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Cours 3 - Radioactivité

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Cours 3 - Radioactivité

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Chapitre II

La radioactivité

I Introduction

On estime que certains noyaux existent depuis la création de la planète. Leurs âges avoisinent
quelques milliards d’années. D’autres disparaîtront spontanément quasiment au bout de
quelques secondes, quelques minutes ou quelques jours après leur production. Les premiers
sont qualifiés de noyaux stables. Les seconds, de noyaux instables : Ils se transforment
spontanément en d’autres particules. Les particules produites sont soit stables ou instables.
Ce processus se poursuivra jusqu’à ce que les particules produites sont stables.
Les noyaux sont par essence des particules quantiques. Un Énergie 𝐸
noyau donné, radioactif ou non, se trouvant dans un état 𝐴𝑖
𝑍𝑖 X
𝜋
𝜏𝑖 , 𝐼𝑖 𝑖
particulier sera décrit par nombres de paramètres intrin- 𝐸𝑖
sèques tels que l’énergie, le moment cinétique, la parité,
Rayonnement
... 𝐴𝑓
Y 𝜋
𝑍𝑓 𝜏𝑓 , 𝐼𝑓 𝑓
Lors du processus de désintégration toutes les lois de con- 𝐸𝑓
servations doivent être vérifiées notamment la conservation
de l’énergie totale, de la quantité de mouvement, la charge Figure I.1 Désintégration sim-
électrique totale et le nombre baryonique. ple. (𝜏 : vie moyenne ; 𝐼 : Mo-
ment cinétique intrinsèque (spin) ;
Pour qu’une désexcitation spontanée soit possible, il faut 𝜋 : Parité)
que l’état final ait une énergie inférieure à celle de l’état
initial (𝐸𝑓 < 𝐸𝑖 ). Par contre, le ’’tau’’ de désintégration dépend d’autres paramètres.
Presque 3 000 noyaux sont connus. La plupart d’entre eux (≃ 2700) sont radioactifs, donc
instables. Il y a un peu plus de 250 noyaux naturels stables.
Parmi les noyaux radioactifs, seuls 65 existent à l’état naturel. Les autres noyaux radioactifs
sont artificiels, produits par réactions nucléaires dans des réacteurs nucléaires, avec des ac-
célérateurs de particules ou dans des explosions nucléaires. Les noyaux radioactifs que l’on
trouve dans la nature ont soit une durée de vie suffisante pour qu’ils soient encore présent
4,5 milliards d’années après que la Terre se soit formée soit ils sont stables.
Ils peuvent être dans une chaîne de désintégration radioactive dont le noyau initial a une
longue durée de vie. Ils peuvent également être formés dans des réactions nucléaires induites
par les rayons cosmiques qui bombardent notre planète en permanence.

II Le noyau

Les électrons déterminent les propriétés chimiques de l’atome. Le nombre total de nucléons
du noyau d’un atome, 𝐴, est son nombre de masse. Le nombre 𝑍 de protons est le numéro
atomique. Le nombre de neutrons est égal à 𝑁 = 𝐴–𝑍.
Le neutron est une particule électriquement neutre et le proton porte une charge positive
élémentaire +𝑒. La charge du noyau d’un atome de numéro atomique 𝑍 et de nombre de
masse 𝐴 est +𝑍𝑒. Dans les conditions normales et en absence de toute excitation extérieure
l’atome est électriquement neutre.
Il est d’usage de noter un élément X possédant 𝑍 protons et 𝐴 nucléons par 𝑍 X, X étant le
𝐴

symbole chimique de l’élément considéré.

1
2.1 Le noyau assimilé à une goutte liquide

Dans les années trente, certaines des caractéristiques du noyau sont obtenues par analogie
avec les propriétés d’une goutte liquide incompressible. Cette vision (ou ce modèle dit de
la goutte liquide) a permis d’aboutir à des résultats importants bien que comportant des
imperfections. Le modèle de la goutte liquide repose sur les données suivantes :

• La masse volumique de la matière nucléaire est la même quelle que soit la valeur de 𝐴 ;
sa valeur est voisine de 1.45 × 1014 g/cm3 .

• La densité volumique de charge dans le noyau est constante : Les protons sont répartis
de façon uniforme dans le volume nucléaire.

• La force nucléaire est identique pour chaque nucléon. Elle ne dépend pas de la nature du
nucléon (indépendance de charge).

• La force nucléaire est à courte portée.

• Le noyau est assimilable à une sphère de rayon 𝑅 :

𝑟0 ≃ 1.2 à 1.5 fm (2.1)


1
𝑅 = 𝑟0 𝐴 3

où 𝐴 est le nombre de masse. Ses dimensions se chiffrent en fm (10−15 m).

𝜌(𝑟) Le noyau assimilé à une sphère

Figure 2.1 Évolution de la densité de charge nucléaire 𝜌(𝑟) dans le cadre du modèle de la
goutte liquide. Le paramètre 𝑎 est l’épaisseur de la surface nucléaire.

Conformément aux hypothèses du modèle de la goutte liquide, Hofstadter et al. ont supposé
que la densité de charge 𝜌(𝑟) varie en fonction de 𝑟 comme :
𝜌0
𝜌(𝑟) = 𝑟−𝑅1/2
(2.2)
1 + exp [ 𝑎 ]

où 𝜌0 est la densité au centre, 𝑅1/2 est la distance au centre correspondant à 𝜌0 /2 et 𝑎 est


un paramètre caractérisant la région superficielle.

2
2.2 Isotopes, isobares, isotones

Deux noyaux sont des isotopes s’ils ont le même numéro atomique 𝑍. Il s’agit donc du même
élément chimique mais le noyau contient un nombre différent de neutrons. Comme ils ont le
même nombre d’électrons (𝑍), ils ont les mêmes propriétés chimiques.
L’hydrogène possède ainsi trois isotopes : l’hydrogène « ordinaire » 11 H, dont le noyau contient
un seul proton : il constitue 99,9 % de l’hydrogène naturel ; le deutérium 21 H dont le noyau
est constitué d’un proton et d’un neutron. Il représente 0,015 % de l’hydrogène naturel ; le
tritium 31 H dont le noyau est composé d’un proton et de deux neutrons. Il n’existe pas à
l’état naturel car il est radioactif et ne vit pas très longtemps (sa période, est de 12.4 ans). Il
est formé à l’état de traces en haute atmosphère lors du bombardement d’azote de l’air par
des neutrons issus du rayonnement cosmique. Les noyaux de 𝑍 pair ont souvent beaucoup
plus d’isotopes stables que les noyaux de 𝑍 impairs. Ainsi le rubidium n’a qu’un seul isotope
37 Rb alors que le krypton en possède 6.
stable 85
Deux noyaux sont isobares s’ils ont le même nombre de masse 𝐴. Le noyau possède le même
nombre de nucléons mais un nombre de protons différent. Il s’agit d’éléments chimiques ayant
donc des propriétés chimiques différentes.
Les isotones sont des noyaux ayant le même nombre de neutrons. Les isotones ont un nombre
de protons différent. Ils ont donc des propriétés chimiques différentes.

La parité d’un noyau fait référence au fait que 𝑍 ou 𝑁 sont pairs ou impairs. On parle
de noyaux pair-pair, pair-impair, impair-pair ou impair-impair. La première qualification se
réfère au nombre de protons et la seconde au nombre de neutrons.

III Décroissance radioactive

3.1 Loi de décroissance de Rutherford et Soddy (1902)

Hypothèse
La probabilité 𝜋 pour un atome, dont le noyau est radioactif, de se transformer spontanément
durant un intervalle de temps d𝑡 est proportionnelle à d𝑡 et vaut 𝜆d𝑡 ≪ 1.

𝜋 = 𝜆d𝑡 (3.1)

La quantité 𝜆 est la constante de désintégration radioactive caractéristique du nucléide con-


sidéré. Elle est définie comme étant la probabilité de désintégration par unité de
temps (la seconde) dudit nucléide.
La constante de désintégration est indépendante de l’âge du noyau considéré : 𝜆 est indépen-
dante du temps.
Il n’existent pas de noyaux différents qui possèdent la même valeur de 𝜆 ! A l’exception de
la capture électronique, il n’y a aucun moyen physico-chimique pour influencer la valeur de
la constante de désintégration.
On considère un échantillon macroscopique contenant à l’instant initial 𝑡0 = 0, 𝑁0 nucléides
d’une espèce donnée, pris exactement dans les mêmes conditions et présentant exactement les

3
Nombre de neutrons

Nombre de protons

Figure 2.2 Évolution du nombre de neutrons 𝑁 en fonction du nombre de


protons 𝑍. Les lignes horizontales 𝑁 =Cte correspondent à des isotones. Les
lignes verticales 𝑍 =Cte correspondent à des isotopes. Les lignes obliques inclinés
à 135 degrés correspondent à des isobares.

mêmes caractéristiques, chaque nucléide a une probabilité indépendante de se transformer :


Bien qu’ils présentent la même valeur de 𝜆, l’instant de désintégration d’un noyau particulier
est totalement imprévisible. La désintégration est un phénomène aléatoire.
Si l’on considère un intervalle de temps 𝑡 quelconque, quelle est la probabilité 𝑝(𝑡) pour que
le noyau se désintègre à 𝑡 ? On subdivise l’intervalle [0 , 𝑡] en 𝑛 ≫ 1 intervalles infinitésimaux
d’amplitude 𝜃 ≪ 1. Pour que le noyau se désintègre à 𝑡, il est nécessaire qu’il ne se désintègre
pas pendant le 1er intervalle et pendant le 2ème intervalle, ⋯, et pendant le 𝑛ème intervalle :

