Univ. Ibn Zohr, Fac. Sci. Agadir. Dép. Géol. T-P. Md. Métallogénie (STU5) -2020/2021- ABIA E. H.
La mine d’argent d’Imiter
(Anti-Atlas oriental, Maroc)
Localisation : Le gisement argentifère d’Imiter est situé à 150 km à l’est de la ville de
Ouarzazate et à 30 km au SW de la ville de Tinghir, sur le flanc septentrional du massif de
Saghro (Anti-Atlas oriental) (fig. 1).
Fig. (1) : Localisation du gisement d’Imiter sur un extrait de la carte routière Michelin au millionième.
Substance exploitable : Argent
Historique et état actuel : Le gisement d’Imiter correspond à une ancienne mine dont
l’exploitation remonte au Moyen-Age. Actuellement, elle est exploitée par la Société
métallurgique d’Imiter (SMI). L’exploitation se fait par le biais d’une immense carrière à ciel
ouvert dans laquelle s’ouvrent de nombreuses galeries, ainsi que par des puits.
Contexte géologique : La boutonnière d’Imiter est constituée de terrains
néoprotérozoïques suivants (fig. 2) :
- des formations du Supergroupe de l’Anti-Atlas « ou Groupe du Saghro » constituées de
métapélites et métagrauwacks à intercalations de laves tholéitiques et recoupées par des
plutons de diorites et de granodiorites datés à 565–580 Ma (Cheilletz et al, 2002 ; De Wall et
al., 2001). Ces dépôts sont affectés par l’orogenèse panafricaine qui se se traduit par
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l’apparition de plis à schistosité plan axial de direction EW (Ighid et al., 1989 ; Ouguir et al.,
1994) contemporains à un cisaillement dextre d’échelle régional N70-90° (Tuduri et al.,
2005).
Fig.(2) : Carte géologique de la boutonnière précambrienne d’Imiter (document interne SMI, in Gaouzi et al.,
2011).
- des formations du Groupe de Ouarzazate qui reposent en discordance majeur sur les
terrains du précédent groupe. Il débute par un conglomérat de base surmonté par un
empilement sub-tabulaire de laves, d’épiclastites et de volcanoclastites de composition
andésitique à rhyolitique. Ces terrains, injectés à la base par des intrusions granitoïdiques
datés à 550 ± 3Ma (Cheilletz et al., 2002), sont traversés par un important réseau de dykes
andésitiques et rarement rhyolitiques, d’affinité calco-alcalin et d’âge néoprotérozoïque
supérieur ou terminal (Ikenne et al., 2007).
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L’ensemble des formations précédentes sont affectées par une déformation cassante tardi-
néoprotérozoïque qui consiste en (i) une tectonique transpressive dextre à composante
inverse le long des accidents EW et ENE « faisceau de la faille d’Imiter » associée à un
raccourcissement NW-SE à WNW-ESE (Tuduri, 2004 ; Tuduri et al., 2005), et (ii) en une
déformation transtensive induisant le rejeu des accidents E-W et ENE en failles normales
sénestres avec appariation de structures extensives en relai (Ouguir et al., 1994). Le
soulèvement de la chaîne anti-atlasique à l’Hercynien a entraîné le rejeu des principales
fractures E-W et ENE (Ouguir, 1997).
Gîtologie : Le gisement est encaissé dans les terrains métasédimentaires du Groupe du
Saghro « Supergroupe de l’Anti-Atlas » et dans les premiers termes de la couverture volcano-
sédimentaires du Groupe de Ouarzazate (fig. 3). Les structures minéralisées se répartissent
sur près de 7 km le long du faisceau de la faille d’Imiter et se présentent sous trois types
morphologiques : (i) des stockwerks formant des amas subhorizontaux épousant le contact
du socle du Groupe de Saghro et la couverture du Groupe de Ouarzazate, (ii) des filons à
pendage nord affectant les black shales du Groupe de Saghro et (iii) des fentes à pendage
sud sécantes sur la lithologie, peu puissantes mais s’étendant horizontalement sur plusieurs
centaines de mètre.
L’ensemble de ces corps serait associé aux rejeux tardi à post Néoprotérozoïque de la méga-
structure "faille d'Imiter" (Levresse, 2001 ; Ouguir et al., 1994 ; Tuduri et al., 2005).
D’un point de vue textural, le minerai présente des aspects rubanés ou bréchiques.
Minéralogiquement trois stades minéralisateurs sont reconnus (i) un stade à gangue
siliceuse, composé pour l’essentiel d’amalgame AgHg, argentite, polybasite, pearceite, cuivre
gris, argent rouge, imiterite, acanthite, arsénopyrite, pyrite et galène, (ii) un stade à gangue
carbonaté, composé d’amalgame d’argent, acanthite, cuivre gris, galène, sphalérite, pyrite,
chalcopyrite et arsénopyrite et (iii) un stade supergène riches en plaquettes d’argent avec
comme minéraux : l’argent natif, acanthite, imiterite, proustite, cérusite, mimetite,
perroudite, cinabre et oxydes et hydroxydes de fer.
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Fig. (3) : Photographies des affleurements en mine et de quelques minerais. 1 : Filon à quartz gris, AgHg et
dolomite ; 2 : Ouverture de veines à quartz gris, dolomite et AgHg par décrochement dextre (sénestre en
couronne) ; 3 : Association quartz, AgHg et dolomite ; 4 : Association calcite, sphalérite et AgHg ; 5 : Veines à
carbonates et AgHg ; 6 : Imiterite et calcite automorphes (AFM-Le cahier des Micromonteurs, 2008) ; 7 : Argent
natif du stade supergène (AFM-Le cahier des Micromonteurs, 2008) ; 8 : Proustite du stade supergène (AFM-Le
cahier des Micromonteurs, 2008).
Modèle génétique : Le gisement d’Imiter est de type épithermal. Plusieurs modèles ont été
proposés pour la genèse des ces minéralisations :
(i) Baroudi et al. (1999) proposent une succession de re-concentrations tectono-
métamorphique d’un stock métal argentifère syngénétique piégé dans les pélites noires du
Néoprotézozoïque moyen ;
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(ii) Levresse (2001) et Cheilletz et al. (2002) les attribuent à un type épithermal
neutre associé au volcanisme felsique tardi-Néoprotérozoïque (fig. 3 et 4) et considèrent
l’argent comme d’origine mantellique.
Dans ces deux modèles, la minéralisation s’est effectuée dans des ouvertures résultant des
jeux normaux et senestres de la méga faille d’Imiter en relation avec une tectonique
distensive.
(iii) Tuduri et al. (2005) considèrent que les minéralisations se sont effectuées dans
des pièges structuraux liés à l’histoire tectonique tardi-néoprotérozoïque de la région
contrôlée ; le premier stade s’est formé dans un contexte transpressif dextre associé à une
direction de raccourcissement NW-SE à WNW-ESE, tandis que le second est associé à un
cisaillement senestre normal, contrôlé par une direction de raccourcissement nord-sud.
Fig. (3) : Modèle de formation du gisement argentifère d’Imiter (d’après Levresse et al., 2004).
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Fig. (4) : Modèle géodynamique du domaine panafricain de la chaîne de l’Anti-Atlas et place des
minéralisations épithermales Ag-Hg du gisement d’Imiter (Anti-Atlas oriental) d’après Levresse (2001) modifié
par Gasquet et al. (2005).