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Emile Benveniste Probléemes de linguistique oénérale I Gallimard Scanné avec CamScanner CHAPITRE IT Coup Pail sur le développement de la linguistique* Test survenu au cours de ces demnitres années dans les études portant sur le langage et les langues des changements considérables et dont la portée dépasse méme Vhorizon pourtant trés vaste de la linguistique. Ces changements ne se comprennent pas d’emblée; ils se dérobent dans leur manifestation méme; & la longue ils ont rendu beaucoup plus malaisé P'accés des travaux originaux, qui se hérissent une terminologie de plus en plus technique. C’est un fait on éprouve grande diffculté & lire les études des linguistes, mais plus encore 2 comprendre leurs préoccupations. A quoi tendent-ils, et que font-ils de ce qui est le bien de tous les hommes et ne cesse d’attirer leur curiosité : le langage? On a Vimpression que, pour les linguistes d’aujourd’hui, les faits du langage sont transmués en abstractions, devien- nent les matériaux inhumains de constructions algébriques ou servent d'arguments 4 darides discussions de méthode; E la linguistique s’éloigne des réalités du langage ct s’isole autres sciences humaines, Or c'est tout ropposé: On fonstate en méme temps que ces méthodes nouvelles de la istique prennent valeur d'exemple et méme de modele Pour d'autres disciplines, que les problémes du langage jauacssent maintenant des spécialtés trés diverses et t0U- ea ns gd Sed ee leant ne hor il méme Spelt qu anne epee homme & travail dans le cite de, Inecptins et belles, ibriie Transformations de la linguistique 19 11 peut done étre utile d'exposer, aussi simplement qu'on Nelle faire dans ce sujet difficile, comment et pourquoi Prtinguistique s'est ainsi transformée, & partir de ses débuts. Commengons par observer que lalinguistique a un double objet, elle est science du langage et_science des langues. do-M, Coit distinction, qu'on ne fait pas toujours, est nécessaire = Te langage, faculté humaine, caractéristique_universelle_¢ fmamuable’de Phomme, est autre chose que les langues, } y oujours particuliéres et variables, en fesquelles il se réalise ‘Crest des langues que s’occupe le linguiste, et la linguistique Ce ikabord Ts théorie des langues, Mais, dans Ia perspective ‘ob nous nous plagons ici, nous verrons que ces voies dif- férentes s'entrelacent souvent et finalement se confondent, car les problémes infiniment divers des langues ont ceci de commun qu’ un certain degré de général ils mettent toujours en question ge. ‘Chacun oat que la Tinguetique occidentale prend nais- \“t sance dans la philosophic grecque. Tout proclame cette filiation. Notre terminologie linguistique est faite pour une” part de termes grecs adoptés directement ou dans leur traduction latine. Mais V'intérét que les penseurs ont pris tits tOt au languge état exclusivement,piloso- pique, Is risonnaent sur ea condition originelle — le x ngage est-il naturel ou conventionnel? — bien plutét| quils n’en étudiaient le fonctionnement. Les. catégories| quils ont instaurées (nom, verbe, genre grammatical, etc.) Feposent toyjours sur des bass logiques ou philosphiques endant des sidcles, depuis les Présocratiques jusqu’aux Stoiciens et aux Alexandrins, puis dans la renaissance aristo- AGlsienne qui prolonge la pensée grecque jusqu'd Is fn, du Moyen Age latin, la langue est restée objet de spéculation non d’observation. Personne ne s'est bet such ean et de décrire une langue pour elle-méme, ni de vérifier si les catégories fondées en grammaire greeque ou latine avaient validité générale. Cette attitude n’a guére changé jusqu'au xvin® sigcle, Ine phase nouvelle s’ouvre au début du xrx® sidcle avec‘) la découverte du sanskrit. On découvre du méme coup [Link] ue relation de parenté entre les langues dts lepuisindo-européennes, Ta lingustique s'élabore dans les cadres de 1a grammaire comparée, avec des méthodes gui deviennent de plus en plus rigoureuses & mesure que les trouvailles ou des déchiffrements