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Défis de sécurité en Afrique de l'Ouest

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L’A FRIQUE EN DÉV EL OPPEMENT

RÉSUM É

Relever les défis de la


­stabilité et de la sécurité
en Afrique de l’Ouest
Alexandre Marc, Neelam Verjee, et Stephen Mogaka
RÉSUMÉ

Relever les défis


de la stabilité et
de la sécurité en
Afrique de l’Ouest
RÉSUMÉ

Relever les défis


de la stabilité et
de la sécurité en
Afrique de l’Ouest

Alexandre Marc, Neelam Verjee, et


Stephen Mogaka

Ouvrage publié conjointement par l’Agence Française de Développement et la


Banque mondiale
Cette brochure contient le résumé de The Challenge of Stability and Security in West Africa (doi : 10.1596/​
978-1-4648-0464-9). Le PDF du livre est disponible en version intégrale sur [Link]
.[Link]/. Le format papier peut être commandé sur [Link]

© 2015 Banque internationale pour la reconstruction et le développement/La Banque mondiale


1818 H Street NW, Washington, DC 20433
Téléphone : 202-473-1000 ; Internet : [Link]
Certains droits réservés
La publication originale de cet ouvrage est en anglais sous le titre de The Challenge of Stability and Security in
West Africa : Summary en 2015. En cas de contradictions, la langue originelle prévaudra.
Cet ouvrage a été établi par les services de la Banque mondiale avec la contribution de collaborateurs extérieurs.
Les observations, interprétations et opinions qui y sont exprimées ne reflètent pas nécessairement les vues de la
Banque mondiale, de son Conseil des Administrateurs ou des pays que ceux-ci représentent. La Banque mondiale
ne garantit pas l’exactitude des données citées dans cet ouvrage. Les frontières, les couleurs, les dénominations et
toute autre information figurant sur les cartes du présent ouvrage n’impliquent de la part de la Banque mondiale
aucun jugement quant au statut juridique d’un territoire quelconque et ne signifient nullement que l’institution
reconnaît ou accepte ces frontières.
Rien de ce qui figure dans le présent ouvrage ne constitue ni ne peut être considéré comme une limitation des
privilèges et immunités de la Banque mondiale, ni comme une renonciation à ces privilèges et immunités, qui
sont expressément réservés.

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(CC BY 3.0 IGO) [Link] Conformément aux termes de la licence
Creative Commons Attribution (paternité), il est possible de copier, distribuer, transmettre et adapter le contenu
de l’ouvrage, notamment à des fins commerciales, sous réserve du respect des conditions suivantes :
Mention de la source — L’ouvrage doit être cité de la manière suivante : Marc, Alexandre, Neelam Verjee,
et Stephen Mogaka. 2015. « Relever les défis de la stabilité et de la sécurité en Afrique de l’Ouest : Résumé. »
Collection l’Afrique en développement. Washington, DC : La Banque mondiale. Licence : Creative Commons
Attribution CC BY 3.0 IGO
Traductions — Si une traduction de cet ouvrage est produite, veuillez ajouter à la mention de la source de
l’ouvrage le déni de responsabilité suivant : Cette traduction n’a pas été réalisée par la Banque mondiale et ne doit
pas être considérée comme une traduction officielle de cette dernière. La Banque mondiale ne saurait être tenue
responsable du contenu de la traduction ni des erreurs qu’elle pourrait contenir.
Adaptations — Si une adaptation de cet ouvrage est produite, veuillez ajouter à la mention de la source le déni de
responsabilité suivant : Cet ouvrage est une adaptation d’une oeuvre originale de la Banque mondiale. Les idées et
opinions exprimées dans cette adaptation n’engagent que l’auteur ou les auteurs de l’adaptation et ne sont pas validées
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Pour tous renseignements sur les droits et licences doivent être adressées à World Bank Publications, The
World Bank, 1818 H Street, NW Washington, DC, 20433, USA ; télécopie : 202-522-2625 ; courriel : pubrights@
[Link].
L’art de courverture: Entre Deux, 2013. Acrylique sur tissu, 150/120 cm © Amadou Sanogo; autorisation necessaire
pour toute utilisation ulterieure.
Conception de la page de couverture: Debra Naylor, Naylor Design, Inc.
Collection l’Afrique en
développement

Créée en 2009, la « Collection l’Afrique en développement » ­s’intéresse aux


grands enjeux sociaux et économiques du développement en Afrique subsaha-
rienne. Chacun de ses numéros dresse l’état des lieux d’une problématique et
contribue à alimenter la réflexion liée à l’élaboration des p ­ olitiques locales,
régionales et mondiales. Décideurs, chercheurs et étudiants y trouveront les
résultats des travaux de recherche les plus récents, mettant en évidence les dif-
ficultés et les opportunités de développement du continent.

Cette collection est dirigée par l’Agence Française de Développement et la


Banque Mondiale. Pluridisciplinaires, les manuscrits sélectionnés émanent des
travaux de recherche et des activités de terrain des deux institutions. Ils sont
choisis pour leur pertinence au regard de l’actualité du développement. En tra-
vaillant ensemble sur cette collection, l’Agence Française de Développement et
la Banque mondiale entendent renouveler les façons d’analyser et de compren-
dre le développement de l’Afrique subsaharienne.

Membres du comité consultatif

Agence française de développement


Jean-Yves Grosclaude, directeur de la stratégie
Alain Henry, directeur de la recherche
Guillaume de Saint Phalle, responsable de la division gestion des connaissances
Cyrille Bellier, responsable de la division recherche et développement

Banque mondiale
Francisco H. G. Ferreira, économiste en chef, région Afrique
Richard Damania, économiste principal, région Afrique
Stephen McGroarty, directeur éditorial, département des publications
Carlos Rossel, éditeur

v
La sous-région de l’Afrique de l’Ouest, pays membres de la CEDEAO

TUNISIE M er M éd
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MAROC

ALGÉRIE LIBYE RÉPUBLIQUE


SAHARA ARABE
OCCIDENTAL D’ÉGYPTE

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MAURITANIE

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SOUDAN ÉRYTHRÉE
SÉNÉGAL TCHAD
LA GAMBIE
BURKINA FASO DJIBOUTI
GUINÉE-BISSAU GUINEA
BÉNIN NIGÉRIA
CÔTE RÉP. SOUDAN ÉTHIOPIE
SIERRA LEONE
D’IVOIRE GHANA CENTRAFRICAINE DU SUD SOMALIE
LIBÉRIA CAMEROUN
TOGO
GUINÉE ÉQUATORIALE OUGANDA
KÉNYA OCÉAN
SÃO TOMÉ ET PRÍNCIPE
GABONCONGO INDIEN
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DU CONGO BURUNDI
SEYCHELLES
TANZANIE

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ANGOLA
A T L A N T I Q U E MALAWI
ZAMBIE

MOZAMBIQUE MAURICE
ZIMBABWE MADAGASCAR
NAMIBIE
BOTSWANA
MEMBRES DE LA CEDEAO

LA SOUS RÉGION AFRIQUE DE L’OUEST SWAZILAND

AFRIQUE LESOTHO
DU SUD

IBRD 41816 | AOÛT 2015


Titres de la Collection
l’Afrique en développement

Africa’s Infrastructure: A Time for Transformation (2010) edited by Vivien


Foster and Cecilia Briceño-Garmendia
Gender Disparities in Africa’s Labor Market (2010) edited by Jorge Saba
Arbache, Alexandre Kolev, and Ewa Filipiak
Challenges for African Agriculture (2010) edited by Jean-Claude Deveze
Contemporary Migration to South Africa: A Regional Development Issue (2011)
edited by Aurelia Segatti and Loren Landau
* Light Manufacturing in Africa: Targeted Policies to Enhance Private Investment
and Create Jobs, «L’industrie légère en Afrique : Politiques ciblées pour susciter
l’investissement privé et créer des emplois» (2012) by Hinh T. Dinh, Vincent
Palmade, Vandana Chandra, and Frances Cossar
* Informal Sector in Francophone Africa: Firm Size, Productivity, and Institutions,
«Le système d’approvisionnement en terres dans les villes d’Afrique de l’Ouest :
L’exemple de Bamako» (2012) by Nancy Benjamin and Ahmadou Aly Mbaye
* Financing Africa’s Cities: The Imperative of Local Investment, «Financer les
villes d’Afrique : L’enjeu de l’investissement local» (2012) by Thierry Paulais
* Structural Transformation and Rural Change Revisited: Challenges for Late
Developing Countries in a Globalizing World, «Transformations rurales et
développement : Les défi s du changement structurel dans un monde global-
isé» (2012) by Bruno Losch, Sandrine Fréguin-Gresh, and Eric Thomas White
The Political Economy of Decentralization in Sub-Saharan Africa: A New
Implementation Model (2013) edited by Bernard Dafflon and Thierry Madiès
Empowering Women: Legal Rights and Economic Opportunities in Africa (2013)
by Mary Hallward-Driemeier and Tazeen Hasan
Enterprising Women: Expanding Economic Opportunities in Africa (2013) by
Mary Hallward-Driemeier
Urban Labor Markets in Sub-Saharan Africa (2013) edited by Philippe De
Vreyer and François Roubaud
Securing Africa’s Land for Shared Prosperity: A Program to Scale Up Reforms
and Investments (2013) by Frank F. K. Byamugisha

vii
viii   Titres de la COLLECTION L’AFRIQUE EN développement

* Youth Employment in Sub-Saharan Africa, «L’emploi des jeunes en Afrique


subsaharienne» (2014) by Deon Filmer and Louis Fox
Tourism in Africa: Harnessing Tourism for Growth and Improved Livelihoods
(2014) by Iain Christie, Eneida Fernandes, Hannah Messerli, and Louise
Twining-Ward
* Safety Nets in Africa: Effective Mechanisms to Reach the Poor and Most
Vulnerable, «Les fi lets sociaux en Afrique : Méthodes effi caces pour cibler les
populations pauvres et vulnérables en Afrique» (2015) edited by Carlo del
Ninno and Bradford Mills
* Land Delivery Systems in West African Cities: The Example of Bamako, Mali,
«Le système d’approvisionnement en terres dans les villes d’Afrique de l’Ouest :
L’exemple de Bamako» (2015) by Alain Durand-Lasserve, Maÿlis Durand-
Lasserve, and Harris Selod
Enhancing the Climate Resilience of Africa’s Infrastructure: The Power and
Water Sectors (2015) edited by Raffaello Cervigni, Rikard Liden, James
E. Neumann, and Kenneth M. Strzepek
Africa’s Demographic Transition: Dividend or Disaster? (2015) edited by
David Canning, Sangeeta Raja, and Abdo S. Yazbeck
The Challenge of Fragility and Security in West Africa (2015) by Alexandre
Marc, Neelam Verjee, and Stephen Mogaka

* Disponibles en français

Tous les ouvrages de la collection l’Afrique en développement


sont accessibles gratuitement sur :
[Link]
Table des matières

Avant-Propos xi
Remerciements xiii
Présentation des auteurs xv

Introduction
Évolutions récentes des conflits et de la violence dans la sous-région 3
La nature de la violence et des conflits en Afrique de l’Ouest 5
Les conflits se produisent surtout à l’échelle nationale 5
Les systèmes de conflits dans la sous-région 8
L’évolution rapide des formes de violence en Afrique de l’Ouest 11
La persistance d’anciens conflits de nature ethnique
ou identitaire 14
Facteurs de conflits et de violence 15
Les nouvelles menaces : trafic, piraterie maritime et
extrémisme religieux 15
Le défi de l’intégration des jeunes : atout ou danger ? 16
Les tensions liées aux migrations dans la sous-région 17
Déséquilibres régionaux : une bombe à retardement 18
La répartition inégale des bénéfices provenant des ressources
naturelles 19
La fragilité des institutions politiques : maîtriser la
compétition pour le pouvoir 20
Sécurité : répondre aux nouvelles menaces 21
Les difficultés liées à la gestion du foncier et à la
reconnaissance du droit de propriété 22

ix
x   Table des matières

Renforcer la résilience face aux conflits 22


Recommandations pour réduire les risques de conflits
et de fragilité en Afrique de l’Ouest 24
Repenser l’action des bailleurs de fonds et des agences de
développement en matière de réduction de la fragilité 24
Maîtriser les facteurs de conflits 24
Notes 28
Références 29

Cartes
1 Les systèmes de conflits régionaux de l’Afrique de l’Ouest 9
2 Flux de cocaïne de l’Amérique Latine vers l’Europe transitant par
l’Afrique de l’Ouest 13
3 Mouvements migratoires au sein des pays membres
de la Communauté économique des États d’Afrique de
l’Ouest (CEDEAO) 18

Encadrés
1 Niger : D’importants efforts pour assurer la stabilité du pays 10
2 La participation citoyenne, instrument de bonne gouvernance 21
3 Le rôle de la CEDEAO dans le développement d’un cadre
régional pour la sécurité en l’Afrique de l’Ouest 23

Graphiques
1 Conflits nationaux par sous-région, 1960-2012 4
2 L’exemple de la Côte d’Ivoire : comment les facteurs de
conflit se sont imbriqués pour créer et entretenir un
terreau propice à la guerre civile 6
Avant-Propos

