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Consignes Pour La Compréhension Écrite: Lisez Attentivement Les Deux

La pétition des artistes de 1887 s'oppose à la construction de la Tour Eiffel, la qualifiant de déshonneur pour Paris et menaçant l'harmonie architecturale de la ville. En réponse, Gustave Eiffel défend son projet en affirmant que la tour aura une beauté propre et une utilité scientifique, tout en critiquant la précipitation des artistes à juger un monument qui n'est pas encore construit. Eiffel soutient que la tour ne nuira pas aux autres monuments parisiens et qu'elle représente un symbole de progrès et d'ingénierie moderne.

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Consignes Pour La Compréhension Écrite: Lisez Attentivement Les Deux

La pétition des artistes de 1887 s'oppose à la construction de la Tour Eiffel, la qualifiant de déshonneur pour Paris et menaçant l'harmonie architecturale de la ville. En réponse, Gustave Eiffel défend son projet en affirmant que la tour aura une beauté propre et une utilité scientifique, tout en critiquant la précipitation des artistes à juger un monument qui n'est pas encore construit. Eiffel soutient que la tour ne nuira pas aux autres monuments parisiens et qu'elle représente un symbole de progrès et d'ingénierie moderne.

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LA PÉTITION DES ARTISTES CONTRE LA TOUR EIFFEL

ET LA RÉPONSE DE GUSTAVE EIFFEL


Consignes pour la compréhension écrite: Lisez attentivement les deux
textes suivants. Regardez les mots expliqués en fin de document. Puis faites le
quiz avec les textes sous les yeux pour voir comment fonctionnent
l'argumentation et la contre-argumentation.
Texte 1: Les 47 artistes contre Alphand et Eiffel
Voici la lettre ouverte adressée à M. Alphand, commissaire de l'Exposition
universelle de 1889, par les artistes contre la tour Eiffel. Cette lettre a été
publiée dans le journal Le Temps le 14 février 1887.
« Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amateurs
passionnés de la beauté, jusqu'ici intacte, de Paris, protester de toutes nos
forces, de toute notre indignation, au nom du goût français méconnu, au nom
de l'art et de l’histoire français menacés, contre l'érection, en plein cœur de
notre capitale, de l'inutile et monstrueuse Tour Eiffel, que la malignité
publique, souvent empreinte de bon sens et d'esprit de justice, a déjà baptisé
du nom de « Tour de Babel ». Sans tomber dans l'exaltation du chauvinisme,
nous avons le droit de proclamer bien haut que Paris est la ville sans rivale
dans le monde. Au-dessus de ses rues, de ses boulevards élargis, du milieu de
ses magnifiques promenades, surgissent les plus nobles monuments que le
genre humain ait enfantés. L'âme de la France, créatrice de chefs-d'œuvre,
resplendit parmi cette floraison auguste de pierres. L'Italie, l'Allemagne, les
Flandres, si fières à juste titre de leur héritage artistique, ne possèdent rien qui
soit comparable au nôtre, et de tous les coins de l'univers, Paris attire les
curiosités et les admirations. [les héritages de Paris]
Allons-nous donc laisser profaner tout cela ? La ville de Paris va-t-elle donc
s'associer plus longtemps aux baroques, aux mercantiles imaginations d'un
constructeur de machines, pour s'enlaidir irréparablement et se déshonorer ?
Car la Tour Eiffel, dont la commerciale Amérique elle-même ne voudrait pas,
c’est, n’en doutez point, le déshonneur de Paris. Chacun le sent, chacun le dit,
chacun s'en afflige profondément, et nous ne sommes qu’un faible écho de
l’opinion universelle, si légitimement alarmée. [la Tour Eiffel est le
déshonneur de Paris]
Enfin lorsque les étrangers viendront visiter notre Exposition, ils s’écrieront,
étonnés : « Quoi ? C'est cette horreur que les Français ont trouvée pour nous
donner une idée de leur goût si fort vanté ? » Et ils auront raison de se moquer
de nous, parce que le Paris des gothiques sublimes, le Paris de Jean Goujon,
de Germain Pilon, de Puget, de Rude, de Barye, etc., sera devenu le Paris de
M. Eiffel. [les critiques des étrangers]
Il suffit d'ailleurs, pour se rendre compte de ce que nous avançons, de se
figurer un instant une tour vertigineusement ridicule, dominant Paris, ainsi
qu'une gigantesque cheminée d'usine, écrasant de sa masse barbare Notre-
Dame, la Sainte-Chapelle, le dôme des Invalides, l'Arc de triomphe, tous nos
monuments humiliés, toutes nos architectures rapetissées, qui disparaîtront
dans ce rêve stupéfiant. Et pendant vingt ans, nous verrons s’allonger sur la
ville entière, frémissante encore du génie de tant de siècles, nous verrons
s'allonger comme une tache d'encre l'ombre odieuse de l’odieuse colonne de
tôle boulonnée... [la tour nuira les autres bâtiments:::]
C'est à vous, Monsieur et cher compatriote, à vous qui aimez tant Paris, qui
l'avez tant embelli, qui l’avez tant de fois protégé contre les dévastations
administratives et le vandalisme des entreprises industrielles, qu'appartient
l'honneur de le défendre une fois de plus. Nous nous remettons à vous du soin
de plaider la cause de Paris, sachant que vous y déploierez toute l’énergie,
toute l’éloquence que doit inspirer à un artiste tel que vous l’amour de ce qui
est beau, de ce qui est grand, de ce qui est juste... Et si notre cri d'alarme n'est
pas entendu, si nos raisons ne sont pas écoutées, si Paris s'obstine dans l'idée
de déshonorer Paris, nous aurons, du moins, vous et nous, fait entendre une
protestation qui honore. [pétition contre la Tour Eiffel]
Cette lettre est signée le 14 février 1887 par 47 personnes.
