LA RESPONSABILITÉ SOCIALE DES ENTREPRISES
I. EVOLUTION HISTORIQUE ET DÉFINITIONS DE LA RSE :
1. PERSPECTIVES HISTORIQUES DE LA RSE
2. DÉFINITIONS DE LA RSE
Le Livre vert de la Commission Européenne :
« l'intégration volontaire par les entreprises de préoccupations sociales et environnementales
à leurs activités commerciales et leurs relations avec leurs parties prenantes »
L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) :
« on s’entend en général pour dire que les entreprises dans une économie globale sont
souvent appelées à jouer un plus grand rôle, au-delà de celui de création d’emplois et de
richesses et que la RSE est la contribution des entreprises au développement de la durabilité;
que le comportement des entreprises doit non seulement assurer des dividendes aux
actionnaires, des salaires aux employés et des produits et services aux consommateurs, mais
il doit répondre également aux préoccupations et aux valeurs de la société et de
l’environnement ».
Triple Bottom Line :
• Le concept Triple Bottom Line est la transposition de la notion de développement durable
en entreprise par l’évaluation de la performance de l’entreprise sous trois angles : • social :
conséquences sociales de l’activité de l’entreprise pour l’ensemble de ses parties prenantes
(People) ; • environnemental : compatibilité entre l’activité de l’entreprise et le maintien des
écosystèmes (Planet) et • économique (Profit). • La responsabilité sociétale des entreprises
ou des organisations (RSE/RSO) est une démarche visant à intégrer les enjeux du
développement durable, à moyen et long-terme, dans la vision et la stratégie d’une
organisation.
La norme ISO 26000 :
« la responsabilité d’une organisation visà-vis des impacts de ses décisions et activités sur la
société et sur l’environnement se traduisant par un comportement éthique et
transparent qui: • contribue au développement durable, y compris à la santé et au bien-être
de la société • prend en compte les attentes des parties prenantes • respecte les lois en
vigueur tout en étant en cohérence avec les normes inter nationales de comportement• est
intégré dans l’ensemble de l’organisation et mis en œuvre dans ses relations »
3. AXES CLEFS DE LA RSE
Les outils de la RSE aujourd’hui
• De nombreux outils se développent aussi pour permettre aux entreprises de mieux
quantifier leurs performances et leurs actions en matière de développement durable. Par
exemple, les entreprises utilisent désormais l’ACV (Analyse de Cycle de Vie) pour quantifier
leurs émissions de gaz à effet de serre et leurs impacts sur l’environnement. • La déclaration
de performance extra-financière est par exemple l’outil ad hoc pour faire le reporting de ses
indicateurs extra financiers et les communiquer à ses parties-prenantes.
II. LES PARTIES PRENANTES & LA RSE
Cartographie des parties prenantes
La cartographie des parties prenantes est un travail fondamental pour toute structure
souhaitant faire évoluer son business model. Cet outil aura plusieurs intérêts à court et
long terme :
M2IRH/ 2023 E. Fadhel, Cours Développement Durable et RSE
• prendre du recul et structurer de manière concrète les relations entretenues par
l’entreprise tant en interne (collaborateurs) qu’en externe (sous-traitants, fournisseurs,
prestataires, presse, collectivités territoriales etc.)
• améliorer le dialogue avec ses parties prenantes, ce qui permet de mieux connaître
leurs enjeux et opportunités ;
• anticiper les risques (délais de paiements, risques concurrentiels, difficultés à
recruter…) ;
• favoriser l’innovation ;
• créer un écosystème vertueux autour de son entreprise.
III. LEGISLATION, NORMES & AUTRES REFERENTIELS
1. LES TEXTES ET NORMES INTERNATIONALES
La législation internationale foisonne notamment sous la forme de recommandations. • Il s’agit de
normes et standards appliqués à la RSE. • Ces derniers sont plus que des définitions, • ils fournissent
les termes, les principes, les pratiques et les grilles d’analyse de la RSE. • Ces standards permettent de
promouvoir une utilisation et une mise en œuvre commune de la RSE dans ces organisations.