L’Afrique de l’Ouest a fait du chemin. Au cours de ces dix dernières années, elle
a accompli d’énormes progrès en matière de démocratisation et de coopération
tout en enregistrant des taux très élevés de croissance économique. Alors qu’elle
était en proie à la guerre civile et aux soubresauts politiques pendant les décen-
nies 1980 et 1990 et qu’elle était fragilisée par des difficultés de gouvernance, la
sous-région a retrouvé son identité et son élan depuis les années 2000.
Depuis 2005, la croissance économique n’a cessé d’augmenter, tirée par le
cours élevé des matières premières qui a profité aux pays de la région riches en
ressources naturelles. L’émergence d’une population de plus en plus jeune, édu-
quée et avide de se faire entendre et de changer les choses a également accéléré
l’ouverture des pays de l’Afrique de l’Ouest. L’avènement des réseaux sociaux, le
développement des innovations technologiques et la mondialisation des
échanges offrent à cette génération une multitude d’opportunités et de moyens
de s’exprimer et d’agir qui étaient impensables à l’époque de leurs parents. Cela
impose en même temps plus de responsabilités et davantage de transparence
aux pouvoirs publics.
Malgré ces formidables progrès, la région est encore confrontée à de nom-
breux défis. L’apparition de nouveaux défis tels que le trafic de drogue, la
­piraterie maritime et les extrémismes religieux au Nigéria et au Mali menace
les institutions et les capacités des pays les plus affectés.
Les ravages de l’épidémie de virus Ebola ont également révélé la faiblesse
des institutions dans les pays en situation de post-conflit comme la Sierra
Leone et le Libéria et les conséquences de l’instabilité politique en Guinée.
Cette crise sanitaire nous a rappelé que les conflits se répercutent lourdement
sur les générations futures. Il faut fournir des efforts colossaux pour restaurer
les institutions et les infrastructures aux lendemains de conflits, pour regagner
la confiance du public et renforcer la cohésion sociale.
De nombreux facteurs fragilisent l’Afrique de l’Ouest. Les pays qui en font
partie ne disposent pas d’un régime foncier clairement défini et ont tendance

xi
xii  Avant-Propos

à délaisser et marginaliser leurs régions périphériques, qui sont souvent des


zones frontalières. Ils subissent par ailleurs la pression démographique d’une
population de plus en plus jeune qui revendique davantage d’intégration soci-
ale notamment en matière d’emploi et d’opportunités pour améliorer leurs
­conditions de vie. Enfin, sans une meilleure gouvernance, l’essor rapide de
l’industrie extractive risque de créer des rentes au profit d’une minorité et au
détriment de l’intérêt général.
Paradoxalement, certains de ces facteurs de tensions représentent aussi des
atouts pour l’essor de la sous-région. Les populations d’Afrique de l’Ouest sont
parmi les plus mobiles au monde. Les mouvements migratoires qui ont long-
temps été perçus comme une source de conflits et ont alimenté les luttes pour
la possession de terres, des ressources ou des emplois sont aussi le principal
moteur économique de la sous-région.
Cet ouvrage dresse un bilan très attendu des évolutions et tendances des
conflits et de la fragilité en Afrique de l’Ouest et analyse également leurs prin-
cipaux déterminants. Cette analyse est indispensable pour mieux concevoir les
politiques de développement afin qu’elles contribuent au rétablissement de la
paix et à la stabilité en Afrique de l’Ouest. Ainsi nous parviendrons à lever les
obstacles qui entravent encore les progrès impressionnants réalisés dans la
sous-région au cours des dernières années.

Makhtar Diop,
Vice-président
du Groupe de la Banque mondiale pour l’Afrique
Remerciements

Ce rapport a été rédigé par une équipe du département fragilité, conflits et vio-
lence de la Banque mondiale comprenant Alexandre Marc, spécialiste en chef
pour les questions de fragilité, conflits et violence, Neelam Verjee, consultante
et Stephen Mogaka consultant.
Il repose sur six documents thématiques commandés et supervisés par la
Banque mondiale à des spécialistes de l’Afrique de l’Ouest. Alexandre Marc a
dirigé la publication de cet ouvrage qui a été revu et corrigé par Lauri Scherer.
Le document relatif au trafic et à la criminalité organisée a été réalisé par
une équipe interne de la Banque comprenant notamment Come Dechery et
Laura Ralston. Mathieu Pellerin de l’Institut français des relations internation-
ales y a également contribué. L’ONG International Alert a conçu le document
sur les dynamiques relatives à la jeunesse, l’emploi et les disparités entre généra-
tions, sous la direction d’Alys Willman de la Banque mondiale. L’étude sur les
réponses à apporter aux nouvelles menaces sécuritaires et sur le secteur de la
sécurité a été préparée par l’Institut des études sur la sécurité et Dr David
Zounmenou, sous la direction de Roland Lomme de la Banque mondiale. Les
professeurs Francis Stewart et Arnim Langer ont rédigé le document sur les
inégalités horizontales et les déséquilibres régionaux, sous la direction
d’Alexandre Marc de la Banque mondiale. L’article sur les conflits fonciers, les
migrations et la citoyenneté a été préparé par Kerry Maze de l’Organisation
internationale pour les migrations, sous la direction de Peter Van der Auweraert
de l’Organisation internationale pour les migrations et de Deborah Isser de la
Banque mondiale. Dr Roy Maconachie et Nicholas Menzies ont élaboré le
document sur le secteur minier et les industries extractives, sous la direction
de Radhika Srinivasan de la Banque mondiale.
Ce rapport a bénéficié d’une revue académique effectuée par Michael
Woolcock, Lynne Sherburne-Benz, Bernard Harborne, Nadia Fernanda
Piffaretti et Bryan Christopher Land. Les conseils d’Alys Willman ont également
été précieux.

xiii
Présentation des auteurs

Alexandre Marc, travaille pour le Groupe de la Banque mondiale où il occupe


actuellement le poste de spécialiste en chef pour les questions de fragilité, con-
flits et violences. Il coordonnait auparavant l’équipe Cohésion sociale et
prévention de la violence au sein de la direction du Développement social (de
2009 à 2012). Fort de ses 22 années d’expérience dans ce domaine qui l’ont
amené à travailler sur quatre continents, Alexandre Marc a acquis une solide
connaissance des questions relatives aux conflits, à la fragilité et aux probléma-
tiques qui leur sont associées.
Il a débuté sa carrière à la Banque mondiale en 1988, au sein de la Région
Afrique. Il a ensuite dirigé le secteur du Développement social pour la région
Asie Centrale où il a supervisé les programmes de reconstruction post-conflits
en Europe de l’Est de 1999 à 2005.
Alexandre Marc a également dirigé le Fonds pour l’éducation des Roms
(REF) entre 2006 et 2007, après avoir été chercheur invité au Centre de recher-
che internationale de l’IEP de Paris en 2005 où il a effectué des recherches sur
la diversité culturelle et les politiques publiques.
En 2011, il a participé à l’élaboration du Rapport de la Banque mondiale
sur le développement dans le monde : Conflits, sécurité et développement avec
des contributions sur la prévention de la violence
Alexandre Marc est titulaire d’un doctorat en sciences politiques de l’Institut
d’études politiques de Paris (IEP-Sciences Po). Il a été chercheur et consultant en
études africaines à l’université d’Oxford ([Link]’s College) et auprès de la
Société d’études économiques et sociales à Paris. Ses plus récentes publications
sont: Societal Dynamics and Fragility: Engaging Societies in Responding to Fragile
Situations (Banque mondiale 2013) and Violence in the City: Understanding and
Supporting Community Responses to Urban Violence (Banque mondiale 2010).
Neelam Verjee travaille au sein de l’équipe du Groupe de la Banque mondiale en
charge des questions de fragilité, de conflits et violences depuis décembre 2013.
Elle est titulaire d’un Master en administration publique avec une spécialisation

xv
xvi  Présentation des auteurs

sur les questions de sécurité et les conflits de la School of International and


Public Affairs de l’Université Columbia. Elle est également diplômée de la
London School of Economics en politiques sociales et administration. Elle a
auparavant été directrice de programme pour l’ONG kenyane Sisi Ni Amani
(« nous sommes la paix » en Swahili) qui s’attache à renforcer la paix et la cohé-
sion sociale grâce aux outils modernes de communication. Elle a également
dirigé des projets de renforcement des capacités à l’Institut World Policy de
New York. Neelam Verjee a travaillé pour la presse écrite pendant cinq ans en
tant que journaliste économique au Times à Londres, et au Mint à Bombay, en
Inde pour lequel elle couvrait l’actualité de l’industrie du divertissement et de
Bollywood. Elle écrit également pour Quartz, journal numérique du groupe de
presse Atlantic et a aussi travaillé à des programmes de télévision et de radio.
Stephen Mogaka fait partie de l’équipe du Groupe de la Banque mondiale char-
gée des questions de fragilité, conflits et violences. Il est titulaire d’un diplôme
en Sciences politiques de l’Université de New Delhi en Inde et d’un Master en
sciences politiques de l’Université de Nairobi au Kenya. Il a mené de nombreux
travaux de recherches et d’analyse sur les conflits et sur la reconstruction post-
conflit. Il s’intéresse particulièrement aux régions de l’Afrique de l’Est et de la
Corne de l’Afrique et notamment aux questions relatives aux conflits d’origine
identitaire, aux transitions démocratiques, aux relations entre la société civile
et les forces armées ainsi qu’aux politiques publiques liées à l’émergence de
l’industrie extractive en Afrique.
Introduction
Depuis 2010, l’Afrique de l’Ouest connaît une intensification des violences et
une multiplication des conflits. Alors que les perspectives de croissance sem-
blent très encourageantes, ces difficultés pourraient entraver son futur dével-
oppement et remettre en cause les avancées économiques et sociales réalisées
par les pays de la sous-région. L’Afrique de l’Ouest a en effet été déstabilisée par
des flambées de violences, la résurgence de conflits et la montée de l’extrémisme
religieux, en particulier au Mali et au Nord du Nigéria. Le trafic de drogue et
la piraterie maritime s’y sont aussi rapidement enracinés, contribuant à fra-
giliser durablement des pays comme la Guinée-Bissau. Le principal défi pour
la sous-région sera de surmonter la violence et la fragilité dans ses zones les
plus vulnérables afin qu’elle puisse poursuivre les avancées impressionnantes
enregistrées au cours de la dernière décennie en matière de renforcement de la
démocratie et de développement économique.
Les violences et les conflits se sont intensifiés alors que la sous-région affiche
des taux de croissance parmi les plus élevés d’Afrique. Selon les projections du
Groupe de la Banque africaine de développement (ADB et al., 2013), le taux de
croissance de l’Afrique de l’Ouest devait ainsi s’élever à 6,7 % en 2013 et 7,4 %
en 2014. Paradoxalement ce développement accéléré a généré des tensions
déstabilisantes pour la sous-région. La forte croissance a creusé les inégalités.
En particulier, le dynamisme du secteur extractif et l’augmentation des prix
agricoles ont entraîné de nombreuses tensions sociales. En outre, la hausse du
niveau général d’éducation conduit la population à revendiquer de meilleures
conditions de vie. Certains facteurs de fragilité constituent donc le revers de la
médaille des progrès accomplis par la sous-région.
Au cours des dix dernières années, les progrès réalisés en matière d’inclusion
politique et de démocratisation ont permis d’atténuer les tensions en Afrique
de l’Ouest. Cette région abrite d’ailleurs certains des pays les plus stables du
continent, comme le Sénégal et le Ghana. La Sierra Leone, le Libéria et la Côte
d’Ivoire sont, quant à eux, parvenus à restaurer la paix après avoir traversé des
périodes de conflits intenses. L’Afrique de l’Ouest reste une des sous-régions du
continent où la violence et les conflits ont fait le moins de victimes, malgré la
guerre du Biafra et la violence qui a touché les pays du bassin du fleuve Mano

