Principe Tomographie Positrons
Principe Tomographie Positrons
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TECHNIQUE
MOTS CLÉS Résumé La tomographie par émission de positons (TEP) est une modalité d’imagerie
Tomographie par médicale qui mesure la distribution tridimensionnelle d’une molécule marquée par un
émission de positons ; émetteur de positons. L’acquisition est réalisée par un ensemble de détecteurs répartis
Médecine nucléaire ; autour du patient. Les détecteurs sont constitués d’un scintillateur qui est choisi en
Scintillateur ; fonction de nombreuses propriétés, pour améliorer l’efficacité et le rapport signal sur
Reconstruction
bruit. Le circuit de coïncidences mesure les deux photons gamma de 511 keV émis dans
tomographique ;
Quantification ;
des directions opposées qui résultent de l’annihilation du positon. Les coupes sont
Performances ; reconstruites par des algorithmes de plus en plus complexes pour s’adapter à des
Contrôle de qualité ; géométries d’acquisition tridimensionnelles. La correction des phénomènes physiques
Dosimétrie ; fournit une image représentative de la distribution du traceur. Un examen TEP entraîne
Radioprotection ; pour le patient une dose efficace de l’ordre de 8 mSv. L’installation d’un TEP nécessite un
Multimodalité aménagement des locaux pour assurer la radioprotection du personnel. Cette technique
est en évolution permanente, tant du point de vue du détecteur que de celui des
algorithmes. Une nouvelle génération d’appareils TEP/tomodensitomètre (TDM) offre des
informations complémentaires qui permettent de corriger l’atténuation, de localiser les
lésions et d’optimiser les procédures thérapeutiques. Tous ces développements font de la
TEP un outil pleinement opérationnel, qui a toute sa place au sein de l’imagerie médicale.
© 2003 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : [Link]@[Link] (O. de Dreuille).
has been developed to benefit of the complimentarity of both modalities. The CT images
can be used for attenuation correction, to localize the lesion detected by PET and to
optimize the therapeutical procedures. Thanks to all these developments, PET is a
powerful diagnostic tool among the other medical imaging modalities.
© 2003 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
γ = 511 keV
180°
e-
β+
γ = 511 keV
d
α
Figure 1 Désintégration du positon et réaction d’annihilation. Une fois émis, le positon (+) parcourt quelques millimètres (d) dans les
tissus, durant lesquels il perd toute son énergie cinétique. Quand le positon est pratiquement au repos, il interagit avec un électron
(e-) du milieu, suivant une réaction d’annihilation au cours de laquelle la masse des deux particules se transforme en deux photons
gamma (c) de 511 keV, émis dans des directions opposées.
Figure 2 Les différents modules d’un tomographe à émission de positons. La formation de l’image résulte de la détection des deux
photons c de 511 keV émis lors de la réaction d’annihilation. Pour y parvenir, des détecteurs élémentaires sont répartis en anneau
autour du patient (I). Le circuit électronique accepte la coïncidence si les deux événements arrivent dans une fenêtre temporelle de
l’ordre de 10 ns, et si les deux photons ont une énergie voisine de 511 keV (II). La dernière étape (III) est constituée par la
reconstruction des données, permettant d’obtenir l’image de la distribution radioactive au sein du patient.
6 O. de Dreuille et al.
Caractéristiques d’atténuation
Les paramètres d’atténuation du rayonnement de
511 keV dépendent de la densité du matériau et de
la densité d’électrons estimée par le numéro ato-
mique effectif (Zeff). L’épaisseur du scintillateur
Figure 4 Principe de fonctionnement d’un détecteur élémen- peut être d’autant moins importante que le coeffi-
taire. Un détecteur élémentaire est composé d’un scintillateur cient d’atténuation (l) est élevé. Cette propriété
et d’un tube photomultiplicateur. Le scintillateur a pour objec-
permet de diminuer la taille des détecteurs élé-
tif d’arrêter le rayonnement c et de produire des photons de
scintillation. Ceux-ci sont collectés et convertis en électrons par mentaires, et donc d’améliorer la résolution spa-
la photocathode du photomultiplicateur. Les différentes élec- tiale du système. La photofraction est le pourcen-
trodes du photomultiplicateur entraînent une amplification du tage d’effet photoélectrique par rapport aux
signal électronique. La durée d’intégration dépend de la rapi- interactions des photons de 511 keV dans le scin-
dité de la décroissance de la lumière au sein du cristal. Pendant
tillateur. Ce paramètre est essentiel, puisque seu-
cette durée, le détecteur élémentaire est dans l’impossibilité de
mesurer un autre événement. Ce phénomène, ou temps mort, les les interactions photoélectriques sont caracté-
est responsable des pertes en sensibilité pour des taux de risées par un dépôt d’énergie de 511 keV dans le
comptage élevés. détecteur (annihilation a de la Fig. 3). Lorsque le
photon incident subit une diffusion Compton dans
• une faible constante de décroissance, c’est-à- le scintillateur, il en résulte un dépôt d’énergie
dire l’émission d’un grand nombre de photons inférieur à celui obtenu par effet photoélectrique
lumineux par unité de temps ; elle conditionne (annihilation b de la Fig. 3). Cet événement est
la résolution temporelle du système de détec- éliminé par la chaîne de mesure ; il en résulte une
tion et réduit le temps mort relatif à chaque perte en efficacité. Parmi les différents scintilla-
mesure ; teurs utilisés en TEP, le germanate de bismuth
• une bonne transparence par rapport aux pho- (BGO) est un des matériaux qui possède le plus
tons de scintillation, afin que ceux-ci ne soient grand Zeff. L’orthosilicate de lutétium (LSO) et l’or-
pas atténués dans le milieu avant la surface thosilicate de gadolinium (GSO) sont légèrement
d’entrée du PM. Par ailleurs, le spectre d’émis- moins denses que le BGO. L’iodure de sodium dopé
sion des photons de scintillation doit être com- au thallium (Na [Tl]) est le scintillateur le moins
Tableau 2 Caractéristiques des principaux scintillateurs utilisés en tomographie par émission de positons (TEP). Les paramètres
d’atténuation à 511 keV conditionnent l’efficacité de détection : Zeff tient compte de la densité électronique, l est le coefficient
d’atténuation du scintillateur à 511 keV, et la photofraction renseigne sur la proportion d’interactions photoélectriques. Les
propriétés de l’émission lumineuse déterminent la résolution temporelle et la résolution en énergie des appareils.
NaI (T1) BGO BaF2 GSO LSO LuAp
Paramètres d’atténuation Densité (g/cm3) 3,67 7,13 4,9 6,71 7,35 8,34
à 511 keV Zeff 50 73 58 65 65
l à 511 keV 0,38 0,90 0,45 0,67 0,80 0,91
Photofraction (%) 18 42 19 26 33 32
Caractéristiques de Constante de temps 230 300 0,8 60 (90 %) 40 18
l’émission lumineuse (ns) 630 600 (10 %)
Rendement lumineux 100 22 5 20 75 25
relatif 21
NaI (T1) : iodure de sodium dopé au thallium ; BGO : germanate de bismuth ; BaF2 : fluorure de baryum ; GSO : orthosilicate de
gadolinium ; LSO : orthosilicate de lutétium ; LuAp : luthetium aluminium Perovskite ; Zeff : numéro atomique.
8 O. de Dreuille et al.
dense, il est cependant utilisé pour certaines camé- ton, qui conduit à la mesure d’une coïncidence
ras TEP en raison de son faible coût de production. diffusée et à une mauvaise localisation de la pro-
Le luthetium aluminium perovskite (LuAp) est un jection du lieu d’annihilation.
scintillateur en développement, prometteur Le principal avantage du Na (Tl) réside dans sa
puisqu’il est caractérisé notamment par une den- bonne résolution en énergie, qui est de l’ordre de
sité élevée. 10 %. Le BGO est caractérisé par une résolution en
énergie relativement médiocre de l’ordre de 16 %.
Caractéristiques de l’émission lumineuse Le LSO et le GSO ont des caractéristiques en termes
Les caractéristiques de l’émission lumineuse des de résolution en énergie intermédiaires entre le Na
différents scintillateurs doivent être analysées en (Tl) et le BGO.
détail puisqu’elles conditionnent la durée de la Actuellement, le BGO équipe plus de la moitié
fenêtre de coïncidence, le temps mort du système des caméras TEP installées, essentiellement en rai-
et la résolution en énergie. Elles influent directe- son de sa densité élevée, mais ce scintillateur est
ment sur le taux de coïncidences parasites mesu- caractérisé par une constante de décroissance
rées par le TEP. lente et une résolution en énergie médiocre. La
La constante de temps de décroissance de la recherche de nouveaux scintillateurs ayant des ca-
scintillation lumineuse doit être rapide, afin de ractéristiques plus favorables pour la TEP permet
réduire la fenêtre temporelle de coïncidence, et déjà l’utilisation du LSO et du GSO au sein de TEP
ainsi rejeter un nombre important de coïncidences commercialisés. Le LuAp, ainsi que d’autres maté-
aléatoires. L’enregistrement d’une coïncidence riaux sont étudiés en laboratoire afin d’améliorer
aléatoire est la conséquence de la détection de encore les performances des machines de nouvelle
deux photons gamma de 511 keV mesurés pendant génération.52
la fenêtre temporelle, mais provenant de deux Malgré la faible densité du Na (Tl), ce scintilla-
désintégrations de positons différents (coïncidence teur est employé sur les TEP, en raison de son faible
d sur la Fig. 3). L’information spatiale véhiculée par coût, et également dans le dessein de transformer
cette mesure est incorrecte, et se traduit par un les gamma-caméras en appareils polyvalents, per-
niveau de bruit supplémentaire dans l’image. Le mettant à la fois l’imagerie des émetteurs gamma
BGO et le Na (Tl) sont caractérisés par des constan- et des émetteurs de positons.
tes de temps relativement lentes, ce qui entraîne
l’utilisation de fenêtres de coïncidence de l’ordre Information temps de vol
de 12 ns. L’arrivée des nouveaux scintillateurs Le fluorure de baryum (BaF2) est caractérisé par
(LSO, GSO et LuAp), significativement plus rapides, deux émissions lumineuses, dont l’une a une cons-
permet de réduire la fenêtre de coïncidence à 6 ns tante de décroissance extrêmement brève de
environ pour les systèmes équipés de LSC.58 0,8 ns.3,50 Le principe de l’acquisition temps de vol
La constante de décroissance influe sur le temps repose sur l’écart de temps d’arrivée des photons
mort du détecteur élémentaire pendant lequel il lui gamma sur les deux détecteurs. Connaissant ce
est impossible de mesurer un autre événement. Par temps et la vitesse de la lumière, il est possible de
ailleurs, plus la surface utile du détecteur élémen- déterminer le lieu de l’annihilation le long de la
taire est réduite, plus la probabilité de mesurer un ligne de réponse qui joint les détecteurs élémentai-
autre photon est faible. res. En pratique, la résolution temporelle permet
Le rendement lumineux correspond au nombre de localiser la source sur la ligne de mesure avec
de photons de scintillation émis par photon arrêté une précision de 7,5 cm. Cette information peut
dans le scintillateur. Cette caractéristique est sou- alors être exploitée au niveau de l’algorithme de
vent exprimée de manière relative par rapport au reconstruction d’images, qui doit être adapté afin
Na (Tl), qui possède un rendement lumineux très de prendre en compte cette information. Cepen-
important. Un rendement lumineux élevé permet dant, la faible densité du BaF2 et son rendement
une meilleure détection de l’interaction, et s’ac- lumineux relativement faible pour la constante de
compagne généralement d’une bonne résolution en décroissance rapide, ne permettent pas de réaliser
énergie. Une résolution en énergie limitée impose de petits détecteurs élémentaires. C’est la raison
l’utilisation d’une fenêtre spectrométrique plus ou pour laquelle ce scintillateur n’est plus utilisé dans
moins large, qui entraîne l’enregistrement des pho- les caméras TEP actuelles.
tons ayant subi une interaction Compton au sein du
patient (coïncidence c sur la Fig. 3). La perte Conception du détecteur
d’énergie résultant de la diffusion Compton est
insuffisante pour être détectée par le scintillateur. Quels que soient les systèmes proposés, le détec-
Elle entraîne un changement de direction du pho- teur est constitué de scintillateurs et de photodé-
Principe et technique de la tomographie par émission de positons (TEP) 9
Figure 5 Principaux couplages scintillateurs/photodétecteurs employés sur les tomographies par émission de positons. Les dimen-
sions du scintillateur conditionnent l’échantillonnage des données : la largeur (l) correspond à la taille de la cellule de mesure dans
le plan de l’anneau, la dimension (z) conditionne l’épaisseur de la coupe, et la hauteur (h) influe sur l’efficacité de détection.