Texte 2: La réponse de Gustave Eiffel
La réponse de Gustave Eiffel est parvenue sous la forme d'un article paru
dans le journal Le Monde, la même année.
Quels sont les motifs que donnent les artistes pour protester contre l'érection
de la tour ? Qu'elle est inutile et monstrueuse ! Nous parlerons de l'inutilité
tout à l'heure. Ne nous occupons pour le moment que du mérite esthétique sur
lequel les artistes sont plus particulièrement compétents. Je voudrais bien
savoir sur quoi ils fondent leur jugement. Car, remarquez-le, monsieur, cette
tour, personne ne l'a vue et personne, avant qu'elle ne soit construite, ne
pourrait dire ce qu'elle sera. On ne la connaît jusqu'à présent que par un
simple dessin géométral ; mais quoiqu'il ait été tiré à des centaines de mille
d'exemplaires, est-il permis d'apprécier avec compétence l'effet général
artistique d'un monument d'après un simple dessin, quand ce monument sort
tellement des dimensions déjà pratiquées et des formes déjà connues ? [ne pas
la juger par un dessin simple de la tour]
Et, si la tour, quand elle sera construite, était regardée comme une chose belle
et intéressante, les artistes ne regretteraient-ils pas d'être partis si vite et si
légèrement en campagne ? Qu'ils attendent donc de l'avoir vue pour s'en faire
une juste idée et pouvoir la juger. Je vous dirai toute ma pensée et toutes mes
espérances. Je crois, pour ma part, que la tour aura sa beauté propre. Parce
que nous sommes des ingénieurs, croit-on donc que la beauté ne nous
préoccupe pas dans nos constructions et qu'en même temps que nous faisons
solide et durable nous ne nous efforçons pas de faire élégant ? Est-ce que les
véritables conditions de la force ne sont pas toujours conformes aux
conditions secrètes de l'harmonie? Le premier principe de l'esthétique
architecturale est que les lignes essentielles d'un monument soient
déterminées par la parfaite appropriation à sa destination. Or, de quelle
condition ai-je eu, avant tout, à tenir compte dans la tour ? De la résistance au
vent. Eh bien ! je prétends que les courbes des quatre arêtes du monument
telles que le calcul les a fournies, qui, partant d'un énorme et inusité
empattement à la base, vont en s'effilant jusqu'au sommet, donneront une
grande impression de force et de beauté ; car elles traduiront aux yeux la
hardiesse de la conception dans son ensemble, de même que les nombreux
vides ménagés dans les éléments mêmes de la construction accuseront
fortement le constant souci de ne pas livrer inutilement aux violences des
ouragans des surfaces dangereuses pour la stabilité de l'édifice. La tour sera le
plus haut édifice qu'aient jamais élevé les hommes. Ne sera-t-elle donc pas
grandiose aussi à sa façon ? Et pourquoi ce qui est admirable en Égypte
deviendrait-il hideux et ridicule à Paris ? Je cherche et j'avoue que je ne
trouve pas. [donner une vue générale de la tour]
La protestation dit que la tour va écraser de sa grosse masse barbare Notre-
Dame, la Sainte-Chapelle, la tour Saint-Jacques, le Louvre, le dôme des
Invalides, l'Arc de triomphe, tous nos monuments. Que de choses à la fois !
Cela fait sourire, vraiment. Quand on veut admirer Notre-Dame, on va la voir
du parvis. En quoi du Champ-de-Mars la tour gênera-t-elle le curieux placé
sur le parvis Notre-Dame, qui ne la verra pas ? C'est d'ailleurs une des idées
les plus fausses, quoique des plus répandues, même parmi les artistes, que
celle qui consiste à croire qu'un édifice élevé écrase les constructions
environnantes. Regardez si l'Opéra ne paraît pas plus écrasé par les maisons
du voisinage qu'il ne les écrase lui-même. Allez au rond-point de l'Étoile, et,
parce que l'Arc de triomphe est grand, les maisons de la place ne vous en
paraîtront pas plus petites. Au contraire, les maisons ont bien l'air d'avoir la
hauteur qu'elles ont réellement, c’est-à-dire à peu près quinze mètres, et il faut
un effort de l'esprit pour se persuader que l'Arc de triomphe en mesure
quarante-cinq, c’est-à-dire trois fois plus. [donner des exemples montrant que
la Tour Eiffel n’écrase pas d’autres édifices symboliques]
Reste la question d'utilité. Ici, puisque nous quittons le domaine artistique, il
me sera bien permis d'opposer à l'opinion des artistes celle du public. Je ne
crois point faire preuve de vanité en disant que jamais projet n'a été plus
populaire ; j'ai tous les jours la preuve qu'il n'y a pas dans Paris de gens, si
humbles qu'ils soient, qui ne le connaissent et ne s'y intéressent. À l'étranger
même, quand il m'arrive de voyager, je suis étonné du retentissement qu'il a
eu. Quant aux savants, les vrais juges de la question d'utilité, je puis dire qu'ils
sont unanimes. Non seulement la tour promet d'intéressantes observations
pour l'astronomie, la météorologie et la physique, non seulement elle
permettra en temps de guerre de tenir Paris constamment relié au reste de la
France, mais elle sera en même temps la preuve éclatante des progrès réalisés
en ce siècle par l'art des ingénieurs. C'est seulement à notre époque, en ces
dernières années, que l'on pouvait dresser des calculs assez sûrs et travailler le
fer avec assez de précision pour songer à une aussi gigantesque entreprise.