1
2  Relever les défis de la stabilité et de la sécurité en Afrique de l’Ouest

dans les années 1990. Elle peut donc apporter des solutions pour sortir de
­situation de fragilité et de conflits aux autres pays de la planète qui connaissent
des situations semblables.
A mi-octobre 2014, l’épidémie de virus Ebola qui a frappé l’Afrique de
l’Ouest a fait plus de 4 500 victimes en Guinée, en Sierra Leone et au Libéria.
Et depuis l’achèvement de la majeure partie des travaux de recherche réalisés
dans le cadre de cette étude, les taux d’infection ont augmenté de façon expo-
nentielle. Cette crise vient rappeler brutalement que les conflits ont des con-
séquences de long terme sur le tissu social, politique et économique d’un pays.
En effet, le manque de médecins constaté dans ces pays est en large partie dû
aux conflits passés. On compte ainsi seulement 1,4 médecin pour 100 000
habitants au Libéria et 1 pour 45 000 habitants en Sierra Leone (Fofana et
Flynn, 2014), comparé au ratio de 1pour 600 recommandé par l’Organisation
mondiale de la santé (OMS). L’instabilité passée et d’anciens conflits ont créé
une forte méfiance du public à l’encontre des autorités et de la communauté
internationale, entravant ainsi les efforts pour freiner la propagation du virus
Ebola (Thomas, 2014). Dans l’ensemble, la crise d’Ebola a montré combien le
manque d’attention portée aux questions de gouvernance et au rétablissement
des institutions dans les situations post-conflits peut avoir de lourdes con-
séquences des décennies plus tard.
Ce rapport s’appuie sur le cadre analytique défini dans le Rapport sur le
développement dans le monde 2011 : Conflits, Sécurité et Développement. Il
repose également sur les thèses développées dans l’ouvrage : Dynamiques
sociétales et Fragilité, une étude réalisée par le Département du Développement
Social de la Banque mondiale en 2012. Le Rapport sur le développement dans
le monde se base sur l’hypothèse fondamentale que la fragilité et les conflits
sont le produit de facteurs exogènes et endogènes de perturbations que les
institutions locales et régionales sont incapables de contenir ou d’atténuer
(World Bank, 2011). Dans certains cas, ces perturbations sont si intenses que
même des institutions fortes sont incapables de les maîtriser. Dans d’autres
cas, même de légères perturbations peuvent déstabiliser des institutions
faibles et inefficaces et donner lieu à des violences incontrôlées. L’évolution
rapide des sociétés africaines exige des efforts considérables d’adaptation des
institutions nationales et locales. Celles-ci doivent se transformer rapidement,
tout en veillant à préserver leur légitimité et leur efficacité. Certaines institu-
tions entretiennent aussi des rapports particulièrement difficiles entre elles,
surtout les institutions publiques (qui tentent de satisfaire les besoins collec-
tifs d’une société) et les instances coutumières (qui dominent à l’échelon local
et assurent la prise en charge des problèmes au niveau local). Beaucoup
d’institutions africaines éprouvent des difficultés à s’adapter à ces évolutions
rapides et se retrouvent fréquemment en décalage avec les attentes et les
besoins de certains groupes sociaux.
Introduction  3

Cet ouvrage a trois objectifs. Il propose une définition commune des grands
facteurs de fragilité et de violence en Afrique de l’Ouest et identifie les
dynamiques de résilience ayant permis à certains pays de mettre fin à des situ-
ations prolongées de conflits et de fragilité. Il examine aussi la dimension
régionale et les dynamiques externes influençant ces facteurs; il cherche enfin
à identifier les réponses et actions qui pourraient être promues par les poli-
tiques publiques et dans le cadre de programmes de développement. Étant
donné le manque de données et de recherche réalisées dans un grand nombre
de ces domaines, le rapport identifie également les sujets qui restent à
­examiner. L’ouvrage est fondé sur six documents commandés par la Banque
mondiale et produits par des organisations ou des personnes qui ont mené des
recherches universitaires approfondies dans ce domaine sur les sujets suivants:
Le trafic et la criminalité organisée ; les dynamiques démographiques, l’emploi
et les disparités entre générations ; les réformes du secteur de la sécurité ; les
inégalités régionales et horizontales ; les conflits fonciers, les migrations et la
­citoyenneté ; et le secteur minier et extractif.

Évolutions récentes des conflits et de la violence dans la


sous-région

Les récents événements en Afrique de l’Ouest ont attiré l’attention de la com-


munauté internationale sur les nouveaux risques de conflits et de fragilité
dans la région. Les soulèvements qui ont eu lieu au Nigéria et au Mali, ainsi
que le coup d’État en Guinée-Bissau, montrent que l’Afrique de l’Ouest est
encore sujette à des déferlements de violence. Au cours des soixante dernières
années, les conflits de la période postcoloniale ont toutefois fait moins de
victimes en Afrique de l’Ouest que dans le reste du continent. En outre, le
nombre de conflits depuis l’indépendance est moins élevé dans cette région
que dans le reste de l’Afrique, malgré les perturbations qu’a connu la région
et les nombreux défis politiques et de gouvernance auxquels elle fait face
(voir la Figure 1).1
Le nombre de victimes des conflits est resté très faible pendant les années
1960, période au cours de laquelle la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest ont
accédé à l’indépendance de manière pacifique (du Ghana en 1957 au Cap-Vert
en 1975). La guerre séparatiste du Biafra au Nigéria (1967-1970) fait exception
avec près de deux millions de victimes. Par la suite, l’Afrique de l’Ouest a
connu une période relativement stable jusqu’en décembre 1989 et le début de
la guerre civile au Libéria qui a replongé la sous-région dans la violence poli-
tique et les luttes intestines. En 1998, la guerre civile en Guinée-Bissau a accru
le nombre de victimes de conflits en Afrique de l’Ouest, avant de prendre fin
un an plus tard.
4  Relever les défis de la stabilité et de la sécurité en Afrique de l’Ouest

Graphique 1 Conflits nationaux par sous-région, 1960-2012

12
10
Nombres de conflits

8
6
4
2
0
19 0

19 0

20 0
20 2

20 0
12
62

19 8
19 0
19 2

19 8
19 0
19 2

19 8
92

20 8

20 8
74
19 4
19 6

19 6

84
19 6

19 4
19 6

04
20 6
6

0
0

1
6
7
7

7
8
8

0
6
6

9
9

0
19

19

19

19

19

20
Afrique Centrale Afrique du Nord Afrique de l’Est
Afrique Australe Afrique de l’Ouest

Source : Themnér et Wallensteen, 2013.

Le début des années 2000 a ainsi été marqué par une baisse du nombre de
victimes et des combats de grande envergure dans la sous-région. Le nombre de
décès dus aux conflits a été pratiquement réduit de moitié après 1999 et a
continué de baisser jusqu’en 2006 et 2007, même s’il a brièvement augmenté en
2003 à cause de la guerre civile de faible intensité en Côte d’Ivoire. Le nombre
de victimes de conflits a augmenté à nouveau progressivement après 2007, puis
s’est accéléré en 2010 à cause d’une flambée de violences au Mali et au Nigéria.
Au cours des dix dernières années, le type de violences qui prévaut en
Afrique de l’Ouest s’est modifié. Les conflits de grande envergure et les guerres
entre les États qui ont suivi la fin de la colonisation et de la Guerre froide ont
cédé la place à des insurrections de faible intensité et à des actes de violence
politique commis par des acteurs non étatiques. Les pays touchés par le système
conflictuel du bassin du fleuve Mano — Côte d’Ivoire, Sierra Leone, Libéria et
Guinée — sont cependant parvenus à mettre fin aux violences et à établir les
conditions d’une stabilité à moyen terme.
Les aspirations démocratiques qui ont émergé dans les années 1990 ont
contribué à remplacer progressivement les coups d’États militaires par des
élections. Ces dernières sont aujourd’hui le moyen le plus répandu de transférer
le pouvoir dans la région. Paradoxalement, les violences électorales se sont
intensifiées dans l’ensemble de la sous-région. Elles illustrent les nouveaux
modes de concurrence politique, qui reposent sur l’instrumentalisation de
facteurs identitaires à des fins politiques et la faiblesse des mécanismes de con-
trôle et de partage du pouvoir après les élections. Dans un tel contexte, la
­violence politique prend un caractère particulièrement incendiaire.
Introduction  5

Le trafic de drogue, la piraterie maritime et l’extrémisme religieux


s’avèrent aussi de plus en plus déstabilisateurs. La montée du trafic de
stupéfiants dans l’ensemble de la sous-région a fragilisé la gouvernance et
affaibli les institutions publiques ; la piraterie maritime menace quant à elle
la stabilité et le développement économique des États côtiers du Golfe de
Guinée. Enfin, la forte augmentation des attaques mortelles perpétrées par
Boko Haram à l’encontre la population civile du Nigéria, ainsi que la montée
des groupes extrémistes au Sahel — comme Al Qaeda au Maghreb islamique
(AQMI) et Ansar Dine — risquent de plonger la région dans une période
prolongée d’instabilité.

La nature de la violence et des conflits en Afrique de l’Ouest


Différents facteurs de violence s’imbriquent et se chevauchent en Afrique de
l’Ouest. Dans certaines zones, les différences religieuses, ethniques, culturelles
et linguistiques ont servi de détonateurs aux conflits. Revers de l’accélération de
la croissance dans la sous-région, les sentiments d’injustice, de marginalisation
et d’exclusion ont également joué (voir la figure 2 illustrant comment la combi-
naison de divers facteurs de conflit a créé un terreau propice à la guerre civile
en Côte d’Ivoire).
La nature des violences qui touchent l’Afrique de l’Ouest a considérablement
évolué depuis l’indépendance. Certaines parties de la région restent très
vulnérables aux nouvelles menaces sécuritaires qui sont plus insidieuses.
Mais dans l’ensemble, des progrès ont été réalisés au cours de la période
récente pour prévenir les conflits, et ont ainsi renforcé la stabilité dans la
sous-région.

Les conflits se produisent surtout à l’échelle nationale


Dans leur vaste majorité, les conflits armés qui se sont produits en Afrique de
l’Ouest après l’indépendance ont été nationaux, et non pas entre États. En
Afrique de l’Ouest, la transition politique du colonialisme à l’indépendance a
généralement été pacifique. Seule la Guinée-Bissau a pris les armes de 1963 à
1974 contre le pouvoir colonial du Portugal pour obtenir son indépendance.
Seules deux guerres ont opposé des États de la sous-région : celle entre le Mali
et le Burkina Faso en avril 1985, et celle entre le Sénégal et la Mauritanie en
avril 1989. Dans ces deux cas, les combats n’ont pas duré plus d’une semaine
(Souaré, 2010).
Durant la période postcoloniale, l’Afrique de l’Ouest a connu cinq grandes
guerres civiles et au moins sept autres conflits de moindre ampleur. Des trou-
bles plus localisés se sont également produits (M’Cormack, 2011, p. 2), ainsi
qu’un grand nombre de coups d’États militaires. La guerre du Biafra (1967-
1970) qui a fait deux millions de victimes, a été la première guerre civile de
grande envergure dans la sous-région. La plupart des guerres civiles se sont
6  Relever les défis de la stabilité et de la sécurité en Afrique de l’Ouest

Graphique 2 L’exemple de la Côte d’Ivoire : comment les facteurs de conflit se sont


imbriqués pour créer et entretenir un terreau propice à la guerre civile

Arrivée d’un grand nombre


de migrants issus des zones et
pays voisins situés au nord
(du Burkina Faso, en particulier)
à la recherche d’emplois et de
débouchés dans les
régions plus riches du Sud.

Divers groupes minoritaires se


La stagnation économique, les plaignaient de la domination des
créations limitées d’emplois dans le Baoulés en politique et dans
secteur formel, et l’augmentation La lutte pour le
l’économie. Plus particulièrement,
rapide du chômage des jeunes à pouvoir après le
l’intégration de plus en plus
cause de l’explosion démographique décès du Père de
difficile des populations issues du
de cette population. la nation, le
Nord dans l’économie et la
président
politique nationales a créé du
Houphouët-Boigny
ressentiment.

Des disparités et inégalités Les incertitudes sur les droits de


importantes entre régions, propriété foncière dans l’Ouest du pays,
particulièrement entre le nord et le sud et la multiplication des conflits d’ordre
L’abondance de
du pays, en matière de services publics, foncier et de droits de propriété.
ressources naturelles
de pauvreté et d’investissements Les tensions sont particulièrement
et lucratives (café,
prononcées entre les migrants
diamants, bois précieux)
agriculteurs et les propriétaires
a aidé à financer les
fonciers traditionnels.
actions guerrières de
tous les côtés.

