Support Définitif de Cours
Support Définitif de Cours
et le système
bancaire
Plan
1 Qu’est-ce que la monnaie ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 142
2 Les fonctions de la monnaie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143
3 Les formes de la monnaie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 146
4 Mesurer la monnaie : agrégats monétaires et contreparties . . . . . . 149
5 La création monétaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152
6 La monnaie dans la théorie économique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 162
Objectifs
ÚÚ Définir ce qu’est la monnaie.
ÚÚ Distinguer les différentes formes et fonctions de la monnaie.
ÚÚ Savoir mesurer la monnaie : définir et calculer des agrégats monétaires.
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
141
Macroéconomie
Définition
La monnaie est définie comme l’ensemble des moyens de paiement immé-
diatement utilisable et accepté par la communauté pour le règlement des
échanges. Elle constitue donc un moyen de procéder à des échanges pour
et entre les individus.
142
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
2. 1 Unité de compte
La monnaie est une unité de mesure de la valeur.
Dans une économie de troc, la valeur des biens se mesure à l’aide des prix relatifs :
chaque bien s’exprime en fonction des autres biens. Prenons l’exemple d’une
économie composée de trois biens : tomates, pain et ordinateurs. Dans une
telle économie, les prix relatifs correspondent au prix des tomates en termes de
pain ; au prix des tomates en termes d’ordinateurs ; au prix du pain en termes
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
d’ordinateurs. Il y a donc trois prix relatifs. Si nous avions étudié une économie
avec quatre biens, nous aurions obtenu six prix relatifs, etc. Le nombre de prix
relatifs se calcule selon la formule :
n(n − 1) / 2, avec n le nombre de biens
1 Dans les sociétés primitives, il n’était pas rare qu’une marchandise joue le rôle de monnaie. C’était
par exemple le cas chez les Aztèques, avec les fèves de cacao : tous les prix étaient exprimés en fève
de cacao.
143
Macroéconomie
144
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
2. 3 Réserve de valeur
La monnaie est une réserve de valeur.
Elle permet de transférer de la richesse dans le temps. Détenir de la monnaie
permet d’en différer l’utilisation dans le temps, de transférer du pouvoir d’achat
dans le futur. La monnaie permet par conséquent de conserver de la valeur.
Toutefois, la monnaie n’est pas l’unique actif pouvant jouer ce rôle. D’autres
actifs (appartement, maison, actions, obligations, œuvres d’art, bouteilles de
vin, etc.) peuvent également être utilisés comme support pour conserver de la
valeur. Ils sont cependant plus risqués, dans le sens où leur valeur peut augmenter
(augmentation des prix) ou diminuer (diminution des prix). Ils peuvent également
rapporter des intérêts (dans le cadre des actifs financiers). La monnaie reste un
actif sans risque puisque sa valeur nominale est fixe : 100 € aujourd’hui vaudront
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
toujours 100 € demain. Par ailleurs, elle possède une autre caractéristique unique
que les autres actifs n’ont pas : la liquidité.
Exemple
Prenons, par exemple, une action comme réserve de valeur alternative à la monnaie.
La détention d’une action est risquée car d’une part son prix peut diminuer dans le
futur et, d’autre part, le détenteur de l’action ne peut pas régler ses transactions avec
cet actif (absence de liquidité). Il devra, dans un premier temps, céder son action
(donc récupérer la contrepartie monétaire de la vente de l’action) pour, dans un
second temps, pouvoir effectuer la transaction souhaitée.
145
Macroéconomie
est-il de la valeur réelle de monnaie, i.e. de son pouvoir d’achat ? Puis-je acquérir
la même quantité de biens avec un stock de monnaie aujourd’hui qu’avec le même
stock de monnaie dans un mois ? Dès lors, pour que la fonction de réserve de
valeur de la monnaie soit totalement respectée, il est nécessaire que la valeur
réelle de la monnaie ne se dégrade pas dans le temps.
Exemple
Prenons l’exemple d’un individu détenant un billet dont la valeur
Un billet de 100 € aujourd’hui nominale est de 100 €. Le prix de ce billet est par définition constant :
correspondra toujours à un billet sa valeur nominale sera la même aujourd’hui que dans un an. Ce qui
de 100 € dans un an. peut évoluer, c’est la valeur réelle (le pouvoir d’achat) de ces 100 €, i.e.
la quantité de biens qu’ils permettent d’acquérir. Si les prix des biens
augmentent (l’indice des prix progresse, il y a de l’inflation), la valeur réelle de ces
100 € diminue puisqu’on peut acheter moins de biens. Il y a alors une perte de pouvoir
d’achat qui est transféré dans le temps. Et inversement si le prix des biens diminue.
La plupart des pays développés connaissent ainsi des taux d’inflation qui oscillent
entre 1 % et 2 %. Cela implique une perte de valeur de la monnaie en terme réel
pouvant atteindre 18 % au bout de dix ans. La fonction de réserve de valeur de
la monnaie a alors une portée très limitée en période de forte
Pensez à l’épisode
inflation, et plus particulièrement d’hyperinflation. Dans ce cas,
d’hyperinflation vécue les individus ne sont plus incités à détenir de la monnaie.
par l’Allemagne dans les Pour résumer : la monnaie est un actif sans risque, sans rende-
années 1920 (cf. chapitre 3).
ment, liquide et dont la valeur nominale est fixe.
3. 1 La monnaie métallique
La monnaie métallique est la monnaie constituée à partir de métal quelle que soit
sa nature : or, argent, cuivre, etc. Sa valeur repose sur le poids de métal qu’elle
contient. C’est la forme la plus ancienne de monnaie puisque des traces de monnaies
métalliques sont retrouvées en Mésopotamie ou dans l’Égypte pharaonique. Dans
l’ère moderne, ce type de monnaie a été utilisé jusqu’au début du xxe siècle (on date
de la Première Guerre mondiale la fin de l’utilisation de la monnaie métallique).
De nos jours, la monnaie métallique n’est plus utilisée dans les échanges mar-
chands. Elle conserve toutefois une valeur en fonction du poids du métal qu’elle
146
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
3. 2 La monnaie fiduciaire
La monnaie fiduciaire tient son nom du latin fiducia qui signifie la confiance.
La monnaie fiduciaire est donc celle dont la valeur repose sur la confiance
que lui portent les individus l’utilisant. Ce type de monnaie prend, essentiel-
lement, la forme de billets de banque mais aussi de pièces de monnaie (1 €,
2 €, etc.). Ces dernières ne doivent en aucun cas être confondues
avec les pièces métalliques. Jusqu’à la disparition des pièces La pièce de 1 € qui sert tous les
jours ne contient aucun gramme
métalliques, les billets de banque étaient en fait des promesses
de métaux précieux sauf s’il
qui pouvaient être converties en monnaie métallique. s’agit d’une pièce de collection.