A. Couplage scintillateur-photomultiplicateur (PM). Du fait de la taille des PM, ce type de montage ne permet pas l’utilisation de
scintillateur de petite dimension.
B. Le remplacement du PM par une diode à avalanche permet d’effectuer des couplages avec des scintillateurs de petite taille.
C. L’utilisation d’un bloc détecteur permet de réaliser le couplage entre une matrice de petits détecteurs élémentaires et un réseau
de quelques PM.
D. L’emploi d’un monocristal et du principe de localisation d’Anger permet un échantillonnage continu des données.
E. Le couplage entre une matrice de parallélépipèdes de scintillateurs et un réseau de PM constitue une nouvelle conception de
détecteurs pour la TEP.
tecteurs. Les différents assemblages mis en œuvre tielle, de 4,39 mm dans la direction radiale (épais-
sont résumés sur la figure 5. seur de coupe) et de 30 mm d’épaisseur. Le TEP est
La solution la plus simple consiste à associer un constitué de quatre rangées de 72 blocs, qui sont
photomultiplicateur à chaque scintillateur répartis en couronne autour du patient. Au total,
(Fig. 5A). L’inconvénient de ce type de couplage une projection d’un plan de coupe est échantillon-
réside dans la taille des PM, qui ne permet pas née par 576 cases de mesure.11
d’effectuer un assemblage avec des cristaux de La localisation de l’interaction du photon gamma
petites dimensions. Cela se traduit par une mau- dans un scintillateur peut être également détermi-
vaise résolution spatiale du tomographe, puisque la née au moyen du principe d’Anger, qui est employé
taille des détecteurs élémentaires conditionne sur l’ensemble des gamma-caméras. Ce mode de
l’échantillonnage des données mesurées et l’épais- détection est fondé sur l’emploi d’un monocristal
seur des coupes. Néanmoins, ce couplage a été de Na (Tl), couplé à un réseau de PM au moyen d’un
largement utilisé pour les caméras TEP de première guide de lumière (Fig. 5D). La position de l’interac-
génération. tion est déterminée par le barycentre des intensi-
Le remplacement du PM par une diode à avalan- tés mesurées par l’ensemble des PM. Contraire-
che, caractérisée par une petite taille, permet de ment au couplage direct et au détecteur bloc, la
réaliser des couplages efficaces avec des petits taille des pixels et l’épaisseur des coupes sont
détecteurs élémentaires (Fig. 5B). Ce type de mon- déterminées de manière continue, en fonction de
tage est utilisé sur des TEP dédiés à l’imagerie du la matrice d’échantillonnage appliquée au détec-
petit animal développée dans des centres de re- teur. Les deux limites de ce mode de détection sont
cherche.70 Les diodes à avalanches ne sont pas la faible densité du Na (Tl), et le temps mort
encore utilisées sur les TEP cliniques en raison de résultant de la taille importante du monocris-
leurs efficacités plus faibles que celles des PM. tal.19,20 En revanche, l’avantage essentiel de ce
Le détecteur bloc est la solution la plus utilisée type de couplage réside dans la possibilité d’obte-
sur les tomographes équipés de BGO ou de LSO nir des grandes surfaces de détection pour un coût
(Fig. 5C). Ce type de détecteur, proposé dès 1986, modéré. Le développement de monocristaux de Na
permet le couplage efficace entre une matrice de (Tl) « pixélisés » permet d’augmenter l’épaisseur
petits cristaux élémentaires de quelques millimè- du scintillateur (25 mm), tout en limitant la dégra-
tres de dimension, et un réseau de quelques PM.14 dation de la résolution spatiale. Il en résulte une
Le détecteur bloc a été conçu pour améliorer la amélioration de l’efficacité et des performances en
résolution spatiale et réduire l’épaisseur des cou- taux de comptage.28,81
pes, qui dépendent de la taille de chacune des Une nouvelle conception de couplage a été pro-
cases de mesure. À titre d’exemple, les détecteurs posée afin de combiner des scintillateurs discrets et
blocs de la caméra TEP Siemens ECA® l’EXAC™ HR+ un réseau de PM.77 Ces scintillateurs sont des paral-
sont divisés en 64 cases élémentaires (8 × 8) et lélépipèdes de GSO couplés par un guide de lumière
couplés avec quatre PM. La taille de la case de à un réseau de PM (Fig. 5E). Les avantages de ce
mesure est de 4,05 mm dans la direction tangen- mode de détection résident dans l’utilisation de
10 O. de Dreuille et al.
Figure 6 Acquisition des données. Une ligne de réponse entre deux détecteurs dA et dB est définie dans le repère des projections par
son angle (φ1) et sa distance par rapport au centre du tomographe (S1). La mesure d’une ligne de réponse incrémente d’une unité le
pixel du sinogramme correspondant à l’angle et à la distance par rapport au centre.
scintillateurs de GSO discrets et rapides qui limi- (entre dA et dB sur la Fig. 6). L’information reportée
tent le temps mort du système. dans ce pixel (s1, φ1) correspond à l’intégrale des
émissions des photons de 511 keV émis suivant
cette incidence, pour tous les points de l’objet
Mode d’acquisition et reconstruction situés sur la ligne de réponse. La ligne de réponse
tomographique est un tube de section rectangulaire, dont les di-
mensions sont en relation avec la taille des détec-
teurs élémentaires. Chaque événement accepté
Principe de base de la tomographie
par le circuit de coïncidence incrémente d’une
unité le pixel du sinogramme correspondant à la
Quelle que soit la conception des différents instru-
ligne de réponse entre les deux détecteurs élémen-
ments, la mesure des données correspond systéma-
taires. L’étape de mesure en TEP consiste alors à
tiquement à la projection du lieu des annihilations
remplir les différents pixels du sinogramme. L’ac-
survenant au sein de l’objet dont on fait l’image.
quisition des données résulte d’un comptage dont
Une étape de reconstruction tomographique est
les fluctuations statistiques sont régies par la loi de
nécessaire pour déterminer l’objet à partir de ses
Poisson.
projections. Les méthodes utilisées en TEP sont, En résumé, un sinogramme contient l’ensemble
d’un point de vue mathématique, similaires à celles des éléments de projection d’une tranche de l’ob-
de la TDM ou de la tomographie d’émission réalisée jet. La reconstruction tomographique consiste à
avec des émetteurs de photons gamma. calculer la distribution de la radioactivité au sein
du plan de coupe en utilisant l’ensemble des infor-
Rangement des données en mations rangées dans le sinogramme.
tomodensitométrie par émission
de positons : sinogramme Systèmes multicoupes et mode d’acquisition
bidimensionnel (2D)
Tous les éléments de projection d’une coupe de
l’objet sont rangés dans une matrice appelée sino- Principes du mode d’acquisition 2D
gramme. Chaque ligne de cette matrice correspond Les TEP sont des appareils équipés de plusieurs
à la projection monodimensionnelle de la coupe couronnes de détecteurs qui permettent la mesure
pour un angle φ particulier. Cette matrice a autant simultanée d’un ensemble de coupes. Deux techni-
de lignes que d’angles de mesure, et autant de ques d’acquisition et de reconstruction sont propo-
colonnes que de cases de mesure pour une position sées. La méthode la plus ancienne correspond au
angulaire. D’une manière générale, la taille des mode d’acquisition bidimensionnel. Une projection
sinogrammes est de l’ordre de 256 (angles) par 192 bidimensionnelle signifie que seules les lignes de
(points de mesure pour une position angulaire). réponses ayant une incidence perpendiculaire au
Un point du sinogramme correspond à une ligne plan du détecteur sont acceptées. L’angle définit
de réponse entre deux détecteurs élémentaires l’incidence des lignes de réponse par rapport à ce
Principe et technique de la tomographie par émission de positons (TEP) 11
Figure 7 Principe du mode d’acquisition 2D. Les plans directs sont reconstruits à partir des lignes de réponse mesurées au sein d’une
couronne de détecteurs (par exemple entre a1 et b1). Les plans croisés sont constitués des lignes de réponse entre deux couronnes
jointives (par exemple entre a1 et b2). Les lignes de réponse entre des couronnes non jointives ne sont pas mesurées (par exemple
entre a1 et b5) du fait de la présence des septas.
plan. En acquisition 2D, l’angle doit être très pro- Rétroprojection filtrée
che de 0°, puisque les algorithmes de reconstruc- La méthode employée depuis de nombreuses an-
tion ne sont applicables que pour des angles h = 0°. nées est la rétroprojection des projections filtrées.
En pratique, l’acquisition en mode 2D est réali- L’algorithme fonctionne en deux étapes (Fig. 8) :
sée en positionnant des anneaux de plomb, ou • filtrage de chaque profil de projection (ligne
septas, entre les différentes couronnes de détec- du sinogramme) au moyen d’un filtre rampe,
teur. La forme et la dimension des septas sont souvent combiné à un filtre passe-bas pour
déterminées de sorte à ne permettre que la mesure éviter l’amplification du bruit ;
d’événements coïncidents dans des plans directs ou • rétroprojection dans le plan des projections
dans des plans croisés (Fig. 7) : filtrées, pour les différents angles mesurés.