Facteurs entretenant le Raison centrale du


Facteurs de conflits conflit
conflit

déroulées après la Guerre froide: au Libéria au cours de deux périodes distinctes


(1989-1996, puis 1999-2003), en Sierra Leone (1991-2002), en Guinée- Bissau
(1998-1999) et enfin en Côte d’Ivoire (2002-2007, puis 2010-2011). Ces conflits
(la guerre du Biafra exceptée) ont fait presque 827 000 morts2, dont environ
520 000 ont été victimes des guerres civiles au Libéria. Les conflits et la violence
ont aussi eu de graves conséquences pour la population civile. Les guerres en
Sierra Leone et au Libéria ont poussé environ 1 million de personnes à se réfu-
gier à l’étranger ou à se déplacer dans leurs propres pays (Luckham et coll.,
2001, p. 39). Dans tous ces conflits les hommes et les femmes ont été victimes
de violences sexuelles généralisées.
Introduction  7

La sous-région a connu d’autres conflits de moindre ampleur : l’insurrection


séparatiste de la Casamance au Sénégal qui se poursuit de manière latente depuis
1982 ; des violences liées à des contentieux fonciers qui se sont produites au nord
du Ghana au milieu des années 1990 et qui ont pris un caractère e­ thnique. Les
populations touarègues se sont soulevées au Mali et au Niger à plusieurs reprises.
La Guinée et le Burkina Faso ont connu des crises sécuritaires et de gouver-
nance. Enfin le Nigéria cumule tensions politiques, communautaires, ethniques,
religieuses, et électorales. Les hostilités suscitées par la lutte pour le contrôle des
ressources naturelles viennent s’ajouter à ces difficultés. La quasi absence de con-
flits entre États montre que les frontières sont considérées comme inviolables
dans la sous-région, alors même qu’elles ont été tracées de manière artificielle
par les pouvoirs coloniaux. Cette perception est née dans l’ensemble de l’Afrique
de l’Ouest dès les indépendances et a été consacrée par la Charte de l’Organisation
de l’unité africaine (OUA, 1963) qui appelle au respect de l’intégrité territoriale
des États (Zacher, 2001, p. 222). Conformément à cette charte des grands prin-
cipes panafricains, les pays de la sous-région ont respecté les frontières territo-
riales héritées de la colonisation, malgré leur ­caractère arbitraire et l’existence de
groupes ethniques transnationaux partageant les mêmes héritages linguistiques
et culturels. La faiblesse des États au moment des indépendances peut également
expliquer cette spécificité ouest-africaine. Ces pays ont continué à éprouver des
difficultés à maintenir l’ordre, la sécurité et la stabilité, faute d’avoir pu achever
la construction de leur État. Les frontières ont donc servi de « coquilles externes
» que personne n’a souhaité remettre en cause — une situation que l’on a pu
qualifier de « paix négative » (Kacowicz, 1997, p. 382). À la fin de la Guerre
froide, les esprits ont évolué, avec la perte d’aura du panafricanisme et la multi-
plication des facteurs de conflits et de violence. Au cours des dernières décen-
nies, plusieurs conflits régionaux ont dès lors débordé des frontières qui se sont
révélées poreuses et instables.
Depuis le début du nouveau millénaire, les guerres civiles se font beaucoup
plus rares en Afrique de l’Ouest et les violences politiques de grande ampleur
semblent prendre fin (Straus, 2012, p. 182). Le Libéria, la Sierra Leone et la
Guinée-Bissau sont tous les trois sortis d’une situation de conflit ouvert et ont
pu tenir des élections multipartites ; même après une brève rechute au lende-
main des élections de 2010, la Côte d’Ivoire a retrouvé la stabilité. Il s’agit d’un
tournant décisif dans la stabilisation politique de la région, même si de nou-
velles menaces et des formes différentes de violence politique ont commencé à
remplacer les conflits de grande ampleur et les guerres civiles. La Guinée-Bissau
demeure très instable comme le démontre le coup d’État perpétré en 2012, sans
toutefois provoquer de grandes violences.
Selon l’ACLED (Armed Conflict Location and Event Data Project) la baisse
régulière du nombre de décès dus aux combats au cours des deux dernières
décennies atteste de cette stabilisation dans l’ensemble de la région
8  Relever les défis de la stabilité et de la sécurité en Afrique de l’Ouest

(Marshall, 2006). Cela tient en partie à la démocratisation et à la tenue d’élections


multipartites qui permettent aux populations d’exprimer leurs griefs dans
l’isoloir plutôt que par la violence. Les instances régionales de résolution des
contentieux, de prévention et de gestion des conflits, telles que la Communauté
économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), ont également con-
tribué à restaurer la paix et à mettre fin aux guerres civiles qui perduraient dans
le bassin du fleuve Mano.

Les systèmes de conflits dans la sous-région


En Afrique de l’Ouest, les conflits nationaux franchissent souvent les frontières,
déstabilisant ainsi les pays voisins. Les pays entretiennent d’importantes relations
informelles entre eux qui peuvent favoriser la régionalisation des conflits. Un sys-
tème conflictuel peut engendrer des conflits plus localisés dont les causes, la durée
et le nombre de victimes qu’ils provoquent varient. Des initiatives régionales sont
donc nécessaires pour gérer et résoudre ces conflits qui sont inextricablement liés
(Diallo, 2009, p. 2). La théorie des systèmes de conflits repose en effet sur l’idée que
les conflits transfrontaliers naissent et perdurent en raison des liens transnationaux
de nature économique, sociale et culturelle entre pays (Buhaug et Gleditsch, 2008).
Les systèmes de conflits ont habituellement un épicentre ou une origine localisée
ainsi qu’une dynamique propre qui détermine leur évolution, leur ampleur et leur
résorption (Diallo, 2009, p.2). Différentes relations transnationales alimentent ces
conflits et leur diffusion au-delà des frontières. En Afrique, les frontières sont
poreuses et les communautés vivant de part et d’autre entretiennent des liens étroits
fondés sur l’appartenance ethnique, la langue, la culture et le commerce (Kacowicz,
1997, p. 380). Elles peuvent subir les mêmes difficultés socioéconomiques et
­environnementales ou se sentir marginalisées de la même manière. Ces similarités
transfrontalières favorisent les mouvements de populations — milices, travailleurs
et réfugiés — et la circulation d’armes, de drogue et de produits de contrebande
(Kacowicz, 1997, p. 380). L’afflux de réfugiés dans un autre pays peut également
propager les conflits au-delà des frontières, favoriser la contrebande d’armes et le
recrutement de soldats rebelles (Blattman et Miguel, 2009).
La propagation des conflits est pratiquement inévitable compte tenu de la
complexité et de la profondeur des liens qui existent entre les populations de pays
dont les frontières ont été tracées de manière arbitraire. Dans certains cas, les
mêmes facteurs internes sont à l’origine de conflits dans plusieurs pays. Ces der-
niers, subissent donc le même type de perturbations à l’image du Libéria et de la
Sierra Leone dans les années 1980, où la baisse des revenus des ménages, des
dépenses sociales et de l’accès à la santé et à l’éducation résultait de la d
­ étérioration
de la performance économique sous des régimes répressifs. Dans d’autres cas, les
liens transfrontaliers et la perméabilité des frontières favorisent l’exportation des
conflits dans les États limitrophes (N’Diaye, 2011, p. 49). Dans les années 1990 la
Guinée a connu un conflit qui était moins intense que ceux qui se sont déroulés
Introduction  9

dans les pays voisins du bassin du fleuve Mano. Le pays a pourtant été déstabilisé
par l’afflux d’un grand nombre de refugiés et a connu des troubles dans le sud de
son territoire (Jörgel et Utas, 2007). La violence dans un pays peut avoir des
répercussions négatives chez ses voisins. Selon une ­évaluation de la Banque mon-
diale, cet effet de « mauvais voisinage », peut leur faire perdre 0,7 % du produit
intérieur brut par pays voisin en conflit (World Bank, 2011, p. 65).
L’Afrique de l’Ouest rassemble un certain nombre de systèmes de conflits
(voir la carte 1) dont le plus déstabilisant est celui du bassin du fleuve Mano.
Les autres systèmes conflictuels ont jusqu’à présent eu des répercussions de
moindre ampleur, même s’ils se sont étendus à d’autres pays de la sous-région.
Et si les tensions se sont atténuées dans certains systèmes, elles peuvent être
subitement ravivées. Par exemple, le système conflictuel en Sénégambie méri-
dionale couvre le Sénégal, la Gambie et la Guinée-Bissau. En Casamance, le
mouvement séparatiste du peuple Diola résulte du sentiment d’être sous-
représentés politiquement et défavorisés économiquement (M’Cormack,
2011, p. 3). Des liens de parenté entre les séparatistes et le président de Gambie
ont entretenu l’idée qu’il avait apporté un soutien actif aux rebelles de
Casamance. Les gouvernements successifs de Guinée-Bissau ont également été
accusés d’avoir fomenté des violences en Casamance (Fall, 2010).

Carte 1 Les systèmes de conflits régionaux de l’Afrique de l’Ouest

IBRD 41818 | AOÛT 2015


E U R O P E
Mer Noir

Açores (Port.)

Gibraltar (R.U.)
M e r
TUNISIE M é d
i t e r
Madère (Port.) r a n
é e

MAROC
Îles Canaries (Esp.)
ALGÉRIE
LIBYE RÉPUBLIQUE
SAHARA
SAHARA Système conflictuel Sahel–Sahara ARABE
O C É A N OCCIDENTAL
OCCIDENTAL D’ÉGYPTE
A T L A N T I Q U E
Me
r R
ou

MAURITANIE
ge

MALI
CCABO
ABO NIGER TCHAD S O U DA N
ÉRYTHRÉE
VVERDE
ERDE SÉNÉGAL
Extension de la violence liée à Boko Haram
LA GAMBIE BURKINA
Système conflictuel de Séné-Gambie FASO
GUINEÉ BÉNIN
GUINÉE-BISSAU
TOGO NIGÉRIA
CÔTE ÉTHIOPIE
SIERRA LEONE GHANA SOUDAN
D’IVOIRE RÉPUBLIQUE
Système Conflictuel du bassin de la rivière Mano DU SUD
CAMEROUN CENTRAFRICAINE
LIBÉRIA
Système Conflictuel du golfe de Guinée RÉP. DÉM.
OUGANDA KÉNYA
Golfe de Guinée DU CONGO

Note : Les zones foncées indiquant les différents systèmes de conflits ne se réfèrent pas à des zones
géographiques exactes mais servent à illustrer la fluidité des conflits à travers les frontières.
10  Relever les défis de la stabilité et de la sécurité en Afrique de l’Ouest

Le système de conflits du Sahara-Sahel, connaît des tensions et des flambées


régulières de violences qui opposent les gouvernements du Mali et du Niger aux
rebelles touaregs et à d’autres groupes ethniques vivant au nord des deux pays.
Ces conflits ont également eu des répercussions en Mauritanie. Ce système de
conflits subit des pressions croissantes de la part de groupes extrémistes
d’Afrique du Nord cherchant à tirer profit de ces tensions transfrontalières.
Parallèlement, le système de conflits dans le golfe de Guinée est quant à lui le
fruit de l’insurrection dans la région du delta du fleuve Niger au Nigéria. Il a eu
des répercussions sécuritaires au Bénin et au Togo et a aussi contribué au dével-
oppement de la piraterie maritime (Diallo, 2009, p. 6).
Enfin, l’insurrection de Boko Haram dans le Nord du Nigéria, a créé un
nouveau système de conflits qui a débordé en Afrique de l’Ouest (lire l’encadré 1).
Bien que cette insurrection menée par des groupes extrémistes soit « fondamen-
talement une crise nigériane » (Pérouse de Montclos, 2014), ses combattants se

Encadré 1

Niger : D’importants efforts pour assurer la stabilité du pays


Situé en bordure du Sahara, le Niger subit le même type de menaces extérieures que
celles qui ont destabilisé son voisin, le Mali. Boko Haram a violé son intégrité territoriale
à plusieurs reprises au sud du pays, menant des incursions à partir du Nigéria. Malgré
ces difficultés, le Niger est jusqu’à présent parvenu à préserver son intégrité territoriale.
Différentes raisons expliquent cette réussite. Le président Mahamadou Issoufou a investi
dans le développement des zones rurales afin d’asseoir la légitimité́ de l’État au niveau
local (Pérouse de Montclos, 2014). En outre, le gouvernement du Niger est centralisé et
la taille de sa population est beaucoup moins nombreuse que celle du Nigéria ; son
armée est bien formée et protège les populations qui apprécient son action. Par ailleurs,
le gouvernement du Niger et les partis d’opposition coopèrent face aux menaces ter-
roristes, comme lors de la rébellion touarègue de 2007-2008. En 2012, le Niger a réussi
à éviter une situation comparable à celle du Mali qui a été déstabilisé par l’insurrection
provoquée par le retour des travailleurs migrants et des combattants armés de Libye. La
tradition d’intégration des élites des régions marginalisées dans la vie politique y a con-
tribué. Les efforts du gouvernement pour améliorer les conditions de vie dans les régions
sahéliennes du nord et la décentralisation au profit des pouvoirs locaux ont également
joué. Les mariages intercommunautaires et des populations relativement homogènes
ont aussi préservé la cohésion sociale dans le nord du pays (Antil et Mokhefi, 2014). Le
clivage nord-sud est moins prononcé au Niger qu’au Mali malgré les dissensions histo-
riques avec certaines communautés du Nord (ICG, 2013). Le Niger est ainsi parvenu à
gérer les tensions entre communautés et à éviter un conflit grâce à des facteurs locaux
qui ont favorisé la cohésion et à gouvernement plus inclusif et dynamique qu’au Mali.
Introduction  11

sont parfois manifestés au Tchad, au Cameroun et au Niger, pays dont les fron-
tières ont été établies par les pouvoirs coloniaux à la fin du dix-neuvième siècle.
Ces frontières avaient alors « peu de pertinence sociale par rapport à l’unité
culturelle de l’ancien empire de Kanem-Bornu » (Pérouse de Montclos, 2014).