L’émission de la monnaie fiduciaire revient à une entité publique Dans ce cas, elle entre dans la
et unique (l’État auparavant ; la banque centrale de nos jours). catégorie des pièces métalliques.
Pour que les individus accordent une confiance à la monnaie
fiduciaire et l’utilisent, l’État doit instaurer ce que l’on appelle le
cours légal, c’est-à-dire l’obligation pour les individus d’accepter Précisons cependant que
la monnaie fiduciaire pour le règlement de leurs transactions. le cours légal peut ne pas être
En l’absence de cours légal, les individus sont libres d’accepter ou suffisant. En effet, l’absence de
confiance dans la monnaie incite
non cette monnaie comme moyen de règlement, mais ces billets
les agents à ne pas l’utiliser. C’est
ne donnent aucune garantie. On parle alors de cours libre. Enfin, par exemple le cas en période
l’État peut imposer le cours forcé de la monnaie, i.e. la suspension d’hyperinflation où une situation
temporaire ou définitive de la convertibilité des billets en pièces de « fuite devant la monnaie »
métalliques. Le cours forcé était surtout caractéristique de la peut se produire. La monnaie
situation, troublée d’un point de vue monétaire, du xixe siècle et est donc avant tout une histoire
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
3. 3 La monnaie scripturale
La monnaie scripturale repose sur l’écriture (le script). Elle est composée des
comptes bancaires courants. La monnaie scripturale s’exprime donc sous la
forme d’un jeu d’écriture (crédit ou débit d’un compte bancaire courant) entre
deux individus ayant un compte bancaire au sein d’une même banque ou entre
deux individus détenant un compte bancaire dans deux banques distinctes.
Contrairement à la monnaie fiduciaire qui circule de main en main, la monnaie
scripturale circule de compte en compte.
147
Macroéconomie
FOCUS
Le bitcoin
Créé en 2009 par Satoshi Nakamoto – qui pourrait être le pseudonyme d’une personne ou d’un groupe
de personnes – le bitcoin est une crypto-monnaie1, i.e. un instrument de paiement électronique qui
fonctionne en réseau. Le bitcoin est « une unité de compte virtuelle stockée sur un support électro-
nique permettant à une communauté d’utilisateurs d’échanger entre eux des biens et des services sans
avoir recours à la monnaie légale » (Banque de France, 2013).
Le bitcoin est créé au sein d’une communauté d’internautes que l’on appelle des mineurs (miners
en anglais). Ces mineurs installent, sur leur ordinateur doté de capacités de calculs appropriées, un
logiciel libre qui traite, via des algorithmes, un ensemble de transactions rassemblé au sein d’un bloc.
La totalité des transactions est alors inscrite dans un registre virtuel que l’on appelle blockchain (l’en-
semble des blocs traités sont reliés par une chaîne). Le bitcoin est donc la récompense reçue par
chaque mineur pour sa participation au fonctionnement du système.
148
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
1 C’est-à-dire les comptes courants que ces entités possèdent auprès d’un établissement bancaire.
149
Macroéconomie
M1 M2 M3
Pensions
Dépôts à terme
< 2ans OPCVM monétaires
Dépôts à vue
Titres de créances
Dépôts avec préavis
< 3 mois
▶▶Figure 4.1
Les agrégats
monétaires
1 Voir, par exemple, l’ouvrage de Mishkin (2007) pour une première approche.
150
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
35 000,00
30 000,00
25 000,00
20 000,00
15 000,00
10 000,00
5 000,00
0,00
janv.-99
sept.-99
mai-00
janv.-01
sept.-01
mai-02
janv.-03
sept.-03
mai-04
janv.-05
sept.-05
mai-06
janv.-07
sept.-07
mai-08
janv.-09
sept.-09
mai-10
janv.-11
sept.-11
mai-12
janv.-13
sept.-13
mai-14
janv.-15
sept.-15
mai-16
janv.-17
sept.-17
mai-18
janv.-19
◀◀Figure 4.2
Évolution
des agrégats
M1 M2 M3 monétaires
Source : Banque centrale européenne. de la zone euro
en Mds€
monétaires et financières et sont constituées par l’ensemble des des institutions financières
créances sur les résidents et les non-résidents détenues par les et monétaires (IFM).
institutions monétaires et financières. Ces contreparties, comme
nous l’étudierons en détail dans la section 5, constituent alors les sources de la
création monétaire.
151
Macroéconomie
5 La création monétaire
5. 1 La création monétaire
dans le système bancaire
Le processus de création monétaire a lieu lorsque les banques accordent des
crédits à leurs clients. C’est pourquoi nous disons que les crédits font les dépôts.
Si le processus de création monétaire peut paraître, en théorie, illimité, ce n’est
cependant pas le cas. Les banques doivent, en effet, faire face à des contraintes
qui limitent le pouvoir de création monétaire. Ces contraintes sont, pour une part,
imposées par la banque centrale et, d’autre part, par le comportement des agents.
152
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
par exemple) ou un actif financier (une action, une obligation, etc.). Quelle que
soit la nature de l’actif acquis par la banque, il y a création monétaire lorsque
la banque crée de la monnaie en monétisant des actifs qui ne sont pas de la
monnaie.
Si l’octroi d’un crédit correspond à une création de monnaie, le remboursement
du crédit implique, lui, une destruction de monnaie. C’est ainsi que fonctionne
le système bancaire : ce sont des flux continus de prêts et de remboursements
de prêts. La masse monétaire augmente, i.e. qu’il y a accroissement monétaire,
lorsque la création monétaire est supérieure à la destruction monétaire, c’est-
à-dire lorsque le volume des prêts nouveaux accordés est supérieur au volume
des prêts anciens remboursés.
FOCUS
Le bilan d’une banque
Le bilan est une photographie de la situation patrimoniale d’une société à un instant donné
(au 31 décembre par exemple). Comme toutes les entreprises, les banques établissent un bilan.
Cependant, la structure du bilan d’une banque est différente de celle des autres sociétés. Le bilan
d’une banque reflète en effet l’état des créances et des dettes à un moment donné. Il est constitué :
•• d’un actif qui informe sur l’utilisation des fonds collectés. L’actif de la banque enregistre l’ensemble
des biens dont elle est propriétaire (immeubles, créances, monnaie, etc.) ;
•• d’un passif qui renseigne sur l’origine des ressources, i.e. les fonds collectés par la banque.