favorisent cette science nouvelle de confirmations dans son principe et d’accrois- sements dans son domaine. L’euvre accomplie au cours Scanné avec CamScanner 20 Problémes de linguistique générale d'un sidcle est ample et belle. La méthode & domaine indo-européen est devente exemplars, Sogn aujourd'hui, elle connait de nouveaux succés. Mais it ee voir que, jusqu’aux premitres décennies de notre sicle, la linguistique consistait essentiellement en une pénétion des langues. Elle se fixait Be tiche d’étudier © “des formes linguistiques. historique, son objet étant partout et toujours ‘une: phase ‘deThistote des langues, Cependant, au milieu de ces succds, quelques tétes sinquig- taient : quelle est la nature du fait linguistique? quelle est la réalité de In langue? est-il vrai qu’elle ne consiste que dans le changement? mais comment tout en changeant reste-telle la meme? comment alors fonctionne-t-lle et 2X quelle est la relation des sons au sens? La linguistique histo- Figue ne donnait aucune réponse & ces questions, n’ayant jamais eu & les poser. En méme temps se préparaient des ‘difficultés d’un ordre tout différent, mais également redou- tables. Les linguistes commengaient & s'intéresser aux langues non, écrites et sans histoire, notamment aux langues indiennes d’Amérique, et ils découvraient que les cadres traditionnels employés pour les langues indo-européennes ne s'y appliquaient pas. On avait affaire & des catégories absolument différentes qui, échappant & une description historique, obligeaient & élaborer un nouvel appareil de définitions et une nouvelle méthode d’analyse. Peu 2 peu, a travers maints débats thoriques et, sous Vinspiration du Cours de linguistique générale de Ferdinand de Saussure (1916), se précise une notion nouvelle de Ja langue, Les linguistes prennent conscience de a tiche qui “Tetr incombe : & décrire par une technique adéquate a réalité linguistique actuelle, ne méler aucun présupposé théorique ou historique & la description, qui devra étre te | synchronique, t analyser la langue dans ses Glements formels ar a a ee am La linguistique entre alors dans sa troisitme phase, celle aujourd'hui. Elle prend pour objet non Ia philosophic _. 4u langage ni Pévolution des formes linguistiques, mais ‘abord la réalité intrinséque de la langue, et elle vise 2 s¢ = ‘comme science, formelle, rigoureuse, systéma- {cb lors sont remis en question tout & la fois la considéra- tion historique et les cadres intaurés pour lo langues indo- Garopéennes. Devenant descriptive, la linguistique cco intérét gal & tous lés types de langues, écrites ou 000 E ion lle se posait commie acienet © Kx Transformations de la linguistique ar it le doit y adapter ses méthodes. Il s'agit en effet oe quoi ‘nsiee une langue et comment elle fonc~ tionne. oe a finguistes ont commencé, a V’instar de F. de Saat es finger la langue en elle-méme et pour elle Site, lp ont reconnu ce principe qui allait devenir le prin- Gipe fondamental de la linguistique moderne, que 1a lan forme un. Ceci vaut pour toute langue, quelle que oit Ie culture oi elle est en usage, quelque état torque que nous la prenions. De la base au commet, depuis les Sins jusquaux formes d’expression les plus complexes, la langue et un arangement sstématique de parties Ele se compose d’éléments _ forme articulés_en__combinaisons Series. daprts [Link] de_srudiure. Voila le second terme cl “Tngustique Ta structure. On entend @abord par la la structure du systtme linguistique, dévoilée Progressivement & partir de cette observation qu’une langue ne comporte jamais qu'un nombre _réduit_d’éléments_de_ base, mais que ces éléments, peu nombreux en eux-mémes, Se_prétent & un grand nombre bre de combinaisons. On ne les atteint méme qu’au sein de ces combinaisons. Or Panalyse méthodique conduit © reconnaitre qu’une langue ne retient jamais qu’une petite partie des combinaisons, fort nom- Preanes to BEGG, Gal pesuierient de ces éléments mini- ‘maux librement assemblés. Cette restriction dessine certaines