0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
138 vues112 pages

Français: Grammaire et Style

Transféré par

louisiuswalkensbradley
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
138 vues112 pages

Français: Grammaire et Style

Transféré par

louisiuswalkensbradley
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Philippe Deschamps Michel Dassonville

c.s. v. d. ès 1.

DE L’EXPLICATION FRANÇAISE
A LA REDACTION

(Classe de syntaxe et de neuvième année)


FASCICULE UNIQUE

LIVRE DE L’ELEVE

Les Presses Universitaires Laval


Québec 1956
SMS

Qw^iS-

IM
»i3a

^ibliotfjèqutJ^ationalf bu ©uébec
Philippe Deschamps Michel Dassonville
c„ s. v. d. ès 1.

DE L'EXPLICATION FRANÇAISE
A LA R EDA C TI ON

(Classes de Syntaxe et de Neuvième année)


FASCICULE UNIQUE

LIVRE DE L'ELEVE

Les Presses Universitaires de Laval

Québec 1956
PROGRESSION GRAMMATICALE ET STYLISTIQUE

GRAMMAIRE STYLE VOCABULAIRE


LU
5
CO Reviser et approfondir les PHRASE SIMPLE. A l’occasion :
O
H notions acquises :
(j
5 Nature des mots. ' négative, Etymologie.
cë Fonctions et accords. affirmative,
CO Formes : <
s interrogative, Dérivés et composés.
g Prépositions. Conjonctions. ^exclamative Famille de mots.
LU 1 directe (1),
C/5
Construction : -<
Ponctuation. (inverse. Synonymes et antonymes.

Homonymes et paronymes.
g NOM : Etude approfondie des
CO espèces : propositions indépendantes. Sens propre.
s
communs, propres, Sens figuré.
0
abstraits, concrets. Distinction des. prop. ind. ,
Q
à fonctions princ. et subordonnées. Vocabulaire, sensoriel
m sujets, attributs, Vue : lumières,
LU compléments. - Juxtaposition et coordination. ombres,
o brouillards.
2 PRONOM : espèces, fonctions. IMAGES EN GENERAL.
Formes :
lignes,
> ADJECTIF ET ADVERBE LA COMPARAISON : angles.
LU
l Espèces.
z Fonctions. Formes, Ouïe: bruits, silences,
<
*—> Leurs compléments. Degrés. voix des
hommes,
cris des
c/5 VERBE PHRASE COMPLEXE : animaux,
et
< Conjugaison régulière, généralités, subordination-. bruit des
s irrégulière. choses.
LU Actions: successives,
«
LU Voix active, passive. simultanées. Toucher :
S consistance,
>
LU
LU Ses compléments. METAPHORE EN GENERAL. surface,
température,
<
poids.
S MODES ET TEMPS STYLE direct, indirect.
—3 Formes. METAPHORE ET COMPA - Goût et odorat.

> Valeur. RAISON.
<
Le corps humain.
JUIN

Revision générale. Inventions modernes.

(1) Il ne s'agit pas de style direct mais de la construction normale de la phrase : sujet, verbe,
attribut ou complément, par opposition à la phrase de construction inverse.
LE TRAVAIL

ALPHONSE DAUDET
(1840-1897)

Il était né dans le sud de la France mais se fixa bientôt à Paris où, à


18 ans, il publia ses premières oeuvres. Il a écrit des contes (Lettres de mon
moulin, 1869 Contes du Lundi, 1873) qui plaisent autant par leur style sim­
ple que par leur fantaisie endiablée. Les plus passionnants de ses romans
s'intitulent : Le Petit Chose (1868), Fromont jeune et Risler'arné (1874).

Jack (1876) raconte l’histoire d'un enfant malheureux, obligé de quitter


sa maison, de travailler en usine, à l'étau dont il manoeuvre la lourde vis.
Il s'engage ensuite comme chauffeur sur un bateau où il contracte la phtisie
dont il mourra.

Lectures conseillées : Le Petit Chose - Lettres de mon moulin - Contes


du Lundi - Fromont jeune et Risler aîné - Tartarin de Tarascon.

1- JOIE DU TRAVAIL ACCOMPLI

Enfin les deux battants de l'atelier s'écartèrent et,


de l'ombre du fond, on vit s'avancer l'énorme masse,
lentement, lourdement, portée sur la plate-forme roulante
qui, tout à l'heure, allait servir de point d'appui pour
5 l'enlever et que des palans mus par la vapeur entraînaient
sur les rails„ „ „

Elle s'arrêta un moment comme pour prendre haleine


et se laisser admirer sous le grand soleil qui la faisait
resplendir. Parmi les deux mille ouvriers de l'usine,
10 il ne s'en trouvait pas un peut-être qui n'eût coopéré à
ce beau travail dans la mesure de son talent ou de ses
forces. Mais ils avaient travaillé isolément, chacun de
son côté, presque à tâtons, comme le soldat combat
pendant la bataille, perdu dans la foule et le bruit, tirant
15 droit devant lui sans juger de l'effet ou de l'utilité de ses
coups, enveloppé d-*une aveuglante fumée rouge qui l'em­
pêche de rien apercevoir au-dela du coin ou il se trouve.

Maintenant, ils la voyaient, leuf machine, debout


dans son ensemble, ajustée pièce â pièce. Et ils étaient
20 fiers .' En un instant, 'elle fut entourée, saluée de joyeux
rires et de cris de triomphe. Us l'admiraient en
LE TRAVAIL 2

connaisseurs, la flattaient de leurs grosses mains


rugueuses, la caressaient, lui parlaient dans leur rude
langage : "Comment ça va, ma vieille ?" Les fondeurs
25 montraient avec orgueil les énormes hélices en bronze
plein : "C'est nous qui les avons fondues", disaient-ils.
Les forgerons répondaient : "Nous avons travaillé le
fer, nous autres, et il y en a de notre sueur là-dedans!
Et les chaudronniers, les riveurs célébraient, non sans
30 raison, l'énorme réservoir fardé de rouge, passé au
minium comme un éléphant de combat. Si ceux-là
vantaient le métal, les ingénieurs, les dessinateurs,
les ajusteurs se glorifiaient de la forme. Jusqu'à
notre ami Jack qui disait en regardant ses mains :
35 "Ah ! coquine, tu m'as valu de fières ampoules. . . "

Alphonse Daudet,
Jack
Fasquelle édit.

LE VOCABULAIRE.

1- Quel est le sens des mots soulignés ?

2- Quel est le sens exact des épithètes suivantes et quel est


celui qu'elles ont dans le texte : grand (1.8), rude (1.23),
vieille (1.24), (est-ce bien une épithète ?), plein (1.26),
fières (1. 35) ?

3- Quelle est la nature des mots suivants : de (1. 1), de (1.2),


parmi (1.9), de (1.22), de (1.35) ?

4- Qu'y a-t-il de remarquable dans l'expression : presque


à (1. 13) ?

5- Analysez : que (1.5), où (1.17).

6- Remplacez jusqu'à par une expression équivalente dans la


phrase Jusqu'à notre ami Jack qui disait..." (1.33)
LE TRAVAIL 3

7- Quelle est la signification de la locution verbale : prendre


haleine (1.7) ? Connaissez-vous d'autres expressions cou­
rantes où se retrouve le mot haleine ?

LA PHRASE.

1- Sans regarder le texte, retrouvez la ponctuation des phra­


ses suivantes :

Ils Ladmiraient en connaisseurs la flattaient de leurs gros­


ses mains rugueuses la caressaient lui parlaient dans leur
rude langage comment ça va ma vieille les fondeurs mon­
traient avec orgueil les énormes hélices en bronze plein
clest nous qui les avons fondues disaient-ils les forgerons
répondaient nous avons travaillé le fer nous autres et il y
en a de notre sueur là-dedans.

2- Quelles sont les comparaisons qu'emploie l'auteur ? Quelle


en est l'utilité ?

3- Le texte tout entier n'est-il pas traversé par une compa­


raison qui sert non seulement à décrire la machine mais
aussi à expliquer les sentiments des ouvriers pour elle ?
Retrouvez tous les mots et expressions par lesquels elle
s ' exprim e.

4- "Et ils étaient fiers '. " (1. 19-20) Transformez cette
phrase simple en phrase complexe en donnant les motifs
de leur fierté .

5- Quelles sont les qualités principales de l'admiration d'un


connaisseur ? Quel est le contraire d'un connaisseur ?
Et l'admiration est-elle interdite à ceux qui ne sont pas
connaisseurs ?

6- Imaginez la conversation et les exclamations des ingénieurs,


des dessinateurs et des ajusteurs.
LE TRAVAIL 4

LA COMPOSITION.

1- Le titre exprime-t-il adéquatement le sentiment dominant


des ouvriers ? Quels autres sentiments éprouvent-ils ?
Par quoi sont-ils motivés ?

2- Pourquoi l'auteur peut-il soutenir que l'ouvrier est sembla­


ble à un soldat ? Voyez-vous d'autres raisons que celles
qui sont ici suggérées ou exprimées ?

3- N'est-ce que par la couleur que la machine paraît être un


éléphant de combat ?

A- De quelle machine s'agit-il ? En tenant compte des détails


qui vous sont donnés pouvez-vous en fixer la nature préci­
se ?

5- Rappelez quel a été le travail des ingénieurs, des dessi­


nateurs, des fondeurs, des forgerons, des chaudronniers,
des riveurs, des ajusteurs. D'autres ouvriers n'y ont-ils
pas aussi coopéré ?

6- Imaginez le travail de "l'ami Jack".

7- Pourriez-vous intituler chacun des paragraphes du texte ?

8- La machine ne s'arrête-t-elle que pour se faire admirer ?


Quel autre motif proprement littéraire explique cet arrêt ?

LA REDACTION.

1- Exercices - éclairs.
Décrivez en cinq lignes :
a) une hélice;
b) un palan,
c) Lun des forgerons accouru , un marteau à la main,
pour voir la sortie de la machine;
d) l'ami Jack regardant alternativement la machine et...
ses mains. Il ne dit rien mais sa physionomie doit
traduire ses impressions,
e) le contraste entre un ingénieur et un fondeur que le
mouvement de la foule a rapprochés.
LE TRAVAIL 5

2- Avec quelques camarades de classe, vous avez décidé de


décorer un local (une classe, la salle des fêtes, etc...)
et d'y installer une exposition (travaux manuels, dessins,
modèles réduits ou autres). Le jour d'ouverture est arri­
vé : un grand nombre d'élèves se pressent à la porte.
Les commentaires, les quolibets ne manquent pas. On
ouvre enfin. Décrivez les réactions : des visiteurs ? des
organisateurs ? Quels sont vos sentiments personnels ?

3- Jack vous raconte le travail qu'il a fourni, modeste et


caché, et vous sentez la vanité de l'apprenti aussi grande
mais discrète que celle des forgerons ou des ingénieurs.

4- Vous imaginerez une anecdote qui illustre aussi la joie du


travail accompli. (Vous aurez avantage à choisir un évé­
nement qui fait partie de vos souvenirs personnels.)

2- COLLEGIEN COURAGEUX

1- Ce qui me frappa d'abord, à mon arrivée


au collège, c'est que j'étais le seul avec une blouse. (1)
A Lyon, les fils de riches ne portent pas de blouse;
il n'y a que les enfants de la rue, les gones, comme
5 on dit.

2- Moi j'en avais une, une petite blouse a


carreaux; j'avais l'air d'un gone... Quand j entrai dans
la classe, les élèves ricanèrent. On disait : "Tiens,
il a une blouse ! " Le professeur fit la grimace et
10 me prit en aversion. Depuis lors, quand il me parla,

(1) Blouse : vêtement long, comme un tablier, avec des manches, fait de toile ou de coton­
nade, très commun.
Désigne aussi une chemisette (homme) et une guimpe de fine lingerie (femme).
Le vêtement de laine ou de cuir (plus court) s'appelle une vareuse.
Mot employé à tort, dans certaines régions, au lieu de veste, veston, habit, frac (non froc :
habit de moine).
Se dit aussi d’une poche logée dans les coins et les côtés d’une table de billard. Loger une
bille dans la blouse : blouser.
LE TRAVAIL 6

ce fut toujours du bout des lèvres, d'un air méprisant,


Jamais il ne m'appela par mon nom; il disait toujours:
"Eh ! vous, là-bas, le petit Chose ! . . . " Mes cama­
rades me surnommèrent "le petit Chose", et le sur-
15 nom me resta...

3- Ce n'était pas seulement ma blouse qui me


distinguait des autres enfants. Les autres avaient de
beaux cartables en cuir jaune, des encriers de buis (l)
qui sentaient bon, des cahiers cartonnés, des livres
20 neufs; moi, mes livres étaient de vieux bouquins
achetés sur les quais, moisis, fanés, sentant le ran­
ce, (2) les couvertures étaient toujours en lambeaux;
quelquefois, il manquait des pages.

Jacques faisait bien de son mieux pour me


25 les relier avec du gros carton et de la colle forte;
mais il mettait toujours trop de colle, et cela puait.
Il m'avait fabriqué un cartable avec une infinité de
poches, très commode, mais toujours trop de colle...

4- Quant à moi, j'avais compris que lorsqu'on


30 est boursier, qu'on porte une blouse, qu'on s'appelle
"le Petit Chose", il faut travailler deux fois plus que
les autres pour leur être égal; et, ma foi '. le Petit
Chose se mit à travailler de tout son courage.

5- Brave Petit Chose ! je le vois en hiver,


35 dans sa chambre sans feu, assis à sa table de travail,
les jambes enveloppées d'une couverture.

Au dehors, le givre fouettait les vitres.


Dans le magasin, on entendait la voix de Mme Eyssette
qui entrait. Elle s'approchait du Petit Chose sur la
40 pointe du pied. Chut. . .

(1) Buis : bois dur, odorant comme le sapin,


(2) Le rance : adjectif pris comme nom; qui a contracté avec le temps une odeur forte, une
saveur acre.
LE TRAVAIL 7

"Tu travailles ? lui disait-elle tout bas.


- Oui, mère.
- Tu n'as pas froid ?
- Oh ! non !"

45 6- Le Petit Chose mentait : il avait bien froid,


au contraire. Alors, Mme Eyssette s'asseyait auprès
de lui avec son tricot et restait là de longues heures,
comptant ses mailles à voix basse, avec un gros
soupir de temps en temps.

Alphonse Daudet, Le Petit Chose,


Flammarion, édit.

LE VOCABULAIRE.

1- Expliquez les mots soulignés.

2- Donnez cinq termes synonymes de " gones" .

3- Enumérez les principaux éléments d'un livre.

4- Enumérez les termes qui désignent les différents établis­


sements scolaires en montrant ce qui distingue ces éta­
blissements les uns des autres.

5- Indiquez la différence entre rire, sourire, ricaner. Don­


nez quelques expressions qui décrivent la maniéré de rire.

6- Comment le givre peut-il"fouetter les vitres" (parag.5) ?


Qu'est-ce qui le distingue du frimas, de la neige, du
verglas ?

7- Relevez les termes et les expressions qui décrivent des


observations de la vue, de l'oui'e, du toucher, de l'odo­
rat.
LE TRAVAIL 8

LA PHRASE

1- Employez, à une personne du singulier et du pluriel, au


futur, au conditionnel et au subjonctif présents les verbes
rire et asseoir. Introduisez chaque personne et chaque
mode dans une phrase simple ou dans une phrase complexe.

2- A l'aide des interjections de ce texte composez un court


dialogue en les employant à tour de rôle.

3- Pourquoi l'auteur écrit-il le petit Chose (parag. 2) et le


Petit Chose dans la suite ?

4- Citez les appositions, mots ou groupes de mots, dans les


parag. 1, 2 et 3.

5- Montrez que les premières phrases des parag. 2, 3, sont


bien des phrases de transition. Montrez là différence en­
tre quand, quant, quant à et tant qu'à.

6- Quels sont les mots ou groupes de mots qui jouent la fonc­


tion attribut dans les parag. 2 et 3 ?

7- Indiquez la nature des groupes de mots dans la phrase :


"Quant à moi. . . " parag. 4. Justifiez la place de chacun
de ces groupes.

8- Justifiez la ponctuation des trois premières lignes du pa­


rag. 2.

LA COMPOSITION.

1- Quelle idée générale relie les parag, 2 et 3 ?

2- Le parag, 5 est un joli tableau d'intérieur. Enumérez


tous les éléments de ce tableau.

3- Quelle est l'idée générale du parag, 4 ?


LE TRAVAIL 9

4- Comment vous apparaissent les personnages ? Comment


vous les représentez-vous, au physique, dans leur taille,
leurs vêtements ? Quels défauts et quelles qualités leur
prêtez-vous ?

5- Quelles sont les souffrances morales du Petit Chose ?

6- Quelle impression se dégage de l'ensemble ? Quel détail


produit le plus cette impression ?

REDACTIONS.

1- Décrivez, en trois paragraphes bien ordonnés, le Petit


Chose, le professeur, Madame Eyssette, tels que vous
vous les représentez et tels que vous voudriez bien les
faire voir à un de vos camarades.

2- Supposez que le Petit Chose est le neveu du directeur, le


fils du maire ou d'un riche bourgeois. Tout change ; le
Petit Chose n'est plus vêtu pauvrement, il a plus d'assu­
rance. L'attitude du professeur et celle des éleves sont
tout différentes. Décrivez son entrée en classe.

3- Un Petit Chose d'aujourd'hui entre en classe Les élèves


se moquent. Le maître les reprend sévèrement Le nou­
veau est bien accueilli par la suite II devient l'ami des
meilleurs élèves. Décrivez la scène. »

4- Inspirez-vous de cette scène pour décrire votre propre


arrivée dans une classe nouvelle. Vous pouvez imaginer
la scène pour la rendre plus intéressante, plus émouvan­
te.

5- Travail d'équipe.
Dramatisation de cette scène pour être jouée en classe.
1) Les décors.
2) Les personnages : costume, traits à faire ressortir par
le maquillage.
3) Les tableaux : 1er : l'arrivée en classe. 2e : la clas­
se elle-même, attitudes, gestes, paroles des person­
nages. 3e : le tableau d'intérieur dans la chambre
sans feu.
LE TRAVAIL 10

Adaptation pour la radio.


Ici, les auditeurs ne voient rien, ce qui suppose un
annonceur, un jeu différent qui fera comprendre aux audi­
teurs ce qu'ils ne peuvent voir.

Adaptation pour la télévision.


Ici, les séquences peuvent se multiplier. Montrer les
scènes simultanées : la classe en pleine activité; l'ache­
minement du Petit Chose vers le collège. Arrivée du
Petit Chose au moment où il dérange visiblement le maî­
tre et distrait les élèves. Le mécontentement général
doit se voir, se sentir. Scène de travail qui montrera
l'aversion du maître pour le Petit Chose, Phumiliation de
ce dernier devant ses camarades. Le tableau de la fin
dans la chambre sans feu.
LES LOISIRS

HENRI GHEON
(1875-1944)

Le docteur Vaugeon (en littérature Henri Ghéon) est l’un des nombreux
convertis du XXe siècle. Il a été ramené à la foi par un de ses amis, sur
le front d’Artois, pendant la guerre de 1914-1918.

C’est avant tout un dramaturge dont l’inspiration chrétienne subit l’in­


fluence des "moralités” médiévales, au moins dans le choix des personnages
et des thèmes. Sa pièce la plus connue s'intitule : Le Pauvre sous l'escalier.
Mais il. fut aussi prosateur de talent, comme en témoigne le texte que nous
allons étudier.

3- LA BOXE

- Parez ! - Dans le buffet • - Le poing gauche et


le pied droit ! - Le poing droit et le pied gauche î -
Parez î - Jeu du coude ! - Aplatissement î Feinte en
bas... feinte en l'air... - Un coup de reins et les deux
5 pieds. - Riposte. - Debout î - Tourbillon ! Tourbillon !
- (Accélérant) Poing droit et pied droit ! - Poing gauche
et pied gauche î . . . Tout ensemble î La tête î - F one ez
Foncez î - Mais fonce donc î

Bien mon garçon, très bien. Je te félicite. Je


10 n'en faisais pas autant a ton âge. Je suis fier de toi. -
D'abord, tu sais ce que tu fais. Tu ne tapes pas à tort
et à travers comme une personne sans intelligence. Tu
caches ton jeu et tu lis dans celui des autres. Il te
manque. . . il te manque ce qui ne peut venir qu'à la
15 longue... Veux-tu que je te dise ce qui te manque ?
C'est mon secret. . . parce que d'abord, ils nEjeompren-
draient pas; mais toi, tu comprendras... Vois-tu, ce
qui te manque, c'est de penser avec ton corps. Ton
attaque est prudente, ta riposte est juste, ta parade est
20 habile. . . mais entre l'intention et l'action, entre l'idée
du coup et le coup, il y a toujours une pause, une
lacune dont pourrait profiter un adversaire plus adroit.
Tu te dis : C'est l'instant de donner du poing droit.
Tu donnes du poing droit - et c'est ton poing droit qui
LES LOISIRS 12

25 devrait se-dire : Voilà mon tour ! et s'abattre au


même moment. Tu me comprends bien ?