4
𝑛
𝑝(𝑡) = ∏ 𝜋¯ = (1 − 𝜆𝜃)𝑛 = exp(−𝜆𝑡) (3.2)
𝑖=1

Si 𝑁0 est le nombre de noyaux présents à l’in-


stant initial 𝑡0 = 0, le nombre de noyaux 𝑁 (𝑡) 𝑁 (𝑡)
𝑁0
présents à 𝑡 > 0 est :
𝑁 (𝑡) = 𝑁0 exp (−𝜆(𝑡)) (3.3)
𝑁0 [1 − exp(−𝜆𝑡)]
Le nombre de noyaux d𝑁 qui se désintègre entre 𝑁0 /2
les instants 𝑡 et 𝑡+d𝑡 est la différence des noyaux
présents à 𝑡+d𝑡, 𝑁 (𝑡+d𝑡) moins le nombre 𝑁 (𝑡) 𝑁0 /𝑒 𝑁0 exp(−𝜆𝑡)
de noyaux présents à 𝑡 :
d𝑁 = 𝑁 (𝑡 + d𝑡) − 𝑁 (𝑡) 𝑂 𝑡
𝑇 𝜏
= 𝑁0 exp(−𝜆(𝑡 + d𝑡)) − 𝑁0 exp(−𝜆𝑡) Figure 3.1 Désintégration simple.
(3.4)
= 𝑁0 exp(−𝜆𝑡)(exp(−𝜆d𝑡) − 1)
= −𝜆d𝑡𝑁 (𝑡)
c’est à dire que :
d𝑁
= −𝜆𝑁 (3.5)
d𝑡
d𝑁
La quantité ∣ ∣ représente le nombre de nucléides qui disparaissent par unité de temps (d𝑡).
d𝑡
Elle représente également le nombre de désintégrations observables.

Déf Activité radioactive


On définit l’activité radioactive à l’instant 𝑡 de l’échantillon contenant 𝑁 (𝑡) noyaux comme :
𝑎(𝑡) = 𝜆𝑁 (𝑡) (3.6)
C’est une quantité définie positive ou nulle et est homogène à [𝑇 −1 ].
L’unité de l’activité radioactive ou radioactivité est le becquerel (Bq)1. Une activité d’un Bq
correspond à une désintégration par seconde.

Le Becquerel est une unité très petite puisque la radioactivité d’un être humain d’âge moyen
et de corpulence moyenne est d’environ 8000 Bq. Auparavant, l’unité de radioactivité était
le curie (Ci). 1 Ci correspond à peu près au nombre de désintégrations de 1g de radium,
élément radioactif isolé par Pierre et Marie Curie en 1898 ; 1 Ci = 3.7 × 1010 Bq.

Déf Activité spécifique


L’activité spécifique est l’activité par unité de masse de la substance radioactive. Elle s’exprime
en Bq/kg la substance radioactive

1 En l’honneur du scientifique français Henri Becquerel qui découvrit la radioactivité en 1896.

5
.

3.2 Période, vie moyenne

On considère à l’instant 𝑡 = 𝑡0 = 0 un ensemble de 𝑁0 noyaux en tous points identiques


et considérés dans les mêmes conditions. 𝑁0 est supposé suffisamment élevé pour que le
traitement statistique de cette population ait un sens.

Déf Période
On appelle période le temps 𝑇 au bout duquel, sur un ensemble initial de 𝑁0 noyaux radioactifs
en tous points identiques, la moitié de ce nombre s’est désintégrée :
ln 2 0.693
𝑁 (𝑡 = 𝑇 ) = 𝑁0 /2 ⇔ 𝑇 = = (3.7)
𝜆 𝜆

Remarque 1
On peut facilement établir que le nombre de noyaux présents à l’instant 𝑡 = 𝑛 × 𝑇 est
𝑁0 × 2−𝑛 .

Bien que les noyaux soient identiques, un noyau quelconque peut se désintégrer à 𝑡 = 0 s,
comme il peut se désintégrer à 𝑡 ⟶ ∞. Il a été établi qu’entre les instants 𝑡 et 𝑡 + d𝑡, d𝑁
noyaux se sont désintégrés. Ils auront vécu jusqu’à l’instant 𝑡. Compte tenu du fait que le
phénomène de désintégration est absolument aléatoire, on est en droit de se poser la question
quelle est en moyenne la durée nécessaire pour observer une désintégration ? En d’autres
termes quelle est l’espérance de vie de chacune des particules de la population considérée ?
A cet effet, on introduit la vie moyenne 𝜏.

Déf Vie moyenne 𝜏


La vie moyenne 𝜏 d’une particule est en moyenne la durée nécessaire pour observer la désintégration
de ladite particule :
𝑁0
∫ 𝑡d𝑁
1
𝜏= 0
𝑁0
= (3.8)
𝜆
∫ d𝑁
0

D’après ce qui précède, on a :


1 d𝑁
𝜆= ∣ ∣ (3.9)
𝑁 (𝑡) d𝑡
La constante de désintégration 𝜆 est donc la probabilité de désintégration par unité de temps
(la seconde) d’une particule donnée.

6
3.3 Filiation radioactive 𝑁 (𝑡)
𝑁0 𝐴→𝐵→𝐶
Très souvent un noyau radioactif A donne un descendant
𝐶(𝑡)
B lui-même radioactif. Il décroît vers le noyau C :
𝜆𝐴 𝜆𝐵
𝐴 ⟶ 𝐵 ⟶ 𝐶 (3.10)
Soient 𝜆𝐴 , 𝜆𝐵 et 𝜆𝐶 = 0 les constantes radioactives des 𝐵(𝑡)
noyaux A, B et C respectivement. Soient 𝑁𝐴 (𝑡), 𝑁𝐵 (𝑡) 𝐴(𝑡)
et 𝑁𝐶 (𝑡) le nombre de noyaux A, B et C au temps 𝑡. On 𝑂 𝑡
supposera que 𝑁𝐴 (𝑡 = 𝑡0 = 0) = 𝑁0 et 𝑁𝐵 (0) = 𝑁𝐶 (0) = Figure 3.2 Filiation radioac-
0. Les équations donnant la population de ces noyaux au tive (Le noyau C est supposé
temps 𝑡 sont : stable).
d
𝑁 (𝑡) = −𝜆𝐴 𝑁𝐴 (𝑡) (3.11)
d𝑡 𝐴
d
𝑁 (𝑡) = +𝜆𝐴 𝑁𝐴 (𝑡) − 𝜆𝐵 𝑁𝐵 (𝑡) (3.12)
d𝑡 𝐵
d
𝑁 (𝑡) = +𝜆𝐵 𝑁𝐵 (𝑡) (3.13)
d𝑡 𝐶
Dans l’équation 3.12, le terme positif (apports) vient du fait que le noyau B se forme à partir
du noyau A et le terme négatif (pertes) vient de la décomposition radioactive du noyau B.
Dans 3.13, il n’y a qu’un terme positif car C est formé à partir de B mais il est stable.
L’équation 3.11 a pour solution, en tenant de la condition initiale 𝑁𝐴 (0) = 𝑁0 ,
𝑁𝐴 (𝑡) = 𝑁0 exp(−𝜆𝐴 𝑡). (3.14)
En utilisant cette solution que l’on reporte dans 3.12 et en utilisant la méthode générale de
résolution des équations différentielles avec second membre, on trouve, en tenant compte de
la condition initiale 𝑁𝐵 (0) = 0 :
𝜆𝐴
𝑁𝐵 (𝑡) = 𝑁 [ exp(−𝜆𝐴 𝑡) − exp(−𝜆𝐵 𝑡)] (3.15)
𝜆𝐵 − 𝜆𝐴 0
On vérifie que 𝑁𝐵 (0) = 0. L’activité de l’ensemble des noyaux B vaut :
𝜆𝐵 𝜆𝐴
𝑎𝐵 (𝑡) = 𝜆𝐵 𝑁𝐵 (𝑡) = 𝑁 [ exp(−𝜆𝐴 𝑡) − exp(−𝜆𝐵 𝑡)] (3.16)
𝜆𝐵 − 𝜆𝐴 0
Le nombre de noyaux 𝐶(𝑡) peut être obtenu en remarquant que le nombre total de noyaux
est conservé :
∀𝑡 ≥ 0, 𝑁𝐴 (𝑡) + 𝑁𝐵 (𝑡) + 𝑁𝐶 (𝑡) = 𝑁𝐴 (0) = 𝑁0 (3.17)
Certains cas limites sont intéressants. Lorsque les périodes des noyaux A et B sont telles
que 𝑇𝐵 ≫ 𝑇𝐴 (le noyau fils a une période beaucoup plus longue que celle du noyau père),
c’est-à-dire si 𝜆𝐴 ≫ 𝜆𝐵 , exp(−𝜆𝐴 𝑡) ≪ exp(−𝜆𝐵 𝑡) et 𝑁𝐵 (𝑡) ≃ 𝑁0 exp(−𝜆𝐵 𝑡). Le système
se comporte comme deux entonnoirs superposés où celui du haut a un plus grand débit que
celui du bas. La cinétique de l’ensemble est déterminée par celui du bas.
Si au contraire 𝑇𝐴 ≫ 𝑇𝐵 (le noyau père a une période beaucoup plus longue que celle
du noyau fils), c’est, dans le cas des deux entonnoirs, le premier qui donne la cinétique de
l’ensemble. En effet :

