الجمهورية الجزائرية الديمقراطية الشعبية
République Algérienne Démocratique et Populaire
وزارة التعليـــــــــم العالـــــي و البحـــث العلـمـــي
Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique
Ecole Normale Supérieure de Laghouat المدرســــة العلــــيا لألساتـــذة باألغــــــواط
Département de Français قسم اللغة الفرنسية
Ainsi le roman algérien commence à tracer son propre chemin dans la création littéraire en
défendant leur société , les écrivains eux-mêmes sont devenus des témoins « objectifs » de
leurs sociétés et leur temps notamment Feraoun ,soit se veulent ,de façon plus dynamique et
plus créative ,les avocats de leur peuple.
On peut affirmer aussi que le roman maghrébin est né de phénomènes historiques et
sociaux ,il se veut non seulement une représentation de la société mais aussi une réflexion sur
le vécu ,sur les aspects cachés de la vie sociale ,économique et psychologique représentation
allant de pair avec la recherche d’une esthétique nouvelle .
La modernité matérielle s’était assortie d’une violence militaire et intellectuelle ,les illusions
perdues et la prise de conscience des valeurs fausses qui conféraient à la réalité un sens
désormais inacceptable ,vont faire du roman un instrument de lutte dont le but avoué sera de
combattre l’action aliénante de l’occident impérialiste aussi le liberté intellectuelle et la
pensée objective ont –elles souffert des tensions grandissantes provoquées par l’écart qui se
creusait entre une culture mythique et une réalité socio-économique de plus en plus
matérialiste pragmatique.
Période de malaise et de dévoilement
Cette période voit la naissance en qualité du courant littéraire maghrébin :le fils du pauvre
parait en 1950 ,c’est un témoignage qui marque par sa vérité ,le regard porté sur la misère et
la pauvreté ,la prise de conscience politique ,certes n’est encore bien faite ,mais ce roman
tranche d’une certaine façon sur ceux qui le précèdent ;de plus Feraoun entend
montrer ,donner àvoir les siens ,leur identité :voila comment nous sommes .Il s’adresse aux
français ,il veut leur expliquer .le héros du roman est un enfant de la montagne qui parvient à
l’école normale dans des conditions dures.
Mohamed Abdelli disait que le moins que l’in puisse dire donc est que « le roman algérien
d’expression française ,par son caractère nouveau représente un progrès certain par rapport au
passé ».Ainsi que l’écrit Mostepha Lachref ! »cette littérature ,bien qu’imparfaitement ,va
refléter pour la première fois dans les lettres françaises ,une réalité algérienne qu’aucun
écrivain ,même Camus,n’avait eu le courage de traduire …il faut dire que cette littérature
algérienne de langue française ;techniquement parlant ,relevait presque de la génération
spontanée ,tellement elle approchait d’une certaine perfection formelle »
Politiquement ,elle s’insère dans un courant de résistance à l’autre .Le moment historique était
venu d’une prise de conscience plus explicite ,qui devait en tout cas pouvoir s’exprimer dans
les œuvres littéraires engagées portées par l’efferverence politico sociale .Des écrivains
nouveaux vont dire ce qui manque non en ce sens qu’ils veulent compléter une identification
batarde tentée par la génération précédente .Au contraire ,retournant la situation ,ils
revendiquent la différence .Ces écrivains s’emparent de la langue française pour dire enfin par
eux même ce qu’ils sont ,ce vers quoi ils sont en marche ,et non pour répéter la leçon apprise
à l’école ; « notre peuple ,disait Bachir Hadj Ali ,adopta par rapport à la langue française une
attitude lucide ,révolutionnaire et à la langue rentable »Ahmed Séfrioui ,explique la réaction
des futurs romanciers maghrébins « un jour vint ou certains commencèrent à se poser avec
inquiétude les questions suivantes sommes nous cela ? Sommes- nous vraiment cela ? Ne
sommes nous donc que cela ? » Nouveaux conquistadors ;ils se lancèrent dans l’aventure à la
recherche de leur véritable identité .ils voulaient être des hommes aux yeux de ceux qui les
considèrent déchus ,exclus de la communauté humaine ,plus proche de l’animal qu’ils ne
l’avait jamais été .Dés qu’ils ont pris conscience de ce qu’ils sont réellement Ils ont manifesté
le désir de se faire connaitre de ceux qui les regardaient de haut ,la politique est venue se
greffer par la suite sur ce rameau .Telle fut ,l’origine occulte mystérieuse ,du mouvement
littéraire qui a explosé en Afrique du nord vers les années 50.
Albert Memmi en Tunisie ,Mohamed Dib ,Mouloud Mammeri ,Mouloud Feraoun en
Algérie ,Dris Chraibi au Maroc sont témoins d’un Maghreb qui bouge ,en même temps
qu’acteurs de drames dans des milieux divers. Ils livrent des images nouvelles en fonctions de
leurs milieux sociaux pour montrer qu’ils sont des hommes demandant à être
respectés ,compris dans leur vérités ,et soucieux d’être à leur manière fidèles à leur époque,
qui était celle du malaise et du pré combat .Ces auteurs disent nous dans leurs écrits tout en
conservant chacun sa personnalité « je suis plusieurs ,toute une foule de colonisés et de
protégés » écrira Driss Chraibi .A travers ce nous il faut saisir un souci de collectivité .Le
vous c’est celui de l’autre ,de l’occident ,de l’étranger .Le nous c’est celui du Maghreb ,du
différent qui se veut revendicateur de sa différence .
