parfois de dangers.
Parce qu’elle traque les tâches et les temps jugés « peu utiles » (par l’employeur), pour les
réduire, voire les supprimer, la démarche Lean prive le salarié de tout ou partie des « bouffées
d’oxygène » que lui offrait le quotidien de travail. Ces « temps de faible intensité » sont pourtant
indispensables à l’équilibre physique et psychique du salarié, à la qualité du travail dans la durée,
aux ajustements interpersonnels, à la gestion de l’imprévu, etc. Bref, à la qualité de vie au travail.
Porté par une vision de la performance qui ne tient pas compte de la complémentarité et de la
diversité des individus dans le collectif de travail, le Lean peine à intégrer la qualité de vie au
travail. Une mise en place non concertée et non contrôlée est susceptible de réduire l’autonomie,
de brider toute initiative, de formater et d’accélérer le travail, pour générer mal-être et parfois
dégrader la santé.
Les salariés, comme leurs représentants, ne disposent en général pas de la méthode, ni des indi-
cateurs, permettant d’établir le lien entre la mise en place d’une organisation Lean et l’augmentation
de troubles, tant physiques (troubles musculo-squelettiques) que psychiques (démotivation,
désengagement, dépression, panique, burn-out). Auraient-ils les bons outils, qu’il leurs faudrait
encore pouvoir prévenir les dangers du Lean. Ce qui impose en premier lieu de s’informer, puis
de parvenir à peser sur les décisions de l’employeur. Deux objectifs que poursuit le guide que
vous tenez entre les mains.
Implanté progressivement, par « petites touches » successives, le Lean ne donne pas systé-
matiquement lieu à information-consultation des représentants du personnel sur un « projet
d’entreprise ». Ou alors de manière imparfaite, souvent tardive, et sous des appellations qui
cherchent à retarder la prise de conscience du caractère Lean du projet : Ace chez BNPP, Team
Up chez Société Générale, AXA Way chez AXA…
Il est donc difficile pour les équipes syndicales de détecter à temps ce type de démarche. Des
changements s’opèrent, des cercles de réflexion et d’appropriation se mettent en place, avec
des salariés parfois enthousiastes. Difficile, dans ces conditions, de s’inviter dans la discussion,
Guide 5
Lean Management
de suivre et de contrôler les actions menées par la direction, d’intervenir concrètement sur
l’organisation du travail, d’appréhender les effets du projet en matière de santé au travail. Difficile
d’alerter les salariés des risques inhérents au Lean, sans paraître fermé à toute évolution.
Les directions tentent d’opposer l’enthousiasme des salariés ravis d’être interrogés sur leur
travail à l’attitude souvent plus prudente et exigeante des représentants du personnel, interlo-
cuteurs pourtant naturels (et légaux) des Directions en matière d’organisation, de conditions
et de temps de travail.
L’adaptation de la démarche Lean Management en France s’est éloignée de sa forme initiale au
Japon, dans l’industrie automobile. Pour la CFDT, elle soulève des craintes.
Nous constatons que, dans nos entreprises, la philosophie Lean est trop souvent réduite à la
recherche de performance à court terme. La réunion de salariés en groupes de réflexion ne
produit en pratique ni la remise en cause des prérogatives décisionnelles, ni une meilleure prise
en compte de la dimension humaine.
Au contraire, le déploiement du Lean dans nos entreprises s’accompagne le plus souvent d’un
volet comportemental important, qui a pour objectif d’amener les salariés à appliquer fidèlement
et à s’impliquer totalement dans les processus optimisés retenus par la direction. Toucher aux
comportements, à la psychologie des individus, induits des effets qu’il est important d’observer
et d’encadrer. Il en va de la santé des salariés.
Le Lean n’est pas à craindre lorsqu’il se décline à long terme, en prenant en compte l’articulation
entre exigence de performance et conditions de travail, évolution des compétences et formation,
organisation du collectif et valorisation de l’individu.
