0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
200 vues501 pages

Trigonométrie et Nombres Imaginaires

Transféré par

FruitGlacé
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
200 vues501 pages

Trigonométrie et Nombres Imaginaires

Transféré par

FruitGlacé
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

La Martinière Monplaisir

Cours de MPSI

14 septembre 2021
2
Table des matières

I Trigonométrie et nombres ima- 3 Quantificateurs universel et exis-


ginaires 7 tentiel. . . . . . . . . . . . . . . 73
1 Relation de congruence modulo 4 Raisonnements par récurrence. . 76
un réel . . . . . . . . . . . . . . 8
2 Les fonctions sinus, cosinus et V Nombres complexes 85
tangente . . . . . . . . . . . . . 8 1 L’inégalité triangulaire . . . . . 86
3 Modes de repérage dans le plan 2 Propriétés supplémentaires de
et angles orientés . . . . . . . . 10 l’exponentielle complexe et des
4 Trigonométrie . . . . . . . . . . 14 arguments . . . . . . . . . . . . 86
3 Groupe U des nombres com-
5 Nombres imaginaires . . . . . . 21
plexes de module 1 . . . . . . . 87
4 Équations du second degré . . . 87
II Fonctions usuelles 31
5 Racines énièmes. . . . . . . . . . 89
1 Rappels d’analyse. . . . . . . . . 32
6 Techniques de calcul . . . . . . . 90
2 Effet d’une transformation sur 7 L’exponentielle complexe . . . . 91
le graphe. . . . . . . . . . . . . . 36 8 Nombres complexes et géomé-
3 Composée de fonctions, réci- trie plane . . . . . . . . . . . . . 91
proque. . . . . . . . . . . . . . . 38
4 Fonction valeur absolue . . . . . 41 VI Équations différentielles linéaires 97
5 Fonctions puissances entières, 1 Résultats d’analyse . . . . . . . 98
polynomiales et rationnelles . . 43 2 Généralités sur les équations dif-
6 Fonctions exponentielles, loga- férentielles linéaires. . . . . . . . 104
rithmes et puissances quelconques 44 3 Équations linéaires du premier
7 Fonctions circulaires réciproques 48 ordre. . . . . . . . . . . . . . . . 107
8 Fonctions hyperboliques . . . . . 51 4 Équations différentielles du se-
cond ordre à coefficients constants.109
III Un peu de calcul 55
VII Théorie des ensembles 115
1 Le symbole somme : Σ . . . . . 56
1 Un peu d’histoire. . . . . . . . . 116
2 Le symbole produit : Π . . . . . 60
2 Définitions. . . . . . . . . . . . . 118
3 Quelques formules à connaître . 60
3 Interprétation logique . . . . . . 124
4 Systèmes linéaires et pivot de
Gauss . . . . . . . . . . . . . . . 64 VIII Notion d’application 125
1 Vocabulaire. . . . . . . . . . . . 126
IV Quelques fondamentaux 69 2 Restriction, prolongement . . . . 127
1 Propositions. . . . . . . . . . . . 70 3 Composition d’applications . . . 128
2 Connecteurs logiques. . . . . . . 70 4 Injectivité, surjectivité, bijectivité128
TABLES DES MATIÈRES

5 Image directe, tiré en arrière. . . 132 3 Propriétés des limites de fonctions.214


4 Théorèmes d’existence. . . . . . 216
IX Calcul matriciel 135 5 Cas des fonctions à valeurs com-
1 Définitions élémentaires . . . . . 136 plexes. . . . . . . . . . . . . . . 218
2 Systèmes linéaires . . . . . . . . 144
XV Continuité 221
X Relations d’ordre et d’équiva- 1 Définitions et premières proprié-
lence. 147 tés. . . . . . . . . . . . . . . . . 222
1 Relations binaires. . . . . . . . . 148 2 Les grands théorèmes. . . . . . . 225
2 Relations d’équivalence. . . . . . 149 3 Extension au cas des fonctions
3 Relations d’ordre. . . . . . . . . 150 à valeurs complexes. . . . . . . . 230
4 Majorants, minorants et compa-
gnie. . . . . . . . . . . . . . . . 150 XVI Polynômes 231
5 Relation d’ordre naturelle sur N. 154 1 K[X] : définitions et résultats
6 Relation d’ordre naturelle sur R. 154 algébriques. . . . . . . . . . . . 232
2 Décomposition. . . . . . . . . . 240
XI Entiers relatifs et arithmétique
3 Dérivation des polynômes. . . . 245
de Z 159
4 Arithmétique de K[X]. . . . . . 248
1 Divisibilité. . . . . . . . . . . . . 160
5 Formule d’interpolation de La-
2 PGCD, PPCM. . . . . . . . . . 161
grange. . . . . . . . . . . . . . . 254
3 Nombres premiers. . . . . . . . . 167
6 Annexe : construction de K[X] 256
XII Suites réelles et complexes 171 7 Annexe : fonctions polyno-
1 Vocabulaire. . . . . . . . . . . . 172 miales à valeurs dans un anneau 258
2 Limite d’une suite réelle. . . . . 173
3 Résultats de convergence. . . . . 178 XVII Dérivabilité 261
4 Traduction séquentielle de cer- 1 Définitions et premières proprié-
taines propriétés. . . . . . . . . 181 tés. . . . . . . . . . . . . . . . . 262
5 Suites particulières. . . . . . . . 181 2 Les grands théorèmes. . . . . . . 268
6 Suites définies par une relation 3 Extension au cas des fonctions
de récurrence d’ordre 1. . . . . . 185 complexes. . . . . . . . . . . . . 275
7 Suites à valeurs complexes. . . . 187 4 Convexité. . . . . . . . . . . . . 275
8 Premiers exemples de séries nu-
mériques. . . . . . . . . . . . . . 189 XVIII Fractions rationnelles 283
9 Annexe : unification des no- 1 Corps des fractions rationnelles
tions de limites. . . . . . . . . . 189 K(X). . . . . . . . . . . . . . . . 284
2 Étude locale d’une fraction ra-
XIII Groupes, anneaux, corps 193 tionnelle. . . . . . . . . . . . . . 288
1 Lois de composition internes. . . 194 3 Application au calcul intégral. . 293
2 Structure de groupe. . . . . . . 196
3 Anneaux . . . . . . . . . . . . . 201 XIX Espaces vectoriels 295
4 Structure de corps. . . . . . . . 204 1 Espaces vectoriels et combinai-
sons linéaires. . . . . . . . . . . 296
XIV Limite d’une fonction 207 2 Sous-espaces vectoriels. . . . . . 298
1 Préliminaires. . . . . . . . . . . 208 3 Translations, sous-espaces affines.304
2 Définitions de la limite d’une
fonction. . . . . . . . . . . . . . 209 XX Analyse asymptotique 309

4
TABLES DES MATIÈRES

1 Comparaison asymptotique de 1 Événements, probabilités. . . . . 386


suites. . . . . . . . . . . . . . . . 310 2 Variables aléatoires. . . . . . . . 396
2 Comparaison de fonctions. . . . 313
3 Développements limités. . . . . 316 XXVI Matrices et algèbre linéaire 415
4 Théorèmes de comparaison pour 1 Structure de Mn,p (K). . . . . . 416
les séries. . . . . . . . . . . . . . 324 2 Matrices, familles de vecteurs et
applications linéaires. . . . . . . 417
XXI Applications linéaires et fa- 3 Matrices remarquables. . . . . . 425
milles de vecteurs 327 4 Rang d’une matrice. . . . . . . . 427
1 Applications linéaires. . . . . . . 328 5 Systèmes d’équations linéaires. . 432
2 Familles de vecteurs. . . . . . . 331 6 Matrices semblables et trace. . . 433
3 Endomorphismes particuliers. . 341 7 Matrices par blocs (HP). . . . . 436
XXII Intégration 345 XXVIIDéterminants 441
1 Continuité uniforme. . . . . . . 346
1 Groupe symétrique. . . . . . . . 442
2 Construction de l’intégrale. . . . 347
2 Applications multilinéaires. . . . 446
3 Le théorème fondamental du cal-
3 Déterminant d’une famille de
cul différentiel. . . . . . . . . . . 353
vecteurs. . . . . . . . . . . . . . 449
4 Méthodes de calcul. . . . . . . . 354
4 Déterminant d’un endomor-
5 Formules de Taylor. . . . . . . . 354
phisme. . . . . . . . . . . . . . . 452
6 Cas des fonctions à valeurs com-
5 Déterminant d’une matrice carrée.454
plexes. . . . . . . . . . . . . . . 356
7 Approximation d’intégrales. . . 356 XXVIII
Séries numériques 459
8 Comparaison série-intégrale. . . 359
1 Prolégomènes . . . . . . . . . . 460
9 Annexes. . . . . . . . . . . . . . 360
2 Séries à termes réels positifs . . 462
XXIII Dénombrement 363 3 Comparaison série-intégrale . . . 464
1 Cardinal d’un ensemble fini. . . 364 4 Séries absolument convergentes . 466
2 Dénombrement. . . . . . . . . . 366 5 Familles sommables . . . . . . . 468

XXIV Espaces vectoriels de dimen- XXIX Espaces euclidiens et préhilber-


sion finie 371 tiens réels 479
1 Notion de dimension. . . . . . . 372 1 Produit scalaire, norme et dis-
2 Sous-espaces vectoriels en di- tance. . . . . . . . . . . . . . . . 480
mension finie. . . . . . . . . . . 377 2 Orthogonalité. . . . . . . . . . . 483
3 Applications linéaires en dimen-
sion finie. . . . . . . . . . . . . . 380 XXX Fonctions de deux variables 491
4 Formes linéaires et hyperplans. . 383 1 Fonctions numériques à deux va-
riables . . . . . . . . . . . . . . 492
XXV Probabilités sur un univers fini 385 2 Introduction au calcul différentiel494

5
TABLES DES MATIÈRES

6
Chapitre I

Trigonométrie et nombres imaginaires


Sommaire
1 Relation de congruence modulo un réel 8
2 Les fonctions sinus, cosinus et tangente 8
2.1 Définitions géométriques . . . . . . . . 8
2.2 Résultats admis . . . . . . . . . . . . . 9
3 Modes de repérage dans le plan et
angles orientés . . . . . . . . . . . . . . . 10
3.1 Coordonnées cartésiennes . . . . . . . 10
3.2 Angles orientés de vecteurs . . . . . . 11
3.3 Angles orientés de droites . . . . . . . 12
3.4 Cercle trigonométrique . . . . . . . . . 13
3.5 Coordonnées polaires . . . . . . . . . . 14
4 Trigonométrie . . . . . . . . . . . . . . . 14
4.1 Angles remarquables . . . . . . . . . . 14
4.2 Propriétés élémentaires . . . . . . . . . 16
4.3 Équations trigonométriques . . . . . . 16
4.4 Formules trigonométriques . . . . . . . 16
4.5 Régularité des fonctions trigonomé-
triques circulaires . . . . . . . . . . . . 19
5 Nombres imaginaires . . . . . . . . . . . 21
5.1 Bref aperçu historique . . . . . . . . . 21
5.2 Une définition géométrique . . . . . . 22
5.3 Écriture trigonométrique d’un complexe 24
5.4 Multiplication de deux complexes . . . 25
5.5 Conjugué et module d’un nombre com-
plexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
5.6 Inverse d’un nombre complexe non nul 28
5.7 Technique de l’angle moitié . . . . . . 28
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

Nous nous placerons dans tout ce chapitre dans 2. Soit k ∈ Z tel que a = b + kθ, alors b = a + (−k)θ, or
le plan R2 , muni de son repère orthonormal cano- −k ∈ Z, donc b ≡ a [θ].
nique (O, →
−ı , →
− ). 3. Soit k, ` ∈ Z tels que a = b + kθ et b = c + `θ, alors
a = c + (k + `)θ, or k + ` ∈ Z, donc a ≡ c [θ].
4. Soit k, ` ∈ Z tels que a = b + kθ et c = d + `θ,
1 Relation de congruence mo- alors a + c = b + d + (k + `)θ, or k + ` ∈ Z, donc
a + c ≡ b + d [θ].
dulo un réel 5. C’est un cas particulier du point suivant (avec n =
−1).
6. Soit k ∈ Z tel que a = b + knθ, alors a = b + (nk)θ,
Définition 1.0.1. or nk ∈ Z, donc a ≡ b [θ].
Soit θ ∈ R. On dit que deux réels a et b sont 7. Soit k ∈ Z tel que a = b + kθ, alors ac = bc + k(cθ),
congrus modulo θ s’il existe k ∈ Z tel que a = or k ∈ Z, donc ac ≡ bc [cθ].
b + kθ. On note alors a ≡ b [θ], ou aussi a = b [θ].
Exercice 1.0.5.
π π 5π Parmi la famille de réels suivants, déterminer les-
Exemple 1.0.2. • , − et sont congrus
2 2 2 quels sont congrus entre eux modulos 2π. Même
modulo π ; π 2π
π 9π 15π question pour π, et .
• , et − sont congrus modulo 2π. 2 3
4 4 4 5π
• α=1 • ε=
Remarque 1.0.3. 6
• β = 3π 28π
La relation a = b [θ] se lit aussi « a et b sont
• γ = 4π • ζ=
égaux à un multiple de θ près ». π 4
• δ=−
2
Proposition 1.0.4. Au besoin, vous placerez les points/angles cor-
Soit θ ∈ R, et a, b, c, d quatre réels. respondants sur le cercle trigonométrique (voir
1. On a a ≡ a [θ] (on dit que la relation de partie 3.4).
congruence modulo θ est réflexive).
Remarque 1.0.6 (Irrationnalité de π).
2. Si a ≡ b [θ], alors b ≡ a [θ] (on dit que la Tout au long de cette année, vous pourrez utiliser
relation de congruence modulo θ est symé- le résultat suivant :
trique).
3. Si a ≡ b [θ] et b ≡ c [θ], alors a ≡ c [θ] (on π∈
/ Q.
dit que la relation de congruence modulo θ Ce résultat sera démontrable en milieu d’année
est transitive). de MPSI.
4. Si a ≡ b [θ] et c ≡ d [θ], alors a+c ≡ b+d [θ].
5. Si a ≡ b [θ], alors a ≡ b [−θ]. 2 Les fonctions sinus, cosinus et
6. Si n ∈ Z et a ≡ b [nθ], alors a ≡ b [θ]. tangente
7. Si a ≡ b [θ], alors ac ≡ bc [cθ].
Une relation vérifiant les trois premiers points de 2.1 Définitions géométriques
cette proposition est appelée une relation d’équi- Soit (ABC) un triangle du plan, rectangle en
valence. B. On suppose les troins points A, B, C deux à
deux distincts. On note α l’angle (non orienté)
Démonstration. \ Alors nous posons :
BAC.
C’est immédiat en revenant à la définition. AB
1. On a a = a + 0θ, donc a ≡ a [θ]. • cos α = ;
AC

8
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

CB figure I.1, et vérifiant les propriétés suivantes :


• sin α = ;
AC
CB sin α
• tan α = = . sin π 1 3π
AB cos α −
En particulier, dans le cas où AC = 1, grâce −2π −π 2 0 π 2 2π
au théorème de Pythagore nous obtenons que : 3π
π
− cos −1 2
cos α + sin α = AB + CB = AC = 1.
2 2 2 2 2 2

Cette relation entre sinus et cosinus est la Figure I.1 – Fonctions cos et sin.
première formule de trigonométrie à connaître !