[donner des exemples sur l’utilité de la tour]
N'est-ce rien pour la gloire de Paris que ce résumé de la science
contemporaine soit érigé dans ses murs ? La protestation gratifie la tour d’ «
odieuse colonne de tôle boulonnée ». Je n’ai point vu ce ton de dédain sans en
être irrité. Il y a parmi les signataires des hommes que j’admire et que
j’estime. Il y en a d’autres qui sont connus pour peindre de jolies petites
femmes se mettant une fleur au corsage ou pour avoir tourné spirituellement
quelques couplets de vaudeville. Eh bien, franchement, je crois que toute la
France n’est pas là-dedans. M. de Voguë, dans un récent article de la Revue
des Deux Mondes, après avoir constaté que dans n’importe quelle ville
d’Europe où il passait il entendait chanter Ugène, tu me fais de la peine et le
Bi du bout du banc, se demandait si nous étions en train de devenir les
“græculi” du monde contemporain. Il me semble que n’eût-elle pas d’autre
raison d’être que de montrer que nous ne sommes pas seulement le pays des
amusements mais aussi celui des ingénieurs et des constructeurs qu’on
appelle de toutes les régions du monde pour édifier les ponts, les viaducs, les
gares et les grands monuments de l’industrie moderne, la tour Eiffel mériterait
d’être traitée avec plus de considération. [montrer la fierté d’Eiffel]
Gustave Eiffel, réponse au Manifeste contre la Tour (Le Monde, 1887)
VOCABULAIRE
Vocabulaire (Texte 1, mots et expressions soulignés)
·empreinte de bon sens : marquée par le discernement/ la lucidité
·a déjà baptisé : a déjà nommé
·« Tour de Babel » : référence biblique, qui a le sens ici de lieu où règne la
confusion
·le chauvinisme : une admiration excessive et sans discernement de tout ce
qui appartient à son propre pays
·ait enfantés : ait produits/ créés
·profaner : porter atteinte au caractère sacré d’une chose, d’un lieu
·mercantiles : cupides, vénales
·s’enlaidir : littéralement se rendre laid(e)
·rapetissées : rendues plus petites
Vocabulaire (Texte 2, mots et expressions soulignés)
·partis …. en campagne : dans ce contexte cela signifie s’engager contre la
Tour
·inusité empattement : ici cela réfère à la base élargie de l’édifice, et
« inusité » veut dire très inhabituel
·en s’effilant : en devenant de plus en plus fin et pointu (au sommet de la
Tour)
·la hardiesse : la témérité, l’audace
·accuseront … le constant souci de : accentueront/ révèleront … la
préoccupation permanente de
·hideux : très laid, repoussant
·le parvis de Notre-Dame : c’est la grande place située devant la cathédrale
·le Champ-de-Mars : c’est un vaste jardin public situé entre la Tour Eiffel et
l’école militaire (la Tour Eiffel et Notre-Dame ne se situent pas dans le même
quartier de Paris, ces monuments sont éloignés d’environ 5 km l’un de
l’autre)
·(la)vanité : l’orgueil
·retentissement : il s’agit des réactions qu’un évènement suscite auprès d’un
large public (utilisé au sens figuré dans ce contexte)
·Quant aux (savants) : En ce qui concerne (les savants)
·éclatante : brillante
·gigantesque : énorme, colossale
·avoir tourné spirituellement quelques couplets de vaudeville : plusieurs
chansons populaires avaient été détournées pour critiquer la future Tour Eiffel
·Ugène tu me fais de la peine et le Bi du bout du banc : références à la culture
populaire (théâtre et chanson)
·les « græculi » : surnom péjoratif que les Romains donnaient aux
philosophes ou précepteurs grecs
·édifier : construire, bâtir
REPONDEZ AUX QUESTIONS
1. Dans le texte 1, qui parle ?
a. Gustave Eiffel, ingénieur
b. Des artistes de l’époque
c. Adolphe Alphand, directeur général de l’Exposition Universelle
de 1889
2. Dans le texte 1, au nom de quoi les auteurs de la pétition contre la
Tour s'expriment-ils ?