En faisant l’impasse sur une véritable analyse de ce type de méthode, en refusant systéma-
tiquement d’en discuter avec les salariés et leurs représentants, des directions font courir le
risque aux salariés de laisser se développer des organisations du travail décrites par l’ANACT,
l’Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail notamment, comme vectrices
de risques psychosociaux.
Afin d’aider les équipes à appréhender la nature des enjeux, à utiliser tous les leviers pour
« s’inviter » à la table des directions et traiter des sujets qui relèvent de leurs prérogatives, la
Fédération Banques et Assurances, en collaboration avec le cabinet SEXTANT Expertise, vous
propose ce guide, qui se veut un mode opératoire pour agir sur les organisations du travail et
les pratiques managériales.
Yolande Solé
Secrétaire Nationale, Fédération CFDT Banques et Assurances
Guide 7
Lean Management
Sommaire
DÉFINIR LE LEAN MANAGEMENT ............................................................................................................................................. 8
Qu’est-ce que c’est ? 8
Schéma simplifié de déploiement d’un projet Lean 9
Tâches considérées comme « gaspillage » dans l’approche Lean 9
Lean Management
SCHÉMA SIMPLIFIÉ DE DÉPLOIEMENT D’UN PROJET LEAN
4
1 Atelier de travail 5
Décision stratégique de salariés, encadré Identification
et désignation par la hiérarchie de bonnes pratiques
d’un responsable ou le cabinet et de nouveaux
dédié au projet externe standards
de production
3
2 Observation
Appel d’offre (chronométrage) 6
du travail dans Déploiement
et désignation quelques services
d’un cabinet des nouveaux
pilotes processus
de conseil
externe de travail
Déploiement progressif
dans d’autres services
■ K ilomètres excessifs
■ C
non lue par le client
2 O
pérateur en attente etard
R D
étails de réponse
■ ■
■ A
ttente ■
■ G
oulot d’étranglement ■ A
ttente de validation
M
anutention inutile
ransmission d’information
3
■
■ M
anutention inutile ■ T ■ T
ransmission d’information
■ T
ransport inutile ou taux
■ T
ransport inutile ou à vide inutile inutile
de remplissage insuffisant
Réapprentissage
4
■
■ A
llotissement excessif
■ Tâches inutiles et sur-qualité dans l’entreprise ■ C
ontrôle non indispensable
S
uremballage
emps de réunion excessif
■
■ T
M
atérialisation ou archivage
5
■
■ S
tock ■ F
lux inutilement stocké ■ ravail en suspens
T inutile d’un document
■ T
ravail en suspens
rocessus inadapté
P ■ rocessus inadapté, double
P
6
■
D
éplacements inutiles saisie, logiciels non intégrés
résence en réunion
■
■ M
ouvement inutile d’opérateurs ou de colis
■ P ■ résence en réunion
P
ou déplacement inutile ou déplacement inutile
Une
fina
Un objectif principal G a g l i té s o u
à niv ner en p vent ca
Assurer une qualité sécurisée. ea ro ch é
(bre u d’activ ductivité e
f, réd ité c
u i re o
l’ef fe nstant
Une stratégie de long terme c ti f )
.
Privilégier les dynamiques soutenables, Une application ponctuelle
rechercher l’excellence en permanence. Le Lean est le plus souvent associé
à des projets de moins de 3 ans,
sans toujours tirer un bilan à postériori.
Un système cohérent de méthodes
à la recherche d’un consensus
accepté par les salariés Une mise en œuvre opportuniste du Lean
Diminution des stocks, gestes et tâches Les directions « piochent »
inutiles, système de visuels pour faciliter dans une « boîte à outils » sans souci
le travail, décisions par consensus, de cohérence d’ensemble
management de terrain, et sans toujours appliquer
amélioration continue. le principe d’amélioration continue.