L’évolution rapide des formes de violence en Afrique de l’Ouest


Les formes de violence ont considérablement évolué en Afrique de l’Ouest au
cours des dix dernières années. Les conflits classiques à grande échelle et les
guerres civiles sont moins répandus et moins intenses. Toutefois, une nouvelle
génération de menaces les remplace progressivement. La violence électorale est
plus fréquente. Les mouvements extrémistes, les attaques terroristes, le trafic
de drogue, la piraterie maritime et la criminalité ont également beaucoup
augmenté au cour de ces dernières années. Enfin, les combats sont de plus en
plus menés aux frontières des États par des rebelles armés organisés en factions.
Leurs capacités militaires sont généralement limitées et ne menacent pas la
stabilité du gouvernement (Straus, 2012, p. 181). On peut citer par exemple le
mouvement séparatiste de basse intensité qui sévit actuellement en Casamance
(Sénégal), la campagne menée par Boko Haram au Nigéria et les soulèvements
des populations touarègues et arabes au Mali.
L’intensification de la violence électorale. La vague de démocratisation des
années 1990 a marqué un tournant décisif pour la gouvernance de la région.
Si les coups d’État sont de moins en moins tolérés, on constate en revanche une
augmentation des violences électorales.
La fin de la Guerre froide a engendré des guerres civiles particulièrement
désastreuses, mais a également ouvert la voie à des évolutions politiques majeures.
Si le processus de libéralisation politique a eu des résultats mitigés, il a néan-
moins permis une maturation politique dans la région qui renforce sa stabilité à
long terme. De par leur fréquence et leur légitimité, les élections pluralistes ont
permis de transférer le pouvoir de manière pacifique et de réduire ainsi les coups
d’État et les conflits armés. En Afrique de l’Ouest, l’augmentation du nombre
d’élections depuis 1990 (Carbone, 2013, p. 8) s’est toutefois accompagnée d’une
multiplication des violences électorales. A des degrés divers, le Nigéria, la Côte
d’Ivoire, le Togo, le Burkina Faso et la Sierra Leone ont connu des troubles
sociaux et des violences politiques avant, pendant et après la tenue d’élections.
Au Nigéria, les violences électorales se sont intensifiées à chaque vote jusqu’aux
élections de 2015 qui ont été pacifiques. En particulier, les manifestations liées
aux élections de 2011 avaient dégénéré en violences sectaires et auraient fait 800
victimes, selon l’ONG Human Rights Watch (Human Rights Watch, 2011).
Le fait que les élections soient devenues le mode légitime de transmission du
pouvoir a conduit les adversaires politiques à souvent remettre en cause leurs
résultats. Les enjeux électoraux sont en effet très élevés, puisque l’accès au pou-
voir exécutif permet de contrôler étroitement l’économie et les avantages qui lui
12  Relever les défis de la stabilité et de la sécurité en Afrique de l’Ouest

sont associés (Souaré, 2010, p. 6). Les élections permettent aux acteurs poli-
tiques de renforcer leur position et de mobiliser les membres de leurs groupes
ethniques ou religieux en attisant les tensions et l’extrémisme. Ainsi, les élec-
tions peuvent « directement provoquer la violence au lieu d’en être une cause
sous-jacente » (Léonard, 2010, p. 3). À la violence liée à la concurrence politique
peut s’ajouter d’autres formes de violence, comme celles liées à l’accès à la pro-
priété foncière et aux ressources, comme dans le cas de la Côte d’Ivoire (Straus,
2012, p. 195). Dans ce contexte, les pays de la région, avec l’appui d’acteurs
locaux, régionaux et de la communauté internationale, ont mis en place des
mécanismes pour prévenir ces risques. On peut citer par exemple l’envoi
d’observateurs issus de la société civile dans la sous-région et l’élaboration d’un
guide pratique de résolution des contentieux électoraux, sous la tutelle du
Réseau ouest-africain pour l’édification de la paix (West Africa Network for
Peacebuilding, WANEP). En 2011, les pays de la sous-région ont aussi adopté la
Déclaration de Praia sur les élections et la stabilité en Afrique de l’Ouest.
Trafic de drogue. L’ampleur du trafic de drogue en Afrique de l’Ouest a été
révélée entre 2005 et 2007 par la saisie de plusieurs cargaisons contenant des
tonnes de cocaïne en provenance d’Amérique du Sud et à destination de l’Europe
(UNODC, 2013, p. 9). Le trafic transitant par l’Afrique de l’Ouest constitue
désormais une menace sécuritaire importante. Les cartels de drogue sud-
américains préfèrent faire transiter leurs marchandises par les États côtiers qui
ont des frontières poreuses, des îles peu habitées, un État faible et corrompu,
une surveillance limitée de leur territoire et qui sont proches de l’Europe (voir
la carte 2). Outre la cocaïne, l’Afrique de l’Ouest est devenue une plaque tour-
nante des cargaisons de méthamphétamines et d’héroïne.
Ce trafic a de nombreuses répercussions négatives. Il peut corrompre les
responsables publics et agents des services de sécurité, déstabiliser le gouverne-
ment et affaiblir l’État, éroder le tissu social et le développement économique.
Et, comme dans le cas de la Guinée-Bissau, le trafic de drogue peut aussi influ-
encer les élections (Souaré, 2012, p. 9). Le trafic de stupéfiants et la participation
aux réseaux de distribution de drogue semblent aussi exister dans des pays
d’Afrique de l’Ouest plus stables, comme le Sénégal, la Gambie et le Ghana
(Centre africain pour les études stratégiques, 2013, p. 30). Mais ces États sont
moins déstabilisés par ce trafic que des pays plus faibles, aux institutions moins
résilientes et dont la gouvernance politique est plus fragile. Le trafic de cocaïne
a cependant contribué à affaiblir le Mali, une jeune démocratie connue pour sa
stabilité (Centre africain pour les études stratégiques, 2013, p. 32).
Piraterie maritime et criminalité. Selon le Bureau maritime international,
la piraterie maritime dans le golfe de Guinée est plus répandue qu’elle ne
l’était dans le golfe d’Aden en 2012. Cette menace s’est amplifiée au cours des
dix dernières années. Les premières attaques à l’encontre de bateaux de pêche
et de vaisseaux nigérians se sont ensuite diffusées au littoral du Togo, de la
Introduction  13

Carte 2 Flux de cocaïne de l’Amérique Latine vers l’Europe transitant par


l’Afrique de l’Ouest

IBRD 41817 | AOÛT 2015


E U R O P E
Mer Noir

Açores (Port.)

Gibraltar (R.U.)
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GUINÉE-BISSAU GUINEÉ F A SO
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NIGÉRIA
TOGO
CÔTE
SIERRA LEONE GHANA FLOTS DE COCAÏNE
D’IVOIRE
AIRE DE TRANSITS
LIBÉRIA
FRONTIERES INTERNATIONALES
Golfe de Guinée
De RB de Venezuela, Colombie,
Equateur, Pérou, Brésil.

Source : UNODC, 2013.

Côte d’Ivoire et du Bénin et ciblent désormais les grands navires pétroliers,


selon l’ACLED. À l’exception du Tchad et du Soudan, presque tous les pays
d’Afrique subsaharienne qui produisent du pétrole sont situés dans le golfe
de Guinée. Par ailleurs, des liens ont été établis entre la piraterie et les
groupes armés qui reçoivent un appui financier de ces activités. Cela amplifie
les effets déstabilisateurs des conflits et décourage les efforts de pacification
dans la sous-région (UNODC, 2013, p. 5). La piraterie a des répercussions
importantes en Afrique de l’Ouest. Ses recettes servent avant tout à armer les
rebelles, comme ceux du delta du fleuve Niger au Nigéria. Elle affecte aussi
indirectement la stabilité politique, l’économie intérieure et les moyens de
subsistances des populations tels que la pêche. Elle pèse aussi sur les inves-
tissements directs étrangers (IDE) et le commerce (Security Council Report,
2011, p. 10). L’Organisation maritime internationale (OMI) a donc mis en
place le Fonds fiduciaire pour la sécurité maritime en Afrique de l’Ouest et
Centrale pour lutter contre la piraterie dans le golfe de Guinée.
Les réseaux internationaux du crime organisé ont aussi tiré parti du manque
de contrôles aux frontières et de l’absence d’un réel État de droit dans certains
pays d’Afrique de l’Ouest (Centre pour les opérations internationales de la paix,
14  Relever les défis de la stabilité et de la sécurité en Afrique de l’Ouest

ZIF, 2012, p. 2). Ces facteurs ont intensifié le banditisme, la traite des êtres
humains et la contrebande de cigarettes. Le trafic illicite d’armes aux frontières
et la prolifération des armes légères dans la région risquent également d’alimenter
l’instabilité et d’accroître la criminalité, comme on a pu l’observer au Mali.
L’ extrémisme religieux et le terrorisme. La menace de l’intégrisme religieux
est de plus en plus forte en Afrique de l’Ouest. Des groupes tels que Boko Haram
au Nigéria s’en prennent toujours plus violemment à la population civile. Le
Nigéria détient le record de violences clairement attribuables à des groupe reli-
gieux extrémistes en Afrique — on en recense 128 entre 1997 et 2012. En 2012,
le nord du Mali est tombé aux mains des milices islamistes qui ont profité du
rapprochement entre le mouvement islamiste touareg Ansar Dine et la mou-
vance Al Qaeda au Maghreb islamique (AQMI). À partir de 2010, la violence
liée aux milices islamistes a considérablement augmenté sur le continent,
représentant 13,54 % de l’ensemble des violences politiques en 2012 (contre
4,96 % en 1997) selon l’ACLED (Dowd, 2013, p. 5).
En Afrique de l’Ouest, les groupes extrémistes circulent désormais aisément
d’un État à l’autre (Straus, 2012, p. 181). Ils s’apparentent plus à des « gangs
armés mobiles » avec des bases dans de nombreux territoires qu’à des armées
organisées (Straus, 2012, p. 190). Ces groupes sont appuyés et financés par les
réseaux terroristes internationaux. AQMI par exemple mène des actions spo-
radiques au Mali, au Niger, en Mauritanie et sans doute dans certaines parties
du Burkina Faso depuis sa première apparition au Mali en 2009 (lire l’encadré 1).
Jusqu’en 2013, le groupe terroriste s’est davantage manifesté au Mali qu’en
Algérie, où il existe pourtant depuis plus longtemps, selon l’ACLED.

La persistance d’anciens conflits de nature ethnique ou identitaire


Bien que les formes de violence aient considérablement évolué, les anciens
­conflits ethniques et identitaires restent présents en Afrique de l’Ouest. Depuis
l’ère coloniale, la question non résolue de la marginalisation économique et
de l’exclusion politique du peuple touareg a été un sujet de discorde et la cause de
violences au Sahel. Les frontières nationales tracées arbitrairement par la France
ont perturbé les parcours de transhumance et bloqué l’accès aux aires tradition-
nelles de pâturage (Bakrania, 2013, p. 9). Après l’indépendance, les Touaregs et
les Arabes ont été injustement sous-représentés dans les cabinets ministériels,
dans l’armée et dans la haute fonction publique (Bakrania, 2013, p. 10). Il règne
un profond sentiment d’injustice au Nord du Mali, qui a été délaissé et margin-
alisé économiquement par rapport au reste du pays et qui n’a pas eu droit au
même accès à la santé et à l’éducation (Bakrania, 2013, p. 9). En outre, les condi-
tions environnementales sont extrêmement difficiles au Sahel. C’est une région
aride où la désertification progresse et où l’eau et les terres agricoles sont rares.
Tous ces facteurs se sont conjugués avec l’affaiblissement des institutions tradi-
tionnelles de médiation entre ces groupes et ont exacerbé les tensions.
Introduction  15

Bien que l’effondrement du Mali en 2012 ait surpris la communauté interna-


tionale, la rébellion touarègue (Antil et Mokhefi, 2014) au Sahel remonte à la fin
du dix-neuvième siècle, période où elle a résisté par les armes aux avancées des
colons français dans les régions du Nord du Mali contemporain (Thurston et
Lebovich, 2013, p. 9). Depuis lors, plusieurs soulèvements ont eu lieu : contre
l’État colonial français en 1916, puis après l’indépendance en 1963, et à nouveau
en 1990. Une autre flambée de violence a eu lieu entre 2006 et 2009. Le dernier
soulèvement, qui a provoqué l’effondrement de l’État en 2012, se distinguait par
son intégrisme religieux. L’insurrection touarègue est le plus vieux conflit
d’Afrique de l’Ouest et, bien qu’elle ait fait relativement peu de victimes, elle
contribue fortement à fragiliser le Sahel.
D’autres conflits de basse intensité d’origine ethnique, foncière ou liés à
l’exclusion de certaines populations déstabilisent la sous-région. On peut entre
autres citer le conflit en Casamance, des tensions avec le peuple Diola en Sierra
Leone et au Libéria, des difficultés foncières dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, des
troubles sociaux au centre du Nigéria, « l’ethnicisation » du discours politique
en Guinée, ainsi que des clivages entre les différents groupes socioéconomiques
de Mauritanie (Bertelsmann Stiftung, 2014). En l’absence de mesures
d’apaisement, ces conflits non réglés peuvent à tout moment embraser l’ensemble
de la région.

Facteurs de conflits et de violence

Bien qu’ils soient généralement interdépendants, on peut distinguer les con-


flits liés à des tensions internes ou externes aux pays et ceux résultant de la
faiblesse de l’État. Aujourd’hui, les nouveaux facteurs de tensions en Afrique
de l’Ouest sont principalement liés au trafic, à la piraterie maritime et à
l’intégrisme religieux précédemment évoqués. Viennent s’ajouter à cela, une
jeunesse qui se sent exclue, l’augmentation des flux migratoires, les déséquili-
bres régionaux, la croissance rapide du secteur extractif et la lutte pour la
possession des minerais. La défaillance de l’État s’observe particulièrement au
niveau des institutions politiques, de la sûreté publique et de la gestion du
régime foncier.