7
𝜆𝐴
𝑁𝐵 (𝑡) = exp(−𝜆𝐴 𝑡) (3.18)
𝜆𝐵
L’ensemble des noyaux B décroissent à la même vitesse que les noyaux A. Ceci se produit avec
une précision meilleure qu’un pour mille au bout d’un temps supérieur à 10 fois la période
du noyau fils. On dit qu’il y a un équilibre radioactif ou un équilibre séculaire.
3.4 Embranchement
Certains noyaux ont plusieurs voies de désintégration. La probabilité de désintégration par
unité de temps est différente pour chacune d’entre elle. Supposons, pour fixer les idées, qu’un
noyau puisse se désintégrer selon deux voies (1) et (2). Chaque voie est caractérisée par sa
propre constante de désintégration. On les désignera par 𝜆1 et 𝜆2 . 𝐴
La probabilité totale de désintégration par unité de temps 𝑍
X
est égale à la somme des probabilités de chacune des voies 𝜆1 𝜆2
𝐴2
car elles sont indépendantes : 𝐴1 𝑍2 Y2
Y
𝑍1 1
𝜆 = 𝜆 1 + 𝜆2 (3.19)
Figure 3.3 Embranchement :
On dit qu’il y a deux branches dans la désintégration du Un noyau X se désintègre selon
noyau. Les rapports d’embranchement, 𝑅𝑖 , sont définis deux ou plusieurs voies.
comme :
𝜆1 𝜆2
𝑅1 = ; 𝑅2 = (3.20)
𝜆 𝜆
Relations qui se généralisent à une désintégration selon 𝑛 voies :
𝑛
𝜆𝑖
𝜆 = ∑ 𝜆𝑖 et 𝑅𝑖 = (3.21)
𝑖=1
𝜆

La population 𝑋(𝑡) du noyau précurseur est, comme établie précédemment :


𝑋(𝑡) = 𝑋(𝑡 = 𝑡0 ) exp(−𝜆(𝑡 − 𝑡0 )) = 𝑋0 exp(−𝜆𝑡) (3.22)
Y
L’évolution des noyaux fils, de constante de désintégration 𝜆𝑖 𝑖 est donnée par les équations :
d Y
𝑌𝑖 (𝑡) = +𝜆𝑖 𝑋(𝑡) − 𝜆𝑖 𝑖 𝑌𝑖
d𝑡
Y
dont la solution est, quand 𝜆𝑖 𝑖 = 0 : (3.23)
𝜆𝑖
𝑌𝑖 (𝑡) = 𝑋 (1 − exp(−𝜆𝑡))
𝜆 0
L’activité radioactive de l’espèce X à l’instant 𝑡 est 𝑎(𝑡) = 𝜆𝑋(𝑡). Or :

𝜆 = ∑ 𝜆𝑖 ⇔ 𝑎(𝑡) = ∑ 𝜆𝑖 𝑋(𝑡) (3.24)


𝑖 𝑖

On défini l’activité partielle 𝑎𝑖 (𝑡) de l’espèce X dans la voie 𝑖 comme :


𝑎𝑖 (𝑡) = 𝜆𝑖 𝑋(𝑡) (3.25)
de sorte que

8
𝑎(𝑡) = 𝜆𝑋(𝑡) = ∑ 𝜆𝑖 𝑋(𝑡) = ∑ 𝑎𝑖 (𝑡) (3.26)
𝑖 𝑖

IV Études de quelques modes de désintégrations

La radioactivité naturelle a été découverte par Henri Becquerel (1896) et la radioactivité


artificielle par Frédéric Joliot et Irène Joliot-Curie (1934).

4.1 La désintégration alpha

La radioactivité alpha (𝛼) est l’émission spontanée par un noyau 𝐴 𝑍 X d’une particule 2 He
4

(noyau de l’atome d’hélium). Au cours de ce processus les lois de conservations sont respec-
tées. En particulier :

• La conservation de la charge électrique fixe le nombre de protons du noyau résiduel à


𝑍 −2 ;

• La conservation du nombre de masse fixe le nombre de nucléons du noyau résiduel à 𝐴−4.

d’où
𝛼
𝑍X 𝑍−2 Y + 42 He (4.1)
𝐴 𝐴−4

Les émetteurs 𝛼 sont, généralement, des noyaux lourds (𝐴 > 100). Le noyau résiduel peut
être stable ou radioactif.

4.2 Énergie de désintégration :

Lors du processus 4.1, la conservation de l’énergie totale s’écrit :

𝑍 X) = 𝐸( 𝑍−2 Y) + 𝐸( 2 He)
𝐸( 𝐴 (4.2)
𝐴−4 4

De même, la conservation de la quantité de mouvement s’écrit :

𝑍 X) = 𝑝(
𝑝(⃗ 𝐴 𝑍−2 Y) + 𝑝(
⃗ 𝐴−4 ⃗ 42 He) (4.3)

où 𝐸(𝑖) et 𝑝(𝑖)
⃗ désignent, respectivement, l’énergie totale et la quantité de mouvement de la
𝑖ème particule. 𝐸(𝑖) étant la somme de toutes les formes d’énergies mises en jeu (énergie de
masse, énergie cinétique, énergie potentielle, ⋯).
Pour simplifier les calculs, on admettra que le noyau initial est au repos et est dans son
état fondamental. On admettra également que le noyau résiduel est produit dans son état
fondamental. . Dans ces conditions 4.2 et 4.3 s’écrivent dans tout référentiel où X est au
repos comme :

𝑀X 𝑐2 = 𝑀Y 𝑐2 + 𝑚𝛼 𝑐2 + 𝑇Y + 𝑇𝛼
(4.4)
0⃗ = 𝑝Y
⃗ + 𝑝𝛼

où 𝑇𝑖 est l’énergie cinétique de la 𝑖ème particule.


L’énergie 𝐸0 de la désintégration 𝛼 est par définition, la différence des masses de l’état initial
et de l’état final :

9
𝐸0 = 𝑀X 𝑐2 − 𝑀Y 𝑐2 − 𝑀𝛼 𝑐2 (4.5)
En général, l’énergie cinétique des particules alpha est de quelques dizaines de MeV ≪ 𝑚𝛼 𝑐2 .
Le processus peut donc être traité dans le cadre de la mécanique non relativiste. On obtient
alors
−1
𝑀𝛼
𝑇𝛼 = 𝐸0 [ + 1] (4.6)
𝑀Y

Connaissant les masses 𝑚𝑖 , il donc possible de déter- 𝑁 (𝐸𝛼 )


miner l’énergie de la particule alpha émise.
Théoriquement, si l’on considère un nombre macroscopique 𝑋0
de noyaux 𝑋0 en tous points identiques on s’attendrait
à ce que toutes les particules 𝛼 émises posséderait la
même énergie cinétique 𝑇𝛼 donnée par 4.6 .
En fait, compte tenu des fluctuations statistiques et des
𝑂 𝑇𝛼0 𝐸𝛼
erreurs attachées aux mesures des énergies cinétiques
des particules 𝛼, les valeurs de 𝑇𝛼 seront distribuées Figure 4.1 Spectre des particules 𝛼 :
autour d’une valeur centrale 𝑇𝛼0 . La courbe obtenue La ligne verticale représente ledit spectre
s’apparenterait à une gaussienne centrée autour de 𝑇𝛼0 . en absence de fluctuations (cas idéal). La
On parlera alors de spectre. gaussienne représente une approche plus
réaliste de la distribution des énergies des
Déf Spectre particules 𝛼 émises.

Un spectre est généralement un graphique obtenu expérimentalement donnant la répartition d’une


grandeur physique en fonction d’un paramètre caractérisant ladite grandeur.

En général, le spectre des noyaux émetteurs 𝛼 est un ensemble de ’’gaussiennes’’ plus ou


moins distinctes. On parle alors de spectre discret ou de spectre de ’’raies’’.
4.3 Théorie élémentaire de la désintégration alpha

La majorité des noyaux émetteurs 𝛼 sont des noyaux lourds (𝐴 > 100). On peut alors
imaginer un noyau de ce type 𝐴 𝑍 X comme formé par un noyau 𝑍−2 Y retenant dans son
𝐴−4

voisinage, par des forces d’origines nucléaires (interaction forte), la particule 𝛼.


Le potentiel traduisant l’interaction entre les deux particules est :
• attractif pour des distances 𝑟 inférieures ou du même ordre de grandeur que la portée
de l’interaction forte 𝑅1 ≃ 10−15 m. Dans cette zone, la fonction d’onde est périodique,
traduisant un état lié ;
• n’est plus attractif mais non encore coulombien dans la région 𝑅1 < 𝑟 < 𝑅2 qui définit
l’épaisseur de la barrière de potentiel correspondant à l’énergie 𝐸 de la particule 𝛼. La
fonction d’onde y est évanescente ;
• est purement coulombien si la particule arrive à s’extirper de la la région 𝑅1 < 𝑟 < 𝑅2 :
1 2(𝑍 − 2)𝑒2
𝑈𝑟>𝑅2 (𝑟) = (4.7)
4𝜋𝜖0 𝑟
Pour 𝑟 ≫ 𝑅2 la particule est libre. Son énergie est purement cinétique : 𝐸 = 12 𝑚𝑣2 .