- Parfaitement, Maître. Je vous remercie.

- Mais non. . . mais non. . . Je ne te dis pas ça


pour toi, mais pour mon art : pour notre art, parce
30 que je l'aime et que tu l'aimes aussi. . . La boxe qui
est chant, dessin et poésie du corps et qui inscrit
dans l'air autant de mélodies, d'estampes et de
poèmes qu'elle comporte de mouvements. C'est aussi
une école de force et de souplesse, de hardiesse et
35 de prudence - et celui-là est deux fois sage qui fait
fructifier ses biens et qui enseigne un si bel art.

Henri Ghéon, Les trois sagesses du vieux Wang,


drame chinois. André Blot, éd. Paris, 1927.

LE VOCABULAIRE.

1- Quel est le sens des mots soulignés ?

2- Quel est le sens de 1 expression : à la longue (1. 14-15) ?


Connaissez-vous d'autres expressions idiomatiques où se
retrouve : longue (ou longues) ?

3- Que remplace le pronom ils (1.16) 9

4- Que peut bien vouloir dire le maître en conseillant de


penser avec son corps (1.18) ?

5- Reconstituez la famille de ; poing,

6- Y a-t-il une différence entre une pause et une pose ?

7- Quel est le suffixe de fructifier ? Nommez des verbes qui


sont formés avec le même suffixe
LES LOISIRS 13

LA PHRASE ET SES ELEMENTS.

1- Pourquoi l'auteur change-t-il brusquement de sujet gram­


matical : "Foncez ! Foncez ! - Mais fonce donc !" (1.7-
8) ?

2- Quelle est la nature, la forme et la fonction des propo­


sitions contenues dans la phrase :"La boxe qui est chant, ,
de mouvements" (1.30-33) ?

3- Quelle est la fonction des mots suivants ; secret (1. 16) -


prudente (1. 19) - dont (1. 22) - mouvements (1. 33) -
sage (1. 35) ?

4- Dressez une liste où vous distinguerez les noms abstraits


des noms concrets employés dans le deuxième paragraphe.

5- Relevez les pronoms non personnels employés dans le 3e


parag. et ajoutez entre parenthèses leur nature,

LA COMPOSITION.

1- Quel est le plan du texte ? Obéit-il à une progression ?

2- Pourquoi l'entraîneur est-il fier de son "poulain" ?

3- Comment la boxe peut-elle être successivement ou simul­


tanément un chant, une mélodie ? un dessin, une estampe ?
une poésie, un poème ?

4- Pourquoi le maître marque-t-il une pause après ; il te


manque. . . (1. 14) ? Finit-il par dire a son élève ce qui
lui manque ? Pourquoi a-t-il hésité ?
LES LOISIRS 14

LA REDACTION.

1- Exercices-célairs.
a) Décrivez en trois lignes :
un boxeur sur le ring;
un nageur sortant de l'eau.
b) Décrivez en cinq lignes :
un gant de boxe usagé;
une raquette de tennis.

2- Vous imaginerez les conseils qu un entraîneur (de hockey,


de base-bail, d'un sport de votre choix) donne à son
"poulain" et vous lui ferez dire ce qui fait la beauté et
la noblesse du sport qu'il enseigne.

3- Vous avez été chargé par un journal étudiant de faire une


enquête auprès de vos camarades de classe. Il s'agit de
savoir s'ils aiment le sport. Lequel ? Pourquoi ? Après
avoir énuméré les sports qu'ils préfèrent, vous explique­
rez leur choix (nature du terrain environnant, climat de
la région, compétitions possibles, entraînement dirigé,
gouts personnels...).
LES LOISIRS»

ROMAIN ROLLAND
(1866-1945)

C'était un fort en thème. Brillant élève de l'Ecole Normale Supérieu­


re (Paris), agrégé d'histoire à 23 ans, il devint professeur d'histoire de l'Art
en Sorbonne. Replié en Suisse pendant la guerre de 1914 (il avait alors 48
ans), il obtint le prix Nobel de littérature en 1916. Son oeuvre la plus con­
nue raconte la vie de Jean-Christophe Krafft, pianiste virtuose, en qui l'auteur
a réincarné, croit-on, Beethoven. Humilié par une enfance misérable, Jean-
Christophe découvre le bonheur dans la musique. Nous assistons, dans le tex­
te choisi, aux premiers émois de l’enfant au clavier. Ses sentiments et ses
rêves sont si délicatement et si minutieusement notés qu'il peuvent faire devi­
ner ce que peut être la musique à ceux mêmes qui ne l'ont pas encore dé­
couverte.

4- PREMIERS EMOIS D'UN PIANISTE

Il est seul. Il ouvre le piano, il approche une


chaise, il se juche dessus; ses épaules arrivent à la
hauteur du clavier : c'est assez pour ce qu'il veut.
Pourquoi attend-il d'être seul ? Personne ne l'empêche-
5 rait de jouer, pourvu qu'il ne fasse pas trop de bruit.
Mais il a honte devant les autres, il n'ose pas. Et puis,
on cause, on remue; cela gâte le plaisir. C'est telle­
ment plus beau quand on est seul.

Il retient son soufflp, pour que ce soit plus silen-


10 cieux encore, et aussi parce qu'il est un peu ému,
comme s'il allait tirer un coup de canon. Le coeur lui
bat, en appuyant le doigt sur la touche; quelquefois il le
releve, après l'avoir enfoncé à moitié, pour le poser
sur une autre. Sait-on ce qui va sortir de celle-ci
15 plutôt que de celle-là ?

Tout a coup, le son monte : il y en a de profonds,


il y en a d'aigus, il y en a qui tintent, il y en a qui
grondent. L'enfant les écoute longuement, un à un,
diminuer et s'éteindre; ils se balancent comme les clo-
20 ches, lorsqu'on est dans les champs et que le vent les
apporte et les éloigné tour a tour; puis, quand on prête
LES LOISIRS 16

l'oreille, on entend dans le lointain d’autres voix dif­


férentes qui se mêlent et tournent, comme des vols
d insectes; elles ont l'air de vous appeler, de vous
25 attirer au loin. . . , loin. . . , de plus en plus loin, dans
des retraites mystérieuses où elles plongent et s'en
foncent. . „ Les voilà disparues ! Non, elles murmu­
rent encore... Un petit battement d'ailes... Que tout
cela est étrange î Ce sont comme des esprits.

30 Mais le plus beau de tout, c'est quand on met


deux doigts sur deux touches à la fois. Jamais on ne
sait au juste ce qui va se passer. Quelquefois, les
deux esprits sont ennemis . ils s'irritent, ils se
haussent, ils bourdonnent d'un air vexé; leur voix
35 s enfle, elle crie, tantôt avec colère, tantôt avec dou­
leur D'autres nous flattent; ils tâchent de nous
enjôler; mais on sent qu'ils ne demandent qu'à mordre,
et qu'ils ont la fièvre. Et d'autres fois encore, il y
a des notes qui s'aiment, les sons s'entrelacent,
40 comme on fait avec les bras quand on se baise; ils
sont gracieux et doux. Ce sont les bons esprits, ils
ont des figures souriantes et sans rides. Ils aiment
le petit Christophe, et le petit Christophe les aime; il
a les larmes aux yeux de les entendre, et il ne se
45 lasse pas de les rappeler. Us sont ses amis, ses
chers et tendres amis.

Romain Rolland, Jean-Christophe


L°Aube, p. 114. Ollendorff édit.

LE VOCABULAIRE

1- Quel est le sens des mots soulignés ?

2- Que remplacent respectivement celle-ci, celle-là (1.14-


15) ?

3- Enumérez tous les verbes qui, dans le texte, désignent


les différentes actions qu'accomplissent ou que semblent
accomplir les sons du piano.
LES LOISIRS 17

4- Quels noms remplacent les pronoms suivants : ils (L 19).


les (L 20), elles (L 24), üs (1 40), Us (1.41) ?

5- Distinguez les nuances exprimées par les adjectifs suivants:


gracieux, doux, bons (1.41), souriantes (1.42), chers et
tendres (L 46).

6- De quels substantifs sont respectivement dérivés ; pro­


fonds (L 16), aigus (1, 17) Quelles sont les différentes
significations de ces substantifs ? Précisez l'acception
où sont employés ici les adjectifs en les remplaçant cha­
cun par un synonyme approprié.

7- Quelle est la nature de comrae dans les expressions :


comme s-il allait (1.11), comme les cloches (L 19 20) ?

LA PHRASE,

1- Comment expliquez-vous l'emploi du subjonctif dans les


expressions : pourvu qu'il ne fasse (1. 5) ; pour que ce
soit (1 9) ?

2- Transcrivez au passé la fin du premier paragraphe à par­


tir de "Pourquoi attendait-il, . , "

3- Relevez toutes les propositions conjonctives circonstanciel­


les de temps.

4- Nature, forme et fonction des propositions de la phrase


"Le coeur lui bat. . . une autre. "

5- Transposez le premier paragraphe 'au style direct.

6- Relevez les tournures propres au style parlé et rempla-


cez-les par des tournures propres au style écrit.

7- Relevez dans le texte une proposition interrogative, une


exclamative et une interrogative indirecte et remplacez-
les respectivement par une affirmative, une interrogative
et une interrogative négative. . ,
LES LOISIRS 18

LA COMPOSITION.

1- Dégagez le plan du texte. Trouvez un titre exact pour


chacune de ses trois parties.

2- Par quelles comparaisons l'auteur traduit-il l'idée que le


jeune pianiste se fait des sons ?

3- Enumérez quelques-uns des sentiments du petit Christophe


pour la musique de son piano.

4- Combien de fois l'auteur emploie-t-il ; il y a ? c'est ?


(ou des formes approchantes) dans cette page ? Pourquoi
a-t-il choisi ces expressions pauvres ?

5- Remplacez le gérondif : en appuyant (1.12) par une tournu­


re a un mode personnel. Que remplace alors le pronom
que vous employez ? La phrase de l'auteur est-elle cor­
recte ?

6- Le son sort-il de la touche (1. 14) ?

7- La musique vous plaît-elle ? Comment écoutez-vous un


concert ?

LA REDACTION.

1- Exercices-éclair s.
a) Déc rivez en cinq lignes un piano (sans employer aucu­
ne comparaison);
b) Décrivez en trois lignes le clavier du piano en faisant
ressortir par une comparaison le contraste entre les
touches noires et les touches blanches;
c) Décrivez précisément mais le plus brièvement possi­
ble le petit Jean-Christophe juché sur son tabouret.
d) Décrivez le doigt du petit pianiste hésitant sur la
touche.
LES LOISIRS 19

2- Le grand'père de Jean-Christophe revient inopinément.


Décrivez la scène (la surprise du vieillard, la honte de
l'enfant). Le vieillard tente de s'expliquer la rougeur de
l'enfant; celui-ci essaie d'imaginer ce que pense son grand:
père. Décrivez leurs réactions et rapportez le court dia­
logue qui s'ensuit.

3- Vous imaginerez que Jean-Christophe joue d'un autre ins­


trument. Aura-t-il les mêmes émois ? Mais les sons
qu'il en tirera lui inspireront-ils d'autres rêves ?

4- Quelle fut votre premier e émotion d'art ? Quelle en fut


l'occasion (un concert ? un paysage ? un poème ? le son
des cloches, par exempl e ? une église ?). Décrivez ce
que vous avez senti.
L'AIR

EDMOND JALOUX
(1870-1949)

Membre de 1* Académie Française, Edmond Jaloux a d’abord été poète,


puis romancier et enfin critique littéraire. Il rédigeait aux Nouvelles politi-
ques et littéraires une rubrique : L’esprit des livres, très appréciée des lecteurs
Sa prose est belle, poétique, mais ses romans ne conviennent qu’à des lecteurs
adultes et avertis.

5- LA NAISSANCE DU VENT

La fenêtre ouverte sur l'espace nous permettait


d'assister a la naissance du vent; chaque chose devenait
un moule obscur ou il se formait en grand mystère et
d'ou il s'élançait, avec un long sifflement. Dans tout
5 arbre, il était tapi, à chaque carrefour, embusqué.
Parfois, il prenait son élan, sautait sur le monde, riant
et bousculant tout, puis il s'enfuyait, ne laissant rien
derrière lui, hors un sillage de poussière. Il allait
jusqu' a la mer et la fouaillait de ses fouets souples ;
10 elle hurlait et se tordait et lui crachait au visage pour
se venger. Mais elle ne l'atteignait jamais ; colosse
léger, il repartait à travers l'espace et soufflait sur
les étoiles pour les éteindre; elles vacillaient, puis
reprenant soudain leur force, dardaient sur nous leur
15 fléché de diamant. Un courant froid se répandait et
nous enlaçait soudain comme un premier lasso jeté par
l'hiver.

Edmond Jaloux,
Les Profondeurs de la Mer.
Plon, édit.
L'AIR ZI

LE VOCABULAIRE.

1- Expliquez les mots soulignés.

Z- Faites voir la justesse des expressions suivantes en mon­


trant leurs différences : tapi et embusqué (1.5); prendre
son élan et sauter (1. 6), parvenir et atteindre; répandre
et étendre; fouetter et fouailler.

3- Relevez, dans ce texte, les mots et les expressions qui


désignent les actions du vent.

4- Classez, suivant l'intensité du vent, les noms qui suivent:


brise, bourrasque, haleine, courant d'air, coup de vent,
bouffée, souffle, zéphyr.

5- Quel est le sens précis de tomber dans : le vent tombe,


ses cheveux tombent, la fièvre tombe, le soir tombe,
Noël tombe un jeudi, ça tombe bien 3 c'est ma fête ! ><
les bras m'en tombent.

6- Qualifiez par des épithètes ou par des compléments de


nom, le vent d'été, d'automne, d'hiver.

7- Trouvez cinq qualificatifs qui conviendraient bien au vent


décrit dans ce texte.

LA PHRASE ET SES ELEMENTS,.

1- Quelle est la fonction des pronoms : nous (1.1); tout (1.4);


rien (1.7); lui' (1.8); la (19); l'(l.lZ); les (1.13). Dites
aussi ce qu'ils représentent.

Z- Citez un complément d'adjectif, deux compléments de nom,


un nom jouant la fonction d'attribut du sujet, une apposi­
tion.

3- Dans la phrase : "Mais elle ne l'atteignait jamais,.."


(1. 11), quelle est la valeur des verbes à l'imparfait ?
Qu est-ce qu'ils expriment exactement ? Justifiez les
deux points et le point virgule. Montrez que chaque action
décrite est bien à sa place.
LrAIR 22

4- Etudiez les particularités de la phrase "Dans tout arbre. . . "


(1. 4-5): Indiquez le nombre de propositions, leur nature,
montrez la disposition des éléments et les effets produits.
Composez des phrases en mettant en relief les idées de
tapi et embusqué.

5- Pourquoi, dans la troisième phrase (1.6-8), l'A. conjugue-


t-il trois verbes au participe présent au lieu de l'impar­
fait ?

6- Etudiez les procédés de coordination dans la phrase :


"Il allait. . . " (1. 8).

LA COMPOSITION.

1- Par quels détails particuliers reconnaissez-vous que le


vent est personnifié ?

2- Quelles circonstances de lieu et de temps vous permettent


de bien situer cette scène ?

3- Quel ordre l'A. suit-il dans cette description ?

4- Expliquez comment la mer peut hurler, se tordre, cra­


cher au visage du vent.

5- Comment expliquer que chaque chose puisse devenir un


moule ou se forme le vent ? qu'il s'en élance avec un
sifflement (1.2-4) ?

6- Prouvez que ce. style est imagé.


L'AIR 23

REDACTIONS.

1- Un jour de grand vent, observez vous-même ce qui se


passe et décrivez ce que vous voyez, entendez, sentez :
effets du vent sur les jardins, les champs, les arbres,
l'eau, les maisons, les hommes. Décrivez bien comment
chaque être réagit sous l'action du vent, ce que vous
éprouvez vous-même.

2- Le vent a aussi, ses avantages. Décrivez-les en montrant


ce qui se passe les jours de grande chaleur. Premier
jour : absence de vent. Chacun est en quête du moindre
courant d'air. On crée du vent : un journal, un chapeau,
un éventail électrique, etc. Scènes pittoresques à imagi­
ner et à décrire.
Deuxième jour : même chaleur écrasante mais rendue sup­
portable par une douce brise. Décrire les gestes et les
attitudes des gens.

3- André reçoit en cadeau un petit avion qui s'élance dans les


airs comme un cerf-volant. Depuis deux jours, il attend
le moment de tenter l'expérience, car il ne vente pas du
tout ou pas assez fort. Impatience. Enfin, un vent favo­
rable lui permet de réaliser son rêve. La réussite est
parfaite. Décrivez la scène.

4- Qui a eu l'occasion de faire du bateau à voile peut décri­


re une excursion bien réussie ou ratée, une course.
L'AIR

ANTOINE DE SAINT-EXUPERY
(1899-1944)

Pilote de ligne en temps de paix, aviateur de reconnaissance durant la


guerre, Saint-Exupéry a disparu en juillet 1944. Il a raconté la vie passion­
nante des aviateurs et décrit le beau métier d’homme dans les livres que tous
les jeunes connaissent; (Courrier-Sud, 1929; Vol de nuit, 1931; Terre des hom-
mes, 1939; Pilote de guerre, 1942)- La leçon qu’il nous a donné par son oeu­
vre aussi bien que par sa vie est une leçpn de courage et d’énergie. Noufe allons
assister,à; ldenvol id'uni alvion, postalipi c’est son. dernier Jvoyageiit Iinva s'écraser
dans lè désert; pernis, emporte-les. dernières. i(nages.! de son pays.

6- LE DEPART DU COURRIER D'AFRIQUE

Toulouse, (l) 5h.45.

' Les roues puissantes écrasent les cales. Battue


par le vent de l'hélice, l'herbe jusqu'à vingt mètres en
arrière semble couler. Bernis, (2) d'un mouvement de
5 son poignet, déchaîne ou retient l'orage.

Le bruit s'enfle maintenant, dans les reprises


répétées, jusqu'à devenir un milieu dense, presque soli­
de, où le corps se trouve enfermé. Quand le pilote le
sent combler en lui quelque chose de jusqu'alors
10 inassouvi, il pense : c'est bien. Puis regarde le capot
noir appuyé sur le ciel, à contre-jour, en obusier.,
Derrière l'hélice, un paysage d'aube tremble.

Ayant roulé lentement, vent debout, il tire à lui


la manette des gaz. L'avion, happé par l'hélice, fonce.
15 Les premiers bonds sur l'air élastique s'amortissent et
le sol enfin paraît se tendre, luire sous les roues comme
une courroie. Ayant jugé l'air, d'abord impalpable puis

(1) Ville du sud de la France, située sur la Garonne.


(2) C'est le nom du pilote.
L'AIR

fluide, devenu maintenant solide, le pilote s'y appuie


et monte.

ZO Les arbres qui bordent la piste livrent l'horizon


et se dérobent. A deux cents mètres on se penche
encore sur une bergerie d'enfant, aux arbres posés
droit, aux maisons peintes, et les forêts gardent leur
épaisseur de fourrures : terre habitée. . .

25 Bernis cherche l'inclinaison du dos, la position


exacte du coude qui sont nécessaires à sa paix. Der­
rière lui, les nuages bas de Toulouse figurent le hall
sombre des gares. Maintenant, il résiste moins à
l'avion qui cherche à monter, laisse s'épanouir un peu
30 la force que sa main comprime. Il libère d'un mou­
vement de son poignet chaque vague qui le soulève et
se propage en lui comme une onde.

Dans cinq heures Alicante, (1) ce soir l'Afrique.


Bernis rêve... il lui semble naître avec le petit jour
35 qui monte, aider, ô matinal, à construire ce jour.
Il pense : "Je ne suis plus qu'un ouvrier, j'établis le
courrier d'Afrique." Et chaque jour, pour l'ouvriçr
qui commence à bâtir le monde, le monde commence.

Carcassonne, (2) escale de secours, sous lui


40 dérive.

Quel monde bien rangé aussi - 3,000 mètres. -


Rangé comrée dans sa boîte la bergerie. Maisons,
canaux, routes, jouets des hommes. Monde loti,
monde carrelé, où chaque champ touche sa haie, le
45 parc son mur. Monde en vitrine, trop exposé, trop
étalé, villes en ordre sur la carte roulée et qu'une
terre lente porte à lui avec la sûreté d'une marée.

(1) Port-situé sur la côte sud-est de l’Espagne.