a. au nom du goût, de l'art et de l'histoire
b. au nom de la science et des nouvelles découvertes
c. au nom du gouvernement et de ses illustres représentants
3. Que vantent les auteurs du texte 1 ?
a. l'incomparable beauté de Paris et de ses monuments
b. la dimension scientifique et commerciale du projet de Gustave
Eiffel
4. Quels sont les procédés stylistiques et argumentatifs utilisés par les
auteurs du texte 1 pour convaincre leurs lecteurs et leur
destinataire (M. Alphand) ?
a. des procédés rhétoriques qui incitent le destinataire et les lecteurs
à s'impliquer dans le débat
b. des images, comparaisons et métaphores négatives sur la Tour
c. un ton léger et ironique
d. des procédés anaphoriques (répétitions)
5. Dans le texte 2, comment Gustave Eiffel répond-il aux critiques ?
a. Il reprend chacune des attaques et donne des contre-arguments.
b. Il attaque les artistes sur leurs oeuvres qu'il juge inutiles pour la
société.
c. Il explique que sa Tour sera bien plus belle que tous les
monuments précédents.
6. Cochez toutes les bonnes réponse. Dans le texte 2…
a. Eiffel défend les ingénieurs et dit que sa Tour sera solide, durable
et belle à sa façon.
b. Gustave Eiffel explique qu'on ne peut pas juger de la beauté d'un
monument avant de l'avoir vu.
c. Il soutient que sa Tour sera appréciée par tous, utile pour la
science, la défense du pays et la renommée de la France.
d. Il explique que sa Tour fera de l'ombre aux anciens monuments
parce qu'elle sera moderne et évoquera le progrès.
CORRIGES
1b. En effet, il s'agit de personnalités du monde des lettres et des arts de
l'époque. Parmi eux, on trouve:
-le compositeur Charles Gounod,
-les écrivains Guy de Maupassant et Alexandre Dumas fils,
-les poètes François Coppée, Leconte de Lisle et Sully Prudhomme,
-les peintres William Bouguereau et Ernest Meissonier,
-l’architecte de l’Opéra de Paris: Charles Garnier
2a
3a. Relevez les exagérations très subjectives, par exemple l'usage du
superlatif: "les plus nobles monuments que le genre humain ait infantés"; ou
encore "ne possèdent rien qui soit comparable au nôtre". Ils font l'éloge du
Paris passé: "Le Paris des gothiques sublimes", etc. Ils mentionnent tous
les monuments qui font la gloire de Paris à l'époque: la cathédrale Notre-
Dame, la Sainte-Chapelle, l'Arc de Triomphe, les Invalides.
4a, b, d
a. Relevez par exemple:
-la question "Allons-nous donc laisser profaner tout cela?",
-la réaction supposée des futurs visiteurs étrangers à travers une forme
interrogative: "Quoi? C'est cette horreur que les Français ont trouvée, ce qui
sous-entend que toute la France sera alors jugée négativement
-le dernier paragraphe s'adresse directeur au Directeur de l'Exposition
Universelle de 1889, Adolphe Alphand pour qu'il arrête la construction: "C'est
à vous, Monsieur et cher compatriote"
b. La Tour sera: "inutile et monstrueuse", "une "horreur" qui va "profaner"
"enlaidir" et "déshonorer" Paris, humilier, rapetisser et écraser ses sublimes
monuments, "une tour vertigineusement ridicule", "une gigantesque cheminée
d'usine", "comme une tache d'encre l'ombre odieuse de l'odieuse colone de
tôle boulonnée".
d. Notez par exemple la répétition de
-"au nom de" : "au nom du goût français", "au nom de l'art et de l'histoire",
pour bien montrer qu'ils parlent en tant que défenseurs du patrimoine culturel,
artistique et historique français.
-et celle de "chacun": "chacun le sent, chacun le lit, chacun s'en afflige
profondément", cette répétition insiste sur le fait que leur opinion est partagée
par tous.
5a
6a, b, c
a. Effectivement, Eiffel se veut rassurant et insiste sur la solidité de sa Tour
mais il souligne également l'élégance de sa Tour. Il prend l'exemple de
l'architecture égyptienne (il pense aux pyramides): "Pourquoi ce qui est
admirable en Egypte deviendrait-il hideux et ridicule à Paris?
Pour la petite anecdote, la pyramide du Louvre, qui a vu le jour en 1988, a fait
l'objet de nombreuses protestations haineuses lors de sa construction!
b. "Qu'ils attendent donc de l'avoir vue pour s'en faire une juste idée et
pouvoir la juger".
c. Notez les passages suivants: "jamais projet n'a été plus populaire", "les
savants … sont unanimes", "la tour promet d'intéressantes observations pour
l'astronomie, la météorologie et la physique", "elle permettra en temps de
guerre de tenir Paris relié au reste de la France", "la preuve éclatante des
progrès réalisés en ce siècle par l'art des ingénieurs".
EXTRAIT DE « J’ACCUSE… ! » D’ÉMILE ZOLA
LETTRE À M. FÉLIX FAURE
Président de la République
Monsieur le Président,
Me permettez-vous, dans ma gratitude pour le bienveillant accueil que vous
m’avez fait un jour, d’avoir le souci de votre juste gloire et de vous dire que
votre étoile, si heureuse jusqu’ici, est menacée de la plus honteuse, de la plus
ineffaçable des taches ?