10
Etat lié Etat libre

Figure 4.2 Potentiel 𝑈 (𝑟)

La probabilité de l’émission 𝛼 est déterminée par la probabilité pour que la particule traverse
la barrière de potentiel. Pour cela on admettra que dans la zone attractive du potentiel
𝑟 < 𝑅1 , la particule 𝛼 est en mouvement de va-et-vient, à la vitesse 𝑣′ (𝑣’ ≠ 𝑣) dans le puits
1 𝑣′
de potentiel rayon 𝑅1 . Elle vient donc heurter la paroi du puits 𝑓 = fois par seconde.
2 𝑅1
La désintégration du noyau 𝐴 𝑍 X aura lieu quand à un instant 𝑡 donné, la particule arrivera à
traverser la barrière de potentiel et se retrouvera dans la zone 𝑟 > 𝑅2 .
Soit 𝜃 le coefficient de transmission de la barrière de potentiel. On montre que :
𝑅2
2
ln(𝜃) = − ∫ √2𝑚(𝑈 (𝑟) − 𝐸) d𝑟 (4.8)

𝑅1

or

1 2(𝑍 − 2)𝑒2
𝐸= (4.9)
4𝜋𝜖0 𝑅2

il vient alors :
𝑅2
4𝑒 1 1 1
ln(𝜃) = − √ 𝑚(𝑍 − 2) ∫ √ − d𝑟
ℏ 4𝜋𝜖0 𝑟 𝑅2
𝑅1
on pose
𝑟 = 𝑅2 sin2 𝛼 et 𝑅1 = 𝑅2 sin2 𝛼0
𝜋
𝑅2 2
1 1
⇔ ∫√ − d𝑟 = ∫ 2√𝑅2 cos2 𝛼d𝛼
𝑟 𝑅2
𝑅1 𝛼0
𝜋
1
= √𝑅2 ∫ [1 + cos(2𝛼)] d(2𝛼)
2
2𝛼0

11
La portée de l’interaction forte étant très faible donc 𝑅2 ≫ 𝑅1 et par suite 𝛼0 est faible :

(𝑍 − 2)𝑒2 𝑚 4𝑒 𝑚(𝑍 − 2)
ln(𝜃) = − √ + √ √𝑅1
ℏ𝜖0 2𝐸 ℏ 𝜋𝜖0
A grande distance du noyau résiduel, l’énergie de la particule 𝛼 est purement cinétique. On
peut poser 𝐸 = 12 𝑚𝑣2 :

(𝑍 − 2)𝑒2 4𝑒 𝑚(𝑍 − 2)
ln(𝜃) = − + √ √𝑅1
ℏ𝜖0 𝑣 ℏ 𝜋𝜖0

Dans le cas général, le coefficient de transmission d’une barrière de potentiel représente la


fraction du faisceau incident qui traverse la barrière de potentiel. Dans la cas d’un corpuscule
unique, ce coefficient représente la probabilité pour que ledit corpuscule traverse la barrière
à chaque rencontre du corpuscule avec la paroi du puits de potentiel.
Si on considère un ensemble de 𝑁 noyaux 𝐴 𝑍 X en tous points identiques, le nombre de par-
ticules 𝛼 éjectées pendant l’intervalle de temps d𝑡 est d𝑁 = 𝑓𝑁 𝜃d𝑡 :
d
𝑁 (𝑡) = −𝑓𝑁 𝜃 ⇔ 𝑁 (𝑡) = 𝑁0 exp(−𝑓𝜃𝑡) (4.10)
d𝑡
La période radioactive 𝑇 de l’espèce considérée est :

ln 2 ln 2 (𝑍 − 2)𝑒2 4𝑒 𝑚(𝑍 − 2)
ln(𝑇 ) = ln − ln(𝜃) = ln + − √ √𝑅1 (4.11)
𝑓 𝑓 ℏ𝜖0 𝑣 ℏ 𝜋𝜖0

Figure 4.3 Période de noyaux émetteurs 𝛼 en fonction de leur énergie de désin-


tégration 𝑄𝛼 (Loi de Geiger et Nuttall). Seuls les noyaux P-P sont représentés. Les
points expérimentaux sont connectés par des traits continus.

12
Dans 4.11, les quantités accessibles à la mesure sont 𝑍, 𝑇 et 𝑣. 𝑅1 et 𝑓 sont inconnus et
varient d’un noyau à l’autre. Cependant :
• le terme ln ln𝑓2 est peu sensible aux variations de 𝑓 ;

(𝑍 − 2)𝑒2 4𝑒 𝑚(𝑍 − 2)
• le terme est plus grand que √ √𝑅1 .
ℏ𝜖0 𝑣 ℏ 𝜋𝜖0
En première approximation, on peut énoncer la loi : le logarithme de la période radioactive est
approximativement une fonction linéaire de 𝑣−1 (ou 𝐸 −1/2 ). Bien que les noyaux émetteurs
𝛼 connus ont des périodes qui varient de la 𝜇s à quelques milliards d’années, l’accord entre
les valeurs expérimentales et les prévisions du modèle décrit ci-dessus (modèle de Gamow)
est satisfaisant. Il est d’autant plus satisfaisant que les noyaux émetteurs sont pair-pair.
4.4 Radioactivité 𝛽
La désintégration bêta est le processus au cours duquel un électron ou un positron est émis
par un noyau. Le terme est étendu pour inclure l’absorption d’électrons.
La caractéristique la plus remarquable des phénomènes de désintégration bêta est l’absence
apparente de conservation de l’énergie. Dans d’autres processus nucléaires, comme la désin-
tégration alpha, l’énergie est clairement conservée. Par exemple, si le noyau A se désintègre
en noyau B, produisant un alpha, l’équation de l’énergie est 𝐸𝐴 = 𝐸𝐵 + 𝐸𝛼 . Si les noy-
aux sont dans des états excités avant et après, l’équation d’énergie peut être différente :
𝐸𝐴′ = 𝐸 ′ + 𝐸 ′ mais l’énergie est toujours conservée.
𝐵 𝛼

Dans l’émission bêta, une telle équation d’énergie impliquant unique-


ment les particules observées ne peut être écrite. La raison en est
que les énergies des particules bêta type de processus ont une dis-
tribution continue de valeurs. Empiriquement, le nombre relatif de
particules bêta d’une énergie donnée, N(E), en fonction de l’énergie,
est une courbe comme celle de la figure ci-contre. Aucun bêta n’est
émis dont l’énergie est supérieure à une certaine valeur 𝐸𝛽Max .
Une explication concevable qui conserve la loi de conservation de
l’énergie est que les états du noyau final sont très rapprochés, et
Figure 4.4
que les diverses énergies bêta correspondent à divers états finaux. En général le noyau final
est formé dans un état excité. Nous devons tenir compte de l’énergie supplémentaire de l’état
excité final. Le seul mode concevable de désintégration vers l’état fondamental est l’émission
de photons gamma.
Puisque dans certains cas d’émission bêta, il n’y a pas de rayonnement gamma du tout, et en
tout cas pas de rayonnement gamma avec un spectre d’énergie presque continu, l’hypothèse
de nombreux états finaux du noyau doit être écartée.
Il n’y a pas d’autre solution que d’admettre que les états finaux et initiaux du noyau sont
définis, mais que le rayonnement bêta peut avoir toute les valeurs de l’énergie inférieure à
𝐸𝛽Max .
Expérimentalement, à environ 20 kev près, 𝐸𝛽Max = 𝐸𝐴 − 𝐸𝐵 , ce qui montre que même si
l’énergie peut disparaître, elle n’est jamais créée.
L’explication la plus plausible de cette apparente non-conservation de l’énergie est l’hypothèse
du neutrino, suggérée pour la première fois par Pauli. Elle postule qu’une particule supplé-
mentaire, le neutrino, (ou peut-être plus d’une) est produite dans la désintégration bêta et
transporte l’énergie manquante.
13
Le neutrino, désigné par 𝜈 est électriquement neutre et possède une masse très faible par
rapport aux particules mises en jeu dans la désintegration 𝛽. Ces propriétés le rendent très
difficile à détecter.
Dans le cadre de l’hypothèse du neutrino, l’équation du bilan énergétique devient :
𝐸𝐴 − 𝐸𝐵 = 𝐸𝛽 + 𝐸𝜈

4.4.1 Les électrons ne sont pas des constituants du noyau

La masse des électrons est négligeable par rapport à celle du proton. L’électron peut souvent
être ignoré dans les discussions sur la masse d’un atome. Le nombre de masse 𝐴 d’un noyau
est approximativement l’entier le plus proche du rapport entre la masse nucléaire et l’uma.
Pour presque tous les noyaux, 𝐴 est supérieur à 𝑍, dans la plupart des cas 𝐴 ≥ 2𝑍. Il doit
donc y avoir d’autres composants massifs dans le noyau.
Avant 1932, on croyait que le noyau contenait des protons en nombre 𝐴 afin de fournir la
masse appropriée, ainsi que (𝐴 − 𝑍) électrons nucléaires pour conférer au noyau une charge
positive nette de 𝑍𝑒. Cependant, la présence d’électrons dans le noyau n’est pas satisfaisante
pour plusieurs raisons:

• L’interaction entre protons et électrons nucléaires devrait être attractive pour des dis-
tances de l’ordre du fermi. Pourtant aucune preuve n’a été en mesure d’étayer une telle
hypothèse.