Vous connaissez ces définitions depuis la fin


du collège. Elles sont bien sûr historiquement et
géométriquement fondamentales, mais posent Proposition 2.2.1. 1. Les fonctions sinus (sin)
quelques problèmes théoriques : tout d’abord, et cosinus (cos) sont définies sur R et sont
qu’est-ce qu’un angle ? Comment définir cette 2π-périodiques ;
notion ?
Ensuite, avec cette définition, tous les sinus et 2. La fonction cosinus est paire et la fonction
cosinus sont positifs. Pour obtenir des quantités sinus est impaire ;
algébriques, donc avec des signes, il faut orienter 3. La fonction cos est strictement décroissante
toutes les quantités en jeu : aussi bien les angles sur [0, π] établit une bijection de [0, π] dans
que les longueurs. Et cela oblige à quelques [−1, 1] ; cela signifie que pour tout x ∈
contorsions. [−1, 1], il existe un unique réel t ∈ [0, π] tel
Enfin, comment définir le sinus et le cosinus d’un que x = cos t ;
angle droit ? π
 
4. Pour tout t ∈ R, cos t = sin t + (le
2
Dans les mathématiques « modernes », les graphe de cos n’est donc que le translaté de
choses sont introduites différemment : les fonc- celui de sin, et la connaissance d’une seule
tions sinus et cosinus sont introduites grâce à la de ces deux fonctions permet de connaître
notion de série entière, que vous étudierez en se- l’autre) ;
conde année. Et c’est à partir de ces fonctions que 5. Si t ∈ R,
l’on peut définir ce qu’est un angle, et retrouver
π
toutes les propriétés géométriques habituelles. cos t = 0 ssi t≡ [π]
2
Nous allons dans la suite adopter ce point de
sin t = 0 ssi t ≡ 0 [π]
vue : tout ce que nous admettrons, c’est qu’il
existe deux fonctions réelles sinus et cosinus, dont cos t = 1 ssi t ≡ 0 [2π]
nous admettrons quelques propriétés, en particu- cos t = −1 ssi t ≡ π [2π]
lier que pour tout t ∈ R, cos2 t + sin2 t = 1. π
sin t = 1 ssi t ≡ [2π]
Finalement, en MPSI peu importe le point de 2
vue, vous devrez uniquement connaître les liens π
sin t = −1 ssi t ≡ − [2π]
entre angles et fonctions trigonométriques (vous 2
les connaissez déjà pour la plupart).
6. Pour tout t ∈ R, cos2 t + sin2 t = 1.

2.2 Résultats admis


Nous pouvons alors démontrer le lemme suivant,
Nous admettons qu’il existe deux fonctions si-
fort utile :
nus et cosinus, dont les graphes sont représentés

9
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

Lemme 2.2.2. La fonction cotangente n’est pas égale à


Soit a, b ∈ R tels
( que a + b = 1. Alors il existe
2 2 1
. Pourquoi ?
a = cos t tan
t ∈ R tel que .
b = sin t Par parité du cosinus et imparité du sinus, la
fonction tangente est impaire. Elle est aussi π-
Démonstration. périodique, ce que nous allons montrer plus loin.
Puisque a2 + b2 = 1, alors a2 et b2 appartiennent à l’inter- Les autres propriétés des fonctions cos, sin et tan,
valle [0, 1], et donc a, b ∈ [−1, 1]. Ainsi il existe un réel t tel
qui sont appelées fonctions trigonométriques cir-
que a = cos t. Dans ce cas : b2 = 1−a2 = 1−cos2 t = sin2 t.
Par conséquent, |b| = | sin t|. Si b et sin t sont de même culaires, vont être démontrées plus loin également.
signe, b = sin t et nous avons fini. Elles nous permettront de tracer le graphe de la
Sinon, b = − sin t = sin(−t) puisque sin est impaire. Si nous fonction tangente.
posons t0 = −t, alors b = sin t0 et a = cos t = cos(−t0 ) =
Nous allons d’abord effectuer quelques rappels de
cos t0 car cos est paire. Nous avons donc bien démontré le
résultat voulu. géométrie du plan.

Nous pouvons alors définir la fonction tan-


gente :
3 Modes de repérage dans le
Définition 2.2.3. plan et angles orientés
Notons A l’ensemble des points d’annulation de
la fonction cos, i.e. l’ensemble des réels congrus à 3.1 Coordonnées cartésiennes
π
modulo π :
2
π
 
A = x ∈ R ∃k ∈ Z x = + kπ Définition 3.1.1 (voir figure I.2). 1. Soit u un
2 vecteur du plan. Il existe un unique couple
π (a, b) ∈ R2 tel que u = a→ −ı + b→
− . Ce couple
 
= + kπ k ∈ Z .
2 est appelé couple des coordonnées de u!dans
On appelle alors fonction tangente, notée tan, la la base (→ − ). On note alors u = a .
−ı , →
fonction : b
2. Soit M un point du plan. Soit (a, b) les coor-
tan : −−→
R\A → R . données du vecteur OM dans la base (→ −ı , →
− ).
sin t
t 7→ Ce couple est appelé couple des coordonnées
cos t
de M dans le repère (O, →−ı , →
− ). On note alors
M = (a, b). Le réel a est l’abscisse du point
M , le réel b est son ordonnée.
Remarque 2.2.4.
On peut définir de la même manière la fonction
cotangente :
Remarque 3.1.2.
Posons
On identifiera fréquemment le point M avec le
B = { x ∈ R | ∃k ∈ Z x = kπ } = kZ. −−→
vecteur
! OM . Notamment, on notera souvent M =
On appelle alors fonction cotangente, notée cotan, a
pour donner les coordonnées de M .
la fonction : b

cotan : R\B → R . Rappelons maintenant une série de résultats


cos t que vous connaissez déjà :
t 7→
sin t

10
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

!
−−→ a →

b M = (a, b), OM = 1. On a kuk = 0 ⇔ u = 0 .
b
2. On a kλuk = |λ| kuk.


− Et pour finir, l’inégalité triangulaire, qui sera dé-
montrée plus tard grâce aux nombres complexes :

Proposition 3.1.6 (Inégalité triangulaire).


O →
−ı a
1. Soit u, u0 deux vecteurs. Alors

kuk − u0 6 u ± u0 6 kuk + u0 .

Figure I.2 – Repérage d’un point par ses coor-


2. Soit A, B, C trois plans du plan. Alors
données cartésiennes.
|AB − BC| 6 AC 6 AB + BC.

Théorème 3.1.3 (Règles de calcul). 1. Soient


u et u0 deux vecteurs de coordonnées respec-
tives (x, y) et (x0 , y 0 ), et λ et λ0 deux réels. 3.2 Angles orientés de vecteurs
Le vecteur λu + λ0 u0 a pour coordonnées le
couple (λx + λ0 x0 , λy + λ0 y 0 ). Dans toute la suite de ce chapitre et tout au
long de l’année, nous allons parler d’angle. Mais
2. Soient A et B deux points de coordonnées res- qu’est-ce qu’un angle ? Observons tout d’abord
−−→
pectives (xA , yA ) et (xB , yB ). Le vecteur AB qu’il s’agit de distinguer les angles orientés et
a pour coordonnées le couple (xB − xA , yB − les angles non orientés, ainsi que les angles entre
yA ). droites et entre vecteurs.
Nous n’allons considérer que des angles orientés,
et pour cela il faut orienter le plan : nous
Définition 3.1.4. 1. Soit u un vecteur du plan reviendrons plus tard dans l’année sur la défi-
de coordonnées (a, b). La norme√(euclidienne) nition précise d’orientation. Contentons-nous
du vecteur u est le réel kuk = a2 + b2 . pour!l’instant
!! de considérer la base canonique
2. Soient A et B deux points de coordonnées 1 0
, comme étant directe, et les angles
respectives (xA , yA ) et (xB , yB ). La distance 0 1
AB est le réel étant orientés dans le sens trigonométrique (ou
sens anti-horaire), comme vous en avez pris
−−→ q
AB = AB = (xB − xA )2 + (yB − yA )2 . l’habitude au lycée.

Dans le secondaire, vous n’avez jamais vraiment


défini ce qu’était un angle. Mais vous avez vu une
On a immédiatement le résultat suivant. définition des fonctions cosinus et sinus à partir
de la notion d’angle. Comme nous l’avons dit plus
Proposition 3.1.5. haut, nous pouvons faire l’inverse : définir la no-
Soit u un vecteur du plan, soit λ ∈ R. tion d’angle à partir des fonctions cosinus et sinus.

11
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

Il existe plusieurs manières de définir un angle


entre deux vecteurs. Donnons une définition pos-
(u, v)
sible, qui ne figure pas au programme :

−
v u
Définition 3.2.1 (voir figure I.3).
v0
Soit u, v deux vecteurs non nuls du plan. Nous u0
u v
introduisons u0 = et v 0 = . Ces deux
kuk kvk
vecteurs sont donc!de norme 1, ou ! unitaires. Nous →
−ı
a 0 c0 O
noterons u0 = 0 et v 0 = .
b d0
On appelle mesure de l’angle (u, v) tout réel θ
tel que
(
c0 = cos θ a0 − sin θ b0
d0 = sin θ a0 + cos θ b0

Cette condition se note matriciellement


!
0 cos θ − sin θ 0 Figure I.3 – Angle entre deux vecteurs u et v.
v = u.
sin θ cos θ

Il existe une infinité de tels réels, mais si θ0 est


Proposition 3.2.3.
l’un d’entre eux, l’ensemble des mesures de l’angle
Soit u, v, w ∈ R2 .
(u, v) est l’ensemble de tous les réels congrus à θ0
modulo 2π, i.e. 1. (u, v) = −(v, u) [2π] ;
2. Relation de Chasles :
{θ0 + 2kπ , k ∈ Z} .
(u, v) + (v, w) = (u, w) [2π].
On note alors (u, v) = θ0 [2π].

Remarque 3.2.2. • Par abus, on parle sou- 3.3 Angles orientés de droites
vent de « l’angle (u, v) » plutôt que d’ « une
mesure de l’angle (u, v) » 1 . Il est aussi possible de définir l’angle orienté
• Il est important de retenir qu’un angle entre deux droites :
orienté de vecteurs se donne toujours mo-
dulo 2π.
Définition 3.3.1.
• Géométriquement, l’angle (u, v) vaut θ si v 0
Soit D et D 0 deux droites. On appelle mesure de
est l’image de u0 par la rotation vectorielle
l’angle orienté(D, D 0 ) tout réel θ pour lequel il
d’angle θ.
existe u un vecteur directeur de D et v un vecteur
Nous pourrons démontrer les résultats suivants directeur de D 0 tel que θ est une mesure de l’angle
plus tard dans l’année mais nous allons les ad- (u, v).
mettre ici : Il existe une infinité de tels réels, mais si θ0 est
1. en toute rigueur l’angle (u, v) est l’ensemble de toutes l’un d’entre eux, l’ensemble des mesures de l’angle
les mesures de l’angle (u, v) : il s’agit d’une classe d’équi- (D, D 0 ) est l’ensemble de tous les réels congrus à
valence ; nous en reparlerons plus tard dans l’année

12
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

θ0 modulo π, i.e. {θ0 + kπ , k ∈ Z}.



− (→
−ı , u ) = θ [2π]
θ
On note alors (D, D 0 ) = θ0 [π]. uθ sin(θ)

Remarque 3.3.2. • Par abus, on parle sou-


vent de « l’angle (D, D 0 ) » plutôt que d’ cos(θ) O →
−ı
« une mesure de l’angle (u, v) ».
• Il est important de retenir qu’un angle
orienté de droites se donne toujours modulo U
π.

Nous pourrons démontrer les résultats suivants


plus tard dans l’année mais nous allons les ad-
mettre ici : Figure I.4 – Cercle trigonométrique et vecteur
uθ .

Mais réciproquement, tout point du cercle tri-


gonométrique est de cette forme.

Proposition 3.3.3.
Soit D, D 0 , D 00 trois droites du plan. Théorème 3.4.1 (Représentation paramétrique
1. (D, D 0 ) = −(D 0 , D) [π] ; du cercle trigonométrique).
2. Relation de Chasles : (D, D 0 ) + (D 0 , D 00 ) = Une représentation
( paramétrique du cercle trigo-
(D, D 00 ) [π]. x = cos t
nométrique est , t ∈ R.
y = sin t
Ou encore, U = {(cos t, sin t), t ∈ R}.

Démonstration.
3.4 Cercle trigonométrique L’inclusion U ⊂ {(cos t, sin t), t ∈ R} se démontre direct-
ment grâce au lemme 2.2.2
Le cercle dit trigonométrique, souvent noté U
Remarque 3.4.2 (radians).
(nous en reparlerons), est tout simplement le cercle
La longueur du cercle trigonométrique étant de
de rayon 1 et de centre O.
2π, par proportionnalité, la mesure d’un angle
Son utilité est principalement de représenter est la longueur de l’arc du cercle trigonométrique
graphiquement les propriétés trigonométriques intersecté par ledit angle (voir figure I.3).
usuelles. La mesure d’un angle « en radians » est le rap-
Le point de départ est le suivant : pour tout port entre la longueur de l’arc d’un cercle centré
θ ∈ R, posons Mθ le point de coordonnées en O intersecté par ledit angle et le rayon de ce
(cos θ, sin θ) : puisque cos2 θ + sin2 θ = 1, ce point cercle, c’est donc une mesure sans dimension (du
est sur le cercle trigonométrique.
! Si nous posons point de vue des physiciens). Le cercle trigonomé-
−−−→ cos θ trique étant de rayon 1, on obtient immédiatement
uθ = OMθ = , alors (→
−ı , u ) = θ [2π] (voir
θ
sin θ que la mesure en radians d’un angle est la mesure
figure I.4). donnée précédemment.