Vous êtes sorti sain et sauf des basses calomnies, vous avez conquis les
cœurs. Vous apparaissez rayonnant dans l’apothéose de cette fête patriotique
que l’alliance russe a été pour la France, et vous vous préparez à présider au
solennel triomphe de notre Exposition universelle, qui couronnera notre grand
siècle de travail, de vérité et de liberté. Mais quelle tache de boue sur votre
nom — j’allais dire sur votre règne — que cette abominable affaire Dreyfus !
Un conseil de guerre vient, par ordre, d’oser acquitter un Esterhazy, soufflet
suprême à toute vérité, à toute justice. Et c’est fini, la France a sur la joue
cette souillure, l’histoire écrira que c’est sous votre présidence qu’un tel
crime social a pu être commis.
Puisqu’ils ont osé, j’oserai aussi, moi. La vérité, je la dirai, car j’ai promis de
la dire, si la justice, régulièrement saisie, ne la faisait pas, pleine et entière.
Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice. Mes nuits seraient
hantées par le spectre de l’innocent qui expie là-bas, dans la plus affreuse des
tortures, un crime qu’il n’a pas commis.
Et c’est à vous, monsieur le Président, que je la crierai, cette vérité, de toute la
force de ma révolte d’honnête homme. Pour votre honneur, je suis convaincu
que vous l’ignorez. Et à qui donc dénoncerai-je la tourbe malfaisante des vrais
coupables, si ce n’est à vous, le premier magistrat du pays ?

La vérité d’abord sur le procès et sur la condamnation de Dreyfus.
[…]
Telle est donc la simple vérité, monsieur le Président, et elle est effroyable,
elle restera pour votre présidence une souillure. Je me doute bien que vous
n’avez aucun pouvoir en cette affaire, que vous êtes le prisonnier de la
Constitution et de votre entourage. Vous n’en avez pas moins un devoir
d’homme, auquel vous songerez, et que vous remplirez. Ce n’est pas,
d’ailleurs, que je désespère le moins du monde du triomphe. Je le répète avec
une certitude plus véhémente : la vérité est en marche, et rien ne l’arrêtera.
C’est d’aujourd’hui seulement que l’affaire commence, puisque aujourd’hui
seulement les positions sont nettes : d’une part, les coupables qui ne veulent
pas que la lumière se fasse ; de l’autre, les justiciers qui donneront leur vie
pour qu’elle soit faite. Quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse,
elle y prend une force telle d’explosion, que, le jour où elle éclate, elle fait
tout sauter avec elle. On verra bien si l’on ne vient pas de préparer, pour plus
tard, le plus retentissant des désastres.

Mais cette lettre est longue, monsieur le Président, et il est temps de conclure.
J’accuse le lieutenant-colonel du Paty de Clam d’avoir été l’ouvrier
diabolique de l’erreur judiciaire, en inconscient, je veux le croire, et d’avoir
ensuite défendu son œuvre néfaste, depuis trois ans, par les machinations les
plus saugrenues et les plus coupables.
J’accuse le général Mercier de s’être rendu complice, tout au moins par
faiblesse d’esprit, d’une des plus grandes iniquités du siècle.
J’accuse le général Billot d’avoir eu entre les mains les preuves certaines de
l’innocence de Dreyfus et de les avoir étouffées, de s’être rendu coupable de
ce crime de lèse-humanité et de lèse-justice, dans un but politique et pour
sauver l’état-major compromis.
J’accuse le général de Boisdeffre et le général Gonse de s’être rendus
complices du même crime, l’un sans doute par passion cléricale, l’autre peut-
être par cet esprit de corps qui fait des bureaux de la guerre l’arche sainte,
inattaquable.
J’accuse le général de Pellieux et le commandant Ravary d’avoir fait une
enquête scélérate, j’entends par là une enquête de la plus monstrueuse
partialité, dont nous avons, dans le rapport du second, un impérissable
monument de naïve audace.
J’accuse les trois experts en écritures, les sieurs Belhomme, Varinard et
Couard, d’avoir fait des rapports mensongers et frauduleux, à moins qu’un
examen médical ne les déclare atteints d’une maladie de la vue et du
jugement.
J’accuse les bureaux de la guerre d’avoir mené dans la presse,
particulièrement dans l’Éclair et dans l’Écho de Paris, une campagne
abominable, pour égarer l’opinion et couvrir leur faute.
J’accuse enfin le premier conseil de guerre d’avoir violé le droit, en
condamnant un accusé sur une pièce restée secrète, et j’accuse le second
conseil de guerre d’avoir couvert cette illégalité, par ordre, en commettant à
son tour le crime juridique d’acquitter sciemment un coupable.
En portant ces accusations, je n’ignore pas que je me mets sous le coup des
articles 30 et 31 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881, qui punit les délits
de diffamation. Et c’est volontairement que je m’expose.
Quant aux gens que j’accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je
n’ai contre eux ni rancune ni haine. Ils ne sont pour moi que des entités, des
esprits de malfaisance sociale. Et l’acte que j’accomplis ici n’est qu’un moyen
révolutionnaire pour hâter l’explosion de la vérité et de la justice.
Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant
souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri
de mon âme. Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête
ait lieu au grand jour !
J’attends.