configurations spécifiques, variables selon les systémes inguistiques avisages. C'est 1a d’abord ce qu’on entend + des types es unités d’un certain niveau. |, Chacune des unités d'un systéme se définit ainsi par ensemble des relations qu’elle soutient avec les autres unt et par le oppation oh ele entre; cst une enti relative et oppositive, disait Saussure. On’ abandonne done Vidée que les données de la langue valent par elles-mémes ct sont des « faits » objectifs, des grandeurs absolues, suscep- tibles d'etre considérées isolément, En réalité les entités linguistiques ne se laissent déterminer qu’a Tintérieur du systme qui les organise et les et [es ues par rapport aux autres, Elles ne valent qu’en tant qu’éléments Mune structure, Crest tout dabord le systeme quil Hut degases ‘et décrire, On élabore ainsi une théorie de la langue comme —fypttme de signes et comme agencement Punttés hierar ~ I semblerait qu'une représentation aussi abstraite nous loignat de ce qu’on appelle Ia réalité. Tout au contraire, Scanné avec CamScai nit Supt i fh. iculiers de relations acinus | «x nner 22 Froblemes de tinguistique générale elle correspond & I’expérience linguistic Les distinctions obtenues par Fanalsee’ colts conerite, celles” que pratique instinctivement le Tocutars got 2¥e° fnontret expérimentalenent que Tes-phonteees gO” & pu des sons distinlifs de la langue, sont ae resiaee tt eaire Togiques d ‘améné assez facilement le locuteur Sseeoe, x | Gomis cat entendant des cons, il identiie ex ea ds_phontnas fe Variantes Phontme des sons parfois assez différents, et suck relevant de phonémes dif qui semble: an " férents des sons qui sembleraiot Dés & présent on voit combien cette conceptic linguistique différe de celle qui prévalat autrefois Le netic positiviste du fait linguistique' est remplacée. par celle ao relation, Aw liew de considérer chaque élément en soi so ‘d’en chercher la « cause » dans un état plus ancien, on I’envi- sage comme partie d’un ensemble synchrone; I’« atomisme > fait place aii © structuralisme ». En isolant dans le donné Tinguistique des segments de nature et d'étendue variable, on. recense des unités de plusicurs types; on est amené ¢ Tes caractériser par des niveaux distincts dont chacun est décrire en termes adéquats. De JA un grand développement dela technique et de la terminologie de Tanalyse, car toutes les démarches doivent etre explicites. Les unités de la langue reldvent, en effet, de deux plans : syntagmatique quand on les envisage dans’ leur rapport de ession matérielle au sein de la chaine parle, paradig-_ Pomble, chacune 2 son niveau et dans sa clase formlle crire ces rapports, définir ces plans, c'est se référer & Ta a formelle de la langue; et formalizer anal la deo cription, c'est — sans paradoxe — la rendre de ph hh > ee cn réduisant la langue aux clémentssignifants dont elle se constitue uniquement et en définissant penis par Teur rele mutuelle. Au lieu d'une série " ents » singuliers, innombrables, contingents, nous obtenons un nombre fini d’unités et nous pouvons carac- iser uné structure linguistique par leur répartition et leurs combinaisons possible n voit clairement en procédant & des analyses portant = des systémes différents qu’une forme Tinguistque consti- a. ae ia -: 1° Cest une unité de globalité Ment formel qui obéit i certains principes constants; 3°88 aul donne a la forme le caracte d'une tructure cot matigue quand elles sont posées en rapport de. substicution | Transformations de la linguistique 23 tea parties constituantes remplissent une fonction ; 4° enfin Xe Parties constitutives sont des unités d'un certain niveau, $F corte que chaque unité d’un niveau défini devient sous- Gnité du niveau supérieur. "Tous les moments essenticls de la langue ont un caractére discontinu et mettent en jeu des unités discrétes. On peut “Gire que la langue se caractérise moins par ce rime jque par ce queelle distingue & ‘Sorleatens © Ne Pa tnetion des Texemiés permettant de dresser Vinven= [Mics taire des notions