13
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

Remarque 3.4.3.
On retrouve sur ce cercle les relations « cosinus =

− (→
−ı , u ) = θ [2π]
M = (a, b) b θ

côté adjacent sur hypothénuse », « sinus = côté


opposé sur hypothénuse » et donc ensuite « tan- uθ
|r| = OM
gente = côté opposé sur côté adjacent », puisqu’ici
l’hypothénuse est de longueur 1.
a →
−ı
O
3.5 Coordonnées polaires
Les coordonnées polaires ne sont plus au pro-
U
gramme en mathématiques, mais vous pourrez
les rencontrer en physique, et elles vous aide-
ront à comprendre l’écriture trigonométrique des
nombres complexes, que nous verrons dans la suite
de ce chapitre.
Figure I.5 – Coordonnées polaires (r, θ) de M =
(a, b).
Définition 3.5.1.
Soit M un point du plan. On appelle couple de
coordonnées polaires de M tout couple (r, θ) ∈ R2 Remarque 3.5.5.
−−→
tel que OM = ruθ et r > 0. On passe facilement des coordonnées polaires aux
coordonnées cartésiennes : si M a pour coordon-
nées polaires (r, θ), posons x = r cos θ, y = r sin θ.
Théorème 3.5.2. Alors M a pour coordonnées cartésiennes le couple
Tout point admet une infinité de couples de coor- (x, y).
données polaires. Pour l’autre sens, il est nécessaire d’utiliser les
Plus précisément : fonctions trigonométriques circulaires inverses
• Les couples de coordonnées polaires de O Arccos, Arcsin et Arctan, que nous définirons
sont tous les couples (0, θ) quand θ ∈ R ; dans le chapitre sur les fonctions usuelles.
• Si M 6= O, posons θ = (→ −ı , −−→
OM ) [2π]. Alors
les couples de coordonnées polaires de M
sont tous les couples (OM, θ + 2kπ) quand 4 Trigonométrie
k ∈ Z.
4.1 Angles remarquables
Remarque 3.5.3. Vous devez connaître par cœur les valeurs des
π
On rencontre parfois une définition plus générale sinus, cosinus et tangentes pour les angles 0, ,
où r peut être négatif, mais nous l’éviterons. Cela 6
π π π
dit, il faut remarquer que quel que soit le signe , , , et tous leurs multiples. Ces valeurs
4 3 2
de r, ruθ = −ruθ+π . Il est donc toujours possible sont données dans un tableau du formulaire de
de se restreindre au cas r positif. trigonométrie qui vous a été distribué en début
d’année, vous les retrouverez dans la figure I.6.
Exemple 3.5.4.
Toutes ces valeurs se retrouvent sur le cercle
Si M est le point de coordonnées cartésiennes

√ 3π  √ −5π  trigonométrique, et peuvent se démontrer géomé-
(−1, 1), alors M admet 2, , 2, triquement. Faisons-le pour retrouver les valeurs
4 4 π
comme couples
 de coordonnées polaires. Le couple des sinus et cosinus des angles (voir figure I.7)

√ π 4
π
− 2, − est parfois accepté. et (voir figure I.8).
4 3

14
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

U
B

U

3/2

2/2
π/3
1/2
O Q A
π/4
π/6
√ √ π
 
1 2 3 Figure I.8 – Détermination de cos .
3
2 2 2

Démonstration.
π
 
π π π π
i h    
Figure I.6 – Angles usuels dans 0, . Comme ∈ 0, , on a cos > 0 et sin > 0.
2 4 2 4 4
Si nous notons M, N, P les points de coordonnées respec-
tives (cos π4 , sin π4 ), (cos π4 , 0) et (0, sin π4 ), alors ON M P
est un carré dont la diagonale est de longueur 1. Ainsi,
grâce au théorème √ de Pythagore, ses côtés sont √ de longueur
1 2 π π 2
√ , ou encore . Dons cos = sin = .
2 2 4 4 2

Démonstration.
π π π π
i h    
Comme ∈ 0, , on a cos > 0 et sin > 0.
3 2 3 3
Si nous notons maintenant A, B les points de coor-
données respectives (1, 0) et (cos π3 , sin π3), alors OAB
U est équilatéral, de côtés de longueur 1. Ainsi, la média-
trice de [O, A] passe par B. Si Q est le milieu de [OA],
M alors (QB) ⊥ (OA), donc Q a pour coordonnées (cos π3 , 0),
P 1
donc cos π3 = . De plus, avec le théorème de Pythagore,
2 √
1 3
QB = OB − OQ2 = 1 − . Ainsi sin π3 = QB =
2 2
.
4 2

Remarque 4.1.1 ( ).
Il est fréquent d’hésiter dans les valeurs des sinus
O N π π
et cosinus des angles et : encore une fois, au
3 6
moindre doute, tracez un cercle trigonométrique.
π
  Vous y verrez clairement que le point du cercle
Figure I.7 – Détermination de cos . π
4 trigonométrique désigné par l’angle a une abs-
6
cisse supérieure à celle du√point correspondant à
π π 3 π 1
l’angle . Donc cos = et cos = . Même
3 6 2 3 2
méthode pour les sinus.

15
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

4.2 Propriétés élémentaires

Là encore, ces propriétés doivent se retrouver


rapidement sur un cercle trigonométrique (voir
exercice 4.2.3).

Proposition 4.2.1.
Les fonctions sin et cos sont 2π-périodiques sur
R.
La fonction tan est π-périodique sur son en-
semble de définition.
De plus, pour tout réel α on a :

• cos(−α) = cos(α) • sin(−α) = − sin(α)


Figure I.9 – Formules sur les sinus et cosinus.
• cos(π/2 − α) = sin(α) • sin(π/2 − α) = cos(α)
• cos(π/2 + α) = − sin(α) • sin(π/2 + α) = cos(α)
4.3 Équations trigonométriques
• cos(π − α) = − cos(α) • sin(π − α) = sin(α)
• cos(π + α) = − cos(α) • sin(π + α) = − sin(α)
Proposition 4.3.1.
Soient a et b deux réels. Alors :

Démonstration. cos(a) = cos(b) ssi (a = b [2π] ou a = −b [2π])


Il suffit d’utiliser les formules d’addition (voir la proposi- sin(a) = sin(b) ssi (a = b [2π] ou a = π − b [2π])
tion 4.4.1). tan(a) = tan(b) ssi a = b [π]
Remarque 4.2.2.
Le dernier point permet de montrer que la fonc-
tion tangente est π-périodique. On retrouve ces résultats sur un cercle trigo-
nométrique, et en utilisant les propriétés élémen-
Exercice 4.2.3. taires précédentes. Par exemple, pour résoudre
Reproduire à main levée la figure I.9 et y placer sin x = sin y : on trace sur la droite d’équation
tous les sinus et cosinus relevés, puis retrouver y = sin a. Elle coupe le cercle trigonométrique
graphiquement les formules données par la propo- en deux points (ou éventuellement un seul si
sition 4.2.1. sin a = ±1). Cela nous donne déjà deux solu-
tions : a et π − a. Il faut ensuite considérer tous
Exercice 4.2.4.
les réels congrus à ces deux solutions modulo 2π.
Ordonner les cosinus des angles suivants.
Même chose pour résoudre cos a = cos b en traçant
la droite d’équation x = cos a.
• α=
π 41π
7 • δ=
3
15π 31π 4.4 Formules trigonométriques
• β= • ε=
6 6
37π 112π Les formules à partir desquelles on retrouve
• γ= • ζ= quasiment toutes les autres sont les suivantes :
12 5

16
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

Notons M le point de coordonnées (cos(a+b), sin(a+b)),


Proposition 4.4.1 (formules d’addition). qui se situe sur U (on a donc OM = 1). Notons Da la droite
Soit a, b ∈ R. Alors : passant par O et faisant un angle de mesure a avec la droite
O−→ı . Notons A le projeté orthogonal de M sur Da . Ainsi,
1. cos(a + b) = cos(a) cos(b) − sin(a) sin(b) ; le triangle OAM est rectangle en A. Notons J le projeté
orthogonal de M sur la droite O− → . Ainsi, le triangle OJM
2. sin(a + b) = sin(a) cos(b) + cos(a) sin(b).
est rectangle en J. Notons I le projeté orthogonal de A sur
la droite O−→ı . Ainsi, le triangle OAM est rectangle en I.
On a donc immédiatement, en utilisant OM = 1 :
Démonstration.
Notons M le point de coordonnées (cos(a + b), sin(a + b)) OJ = sin(a + b),
(voir figure I.10) : cela signifie que JM = cos(a + b),
−−→ OA = cos(b),
OM = cos(a + b)−

ı + sin(a + b)−

 (I.1)
AM = sin(b),
D’autre part, notons
    AI = sin(a) cos(b),

→ cos(a) − sin(a) OI = cos(a) cos(b).
u = et −

v .
sin(a) cos(a)
Comme les droites (O− →ı ) et (O, −

 ) sont orthogonales,
Comme les droites (M B) et (AI) sont aussi orthogonales, donc
sécantes : on note B leur point d’intersection. Ainsi, le
− sin(a) = 0 × cos(a) − 1 sin(a)
triangle M AB est rectangle en B.
π π
   
= cos cos(a) − sin sin(a) On admet que la somme des mesures des angles d’un
2 2 triangle est égale à π, à un multiple de 2π près. Comme
et comme l’angle OIA
[ est droit, l’angle OAI [ a pour mesure π − a.
2
cos(a) = 0 × sin(a) + 1 cos(a) Comme A ∈ (BI), l’angle IAB [ est plat (donc de mesure
π
 
π
  π), or
= cos sin(a) + sin cos(a),
2 2 −
→ −→ −
→ −→ −→ −−→ −−→ −→
(AI, AB) = (AI, AO) + (AO, AM ) + (AM , AB) [2π].
on a
π
(−

u,−→v ) = + [2π]. On en déduit que l’angle BAM
\ a pour mesure a (ainsi, les
2
triangles BAM et OAI sont semblables). Ainsi,
On peut donc voir que (− →u,− →
v ) est la base obtenue à partir
de (−
→ı ,−

 ) par la rotation vectorielle d’angle a. BA = cos(a) sin(b)
−−→
Or, comme (− →
ı ,−

u ) = a [2π] et (− →ı , OM ) = a + b [2π], BM = sin(a) sin(b).
−−→
on a alors (−
→u , OM ) = b [2π].
On peut donc écrire que Remarquons que OJBI est un rectangle, donc OJ = BI
et JB = OI. On en déduit immédiatement la formule
−−→
OM = cos(b)− →u + sin(b)− →v. demandée.
Nous verrons à la fin de ce chapitre une méthode plus
Nous avons aussi par définition rapide pour retrouver ces formules, utilisant l’exponentielle

→ complexe.
u = cos(a)−
→ı + sin(a)−
→


v = − sin(a) ı + cos(a)−

→ →
 En jouant sur la parité de cosinus et l’imparité
Ainsi, on a de sinus, nous avons bien sûr également, à partir
−−→ de ces deux premières formules :
OM = cos(b)[cos(a)−
→ı + sin(a)−
→]
+ sin(b)[− sin(a) ı + cos(a)−

→ →
]
Corollaire 4.4.2.
= (cos(a) cos(b) − sin(a) sin(b))−

ı
Soit a, b ∈ R. Alors :
+ (sin(a) cos(b) + cos(a) sin(b))−


1. cos(a − b) = cos(a) cos(b) + sin(a) sin(b) ;
Grâce à l’unicité des coordonnées d’un vecteur dans une
base, il suffit d’utiliser l’expression trouvée en I.1 pour 2. sin(a − b) = sin(a) cos(b) − cos(a) sin(b).
obtenir les formules demandées.
On peut aussi obtenir ces formules par un raisonnement
géométrique élémentaire i (voir
h figure I.11), dans le cas où On en tire les formules de duplication des angles,
π
a, b et a + b sont dans 0,
2
. très utilisées aussi :

17
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

Corollaire 4.4.3 (formules de duplication).



− Soit a ∈ R. Alors


v
cos(2a) = cos2 (a) − sin2 (a)
= 2 cos2 (a) − 1


u = 1 − 2 sin2 (a)
b
a et sin(2a) = 2 sin(a) cos(a).

−ı
M
Viennent ensuite les formules d’addition de co-
sinus et sinus, et celles de produit :

U Proposition 4.4.4.
Soit a, b ∈ R. Alors :
a+b a−b
   
1. cos(a) + cos(b) = 2 cos cos
2 2
a+b a−b
   
Figure I.10 – Formules d’addition : première 2. sin(a) + sin(b) = 2 sin cos
2 2
preuve.
a+b a−b
   
3. cos(a)−cos(b) = −2 sin sin
2 2
a+b a−b
   
4. sin(a) − sin(b) = 2 cos sin
2 2
5. cos(a) cos(b) = 2 (cos(a + b) + cos(a − b))
1

M 6. sin(a) sin(b) = 12 (cos(a − b) − cos(a + b))


U cos(a + b) sin(a) sin(b) 7. sin(a) cos(b) = 12 (sin(a + b) + sin(a − b)).
J B
Da
Démonstration.
cos(a) sin(b) • Pour les quatre premières formules, il suffit de remarquer
a+b a−b a+b a−b
que a = + et b = , et d’appliquer
sin(a + b)

A −
2 2 2 2
les formules de base. Ainsi, pour la première formule :
sin(a) cos(b) a+b
b a−b
 
cos(a) + cos(b) = cos +
2 2
a+b a−b
 
a + cos −
2 2
a+b a−b
   
I = cos cos
O cos(a) cos(b) 2 2
a+b a−b
   
− sin sin
2 2
a+b a−b
   
+ cos cos
Figure I.11 – Formules d’addition : deuxième 2 2
a+b a−b
   
preuve. + sin sin
2 2
a+b a−b
   
= 2 cos cos .
2 2

18
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

Les trois formules suivantes s’obtiennent de même. 5.