Veuillez agréer, monsieur le Président, l’assurance de mon profond respect.
ÉMILE ZOLA
VOCABULAIRE
-la gratitude est un lien ou un sentiment de reconnaissance envers quelqu'un
-les basses calomnies: les viles accusations. Une calomnie est une accusation
mensongère contre une personne afin de porter sur elle le discrédit.
-acquitter: déclarer quelqu'un par jugement innocent de la faute pour laquelle
il est poursuivi. Synonymes de innocenter, disculper
-un soufflet est utilisé au figuré ici pour signifier dommage, préjudice,
affront.
-une souillure désigne ce qui salit moralement quelqu'un ou quelque chose, ce
qui est ressenti comme une atteinte à l'honneur, à la dignité. Ici c'est
symboliquement la joue de la France qui est souillée.
-"l'innocent qui expie ... un crime qu'il n'a pas commis": expier signifie
réparer une faute, un crime en subissant une peine. Dans ce cas Dreyfus paye
pour un crime qu'il n'a pas perpétré.
-effroyable est un adjectif synonyme de terrible, épouvantable, effrayant.
-véhémente signfie qui est d'une force impétueuse, intense.
-néfaste est un adjectif synonyme de nuisible, funeste, mauvais.
-saugrenues est synonyme de absurdes, ridicules
-ce crime de lèse-humanité, de lèse-justice: le mot lèse se place devant
certains substantifs féminins pour indiquer que la chose exprimée par le
substantif a été attaquée, violée très gravement. Donc ici l'adjectif lèse devant
humanité et justice veut dire qui porte une atteinte grave à l'humanité, à la
justice.
-cet esprit de corps désigne l'attachement des membres d'un groupe aux
opinions, aux droits, aux intérêts du groupe. Ici il est question de l'esprit de
corps qui caractérise les institutions militaires.
-un enquête scélérate est le contraire d'une investigation honnête.
-la partialité désigne la disposition à favoriser une personne, une opinion
plutôt qu'une autre, c'est donc le contraire de la justice, de l'impartialité.
-les sieurs: les individus
-mensongers veut dire qui est basé sur un mensonge, qui est faux, qui
n'exprime pas la réalité. Et frauduleux signfie qui est falsifié, illégal.
-égarer l'opinion signifie perdre, désorienter l'opinion publique, le jugement
collectif (de la société)
-couvrir leur faute: cacher leur erreur
REPONDEZ AUX QUESTIONS
1. Dans cette lettre ouverte, Zola s'adresse au premier personnage de
l'état, au président de la République Félix Faure. Quels procédés
rhétoriques et argumentatifs Zola met-il en place dès les premiers
paragraphes? Cochez toutes les bonnes réponses.
a. Zola souhaite exposer la vérité
b. Zola accuse le président Félix Faure de laisser un tel crime social
avoir lieu
c. Zola attire l'attention sur le jugement de la postérité sur la
présidence de Félix Faure
d. Il accumule les qualificatifs positifs concernant le président lui-
même
2. Dans la dernière partie de la lettre. Quels sont les éléments
caractéristiques de l'écriture engagée et de l'éloquence polémique?
Cochez toutes les bonnes réponses.
a. Zola multiplie l'utilisation de tournures impersonnelles
b. Zola accumule les verbes d'action, de volonté et de certitude
c. Le ton est catégorique et le style est solennel
d. Le lexique utilisé est agressif et le rythme du texte est énergique
e. Le pronom personnel JE est omniprésent
3. A quel procédé Zola a-t-il recourt lorsqu'il dit à propos des experts
en écriture "à moins qu'un examen médical ne les déclare atteints
d'une maladie de la vue et du jugement."?
a. une antiphrase empreinte d'ironie
b. une métonymie humoristique
c. une allégorie épique.
4. Comment s'appelle le procédé qui consiste à répéter "J'accuse" en
tête de chaque paragraphe?
a. Un oxymore
b. Une anaphore
c. Une ellipse
d. Une prolepse
5. Quelles parties du texte montrent que Zola sait a parfaitement
conscience des risques encourus? Cochez toutes les bonnes
réponses.
a. "Qu'on ose donc me traduire en cours d'assises et que l'enquête
ait lieu au grand jour! J'attends."
b. "Et c'est volontairement que je m'expose."
c. "je n'ai contre eux ni rancune, ni haine. Ils ne sont pour moi que
des esprits de malfaisance sociale"
d. "En portant ces accusations, je n'ignore pas que je me mets sous
le coup des articles 30 et 31 de la loi sur la presse du 29 juillet
1881, qui punit les délits de diffamation."
