Introduction au calcul matriciel
Introduction au calcul matriciel
15 novembre 2022
IX - CALCUL MATRICIEL
On note A = (aij )16i6n,16j6p , les (ai,j ) étant les — On appelle matrice diagonale toute matrice
coefficients de la matrice A, ai,j étant le coefficient carrée (aij )16i,j6n telle que pour tous i, j ∈
de la ie ligne et de la j e colonne. J1, nK, i 6= j ⇒ ai,j = 0.
La matrice (ai,j )16j6p est la ie ligne de A, par- — On appelle matrice triangulaire supérieure
fois notée ai,∗ . (resp. inférieure) toute matrice carrée
La matrice (ai,j )16i6n est la j e colonne de A, (aij )16i,j6n telle que pour tous i, j ∈ J1, nK
parfois notée a∗,j . tells que i > j (resp. i < j), aij = 0.
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IX - CALCUL MATRICIEL
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IX - CALCUL MATRICIEL
=
X X
ai` b`k ckj xp
`=1 k=1
q
XX p Alors, en notant C1 ,. . . ,Cp les colonnes de M ,
= ai` b`k ckj on a
p
k=1 `=1 X
q
X X p
! MX = x k Ck .
= ai` b`k × ckj , k=1
k=1 `=1
En particulier, la matrice M X est une combinai-
qui est le coefficient i, j de (AB)C. D’où l’égalité son linéaire de la famille (C1 , . . . , Cn ).
voulue.
Remarque 1.1.10.
2. idem
n
! En reprenant les notations de la remarque précé-
dente, si l’on note Ei la matrice colonne élémen-
X
3. In A = δik akj = (δii aij ) = (aij ) = A.
k=1 taire de dimension p (tous ses coefficients sont
4. Direct. nuls, sauf le ie qui vaut 1), c’est-à-dire
0
Remarque 1.1.8. ..
.
Par associativité, il y a 5 manières de calculer
0
ABCD qui conduisent toutes au même résul-
Ei = 1 = (δi,k )16k6p ,
tat : ((AB)C)D = (A(BC))D = A((BC)D) =
0
A(B(CD)) = (AB)(CD). Mais le temps de calcul ..
est-il le même dans les 5 cas ? C’est le problème .
de la multiplication matricielle enchaînée (Matrix 0
chain multiplication ou Matrix Chain Ordering
Problem (MCOP) en anglais). Plus généralement, le 1 se trouvant en ie position.
le problème est de savoir dans quel ordre effec- On a alors
tuer les produits pour calculer le plus efficacement δ1i
p
possible un produit de matrices M1 .M2 . · · · .Mn . .. X
Ce problème peut se résoudre par programmation M Ei = M . = δki Ck = Ci .
δpi k=1
dynamique, ce qui est au programme en option
informatique, mais même si ce n’est pas toujours
la solution optimale, il vaut mieux commencer 1.2 Matrices carrées
par les produits qui font apparaître des « petites »
Remarque 1.2.1.
matrices.
Si A et B sont deux matrices carrées d’ordre n,
Précisément, le produit d’une matrice n × p par
alors AB et BA sont définies et également de
une matrice p × q nécessite de l’ordre de n × p × q
taille n. On dit que le produit matriciel est une
opérations. Ainsi, si A ∈ M10,100 (K), B ∈ M100,5
loi de composition interne de Mn (K).
et C ∈ M5,50 , le calcul de (AB)C demande de
De plus, In .A = [Link] = A. On dit que In est le
l’ordre de (10 × 100 × 5) + 10 × 5 × 50 = 7 500
neutre de Mn (K) pour le produit matriciel.
opérations, alors que celui de A(BC) en demande
Enfin, la propriété de bilinéarité montrée précé-
de l’ordre de 100 × 5 × 50 + 10 × 100 × 50 = 75 000.
demment montre que (Mn (K), +, ×) a une struc-
Remarque 1.1.9. ture d’anneau, non commutatif.