• Pour les deux dernières formules, on procède comme
suit : cos(2a) = 2 cos2 a − 1
2
= −1
cos(a + b) = cos(a) cos(b) − sin(a) sin(b) (I.2) 1 + tan2 a
cos(a − b) = cos(a) cos(b) + sin(a) sin(b) (I.3) 2 − (1 + tan2 a
=
1 + tan2 a
Nous obtenons immédiatement les deux formules de produit 1 − tan2 (a)
par demi-somme et demi-différence des lignes (I.2) et (I.3). = .
1 + tan2 (a)

6.
Pour finir, voici les formules de trigonométrie
2 tan(a)
concernant la fonction tangente : 1 + tan2 (a)
= 2 tan(a) cos2 (a)

= 2 sin(a) cos(a)
= sin(2a)

Proposition 4.4.5.
Soit a, b ∈ R. Lorsque les tangentes qui suivent
sont bien définies, nous avons les égalités sui-
Proposition 4.4.6.
vantes :
Soit a, b ∈ R. Alors il existe A, ϕ ∈ R tels que
tan(a) + tan(b)
1. tan(a + b) = ; pour tout t ∈ R, a cos(t) + b sin(t) = A cos(t − ϕ).
1 − tan(a) tan(b)
tan(a) − tan(b)
2. tan(a − b) = ; Démonstration.
1 + tan(a) tan(b)  
a
Il s’agit de normaliser le vecteur puis d’utiliser des
2 tan(a) b
3. tan(2a) = ; formules de trigonométrie :
1 − tan2 (a)   a
a √
1 Posons A = = a2 + b2 . Ainsi A = 1. Par
4. = 1 + tan2 (a) ;
b
b A
cos2 (a) a b
conséquent il existe ϕ ∈ R tel que = cos ϕ et = sin ϕ.
1 − tan2 (a) Alors :
A A
5. cos(2a) = ;
1 + tan2 (a) a

b

a cos(t) + b sin(t) = A cos(t) + sin(t)
2 tan(a) A A
6. sin(2a) = .
1 + tan2 (a) = A(cos(ϕ) cos(t) + sin(ϕ) sin(t))
= A cos(t − ϕ)

Démonstration. 1. On factorise :
Remarque 4.4.7.
sin(a + b)
tan(a + b) = Ce résultat sera utilisé dans le chapitre sur les
cos(a + b)
équations différentielles, pour exprimer sous une
sin(a) cos(b) + sin(b) cos(a)
= certaine forme les solutions de certaines équations.
cos(a) cos(b) − sin(a) sin(b)
cos(a) cos(b) tan(a) + tan(b)
= × .
cos(a) cos(b) 1 − tan(a) tan(b) 4.5 Régularité des fonctions trigonomé-
triques circulaires
2. Utiliser le point précédent en utilisant l’imparité de
la fonction tangente. Commençons par démontrer l’inégalité fonda-
3. Utiliser le premier point en posant b = a. mentale suivante.
sin2 a cos2 a + sin2 a 1
4. 1 + tan2 (a) = 1 + = = .
cos a
2 cos2 a cos2 (a)

19
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

Proposition 4.5.2.
U
Les fonctions sinus et cosinus sont continues sur
R.
M
Démonstration.
T Rappelons qu’une fonction f est continue en un point a
lorsque f (x) −−−→ f (a).
x→a
Commençons par démontrer la continuité en 0.
π
Si 0 < x < , alors 0 6 sin(x) 6 x. Par encadrement, on
2
obtient donc que sin(x) −−−−→ 0 = sin(0). Mais imparité
O C A x→0+
π
de sin et x 7→ x, nous avons x 6 sin x 6 0 si < x < 0,
T 2
donc encore par encadrement, sin(x) −−−−→ 0 = sin(0). Les
x→0−
limites à gauche à droite valant sin(0), sin(x) −−−→ sin(0),
x→0
Figure I.12 – Preuve du lemme 4.5.1. d’où la continuité de sin en 0.
Pour le cosinus, il suffit d’observer que si x ∈ R,
x x
   
cos(x) = cos 2 = 1 − 2 sin2 .
2 2
Lemme 4.5.1.
π Il suffit d’utiliser la limite précédente pour obtenir que
Si 0 < x < , alors
2 cos(x) −−−→ 1 = cos(0).
x→0
0 6 x cos(x) 6 sin(x) 6 x.
Ainsi cos est aussi continue en 0.

Étudions maintenant la continuité en un point a ∈


R quelconque : si h ∈ R, sin(a + h) = sin(a) cos(h) +
Démonstration. cos(a) sin(h) −−−→ sin(a). Donc sin(x) −−−→ sin(a), et sin
π h→0 x→a
Soit 0 < x < , notons A = (1, 0) et M = (cos(x), sin(x)) est continue en a. On procède de la même manière pour
2
(voir figure I.12). cos.
Remarquons que cos(x), sin(x), tan(x) ∈ R∗+ .
Notons T la perpendiculaire à (OA) passant par A Donnons un dernier résultat intermédiaire, qui
et notons T le point d’intersection de T et (OM ), qui sera utilisé dans la démonstration du théorème
existe bien car (OM ) et T ne sont pas parallèles, vu suivant, mais dont le premier point est un résultat
l’encadrement sur x.
très important que vous réutiliserez souvent :
Notons C le projeté orthogonal de M sur (OA) : on a
C = (cos(x), 0).
Par le théorème de Thalès, comme CM = sin(x), OC = sin(x)
cos(x) et comme OA = OM = 1, on a AT = tan(x). Proposition 4.5.3. 1. −−−→ 1 ;
sin(x) x x→0
Ainsi, le triangle OAM a pour aire .
2 cos(x) − 1
Le disque unité a une aire de π et un périmètre de 2. −−−→ 0.
_ x x→0
longueur 2π. La longueur de l’arc de cercle AM est x. Par
proportionnalité, la portion du disque unité comprise entre
les segments OA et OM a pour aire .
x Démonstration. 1. Par la continuité du cosinus, on a
2 cos(x) −−−→ 1. Par le lemme 4.5.1, on a pour tout
tan(x) x→0
Enfin, le triangle OAT a pour aire . π
2 0<x< :
Ces trois domaines sont inclus l’un dans l’autre (on 2
l’admet), ce qui donne sin(x)
cos(x) 6 6 1.
x
0 6 sin(x) 6 x 6 tan(x),
Par encadrement, on obtient que
ce qui donne l’encadrement demandé. sin(x)
−−−−→ 1,
x x→0+

20
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

Par imparité de sin, x 7→ x cos x et x 7→ x, on ob-


sin(x)
tient de la même manière −−−−→ 1, donc Maintenant que nous voyons que la fonction
x x→0−
sin(x) tangente a une dérivée strictement positive,
−−−→ 1.
x x→0
nous sommes en mesure d’affirmer qu’elle est
Par les formules de duplication, on obtient
strictement croissante sur chaque intervalle où elle
x x
   
cos(x) = cos 2 = 1 − 2 sin2 . est définie. Par composition de limites, pour tout
2 2
k ∈ Z, tan −−−−−−→ +∞ et tan −−−−−−→ −∞.
Ainsi,
( π2 +kπ) ( π2 +kπ)
− +
  2
x Enfin, tan0 (kπ) = 1, ce qui nous permet de

sin
cos(x) − 1 x 2  −−−→ 0.
x
=− 
2 x x→0
donner une allure du graphe de la fonction, qui
2 est donné dans la figure I.13.
grâce au premier point.

tan
Théorème 4.5.4. 1. La fonction cosinus est dé-
π 3π 5π
rivable sur R, est sa dérivée est cos0 = − sin ;
0 2 2 2
2. La fonction sinus est dérivable sur R, est sa
dérivée est sin0 = cos ; 5π 3π −
π
− − 2
2 2
3. La fonction tangente est dérivable là où elle
est définie, et sa dérivée est
1 Figure I.13 – Fonction tan.
tan0 = 1 + tan2 = .
cos2

Un dernier résultat, que la première partie de


Démonstration. la démonstration précédente implique déjà sur
On rappelle qu’une fonction f est dérivable en un point a −2, 2 :
 π π
f (x) − f (a)
s’il existe l ∈ R tel que −−−→ l. Dans ce cas,
x−a x→a
la dérivée de f en a est f 0 (a) = l. Proposition 4.5.5.
Directement avec le premier point de la proposition 4.5.3,
nous voyons que sin est dérivable et sin0 (0) = 1.
Pour tout x ∈ R, | sin x| 6 |x|.
Et avec le second point de ce même lemme, cos est dérivable
en 0 et cos0 (0) = 0. Démonstration.
1. Si a, h ∈ R, on a sin(a + h) = sin(a) cos(h) + Introduisons les fonctions f : x 7→ x − sin(x) et g : x 7→
cos(a) sin(h). On fixe a, et l’on considère la variable x + sin(x), définies sur R+ . Ces fonctions sont dérivables,
h. Par opérations, la fonction sinus est donc dérivable et f 0 (x) = 1 − cos(x) > 0. Ainsi f est croissante. Comme
en a et elle est s’annule en 0, elle est donc positive sur R+ . Avec
sin0 (a) = sin(a) cos0 (0) + cos(a) sin0 (0) = cos(a). un raisonnement analogue, g est positive également. Donc,
pour tout x ∈ R+ : −x 6 sin x 6 x, ou encore −|x| 6
2. On procède de même pour le cosinus. sin x 6 |x| car x > 0. Finalement, | sin x| 6 |x| sur R+ .
3. La fonction tangente est le quotient de deux fonctions Mais par parité de x 7→ | sin x| et x 7→ |x|, ce résultat est
dérivables là où elle est définie, donc elle est dérivable, aussi valable sur R− , donc sur R.
et
sin0 cos − sin cos0
tan0 = 5 Nombres imaginaires
cos2
sin2 + cos2
=
cos2 5.1 Bref aperçu historique
1
=
cos2 Au XVIème siècle, Cardan et Bombelli,
= 1 + tan2 . deux mathématiciens italiens, s’intéressent à la

21
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

résolution de certaines équations algébriques de vue géométrique. Tous les résultats sur les
du troisième degré. Mais ils sont confrontés complexes s’interprètent géométriquement : ne
à un problème : ils ont besoin de la racine l’oubliez pas, cela vous aidera à mieux vous les
carrée d’un nombre réel négatif pour exprimer représenter, mieux mémoriser les résultats et éla-
certaines solutions réelles qui existent bel et borer vos raisonnements.
bien ! Ils « imaginent » alors que ces racines
carrées existent. 5.2 Une définition géométrique
Pendant trois siècles, des mathématiciens vont
se pencher sur ces travaux, avec des points de À tout point du plan de coordonnées (a, b),
vue divers. Pour certains, l’existence de ces nous allons associer un nouvel objet noté a + ib,
« nombres imaginaires » n’a aucun sens. D’autres appelé un nombre complexe. À tout point il cor-
vont chercher à comprendre ces nombres. Il respond exactement un nombre complexe. Ainsi,
faudra attendre des travaux d’Euler à la fin du si a, a0 , b, b0 sont quatre réels, a + ib = a0 + ib0 ssi
XVIIIème siècle pour que la situation s’éclaircisse (a, b) = (a0 , b0 ) ssi a = a0 et b = b0 .
et que les mathémticiens acceptent et utilisent La même construction peut être ! faite à partir
ces nombres. de vecteurs : à tout vecteur
a
, on associe le
À partir du XIXème siècle, plusieurs mathé- b
maticiens vont proposer des définitions plus complexe a + ib.
modernes et abouties de ces nombres alors
appelés « complexes ». Il en existe plusieurs, Introduisons maintenant un peu de vocabu-
ce qui fait l’intérêt et la richesse des nombres laire :
complexes : on peut les comprendre et les
utiliser de plusieurs manières, et il existe des Définition 5.2.1 (voir figure I.14). 1. On note
correspondances entre tous ces points de vue. C l’ensemble des nombres complexes, c’est-à-
Les nombres complexes sont très importants. dire que C = {a + ib , a, b ∈ R}.
Vous les rencontrerez dans la plupart des cha-
2. Soit M un point du plan de coordonnées
pitres de MPSI : dans les résolutions d’équations
(a, b). On appelle affixe de M le complexe
polynomiales, des équations différentielles, des
a + ib.
suites récurrentes linéaires, en algèbre linéaire, et
en géométrie bien sûr. Vous les utiliserez aussi 3. Soit! u un vecteur du plan de coordonnées
énormément en physique et en SI. a
. On appelle affixe de u le complexe a +
C’est pourquoi il est essentiel de bien les b
appréhender. Ne vous laissez pas influencer par ib.
leur dénomination de « complexes ». Ils doivent 4. Soit z un nombre complexe. Il existe donc un
cet attribut à trois siècles d’assimilation difficile. unique (a, b) ∈ R2 tel que z = a + ib. Le réel
Mais vous avez suivi une formation moderne, a est appelé la partie réelle de z. On le note
dans laquelle les nombres imaginaires (adjectif Re z. Le réel b est appelé la partie imaginaire
plus positif que complexes) vont trouver leur de z. On le note Im z.
place facilement. Après tout, les nombres négatifs 5. Un complexe de partie réelle nulle est dit ima-
ont aussi mis plusieurs siècles à être acceptés, ginaire pur. Les imaginaires purs s’écrivent
mais vous les maniez au moins depuis que vous donc sous la forme 0+ib, avec b ∈ R, que nous
avez 12 ans, parfois même bien avant. écrirons plus simplement ib. Un complexe de
partie imaginaire nulle est dit réel. Les réels
Aucune construction des nombres complexes s’écrivent donc sous la forme a + i.0, avec
n’est au programme. Mais il faut bien les intro- a ∈ R, que nous écrirons plus simplement a.
duire, et nous allons le faire en gardant un point

22
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

b = Im(a + ib) ∈ R
Définition 5.2.3. 1. Soit z = a + ib et z 0 =
c + id deux complexes. On définit leur somme
−−→ z + z 0 = (a + c) + i(b + d). Ainsi Re(z + z 0 ) =
M (a + ib)), OM (a + ib),
Re(z)+Re(z 0 ) et Im(z +z 0 ) = Im(z)+Im(z 0 ).
2. Soit z = a + ib un complexe et λ ∈ R. On
définit le complexe λz = (λa) + i(λb). Ainsi
Re(λz) = λ Re(z) et Im(λz) = λ Im(z).
I(i)

Remarque 5.2.4.
Un complexe de partie imaginaire nulle est un
O(0) A(1) a = Re(a + ib) ∈ R réel. Mais alors pour les réels, nous disposons
maintenant de deux additions : celle entre deux
réel, que vous connaissez depuis toujours ; et celle
entre complexes, que nous venons d’introduire.
Mais, si a et b sont deux réels, nous pouvons les
Figure I.14 – Repérage d’un point par ses coor- voir comme des complexes : a = a + i × 0, et
données cartésiennes. b = b + i × 0. Si nous les additionnons comme des
complexes, il vient : a + b = a + i × 0 + b + i × 0 =
(a + b) + i × (0 + 0) = a + b, cette dernière somme
6. Soit z un complexe de partie réelle a et de étant celle entre a et b vus comme des réels. Pour
partie imaginaire b. On appelle image de z des réels, il n’y a donc aucune différence entre
le point du!plan de coordonnées (a, b), ou le ces deux additions : on dit que l’addition des
a complexes prolonge celle des réels.
vecteur .
b Nous pouvons alors aller plus loin dans les iden-
tifications point / complexe et vecteur / com-
plexe :
Remarque 5.2.2.
L’ensemble des réels correspond donc aux points Théorème 5.2.5 (Règles de calcul).
du plan qui se trouvent sur l’axe des abscisses. On a les propriétés suivantes :
D’une certaine manière, cela permet de voir R
comme une partie de R2 . (i) Soient →−
u et → −u 0 deux vecteurs d’affixes res-
L’ensemble des imaginaires pur correspond quant pectifs z et z , et soit λ ∈ R. Alors le vecteur
0

−u + λ→−u 0 a pour affixe z + λz 0 . En particu-
à lui à l’axe des ordonnées.
lier, pour tout couple de vecteurs, l’affixe
Jusque-là, tout cela a peu d’intérêt : nous nous de la somme de ces vecteurs est la somme
sommes contentés de « réécrire » les objets (a, b) et des affixes et pour tout scalaire λ et tout
vecteur →−u d’affixe z, l’affixe de λ→−
u est λz.
!
a
sous une autre forme. Pour qu’un ensemble
b (ii) Soient A et B deux points d’affixes respectifs
d’objets ait un intérêt, il faut pouvoir faire des −−→
a et b. Alors le vecteur AB a pour affixe b−a.
opérations entre ces objets. Nous allons donc dé-
finir deux opérations, une addition et un produit
externe, sur C : Démonstration. (i) Notons a et b respectivement les
parties réelle et imaginaire de z, et a0 et b0 celles
de z 0 . Alors −

u (resp. −

u 0 ) a pour coordonnées (a, b)

→ −

(resp. (a , b )). u + λ u 0 a alors pour coordonnées
0 0

23
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

(a+λa0 , b+λb0 ), donc pour affixe (a+λa0 )+i(b+λb0 ). Remarque 5.3.3. 1. Si x ∈ R, on peut le voir
Or on a comme un complexe. On se retrouve alors
z + λz 0 = (a + ib) + λ(a0 + ib0 ) avec deux objets notés de la même manière,
= (a + λa0 ) + i(b + λb0 ) |x| : son module et sa valeur absolue.√ Mais
x
√ = x + i.0, donc son module est x 2+0=
Donc − →u + λ− →
u 0 a bien pour affixe z + λz 0 . x2 : il est donc bien égal à sa valeur absolue.
Il suffit alors d’étudier les cas particuliers où λ = 1, Là encore, le module prolonge sur C la valeur

→ −

où −→
u = 0 et où − →u = 0 et λ = −1 pour conclure.
−→ absolue réelle.
(ii) Il suffit d’utiliser la relation fondamentale AB =
−−→ −→ 2. Si M (ou le vecteur u) est l’image de z, alors
OB − OA et le point précédent pour conclure.
|z| n’est autre que la distance OM (ou la
norme kuk).
Remarque 5.2.6.
3. En particulier, soit a et z deux complexes et
Soit b ∈ C. L’application
R > 0. Notons M et A les points du plans
d’affixes respectives z et a. Alors |z − a| est
C → C
la distance AM . Et M appartient au cercle
z 7→ z + b
(resp. disque ouvert, resp. disque fermé) de
s’interprète géométriquement comme la transla- centre A et de rayon R si et seulement
tion de vecteur d’affixe b. si |z − a| = R (resp. |z − a| < R, resp.
|z − a| 6 R).
Mais cela est encore peu. Pour aller plus loin,
4. L’ensemble des affixes des points du cercle tri-
nous voulons pouvoir multiplier des complexes
gonométrique est donc U. Nous identifierons
entre eux.
donc ces deux objets.