• un plan direct correspond à des lignes de ré- Cette technique présente l’avantage d’être ra-
ponse entre des détecteurs situés sur une pide, facile et assez satisfaisante dans le cas de
même couronne. Les coïncidences mesurées fixations de traceur relativement homogènes. Elle
correspondent exactement au plan transverse est en revanche connue pour amplifier le bruit
du tomographe et sont caractérisées par un statistique, inhérent aux données acquises. De
angle h de 0°. Une acquisition en mode 2D plus, des artefacts en étoile sont générés par le
permet la mesure simultanée d’autant de plans filtre de reconstruction. Ces artefacts sont habi-
directs qu’il y a de couronnes de détecteurs ; tuellement « dissous » dans le bruit, mais dans le
• un plan croisé est constitué des lignes de ré- cas de fixations très intenses, ils deviennent visi-
ponses entre des détecteurs situés sur des cou- bles et rendent difficile l’exploration dans l’envi-
ronnes de détecteurs adjacentes. L’angle h ronnement immédiat des structures chaudes. Une
entre les coïncidences mesurées et le plan vessie très radioactive en raison de l’élimination
transverse est de l’ordre de 1°, il est généra- vésicale d’un traceur est un exemple démonstratif
lement négligé. de ce problème, lors de l’exploration de la région
Au total, un TEP ayant n couronnes de détec- pelvienne.
teurs, mesure simultanément n sinogrammes pour
les plans directs et (n-1) sinogrammes correspon- Reconstruction itérative
dant aux plans croisés. L’obtention d’un volume Un algorithme itératif est constitué d’un ensemble
résulte de la reconstruction indépendante des d’opérations de reconstruction et de projections
(2n-1) sinogrammes en utilisant des algorithmes de appelées itération.17 Une reconstruction est l’opé-
reconstruction 2D. ration qui permet d’obtenir une coupe à partir d’un
sinogramme. La projection est l’opération inverse,
Reconstruction en TEP 2D qui calcule le sinogramme pour une coupe donnée.
Les différentes méthodes sont présentées dans de Au cours de la reconstruction itérative, les itéra-
nombreux documents,12,27,40 seuls les grands prin- tions sont répétées pour obtenir une coupe théori-
cipes sont présentés dans ce travail. quement plus proche de la solution que la coupe
12 O. de Dreuille et al.
Figure 8 Principe de la rétroprojection filtrée. L’acquisition des données (I) correspond à la mesure des projections du patient. La
reconstruction par la technique de la rétroprojection filtrée comprend deux étapes : la première étape consiste à filtrer les
projections par un filtre rampe dans le dessein d’introduire des valeurs négatives (II), la dernière étape est la rétroprojection de la
projection filtrée (III). Ces opérations, répétées pour tous les angles, fournissent l’image de la distribution radioactive au sein du
patient.
précédente. Pour y parvenir, il est nécessaire de entre deux détecteurs positionnés sur des couron-
générer, au cours de chaque itération, un sino- nes indépendantes, et correspondant à des angles h
gramme estimé. Celui-ci est obtenu par la compa- différents de 0°. Ce mode d’acquisition entraîne
raison entre la projection de la coupe obtenue à une augmentation globale de la sensibilité du sys-
l’itération précédente et le sinogramme mesuré. Le tème, puisqu’il permet la mesure d’un plus grand
sinogramme estimé est reconstruit par l’itération nombre de lignes de réponse. En mode 3D, la sen-
suivante, afin de fournir une nouvelle estimation de sibilité est variable suivant l’axe longitudinal (axe
la coupe. Ce cycle est répété jusqu’à ce que la z). Les sources positionnées au centre du tomogra-
différence entre le sinogramme mesuré et le sino- phe (plan A sur la Fig. 10) peuvent être détectées
gramme estimé soit plus petite que la limite dési- par un plus grand nombre de lignes de réponse que
rée. On dit alors que l’algorithme a convergé. Les les sources excentrées (plan B sur la Fig. 10) qui
algorithmes itératifs vont se distinguer par les mé- peuvent être mesurées par moins de lignes de ré-
thodes qui sont mises en œuvre pour comparer les ponse.
Lorsque le système d’acquisition permet d’effec-
sinogrammes. L’algorithme le plus utilisé en TEP
tuer un mode 3D sans limitation d’angle d’accep-
est dérivé des méthodes EM (expectation maximi-
tance, le profil de sensibilité longitudinal est trian-
zation)48 accélérées par le principe des sous-
gulaire. Sur de nombreux systèmes, le mode
ensembles ordonnés (ordered subset), ce qui cor-
d’acquisition 3D est limité à un angle d’acceptance
respond au sigle OSEM.36
plus étroit, qui entraîne un plateau sur le profil de
Les reconstructions itératives permettent d’éli- sensibilité. Lorsque des acquisitions sont réalisées
miner les artefacts en étoile autour des structures en mode corps-entier, correspondant à une succes-
hyperfixantes (Fig. 9). En revanche, leur mise en sion de pas d’acquisition suivant la direction z, il
œuvre se traduit par une augmentation du temps est nécessaire d’effectuer un recouvrement des
de calcul. Cela s’explique par le nombre d’opéra- champs de vue, afin de garder un profil de sensibi-
tions à effectuer pour chacune des itérations. Ce- lité uniforme sur la plus grande partie du champ de
pendant, les ressources informatiques actuelles vue longitudinal. L’importance du recouvrement
permettent d’utiliser ces algorithmes en pratique dépend de l’angle d’acceptance lors du mode d’ac-
clinique.33 quisition 3D : il est de la moitié pour une ouverture
maximale, et réduit pour des angles limités. En
Mode d’acquisition tridimensionnel (3D) conséquence, une réduction de l’angle d’accep-
tance entraîne une diminution de la sensibilité,
Principe du mode d’acquisition 3D en TEP mais permet de couvrir un champ de vue axial avec
Le mode d’acquisition 3D est réalisé en l’absence moins de pas successifs par rapport à une mesure
des septas. Il permet la mesure en coïncidence sans limitation d’angle (Fig. 11).
Principe et technique de la tomographie par émission de positons (TEP) 13
Figure 9 Intérêt des algorithmes itératifs en pratique clinique. A montre une coupe transverse obtenue par rétroprojection filtrée ;
le profil d’activité met en évidence des niveaux négatifs, dus aux artefacts générés par la méthode de reconstruction. La mise en
œuvre d’un algorithme OSEM (B) entraîne une amélioration de l’image par une réduction des artefacts de reconstruction.
Figure 10 Variation de la sensibilité, en mode 3D, dans la direction longitudinale. L’angle correspond à l’angle d’incidence d’une
ligne de réponse par rapport au plan perpendiculaire au détecteur. Cet angle est de 0° en mode 2D. En revanche en mode 3D, cet angle
dépend de la position des détecteurs sur des couronnes différentes. Une source positionnée au centre du tomographe (A) est vue avec
un angle solide plus important qu’une source excentrée (B). Il en résulte une variation longitudinale de la sensibilité, en fonction de
la position de la source. Lorsque l’angle d’acceptance est limité, le profil de sensibilité se transforme en un trapèze.
14 O. de Dreuille et al.
Figure 11 Influence de l’angle d’ouverture (h) du mode d’acquisition 3D sur la réalisation des examens corps entier. Une réduction
de l’angle d’acceptance entraîne une diminution de la sensibilité (restriction du hmax), mais permet de couvrir un champ de vue axial
avec moins de pas successifs par rapport à une mesure sans limitation d’angle.
Reconstruction en TEP 3D
Du fait de l’absence des septas, les éléments de
projection d’une coupe transverse se trouvent pro-
jetés sur une série de sinogrammes. L’algorithme
de reconstruction 3D doit être en mesure de recons-
truire un plan de coupe à partir de l’ensemble des
informations réparties dans les différents sinogram-
mes. Contrairement aux méthodes de reconstruc-
tion 2D, le volume tomographique est reconstruit
globalement.
La reconstruction des données mesurées en
mode 3D peut être effectuée de deux manières :
• une reconstruction tridimensionnelle directe ;
• un réarrangement des sinogrammes mesurés
en sinogramme 2D, qui sont par la suite recons-
truits par des algorithmes de reconstruction
bidimensionnelle.
Figure 13 Principes des algorithmes de réarrangement des données. Le but des algorithmes de réarrangement des données consiste
à convertir une série de sinogrammes mesurés en mode 3D pour des angles h différents en un ensemble de sinogrammes correspondant
à des angles h = 0°. Les sinogrammes 2D obtenus peuvent être reconstruits par des techniques de reconstruction bidimensionnelle
rapides.
En réalité, des étapes supplémentaires doivent un second temps, reconstruites par des algorithmes
être effectuées, puisque l’algorithme 3D RP re- de reconstruction bidimensionnelle rapides et bien
quiert que les projections 2D soient complètes sui- maîtrisés.
vant toutes les incidences.25 Or, les projections 2D Différentes méthodes ont été proposées succes-
mesurées pour des angles h ≠ 0° sont tronquées sivement pour effectuer le réarrangement des don-
(Fig. 12). Cela signifie qu’un traitement préalable nées : l’algorithme SSRB (single slice rebinning),
doit être mis en œuvre afin de compléter les don- l’algorithme MSRB (multislice rebinning) et l’algo-
nées manquantes. Celles-ci sont déterminées à par- rithme de FORE (Fourier rebinning).24,55
tir d’une reconstruction 2D des sinogrammes mesu- L’algorithme SSRB consiste à déterminer la nou-
rés avec des angles h = 0°. velle position z’ à partir de la différence des plans
Le nombre des éléments de projection ainsi que des deux détecteurs. Cette méthode, simple et
la succession de l’ensemble de ces étapes entraî- rapide, entraîne des défauts de réarrangement im-
nent des temps de reconstruction très longs, qui portants pour les tomographes caractérisés par un
étaient incompatibles avec les exigences cliniques angle grand et pour des sources excentrées.
et les ressources informatiques disponibles ces der- Contrairement à l’algorithme SSRB, le réarrange-
nières années. Cependant, l’arrivée de stations in- ment selon la méthode MSRB répartit la ligne de
formatiques plus puissantes permet d’envisager ac- réponse sur les différents sinogrammes droits situés
tuellement la généralisation des algorithmes de entre les détecteurs d1 et d2.
reconstruction 3D, y compris au sein de processus Le réarrangement dans le plan de Fourier (FORE)
itératifs 3D. est actuellement la méthode la plus largement
utilisée en routine clinique, du fait de son fonction-
Réarrangement des données (ou « rebinning ») nement satisfaisant, jusqu’à des incidences de l’or-
Les algorithmes de réarrangement ont été dévelop- dre de 15°. Contrairement aux méthodes précéden-
pés pour bénéficier des avantages du mode de tes, le calcul du nouveau plan de coupe z’ n’est pas
mesure 3D, tout en s’affranchissant des algorith- effectué dans le domaine spatial. Pour y parvenir, il
mes de reconstruction 3D. L’objectif de ces techni- est nécessaire de calculer les transformées de Fou-
ques est d’estimer un sinogramme droit, c’est-à- rier 2D de chacun des sinogrammes obliques, et
dire correspondant à un angle d’inclinaison h = 0°, à d’appliquer le principe fréquence-distance, pour
partir d’un ensemble de sinogrammes obliques déterminer le niveau z’ du sinogramme droit cor-
(h ≠ 0) (Fig. 13). Les données réarrangées sont, dans respondant. Toutes ces opérations se traduisent par
16 O. de Dreuille et al.
des temps de calcul plus longs. Cependant l’utilisa- fusion Compton et atténuation) et des caractéristi-
tion du principe fréquence-distance entraîne la su- ques de l’appareillage (événements aléatoires et
périorité du réarrangement FORE par rapport aux résolution spatiale), l’information recueillie dans
méthodes précédentes. les projections est biaisée, puisqu’elle ne corres-
L’algorithme FORE, combiné à une reconstruc- pond pas à l’intégrale des événements émis dans la
tion itérative du type OSEM (ordered subset expec- ligne de réponse. Ces pertes d’information sont
ted minimisation), constitue la méthode la plus variables en fonction de la position des sources
largement utilisée en TEP pour les acquisitions dans le champ de vue et au sein du patient. Elles
corps entier. Cette solution permet la reconstruc- empêchent la comparaison des fixations mesurées
tion rapide des données mesurées en mode 3D, et en ces différentes positions. La compréhension des
réduit les artefacts en étoile souvent observés en phénomènes physiques et leurs corrections permet-
rétroprojection filtrée. tent d’obtenir une image représentative de la dis-
tribution du traceur au sein de l’organisme.