• Si on doit confiner les électrons nucléaires dans une région de l’espace aussi petite qu’un
noyau (Δ𝐿 ≃ 10−14 m), le principe d’incertitude exigerait que ces électrons ont une
quantité de mouvement distribuée dans une plage Δ𝑝 ≃ ℏ/𝐿 = 20 MeV/c. Or les
électrons émis par le noyau lors de la désintégration 𝛽 ont des énergies généralement
inférieures à 1 MeV ! Ainsi, l’existence d’électrons de 20 MeV dans le noyau est non
confirmé par l’observation.

• Considérons le noyau de deutérium 21 H. Selon l’hypothèse proton-électron il devrait con-


tenir deux protons et un électron. Le proton et l’électron ont chacun un moment cinétique
intrinsèque ou spin égal à 1/2. Conformément aux règles d’addition des moment cinétique
le spin du 21 H devrait être demi-entier alors que le spin mesuré du deutérium est égal à 1.

• Les noyaux contenant des électrons non appariés devraient avoir des moments dipolaires
magnétiques bien supérieurs à ceux observés. Toujours selon cette hypothèse, si un seul
électron était présent dans un noyau de deutérium on devrait s’attendre à ce que le
noyau ait un moment dipolaire magnétique du même ordre de grandeur que le moment
dipolaire magnétique d’un électron, alors que la valeur observée du noyau de deutérium,
par exemple, est 2000 fois plus petite que celle de l’électron.

L’émission d’électrons négatifs du noyau était l’un des premiers phénomènes de décroissance
radioactive observés. Le processus inverse, un électron capturé par le noyau, n’a été ob-
servé qu’en 1938 lorsque Alvarez a détecté les rayons X caractéristiques. Les Joliot-Curie
ont d’abord observé le processus d’émission d’électrons positifs (positrons ou positons) dans

14
la désintégration radioactive, deux ans après la découverte du positron dans les rayons cos-
miques. Ces trois processus sont étroitement liés et sont regroupés sous le nom commun de
désintégration bêta (𝛽).
Les progrès dans la compréhension de la décroissance 𝛽 ont été
réalisés à un rythme extrêmement lent et, souvent, les résultats
expérimentaux ont créé de nouvelles énigmes qui remettent
en question les théories existantes. Les premières expériences
ont montré que les particules 𝛽 négatives ont la même charge
électrique et la même charge spécifique 𝑞/𝑚 qu’un électron
ordinaire.
Les processus de désintégration 𝛽 ± doivent être considérés comme
"créant" un 𝛽 ± à partir de l’énergie de désintégration disponible Figure 4.5 Schémas de la
à l’instant de transformation ; cette particule est alors immé- désintégration 𝛽. Les trois points
diatement éjectée du noyau. La désintégration 𝛽 modifie à la appartiennent à la droite 𝐴 =
fois 𝑍 et 𝑁 d’une unité: 𝑁 +𝑍
𝑍 ⟶𝑍 ±1
de sorte que 𝐴 = 𝑍 + 𝑁 reste constant : Transformations isobariques
𝑁 ⟶𝑁 ∓1
Le spectre des 𝛼 par exemple, représente le nombre 𝑁𝛼 de particules 𝛼 dont l’énergie cinétique
est comprise entre 𝑇𝛼 et 𝑇𝛼 + d𝑇𝛼 . On parlera de la même façon des spectres des 𝛽 ± .

Figure 4.6 En haut : Schémas de décroissance simplifié du


noyau 64 Cu émetteur 𝛽 ± . En bas : Les spectre des 𝛽 ± émis.
Chacun des spectre est continu depuis 0 jusqu’à une valeur
maximale 𝑇𝛽𝖬𝖺𝗑 . On parlera spectre continu.

15
Le noyau 64 Cu est un émetteur 𝛽 + et 𝛽 − . Le spectre des 𝛽 est continu depuis une valeur
quasi-nulle jusqu’à atteindre une valeur maximale 𝑇𝛽𝖬𝖺𝗑 (0.6 MeV pour les 𝛽 − et ≃ 6.5MeV
pour les 𝛽 + ). Les spectres ne sont pas symétriques. Les pentes aux points 𝑇𝛽 = 0 et
𝑇𝛽 = 𝑇𝛽𝖬𝖺𝗑 sont caractéristiques du noyau émetteur. Ces caractéristiques sont communes à
la plupart des noyaux émetteurs 𝛽. Ces propriétés contrastent avec les spectres des 𝛼 qui est
un spectre de raies.
Une première conclusion s’impose : La désintégration 𝛽 n’est pas un processus à deux corps
Une des premières tentatives pour expliquer cette distribution en énergie fût d’avancer que
les 𝛽 sont émises avec une énergie de 𝑇𝛽𝖬𝖺𝗑 mais leurs interactions avec la matière (atomes,
noyaux, électron, ...) font que cette énergie varie dans l’intervalle indiqué.
Cette interprétation fût rejetée par des ex-
périences calorimétriques très précises : Une
source de particule 𝛽 est confinée dans un
calorimètre et on mesure son énergie de désin-
tégration par la chaleur déposée dans ledit
calorimètre. Ces expériences ont montré que
la forme du spectre illustré à la figure 4.6 est
une caractéristique des électrons de désinté-
gration eux-mêmes et non le résultat d’in-
teractions ultérieures.
Pour rendre compte de la libération d’én-
ergie conséquente à la désintégration 𝛽, Pauli Figure 4.7 Mesures calorimétriques des én-
a émis l’hypothèse en 1931, qu’une deux- ergies cinétiques des particule 𝛽
ième particule est émise lors du processus
de désintégration baptisée plus tard neutrino par Fermi. Le neutrino ne fut mis expérimen-
talement en évidence qu’en 1953.
Le neutrino emporte l’énergie ’manquante’ et, parce
qu’il est hautement pénétrant, il n’est pas arrêté à
l’intérieur du calorimètre. La conservation de la charge
électrique impose une charge électrique pour le neu-
trino. De même, des considérations statistiques lui at-
tribuent un spin 1/2. L’expérience montre qu’il existe
en fait deux types différents de neutrinos émis dans
la désintégration 𝛽 : le neutrino 𝜈 et l’antineutrino 𝜈¯.
L’antineutrino qui est émis dans la désintégration 𝛽 −
et le neutrino qui est émis dans la désintégration 𝛽 + Figure 4.8 Désintégration 𝛽 du
et la capture électronique. noyau 62 He

4.4.2 La masse du neutrino


L’expérience montre que le neutron libre (non lié) a une vie moyenne 𝜏𝑛 ≃ 10 min. Il se
transforme spontanément en un proton :

0n ⟶ 11 p + −1 e (4.12)
1 0
+ 00 𝜈¯
Soit 𝑄𝛽 l’énergie de la désintégration 4.12 :

16
𝑄𝛽 = (𝑚𝑛 − 𝑚𝑝 − 𝑚𝑒 − 𝑚𝜈¯)𝑐2 (4.13)
en supposant le neutron initialement au repos :
= 𝑇𝑝 + 𝑇𝑒 + 𝑇𝜈¯ (4.14)

L’énergie cinétique 𝑇𝑝 serait de l’ordre de 0.3


keV. Eu égard à sa masse, on peut dans un pre-
mier temps la négliger. Dans ce cas l’électron et
l’antineutrino se partagent l’énergie disponible.
L’énergie maximale des électrons (𝛽 − ) est 0.782±
0.013 MeV.
𝑄𝛽 = (𝑚𝑛 − 𝑚𝑝 − 𝑚𝑒 − 𝑚𝜈¯)𝑐2
= 0.782 − 𝑚𝜈¯𝑐2

La masse du neutrino serait contenu dans l’in-


certitude dont est entachée la mesure de l’énergie
maximale de l’électron : 𝑚𝜈¯ < 13 keV. Ainsi à la
précision de l’énergie maximale mesurée (environ
13 keV) on peut considérer l’antineutrino comme
une particule sans masse. D’autres expériences
apportent plus de précisions quant à la masse du
𝑚𝜈¯ et corroborent l’idée d’une masse quasi-nulle.
On considérera que les masses du neutrino et
de l’antineutrino sont nulles. En conséquence se
sont des particules qui se déplacent à la vitesse Figure 4.9 Ligne de stabilité
de la lumière 𝑐 et leur énergie totale est égale à leur énergie cinétique.