(2) Vieille cité du Languedoc, au sud-est de la France.
L'AIR 26

Il songe qu'il est seul. Sur le cadran de l'alti­


mètre le soleil miroite. Un soleil lumineux et glacé.
50 Un coup de palonnier : le paysage entier dérive. Cette
lumière est minérale, ce sol apparaît minéral : ce qui
fait la douceur, le parfum, la faiblesse des choses
vivantes est aboli.

Et pourtant, sous la veste de cuir, une chair


55 tiède et fragile, Bernis.

A. de Saint-Exupéry,
Courrier Sud, dans les Oeuvres complètes,
éd. Gallimard, p. 14-15.

LE VOCABULAIRE.

1- Expliquez le sens des mots soulignés.

2- Quelle différence faites-vous entre une inclinaison (1.25) et


une inclination ? - entre comprimer (1.30) et compres­
ser ? - entre opprimer et oppresser ?

3- Quel est le sens de l'expression : à contre-jour (1.11) ?


Connaissez-vous d'autres expressions courantes où figure
le mot jour ?

4- Reconstituez la famille du mot : air.

5- L auteur parle d'un air élastique, impalpable, fluide, soli­


de. . . Donnez d'autres qualités possibles de l'air.

6- Relevez les expressions qu'emploie l'auteur pour désigner


le sol tel que le voit le pilote de l'avion.

7- Enumérez les parties extérieures d'un avion.

8- Pourquoi l'auteur dit-il que le capot de l'avion est incliné


en obusier (L 11) ?

9- Quel est le sens de l'expression : vent debout (1. 13) ?


L'AIR 27

LA PHRASE ET SES ELEMENTS.

1- Quelle est la fonction de : hélice (1.15), vague (1.31),


minérale (1.51) ?

2- Quelle est la nature et la fonction des mots suivants ;


y (1. 18) - qui (1.26) - lui (1.27) - ce qui (1.51) ?

3- Relevez tous les participes passés passifs employés dans


le texte.

4- -Complétez la dernière phrase en y ajoutant au moins un


verbe.

5- Relevez les phrases sans verbe. Pourquoi l'auteur en


emploie-t-il tant ?

6- Conjuguez : retenir, se pencher, s'épanouir à la troisiè­


me personne du pluriel des temps et modes suivants :
a) imparfait de l'indicatif, forme négative; b) futur
simple de l'indicatif, forme interrogative; c) plus-que-
parfait de l'indicatif, forme interrogative-négative;
d) subjonctif présent, passif.

LA COMPOSITION.

1- Distinguez les quatre parties principales de ce texte et


donnez-leur un titre.

2- Pourquoi l'auteur (et le pilote) comparent-ils le monde à


une bergerie d'enfant (1. 22 et 42) ?

3- Qu'y a-t-il de remarquable dans cette expression :


"Carcassonne... sous lui dérive" (1.39-40) ?

4- Pourquoi pense-t-il que le monde est "trop exposé, trop


étalé" ?

5- Quelle est d'après vous l'impression que veut nous commu­


niquer l'auteur par le contraste de la fin du texte ?
L'AIR 28

6- Pourquoi Bernis a-t-il raison de penser qu'il bâtit le mon­


de (1. 36-39) ?

REDACTIONS.

1- L'avion passe au-dessus de votre ville (ou de votre région)


Imaginez ce que voit le pilote, et ce qu'il pense.

2- Vous voyez passer l'avion (courrier postal ou autre).


Imaginez d'où il vient, où il va, les régions qu'il survo­
lera, les aventures qu'il connaîtra. (Il n'est pas néces­
saire qu'il lui arrive d'accident. ) Dites aussi quels
sentiments vous animent : peur, crainte de l'inconnu ou
au contraire attirance pour l'aventure, pour le voyage,
pour la promenade en plein ciel.

3- Vous vous êtes levé très tôt, avec peine probablement


mais vous y étiez obligé. Et soudain vous faites des dé­
couvertes : vous éprouvez des impressions jusqu'alors in­
connues, vous assistez à des spectacles insoupçonnés.
Décrivez ce que vous voyez et ce que vous ressentez.

4- Bernis vole depuis cinq heures. Il arrive au-dessus


d'Alicante. La Méditerranée, bleue ourlée d'écume, la
Murcie, ocre et "minérale", se déroulent sous lui. Dé­
crivez l'atterrissage du courrier d'Afrique.
L'HOMME

ARTHUR RIMBAUD
(1854-1891)

Perpétuel vagabond, le poète Rimbaud a vécu par monts et par vaux.


"Mon auberge était a la Grande-Ourse. " où l’on ne mange pas souvent
à sa faim Poète-enfant, il a écrit ses plus beaux vers au Collège, dès sa
seizième année. C’est qu'il vivait sans cesse comme en un "songe étrange"
qui le consolait de sa misère. Son oeuvre était achevée et sa vie racontée à
dix-neuf ans. Apres avoir erré sur les routes de France (il était né à Charle-
ville), il s’exila en 1873 et vécut sur les bords de la mer Rouge, en Malaisie,
en Extrême-Orient où il se livra au trafic de l'or et des armes... 11 revint
expirer en France, à l'âge de trente-sept ans, toujours seul, exemplaire Or­
phelin.

7- ORPHELINS SANS ETRENNES

Les petits sont tout seuls en la maison glacée.


Orphelins de quatre ans, voilà qu'en leur pensée
S'éveille, par degrés, un souvenir riant.
C'est comme un chapelet qu'on égrène en priant.
5 Ah, quel beau matin que ce matin des étrennes !
Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennes,
Dans quelque songe étrange où l'on voyait joujoux,
Bonbons habillés d'or, étincelants bijoux
Tourbillonner, danser dans une danse sonore,
10 Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore;
On s'éveillait matin, on se levait joyeux,
La lèvre affriandée, en se frottant les yeux;
On allait, les cheveux emmêlés sur la tête,
Les yeux tout rayonnants comme aux grands jours de fête
15 Et les petits pieds nus effleurant le plancher,
Aux portes des parents tout doucement toucher;
On entrait; puis, alors, les souhaits... en chemise,
Les baisers répétés, et la gaîté permise !

Ah, c'était si charmant, ces mots dits tant de fois. . .


20 Mais comme il est changé, le logis d'autrefois
Un grand feu pétillait clair dans la cheminée;
Toute la vieille chambre était illuminée,
Et les reflets vermeils, sortis du grand foyer,
Sur les meubles vernis aimaient à tournoyer;
L'HOMME 30

25 L'armoire était sans clefs, sans clefs la grande armoire


On regardait souvent sa porte brune et noire :
Sans clefs, c'était étrange; on rêvait bien des fois
Aux mystères dormant entre ses flancs de bois,
Et l'on croyait ou'îr, au fond de la serrure
30 Béante, un bruit lointain, vague et joyeux murmure. . .
- La chambre des parents est bien vide aujourd'hui l
Aucun reflet vermeil sous la porte n'a lui.
Il n'est point de parents, de foyer, de clefs prises;
Partant, point de baisers, point de douces surprises.
35 Oh, que le jour de l*An sera triste pour eux !
Et, tout pensifs, tandis que de leurs grands yeux bleus
Silencieusement tombe une larme amère,
Ils murmurent : "Quand donc reviendra notre mère ?"

Arthur Rimbaud,
Oeuvres.

LE VOCABULAIRE

1- Expliquez les mots soulignés.

2- Quel est le sens des expressions suivantes : souvenir riant


(v. 3); songe étrange (v. 7); étincelants bijoux (v. 8); danse
sonore (v. 9), lèvre affriandée (v. 12); bruit lointain (v. 30);
larme amère (v. 37) ? Vous montrerez surtout ce qu'ajoute
au nom l’adjectif qui lui est accolé. - Chacun de ces ad­
jectifs pourrait-il se placer indifféremment avant ou après
le nom qu'il qualifie ?

3- Quel est le sens de : bien (v. 31) ? de : partant (v. 34) ?

4- Analysez matin (v. 11).

5- Justifiez l'emploi du participe habillés (v,8); pourquoi


l'auteur n'a-t-i.1 pas écrit enveloppés, par exemple ?

6- Justifiez l'orthographe de rayonnants (v. 14),d'effleurant


(v. 15) et de dormant (v,28),
L'HOMME 31

7- Un souvenir peut-il être à la fois "vague et joyeux",


comme le prétend le poète (v. 30) ? Justifiez votre avis
personnel par un exemple.

LA PHRASE.

1- Relevez les phrases simples employées du v. 1 au v. 18.

2- Que désigne le pronom indéfini on (v. 4, 7, 11, 13, etc...)


Pourquoi le poète l'emploie-t-il à la place d'un pronom
personnel ?

3- Les vers 17 et 18 sont elliptiques. Pourquoi ? Reprenez


ce membre de phrase en le complétant grammaticalement.

4- Quelle est la fonction des propositions de la dernière phra­


se du texte (v. 35-38) ?

5- Relevez toutes les inversions employées dans le texte.

LA COMPOSITION.

1- Montrez comment le poète a su exprimer le travail pro­


gressif de la mémoire des orphelins. Il l'affirme au v. 3
(par degrés) mais comment le décrit-il (v.5-30) ? La na­
ture des phrases ne contribue-t-elle pas aussi à cet effet ?

2- Quelles expressions suggèrent la joie qu'éprouvaient autre­


fois les enfants ? Par quels détails se traduit leur impa­
tience ? leur crainte de voir s'envoler leurs rêves ?

3- Pouvez-vous imaginer "ces mots dits tant de fois" (v. 19) ?

4- Pourquoi le poète emploie-t-il une répétition au v. 25 ?

5- Expliquez le v. 26.
jfï

L'HOMME

Quels sont les mots et expressions par lesquels le poète


décrit le logis d'aujourd'hui ? les orphelins ?

7- Chacun des détails que vous venez de dégager s'oppose à


un détail décrivant le logis d'autrefois, les enfants heureux
et gâtés. Retrouvez ces contrastes.

8- Que regrettent en définitive ces orphelins ?

LA REDACTION.
REDACTION

1- Exercices- éclairs.
Exercices-éclair s.
a) Trouvez une autre comparaison à la place du v. 4.
b) Décrivez en trois lignes les orphelins.. .
c) La clef de l'armoire aux mystères. . .
d) Décrivez en cinq lignes la chambre des orphelins en
choisissant les détails qui montrent que ni l'oeil ni la
main de la maman ne sont là pour veiller à l'entretien,
à l'ordre. . .

2- Vous imaginerez le dialogue qui suit le murmure final du


poème. Chacun des orphelins exprimera un détail de la
scène et tous, à voix haute, évoqueront le rêve que le
poète leur a prêté. Que décideront-ils pour fêter digne­
ment ce jour de l'An ?

3- Papa et Maman sont seuls aujourd'hui : leurs enfants sont


absents (en pension, disparus). Ils décrivent le dernier
Noël, évoquent chacun de leurs enfants, rappellent les cris
de joie, les baisers, les cadeaux. . .

4- La maman du petit Paul est à l'hôpital. Et c'est Noël...


Vos parents ont hébergé le garçonnet : émerveillé, celui-ci
trouve, sous l'arbre, des cadeaux qui lui sont adressés.
Décrivez la découverte, L'enfant heureux, détendu, saute
et rit; il saute au cou de votre maman qui en a les larmes
aux yeux.
L'HOMME

RENE BAZIN,
(1853-1932)

C’était un avocat, professeur à l’Université catholique d’Angers. Membre


de l'Académie Française, il a enrichi la littérature française de romans qui
ont fait et feront encore les délices des élèves de tout âge. Sa langue est
simple et pure, ses idées hautement inspirées par l’amour de la France et par
son catholicisme sincère et éclairé. Tous liront avec plaisir et émotion :
Une tache d’encre, Les Oberlé, Le Blé qui lève, La Terre qui meurt, Magni­
ficat.

8- BONNE PERRETTE

Elle était rude, bonne Perrette, et maigre, et


sèche comme un clou. Elle portait la coiffe (1) à deux
ailes tuyautées des paysannes de la Loire.

Cela ne rendait pas plus jolis son visage anguleux,


5 son nez pointu, ses lèvres qu'ombrageait une assez forte
moustache. Mais qu'importait ? Bonne Perrette n'avait
jamais été coquette que pour nous. Nous ne la trouvions
pas laide, parce qu'elle nous aimait. Nous la trouvions
seulement vieille, et nous supposions même qu'elle
10 l'avait toujours été, car bonne Perrette ne changeait pas.
Si loin que remontent ses souvenirs, je la revois au
même âge, ou du irvoins avec les mêmes cheveux gris,
les mêmes yeux noirs, un peu ridés aux angles, qui ne
pensaient qu'à nous et qui ne pouvaient, je crois, penser
15 à autre chose. Elle nous avait tous élevés. En récom­
pense, nous la tutoyions.

Personne n'a mieux su ranger une armoire, plier


un vêtement d'enfant sur une chaise, ou surveiller une

(1) Coiffe : coiffure féminine en tissu, portée autrefois par toutes les femmes et aujourd’hui
dans certaines campagnes d’Europe ou l’on conserve les costumes anciens. La coiffe varie
d’une province a l'autre et même d’un village à l’autre. Celle de la Loire, province de
France, est empesée, formée de deux ailes roulées et allongées qui ressemblent à des tuyaux.
L'HOMME 34

partie de loup caché. (1) Sa propreté était minutieuse.


ZO Une tache lui faisait horreur, bien plus qu'à nous, hé­
las ! et j'entends encore les soupirs qu'elle poussait,
lorsque, ayant glissé sur l'herbe, dans le grand élan
du jeu, nous revenions avec des genouillères vertes
sur un pantalon gris. - Ma petite Perrette, lui disions-
25 nous, ne le dis pas, tu nous ferais gronder. - Et,
tard dans la nuit, pendant que nous dormions, Perrette
étudiait les effets du bois de Panama, inventait des
lotions, frottait, étendait devant un feu discret, sur­
veillé comme nous, nos culottes compromises.

René Bazin,
Contes de la Bonne Perrette.
Calman-Lévy, édit.

LE VOCABULAIRE.

1- Expliquez, dans leur contexte, les mots : sèche (1.2),


anguleux (1.4) et minutieuse (1.19). Donnez à chacun un
antonyme et un synonyme.

2- Quand faut-il dire arranger, ranger ?

3- Remplacez par un ou deux synonymes les mots suivants,


pris au sens du contexte. Donnez ensuite à chacun un
antonyme. Changeait, rude, remontent, faisait horreur,
gronder, feu discret.

4- Rangez les mots ou expressions qui décrivent le portrait


physique de Bonne Perrette.

5- Comment une si brave fille peut-elle être rude ?

6- Qu'est-ce que : avoir un rude appétit ? essuyer une rude


tempête ? une rude épreuve ? une saison rude ? un ordre
rude ? rencontrer un rude adversaire ?

(1) Partie de loup caché : jeu d'enfant qui ressemble à notre jeu de cache-cache.
L'HOMME 35

7- Enumérez les services qu'une Bonne Perrette d'aujourd'hui


peut rendre aux parents, aux enfants.

LA PHRASE ET SES ELEMENTS.

1- Conjuguez les verbes tutoyer, revoir et pouvoir : aux 3


pers. du sing, du futur simple, aux 3 pers. du pluriel du
cond. présent, aux 3 pers. du sing, du passé simple.

2- Indiquez la nature et la fonction de "qu1 " dans "qu'om­


brageait. .. " (1.5). Quelle est la fonction de cette propo­
sition ? Quelle est la fonction de l'expression "une forte
moustache" (1.5-6) ?

3- Donnez la nature et la fonction des propositions subordon­


nées dans les deux phrases : "Nous la trouvions..." (1. 8)
et "Si loin que. . . " (1. 11). Indiquez, ici, la fonction de
souvenirs.

4- Justifiez l'orthographe de jolis (1.4).

5- Expliquez les métaphores suivantes : tuyautées (1.3), om­


brageait (1.5), feu discret (1.28), culottes compromises
(1-29).

6- Employez les verbes suivants dans deux phrases où ils se­


ront pris dans des sens différents : ranger, pousser, gron­
der, dormir.
Ex.: Je range mes livres; Paul ne se rangera (s'améliore­
ra) jamais.

7- Montrez que dans la dernière phrase les verbes expriment


l'un, une action simultanée, les autres, des actions suc­
cessives.

8- Expliquez la comparaison de la fin : "surveillé comme


nous".
L'HOMME 36

LA COMPOSITION.

1- Résumez par un mot, une expression ou une phrase très


brève, les idées exprimées dans chaque paragraphe.

2- Bonne Perrette est-elle jolie ? L'auteur ne dit pas


qu'elle est laide. Pourquoi ? Mettez en regard des
traits décrits par R. Bazin, des détails qui en feraient
un plus beau portrait.

3- Quel est le caractère de Bonne Perrette ? Pourquoi est-


elle si sympathique ?

4- Comment Bonne Perrette peut-elle accepter comme une


récompense d'être tutoyée ?

5- Comment aurait pu agir une "méchante" Perrette quand


les enfants revenaient les habits tachés ou déchirés ?

6- Par quels procédés l'A. réussit-il à peindre les qualités


morales de Bonne Perrette.

7- Prouvez qu'il y a de l'ordre dans ce portrait et montrez


qu'il y a une certaine gradation jusqu'à la fin.

REDACTIONS.

1- Décrivez une Perrette tout opposée à celle de R.' Bazin.


Elle est jolie, mais dure, impatiente, coléreuse, négligente
sans affection et sans dévouement pour les enfants. Choisis
sez, comme l'A., des faits, des incidents, qui font ressor­
tir le caractère de ce personnage peu sympathique.
N. B. Evitez toute exagération, les détails choquants, trop
réalistes.

2- Vous avez peut-être, dans votre famille, une personne qui


vous choie, vous gâte même, que vos parents accusent de
trop d'indulgence . une vieille tante, un oncle, des grands
parents. Faites-en le portrait, à la manière de Bazin.
Portrait physique et moral.
L'HOMME 37

3- Parmi vos camarades, il s’en trouve un qui est affecté


d'un vilain défaut : la vanité, le mensonge ou la colère.
Montrez-le, dans sa famille, en classe, en recréation.
Terminez en exposant les dangers et les inconvénients de
ce défaut.

N. B. C'est par des gestes, des attitudes, des actions,


que vous devez peindre ce personnage. Observez
soigneusement celui que vous voulez décrire. Faites
l'inventaire du vocabulaire à employer. Choisissez
des faits précis qui le feront bien connaître.

4- Les deux frères - Paul et André se ressemblent sur plus


d'un point : d'apparence distinguée, s'exprimant en un bon
langage, soigneux dans leur tenue. Mais autant Paul est
spontané, franc, loyal, paisible, autant André est renfermé,
hypocrite, menteur, brouillon. Esquissez leur portrait en
montrant les conséquences de leur caractère.

5- Faites le portrait d'une fillette qui veut attirer l'attention


par sa mise, sa recherche de la toilette, de la parure; ou
d'un camarade fier de sa personne, de ses cheveux, de
ses habits, etc., aux manières affectées.

6- Imaginez une scène de famille ou de la vie scolaire qui


fasse ressortir la bonté, le dévouement, l'indulgence, la
générosité d'un personnage oncle, tante, grands-parents,
maître, camarade.

N. B. Il ne s'agit pas, ici, d'un portrait proprement dit,


mais de scènes qui prouvent telle ou telle qualité.
L'EAU

MGR FELIX-ANTOINE SAVARD

Ancien éleve et ancien professeur du Séminaire de Chicqutimi, doyen de


la Faculté des Lettres de l'Université Laval, Mgr Savard s'est penché avec
amour sur les paysans de son pays, colons et pêcheurs. Il étudie soigneuse­
ment leur langue et leurs coutumes, décrit ses héros en leur prêtant des senti­
ments élevés puisés au contact d’une nature sauvage mais grandiose, sévère
mais généreuse. Son style est raffiné, riche d’images inspirées de la nature et
des moeurs canadiennes. Menaud ibattre draveur, L'Abatis, La Minuit l’ont
déjà rangé parmi les grands écrivains de notre époque. Son style est certaine­
ment l’un des meilleurs de la littérature canadienne-française

9- L'EAU MEURTRIERE

C’était le temps de la drave. Le bois des chantiers descendait


si pressé qu’il pavait presque la rivière. Un embâcle s’était
formé. Les piqueurs essayaient avec leurs gaffes de le disloquer.
Joson surtout faisait merveille... Soudain, sous les yeux de
Menaud, son pere, il est emporté par les flots,

1. Une clameur s'éleva !


Tous les hommes et toutes les gaffes se figèrent,
immobiles. . . Ainsi les longues quenouilles sèches avant
le frisson glacé de l'automne.
5 Joson, sur la queue de l'embâcle, ( 1) était em­
porté, là-bas.,.
Il n'avait pu sauter à temps.
Menaud se leva, glacé. Devant lui hurlait la
rivière en bête qui veut tuer.
10 II ne put qu'étreindre du regard l'enfant qui s'en
allait, contre lequel tout se levait haineusement pareil
a des loups quand ils cernent le chevreuil enneigé.
Cela s'agriffait, plongeait, remontait dans le
culbutis (Z) meurtrier. . .