Comparaison des modes 2D et 3D L’étape suivante consiste à quantifier les images
TEP. L’objectif est de déterminer, à partir des
Le mode d’acquisition 3D, par rapport au mode 2D, images, la concentration radioactive de chaque
entraîne une augmentation importante de la sensi- pixel. Cette information, intégrée dans des modè-
bilité du système, qui permet une diminution des les mathématiques plus ou moins complexes, per-
activités injectées et/ou une réduction de la durée met de quantifier des paramètres physiologiques
des examens. Mais du fait de l’absence des septas, (consommation de glucose, nombre de récepteurs,
le taux d’événements diffusés et aléatoires obser- etc.).
vés en mode 3D est significativement plus élevé La première partie de ce chapitre est consacrée
qu’en mode 2D. Par ailleurs et compte tenu du taux à la correction des différents phénomènes physi-
d’événements parasites, l’obtention d’une image ques, indispensable pour la mise en œuvre de la
de qualité en mode 3D nécessite la correction des quantification, qui est ensuite présentée.
événements aléatoires et diffusés.
En résumé, le mode d’acquisition 2D était systé- Coïncidences aléatoires
matiquement utilisé sur les TEP construits avant les
années 1990, principalement pour s’affranchir des Position du problème
difficultés de la reconstruction tridimensionnelle et Une source de bruit, propre à la détection en
des méthodes de correction à mettre en œuvre. coïncidence, est la mesure d’événements aléatoi-
Lorsque ces différents aspects ont été maîtrisés, les res ou fortuits, qui correspond à la mesure de deux
constructeurs ont proposé des TEP équipés de sep- photons issus de deux annihilations différentes mais
tas rétractables. Ces appareils, équipés de cristaux qui arrivent pendant la même fenêtre temporelle.
de BGO, permettent la réalisation d’examens 2D ou L’information spatiale véhiculée par cette mesure
est incorrecte (Fig. 3). Le taux de coïncidences
3D en fonction du souhait de l’utilisateur et du
aléatoires dépend linéairement de la fenêtre tem-
protocole d’acquisition sélectionné. Depuis quel-
porelle d’acquisition, donc de la rapidité du scin-
ques années, certains constructeurs commerciali-
tillateur, et croît comme le carré de la radioactivité
sent des appareils fonctionnant exclusivement en
présente dans le champ de vue.
mode 3D. C’est en particulier le cas des TEP équi-
Il introduit, dans les données mesurées, un ni-
pés de nouveaux scintillateurs (LSO, GSO), qui sont
veau de bruit qui doit être pris en compte.34 En
caractérisés par une meilleure résolution en éner-
première approximation, la distribution des coïnci-
gie et une bonne résolution temporelle qui permet-
dences aléatoires est considérée uniforme dans le
tent de réduire le taux d’événements parasites.
champ de vue.
Ordre de grandeur
Correction des phénomènes physiques Le taux de coïncidences aléatoires est très variable
et quantification des études en fonction des conditions d’acquisition et de la
conception des TEP :
L’objectif de ce chapitre est d’expliquer les diffé- • plus la fenêtre de coïncidence est large, plus le
rentes étapes qui permettent d’accéder à une nombre d’événements fortuits augmente ;
image fidèlement représentative de la distribution • il est nettement plus important en mode 3D
radioactive au sein du patient. Les images obtenues qu’en mode 2D ;
en TEP résultent d’un comptage des coïncidences • il augmente avec le carré de l’activité dans le
détectées. Du fait des phénomènes physiques (dif- champ de vue.
Principe et technique de la tomographie par émission de positons (TEP) 17
La caractérisation des TEP inclut des mesures en que la ligne de réponse détectée n’est plus corrélée
taux de comptage qui permettent, entre autres, de à son lieu d’émission (Fig. 3). Outre un changement
déterminer la fraction des coïncidences aléatoires dans la direction d’incidence du photon, la diffu-
pour différentes géométries et pour une large sion Compton d’un photon se traduit par une perte
gamme d’activités. d’énergie. Une partie de ces coïncidences que l’on
Pour donner un ordre de grandeur, en mode 3D appelle coïncidences diffusées est éliminée en
corps entier et pour des TEP équipées d’un cristal n’acceptant que les photons dont l’énergie, esti-
de BGO, la fraction des coïncidences aléatoires mée par le détecteur, est compatible avec 511 keV.
peut atteindre 50 % des événements mesurés. Malheureusement, la discrimination entre photons
diffusés et photons non diffusés est difficile, du fait
Soustraction des coïncidences aléatoires de la médiocre résolution en énergie des détec-
La correction de ce phénomène s’effectue par la teurs à scintillation (15 à 20 % typiquement pour les
soustraction des coïncidences aléatoires. La conta- systèmes commerciaux actuels). En mode 2D, envi-
mination due aux coïncidences fortuites est esti- ron 10 % des coïncidences détectées impliquent au
mée par l’une de ces trois méthodes : moins un photon diffusé ; en mode 3D, ce taux peut
• les coïncidences fortuites peuvent être direc- excéder 50 %. Au niveau des images, cela se traduit
tement mesurées dans une fenêtre temporelle par une diminution du contraste, du rapport signal
décalée (delay window). En effet, la probabi- sur bruit, par une perte en résolution spatiale et
lité de détecter de telles coïncidences est uni- une modification du nombre d’événements comp-
forme au cours du temps, puisqu’elles ne sont tés par pixel.
pas corrélées à l’annihilation d’un seul positon, C’est certainement l’effet le plus difficile à cor-
mais résultent de l’annihilation de deux posi- riger en TEP, surtout en mode d’acquisition 3D, en
tons. Cette technique est la plus largement raison de l’influence de l’activité en dehors du
utilisée, et présente l’avantage de mesurer la champ de vue et de la résolution en énergie relati-
distribution spatiale des coïncidences aléatoi- vement médiocre des détecteurs.
res ;
• elles peuvent être indirectement estimées à Méthodes de correction proposées
partir du nombre total de photons détectés par On distingue trois catégories parmi les techniques
chaque détecteur. Dans ce cas, on utilise la de correction de cet effet.
relation : Le premier type de techniques utilise l’informa-
• Fd1, d2 = Sd1 Sd2 2s où Fd1, d2 est le taux de tion en énergie en combinant des données acquises
coïncidences fortuites de la ligne de réponse dans au moins deux fenêtres en énergie.1,2 Ces
entre les détecteurs d1 et d2, Sd est le taux de méthodes validées dans des centres de recherches
photons détectés par le détecteur d, et 2s est n’ont pas connu de développements sur des systè-
la largeur de la fenêtre de coïncidence ; mes commerciaux, cela en raison de la nécessité
• elles peuvent être aussi corrigées en sous- d’ouvrir plusieurs fenêtres en énergie, et des exi-
trayant un niveau constant, qui est estimé à gences en termes de calibration en énergie.
partir de la distribution des coïncidences dans D’autres techniques exploitent l’information
les projections, en dehors du patient. Cette spatiale de localisation erronée des coïncidences
méthode, relativement simple à mettre en diffusées.8 Ces méthodes offrent l’avantage d’of-
œuvre, ne s’adapte pas aux variations locales frir un calcul simple et rapide de la distribution du
des taux d’événements aléatoires observés diffusé, valable dans le cas où l’activité est répartie
dans des géométries complexes. dans tout l’objet. En revanche, ces algorithmes ne
L’estimation des coïncidences fortuites est en- s’adaptent pas aux distributions complexes et à
suite soustraite pour chaque ligne de réponse. l’activité en dehors du champ de vue. Sur certains
Cette soustraction se traduit par une majoration du systèmes commerciaux, une correction de bruit de
bruit au niveau des projections. Il est possible de fond réalise la soustraction simultanée des événe-
filtrer le sinogramme des événements fortuits pour ments diffusés et aléatoires.
réduire les fluctuations statistiques. Les dernières méthodes se basent sur un calcul
direct de la distribution du diffusé pour un patient
Coïncidences diffusées donné, à partir de la section efficace de Klein-
Nishina62 ou de simulations Monte Carlo. Ces mé-
Position du problème thodes sont assez précises. En effet, l’information
La diffusion Compton entraîne une perte d’énergie sur la détection de coïncidences diffusées prove-
et un changement de direction du photon incident. nant de sources radioactives en dehors du champ de
Ce changement de trajectoire fausse l’image, puis- vue des détecteurs est présente dans les acquisi-
18 O. de Dreuille et al.
tions en corps entier. Elle présente en outre l’avan- rigés de l’effet de volume partiel. En revanche,
tage de limiter le volume des données acquises par cette méthode ne modifie pas l’image et ne permet
rapport aux acquisitions réalisées dans plusieurs pas d’améliorer la détection des lésions.
fenêtres en énergie, et s’exécute en un temps
compatible avec une reconstruction des données en Corrections de l’image
oncologie. Ce type de méthode est actuellement Plusieurs méthodes de correction de l’effet de vo-
mis en œuvre sur des systèmes commerciaux. lume partiel ont été proposées dans le dessein
d’améliorer l’image TEP.