4.4.3 Radioactivité 𝛽 −
La désintégration bêta est le type de désintégration radioactive le plus courant car tous les
noyaux ne se trouvant pas dans la vallée de stabilité sont susceptibles de se transformer par
émission bêta.
Lors de la radioactivité 𝛽 − , le nombre de masse 𝐴 ne change pas : la transition est isobarique.
Un électron et un antineutrino sont émis dans la voie finale. La réaction s’écrit :

𝑍X 𝑍+1 Y −1 e (4.15)
𝐴 𝐴 0
⟶ + + 00 𝜈¯
Le noyau final avance d’une case dans le tableau périodique. Au cours de cette désintégration,
un neutron lié (à l’intérieur du noyau) est transformé en proton. Le proton est piégé à
l’intérieur du noyau résiduel alors que les 𝛽 − et l’antineutrino sont émis à l’extérieur de
celui-ci.
Dans ce processus, le nombre total de nucléons est conservé, cependant ce n’est le cas ni du
nombre de protons ni du nombre de neutrons mais seulement de leur somme. On vérifiera
que ce sont les éléments situés au-dessus de la ligne de stabilité qui présentent ce type de
radioactivité. Le noyau fils, 𝑍+1
𝐴
Y est alors plus près de la ligne de stabilité que le noyau père
𝑍 X.
𝐴

Le processus (4.15) est spontané si :


𝑄𝛽− = (𝑀X − 𝑀Y − 𝑚e − 𝑚𝜈¯)𝑐2 = (𝑀X − 𝑀Y − 𝑚e )𝑐2 > 0 (4.16)
17
4.4.4 Radioactivité 𝛽 +

La radioactivité 𝛽 + est aussi gouvernée par l’interaction faible. Elle concerne les noyaux
riches en protons, donc situés à droite de la vallée de stabilité.

𝑍 X⟶ 𝑍−1 Y −1 e (4.17)
𝐴 𝐴 0 0
+ + 0 ν

Ce processus correspond à la transformation d’un proton en neutron avec émission d’un


positron, qui est l’antiparticule de l’électron, et d’un neutrino :

1 p⟶ 0 n 0e (4.18)
1 1 +1 0
+ + 0 ν

Le bilan énergétique de la désintégration 𝛽 + s’écrit, en utilisant les masses 𝑀 des noyaux :

𝑄𝛽+ = (𝑀𝑋 − 𝑀𝑌 − 𝑚𝑒 )𝑐2 = 𝑇𝑌 + 𝑇𝛽+ + 𝑇𝜈 (4.19)

4.4.5 Capture électronique (CE)

Dans la capture électronique, un électron du cortège électronique est capturé par le noyau et
un neutrino est émis :

𝑍X −1 e⟶ 𝑍−1 Y (4.20)
𝐴 0 𝐴 0
+ + 0 ν

La transformation est isobarique puisque le noyau fils et le noyau père ont le même nombre de
masse. Ce phénomène a été découvert en 1937 par L. Alvarez, 40 ans après la découverte de la
radioactivité 𝛽 − . L’électron capturé provient du cortège électronique de l’atome notamment
ceux de la couche K.

1p −1 e⟶ 0 n (4.21)
1 0 1 0
+ + 0 ν

L’atome dont le noyau est le noyau fils, 𝑍−1𝐴


Y, est laissé avec une lacune dans la couche élec-
tronique où se trouvait l’électron. Les électrons des couches atomiques supérieures cascadent
dans les niveaux inférieurs lors du réarrangement du cortège électronique et des rayons X ou
des électrons Auger sont émis. Leur détection permettra de signer la capture électronique et
de déterminer ses caractéristiques.
Un noyau émetteur 𝛽 donne très souvent un noyau fils dans un état excité. Celui-ci se
désexcite alors vers son état fondamental en émettant un ou plusieurs rayonnements. Ce
processus peut se répéter plusieurs fois jusqu’à ce que l’excès de protons ou de neutrons soit
suffisamment réduit pour atteindre le fond de la vallée de stabilité.

4.5 Théorie de Fermi de la désintégration 𝛽

Les processus mis en jeu lors de la désintégration bêta ne relèvent pas des concepts classiques,
car on est confronté à la création de deux particules qui n’existaient pas dans le noyau. La
seule théorie classique, connue à l’époque, qui traite un processus de création est l’émission de
rayonnement électromagnétique par une particule électriquement chargée et accélérée. Cette
théorie n’est pas directement transposable aux cas de la désintégration bêta.

18
Enrico Fermi a développé en 1934, une théorie quantique de la désintégration bêta par analo-
gie avec la théorie quantique de l’émission d’ondes électromagnétiques par le noyau (désinté-
gration 𝛾). Puisque l’électron n’existe pas dans le noyau, il doit se former au moment de son
émission tout comme un photon se forme au moment de son émission à partir d’un atome.
Le neutrino est également créé au moment de l’émission. Ces particules sont créées dans des
états représentés par les fonctions d’onde 𝜓𝛽 et 𝜓𝜈 . On les assimilera à des ondes planes de
quantités de mouvement 𝑝𝛽⃗ et 𝑝𝜈⃗ respectivement,

𝑝𝛽⃗ ⋅ 𝑟 ⃗ 𝑝𝜈⃗ ⋅ 𝑟 ⃗
𝜓𝛽 = Ω𝛽 exp (𝚤 ) , 𝜓𝜈 = Ω𝜈 exp (𝚤 ) (4.22)
ℏ ℏ

où Ω𝛽,𝜈 est un facteur de normalisation. 𝜓𝛽 est en fait plus compliquée qu’une onde plane.
En effet celle-ci est affectée par l’attraction noyau résiduel - électron. On montre cependant
que si l’énergie de l’électron est très supérieure à 𝑍×(La constante de Rydberg), l’onde plane
est une bonne approximation pour 𝜓𝛽 .
On admettra que les fonctions d’ondes 𝜓𝛽 et 𝜓𝜈 sont normalisées dans un volume Ω :
1
∫ 𝜓𝛽∗ 𝜓𝛽 d𝑣 = ∫ 𝜓𝜈∗ 𝜓𝜈 d𝑣 = 1 ⇔ Ω𝛽 = Ω𝜈 = √ (4.23)
Ω
Ω Ω

Par analogie avec des phénomènes similaires, notamment, l’émission d’un photon par un
atome ou un noyau, la probabilité de l’émission 𝛽 dépendra en particulier :

• des densités de probabilité de présence de l’électron et du neutrino à l’intérieur du noyau.


2
C’est à dire des facteurs ∣𝜓𝛽 (0)∣ et |𝜓𝜈 (0)|2 .
Pour les valeurs courantes de 𝑝𝛽 , la longueur de de Broglie associée aux 𝛽 est ¯𝜆 = ℏ/𝑝𝛽 ≃
10−11 cm plus grande que le diamètre nucléaire qui est de l’ordre de 10−12 cm. Donc 𝜓𝛽
est quasiment constante sur tout le volume nucléaire.

• de l’élément de la matrice 𝑀𝑖𝑓 de l’opérateur qui décrit l’interaction qui induit la désin-
tégration, donc la transformation du nucléon à l’origine de l’émission 𝛽 :

𝑀𝑖𝑓 = ∫ 𝜓𝑓∗ 𝑀 𝜓𝑖 d𝑟 ⃗ (4.24)

L’expression de 𝑀 n’est pas connue avec précision cependant, la quantité |𝑀𝑖𝑓 |2 est
généralement interprétée comme le taux de recouvrement des fonctions d’ondes 𝜓𝑓 et 𝜓𝑖 .
Pour les transitions permises, 𝑀𝑖𝑓 ≃ 1.

• l’intensité du couplage entre états initial et final à l’origine de la transformation. Cette


intensité est représentée par une constante universelle 𝑔 -constante de Fermi- dont la
valeur est de l’ordre de 10−49 g cm5 sec−2 .

L’expression de la probabilité Π d’émission par unité de temps est donnée par la règle d’or
de Fermi numéro 2 :

19
2𝜋 2 d𝑛
Π= (|𝜓𝛽 (0)| |𝜓𝜈 (0)| |𝑀 |𝑔) (4.25)
ℏ d𝐸
où d𝑛/d𝐸 est la densité d’énergie des états finaux et 𝑂 fait référence à l’emplacement du
noyau.
Considérons pour Ω un cube de côté 𝐿. Considérons une particule de masse 𝑚 confinée dans
ce volume. C’est à dire que le potentiel est infini sur chacune des parois du cube. Les états
stationnaires associés à la particule sont solution de l’équation de Schrödinger :

ℏ2
− Δ𝜑 = 𝐸𝜑 (4.26)
2𝑚
dont les solutions sont de la forme
𝑝𝑥 𝑝𝑦 𝑝
𝜑(𝑥, 𝑦, 𝑧) ∝ sin 𝑥 sin 𝑦 sin 𝑧 𝑧 (4.27)
ℏ ℏ ℏ
Les conditions aux limites imposent
𝑝𝑥 𝜋 𝑝𝑦 𝜋 𝑝𝑧 𝜋
= 𝑛𝑥 , = 𝑛𝑦 , = 𝑛𝑧 (4.28)
ℏ 𝐿 ℏ 𝐿 ℏ 𝐿
où les 𝑛𝑞 sont des entiers. On imposera qu’ils soient positifs puisque les valeurs négatives
n’apportent pas de nouvelles solutions indépendantes. Le nombre d’états dont la quantité de
mouvement est inférieure à 𝑝 est égal aux nombres de combinaisons des composantes 𝑝𝑥 , 𝑝𝑦
et 𝑝𝑧 telle que :
𝑝 2 𝐿2
𝑝𝑥2 + 𝑝𝑦2 + 𝑝𝑧2 < 𝑝2 ⇔ 𝑛2𝑥 + 𝑛2𝑦 + 𝑛2𝑧 < (4.29)
𝜋2 ℏ2

Cette dernière équation est assimilable à celle d’une sphère de rayon 𝑝𝐿𝜋ℏ dans un espace
d’entiers. Le nombre d’états dont la quantité de mouvement est inférieure à 𝑝 est 𝑛′ :

14 𝑝𝐿 3
= 𝑛′ 𝜋( ) (4.30)
83 𝜋ℏ
Le nombre d’état dont la quantité de mouvement est comprise entre p et 𝑝 + d𝑝 est d𝑛′
Ω
d𝑛′ = 2 3 𝑝2 d𝑝 (4.31)
2𝜋 ℏ

Dans le cas de la désintégration 𝛽, le nombre d’états d𝑛 de l’électron (𝛽) dont la quantité de


mouvement est comprise entre 𝑝𝛽 et 𝑝𝛽 + d𝑝𝛽 et du neutron dont la quantité de mouvement
est comprise entre 𝑝𝜈 et 𝑝𝜈 + d𝑝𝜈 est :
Ω Ω
d𝑛 = [ 2 3
𝑝𝛽2 d𝑝𝛽 ] ⋅ [ 2 3 𝑝𝜈2 d𝑝𝜈 ] (4.32)
2𝜋 ℏ 2𝜋 ℏ
Ω2 2 2
= 𝑝 𝑝 d𝑝 d𝑝 (4.33)
4𝜋4 ℏ6 𝛽 𝜈 𝜈 𝛽
Expérimentalement, les 𝛽 sont plus facilement détectables que les neutrinos. Il est alors
indiqué d’exprimer d𝑛 en fonction 𝑝𝛽 et de l’énergie 𝐸𝛽 .