Lean Management
Les risques associés au déploiement du Lean dans la durée
Risques psychosociaux
Troubles musculo-squelettiques
Lean académique mal fait extrême
Intensification
Standardisation du travail Déstabilisation
appauvrissement importante
des postes du collectif de travail
Réductions (emploi et conditions de travail)
d’emplois
« Libération »
de ressources affectées Avenants aux contrats
à d’autres activités Mutations ou
Amélioration Dérives
Sentiments d’avoir ou permanente des pratiques
été écouté et de voir Poly-
appliquer des règles compétence Polyvalence
de bon sens acceptée subie
Les dérives
et les dangers du Lean
Les risques clef du Lean selon le CHSCT
■ Le risque d’un projet Lean mal pensé : très souvent, ■ e risque lié à l’augmentation des cadences : dans
L
on constate un défaut de méthode dans l’analyse initiale l’industrie comme dans le monde des services, le Lean
de l’organisation du travail : les temps de production se solde souvent par une compression des délais de
indirecte (ex : le traitement après appel dans les centres production. Or, moins de temps pour produire, c’est
d’appels) sont assimilés à des temps improductifs bien aussi moins de temps pour adapter son effort à la
qu’ils soient nécessaires à l’activité. Il s’ensuit que, la situation mais également moins de temps pour bénéficier
mise en application des nouvelles méthodes de travail de l’aide des autres collègues. Plus l’activité de l’entre-
expose les équipes à des dysfonctionnements majeurs prise fait appel aux capacités physiques des salariés,
qu’il leur faut ensuite réguler dans l’urgence (risque de plus l’accélération des rythmes de travail favorise la
stress chronique). survenue de troubles musculosquelettiques et plus l’on
assiste à une exclusion progressive des séniors sur les
■ risque d’un déploiement sans adhésion des équipes :
Le
postes concernés.
si, dans une démarche Lean, la direction prend soin de
mobiliser les équipes pour mieux comprendre comment
le travail se décline, les arbitrages conduisant à la nou- Pour en savoir plus
velle organisation du travail ne sont guère explicités ou
de façon lacunaire. De ce fait, les finalités de la nouvelle Conditions de travail et santé au travail des salariés de
organisation ne sont pas toujours comprises des salariés l’Union européenne : des situations contrastées selon les
ce qui ne favorise ni leur adhésion (risque de perte de formes d’organisation. Antoine Valeyre, Centre d’Études
sens) et encore moins leur proactivité dans le projet. de l’Emploi, document de travail n°73, novembre 2006.
■ risque de déstabilisation des collectifs de travail :
Le
Pourquoi le Lean peut faire mal ? Colloque de l’ARACT
les changements de processus issus d’une démarche
Poitou-Charentes à Poitiers, septembre 2012.
Lean peuvent déstabiliser les façons de travailler de
chacun : il est souvent demandé à chaque salarié de Lean : la performance visée s’obtiendrait-elle au détriment
modifier son périmètre d’intervention autrement dit de des conditions de travail ?
sortir de sa spécialité pour en intégrer une autre. Cela ANACT, 23 novembre 2012 ([Link]é-[Link])
implique de modifier ses pratiques de travail au risque
de faire des erreurs alors que le recours à l’entraide Le Lean management, un danger pour les salariés ?
entre collègues est plus difficile, chacun étant occupé Sabine Germain, Les Echos du 05 avril 2013
à satisfaire aux exigences de sa nouvelle fonction.
Guide 13
Lean Management
son nom
censées rassurer. Sachez les décoder :
Citation 1 : « 85 % des raisons pour lesquelles une orga-
nisation ne répond pas aux attentes de ses clients sont
liées aux processus et non aux employés. Le rôle du
Le Lean avance souvent masqué management est d’améliorer le processus et non pas
de forcer les personnes à compenser les déficiences ».
