Chapitre II
Réactions de complexation
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Chapitre II
Introduction
La chimie de coordination, correspond aux réactions
acide-bases selon la théorie de Lewis pour obtenir des
complexes.
Les réactions de complexation sont largement
utilisées en chimie pour titrer certaines solutions,
extraire les constituants d’un mélange, modifier ou
masquer les propriétés physiques ou chimiques d’un
corps.
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Chapitre II
Mise en évidence
Solution de
Thiocyanate Solution de
de potassium fluorure
Incolore de sodium
K(SCN) NaF
SCN- F-
Formation d’un composé
Fe3+ stable entre Fe3+ et F-
Solution de
nitrate ferrique Coloration détruite par
Incolore les ions F-
Fe(NO3)3 Formation d’un complexe
entre Fe3+ et SCN-
coloration rouge intense
Dans un cas comme dans l’autre les composés formés sont des
composés de coordination
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ou complexes.
Chapitre II
1. Définition d’un complexe
Un complexe est une espèce chimique polyatomique MLn
soluble dans l’eau est constituée:
D’un atome ou cation métallique M entouré de n molécules ou
ions L appelé Ligand
.
Dans ce chapitre nous étudierons le cas particulier des complexes
constitués par l’association d’un cation métallique central et d’un
ensemble de molécules ou d’anions coordonnées à celui-ci.
Exemple : [Fe (CN)6]3-
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Chapitre II
2. Caractéristiques d’un complexe
2.1. Atome ou ion central
C’est un atome ou cation métallique qui possède des orbitales
atomiques vacantes, pouvant accueillir des doublets libres.
L’atome central ou ion métallique central est souvent un élément
de transition capable de capter des doublets d’électrons.
Exemples : Ag+, Cu2+, Co3+, Ni2+, Zn2+, Mn2+, Fe3+, Hg2+, Ce4+
Voir tableau périodique
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Chapitre II
2.2. Ligands
Les particules liées à l’atome central s’appellent ligands, ou
coordinats. Les ligands possèdent des doublets libres(doublets
non liants :base de Lewis) ils peuvent être des anions ou des
molécules neutres.
Les ligands sont de différents types ; parmi les plus courants on
trouve des molécules comme l'eau H2O ou l'ammoniac NH3 ou des
anions comme les chlorures Cl-, les cyanures CN-, les hydroxydes
OH- et bien d'autres.
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2.3. Indice de coordination (n)
L’indice de coordination est le nombre de ligands liés à l’atome
central, la valeur de cet indice est caractéristique de l’atome
central et ne dépend pas de la nature du ligand(c’est le nombre
de liaison formés par l’atome central). 1≤ n ≤ 6
Ex: Complexe [Ag (NH3)2]+ [Zn (NH3)4]+
Atome central Ag+ Zn2+
Ligand NH3 NH3
Indice de 2 4
coordination
Si
n= 1 : complexe monodenté
n= 2 : complexe di ou bidenté
n= 3 : complexe polydenté
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Chapitre II
La formule générale d’un complexe est [MLn]x où :
M : est l’atome central qui est un acide de Lewis.
L : est un ligand qui est une base de Lewis.
n : est l’indice de coordination.
x : est la charge du complexe.
La liaison M-L s’appelle liaison de coordination.
Exemple : Ag+ + 4NH3 [Ag(NH3)4]+
ion métallique ligands ion tétraammineargent (I)
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Chapitre II
3. Nomenclature des complexes
3.1. L’atome central
Dans les formules : l’atome central est placé le premier suivi par
les ligands anioniques, puis neutres et le tout entre crochets [ ].
Dans le nom : l’atome central doit être indiqué après les ligands.
3.2. Ligands neutres
H2O : aqua NH3 : ammine CO : carbonyl NO : nitrosyl
3.3. Ligands anioniques
F- : fluoro O2- : oxo OH- : hydroxo Cl- : chloro S2- : thio CN- : cyano
Br- : bromo O22- : peroxo HS- : mercapto I- : iodo SO42- : sulfato
C2O42- : oxalato S2O32-: thiosulfato SCN- : thiocyanato
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Chapitre II
3.4. Nom d’un complexe
Un certain nombre de règles sont utilisées pour nommer les
complexes :
Le nom du complexe doit se terminer par celui de l’atome central,
suivi par son degré d’oxydation en chiffre romain,
- Sans terminaison, si le complexe est cationique ou neutre,
- Avec terminaison « ate », si le complexe est un anion.