20
En effet, l’énergie maximale 𝐸𝛽𝖬𝖺𝗑 emportée par la particule 𝛽 est propre à chaque noyau.
Elle correspond au cas où l’énergie du neutrino est nulle :

𝐸𝛽𝖬𝖺𝗑 = 𝐸𝜈 + 𝐸𝛽 = 𝑝𝜈 𝑐 + 𝐸𝛽

Si 𝐽 est le Jacobien du changement de variables (𝑝𝛽 , 𝑝𝜈 ) ≡ (𝑝𝛽 , 𝐸),


∂𝑝𝛽 ∂𝑝𝛽
∂𝑝𝛽
1
∣ = ∣1
∂𝑝𝛽 ∂𝐸
𝐽 =∣ ∂𝑝𝜈 ∂𝑝𝜈
∂𝐸
1
∣=
∂𝑝 ∂𝐸 0 𝑐 𝑐
𝛽

Il vient donc :
1
d𝑝𝛽 d𝑝𝜈 = 𝐽 d𝑝𝛽 d𝐸 = d𝑝𝛽 d𝐸 et 𝑝𝜈 𝑐 = 𝐸𝛽𝖬𝖺𝗑 − 𝐸𝛽 (4.34)
𝑐
Ω2
d𝑛 = 4 6 𝑝𝛽2 𝑝𝜈2 d𝑝𝛽 d𝐸 (4.35)
4𝜋 ℏ 𝑐
d’où
d𝑛 Ω2
= 4 6 𝑝𝛽2 𝑝𝜈2 d𝑝𝛽 (4.36)
d𝐸 4𝜋 ℏ 𝑐
L’expression de la probabilité d’émission par unité de temps (4.25) devient :
2𝜋 2 d𝑛
Π(𝑝𝛽 , 𝑝𝜈 )d𝑝𝛽 = Π(𝑝𝛽 )d𝑝𝛽 = (|𝜓𝛽 (0)| |𝜓𝜈 (0)| |𝑀 |𝑔) (4.37)
ℏ d𝐸
2
2𝜋 −1 2 Ω 2
= (Ω |𝑀 |𝑔) 𝑝 2
𝛽
(𝐸 𝖬𝖺𝗑
𝛽
− 𝐸 𝛽 ) d𝑝𝛽 (4.38)
ℏ 4𝜋4 ℏ6 𝑐3
𝑔2 |𝑀 |2 2
= 3 7 3 (𝐸𝛽𝖬𝖺𝗑 − 𝐸𝛽 ) 𝑝𝛽2 d𝑝𝛽 (4.39)
2𝜋 ℏ 𝑐
en posant 𝑝𝛽 = 𝑝, on obtient :
2
𝑔2 |𝑀 |2 √ 2 4
= ( 𝑚 𝑐 + (𝑐 𝑝 𝗆𝖺𝗑 2
) − √𝑚2 𝑐4 + 𝑝2 𝑐2 ) 𝑝2 d𝑝 (4.40)
2𝜋3 ℏ7 𝑐3
La probabilité de désintégration 𝜆 s’obtient en intégrant sur toutes les valeurs possibles de
𝑝𝛽 depuis 0 jusqu’à 𝑝𝛽𝖬𝖺𝗑 :

𝑝𝖬𝖺𝗑
𝛽

𝜆 = ∫ Π(𝑝𝛽 )d𝑝𝛽 (4.41)


0
𝑝𝖬𝖺𝗑
𝛽
2 2 2
𝑔 |𝑀 |
= ∫ (√𝑚 2 4
𝑐 + (𝑝 𝖬𝖺𝗑 2
𝛽
) − √𝑚2 𝑐4 + 𝑝2 𝑐2 ) 𝑝2 d𝑝𝛽
𝛽
(4.42)
2𝜋3 ℏ7 𝑐3
0

En posant 𝑚𝑐𝜂 = 𝑝𝛽 et 𝑚𝑐𝜂0 = 𝑝𝛽𝖬𝖺𝗑 ,

21
𝜂0
2
𝑔2 |𝑀 |2
𝜆 = 3 7 3 𝑚5 𝑐4 ∫ (√1 + 𝜂02 − √1 + 𝜂2 ) 𝜂2 d𝜂 (4.43)
2𝜋 ℏ 𝑐
0
2 2
𝑔 |𝑀 |
= 3 7 3
𝑚5 𝑐4 𝐹 (𝜂0 ) (4.44)
2𝜋 ℏ 𝑐

𝜂0
2
𝐹 (𝜂0 ) = ∫ (√1 + 𝜂02 − √1 + 𝜂2 ) 𝜂2 d𝜂 (4.45)
0

= − 14 𝜂0 − 1 3
12 𝜂0 + 1 5
30 𝜂0 + 14 √1 + 𝜂02 ln (𝜂0 + √1 + 𝜂02 ) (4.46)

Remarque 2
Les expressions établies ci-dessus, supposent que la fonction d’onde de l’électron n’est pas
affectée par la charge du noyau résiduel. Si ce n’est pas le cas, un facteur 𝑓(𝑍 ± 1, 𝜂) est
introduit dans (25). Après intégration, la constante de désintégration 𝜆 dépendra de 𝑍 ± 1
via 𝐹 (𝑍, 𝜂0 ). On montre cependant que pour des valeurs de 𝑍 faibles 𝐹 (𝑍, 𝜂0 ) ≃ 𝐹 (𝜂0 ).

Remarque 3
Si 𝜏 est la vie moyenne du noyau père et si |𝑀 | est constant, alors

𝐹 𝜏 ≃ Constante (4.47)

4.6 Radioactivité 𝛾

Lorsqu’un noyau se désexcitant, passe d’un état d’énergie donnée (appelé état excité) à un
autre état d’énergie moindre, voire à l’état fondamental qui est l’état d’énergie la plus basse,
il émet un photon. C’est la radioactivité 𝛾.
𝐴 ∗
𝑍X 𝑍X (4.48)
𝐴
⟶ +𝛾

Dans ce cas, ni 𝐴, ni 𝑍 ne changent. La désexcitation d’un noyau par émission est parfois en
compétition avec le phénomène de conversion interne dans lequel le noyau transfère son excès
d’énergie directement à un électron du cortège électronique, qui est alors éjecté de l’atome.
Il ne s’agit pas de l’interaction d’un photon avec un électron, mais bien d’un transfert direct
(par l’intermédiaire d’un photon virtuel). La conversion interne ne doit pas non plus être
confondue avec la radioactivité 𝛽 − dans laquelle l’électron qui sort de l’atome est créé au sein
du noyau, qui change de nature chimique.
Soit 𝑒𝑥 l’énergie d’excitation du noyau père. Si le noyau père est initialement au repos et si
le noyau fils est produit dans son état fondamental alors :

22

𝐸𝑋 = 𝐸 𝑋 + 𝐸𝛾 (4.49)
𝑀 𝑐 2 + 𝑒 𝑥 = 𝑀 𝑐 2 + 𝑇𝑋 + 𝐸𝛾 (4.50)
𝑒𝑋 = 𝑇 𝑋 + 𝐸 𝛾 (4.51)
La conservation de la quantité de mouvement,
𝑜 ⃗ = 𝑝𝑋
⃗ + 𝑝𝛾⃗ (4.52)
c’est à dire que
𝐸𝛾2
𝑇𝑋 = (4.53)
2𝑀𝑋 𝑐2

D’autres types de radioactivité ont été également observés, tels que la fission qui est une
fragmentation d’un noyau lourd en deux autres avec émission de neutrons, ou bien l’émission
spontanée de neutrons ou de protons.
Quasiment toutes les désintégrations s’accompagnent d’émission de photons 𝛾.