Comme tout bilan, le bilan bancaire est équilibré. Soit :
Total des actifs = Total des dettes + Capital
153
Macroéconomie
Bilan de la banque A
Actif Passif
Crédit à l’entreprise Alpha + 10 000 Dépôts à vue + 8 000
(compte courant de l’entreprise Alpha)
Dette envers la banque B + 2 000
Bilan de la banque B
Actif Passif
Créance sur la banque A + 2 000 Dépôts à vue + 2 000
(compte courant de l’entreprise Gamma)
Bilan de la banque A
Actif Passif
Crédit à l’entreprise Alpha + 10 000 Dépôts à vue + 8 000
(compte courant de l’entreprise Alpha)
Compte à la banque centrale – 2 000
Bilan de la banque B
Actif Passif
Compte à la banque centrale + 2 000 Dépôts à vue + 2 000
(compte courant de l’entreprise Gamma)
154
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
155
Macroéconomie
banque centrale. L’actif est composé par les devises (ainsi que l’or) acquises, les
créances acquises par la banque centrale sur les banques de second rang lorsque
ces dernières effectuent des dépôts (constitution des réserves) et les titres publics
acquis par la banque centrale.
La monnaie créée par la banque centrale – monnaie banque centrale (ou encore
monnaie centrale) – est la seule acceptée pour les règlements interbancaires.
Elle constitue la base monétaire et est représentée par l’agrégat M0. La base
monétaire se compose dès lors :
■■ des pièces et des billets mis en circulation par la banque centrale ;
■■ des avoirs de réserves détenus par les banques de second rang auprès de la
banque centrale.
Ainsi, nous pouvons voir qu’il existe une relation entre la base monétaire et la
masse monétaire, comme l’indique la figure 4.3.
M0 M1 M2 M3
Dépôts Pensions
Réserves à terme
des IFM Billets < 2ans OPCVM
auprès de et Dépôts à vue monétaires
la Banque pièces Dépôts
centrale avec préavis Titres
▶▶Figure 4.3 < 3 mois de créances
De la base
monétaire
à la masse
monétaire
156
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
Le processus de création monétaire est ainsi limité. C’est ce que nous démontre
le principe du multiplicateur de crédit.
5. 2 Le multiplicateur de crédit
5.2.1 Le mécanisme
Le multiplicateur de crédit est le mécanisme expliquant la capacité du système
bancaire à augmenter, de manière plus que proportionnelle, la quantité de
monnaie créée. Il révèle une relation entre la monnaie banque centrale (émise
par la banque centrale) et la monnaie créée par les banques de second rang.
Pour expliquer ce mécanisme, prenons un exemple. Supposons qu’un individu
demande et obtienne un crédit de 1 000 € auprès de sa banque, la banque A.
Ces 1 000 € de crédit se transforment en 1 000 € de dépôt. Supposons que le
taux de réserves obligatoires – appelé également coefficient de réserve – soit de
10 %. La banque A doit alors alimenter son compte auprès de la banque centrale,
i.e. constituer des réserves obligatoires, pour un montant de 100 € (soit
1 000 € × 10 %). La banque dispose donc de 900 € (soit 1 000 € − 100 €) de
réserves excédentaires. Sachant que ces réserves excédentaires ne sont pas, pour
l’instant, rémunérées, la banque A va donc les utiliser pour accorder des prêts.
Que se passe-t‑il ensuite ?
Ces 900 € de crédit créent 900 € de dépôt dans une banque B.
Tout comme la banque A, la banque B doit, elle aussi, alimenter Le résultat est totalement
identique si nous effectuons
son compte auprès de la banque centrale, i.e. constituer des
le raisonnement à partir d’une
réserves obligatoires. La banque B maintient ainsi 90 € (soit banque unique sur plusieurs
900 € × 10 %) de réserves obligatoires et dispose de 810 € (soit périodes de temps t.
900 € − 90 €) de réserves excédentaires. Ces réserves n’étant pas
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
rémunérées, la banque B utilise ces 810 € pour octroyer de nouveaux prêts. Ces
810 € de crédit créent, à leur tour, 810 € de dépôt dans une banque C. Dès lors,
la banque C doit, comme les banques A et B de notre système bancaire, consti-
tuer des réserves obligatoires pour un montant de 81 € (soit 810 € × 10 %). La
banque C dispose alors de 729 € (soit 810 € − 81 €) de réserves excédentaires
qu’elle utilise pour accorder des nouveaux prêts, etc.
Le processus de création monétaire se poursuit et se reproduit identique à
lui-même. C’est un processus (presque) sans fin. Au final, quelle est la quantité
totale de monnaie créée ? Le tableau 4.1 résume pour les banques du système
bancaire l’ensemble des opérations effectuées.
157
Macroéconomie
▶▶Tableau 4.1
Le principe Ensemble des banques
du multiplicateur du système bancaire 10 000 1 000 10 000 10 000
(somme)
de crédit
Soit :
1000 1 + (1 − 10%) + (1 − 10%) + (1 − 10%) + … = lim 1000 (1 − 10%)
2 3 n
(2)
n→∞
FOCUS
Suite arithmétique, suite géométrique
En mathématiques, il y a principalement deux façons pour une suite de nombres d’évoluer (croître
ou décroître) de façon régulière. Ces deux façons conduisent aux notions de suites arithmétique et
géométrique. Une suite est arithmétique si l’on passe d’un terme au suivant en ajoutant le même
coefficient constant r, appelé raison de la suite. Ainsi, pour tout entier naturel n, un+1 = un + r, où r est
la raison de la suite.
Une suite est géométrique si l’on passe d’un terme au suivant en multipliant toujours par le même
coefficient constant q, appelé raison de la suite. Ainsi, pour tout entier naturel n, un+1 = un × q, où q est
la raison de la suite.
158
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
L’expression (2) est une suite géométrique de raison q avec q = 1 – 10%. Soit
q = 1 – 0,1 = 0,9. La somme de cette suite géométrique se calcule comme :
1000 1000
= = 10000 (3)
1 − (1 − 0,1) 0,1
On voit que les 1 000 € de dépôts initiaux ont permis au système bancaire de
créer un supplément de monnaie égal à 10 000 €, soit une quantité de monnaie
multipliée par 10.
En notant r le coefficient de réserves obligatoires (ici r = 10%), on peut alors
déterminer l’expression du multiplicateur de crédit, noté m, comme :
1
m=
(4)
r 1
Ce multiplicateur de crédit indique que chaque euro de dépôt peut générer
r
euro de monnaie supplémentaire.
Dans l’exemple, le multiplicateur de crédit est égal à :
1 1
m= = = 10 (5)
r 0,1
Avant de modéliser totalement le multiplicateur de crédit, généralisons notre exemple.
Si on note a le dépôt initial et, toujours, r le coefficient de réserves obligatoires, on
peut calculer le supplément de monnaie créé, noté ∆M, de la manière suivante :
∆M = a + a(1 − r) + a(1 − r)2 + a(1 − r)3 + … + a(1 − r)n(6)
∆M – la quantité supplémentaire de monnaie créée – est la somme des termes
d’une suite géométrique de premier terme a et de raison (1 − r). Cette somme vaut :
a 1 − (1 − r )
n
S= (7)
1 − (1 − r )
Lorsque n → ∞ , cette somme s’écrit : On aboutit exactement au même
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
1 1
Présentons à présent, de manière plus formelle, un modèle du avec m = = .
