Peuples Apatrides
Peuples Apatrides
Les Apatrides
UNE AIDE DE JEU POUR TALISLANTA
INTRODUCTION
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Une partie traite de la Cartomancie, art magique angles de vue qui vous étaient proposés dans une
propre aux Rahastrans, accompagnée d’une liste de alternance de passages descriptifs et narratifs.
formules de cet Ordre.
Enfin, les Réincarnateurs est un ajout au bestiaire
Une troisième partie reprend les travaux de Naj et fait état de ces créatures hors norme qui échap-
Miras et présente ces peuples comme dans le Livre pent au cycle de Mort et sont les ennemis hérédi-
des Règles de Talislanta. Vous aurez tout loisir de taires des Xambriens.
découvrir chacun de ces trois peuples selon les
«Au terme de mon voyage de prospection en 616 NA avec Aethorion, Jafar et Tia, pour le rapport décen-
nal de la Confédération (T, p. 173), j'avais le sentiment que notre ouvrage collectif rassemblait l’essentiel à
savoir sur les Sept Royaumes et leurs habitants. Ma collection s'était d’ailleurs considérablement élargie, tant
par les objets collectés que par les observations essentielles que j'avais soigneusement consignées tout le
long de mon voyage. Lors de notre retour à Cymril, Aethorion et moi avions évidemment fait part de nos
travaux au Musée de Cymril qui avait tenu par la suite une grande exposition inaugurée par les monarques
du Conseil des Rois. Nous fûmes longuement félicités pour la rigueur et l’à propos de nos découvertes. En
d’autre temps, cette reconnaissance m’aurait comblé, mais je dois dire que le résultat ne m’évoquait que le
sentiment de l’inachevé et de l’imparfait. Cette prospection méthodique de la Confédération et de son his-
toire, n'avait en aucune manière étanchée ma soif de savoir mais avait plutôt creusé le gouffre de ma curio-
sité et un projet plus ambitieux commençait à mûrir dans mon esprit…
Ma collection était-elle parvenue à son terme ? Je fini par me résoudre à l’évidence, elle ne pourrait pas
être achevée si l'histoire antérieure au Grand Désastre ne m'était pas révélée. Cet état d’indécision ne pou-
vait perdurer, je décidais d’élargir ma quête à l’Histoire de Talislanta. L’ampleur de la tâche était démesu-
rée mais l’idée de l’entreprendre grisait mes encéphales.
J'avais autrefois dû corroborer mes observations de terrain avec les archives disponibles au Lycéum
Arcanum, qui comme chacun sait, est une source fiable et probablement inépuisable. D’autres lieux
comme la bibliothèque de Jalaad ou l’académie royale de Dracarta seraient probablement des mines d’in-
formations pour étoffer mes recherches sur un si vaste sujet. Mais ces sanctuaires du savoir ne livrent leurs
secrets qu’au compte goutte, et Talislanta a la chance de disposer d’une mémoire vivante. Le temple des
Sept Lunes dans les Terres Orientales recelait les secrets inconnus de mes contemporains. À plusieurs
reprises, j'avais entendu parler des Chroniqueurs de Xanadas qui y vivaient et avaient la réputation d'être
les mémoires de ce monde. Figures emblématiques et disciples d’un mage de l’Antiquité, le célèbre
Xanadas, ils étaient réputés immortels et vivaient en reclus dans son sanctuaire. Là, ils observaient Talislanta
depuis une lointaine époque en attendant la réincarnation de leur maître. Je décidais d'entreprendre le
voyage au départ de Cymril pour gagner le Temple perché sur le mont Mandu (SF, p. 28).
Contre toute attente, ce voyage s’est avéré plein de surprises. Il a été pour moi le prétexte pour étudier
trois peuples dont l’histoire est intimement liée à celle de Talislanta. J’ai décidé de leur accorder un opus
que je nommais «Apatrides», car c’est là le point commun de ces peuples. Ils sont peu nombreux et parfois
incompris par les gens des pays qu’ils traversent. Rencontrés au détour des chemins, libres ou autonomes,
ils dévoilent ici leurs spécificités. J’ai cru bon d'adjoindre à ce traité, les commentaires de mon estimé col-
lègue Aethorion concernant les croyances de ces peuples ; ainsi que des passages fort à propos de Jafar Al
Dinbar, tiré de son ouvrage «Langues et langages de Talislanta».
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LES PERSONNAGES
LES BODORS
Peuple FOR DEX CON CHA PER VOL INT IC IM PV
Bodor -1 3 0 2 3 0 1 1 1 20
ALLURES DE DÉPLACEMENT
Escalade Furtif/Nage/Combat Marche/Charge Course/Fuite Km/h
2 m/rd 8 m/rd 16 m/rd 32 m/rd 10
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LES BODORS à des mercenaires pour assurer leur sécurité.
Leur naturel calme, chaleureux et poli les rend
Peuple de musiciens et d’artistes accomplis, les engageant et ils sont appréciés de la plupart des
Bodors ont la peau ambrée. Ils mesurent en autres peuples. Ils se passionnent pour la musique,
moyenne 1,65 m à 1,80 m et bénéficient d’une un art dans lequel ils dépassent tous les autres
charpente solide pour un poids variant entre 90 kg peuples. Sous la conduite des virtuosos, les plus
et 120 kg. Leurs traits rappellent ceux des chauves- doués d’entre eux, les orchestres bodors sont très
souris, comme leurs grandes oreilles pointues. Les recherchés à travers tout le continent.
Bodors sont chauves mais pas dépourvus de pilosité.
Ils apprécient les costumes excentriques, les panta-
lons bouffants et les bijoux en métaux précieux. LES RAHASTRANS
Les Bodors sont des Néomorphes (T, p. 159)
créés pour divertir les Archéens. Après le Grand De carrure anguleuse, ils mesurent entre 1,80 m
Désastre, ils ont été livrés à eux-mêmes et ont et 2 m pour 65 kg à 95 kg. Leurs cheveux et leur
adopté un mode de vie itinérant, vivant au sein de peau sont sombres, dans des tons gris ou noirs. Ils
troupes musicales voyageant en roulotte Ils ont peu affectionnent les longs habits de voyage, les capes,
d’affinités pour les armes et s’en remettent souvent et portent souvent des gants bleus sombres. Ils por-
LES RAHASTRANS
Peuple FOR DEX CON CHA PER VOL INT IC IM PV
Rahastran 0 0 1 0 4 -2 3 0 4 20
ALLURES DE DÉPLACEMENT
Escalade Furtif/Nage/Combat Marche/Charge Course/Fuite Km/h
2 m/rd 10 m/rd 20 m/rd 40 m/rd 12
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LES XAMBRIENS
Peuple FOR DEX CON CHA PER VOL INT IC IM PV
Xambrien 1 0 1 -1 2 2 1 2 na 20
ALLURES DE DÉPLACEMENT
Escalade Furtif/Nage/Combat Marche/Charge Course/Fuite Km/h
2 m/rd 10 m/rd 20 m/rd 40 m/rd 12
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critique renforcera l’un des paramètres d’un des de sa culture d’adoption. Suite aux premières
effets magiques dans la portée (durée, portée, puis- manifestations de ses ancêtres en revanche, les
sance). tabous de sa culture d’adoption seront éliminés. Il
possède en plus le groupe de compétences d’ori-
- Culture d’adoption : les enfants xambriens gine propres aux Xambriens.
grandissent dans des cultures très diverses, auprès
de personnes à qui les a confiés leur mère. Le per- - Inapte à la magie : les Xambriens sont inca-
sonnage peut avoir grandi et été éduqué dans pables de pratiquer la magie et n’accèdent à
n’importe quelle autre culture. Il conserve son pro- aucune vocation d’utilisateur de magie (Mage,
fil standard de caractéristiques et ses talents de Mystique ou Érudit Adepte et mieux).
peuple et acquiert les langues et les compétences
tent un pendentif en améthyte autour du cou, sym- nom de «lames-esprits» sont capables de détruire
bole de leur appartenance à l’Ordre des cartoman- définitivement les Réincarnateurs.
ciens. Ils peuvent être identifiés grâce aux boîtiers Les Xambriens ne peuvent avoir de descendance
argentés triangulaires qui protègent leur Zodar, un qu’entre eux. «L’Appel» pouvant surgir à tout
très ancien jeu de carte magique triangulaire servant moment, les Xambriennes confient l'éducation de
à la divination. leurs enfants à leurs rares amis. Où qu’il soit élevé et
Les Rahastrans descendent des Archéens, même quoi qu'il ait appris, l'enfant finira comme tous ses
s’ils sont définitivement un groupe à part. Bien que semblables : hanté par ses ancêtres après avoir reçu
leurs unions avec les autres peuples archéens puis- «l’Appel».
sent engendrer des naissances, un enfant dont l’un
des parents est Rahastran héritera de ses traits phy-
siques et mentaux. Un jour, il ressentira l’appel du
Zodar et se mettra alors en quête de son parent
Rahastran pour être initié aux secrets de la
Cartomancie.
LES XAMBRIENS
Robustes et de taille moyenne, ils mesurent entre
1,70 m et 2 m pour 50 kg à 90 kg. Leur peau est
blanche comme l’os et leurs cheveux d’un noir cor-
beau sont généralement longs. Des habits solides et
pratiques, adaptés à leur vie errante, ont leur faveur.
Les Xambriens sont les rescapés d’un peuple
archéen exterminé avant le Grand Désastre par les
magiciens Torquarans. Ces tortionnaires sont deve-
nus avec le temps des créatures quasi immortelles
appelées Réincarnateurs (p. 42). Les spectres des
anciens Xambriens, qui n’ont jamais trouvé le repos,
reviennent hanter leurs descendants et leur récla-
ment justice pour le massacre dont ils ont été vic-
times. Les spectres enseignent leur histoire aux
jeunes Xambriens et les guident dans l’apprentissage
de leurs talents particuliers. Après sa treizième
année, un Xambrien peut à tout moment recevoir
«l’Appel». Il devra alors traverser les Terres Sauvages
de Zaran pour se rendre dans un lieu oublié :
Omen, la montagne des Crânes. Là, les esprits de
ses ancêtres prendront possession de lui et le guide-
ront jusqu’à un Réincarnateur. Il aura pour mission
de le détruire ou de mourir en tentant de le faire.
Seules les armes des Xambriens, connues sous le
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COMPÉTENCES D’ORIGINE Rahastrans et s’ajoute à celui de leur culture d’adop-
tion. Il correspond à l’enseignement prodigué par le
DES APATRIDES (ÉTAPE 4) parent rahastran à son descendant après l’appel du
Un individu apprend des techniques et acquiert Zodar.
des savoirs au sein de sa culture d’origine et de son D’un naturel solitaire et individualiste, ils voyagent
milieu. Ces connaissances sont appelées compé- de lieu en lieu en suivant les prédictions du Zodar,
tences d’origine. Elles reflètent ce qu’un peuple gagnant leur vie en tirant les cartes ou comme
transmet à ses représentants par le biais de l’appren- joueurs professionnels. Ils respectent les lois des
tissage général : la langue, les us et coutumes, les pays qu’ils traversent, sont peu enclins à la violence
techniques requises pour la survie dans son milieu, et consacrent l’essentiel de leur existence aux activi-
voire une morale et une mystique. De ce point de tés liées au Zodar : divination, jeu et fabrication de
vue, chaque peuple possède ses spécificités. cartes.
Compétences : Artisanat (3) : fabrication de jeux
Le joueur va devoir reporter ses compétences de Zodar / Jeu (3) / Gain de la spécialisation «rahas-
d’origine sur sa fiche de personnage. tran» pour la compétence Cultures.
Langues : Archéen (5) / Bas talislan (10).
Certaines compétences sont accompagnées de Ordre dominant : Cartomancie. Cet Ordre est
précisions appelées spécialisations. Ces spécialisa- exclusif de tout autre. Un Rahastran ne peut prati-
tions donnent droit à un bonus dans certaines cir- quer que cet Ordre.
constances (T, p. 63). Tabous : en raison de leur nature errante, apatride,
et du fait qu’ils ne reconnaissent que l’autorité du
LISTE DES COMPÉTENCES D’ORIGINE Zodar, les Rahastrans ne peuvent s’engager dans
DES APATRIDES une vocation d’Archonte.
Les noms : ils sont extrêmement divers et reflètent
toujours les goûts individuels et éclectiques de cha-
ORIGINE : TROUPE BODOR cun : Rashir, Taréan, Dalusia, Falusche, etc.