(1) Embâcle : sens pr. : amoncellement de glace dans une riviere. Désigne ici l'amon­
cellement de billes de bois qui bloquent le courant.
(2) Culbutis : amas de choses culbutées, en désordre.
L'EAU

15 Puis tout disparut dans les gueules du torrent en-


gloutisseur. . .
Menaud fit quelques pas en arrière; et, comme
un boeuf qu'on assomme, s'écroula, le visage dans le
noir des mousses froides.

20 2. Alexis, lui, n'avait écouté que son coeur.


Il s'était précipité dans le remous au bord duquel avait
calé Josoft.
Là, il se mit à tâtonner à travers les longues
écorces qui tournaient comme des varechs, (1) à lutter
25 de désespoir contre l'eau dont la moulange (2) broyait
le cadavre au fond sur les galets, (3) à battre de ses
bras fraternels, à l'aveuglette, vers des formes étran­
ges qui semblaient des signes de formes humaines.
Et quand le remous lui serrait à mourir le coeur
30 dans l'eau de glace, il remontait respirer, crachait
l'eau, puis replongeait encore, acharné, dans la fosse
sépulcrale presque fermée par les linceuls de l'ombre.
Et les autres, muets, avaient leurs regards pi­
qués sur l'eau noire entre les écumes qui tressaient
35 déjà des couronnes funèbres.
Non, personne autre que lui n'aurait fait cela;
car, c'était terrible ! terrible ',

3. A la fin, d'épuisement, il saisit la gaffe


qu'on lui tendait, remonta de peine en se traînant sur
40 les genoux, se dressa dans le ruissellement de ses
loques, anéanti, les yeux fous, les lèvres blanches,
les bras vides„ ..
A peine murmura-t-il quelque chose que l'on ne
comprit pas; puis, il prit sa course vers les tentes et
45 se roula dans le suaire glacé de son chagrin.

Félix-Antoine Savard,
Menaud, rnaitre draveur. Garneau éd. , Québec-

(1) Varech •: plantes marines que les vagues rejettent sur les côtes. De forme allongée,
d’un rouge noirâtre, le varech ressemble à des écorces.
(2) Moulange (canadianisme) : meule à moudre le grain. Employé ici par analogie avec
les glaces qui broient le corps sur les galets.
(3) Galets : diminutif d"un mot d’origine irlandaise, gall, pierre, rocher. Les galets forment
souvent des amas dans le lit des rivières.
L'EAU 40

LE VOCABULAIRE.

1- En quel sens l'A. emploie-t-il les mots gaffes (1.2),


remous (1.21), sépulcrale (1.32), linceul (1.32), anéanti
(1.41) ? Ces mots ont d'autres sens que vous emploierez
dans une phrase ou une périphrase.

2- Quel est le sens des préfixes dans immobile (1.3), et


s'agriff er (1. 13) ? Donnez des mots de la même famille.

3- Quels sont les mots et les expressions qui évoquent l'idée


de mort ?

4- Que signifie "le ruissellement de ses loques" (1.40-41) ?


Que pensez-vous de cette expression ? Donnez les syno­
nymes de loques.

5- Relevez les termes et les expressions qui se rapportent


aux sens du toucher et de l'ou'üe.

6- Trouvez une épithète et un verbe qui se répètent, ici,


trois fois, Remplacez ces termes par des synonymes si
c'est possible.

7- Citez cinq mots du premier parag. qui prêtent la vie à


des êtres inanimés.

8- Reconstituez la famille du mot temps. Donnez le sens des


expressions : avoir le temps, passer le temps, perdre son
temps, tuer le temps, mesure à deux temps, à temps, tout
vient à temps. Employez ces expressions dans une phrase
qui en précise le sens.

LA PHRASE ET SES ELEMENTS.

1- Citez trois adjectifs de ce texte indiquant le nombre; rele­


vez les dix premiers adjectifs qualificatifs en précisant
leur fonction.
2- N'avait pu sauter (1.7), ne put qu'étreindre (1,10), n'avait
écouté (1.20), ne comprit pas (1.43-44), sont des adverbes
ou locutions adverbiales de négation. Prouvez qu'ils n'ont
pas tous la même valeur de négation et composez quelques
phrases sur le même modèle.

3- Presque (1.32) est un adverbe de manière qui indique en


même temps le degré de signification de l'adjectif. Citez,
par ordre de gradation, les autres adverbes qui marque­
raient les différents degrés de ce même adjectif.

4- Citez un adjectif employé avec le sens d'un nom. Donnez


d'autres exemples tirés du langage courant.

5- Etudiez les comparaisons du premier parag. et les méta­


phores du 2e.

6- Comme procédés dsexpression, pour produire de l'effet, l'A,


recourt à l'apposition, à l'accumulation. Citez quelques
exemples et composez des phrases sur le même modèle.

7- Sur le modèle des premières phrases, jusqusà "Menaud"


(1.7), décrivez une scène tragique, imaginée ou vécue.

8- Prouvez que la phrase de l'A. est généralement simple,


toujours claire et très imagée.

COMPOSITION

1- Résumez en une phrase brève, une expression, un mot si


possible, les idées de chaque paragraphe,

2- De quelle façon l'A. décrit-il la douleur de Menaud et le


courage d'Alexis ?

3- Par quels procédés l'A. réussit-il à donner de la rapidité


à la scène qu'il décrit ?

4- L'A. interrompt parfois sa description pour exprimer ses


propres sentiments. Quels sont-ils ?
L'EAU 42

5- Montrez que cette scène est bien canadienne par le milieu


décrit, les images employées, le vocabulaire.

6- Qu'est-ce qui donne à cette description de scène un intérêt


si poignant ?

REDACTIONS.

1- Quinze jours plus tard, à la veillée, Alexis raconte, avec


beaucoup d'émotion mais avec calme, la mort de Joson.
Faites-le parler.

2- En sortant de l'école, un enfant risque d'être écrasé par


un camion. Décrivez la scène.

3- Décrivez la même scène que celle que l'A. mais en suppo­


sant qu'Alexis réussisse à sauver Joson.

4- Deux enfants se baignent près d'un courant très fort qui


conduit à un barrage. L'un d'eux s'éloigne trop; il est
emporté, lutte en vain, appelle au secours. L'autre res­
te impuissant, cloué sur place. Il crie à son tour. Un
passant se jette à l'eau tout habillé, ramène la victime,
saine et sauve, sur le rivage.

Diviser le travail en quatre tableaux d'inégale longueur :


les ébats des deux baigneurs (très court); l'accident, le
sauvetage (parties principales); après l'accident (court).

5- Imaginez une excursion en chaloupe à moteur. Au milieu


du lac, le vent s'élève, le moteur arrête. Panique des
passagers. Fin de l'excursion.
L'EAU

JEAN-JACQUES ROUSSEAU
(1712-1778)

Jean-Jacques Rousseau est l’un des plus grands écrivains français du


XVIIIe siècle. Son extrême sensibilité, son enthousiasme cpmmunicatif, la
facilité avec laquelle il se met en scène sans honte et souvent sans mpdestie,
en font l'un des écrivains les plus éloquents et les plus séduisants. Il enchan­
ta ses contemporains par sa prose musicale, les impressions vives qu’elle tra­
duit, les tableaux pittoresques qu’elle peint, les personnages émouvants qu’elle
fait parler. L’art de Jean-Jacques Rousseau est tel qu’il peut émouvoir pro­
fondément son lecteur par la seule suggestion d’un état d'âme assez banal
mais auquel les artifices du peintre confèrent un charme qui le transforme en
découverte. C’est ainsi qu'il faudrait expliquer par exemple l’Impression pro­
duite par cette confidence.

10- REVERIES D"UN PROMENEUR SOLITAIRE (1)

J'ai toujours aimé l'eau passionnément, et sa vue


me jette dans une rêverie délicieuse, quoique souvent
sans objet déterminé. Je ne manquais point à mon le­
ver, lorsqu'il faisait beau, de courir sur la terrasse
5 humer l'air salubre et frais du matin, et planer des
yeux sur l'horizon de ce beau lac, (2) dont les rives et
les montagnes qui le bordent enchantaient ma vue. . .

... Souvent, quand l'air était calme, j'allais im­


médiatement en sortant de table me jeter seul dans un
10 petit bateau, que le receveur m'avait appris à mener
avec une seule rame; je m'avançais en pleine eau. Le
moment où je dérivais me donnait une joie qui allait
jusqu'au tressaillement, et dont il m'est impossible de
dire ni de bien comprendre la cause, si ce n'était peut-
15 être une félicitation secrète d'être en cet état hors de

(1) Nous empruntons pour ce fragment le titre é'une autre oeuvre de Jean-Jacques Rousseau.
(2) Le lac de Bienne, à l’ouest de la Suisse, près de Neufchâtel. Jean-Jacques habitait alors
dans llle Saint-Pierre.
L'EAU 44

l'atteinte des méchants. J'errais ensuite seul dans ce


lac, approchant quelquefois du rivage, mais n'y abor­
dant jamais. Souvent laissant aller mon bateau à la
merci de l'air et de l'eau, je me livrais à des rêve-
20 ries sans objet, et qui, pour être stupides, n'en étaient
pas moins douces... Je m'éloignais ainsi jusqu'à une
demi-lieue de terre, j'aurais voulu que ce lac eût été
l'océan. Cependant, pour complaire à mon pauvre
chien, qui n'aimait pas autant que moi de si longues
25 stations sur l'eau, je suivais d'ordinaire un but de
promenades; c'était d'aller débarquer à la petite île,
de m'y promener une heure ou deux, ou de m'étendre
au sommet du tertre sur le gazon, pour m'assouvir
du plaisir d'admirer ce lac et ses environs, pour
30 examiner et disséquer toutes les herbes qui se trou­
vaient à ma portée, et pour me bâtir, comme un autre
Robinson, une demeure imaginaire dans cette petite
île.

Jean-Jacques Rousseau,
Confessions, II, 12.

LE VOCABULAIRE.

1- Quel est le sens des mots soulignés ?

2- Donnez un synonyme et un antonyme de : salubre (1.5).

3- Pourquoi Jean-Jacques Rousseau se jetait -il dans un petit


bateau ? Est-il correct de dire ; suivre un but (1. 25) ?

4- Pourquoi l'auteur se promène-t-il dans ce lac ?

5- Reconstituez la famille de : eau - disséquer.

6- Quelles différences faites-vous entre un lac, un étang,


une mare ?

7- Citez une vingta


Citez une dizain
verse s de l'eau.
L EAU 45

LA PHRASE ET SES ELEMENTS.

1- Relevez les adjectifs employés ici au comparatif ou au


superlatif.

2- Quelle est la nature, la fonction des adjectifs non qualifi­


catifs employés dans la dernière phrase du texte ?

3- Trouvez la fonction des adverbes suivants : souvent (L 2),


souvent (1.8), souvent (1.18), cependant (1.23), autant que
(1.24).

4- Trouvez la fonction de chacun des infinitifs employés dans


le texte.

5- Remplacez "en sortant de table" par une forme verbale


équivalente.

6- A quel temps et à quel mode sont conjugués chacun des


verbes suivants : bordent (1.7), avait appris (1. 10), aurais
voulu (1.22), eût été (1.22) ?

7- Quelle est la forme, la nature et la fonction des proposi­


tions de la phrase : "Le moment oq. . . des méchants"
(L 11-16) ?

8- Remplacez chacune des tournures suivantes par une tour­


nure équivalente : "pour être stupides, n'en étaient pas
moins. . . " (L 20-21) - " si ce n'était peut-être. . . "
(1. 14-15).

LA COMPOSITION.

1- Le second paragraphe se divise en deux parties bien


distinctes. Lesquelles ? Intitulez chacune d'elles.

2- Faites ressortir la progression que marque chaque phrase


de la première partie de ce paragraphe.
L'EAU 46

3- Pourriez-vous imaginer la cause de la joie qu'avoue l'au­


teur (1.12-13) ? La nature (lac, forêt ou autre paysage)
vous a-t-elle déjà réservé "une joie qui allait jusqu'au
tressaillement" ?

4- Quels sont, d'après vous, les méchants dont l'auteur fuyait


l'atteinte ?

5- Imaginez-vous pourquoi l'auteur aurait voulu que ce lac


eût été l'océan (1. 22-23) ?

6- Que savez-vous de Robinson ?

LA REDACTION.

1- Exercices-éclairs.
a) Décrivez en quatre ou cinq lignes :
- le lever du soleil sur un lac, sans vous servir
d'aucune couleur.
- le coucher du soleil sur ce lac, en faisant ressortir
principalement la progression du silence.
b) Décrivez en huit lignes la barque de Jean-Jacques
Rousseau, le soir, à l'ancre. Les détails choisis
devront nécessairement faire reconnaître qu'il s'agit
bien de la barque désignée.

2- Le chien de Jean-Jacques Rousseau raconte ses promena­


des aventureuses sur le lac de Bienne. Il rappelle la hâte
du départ, les faits et gestes de son maître, le silence
torpide de ses rêveries. Il énumère ses protestations
(un chien ne parle pas; il proteste comme il sait). Il nar­
re son triomphe: le débarquement dans l'île, les promena­
des dans les prés en fleurs. . .

L'exercice propose plusieurs difficultés : le récit de Jean-


Jacques Rousseau devra ici être repris sans qu'on n'oublie
jamais que c'est le chien qui évoque ses souvenirs (chan­
gement d'optique) - la scène de la rêverie devra être re­
prise aussi, mais par l'extérieur, vue par un spectateur
L'EAU 47

mécontent - les promenades sur l'tle au contraire devront


être racontées avec enthousiasme. . .
Il n'est pas nécessaire de ramener les promeneurs chez
eux pour conclure.

3- Racontez une de vos promenades en barque


Pas.d'accident. Pas de noyade, de naufrage, etc... Pas
de longs préparatifs non plus. L'essentiel n'est pas de
décrire le lac, la barque, ou les rivages : insister sur
l'état d'âme du promeneur. Les descriptions des actions
et du cadre devront être écourtées et rigoureusement
choisies pour traduire la joie, l'allégresse ou au contraire
la crainte. . .

4- Imaginez un récit (narration ou description), sur le thème:


"Plaisirs de l'eau".
On fournit ici la seule idée directrice. La matière relève
du choix de chacun. Quel que soit le récit, il conviendra
de ne jamais quitter des yeux l'idée directrice. Tout y
sera choisi en fonction de l'effet à traduire.

5- Les Robinsons modernes. Vous avez décidé de construire


une cabane sur une île, avec deux ou trois compagnons.
Qu'imaginiez-vous ? Décrivez la construction de la caba­
ne. A quelles attaques (imaginaires ou non) avez-vous dû
faire face ensuite ? Racontez vos journées.
LES ANIMAUX

EDMOND ROSTAND
(1868-1918)

S'il est célèbre comme auteur dramatique (Cyrano de Bergerac, rAiglon),


Edmond Rostand fut aussi le poète ingénieux et facile des Musarcjises, un re­
cueil qu'il publia a 22 ans. Le texte choisi est moins remarquable par la
beauté du vers que par la richesse et la précision du vocabulaire, l'attendris­
sement du ton et la clarté de la composition.

11- LE PETIT CHAT

C'est un petit chat noir effronté comme un page.


Je le laisse jouer sur ma table souvent.
Quelquefois il s'assied sans faire de tapage;
On dirait un joli presse-papier vivant.
5 - Rien en lui, pas un poil de sa toison (1) ne bouge;
Longtemps il reste là, noir sur un feuillet blanc,
A ces minets tirant leur langue de drap rouge,
Qu'on fait pour essuyer les plumes, ressemblant.
- Quand il s'amuse, il est extrêmement comique,
10 Pataud (2) et gracieux, tel un ourson drôlet.
Souvent je m'accroupis, pour suivre sa mimique,
Quand on met devant lui la soucoupe de lait.
- Tout d'abord de son nez délicat il le flaire,
Le frôle, puis, à coups de langue très petits,
15 II le lampe; et dès lprs il est à son affaire,
Et l'on entend, pendant qu'il boit, un clapotis. (3)
- Il boit, bougeant la queue, et sans faire une pause,
Et ne relève enfin son joli museau plat
Que lorsqu'il a passé sa langue rêche (4) et rose

(1) Toison : fourrure. Au sens propre, fourrure de mouton, pelage laineux de certains animaux
mammifères, La Toison d'or : fameuse toison gardée par un dragon et conquise par Jason et
les Argonautes, Conquérir la toison d’or, c’est atteindre un but difficile.
(2) Pataud : rondelet, potelé, gros, lourd et maladroit, Employé comme nom, désigne un jeune
chien qui a de grosses pattes.
(3) Clapotis : bruit d’une surface liquide légèrement agitée, bruit de vaguelettes qui s’entre­
choquent. Quand le chat boit, il agite le lait de sa soucoupe et produit un clapotis. Déri­
vés : clapoter, clapotage, clapotement.
(4) Rêche : rude, âpre au toucher.
LES ANIMAUX 49

20 Partout, bien proprement débarbouillé le plat,


- Alors, il se pourléche un moment les moustaches,
Avec l'air étonné d'avoir déjà fini,
Et comme il s'aperçoit qu'il s'est fait quelques taches
Il relustre avec soin son pelage terni.
25 - Ses yeux jaunes et bleus sont comme deux agates; (1)
Il les ferme à demi, parfois en reniflant,
Se renverse, ayant pris son museau dans ses pattes,
Avec des airs de tigre étendu sur le flanc.

Edmond Rostand,
Les Musardises. Fasquelle, éd.

LE VOCABULAIRE.

1- Expliquez les mots soulignés.

2- Quelle différence faites-vous entre les verbes suivants :


s'abreuver, laper, lamper, trinquer, toaster ?

3- Quels sont les adjectifs dérivés de tapage, poil, lait,


museau, langue, moustache, pelage, flanc ?

4- Groupez les mots et expressions qui, dans le texte, relè­


vent respectivement de la vue, de l'ou'îe, de l'odorat, du
toucher. Indiquez plusieurs nuances de : noir, blanc,
rouge.

5- Quel est le sens des suffixes dans : feuillet, ourson, drcL


let, proprement. Donnez-en un à table, langue et plat,
en ajoutant un complément qui précise le sens des mots
ainsi formés.

6- Si le clapotis convient proprement aux vagues, à quoi con­


viennent le crépitement, le sifflement, le froissement, le
cliquetis, le grincement, le fracas, le grondement, le
ronron ?

(1) Agates : pierres précieuses translucides, légèrement teintées, froides et dures.


LES ANIMAUX 50

7- Le préfixe de implique l'idée d'enlèvement, de suppression,


Prouvez-le à l'aide des mots suivants : débarbouiller,
desceller, décortiquer, défrayer, déloger.

8- Reconstituez la famille des mots : noir (v.6) et lait (v. 12).

9- Donnez deux synonymes et deux antonymes de : tapage (v. 3),


bouger (v. 5), comique (v.9)-

10- Observez soigneusement un chat et énumérez les verbes et


les expressions verbales qui serviraient particulièrement à
le décrire.

LA PHRASE ET SES ELEMENTS.

1- Quels sont les adjectifs qui jouent ici la fonction d'attribut,


d'apposition. Citez les compléments d'adjectif. Comment
exprime-t-on les degrés de signification de petit.-

2- Indiquez la nature et la fonction des adverbes et des locu­


tions adverbiales employés dans ce texte.

3- Employez les adverbes souvent, parfois, partout, avec des


compléments différents.

4- Citez et expliquez les comparaisons employées dans le


texte. De quelles façons sont-elles introduites ? Il y a
bien d'autres manières d'amener une comparaison. Citez
celles que vous connaissez en les employant dans une
phrase.

5- Remplacez l'expression "sans faire de tapage" (v. 3) par


d'autres tournures exprimant la même idée.

6- Pourquoi le verbe est-il au singulier, malgré les deux su­


jets, dans "Rien en lui, pas un poil., .ne bouge" ? Décri­
vez de la même manière, un lac calme, un ciel sans nua­
ge, un enfant endormi.
LES ANIMAUX 51

7- "Il le flaire (v. 13), le frôle (v. 14), le lampe" (v. 15), trois
verbes qui décrivent des actions successives. Sur ce mo­
dèle, décrivez un canot qui avance sur les vagues, un pa­
pillon qui se pose sur une fleur, l'arrivée d'un train.

8- Au 17e vers, que remplacent l'infinitif et le participe ?


Composez des phrases sur ce modèle.

9- Citez des proverbes ou des expressions populaires à pro­


pos du chat.

LA COMPOSITION.