5.3 Écriture trigonométrique d’un com-


Proposition 5.3.4.
plexe
Soit z, z 0 ∈ C
L’écriture précédente des complexes est appe- 1. | Re(z)| 6 |z| et | Im z| 6 |z| ;
lée écriture algébrique. Nous pouvons remarquer
2. |z| = 0 ssi z = 0 ;
qu’elle est très liée aux coordonnées cartésiennes.
Et si nous utilisions les coordonnées polaires ? 3. Si λ ∈ R, alors |λz| = |λ||z|.

Démonstration.
Définition 5.3.1. Écrivons sous forme algébrique z = a + ib.
Soit un nombre complexe, que l’on écrit sous 1. On a l’encadrement fondamental
forme algébrique z = a + ib (i.e. a = Re(z) et 0 6 a2 6 a2 + b2 ,
b = Im(z)). √ √
donc par croissance de la √
racine carrée 0 6 a2 6
On appelle module de z le réel a2 + b2 . On le √
a2 + b2 , donc 0 6 |a| 6 a2 + b2 , ce qui est exac-
note |z|. tement le premier encadrement demandé.
On procède de même pour b.
2. Si z = 0 = 0 + i0, on a immédiatement |z| = 0.
Notation 5.3.2. Si |z| = 0, on a par l’encadrement précédent : 0 6
a2 6 a2 + b2 = 0, donc a2 = 0, donc a = 0. On
On note U le cercle unité complexe : procède de même pour b, donc z = 0.
3. On a λz = (λa) + i(λb), or λa et λb sont des réels,
U = { z ∈ C | |z| = 1 } , donc

|λz|2 = (λa)2 + (λb)2 = λ2 (a2 + b2 ) = λ2 |z|2 .

24
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

Comme |λz| et |z| sont positifs, on obtient bien le


résultat demandé.
Im(z) M (z)

Corollaire 5.3.5.
z
Si z ∈ C \ {0}, alors = 1, i.e
|z|
I(i) |z| = OM
z
∈ U.
|z| e iθ
−→
\ −−→
θ = arg(z) = OA; OM [2π]
U
Démonstration.
Immédiat avec le dernier point de la proposition précédente. O(0) Re(z)
A(1)

Définition 5.3.6.
Soit θ ∈ R. On appelle exponentielle complexe de
iθ le complexe e iθ = cos θ + i sin θ.
Figure I.15 – Interprétation géométrique du
module et de l’argument de z ∈ C∗ .

L’écriture e iθ n’est qu’une notation :


en aucun cas il ne s’agit du réel e élevé à la Remarque 5.3.10. 1. Attention à la non uni-
puissance iθ, ce qui n’a aucun sens. cité de l’argument.

Remarque 5.3.7. 2. Le complexe 0 n’a pas d’argument ;


Pour tout θ ∈ R, e iθ = 1, donc une exponentielle 3. Pour tout z non nul, (|z|, arg z) est un couple
complexe, tout comme les exponentielles réelles, de coordonnées polaires du point d’affixe z ;
ne s’annule jamais. 4. Il est simple de passer de l’écriture trigono-
Remarque 5.3.8. métrique à l’écriture algébrique, de même
Grâce à la représentation paramétrique du cercle qu’il est simple de passer des coordonnées
trigonométrique, nous pouvons écrire que U = polaires aux coordonnées polaires : re iθ =
(r cos θ) + i(r sin θ). La réciproque nécessite
n o
e iθ , θ ∈ R .
là aussi l’utilisation des fonctions circulaires
inverses, qui seront bientôt vues.
Définition 5.3.9.
Exercice 5.3.11.
Soit z 6= 0. Alors z/|z| ∈ U, donc il existe θ ∈ R
Mettre sous forme trigonométrique les nombres
vérifiant z/|z| = e iθ , c’est-à-dire z = |z|e iθ .
complexes suivants.
Le réel θ est alors appelé un argument de z.
Il existe à 2π près. Il existe alors un unique √ √ √
−3; −2i; 2 3 − 2i; 6 + i 2
θ ∈] − π, π] vérifiant z = |z|e iθ . Ce réel est appelé
l’argument principal de z, et noté arg z.
L’écriture «z = |z|e iθ » est appelée écriture trigo- 5.4 Multiplication de deux complexes
nométrique de z.
Nous pouvons maintenant définir une multipli-
cation sur C :

25
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

0
zz 0 = rr0 e i(θ+θ )
Ou encore, si z, z 0 ∈ C :
(
Re(zz 0 ) = Re(z) Re(z 0 ) − Im(z) Im(z 0 )
.
0 r0 z = rr0 e iθ Im(zz 0 ) = Re(z) Im(z 0 ) + Im(z) Re(z 0 )
z 0 e iθ = r0 e i(θ+θ )

Démonstration.
z = re iθ 0 0 Les deux formulations de l’énoncé sont équivalentes : dé-
z = r0 e iθ montrons la seconde.
0
Soit z, z 0 ∈ C. Notons-les z = re iθ et z 0 = r0 e iθ . Ainsi
0 i(θ+θ 0 )
θ zz = rr e
0
. Nous avons donc :
θ0 Re(zz 0 ) = Re rr0 (cos(θ + θ)0 + i sin(θ + θ0 )


O = rr0 cos(θ + θ0 )
= rr0 cos(θ) cos(θ0 ) − sin(θ) sin(θ0 )
 

= (r cos(θ))(r0 cos(θ0 )) − (r sin(θ))(r0 sin(θ0 ))


Figure I.16 – Produit zz 0 . = Re(z) Re(z 0 ) − Im(z) Im(z 0 )
De même :

Définition 5.4.1. Im(zz 0 ) = rr0 sin(θ + θ0 )


Soit z, z 0 ∈ C. On définit leur produit z × z 0 , ou = rr0 cos(θ) sin(θ0 ) + sin(θ) cos(θ0 )
 

plus simplement zz 0 , de la manière suivante : = (r cos(θ))(r0 sin(θ0 )) + (r sin(θ))(r0 cos(θ0 ))


Si z ou z 0 est nul, alors zz 0 = 0 ; = Re(z) Im(z 0 ) + Im(z) Re(z 0 )
Sinon, on écrit z et z 0 sous forme trigonomé-
0
trique, z = re iθ et z 0 = r0 e iθ , et on pose
0
zz 0 = rr0 e i(θ+θ ) . Remarque 5.4.4.
Nous voyons qu’additionner des complexes sous
Remarque 5.4.2. forme algébrique est très simple. Les multiplier
Multiplier un complexe z par z 0 = re iθ , c’est sous forme trigonométrique l’est aussi. Multiplier
donc mulitplier z par la constante réelle positive r des complexes sous forme algébrique est déjà
(on appelle cette transformation une homothétie moins agréable. Quant à les additionner sous
de rapport r), et ensuite appliquer la rotation forme trigonométrique, nous verrons plus tard
d’angle θ au vecteur obtenu. On remarque que que cela n’est réalisable que si les deux complexes
l’on peut aussi appliquer d’abord la rotation, puis sont de même module, et même dans ce cas l’opé-
l’homothétie : l’ordre n’importe pas, ces deux ration n’est pas immédiate.
transformations commutent (voir ? ?). Il convient donc de choisir l’écriture des com-
plexes que vous utiliserez en fonction des opéra-
Le résultat suivant nous permet d’exprimer la tions que vous voudrez effectuer.
multiplication entre deux complexes, cette fois-
ci sous forme algébrique, et non pas sous forme Remarque 5.4.5.
trigonométrique : Là encore, si x, y ∈ R, nous pouvons les mulitplier
comme des complexes : (x + i.0)(y + i.0) = (xy −
0) + i(0 + 0) = xy. Nous obtenons le produit de
Proposition 5.4.3. x et y vus comme des réels : le produit sur C est
Pour tout a, b, a0 , b0 ∈ R, donc un prolongement du produit sur R.
(a + ib)(a0 + ib0 ) = (aa0 − bb0 ) + i(ab0 + a0 b). Remarque 5.4.6.
0 0
L’identité « e iθ .e iθ = e i(θ+θ ) » est inoubliable !

26
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

Et à partir de cette identité, la démonstration


précédente permet de retrouver les formules de Im(z) M (z)
trigonométrie de la proposition 4.4.1. Ce sera pour
vous la technique à favoriser pour retrouver ces
|z| = OM
formules si besoin (mais insistons tout de suite : I(i)
vous devriez normalement connaître ces formules
par coeur).

O(0) A(1) Re(z)


Proposition 5.4.7 (règles de calcul).
Soit a, b, c ∈ C, alors
1. ab = ba (commutatitivité de la multiplica-
tion) ;
2. (ab)c = a(bc) (associativité de la multiplica- − Im(z) N (z̄)
tion) ;
3. a(b + c) = ab + ac (distributivité de × sur
+) ;
Figure I.17 – Interprétation géométrique du
4. 0 + a = a (0 est neutre pour +) ;
conjugué de z ∈ C.
5. a + (−1)a = 0, i.e. (−1)a = −a ;
6. 0a = 0 (0 est absorbant pour ×) ;
cadre complexe, on ne peut donc utiliser aucune
7. 1a = a (1 est neutre pour ×) ; notion construite sur 6 (ex : monotonie).
8. ab = 0 ⇒ (a = 0 ou b = 0). Comparer deux nombres complexes est une
grave et lourde erreur !

Démonstration.
Il suffit d’écrire cela avec la définition 5.4.1, ou bien à partir 5.5 Conjugué et module d’un nombre
des formules obtenues à la proposition 5.4.3. complexe
Remarque 5.4.8.
Toutes ces propriétés des opérations + et × sur C,
font que C est appelé un corps : nous en reparle- Définition 5.5.1.
rons dans le chapitre sur les groupes, anneaux et On appelle conjugué d’un complexe z le complexe
corps. z = Re(z) − i Im(z).

Théorème 5.4.9.
Proposition 5.5.2 (Interprétation géométrique).
On a i2 = −1.
Soit M (z) un point du plan. Alors |z| = OM et z̄
est le symétrique de M par rapport à l’axe (O→
−ı )
(voir figure I.17).
Remarque 5.4.10 ( ).
Ce dernier résultat indique que la règle des signes
Démonstration.
n’est pas vraie sur C. On ne peut donc prolonger
Immédiat
la relation d’ordre 6 de R à C.
En résumé, on ne peut pas comparer deux com-
plexes (non réels). Lorsque l’on travail dans un

27
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

1
les réels, il est interdit d’écrire . De manière géné-
Proposition 5.5.3. 0
Soit z un complexe non nul, écrit z = re iθ sous rale, avant d’écrire une fraction (de complexes ou
forme trigonométrique. Alors z̄ = re −iθ . d’autre chose), on s’assurera que le dénominateur
n’est pas nul.
Démonstration.
Pour l’existence, il suffit d’utiliser l’égalité z z̄ = |z 2 | vue
Proposition 5.5.4 (Règles de calcul). précédemment. Si z 6= 0, alors |z 2 | est un réel non nul donc
Soit (z, z 0 ) ∈ C2 , on a les identités suivantes. z̄
z × 2 = 1.
|z |
z+z z−z Pour l’unicité, si z 00 est un autre inverse, alors z 0 zz 00 =
Re(z) = Im(z) = (z 0 z)z 00 = 1.z 00 = z 00 mais aussi z 0 zz 00 = z 0 (zz 00 ) = z 0 .1 = z 0 ,
2 2i
par associativité.
z + z = z + z0
0 z × z = z × z0
0

z=z zz = |z|2 Nous pouvons compléter les règles de calcul


précédentes :
|z| = |z| |zz 0 | = |z| × |z 0 |

Proposition 5.6.3 (Règles de calcul).


Démonstration. Soit (z, z 0 ) ∈ C2 , tel que z 0 6= 0. On a les identités
Ces identités sont élémentaires et se vérifient directement suivantes :
en posant z = x + iy, avec (x, y) ∈ R2 . Celles qui ne font
pas intervenir de somme sont même encore plus simple à z |z| z z̄
= 0 et = 0.
démontrer sous forme trigonométrique. z 0 |z | z 0

Pour la dernière, remarquons aussi que, facilement,
2 2
|zz 0 | = zz 0 zz 0 = zz 0 zz 0 = zzz 0 z 0 = |z|2 |z 0 | .