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Lame-esprit
Compétence ID Poids FOR requise Prix Capacités
Arme longue 8 3 0 na Magique
Ces armes, utilisées par les chassemages xambriens, sont transmises de génération
en génération au sein des rares membres de ce peuple. Elles ressemblent à des
épées longues standards, mais portent les sceaux de leurs anciens porteurs. Les
lames-esprits sont enchantées mais ne rentrent en résonnance qu'avec les
Xambriens. Entre leurs mains, ces armes sont efficaces contre les êtres insensibles
aux dommages normaux comme les entités des autres Sphères (T, p. 104) et les
Réincarnateurs.
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ARCHÉTYPES
BODOR MUSICIEN
Peuple FOR DEX CON CHA PER VOL INT IC IM PV
Bodor -1 4 1 3 4 0 1 2 1 20
ALLURES DE DÉPLACEMENT
Escalade Furtif/Nage/Combat Marche/Charge Course/Fuite Km/h
2 m/rd 8 m/rd 16 m/rd 32 m/rd 10
Vocation Arpenteur Initié (max. : 3) : Armes Fortune : monnaies diverses (valeur 50 lumens)
courtes (2) / Cuisine (2) / Équitation (3) /
Survie (1) Compagnon : Équs (Griserobe)
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RAHASTRAN CARTOMANCIEN devenu une bonne source de revenus. Vous avez
également progressé dans la maîtrise de la magie,
À quatorze ans vous avez quitté votre père, plus mais c’est un secret que vous gardez pour vous,
tôt qu’il ne l'aurait souhaité et sans qu’il put vous comme tous les cartomanciens.
retenir. C’est le temps qui vous avez été nécessaire Vous prenez peu de décisions sans consulter les
pour vous accorder avec votre premier jeu de cartes et elles vous ont conduit dans une voie obs-
Zodar. Vos premières années de solitude sur la route cure. Votre vie d'errance vous a apporté des amis et
ont été précaires. Vous n’aviez découvert que des conquêtes, mais peu d’entre eux tolèrent long-
quelques bases de l’art divinatoire et les premiers temps votre nature introspective et votre mine
effets magiques de la Cartomancie au contact de sombre. Personne ne peut comprendre que vos
votre mère. Vous avez gagné votre vie en jouant aux émotions et votre destin n’appartiennent qu’au
cartes, trichant quand vous le pouviez. Parfois cela Zodar et que c’est lui qui vous dicte si souvent de
vous a causé des ennuis mais c’était toujours mieux partir. Les mortels ne savent rien, seul le Zodar sait
que mourir de faim. À mesure que vous appreniez ce qu’il adviendra...
à interpréter les cartes, dire la bonne aventure est
RAHASTRAN CARTOMANCIEN
Peuple FOR DEX CON CHA PER VOL INT IC IM PV
Rahastran 0 0 2 0 4 -1 3 0 7 20
ALLURES DE DÉPLACEMENT
Escalade Furtif/Nage/Combat Marche/Charge Course/Fuite Km/h
2 m/rd 10 m/rd 20 m/rd 40 m/rd 12
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XAMBRIEN CHASSEMAGES Un jour, vous aurez des enfants en dépit de votre
route solitaire. Vous trouverez un partenaire qui par-
Autrefois, les Xambriens avaient une patrie, une court le même sentier de justicier. Il n’y aura pas de
histoire et une culture. Puis vinrent les magiciens tor- joie dans cette union. L’un comme l’autre, vous
quarans ; ils razzièrent les terres de vos ancêtres, serez de nouveau appelés vers Omen, et la mon-
détruisirent sa culture et les firent périr dans les tagne des Crânes vous enverra sur des chemins dis-
Abîmes de feu de Malnangar. Les rares survivants tincts, où seuls vos ancêtres vous accompagneront.
firent la promesse solennelle de pourchasser leurs Vos amis sont rares car les autres peuples vous
tortionnaires jusqu’à la fin des temps. Vous êtes un redoutent et voient en vous un agent de Mort ; cela
de leurs descendants et vous portez le poids de ce assombrit encore plus votre humeur. Quelques per-
serment. Les esprits des Torquarans ont survécu, sous sonnes se joindront probablement temporairement
la forme spectrale des Réincarnateurs. Ils reviennent à vous et dans les moments de calme vous pourrez
sans cesse et prennent possession de nouveaux même les aider dans leurs objectifs. Jusqu’à ce que
corps. Vos ancêtres réclament justice. Vous avez vous entendiez à nouveau «l’Appel».
entendu «l’Appel» au plus profond de votre âme et
rien n'a plus d'importance dans votre vie.
XAMBRIEN CHASSEMAGES
Peuple FOR DEX CON CHA PER VOL INT IC IM PV
Xambrien 1 1 2 -1 2 2 1 4 na 27
ALLURES DE DÉPLACEMENT
Escalade Furtif/Nage/Combat Marche/Charge Course/Fuite Km/h
2 m/rd 10 m/rd 20 m/rd 40 m/rd 12
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ORDRE DE MAGIE
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Ils exploitent en effet la symbolique des cartes pour
produire des effets concrets dans le monde matériel
et présent : les lames des soleils peuvent produire
de la lumière ou de la chaleur, la lame du
Combattant est utile pour blesser des ennemis, etc.
SPÉCIFICITÉS DE L’ORDRE
Bonus et malus sur les Modes : aucun.
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l’incapacité absolue d’incanter. Le processus par tirage simultané du Faucheur et de Zar est l’augure
lequel un Cartomancien se met pour la première le plus néfaste qui soit, signe d’une catastrophe
fois en résonance avec son jeu de Zodar demande inexorable.
plusieurs années. Si le jeu de Zodar original du car-
tomancien est détruit ou perdu, il pourra néan- Les prédictions n’ayant pas un cadre précis, elles
moins en recréer un autre et établir de nouveau un portent sur l’ensemble des futurs probables d’une
lien mystique avec lui : créer matériellement un jeu personne et sont donc beaucoup plus complexes à
de Zodar nécessite un succès (ou mieux) sur un test interpréter. Du point de vue des Rahastrans, il
de VOL + Artisanat : fabrication de jeux de n’existe à leur propos qu’une seule assurance : elles
Zodar et prend une semaine (40 heures) par carte. se réaliseront. Cependant, cette concrétisation de
Après cette étape, le magicien doit effectuer un test leur prédiction peut se produire le lendemain, dix
de VOL + Harmonisation par carte et obtenir un ans, voire dans plusieurs générations. Les prédic-
succès critique (ou mieux) pour être de nouveau en tions peuvent être aussi précises que l’heure et le
harmonie avec son jeu. Un seul test par jour est lieu de la mort ou aussi vague que l’annonce d’un
autorisé. En l’absence d’un jeu de Zodar en réso- désastre pour la personne (désastre économique,
nance avec lui, le cartomancien est privé de ses physique, émotionnel ou autre…). Le DIF du test
capacités de Cartomancie «active», mais il peut tou- d’une prédiction est de -20. Une fois de plus, l’in-
jours recourir à sa Cartomancie «divinatoire» avec terprétation des cartes est laissée au personnage car-
un DIF -10. tomancien, orienté vers la vérité par le Faucheur
selon le degré de succès du test.
La cartomancie divinatoire : lorsqu’un carto-
mancien interroge ses cartes pour connaître le futur, Le fait d’avoir consulté un cartomancien pour
il emploie des techniques qui sont l’un des plus connaître l’avenir entraîne certaines modifications.
grands secrets de l’Ordre. Il existe de ce point de La prédiction obtenue se réalisera inévitablement
vue deux formes de divination cartomantique : les (dans un délai à l’appréciation du Faucheur). En cas
augures qui consistent à savoir si une action donnée d’augure favorable, l’individu en ayant bénéficié
et précise se déroulera bien ou mal et les prédictions gagne temporairement l’avantage «Chanceux»
qui donnent une idée des événements futurs qui (T, p. 30), pour la réalisation de l’événement ou la
pourraient advenir. La précision de l’interprétation circonstance qui en était l’objet. Si l’augure est mau-
de la divination est établie grâce à un simple jet vais en revanche, il se voit affligé du désavantage
d’IM + Mode Révélation. Un échec ou un échec «Malchanceux» (T, p. 38). Les Rahastrans ne men-
critique signifie que le cartomancien est incapable tent jamais sur ceux qu’ils lisent dans les cartes.
de donner un sens à son tirage et non qu’il se
trompe sur ce sens. Contrairement aux autres
usages de magie, les deux pratiques divinatoires
décrites ci-dessous ne provoquent jamais de
désastres magiques (T, p. 116). Elles génèrent le
double de la fatigue mentale associée à l’incantation
des sorts (-2 sur un succès partiel et -4 pour un
échec critique).
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Limitation du Mode Transformation : la pra- Nom : Bonne fortune
tique de l’Ordre concernant l’usage de ce Mode se Mode : Défense
cantonne aux effets d’Altération. La qualité altérée DIF NS Durée Portée
doit être représentée par l’une des cartes du Zodar -10 10 10 rd P
que le cartomancien tire en combinaison avec la Magnitude : NS 10 (absorption)
lame de l’Alchimiste. Par exemple, un cartomancien Effets : en tirant la lame de Talisandre et en la gar-
peut altérer l’IC d’une cible en tirant le Combattant dant dans la paume de la main, le cartomancien
ou la compétence Commerce en tirant le bénéficie d’une chance outrancière en combat.
Colporteur. Tant que la formule est effective, toutes les attaques
qui prennent le magicien pour cible manquent leur
but de manière inexplicable ou par ce qui apparaît
comme étant la chance la plus insolente. Cet effet
bénéfique permet d’absorber 20 points de dom-
mages tant que le cartomancien bénéficie de cette
«bonne fortune».
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en train de tenir fermement le cartomancien croira cible qu’il est un ami proche ou un associé, dans
qu’il s’est évaporé et cette formule est suffisamment tous les cas quelqu’un en qui avoir confiance. Si les
complexe pour tromper également des créatures à cibles de l’effet échouent à leur test de résistance,
l’ouïe et à l’odorat aiguisés. Tant que la formule est leur attitude d’origine se modifie de trois crans vers
active, le cartomancien peut se déplacer discrète- l’amical (T, p. 70). La «main amicale» possède un
ment ou faire une sortie rapide, comme il le sou- effet inhérent et suggestif. Toutes les cibles ayant +3
haite. en INT et moins ne seront pas conscientes de l’effet
d’Influence.
Nom : Le bluff
Mode : Illusion Nom : Vagues d’ambre
DIF NS Durée Portée Mode : Influence
-14 12 5 rd 15 m DIF NS Durée Portée Résistance
Taille : humanoïde (2 m) -21 20 5 + 5 rd E VOL (-10)
Magnitude : NS 3 (illusion mobile), NS 3 (illusion Magnitude : NS 20 (affaiblir la résistance).
animée), NS 6 (intensité de l’illusion) Effets : en tirant la lame de Drôme et en la plaquant
Effets : le magicien doit tenir dans sa main le face cachée sur une surface, le cartomancien cause
Combattant et le Charlatan durant toute la durée de une vague de somnolence chez tous ceux qui se
la formule. Cette combinaison lui donne l’appa- trouvent à portée. Chaque cible doit effectuer son
rence d’un épéiste d’une compétence à nul autre test de résistance ou obéir à l’injonction «Dors». Sur
pareil. Un soupçon d’adaptation et un peu d’imagi- un échec critique, les cibles tombent endormies et
nation permettent d’embellir l’effet de cette for- ne se réveillent, sans intervention extérieure,
mule. Par exemple, si le magicien dégaine une épée qu’après une nuit de sommeil complète (entre 6 et
et prend une pause de défi, il donnera l’impression 8 heures).
d’être un maître d’armes accompli. Bien sûr, cette
image n’est qu’une illusion et si les personnes pré- Nom : Prestidigitation
sentes voient au travers, elle a peu de chances de Mode : Mouvement
produire un effet quelconque. D’un autre côté, DIF NS Durée Portée
même des combattants avertis réfléchiront à deux -7 7 Concentration 15 m
fois avant d’engager le combat avec un expert. Magnitude : NS 1 (force de l’effet), NS 3 (dépla-
cements multidirectionnels) NS 3 (manipulations à
Nom : Tour de carte distance)
Mode : Influence Effets : en plaçant les cartes du Malandrin et du
DIF NS Durée Portée Résistance Charlatan face-à-face dans son jeu, le magicien peut
-15 14 5 + 5 rd E VOL (-7) déplacer n’importe quel petit objet (jusqu’à 15 kg à
Magnitude : NS 14 (affaiblir la résistance). vitesse de 3 m/rd) dans la portée. Peu importe que
Effets : cette formule permet au magicien de capti- l’objet soit sur le sol, sur une autre personne ou
ver l’attention des gens alentours en battant ses même dans l’une des poches du magicien. La com-
cartes de Zodar, d’abord lentement, puis de plus en pétence Légerdemain est souvent employée pour
plus vite. Si la ou les cibles échouent à leur test d’op- détourner l’attention des gens et éviter qu’ils ne
position, elles sont hypnotisées (équivalant d’une remarquent l’arme, le sac ou toute autre chose qui
injonction «Reste immobile») et demeureront ainsi glisse lentement vers le cartomancien.
pour la durée de la formule, même si le magicien
s’en va. Un échec critique signifie que la cible Nom : Oeil du joueur
demeurera immobile, même après expiration de la Mode : Révélation
durée de la formule, tant que quelqu’un ne viendra DIF NS Durée Portée
pas la «réveiller». -15 5 10 rd + 50 rd 15 m
Magnitude : NS 5 (compréhension surnaturelle)
Nom : Main amicale Effets : cette formule permet au cartomancien d’ac-
Mode : Influence quérir une connaissance intuitive du jeu de ses
DIF NS Durée Portée Résistance adversaires au cours d’une partie de cartes, utilisant
-27 26 5 + 5 rd E VOL (-4) de préférence le jeu de Zodar du cartomancien.