désignées; \ Nee ire diguinction des’ morphémes fournissant Vinventaire | Luly des classes et sous-classes formelles; ; \ “Cistinetion des phonémes donnant 'inventaire des distinetions phonologiques non signifiantes; sine re chon deere mexiames ¥ ou traits qui ordonnent ) ts phondmes en, ates ret Th ce qui fait que la langue est un systime of tiem | im. ‘kin ne signifie en soi et par focatn, astute mas o0-et Traturelle, mais oi tout. y,. Feaike en foncth Hone Pensemble; la structure confére « sigifcalion » ou Teur fogeion aux partie. Crest Ib ‘ou leur fonction aux parties. aussi 6¢ qui permet Ta communication ind@finie : la langue Geant organise. systiratiquement et Tonetionnant, slon feo r4gles d'un code, celut qui parle peut, & partir d'un trés petit nombre d’éléments de base, constituer des signes, uis des groupes de signes et finalement une variété indé- ie d’énoncés, tous identifables pour celui qui les pergoit puisque le méme systéme est déposé en On voit comme les notions de systtme, de distinction, opposition se tiennent étroitement et appelient par nécessité logue celes de dépendance et de soidarié. Tl y a une solidarité des membres d'une opposition, de sorte que si Yun deux est atteint, le statut de Vautre sen ressent et par suite Péquilibre du systéme en est affecté, ce qui peut conduire a le rééquilibrer en créant une opposition nouvelle sur un autre point. Chaque langue offre & cet égard une situation particulitre, & chaque moment de son histoire, Cette consi- dération réintroduit aujourd’hui en linguistique 1a notion evolution, en_spécifiant la diachronie comme la relation 4 cng des sjstéies success. =) ‘approche descriptive, la Conscience du systtme, le souci de pousser analyse jusqu’aux unités élémentaires, fe choix explicte des procédures sont autant de traits qui caractérisent les travaux linguistiques modernes. Certes dans la pratique il y a de nombreuses divergences, des conflits d'écoles, mais nous nous en tenons ici aux principes Scanné avec CamScanner 4 Problémes de linguistique générale les plus généraus, et les principes sont toujours plus intéres- sants que les écoles. On découre 3 présent que ete conception du lan a eu ses précurseurs, Blle dtxit implicite cher celui que bee descriptivistes modernes reconnaissent comme leur premier ancétre, le grammairien indien Panini, qui, au milieu du vW° sigcle avant notre ére, avait codifié fa langue védique en formules dune densité exemplaire : description formelie, complete, rigoureuse, que n'entache aucune interprétation spéculative ow mystique. Mais il faut aussi rendre justice 8 des précurseurs qui n’étaient pas grammairiens et dont Veuvre subsiste, généralement anonyme, fondamentale et méconnue, si présente 4 tous les instants de notre vie qu’on ne Ja remarque plus : je veux parler des inventeurs de nos alphabets modernes. Qu’un alphabet ait pu étre inventé, qu'avec un petit nombre de signes graphiques on puisse mettre par écrit tout ce qui est prononeé, cela seul démontre Gg Ia structure articulée du langage. L'alphabet lat Palphabet arménien sont des exemples admirables de no tion qu'on appellerait phonématique. Un analyste moderne niaurait presque rien & y changer : les distinctions réelles sont reconnues, chaque lettre correspond toujours et scule~ ment & un phonéme, et chaque phontme est reproduit ar une lettre toujours la méme. Licriture alphabétique différe ainsi dans son principe de P'écriture chinoise qui est morphématique ou de I’écriture cunéiforme qui est syl- labique. Ceux qui ont combing de tels alphabets pour noter! Jes sons de leur langue ont reconnu d'instinct — phonéma- tistes avant la lettre — que les sons variés qu'on prononce se ramenaient & un nombre assez limité d'unités distinctives, gui devaient étre représentées par autant d'unités gra- Phiques. Les linguistes modernes n’opérent pas autrement quand ils ont & noter les langues de tradition orale. Nous avons dans ces alphabets les plus anciens modéles d’analyse : les unités graphiques de alphabet, et leurs combinaisons €n un grand nombre de groupements spécifiques, donnent Timage Ia plus approchée de la structure des formes linguistiques qu’elles'reproduisent. 