1 − (1 − r ) r
multiplicateur de crédit. L’exemple ci-dessus tient compte d’un
159
Macroéconomie
type de fuite : les réserves obligatoires. Or, nous l’avons dit, les banques sont
confrontées à, principalement, deux types de fuite : les réserves obligatoires et
les retraits de billets.
Pour développer le modèle du multiplicateur de crédit en tenant compte de ces
deux types de fuites, il faut reprendre la définition de la masse monétaire, de la
base monétaire et intégrer les hypothèses relatives aux réserves obligatoires et
aux retraits des billets.
La masse monétaire, notée M, est composée des billets (notés B) et des dépôts
(notés D). Ainsi :
M = B + D(10)
La base monétaire, notée H (aussi appelée monnaie centrale,
La base monétaire correspond
i.e. la monnaie émise par la banque centrale), est composée des
au passif de la banque centrale.
billets (B) et des réserves obligatoires (notées RO). Dès lors :
H = B + RO(11)
On sait que les réserves obligatoires correspondent à une fraction r des dépôts,
soit : RO = rD. Par ailleurs, on fait l’hypothèse que les billets représentent une
proportion b de la masse monétaire, soit : B = bM.
Dès lors, les dépôts constituent le complément à la masse monétaire. Soit :
D = (1 − b ) M .
On peut réécrire la base monétaire comme :
H = B + RO = bM + rD = bM + r (1 − b) M = M b + r (1 − b) (12)
160
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
L’équation (13) nous indique qu’il existe, au niveau macroéconomique, une rela-
tion entre la masse monétaire et la base monétaire. Le multiplicateur de crédit
mesure ainsi le rapport entre la masse monétaire et la base monétaire. Cette
relation est fonction des facteurs de la liquidité bancaire (ici b et r).
monnaie est alors considérée comme exogène. C’est la vision défendue par
la Currency School.
Cependant, une telle vision est discutable car elle occulte totalement le rôle
des banques de second rang dans le processus de création monétaire. Or, nous
l’avons vu, les banques peuvent créer de la monnaie (via l’octroi de crédits) et
ont des relations entre elles (qui impliquent des paiements interbancaires).
En effectuant ces opérations, les banques de second rang jouent un rôle actif,
de premier plan, dans le processus de création monétaire. Dans ce cas, la rela-
tion entre la masse monétaire et la base monétaire est inversée, par rapport au
principe du multiplicateur de crédit. En effet, lorsque les banques accordent
des crédits, donc créent de la monnaie, elles vont avoir des besoins de refinancement
et vont se tourner, naturellement, vers la banque centrale. Dans ce cas, la base
161
Macroéconomie
162
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
monnaie. D’où ce rôle de « simple intermédiaire des échanges » donné par les
économistes classiques à la monnaie.
En développant la théorie quantitative de la monnaie, les économistes clas-
siques vont également mettre en place une théorie de la demande de monnaie
qui explique la quantité de monnaie désirée par les individus en fonction du
niveau du revenu.
∑p t (15)
en cause.
PT = i i
i =1
163
Macroéconomie
FOCUS
La vitesse de circulation de la monnaie
Il peut être intéressant de mesurer la vitesse de circulation de la monnaie. En effet, l’évolution
de cette dernière dépend « des comportements des agents économiques en matière de dépense et
d’épargne, mais également des habitudes de paiement et des innovations financières et technolo-
giques » (Plihon, 2013). Selon l’approche retenue (approche de Fisher ou approche de Cambridge),
il s’agira d’évaluer une vitesse de transaction (approche de Fisher) ou une vitesse revenu (approche
de Cambridge). Comme il est difficile de mesurer la vitesse de circulation de la monnaie à partir de
l’équation de Fisher, on propose une évaluation de la vitesse de circulation de la monnaie à partir
de l’équation de Cambridge, qui consiste à substituer le PIB au volume des transactions. Pour cela,
on reprend les agrégats monétaires (M1, M2, M3) développés
précédemment auxquels on ajoute le PIB (nominal) de la zone Ces données sont disponibles
euro. Selon l’agrégat retenu (M1, M2, M3), la vitesse (-revenu) de dans le fichier excel Chap 4
circulation se calcule comme : sur [Link].
M
PIB
Avec M respectivement égal à M1, M2 ou M3.
164
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
2
1,8
1,6
1,4
1
0,8
0,6
1999T1
2000T1
2001T1
2002T1
2003T1
2004T1
2005T1
2006T1
2007T1
2008T1
2009T1
2010T1
2011T1
2012T1
2013T1
2014T1
2015T1
2016T1
2017T1
2018T1
M1 M2 M3
Source : calcul de l’auteur à partir de données BCE.
Contrairement aux hypothèses de Fisher, la vitesse de circulation (quel que soit l’agrégat étudié) n’est
pas constante. Elle suit, depuis 1999, une tendance baissière avec des fluctuations cycliques sur le très
court terme. Cette baisse tendancielle pourrait s’expliquer par la diminution de l’inflation ainsi que
par la substitution opérée entre les différentes formes de monnaie.
À partir de l’équation (14), Fisher pose trois hypothèses fondamentales qui vont
avoir une portée en termes de politique monétaire :
■■ à court terme, la vitesse de circulation de la monnaie est constante ;
■■ l’économie est en situation de plein-emploi. Dès lors, le volume des transac-
tions est stable ;
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
165
Macroéconomie
166
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
167
Macroéconomie
168
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
qui existe entre le prix d’un titre et le taux d’intérêt : plus le taux nous voyons bien que le taux
d’intérêt augmente, plus il est rentable de détenir un titre plutôt d’intérêt détermine, chez Keynes,
que de la monnaie. Le taux d’intérêt apparaît comme « la récom- la répartition de l’épargne et
pense de la non-thésaurisation et non comme la récompense de non, comme chez les classiques,
le volume de l’épargne.
la non-dépense » (Keynes, 1936, p. 187).
169
Macroéconomie
FOCUS
Prix des titres et taux d’intérêt
Supposons qu’une obligation soit émise pour une valeur
Nous prenons ici l’exemple faciale de 100 € et qu’elle rapporte chaque année 5 %. Le
d’un titre dit perpétuel, c’est- coupon de cette obligation (ce qu’elle rapporte chaque année)
à-dire dont la durée de vie est donc égal à 5 % × 100 € soit 5 €. Supposons que le cours de
(i.e. la maturité) est infinie. l’obligation augmente (pour une raison quelconque) à 125 €.