Magnitude : NS 8 (affaiblir la résistance), NS 9
(influencer l’attitude), NS 9 (suggestion).
Effets : en tirant la lame de l’Assassin et en la tenant
dans sa main, le cartomancien peut convaincre sa
20
Nom : Carte bienvenue
Mode : Soins
DIF NS Durée Portée
-10 10 I T
Magnitude : NS 10 (régénération)
Effets : en plaçant la carte de Drôme au-dessus de
la blessure d’un individu, la nature curative de la
lune d’ambre emplit la cible de bien-être, refermant
ses plaies et restaurant 10 PV. Cette formule a par-
fois (1 cas sur 20 environ) un effet secondaire sur ses
bénéficiaires dans un état de mort clinique (entre 0
et -10 PV). Ils peuvent être victimes de rêves ou de
visions d’un futur dans lequel ils seraient effective-
ment morts. Les Rahastrans considèrent cet effet
secondaire comme un don du Zodar.
21
LES PEUPLES APATRIDES
22
Kang. La rigueur du climat et les rencontres sur roulottes ont des allures de petits villages
les routes dans cette contrée accentuent les pro- mobiles. Ces chariots confortables leur servent
babilités d’échec de sa traversée, et voyager seul d’habitations et de véhicules de transport pour
peut s’avérer particulièrement risqué. Je déci- leur matériel, ils sont tirés par des bêtes de
dais donc de me joindre à une troupe de sommes adaptées à la région dans laquelle ils
Bodors «Mélodie Sempiternelle» dont le maes- évoluent.
tro, Mifa, cherchait des «lames capables.»
L’intérieur des logis est tapissé de feutre, iso-
Mon optique de départ était de poser carte lant efficace contre les variations thermiques et
sur table avec Mifa et de lui avouer la raison de certains sont même équipés de poêles. Les
mon voyage. Il ne me serait pas venu à l’esprit jeunes voyagent dans le confort des habitations
de mentir à un Bodor. Comment aurais-je pu pendant que les adultes les conduisent.
abuser de toute façon un être capable de discer- Naturellement solides, des Bodors adultes
ner le vrai du faux ? Grâce à leur talent de Vision affrontent assez aisément les rigueurs de climats
du son, ils sont prompts à deviner la superche- très différents. Les autres chariots du convoi
rie, leurs chefs étant les plus doués en la transportent les accessoires et les éléments de
matière. Il accepta ma présence à condition que scène démontés. Un chariot entier contient la
mes actes ne pussent en aucune manière mettre nourriture. Les voyageurs chevronnés affirment
en danger sa troupe. J’intégrais la roulotte des avoir déjà croisé la route de troupes particuliè-
hommes d’arme qui me considérèrent rapide- rement riches voyageant à bord d’arches ter-
ment comme un des leurs. La caravane fit route restres.
vers le Kasmir et le voyage parmi les Bodors fut
prétexte à confronter mes connaissances acadé- Les Bodors sont certes des musiciens chevron-
miques à mon observation sur le terrain. nés, mais là n'est pas leur seule qualité. C'est un
peuple plaisant et amical, que son talent de
Au temps des cités volantes, les Archéens Vision du son aide à désamorcer facilement les
créèrent les Bodors pour les divertir et leur offrir situations de crise. Ils apprécient de bien boire
une agréable compagnie musicale. Le Grand et manger, de jouer tard dans la nuit et de dor-
Désastre et la chute des cités jetèrent ces mir jusqu’à une heure avancée de la journée.
Néomorphes sur le continent. Ce peuple hédo- Pourtant, l’apparence frivole de leur comporte-
niste et inspiré, rendu brutalement à la liberté ment n’est qu’illusoire et leur société est réglée
aurait pu s’éteindre, s’il n’avait pas fait preuve à la manière d’une partition, ces moments fes-
d’un formidable sens de l’adaptation. Comme tifs et conviviaux jouant un rôle majeur dans la
de nombreux peuples à l'Âge de la Confusion, cohésion de la communauté. Les Bodors n'ap-
les Bodors arpentèrent le continent, sans cesse précient pas particulièrement le travail manuel
en mouvement, pour éviter de subir la préda- et les tâches domestiques ce qui leur donne
tion des tribus du Peuple Sauvage et la grande souvent la réputation d’êtres fainéants. Leur
horde du Tirshata. Ils apprirent, au contact des société fonctionne sur un principe égalitaire,
peuples nomades de Natifs, l'essentiel pour sur- mâles et femelles participent aux travaux quoti-
vivre à un mode de vie itinérant. Depuis, les diens. Dans ce domaine, le groupe se répartit au
Bodors n’ont jamais cherché à fonder de cité ou mieux les charges afin qu'elles leur prennent le
à revendiquer des territoires. Au Nouvel âge, moins de temps possible. Au moment d’installer
l’avènement de cités florissantes et le regain ou de lever le camp, l'un d'entre eux joue des
d’intérêt pour les arts leur ont permis de louer airs entraînants pour, disent-ils, que la tâche soit
leurs services et de vivre de leur art. moins pénible.
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commun accord, dans laquelle des deux
troupes ils vivront. Leurs troupes constituant
également des orchestres, ils veillent à s’inclure
dans le groupe où leurs instruments de prédilec-
tion pourront compléter au mieux la formation.
Pour cette raison, ils ont tendance à se tourner
vers des partenaires qui ne pratiquent pas le
même instrument. Je dois avouer que je me rap-
pellerai longtemps cette nuit, où il me fut impos-
sible de fermer l'oeil, tant leur ferveur dans l'art
de faire la cour s'exprime à coup de trompes et
de cordes. Notre groupe avait croisé le chemin
de la troupe des «Croquenotes Flamboyants» et
après la fête, les jeunes Bodors ont donné toute
la mesure d’une telle réputation : la fille du
maestro Mifa fut, ce soir là, courtisée par deux
prétendants qui s’affrontèrent dans un duel
musical, l’un répondant à l’autre dans un
déchaînement de notes durant de longues
heures.
24
sans appel. Plus grave, l'infamie d'un Bodor peut LA MUSIQUE, IMAGE DE LA
faire l'objet d'une chanson, qui se répandra comme
une traînée de poudre, interdisant au criminel d'in- CRÉATION
tégrer une nouvelle communauté. «Le calme était rétabli dans l’auberge du
«Galion Fantôme» et le groupe des Bodors avait
Les Bodors ont un sens prononcé du respect et finalement repris sa place sur l’estrade.
éprouvent un sentiment communautaire fort à Conscient d’avoir tantôt interrompu leur repré-
l'égard des gens de leur troupe. Les étrangers qui sentation, Aethorion se dirigea vers le chef de la
s’avisent de porter atteinte à un membre de la com- troupe pour lui présenter ses excuses et proposa
munauté tombent sous le coup de la loi du Talion. de dédommager l’orchestre en leur offrant une
L'un d'entre eux est alors désigné pour rendre l'of- tournée : ce qu’acceptèrent bien volontiers les
fense. S'ils ne sont pas en mesure de faire appliquer sociables et joviaux musiciens. Tandis que la
la règle, le maestro de la troupe peut parfois faire troupe s’apprêtait sur scène, accordant ses ins-
appel aux revenants arimites pour la faire appliquer. truments et mesurant la cadence, leur maestro
Lors de ces occasions chacun se cotise sur ses fonds vint s’entretenir avec le magicien : «Votre excel-
propres pour payer ces services. Si l'un des leurs a lence voudra bien pardonner notre sortie tantôt,
été tué, ils chercheront à laver sa mort par la mort mais les harmoniques de vos voix étaient en
de l'instigateur du meurtre. profonde dissonance avec la musique que nous
souhaitions instaurer.» Aethorion renouvela
encore une fois ses excuses, tout en s’étonnant
DÉFENSE : LE MERCENARIAT que les Bodors aient si brusquement réagis.
Les Bodors possèdent peu d’affinités avec les
armes. Ils cherchent généralement à éviter le conflit Le maestro, qui répondait au nom de Mifa, lui
et fuient tous ensemble, s'ils le peuvent, à l'approche retourna un sourire et commença à exposer
d'une menace. Dans les cas extrêmes où la retraite comment les Bodors percevaient la pratique
est impossible, ils forment un cercle avec leurs rou- musicale. Avec ses timbres, ses tonalités, ses
lottes et tentent de retenir l'ennemi aussi longtemps rythmes, ses instruments divers, ce peuple
que possible en attendant l'arrivée de renfort. étrange la considérait comme un moyen de s’as-
Certaines troupes ont, par le passé, joué sur les socier à la plénitude de la vie cosmique. Une
peurs des tribus du Peuple Sauvage afin de les dis- plénitude voulue par le plus grand des chefs
suader d'attaquer, utilisant des instruments pour imi- d’orchestre, le Créateur. Les Bodors le considé-
ter des phénomènes naturels (orage, tremblement raient comme une présence intangible et imma-
de terre, etc.). térielle qui s’insufflait dans toute sa création, le
plus grand magicien du cosmos et responsable
Ils s’informent toujours au préalable de l’état des de l’harmonie cosmique, la musique des
routes qu’ils vont emprunter pour éviter les mau- Sphères. Bien que, par ailleurs, les Bodors
vaises surprises. Lorsqu’ils doivent voyager dans des n’aient pas de dogme ou de credo particulier, ils
régions dangereuses comme les Terres Sauvages de avaient pour la pratique musicale une forme de
Zaran, ils engagent des mercenaires pour protéger respect religieux et considéraient leurs concerts
leurs convois. La solde de ces soldats occasionnels comme des sortes de cérémonies visant à se
est négociée par le maestro et directement prélevée rapprocher du Créateur et à ouvrir les oreilles
dans la caisse commune, comme une dépense du monde à la beauté de sa réalisation.
nécessaire au voyage répercutée sur les tarifs de la
troupe dans les contrats à venir. Le magicien dubitatif secoua la tête, tout en
reprenant une gorgée de son aquavit fumant.
Mifa, qui ne semblait pas décontenancé par l’in-
crédulité de son interlocuteur, reprit néanmoins
son exposé : «Il existe en fait trois styles de
musique. Le premier est la musique instrumen-
tale qui règle l’usage des instruments. La
musique du monde correspond à l’harmonie
des astres issue de leurs mouvements, à la suc-
cession des saisons et au mélange des éléments.
La mélodie est d’autant plus aiguë que le mou-
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vement est plus rapide, d’autant plus grave qu’il comme héraut amoureux et jouer des sérénades sur
est plus lent… En cela, oui, le cosmos est un commande, ou réparer, accorder ou créer des ins-
magnifique concert. Le dernier type est la truments de musique pour les gens des pays dans
musique des êtres : elle les régit et c’est eux qui lesquels ils s'arrêtent. Les musiciens des autres
la saisissent. Elle suppose un accord de l’âme et peuples peuvent aussi prendre des cours de
du corps. Notre Vision du son nous permet de musique ou de chant, à condition qu'ils se dépla-
voir l’échelle des degrés divisée en huit octaves cent avec la caravane. Pour toutes ces tâches, les
et en sept notes : do, ré, mi, fa, sol, la, si. Tout Bodors se font payer contre monnaies sonnantes et
ceci est en lien avec les états psychiques domi- trébuchantes, d'or et d'argent. Les troupes évitent
nants. La musique est la science des modula- pour attirer les convoitises des pillards de se dépla-
tions, de la mesure. Écoutez et observez. Vous cer avec des sommes trop importantes. Ils utilisent
constaterez que les actes les plus intenses de la les comptoirs et les banques des Kasmirans pour
vie sociale ou personnelle sont scandés de constituer des réserves d’argent qui pourront s’avé-
manifestations, dans lesquelles la musique joue rer utiles en cas de coup dur (mauvaises recettes,
un rôle médiateur qui élargit les communica- dépenses exceptionnelles, événements particuliers).
tions jusqu’aux limites du divin. On conçoit
aisément qu’elle commande à l’ordre du cos- Dans les contrées où la monnaie n'a pas cours,
mos, des êtres ou à l’ordre instrumental. Elle est comme Astar, les Bodors se font payer en matière
l’art d’atteindre la perfection !» première (bois de harpe, pierres précieuses, tissus,
etc.) ou en produits de valeur (nectars, encens, par-
La curiosité d’Aethorion avait été piquée au fums, etc.). Le maestro, en bon gestionnaire, peut
vif. Il réfléchit un instant et demanda au maestro également négocier d'autres types de rétributions,
si la musique des êtres était si parfaitement en comme le couvert pour toute la communauté et le
harmonie avec leurs pratiques et coutumes. fourrage pour les bêtes.