Les coordinats sont énoncés en tête, par ordre alphabétique
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Chapitre II
On distingue trois types :
❶ Neutre
[Fe(CO)5] : Pentacarbonylfer (0)
[PtCl2(NH3)2] : Diamminedichloroplatine (0)
❷ Cationique
[HgI]+ : Ion iodomercure (II)
[Fe(OH)(H2O)5]2+ : Ion pentaaquahydroxofer (III)
❸ Anionique
Le nom de l’atome central est suivi de la terminaison “ate”
[Pt(Cl)6]4- : Ion hexachloroplatinate (II)
[Mo(CN)8]4- : Ion octacyanomolybdate (IV)
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Chapitre II
Remarque :
Certains métaux engagés dans les complexes anioniques ont
des noms particuliers.
Au : Aurate Cu : Cuprate
Fe : Ferrate Sn : Stannate
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Chapitre II
Un ligand est dit monodendate s’il possède un seul doublet libre.
Un ligand est dit bidendate s’il possède deux doublets libres.
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Chapitre II
Un ligand est dit polydendate s’il possède plusieurs doublets libres.
Exemple : L’ion éthylènediaminetetraacétate (E.D.T.A)
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Chapitre II
Exemples de ligands
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Chapitre II
Exemples de complexes
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Chapitre II
Ion complexe [Fe(H2O)6]3+
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Chapitre II
4. Constantes d’équilibre d’un complexe
La réaction de formation d’un complexe à
partir d’un cation Mm+ et de n ligand Ll- s’écrit :
Mm+ + nLl- formation [MLn]x x = m – nl
dissociation
On définit les constantes d’équilibre suivantes :
[[MLn ]x ] [Mm ].[Ll - ]n 1
K f m Kd x
[M ].[Ll - ]n [[MLn ] ] Kf
Kf : constante de formation du complexe [MLn]x
Kd : constante de dissociation du complexe [MLn]x
Kf et Kd ne dépendent que de la température.
Plus Kf est élevée (Kf > 104), plus le complexe est stable.
On utilise aussi la notion de pK : pKf = -log Kf et pKd = -log Kd
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Chapitre II
Exemple :
Calcul de la constante de dissociation Kd de l’ion complexe
hexacyanoferrate (II) ([Fe(CN)6]4-).
Dans une solution molaire (C= 1 mol.l-1) d’hexacyanoferrate (II) de
potassium, la concentration en ions CN- libres est égale à 6,7.10-6
mol.l-1.
- Equation de dissociation du complexe :
4-
[Fe(CN)6] Fe2+ + 6 CN-
- La constante de dissociation du complexe est :
2 6
[Fe ][CN ]
Kd
[[Fe(CN)6 ]4 - ]
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Chapitre II
- Calcul des concentrations des différents ions :
[Fe(CN)6]4- Fe2+ + 6 CN-
àt=0 1 0 0
à téquilibre 1-x x 6x
[CN- ] 6x 6,7.106 mol/l
6
[CN ] 6,7.10
[Fe2 ] x 1,117.10 6 mol/l
6 6
[[Fe(CN)6 ]4 ] 1 x 1 mol/l
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Chapitre II
Calcul de la valeur de Kd :
[Fe2 ][CN ]6 1,1.10 6 (6,7.106 )6 37
Kd 10
[[Fe(CN)6 ]4- ] 1
1
Kf 10 37 [Fe(CN)6 ]4 est très stable.
Kd
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Chapitre II
5. Déplacement des réactions de complexation
m+ l- formation
M + nL [MLn]x
dissociation
5.1. Influence de l’excès d’un réactif
D’après la loi de modération, l’addition d’un excès de ligand (Ll-) ou
d’accepteur (Mm+), déplacera l’équilibre vers la formation du
complexe ([MLn]x).
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Chapitre II
5.2. Influence du pH
Dans une solution acide, le ligand Ll- peut réagir avec des
cations (Mm+) ou des ions hydronium (H3O+), il participe à la fois
à l’équilibre de complexation et à l’équilibre acido-basique.
[Mm ][Ll ]
Mm+ + Ll- [ML]x Kd
[[ML]x ]
[H3 O ][Ll ]
H3O+ + Ll- HL + H2O Ka
[HL]
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Chapitre II
- Si Ll- est une base de force nulle (ex : Cl-, Br-…), la variation
du pH n’a aucun effet sur l’ionisation du complexe.
- Si Ll- est une base de force non nulle (ex : F-, CN-…),
l’acidification du milieu entraîne une destruction du complexe.
[Mm ][HL]
[ML ]x + H3O+ HL + Mm+ + H2O K
[[ML] x ][H3 O ]
[Mm ][Ll - ] [HL] Kd
K x
x l-
K pK pK d - pK a
[[ML] ] [H3O ][L ] Ka
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Chapitre II
6. Complexes successifs
Le métal M peut souvent former des complexes avec un ou
plusieurs ligands, ces réactions se font de façon progressive.