1- Quel titre donneriez-vous à ce morceau s'il commençait à


"Souvent je m'accroupis", et finissait à "Ses yeux jaunes"?
Qu'est-ce que décrit l'A. dans ces vers ? Divisez cet ex­
trait en trois parties distinctes.

2- Que décrivent les dix premiers vers ?

3- Notez les détails qui font le mieux voir le petit chat.

4- Quelles sont les qualités du chat de l'A. ?

5- Il y a plusieurs manières de commencer le portrait d'un


chat. Donnez-en quelques-unes.

6- Quelle impression l'A. cherche-t-il à produire en décrivant


son chat ? Quels procédés emploie-t-il à cette fin ?

7- Enumérez les défauts qui serviraient à la description d'un


chat par celui qui déteste les chats.

8- Comparez ce texte avec celui de Colette (Liv. d'Eléments


p. 21). Dites en quoi ces textes se ressemblent et en
quoi ils se distinguent.
LES ANIMAUX 52

REDACTIONS.

1- Exercices éclairs.

1) Décrivez en trois lignes : les yeux du chat; les mou­


vements de sa queue.
2) A l'aide d'une comparaison suggestive, décrivez un
chat en cinq lignes de manière à en exciter l'horreur.
3) Décrivez la silhouette d'un chat juché sur le faîte d'un
toit, au clair de lune.
4) Décrivez en vous limitant aux apparences extérieures
un chat maigre, pelé, malade, pitoyable, ou un gros
chat repu, ronronnant.

2- Décrivez, en gardant le même ton que Rostand, une des


actions d'un chat que vous observerez : soit qu'il guette
une souris, soit qu'il joue avec une balle; quand il va
dormir ou quand il fait sa toilette, etc.

3- Paul n'aime pas les chats et, dans un discours qu'il vous
tient, il cherche à vous faire partager toute son horreur
en décrivant cet animal à qui il prête tous les défauts
qu'il illustre surtout par des actions. Faites-le parler.
Vous pouvez aussi donner à cette rédaction l'allure d'un
dialogue, d'une discussion.

4- Comparez le chat et le chien. Décrivez les en donnant


les raisons de votre préférence si vous en avez une.
LES ANIMAUX 53

5- Décrivez, à la façon de Rostand, un animal domestique


autre que le chat : une perruche, un serin, une poule et
ses poussins, etc.

6- Imaginez une chatte donnant à ses petits les conseils né­


cessaires pour se procurer à manger, pour se défendre,
pour attaquer, pour gagner l'amitié des hommes. Faites
parler la chatte.
LES ANIMAUX

PAUL CLAUDEL
(1868-1954)

Un des plus grands poètes de notre époque. Paul Claudel est aussi un
auteur dramatique dont les pièces ont connu le succès sur toutes les scènes.
Il manie sa langue avec une dextérité remarquable par la précision de son
vocabulaire et le rythme de sa phrase. C’est lui qu’on retrouve à la tête du
renouveau catholique de la littérature française contemporaine. Ses oeuvres
seront particulièrement appréciées et goûtées dans les classes de lettres.

12- LE PORC

Je peindrai ici l'image du porc.


C'est une bête solide et tout d'une pièce, sans
jointure et sans cou, ça fonce en avant comme un soc.
Cahotant sur ses quatre jambons trapus, c'est une
5 trompe (l) en marche qui quête, et toute odeur qu'il
sent, y appliquant son corps de pompe, il l'ingurgite.
Que s'il a trouvé le trou qu'il faut, il s'y vautre avec
énormité. Ce n'est point le frétillement du canard qui
entre à l'eau, ce n'est point l'allégresse sociable du
10 chien; c'est une jouissance profonde, solitaire, consciente,
intégrale. (2) Il renifle, il sirote, il déguste, et l'on
ne sait s'il boit ou s'il mange; tout rond, avec un petit
tressaillement, . il s'avance et s'enfonce au gras sein de
la boue fraiche; il grogne, il jouit jusque dans le
15 recès (3) de sa triperie, (4) il cligne de l'oeil. Amateur
profond, bien que l'appareil toujours en action de son
odorat ne laisse rien perdre, ses goûts ne vont point

(1) L’A. assimile le porc à une trompe d’éléphant, à cause de sa forme allongée, de son acti­
vité de tout instant : le porc renifle toutes les odeurs qui passent, il est toujours prêt à in­
gurgiter.
(2) Intégrale : entière, complète, qui le satisfait pleinement.
(3) Reces : du latin recessus, retraite, lieu secret, le fond de son ventre.
(4) Triperie : au sens propre, lieu ou l'on vend des tripes; désigne aussi ce genre de commerce.
L'A. donne à ce terme un sens abstrait désignant l'ensemble de ses tripes.
LES ANIMAUX 55

aux parfums passagers des fleurs ou de fruits frivoles;


en tout il cherche la nourriture : il l'aime riche,
20 puissante, (1) mûrie, et son instinct Rattache à ces
deux choses fondamentales : la terre, l'ordure. . .

Paul Claudel,
Connaissances de l’Est.
Mercure de France, édit. , Paris.

LE VOCABULAIRE.

1- Qu'est-ce que l’A. veut dire par " cahotant sur ses quatre
jambons trapus" (1.4), "l'allégresse sociable du chien"
(1.9-10), "l'appareil toujours en action de son odorat"
(1.16-17), "fruits frivoles " (1.18), "choses fondamenta -
les" (1. 21) ?

2- Comment l'A. peut-il dire "ingurgiter une odeur" (1.5-6) ?


Pourquoi pas humer, renifler, aspirer, flairer ? Montrez
la différence entre ces termes.

3- Placez par ordre de gradation les adjectifs suivants :


gourmet, goinfre, friand, glouton, vorace, gourmand,
goulu. Donnez, pour chaque terme, la raison de l'ordre
suivi.

4- Montrez les ressemblances et les divergences de sens entre


siroter et déguster ; tressaillement et frétillement.

5- Les épithètes "jouissance profonde, solitaire, consciente,


intégrale" sont-elles synonymes ? Placées par gradation ?
Justifiez votre réponse.

6- Citez cinq mots de la famille de déguster.

7- Classez les mots concrets qui se rapportent à l'odorat,


au goût, au toucher, à l'ou'îe.

(1) Puissante : capable d impressionner fortement le [salais,


LES ANIMAUX 56

LA PHRASE ET SES ELEMENTS.

1- Extrayez du texte trois adjectifs non-qualificatif s en don­


nant l'espèce de chacun; dix adverbes dont vous indiquerez
la nature et la fonction. Donnez la fonction des adjectifs:
riche, puissante, mûrie.

2- Au point de vue grammatical, quelle différence faites-vous


entre : tout d'une pièce (1. 2), toute odeur (1. 5), tout rond
(1. 12), en tout (1. 19).

3- Composez des phrases où tout, sans article, aura une


valeur distributive, exprimant bien clairement la totalité
dans le nombre et la totalité dans l'unité, et tout adverbe.

4- Décomposez en propositions la 2e phrase : Cahotant.... Ex­


pliquez la nature et la valeur temporelle des participes :
cahotant et appliquant.

5- Composez des phrases sur le modèle de cette dernière :


Cahotant. . . en faisant ressortir la valeur temporelle des
participes présents. Expliquez la différence avec le géron­
dif : il s'avance en cahotant et, cahotant, il s'avance.

6- Expliquez la comparaison : comme un soc (1.3), et la mé­


taphore : c'est une trompe (1.4-5).

7- Ce texte contient-il des compléments d'adjectif et des com­


pléments d'adverbe ?

8- Dans la construction de ses phrases, l'A, prépare l'idée


principale à exprimer en recourant à l'apposition ou à
l'opposition. Montrez comment ces procédés mettent en
lumière l'idée à décrire.

9- Que pensez-vous de l'emploi de que dans • "Que s'il a


trouvé le trou qu'il faut, il s'y vautre avec énormités" ?
LES ANIMAUX 57

LA COMPOSITION.

1- Quel ordre l'A. suit-il dans cette description ?

2- D'un trait Claudel peint l'image physique du porc. Prouvez


que ce trait est exact.

3- L'auteur donne ensuite deux caractéristiques de l'instinct


du porc. Indiquez-les nettement et résumez chacune en
une phrase très brève.

4- Le porc nous apparaît-il ici comme un animal immonde ?


Appuyez votre réponse par des citations précises.

5- Ou le porc trouve-t-il sa jouissance principale ?

6- Expliquez cette phrase : "Amateur profond. . . " jusqu'à


" en tout. . . "

7- Faites ressortir l'opposition qui existe dans la phras-e :


" Ce n'est point le frétillem ent. . . " .

8- Citez trois allusions employées dans le texte.

9- Quels sentiments l'A. nous inspire-t-il en décrivant ainsi


le porc ?

REDACTIONS.

1- Si vous avez eu l'occasion d'observer un porc, décrivez


comment il vous apparaît à vous-même sans vous laisser
influencer par les observations de Claudel. Montrez ce
qui le distingue de tout autre animal. Décrivez la forme
de son corps, sa tête, ses pattes, sa peau. Observez
surtout ses actions : en dehors des repas, à l'heure des
repas.
LES ANIMAUX 58

2- Vous avez dû remarquer déjà un petit animal d'apparence


hideuse à première vue : la grenouille, le crapaud. Décri­
vez cet animal. Où l'avez-vous aperçu ? Impression pre­
mière. Pourquoi ? Vos Observations sur sa peau, sa
tête, ses membres antérieurs, postérieurs. Comment il
se déplace, dans l'eau, sur terre. Sa voix. Mérite-t-il
l'horreur qu'il inspire ?

3- Le principal défaut de l'animal décrit par Claudel est la


goinfrerie. Mais il y a aussi des êtres humains qui man­
gent de façon malpropre et dégoûtante. Décrivez-en un
sans vous laisser aller à des exagérations invraisemblables.
Essayez plutôt de peindre sur le vif quelqu'un que vous
avez pu observer.

4- Faites le portrait d'un camarade très peu soigneux de sa


personne. Décrivez sa tenue, ses actes.

5- Comparez ce texte avec le texte de Roupnel, Fasc.des Elé­


ments, p. 45. Montrez les ressemblances, et surtout les
différences entre ces deux textes. Portraits esquissés par
chacun; les actions décrites, les procédés employés par
chaque auteur, l'impression créée par la lecture de ces
textes. Terminez en donnant votre préférence pour l'un
ou pour l'autre.
LE FEU

GUY DE MAUPASSANT
(1850-1893)

Normand d'origine, Guy de Maupassant a décrit de préférence les lieux


où s'est déroulée sa jeunesse. Ce ne fut pas un brillant élève: il préférait
courir sur les plages et les falaises et observer les gens et les lieux. Après
avoir fait la guerre (1870-71), il devint fonctionnaire au ministère de la Ma­
rine, puis au ministère de l’Instruction publique, à Paris. Mais il était enco­
re meilleur canotier que fonctionnaire : il préférait toujours les jours de con­
gé. Cependant il avait rencontré Gustave Flaubert et, guidé par ce maître,
Guy de Maupassant apprit avec acharnement son métier d’écrivain. Il quitta
le ministère et fit, de 1880 à 1893, la plus brillante carrière littéraire de son
siècle; ce fut aussi l'une des plus courtes : il mourut à 43 ans. Il a publié
plus de deux cents contes et nouvelles et une dizaine de romans.

13- LES PHARES DU HAVRE

1- Il arrivait devant le mât des signaux qui indi­


que la hauteur de l'eau dans le port, et il alluma une
allumette pour lire la liste des navires signalés au large
et devant entrer à la prochaine marée. On attendait des
5 steamers (1) du Brésil, de la Plata, du Chili et du
Japon, deux bricks (2) danois, une goélette (3) norvé­
gienne et un vapeur turc, ce qui surprit Pierre autant
que s'il avait lu "un vapeur suisse"; et il aperçut dans
une sorte de songe bizarre un grand vaisseau couvert
10 d'hommes en turban, qui montaient dans les cordages
avec de larges pantalons.
Que c'est bête, pensait-il; le peuple turc est pourtant
un peuple marin.

2- Ayant fait encore quelques pas, il s'arrêta


15 pour contempler la rade. Sur la droite, au-dessus de

(1) Steamer : (m. ang.) Navire a vapeur.


(2) Brick : (m.ang.) Voilier à deux mâts. On ne prononce pas l's final en français.
(3) Goélette : Petit voilier à deux mâts, effilé et rapide.
LE FEU

Sainte-Adresse, les deux phares électriques du cap de


la Heve, semblables a deux cyclopes monstrueux et
jumeaux, jetaient sur la mer leurs longs et puissants
regards. Partis des deux foyers voisins, les deux
20 rayons parallèles, pareils aux queues géantes de deux
comètes, descendaient, suivant une pente droite et dé­
mesurée, du sommet de la côte au fond de l'horizon.
Puis sur les deux jetées, deux autres feux, enfants de
ces colosses, indiquaient l'entrée du Havre; et là-bas,
25 de l'autre côté de la Seine, on en voyait d'autres en­
core, beaucoup d'autres, fixes ou clignotants, à éclat
et à éclipses, s'ouvrant et se fermant comme des
yeux, les yeux des ports, jaunes, rouges, verts, guet­
tant la mer obscure couverte de navires, les yeux vi-
30 vants de la terre hospitalière disant, rien que par le
mouvement mécanique invariable et régulier de leurs
paupières : "C'est moi. Je suis Trouville, je suis
Honfleur, je suis la Rivière de Pont-Audemer. " Et
dominant tous les autres, si haut que, de si loin, on
35 le prenait pour une planète, le phare aérien d'Etouville
montrait la route de Rouen, à travers les bancs de
sable de l'embouchure du grand fleuve.

3- Puis sur l'eau profonde, sur l'eau sans limi­


tes, plus sombre que le ciel, on croyait voir, çà et
40 là, des étoiles. Elles tremblottaient dans la brume
nocturne, petites, proches ou lointaines, blanches,
vertes ou rouges aussi Presque toutes étaient immo­
biles, quelques-unes, cependant, semblaient courir;
c'étaient les feux des bâtiments à l'ancre attendant la
45 marée prochaine, ou des bâtiments en marche venant
chercher un mouillage.

4- Juste a ce moment la lune se leva derrière


la ville; et elle avait l'air du phare énorme et divin
allumé dans le firmament pour guider la flotte infinie
50 des vraies étoiles.

Guy de Maupassant, Pierre et Jean.


Ollendorff, 1888, 30e édit, p, 47.
LE FEU 61

LE VOCABULAIRE.

1- Expliquez les mots soulignés.

2- Quelles différences faites-vous entre des feux fixes et des


feux clignotants (1.27-28) ? entre des feux à éclat et des
feux à éclipses (1. 28) ?

3- Quels sont les sens de : mât, mat, un vapeur, une va­


peur ? Donnez le féminin de : turc - de : grec.

4- Reconstituez la famille de : signaux (1.1), hospitalière


(1. 30).

5- Qu'est-ce qu'un cyclope (1.17) ? Pourquoi l'auteur compa­


re-t-il un phare à un cyclope ?

6- Pourquoi le compare-t-il aussi à une comète (1.21) ?

7- Pourquoi les phares des jetées sont-ils "enfants de ces


colosses" (1.23-24) ?

8- Que signifient les adjectifs suivants : parallèle, perpendi­


culaire, transversal, oblique, convergent, divergent ?

9- Pourquoi prenait-on le phare d'Etouville pour une planète ?


Quelle est la différence entre un astre, une constellation,
une étoile, une nébuleuse, une planète et un satellite ?

10- De quel grand fleuve parle ici l'auteur ?

11- Quel est le sens de "prendre pour" (1.35) ? Employez


successivement prendre à, prendre en, prendre pour,
prendre sur, dans de courtes phrases qui en fassent ap­
paraître les différents sens.
LE FEU 62

LA PHRASE ET SES ELEMENTS.

1- Expliquez pourquoi l'auteur a employé successivement un


imparfait (il arrivait) et un passé simple (il alluma) dans
la lère phrase.

2- Trouvez un complément d'objet direct, un complément,


d'agent, un complément circonstanciel de but, de lieu, de
temps, de manière dans le premier paragraphe (1,1-11).

3- Quelle est la fonction de ; au large (1,3) ? sur la mer


(1.18) ? comme des yeux (1.27-28) ? çà et là (1.39-40) ?
les feux des bâtiments (1.44) ?

4- Voyez-vous une différence de sens entre : "on attendait des


steamers du Brésil" et "on attendait des steamers brési­
liens" ?

5- Recopiez la lère phrase du second paragraphe en rempla­


çant "Ayant fait" par une tournure verbale équivalente.

6- Conjuguez le verbe jeter à la première personne du plu­


riel a) du présent de l'indicatif; b) du passé simple;
c) du futur simple; d) du conditionnel passé lere forme;
e) du subjonctif présent.

7- Quelle est ici la fonction grammaticale de queues (1.20) ?

LA COMPOSITION,

1- Pourquoi l'étonnement de Pierre eût-il été grand en lisant:


"vapeur suisse" ?

2- Qu'est-ce qu'un phare ? Quels sont les rôles que l'auteur


attribue aux phares dans le texte ?

3- Comment les phares peuvent-ils dire quelque chose, "rien


que par le mouvement mécanique invariable et régulier de
leurs paupières" (1.30-32) ?
LE FEU 63

4- Pierre imagine un vapeur turc à l'aide de deux notations


(hommes en turbans, larges pantalons). Pourriez-vous, à
son exemple, imaginer avec aussi peu de notations : un
steamer du Brésil ? ou du Japon ? un brick danois ? une
goélette norvégienne ?

5- A quoi compareriez-vous un phare brillant dans la tempê­


te ? son regard lumineux dans la nuit calme et noire ?

6- Quel est le plan que suit, l'auteur pour décrire le port


et ses alentours, dans le second paragraphe ? Quel est
le plan qu'il suit dans les troisième et quatrième paragra­
phes ?

7- Par quelle comparaison l'auteur termine-t-il sa descrip­


tion ? Qu'en pensez-vous ?

REDACTIONS.

1- Imaginez que Pierre fait la même promenade nocturne en


compagnie d'un ami canadien récemment débarqué au Havre.
Ils arrivent ensemble devant le mât des signaux, lisent la
liste des navires attendus et engagent une conversation. . .
L'ami canadien s'étonne du vapeur turc; Pierre, après
avoir réfléchi lui répond et lui énumère ensuite toutes les
petites villes dont le phare brille à l'horizon. . . Ils s'éloi­
gnent : l'ami canadien évoque les grands ports et les grands
fleuves de son pays lointain.

2- Vous vous promenez sur le port (choisissez un port, petit


ou grand que vous connaissez). Décrivez les quais, jetées
ou môles; les entrepôts, les grues... Selon le moment que
vous choisirez pour votre promenade, décrivez-les au re­
pos ou en pleine activité. Cargos, remorqueurs, trans­
atlantiques sont à l'ancre; quelques-uns peut-être passent
majestueusement en saluant de leur sirène. . . Au loin, la
m er... Essayez de traduire l'impression que vous ressentez
(précision et rapidité du travail, constance de l'effort,
grandeur de l'oeuvre, pittoresque du mélange (navires de
pavillons multicolores, dockers (débardeurs) de toutes ra­
ces , marchandises de toutes sortes), parfum d'aventure...
LE FEU 64

3- Décrivez un bateau (petit ou gros) que vous avez eu la


chance de visiter. Ne serait-ce qu'un traversier, il est
absolument nécessaire que vous l'ayez effectivement visité
et que vous ne montriez que ce que vous avez vu. Vous
vous réduirez à l'objet sans évoquer les pays qu'il a visi­
tés, les océans qu'il a traversés. Pas de rêve; de la
précision, de l'exactitude.
LE FEU

JULES ROMAINS
(1885- )

Plus de cinq cents personnages évoluent dans les 28 volumes du roman


de Jules Romains : Les Hommes de bonne volonté. C'est une oeuvre immen­
se qui fera connaître la vie française et européenne aux générations futures
comme nous découvrons la comédie humaine du XIXe siècle dans l’oeuvre de
Balzac.
L’oeuvre commence un beau matin d’octobre 1908, Au fil des volumes,
nous sommes promenés dans toutes les classes de la société du début du siècle
et nous en avons déjà une connaissance approfondie lorsqu'éclate la guerre de
1914. Chacun des personnages réagira à sa maniéré devant cette catastrophe,
Beaucoup feront simplement et glorieusement leur devoir, avec bonne volonté.
C’est ainsi que certains se trouveront dans les compagnies de releve de la gar­
nison du fort de Verdun.

14- L'INCENDIE DE VERDUN EN 1916

Après avoir monté longtemps au flanc d'une colline


qui semblait porter un fort, ils virent, avant d'atteindre
la crête, les silhouettes des hommes de la compagnie
précédente se détacher sur le ciel avec des contours qui
5 par instants devenaient très précis; et le ciel lui-même,
qui n'avait cessé de rougir davantage à mesure qu'ils
approchaient de Verdun, battre par pulsations irrégulières
d'un rouge plus vif qui tournait au rose,, comme si des
soupirs de lumière étaient venus continuellement crever
10 au bord de l'horizon.