Le romancier de cette époque met en relief des personnages , des héros qui représentent plus
qu’eux même :le malaise ,l’aigreur ,l’impatience du Maghreb sont en eux . « Le roman
maghrébin est ainsi le roman des peuples maghrébins et ne peut être que cela »Gille
Charpentier.
Les romanciers des années 1920-1950 bâtissaient leurs héros sur des modèles français ,les
schématisaient de l’extérieur ,les voyait avec le regards de l’autre .A cette période ,le regard
se fait intérieur ,on parle du dedans en globalisant son expérience .Ayant conscience ,tout en
dévoilant son propre malaise de colonisé de dire aussi celui de tous .Les romans de cette
période sont vigoureux et réalistes ,en ce sens que les auteurs les sentent en eux comme des
témoignages .D’une manière générale ,à travers les faits et les gestes des personnages ,les
romanciers mettent en lumière une manière d’être ,de sentir ,d’éprouver le monde ,la vie et
les êtres créés dans un contexte historique et socioculturel particulier et précis ,les œuvres
restituent un sens de la dignité dans la misère et la pauvreté ,un soucis de l’opprimé ,un sens
de la solidarité dans l’épreuve longtemps supportée selon des conduites traditionnelles .Elles
renvoient à un système de références et à un langage ou sont manifeste d’authentiques valeurs
du cœur ,des qualités dans les relations humaines .L’homme de ces romans n’est pas un
satisfait ,il le dit ,il le crie même parfois .Cependant dans cette période de pré combat rien
n’est encore tranché définitivement ,bien plus, le héros révolté et mécontent d’abord à partir
vers les autres ,s’exiler pour vivre et expérimenter le monde.
Albert Memmi a parfaitement analysé l’émergence de ce courant littéraire dans son
introduction à l’anthologie des écrivains maghrébins d’expression française « il fallait oser
enfin s’en prendre à sa propre vie ,à celle de ses concitoyens ,aux relations avec le
colonisateur .Il fallait en somme découvrir affronter son véritable domaine ,son objet
spécifique »
Jean Sénac en 1954 fait paraitre poème préfacé par René Char .Sa poésie chante la résistance
(le soleil sous les armes en 1957), (Matinale de mon peuple en 1962) dans toute sa poésie ,il
affiche clairement sa révolte contre l’esprit classique ,sa volonté est de détruire les idéaux qui
fondent les principes du colonisateur .Puis ce sont surtout les romanciers qui font parler d’eux
Mohamed Dib ,tente après des textes de type surréalistes ,des romans de style populiste et
entreprend l’aventure du roman national dans sa trilogie. Aragon disait dans (un roman qui
commence ) à propos des romans nationaux de Dib « l’audace de M.Dib c’est d’avoir
entrepris …l’aventure du roman colonial de l’Algérie » car Dib avait l’appui de Aragon alors
qu’il était l’objet de critique de certains membres du parti communiste .Cette trilogie qui se
situe entre 1939et 1952,annonce le bouleversement des années 1954-1962.
Les romans de Dib donnent à voir des citadins, des paysans et des tisserands aux prises avec
les problèmes sociaux et politiques de l’heure .Ils revendiquent ,n’acceptent plus ils sont en
quête de devoirs nouveaux et d’âmes neuves .Cela ne plait pas à la presse coloniale et pour les
compatriotes ce n’est pas suffisant .Nos écrivains doivent êtres violents.
Dans la mouvance de cette période ,on peut ajouter le roman de Malek Ouary (le grain dans la
meule en 1956) ou l’auteur fait un retour de l’ancien temps avant 1830,en racontant une
histoire d’honneur dans sa société qui avait ses valeurs sans les attendre des autres.
La parole est donc bel et bien prise mais elle est hésitante ,elle n’est pas manquée comme
celle des auteurs qui les précèdent ,mais elle est prise pour dire le malaise ,la différence ,elle
s’impose comme contre partie du discours de l’autre .Cependant ,avec des hésitations ,des
précautions même on n’est pas satisfait ,on veut s’expliquer à soi même ,aux siens t aux autres
.Mouloud Mammeri au colloque d’Uppsala en février 1967disait « nous avons voulu faire
comprendre aux européens ce qu’est l’Afrique sentie de l’intérieur .S’il n’y a pas beaucoup de
lecteurs africains parce qu’il y a des problèmes d’alphabétisation ,nous sommes condamnés à
nous faire connaitre notre pays à ceux qui portent des jugements erronés sur l’Afrique .Donc,
nous sommes obligés d’écrire ,hélas ,si vous le voulez ,pour les étrangers ,pour vous
européens »
Ces romanciers se livraient eux même donc à l’époque :Feraoun parlait de bons produits de
produits authentiques .Ce n’étaient pas des révolutionnaires diront certains aujourd’hui .Ces
intellectuels étaient en effet, dans le désarroi ,le doute sur l’avenir ,l’interrogation en tout
cas : « tout plutôt que l’actuelle détresse du prolétariat intellectuel musulman ».écrivait A
Boutaleb dans bulletin d’information de l’assemblée algérienne en 1955 ,en essayant de
montrer la misère des intellectuels musulmans .