1 Ce n'est pas seulement 1a forme linguistique qui reléve te fates il faut consider paralllement fa fonction ag ac Send’ Transformations de la linguistique 25 Le langage re-produit la réalité. Cela est & entendre de! Ja manire la plus littérale: Ia réalité est produite & nouveau| par le truchement du langage. Celui qui parle fait renaltre par son clacoun I énement ef ton exptioncs de Ferén: | Theat, Cel qui Ventend aust @aberd Ie oie es travers ce discours, !événement reproduit. Ainsi la situation Inhérente & Vexercie du Imgage qui et celle de Téskange et du dialogue, confére & I’acte de discours une fonction double : pour le locuteur, il zeprésente la réalité; pour; Yauditeur, il reerée cette réalité, Cela fait du langage Tinstru-| ‘ment méme de la communication intersubjective. Ici surgissent aussitét de graves problémes Gue nous Inisserons aux philosophes, notamment celui de Padéquation de Pesprit & la « réalité ». Le linguiste pour sa part estime quill ne pourrait exister de pensée sans langage, et que par suite la connaissance du monde se trouve déterminée par) 5 Vexpression qu'elle regoit. Le langage reproduit le monde, mais en le soumettant & son organisation propre. Il est Jogos, discours et raison ensemble, comme l’ont vu les Grecs, Mest cela du fait méme qu'il est langage articulé, consistant fen un arrangement organique de parties, en une clasifca- tion formelle des objets et des procts. Le contenu & a my mettre (ou, si l'on veut, Ia « pensée 3) est ainsi décomposé selon un schémalinguistque. La «forme » de la penate et configurée par la structure de Ia langue. Et la langue & son tour révéle dans le systéme de ses catégories sa fonction médiatrice. Chaque locuteur ne peut se poser comme sujet qu’en impliquant l'autre, le partenaire qui, doté de la méme langue, a en partage le méme répertoire de formes, Ia méme syntaxe d’énonciation et la méme manitre dorganiser le contenu. A partir de Ia fonction linguistique, ct en vertu de la polarité/e: tu, individu et société ne sont plus termes contradictoirés, mais termes complémentaires. Crest en eflet dans ct par la langue quindivd et site se déterminent mutuellement. L’homme a toujours senti — cet les pottes ont souvent chanté — le pouvoir fondateur du langage, qui instaure une réalité imaginaire, anime les choses inertes, fait voir ce qui n'est pas encore, raméne ici ce qui a disparu. C'est pourquoi tant de mythologies, ayant A expliquer qu’ Paube des temps quelque chose ait pu naltre de rien, ont posé comme principe eréateur du monde cette essence immatérielle et souveraine, la Parole. Il n'est pas| en effet de pouvoir plus haut, et tous les pouvoirs de homme, sans exception, qu’on veuille bien y songer, découlent de celuicla. La société n’est possible que par la langue; et par Scanné avec CamScanner 26 Problémes de linguistique générale Ja langue suas Vindividu. L’éveil de la conscience Transformations de ta Uinguistique 27 enfant coined oa cin de ae ane au bord d'un, immense probléme : Vhomme pourra-il antic ‘et dane la source de ce dans Ia sociétge flour a premier fos, eormonint bare Botogique, gu side dane In langue? Pourquoi Vindividu et Ie ceesee rom ged nace fe sos timale et doco. 4 i a soci tg principe qui Porganise x tane is, ensemble et do Ta méme néoesit fonds dane ‘rire Priserve ite, on peut montrer plus précisément od | cot a ititence qué separe Vhomme de Panimal. Prenons SMbord grand soin de distinguer deux notions qui sont bien gue? C ( Paree ae langage représente la forme la plus haute eapent confondues quand on parle du « langage animal » : ‘une facult est inhérente iti i | be ne par ees x [esignal et le symbole Ye Entendons par 1a, trés largement, la faculté de re | a a . “ ips de représenter | anc gnal est UA fait physique relié & un autre fait phy erent le signe » et de comprendre le «signe » comme sigue pas un