En arrivant sur la crête, ils eurent un spectacle


que beaucoup d'entre eux, en dépit de leurs dix-huit mois
de guerre, n'avaient jamais contemplé.

Une ville brûlait. Elle ne brûlait pas tout entière


15 dans un seul souffle. Dix, vingt, trente brasiers diffé­
rents produisaient leur flamme. Certains étaient petits,
concentrés, ronds comme un oeil. D'autres étiraient
vers le haut des lanières de feu et de fumée, les se­
couaient dans le vent. D'autres crépitaient, lançaient des
20 flammèches et des étincelles dans tous les sens, formaient
des figures fugitives de soleils et de couronnes. Tous
LE FEU 66

étaient reliés entre eux par une nuée rougeâtre,


rebondie, grasse, qui se retournait sur elle-même
dans un mouvement continu de reptile, et que des ex-
25 plosions disloquaient tout à coup. Parfois un point de
cette nuée gonflait, s'ouvrait comme une fleur; et il
en naissait un brasier de plus. Il était difficile de ne
pas penser aux immenses feux de bengale qu'on avait
vus jadis, les soirs de fête, et aux fusées, aux bombes
30. d'artifice qui les parsèment d'éclatements. Mais ce
feu de bengale-ci avait une singularité : les fusées, au
lieu de lui sortir du ventre, semblaient venir d'en haut,
piquer une tête dans la nuée rouge, pour éclater au
beau milieu.

Jules Romains,
Les Hommes de bonne volonté,
XVI, Verdun, p. 133
Flammarion édit.

LE VOCABULAIRE.

1- Expliquez les mots soulignés.

2- Reconstituez la famille de : brasier (1. 15) - flammèche


(1.20) - étincelle (1.20).

3- Expliquez le sens des expressions suivantes : "des soupirs


de lumière (crèvent) au bord de l'horizon" (1.8-10) - un
brasier "s'ouvrait comme une fleur" (1.26).

4- Enumérez les expressions courantes où est employé le


mot : feu.

5- Employez chacune des locutions suivantes dans une courte


phrase de votre invention qui montrera que vous en con­
naissez bien le sens : au beau milieu - en dépit de - au
lieu de - à mesure que - au fur et à mesure.

6- Quelle différence de sens discernez-vous entre les deux


expressions : "d'entre eux" (1.12) - "entre eux" (1.22) ?
LE FEU 67

7- Citez des verbes d'action qui s'appliquent spécialement au


feu.

LA PHRASE ET SIS ELEMENTS.

1- Quelle est la nature et la fonction de : tout (1. 14) -


tous (1. 20) - tous (1. 21) ?

2- Relevez tous les verbes passifs employés dans ce texte.

3- Quelle est la fonction de ciel (1.5) - Verdun (1.7) - rouge


(1.8) - souffle (1.15) - oeil (1.17) - mouvement (1.24) -
reptile (1. 24) - plus (1. 27) - éclatements (1. 30) ?

4- Quelle est la nature, la forme et la fonction des proposi­


tions de la première phrase (1.1-10) ?

5- Transformez cette longue phrase en une série de courtes


phrases simples, en ayant soin de supprimer le minimum
de mots.

6- Relevez les expressions (notations, comparaisons, etc.,.)


qui traduisent le mouvement, le progrès de l'incendie.

7- Relevez les mots et expressions qui traduisent une percep­


tion auditive.
N

8- Quelles sont lés métaphores ici employées ?

9- Et quelles sont les comparaisons ?

LA COMPOSITION.

1- Le texte décrit deux spectacles distincts. Il se divise


donc en deux parties. Lesquelles ? Intitulez brièvement
chacune d'elles.

2- Quelle est, à votre avis, l'utilité du second paragraphe ?


3- Quels sont les procédés stylistiques qu'emploie l'auteur
dans le troisième paragraphe pour amorcer sa descrip­
tion ?

4- Pourquoi l'auteur avoue-t-il qu'il "était difficile de ne pas


penser aux feux de bengale" (L 27-28) ?

5- L'auteur affirme qu'il était difficile de ne pas penser aux


immenses feux de bengale. Quelle impression vous fait
cette longue comparaison finale ?

6- Ce feu de bengale n!avait-il que la singularité que rappor­


te l'auteur ?

LA REDACTION.

1- Une immense lueur embrase le ciel : intrigué, vous vous


précipitez à la fenêtre et vous assistez alors, de loin, à
un feu d'artifices. Les gerbes, les fusées jaillissent par
dessus les toits qui se découpent brusquement sur le ciel.
Les artificiers ont savamment combiné les couleurs et les
formes. - Les explosions vous arrivent, avec beaucoup de
retard, aveugles et saugrenues. Décrivez le spectacle.

2- Imaginez un sketch radiophonique qui serait intitulé :


le feu et les hommes. - Vous y rappellerez la naissance
du feu, entre deux silex qu'un sorcier heurta jadis. . .
Vous pourrez évoquer la cuisson du premier gibier et la
forge des premières armes... Après avoir choisi parmi
les multiples usages du feu, votre évocation pourra se
terminer par une vision des hauts-fourneaux ou d'une autre
réalisation industrielle dérivée du feu. - Le feu, élément
de civilisation.
L'HABITAT

SYLVA CLAPIN
(1853-1928)

Ancien élève du Séminaire de Saint-Hyacinthe, il a eu une carrière


mouvementée, ayant servi dans la marine américaine, exercé la profession de
journaliste, de libraire-éditeur, de traducteur, à Paris, aux Etats-Unis et au
Canada. Il a été un des premiers à publier des ouvrages sur la langue cana­
dienne : "Dictionnaire Canadien-Français (1895) New Dictionary of Amer­
icanisms (1902)," Inventaire de nos fautes les plus usuelles (1914). Sa réputa­
tion comme journaliste et comme écrivain lui vient de ses articles et de son
livre, La France transatlantique, remarquables par leur bon sens, leur allure
vivante et très française.

15- LA MAISON PAYSANNE D'AUTREFOIS

En quelque endroit du Canada que l'on soit, la


demeure de l'habitant (1) appartenant à la classe moyen­
ne ne diffère guère d'aspect.

C'est toujours la même maison basse en bois,


5 blanchie à la chaux, aux volets verts ou rouges, au toit
recouvert de minces lattes appelées bardeaux. Le
rez-de-chaussée se compose d'un seul et vaste apparte­
ment carré, servant à la fois de chambre à coucher, de
cuisine, de salle de réception. Aux murs, quelques
10 images d'Epinal, (Z) grossièrement enluminées, et re­
présentant le Sauveur en croix, la Vierge Marie et les
saints. Au centre un énorme poêle, vieux meuble,
entouré de monceaux de bois de chauffage; puis à côté,
près d'une fenêtre, une grande table de bois brut. Dans
15 un coin le lit de famille, d'une hauteur telle que l'on ne
s'y peut coucher qu'en exécutant de véritables sauts
d'acrobate. Tout près, des couchettes, des berceaux
pour les petits, habituellement nombreux chez le cultiva­
teur canadien, quelques familles s'élevant jusqu'à quinze,

(1) Habitant employé dans le sens d’agriculteur, désigne, plus généralement celui qui a établi
sa demeure en campagne Mot pris souvent, chez nous, au sens de rustre, canadianisme.
(2) Epinal . petite ville de Lorraine, célèbre par ses imageries.
L'HABITAT 70

20 dix-huit, et quelquefois vingt enfants. Dans un autre


coin, des rayons peints de couleurs vives, pour la
vaisselle et les ustensiles de cuisine. Aux poutres
enfumées du plafond, un vieux fusil à pierre, (1) avec
la corne à poudre et le moule à balles. C'est là le
25 vieux fusil français, héritage précieux que l'on tient
des ancêtres, dont on ne se dessaisirait pas pour une
fortune, et qui rendit jadis plus d'un service signalé
dans les excursions de chasse, aussi biçn que dans
les escarmouches (2) avec l'Anglais et l'Indien.
30 N'allons pas oublier le rouet de l’a'ïeule, et, chez les
plus aisés le métier à tisser les vêtements du ména­
ge. Des escabeaux, quelques chaises cannelées, deux
ou trois berceuses, et un grand coffre servant à la
fois de siège d'honneur et de garde-robe complètent ce
35 mobilier rustique.

Telle est la demeure de l'habitant canadien, qui


reproduit aux rives du Saint-Laurent celle du paysan
français.

Sylva Clapin,
La France transatlantique,
Plon, éd.

LE VOCABULAIRE.

1- Expliquez les mots soulignés.

2- Remplacez par un ou deux synonymes grossièrement (1, 10),


monceaux (1. 13), s'élevant (1. 19), enfumées (1. 23), aisés
(1.31), rustique (1.35), reproduit (1.37).

(1) Fusil à pierre : fusil dont le chien frappe sur une pierre et produit ainsi une étincelle qui
enflamme la charge.
(2) Escarmouche : léger engagement entre des corps détachés de deux armées. Petite lutte,
échauffourée, accrochage, combat.
L'HABITAT 71

3- Quel est le sens de cia s se dans classe moyenne (1.2-3) ?


Enumérez, les différentes classes de la société d'aujour­
d'hui. Que désigne exactement le mot classe dans les ex­
pressions suivantes : aller en classe; être en classe de
sixième; faire ses classes; bien faire la classe; un produit
de première classe; un conflit de classe ?

4- Par quels termes peut-on désigner une maison canadienne ?

5- Enumérez les principales opérations de cuisine que vous


connaissez.

6- Quels sont les accessoires qui donnent à ce mobilier un


air vraiment rustique et ancien ?

7- Observez attentivement et énumérez les pièces de mobilier


d'une cuisine moderne.

8- Quelle est l'origine étymologique de cultivateur ? Recons­


tituez la famille de ce mot.

LA PHRASE ET SES ELEMENTS.

1- Quelles sont les phrases sans verbe principal ? Citez une


phrase en style direct et écrivez-la en style indirect.

2- Etudiez les procédés de coordination et de subordination


des phrases suivantes : "C'est là..." (1.24).

3- Que pensez-vous de la construction "que l'on ne s'y peut


coucher" (1. 15-16) ?

4- Expliquez l'emploi du subjonctif (1. 1), des participes "ser­


vant" (1.8) et "représentant" (1. 10-11), du gérondif "qu'en
exécutant" (1. 16), du conditionnel (1.26), du passé simple
(1.27), de l'impératif (1.30).

5- Indiquez la nature et la fonction des propositions de la


phrase : "Dans un coin..." (1.14-15).
L'HABITAT 72

6- Montrez que l'A. sait varier le commencement de ses


phrases.

7- Peut-on dire qu'il y a beaucoup d'images, comparaisons


ou métaphores, dans ce texte ?

8- Quelle est la nature et la fonction de de dans les expres­


sions suivantes : de l'habitant (1.2), recouvert de (1.6),
servant. .. de cuisine (1.8-9), table de bois (1.14), de véri­
tables sauts (1. 16) ?

LA COMPOSITION.

1- L'A. s'applique à montrer que "l'habitant" d'autrefois vi­


vait dans une maison rustique, sans luxe, sans goût et
sans art. Prouvez-le. Que pensez-vous de ce jugement ?

2- Le plan de cette description est bien ordonné. Détaillez-


le nettement.

3- Vous avez vu la maison de l'habitant d'aujourd'hui. Mon­


trez en quoi elle diffère de celle-ci.

4- Quelle idée vous suggère la disposition de tout ce mobilier


dans une seule pièce ?

5- Précisez les allusions historiques du texte.

6- Comparez ce texte avec une autre description de la mai­


son canadienne d'autrefois. Montrez en quoi se ressem­
blent ou s'opposent les observations de chacun.

REDACTIONS.

1- Inspirez-vous du plan de l'A. pour décrire votre propre


maison.

2- Décrivez votre église paroissiale; faites-en ressortir le


caractère particulier de nouveauté ou d'ancienneté, de
beauté, de simplicité. . .
L'HABITAT 73

Plan :
1) Aspect général : situation, cadre, dimensions, forme.
2) L'extérieur : façade, côté droit, côté gauche.
3) L'intérieur : nef, chapelles latérales, tribunes ou ga­
leries (non pas jubés), vitraux.
4) Le sanctuaire : balustrade, choeur, autel, lustre.
5) Réflexions et impressions personnelles.

V ocabulaire.
Les parties d'une église, d'un temple :
1) A l'extérieur, on remarque : le porche (petit vestibu­
le), le parvis, le portail (façade où est la porte prin­
cipale), la façade, les tours, une rosace, une niche,
les verrières, le campanile, le clocher, les cloche­
tons, le beffroi, l'abat-son, le dôme, le fronton, des
gargouilles, des contreforts, des arcs-boutants, la
flèche, la croix.
2) A l'intérieur, on remarque : le narthex, le vaisseau,
la nef, le transept, l'abside, la travée, le choeur, le
sanctuaire, le déambulatoire, des chapelles, des tri­
bunes, la chaire, la balustrade, le balcon, le jubé,
l'ambon, la voûte, les arcs-doubleaux, la coupole,
les vitraux, les bas-côtés, le chevet, la crypte, les
confessionnaux, le baptistère, la sacristie, le vestiai­
re.
3) Une église peut être de style moderne, gothique, ro­
man, byzantin; déserte, désaffectée, fastueuse, gran­
diose, orthodoxe, restaurée, sombre, tendue de deuil,
déc orée. . .
4) Actions particulières : affecter, consacrer, élever,
dresser, prier, adorer, restaurer, embellir, renou­
veler, remettre à neuf, retoucher (les peintures)...

3- Décrivez la salle d'étude ou la pièce que vous occupez au


moment où vous rédigez votre rédaction.

4- Supposez qu'un jeune correspondant étranger vous demande


de lui parler de votre village ou de votre ville. Répondez-
lui. Parlez-lui de ce qui est particulier à ce village ou
à cette ville. Il ne faut pas que votre description convien­
ne à tous les villages, à toutes les villes.
L'HABITAT 74

Les assemblages de maisons.


1) Les assemblages de maisons peuvent former : des
villes, des cités, une capitale, un chef-lieu, une mé­
tropole, un centre, des bourgs, des bourgades, des
villages, des hameaux, des faubourgs, une banlieue,
des quartiers, une paroisse, une commune, une loca­
lité.
Z) Les qualités d'une ville, d'un village : grand, gros,
petit, minuscule, bruyant, animé, ennuyeux, isolé,
incommode, enfumé, enseveli, manufacturier, peuplé,
ouvert, important, célèbre, joli, embelli, pittoresque,
élevé, d'accès facile, à flanc de coteau, penché sur,
perdu dans, baigné par, arrosé. . . Ne pas dire :
résidentiel.
On y remarque : des constructions de toutes sortes,
des rues, des boulevards, des avenues, des artères,
des cours, des chaussées, des trottoirs', des ruelles,
des impasses, des pavés, des places, des parcs, des
esplanades, des ronds-points, des carrefours, des
jardins publics, d'acclimatation; des piétons, des vé­
hicules, la foule...
3) Les qualités d'une rue . animée, amusante, bruyante,
boueuse, déserte, droite, sinueuse, populeuse, pros­
père, industrielle, commerçante, écourtée, éclairée,
étroite, entretenue, mal famée, fréquentée, calme,
retirée, rétrécie, tortueuse, tranquille.
4) La circulation peut être mauvaise, bonne, libre, dif­
ficile, entravée, dangereuse, défectueuse, gênée, in­
tense, interrompue, surveillée, dirigée, à sens uni­
que . . .
5) La population est, selon le cas, urbaine, rurale, vil­
lageoise, cosmopolite, indigène, agglomérée. . .

5- Décrivez, à votre choix, un paysage que vous observerez


à un moment particulier. Appliquez-vous à bien le situer
dans l'espace et dans le temps, à en faire ressortir le
côté pittoresque.

Paysages.
1) Ce qu'il faut observer dans un paysage : le champ,
l'ensemble de la végétation, les plaines, les plateaux,
L'HABITAT 75

les vallées, les vallons, les bas-fonds, les dépres­


sions du sol, les ravins ou les ravines, les cours
d'eau, les montagnes, les pics, les crêtes, les préci­
pices, les gouffres, les collines, les coteaux, les mon
ticules, les tertres, les buttes, les sommets, les on­
dulations, les massifs, les prés, les pacages, les bois
les constructions. . .
2) L'atmosphère peut être calme, embrasée, chargée
d'électricité, sereine, limpide, lourde, pesante, mua-
geuse, orageuse, pure, vaporeuse, surchauffée...
3) Les qualités d'un paysage : admirable, agreste, char­
mant, délicieux, ensoleillé, enchanteur, éclatant de
lumière, lugubre, riant, de rêve, farouche, fantasti­
que, unique, historique, grandiose, immense, sauvage,
pittoresque, majestueux, sombre, lunaire, vivant. . .

Les montagnes.
1) Formes : système, chaîne, chaînon, hauteur, éminen­
ce, colline, falaise, dune, mont, pic, mamelon, ter­
tre, butte, taupinière.
2) Les détails ; aiguille, arête, accident de terrain,
mouvement, contrefort, base, cime, brèche, col, dé­
filé, dôme, escarpement, faîte, flanc, gorge, glacier,
pente, descente, pied, plateau, point culminant, revers
roc , somm et. . .
3) Les actions diverses : dominer, se dresser, s'élever,
hérisser, émerger, couronner, surplomber...

Les cours d'eau.


1) Les cours d'eau comprennent : les fleuves, les riviè­
res, les ruisseaux, les ruisselets, les torrents, les
affluents, les canaux, les estuaires. . .
2) Les noms qui concernent les cours d'eau : la source,
le lit, les rives (berges), l'étiage, les chaussées, les
digues, les barrages, le courant, le contre-courant,
les chutes, les cascades, les cataractes, les casca-
telles, les tourbillons, les remous, les rapides, les
vagues, l'écume, les méandres, les gués, les con­
fluents, l'embouchure.
L'HABITAT 76

3) Les actions particulières : couler, descendre, se jeter


dans, se décharger, refluer, tournoyer, grossir, bais­
ser, croître, déborder, arroser, entraîner, charrier,
ensabler, battre, draguer, flotter...
4) Les qualités de l'eau : douce, potable, bourbeuse,
bruissante, ferrugineuse, calcaire, sulfureuse, calme,
claire, clapotante, courante, cristalline, croupie,
croupissante, dormante, bouillonnante, gelée,
fangeuse, fétide, glauque, trouble, vive, torrentielle,
tumultueuse, verdâtre, vitreuse. . .

i
L'HABITAT - L'EGLISE

LOUIS MERCIER

Né à Contouve (Loire), le 16 avril 1870. Mort en C’est le poète


du foyer, des traditions familiales et de la religion. Il a suivi les traces de
deux poètes grecs : Hésiode, auteur de poésies de caractère religieux et moral,
de Théocrite, créateur du genre bucolique et pastoral. Oeuvres en vers : Voix
de la Terre et du Temps, Le Poème de la Maison, Les Pierres sacrées, Les
Petites Géorgiques; un roman : Hélène Sorbier, et quelques recueils de nouvel­
les en prose.

16- LE CHRIST

Ce christ fumeux pendant au mur qui se crevasse


Etait vieux comme il est et déjà vermoulu
Quand l'un de nos anciens le mit à cette place.
On ignore son âge, on ne sait pas non plus
5 Qui tailla dans le bois cette figure fruste;
Mais ceux qui travaillaient la terre en craignant Dieu
De tout temps devant elle ont joint leurs mains robustes
Et prié le Seigneur pour leurs champs et pour eux.
Ce christ, en vérité, semble de leur espèce.
10 Cet homme nu qui pend à de grands clous trahit
La carrure solide, et la charpente épaisse,
Et les membres massifs des gens de ce pays.
Chaussés des lourds sabots que les paysans portent,
Ses larges pieds ont dû marcher dans nos terrains.
15 II a les bras noueux et musclés, les mains fortes
Des pousseurs de charrue et des semeurs de grains.
Triste comme eux, on lit sur son visage grave
Dont de profonds sillons ont creusé la maigreur
Les soucis et les deuils que l'existence grave
20 Sur le front ravagé des anciens laboureurs.

Louis Mercier,
Le Poème de la Maison.
Calman-Lévy, édit.
L'HABITAT L'EGLISE 78

LE VOCABULAIRE.

1- Expliquez, dans le contexte, les mots soulignés.

2- Remplacez par un synonyme, sans nuire au sens de la


phrase : se crevasse (v. 1), espèce (v. 9), trahit (v. 10),
visage (v. 17), grave (v. 17), ravagé (v. 20).