Global Compact • Le pacte mondial (Global Compact) qui est un des premiers et principaux cadres de
référence, est apparu en 2000 sous l’égide de Nations Unies.
Qu’est ce que le Global Compact?
Le Global Compact dicte dix principes concernant les droits de l’homme, les conditions de travail,
l’environnement, et la lutte anticorruption. Les entreprises souhaitant y adhérer, s’engagent à
respecter ces dix principes.
Par la signature du pacte Mondial, les entreprises s’engagent à aligner leurs actions et leurs stratégies
à ces principes. Il s’agit d’une démarche : facultative visant à promouvoir le développement durable
et le civisme social : Les entreprises se regroupent autour de valeurs communes et échangent des
bonnes pratiques, des expériences, des informations.
•pédagogique dont la volonté est de responsabiliser. Le pacte mondial n’est pas un outil
E. Fadhel, Cours Développement Durable et RSE
réglementaire, son but n’est pas de sanctionner.
En adhérant au Pacte les entreprises s’engagent à répondre à 3 demandes : • Faire publiquement
campagne en faveur du Pacte Mondial • Indiquer dans leur rapport annuel comment elles
soutiennent le pacte mondial • Publier un exemple de bonne pratique qui doit apparaître sur le site
du Global Compact de l’ONU
La norme ISO 26 000
l’ISO 26000 • fournit un cadre de réflexion et d’action, • mais ne définit pas d’exigences susceptibles
de certification.
• Cette norme a pour but d’accompagner les organisations dans leur démarche de développement
durable pour engager leur responsabilité et de rendre compte des impacts de leurs activités.
• La norme encourage les organisations à aller au-delà des exigences réglementaires. Bien entendu le
respect de la loi reste un devoir fondamental de toute organisation.
• La norme se pose donc en complément et non en remplacement des outils (OHSAS 18001), d’autres
normes ISO (ISO 14001, ISO 9001) et des initiatives (GRI, etc.) de responsabilité sociétale existantes. À
noter que la norme ISO 26000 est en ligne avec les grands textes fondateurs internationaux comme la
Déclaration universelle des droits de l’homme, ou bien les conventions de l’Organisation
internationale du travail
• Elle s’articule autour de sept axes :
1. Redevabilité : répondre de ses impacts sur la société, l'économie et l'environnement
2. Transparence : être transparent sur les décisions prises et sur les activités ayant une
incidence sur la société et l'environnement
3. Comportement éthique : Fonder les comportements de l'organisation sur l'honnêteté,
l'équité et l'intégrité
4. Reconnaissance des intérêts des parties prenantes : prendre en compte l’ensemble des
intérêts de ses parties prenantes
5. Respect du principe de légalité : respecter le cadre légal
6. Prise en compte des normes internationales de comportement : s’astreindre, en l'absence de
cadre légal sur le plan local aux normes internationales
7. Respect des droits de l'homme
Global Reporting Initiatives GRI
• Créé en 1997 par la Coalition for Environmentally Responsible Economies (CERES) en partenariat
avec le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), la vocation du GRI est d'élever
les méthodes de développement durable à un niveau équivalent à celui du reporting financier.
• Son objectif est d’évaluer l’implication des entreprises en matière de développement durable et de
rendre compte de leurs performances économiques, environnementales et sociales.
Principes
1. Processus de rédaction des rapports : transparence, dialogue avec les parties prenantes,
audit
2. Périmètre du rapport : exhaustivité, précision du contexte
3. Garantie de fiabilité des données
4. Accès libre au rapport
Indicateurs :
79 indicateurs se répartissant de la manière suivante :
• Par importance : 49 indicateurs de base et 30 indicateurs dits « supplémentaires »
• Par domaine : • Droits de l'Homme : 9 • Relations sociales et travail décent : 14 • Responsabilité
vis-à-vis des produits : 9 • Environnement : 30 • Economie : 9 • Société : 8 Global Reporting Initiatives
GRI
Comparaison entre ISO 26000 et GRI :
ISO 26000
GRI
• Ne propose pas • Propose des indicateurs
d’indicateurs et de cadre de spécifiques sur des thèmes
comparaison des performances d’ordre économique, sociétal et
• Il s’agit davantage d’un environnemental.