Les nouvelles menaces : trafic, piraterie maritime et extrémisme


religieux
Au cours des dix dernières années, l’Afrique de l’Ouest est devenue une plaque
tournante du trafic de stupéfiants entre l’Amérique latine et l’Europe, du fait de
son emplacement à mi-chemin entre les nations andines productrices et le
marché européen. Ce trafic a de nombreux effets insidieux, entre autres parce
qu’il finance les groupes rebelles et mouvements extrémistes. Il crée des clivages
16  Relever les défis de la stabilité et de la sécurité en Afrique de l’Ouest

au sein des élites qui se font concurrence pour bénéficier des rentes liées au
commerce de la drogue. Il fragilise aussi les institutions et la gouvernance,
puisque les réseaux criminels tirent profit de la fragilité des institutions poli-
tiques de certains pays de la sous-région. Pour gagner un rôle politique ou uti-
liser les élites locales à leur profit, ces réseaux font usage de la violence ou
nouent des relations clientélistes, comme on l’a constaté en Guinée-Bissau et au
Mali. En 2011, vingt-et-une tonnes de cocaïne, soit 17% de la quantité totale
consommée en Europe, ont traversé la région et rapporté 1,7 milliard de dollars
américains. L’Afrique de l’Ouest n’est plus seulement une voie de passage, mais
semble avoir commencé à produire des stupéfiants. Elle risque aussi de voir
apparaître un marché local de la drogue et des gangs criminels liés à ce com-
merce. La facilité pour se procurer des armes légères, le chômage important et
le faible pouvoir d’achat constituant un terreau favorable. La piraterie maritime
s’est également intensifiée dans la région, en particulier dans le golfe de Guinée,
ce qui risque de déstabiliser les États côtiers et de fragiliser le développement
économique. Ces zones maritimes ont une importance géostratégique et
économique, notamment avec les découvertes récentes de gisements
d’hydrocarbures au large des côtes du golfe de Guinée. Mais la faiblesse de la
gestion des espaces maritimes et le manque de coopération entre les États ont
permis à la piraterie de prospérer.
La radicalisation religieuse constitue également une grave menace pour la
stabilité de la région. Elle se manifeste notamment au travers de l’émergence de
mouvances extrémistes comme Ansar Dine et le Mouvement pour l’unicité et le
jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) au Sahel. Elle prend aussi la forme
d’exactions de plus en plus violentes commises par Boko Haram au Nigéria. Ces
mouvements islamistes militants d’Afrique de l’Ouest ont reçu un soutien
extérieur et ont été influencés par les doctrines religieuses issues du Moyen-
Orient et de l’Asie du Sud. Toutefois, il a été amplement démontré que ces
groupes trouvent leurs origines dans la région et adoptent des méthodes qui leur
sont propres. Ils sont le produit d’un ensemble de facteurs, notamment d’une
gouvernance faible, de la corruption, de l’impunité, du sous-développement
ainsi que d’une crise intergénérationnelle. Cette évolution est particulièrement
préoccupante, car l’Islam a de tout temps été très tolérant en Afrique de l’Ouest
du fait de la forte présence de grandes congrégations soufies, comme les tradi-
tions Qadiriyya et Tijaniyya.

Le défi de l’intégration des jeunes : atout ou danger ?


Depuis les indépendances, les jeunes ont joué un rôle central dans la majorité
des conflits et des violences qui se sont produits en Afrique de l’Ouest. Cela a
été le cas des guerres civiles au Libéria et en Sierra Leone, des violences com-
mises au Nigéria depuis 1999, des rebellions touarègues au Niger et au Mali, ou
encore des violences urbaines et politiques. De nombreux facteurs expliquent
Introduction  17

ce phénomène : le ressentiment accumulé envers des États corrompus qui


régentent l’économie et n’offrent aucune perspective aux jeunes ; un sentiment
de frustration et d’exclusion ; l’instrumentalisation des jeunes par les élites, et
une défiance intergénérationnelle croissante. L’augmentation rapide du nombre
de jeunes par rapport au reste de la population pourrait conduire à une explo-
sion sociale dans la région.
Les débats suscités par les récents évènements violents dans la région ont
davantage « exprimé des peurs que cherché à faire participer les jeunes de façon
constructive » (Sommers, 2007). L’impact de la croissance démographique des
jeunes sur la sécurité et la stabilité dépend largement des capacités des
économies à les absorber (y compris dans le secteur informel), à améliorer leurs
conditions de vie et à les intégrer à la vie sociale et politique. Les difficultés des
jeunes sont liées à la mauvaise qualité du système éducatif, à une croissance
économique qui génère toujours moins d’emplois dans le secteur formel et à la
dégradation rapide des institutions chargées d’aider les jeunes à s’intégrer dans
la société. Le nombre de jeunes diplômés progresse plus vite que l’offre d’emplois
qualifiés, et la difficulté à trouver des sources de revenu stables empêche les
jeunes de former une famille et de se faire respecter au sein de leurs
communautés. Sans provoquer directement des conflits armés, ces facteurs peu-
vent faciliter le recrutement des jeunes hommes par des groupes armés, des
réseaux extrémistes, des milices politiques et des groupes rebelles qui leur
offrent des perspectives d’ascension politique.

Les tensions liées aux migrations dans la sous-région


Les population d’Afrique de l’Ouest ont de tout temps été parmi les plus
mobiles du monde. Le nombre de migrants à l’intérieur de la région est
estimé à environ 7,5 millions de personnes, soit 3 % de la population totale
(voir la carte 3, données de l’Organisation internationale pour les migra-
tions, IOM, 2014). Au cours des dernières décennies, les mouvements
migratoires ont généré des tensions, du fait des discriminations liées à
l’octroi de la citoyenneté à des personnes souvent considérées comme
« étrangères », de leur marginalisation politique et sociale, ainsi que de la
concurrence pour détenir des terres, gagner des revenus ou obtenir des
emplois. Ces facteurs ont alimenté des violences et des conflits dans
l’ensemble de la sous-région, tels que les contentieux entre les populations
locales et les nouveaux arrivants au centre du Nigéria ou les problèmes liés
aux droits des migrants en Côte d’Ivoire. L’urbanisation rapide de l’ensemble
de la région et l’arrivée de migrants dans les agglomérations urbaines sont
une autre source d’instabilité. La multiplication de bidonvilles habités par
des jeunes qui sont au chômage ou marginalisés intensifie le sentiment
d’inégalité et accroît le risque de criminalité organisée en gangs, ou
d’instrumentalisation politique.
18  Relever les défis de la stabilité et de la sécurité en Afrique de l’Ouest

Carte 3 Mouvements migratoires au sein des pays membres de la Communauté économique


des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)

IBRD 41819 | AOÛT 2015

Îles Canaries (Esp.)

O C É A N

A T L A N T I Q U E

MALI
C A BO NIGER
DEE
V ER D
SÉNÉGAL
LA GAMBIE
BURKINA
F A SSO
O
Nombre de migrants: GUINÉE-BISSAU GUINEÉ BÉNIN NIGÉRIA
2,400,000
1,850,000
CÔTE
GHANATOGO
1,128,000 SIERRA LEONE D’IVOIRE
1,040,000
LIBÉRIA
< 1,000,000
Flot de migrants
> 1,000,000
Flot de migrants Golfe de Guinée
< 1,000,000

Source : Maze, 2014.

La migration intra-régionale permet à beaucoup de ménages pauvres de


s’adapter et de valoriser leur capital économique, comme dans le cas des
communautés pastorales du Sahel. Elle constitue aussi une source de revenus
pour les familles qui reçoivent des transferts financiers des migrants. Cependant,
les migrants sont souvent confrontés à des situations de violence liées à l’opacité
des régimes de droit foncier, à l’instrumentalisation des migrations à des fins
politiques et au manque de mécanismes d’intégration sociale. Les conditions
environnementales de plus en plus difficiles et la croissance démographique
intensifieront sans doute la concurrence entre populations migrantes et locales
pour l’accès aux ressources, notamment aux terres agricoles qui continueront à
se réduire. La pression exercée par les populations nomades qui se déplacent de
plus en plus vers le sud à la recherche de moyens de subsistance vient également
aggraver les problèmes de gestion des terres.

Déséquilibres régionaux : une bombe à retardement


Les fortes disparités régionales, ainsi que l’exclusion et la marginalisation de
certains groupes sociaux ou religieux vivant dans des zones défavorisées, con-
tribuent largement au déclenchement de la violence et des conflits dans la
Introduction  19

sous-région. Les inégalités horizontales liées à l’origine culturelle risquent


d’alimenter les conflits, lorsque les inégalité économiques et politiques vont de
paire avec les différences culturelles.
Les inégalités horizontales ont exacerbé les insurrections au Mali, au Niger et
en Casamance ainsi que les violences à caractère ethnique ou identitaire en Côte
d’Ivoire. Ces sentiments d’inégalités territoriales et socio-­culturelles ont souvent
conduit à des scissions régionales au sein des pays, entre les zones ­littorales et du
sud (plus prospères) et les régions enclavées et septentrionales (plus pauvres).
Ce phénomène a été constaté au Nigéria, au Libéria, en Gambie, au Ghana, en
Sierra Leone et en Côte d’Ivoire. On observe la même chose entre le Nord (plus
pauvre) et le Sud (plus prospère) du Mali, du Niger et du Burkina Faso.
Bien que les inégalités horizontales accroissent le risque de conflits, elles ne
les déclenchent pas automatiquement. La corrélation d’autres facteurs entraîne
généralement des affrontements violents. La manière d’appréhender ces inégali-
tés est donc déterminante pour limiter les risques de conflits. On peut citer à
titre d’exemple, les politiques publiques de développement mises en place par le
Ghana pour réduire les inégalités entre le Nord et le Sud du pays qui ont permis
d’atténuer l’effet déstabilisateur des disparités régionales et ethniques (Langer et
Stewart 2014).

La répartition inégale des bénéfices provenant des ressources


naturelles
Les nouvelles découvertes de grands gisements de ressources naturelles de plus
en plus accessibles telles que le pétrole et le minerai de fer ouvrent d’importantes
perpectives économiques et stratégiques pour la région. Mais cette récente
explosion du secteur extractif en Afrique de l’Ouest peut également être une
source de conflit. L’histoire démontre qu’une mauvaise gestion et répartition des
revenus générés par le secteur extractif peut notamment créer des t­ensions
et des conflits violents au niveau local.
Au cours des vingt dernières années, un grand nombre de violences poli-
tiques et de conflits en Afrique de l’Ouest sont attribuables aux tensions liées à
la lutte pour l’exploitation des ressources naturelles et à la répartition des recettes
de ce secteur. On a souvent parlé de la « malédiction des ressources naturelles »
pour illustrer les conséquences dramatiques de l’exploitation des ressources
naturelles. Le commerce illicite de diamants et de bois précieux a financé les
guerres civiles en Sierra Leone, au Libéria et en Côte d’Ivoire. La région du delta
du fleuve Niger au Nigéria, riche en pétrole a été le théâtre de conflits et d’actes
de violence causés par des différends liés aux recettes pétrolières. Les décou-
vertes d’uranium et d’or au Niger et au Mali ont aussi entraîné des tensions.
Aujourd’hui avec la diminution du nombre de guerres civiles classiques en
Afrique de l’Ouest, l’industrie extractive n’alimente plus vraiment les mouve-
ments rebelles, mais continuent à susciter violences et tensions au sein des
20  Relever les défis de la stabilité et de la sécurité en Afrique de l’Ouest

communautés locales et dans les sous-régions qui abritent les sites extractifs. Ce
secteur peut aussi engendrer des tensions politiques et de la violence parce qu’il
enrichit illégalement les élites politiques. Ces tensions peuvent rapidement
dégénérer en conflits ethniques et se propager si la répartition inégale des rentes
générées par ce secteur est corrélée à des clivages ethniques ou religieux. Les
pays d’Afrique de l’Ouest et leurs partenaires au développement doivent con-
duire des réformes de gouvernance plus ambitieuses et plus nombreuses pour
surmonter les défis historiquement associés au manque de gouvernance des
industries extractives et à la mainmise des élites sur les ressources, et pour
préserver les droits sociaux et économiques des communautés.