3- Trouvez un verbe formé à l'aide des mots suivants ou de


leur racine latine : mur, terre, mains, solide, pieds, vi­
sage, deuil.

4- Trouvez cinq mots de même famille que Christ; six de


même famille que bois; sept de même famille que front.

5- Trouvez un diminutif à vieux, maigre, grand, et unissez


ces diminutifs à un substantif convenable.

6- Enumérez les termes et les périphrases dont se sert le


poète pour désigner les paysans. Ajoutez-en 5 ou 6 autres.

7- Quelle est la différence entre Christ et christ ?

8- Par quels termes désigne-t-on les bras d'une croix ?


Qu'est-ce qu'une croix pectorale ? une croix de Lorraine ?

LA PHRASE ET SES ELEMENTS.

1- Justifiez le mode et le temps des verbes des huit premiers


ver s.

2- Donnez la fonction des propositions subordonnées employées


dans ce texte.

3- Quelle est la fonction des groupes suivants : de leur espè­


ce (v. 9), les bras noueux et musclés (v. 15), triste comme
eux (v. 18), les soucis et les deuils (v. 19) ?
L'HABITAT - L'EGLISE 79

4- Analysez les mots soulignés dans qui tailla (v. 5), que
les paysans (v. 13), dont de profonds (v. 18), que l'existen-
ce (v. 19).

5- Citez deux phrases de construction inverse. Sur le modè-


le de chacune, décrivez un groupe d'enfants, un vieillard
ou une mère de famille.

LA COMPOSITION.

1- Quelles sont les idées principales exprimées dans les huit


premiers vers ? Résumez-les chacune en une phrase très
br ève.

2- Donnez un titre général aux douze derniers vers et indi


quez les deux divisions de cette dernière partie.

3- Qu'est-ce qui prouve que ce christ est si vieux ?

4- En quoi ce christ ressemble-t-il aux paysans ?

5- Enumérez les soucis et les deuils que peut éprouver le


paysan.

6- Montrez que la composition de ce poème s'accorde bien


avec les principes généraux d'une bonne description : ca­
ractères généraux qui frappent de prime abord; caractéris­
tiques propres de ce christ; détails d'observation pittores­
ques .

REDACTIONS.

Décrivez le crucifix que vous pouvez le mieux observer,


ou celui qui vous inspire le plus de sentiments de piété et
de beauté.

2- Imaginez que le christ du poète, un soir, se met à parler


de ses souvenirs, de ses sentiments à l'égard de la famil­
le réunie à ses pieds. Il leur donne des conseils discrets
et les encourage avec bonté.
L'HABITAT - L'EGLISE 80

On peut suivre le plan de l'A. en transposant son poème


au style direct, modifiant au besoin les idées du poète.

3- Un vieillard (ou vous-même) s'agenouille au pied du cruci­


fix et adresse au Christ une prière pour exprimer sa foi,
son amour, son espérance. Ecrivez cette prière en trois
paragraphes.

4- Paul décide d'acheter une croix à sa mère à l'occasion de


son anniversaire. Il se présente chez le bijoutier qui lui
montre une telle variété de croix qu'il hésite, repart sans
rien acheter, consulte sa grande soeur, revient et fait
enfin son choix. Décrivez ces trois scènes successives.

Il ne s'agit pas de décrire la fête anniversaire mais bien


les péripéties de cet achat dont la principale et la plus
difficile est la première visite chez le bijoutier où Paul est
émerveillé devant la variété des croix disponibles. Pour
mieux réussir, il ne serait pas mal d'observer les étalages
de bijouterie, d'en causer même avec le bijoutier. Consul­
ter le vocabulaire de la croix.

5- Sujets libres, La croix du chemin. - La croix de la Mon-


tagne. - Une cérémonie au calvaire dans une campagne.

Vocabulaire de la croix.

1) Espèces : croix latine, grecque, égyptienne, trefflée, an­


crée, gammée, fleurdelisée, funéraire, processionnelle,
pectorale, papale, reliquaire, de Malte, de Saint-André. . .
2) Matière : de bois, de métal (or, argent, platine, cuivre,
étain, nickel), de marbre, de plâtre, d'ivoire, d'ivoirine,
plaqué; elle peut être rugueuse, jolie, luisante, terne,
lourde, massive, légère, etc. . .
3) Les parties de la croix : pièce verticale, horizontale,
croisillon, traverse, support, appui, piédestal, écriteau,
m onogramm e.
L'HABITAT - L'EGLISE 81

Le Christ peut être de bois, de métal. . . ; la figure peut


être attachante, attristée, calme, douloureuse, noble,
tendre, amaigrie, pale, blême, livide, marbrée, maculée,
tachée, mutilée, meurtrie; les plaies peuvent être béantes,
profondes, ouvertes, rouges, violacées, fermées, horri­
bles, larges...; il peut émouvoir, troubler, impressionner,
bouleverser, agiter, frapper, passionner, déconcerter, af­
fecter, remuer, inspirer des sentiments d'amour, de pitié,
de commisération, • de miséricorde, de tendresse, de cou­
rage, de force...

A lire • La croix de Saint-Norbert, par le F. Marie-Victorin.


LES PLANTES

ANDRE THEUR1ET
(1833-1907)

Né en Lorraine et membre de l'Académie Française, il a laissé comme


prosateur plus de 40 volumes de romans et de nouvelles. Citons L'Automne
dans les bois, La Vie rustique, Ma Tante Valentine, L'Oncle Scipion, La Prin­
cesse verte, Tante Aurélie, que tous peuvent lire. Son âme de poete s'est ex­
primée dans un volume de vers : Intérieurs et Paysages tout plein de ravissants
tableaux. Ses descriptions de la campagne et de la forêt sont de vrais modè­
les.

17- LE TILLEUL

Le tilleul a je ne sais quoi de tendre et d'attirant.


Son écorce grise et embaumée saigne à la moindre bles­
sure.

En hiver, ses jeunes pousses sveltes s'empourprent


5 comme le visage d'une jeune fille à qui le froid fait
monter le sang aux joues. Ses feuilles en forme de
coeur ont un susurrement doux comme une caresse.

Si vous allez vous reposer sous son ombre, par


une belle après-midi de juin, vous serez pris comme
10 par un charme. Tout le reste de la forêt est assoupi
et silencieux; à peine entend-on au loin un roucoulement
de ramiers; la cime arrondie du tilleul seule bourdonne
dans la lumière. Au long des branches, les fleurs,
d'un jaune pâle, s'ouvrent par milliers, et dans chaque
15 fleur, chante une abeille. C'est une musique aérienne,
joyeuse, née en plein soleil, et qui filtre, peu à peu,
jusque dans les dessous assombris où tout est paix et
fraîcheur. En même temps chaque feuille distille une
rosée mielleuse qui tombe sur le sol en poudre
20 impalpable; et, attirés par la saveur sucrée de cette
manne, tous les grands papillons des bois tournoient
lentement dans une demi-obscurité, comme de magnifi­
ques fleurs ailées.
LES PLANTES 83

Pendant les nuits d'été, la magie du tilleul se


25 révèle dans toute sa puissance, Au parfum des prés
mûris, la forêt mêle la balsamique (1) odeur des
tilleuls. C'est une odeur moins pénétrante que celle
des foins coupés, mais plus embaumée et faisant rêver
à de lointaines féeries.

André Theuriet,
Sous Bois, Fasquelle, éd.

LE VOCABULAIRE.

1- Expliquez les mots soulignés,

2- Classez les observations de l'A. sous les titres suivants :


renseignements fournis par la vue, l'ou'i'e, le goût, l'odo­
rat, le toucher.

3- Qu'est-ce qu'une musique aérienne ? D'où vient ce mot .


aérienne ? Quels sont ses dérivés. Ajoutez à musique
des épithètes ou des compléments de nom qui désignent
les sortes de musique,

4- Dressez la liste des mots employés au sens figuré et


soulignez les verbes et les adjectifs pittoresques qui font
image.

5- Ajoutez aux bruits suivants un complément de nom qui en


fasse distinguer le sens : susurrement, battement, bour­
donnement, hurlement, vocifération, vrombrissement, pé­
tillement, gazouillement, pétarade, chahut, vacarme, chu­
chotement .

6- Enumérez les verbes d'action qui décrivent la vie de


l'arbre.

7- Par quels termes désigne-t-on les lieux plantés d'arbres ?


Quels noms donne-t-on à l'ensemble de ses branches, de
ses feuilles ?

(1) Balsamique : du latin balsamum, baume; une odeur semblable à celle que dégage le baume.
LES PLANTES 84

8- Donnez des épithètes qui conviennent particulièrement au


tronc - aux feuilles - à une branche de l'arbre.

9- Enumérez des composés du mot arbre.

10- Qu'est-ce que l'arbre de vie ? l'arbre de la science du


bien et du mal ? l'arbre de la croix ? un arbre de couche ?
un arbre généalogique ? un arbre sacré (quels sont-ils) ?

LA PHRASE ET SES ELEMENTS.

1- Conjuguez, dans une phrase complète, forme négative,


précédés de afin que, les verbes savoir, saigner, être
pris, s'assoupir, distiller, tournoyer, à la deuxième per­
sonne du pluriel.
Exemple : Je vous le répète afin que vous n'alliez pas
l'oublier.

2- Quelle est la fonction des groupes "tendre et attirant"


(1.1) ? "à la moindre blessure" (1.2-3) ? "par un char-
me"(l. 10) ? " d'un jaune pâle" (1. 14) ? "une abeille"(l. 15) ?
"par la saveur" (1.20) ?

3- Comment désigne-t-on les degrés de qualification dans :


à la moindre blessure, moins pénétrante, plus embaumée.

4- Relevez les comparaisons qui vous semblent les plus jus­


tes et pittoresques.

5- Comment analyser où dans "où tout est paix" (1.17) ? Et


dans : la ville où je vais; je sais où je vais; où allez-vous ?

6- Distinguez le nombre et la nature des propositions dans la


phrase : "C'est une musique..."

7- Faites voir la variété de forme et de construction des


phrases des paragraphes 1 et 2. Sur ce modèle décrivez
un arbre que vous connaissez bien.
LES PLANTES 85

LA COMPOSITION.

1- Pourquoi le tilleul est-il tendre et attirant ?

2- Cette description du tilleul est-elle assez complete pour


vous le faire distinguer de tout autre arbre ? Que dit
l'auteur de chacune de ses parties ?

3- Comment l'auteur indique-t-il l'idée générale de cette des­


cription ?

4- A quelle époque précise l'A. a-t-il situé sa description ?

5- Indiquez le plan suivi.

6- Citez les locutions, des proverbes, des dictons populai­


res en rapport avec l'arbre, et donnez-en le sens.

7- Quelle impression l'A. cherche-t-il à créer dans cette


description ? Quels moyens emploie-t-il à cette fin ?

REDACTIONS-

1- Exercices-éclairs.
1) Sur le modèle des trois dernières phrases, décrivez
la lune pendant une nuit d'hiver, le soleil en plein
m idi.
2) Ce texte ne contient aucune conclusion. Ajoutez-en
une en rapport avec le ton et le développement. Ré­
flexion personnelle, impression générale, conseil: . .

2- En vous inspirant de ce texte, décrivez l'érable (ou un


autre arbre que vous connaissez mieux) tel qu'il vous ap­
paraît, le printemps, l'été, l'automne.
1) Idées suggérées par la vue : foyer, écorce, ramure,
rameau, branche, nuances, teintes, tons, ambre, bro­
cart, rouge, or, jaune, clair, sombre, parc, boule­
vard, allée d'arbres, plantations d'alignement, cime,
forêt, bocage, bosquet, souche, feuillage, touffu,
noueux, dentée, lobée, agrémenter, orner, charmer,
se dresser, s'élever...
LES PLANTES 86

2) Le toucher : lisse, rugueux, à l'ombre, chauffage,


bouillir, rafraîchir, réchauffer. . .
3) Le goût : sève, sirop, sucre, saveur, succulent, ex­
quis, délicieux. . .
4) L'odorat : arôme, vapeur, répandre, exhaler, embau­
mer, parfumer, se dégager, émaner...
5) L'ou'i'e : bruissement, frémissement, crépitement,
chant, concert, oiseaux, cris...
6) Le raisonnement : essence, variété, cône, valeur
commerciale, industrielle, ébénisterie, squelette,
abriter, protéger, cacher, rapprocher, bifurquer,
tailler, enter, émonder, couronner, abattre, déraci­
ner, grandir, croître, dominer, se dépouiller, proje­
ter de l'ombre. . .

3- La Ville a décidé de couper un vieil arbre qui gêne la cir­


culation dans une rue. ( Ou bien ce sont des entrepreneurs
en construction pour déblayer un terrain.) Imaginez la
scène si vous ne l'avez pas déjà observée.

But : faire partager au lecteur les sentiments que vous


éprouvez en voyant disparaître un vieil arbre qui vous est
cher.

Moyens : montrer les raisons que vous avez d'y être atta­
ché, vos regrets de le voir abattre. Le personnifier si
possible, le faisant voir comme un vieil ami que de cruels
bourreaux viennent exécuter sous vos yeux.

Lire au préalable La corvée des Hamel par le F. -M.


Victorin (Croquis Laurentiens).

4- A cette époque de l'année, il vous sera facile de traverser


des vergers en fleurs, de visiter un parc qui renaît avec
le printemps, un jardin botanique. Décrivez ce que vous
avez observé.

5- Faites parler un vieil arbre dans une cour de collège. Il


évoque ses souvenirs un beau soir de juin : il en a d'amers
et de doux, de tristes et de gais. Ce sont les revers su­
bis de la part des tempêtes ou de cruels écoliers, ce sont
LES PLANTES 87

les services qu'il a rendus à la gent ailée comme à la


gent écolière. Joies d'arrivée, tristesse de départ, soli­
tude .

N. B. Bien déterminer l'espèce d'arbres à décrire, les di­


vers temps de l'année, les souvenirs à évoquer, les senti­
ments à produire. Le grand danger est de tomber dans la
confusion. On l'évitera en faisant un choix bien réfléchi
des détails les plus propres à atteindre son but, en les
disposant de façon graduée.

6- Il est question de planter deux rangées d'arbres en bordu­


re du chemin qui va de la maison à la rue. Une dispute
s'élève entre Madame qui voudrait une haie de peupliers,
et Monsieur qui désire des érables. Les deux espèces ont
leurs avantages et leurs inconvénients. Montrez-les en
faisant dialoguer vos personnages.
LES PLANTES

F. MARIE-VICTOR] N
(1855-1944)

Conrad Kirouac était entré chez les Frères des Ecoles Chrétiennes. Infa­
tigable travailleur dont la débordante activité s°est exercée dans tous les do­
maines. Professeur a la Faculté des Sciences, à Montréal, véritable créateur
du Jardin botanique de Montréal, il fut surtout un éminent botaniste qui a
disséminé en diverses revues et recueilli en volumes des publications scientifi­
ques variées. Sa Flore Laurentienne, ses Récits Laurentiens (1919) et ses
Croquis Laurentiens (1920) lui assurent un rang honorable parmi les savants et
nos écrivains.

18- LA SARRACENIE, MERVEILLE DE NOS SAVANES

Voyez ! De la mousse bombée en tertre s'élève


la couronne de feuilles. Chacune d'elles est repliée
en long, comme cousue bord à bord par une main novice
qui n'aurait pas su dissimuler le pli. Ainsi transformée,
5 cette feuille est devenue une urne profonde, une conque
nervée, veinée comme un bras humain, mais une conque
surmontée par un opercule (1) en forme d'oreille dressée
qui ne se ferme jamais aux légers bruits de la savane.

Et du milieu des feuilles monte, robuste et drue,


10 la hampe (2) que couronne une fleur, une seule fleur
penchée, merveille d'ingéniosité, joyau d'art infini 1
A l'intérieur d'un grand calice vert, cinq pétales d'un
riche velours pourpre entourent avec mystère la couron­
ne des étamines, l'ovaire, et le style en parasol, unique
15 en son genre. Irradiant du centre de ce parasol, cinq
lignes fortement marquées vont aboutir à cinq papilles,
cinq stigmates, cinq petites lèvres tendues aux baisers
qu'apportera la brise.

Lorsque la chaleur de la savane aura exalté les mil-


20 le et une vies de la mousse et de la brousse, mûrissant

(1) Opercule ; espèce de couvercle qui ferme Turne des mousses. Se dit aussi de la mince mem­
brane qui ferme les cellules des abeilles.
(2) Hampe : le pédoncule.
LES PLANTES 89

les étamines, jetant au vent la poudre fine des pollens,


quelques grains invisibles s'agripperont à ces stigmates.
Et le tube pollinique (1) commencera son étonnant voya­
ge, traversant les tissus du parasol, s'insinuant à
l'intérieur de la colonnette pour pénétrer enfin jusqu'à
25 l'ovule et le féconder. Un autre tube pollinique suivra
bientôt un chemin parallèle pour aller féconder un autre
ovule, puis un troisième, et ainsi de suite jusqu'à
l'achèvement du grand oeuvre de vie.

F. Marie-Victorin, d.H-C.,
Bibliothèque des Jeunes Naturalistes,
Tract n° 5.

LE VOCABULAIRE.

1- Expliquez les expressions et les mots soulignés.

2- Quelle est la différence entre savane et brousse ?

3- L'A. emploie les mots papilles, stigmates et lèvres (1. 16-


17). Comment ces mots, placés en apposition, peuvent-ils
tous désigner la même chose ?

4- Dressez la liste des mots qui appartiennent proprement à


la botanique. Soulignez ceux qui se rapportent à la fleur
elle-même.

5- Quels sont les mots employés, ici, au sens figuré ? Citez


aussi quatre mots abstraits.

6- Expliquez "merveille d'ingéniosité" (1.11), "joyau


d'art" (1. 11).
S

7- Donnez le vrai sens de fleur dans les expressions suivan­


tes : la fleur de la jeunesse; une fleur de rhétorique; à
fleur de. . . ; l'orateur l'a couvert de fleurs; une fleur d'in­
nocence, de génie.

(1) Pollinique : qui a rapport au pollen.


LES PLANTES 90

8- Décomposez les mots dissimulée, transformée, s’agrippe­


ront.

LA PHRASE ET SES ELEMENTS.

1- Donnez la fonction des mots soulignés dans les expressions


bombée en tertre (1.1), cousue par une main (1.3), surmon­
tée par un opercule (1.7).

2- Analysez les verbes suivants en donnant leur valeur modale


et leur valeur temporelle : voyez ! est replié, est devenue,
n'aurait pas su (1er parag. ), aura exalté (3e parag.).

3- Etudiez la construction de la phrase "Et du milieu. .." (1. 9)>


après avoir donné la fonction de hampe (1.10), que cou­
ronne (1. 10), fleur (1. 10).

4- Sur le modèle de la phrase étudiée à la question précéden­


te, décrivez un clocher d'église, un chapeau porté par une
dame, la chevelure d'un camarade.

5- Quelle est la fonction des du d', de, des, dans les expres­
sions suivantes : du milieu (1.9), des feuilles (1-9). d'un
grand (1.12), d'un velours (1.12-13), des étamines (1.14),
du centre de ce parasol (1. 15) ?

6- Indiquez les comparaisons et les métaphores de ce texte,


Quelles sont celles qui font le mieux voir la feuille et la
fleur ?

7- Quelle est la fonction des propositions de la phrase


"Irradiant..." 2e paragraphe ?

8- Montrez que l'A. se sert surtout de verbes d'action dans


sa description. Quel effet de style obtient-il ainsi ?
LES PLANTES 91

LA COMPOSITION.

1- Quel ordre l'auteur suit-il dans cette description ?

2- Prouvez que l'auteur a bien raison d'écrire que la fleur


de la sarracénie est une "merveille d'ingéniosité"., "un
joyau d'art".

3- Quelle est la couleur de cette fleur ?

4- Comment l'auteur a-t-il situé son sujet à la fois dans


l'espace et dans le temps ?

5- On sent dans cette description que l'auteur est un savant


qui s'exprime avec des termes techniques, un littérateur
qui s'exprime aussi en une langue vivante et imagée.
Prouvez -le.

REDACTIONS.

1- La sarracénie est une plante de tourbière qui croît dans le


voisinage des airelles : bluets et atocas. Supposez qu'elle
s'adresse à un groupe de jeunes promeneurs qui ne sem­
blent s'intéresser qu'aux airelles. Elle fait son propre
portrait, se compare à ses voisines, cherche à gagner au
moins un témoignage d'admiration.

2- Décrivez le blé aux diverses saisons de l'année (On pourra


choisir une autre plante céréale plus familière, mieux ob­
servée) .