Parce que le Lean a mauvaise presse, parce que la méthode
est controversée, parce qu’elles ne souhaitent pas Décryptage : citation de W. Edwards Deming… qui
s’expliquer sur les gains financiers attendus ni sur les fut l’un des grands contributeurs du Lean, décoré
risques encourus par le collectif de travail, parce qu’elles au Japon pour ses travaux sur le management de la
veulent garder un temps d’avance sur les organisations qualité… par la statistique ! Améliorer le processus
syndicales… Les directions peinent à avouer qu’elles signifie alors souvent : ôter les temps de faible intensité,
mettent en place une démarche « Lean ». Le plus souvent, chronométrer, créer un standard de productivité qui
elles masquent le Lean sous des appellations cosmétiques. ne cessera de croître, comparer les salariés entre eux,
Sachez les reconnaître : ne garder que les « meilleurs »…
■ Agilité : Agilité 2010, Organisation Agile, etc.
Citation 2 : « Nous allons redonner du temps pour le
■ Amélioration : Projet ACE (Amélioration Continue client ».
de l’Efficacité), projet DAC (Démarche Amélioration
Décryptage : la direction oublie bien souvent de
Client), etc.
préciser que ce temps « libéré » provient d’une
■ Bonnes Pratiques : Best Practices, Tableau des Bonnes intensification des temps de gestion et qu’à la moindre
Pratiques, Chantier Boîte à Idées, etc. baisse d’activité, ces « temps clients » sont supprimés.
■ Efficacité (ou Excellence) Opérationnelle : Projet PEO
Citation 3 : « Valoriser les bonnes pratiques existantes
(Plan d’Efficacité Opérationnelle), Cap Excellence, Projet
et en faire bénéficier les autres services ».
OPEX (Operational Excellence), Continuous Excellence,
Projet BPE (Business Process Excellence), etc. Décryptage : demander à tous de s’aligner – sur chaque
critère de performance – sur le meilleur service ➔
■ P erformance et Transformation : Plan Qualité
intensification.
et Performance, Plan de Transformation, Projet
TP (Transformation et Performance), Projet TPP
Citation 4 : « Améliorer le travail par l’interrogation
(Transformation Process Performance), etc.
des salariés et une meilleure prise en compte de leur
■ P roximité et Management : Projet Management quotidien ».
Bienveillant.
Décryptage : demander aux salariés de proposer eux-
■
Quelques appellations plus techniques : Six Sigma, mêmes les idées propres à les rendre plus productifs.
Team Up, etc.
14 Guide
Lean Management
e r le Le a n q u i ne d it p as s o n no m
Démasqu
QUIZZ
Votre entreprise a-t-elle contralacté le Lean ?
chronologie habituelle
t présentées dans
Les situations qui suivent son , selon vous,
n Man agement. Cochez celles qui
de mise en œuvre du Lea 2 ans . Si vou s cochez
re entreprise depuis
se sont présentées dans vot
s guette !
plus de 3 cases : le Lean vou
de tem ps et de qualité,
téressant aux éfinition de « standards »
❑D
consultants extérieurs s’in e Indicators (KPI),
anc
rrivée de
❑A diffusion des mots : Key Perform
processus de travail. ers , etc .
benchmark, low perform
sus » (précédé de
❑ E mploi massif du mot « proces ❑ Divulgation à tous des scores de
chacun.
).
réécriture, réingénierie, etc
n : affiche, tableau
s fournit de l’information
❑ U tilisation de « visuels » en réunio
n vous demande qui vou , smiley pour signifier son
❑O blanc, rappel de procédure
t de votre travail.
et à qui est destiné le produi humeur du jour, post-its, pho
tos, etc.
Lean Management
Lean Management
s’apparenter au Lean
■ ( en tant que salarié) aux réunions d’ateliers, aux for-
mations Lean, etc.
■ (en tant qu’organisation syndicale) demander à intégrer
Demander une présentation du coût global
(sur toute la durée du projet) le comité de pilotage du projet.