Mifa renchérit aussitôt, énonçant que selon un
découpage archaïque, il existait trois modes Les Bodors aiment s'entourer de belles choses
musicaux, chacun associé à un type d’instru- même si leur espace de vie est restreint à leur rou-
ment. Le lamento, dolent et funèbre, que les lotte. Ces petites maisons roulantes représentent
instrumentistes à cordes bodors employaient l'espace intime de chacun, et il est de coutume de
notamment lors des cérémonies funéraires. Le ne pas s'y introduire lorsqu'on y est pas invité.
bellissimo, associé aux percussions, plus belli- D'ailleurs, chacun veille à fermer sa porte lorsque la
queux et viril. Enfin, le staccato, d’un naturel troupe séjourne dans une ville. Ils apprécient parti-
plus enthousiaste et se prêtant à la fête et qui se culièrement les bijoux et les vêtements aux tissus
jouait principalement avec les instruments à coûteux et farfelus. Certains collectionnent égale-
vents. Mifa semblait intarissable sur son sujet et ment les instruments de musique ou les costumes
la conversation aurait probablement pu se pro- de scène d’illustres artistes disparus. Cependant, les
longer longtemps, mais une fausse note fit sou- deux choses qui ont le plus de valeur à leurs yeux
dain sursauter le maestro. Celui-ci se leva restent cependant leur instrument fétiche et la pro-
comme un ressort, bafouilla une excuse et d’un priété intellectuelle attachée aux oeuvres qu'ils com-
pas vif s’en retourna vers ses musiciens en les posent.
admonestant en bodorien.»
Du fait de leur mode de vie nomade, les Bodors
Extrait des carnets d’Aethorion, 603 NA à ne cultivent rien hormis un tabac hérité de l'époque
Cymril. des cités volantes, le zeyah. Cette plante grimpante,
fleurie et odorante, pousse dans les jardinières et sur
les treilles qui ornent les flancs de leurs roulottes. Les
LES RICHESSES DES BODORS Bodors n'en font pas forcément commerce mais ils
fument volontiers quelques pipes après les concerts
Les Bodors gagnent leur vie en donnant des spec- avec des gens rencontrés sur leur tournée. Hormis
tacles qui réclament la participation de tous les ce végétal qui sert, dit-on, à stimuler leur inspiration,
musiciens confirmés. Ce travail garantit leur contri- les troupes sont dépendantes des cultures des
bution à la vie collective et leur salaire minimum. autochtones. Les Bodors ont nécessairement besoin
Certains décident d’agrémenter leur ordinaire par d'animaux de trait pour tirer leur roulotte mais ils ne
des travaux annexes toujours en rapport avec l'art et pratiquent pas l'élevage. Lorsqu'ils ont plus de bêtes
la représentation. Ils peuvent louer leurs services que nécessaire, ils les vendent. Cette situation de
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dépendance les oblige à commercer sans cesse leurs
denrées, d'où leur besoin de liquidités.
ÉLÉMENTS CULINAIRES ET
ARTISTIQUES
Les Bodors sont les musiciens les plus doués de
Talislanta. Leurs instruments favoris incluent les tam-
bours, les flûtes et les cloches de verre, le torsadon
(T, p 276), et l’instrument à vent joué par quatre
musiciens, la trompe à soufflet.
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autorisations nécessaires aux représentations, etc. de teintes. Une harmonie sonore se reflète dans le
Du fait de leur filiation aux Archéens, les Bodors mélange des couleurs, tandis qu’une cacophonie
sont particulièrement bien accueillis à Zandu, donne un épouvantable chaos de couleurs criardes
Faradun, Hadj, Danuvia, les Sept Royaumes, agressant les sens. Le bodorien est essentiellement
Caranthéum et jusque dans l’empire Kang. Les une langue orale. Par nécessité, il arrive que les
cours des nations civilisées se disputent les services Bodors se transmettent des messages écrits dans
des troupes les plus prestigieuses. Elles sont reçues cette langue qui prennent la forme de partitions.
avec la plus grande liesse à Astar ou dans les îles
Thaéciennes où la musique est considérée comme
un art majeur. Il n'est d'ailleurs pas rare de voir évo- EXPRESSIONS ET PROVERBES
luer avec certaines troupes bodors des danseurs COURANTS
Thiasians ou des Muses.
La musique met l’âme en harmonie avec tout ce
Les Bodors n’ont pas particulièrement d’affinité qui existe.
avec les tribus du Peuple Sauvage qui souvent n’ap- Il ne suffit pas d’entendre la musique, encore faut-
précient pas leur art à sa juste valeur. Cependant, les il la voir.
Bodors ne sont pas systématiquement attaqués ou Les arts sont le plus sûr moyen de se dérober au
chassés par ces tribus, étant donné leur condition de monde ; ils sont aussi le plus sûr moyen de s’unir
Néomorphes, et certaines acceptent même de les avec lui.
produire, comme dans les cours d’Urag. La musique du monde résonne à nos oreilles.
Atteindre l’harmonie nécessite le silence de la
paix.
PRATIQUES LINGUISTIQUES La première expression de la musique est celle de
la vie.
Ce peuple mélomane par excellence et très
sociable s’est fait un devoir de parfaire la pratique
du talislan, autant dans la version des élites que dans ÉCRITURE ET SUPPORTS
celle des gens du peuple. Leur mode de vie les ame-
nant à côtoyer tous les publics et à voyager à travers Véritables artistes sillonnant les quatre coins de
le continent, les Bodors considèrent d’une impor- Talislanta, les Bodors ont souvent un registre très
tance égale l’une ou l’autre des langues. Le talislan large qu’ils se transmettent «oralement» de généra-
doit à ce peuple de musiciens de nombreux écrits et tion en génération. Cependant, ils acquièrent dès
termes concernant la musique et sa pratique, sans qu’ils le peuvent des oeuvres écrites, partitions,
compter les oeuvres elles-mêmes. chants ou poèmes qui constituent, avec leurs instru-
ments, leurs biens les plus précieux. Selon leurs iti-
néraires, ils emploient des encres et des matériaux
BODORIEN (ORAL, ÉCRIT) provenant de lointaines contrées qui constituent des
denrées rares dans les Sept Royaumes et font donc
Cette langue littéralement musicale, propre à ce l’objet d’une certaine curiosité.
peuple, est liée à ses particularités sensorielles
uniques (la Vision du son). Elle passe souvent pour
de la simple musique aux oreilles des autres
peuples. Pour les Bodors, en revanche, il s’agit LES RAHASTRANS
d’une langue complexe qui, en lieu et place de
mots et de lettres, utilise des notes, des rythmes et
un phrasé musical. Aux mélodies perçues par
l’oreille de l’auditeur averti, viennent s’ajouter les «Bien que l’on me questionne plus souvent
nuances de couleurs perçues par ses yeux, qui sont sur le futur que sur le passé, voici le résumé des
autant d’indications de l’état émotionnel, de l’assu- origines de mon peuple. Lorsque les Archéens
rance et des intentions présentes du locuteur. En émergèrent de la boue et de la poussière de leur
effet, les Bodors savent que les sons ont une couleur barbarie primitive, ils découvrirent l’Orbe. Il
et disent avoir synthétisé l’ensemble des états émo- contenait les secrets d’une magie étrangère à
tionnels en octaves et en notes (do, ré, mi, fa, sol, la, Talislanta et nombreux furent séduits par ce
si). Chaque note, avec ses variations de tonalité, pouvoir. Mais les ancêtres de mes ancêtres choi-
d’intensité et d’octave, correspond à un ensemble sirent une autre voie… Ou peut-être furent-ils
choisis par le Destin pour suivre cette autre voie,
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qui sait ? Ils apprirent à lire et interpréter les et d’aucun royaume, et ne prêteront jamais allé-
signes annonciateurs des événements futurs. geance à un principe ou une personne, qu’elle soit
Très peu parmi les Archéens possédaient ce chef de tribu ou empereur. Même s’ils n’adhérent
don : on les nomma «Rahastrans». Mais, hier pas aux lois locales, les Rahastrans adoptent généra-
comme aujourd’hui, peu de monde est prêt à lement un profil bas vis à vis des autorités en place,
écouter et accepter des augures néfastes. pour éviter les ennuis.
Pourtant nous ne mentons jamais sur ce que
nous lisons dans nos cartes. Mes ancêtres prédi-
rent au roi de Phandril, l’inévitable chute et des-
truction de la première cité des Archéens. Le
souverain, aveugle parmi les aveugles, proclama
aussitôt leur bannissement. Dès lors, ils se
retrouvèrent en marge de leurs frères archéens
et de leurs cités, arpentant le monde. Leur pré-
diction se réalisa et Phandril fut anéantie par le
Grand Désastre. Les Archéens durent se regrou-
per pour survivre et mes ancêtres se retrouvè-
rent à nouveau parmi leurs frères. Mais leurs
années d’exil les avaient… changés. Depuis
cette époque, les enfants d’un Rahastran possè- US ET COUTUMES : LA FORCE
dent les traits de notre peuple et peuvent lire le DU CODE
passé et l’avenir dans les cartes du Zodar. C’est
ainsi que le Destin nous amène à aujourd’hui». «Lorsque la caravane «Mélodie
Sempiternelle» atteignit la cité de Kasmir, il fallut
Le cartomancien Rashir expose l’histoire du se ravitailler. Le maestro Mifa décida de faire
peuple Rahastran halte ici jusqu’au lendemain et la troupe se pré-
para à donner un spectacle le soir même dans le
quartier des étrangers. Pendant que les Bodors
MODE DE VIE : LA POLITIQUE DE s’affairaient à mettre en place le spectacle, j’en
LA DISCRÉTION profitais pour me restaurer dans une des
auberges du bazar. Je louais également une
Chez les Rahastrans, il n’existe aucune hiérarchie, chambre pour m’isoler et entamais la rédaction
aucun lieu de rendez-vous mêmes occasionnels de mes observations sur le peuple bodor.
pour prendre des décisions ou rendre des juge-
ments communs. La notion d’intérêt collectif leur Soudain, on frappa à la porte et j’ouvris. Une
est étrangère. Chacun s’estime seul maître de son Archéenne à la peau sombre s’engouffra dans
destin, même s’il sait que le Zodar influence sa ma chambre et me somma de la cacher. J’eus à
conduite. Ils n’imposent pas leurs décisions aux peine le temps de refermer la porte derrière elle
autres, n’ont aucune aspiration à constituer un État qu’une clameur montait de la salle commune :
et ne revendiquent aucun territoire. «Milice de la famille Al Azim ! Que personne
ne bouge !». L’ordre fut immédiatement
Les Rahastrans disposent tous d’un point com- accompagné d’une cavalcade dans les escaliers.
mun : ils appartiennent tous à l’Ordre de la Je me retournais pour apercevoir l’intruse pes-
Cartomancie, une forme de magie qu’ils sont tant et farfouillant dans son sac, déterminée à en
d’ailleurs les seuls à pouvoir pratiquer. Il n’existe sortir quelque chose. Enfin, elle parvint à se sai-
aucune école qui dispense l’apprentissage de cet sir d’un boîtier d’argent triangulaire, au moment
Ordre, chaque parent rahastran enseignant à sa des- où la milice tambourina à ma porte.