CORRIGES
1a, c, d
a. Il écrit: "je la crierai cette vérité, de toute la force de ma révolte d'honnête
homme". Dans le texte, les champs lexicaux opposés du mensonge et de la
vérité vont se succéder
c. L'image de la "tache", de la "souillure" , de "la tourbe malfaisante" est
omniprésente dans cette introduction pour décrire ce que la postérité retiendra
de cette période malgré toutes les réussites telles que l'Exposition universelle
de 1900 ("triomphe de notre Exposition"). Zola utilise des superlatifs: "de la
plus honteuse, de la plus ineffaçable des taches". Il anticipe ce que la
postérité dira de la présidence de Félix Faure: "Quelle tache de boue sur
votre nom", "l'histoire écrira que c'est sous votre présidence qu'un tel "crime
social" a pu être commis"
d. Zola a conscience qu'il s'adresse au chef de l'état. Il l'apostrophe "Monsieur
le président", rappelle sa fonction "votre présidence", "à présider". Il énumère
ses qualités en évoquant le "bienveillant accueil" que le président lui avait
fait (preuve que les deux hommes se sont rencontrés), sa "juste gloire", "vous
avez conquis les coeurs" et "vous apparaissez rayonnant"
2b, c, d, e
b. Zola créé ainsi une impression de force pour motiver ses lecteurs à le suivre
et intimider ses adversaires. Les structures verbales utilisées marquent:
-l'action: "j'accomplis", "j'accuse"
-le défi, la volonté de faire face aux conséquences: "j'attends", "je n'ignore
pas", "je me mets sous le coup", "je m'expose"
c. Zola utilise le pronom personnel sujet JE et des verbes d'action ce qui
montre sa détermination. Il recourt également à des hyperboles. Une
hyperbole est une figure de style consistant à mettre en relief une notion par
l'exagération des termes employés: "Moyen révolutionnaire", "Explosition de
la vérité", "Une campagne abominable" et "Protestation enflammée". Zola
utilise également des métaphores qui donnent à son texte l'éloquence
oratoire et un certain lyrisme mettant l'accent sur son engagement affectif:
"la passion de la lumière", "le cri de mon âme"
d. Le vocabulaire est agressif ("mensongers", "frauduleux", "violé",
"malfaisance sociale") et désigne toutes les infractions commises par ceux que
Zola met en accusation dans cette lettre ouverte. Le rythme du texte est
rapide et vigoureux: l'anaphore "J'accuse" donne une impression de
martèlement et marque l'importance du crime. Les paragraphes sont très
courts, ce qui donne un sentiment d'urgence. Il est urgent de rétablir la vérité
e. Le pronom personnel JE apparaît dès le titre, ce qui est unique et frappe
l'attention des lecteurs. Ensuite dans le texte, il apparaît 14 fois. Zola s'engage
en tant qu'homme de Lettres et en tant qu'homme dans la bataille pour la
réhabilitation de Dreyfus
3a. Une antiphrase est une "figure par laquelle, par crainte, scrupule ou
ironie, on emploie un mot, un nom propre, une phrase, une locution, avec
l'intention d'exprimer le contraire de ce que l'on a dit" (définition du CNRTL).
Bien entendu ici, Zola n'a aucune intention d'excuser les trois graphologues,
au contraire
4b. Une anaphore est une "figure de style consistant en la répétition voulue
d'un ou de plusieurs mots en tête d'une série de propositions ou de vers qui se
suivent" (CNRTL). Cette anaphore résume l'intention de l'auteur et insiste sur
la gravité du crime, l'urgence de sa dénonciation et la détermination
inébranlable de Zola
5a, b, d
a. Zola s'attend à avoir un procès devant la cours d'assises (une juridiction
compétente pour juger les crimes)
b. Il s'expose à des poursuites judiciaires contre lui
d. Zola s'attend à être accusé de diffamation
PARIS AU XXe SIECLE – JULES VERNE
Extrait du Chapitre II : le paysage urbain de Paris en 1960
Quatre cercles concentriques de voies ferrées formaient donc le réseau
métropolitain ; ils se reliaient entre eux par des embranchements qui, sur la
rive droite, suivaient les boulevards de Magenta et de Malesherbes prolongés,
et sur la rive gauche les rues de Rennes et des Fossés-Saint Victor. On pouvait
circuler d’une extrémité de Paris à l’autre avec la plus grande rapidité.
Ces railways existaient depuis 1913 ; ils avaient été construits aux frais de
l’Etat, suivant un système présenté au siècle dernier par l’ingénieur Joanne
(1).
A cette époque, bien des projets furent soumis au gouvernement. Celui-ci les
fit examiner par un conseil d’ingénieurs civils, les ingénieurs des ponts et
chaussées n’existant plus depuis 1889, date de la suppression de l’École
polytechnique, mais ces messieurs demeurèrent longtemps divisés sur la
question ; les uns voulaient établir un chemin de fer à niveau dans les
principales rues de Paris ; les autres préconisaient les réseaux souterrains
imités du railway de Londres (2): mais le premier de ces projets eût nécessité
l’établissement de barrières fermés au passage des trains ; de là un
encombrement de piétons, de voitures, de charrettes, facile à concevoir ; le
second entraînait d’énormes difficultés d’exécution ; d’ailleurs, la perspective
de s’enfourner dans un tunnel interminable n’aurait rien eu d’attrayant pour
les voyageurs. Tous les chemins établis autrefois dans ces conditions
déplorables avaient dû être refaits, entre autres, le chemin du bois de
Boulogne, qui tant par ses ponts que par ses souterrains, obligeait les
voyageurs à interrompre vingt-sept fois leur lecture de leur journal, dans un
trajet de vingt-trois minutes.
Le système Joanne parut réunir toutes les qualités de rapidité, de facilité, de
bien-être et, en effet, depuis cinquante ans, les chemins de fer métropolitains
fonctionnaient à la satisfaction générale.