Les équations successives s’écrivent, en omettant les
charges pour simplifier :
M+L ML
ML + L ML2
MLn-1 + L MLn
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Chapitre II
Expression des constantes Kf et Kd de la réaction globale est :
[MLn ] 1
M + nL MLn Kf n
[M].[L] K d
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Chapitre II
Exemple 1:
Ag+ + NH3 [Ag(NH3)]+
K f1 1995,3 pK d1 3,3
[Ag(NH3)]+ + NH3 [Ag(NH3)2]+
K f2 7943,3 pK d 2 3,9
Ag+ + 2 NH3 [Ag(NH3)2]+
K f K f1 x K f2 et pK d pK d1 pK d 2 7,2
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Chapitre II
Exemple 2 :
𝟏 𝑵𝑯𝟑 [𝑪𝒖𝟐+]
Cu 2+ + NH3 [Cu(NH3)] 2+ 𝑲𝟏𝒅 = = = 𝟏𝟎−𝟔,𝟐
𝑲𝟏𝒇 𝑪𝒖 𝑵𝑯𝟑 𝟐+
[Cu(NH3)]2+ + NH3 [Cu(NH3)2]2+
Réaction globale :
𝟏 [𝑪𝒖𝟐+][𝑵𝑯𝟑 ]𝟐
𝑲𝟑𝒅 = =
Cu2+ + 2 NH3 [Cu(NH3)2 ]2+ 𝑲𝟑𝒇 [𝑪𝒖(𝑵𝑯𝟑 )𝟐 ]𝟐+
[𝐍𝐇𝟑 ][𝐂𝐮𝟐+ ] [𝐂𝐮(𝐍𝐇𝟑 )]𝟐+ [𝐍𝐇𝟑 ]
= .
[𝐂𝐮(𝐍𝐇𝟑 )]𝟐+ [𝐂𝐮(𝐍𝐇𝟑 )]𝟐+
𝒌𝟏𝒅 . 𝑲𝟐𝒅 = 𝟏𝟎−𝟏𝟎,𝟗
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Chapitre II
7. Domaine de prédominance (exemple 2)
Lorsqu’on ajoute NH3 à une solution de Cu2+,
on peut former dans certaines conditions, les
deux complexes suivants :
[Cu(NH3)]2+ et [Cu(NH3)2]2+
La concentration de Cu2+, [Cu(NH3)]2+ et [Cu(NH3)2]2+ dépend de
[NH3] 𝟐+ ][𝑵𝑯 ] 𝟐+ ]
𝟐+ [𝑪𝒖 𝟑 𝑲 𝟏𝒅 [𝑪𝒖
𝑲 [𝑪𝒖(𝑵𝑯 )] =
𝟏𝒅 𝟑 → =
[𝑪𝒖(𝑵𝑯𝟑 )]𝟐+ 𝑵𝑯𝟑 [𝑪𝒖(𝑵𝑯𝟑 )]𝟐+
[𝑪𝒖(𝑵𝑯𝟑) ]𝟐+ > [𝑪𝒖𝟐+] [𝑪𝒖(𝑵𝑯𝟑) ]𝟐+𝒑𝒓é𝒅𝒐𝒎𝒊𝒏𝒆
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Chapitre II
On peut donc tracer le diagramme de prédominance suivant :
0 Cu+ [NH3]
10-6,2 10-4,7
Le complexe prédomine pour des valeurs de [NH3] élevées.
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Chapitre II
Domaines de prédominance
Généralisation
Equilibre global de complexation ou
l’équation bilan de l’échange d’un ligand,
couple Donneur/Accepteur
Formation Dissociation
M + nL MLn MLn M + nL
ligand
Accepteur Donneur (complexe)
Couple Donneur/Accepteur : MLn/M
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Chapitre II
Couple donneur/accepteur de ligand et analogie
Couple Type Particule Notation générique
Donneur/Accepteur d’équilibre échangée
Acide / Base Acido-basique Proton H+ AH A- + H+
Acide Base Proton
Complexe / Cation Complexation Ligand L MLn M + nL
Complexe Cation Ligand
métallique
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Chapitre II
● Cas où M est majoritaire
● Cas où MLn est majoritaire
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Chapitre II
● Cas où M est majoritaire
● Cas où MLn est majoritaire
MLn M pL
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Chapitre II
8. Complexation compétitive
A- Compétition entre deux ligands pour un même ion métallique
Compétition entre deux ligands SCN- et C2O42- pour Fe3+
On verse une solution de On verse ensuite une solution d’oxalate
Thiocyanate de potassium de sodium concentrée 2Na+,C2O42- (incolore)
K+,SCN- (incolore) en excès La solution devient
" vert pâle"
La solution devient [Fe(SCN)]2+ + C2O42- [Fe(C2O4)]+ + SCN-
"rouge sang"
Solution de chlorure de fer III Fe3+ + SCN- [Fe(SCN)]2+ Ion oxalatofer III
Fe3+,3Cl- (orangée) (" vert pâle" )
Ion thiocyanatofer III
"rouge sang"
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Chapitre II
Interprétation de l’expérience
Première partie de l’expérience:
Espèces introduites : Fe3+ et SCN-
On ne mentionne ni K+ ni Cl- dans le raisonnement car ce sont des
ions indifférents. On dit aussi "ions spectateurs".