cendance les rudiments du Zodar. Leur maîtrise res- L’Archéenne ouvrit alors l’étui, en dégagea des
pective de cet Art peut établir entre eux des rela- cartes et après un clin d’oeil à mon attention,
tions de déférence, mais les rapports entre carto- elle disparut corps et bien ! J’ouvris alors la
manciens s’établissent avec respect, sur un pied porte au groupe de poursuivants, qui perdirent
d’égalité. sa trace. Cette anecdote aurait pu en rester là si
elle ne présentait pas un sujet archéenologique
Depuis leur exil de Phandril, les Rahastrans errent majeur. Cette étrange Archéenne ne pouvait
sans patrie. Ils ne s’estiment les obligés d’aucune cité être qu’une cartomancienne rahastrane…
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Méconnus des gens du Nouvel Âge qui igno- qu’un jeu auquel on s’adonne par loisir ou par
rent leur histoire, les individus de ce peuple sont appât du gain. Pour les Rahastrans, en revanche,
souvent considérés, à raison, comme des esca- il s’agit d’un outil majeur guidant tous les aspects
moteurs exceptionnels ou des joueurs un peu de leur vie au jour le jour. Les 20 lames de ce
trop chanceux. Leur aspect et leur talent divina- très ancien jeu de carte, chacune marquée d’un
toire inspirent une méfiance empreinte de symbole arcanique distinct, permettent aux car-
crainte et de respect de la part des Archéens et tomanciens rahastrans de révéler le passé, devi-
de leurs alliés. Il plane autour d’eux, une répu- ner l’avenir ou encore de mettre à nu les pen-
tation «d’avirs de mauvais augure» acquise par sées et les désirs les plus profonds des individus.
un fait historique majeur, devenu depuis une
légende. Leurs ancêtres, parmi les Phandres, En apparence, ces Archéens aux traits sombres
constituaient une caste de magiciens à part et paraissent aux autres détachés des préoccupa-
résidaient dans l’antique cité de Phandril tions du monde et libres d’aller où bon leur sem-
(SF, p. 37). Le roi de cette cité prenait conseil blent. Il est loin d’en être ainsi car leur lien au
auprès d’eux, car leurs talents divinatoires Zodar les soumet à son code, basé sur la philoso-
avaient gagné sa sympathie. Pour interroger phie du Destin (voir la loi du Zodar). Mon esprit
l’avenir, les Rahastrans utilisaient un jeu de carte rationnel ne s’encombre pas de prédiction sur
populaire de forme triangulaire, le Zodar. Tout l’avenir, la force de l’anticipation et l’étude des
porte à croire que les Rahastrans ont tissés au fil combinaisons possibles sont l’unique outil à ma
des siècles un lien très fort avec ce support pri- disposition pour comprendre le futur. Mais com-
vilégié au point de devenir une part indisso- ment reprocher à un être de laisser des cartes gui-
ciable d’eux-mêmes. Un sujet sur lequel ils se der sa vie ? Ne sont-ils pas nombreux ceux qui
refusaient à mentir et qui leur valut d’être ban- considèrent que le choix du Nadir absolu est le
nis. fruit du concours d’un jeu, le Trivarian ?
Selon Dalusia, les Rahastrans sont, tout au
L’intruse, se présenta le lendemain alors que je plus, quelques centaines sur le continent. Et
regagnais ma roulotte, elle me remercia pour bien que les écrits les concernant soient assez
mon aide. Dalusia, à qui j’avais prêté assistance, rares, les érudits du Nouvel Âge corroborent
souhaitait quitter Kasmir et prendre la route cette affirmation. Une situation certainement
avec nous. Lorsque je lui demandais la raison due à leurs moeurs particulières et leur attache-
pour laquelle elle était poursuivie la veille, elle ment au code du Zodar. Ils leur arrivent de s’en-
me rétorqua qu’elle cherchait autant que pos- gager dans des aventures sentimentales avec
sible à éviter les ennuis mais les mauvais joueurs d’autres Archéens (Rahastrans ou pas), si les
avaient parfois la rancune tenace. Elle me pro- augures sont favorables, mais ne se marient pas.
posa de l’argent pour mon aide afin de com- Ils quittent leurs partenaires au bout de
penser sa dette, je déclinais son offre à la condi- quelques temps, lorsque le Zodar les appellent
tion qu’elle m’enseigne des choses sur son mys- ailleurs. Ceux et celles qui seraient tentés de res-
térieux peuple. C’est ainsi que je fus initié à ter vivre avec leur concubin perdent leurs pou-
quelques-uns des secrets des Rahastrans car voirs de cartomancien.
Dalusia honora ma requête de bonne foi.
En général, ils ne s’inquiètent pas de savoir si
Depuis leur bannissement de Phandril, les leur liaison a porté des fruits. Ils n’élèvent pas
Rahastrans ne possèdent aucun territoire et se eux-mêmes leurs enfants et laissent le soin au
considèrent chez eux partout sur le continent. deuxième parent de le faire seul.
On les croise sur la route ou dans les endroits où Invariablement si un seul des parents est
l’on joue : relais, tavernes, auberges, établisse- Rahastran, l’enfant recevra ses dons divinatoires
ments de jeu. Pour cette raison, on a plus de et ses traits en grandissant. Devenu adolescent,
chance de les rencontrer dans les grandes villes. le jeune finit par recevoir l’appel du Zodar qui
Les Rahastrans voyagent d’un lieu à l’autre et le guide jusqu’à son parent rahastran afin qu’il
gagnent leur vie en tirant les cartes aux curieux l’initie aux secrets de la Cartomancie. La relation
ou comme joueurs professionnels. Ils considè- qui s’instaure entre eux n’est pas teintée de filia-
rent la vie comme un grand jeu de chance et ils tion mais bien d’un rapport d’égalité. Le parent
parcourent Talislanta au gré des indications de tentant au mieux de présenter le Zodar à son
leurs cartes. Pour nos contemporains du Nouvel rejeton pour lui en apprendre les rudiments.
Âge, le Zodar ne représente souvent pas plus Pendant cette période, le jeune apprend
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l’Archéen et intègre les images et leurs symboles même si ces augures sont néfastes. Ces obligations
associés qui lui permettront de concevoir son sont valables même si leur application stricte peut
jeu. Mais cet enseignement est de courte durée, mettre leur vie en danger.
quelques mois tout au plus car chaque
Rahastran doit développer sa propre histoire Les Rahastrans n’ont pas besoin d’organisation
avec son jeu de Zodar. judiciaire pour s’assurer du respect du code, car
l’enfreindre rompt le lien harmonique qui unit le
L’indépendance farouche des Rahastrans ne fautif à son jeu, entrainant la perte de ses pouvoirs
les empêche pas de se lier d’amitié occasionnel- magiques. La destruction de ce lien suscite un ter-
lement, même s’ils n’accordent leur confiance rible effet de manque chez les cartomanciens qui
qu’à peu de gens.. Mais ces fréquentations peut se traduire par une dépression suicidaire : une
durent le temps que le Zodar, leur plus fidèle punition suffisante aux yeux de tous les membres du
compagnon, leur conseille d’accompagner cette peuple.
ou ces personnes.»
DÉFENSE : PRUDENCE ET
DIVERSIONS
Les Rahastrans s’efforcent de ne pas s’impliquer
dans les altercations, les conflits ou les bagarres.
Généralement, leur capacité à anticiper les mauvais
coups grâce à leur talent divinatoire est la plus sûre
des méthodes de défense. Mais ils ont plusieurs
cordes à leur arc lorsqu’il s’agit de désamorcer une
situation de crise. Ils adoptent souvent une attitude
neutre et diplomatique, considérant souvent cette
solution comme la meilleure. C’est pourquoi ils gar-
JUSTICE : LA LOI DU ZODAR dent leur calme et tentent de trahir le moins pos-
sible leurs émotions, art dans lequel ils sont passé
Le rapport des Rahastrans à la justice est identique
maître et fort utile étant donné leur gagne pain de
à celui qu’ils entretiennent vis à vis des autorités. Ils
prédilection : les jeux d’argent. Lorsqu’ils sont
respectent en général les lois du pays de transit afin
reconnus comme devins, le commun des mortels
d’éviter d’attirer l’attention, mais ne reconnaissent
peut être découragé à l’avance de s’attaquer à eux,
pas d’autres codes que celui du Zodar. Partant de ce
au risque d’attirer sur soi le «mauvais oeil.»
principe, ils ne se sentent pas coupables des effrac-
tions aux lois des autres peuples, sans pour autant
Bien sûr, l’existence errante des Rahastrans les
être des criminels dans l’âme. Ils n’agissent volontai-
amène parfois à être confrontés à des menaces que
rement contre une loi établie que si leur propre code
la raison ou un beau discours ne peuvent détour-
les y incite. S’ils se retrouvent en butte avec la justice,
ner… Tout comme cela peut se produire avec des
ils optent pour la fuite rapide vers d’autres horizons.
mauvais perdants autour d’une table de jeu ! Bien
Le code du Zodar fixe le comportement des car-
que certains sachent se servir correctement d’une
tomanciens pour construire, nourrir et entretenir le
arme, ils privilégient leurs talents de cartomanciens
lien avec leur jeu de carte. Le jeu divinatoire
pour se tirer des mauvais pas. Ils favorisent les tac-
réclame leur totale confiance et ils ne peuvent se
tiques défensives et de diversion, employant
dérober à ses exigences, sous peine de perdre leurs
l’Illusion ou l’Influence, profitant de l’occasion pour
pouvoirs. Au contraire, ils ne prennent pas de déci-
s’esquiver. En bons individualistes, les Rahastrans
sion importante sans consulter leurs cartes au préa-
assurent prioritairement leur propre défense et ne
lable et en interpréter les signes afin de savoir si telle
prennent habituellement pas de risques pour autrui,
ou telle action est sage. Après un tel tirage, ils doi-
sauf si le Zodar les y incitent.
vent se conformer dans leurs actes et paroles à ce
que le Zodar leur a dicté de faire et qui peut parfois
se révéler sans rapport avec leurs interrogations
d’origine. Enfin, ils ne doivent jamais mentir sur les
prédictions des lames, qu’elles les concernent per-
sonnellement ou qu’elles s’adressent à autrui, et ce
31
LE DESTIN DANS LES CARTES question était intrigante en effet et Aethorion ne
s’était jamais intéressé à cet aspect des choses.
«Aethorion avait décidé de noyer son mal de Tareau considéra le silence du Cymrilien
tête dans le skoryx et s’était rendu dans une comme une question non formulée. Ou bien
auberge de la basse ville. Il en était à la moitié savait-il déjà ce qui allait se produire ?
de sa première bouteille, et la douceur éthy-
lique de la boisson aux multiples saveurs com- «En fait, ceux qui lisent les cartes et leur jeu
mençait à remplacer le tambourinement de ses deviennent une seule et même entité. Il n’est
tympans. C’est alors qu’une haute silhouette pas faux de dire que nous sommes victimes
vint s’encadrer dans son champ de vision bru- d’une addiction à nos cartes. Pouvez-vous vous
meux. C’était un Archéen d’une trentaine d’an- imaginer comme soudainement privé de vos
nées, à la peau couleur de cendre. Il était vêtu sens ? Nos lames ont une conscience que nous
d’un épais pourpoint de cuir renforcé, de pan- traduisons dans le monde matériel. En retour de
talons de toile épaisse et de bottes de cavalier ce rôle d’interprète, elles rendent possible l’ex-
poussiéreuses. Il présentait un visage souriant pression de notre «don» sous des formes très
derrière ses fines moustaches brunes. Il portait diverses. Elles sont à la fois, un cadeau et une
une améthyte en pendentif et de longs gants de malédiction du Destin : parfois, nous préfére-
satin qui juraient avec sa tenue de voyage. Du rions ne pas savoir ce que nous révèlent les
coin de l’oeil, Aethorion nota un boîtier argenté cartes car ce qui est écrit dans le Zodar se pro-
de forme triangulaire à sa ceinture. Un nom finit duira…
par s’imposer à l’esprit embrumé du Cymrilien :
Tareau. Il s’agissait d’un des plus fameux et des Ébahi, Aethorion secoua la tête et demanda si
plus redoutés pratiquants du jeu de Zodar de Tareau pensait sincèrement ce qu’il disait. Un
Chances, le grand casino de Cymril. Celui-ci sourire, à la fois désabusé et narquois, fendit la
s’assit, un verre d’aquavit fumant à la main. Ce face du cartomancien : «L’incrédulité des
n’était pas un étranger pour Aethorion et il avait Archéens lorsque nous avons annoncé le Grand
déjà eu l’occasion à plusieurs reprises de jouer Désastre ne vous a rien appris. Le Destin, même
avec le Rahastran, auquel il avait plusieurs fois s’il est parfois difficile à interpréter, est semblable
fait appel pour ses dérangeantes capacités pré- à la Mort ; ce sont des forces inéluctables, des
monitoires. Sa présence au royaume de Sindar entités supérieures au rôle éternel. Elles n’ont
n’avait probablement rien d’anodin. pas besoin d’intervenir directement et pourtant
nous les voyons quotidiennement à l’oeuvre :
L’Archéen au Zodar ouvrit son boîtier et étala la loi de la Mort s’applique en permanence.