Remarque 5.6.4.
Corollaire 5.5.5.
L’inverse d’un complexe est donc
Soit z ∈ C, on a
1 a − ib
z ∈ R ⇔ z̄ = z, = 2
a + ib a + b2
z ∈ iR ⇔ z̄ = −z.
Exercice 5.6.5.
1 + 2i
Écrire sous forme algébrique.
3 − 4i
5.6 Inverse d’un nombre complexe non
5.7 Technique de l’angle moitié
nul
La méthode suivante est indispensable : elle
permet d’additionner deux complexes de même
Proposition 5.6.1. module, le tout sous forme trigonométrique.
Soit z ∈ C tel que z 6= 0. Il existe un unique
complexe z 0 tel que zz 0 = 1 : on dit que z est
Théorème 5.7.1 (technique de l’angle moitié).
inversible pour la multiplication, et que z 0 est son
1 Pour tout (x, y) ∈ R2 , on a
inverse. On notera ce dernier ou encore z −1 .
z  
1 z̄ e ix
+e iy
=e i
(x+y)
e i
(x−y)
+e −i
(x−y)

De plus : = 2 . 2 2 2

z |z|
x−y
 
(x+y)
= 2e i 2 cos
2
Remarque 5.6.2.
Attention : 0 n’est pas inversible, et comme avec

28
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

Cette technique permet en particulier de mon-


trer

Corollaire 5.7.2.
Soit t ∈ R, alors
t
 
i 2t
1+e it
= 2e cos
2
t
 
t
1 − e it = −2e i 2 i sin
2

Démonstration.
Il suffit de remarquer que 1 = ei0 et d’appliquer la tech-
nique.

Exercice 5.7.3.
Mettre sous forme trigonométrique les nombre
complexe e 3iπ/5 + e 4iπ/9 .

29
CHAPITRE I. TRIGONOMÉTRIE ET NOMBRES IMAGINAIRES

30
Chapitre II

Fonctions usuelles
Sommaire
1 Rappels d’analyse. . . . . . . . . . . . . 32
1.1 Régularité de fonctions. . . . . . . . . 32
1.2 Parité, imparité, périodicité. . . . . . . 33
1.3 Monotonie. . . . . . . . . . . . . . . . 34
1.4 Lecture de tableaux de variations. . . . 35
2 Effet d’une transformation sur le graphe. 36
3 Composée de fonctions, réciproque. . . 38
3.1 Rappels de dérivation. . . . . . . . . . 38
3.2 Composée de deux fonctions. . . . . . 38
3.3 Propriétés d’une composée. . . . . . . 39
3.4 Cas des bijections. . . . . . . . . . . . 40
4 Fonction valeur absolue . . . . . . . . . 41
5 Fonctions puissances entières, polyno-
miales et rationnelles . . . . . . . . . . . 43
5.1 Fonctions puissances entières . . . . . 43
5.2 Fonctions polynomiales et rationnelles 43
6 Fonctions exponentielles, logarithmes
et puissances quelconques . . . . . . . . 44
6.1 Exponentielle et logarithme . . . . . . 44
6.2 Exponentielle de base quelconque . . . 46
6.3 Racines énièmes. . . . . . . . . . . . . 47
6.4 Croissances comparées . . . . . . . . . 48
7 Fonctions circulaires réciproques . . . . 48
7.1 Arccos et Arcsin . . . . . . . . . . . . 48
7.2 Arctangente . . . . . . . . . . . . . . . 50
7.3 Coordonnées polaires . . . . . . . . . . 51
8 Fonctions hyperboliques . . . . . . . . . 51
8.1 ch, sh et th . . . . . . . . . . . . . . . 51
8.2 Fonctions hyperboliques inverses . . . 53
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

Dans tout ce chapitre, A désigne une partie de Remarque 1.1.4.


R et f une fonction de A dans R. On peut aussi dériver des expressions, avec le sym-
d
bole . On pourra par exemple écrire
d[variable]
1 Rappels d’analyse.
d  42 
x = 42x41 ,
On rappelle dans ce chapitre les notions fonda- dx
mentales d’analyse réelle vues dans le secondaire. ou
d 2 
3t + 1515 = 6t.
dt
1.1 Régularité de fonctions.
On rappelle succintement ici les notions de On s’interdira absolument d’écrire un
continuité et de dérivabilité. Ces notions seront 0 sur une expression pour signifier sa dérivation.
définies et travaillées en profondeur ultérieure- Ainsi, (sin x)0 ou (x2 +x−1)0 sont des écritures in-
ment. d 2
correctes, et on écrira sin0 (x) ou x +x−1 .

dx
Remarque 1.1.5.
Définition 1.1.1 (Continuité). Lorsque l’on dérive une expression dépendant de
Soit f : A → R, soit a ∈ A. La fonction f est plusieurs variables x, y, z, t, α etc, on pourra uti-
continue en a si f (x) −−−→ f (a). ∂ ∂ ∂ ∂ ∂
x→a liser les symboles , , , , etc, pour
La fonction f est continue sur A si f est conti- ∂x ∂y ∂z ∂t ∂α
signifier que l’on dérive l’expression considérée
nue en tout point de A.
par rapport à la variable notée, les autres va-
riables étant supposées fixées (ce sont donc des
constantes). On parle alors de dérivation partielle
Définition 1.1.2 (Dérivabilité). par rapport à une variable.
Soit f : A → R, soit a ∈ A. La fonction f est Bien entendu, il conviendra de se poser la ques-
f (x) − f (a) tion de la dérivabilité de ladite expression, par
dérivable en a si la quantité admet
x−a rapport à la variable considérée. Ces techniques
une limite finie en a. Cette limite est notée f 0 (a), seront détaillées en fin d’année.
i.e. si f est dérivable en a,
Exemple 1.1.6.
f (x) − f (a) Les deux dérivées partielles de l’expression x2 y −
−−−→ f 0 (a).
x−a x→a e y−x sont
La fonction f est dérivable sur A si f est dérivable ∂  2 
x y − e y−x = 2xy + e y−x
en tout point de A. La fonction f 0 est alors appelée ∂x
fonction dérivée de f . ∂  2 
x y − e y−x = x2 − e y−x
Si f est dérivable et si f 0 est dérivable, alors f ∂y
est dite deux fois dérivable, et l’on note f 00 = (f 0 )0 ,
que l’on appelle fonction dérivée seconde de f . Exercice 1.1.7.
Déterminer les dérivées partielles suivantes. On se
reportera au besoin à la partie 3 pour les rappels
Remarque 1.1.3. sur les formules de dérivation.
f (x) − f (a) ∂  −(x2 +y2 ) 
La quantité est la pente de la corde 1. xe
x−a ∂x
à la courbe de f reliant les points d’abscisses a et ∂
2. 3xt2 − xyt + 2x sin(y)

x.
∂t

32
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

∂ Remarque 1.2.2 (Réduction du domaine


3. (xe y + ye z + ze x )
∂z d’étude).
4.

(α sin(y + z)) Il suffit d’étudier une fonction paire ou impaire
∂x sur R+ ∩ A pour obtenir toutes les informations
nécessaires sur cette fonction.
Proposition 1.1.8.
Une fonction dérivable en un point est continue en Une fonction n’est pas toujours paire
ce point. Une fonction dérivable est donc continue. ou impaire. Le contraire de « paire » n’est pas
« impaire ».
Remarque 1.1.9. Exemple 1.2.3.
Comme le montrent les exemples des fonctions Sur R, x 7→ x2 est paire, x 7→ x3 est impaire et
« valeur absolue » et « racine carrée », la réci- x 7→ x2 + x n’est ni paire ni impaire.
proque est fausse : il existe des fonctions conti- Exercice 1.2.4.
nues, et non dérivables. Déterminer toutes les fonctions à la fois paires et
impaires.

Proposition 1.1.10. Remarque 1.2.5.


Soit f, g : A → R dérivables, soit λ, µ ∈ R. Une fonction impaire définie en 0 est forcément
nulle en 0.
1. La fonction λf + µg est dérivable et

(λf + µg)0 = λf 0 + µg 0 .
Proposition 1.2.6.
2. La fonction f g est dérivable et Soit A ⊂ R, soit f : A → R dérivable.
1. Si f est paire, alors f 0 est impaire.
0 0 0
(f g) = f g + f g.
2. Si f est impaire, alors f 0 est paire.

Démonstration.
Exemple 1.1.11. Dans le cas où f est impaire, on a, pour tout x ∈ R,
d
(cos(x) sin(x)) = cos2 (x) − sin2 (x). f (x) = −f (−x).
dx La fonction f est la fonction x 7→ −f (−x) sont donc
égales, et dérivables. Leurs dérivées sont donc égales. On
dérive donc de part et d’autre : pour tout x ∈ R, f 0 (x) =
1.2 Parité, imparité, périodicité.
−(−f 0 (−x)) = f 0 (−x).
On procède de même dans le cas où f est paire.

Définition 1.2.1.
Soit A ⊂ R, soit f : A → R. Définition 1.2.7.
1. On dit que f est paire si, pour tout x ∈ A, Soit A ⊂ R, soit f : A → R, soit T > 0. On dit
que f est T -périodique si, pour tout x ∈ A,
−x ∈ A et f (−x) = f (x).
x+T ∈A et f (x + T ) = f (x).
2. On dit que f est impaire si, pour tout x ∈ A,
Dans ce cas T est appelé UNE période de f .
−x ∈ A et f (−x) = −f (x). La fonction f est périodique s’il existe T > 0
tel que f est T -périodique.

33
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

Remarque 1.2.8 (Réduction du domaine


d’étude). Définition 1.3.2 (Monotonie stricte).
Si f est T -périodique et si a ∈ A, il suffit d’étu- Soit A ⊂ R, soit f : A → R.
dier f sur A ∩ [a, a + T ] pour obtenir toutes les 1. On dit que f est strictement croissante si,
informations sur f . pour tout x, y ∈ A, :

x < y ⇒ f (x) < f (y).


Il n’y a jamais unicité de la période !
Exemple 1.2.9. 2. On dit que f est strictement décroissante si,
Les fonctions constantes, cos, sin, tan, x 7→ x − pour tout x, y ∈ A, :
bxc , R → R sont périodiques.
La fonction 1Q , qui vaut 1 sur Q et 0 sur R \ Q, x < y ⇒ f (x) > f (y).
est périodique. Tout rationnel strictement positif
est une période pour cette fonction. 3. On dit que f est strictement monotone si elle
Toute fonction constante admet tout réel stric- strictement croissante ou strictement décrois-
tement positif comme période. sante.

Proposition 1.2.10.
Soit A ⊂ R, T > 0 et soit f : A → R dérivable et Une fonction n’est pas toujours crois-
T -périodique. sante ou décroissante. Le contraire de croissant
Alors, f 0 est T -périodique. n’est pas décroissant.
Exemple 1.3.3.
Démonstration.
Il suffit d’écrire que, pour tout x ∈ A, f (x) = f (x + T ), La fonction carré n’est ni croissante, ni décrois-
puis de dériver de part et d’autre. sante.
Exercice 1.2.11. Exercice 1.3.4.
Déterminer l’allure de la fonction f paire, 4- Déterminer toutes les fonctions qui sont à la fois
périodique et telle que pour tout x ∈ [0, 2], croissantes et décroissantes.
f (x) = x (cela s’écrit f |[0,2] = Id[0,2] ).
Remarque 1.3.5.
Une fonction monotone strictement l’est bien en-
1.3 Monotonie. tendu au sens large.
À chaque fois que l’on vous demande d’étu-
dier la monotonie d’une fonction, on attend le
Définition 1.3.1 (Monotonie au sens large).
résultat le plus précis possible. Si la fonction est
Soit A ⊂ R, soit f : A → R.
croissante strictement mais que vous n’établissez
1. On dit que f est croissante si, pour tout que sa croissance, votre réponse ne pourra être
x, y ∈ A, : considérée comme complète.
x > y ⇒ f (x) > f (y).
2. On dit que f est décroissante si, pour tout Proposition 1.3.6 (Injectivité d’une fonction
x, y ∈ A, : strictement croissante).
Soit A ⊂ R, soit f : A → R strictement monotone.
x > y ⇒ f (x) 6 f (y).
Alors, pour tout x, x0 ∈ A, si x 6= x0 , alors f (x) 6=
3. On dit que f est monotone si elle croissante f (x0 ). Ceci est équivalent à dire que, pour tout
ou décroissante. x, x0 ∈ A, si f (x) = f (x0 ), alors x = x0 .

34
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

Notamment, si y ∈ R, il existe au plus un x ∈ A Il est essentiel que I soit un intervalle


vérifiant y = f (x). pour que l’implication de la droite vers la gauche
soit vraie (en revanche pour l’autre implication
Démonstration. ce n’est pas nécessaire).
On traite le cas strictement croissant (le cas strictement dé-
croissant se traite de la même manière, ou bien en étudiant Exercice 1.4.4. 1. Trouver une application f
−f ). non croissante dérivable sur son ensemble de
Soit x, x0 ∈ A tels que x 6= x0 . On a soit x < x0 , dans définition, de dérivée positive.
ce cas f (x) < f (x0 ) par croissance stricte de f , ou x > x0 ,
dans ce cas f (x) > f (x0 ). Dans les deux cas, f (x) 6= f (x0 ). 2. Trouver une application g non constante dé-
On peut très bien en montrer la contraposée. Soit x, x0 ∈ rivable sur son ensemble de définition, de
A tels que f (x) = f (x0 ). On ne peut pas avoir x < x0 car dérivée nulle.
sinon on aurait f (x) < f (x0 ), par croissancee stricte de f ,
ni x > x0 car sinon f (x) > f (x0 ). Ainsi x = x0 . 3. Trouver une application h dérivable non dé-
croissante sur son ensemble de définition, de
Exemple 1.3.7. dérivée négative.
La fonction cosinus est strictement croissante sur
[π, 3π/2]. Remarque 1.4.5.
Nous avons aussi : si f 0 est strictement positive
1.4 Lecture de tableaux de variations. (resp. négative), alors f est strictement croissante
(resp. décroissante).
Attention, la réciproque est fausse ! Par
Définition 1.4.1. exemple, la fonction x 7→ x3 est strictement crois-
Un intervalle est une partie « sans trou » de R sante sur R, bien que sa dérivée s’annule en 0.
(plus formellement on appelle cela une partie Le théorème suivant traduit les flèches conti-
connexe), i.e. c’est une partie I qui vérifie : pour nues tracées dans les tableaux de variations.
tout x, y ∈ I, pour tout t ∈ R,

x 6 t 6 y ⇒ t ∈ I. Théorème 1.4.6 (Théorème de la bijection).


Soit a < b deux réels, soit f : [a, b] → R continue.
1. Si f est strictement croissante, pour tout
Le théorème suivant permet de relier le tableau y ∈ [f (a), f (b)], il existe un unique x ∈ [a, b]
de signes de la dérivée d’une fonction au tableau vérifiant y = f (x). On dit que f réalise une
de variations de la fonction. bijection de [a, b] sur [f (a), f (b)].
2. Si f est strictement décroissante, pour tout
Théorème 1.4.2. y ∈ [f (b), f (a)], il existe un unique x ∈ [a, b]
Soit I un intervalle de R, soit f : I → R déri- vérifiant y = f (x). On dit que f réalise une
vable. bijection de [a, b] sur [f (b), f (a)].
1. f est croissante (resp. décroissante) si et On a des résultats analogues avec un intervalle
seulement si f 0 > 0 (resp. f 0 6 0). semi-ouvert ou ouvert (de la forme ]a, b], [a, b[
ou ]a, b[), même si a ou b valent ±∞, mais ces
2. La fonction f est constante si et seulement
résultats font alors intervenir des limites.
si ∀x ∈ I, f 0 (x) = 0.
Démonstration.
L’existence d’un tel x provient directement du théorème
Remarque 1.4.3. des valeurs intermédiaires : f est continue sur l’intervalle
On déduit de ce théorème que deux primitives [a, b], y est entre f (a) et f (b), donc il existe x ∈ [a, b] tel
d’une même fonction diffèrent d’une constante. que y = f (x).