V Séries radioactives

La plupart des radionucléides primordiaux, c’est-à-dire présents lorsque la Terre s’est formée
il y a environ 4,5 milliards d’années, atteignent la vallée de stabilité après une ou quelques
désintégrations. On appelle série radioactive une filiation de noyaux lourds instables qui se
transforment par une des désintégrations alpha ou bêta suivies d’émissions gamma jusqu’à
ce qu’un noyau stable soit atteint. Ces filiations sont au nombre de quatre. Chaque série
commence et se termine par des nucléides dont le numéro atomique est supérieur à 81, qui
est le numéro atomique du thallium.
Chaque famille porte 1e nom du radioélément dont la période est la plus longue même si ce
radioélément n’est pas le précurseur. La série du thorium, la série de l’uranium et la série de
l’actinium, appelées séries naturelles ou classiques, sont identifiées par des espèces naturelles
de noyaux instables dont les demi-vies sont comparables à l’âge de la planète. En 1935, ces
trois séries radioactives avaient été entièrement identifiées. La quatrième série, la série du
neptunium, est identifiée par le neptunium-237, qui a une demi-vie de 2 144 000 ans. Les
constituants de cette série sont produits artificiellement par des réactions nucléaires et ne se
produisent pas naturellement. Toutes leurs demi-vies sont courtes par rapport à l’âge de la
terre.
Étant donné que les deux processus de désintégration pertinents entraînent soit aucun change-
ment, soit un changement de quatre unités dans le nombre de masse, les nombres de masse
de tous les membres de chaque série sont divisibles par quatre, avec un reste constant. Dans
chaque série, par conséquent, le nombre de masse des membres peut être exprimé comme
quatre fois un nombre entier approprié (𝑛) plus éventuellement une constante propre pour
chaque série. Ainsi, la série du thorium est parfois appelée la série 4𝑛 ; la série du neptunium,
4𝑛 + 1 ; la série de l’uranium, 4𝑛 + 2 ; et la série d’actinium, 4𝑛 + 3.
Les noyaux atomiques peuvent se désintégrer de manière autre que par désintégration 𝛼 et
𝛽, par exemple par évaporation de neutrons ou fission nucléaire spontanée.

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Figure V.1 Série radioactives naturelles (cf. TP).

VI L’antimatière
L’antimatière, substance composée de particules subatomiques qui ont la masse, la charge électrique et le moment
magnétique des électrons, protons et neutrons de la matière ordinaire, mais dont la charge électrique et le moment
magnétique sont de signe opposé.
Les particules d’antimatière correspondant aux électrons, aux protons et aux neutrons sont appelées positrons (𝑒+ ),
antiprotons (p) et antineutrons (n) ; collectivement, elles sont appelées antiparticules. Les propriétés électriques
de l’antimatière étant opposées à celles de la matière ordinaire, le positron a une charge positive et l’antiproton
une charge négative ; l’antineutron, bien que neutre électriquement, a un moment magnétique de signe opposé à
celui du neutron.
La matière et l’antimatière ne peuvent pas coexister à courte distance pendant plus d’une petite fraction de
seconde, car elles entrent en collision et s’annihilent mutuellement, libérant de grandes quantités d’énergie sous
forme de rayons gamma ou de particules élémentaires.
Le concept d’antimatière est apparu pour la première fois dans l’analyse théorique de la dualité entre les charges
positives et négatives. Les travaux de P.A.M. Dirac sur les états d’énergie de l’électron impliquaient l’existence
d’une particule identique en tous points sauf un, c’est-à-dire avec une charge positive au lieu d’une charge négative.
Une telle particule, appelée positron, ne se trouve pas dans la matière stable ordinaire. Cependant, elle a été
découverte en 1932 parmi les particules produites lors des interactions des rayons cosmiques dans la matière et
a ainsi fourni une confirmation expérimentale de la théorie de Dirac. L’espérance de vie du positron dans la
matière ordinaire est très courte. A moins que le positron ne se déplace extrêmement vite, il sera attiré à proximité
d’un électron ordinaire par l’attraction coulombienne. Une collision entre le positron et l’électron entraîne leur
disparition simultanée, leurs masses (𝑚) étant converties en énergie (𝐸) conformément à la relation masse-énergie
d’Einstein 𝐸 = 𝑚𝑐 2 , où 𝑐 est la vitesse de la lumière. Ce processus est appelé annihilation, et l’énergie résultante
est émise sous forme de rayons gamma (𝛾). La réaction inverse

𝛾 ⟶ 𝑒 + + 𝑒−
peut également se produire dans des conditions appropriées, et le processus est appelé création d’électron-positron,
ou production de paires ou matérialisation.
La théorie de Dirac prévoit qu’un électron et un positron, en raison de l’attraction coulombienne de leurs charges
opposées, se combineront pour former un état lié intermédiaire, tout comme un électron et un proton se combi-
nent pour former un atome d’hydrogène. Le système lié {𝑒+ , 𝑒− } est appelé positronium. L’annihilation du

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positronium en rayons gamma a été observée. Sa durée de vie mesurée dépend de l’orientation des deux particules
et est de l’ordre de 10−10 − 10−7 seconde, en accord avec celle calculée à partir de la théorie de Dirac.
L’équation d’onde de Dirac décrit également le comportement des protons et des neutrons et prédit donc l’existence
de leurs antiparticules. Les antiprotons peuvent être produits en bombardant des protons avec des protons. Si
l’énergie disponible est suffisante, c’est-à-dire si le proton incident a une énergie cinétique d’au moins 5.6 GeV,
des particules supplémentaires de la masse du proton apparaîtront selon la formule 𝐸 = 𝑚𝑐 2 .
De telles énergies sont devenues disponibles dans les années 1950 à l’accélérateur de particules Bevatron de
Berkeley, en Californie. En 1955, une équipe de physiciens dirigée par Owen Chamberlain et Emilio Segrè observe
que les antiprotons sont produits par des collisions à haute énergie. Les antineutrons ont également été découverts
au Bevatron en observant leur annihilation dans la matière, avec pour conséquence la libération d’un rayonnement
électromagnétique de haute énergie.
Au moment de la découverte de l’antiproton, une multitude de nouvelles particules subatomiques avaient également
été découvertes ; toutes ces particules ont désormais des antiparticules correspondantes. Ainsi, il existe des muons
positifs et négatifs, des mésons−𝜋 positifs et négatifs, le méson 𝐾 et l’anti-méson 𝐾, ainsi qu’une longue liste
de baryons et d’antibaryons. La plupart de ces particules récemment découvertes ont une durée de vie trop courte
pour pouvoir se combiner avec des électrons. L’exception est le muon positif, qui, avec un électron, forme un
atome baptisé muonium.
En 1995, des physiciens de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) à Genève ont créé le
premier antiatome le plus simple, constitué d’un positron en orbite autour d’un noyau d’antiproton. Pour ce faire,
ils ont envoyé des antiprotons à travers un jet de gaz de xénon. Dans les puissants champs électriques entourant les
noyaux de xénon, certains antiprotons ont créé des paires d’électrons et de positrons ; quelques-uns des positrons
ainsi produits se sont ensuite combinés avec les antiprotons pour former de l’antihydrogène. Chaque antiatome
n’a survécu que pendant environ 40 milliardièmes de seconde avant d’entrer en contact avec la matière ordinaire
et d’être annihilé. Le CERN a depuis produit de plus grandes quantités d’antihydrogène qui peuvent durer 1 000
secondes. Une comparaison du spectre de l’atome d’antihydrogène avec le spectre bien étudié de l’hydrogène
pourrait révéler de petites différences entre la matière et l’antimatière, ce qui aurait des implications importantes
pour les théories sur la formation de la matière dans l’univers primitif.
En 2010, des physiciens utilisant le collisionneur d’ions lourds relativistes du Brookhaven National Laboratory à
Upton, dans l’État de New York, ont utilisé un milliard de collisions entre ions d’or pour créer 18 exemplaires de
l’antiatome le plus lourd, le noyau de l’antihélium-4, qui se compose de deux antiprotons et de deux antineutrons.
Comme l’antihélium 4 est produit si rarement dans les collisions nucléaires, sa détection dans l’espace par un
instrument tel que le spectromètre alpha-magnétique de la station spatiale internationale impliquerait l’existence
de grandes quantités d’antimatière dans l’univers. Bien que des positrons soient facilement créés dans les collisions
de rayons cosmiques, rien ne prouve l’existence de grandes quantités d’antimatière dans l’univers. La Voie lactée
semble être entièrement constituée de matière, car rien n’indique que des régions où la matière et l’antimatière se
rencontrent et s’annihilent pour produire des rayons gamma caractéristiques. L’implication que la matière domine
complètement l’antimatière dans l’univers semble être en contradiction avec la théorie de Dirac, qui, soutenue
par l’expérience, montre que les particules et les antiparticules sont toujours créées en nombre égal à partir
de l’énergie. Les conditions énergétiques de l’univers primitif auraient dû créer un nombre égal de particules et
d’antiparticules ; l’annihilation mutuelle des paires particule-antiparticule n’aurait cependant laissé que de l’énergie.
Dans l’univers actuel, les photons (énergie) sont plus nombreux que les protons (matière) par un facteur d’un
milliard. Cela suggère que la plupart des particules créées dans l’univers primitif ont effectivement été annihilées
par des antiparticules, tandis qu’une particule sur un milliard n’avait pas d’antiparticule correspondante et a donc
survécu pour former la matière observée aujourd’hui dans les étoiles et les galaxies. L’infime déséquilibre entre les

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particules et les antiparticules dans l’univers primitif est appelé asymétrie matière-antimatière, et sa cause reste
une énigme majeure non résolue pour la cosmologie et la physique des particules.

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