son jeu devant lui. Aethorion commençait à Quant au Destin, il favorise les miens en leur
reprendre ses esprits et demanda au Rahastran permettant de lever le voile sur ce qui fut, est ou
s’il comptait faire une simple partie de cartes ou sera. Je ne veux pas vous dire qu’il n’existe
s’il ambitionnait de lui lire son futur. «Les proba- qu’un seul futur et que tout est déjà écrit, mais
bilités du Devenir sont tout aussi nombreuses les conséquences de nos actes et de nos choix
que les combinaisons d’une soi-disant inno- peuvent être appréhendés par la lecture des
cente partie, Aethorion. Lorsqu’un membre de auspices dans nos cartes. Le cas échéant, cela
mon peuple s’assoie à une table de jeu, sachez peut permettre de choisir la solution la plus
qu’aucune des lames du Zodar ne se révèle gra- favorable. Mais nous avons également
tuitement.» Le Cymrilien ne put retenir un éclat conscience qu’il est des choses qui ne pourront
de rire : «Vous en parlez comme si elles étaient être modifiées… Par exemple le moment et la
conscientes !» Tareau ne répondit pas. Il hocha manière dont nous allons mourir.» Tareau mar-
la tête d’une manière affirmative et se contenta qua une courte pause et reprit : «Car les cartes
de dire qu’il lui importait peu que l’arcanoman- nous révèlent toujours l’inéluctable fin avant
cien partage ses convictions : «Pour vous, il suf- qu’elle ne se produise. Sur ce point, l’avenir est
fit de savoir que nous ne mentons jamais sur ce sans surprise pour les membres de mon peuple.
que nous disent nos lames et qu’elles sont effec- Si cela nous laisse l’avantage de rédiger notre
tivement des outils à l’étonnante acuité pour testament et de nous assurer que notre Zodar
percer les voiles du temps, de l’espace, de l’es- nous accompagnera sur notre bûcher funéraire,
prit et du probable. Pourtant, comment pensez- du jour où nous effectuons le tirage qui nous
vous que ce que vous considérez comme des révèle l’inévitable échéance, nous ne sommes
bouts de cartons colorés aient ce pouvoir ?» La plus vraiment vos semblables.»
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Aethorion détestait qu’on le prenne ainsi de Ils adoptent volontiers le troc ou recourent à la
haut : cela lui rappelait ses années désagréables monnaie en fonction de la méthode d’échange en
d’étudiant au Lycéum Arcanum dans le cours usage où ils se trouvent. Lorsqu’ils ont besoin d’ac-
du maître Ébonarde. quérir un bien ou un service, leurs activités princi-
pales sont le jeu (sous toutes ses formes) et la divina-
Aussi ce fut d’une façon assez brusque qu’il tion. Leur jeu de prédilection reste évidemment le
demanda au Rahastran la raison de son appari- Zodar et leurs pratiques magiques font d’eux des
tion impromptue. Tareau reprit d’une voix devins reconnus à travers le continent. Certains, plus
conciliante : «Il arrive que notre jeu nous rares, vendent ou échangent également des jeux de
demande de faire certaines choses : nous Zodar qu’ils fabriquent artisanalement (cf. ci-des-
rendre à tel endroit, adresser un avertissement à sous).
telle personne… C’est précisément ce qui
m’amène à vous. Lors de ma dernière divination
pour le compte d’une des personnalités de ÉLÉMENTS CULINAIRES ET
Cymril, certaines de mes cartes m’ont… inter- ARTISTIQUES
pellé. Il arrive que nos lames nous communi-
quent des visions : j’ai vu l’Assassin, symbole de Les Rahastrans sont omnivores, apprécient les
la tromperie et de la menace, dans l’ombre du bonnes tables mais peuvent se satisfaire d’établisse-
Mystique, l’individu qui cherche à découvrir les ments plus modestes en fonction des haltes induites
mystères. Ce Mystique avait vos traits, par le Zodar. Du fait de leur mode de vie plutôt cita-
Aethorion. Dans la ville où nous nous trouvons, din, les Rahastrans sont sensibles aux arts, mais n’ont
une des soeurs de mon peuple se trouve égale- jamais eux-mêmes vraiment le temps d’apprendre à
ment en ce moment et vous projetiez de lui travailler leurs talents et de les exercer. S’ils jouent
rendre visite à la demande d’un des membres de la musique c’est parce que leur instrument tient
de l’Ordre du Magister de Cymril. C’est cet indi- dans leur maigre bagage. Comme pour les autres
vidu qui avait les traits de l’Assassin…» possessions, ils ne s’encombrent pas d’objets de
valeur.
Extrait des carnets d’Aethorion, 603 NA à
Sindar Une fois de plus le Zodar affirme leur exception,
puisqu’ils fabriquent les plus beaux jeux de tout
Talislanta. Les cartes qu’ils créent reproduisent effec-
LES RICHESSES DES RAHASTRANS tivement les images et la symbolique traditionnelle,
mais peuvent adopter des thèmes particuliers en
Les Rahastrans n’accordent pas d’importance aux fonction du gout de l’artisan (érotique, sarcastique,
biens matériels et se contentent de peu : le barda etc.). Ces Zodars ne possèdent pas de propriétés
nécessaire à leur vie errante, une monture et particulières, si ce n’est la qualité du travail de son
quelques lumens pour payer les auberges où ils concepteur. Pour cette raison ils voyagent si possible
séjournent. Mêmes si tous portent un pendentif en avec le nécessaire à la confection de ces cartes
améthyte, symbole de leur appartenance à l’Ordre (papier, encres, plumes, vernis, etc.). Nombreux
des cartomanciens ; le seul objet de valeur du sont également ceux qui fabriquent les boîtiers d’ar-
Rahastran est son jeu de Zodar, car il est quasiment gent gravés d’arabesques subtiles servant d’étui à
irremplaçable. S’il est perdu ou volé, le lien établi leur jeu de Zodar. Les jeux comme les boîtiers sont
entre eux se rompt et il faut en reconstruire un nou- considérés comme des oeuvres d’art par la majorité
veau. Les jeux divinatoires des autres cartomanciens des autres peuples. Néanmoins, un Rahastran ne
sont certes considérés comme des objets précieux vendra jamais son propre jeu de Zodar, car ce serait
mais ne font l’objet d’aucune convoitise. se détacher d’une partie de lui-même.
Un tel rapport à la propriété, l’absence relative de
besoins et le fait qu’une divination puisse à tout DIPLOMATIE, MONDE EXTÉRIEUR
moment inciter les Rahastrans à partir vers de nou-
veaux horizons, entraînent que ces derniers ne s’en- L’existence vagabonde des Rahastrans fait qu’ils
combrent pas d’une activité professionnelle ou d’un sont de bons connaisseurs des différentes cultures et
quelconque labeur. Ils peuvent s’engager dans une savent en respecter les us et coutumes. Bien que
quête ou une mission si le Zodar l’exige. leurs relations avec les autres cultures soient tribu-
taires du parcours de chaque individu, ils sont géné-
33
ralement neutres vis à vis des autres peuples, les
considérant sans animosité ou affection particulière. LES XAMBRIENS
Les Aamaniens sont l’exception. Les Rahastrans
sont régulièrement la cible des chasseurs de sor-
cières et sont passibles du bûcher purificateur sur le «Jadis, bien avant le Grand Désastre, nos
territoire de la Théocratie. Les Rahastrans ont donc ancêtres vivaient en paix. Xambria était alors
à leur égard une attitude toujours méfiante en rai- une cité florissante, au sein de la ligue de
son de ces persécutions. Numénia, tournée vers les arts et le savoir.
Jusqu’au jour où les magiciens Torquarans et
leurs monstruosités démonoïdes envahirent nos
PRATIQUES LINGUISTIQUES murs. Ils soumirent les nôtres, les enchaînèrent
et rasèrent la cité. Puis il les déportèrent et les
N’étant pas à proprement parler un peuple mais exterminèrent par dizaines de milliers en les
une somme d’individus se fondant dans différentes jetant dans les Abîmes de feu de Malnangar, au
cultures d’adoption, les Rahastrans pratiquent cou- nom de croyances obscures et morbides.
ramment le bas talislan, à l’écrit et à l’oral, au même Quelques-uns des nôtres réussirent malgré tout
titre que les peuples qui les accueillent. De manière à s’enfuir dans les Terres Sauvages de Zaran. Là,
générale, ils ont un léger accent indéfinissable qui ils se cachèrent et survécurent à la famine et aux
les range dans la catégorie des étrangers où qu’ils se maladies. Ils assistèrent impuissants à l’édifica-
trouvent. Contrairement aux Cymriliens, les tion de la montagne des crânes d’Omen avec
Rahastrans ont conservé une bonne maîtrise de les restes de leurs êtres chers. Devant ce funeste
l’écrit et du parler archéen qu’ils se transmettent monument érigé par leurs tortionnaires, ils ont
depuis des générations. Gardant jalousement ce formulé le serment de retrouver les responsables
savoir, ils l’utilisent pour déchiffrer d’anciens écrits et de rendre justice pour les atrocités qu’ils
ou anticiper une incantation arcanomantique. avaient commises.
La ligue de Numénia entra ensuite en guerre
contre les Torquarans pour la destruction de
EXPRESSIONS ET PROVERBES Xambria, mais il était trop tard, notre peuple et
COURANTS sa culture ne se relèveraient jamais de ce géno-
cide. À l’issue d’une guerre sans merci qui dura
Le hasard est l’ombre de la destinée. cent ans, Quaran comme Numénia furent
Si la chance est avec toi, pourquoi te hâter ? Si la anéanties. Mais l’acte odieux des Torquarans
chance n’est pas avec toi, pourquoi te hâter ? leur avait octroyé l’immortalité et malgré leur
La magie du moment présent bâtit le reste de défaite, ils revinrent de la mort en s’incarnant
notre existence. dans de nouveaux corps. Leur présence souille
Celui qui n’a rien dort bien. depuis les âmes de nos ancêtres tourmentés qui
Si nombreux que puissent être les méandres de la réclament justice. Aujourd’hui tout le monde a
rivière, celle-ci finira par se jeter à la mer. oublié cette histoire mais pas nous. Et nos
La chance et la malchance sont deux godets d’un ancêtres ne trouveront le repos qu’avec la dispa-
même puits. rition du dernier Torquaran».
Qui doit se noyer ne mourra pas écrasé.
Zian le Xambrien évoque l’histoire de son
peuple
ÉCRITURE ET SUPPORTS
Ils emploient généralement des supports pratiques
MODE DE VIE : DES ANCÊTRES
et peu encombrants, quand ils ont la chance d’en POUR SEULE AUTORITÉ
posséder, ou ceux utilisés communément par leur
culture d’adoption. Le génocide des anciens Xambriens a contribué à
détruire chez les rescapés tout sentiment d’apparte-
nance à une nation ou à des terres ancestrales. Tout
ce qui subsiste aujourd’hui de ce lointain passé est
la sinistre montagne de crânes, de plus de 30 m de
haut, nommée Omen. Condamnés à l’errance par
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l’éradication complète de leur culture et de leur truction des Réincarnateurs et le respect d’un code
patrie, les Xambriens sont devenus apatrides et ne qu’ils nomment «Justice et non vengeance». Les
reconnaissent plus aucune autorité ou loi. Xambriens s’entraident mutuellement dans cet
Conscients que les Torquarans, désormais appelés accomplissement lorsque l’occasion se présente,
Réincarnateurs (p. 42), peuvent se cacher sous les mais sont par ailleurs des individus solitaires.
traits de n’importe qui, y compris le plus respectable
des souverains, une quelconque allégeance n’aurait Quand ils ne sont pas en traque spirituelle, les
en fait aucune valeur. Les Xambriens n’ont pas d’ins- Xambriens évitent au maximum les contacts ou les
tance collective et décisionnelle. Après l’Appel, les confrontations avec les autorités du lieu où ils se
ancêtres pourvoient à la désignation de leurs objec- trouvent. Dans le cas inverse, ils ne connaissent plus
tifs et ils se conforment à leurs directives. Les anciens de barrières et n’hésitent pas à rentrer en conflit
représentent la seule autorité pour laquelle ils direct avec ce qui peut se dresser entre eux et leur
témoignent révérence et compassion. proie, s’ils estiment avoir une chance d’atteindre et
détruire le Réincarnateur. Les conséquences de ce
Chaque Xambrien est un individu autonome et genre de conflit, y compris leur survie, sont des
libre de mener sa vie à sa guise, du moins jusqu’au considérations secondaires.
nouvel Appel. Une situation qui pourrait être
enviable si les membres de ce peuple n’étaient por-
teurs du fardeau du massacre de Xambria. En fait, le
seul point et intérêt commun qu’ils ont est la des-
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US ET COUTUMES : UNE d'Histoire antique et d'Archéologie, y présentait
alors le fruit de ses recherches sur une civilisa-
OMBRE DANS L’ÂME tion archéenne antérieure au Grand Désastre,
«La caravane des Bodors se ravitailla à Xambria. Selon lui, ce peuple vivait au VIIIe
Dracarta avant d’entamer le dernier tronçon de siècle de l’Âge Oublié et avait été décimé par un
leur périple en direction des Terres Orientales. génocide.