Ce système consistait en deux voies séparées, l’une d’aller, l’autre de retour ;
de là, jamais de rencontre possible en sens inverse.
Chacune de ces voies était établie suivant l’axe des boulevards, à cinq mètres
des maisons, au-dessus de la bordure extérieure des trottoirs ; d’élégantes
colonnes de bronze galvanisé (3) les supportaient et se rattachaient entre elles
par des armatures découpées à jour ; ces colonnes prenaient de distance en
distance un point d’appui sur les maisons riveraines, au moyen d’arcades
transversales.
Ainsi, ce long viaduc, supportant la voie ferrée, formait une galerie ouverte,
sous laquelle les promeneurs trouvaient un abri contre la pluie ou le soleil ; la
chaussée bitumée restait réservée au voitures ; le viaduc enjambait sur un
pont élégant les principales rues qui coupaient sa route, et le railway,
suspendu à la hauteur des entresols, ne mettait aucun obstacle à la circulation.
[…] Les stations du railway des boulevards se trouvaient situées au
Trocadéro, à la Madeleine, au bazar Bonne Nouvelle, à la rue du Temple et à
la place de la Bastille.
Ce viaduc, supporté par de simples colonnes, n’eût pas résisté sans doute aux
anciens moyens de traction, qui exigeaient des locomotives d’une grande
pesanteur ; mais grâce à l’application de propulseurs nouveaux, les convois
étaient fort légers ; ils se succédaient de dix minutes en dix minutes,
emportant chacun mille voyageurs dans leurs voitures rapides et
confortablement disposées.
Les maisons riveraines ne souffraient ni de la vapeur ni de la fumée, par cette
raison bien simple qu’il n’y avait pas de locomotive. Les trains marchaient à
l’aide de l’air comprimé, d’après un système William, préconisé par Jobard,
célèbre ingénieur belge, qui florissait vers le milieu du dix-neuvième siècle.
Un tube vecteur, de vingt centimètres de diamètre et de deux millimètres
d’épaisseur, règnait sur toute la longueur de la voie entre les deux rails ; il
renfermait un disque en fer doux qui glissait à l’intérieur sous l’action de l’air
comprimé à plusieurs atmosphères et débité par la Société des Catacombes de
Paris. Ce disque, chassé avec une grande vitesse dans le tube, comme la balle
dans la sarbacane, entraînait avec lui la première voiture du train.
[…] La foule encombrait les rues ; la nuit commençait à venir ; les magasins
somptueux projetaient au loin des éclats de lumière électrique ; les
candélabres établis d’après le système Way par l’électrisation d’un filet de
mercure, rayonnaient avec une incomparable clarté ; ils étaient réunis au
moyen de fils souterrains ; au même moment, les cent mille lanternes de Paris
s’allumaient d’un seul coup.
[…] ces innombrables voitures qui sillonnaient la chaussée des boulevards, le
plus grand nombre marchait sans chevaux ; elles se mouvaient par une force
invisible au moyen d’un moteur à air dilaté par la combustion du gaz. C’était
la machine Lenoir (4) appliquée à la locomotion.
[…] Qu’eût dit un de nos ancêtres à voir ces boulevards illuminés avec un
éclat comparable à celui du soleil (5), ces mille voitures circulant sans bruit
sur le sourd bitume des rues, ces magasins riches comme des palais, d’où la
lumière se répandait en blanches irradiations, ces voies de communication
larges comme des places, ces places vastes comme des plaines, ces hôtels
immenses dans lesquels se logeaient somptueusement vingt mille voyageurs,
ces viaducs si légers ; ces longues galeries élégantes, ces ponts lancés d’une
rue à l’autre, et enfin ces trains éclatant qui semblaient silloner les airs avec
une fantastique rapidité.
Il eût été fort surpris sans doute, mais les hommes de 1960 n’en étaient plus à
l’admiration de ces merveilles ; ils en profitaient tranquillement, sans être
plus heureux […].
NOTES
(1) Adolphe Joanne : géographe français, fondateur des guides Joanne, ancêtre
des Guides bleus, à partir d’une description systématique en chemin de fer.
(2) Le Metropolitan Railway de Londres date de 1863 (il était composé de
voitures en bois éclairées au gaz et tractées par des locomotives à vapeur). En
1884, il s'est associé avec le chemin de fer du District Railway pour créer la
Circle line de Londres.
(3) galvaniser : recouvrir un métal d’une couche d’un autre métal par
galvanisation
(4) Etienne Lenoir : inventeur franco-belge du premier moteur à allumage
commandé (utilisant du gaz de houille comme carburant), en 1860. Ses
automobiles datent de 1860 à 1863.
(5) Rappel historique : l’éclairage des rues à l’électricité était pressentie
durant la première moitié du XIXe siècle mais sa généralisation date de 1885,
avec la mise au point d’ampoules à incandescence de type Edison, qui
remplacèrent les candélabres à arc. A Paris, il faut attendre l’Exposition
Universelle de 1878 pour qu’ait lieu la première application véritable de la
lumière électrique à l’éclairage urbain. Jules Verne visionnaire l’avait donc
proposé près de 15 ans plus tôt !

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