rapport naturel ou conventionnel : lair annon- Qr un rapport de « signifi- gant Forage; cloche annongant le ceri annongant le tation » entre quelque chose et quelque chose dautre. Sanger. L’animal pergoit le signal et, Pest z ~Considérons-la d’abord sous sa forme Ja plus générale caggtatement. On peut le dresoer & et hors du langage. Employer un symbole est cette capacité Varils, cest-d-dire & relier deux sensations par Ia relation de retenir dun objet sa structure caractéristique et de Tid Ue signal. Les fameux réflexes conditionnés de Pavlov le tifer dans des ensembles différents. Crest cela qui est propre oe ceent bien. L’homme aussi, en tant, qu’animal, réagit A Phomme et qui fait de "homme un étre Tationnel. La Lun signal. Mais il utilise en outre iesmbole qui est insttub| faculté symbolisante permet en effet la formation du concept pat Vhomme; il faut apprendre le sens du symbole, il faut ‘comme distinct de l'objet concret, qui n’en est qu'un exem- Etre capable de Y'interpréter dans sa fonction signifiante plaire, La est le fondement de Pabstraction en méme temps et non plus seulement de le percevoir comme impression Tie To principe de imagination ereatice. Or cette capac Sensorielle, car le symbole n'a pas de relation représentative d'essence symbolique qui est & la base des avec ce quill symbolise,) L'homme invente et_comprend| fonctions conceptuelles n’apparait que chez homme. Elle des symboles; lanimal, non. Tout découle de la. La mécon- s*éveille trés t6t chez enfant, avant le langage, 2 l'aube de naissance de cette distinction entraine toutes sortes de confu; i a vie consciente. Mais elle fait défaut chez I'animal. sions ou de faux problémes. On dit souvent que Ianimmal {.2- /. Faisona toutefois une exception glorieuse en faveur des dressé comprend la parole humaine: En séalité animal obéit \"~" /abeilles. D’aprés les observations mémorables de K. von 3 ls parole parce quill a été dressé & Ia reconnaitre comme {. Frisch, quand une abeille éclaireuse a découvert au cours signal; mais il ne saura jamais T'interpréter comme symbole de son vol solitaire une source de nourriture, elle retourne CoD ihe tg Tanimal exprime ses émotions, il ne ata ach rreess ga pre valls ea armen ea alent peut les dénommer, On ne saurait trouver au langage un! x une danse particuliére, frétillante, et en décrivant certaines commencement ou une approximation dans les moje figures qu'on a pu analyser; elle indique ainsi aux autres expression employés chez les animaux. Entre Ja fonction cies qui trotnent deriére elle I distance et la direction ensir-motice et fonction repisenatire, Ly # 08 SL it se trouve la nourriture. Celles-ci s'envolent alors et vont que Phumanité seule a franchi. | : i feina Crear cpa . Y ‘Car Phomme n’a pas été éréé deux fois, une fois sans Ota ‘au but qui est parfois fort éloigné de la ruche. langage, et une fois avec le langage. L'6 as Gee te oxen haute portée, a semble suggérer engage tune fa aree peut aire favorite Pat partic aller et corset entre elles par un symbole ‘a structure corporelle ou son organisation nerveuse; elle eral ce eet doing meses ayo gst duc avant tout 2 sa fice de représentaton ‘ym: Ie fonctonneaen ce commuiatin o apPOr es boligue, source commune de la pensée, du langage et de ins i 7 eects sociaux supposet-lle un certain nlvent des rela (Cette capacité symbolique est, & Is base des fonctions iques? C'est déja beaucoup de pouvoir seule- Conceptuelles. La pensée n’est rien autre que ce pourslr Ge construire des représentations des choses et d'opérer ‘ment poser la question. Nous demeurons, hésitants et > Scanné avec CamScanner r x x X structure immatérielle, communication de_si >t 28 Problémes de linguistique générale ces représentations. Elle est par essence symbolic La transformation ‘symbolique date éléments de ie s ité ou de Vexpérience en concepts est le processus par leque] Yaccomplit le pouvoir rationalisant de Vesprit. La’ pesca rest pas un simple reflet du monde; elle catégorise la ealite et en cette