2. guide pour accompagner les • Il établit des grandes règles AUTRES
entreprises dans la bonne de communication et de
direction et valoriser leur comparaison des entreprises
démarche globale. internationales cotées en
Bourse.
REFERENTIELS
VI. LA GOUVERNANCE DE LA RSE
• La gouvernance d’une entreprise prend en compte l’ensemble des mécanismes internes et externes
permettant de diriger, administrer et contrôler l’entreprise.
• La gouvernance est « le système par lequel une organisation prend des décisions et les applique en
vue d’atteindre ses objectifs. La gouvernance de l’organisation peut comprendre à la fois des
mécanismes formels de gouvernance, reposant sur des processus et des structures définis, et des
mécanismes informels, émergeant en fonction des valeurs et de la culture de l’organisation, souvent
sous l’influence des personnes qui dirigent l’organisation. […] Ces systèmes sont dirigés par une
personne ou par un groupe de personnes (propriétaires, membres, mandataires sociaux ou autres)
détenant le pouvoir et ayant la responsabilité d’atteindre les objectifs de l’organisation.
LA DÉMARCHE DE MISE EN ŒUVRE :
La feuille de route de la démarche de RSE reprend les étapes d’un processus classique d’analyse et de
planification stratégique.
1. Faire le diagnostic de la situation actuelle en matière de RSE
2. Établir les objectifs prioritaires
3. Concevoir le plan d’action
4. Mettre en oeuvre le plan d’action
5. Évaluer et rendre compte (dispositif de reporting et valorisation)
1. Diagnostics par axe :
• Les grilles de diagnostic ont été conçues pour permettre à l’entreprise d’établir un portrait de la
situation actuelle en matière de RSE. Pour chacun des domaines d’action, il suffit d’établir le niveau
qui s’apparente le mieux à la réalité de l’entreprise.
2. Identification des enjeux avec la matrice des matérialités :
• La matrice de matérialité est un outil qui permet d'établir les lignes directrices de la stratégie RSE
tout en intégrant les exigences des parties prenantes. Il s'agit d'une des premières étapes dans la
construction d'une stratégie RSE.
La matrice de matérialité qui va permettre de hiérarchiser les objectifs les plus importants. • Il s’agit
d’un questionnaire soumis aux parties prenantes internes et externes à l’entreprise. • Les résultats
sont fournis sous forme de graphique, avec en abscisse le score donné pour chaque objectif par les
parties internes et en ordonnée le score donné par les parties externes. Les objectifs placés en haut à
droite du graphique sont ainsi considérés comme importants par l’ensemble des parties prenantes à
la date t.
3. Concevoir le plan d’action
• Le plan d’action établit les grandes lignes des activités qui prendront place lors de
l’étape de la mise en œuvre. Quatre étapes sont suggérées pour concevoir le plan
d’action.
4. Mettre en œuvre le plan d’action
• Lors des étapes précédentes, les objectifs ont été établis, les actions à mettre en place
ont été choisies, des indicateurs ont été trouvés, puis les activités, les ressources et les
échéanciers ont été précisés dans le plan d’action. Il est maintenant temps de passer à
l’étape de la mise en œuvre de ce plan. La mise en œuvre comprend la coordination, ainsi
que les suivis et l’adaptation.
5. Évaluer et rendre compte :
• L’évaluation permet d’apprécier le chemin parcouru et la nouvelle situation dans laquelle
se trouve l’entreprise une fois la mise en œuvre du plan terminée. Cela permet d’apprécier
l’évolution, de démontrer l’amélioration et de prendre note des apprentissages.
L’ORGANISATION ET LE PILOTAGE DE LA RSE
Nommer des responsables pour l’animation de la démarche RSE de l’organisation est fondamental.
Ils seront en charge de l’animation, du suivi, du reporting et de la communication interne et externe.
• L’un des grands défis des structures de services à haute valeur ajoutée est de permettre
l’implication de l’ensemble de leurs collaborateurs dans leur démarche RSE. De la direction aux
collaborateurs en passant par toutes les strates managériales.