■ Honoraires : la direction s’est-elle fait aider d’un cabinet S’informer régulièrement auprès des salariés :
de conseil extérieur pour ce projet ? Le(s)quel(s) ? ■ s ur le déploiement du Lean dans leurs services ;
Pour quels coûts ? ■ s ur l’évolution de leurs conditions de travail ;
■ Recrutement : le projet réclame-t-il des recrutements ■s ur leurs ressentis ;
spécifiques ? Pour quel coût annuel ? ■ e ssayer de discerner auprès des salariés concernés
■ Budget formation : montants annuels prévus pour le les temps de travail que la démarche Lean identifie
déploiement du projet ? comme « temps morts » et qui se révèlent être un
■ Temps de réunions supplémentaires : estimation et « temps indirectement productif ». Accumulez les
coûts ? exemples, vous en aurez besoin pour convaincre
d’autres salariés, voire même la direction, que ce
Demander une présentation des objectifs qu’elle entreprend est risqué.
■ Gains attendus en chiffre d’affaires : en effet, sans
Surveiller :
objectif clair de gains d’activité, les discours de la
direction sur l’amélioration des processus de travail,
■ les départs et leurs remplacements au sein des ateliers
de la qualité et sur l’absence de risque sur l’emploi… ou groupes de travail ;
■e n cas de doute, demander à ce que la direction tienne
ne seraient pas crédibles, au regard du coût de ce
type de projet ; des « entretiens de sorties » et en communique une
synthèse aux élus ;
■ P
résentation du contrat passé avec le cabinet retenu :
■ le cas échéant, tenter d’en mener
cahier des charges, réponse à appel d’offres ;
vous-mêmes.
■ Economies attendues, ventilées par poste de coûts ;
■ T
aux actuels et taux cibles de tâches à «valeur ajoutée »
pour les postes concernés ;
Le respect d’une définition claire
■ Organisation cible après déploiement du projet ;
du rôle de chacun :
■ C alendrier de déploiement (demander aussi à la Dans la mesure où les salariés ne sont pas décisionnaires
direction de motiver l’ordre des services déployés). de l’organisation cible, leur participation aux ateliers ou groupes
de travail ne doit pas être assimilée à un comité directeur,
Questionner sur autres impacts éventuels chargé de décider du futur fonctionnement des équipes.
(quelques exemples non exhaustifs) Ce point mérite d’être précisé en début d’atelier, afin d’éviter
■ L
e projet est-il susceptible de modifier les critères qu’après déploiement, les participants ne culpabilisent et ne
d’évaluation et de rémunérations variables ? portent la responsabilité d’un projet ayant pour conséquence
■ L
e projet est-il susceptible de modifier les plannings ?
d’augmenter les exigences demandées aux salariés.
Néanmoins, il est important que les participants soient
■ L
e projet est-il susceptible de développer la poly-
conscients des éventuelles conséquences de leurs contributions.
valence ?
Guide 19
Lean Management
Adapter la communication
syndicale aux spécificités du Lean
Etape 1
Rencontrer les salariés et les faire parler
de leur travail
■ À
travers le Lean, l’entreprise fait parler du travail, dit
s’intéresser aux problèmes rencontrés sur le terrain,
ce qui est d’abord bien perçu par les salariés et peut
contribuer à marginaliser un discours syndical trop
généraliste.
■ Le Lean renforce le besoin d’obtenir auprès des
salariés un « crédit » né de l’écoute, qui s’avérera utile,
plus tard, quand les premières difficultés arriveront.
■ A
u passage, se rapprocher des opérationnels permet
d’évaluer la crédibilité technique du projet vanté
par la direction.
Etape 2
Communiquer d’abord localement,
par services
■ Le Lean se déploie progressivement : les salariés
non encore touchés n’en connaissent que la
communication positive produite par la direction
et ne comprendront pas toujours une critique viru-
lente, qu’ils pourraient trop vite juger comme « une
opposition de principe ».
■ Produire la critique du Lean de préférence locale-
ment, sur des exemples concrets, là où elle marquera
les esprits, avant d’étendre plus la communication.