Ce type d’obligation a L’acheteur de l’obligation devra alors débourser un montant
notamment été émis au cours de 125 € pour recevoir 5 € de coupon. Dès lors, le rendement
du xixe siècle en France sous de l’obligation est désormais égal à 5 €/125 € soit 4 %. À l’in-
le nom de rente perpétuelle. verse, si le prix de l’obligation diminue à, par exemple, 80 €,
À l’heure actuelle, les obligations le rendement du titre est alors de 5/80 soit 6,25 %. On perçoit
émises par l’Agence France donc bien la relation inverse entre le prix du titre et le taux
Trésor (AFT) ont des maturités d’intérêt.
limitées (5 ans, 10 ans). D’une manière plus générale, on peut modéliser la relation
Dès lors, la relation entre le prix inverse entre le prix d’un titre et le taux d’intérêt de la manière
suivante. Notons C la valeur du coupon perçu chaque année
d’un titre et le taux d’intérêt est
par le détenteur du titre. Ce coupon correspond au rendement
« légèrement » plus complexe
de l’obligation, i.e. ce que perçoit comme intérêt le détenteur
que celle évoquée dans l’encadré
du titre. Le prix d’un titre s’écrit comme la somme actualisée
mais le sens de la relation reste
des revenus futurs au taux d’intérêt du marché :
identique, i.e. une relation
C C C C
inverse entre le prix d’un titre P= + 2 + 3 +…+
et le taux d’intérêt. Se reporter 1 + i (1 + i ) (1 + i ) (1 + i )n
à, par exemple, Mishkin (2007, avec P le prix du titre, C le coupon annuel et i le taux d’intérêt
pp. 95‑98) pour une approche du marché. Dès cette première équation, on voit que si le taux
plus détaillée. d’intérêt i augmente, la somme actualisée des revenus futurs
diminue et, par conséquent, le prix du titre baisse. On peut
1
cependant rendre plus claire cette relation inverse. En effet, si l’on multiplie par les deux
1+i
membres de l’équation, on obtient :
P C C C C
= + + +…+
1 + i ( 1 + i )2 ( 1 + i )3 ( 1 + i )4 (1 + i )n + 1
Et en soustrayant les deux équations :
P C C
P− = −
1 + i 1 + i (1 + i )n + 1
C
Lorsque n → ∞ , dès lors → 0.
( i )n
1 +
170
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
Ainsi :
P C
P− =
1+i 1+i
d’où :
C
P=
i
On voit bien qu’il existe une relation inverse entre le prix d’un titre et le taux d’intérêt. Lorsque i aug-
mente (diminue), P diminue (augmente).
Lorsque le cours des titres est élevé (le taux d’intérêt est bas), le spéculateur
anticipe qu’il ne peut que diminuer (donc le taux d’intérêt ne peut qu’aug-
menter). Dans ce cas, il est incité à ne pas acheter de titres (sous peine de
faire des moins-values). Il préfère donc conserver ses avoirs
sous forme de monnaie. Dès lors, la demande de monnaie Mieux vaut rester liquide.
pour motif de spéculation est élevée. À l’inverse, lorsque le En effet, quel serait l’intérêt
cours des titres est faible (le taux d’intérêt est élevé), le spé- d’acheter des titres dont
culateur anticipe que le cours ne peut qu’augmenter (donc le on anticipe la chute des prix ?
taux d’intérêt ne peut que diminuer). Il est alors incité à en
acheter (plus-value potentielle à réaliser). Il diminue donc par conséquent
la part de ses avoirs sous forme de monnaie. La demande de monnaie pour
motif de spéculation est alors faible.
Pour reprendre les travaux de Tobin qui fut le premier à représenter
la demande de monnaie individuelle pour motif de spéculation, Tobin (1958). James Tobin
obtient le prix Nobel d’économie
chaque spéculateur détermine un taux d’intérêt critique1 (ic) lui
en 1981.
permettant, en comparaison avec le taux d’intérêt du marché (i),
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
1 Il s’agit d’un taux d’intérêt avant tout psychologique, propre à chaque individu.
171
Macroéconomie
i (Taux d’intérêt)
Préférence absolue
pour les titres
iC
Préférence absolue
pour la monnaie
▶▶Figure 4.4
La demande
de monnaie L2
individuelle (Demande de monnaie
pour motif pour motif de spéculation)
de spéculation
i (Taux d’intérêt)
Préférence absolue
pour les titres
imax
Zone de spéculation
Préférence absolue
pour la monnaie
▶▶Figure 4.5 imin
La demande
de monnaie
L2
agrégée
(demande de monnaie
pour motif pour motif de spéculation)
de spéculation
172
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
173
Macroéconomie
i (Taux d’intérêt)
Md
= L1(Y)
P
imax
Md
= L1(Y) + L2(i)
P
Md
= L1(Y) + L2(i) avec L’(i)
2
∞
P
imin
▶▶Figure 4.6
La demande Md / P
de monnaie (Demande de monnaie)
agrégée
i (Taux d’intérêt)
imax
imin
▶▶Figure 4.7
La demande
Md / P
de monnaie (Demande de monnaie)
agrégée
174
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
175
Macroéconomie
i (Taux d’intérêt)
MS
P
E
i*
Md
P
▶▶Figure 4.8
L’équilibre
M
sur le marché P
de la monnaie
176
Chapitre 4 La monnaie et le système bancaire
i (Taux d’intérêt)
imax
imin
◀◀Figure 4.9
M1S M0S M2S M/P Les conséquences
d’une variation
Restriction monétaire Expansion monétaire
(diminution de l’offre de monnaie) (augmentation de l’offre de monnaie) de l’offre
de monnaie
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
177
Macroéconomie
178
L’économie
ouverte
Plan
1 La balance des paiements. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 184
2 La position extérieure nette. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 193
3 Les taux de change. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195
4 Les régimes de change. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 202
Objectifs
ÚÚ Définir la balance des paiements et comprendre sa lecture.
ÚÚ Définir et analyser les différentes composantes de la balance
des paiements.
ÚÚ Définir et analyser la position extérieure nette.
ÚÚ Savoir définir et distinguer la convertibilité des monnaies et le régime
de change.
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
183
Macroéconomie
184
Chapitre 5 L’économie ouverte
i.e. de cette transaction, est inscrit, quant à lui, dans la colonne « engagements »
du compte financier (−10 000).
Dès lors, compte tenu de ce mode de comptabilisation, une balance des paiements
est, par définition, toujours équilibrée. Ce sont toutefois les différents soldes
qui la composent qui peuvent être déséquilibrés, comme nous le verrons dans
les sections 1.2 et 1.3. En effet, les flux d’opérations enregistrés dans la balance
des paiements sont répartis en distinguant trois comptes : le compte courant, le
compte de capital et le compte financier.
Pour comprendre et illustrer la construction et la décomposition de la balance des
paiements, nous allons nous appuyer sur le cas de la France pour l’année 2018.