Effet de volume partiel L’approche la plus ancienne est fondée sur la
déconvolution de l’image par la fonction de ré-
Position du problème ponse du tomographe. Cette technique est difficile
L’effet de volume partiel est la conséquence de la à mettre en œuvre, du fait de l’amplification du
résolution spatiale limitée et de l’échantillonnage bruit due à la restauration des fréquences spatiales
choisi. Cet effet induit une sous-estimation de la élevées. Pour éviter ce phénomène, l’opération de
concentration dans les petites structures (spill-out déconvolution est limitée aux fréquences intermé-
effect) puisqu’une partie de l’activité se trouve diaires et ne permet pas une restauration complète
située en dehors de la structure du fait de la de l’information.
résolution spatiale du système. En dehors de la Le deuxième type d’approche s’effectue dans le
structure, l’effet de volume partiel entraîne une domaine spatial (en opposition au domaine de Fou-
surestimation des concentrations due à la contami- rier). Ces techniques supposent que l’image d’une
nation des structures voisines (spill-over effect). distribution radioactive peut être traitée comme un
Les biais de quantification observés sont fortement système linéaire. Connaissant la fonction de ré-
dépendants de la taille des lésions et de la résolu- ponse de l’imageur dans le domaine spatial, et les
tion spatiale du système. L’effet de volume partiel contours des objets fixants (au moyen d’une image
se traduit par une sous-estimation des concentra- anatomique recalée), il est possible de restituer
tions radioactives mesurées pour toutes les lésions une image corrigée de l’effet de volume partiel. La
dont la taille est inférieure à deux ou trois fois la précision de ces techniques de correction repose
résolution spatiale du système.35 sur l’exactitude de recalage entre les données du
TEP et de la modalité d’imagerie anatomique (IRM
Correction sur les comptages. Coefficients ou TDM) et de la segmentation des contours à partir
de recouvrement de l’imagerie anatomique. L’arrivée des caméras
La méthode la plus simple pour prendre en compte TEP/TDM ne peut que faciliter le développement
ce phénomène consiste à multiplier les valeurs des de ce type de correction en pratique clinique.
concentrations déterminées au moyen d’une région
d’intérêt, par un facteur de recouvrement qui dé- Atténuation
pend de la taille des lésions. Les coefficients de
recouvrement sont mesurés au moyen d’un fan- Position du problème
tôme contenant des sphères remplissables de diffé- Une proportion importante des photons de 511 keV
rents diamètres. Le rapport entre les concentra- est atténuée par les tissus du patient. L’atténua-
tions restituées et les concentrations réelles fournit tion est un phénomène non isotrope dans l’orga-
des coefficients de recouvrement qui sont ensuite nisme, qui varie en fonction de la composition et de
appliqués pour corriger les comptages mesurés au l’épaisseur des milieux traversés, ainsi que de
sein d’une région d’intérêt. l’énergie des photons. Les images obtenues en TEP,
La démarche pratique pour l’obtention d’une en l’absence de correction du phénomène d’atté-
concentration radioactive corrigée de l’effet de nuation, sous-évaluent les fixations profondes. Une
volume partiel est la suivante : correction doit être mise en œuvre pour restituer
• mesure de la concentration radioactive au une image représentative de la distribution du tra-
moyen d’une région d’intérêt ; ceur. Pour y parvenir, une mesure de transmission,
• estimation de la taille de la lésion si possible au réalisée avec une source externe, permet de
moyen d’une image anatomique (TDM ou ima- connaître la distribution des coefficients d’atté-
gerie par résonance magnétique [IRM]) afin de nuation au sein du patient. Pour limiter la durée
connaître le facteur de correction à appliquer ; d’examen et éviter des problèmes de repositionne-
• multiplication de la concentration par le fac- ment, il est souhaitable d’effectuer la mesure de
teur de correction approprié. transmission au moment de la mesure des images
Du fait de sa simplicité, cette technique est d’émission. Plusieurs méthodes sont employées
largement utilisée pour obtenir des comptages cor- pour réaliser des mesures de transmission, elles
Principe et technique de la tomographie par émission de positons (TEP) 19
utilisent des sources de germanium 68 (68Ge), de ses en présence d’activité dans le champ de vue, il
césium 137 (137Cs) ou des rayons X. Le temps de est nécessaire de tenir compte de la contamination
mesure peut être réduit et compensé par des trai- des événements de 511 keV enregistrés dans la
tements informatiques adaptés. Ces derniers ex- fenêtre de 662 keV. L’importance de cette conta-
ploitent des techniques de segmentation des struc- mination dépend essentiellement de la résolution
tures d’atténuation différentes, à partir des images en énergie du scintillateur. Cela explique pourquoi
de transmission bruitées et/ou biaisées.73,74,85 La ce mode de transmission fonctionne de manière
valeur correcte du coefficient d’atténuation li- satisfaisante sur les caméras caractérisées par une
néaire à 511 keV est alors affectée à chaque struc- bonne résolution en énergie (NaI, GSO). Les don-
ture. nées ainsi mesurées font ensuite l’objet d’une seg-
mentation, avant d’être utilisées dans les program-
Transmission au moyen d’un émetteur mes de reconstruction.
de positons : 68 Ge
L’utilisation de plusieurs sources linéaires de 68Ge Transmission au moyen de rayons X
est la méthode la plus ancienne à avoir été em- La distribution des coefficients d’atténuation peut
ployée pour les mesures de transmission. La aussi être mesurée au moyen d’un examen TDM
concentration des sources radioactives doit être réalisé par des rayons X. La possibilité de coupler un
assez élevée, pour obtenir une statistique de comp- TEP et un TDM a déjà été évaluée depuis de nom-
tage importante dans un temps relativement court, breuses années, à l’université de Pittsburgh. Ac-
sans toutefois saturer le détecteur. La mesure est tuellement, tous les constructeurs proposent des
réalisée en mode d’acquisition 2D, en présence des systèmes qui réalisent cette double acquisition.
collimateurs intercoupes, afin de limiter le temps L’intérêt réside dans l’obtention d’une image de
mort des détecteurs et l’enregistrement de coïnci- transmission de très bonne résolution spatiale dans
dences diffusées provenant des sources radioacti- un temps très bref, permettant de réduire la durée
ves distribuées en dehors du plan de coupe. L’usage des examens. Ce gain en résolution dans l’image de
de sources radioactives de forte intensité ne peut transmission doit se traduire par une meilleure
correction du phénomène d’atténuation au sein des
être envisagé sur les tomographes purement 3D.
petites structures atténuantes et hyperactives, qui
L’avantage de ce mode réside dans le fait que les
ne sont pas « vues » par les mesures de transmission
mesures de transmission sont effectuées à 511 keV.
réalisées avec des sources radioactives.18 Cepen-
De plus, la détection en coïncidence réalise une
dant, l’apport de cette acquisition TDM dépasse
collimation électronique qui limite l’enregistre-
très largement le problème de la correction d’atté-
ment d’événements de transmission ayant subi une
nuation, puisqu’elle apporte en plus une localisa-
diffusion Compton. En revanche, lors de mesures
tion anatomique précise des lésions. La description
réalisées en présence d’activité dans le patient, il
et l’intérêt des machines hybrides TEP/TDM sont
est nécessaire de disposer d’une technique permet-
présentés dans un chapitre spécifique.
tant la correction de la contamination des événe-
ments d’émission, au sein de la mesure de trans-
Impact de la correction d’atténuation
mission. La correction d’atténuation en TEP, associée à la
correction des autres phénomènes physiques, per-
Transmission au moyen d’émetteur de simple met de comparer les niveaux de fixation des diffé-
photon : 137 Cs rentes lésions. Elle permet une meilleure visualisa-
Les mesures de transmission en mode simple pho- tion des lésions profondes, et facilite la localisation
ton sont généralement réalisées au moyen d’une des lésions, grâce à des images plus représentatives
source de 137Cs, et nécessitent une électronique et de la fixation du traceur au sein des différents
des traitements spécifiques.6 D’un point de vue organes : cela est particulièrement marqué pour
économique et contrairement aux sources de 68Ge l’interface entre le foie et les poumons (Fig. 14).
(9 mois), la période du 137Cs (30 ans) permet de Par ailleurs, la correction d’atténuation constitue
conserver la source de transmission pendant la une étape essentielle pour la mise en œuvre de la
durée de vie du tomographe. D’un point de vue quantification des études. Cela est particulière-
physique, le mode d’acquisition simple photon à ment important pour évaluer l’efficacité d’un trai-
662 keV permet d’augmenter la sensibilité du sys- tement en cancérologie.
tème, comparé au mode de détection en coïnci-
dence, et d’obtenir en un temps limité une infor- Mise en œuvre de la quantification
mation moins bruitée. Il nécessite une électronique
rapide et adaptée à la mesure des photons de La connaissance précise de la quantité de traceur
662 keV. Les données de transmission étant acqui- fixée par les différentes lésions doit permettre de
20 O. de Dreuille et al.
Figure 15 Différentes étapes pour obtenir une image calibrée en «standardized uptake value » (SUV). I : la première étape consiste
en la correction des différents phénomènes physiques, afin d’obtenir une image représentative de la distribution de traceur au sein
du patient. II : l’étalonnage de la caméra au moyen d’un cylindre permet d’établir la correspondance entre le nombre de coups
mesurés par pixel et une concentration radioactive. III : le facteur d’étalonnage déterminé précédemment permet d’obtenir une
image quantifiée en kBq/ml. IV : la normalisation des fixations en fonction de l’activité injectée et du poids du patient fournit les SUV.
La précision des valeurs SUV est directement fonction de l’exactitude et de la rigueur de chacune des étapes.
qui tienne compte de l’activité injectée et de la • évaluer la réponse thérapeutique (Fig. 16).
morphologie du patient. Le calcul des standardized Ces comparaisons, pour être valides, doivent
uptake value (SUV) effectue une normalisation de s’appuyer sur un protocole de réalisation des exa-
ce type, basée sur le rapport entre la fixation du mens bien déterminé, qui garantit des conditions
traceur et la dilution homogène du traceur dans le
physiologiques analogues. Il est également impor-
volume du patient selon la formule suivante :
tant que les hypothèses de normalisation utilisées
Fixation 共 Bq⁄ml 兲 pour la détermination des SUV soient relativement
SUV =
Activité 共 Bq 兲⁄volume 共 ml 兲 constantes quels que soient les individus et repro-
où la fixation, exprimée en Bq/ml, correspond à ductibles dans le temps.
l’image quantifiée de manière absolue ; les termes La préparation du patient, ainsi que le protocole
du dénominateur correspondent respectivement à de réalisation de l’examen conditionnent la distri-
l’activité au moment de la mesure et au volume du bution du traceur au sein de l’organisme. Elles
patient. Pour plus de commodité, le volume du peuvent donc altérer la signification des valeurs
patient est généralement remplacé par son poids, SUV. Un délai de 60 à 90 minutes entre l’injection
en supposant une densité moyenne de 1. En ré- et le début de l’acquisition est généralement res-
sumé, une valeur de SUV égale à 1 signifie que pecté. Ce délai résulte d’un compromis entre le
l’activité est diluée de manière uniforme dans le temps nécessaire pour atteindre le plateau de fixa-
volume. Une valeur de 10 dans une lésion signifie tion pour les lésions tumorales, et la décroissance
que cette fixation est 10 fois supérieure à la dilu- du traceur. La réponse thérapeutique évaluée par
tion uniforme du traceur. plusieurs examens TEP successifs nécessite, pour
rester valide, de conserver un délai constant, en
Avantages et limites de la quantification SUV
faisant l’hypothèse que le temps pour atteindre le
Pour les nombreux types de tumeurs fixant le FDG,
plateau de fixation ne soit pas modifié par la thé-
la captation du traceur est corrélée à la proliféra-
rapie. Or, l’étude de Hamberg31 met en évidence
tion des cellules tumorales, et est également asso-
une variété importante de la vitesse de captation
ciée au nombre de cellules viables. Donc, une ré-
du FDG par les tumeurs entre les patients, mais
duction de la fixation consécutive à un traitement
également, pour un même sujet, entre des exa-
rend compte de l’altération du métabolisme et du
taux de destruction des cellules tumorales. La pos- mens réalisés à différents stades du suivi thérapeu-
sibilité de mesurer la valeur SUV d’une lésion per- tique.
met de disposer d’une information quantitative qui La glycémie est un autre facteur qui influe direc-
peut être utilisée pour : tement sur la fixation du FDG, et donc sur les
• comparer l’intensité de la fixation par rapport valeurs SUV.49 Si la glycémie est trop élevée, on
à une population de patients ; observe une rétention plus faible du FDG dans les
22 O. de Dreuille et al.
Aussi, la standardisation des procédures de tests et sein d’un milieu diffusant (EEC, 1991). Elle est
des contrôles de qualité n’est pas aisée. Cepen- définie comme la largeur à mi-hauteur (FWHM) du
dant, depuis de nombreuses années, les procédures profil d’activité. La largeur au dixième de la hau-
NEMA (1994 et 1999)59,60 se sont imposées et per- teur (FWTM) renseigne sur les queues de distribu-
mettent d’évaluer les performances d’un système tion. Cette mesure doit être effectuée dans les
par rapport aux autres. Ces procédures peuvent conditions d’échantillonnage les plus fines autori-
cependant être réparties suivant : sées par le système. Les mesures de résolution sont
• les performances évaluées avant la reconstruc- effectuées pour différentes positions dans le champ
tion, qui caractérisent les propriétés du détec- de vue. Ce paramètre est souvent évalué après
teur ; reconstruction, mais dans ce cas, le filtre et la
• les mesures sur l’image reconstruite, qui éva- méthode de reconstruction doivent être notifiés.
luent l’exactitude des procédures de recons- Les valeurs obtenues dépendent de la taille des
truction et de quantification. Compte tenu de cristaux, de la génération du tomographe et de
la diversité des algorithmes, cet ensemble de l’isotope employé. En fonction des systèmes et
caractéristiques est souvent dépendant des pour le 18F, la résolution spatiale (FWHM) varie de
possibilités offertes par le constructeur ; et la 5 à 8 mm en l’absence de filtre, et de 7 à 10 mm
comparaison entre les différents systèmes est avec les filtres utilisés en situation clinique.
souvent délicate.