Face au Lean,
communiquer de manière innovante
Etape 3
■ E nquête auprès des salariés (le budget de fonctionnement
Restituer le caractère collectif du projet
CE peut la financer), recueillir et rendre collectives
■ Après s’être nourris d’écoute du terrain et d’exemples des difficultés qu’on croit trop souvent individuelles.
concrets, restituer le cadre collectif du Lean, pour
aider le collectif de travail à sortir des logiques
■ S ’adapter au caractère progressif du déploiement
individuelles. du Lean et communiquer sous la forme de chronique
(feuilleton, news).
■ Par exemple, en communiquant sur les gains espérés
du projet, sur l’évolution des effectifs, sur les résultats ■ N e pas oublier de communiquer vers la direction,
de l’enquête… pour lui signifier votre vigilance.
20 Guide
Lean Management
Actionner le levier
de l’information-consultation annuelle
sur les Orientations Stratégiques
Les projets de type « Lean » sont parfois difficiles à saisir
dans le cadre d’une information-consultation ponctuelle,
car ils se déploient souvent très progressivement. Il arrive
souvent que le Comité ne soit informé et consulté sur un
projet pilote ou partiel, ne touchant qu’une poignée de
services. Ou qu’il ne soit pas informé du tout.
L’information-consultation annuelle sur les Orientations Utiliser l’expert-comptable
stratégiques, rendue obligatoire par la loi de Sécurisation
de l’Emploi (2013) et renforcée par la loi de moderni- du Comité d’Entreprise pour argumenter
sation du dialogue social (2015), est une opportunité
d’acquérir des informations, de mettre en perspective
des propositions alternatives
et d’interpeller les représentants des actionnaires sur ■ xamen annuel des comptes et prévisions (L.2325-35) :
E
les risques ou les conséquences observées de la mise investiguer sur les aspects stratégiques, financiers,
en place d’une organisation Lean, au besoin en leur organisationnels et sociaux des projets Lean ou de
proposant des alternatives. tout autre chantier impactant l’organisation, faire des
L’organe de gouvernance de l’entreprise est tenu de recommandations et aider les élus à construire leurs
délibérer sur l’avis formulé par le Comité (Central) argumentaires.
d’Entreprise, et d’y répondre de manière motivée, par ■
Orientations Stratégiques et conséquences sur
écrit. Le Comité peut requérir l’assistance d’un expert-
l’emploi : aider les élus à interpeller de manière efficace
comptable pour l’aider à analyser la situation et à formuler
l’organe de gouvernance (Conseil d’Administration, de
son avis et ses recommandations. Le Comité d’entreprise
Surveillance, etc.) sur les choix stratégiques et organi-
peut également demander l’avis du CHSCT avant de se
sationnels, leur traduction opérationnelle sur le travail,
prononcer sur le projet.
à responsabiliser les représentants des actionnaires,
à proposer des alternatives.
Actionner le levier du Droit d’Alerte ■
Enquête auprès des salariés (dans le cadre d‘une
Lorsque le Comité d’Entreprise a connaissance de faits mission contractuelle, L.2325-41 du Code du travail) :
de nature à affecter de façon préoccupante la situation faire remonter de manière anonyme, mais massive, les
économique de l’entreprise, il peut demander à l’employeur difficultés à faire face, les motifs d’insatisfaction, de
de fournir des explications. Ce peut par exemple être stress ou d’anxiété au travail, constituer des éléments
le cas si vous estimez que le déploiement du Lean se factuels que la direction ne pourra pas nier (elle a une
traduit par une dégradation de la qualité de service, par obligation de résultat en matière de santé au travail).
une désorganisation du collectif de travail, etc. Si les ■ Droit d’alerte (L.2323-78 et L.2325-35) : mettre en
réponses de la direction ne suffisent pas à apaiser les évidence les faits préoccupants avant, pendant ou
inquiétudes, le Comité peut ouvrir une procédure d’alerte après la mise en place d’un projet Lean, interpeller la
et se faire accompagner d’un expert. La démarche est direction, le groupe ou les représentants des actionnaires,
alors relativement semblable à la précédente, à ceci proposer des alternatives.
près que les délais d’expertise ne sont pas contraints.
Guide 21
Lean Management
Notes :
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