Le maestro décida de donner ici une série de
concerts qui contenteraient les nobles locaux Zian n’était pas du genre à parler aisément de
avant de gagner la passe d'Hadran. Je profitais son peuple et de son histoire, je décidais de
de l’escale pour me séparer de la troupe prendre mon mal en patience et préférais pru-
«Mélodie Sempiternelle», et remercier cordiale- demment le questionner à ce sujet. Ma curiosité
ment Mifa pour son hospitalité. Puis j’arpentais se trouva récompensée à mesure que nous fai-
les rues de cette grande capitale du désert. Je sions route ensemble et je consignais avidement
savais que le chemin qui me restait à parcourir les bribes qu’il voulut bien me concéder. Je
à travers l’empire Kang, allait vite se transformer doute qu’il existe en ce monde des êtres plus
en parcours du combattant. Les Kangs ont la torturés que les Xambriens et certains se ris-
réputation d’être assez procéduriers et suspi- quent même à dire qu’ils ont une ombre dans
cieux concernant ceux qui viennent de l’Ouest. l’âme. En réalité, le poids de leur héritage
Je ne souhaitais pas me justifier sur mes dépla- occupe toute leur vie : pourchasser et punir les
cements ou la raison de ma présence, je déci- anciens Torquarans.
dais donc de chercher une autre route. Mon
idée saugrenue était de me frayer un chemin Zian m’apprit que les gens de son peuple
par les monts Volcaniques, pour gagner le nord n’étaient pas plus de quelques centaines à évo-
de l'Empire réputé à cet endroit là moins luer sur Talislanta. Pour eux, la vie n’apporte ni
patrouillé. Je me mettais en quête d’un guide joie, ni sérénité. Aucun n’est libre de poursuivre
qui me permettrait de longer et franchir les ses propres aspirations comme se marier,
monts Volcaniques. C’est ainsi que je fis la construire une famille, bâtir un foyer, etc. S'ils
connaissance de Zian. s'unissent avec leurs semblables, c'est pour assu-
rer les moyens d'accomplir la promesse formu-
Je n’avais jamais vu d’Archéen semblable, lée aux ancêtres. Seules les unions entre
Zian paraissait jeune mais les traits de son visage Xambriens sont fructueuses. Devant l’impossibi-
évoquaient quelque chose de plus profond, une lité d’emporter leurs enfants avec elles lors d'un
détermination et un tourment propres aux Appel, les mères sont obligées d’abandonner
vénérables. Son teint livide, ses orbites mar- leurs enfants à la naissance. Généralement, elles
quées du stigmate de l’insomnie et ses manières les laissent aux bons soins d’une famille ou
brusques faisaient s’écarter les gens sur notre d’une personne rencontrée durant leur vie et à
passage. Il accepta de m’escorter dans les qui elles ont accordé leur confiance.
plaines Mornes au-dessus du grand désert
Rouge. Nous avons pris la route le lendemain en Il semble que les Xambriens soient destinés à
direction du nord-est. Mon compagnon n’était devenir des marginaux. Déjà au sein de leur fra-
pas très loquace et passait parfois plusieurs trie d'adoption, ils se comportent différemment,
heures sans décrocher un mot, ce qui n’était en ne ressemblent à personne et éprouvent des
définitive pas déplaisant après plusieurs sentiments inconnus aux autres. Ils sont sujets à
semaines passées en compagnie des Bodors. Il des périodes prolongées de déprime. Durant
semblait mu par une force qui lui était étran- leurs jeunes années, ils entendent des «voix»
gère. Son silence et son sens aiguisé de la survie dans leurs têtes ou sont l’objet d’hallucinations
m'intriguaient. de durée et d’intensité variables. En grandissant,
ils commencent à développer d’étranges pou-
Un soir, alors que nous nous restaurions voirs, sans qu’ils puissent trouver d’explications
autour d’un feu, des sceaux imprimés dans le logiques à leur état.
métal de la garde de son épée m'interpellèrent.
Ils firent échos à une exposition qu’il m’avait été Après leur treizième année, les Xambriens
donné de voir au Musée de Cymril. L’érudit et reçoivent la vision d’un esprit ancestral qui leur
mécène cymrilien Sylandre, passionné révèle leur héritage et la raison de leur exis-
tence. Fait intéressant puisque à l'exclusion de
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ce qu’ils apprennent au sein de leur culture JUSTICE : UN CODE AU-DESSUS
d'adoption, l'essentiel concernant leurs origines
et ce qui leur est nécessaire de savoir pour DES LOIS
mener leur quête à bien est conféré par des Les Xambriens suivent un code de conduite
spectres. Un mode de transmission culturel connu sous le nom de : «La justice, pas la ven-
aussi original qu'inquiétant. Cette expérience est geance». C’est la seule loi qu’ils respectent volontai-
éprouvante dans la vie d'un Xambrien car l’an- rement, elle codifie leurs actes dans le cadre de la
cêtre traduit ce qu'il a vécu. Le jeune doit alors traque des Réincarnateurs. Lorsqu’un Xambrien
se soumettre à cette épreuve avec un respect reçoit l’Appel, le code l’oblige de se rendre toute
teinté de crainte. C'est après avoir pris connais- affaire cessante à Omen. Cela signifie qu’il aban-
sance des événements passés, qu’il doit se donnera toute autre activité entreprise et le cas
résoudre à traquer inlassablement les échéant quittera ses compagnons. Une fois parvenu
Réincarnateurs. à la montagne des crânes, il doit se laisser posséder
par les esprits ancestraux, une expérience particuliè-
Suite à cette première vision, le Xambrien rement désagréable car des voix spectrales harcè-
peut recevoir «l’Appel» n’importe quand : les lent sans répit son esprit. Prompts à la colère et par-
esprits ancestraux le convoquent à Omen, la ticulièrement virulents à l’égard des magiciens, ils
montagne des crânes. Une fois sur place, il influencent dès lors le Xambrien qui n’est plus tota-
développe ses talents sous leur tutelle et lement maître de ses actes.
apprend comment résister et combattre les
magiciens, afin de mener leur but à bien. Une
fois prêt, ils l’informent qu’un des ennemis de
son peuple est revenu sur Talislanta sous la
forme d’un Réincarnateur. Il lui sera alors confié
une lame-esprit et des gants de maille argentée
que d’autres ont porté avant lui. C’est ainsi que
débute la vie d’un chassemages ses esprits
ancestraux l’entraînant et lui servant de guides
spirituels. Ils lui apprendront comment localiser
le Réincarnateur et investiront son corps d’une
portion de leur force spirituelle. À partir de ce
moment, le Xambrien ne se reposera plus jus- Le code stipule également de ne jamais épargner
qu’à ce qu’il ait mené la vendetta à terme. un Réincarnateur ou d’abandonner sa traque en
L’Appel se reproduit plusieurs fois pendant sa vie dépit des obstacles qui se dressent sur sa route. Pour
et les ancêtres lui désignent chaque fois une cette raison, un Xambrien n’hésitera pas à se mettre
nouvelle cible. hors-la-loi durant sa chasse et pourra même recou-
rir au meurtre de sang-froid, car sa mission est
J'ai pu observer un changement progressif dans sacrée. Poussé par ses ancêtres et possédé par eux,
le comportement de Zian. Son esprit paraissait il a le plus grand mal à contrôler ses actes et éviter
toujours porté vers d'autres réflexions à mesure les «pertes collatérales». Parmi les autres obligations
que nous nous enfoncions dans les plaines du code, tout Xambrien doit toujours prêter assis-
Mornes. Notre rythme de marche s'accéléra et tance à un de ses congénères dans sa quête. Cette
Zian commença à faire de moins en moins de coopération s’étend en général à la vie quotidienne,
halte. Les réponses à mes quelques questions un Xambrien n’hésitant pas à couvrir les actes d’un
devenaient des grognements inintelligibles et il autre membre du peuple ou à détourner l’attention.
devenait de plus en plus irritable. Autour de nous,
il me semblait que nous n’étions plus seuls. Après Les Xambriens n’ont pas besoin d’organisation
quelques jours de marche, nous étions au sommet judiciaire pour faire respecter ce code ou appliquer
d’une butte, j’aperçus au loin la masse menaçante des sanctions à ceux qui le brisent. L’Histoire ne
d’Omen, la montagne des crânes dont on dit connaît qu’un exemple de Xambrien ayant bafoué
qu’elle mesure plus de 300 m de hauteur. Zian, le code, cela provoqua la fureur des esprits ances-
après un instant passé à la contempler, m’annonça traux qui se retournèrent contre lui. De temporaire,
que nos chemins se séparaient ici. C’est ainsi que la possession devint définitive et entraîna à court
je dus me résoudre à quitter Zian et à finir la route terme son suicide.
seul vers les monts Volcaniques…»
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Les Xambriens n’accordent pas de respect aux capables d’assurer leur défense, même face à des
organismes judiciaires et aux lois des autres peuples, adversaires supérieurs en nombre. Face aux utilisa-
car ils savent que l’Appel peut les amener à com- teurs de magie (sorts, formules ou objets enchantés),
mettre des délits. Lorsqu’ils ne sont pas en traque, ils les Xambriens font usage de leur talent inné de
respectent en général les lois du pays où ils se trou- Négation de la magie. Dans une mêlée, ils essaie-
vent, principalement pour éviter d’attirer l’attention. ront en priorité de se débarrasser des magiciens.
Ils ne ressentent pas de culpabilité à enfreindre les
codes des autres peuples et n’hésitent pas à passer Lorsqu’ils ne sont pas en chasse, les Xambriens
outre s’ils sont assurés de l’absence de témoins. évitent les altercations dans lesquelles ils ne sont pas
Vivant dans un monde violent et sinistre, les directement impliqués. L’entraide envers un autre
Xambriens ne s’adonnent pas au meurtre gratuit Xambrien constitue une exception, mais autrement,
mais répondront souvent à la violence par la vio- ces individualistes dans l’âme ne sont pas du genre
lence. S’ils sont recherchés, les Xambriens s’exile- à défendre la veuve et l’orphelin. Leur réputation
ront plutôt que de se rendre ou se laisser capturer. d’êtres maudits leur confère une certaine immunité,
Par leur caractère versatile et irritable et l’aura la plupart des gens préférant éviter de provoquer
étrange qui plane autour d’eux, ils peuvent parfois ces «avirs de malheur». Si un Xambrien se retrouve
servir de bouc-émissaire idéal. confronté à une hostilité quelconque, il préfère
habituellement l’ignorer ou jouer de sa réputation
effrayante pour écarter les importuns. Si la solution
DÉFENSE : LA PEUR ET LES ARMES de l’intimidation ne suffit pas ou s’il est victime
d’une menace directe, il n’hésitera pas une seconde
Tous les Xambriens sont formés au maniement des à faire usage de ses armes.
armes par leurs ancêtres au moment de l’Appel.