35
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

L’unicité provient de la monotonie stricte, par la propo-


sition 1.3.6. • Le graphe de la fonction x 7→ f (ax) s’ob-
tient en dilatant le graphe de f suivant le
Exercice 1.4.7.
−ı et par le rapport 1 (voir la figure
vecteur →
Écrire le théorème 1.4.6 dans le cas où a ∈ R et a
b = +∞. II.3).
Justifier, sans faire intervenir la notion de dé- • Le graphe de la fonction x 7→ af (x) s’ob-
rivée, que pour tout y > 0, il existe un unique tient en dilatant le graphe de f suivant le
x > 0 vérifiant y = x2 . vecteur →
− et par le rapport a (voir la figure

Exercice 1.4.8. II.4).


Chercher un contre-exemple au théorème 1.4.6 • Le graphe de la fonction x 7→ f (−x) s’ob-
pour chaque hypothèse que l’on enlève. tient en prenant le symétrique du graphe
de f par rapport à l’axe O→ − (voir la figure
Remarque 1.4.9. II.5).
L’étude du signe d’une expression se fera systéma- • Le graphe de la fonction x 7→ −f (x) s’ob-
tiquement en la factorisant. Ensuite, si le signe de tient en prenant le symétrique du graphe
l’un des facteurs n’est pas évident, il conviendra de f par rapport à l’axe O→ −ı (voir la figure
d’étudier ce facteur (par une étude de fonctions). II.6).
Exercice 1.4.10. • Le graphe de la fonction x 7→ −f (−x) s’ob-
Déterminer l’ensemble de définition de x 7→ tient en prenant le symétrique du graphe
(x + 1)2 de f par rapport au point O (voir la figure
puis tracer son tableau de variations.
ex − 1 II.7).

2 Effet d’une transformation sur Démonstration.


On montre le premier cas, les autres sont similaires. Notons
le graphe. Γ le graphe de f , Γ0 celui de x 7→ f (x) + a. Soit (x, y) ∈ R2 ,
alors (x, y) ∈ Γ0 ⇔ (x, y − a) ∈ Γ, ce qui est bien le résultat
Soit A ⊂ R. On considère une application demandé.
f : A → R, dont on veut étudier les proprié- Remarque 2.0.2.
tés. Notamment, on peut vouloir représenter le Le graphe de la fonction x 7→ f (a − x) s’obtient
graphe de cette fonction : c’est donc
n o • soit en translatant le graphe de f du vec-
(x, y) ∈ R2 x ∈ A et y = f (x) , teur a→−ı puis en prenant le symétrique par
rapport à O→ − ;
que l’on représente, lorsque c’est possible, par une • soit en prenant le symétrique du graphe de
« courbe ». f par rapport à O→ − puis en le transtlatant
par le vecteur −a→−ı .
Proposition 2.0.1.
Soit a ∈ R∗+ , on considère des graphes tracés
Proposition 2.0.3. 1. Le graphe d’une fonc-
dans le repère orthonormé direct (O, → −ı , →
− ).
tion paire présente une symétrie par rapport
• Le graphe de la fonction x 7→ f (x) + a s’ob-
à l’axe des ordonnées.
tient en translatant le graphe de f du vec-
teur a→− (voir la figure II.1). 2. Le graphe d’une fonction impaire présente
• Le graphe de la fonction x 7→ f (x + a) s’ob- une symétrie par rapport à l’origine.
tient en translatant le graphe de f du vec- 3. Le graphe d’une fonction T -périodique pré-
teur −a→ −ı (voir la figure II.2). sente un motif de longueur T se répétant

36
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

x 7→ f (x) + 1, 5 x 7→ 3f (x)

f : x 7→ x2
0 1 f : x 7→ x2 + 1
x 7→ f (x) − 0, 7 1
x 7→ −f (x)/10
Figure II.1 – Translation verticale du graphe. 1
0

f : x 7→ x2

1
Figure II.4 – Dilatation verticale du graphe.

0 1
x 7→ f (x + 2.9) x 7→ f (x − 1)

Figure II.2 – Translation horizontale du graphe.

x 7→ f (5x) 0 1
x 7→ f (−x) f : x 7→ ·x(x − 1)
f : x 7→ x2 + 1
1
Figure II.5 – Symétrie du graphe par rapport à
x 7→ f (x/10) l’axe vertical.
0 1

Figure II.3 – Dilatation horizontale du graphe. translation de vecteur T →


−ı ).

Exercice 2.0.4.
Quelle symétrie la courbe d’une fonction f : R →
(plus formellement, il est invariant par la R vérifiant, pour un a ∈ R, ∀x ∈ R f (a−x) = f (x)
présente-t-elle ?

37
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

f : x 7→ ·x(x − 1) 1. Soit n un entier strictement positif. La fonc-


tion x 7→ un (x) est dérivable sur A et, pour
1 tout x ∈ A,
d n
(u (x)) = nu0 (x)un−1 (x).
dx
0 1
x 7→ −f (x) 2. Soit n un entier strictement négatif. Si u
ne s’annule pas, la fonction x 7→ un (x) est
dérivable sur A et, pour tout x ∈ A,
d n
(u (x)) = nu0 (x)un−1 (x).
dx

Figure II.6 – Symétrie du graphe par rapport à 3. p


Si u est strictement positive, la fonction x 7→
l’axe horizontal. u(x) est dérivable sur A et, pour tout x ∈
A,
d q u0 (x)
 
u(x) = p .
f : x 7→ x3 + x2 − x + 1 dx 2 u(x)
4. La fonction x 7→ exp (u(x)) est dérivable sur
1 A et, pour tout x ∈ A,
d
(exp (u(x))) = u0 (x) exp (u(x)).
dx
0 1
5. Si u est strictement positive, la fonction x 7→
ln (u(x)) est dérivable sur A et, pour tout
x ∈ A,

x 7→ −f (−x) d u0 (x)
(ln (u(x))) = .
dx u(x)

Figure II.7 – Symétrie du graphe par rapport à


l’origine.
3.2 Composée de deux fonctions.

3 Composée de fonctions, réci-


Définition 3.2.1.
proque. Soit A, B ⊂ R, soit f : A → R et g : B → R.
Si, pour tout x ∈ A, f (x) ∈ B, alors on peut
3.1 Rappels de dérivation.
construire la fonction composée de f par g :
On rappelle les formules de dérivation usuelles
utilisées dans le secondaire. g◦f : A → R .
x 7→ g(f (x))

Théorème 3.1.1. On pourra, pour s’aider, se rappeler du schéma


Soit A ⊂ R et u : A → R dérivable. de la figure II.8.

38
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

f (x) ∈ B
2. Si f et g sont dérivables, alors g ◦ f est déri-
vable sur A et
g
f (g ◦ f )0 = f 0 × g 0 ◦ f.
g◦f
x∈A g(f (x))
Démonstration.
Cela sera démontré ultérieurement.
Figure II.8 – Diagramme de composition de
fonctions. Exercice 3.3.2.
Dériver les expressions suivantes :
1. sin 3x2 + 2 ;

Exemple 3.2.2.
2. 1 + ln(cos(t)).
p
On peut donc écrire, sous réserve de validité,
Remarque 3.3.3.
u0
0 0
(exp ◦u) = u × exp ◦u et 0
(ln ◦u) = . Sous réserve de définition, on a donc de manière
u générale
Remarque 3.2.3. d
Pour déterminer le domaine de définition d’une (f (ax + b)) = af 0 (ax + b).
dx
composée g ◦ f , il convient de déterminer dans
l’ordre : Proposition 3.3.4.
1. le domaine de définition de f , noté ici Df ; Soit A, B ⊂ R, f : A → R et g : B → R telles que
g ◦ f soit définie.
2. puis le domaine de définition de g, noté ici
Dg ; 1. Si f est paire, g ◦ f est paire.
2. Si f est impaire et g est paire, g ◦ f est paire.
3. enfin, déterminer l’ensemble des x ∈ Df pour
lesquels f (x) ∈ Dg . 3. Si f et g sont impaires, g ◦ f est impaire.
En particulier, il est impossible de conclure sans
avoir avoir étudié l’ensemble d’arrivée de f ! Démonstration.
Soit x ∈ A. Si f est paire,
Exercice 3.2.4.
g ◦ f (−x) = g(f (−x)) = g(f (x)) = g ◦ f (x).
Déterminer le domaine de définition de
s Si f est impaire et g paire,
2 g ◦ f (−x) = g(f (−x)) = g(−f (x)) = g(f (x)) = g ◦ f (x).
x 7→ x−2− .
x−3
Si f et g sont impaires,

g◦f (−x) = g(f (−x)) = g(−f (x)) = −g(f (x)) = −g◦f (x).
3.3 Propriétés d’une composée.

Théorème 3.3.1. Proposition 3.3.5.


Soit A, B ⊂ R, f : A → R et g : B → R telles que Soit A, B ⊂ R, f : A → R et g : B → R tels que
g ◦ f soit définie. g ◦ f soit définie.
1. Si f et g sont continues, alors g ◦ f est conti- 1. Si f et g sont de même monotonie, g ◦ f est
nue sur A. croissante.

39
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

2. Si f et g sont de monotonies opposées, g ◦ f Proposition 3.4.3.


est décroissante. Soit a < b deux réels, f : [a, b] → R continue et
On a les mêmes résultats dans les cas de monoto- strictement croissante. On a alors
nie stricte.
f −1 : [f (a), f (b)] → [a, b]

Démonstration. et on a les propriétés suivantes :


On traite le cas où f est croissante et g décroissante. Les
autres sont semblables. 1. f ◦ f −1 = Id[f (a),f (b)] ;
Soit x, y ∈ A, supposons que x 6 y. Par croissance 2. f −1 ◦ f = Id[a,b] .
de f , on a f (x) 6 f (y) puis, par décroissance de g, on a
g(f (x)) > g(f (y)). Ainsi, g ◦ f est décroissante. Dans le cas où f est strictement décroissante, on
a les mêmes résultats en remplaçant [f (a), f (b)]
Exercice 3.3.6. par [f (b), f (a)].
Déterminer sans calculs le sens de variations de On a des résultats analogues avec un intervalle
la fonction semi-ouvert ou ouvert (de la forme ]a, b], [a, b[
x 7→ ln(1 + e −2x ). ou ]a, b[), même si a ou b valent ±∞, mais ces
résultats font alors intervenir des limites.
3.4 Cas des bijections.
Démonstration.
Le domaine de définition de f −1 et son image sont évidents,
par la définition de f −1 .
Définition 3.4.1. 1. Soit x ∈ [f (a), f (b)]. Posons t = f −1 (x). Par défini-
Soit E ⊂ R. On définit la fonction identité sur E tion, f (t) = x, donc f (f −1 (x)) = x, d’où le résultat.
comme 2. Soit t ∈ [a, b], posons x = f (t). Par croissance stricte
IdE : E → R . de f , il y a unicité du réel u ∈ [a, b] vérifiant x =
x 7→ x f (u), donc par définition t = f −1 (x). On a donc
t = f −1 (f (t)), d’où le résultat.

On définit maintenant la réciproque d’une fonc-


tion dans le cadre restreint du théorème de la Proposition 3.4.4.
bijection. Nous étendrons cette notion ultérieure- Soit a < b deux réels, f : [a, b] → R continue et
ment. strictement monotone. Alors, le graphe de f −1 est
le symétrique du graphe de f par rapport à la
droite d’équation y = x (aussi appelée première
bissectrice du plan).
Définition 3.4.2.
Soit a < b deux réels, f : [a, b] → R continue et
strictement monotone. Soit x entre f (a) et f (b), Démonstration.
il existe donc un unique t ∈ [a, b] tel que x = f (t). Soit x ∈ [a, b], soit y entre f (a) et f (b). On a alors y = f (x)
si et seulement si x = f −1 (y). Ainsi, le point de coordon-
On note ce réel t = f −1 (x). nées (x, y) appartient au graphe de f si et seulement si
La fonction f −1 est appelée réciproque de f . celui de coordonnées (y, x) appartient au graphe de f −1 .
On a des résultats analogues avec un intervalle Or, l’application qui échange les coordonnées est la symé-
semi-ouvert ou ouvert (de la forme ]a, b], [a, b[ trie par rapport à la première bissectrice du plan, d’où le
résultat.
ou ]a, b[), même si a ou b valent ±∞, mais ces
résultats font alors intervenir des limites. Le résultat suivant permet notamment d’obte-
nir le tableau de variations de la réciproque d’une
fonction.

40
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

Théorème 3.4.5. x a b
Soit I un intervalle de R et f : I → R continue et c
strictement monotone. f (x)
d
1. La fonction f −1 est strictement monotone,
de même monotonie que f . x d c

2. Si f est impaire, alors f −1 est aussi impaire.. b


f −1 (x) a
3. La fonction f −1 est continue.
4. Si f dérivable et si f 0 ne s’annule pas, alors
1 Figure II.9 – Tableaux de variations d’une fonc-
f −1 est aussi dérivable et (f −1 )0 = 0 . tion et de sa réciproque.
f ◦ f −1

Démonstration.
On ne démontre que les deux premier points. par symétrie celui de f −1 possède une tangente
1. Dans le cas où f est strictement décroissante. Soit verticale au point de coordonnées (y, x).
x, y des images par la fonction f , posons a = f −1 (x)
et b = f −1 (y), de sorte que a, b ∈ I, x = f (a) et
Exemple 3.4.9.
y = f (b). On peut observer tous ces résultats sur les fonc-
Supposons que x < y. Si a 6 b, alors, par décroissance tions carré et racine carrée (voir figure II.10).
de f , f (a) > f (b), i.e. x > y : c’est impossible. La fonction carré est strictement croissante sur
Ainsi, f −1 (x) > f −1 (y), donc f −1 est strictement
R+ (mais pas sur R), est continue, 02 = 0 et
décroissante.
x2 −−−−→ +∞. Ainsi, la fonction carré réalise une
2. Soit x une image par la fonction f , on a par imparité x→+∞
de f bijection de R+ sur R+ . On appelle sa réciproque
√ √
f (−f −1 (x)) = −f (f −1 (x)) = −x. la fonction racine carrée, notée · : si x > 0, x
Ainsi, par définition, f −1 (−x) = −f −1 (x), donc f −1 est l’unique réel t > 0 vérifiant t2 = x. La fonction
est impaire. racine carrée est donc strictement croissante et

x −−−−→ +∞.
x→+∞
Remarque 3.4.6. d 2
On a, pour tout x > 0, (x ) = 2x, qui s’an-
Une fois que l’on sait que f −1 est dérivable, la dx
dernière formule peut se retrouver en dérivant nule exactement en 0. La fonction racine carrée
f ◦ f −1 = Id, ce qui donne : est donc dérivable sur R∗+ , mais pas en 0, et pour
tout x > 0,
(f −1 )0 × f 0 ◦ f −1 = 1. d √  1
x = √ .
dx 2 x
Remarque 3.4.7.
Avec quelques considérations de limites, le théo-
rème précédent permet de relier les tableaux de
variations d’une fonction et de sa réciproque (voir 4 Fonction valeur absolue
figure II.9 dans le cas où f est strictement décrois-
sante).
Remarque 3.4.8. Définition 4.0.1.
Plus précisément, si f 0 (x) = 0, alors f −1 ne sera Soit x√∈ R On appelle valeur absolue de x le réel
pas dérivable en y = f (x). |x| = x2 . Il vaut x si x > 0 et −x sinon (voir la
En effet, le graphe de f possède une tangente figure II.11).
horizontale au point de coordonnées (x, y), donc

41
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

Pour tout x, y ∈ R, |x · y| = |x| · |y|.


x 7→ x2
Théorème 4.0.5.
Soit x, y ∈ R. Alors, |x| 6 y si et seulement si
−y 6 x 6 y.
y=x

Démonstration.
Il suffit de discuter selon les signes de x et de y.