Réaction mise en jeu :
Fe3+ + SCN- [Fe(SCN)]2+ (1) Kf1=103
Comme la constante de cette réaction est importante
La réaction est (quasi) totale
Données sur les tables thermodynamiques à 25°C :
(1) Fe3+ + SCN- [Fe(SCN)]2+ Kf1=103
(2) Fe3+ + C O 2- [Fe(C2O4)]+ Kf2=109,4
2 4 36
Chapitre II
Deuxième partie de l’expérience:
Espèces présentes à la fin de la première partie de l’expérience :
[Fe(SCN)]2+ , SCN- et C2O42-
(1’) [Fe(SCN)]2+ Fe3+ + SCN-
Réactions possibles :
(3) Réaction entre [Fe(SCN)]2+ et C2O42-
[Fe(SCN)]2++ C2O42- [Fe(C2O4)]+ + SCN- Kf3 ?
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Chapitre II
(3) [Fe(SCN)]2++ C2O42- [Fe(C2O4)]+ + SCN-
Par rapport à :
(1) Fe3+ + SCN- [Fe(SCN)]2+ Kf1=103
Comme la constante de cette réaction (3) est importante
La réaction est (quasi) totale
Kf3 > Kf1 [Fe(C2O4)]+ est donc plus stable que [Fe(SCN)]2+
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Chapitre II
B- Compétition entre deux cations métalliques
pour un même ligand
Ce cas est analogue au précédent. On a formation du complexe le
plus stable.
Exemple : Cas des ions métalliques Cu2+ et Fe3+ avec SCN-
(1) Cu2+ + SCN- [Cu(SCN)]+ pKf1 = -1,7 ou pKd1 = +1,7
(2) Fe3+ + SCN- [Fe(SCN)]2+ pKf2= -3 ou pKd2 = +3
L’ajout des ions ferriques à une solution contenant des ions
thiocyanatocuivre (II), entraine l’apparition d’une coloration
rouge, caractéristique de l’ion complexe [Fe(SCN)]2+, selon la
réaction :
(a) Fe3+ + [Cu(SCN)]+ [Fe(SCN)]2+ + Cu2+ Kfa ?
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Chapitre II
(1) Cu2+ + SCN- [Cu(SCN)]+
(2) Fe3+ + SCN- [Fe(SCN)]2+
(a) Fe3+ + [Cu(SCN)]+ [Fe(SCN)]2+ + Cu2+
[Fe(SCN)]2+ est plus stable que l’ion [Cu(SCN)]+
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Chapitre II
C- Réactions de complexation compétitive
(Généralisation)
C-1- Compétition entre 2 ligands pour un même accepteur
AL1 A + L1 Kd1
AL2 A + L2 Kd2
1
(3) AL1 + L2 AL2 + L1 K3
Le 3ème équilibre est la conséquence des deux premiers et a pour
constante d’équilibre :
41
Chapitre II
Si le complexe AL2 est beaucoup plus stable que le complexe AL1
Kd2 << Kd1 ou pKd2 >> pKd1
K3 est très élevée et la réaction 3 est pratiquement totale dans
le sens 1
La réaction prépondérante est la réaction de formation du
complexe le plus stable
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Chapitre II
C-2- Compétition entre 2 accepteurs pour un même ligand
A1 L A1 + L K’d1
A2 L A2 + L K’d2
1’
(3’) A1L + A2 A2 L + A 1 K’3
Le 3ème équilibre est la conséquence des deux premiers et a pour
constante d’équilibre :
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Si le complexe A2L est beaucoup plus stable que le complexe A1L
K’d2 << K’d1 ou pK’d2 >> pK’d1
K’3 est très élevée et la réaction (3’) est pratiquement totale
dans le sens (1’)
La réaction prépondérante est la réaction de formation du
complexe le plus stable
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