Leur vie errante à travers le continent, à la poursuite Les incantations ou les manifestations magiques
des Réincarnateurs, les rend parfaitement aptes à la sont considérées par les Xambriens comme des
survie solitaire dans les milieux hostiles et certains menaces directes. Un magicien serait donc prudent
sont passés maîtres dans l’art de l’embuscade et de d’avertir un Xambrien que son incantation ne vise
la création de pièges. qu’à produire un gentil spectacle d’illu-
Ils sont parfaitement sion ou refermer une bles-
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sure, s’il ne veut pas subir son courroux. Bien sûr, tion et avait rencontré ceux qui lui par-
étant donné l’animosité latente des Xambriens pour laient depuis sa plus tendre enfance : ses
les magiciens, cela peut tout de même dégénérer si ancêtres ou, plus exactement, les fantômes
le Xambrien perçoit une duplicité quelconque de la des anciens Xambriens. Ils avaient expliqué
part de l’utilisateur de magie. Enfin, il est important à Shivan les origines de son peuple et
de préciser que les perceptions des Xambriens sont l’avaient aidé à développer ses capacités.
généralement altérées lorsqu’ils sont possédés par la
Force Spirituelle : ils riposteront alors violemment à Lors de ses discussions avec Naj Miras, pas-
la moindre provocation ou menace potentielle. sionné par l’Antiquité de Talislanta, Aethorion
avait découvert les récits mythologiques concer-
nant le massacre de la population de l’ancienne
CROYANCE : LE CYCLE BRISÉ cité de Xambria. Pour Shivan, au moment de la
DES RÉINCARNATIONS mort de leur enveloppe charnelle, les âmes des
défunts quittaient le monde matériel pour voya-
XAMBRIENNES ger à travers les Sphères, les réalités parallèles et
métaphysiques entourant Talislanta, jusque dans
«L’entretien d’Aethorion avec Shivan avait été
l’Outremonde. Là, l’entité Mort dirigeait les
perturbant. Il l’avait connu à Cymril, alors qu’il
âmes vers leur future incarnation. L’atrocité de
n’était encore qu’un jeune garçon. Enfant adop-
l’holocauste avait brisé le cycle des réincarna-
tif d’amis du magicien, il avait déjà une appa-
tions du peuple xambrien, et dès lors, tous ses
rence atypique qui le démarquait nettement des
membres s’étaient vus condamnés à une éter-
jeunes Cymriliens du même âge : la peau blanc
nité d’errance sous la forme d’âmes en peine.
ivoire, les cheveux noirs de jais. Son caractère
Les Xambriens d’aujourd’hui sont soumis à la
taciturne et renfermé le distinguait encore
même angoisse car leur âme est vouée à
davantage, ce qui pouvait être attribué aux cau-
rejoindre celles des ancêtres tant qu’il restera
chemars fréquents qu’il faisait alors et durant
des Réincarnateurs sur Talislanta.
lesquels il prétendait entendre des voix. Shivan
avait été confié, antique tradition chez les
La façon dont le jeune Xambrien évoquait ses
Xambriens poursuivant une quête inlassable qui
croyances rappelait à Aethorion le fanatisme des
les menait par monts et par vaux, à des amis de
prêtres d’Aa, la théocratie intégriste des Terres
sa mère qui ne pouvait elle-même l’éduquer.
de l’Ouest. Remettre en doute ses convictions
se faisait aux risques et périls de celui qui s’y
Cela avait été une surprise pour Aethorion de
serait essayé. En dépit de ses efforts, Aethorion
croiser Shivan lors de son séjour à Taz. Le
n’avait pas réussi à dissimuler son incrédulité.
Xambrien l’avait reconnu et s’était efforcé de se
Shivan l’avait ressenti et s’était soudain crispé,
montrer cordial avec le Cymrilien, mais
frappant son bock d’étain sur le comptoir avec
Aethorion l’avait senti tendu et sur la défensive.
la violence d’un fauve. Il était resté replié sur lui-
Il avait quitté ses parents adoptifs lors de sa trei-
même un instant, avant de relever un visage gri-
zième année. Son visage sombre, son allure
maçant. Il avait été impossible pour Aethorion
sinistre étaient devenus réellement inquiétants.
de définir si les traits de Shivan étaient raidis par
En sa présence, Aethorion avait ressenti un pro-
la rage qu’il lisait dans son regard ou s’il s’agissait
fond sentiment de malaise. Lorsqu’il conta ses
de l’effort du jeune Xambrien pour se contenir.
péripéties, le magicien se sentit saisi par une
C’est alors qu’Aethorion avait ressenti les
profonde angoisse.
«autres» présences, celles des esprits qui
rodaient autour de lui. La colère et l’animosité
Avec les années, les «voix» qu’entendait
qui les enveloppaient balayèrent ses doutes
Shivan s’étaient faites plus précises, impé-
d’un coup.
rieuses. Il avait finalement reçu ce qu’il
nommait «l’Appel» et avait quitté Cymril,
Un sourire, désabusé et narquois, avait fendu
pour ne plus y revenir. Il s’était aventuré
le visage de Shivan : «Mes ancêtres n’appré-
loin vers l’est, dans les Terres Sauvages. Là,
cient pas ceux qui manipulent la magie, mais tu
au pied des monts Volcaniques, il avait
n’arranges pas les choses en doutant de ce que
atteint Omen, la montagne des crânes, un
je viens de te dire». S’efforçant de retrouver son
lieu mythique et morbide. Il avait passé
calme, Shivan avait néanmoins repris son expli-
plusieurs semaines, seul, dans cette désola-
cation. Les ancêtres des Xambriens du Nouvel
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Âge n’étaient pas un sujet à prendre à la légère, les Torquarans n’auraient pas été redécouverts
car ils accompagnaient souvent leurs descen- et anéantis. Telle était la malédiction que por-
dants. Aethorion avait clairement ressenti leurs taient les Xambriens, s’efforçant depuis des mil-
présences. Shivan expliqua que, depuis la plus lénaires de rétablir un déséquilibre dont ils
haute Antiquité, les membres de son peuple étaient encore à ce jour les principales vic-
étaient l’instrument de revanche de leurs times.»
ancêtres contre les Torquarans. Ceux-ci avaient
échappé, eux aussi, au cycle de la vie et de la Extrait des carnets d’Aethorion 616 NA Taz
mort, grâce à quelques sombres rituels. Les
âmes en peine des victimes de l’holocauste
expliquaient à tous leurs descendants qu’ils ne LES RICHESSES DES XAMBRIENS
pouvaient espérer reprendre leur place dans le
cycle que par la destruction des immortels Les Xambriens n’accordent pas de valeur aux pos-
Torquarans. Ceux-ci ne pouvaient être réelle- sessions matérielles autres que celles qu’ils peuvent
ment anéantis que par les descendants de leurs emporter avec eux quand l’Appel se produit. Leur
victimes. Shivan ou ses ancêtres n’avaient pas mode de vie, au jour le jour, se satisfait de peu et ils
plus d’explications à fournir sur les raisons pour n’ont que faire de l’accumulation de biens et de
lesquelles les destins des bourreaux et de leurs richesses. Qu’ils soient payés en monnaie ou en
victimes étaient ainsi liés. En revanche, les nature importe peu, car ils se contentent du strict
esprits ancestraux enseignaient à leurs descen- nécessaire à leur survie : un gîte, un repas et éven-
dants comment traquer et combattre les tuellement de quoi se réapprovisionner ou réparer
antiques magiciens noirs, une quête qui durait son matériel.
depuis des millénaires. Tous les Xambriens se
savaient, en définitive, condamnés à rejoindre En revanche, les Xambriens considèrent avec res-
leurs ancêtres dans les limbes de l’Outremonde, pect leurs attributs de chassemages. Les lames-
dans la même errance spectrale, tant que tous esprits et les gantelets de maille argentés n’existent
qu’en peu d’exemplaires et sont les vestiges de la
civilisation xambrienne annihilée durant l’Âge
Oublié. Perçus comme des objets «sacrés», ils sont
le symbole et l’outil de leur vendetta interminable
contre les Réincarnateurs. Les lames-esprits n’ont
pas de pouvoir en elles-mêmes mais sont de fac-
tures exceptionnelles et peuvent donc attirer la
convoitise des marchands, des antiquaires et des
érudits. Un Xambrien mettra tout en oeuvre pour
récupérer de tels objets, s’ils lui sont dérobés. Dans
le cas où il trouve sur son chemin les objets d’un
autre chassemages, il conservera ces objets jusqu’à
sa prochaine visite à Omen où il les confiera aux
ancêtres afin qu’ils les transmettent aux porteurs
futurs.
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sur la nature de cet événement, ils font générale- ments, notamment linguistiques. Leur mode de vie
ment part à leurs employeurs potentiels du risque errant fait qu’ils apprennent rapidement à maîtriser
éventuel de «délais imprévus». le bas talislan, pratique et utilitaire. Dans tous les
cas, la langue qu’ils emploient est conforme à celle
Certains ont développé au fil du temps des com- de leur culture d’adoption, y compris au niveau de
pétences artisanales pour répondre à leurs propres l’accent.
besoins (la forge, la fabrication d’arcs et de flèches,
la réparation d’armure ou le soin des bêtes), dont ils Les Xambriens possèdent également une maîtrise
font usage pour gagner leur vie entre deux Appels. intuitive de l’archéen qui leur permet de déchiffrer
les antiques inscriptions qu’ils peuvent découvrir
lors de leur mystérieuse quête vengeresse. Par
ÉLÉMENTS CULINAIRES ET contre, ils ne semblent pas capables de parler ou
ARTISTIQUES d’écrire cette langue. De même, ils sont connus
pour parler, lire et écrire couramment dans la langue
Omnivores et souvent doués pour la survie, ils xambrienne, une variante antique de l’archéen
apprennent vite à reconnaître les choses comes- qu’ils sont aujourd’hui presque les seuls à maîtriser
tibles et ne font pas de manière. Lorsqu’ils ne sont et comprendre, et qui est donc rangée au rayon des
pas en traque spirituelle, leur rapport à la nourriture langues mortes. Ils sont capables d’employer l’ar-
est pratique, ils mangent à leur faim et jamais davan- chéen et le xambrien de façon intuitive, même s’ils
tage. peuvent se révéler, par ailleurs, illettrés dans les
autres langues. Les Xambriens acquièrent la maîtrise
Les Xambriens sont insensibles à l’art, leur princi- de ces langues pendant leur adolescence, suite à ce
pale motivation dépasse complètement ce genre de qu’ils nomment l’Appel.
préoccupation. Leurs objets quotidiens sont pra-
tiques, solides et sans fioriture. Tout ce qui peut se
rattacher à l’histoire de leur peuple, les fascine en EXPRESSIONS ET PROVERBES
revanche. Lorsqu’ils retrouvent des objets de leur COURANTS
civilisation volés par les Torquarans, ils les amènent
en hommage à leurs ancêtres lors d’un passage à Celui qui ploie sous un fardeau en connaît seul le
Omen et les laissent sur le site. poids.
Lorsque tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu
viens.
DIPLOMATIE, MONDE EXTÉRIEUR Ce qui est mouillé ne craint pas la pluie.
Il est plus facile de déplacer un fleuve que de
Les Xambriens n’accordent généralement que peu changer sa destinée.
d’importance aux rapports avec les ressortissants des La vengeance est préférable à la mort et la mort à
autres peuples. Ceux-ci à l’inverse les regardent la vengeance.
comme un peuple maudit et hanté, des individus
qu’il vaut mieux éviter ou fuir.
ÉCRITURE ET SUPPORTS
Les relations des Xambriens avec les magiciens,
ainsi que les peuples connus pour leurs dons N’étant pas adeptes de la magie, les Xambriens
magiques, sont régies par la méfiance et peuvent s’encombrent rarement de livres ou parchemins
déraper facilement. Cette animosité est un héritage dans leurs pérégrinations, à moins qu’ils ne leur
des esprits ancestraux, exterminés par les soient d’une quelconque utilité dans leurs objectifs.
Torquarans, grands utilisateurs de magie noire. Auquel cas, ils préfèrent les rouleaux de parchemins
Lorsqu’un Xambrien est possédé par la Force ou les petits livres, moins encombrants et plus pra-
Spirituelle, la suspicion se transforme facilement en tiques à transporter.
haine...
PRATIQUES LINGUISTIQUES
À la manière des Rahastrans, les Xambriens ont
une culture d’adoption dont ils tirent les enseigne-
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LE BESTIAIRE
RÉINCARNATEUR
NdC FOR CON DEX INT CHA VOL PER IP PV IC ATT
15-20 1* 0* 2* 5 -2 3 5 0 20* NdC 1
* sous forme astrale, sinon utiliser les attributs physiques du corps possédé
Allures : 2/10/20/40 m/rd 12 km/h
Gabarit : S (sous forme astrale) sinon cela
dépend de leur corps d’emprunt.
Mode d’attaque : drain d’énergie au toucher (ID
1/NdC). Selon l’effet magique ou l’arme utilisée.
Talents : Possession : opposition active de VOL
contre NdC pour repousser le Réincarnateur.
Celui-ci ne peut effectuer qu’une tentative de pos-
session par cible. Si le Réincarnateur remporte
l’opposition, il prend le contrôle du corps d’ac-
cueil. L’esprit du propriétaire est mis en sommeil
ou détruit, selon la volonté du Réincarnateur. Il
faut dissiper la forme astrale du Réincarnateur
pour libérer un possédé.
Nécromancie avec sept Modes à NdC. Immunité
à tous les dommages, excepté ceux des lames-
esprits des Xambriens, de la magie ou de l’argent.
La forme astrale d’un Réincarnateur est immaté-
rielle, capable de voler à la vitesse constante de 40
m/rd et de traverser à volonté la matière.
Habitat : continent
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TABLE DES MATIÈRES
CRÉDITS
Le jeu de rôle original Talislanta et son cadre est Copyright © 1987 Stephan Michael Sechi.
Tous droits réservés.
Version française originale Copyright © 2006 Ludopathes Editeurs. Utilisé avec permission,
sous licence de Stephan M. Sechi. Tous droits réservés.
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