Performances en taux de comptage
Performances du détecteur
Importance de ce paramètre
Les caractéristiques essentielles d’un TEP sont la Le comportement d’un TEP en taux de comptage
résolution spatiale et surtout les performances en constitue une des caractéristiques essentielles de
taux de comptage. l’instrument de mesure. En effet, l’obtention d’une
image résulte de la reconstruction des projections
Résolution spatiale mesurées. La valeur de chaque pixel du sino-
La résolution spatiale décrit la capacité du système gramme (ou élément de projection) correspond à
à séparer deux sources voisines. Ce paramètre dé- un comptage pendant la durée d’acquisition. Le
pend : bruit propre à chaque mesure élémentaire est dé-
• de la distance parcourue par le positon entre le terminé par la loi de Poisson. Les fluctuations sta-
lieu d’émission et celui de la réaction d’anni- tistiques sont inversement proportionnelles à la
hilation53 et du défaut de colinéarité des pho- densité d’événements mesurés. De plus, seule une
tons émis ; fraction des coïncidences mesurées correspond à la
• de la conception du TEP, en particulier de la détection d’événements vrais.
taille des détecteurs élémentaires et du dia- Le comportement d’un TEP en taux de comptage
mètre de l’anneau ; est représenté par le nombre et le rapport entre les
• de l’échantillonnage des sinogrammes et des coïncidences vraies (signal utile) et les événements
coupes reconstruites ; aléatoires et diffusés (bruit). Le rapport entre le
• des méthodes de reconstruction, en particulier signal utile et le bruit peut être estimé par le calcul
des filtres de reconstruction utilisés, qui effec- d’un paramètre global, le noise equivalent count
tuent un compromis entre la résolution spa- (NEC).75 Cet index représente le taux de comptage
tiale et le bruit. équivalent d’un système où les coïncidences fortui-
La première composante est généralement négli- tes et diffusées seraient complètement éliminées à
geable vis-à-vis des autres paramètres, pour les TEP l’acquisition. Il équivaut au rapport signal sur bruit
conçus pour l’exploration humaine. En revanche, la défini au moment de l’acquisition des données,
conception des appareils dédiés à l’imagerie du mais n’intègre pas les amplifications de bruit dues à
petit animal vise à réduire la taille des détecteurs la reconstruction.37 Le maximum de cette courbe
élémentaires et le diamètre de l’anneau, afin de fournit le meilleur rapport entre les différents ty-
s’approcher au plus près de la résolution intrinsè- pes d’événements mesurés et permet de détermi-
que liée au mode de désintégration. Des résolutions ner la plage d’activité optimale pour l’utilisation
spatiales inférieures à 2 mm sont ainsi obtenues sur d’un TEP.
des prototypes développés dans des centres de Les performances en taux de comptage d’un
recherches. appareil résultent essentiellement de la conception
D’un point de vue pratique, la résolution spatiale du système et du mode de mesure. L’idéal est de
est déterminée au moyen d’une source linéaire ou disposer d’un scintillateur dense, rapide et résolu
ponctuelle dans l’air (NEMA, 1994 et 1999) ou au en énergie, qui permet respectivement d’optimiser
24 O. de Dreuille et al.
la sensibilité de détection, tout en limitant le nom- Le principe des mesures consiste à remplir le
bre de coïncidences aléatoires et diffusées. Par fantôme avec une concentration radioactive suffi-
ailleurs, le mode d’acquisition 3D permet une amé- samment importante, de façon à saturer le détec-
lioration importante de la sensibilité, mais se tra- teur. Des acquisitions sont effectuées à intervalles
duit également par une augmentation du taux de réguliers, pendant quatre ou cinq périodes radioac-
coïncidences parasites. De plus, la distribution spa- tives, afin d’étudier la réponse du TEP pour une
tiale de la radioactivité influe sur la réponse du gamme étendue d’activité. Les taux de coïnciden-
détecteur. Cela est particulièrement important en ces vraies, diffusées et aléatoires sont déterminés
mode 3D, où les sources situées à l’extérieur du pour chacun des points de mesures. Le rapport
champ de vue entraînent une augmentation du taux entre le signal utile et le bruit est estimé par le
d’événements diffusés et aléatoires. Il apparaît calcul du NEC.
donc que les performances en taux de comptage
d’un appareil sont un critère global, qui résulte de Analyse des courbes
la conception générale du détecteur et de son La figure 17 présente les performances en taux de
électronique. comptage de la caméra C-PE ™ (Adac-Philips) mesu-
rées au moyen d’un cylindre de 20 cm de diamètre
Mesure des performances en taux de comptage et de 20 cm de longueur uniformément rempli de
18 1
Les performances en taux de comptage sont mesu- F. L’allure des différentes courbes est relative-
rées au moyen de deux fantômes différents, qui ment constante d’un système à un autre, en revan-
permettent d’estimer le comportement d’un TEP che les échelles en taux de comptage et en concen-
pour les examens cérébraux et pour les examens tration radioactive peuvent être très variables en
corps entier : fonction des systèmes étudiés. L’objet de ce para-
• l’emploi d’un cylindre de 20 cm de diamètre et graphe est d’analyser en détail les différentes cour-
de 20 cm de long permet de se rapprocher des bes, afin d’illustrer l’importance des performances
conditions rencontrées lors des explorations en taux de comptage.
cérébrales. Dans ce mode de mesure, l’activité L’évolution du nombre total de coïncidences me-
en dehors du champ de vue a une influence surées met en évidence un écart entre les événe-
relativement faible sur les taux de comptage ments mesurés et la relation linéaire extrapolée à
mesurés. Cette procédure est réalisée avec le partir des valeurs de concentrations faibles. Cet
fantôme préconisé par les normes NEMA de écart, de plus en plus important lorsque la concen-
1994 ;59 tration radioactive est élevée, s’explique par la
• l’utilisation d’un cylindre de 70 cm de long, saturation du détecteur. Ce phénomène résulte de
préconisée par les nouvelles normes NEMA,60 la détection de deux photons gamma pendant la
permet d’estimer les performances en taux de durée d’intégration au niveau d’un détecteur élé-
comptage en présence d’activité en dehors du mentaire. Cet effet d’empilement revient à ne
champ de vue. Ces conditions expérimentales mesurer qu’un événement d’une énergie égale à la
sont plus proches des acquisitions corps entier, somme des deux photons, qui est donc rejeté au
caractérisées par des organes fortement ra- niveau de la fenêtre en énergie. Pour des activités
dioactifs en dehors du champ de vue (vessie et importantes dans le champ de vue, le phénomène
cerveau). d’empilement devient majoritaire, ce qui entraîne
Principe et technique de la tomographie par émission de positons (TEP) 25
Figure 18 Courbes NEC (équivalent de rapport signal sur bruit) mesurées en mode 3D pour différentes catégories d’appareils selon les
normes NEMA de 1994. Les faibles performances des gamma-caméras en coïncidence s’expliquent par l’utilisation d’un cristal de Na
(Tl) d’une épaisseur inférieure à 19 mm, et par un angle solide de détection assez réduit (courbe MCD – CDET). Les TEP équipés de six
détecteurs de Na (Tl), répartis en anneau autour du patient, entraînent une augmentation du maximum de la courbe NEC d’un facteur
10 par rapport aux systèmes précédents (courbe C-PET TEP-NaI). Le phénomène de saturation, pour les systèmes constitués de
détecteurs plans de Na (Tl), se produit pour des concentrations relativement faibles, en raison de la grande surface de détection. Les
TEP conçus à partir de détecteurs blocs sont moins sensibles aux phénomènes d’empilement. De plus, la forte densité du cristal BGO
(germanate de bismuth) permet d’obtenir des performances en taux de comptage supérieures aux systèmes Na (Tl) (courbe EXACT
HR+ BGO).
une chute globale des performances en taux de La courbe NEC est obtenue en combinant les
comptage du système. La saturation d’un système différents taux de comptage. Cette courbe passe
dépend : par un maximum pour lequel le rapport signal sur
• de la durée d’intégration, d’où l’importance bruit est optimal. À partir de cette concentration
d’un scintillateur rapide et caractérisé par une radioactive, il est possible de déterminer les acti-
émission de lumière abondante ; vités à injecter au patient permettant d’utiliser au
• de la surface de la zone de détection élémen- mieux les propriétés en taux de comptage d’un
taire ou du bloc de détection dans laquelle système.
peuvent se produire les effets d’empilement.
Pour une analyse plus fine des performances en Comparaison des systèmes
taux de comptage, il est nécessaire de décomposer L’analyse des performances en taux de comptage
les coïncidences mesurées en coïncidences vraies permet de comparer les différents systèmes et de
et en coïncidences parasites : les diffusées et les distinguer les différentes catégories de tomogra-
aléatoires. phes. Comme cela a été présenté dans les paragra-
Le taux d’événements aléatoires varie selon la phes précédents, un des index les plus pertinents
durée de la fenêtre de coïncidence et du carré de pour effectuer cette comparaison est sans doute la
l’activité dans le champ de vue. Le taux de coïnci- courbe NEC, puisqu’elle résulte d’une combinaison
dences aléatoires peut être négligé pour des des différents taux de comptage. La figure 18 pré-
concentrations radioactives très faibles. En revan- sente les courbes NEC de plusieurs systèmes carac-
che, celui-ci peut être du même ordre de grandeur térisés par des conceptions radicalement différen-
que les coïncidences vraies pour des activités plus tes.