• Ainsi, on parle de plus en plus d’approche RSE par typologies de postes ; par exemple, le marketing
n’a pas les mêmes enjeux ni leviers que la RH, le chef de projet, l’ingénieur, le monteur de stand ou le
commercial.
Les missions principales du responsable RSE :
• Sensibiliser les collaborateurs sur le développement durable : • Réalisation de campagne
d’information • Formation des salariés, des managers ou des directeurs • Définir une politique
d’éthique pour l’entreprise : • Analyser les besoins et les risques • Concevoir des indicateurs
d’évaluation des performances • Proposer une stratégie à la direction • Mettre en place un plan
d’action pour améliorer l’impact de la société sur l’environnement et les hommes • Suivre les
résultats de ses actions RSE, faire du reporting auprès de la direction • Gérer le budget accordé pour
les questions de RSE • Faire une veille poussée dans ses domaines d’actions
IV. BÉNÉFICES & LIMITES DE LA RSE
Les bénéfices :
1. Les pratiques de RSE sont le signe d’un leadership actualisé et diligent. Le marché de
l’investissement tend à voir cet engagement d’un bon œil parce qu’il est signe d’une bonne gestion
des risques. En effet, l’analyse de centaines d’études démontre un lien positif entre la RSE et la valeur
boursière.
2. l’un des principes fondamentaux de la RSE est de chercher à entretenir des relations respectueuses
et mutuellement avantageuses avec ses parties prenantes, notamment avec les instances locales et
les communautés riveraines des activités de l’entreprise. Suivre ce principe conduit à l’intégration de
l’entreprise dans son milieu et à la multiplication de ses alliés sur le territoire.
3. Plusieurs pratiques de RSE contribuent à des réductions de coûts, à court, moyen et long terme, et
donc à l’efficacité opérationnelle des entreprises, par exemple : • Un engagement envers la santé et
la sécurité au travail (SST) réduit les frais d’assurance et de pénalités • Un approvisionnement
responsable permet un meilleur contrôle de la chaîne d’approvisionnement;
4. La RSE peut être une source d’avantages compétitifs. L’industrie des produits de consommation en
fournit plusieurs exemples, dont l’avantage compétitif de Volvo pour son engagement envers la
sécurité des passagers ou celui de Toyota pour l’efficacité énergétique et la technologie hybride
Les limites :
1 Les méthodes d’analyse et de reporting RSE sont trop peu développées : Lorsque les
entreprises sont prêtes à s’engager dans des démarches RSE, elles se heurtent au manque d’outils
pour mesurer l’impact social et environnemental de leurs activités.
• Il existe en effet de nombreuses pratiques de reporting et d’analyse. • Quels outils choisir pour une
collecte de données efficace ? • Quelles sont les méthodes fiables ? • Si la réponse n'est pas évidente
pour une entreprise, celle-ci n'est pas en mesure de savoir si ses investissements améliorent vraiment
sa RSE ou s’ils sont réalisés en vain.
2 Les acteurs ne sont pas pleinement engagés dans les démarches RSE : Un manque
d’engagement peut être observé chez les parties prenantes. Par exemple, lorsque de
grandes entreprises sont construites autour d'objectifs commerciaux (équilibre financier,
rentabilité, productivité, bénéfices, etc.), leurs dirigeants sont peu enclins à bouleverser
leur mode de fonctionnement bien ancré. Ils préfèrent maintenir leur organisation
traditionnelle bien connue avec des méthodologies claires pour les aider à générer des
bénéfices et à rémunérer leurs associés.
3 L'alignement des objectifs de la RSE avec les objectifs commerciaux :Les entreprises
peuvent manquer de vision stratégique en ce qui concerne les objectifs RSE. Ce sont donc
les objectifs commerciaux qui sont mis en avant. La performance financière des
entreprises se mesure rapidement, alors que les démarches RSE mettent du temps à
produire des résultats. • Se réformer en profondeur pour atteindre des objectifs
écologiques et sociaux est un risque que certaines entreprises ne sont pas prêtes à
prendre.