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IX - CALCUL MATRICIEL
Remarque 1.2.4. 0 −2 0 1 2 0
On remarque que les puissances d’une même ma- = B + C.
trice commutent entre elles :
Calculer A3 avec
k j
M ×M =M × M{z. . . × M} × M × M{z. . . × M}
| | 3 0 0
k fois j fois
A = 0 1 −2
= |M × M{z. . . × M} 0 4 6
(k+j) fois
1 0 0 2 0 0
= |M × M{z. . . × M} × M
|
× M{z. . . × M} = 0 1 −1 + 0 0 −1
j fois k fois 0 1 2 0 3 4
j k
=M ×M . = B + C.
Démonstration (Unicité).
Lemme 1.2.6. Soit B, C ∈ Mn (K) deux « inverses » de A. Alors,
Soit A, B ∈ Mn (K) vérifiant AB = BA. Alors,
B = BIn = B(AC) = (BA)C = In C = C.
pour tout p, q ∈ N, Ap B q = B q Ap .
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Démonstration.
Définition 1.4.1 (matrice élémentaire).
Soit p ∈ N. Comme A et A−1 commutent, Ap (A−1 )p = Si 1 6 i, j 6 n, on définit la matrice
(AA−1 )p = Inp = In , de même de l’autre côté.
0 ... ... 0
Enfin, le cas particulier des matrices carrées .
.. ..
d’ordre 2 est à connaître sur le bout des doigts. 1 .
Ei,j = . = (δi,k δj,` )16k,`6n ,
. ..
. .
0 ... ... 0
Définition 1.3.6.
le 1 se trouvant sur la ie ligne et la j e colonne de
Le déterminant d’une matrice carrée d’ordre 2
! M.
a b
A= est det A = ad − bc.
c d
Remarque 1.4.2.
Si M = (mi,j ) ∈ Mn (K), alors
X
Proposition 1.3.7. M= mi,j Ei,j .
!
16i,j6n
a b
Une matrice, carrée d’ordre 2, notée A =
c d Remarque 1.4.3.
est det A = ad − bc est inversible si et seulement On pourrait très bien considérer des matrices élé-
si son déterminant est non
! nul. Le cas échéant, mentaires qui ne soient pas carrées. Les résultats
1 d −b suivants sont alors valides, sous réserve de com-
A−1 = .
ad − bc −c a patibilité des dimensions lors des produits, mais
les notations deviennent alors plus lourdes.
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IX - CALCUL MATRICIEL
Lemme 1.4.4.
Si 1 6 i, j 6 n, notons Γi la matrice colonne de
dimension n dont tous les coefficients sont nuls, Nous pouvons donner trois démonstrations (ou
sauf le ie qui vaut 1, et Λj la matrice ligne de plutôt, trois versions d’une même démonstration)
dimension n dont tous les coefficients sont nuls, de ce résultat. Le plus important est toutefois
sauf le j e qui vaut 1 : de savoir tracer le dessin du produit de ces deux
matrices : le produit s’y lit immédiatement.
0
.. Tout d’abord, utilisons la remarque 1.1.10.
.
0 Démonstration.
Soit α ∈ [[1, n]]. La αe colonne de Eij ×Ek,` est Eij Cα où Cα
Γi = 1 = (δi,k )16k6n ,
est la αe colonne de Ek,` (c’est une colonne élémentaire).
0 6 `, Cα = 0n1 , donc toutes les colonnes de Ei,j ×
Si α =
..
Ek,` sont nulles sauf peut-être la `e.
.
Cette `e colonne de Ek,` est égale à Γk (colonne élé-
0 mentaire introduite dans le lemme 1.4.4). Par la re-
marque 1.1.10, Eij Γk est la ke colonne de Eij . Celle-ci
le 1 se trouvant en ie position, et 6 k. Sinon, il s’agit de la colonne élémentaire
est nulle si j =
Γi .