(enregistrés dans le compte financier). En effet les uns sont là, il ne s’agit pas d’un don
la contrepartie des autres. Par conséquent, un pays qui a un destiné à financer tout ou partie
excédent courant (respectivement un déficit courant) acquiert d’un investissement. Le meilleur
exemple est celui des transferts
(respectivement accumule) des actifs étrangers de valeur égale
de fonds des migrants qui sont
(un passif vis-à-vis du reste du monde). Le solde du compte de enregistrés dans les revenus
capital est généralement faible, comparativement aux soldes des secondaires.
deux autres comptes, c’est pourquoi nous pouvons dire que le
solde du compte financier représente approximativement la contrepartie du
solde du compte courant.
Enfin, à ces trois comptes, il faut ajouter la ligne « Erreur et omissions » que
nous expliquerons.
185
Macroéconomie
Lecture de la balance des paiements : un signe (+) représente une écriture au crédit tandis
qu’un signe (–) représente une écriture au débit. Dès lors, dans les échanges commerciaux, une
exportation est inscrite au crédit et une importation est inscrite au débit. Dans les échanges
financiers, une entrée de capitaux est enregistrée au crédit puisqu’elle correspond à une
diminution des créances des résidents sur les non-résidents ou à une hausse des dettes des
résidents vis-à-vis des non-résidents ; une sortie de capitaux est enregistrée au débit puisqu’elle
correspond à une hausse des créances des résidents sur les non-résidents ou à une diminution des
dettes des résidents vis-à-vis des non-résidents.
186
Chapitre 5 L’économie ouverte
■■ les revenus primaires : ils enregistrent les revenus des facteurs de production,
i.e. le travail et le capital. Pour les revenus du travail, sont enregistrés au
crédit les rémunérations des salariés français en mission à l’étranger et, au
débit, la rémunération des salariés étrangers en mission en France. Pour les
revenus du capital, sont enregistrés au crédit l’ensemble des rendements des
investissements français à l’étranger (dividendes, intérêts, etc.) et, au débit,
les rendements des investissements étrangers en France ;
■■ les revenus secondaires : ils comptabilisent, essentiellement, les transferts des
travailleurs migrants, mais aussi l’ensemble des transferts courants (reçus et
versés) comme, par exemple, les prestations sociales, les contributions (reçues
et versées) aux institutions internationales (Fonds monétaire international,
Banque mondiale, etc.) et européennes (budget européen, etc.), etc.
187
Macroéconomie
188
Chapitre 5 L’économie ouverte
189
Macroéconomie
BG CFN CF AR(7)
Compte tenu de la décomposition du solde du compte financier, les équations
(6) et (7) sont strictement équivalentes puisque CF FF AR.
Nous savons que, aux erreurs et omissions près, le solde de la balance des paie-
ments est égal à zéro. Dès lors, l’équation (7) implique :
BG AR(8)
190
Chapitre 5 L’économie ouverte
BG + ∆AR + EO = BP = 0 (9)
Démontrons-le :
BG
+ ∆AR + EO = BP = 0
TC +CC + FF
TC + CC +
FF+∆ + EO = BP = 0
AR
CF
TC + CC + CF + EO = BP = 0
La figure 5.1 résume la construction de la balance des paiements et l’articulation
entre les comptes la composant.
des paiements
191
Macroéconomie
R AR(11)
BG R(12)
Pour conclure, retenons deux points essentiels :
■■ le solde de la balance des paiements est toujours équilibré. Écrire, dire, lire
ou écouter qu’une balance des paiements est déséquilibrée est un abus de
langage qu’il faut éviter. Cependant, si la balance des paiements est, par
construction comptable, toujours équilibrée, les soldes la composant – soldes
des comptes courant, de capital et financier – peuvent ne pas l’être. C’est
d’ailleurs généralement le cas. Ce sont toutefois ces différents soldes qui
apportent les informations économiques nécessaires pour comprendre la
situation de la nation vis-à-vis du reste du monde ;
■■ aux erreurs et omissions près, les déficits courants des uns correspondent
aux excédents courants des autres. Ainsi, au niveau mondial, la somme des
excédents et des déficits courants devrait être égale à zéro. Or ce n’est pas le
cas comme le montre la figure 5.2. Les erreurs de mesure sont l’explication
la plus souvent avancée.
192
Chapitre 5 L’économie ouverte
1 000 000,00
800 000,00
600 000,00
400 000,00
200 000,00
0,00
– 200 000,00
– 400 000,00
– 600 000,00
– 800 000,00
– 1 000 000,00
1980
1981
1982
1983
1984
1985
1986
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
États-Unis Amérique du Sud, centrale et Caraïbes
Union Européenne Chine ◀◀Figure 5.2
Japon Asie du Sud-Est Les déséquilibres
courants
Monde au niveau mondial
(en millions
Source : CHELEM, Cepii.
de dollars)
La position extérieure est un document comptable très utile puisqu’il complète les
informations issues de la balance des paiements. En effet, cette dernière enregistre
des informations sous forme de flux alors que la position extérieure enregistre des
informations sous forme d’encours (de stocks). La position extérieure renseigne
sur l’ensemble des stocks d’actif brut et de passif brut vis-à-vis du reste du monde.
Les stocks d’actifs bruts enregistrent toutes les créances vis-à-vis des non-résidents
(les avoirs bruts vis-à-vis du reste du monde) tandis que les stocks de passifs bruts
contiennent l’ensemble des dettes vis-à-vis des non-résidents (les engagements
bruts vis-à-vis du reste du monde).
La position extérieure nette (notée PEN) exprime ainsi la différence entre l’actif
brut et le passif brut, i.e. la différence entre les avoirs bruts et les engagements
bruts vis-à-vis du reste du monde.
193
Macroéconomie
La figure 5.3 présente l’évolution des avoirs bruts et des engagements bruts ainsi
que la PEN (en % du PIB) pour les États-Unis.
200,0 % 10,0%
180,0 %
0,0 %
160,0 %
140,0 %
– 10,0 %
120,0 %
100,0 % – 20,0 %
80,0 %
– 30,0 %
60,0 %
40,0 %
– 40,0 %
20,0 %
– 50,0 %
19 0
19 2
19 4
19 6
19 8
19 0
19 2
19 4
19 6
19 8
19 0
19 2
19 4
19 6
20 8
20 0
20 2
20 4
20 6
20 8
20 0
20 2
14
7
7
7
7
7
8
8
8
8
8
9
9
9
9
9
0
0
0
0
0
1
1
19
▶▶Figure 5.3
PEN - éch. de droite Engagements bruts Avoirs bruts
La PEN
des États-Unis
Source : Lane et Milesi-Ferretti (2007).
(en % du PIB)
La figure 5.3 peut être complétée par la figure 5.4 qui présente pour une sélection
de pays, l’évolution de leurs PEN au cours des 40 dernières années.
Italie
Canada
Japon
Allemagne
France
États-Unis
194
Chapitre 5 L’économie ouverte
195
Macroéconomie
à l’euro) et, dans le second cas (baisse du taux de change), l’euro perd de sa valeur
par rapport au dollar (ou le dollar gagne de la valeur par rapport à l’euro).