La fragilité des institutions politiques : maîtriser la compétition


pour le pouvoir
En Afrique de l’Ouest, la lutte pour le pouvoir politique est à l’origine de la
majorité des conflits et des violences observés au cours des dernières décen-
nies. Les divers groupes sociaux qui contrôlent le pouvoir politique ont en effet
accès à d’importantes sources de revenus. Dans la période qui a suivi les
indépendances, les coups d’État militaires se sont multipliés en Afrique de
l’Ouest. Les gouvernements y ont été plus fréquemment remplacés par des
voies non constitutionnelles que dans le reste du continent. Les élites se sont
trouvées marginalisées et exclues par des États à parti unique qui cherchaient
à s’emparer du pouvoir par la force. Depuis la fin de la Guerre froide, les pays
ont progressivement ouvert leurs systèmes politiques et partagé et décentralisé
davantage le pouvoir. Mais dans certains pays, les personnes au pouvoir résis-
tent à ces changements car elles ne veulent pas renoncer aux ressources que
leur prodigue leur position. Dans certains cas, les dirigeants ont tenté de
réviser la Constitution pour prolonger leur mandat, ce qui a déclenché des
violences. D’autres ont refusé de céder le pouvoir aux vainqueurs des élections,
comme en Côte d’Ivoire. En Afrique de l’Ouest la population a toutefois résisté
courageusement et souvent avec succès à ces tentatives, comme récemment au
Sénégal et au Burkina Faso.
Mais la démocratisation a paradoxalement accru les violences électorales.
On a assisté dans certains pays à l’instrumentalisation politique des thèmes
identitaires. Cela traduit la difficulté d’asseoir la démocratie dans des systèmes
qui regroupent de nombreuses ethnies. La démocratisation a malgré tout per-
mis aux citoyens et à la société civile d’être plus exigeants vis à vis de l’État et des
responsables publics qui doivent désormais rendre compte de leur administra-
tion et de leur gestion. L’appui des acteurs locaux comme la presse et le secteur
privé et celui des bailleurs de fonds et des agences de développement ont aussi
été déterminants. La démocratisation a aussi favorisé une plus grande transpar-
ence et responsabilisation des décideurs. Elle a enfin amélioré l’intégration
­politique des populations, renforçant la légitimité de l’État et le contrat social
Introduction  21

qui lie ce dernier aux citoyens (lire l’encadré 2). L’Afrique de l’Ouest s’ en trouve
profondément transformée.

Sécurité : répondre aux nouvelles menaces


De nombreuses forces de sécurité ouest-africaines peinent à désamorcer et à
contrer les menaces auxquelles l’État et les citoyens sont confrontés. Cette situ-
ation constitue un défi majeur pour les pays de la sous-région. En outre, les
forces armées elles-mêmes menacent souvent leurs propres citoyens. Après les
indépendances, plusieurs chefs d’État ont en effet instauré des régimes autori-
taires qui ont aggravé les dysfonctionnements au sein des forces de sécurité.
L’incapacité des États à mettre en place des forces armées efficaces, profession-
nelles et au recrutement diversifié a favorisé l’émergence de nouvelles menaces.
Dans certains pays, les élites politiques ont délibérément affaibli l’armée afin
d’éviter des coups d’État pour maintenir leur autorité et conserver le pou-
voir. Le rôle important reconnu à l’armée dans les affaires politiques

E NCADRÉ 2

La participation citoyenne, instrument de bonne


gouvernance
La participation citoyenne est au cœur du contrat social. Elle aide à asseoir la légitimité
et la crédibilité de l’État. Elle encourage l’intégration politique et accroît l’efficacité des
politiques de développement.
Dans l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, les nouvelles technologies ont amélioré la
communication et la circulation des informations et ont ainsi donné aux citoyens les
moyens d’exiger de l’État davantage de transparence et d’ouverture (Smyth et Best,
2013). Les réseaux sociaux, les portails numériques des administrations et la téléphonie
mobile ont amélioré la communication entre les citoyens et leurs décideurs publics. Ils
ont aussi apporté plus de transparence aux processus électoraux (Smyth et Best, 2013)
et conduit certains gouvernements à entamer un dialogue avec les populations sur des
sujets sensibles. Dans le cadre d’un projet appuyé par les bailleurs de fonds, le Nigéria
met en ligne depuis 2004 les budgets de l’État central, des États fédérés et des collec-
tivités locales afin d’améliorer la gouvernance et de susciter un débat public (Banque
mondiale, 2008). Cette initiative a été très appréciée du public et a permis à la société
civile et aux médias de participer davantage au débat public. Ils ont ainsi pu contribuer
à la définition des priorités politiques nationales. Des citoyens plus impliqués dans les
projets de réforme auront un regard plus positif sur l’État et les responsables publics.
Cela peut aussi garantir que « les dépenses de développement servent bien l’intérêt
général » (Banque mondiale, 2008). Mais certaines élites politiques résistent à cette
plus grande transparence et ouverture, y voyant une menace pour leurs rentes et
intérêts personnels (Banque mondiale, 2008).
22  Relever les défis de la stabilité et de la sécurité en Afrique de l’Ouest

ouest-africaines l’a encouragée à s’écarter de ses missions premières qui sont


de garantir la stabilité et de protéger les citoyens. Cela a aussi contribué à
l’affaiblissement des forces de sécurité.
Depuis la fin de la Guerre froide, les processus de démocratisation en
Afrique de l’Ouest ont amélioré considérablement les relations entre les
sphères civiles et militaires. Dans les années 1990, les conflits qui ont éclaté
dans les pays du bassin du fleuve Mano ont accéléré la réforme du secteur
de la sécurité dans beaucoup de pays de la sous-région et renforcé le rôle de
la CEDEAO.
Il ne peut pas y avoir de réformes réussies du secteur de la sécurité (RSS)
sans un engagement politique fort et une profonde réforme des systèmes de
gouvernance. C’est ce que démontrent les expériences au Sénégal, au Nigéria et
au Ghana. A l’inverse, la faiblesse des institutions démocratiques en Guinée-
Bissau et plus récemment au Mali, a permis aux autorités militaires de peser sur
les affaires politiques du pays. Dans certains pays, les forces de sécurité restent
faibles et sous-équipées malgré les dangers croissants liés au terrorisme, à la
piraterie et au trafic de drogue. Au-delà des difficultés de gouvernance, les
forces armées ne se sont pas adaptées efficacement à ces nouvelles menaces.
Il est donc urgent de réformer en profondeur ce secteur dans beaucoup de pays
d’Afrique de l’Ouest.

Les difficultés liées à la gestion du foncier et à la reconnaissance du


droit de propriété
En Afrique, la majorité des conflits sont d’origine foncière. La question foncière
est au cœur de la plupart des grands conflits et affrontements violents, de la Côte
d’Ivoire, au centre du Nigéria et en passant par les rives du fleuve Sénégal en
Mauritanie. C’est aussi le cas des conflits au Libéria et en Sierra Leone. Enfin, les
différends entre les populations pastorales et agricoles ne cessent d’augmenter,
en particulier au Sahel. Les difficultés de gestion foncière tiennent à la multi-
plicité des règles de droit applicables et aux faibles capacités de gestion du cadas-
tre. Les terres sont donc gérées de manière inefficace, sont mal réparties et leur
distribution s’avère discriminatoire. Ces difficultés sont exacerbées par la crois-
sance démographique, la rareté des terres et leur accaparement par de grandes
sociétés minières ou par l’agriculture extensive, et par la dégradation de
l’environnement et des conditions climatiques.

Renforcer la résilience face aux conflits

L’étude des conflits qui ont eu lieu au Libéria, en Sierra Leone et en Côte d’Ivoire
permet de tirer des leçons importantes sur la dynamique de la résilience dans
les situations de violence politique et de guerre civile en Afrique. Les trois
Introduction  23

conflits présentent des similitudes tout comme le comportement des acteurs


régionaux et internationaux. Une des principales similitudes est que les acteurs
régionaux ont joué un rôle fondamental pour mettre fin au conflit, en particu-
lier la CEDEAO. Ils ont en effet fourni des troupes de maintien de la paix tout
en s’efforçant de négocier une solution politique aux conflits (lire l’encadré 3).
La CEDEAO a aussi dénoué des situations complexes et su rassembler la com-
munauté internationale.
La mobilisation rapide de l’aide étrangère pour la reconstruction et le
développement a été également un élément essentiel pour préserver la stabilité.
La participation de la société civile dans les accords de paix et la mise en place
d’une concertation nationale pour la préserver ont également été déterminants.
Enfin, un leadership de qualité est crucial après un conflit pour conduire le pays
vers plus de stabilité.

E NCADRÉ 3

Le rôle de la CEDEAO dans le développement d’un cadre


régional pour la sécurité en l’Afrique de l’Ouest
Ces dernières décennies, les progrès importants réalisés dans l’institutionnalisation des
mécanismes de résolution des conflits et dans la consolidation de la démocratie ont
permis d’envisager la mise en place d’une communauté régionale pour la sécurité (Bah,
2005). La CEDEAO avait rencontré des difficultés lors des guerres civiles au Libéria et en
Sierra Leone au début des années 1990, notamment en matière logistique et du fait de
l’insuffisante coopération entre les États.
Les enseignements qui ont été tirés de ces interventions et de celles qui les ont
suivies ont aidé à façonner des réponses aux crises, comme cela a été le cas en Côte
d’Ivoire en 2003 et au Togo en 2005 (Arthur, 2010). L’adoption en 1999 d’un proto-
cole relatif au mécanisme de prévention, de gestion et résolution des conflits, de
consolidation de la paix et de sécurité a marqué un tournant décisif pour la CEDEAO
et la sous-région. Ce protocole a donné naissance à six organes dont le Réseau
d’alerte et de réponse (ECOWARN). L’adoption en 2008 du Cadre de prévention des
conflits de la CEDEAO (CPCC) a constitué un autre tournant décisif. Il vise à prévenir
les conflits potentiels. Le CPCC comporte 14 composantes distinctes portant notam-
ment sur la gouvernance, la responsabilisation des jeunes, l’alerte précoce, les initia-
tives transfrontalières et la force pré-positionnée de la CEDEAO (Bah, 2005).
L’organisation régionale a été particulièrement novatrice en Afrique en faisant partici-
per la société civile à la résolution des conflits et au rétablissement de la paix. En
particulier, le Forum de la société civile ouest-africaine (FSCOA) a été créé en 2003, il
a permis aux acteurs de la société civile de participer aux discussions internes de la
CEDEAO.
24  Relever les défis de la stabilité et de la sécurité en Afrique de l’Ouest

Recommandations pour réduire les risques de conflits et


de fragilité en Afrique de l’Ouest

Nous présentons ici un certain nombre de suggestions pour permettre aux


politiques de développement de renforcer leur rôle dans le maintien de la
stabilité en Afrique de L’Ouest. Les agences de développement ont un rôle
essentiel à jouer pour aider les gouvernements à gérer les facteurs de conflit
en Afrique de l’Ouest. Cette collaboration peut aboutir au soutien de la
réforme des régimes fonciers et à l’augmentation des investissements dans les
régions défavorisées. Les agences de développement peuvent aussi accompa-
gner les politiques publiques en faveur d’une meilleure gouvernance et d’une
plus grande efficacité des institutions en charge de la sécurité et de la justice.
D’autres domaines méritent également d’être davantage étudiés pour mieux
comprendre l’articulation entre les facteurs de conflits et les faiblesses institu-
tionnelles en Afrique de l’Ouest.

Repenser l’action des bailleurs de fonds et des agences de


développement en matière de réduction de la fragilité
Les politiques du développement tiennent une place centrale dans les efforts de
rétablissement de la paix et de la stabilité. Les investissements économiques et
sociaux sont indispensables pour atténuer les tensions liées à l’absence
d’amélioration des conditions de vie, au sentiment d’exclusion et à l’inégal accès
aux ressources. Les stratégies de croissance économique et de réduction de la
pauvreté doivent reposer sur des analyses rigoureuses des risques de conflits et
de violences en Afrique de l’Ouest. La stabilité doit être une priorité des poli-
tiques de développement, qui doivent s’appuyer sur des interventions dans de
nombreux domaines, en particulier la sécurité, la justice, l’emploi et les investis-
sent économiques. Il faut également repenser l’action des bailleurs de fonds et
des agences de développement en matière de renforcement des institutions.
Il ne peut y avoir de stabilité sans institutions publiques légitimes et ayant les
capacités de mener leur action. Ceci nécessite des démarches nouvelles et moins
technocratiques qui respectent davantage les dynamiques internes. Plutôt que
de vouloir apporter des solutions de l’extérieur, il est préférable d’aider les habi-
tants d’Afrique de l’Ouest à trouver eux-mêmes les solutions qui leur per-
mettront de renforcer leurs propres institutions.