fonction organisatrice lle ‘est itement associée au langage qu’on peut étre tenté d'identifier pense et langage ce point de vue.” Br elit In symbofique chez "homme atteint sa réalisation supréme dans le langage, qui est expression symbolique par excellence; tous les autres systdmes de communications, graphiques, gestuels, visuels, ete. en sont dérivés et le supposent. Mais le langage est un systéme symbolique particulier, organisé sur deux plans. D'une pil tun fait physique il emprunte Te ruchement de apparel vocal pour be produire, de Pappareil anit pace étre pergu. Sous cet aspect matériel il se préte & Pobservation, 4 la description et & Venregistrement. D’autre part il est placant les événements ou Tes expériences par ton » Tel est le ngage, une ent & double fice. Cst pourquoi le symbole linguistique est médiatisant. Il organise la pensée et il se réalise en une forme spécifique, il rend| Vexpérience intérieure d’un sujet accessible 4 un autre dans une expression articulée et représi xk un signal fel qu'un cri module; il'se ré Gitemnings, propre & une soeié distinct, non dans une} mission vocale commune a Vespéce entiére: 7 “Le langage offre le modéle dune structure relationnelle, au sens le plus literal et le plus compréhensif en méme temps. Tl met en relation dans le discours des mots et des concepts, etl produit ainsi, en représentation d’objets et de situations, des signes, distincts de leurs référents matériels. Il institue ces transferts analogiques de dénominations que nous appelons métaphores, facteur si puissant de Ienrichissement J; 5 14 pensée symbolique est la pensée tout court. Le jugement exte les eymboles. Toute pensée eet eyimbolique. ‘Toute pensée sonstit des signee en méme temps que des choses. La pense fe fesant, aboutit inévitablement au symbole, puisque sa formu ‘mblee symbolique, puisque les images sous lesquelet re tonya Groupes de choses en sont les symboles, puisav'el re ats Poles es chages sur eauele el gpte ‘petant a fond que des eymboles Bt cos soratlen, ele lee orconpe sme de signes, selon Hi. Delacroix, Le Langage et la pense, p. 602: Transformations de la linguistique 29 conceptuel, Il enchaine les propositions dans le raisonnement St devient Foutil de la pensée discursive, ‘Enfin le langage est le symbolisme le plus économique. ‘Ala différence d’autres syst#mes représentatfs, il ne demande qucun effort musculaire, il n’entraine pas de déplacement corporl, il nimpose pas, de manipulation [Link]- ginone ce que serait la tiche de représenter aux yeux une Création du monde » s'il était possible de la figurer en images peintes, sculptées ou autres au prix d'un labeur insensé; puis, voyons ce que devient la méme histoire quand ‘le se réalise dans le récit, suite de petits bruits vocaux qui Yévanouissent sitot émis, sitOt persus, mais toute l'éme sven exalte, et les générations les répétent, et chaque fois que Ia parole déploie lévénement, chaque fois le monde | y Fecommence. Aucun pouvoir n’égalera jamais celui-l, qui fait tant avec si peu. Qu’un parcil systtme de symboles existe nous dévoile une des données essentielles, Ia plus profonde peut-étre, de Ia condition humaine : c'est quill n'y a pas de relation taturlle immédiate et drcete ent Thomize ef le monde, ai-entre Vhomme et "homme. II y faut un intermédiaire, ‘Get appareil symbolique, qui a rendu possibles la pensée| X et le langage. Hors de’ la sphére biologique, Ia capacité symbolique est la capacité la plus spécifique de T'étre ___humai “Ine reste plas qu’ trer Ia conséquence de ce réfexions, En posant "homme dans sa relation avec la nature ou dans sa relation avec homme, par le truchement du langage, ‘nous posons la société. Cela n’est pas coincidence historique, mais enchainement nécessaire. Car le langage se réalise toujours dans une Jangue, dans une structure linguistique définie et particulitre, inséparable d'une société définie et particulidre. Langue et société ne se congoivent pas Pune | | sate T autre. L’une et Pautre sont données. Mais aussi l'une! et