Λj = 0 · · · 0 1 0 ··· 0 = (δj,` )16`6n , On en déduit le résultat.
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IX - CALCUL MATRICIEL
Remarque 1.4.13.
par la matrice Tij (λ) (attention aux coeffi- Si par opérations élémentaires sur les lignes ou les
cients !). colonnes d’une matrice on arrive à In , on obtient
donc rapidement l’inverse de cette matrice.
Démonstration. Exercice 1.4.14. !
On appelle L1 , . . . , Ln les lignes de A et C1 , . . . , Cp ses 1 3
colonnes. Avec A = , montrer que A est inver-
−2 2
Tout est fondé sur le lemme 1.4.7.
Ei,j A est la matrice nulle, sauf pour sa ie ligne qui vaut sible et calculer A−1 en procédant par opérations
Lj . On a alors immédiatement les effets demandés. élémentaires sur les lignes et/ou les colonnes de
A.
Exemple 1.4.11.
Calculer
1.5 Transposition et matrices symétriques
1 0 0 1 2 3 1 0 0 1 0 0
0 2 0 4 5 6 0 0 1 2 1 0
Définition 1.5.1.
0 0 1 7 8 9 0 1 0 0 0 1
Soit A ∈ Mn,p (K), A = (aij ). On appelle transpo-
sée de A la matrice de dimension p × n notée A>
7 3 2
et définie par
On trouve 32 12 10.
25 9 8 ∀i ∈ J1, pK, ∀j ∈ J1, nK, (t A)i,j = aj,i .
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IX - CALCUL MATRICIEL
Lemme 1.6.1.
Remarque 1.5.5. Le produit de deux matrices triangulaires de
La transposition permet de transformer des résul- même type est aussi une matrice triangulaire,
tats sur les colonnes en résultats sur les lignes, et de même type.
inversement. Par exemple, une matrice est inver-
sible si et seulement si ses lignes sont linéairement Démonstration.
indépendantes. On réalisera bien entendu un dessin.
On le démontre pour deux matrices triangulaires supé-
rieures, on obtient par transposition le résultat désiré sur
les matrices triangulaires inférieures.
Soit A, B ∈ Mn (R) deux matrices triangulaires supé-
Définition 1.5.6. rieures, soit 1 6 j < i 6 n. Le coefficient d’indice (i, j) de
AB est
A ∈ Mn (K) est dite symétrique (resp. antisymé- n
X
trique) si A = A> (resp. A = −A> ). ai,k bk,j
On note souvent Sn (K) l’ensemble des matrices k=1
Considérons k ∈ [[1, n]]. Si k > j, on a bk,j = 0, car B est
symétriques de dimension n à coefficients dans K, trianglaire supérieure. Sinon, on a k 6 j, donc k < i, donc
et An (K) celui des matrices antisymétriques. on a ai,k = 0, car A est trianglaire supérieure.
n
X
Ainsi, ai,k bk,j = 0, donc AB est triangulaire supé-
k=1
Remarque 1.5.7. rieure.
Une matrice symétrique ou antisymétrique est
toujours carrée. Théorème 1.6.2.
Exemple Une matrice triangulaire est inversible si et seule-
! 1.5.8. !
0 2 1 0 ment si aucun de ses coefficients diagonaux n’est
est symétrique, pas . nul.
2 1 2 1
Le cas échéant, l’inverse d’une matrice triangu-
Exemple
! 1.5.9. ! laire est triangulaire, de même type.
0 −2 1 0
est anti-symétrique, pas .
2 0 0 1 On donne ici une preuve élémentaire de ce ré-
sultat, nous en donnerons une plus abstraite (et
plus efficace) au second semestre.
Proposition 1.5.10. Démonstration.