élevées. La meilleure technique pour réduire le Ce graphique met en évidence l’écart de sensibi-
taux d’événements aléatoires réside dans l’emploi lité entre les gamma-caméras en coïncidence et les
d’une fenêtre temporelle brève, ce qui ne peut se TEP dédiés. Les faibles performances des gamma-
concevoir que pour des scintillateurs rapides. caméras en coïncidence s’expliquent par l’utilisa-
La fraction d’événements diffusés par rapport tion d’un cristal de Na (Tl) d’une épaisseur infé-
aux événements vrais est constante, quelle que soit rieure à 19 mm, et par un angle solide de détection
la concentration radioactive. L’importance relative assez réduit. Les TEP équipés de six détecteurs de
de ce phénomène résulte de la résolution en éner- Na (Tl), répartis en anneau autour du patient,
gie et de la largeur de la fenêtre spectrométrique entraînent une augmentation du maximum de la
du TEP. courbe NEC d’un facteur 10 par rapport aux systè-
26 O. de Dreuille et al.
Figure 19 Courbes NEC (équivalent de rapport signal sur bruit) mesurées en mode 3D pour différentes catégories d’appareils selon les
normes NEMA de 2000. La courbe NEC d’une caméra équipée de LSO (courbe ACCEL LSO) atteint son maximum pour une concentration
plus élevée que celle correspondant au maximum de la courbe d’une caméra BGO (courbe EXACT HR+ BGO). L’amélioration des
performances en taux de comptage apportée par des nouveaux scintillateurs plus rapides, tels que le LSO, permet de réduire la durée
des acquisitions tout en conservant une statistique suffisante pour l’obtention d’une image de qualité.
mes précédents. Le phénomène de saturation, pour variables d’un système à l’autre. Le but de ces
les systèmes constitués de détecteurs plans de Na mesures est plus d’évaluer et d’optimiser les per-
(Tl), se produit pour des concentrations relative- formances des algorithmes d’un tomographe que de
ment faibles, en raison de la grande surface de permettre la comparaison rigoureuse des différents
détection. Les TEP conçus à partir de détecteurs systèmes.
blocs sont moins sensibles aux phénomènes d’empi-
lement. De plus, la forte densité du cristal BGO Uniformité dans la coupe et dans le volume
permet d’obtenir des performances en taux de L’image d’un cylindre uniformément rempli de tra-
comptage supérieures aux systèmes Na (Tl). ceur permet d’évaluer l’uniformité de la concen-
L’emploi de nouveaux scintillateurs plus rapides, tration radioactive dans la coupe et le volume. Pour
tels que le LSO, entraîne une diminution des durées évaluer ce paramètre, il est recommandé de se
d’intégration et une réduction de la fenêtre de mettre dans des conditions de faible taux de comp-
coïncidence. Il en résulte une augmentation des tage : taux des coïncidences fortuites et temps
performances en taux de comptage, qui permet de mort du système négligeables. Toutes les correc-
travailler avec des concentrations radioactives plus tions disponibles par le tomographe doivent être
élevées. Cela est illustré par la figure 19, qui com- appliquées (correction du temps mort, des coïnci-
pare les performances de deux systèmes selon le dences aléatoires et diffusées, de l’atténuation).
protocole NEMA 1999. Il est alors possible de calculer les défauts d’uni-
formité pour chaque coupe, ainsi que pour l’ensem-
Exactitude de l’image reconstruite ble du volume. Pour s’affranchir des effets de vo-
lume partiel, les pixels au voisinage des contours du
Les caractéristiques des détecteurs présentés dans cylindre ne participent pas au calcul de l’unifor-
les paragraphes précédents constituent les perfor- mité.
mances intrinsèques des appareils. Par ailleurs,
l’analyse des examens en TEP repose sur des coupes Exactitude de la correction d’atténuation
tomographiques qui sont obtenues par une succes- Le but de ce test est de vérifier l’exactitude des
sion d’étapes : reconstruction des sinogrammes, coefficients d’atténuation mesurés par l’acquisi-
correction des différents phénomènes physiques, tion en transmission. Cette mesure s’effectue au
mise en œuvre de la quantification. L’ensemble de moyen de trois cylindres de 50 mm de diamètre,
ces traitements doit être contrôlé. Pour y parvenir, constitués respectivement d’air, d’eau et de Té-
les normes NEMA proposent des procédures particu- flon® (atténuation équivalente à l’os), insérés dans
lières. Les principaux tests concernent l’uniformité le fantôme cylindrique de 20 cm de diamètre. Les
des coupes reconstruites, la détectabilité des lé- coefficients d’atténuation de ces trois éléments,
sions, la qualité de la mesure de transmission, ainsi déterminés sur l’image de transmission, sont com-
que l’exactitude de la quantification. parés aux caractéristiques d’atténuation des maté-
Les résultats obtenus sont fortement influencés riaux pour l’énergie considérée. Pour cette mesure,
par les paramètres de reconstruction, eux-mêmes le cylindre simulant l’os peut également être rem-
Principe et technique de la tomographie par émission de positons (TEP) 27
pli d’une solution liquide présentant un coefficient La nature de ces contrôles dépend fortement des
d’atténuation équivalent à celui de l’os.18 En injec- systèmes. Les paramètres les plus systématique-
tant une solution radioactive dans le cylindre de ment vérifiés sont :
20 cm de diamètre, il est alors possible d’étudier la • la stabilité des détecteurs en émission : vérifi-
qualité de la transmission et l’influence sur l’image cation du gain des photomultiplicateurs ;
d’émission corrigée de l’atténuation. • la stabilité de la réponse en énergie des détec-
teurs ;
Détectabilité • l’uniformité de la coupe reconstruite en
Ce test présente l’intérêt d’évaluer la détectabilité émission/transmission ;
du système, dans des situations proches de la clini- • l’exactitude de la quantification.
que, où l’on cherche à détecter des hyperfixations Ces deux derniers paramètres sont mesurés au
de taille et d’intensité modérées incluses dans un moyen d’un cylindre de 68Ge ou de 18F. Les fantô-
bruit de fond. Pour ce test, les hyperfixations et les mes, ainsi que les procédures de contrôle de qua-
hypofixations correspondent à six sphères remplis- lité sont généralement fournis par le constructeur.
sables, dont les diamètres internes varient de 10 à La mise en œuvre des tests journaliers peut être
37 mm (10, 13, 17, 22, 28, 37 mm). Ces sphères sont effectuée par un technicien ou un physicien. La
insérées dans un fantôme uniformément rempli correction des variations observées nécessite une
d’une solution radioactive. Les deux plus grandes bonne maîtrise du système et est effectuée par le
sphères (28 et 37 mm) sont remplies d’eau non physicien ou le technicien de maintenance.
radioactive (sphères non fixantes) et les quatre plus
petites d’une concentration radioactive n fois plus Optimisation des acquisitions
forte que celle du fantôme. Le facteur n peut varier
de 3 à 8, pour simuler des hyperfixations plus ou En TEP, la qualité de l’image est fortement influen-
moins intenses. L’analyse consiste à calculer la cée par l’optimisation de très nombreux paramè-
restitution de contraste pour chacune des sphères. tres qu’il convient d’optimiser :
Ce paramètre est le rapport entre le contraste • l’activité injectée ;
mesuré dans l’image et le contraste réel mis dans le • la durée des mesures en émission et en trans-
fantôme. mission ;
• le traitement des données de transmission ;
Exactitude de la quantification • l’algorithme et le filtrage pour la reconstruc-
Du fait des corrections d’atténuation, de diffusion tion des données d’émission.
et des coïncidences aléatoires, la plupart des TEP Cette optimisation repose sur une bonne
permettent, au moyen d’un étalonnage, d’accéder connaissance du système et une compréhension des
à une quantification absolue. Cela signifie que cha- algorithmes proposés par le constructeur. Pour y
cun des pixels de l’image peut être exprimé en parvenir, l’emploi d’un fantôme anthropomorphi-
unité de concentration radioactive (kBq/ml). L’ob- que (thorax/cerveau) peut se révéler extrêmement
jectif de ce test est de vérifier la corrélation entre utile. Ces fantômes permettent de tester les per-
les concentrations mesurées et les concentrations formances du tomographe dans des conditions plus
réelles. Ces mesures sont menées avec le cylindre proches de la clinique que celles observées avec les
équipé des inserts cylindriques remplis d’une fantômes décrits dans les spécifications NEMA. Ce
concentration supérieure au bruit de fond. travail doit être effectué dans le cadre d’un parte-
L’analyse consiste à calculer l’erreur entre la nariat étroit entre les cliniciens, les physiciens et
concentration réelle et la concentration détermi- éventuellement les ingénieurs des firmes.
née au moyen d’une région d’intérêt. Pour que les
résultats ne soient pas affectés par l’effet de vo-
lume partiel, les régions d’intérêt doivent être Réalisation pratique d’un examen
éloignées des bords de l’objet d’une distance égale
à deux fois la résolution spatiale du système.
et autres paramètres influant sur
la qualité de l’image
Contrôle de qualité
L’obtention d’une image en TEP résulte d’une suc-
Le contrôle de qualité vise à effectuer des tests cession d’étapes. La qualité du résultat final repose
simples, rapides et itératifs, qui permettent de sur de nombreux paramètres, qui peuvent être
suivre l’évolution de l’appareillage et de mettre en optimisés pour améliorer les performances diagnos-
œuvre les calibrations nécessaires, avant que des tiques de l’examen. Le protocole de réalisation des
défauts significatifs n’apparaissent sur les images images dépend du traceur, ainsi que des possibilités
cliniques.67 offertes par le tomographe utilisé.
28 O. de Dreuille et al.
Figure 20 Analyse dans les trois plans de coupe d’un examen FDG en mode corps entier acquis par le C-PET™ en émission/transmission
en 1 heure. L’image de la projection calculée fournit une représentation volumique de la distribution du traceur (hôpital d’instruction
des Armées du Val de Grâce. C-PET™. Adac-Philips). Illustration clinique à partir d’un cas de masse tumorale maligne pulmonaire
postérieure droite.
de traceur dans la vessie et de la fixation intense sition du patient et du personnel technique. Les
dans le cerveau, qui se traduit par une dynamique isotopes utilisés en TEP sont caractérisés par une
très étendue. émission d’un positon et l’émission de photons
gamma pénétrants de 511 keV. La réalisation d’un
Ressources informatiques examen TEP comprend également des mesures de
Le volume des données généré pour une acquisition transmission réalisées soit au moyen de sources
en TEP corps entier est bien supérieur à celui des radioactives, soit au moyen d’un TDM, qui ajoutent
examens de médecine nucléaire conventionnelle, une irradiation pour le patient.
où les acquisitions tomographiques sont réalisées
sur un plus petit volume et où les acquisitions corps Dosimétrie patient
entier sont effectuées en mode planaire. Typique-
ment, plus de 300 coupes axiales peuvent être L’exposition du patient résulte d’une part du dépôt
obtenues pour une acquisition réalisée de la tête au d’énergie du positon sur un parcours très faible et
pelvis. Le volume de données pour un patient en d’autre part des interactions des photons de
TEP peut facilement atteindre 100 à 200 Mo, du fait 511 keV au sein du patient. Les doses reçues par le
des mesures en émission et en transmission, et des patient dépendent en premier lieu de l’isotope
différentes reconstructions effectuées. L’ensemble utilisé, en raison de l’énergie d’émission des posi-
des opérations effectuées pour chaque patient : tons et de la période radioactive. L’exposition des
reconstruction itérative, correction d’atténuation, différents organes varie en fonction du métabo-
nécessite des ressources informatiques importan- lisme, de l’élimination des différentes molécules
tes, tant du point de vue du stockage des données marquées et de l’âge du patient. Elle peut être
que de la puissance de calcul des ordinateurs. La significativement différente pour deux traceurs
manipulation des images TEP nécessite des puissan- marqués avec le même isotope. Le Tableau 3 four-
ces de calcul importantes, et l’archivage des ima- nit pour le 18FFDG l’équivalent de dose efficace
ges requiert de grandes capacités de stockage, par ainsi que les doses absorbées pour les tissus les plus
rapport aux données obtenues sur les gamma- irradiés.26, 38, 39 Les activités injectées varient en-
caméras. tre 150 et 550 MBq, ce qui entraîne une dose
efficace se situant entre 2,8 et 10 mSv. Ces valeurs
Radioprotection et contraintes sont du même ordre que celles observées pour des
d’installation examens scintigraphiques réalisés avec du 99mTc ou
pour certaines explorations TDM.