autre sont apprises par Petre humain, qui n’en posséde pas la connaissance innée, L'enfant nait et se développe dans la société des hommes. Ce sont des humains adultes, fee parents, qu ui inculquent Pusoge de Is parle. L'squi sition du langage est une expérience qui va de pair chez enfant avec la formation du symbole et la construction de objet. Il apprend les choses par leur nom; il découvre! que tout a un nom et que d’apprendre les noms Iui donne Ia disposition des choses. Mais il découvre aussi qu'il a Iui- méme un nom et que par 1a il communique avec Son entou rage. Ainsi s'éveille en lui Ia conscience du milieu social oD Xe a Scanné avec CamScanner ) » Problémes de linguistique générale {i baigne et qui fagonnera peu & peu son esprit par I imédisire du Tae capable & ee ‘A mesure qu'il devient capable d’opérations int : Jus complexes, il est intégré & la culture qui Tent cheveat rcalture le miliew humain, tout ce qui, pardon Paccomplissement des fonctions biologiques, donne A la vie et & l'activité humaines forme, sens et contenu. La culture st inhérente & la société des hommes, quel que soit le niveau de civilisation, Elle consiste en une foule de notions et de| rescriptions, aussi en des interdits spécifiques; ce qu'une! Enlture interdit Ia caractérise au moins autant que ce qu'elle prescrit. Le monde animal ne connait pas de prohibition. Or ce phénoméne humain, Ia culture, est un phénoméne entitrement symbolique. La culture se définit comme un ensemble trés complexe de représentations, organisées rar ‘un code de relations et de valeurs : traditions, religion, loi politique, éthique, arts, tout cela dont "homme, ot qu’ naisse, sera imprégné dans sa conscience la plus profonde et qui dirigera son comportement dans toutes les formes fe son activité, qu’est-ce done sinon un univers de symboles, intégrés en une structure spécifique et que le langage mani- feste et transmet ? Par la langue, l'homme assimile la culture, In perpétue ou Ia transforme. Or comme chaque langue, chaque culture met en euvre un appareil spécifique sere | boles en lequel s'identifie chaque société. La diversité des langues, la diversité des cultures, leurs changements, font apparaitre la nature conventionnelle du symbolisme qui les articule, C’est en définitive le symbole qui noue ce lien vivant entre l'homme, la Iangue et la culture. Voili & grands traits la perspective qu’ouvre le dévelop- pement récent des études de linguistique. Approfondissant la nature du langage, décelant ses relations avec T'intel~ ligence comme avec le comportement humain ou les fonde- ments de la culture, cette investigation commence & éclairer le fonctionnement profond de Vesprit dans ses démarches opératoires. Les sciences voisines suivent ce progr’s et Y coopérent pour leur compte en s'inspirant des_méthodes et parfois de Ia terminologie de la linguistique. ‘Tout laisse prévoir que ces recherches paralléles engendreront de nouvelles disciplines, et concourront & une véritable de Ia culture qui fondera la théorie des activités symboliques| de homme. Par ailleurs on sait que les descriptions for- melles des langues ont une utilité directe pour la construc tion des machines logiques aptes a effectuer des traductions, ct inversement on peut espérer des théories de l'information \x ience| | Transformations de la linguistique 3t wuelque clarté sur la manitre dont la pensée est codée fiangege, Dans le développement de ces recherches ca fees techniques, qui marqueront notre époque, nous sper~ eevons le résultat de symbolisations successives, toujours flue abstraites, qui ont leur fondement premier et nécesaire dans le symbolisme linguistique. Cette formalisation crois- sante de la pensée nous achemine peut-étre & la découverte d'une plus grande réalité. Mais nous ne pourrions scule- ment concevoir de telles représentations si la structure du angage n’en contenait le modéle initial et comme le lointain pressentiment. Scanné avec CamScanner

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