Maîtriser les facteurs de conflits


Les problématiques de stabilité et de sécurité doivent être impérativement
intégrées aux politiques de développement, puisque les facteurs de conflits sont
fortement corrélés en Afrique de l’Ouest. Les institutions doivent ainsi jouer un
rôle central dans la gestion des tensions et des violences. Les politiques en
faveur de la stabilité et de la sécurité doivent porter simultanément sur de
Introduction  25

nombreux domaines. Elles doivent aussi associer un grand nombre d’acteurs et


faire partie intégrante de la stratégie générale de développement de chaque
pays. Il faut également renforcer les programmes régionaux pour promouvoir
la stabilité dans l’ensemble de la sous-région en traitaint les enjeux transfront-
aliers. Au-delà des spécificités historiques, culturelles et économiques de
chaque pays, les politiques régionales doivent dégager des approches com-
munes à l’ensemble des pays.
Dans la sous-région, les problématiques les plus importantes et difficiles à
résoudre portent sur les inégalités d’accès aux ressources ressenties par cer-
tains groupes sociaux. Privilégier les investissements dans les zones qui ont les
meilleures chances de se développer rapidement, en raison de la disponibilité
des ressources, de bonnes conditions climatiques ou de la proximité des
réseaux de transport risque d’accentuer les tensions et l’instabilité. Il est
nécessaire de consacrer des efforts significatifs au développement des régions
périphériques et en retard de développement. Si les investissements du secteur
privé s’orientent davantage vers les régions les plus prospères, l’aide au
développement doit se concentrer sur celles qui accusent un retard. Ainsi, elles
pourront corriger les inégalités perçues en termes d’opportunités économiques.
Les régions en retard ne sont pas nécessairement les plus pauvres, mais plutôt
celles où le sentiment d’exclusion ou de marginalisation est le plus fort. Elles
sont souvent situées dans des zones frontalières. Il peut donc être utile de
concevoir des programmes qui associent les régions périphériques de pays
limitrophes, afin de promouvoir les échanges économiques et la coopération
transfrontalière.
Pour préserver la stabilité, les investissements en faveur du développement
des régions en retard doivent également porter sur l’amélioration de la gouver-
nance locale. En effet, investir dans des régions à la gouvernance défaillante et
où les collectivités locales manquent de légitimité peut nuire à la stabilité. Le cas
du Mali démontre que les politiques de développement du Nord du pays ont
attisé les tensions, car elles n’ont pas été accompagnées d’une plus grande
décentralisation. Les politiques de décentralisation et de déconcentration ont de
nombreux avantages à condition d’associer davantage les citoyens à la gestion
locale. Elles permettent de responsabiliser les acteurs locaux, d’accroître la
transparence et d’améliorer la qualité des services fournis localement. Les efforts
de développement local doivent aussi s’accompagner de la participation poli-
tique au niveau local, pour éviter de créer des tensions entre les élites locales et
les communautés.
L’amélioration du régime foncier et de l’accès à la terre est également déter-
minante pour résorber les tensions sur l’ensemble du continent. Il faut avant
tout améliorer les systèmes de cadastre foncier, perfectionner les règles appli-
cables à l’exploitation des terres communales, et réguler l’exploitation des aires
de pâturage et des terres agricoles entre les éleveurs pastoraux et les agriculteurs.
26  Relever les défis de la stabilité et de la sécurité en Afrique de l’Ouest

Il faut aussi renforcer les politiques d’accès au foncier en milieu urbain, dans les
zones où l’industrie extractive se développe et là où de vastes programmes
­agricoles sont menés. Les initiatives conduites par les pays sont généralement
assez chaotiques. Les méthodes de gestion foncière manquent souvent de
cohérence et sont incomplètes. En outre, le cadre juridique et les institutions
censées les appliquer sont souvent défaillants. De leurs côtés, les bailleurs de
fonds hésitent souvent à soutenir les réformes foncières, qui sont perçues
comme trop politisées. De plus les projets dans le domaine foncier requièrent
un engagement de très long terme puisqu’ils prennent du temps à être mis en
œuvre. Il faut absolument redoubler d’efforts dans ce domaine qui représente
une source importante d’instabilité en Afrique de l’Ouest.
La croissance du secteur extractif dans l’ensemble de la sous-région est tout
à la fois une source d’opportunités et de difficultés pour plusieurs pays. Une
grande attention doit donc être portée aux risques de conflits dans ce secteur.
Un des enjeux majeurs sera d’améliorer la gouvernance de ce secteur afin
d’assurer un partage équitable des revenus qu’il génère, d’offrir des retombées
positives pour les populations locales, et de limiter son impact négatif sur
l’environnement. Le secteur extractif peut aggraver les déséquilibres sous-
régionaux et creuser le retard de certaines régions, nuisant ainsi à la stabilité
nationale.
La bonne tenue de la croissance économique n’a pas permis de créer suf-
fisamment d’emplois non qualifiés et semi-qualifiés pour absorber la demande
du marché du travail ouest-africain. Un grand nombre de jeunes ne peuvent dès
lors améliorer leurs conditions de vie et trouver leur place dans la société.
La majorité des investissements dans les industries extractives et les services
urbains ont généré peu d’emplois non qualifiés. Les projets qui ont véritablement
un impact positif sur l’emploi des jeunes sont rares. Les responsables politiques
et les économistes semblent incapables de proposer des solutions innovantes à
ce problème. De ce fait, l’augmentation exponentielle du nombre de jeunes qui
arrivent chaque année sur le marché du travail en espérant améliorer leurs con-
ditions de vie constitue une véritable bombe à retardement. Bien que cette situ-
ation ne produira pas nécessairement de conflits violents, elle attisera le
sentiment d’insatisfaction parmi les jeunes, nuisant ainsi à la stabilité du conti-
nent tout entier. Le seul moyen d’absorber une telle main d’œuvre est d’accélérer
le développement des activités informelles et de multiplier les sources de revenu.
Le secteur de l’éducation constitue une autre source de préoccupation pour
l’avenir de la jeunesse dans la sous-région. Mais les pays d’Afrique de l’Ouest
auront-ils les moyens de maintenir les taux actuels de scolarisation et la qualité
de l’enseignement, voire même de l’augmenter ? Sans main-d’œuvre plus qualifiée,
les économies de la région ne pourront maintenir ni leur niveau actuel de crois-
sance économique ni répondre aux attentes de la population qui souhaite de
meilleures conditions de vie. Il faut donc impérativement prendre des mesures
Introduction  27

urgentes pour développer rapidement l’éducation de base et professionnelle afin


de préserver la stabilité de la région. Il faut également soutenir les institutions qui
aident à créer des opportunités pour les jeunes. Enfin, il faut développer des
politiques de proximité auprès des jeunes, élaborer des programmes de préven-
tion de la consommation de drogue et de la petite criminalité en milieu urbain,
et les aider à s’intégrer dans les diverses institutions publiques et privées.
Les migrations au sein et entre les pays répondent en partie au problème de
l’emploi des jeunes. La gestion des migrants doit donc être améliorée de toute
urgence en Afrique de l’Ouest. Les politiques régionales doivent donner la pri-
orité aux mesures portant sur les migrants, qu’il s’agisse de la délivrance de pièces
d’identité, de la simplification des procédures d’obtention des actes d’état civil, de
l’amélioration des politiques migratoires régionales ou de l’élaboration d’un
ensemble de textes juridiques visant à améliorer leurs conditions de vie. Une
attention particulière doit être portée au sort des personnes fuyant les conflits et
les violences qui sont souvent oubliées, alors qu’elles sont nombreuses en Afrique
de l’Ouest, au Sahel, dans le bassin du fleuve Mano et dans les zones de conflits
du nord du Nigéria et du Mali. Les déplacements prolongés intensifient les ten-
sions et créent des points de fixation nuisibles à la stabilité. Ils compliquent en
outre la fourniture de services publics et les actions pour réduire la pauvreté.
En Afrique de l’Ouest, le trafic, la piraterie et le terrorisme constituent de
nouvelles menaces sécuritaires. Certains pays ont récemment réalisé des progrès
pour les maîtriser. Toutefois, des réformes supplémentaires sont indispensables
pour améliorer le secteur de la sécurité. Le manque de lien entre le soutien
apporté au renforcement de l’État dans son ensemble et les réformes du secteur
de la sécurité constitue un obstacle important. Très souvent, les efforts pour
consolider l’État et accroître sa légitimité ne tiennent pas compte des questions
de sécurité. La réforme du secteur de la sécurité reste entravée par d’autres
facteurs importants, notamment par le fait que la sécurité ne concerne pas les
politiques de développement et doivent rester dans la sphère de souveraineté
des États. Pourtant, l’armée continue d’influencer fortement la politique dans
beaucoup de pays, et la corruption reste importante au sein des forces de
sécurité. Les stratégies proposées par les bailleurs de fonds pour améliorer la
gouvernance intègrent rarement le développement et l’appui au secteur de la
sécurité. Il faut renforcer les débats publiques sur ces questions pour pousser les
gouvernements à s’adapter aux nouvelles menaces sécuritaires. Étant donné que
la majorité des menaces sécuritaires émanent des pays eux-mêmes et de leurs
propres citoyens, la réforme du secteur de la sécurité doit s’accompagner d’un
renforcement de la justice et de l’État de droit. Bien que nécessaire, la réforme
des systèmes judiciaires officiels reste néanmoins très insuffisante. La création
de mécanismes de gestion des conflits, qui intègrent les collectivités locales, la
société civile et les communautés est indispensable à moyen terme pour résou-
dre les difficultés d’administration de la justice dans la plupart des pays.
28  Relever les défis de la stabilité et de la sécurité en Afrique de l’Ouest

Par ailleurs, cette étude montre clairement qu’une démocratisation partielle


et non aboutie peut créer des tensions et engendrer des violences. Elle souligne
d’une part le rôle des luttes politiques qui instrumentalisent trop souvent les
questions identitaires et qui sont à l’origine d’une grande partie des violences
dans la sous-région. D’autre part, elle relève que les hommes politiques sont trop
souvent mus par la volonté de contrôler les ressources plutôt que de renforcer
la légitimité des institutions (Williams, 2011). Il est essentiel d’encourager des
sociétés plus ouvertes et de mieux informer les populations sur les questions
publiques; de renforcer et d’accroître les capacités des institutions parlemen-
taires et d’encourager les débats ; et de responsabiliser davantage tous les acteurs.
Une fois de plus, il serait judicieux d’accroître l’aide dans ces domaines impor-
tants du développement.
Enfin, il est évident que l’action menée par la CEDEAO pour le rétablisse-
ment de la paix a considérablement atténué l’impact des conflits dans la sous-
région. La CEDEAO est sans aucun doute l’institution régionale la plus à même
de résoudre les conflits en Afrique. Elle devrait renforcer ses capacités pour
mieux mettre en œuvre ses interventions. Les financements et les capacités
humaines dont elle dispose sont en effet très insuffisants au regard de l’ampleur
des nouveaux défis sécuritaires. Pour relever ces nouveaux défis mondiaux, il
est indispensable d’appuyer davantage la CEDEAO et les autres institutions
régionales, comme le Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse
au Sahel (CILSS).

Notes
1. Dans ce rapport, le nombre de personnes tuées dans les conflits est un important
indicateur de violence. Les auteurs reconnaissent que ceci pose quelques problèmes.
En effet, ces données ne sont pas toujours fiables, et le nombre de victimes ne reflète
pas l’ensemble des impacts des conflits, notamment les formes non létales de vio-
lence ou les coûts à long terme pour les pays.
2. Ce rapport retient les estimations dites élevées. La base de calcul est la suivante :
(1) meilleure estimation. Les meilleures estimations d’UCDP sont calculées en
cumulant les chiffres les plus fiables relatifs à la totalité des incidents liés aux combats
pendant une année. Si les estimations de différents rapports varient, elles sont exami-
nées afin de déterminer la source la plus fiable. Si cela s’avère impossible, l’UCDP a
pour règle de prendre le chiffre le plus faible. (2) Basse estimation. Les estimations
basses de l’UCDP sont calculées en cumulant les estimations les plus basses relatives
à la totalité des incidents liés aux combats pendant une année. Si les estimations
issues de différents rapports varient et qu’une estimation plus élevée est jugée plus
fiable, l’estimation basse est également retenue si elle est jugée raisonnable.
(3) Estimation élevée. Les estimations élevées d’UCDP sont calculées en cumulant
les estimations les plus hautes relatives à la totalité des incidents liés aux combats
Introduction  29

pendant une année. Si les estimations issues de rapports différents varient et qu’une
estimation plus basse est jugée plus ou aussi fiable, l’estimation élevée est également
retenue si elle est jugée raisonnable. Si les groupes ayant participé à certains inci-
dents ne peuvent pas être désignés avec certitude, ces incidents sont aussi inclus dans
l’estimation élevée (UCDP, n.d.).

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Depuis l’époque des indépendances, l’Afrique de l’Ouest a été le théâtre de
guerres civiles meurtrières, de nombreux conflits et d’explosions de violence. Mais
contrairement aux idées reçues, ces conflits et violences ont été moins nombreux et
ont fait moins de victimes dans cette région que dans le reste du continent au cours
de la même période. Depuis les années 2000, on constate une très nette diminution
des guerres civiles de grande ampleur. Malgré cela l’extrémisme, le trafic de drogue
et de personnes et la piraterie menacent aujourd’hui les progrès impressionnants
réalisés par la sous-région.
A ces menaces viennent s’ajouter les difficultés liées à l’intégration des jeunes dans
la société, aux mouvements migratoires et aux déséquilibres sous-régionaux.
Le développement rapide des industries extractives, la faiblesse des institutions
politiques, la trop lente réforme des secteurs de la sécurité et les problèmes de
gestion foncière sont également sources de fragilité.

L’ouvrage « Relever les défis de la stabilité et de la sécurité en Afrique de l’Ouest »


analyse les facteurs de conflits et leurs conséquences sur les pays de la sous-région.
Le livre examine la manière dont l’Afrique de l’Ouest a su faire face aux conflits et
aux violences, sous l’impulsion de la CEDEAO. L’organisation est en effet devenue
pionnière dans la résolution des conflits sur le continent.

Cet ouvrage identifie également les principales leçons à tirer des conflits en Côte
d’Ivoire, en Sierra Leone et au Libéria pour renforcer la résilience des pays qui sont
confrontés à des situations similaires. Il repose sur les analyses menées par des
chercheurs et spécialistes de ces questions. Enfin, le livre offre des pistes de réflexion
pour que les politiques de développement intègrent ces défis dans leurs
interventions.

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