L’injection d’un produit radioactif pour la réalisa- En pratique, l’exposition du patient résulte de
tion d’un examen diagnostique entraîne une expo- l’injection du traceur, mais également de l’examen
30 O. de Dreuille et al.
Tableau 4 Principales grandeurs permettant de calculer les débits de dose et l’épaisseur des écrans pour les différentes énergies
rencontrées en médecine nucléaire. L’analyse de ces données souligne l’aspect particulier des émetteurs de positons : les débits
de dose sont sept fois plus importants que ceux du technétium 99m, et les couches de demi-atténuation (CDA) sont treize fois plus
épaisses que celles relatives aux photons de 140 keV.
Radionucléide Énergie c (keV) Exposition Constante de CDA (cm Pb) C 1/10e A (cm
externe débit de Kerma Pb)
(mSv h–1) C20
(lGy m–2 GBq–1 h–1
A 1 m d’un Au contact
flacon d’une seringue
(37 MBq) (37 MBq)
99m
Tc 140 0,67 × 10–3 13 14,5 0,03 0,1
131
I 360 1,8 × 10–3 39 51 0,3 1,1
18
F 511 4,8 × 10–3 96 135 0,4 1,6
Principe et technique de la tomographie par émission de positons (TEP) 31
• la protection radiologique des containers de travaux sont actuellement en cours dans ce do-
transport, des protège-seringues et des pou- maine.
belles destinées au recueil des déchets ra-
dioactifs solides doit également être adaptée à Recalage d’images
l’énergie du 18FFDG. Des protège-seringues en
tungstène, d’une épaisseur de 5 mm, ont été La première approche se fonde sur des techniques
développés spécifiquement pour cette applica- de recalage d’images, qui permettent l’analyse
tion. corrélée de données mesurées sur des appareils
Plusieurs études ont estimé les doses moyennes indépendants. Pour y parvenir, il est nécessaire de
reçues par le manipulateur, pour la totalité de la transférer les deux jeux de données sur une plate-
réalisation d’un examen TEP : préparation de la forme commune. Le transfert des images est faci-
seringue, injection, positionnement du patient et lité par l’utilisation de plus en plus généralisée du
acquisition des images.15 Les doses mesurées (dosi- protocole DICOM. Les algorithmes de mise en cor-
mètre poitrine) sont de l’ordre de 5 Sv pour une respondance les plus utilisés actuellement se fon-
activité injectée voisine de 150 MBq, dans un ser- dent sur la maximisation de l’information mutuelle.
vice équipé d’enceinte, de protège-seringues et Le recalage des images cérébrales est d’utilisation
d’un poste de pilotage blindé spécifiquement pour courante et ne pose pas de difficulté majeure, car
des photons de 511 keV.21 La phase la plus irra- les structures sont rigides et sans déformation im-
diante est l’injection du produit. Lors de ce geste, portante.29,56 En revanche, au niveau du thorax et
des expositions de l’ordre de 200 Sv par examen de l’abdomen, ces caractéristiques ne sont plus
peuvent être reçues aux niveaux des extrémi- vérifiées. Les mouvements respiratoires ainsi que le
tés.47,51 positionnement du patient font que des images de
Les débits de dose mesurés à 50 cm du patient structures identiques dans les deux modalités ne
sont respectivement de 0,21 Sv/h/MBq après l’in- peuvent être mises en correspondance sans défor-
jection du produit, de 0,13 Sv h–1 MBq–1 lors de la mation numérique non rigide.78 Pour les explora-
mise en place du patient sur le TEP, 60 minutes tions thoraciques et abdominales, ces méthodes
après l’injection et de 0,06 Sv h–1 MBq–1 2 heures sont relativement difficiles à mettre en œuvre du
après l’injection lorsque le patient quitte le ser- fait des déformations observées entre les deux
vice.47 séries d’images. Cependant, l’acquisition de l’exa-
Les niveaux d’exposition correspondant à un men TDM en respiration intermédiaire permet de
poste de technicien réalisant les examens TEP res- limiter les défauts de mise en correspondance
tent inférieurs aux limites réglementaires, sans (Fig. 21).
être toutefois négligeables. Ce constat justifie les
aménagements particuliers, ainsi que l’acquisition Caméra TEP/TDM
des dispositifs de radioprotection spécifiques. Ces
niveaux d’exposition justifient le classement des Pour s’affranchir des méthodes de recalage, l’en-
manipulateurs en catégorie A et la mise en œuvre semble des industriels proposent des appareils
de la dosimétrie opérationnelle.21 Les dosimètres TEP/TDM qui réalisent, dans la durée d’examen,
électroniques fournissent les débits de doses en ces deux acquisitions. Les avantages de ces équipe-
temps réel. Il peut en résulter une amélioration du ments sont nombreux. La correction d’atténuation
poste de travail qui entraîne une réduction des se fonde sur l’examen TDM, qui est réalisé beau-
doses reçues relatives à des actes particuliers. coup plus rapidement que les acquisitions de trans-
mission mesurées avec des sources radioactives.
Par ailleurs, la fusion des images permet une excel-
Vers l’imagerie multimodale lente localisation anatomique des foyers fixant le
FDG (Fig. 22). Cette double information est parti-
La localisation anatomique précise des hyperfixa- culièrement utile pour l’optimisation des balisti-
tions n’est souvent pas évidente sur les images, par ques de radiothérapie.42,61,82
manque de références anatomiques, seules les Plusieurs travaux ont évalué l’apport diagnosti-
structures fixant le traceur étant visualisées. En que des systèmes hybrides TEP/TDM. Ces systèmes
revanche, les images obtenues avec la TDM ou l’IRM permettent une amélioration du diagnostic et de la
fournissent de manière très précise la localisation stadification de la maladie cancéreuse,41 par la
des structures anatomiques. Ces deux images sont connaissance anatomique des lésions détectées en
complémentaires et, mises en correspondance ou TEP, comparée à l’analyse des images mesurées par
fusionnées, elles permettent d’exploiter au mieux des appareils d’imagerie distincts. L’exploitation
l’apport de chaque type d’imagerie. De nombreux des images corrélées facilite également l’identifi-
32 O. de Dreuille et al.
Figure 21 Analyse d’images de tomographie par émission de positons (TEP) et de tomodensitométrie (TDM) recalées au moyen d’un
algorithme de mise en correspondance basé sur la maximisation de l’information mutuelle.
A. Images TDM.
B. Images TEP/TDM fusionnées (hôpital d’instruction des Armées du Val de Grâce, C-PE™ – Adac-Philips). Ce cas clinique, chez un
patient présentant une atélectasie pulmonaire gauche, au sein de laquelle siège une tumeur maligne bronchique périhilaire, illustre
l’intérêt de la fusion d’image pour la définition du volume cible en radiothérapie.
cation de la topographie des fixations non patholo- bre d’aspects techniques soient pris en compte. Les
giques (fixation musculaire, fixation colique et sé- coupes TDM sont obtenues dans un intervalle de
quelles inflammatoires de radiothérapie).1,44 temps extrêmement réduit, et elles ne correspon-
Le couplage TEP/TDM est un outil intéressant en dent pas rigoureusement aux images d’émission
pratique clinique, sous réserve qu’un certain nom- mesurées pendant plusieurs minutes. Les modifica-
Figure 22 Acquisition quasi simultanée des données sur une machine hybride équipée de scintillateurs LSO et d’un TDM double-coupe.
L’association du scintillateur, du mode d’acquisition 3D et de l’acquisition TDM permet d’effectuer cette acquisition en 17 minutes
(Baptist University. Biograph Lso-Duo Siemens). Illustration clinique : tumeur maligne médiastinale antérosupérieure droite (flèche).
Principe et technique de la tomographie par émission de positons (TEP) 33
tions du positionnement du patient (mouvements, phes à émission de positons dans des services clini-
respiration) entre les images TEP et TDM peuvent ques insérés dans des réseaux de cancérologie.
générer des artefacts au moment de la correction Ce nouveau marché a entraîné des investisse-
d’atténuation.30,46 Une approche logicielle de re- ments massifs de la part des industriels pour fournir
calage peut être utilisée pour s’affranchir de ce des TEP équipés de nouveaux scintillateurs, afin de
phénomène. Il est également important de s’assu- répondre pleinement aux attentes des cliniciens.
rer que le champ de vue en TDM soit suffisamment Enfin, la fusion d’un TEP et d’un TDM dans un même
large pour réaliser l’image d’un patient ayant les appareil traduit la complémentarité des différen-
bras le long du corps, afin d’éviter des phénomènes tes modalités d’imagerie médicale pour le diagnos-
de troncature. Ces phénomènes peuvent, s’ils ne tic et l’évaluation des traitements en cancérologie.
sont pas corrigés, générer des artefacts de recons-
truction.13 Il est également nécessaire de disposer
d’outils de segmentation de l’image TDM pour la
Références
correction de l’atténuation des données TEP, en
tenant compte éventuellement des produits de
1. Adam LE, Karp JS, Daube-Witherspoon ME, Smith J. Perfor-
contraste utilisés en TDM.9
mance of a whole-body PET scanner using curve-plate NaI
Les machines hybrides proposées actuellement (Tl) detectors. J Nucl Med 2001;42:1821–1830.
sont relativement diverses dans leur conception, 2. Adam LE, Karp JS, Freifelder R. Energy based scatter
tant du point de vue du détecteur TEP que de celui correction for 3D PET scanners using NaI (Tl) detectors.
du scanner X. Il existe toute une gamme de produits IEEE Trans Nucl Sci 2000;19:513–521.
depuis la gamma-caméra64 jusqu’au TEP équipés 3. Allemand R, Gresset C, Vacher J. Potential advantages of a
des nouveaux scintillateurs, qui sont couplés à des cesium fluoride scintillator for a time of flight positron
camera. J Nucl Med 1980;21:153–155.
scanners X de différentes générations, y compris
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des systèmes multicoupes.
Brulon V. Dosimetry of transmission measurements in
nuclear medicine: a study using anthropomorphic phan-
toms and thermoluminescent dosimeters. Eur J Nucl Med
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La tomographie par émission de positons est une
J Nucl Med 2001;42:34P.
modalité d’imagerie médicale qui permet de détec-
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ter de manière très sensible des accumulations de evaluation of processing techniques for attenuation cor-
traceur dans des lésions de petite taille. Les res- rection with Cs-137 in whole-body PET imaging. J Nucl Med
sources informatiques associées aux caméras à po- 1999;40:1257–1263.
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components in high-resolution PET: correction by nonsta-
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De nombreuses innovations ont été concrétisées contrast agents. J Nucl Med 2001;42:56P.
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