De manière symétrique, le taux de change à l’incertain indique le nombre d’unités
de monnaie nationale nécessaire pour obtenir une unité de monnaie étrangère.
Toujours en nous plaçant d’un point de vue européen, le taux de change euro/dollar
à l’incertain indique le nombre d’euros nécessaire pour acquérir un dollar américain.
Ici, en reprenant notre exemple, le taux de change de l’euro/dollar à l’incertain est
de 0,91 (soit 1/1,10). Il s’agit du prix du dollar en euro (1 dollar = 0,91 euro).
Une hausse, respectivement une baisse, du taux de change euro/dollar à l’incertain
implique une appréciation du dollar (une dépréciation de l’euro), respectivement,
une dépréciation du dollar (une appréciation de l’euro). Bien évidemment, les
deux taux de change (au certain et à l’incertain) fournissent la même information.
Et pour cause, l’un est l’inverse de l’autre.
FOCUS
La norme ISO
Sur le marché des changes ainsi que sur les plateformes proposant le cours des monnaies1, il est d’usage
d’utiliser la norme ISO pour identifier les monnaies. La norme ISO est une norme internationale consis-
tant à identifier chaque monnaie échangée par un code composé de trois lettres. Ainsi, EUR, USD, JPY
ou encore GBP, définissent, respectivement l’euro, le dollar américain, le yen japonais et la livre sterling.
Ces codes sont utilisés pour éviter les confusions provoquées par le nom ou le symbole d’une monnaie.
Ainsi, le taux de change de l’euro en dollar sera noté EUR/USD et le taux de change du dollar en euro
sera, lui, noté USD/EUR. Autre exemple, le taux de change USD/JPY, i.e. le taux de change du dollar
américain en yen japonais, au 27 novembre 2019, était égal à 109,097. Cela signifiait que 1 dollar amé-
ricain valait 109,097 yens japonais. Autrement dit, il fallait 109,097 yens japonais pour obtenir 1 dollar
américain.
Par ailleurs, si l’on se place d’un point de vue américain, le taux de change euro/
dollar au certain correspond au taux de change dollar/euro à l’incertain et le taux de
change euro/dollar à l’incertain correspond au taux de change dollar/euro au certain.
On le voit, parler d’appréciation (ou de dépréciation) d’un taux de change néces-
site de connaître le mode de cotation de ce dernier afin de déterminer quelle
monnaie s’apprécie (et quelle monnaie se déprécie).
Quel que soit le mode de cotation – certain ou incertain – nous observons un effet
miroir : l’appréciation (la dépréciation) d’une monnaie par rapport à une autre cor-
respond à la dépréciation (l’appréciation) de cette dernière par rapport à la première.
196
Chapitre 5 L’économie ouverte
Exemple
Imaginons un pays i qui a deux partenaires commerciaux que sont les pays j et k.
Si nous notons, respectivement, E ij et E ik les taux de change nominaux bilatéraux au
certain de la monnaie i contre, respectivement, les monnaies j et k et ωj et ωk le poids
respectif des échanges commerciaux du pays i avec, respectivement, les pays j et k,
le taux de change effectif nominal du pays i, noté Ê i , s’écrit :
( ) × ( Eik )
ωj
Eˆ i = Eij
ωk
(13)
∏ (E )
ωj
Eˆ i = ij
(14)
j =1
J
avec ∑ω
j =1
j = 1.
197
Macroéconomie
Comme nous l’avons étudié au chapitre 3, le niveau général des prix peut se
mesurer à partir des biens et des services produits (indice des prix à la production)
ou des biens et des services consommés (indice des prix à la consommation).
Pour simplifier la présentation, nous utiliserons la notion « générale » d’indice
des prix qui peut aussi bien s’interpréter comme l’indice des prix à la production
ou bien comme l’indice des prix à la consommation.
N’oublions pas qu’une baisse Une hausse (respectivement une baisse) de Q ij corres-
du pouvoir d’achat de la monnaie pond à une appréciation (respectivement une dépréciation)
i dans le pays j correspond, réelle de la monnaie du pays i. Une appréciation (respecti-
par symétrie, à une hausse vement dépréciation) réelle s’interprète comme une baisse
du pouvoir d’achat de la monnaie (respectivement une hausse) du pouvoir d’achat de la monnaie
j dans le pays i. Ceci peut i dans le pays j. Une appréciation (respectivement dépréciation)
facilement se comprendre à l’aide
réelle se produit parce que la valeur en monnaie j des prix
de l’exemple développé à partir
du taux de change de l’euro
du pays i augmente (respectivement diminue) par rapport au
par rapport au dollar. prix du pays j.
Utilisons un exemple numérique pour illustrer le concept du taux
de change réel bilatéral. Pour que l’exemple soit le plus concret, intéressons-nous
au taux de change réel de l’euro par rapport au dollar. Imaginons que :
■■ le prix du panier de biens de référence aux États-Unis soit égal à 200 $ ;
■■ le prix du panier de biens de référence dans la zone euro soit égal à 150 € ;
■■ le taux de change EUR/USD soit égal à 1,20.
198
Chapitre 5 L’économie ouverte
Le taux de change réel de l’euro par rapport au dollar, noté Q€$ se calcule comme :
E × PEUR (16)
Q€$ = EUR /USD
PUS
PEUR
Avec EUSD/ EUR le taux de change USD/EUR. Soit :
0, 83 × 200
Q€$ = = 1,11 (19)
150
Le taux de change réel Q €$ compare ici le prix en euros du panier américain
– 0,83 × 200 = 166,67 (le prix du panier américain exprimé en euros est égal à
166,67 €) – au prix en euros du panier européen. Nous voyons ici que le panier
américain exprimé en euros coûte 11,1 % plus cher que le panier européen.
Que ce soit à travers notre exemple ou avec l’équation (15), nous voyons
que l’évolution du taux de change réel dépend à la fois de celle du taux de
change nominal et des prix domestiques et étrangers. Plus le différentiel de
199
Macroéconomie
prix entre les pays i et j est faible (respectivement élevé), plus l’évolution des
taux de change nominal et réel est identique (respectivement différente).
La figure 5.6 présente l’évolution, à partir de données mensuelles, des taux de
change nominal et réel de l’euro par rapport au dollar ainsi que le différentiel
de prix entre la zone euro et les États-Unis. Il n’y a, a priori, aucune raison
pour que les évolutions des taux de change nominal et réel soient identiques,
mis à part si le rapport des prix est proche de 1. Dans le cas de l’euro, sur
l’ensemble de la période, le rapport des prix européen et américain étant,
relativement, proche de 1, les taux de change nominal et réel de l’euro par
rapport au dollar sont proches.