Quitte à transposer, il suffit de considérer une matrice
Les coefficients diagonaux d’une matrice antisy- T = (ti,j ) triangulaire supérieure.
métrique sont nuls. Supposons que pour tout 1 6 j 6 n, tj,j 6= 0. On effectue
pour tout j allant de n à 1 et pour chaque 1 6 i 6 j − 1
l’opération
Démonstration. ti,j
Li ← Li − Lj ,
Soit i ∈ [[1, n]], on a aii = −aii donc aii = 0. tj,j
puis l’opération
Exercice 1.5.11. 1
Lj ← Lj ,
tj,j
Soit M ∈ Mn (R). Montrer qu’il existe un unique
on obtient la matrice identité. Or, toutes les matrices
couple (A, S) tel que d’opérations élémentaires utilisées sont triangulaires supé-
— M =A+S ; rieures. Il existe donc des matrices triangulaires supérieures
— A ∈ An (R) ; T1 . . . Tp telles que
— S ∈ Sn (R). T1 . . . Tp T = In .
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IX - CALCUL MATRICIEL
Notamment, si X est une solution de SH , tous les vecteurs 2.2 Systèmes et matrices inversibles
colinéaires à X seront aussi solution de SH , donc SH est
infini. L’inversibilité des matrices d’opérations élémen-
Ensuite, soit X0 ∈ Mn,1 (K) solution de S. On a taires est la raison pour laquelle le pivot de Gauss
est bien une méthode de résolution des systèmes
X ∈ Sol ⇔ AX = B
linéaires.
⇔ AX = AX0
On a en effet le résultat élémentaire suivant.
⇔ A(X − X0 ) = 0
⇔ X − X0 ∈ SolH ,
( x −3 Démonstration.
x + 3y = 0 Effectuer une opération élémentaire sur les lignes d’un
⇔ y = y 1 .
2y + z = 0 système linéaire revient à multiplier à gauche la matrice
z −2 de ce système ainsi que le membre de droite par une ma-
trice d’opération élémentaire, qui est inversible. Par le
Ainsi, l’ensemble des solutions homogènes est une lemme 2.2.1, les deux systèmes sont équivalents.
droite vectorielle dirigée par le vecteur de coor-
Le cas particulier où la matrice du système
données (−3, 1, −2).
est carrée et inversible (on parle de système de
De même, si (x, y, z) ∈ R3 , on a
Cramer) est simple.
(
x + 3y = 2
2y + z = 1 Proposition 2.2.3.
x
2
−3
Soit A ∈ GLn (K), soit X, B ∈ Mn,1 (K). Alors,
⇔ y = 0 + y 1 .
AX = B ⇔ X = A−1 B.
z 1 −2
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!
Théorème 2.2.4. −1 −3 −2
A = .
Soit A ∈ Mn (K). La matrice A est inversible si et 2 1
seulement si pour tout B ∈ Mn,1 (K), le système
AX = B admet une unique solution.
Démonstration.
Cela sera démontré au second semestre.
Exercice 2.2.7.
Remarque 2.2.5. Pour chacune des matrices suivantes, déterminer
Le cas échéant, on utilise la proposition 2.2.3 pour si elle est inversible et, le cas échéant, donner son
lire l’expression de A−1 . inverse.
Exemple 2.2.6. !
1 2
Considérons la matrice A = . Soit !
−2 −3 1 4
! ! 1. A =
x a 2 3
x, y, a, b ∈ R, notons X = et B = .
y b
On résout le système suivant. !
4 −2
2. B =
(
x + 2y = a −2 1
AX = B ⇔
−2x − 3y = b
( 4 2 3
x + 2y = a 3. C = 2 2 1
⇔
L2 ←L2 +2L1 y = 2a + b −1 −1 0
(
x = −3a − 2b
⇔
L1 ←L1 −2L2 y = 2a + b
! −4 −3 −5
−3 −2 4. D = 4
2 −2
⇔X = B
2 1 4 3 5
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