Plan.
1) La préparation du terrain, les semailles, la germina­
tion. . .
2) La végétation, la description du blé à ses diverses
phases, les dangers qu'il court, les soins qu'il exige. . .
3) L'époque de la maturité : description de l'action du
soleil, du vent, de la moisson, du battage, du net­
toyage . . .
4) L'utilité.
LES PLANTES 92

V ocabulaire.
1) Parties diverses : racines, tige, chaume, glume, fi­
laments, barbe, ovale, fruit sillonné, épillet, épi.
2) Culture : labourer, herser, semer, emblaver, glaner,
battre, moudre, grossir, croître, couper, charrue,
semoir, faucille, moissonneuse, lieuse, meule, gerbe,
batteuse, paille, litière, nourriture. . .

3- Le bouquet de fête. -
Vous allez chez le fleuriste acheter pour une cérémonie
religieuse ou pour un anniversaire une gerbe de fleurs.
Décrivez la scène, insistant surtout sur la description des
fleurs que vous choisissez et donnant les raisons de votre
choix.

Pr éf ér enc e accordée à la forme, aux couleurs, au parfum,


à la durée, Façon de disposer le bouquet, d'a ssembler
les fleurs, d'assortir les couleurs.

Vocabulaire. - Opposition des couleurs, coloris, assorti­


ment des nuances, langage des fleurs, emblème d’amour
filial, de pureté, de reconnaissance. - Vase de verre, de
porcelaine, fougère, touffe, etc.

4- Le pissenlit et la violette.
Imaginez un dialogue entre ces deux fleurs. La première,
symbole d'humilité, de modestie, .de discrétion, ne songe
qu'à orner, à répandre un parfum suave et discret. Le
pissenlit étale au grand jour ses couleurs voyantes. Il
ambitionne de servir de salade avec ses feuilles, de guérir
des maladies avec ses racines. Deux promeneurs survien­
nent et mettent fin à ce dialogue en cueillant l'une et l'au­
tre. Ce qu'ils feront.

5- Si vous avez l'occasion de faire une promenade dans un


jardin, un parc, de visiter une exposition de fleurs, les
étalages de fleuristes, décrivez ce que vous avez vu ce
que vous avez le plus apprécié.
LES PLANTES 93

Vocabulaire de la feuille.
Parties :
1) le limbe,
2) les nervures,
3) le pétiole.

Formes : ovales (hêtre, orme), cordiformes et dentées


(peuplier), lobées (chêne),... Elles peuvent être velues,
ciliées (garnies de poils comme des cils), de teintes diver­
ses.
Dispositions : opposées, alternes, verticillées (dispo­
sées circulairem ent), radicales (près de la racine), termi­
nales (au sommet de la tige).

Vocabulaire de la fleur.
Parties de la fleur :
1) le pédoncule;
2) le réceptacle, 'partie gonflée à l'extrémité du pédon-
cule" ;
3) les sépales, "petites feuilles étalées sur le réceptacle
et dont l'ensemble forme le calice";
4) les pétales (masc.) "feuilles colorées soutenues par le
calice et dont l'ensemble porte le nom de corolle" ;
5) les étamines, "filets surmontés d'un sac rempli d'une
espèce de poudre". L'extrémité du filet, gonflée en
forme de sac, s'appelle anthère, et la poussière qu'il
renferme est le pollen;
6) le pistil, composé de l'ovaire, du style et du stigmate
"sommet du style où germe le pollen". C'est dans
l'ovaire que se forme la graine qui devient le fruit,
LES VOYAGES

ANTOINETTE TARDIF
(Michelle Le Normand)

Auteur d’intéressantes chroniques parues sous le titre : Autour de la


Maison, où l’on trouve des description réussies. Elle semble depuis quelques
années s’orienter vers le roman et a publié : Le Nom dans le Bronze, La plus
belle chose du monde, Enthousiasme, La maison aux phlox.

19- ARRIVEE D'UN BATEAU

Sous le ciel lourd du soir trop chaud, toute la


petite ville semble attendre.

A chaque extrémité du débarcadère, (1) se balance


une faible ampoule électrique et les promeneurs vont et
5 viennent, de cette clarté pauvre à l'ombre, que le blanc
des robes éclaire. Des enfants se penchent au-dessus
du Richelieu qui coule tranquille, profond et noir. Une
horloge cle^ la tour du bureau de poste, veille sur Sorel
comme un phare; lentement, elle sonne dix heures. Une
10 lumière surgit au loin.

Ce falot qui approche, suspendu au mât invisible,


ne donne d'abord qu'une étoile de plus à la nuit qui
cache le fleuve; puis le bateau, dépassant la Pointe aux
Pins, se montre tout entier, blanc, énorme, ses fenêtres
15 illuminées se réfléchissant dans les vagues, en longues
colonnes torses. (2) Il entre dans le Richelieu, ralentit,
glisse, rasant le quai. Du haut des ponts, les passagers
regardent les matelots enrouler les lourds câbles de
chanvre aux bornes d'amarrage, ou cherchent dans cette
20 foule des visages connus.

(1) Débarcadère, du latin barca, barque. Endroit d’une côte ou du quai d'un port, où l’on
peut accoster pour y débarquer. Sur les chemins de fer, lieu d arrivée et de départ des
trains. On dit aussi embarcadère.
(2) Torses : féminin de tors, rarement employé : tordues.
LES VOYAGES 95

La passerelle est tirée. Les cochers offrent


leurs fiacres démodés aux voyageurs qui descendent.
Sur leurs roues cerclées de fer, surchargés de baga­
ges, les cabrouets (1) circulent du navire aux hangars
25 Des autos démarrent brusquement, noyant le bruit des
cris et des rires.

Michelle Le Normand,
Le Nom dans le Bronze, Le Devoir, éd.

LE VOCABULAIRE.

1- Expliquez les expressions et les mots soulignés.

2- Relevez dans le texte tous les termes particuliers à la


description d'un port.

3- Assignez aux verbes suivants deux compléments, afin d'en


varier le sens : attendre, éclairer, couler, veiller, cacher,
descendre, noyer.

4- Lumière, clarté, lueur, éclat, splendeur, peuvent-ils


s'employer toujours indifféremment l'un pour l'autre ? En
quoi different-ils de sens ? Donnez un exemple.

5- Décomposez les mots surcharger, démarrer, circuler.


Citez quelques mots de la même famille.

6- Bateau est le nom générique des constructions flottantes de


toute dimension destinées à la navigation. Enumérez les
autres embarcations que vous connaissez. Donnez aussi
les diverses parties d'un navire.

7- Quels sont les termes qui donnent du mouvement à cette


description ?

8- Quelles épithètes pourraient convenir à un bateau immobi­


lisé ? à un bateau en mouvement ?

(1) Cabrouet : petite charrette a deux roues qu°on emploie pour transporter les bagages.
LES VOYAGES 96

LA PHRASE ET SES ELEMENTS.

1- Quelle est la fonction des groupes de mots suivants : de


cette clarté pauvre - à l'ombre (1. 5) ? sur Sorel (1. 8) ?
profond et noir (1.8) ? du haut des ponts (1. 17) ? mate­
lots (1. 18) ?

2- Citez une comparaison et trois images employées dans le


texte; expliquez-les.

3- Groupez en trois colonnes distinctes les verbes transitifs


directs, les verbes transitifs indirects, les verbes intran­
sitifs du texte.

4- Quel est le sens de ne qu1, dans "ne donne qu'une étoile


de plus à la nuit" (1. 12) ?

5- De quelle nature sont la plupart des propositions de ce


texte ? Comment l'A. évite-t-il la monotonie ?

6- Quelle est la différence entre " des" (1.6), "des" (1. 17),
" des" (1. 20) ?

7- Citez une énumération qui décrit une scène vraiment pitto­


resque.

8- Sur le modèle du 3e paragraphe, décrivez l'arrivée d'un


train en gare ou celle d'un autobus que vous attendez au
coin d'une rue.

LA COMPOSITION.

1- Quel titre pourrait convenir à chacun des paragraphes ?

2- Relevez les détails qui montrent l'animation de ce port.

3- Prouvez à l'aide de citations, que cette scène est décrite


d'une manière précise.

4- Expliquez : "la nuit qui cache le fleuve...", "ne donne


d'abord qu'une étoile de plus. . . " .
LES VOYAGES 97

5- Commentez la réflexion de l'auteur "toute la petite ville


semble attendre" .

6- Pourquoi certains voyageurs préfèrent-ils les fiacres dé­


modés aux taxis modernes ?

REDACTIONS.

1- Imaginez que vous êtes parmi les voyageurs qui montent


dans ce même bateau. Décrivez votre arrivée à l'embar­
cadère, le départ du bateau, l'éloignement du quai.

2- Vous allez à la rencontre d'un parent ou d'un ami à la


gare d'autobus, de chemin de fer ou à l'aéroport. Décri­
vez la scène.

3- Paul part en voyage. Malgré les conseils de ses parents,


il ne se hâte pas assez. Il arrive une minute trop tard,
doit attendre deux heures à la gare. . .

4- Excursion manquée. - Longs et soigneux préparatifs de


départ pour une excursion en plein air. Le jour arrivé,
une pluie torrentielle gâte tout. Déception.

5- Mon premier voyage. Rappelez-vous le premier voyage


que vous avez fait seul, quel que fût votre moyen de loco­
motion. Vous essaierez de décrire votre joie, vos em­
barras, vos audaces ou vos hésitations, etc... plutôt que
de raconter votre voyage.
LES VOYAGES

JULES ROMAINS (1)

Un autre "homme de bonne volonté", Félix Wazemmes, était encore


tout jeune adolescent en 1908. Son intelligence pratique et son audace, son
coup d’oeil critique et sa rapidité d’esprit lui ont permis de trouver une occu­
pation honorable : voyageur pour une compagnie immobilière, fondée par un
autre personnage Haverkamp, il est chargé de repérer les terrains a vendre ou
à louer, les maisons en cours de démolition, etc... Nous le voyons ici, dans
les rues de Paris, au retour d’une tournée d’inspection.
Le caporal Félix Wazemmes mourra glorieusement pour la France pendant
la guerre de 1914-18.

20- EN AUTOBUS, EN 1^08

A ce moment, Wazemmes vit approcher un autobus


de la ligne J, qui se dirigeait vers Montmartre, et il
décida de le prendre. Le point d'arrêt était à deux pas.

D'ailleurs, les autobus, qui dataient de peu, et qui


5 étaient rares, avaient encore du prestige. Wazemmes
les recherchait. Il leur devait à peu près toute son
expérience pratique de l'automobile. La lecture d'un
manuel devient beaucoup plus vivante, lorsqu'on est
familier avec le bruit des changements de vitesse, avec
10 la terrible trépidation d'un moteur qui travaille en pre­
mière, avec les secousses des coups de freins, avec
l'odeur des gaz brûlés...

Cet autobus allait rondement. Le moteur faisait


son bruit serré de mitraille, sans pétarades anormales.
15 Les démarrages s'accompagnaient d'un rugissement de
bon aloi, et au bout d'une dizaine de secondes, on en­
tendait un bruit d'écrasement, celui que ferait une loco­
motive en broyant une rangée de barriques; c'était le
passage en deuxième vitesse que le chauffeur venait de
20 réussir d'un seul coup.

(1) Voir plus haut la notice, p, 108.


LES VOYAGES

"Bien, bien, pensait Wazemmes, mais je l'attends


à la montée". Passé la rue Montholon, én effet, la
pente de la rue Rochechouart se relevait vivement. Les
deux raidillons les plus traîtres se trouvaient de part
25 et d’autre du carrefour Condorcet. Et chaque raidillon
était précédé d'une halte, qui coupait l'élan de la voi­
ture. Aurait-on la chance cette fois-ci de n'avoir
aucun voyageur à laisser ou à prendre; et le receveur
pourrait-il donner le coup de timbre avant que le chauf-
30 feur n'eût donné le coup de frein ? C'était une des
émotions favorites de Wazemmes.

Hélas, il fallut s'arrêter, et contrairement aux


espérances qu'il avait fait naître, l'autobus eut un dé­
marrage des plus pénibles. Non seulement, il ne fut
35 pas question de passer en deuxième vitesse, mais le
chauffeur dut se livrer à une manoeuvre que Wazemmes
connaissait trop bien, et qui consistait à baisser à fond,
puis à relâcher à demi, d'un mouvement alternatif, la
manette d'admission des gaz. Wazemmes avait cherché
40 en vain dans "les petits secrets de l'automobile" l'ex­
plication, ou la simple mention de ce procédé. Mais
il avait vu le chauffeur de l'autobus J en user tant de
fois, sur les deux raidillons de la rue Rochechouart,
que ce geste de pompage anxieux avait fini par faire
45 partie de ses propres réflexes. Il lui arrivait d'en
rêver la nuit. L'un de ses cauchemars les plus fidè­
les évoquait un autobus, qu'il était chargé de conduire,
sur une côte des plus rudes; Wazemmes avait beau
secouer la manette avec une habile lenteur, mettre toute
50 son âme dans ce mouvement de sollicitation et d'injection,
l'autobus perdait le souffle et reculait; d'où un brusque
réveil de Wazemmes.

Le premier raidillon était terminé. Wazemmes


s'accorda un peu de détente, et, sortant de son extase
55 technique, reprit contact avec les gens de l'intérieur.

Jules Romains,
Les hommes de bonne volonté.
Flammarion, édit.
LES VOYAGES 100

LE VOCABULAIRE.

1- Quel est le sens des mots soulignés ?

2- Quel est le sens des expressions suivantes : à deux pas


( 1. 3), travaille en première ( 1. 10-11), de bon aloi ( 1. 16),
d'un seul coup (1.20), mouvement alternatif (1.38), perdait
le souffle (1. 51) ?

3- Quel est le radical, le préfixe ou le suffixe des mots sui­


vants : manuel (1.8), manoeuvre (1.36), carrefour (1.25),
conduire (1.47), injection (1. 50), contact (1.55) ? - Donnez
dix mots de la même famille que : manuel.
Citez cinq synonymes de carrefour.

4- Quelle différence de sens y a-t-il entre les deux emplois


du verbe prendre dans les expressions : il décida de le
prendre (1. 2-3) - aucun voyageur à laisser ou à prendre
(1. 28) ?

5- Remplacez le verbe donner par un verbe plus précis dans


les expressions : donner le coup de timbre (1.29), donner
le coup de frein (1.30).

6- Montrez que vous saisissez le sens précis (et le ton) des


expressions suivantes en les employant dans de courtes
phrases de votre composition : attendre à (1.21-22), n1 être
pas question de (1. 34-35), connaître trop bien (1. 37), faire
partie de (1.44-45), avoir beau (1.48).

7- "A deux pas. - D'un seul coup. - A fond" Connaissez-


vous d'autres expressions idiomatiques où se rencontrent ces
mots : pas, coup, fond.
LES VOYAGES 101

LA PHRASE.

1- Relevez les adjectifs employés dans le texte à la forme


comparative.

2- Indiquez la nature et la fonction des mots suivants :


un (1.1), rares (1.5), cet (1.13), mitraille (1.14),
celui (1.17), fois (1.26), aucun (1.28), contrairement (1.32),
anxieux (1.44), cauchemars (1.46), lenteur (1.49), gens
(1.55).

3- Analysez l'expression : "Passé la rue Montholon" .

4- Nature, forme et fonction des propositions de la dernière


phrase du deuxième paragraphe : "La lecture d'un manuel.,
brûlés" .

5- Relevez tous les verbes accidentellement pronominaux et


réfléchis employés dans le texte.

6- Quelle est la voix du verbe : était précédé (1. 26) ? le


mode et le temps de : ferait (1. 17) ? le sens de : reculait
(1. 21) ? la forme de : n'eût donné (1.30) ? le sens de :
avait cherché (1.39) ?

7- "Et le receveur pourrait-il. .. coup de frein ?" (1.28-30)


Dites le mode et le temps de chacun des verbes de ce
membre de phrase. Transcrivez-le en conjuguant le ver­
be régissant au futur simple de l'indicatif. Refaites la
phrase afin d'employer après que (à la place d'avant que)
sans changer le sens de la phrase : le verbe régissant
sera conjugué dans ce deuxième cas au conditionnel pré­
sent.

8- Transcrivez la première phrase du 5e paragraphe en con­


juguant les verbes régissants au futur simple.

9- Rédigez au style direct les trois dernières phrases du 5e


paragraphe. (Faites attention à la forme des pronoms et
des adjectifs possessifs).
LES VOYAGES 102

LA COMPOSITION.

1- Décrivez, à l'aide d'une comparaison adéquate, le bruit


que fait aujourd'hui un moteur d'autobus qui passe en
deuxième vitesse.

2- La mécanique de 1908 était bruyante. Quelles différentes


espèces de bruits sont ici évoquées par l'auteur ?

3- Quels sentiments l'auteur prête-t-il à son héros par les


remarques suivantes : "Wazemmes les recherchait" -
"Bien, bien... mais je l'attends à la montée" - "Hélas,
il fallut s'arrêter. . . " ?

4- Trouvez-vous que l'expression : "sortant de son extase


technique" soit particulièrement bien choisie ? Pourquoi ?
Quelle figure de style emploie ici l'auteur ? Pourquoi
l'emploie-t-il ?

5- Quelques expressions parlées ornent le texte. Lesquelles ?


Comment contribuent-elles à peindre Wazemmes ?

6- Pour quelles raisons Wazemmes consulte-t-il les "petits


secrets de l'automobile" ? Quels sont vos sentiments
personnels à l'égard de la mécanique ?

LA REDACTION.

1- Exercices-éclairs.

a) Décrivez en cinq lignes :


un autobus;
l'intérieur d'un autobus;
le chauffeur d'un autobus;
Wazemm es.

b) Etablissez en trois lignes une comparaison entre un


autobus et un animal (de votre choix).
LES VOYAGES 103

c) Décrivez en moins de dix lignes toutes les actions


qu'accomplit successivement le chauffeur pour faire
démarrer l'autobus (ou une automobile).

d) Choisissez parmi les actions précédemment énumérées


1) celles qui témoignent de la prudence du chauffeur;
2) celles où se remarque son habileté;
3) décrivez-en maintenant l'automatisme.

e) Un chauffeur complaisant. Racontez en huit lignes un


événement dont vous avez été témoin et par lequel
s'est révélé la complaisance d'un chauffeur (d’autobus
ou autre).

2- Imaginez les réflexions que l'observation des "gens de


l'intérieur" suggère à Wazemmes : vous essaierez de vous
renseigner sur les modes du début du siècle pour que vos
descriptions soient exactes - vous essaierez d'accorder les
réflexions de Wazemmes à son caractère.

3- Vous montez en autobus. A quelles réflexions vous livrez-


vous ? Imaginez-vous le fonctionnement du moteur et
tombez-vous dans des extases techniques ? ou passez-vous
le temps à observer vos voisins, à écouter ce qu'ils di­
sent, à noter et à interpréter ce qu'ils font, à imaginer
ce qu'ils pensent ? Racontez l'un de vos voyages en auto­
bus.

4- Des amis vous ont invité à faire une promenade dans une
voiture flambant neuve. Dites quelles furent vos impres­
sions .

5- Un jeune homme poli et bien élevé (ou une jeune fille)


monte en autobus. Décrivez son allure, ses actes et son
langage.
LE TRAVAIL
1- Joie du travail accompli (Alphonse Daudet)
2- Collégien courageux (Alphonse Daudet)

LES LOISIRS
3- La boxe (Henri Ghéon)
4- Premiers émois d'un pianiste (Romain Rolland)

L'AIR
5- La naissance du vent (Edmond Jaloux)
6- Le départ du courrier d'Afrique (Saint-Exupéry)

L'HOMME
7- Orphelins sans étrennes (Arthur Rimbaud)
8- Bonne Perrette (René Bazin)

L'EAU
9- L'eau meurtrière (Mgr Félix-Antoine Savard)
10- Rêveries d'un promeneur solitaire (Jean-Jacques
R ous s eau

LES ANIMAUX
11- Le petit chat (Edmond Rostand)
12- Le porc (Paul Claudel)

LE FEU
13- Les phares du Havre (Guy de Maupassant)
14- L'incendie de Verdun (Jules Romains)
TABLE DES MAT I E R E S

Page

L'HABITAT
15- La maison canadienne d'autrefois (Sylva Clapin) 69
16- Le christ (Louis Mercier) 77

LES PLANTES
17- Le tilleul (André Theuriet) 82
18- La sarracénie (F. Marie-Victorin) 88

LES VOYAGES
19- Arrivée d'un bateau (Michelle Le Normand) 94
20- En autobus, en 1908 (Jules Romains) 98

-Jk-AL-
...

.
m - *>'•
IP

Deacidified using the Bookkeeper process.


Neutralizing agent: Magnesium Oxide
Treatment Date: March 2007

PreservationTechnologies
A WORLD LEADER IN PAPER PRESERVATION
111 Thomson Park Drivé
Cranberry Township, PA 16066
(724)779-2111
B N Q
C000137795

C 000 137 795

Vous aimerez peut-être aussi