Taux de change nominal et réel et indices des prix
140 1,1
130
1,05
120
1
110
100 0,95
90
0,9
80
0,85
70
60 0,8
jan-97
jui-97
jan-98
jan-99
jui-99
mai-00
jan-01
sep-01
mai-02
jan-03
sep-03
mai-04
jan-05
sep-05
mai-06
jan-07
sep-07
mai-08
jan-09
sep-09
mai-10
jan-11
sep-11
mai-12
jan-13
sep-13
mai-14
jan-15
sep-15
mai-16
jan-17
sep-17
mai-18
jan-19
sep-19
▶▶Figure 5.6 Taux de change nominal USD/EUR
Taux de change Taux de change réel du dollar par rapport à l'euro
nominal et réel
Rapport des prix (éch. de droite)
de l’euro (par
Source : Banque centrale européenne et Fed de St. Louis.
rapport au dollar)
ZOOM
La parité de pouvoir d’achat
La parité de pouvoir d’achat (PPA) est le principe selon lequel le taux de change entre deux monnaies est
déterminé par le rapport entre leurs pouvoirs d’achat, i.e. par le rapport entre les indices de prix des deux
pays considérés.
200
Chapitre 5 L’économie ouverte
En notant E le taux de change nominal au certain (nombre d’unités de monnaie étrangère pour obtenir
une unité de monnaie domestique), P le niveau des prix domestiques et P * le niveau des prix étrangers,
la PPA s’écrit :
P*
(1) E=
P
L’équation (1) est dénommée PPA absolue. Elle exprime l’idée que le niveau général des prix doit
être identique dans tous les pays, lorsqu’il est exprimé dans la même monnaie. Au niveau macro
économique, la PPA absolue traduit la loi du prix unique. Nous voyons également que la PPA absolue
exprime un taux de change réel, noté Q, égal à 1, puisque :
EP
= 1 = Q (2)
P*
La version relative de la PPA se déduit de la version absolue. Dans la version relative, plutôt que de
raisonner sur des grandeurs en niveau, nous raisonnons à partir de grandeurs en variations relatives.
Ainsi, la PPA relative s’écrit :
e = p* − p(3)
où e, p* et p correspondent, respectivement à la variation relative du taux de change (dE/E), de l’indice
des prix étrangers (dP */P *) et de l’indice des prix domestiques (dP/P). Autrement dit, la PPA relative
exprime la variation du taux de change en fonction de la différence entre les taux d’inflation étranger
et domestique. Dans ce cas, la variation du taux de change réel, notée q, est égale à 0, puisque :
e + p − p* = 0 = q(4)
L’équation (3) démontre que si le pays domestique connaît une inflation supérieure (respectivement
inférieure) à celle du pays étranger, sa monnaie doit se déprécier (respectivement s’apprécier) d’un
taux égal au différentiel d’inflation. Par exemple, si le taux d’inflation domestique est de 5 % et que le
taux d’inflation étranger est de 3 %, le taux de change e doit varier de :
dE dP * dP
= * − = 3% − 5% = −2% (5)
E
P P
e p* p
Pour conclure, on peut spécifier un peu plus l’équation (15). En effet, nous pou-
vons détailler les indices de prix Pi et Pj qui sont, respectivement, les prix des
paniers de biens des pays i et j. Ces paniers sont composés de plusieurs biens.
Dès lors, en notant Pi le prix du bien k dans le panier de bien du pays i et α k
k
Pi = ∏(P )
k =1
i
k αk
(20)
∏(P )
αk
Pj = j
k
(21)
k =1
201
Macroéconomie
Dès lors, l’équation (15) se réécrit, compte tenu des équations (20) et (21), comme :
∏ (P )
K
k αk αk
Eij × Pi K
Eij × Pi k
∏
i
Qij = = Eij × k =1 = (22)
∏ (P )
αk
Pj K
k Pj
k
k =1
j k =1
Le taux de change réel apparaît ainsi comme une moyenne géométrique des
prix relatifs entre les pays i et j de l’ensemble des biens composant les paniers
de ces pays.
∏ (Q )
ωj
Qˆ i = ij
(23)
j =1
J
avec ∑ω
j =1
j = 1.
1 Les autorités monétaires sont, en général, la banque centrale du pays ou le ministère des Finances
(la direction générale du Trésor) lorsque la banque centrale n’est pas indépendante du pouvoir
politique.
202
Chapitre 5 L’économie ouverte
Régimes de change
Ancrage fixe dur Flottement
intermédiaire
Flottement
administré
Union Change fixe avec
monétaire bande de fluctuation Flottement
libre
Flexibilité
Change fixe croissante
Dollarisation Euroïsation conventionnel
Caisse Ancrage Flottement
d’émission glissant ◀◀Figure 5.7
(currency board) La typologie
des régimes
Source : FMI, Annual Report on Exchange Arrangements and Exchange Restrictions, avril 2019.
de change
203
Macroéconomie
FOCUS
Dollarisation, euroïsation, caisse d’émission
et union monétaire
La dollarisation ou l’euroïsation est la situation dans laquelle un pays décide d’abandonner l’usage de sa
propre monnaie pour adopter une nouvelle monnaie : le dollar américain (dollarisation) ou l’euro (euro
ïsation). C’est une pratique généralement adoptée lorsque la monnaie nationale n’a plus aucune valeur.
Des pays comme l’Équateur (pour le dollar) ou le Monténégro (pour l’euro) ont adopté de telle pratique.
L’union monétaire est, également, un système de change fixe, irrévocable, dans lequel un groupe de
pays décide d’adopter une monnaie unique. Cette monnaie unique vient alors se substituer aux mon-
naies nationales. Par conséquent, ces pays renoncent à leur autonomie monétaire. On peut distinguer
deux types d’unions monétaires :
•• l’union monétaire avec monnaie unique, appelée également union monétaire complète (exemple de
la zone euro). Dans ce cas, les monnaies nationales disparaissent au profit de la monnaie unique. Il n’y
a donc qu’une seule monnaie qui circule ;
•• l’union monétaire avec monnaie commune, appelée également union monétaire incomplète
(exemple de la zone CFA). Il y a, dans ce cas, une double circulation monétaire : les pays formant
l’union monétaire conservent leur monnaie nationale pour effectuer des transactions et disposent éga-
lement de la monnaie de référence pour régler certains types de transactions.
La caisse d’émission, plus connue sous le terme anglais de currency board, est une autre forme d’an-
crage fixe. Dans un tel système, la monnaie nationale, dont le taux de change est fixe par rapport à une
monnaie de référence, continue de circuler mais son émission par la banque centrale est adossée aux
réserves de change. La banque centrale ne peut émettre de la monnaie nationale que si les réserves
de change augmentent. Deux exemples de currency board sont régulièrement cités pour souligner les
succès et les échecs d’un tel régime de change : Hong Kong (pour son succès) et l’Argentine (pour son
échec).
204
Chapitre 5 L’économie ouverte
205
Macroéconomie
206
Chapitre 5 L’économie ouverte
207