1 √
x 7→ x Proposition 4.0.6 (Inégalité triangulaire).
Soit x, y ∈ R, alors :
1. |x + y| 6 |x| + |y| ;
2. ||x| − |y|| 6 |x + y| ;
0 3. enfin, |x + y| = |x| + |y| si et seulement si x
1
et y sont de même signe.

Figure II.10 – Fonctions carré et racine carrée.


Remarque 4.0.7.
L’inégalité triangulaire est celle du premier point,
mais on trouve souvent sous cette appellation les
deux premiers points résumés dans l’encadrement
||x| − |y|| 6 |x + y| 6 |x| + |y|. Le troisième point
est le cas d’égalité de l’inégalité triangulaire.
x 7→ |x| Le cas d’égalité du second point existe également :
1 ||x| − |y|| = |x + y| si et seulement si x et y sont
de signe opposés.
On retrouvera ces résultats pour les nombres com-
0 1 plexes, car la valeur absolue et le module complexe
coïncident sur R. Le premier point sera démon-
tré dans le chapitre correspondant. Le second
Figure II.11 – Fonction valeur absolue. point en découle facilement et peut être démon-
tré dès maintenant. Nous donnons cependant une
démonstration élémentaire des points (i) et (iii),
valable uniquement pour des réels.
Proposition 4.0.2.
Démonstration. 1.
C’est une fonction paire, continue sur R et déri-
vable sur R∗− et R∗+ , mais pas en 0. Si x > 0, on (|x| + |y|) − |x + y|2 = (|x| + |y|)2 − (x + y)2
2

d d = 2(|xy| − xy)
a (|x|) = 1 et si x < 0, (|x|) = −1.
dx dx > 0,

donc |x + y|2 6 (|x| + |y|)2 . On conclut par positivité


Remarque 4.0.3. de |x + y| et de |x| + |y|.
Pour tout réel x, |x| > 0, et |x| = 0 si et seulement 3. Dans le raisonnement précédent, il y a égalité si et
si x = 0. seulement si |xy| = xy, ce qui est équivalent à xy > 0,
ce qui est bien équivalent à « x et y sont de même
Remarque 4.0.4. signe ».

42
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

2. En appliquant le premier point, |x| = |(x + y) +


(−y)| 6 |x + y| + |y| donc |x| − |y| 6 |x + y|. En Les allures des courbes dans tous les cas (n
permutant les rôles de x et y, nous avons également pair, impair, positif, négatif) sont données dans
|y| − |x| 6 |x + y|, ce qui permet de conclure.
les figures II.12 et II.13.

Remarque 4.0.8 (Interprétation en terme de


distance).
Si x, y ∈ R, |x − y| est la distance entre x et y. On Proposition 5.1.4 (Comparaisons de puis-
peut alors écrire, avec (x, ε) ∈ R2 , les intervalles sances).
Soit x ∈]0, 1], alors
[x − ε, x + ε] = { y ∈ R | |y − x| 6 ε } ,
0 < x4 6 x3 6 x2 6 x 6 1 6 1/x 6 1/x2 . . .
]x − ε, x + ε[ = { y ∈ R | |y − x| < ε } .
Plus formellement, la suite (xn )n∈Z est décrois-
5 Fonctions puissances entières, sante (strictement si 0 < x < 1).
Soit x ∈ [1, +∞[, la suite (xn )n∈Z est croissante
polynomiales et rationnelles (strictement si x > 1).

5.1 Fonctions puissances entières

Définition 5.1.1.
Soit x ∈ R, n ∈ N. On appelle x puissance n le
réel x × . . . × x (n fois), noté xn . x 7→ x2
Par convention x0 = 1 pour tout x ∈ R, x 7→ x4
même 0. 1
Si n est un entier strictement négatif, et si x 6= 0,
1
on pose xn = −n .
x
0 1
Remarque 5.1.2.
Cela peut se définir rigoureusement par récur-
rence. x 7→ x
x 7→ x3

Proposition 5.1.3.
Soit m, n ∈ Z, de manière générale :

xm+n = xm xn , Figure II.12 – Quelques fonctions puissance,


x mn
= (x ) ,
m n exposants positifs.
(xy) = xn y n ,
n
 n
xn x
= .
yn y
5.2 Fonctions polynomiales et ration-
De plus, x 7→ xn a la même parité que n. C’est
nelles
une fonction continue, dérivable, de dérivée x 7→
nxn−1 .

43
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

Démonstration.
On factorise an xn :
a0 a1 an−1
 
f (x) = an xn + + ··· + +1
1 an xn an xn−1 an x
x 7→ n−1
!
x2 X ak
= an x n
1+ .
1 k=0
an xn−k

Il suffit de voir que, si 0 6 k 6 n − 1,

0 ak
1 −−−−−→ 0.
an xn−k x→±∞

1
x 7→
x
1
x 7→ Définition 5.2.3.
x3
On appelle fonction rationnelle toute fonction de
g(x)
la forme f : x 7→ où g et h sont des fonctions
h(x)
Figure II.13 – Quelques fonctions puissance, polynomiales. Si an x et bm xm sont les monômes
n
exposants négatifs. an xn
dominants de g et h, alors f (x) et ont
bm xm
même limite en ±∞.

Définition 5.2.1. Remarque 5.2.4.


On appelle fonction polynomiale toute fonction L’ensemble de définition d’une telle fonction est au
de la forme moins inclus dans l’ensemble des réels sur lesquels
h ne s’annule pas. Nous l’étudierons précisément
f : R → R dans le chapitre dédié aux fractions rationnelles.
x 7→ a0 + a1 x + a2 x2 + . . . + an xn Sur cet ensemble, toute fraction rationnelle est
| {z }
n
X continue et dérivable.
ak xk
k=0

où n ∈ N, a0 , . . . , an ∈ R et où an 6= 0. 6 Fonctions exponentielles, lo-


Dans ce cas, n est appelé le degré de f , an est garithmes et puissances quel-
le coefficient dominant (ou de plus haut degré) de conques
f et a0 est le coefficient constant de f . Le terme
an xn est le monôme dominant de f .
6.1 Exponentielle et logarithme

Proposition 5.2.2. Définition 6.1.1.


Toute fonction polynomiale est continue et déri- On appelle logarithme népérien la primitive, notée
1
vable sur R. ln, de x 7→ sur R∗+ valant 0 en 1.
De plus, avec les notations précédentes, f (x) et x
an xn ont même limite en ±∞.

44
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

Proposition 6.1.2.
La fonction ln est continue, dérivable sur R∗+ ,
strictement croissante (donc injective) et bijective exp y=x
de R∗+ dans R.
1
Si x ∈ R∗+ , on a ln0 (x) = . 1
x

Démonstration.
0 1
Les outils pour cela seront vus plus tard, mais il suffit y =x+1
de dire que c’est la primitive d’une fonction continue et
positive.

ln
Définition 6.1.3.
On appelle fonction exponentielle notée exp la y =x−1
réciproque de ln. On a donc exp : R → R∗+ .

Figure II.14 – Logarithme et exponentielle.


Proposition 6.1.4.
La fonction exp est continue, dérivable sur R, et
égale à sa dérivée. 1
une primitive de x 7→ , donc diffère de ln d’une constante.
x
Avec x = 1, on obtient cette constante : pour tout x > 0,
Démonstration. on a bien ln(xy) = ln x + ln y.
Utiliser les propriétés de la réciproque. L’autre identité s’en déduit en observant que exp est la
réciproque de ln :
• Graphes : voir la figure II.14.
ln(exp(x) exp(y)) = ln(exp(x)) + ln(exp(y))
= x + y.
Par définition de l’exponentielle, exp(x + y) =
Proposition 6.1.5. exp(x) exp(y).
L’exponentielle est partout strictement positive,
elle est strictement croissante et bijective de R Exemple 6.1.7.
1
dans R∗+ . En particulier, exp(−x) = , ln(1/x) =
exp(x)
− ln x et ln(xn ) = n ln x.

Démonstration. Remarque 6.1.8.


Utiliser les propriétés de la réciproque. On définit e = exp(1), dont une valeur approchée
à 10−3 près est 2, 718.
Proposition 6.1.6.
Pour tout x, y ∈ R∗+ , ln(xy) = ln(x) + ln(y). Proposition 6.1.9 (inégalités fondamentales).
Pour tout x, y ∈ R, exp(x + y) = exp(x) exp(y). Pour tout x ∈ R,
ex > 1 + x
Démonstration.
et pour tout x > −1,
Soit y ∈ R∗+ , étudions fy : R∗+ → R, x 7→ ln(xy). C’est
une fonction dérivable, comme composée
  de fonctions déri- ln(1 + x) 6 x.
1 1
vables, et si x ∈ R+ , fy (x) = y
∗ 0
= . Ainsi, fy est
xy x

45
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

1
Démonstration. 4. a = ∈ Q, q > 0 : définie sur R+ , donc
Il suffit d’étudier les fonctions x 7→ e x − 1 − x et x 7→ ln(1 + q
x) − x, en dressant leurs tableaux de signes/variations. prolongeable en zéro, comme réciproque de
la fonction x 7→ xq . Et même prolongeable
Remarque 6.1.10.
sur R si q impair.
Ces inégalités s’observent aisément sur la fi-
gure II.14. • Pour traiter un exercice avec des puissances
Elles découlent immédiatement de la propriété quelconques, il faut quasiment toujours repasser
de convexité de l’exponentielle et de la propriété par l’écriture exponentielle.
de concavité du logarithme.
Remarque 6.1.11. Proposition 6.2.3.
Les dérivées de l’exponentielle en 0 et du loga- Soit x, x0 ∈ R∗+ et y, y 0 ∈ R, on a :
rithme en 1 donnent les limites suivantes, fort 0
utiles : 1. (xx0 )y = xy .x y .
0 0
2. xy+y = xy .xy .
exp(x) − 1
−−−→ 1, 0
3. x(yy ) = (xy )y .
0
x x→0
1 1
 y
ln(1 + x)
−−−→ 1. 4. x−y = y = .
x x→0 x x

6.2 Exponentielle de base quelconque Démonstration.


Revenir à la définition via l’exponentielle.

• On peut dériver xa en utilisant directement sa


Définition 6.2.1.
définition. On remarquera notamment que
Soient x ∈ R∗+ et a ∈ R. On appelle « x puissance
a » (ou exponentielle de base x), noté xa , le réel ∂ a ∂ a
(x ) 6= (x ).
xa = exp(a ln x). ∂x ∂a

On n’utilisera jamais le symbole 0 pour


xa n’est qu’une notation pour d ∂
dériver une expression, mais plutôt ou ,
exp(a ln x). d♥ ∂♥
où ♥ est la variable par rapport à laquelle on
dérive l’expression (les autres étant fixées).
xa n’est pas défini avec x 6 0, avec cette
définition. Exemple 6.2.4.
Que veut dire (xy )0 ?

Remarque 6.2.2.
Proposition 6.2.5.
• Si a ∈ N, cette définition coïncide avec la défi-
Soit a ∈ R. On note fa : R∗+ → R∗+ .
nition donnée précédemment.
x 7→ xa
• On a alors pour tout x > 0, exp(x) = e x . La
notation e x est alors utilisée pour tout x ∈ R 1. La fonction fa est continue, dérivable et ∀x ∈
pour désigner exp(x). R∗+ , fa0 (x) = axa−1 .
2. Si a =
6 0, fa est bijective de R∗+ sur R∗+ . Sa
• Cas particuliers :
réciproque est f1/a .
1. a ∈ N : xa défini sur R. 0
3. Soit a < a0 : si x > 1, xa < xa , si x ∈]0, 1[,
2. a ∈ Z : xa défini sur R∗ . xa > xa
0

3. a ∈ R+ : prolongeable en 0 par continuité.

46
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

Démonstration. 1. Il suffit de dériver dans la défini- 2. Propriétés fondamentales : log10 (10x ) = x et


tion. 10log10 x = x.
2. Il suffit de vérifier que (xa )1/a = (x1/a )a = x. 3. Lien avec les diagrammes de Bode en SI pour
3. Il suffit de discuter suivant le signe de ln(x). représenter une fonction de transfert d’un
système électrique (électronique ?). Échelle
• Graphes : voir la figure II.15. log/dB, où dB = 20 log10 (autrement dit,
20dB d’augmentation signifie multiplication
par 10 du signal) :
a = −0, 7

a = 1, 5
a = 0, 7

a = 0, 5
1
a = −0, 5

6.3 Racines énièmes.


a = −1, 5

0
1 Définition 6.3.1.
Soit n ∈ N∗ . La fonction x 7→ xn est continue.
• Si n est pair, x 7→ xn est strictement crois-
Figure II.15 – Quelques fonctions de la forme
sante sur R+ et réalise une bijection de R+
x 7→ xa .
sur R+ . Sa réciproque sur R+ est appelée

« racine ne », notée n ·.
• Si n est impair, x 7→ xn est strictement
croissante sur R et réalise une bijection de
R sur R. Sa réciproque sur R est appelée
Définition 6.2.6 (Logarithme de base a). √
« racine ne », notée n ·.
Soit a ∈ R∗+ \{1}. La fonction « puissance en base
a », R → R∗+ , x 7→ ax , est bijective. Sa réciproque
est le logarithme de base a Démonstration.
Il suffit de montrer la croissance stricte. Cela peut se faire
 ∗ en dérivant, ou bien en factorisant xn − y n (la formule sera
 R+ −→ R, vue bientôt).
loga : ln(x) Notamment, pour n = 2, x2 − y 2 = (x − y)(x + y) donne
x 7−→ .
ln(a) directement la croissance stricte de x 7→ x2 sur R∗+ .

Exemple 6.3.2. √ √
(−2)

3 = −8, donc −2 = 3 −8, et ( 3)4 =
√ √
Remarque 6.2.7. 1. Cas particuliers utiles : (− 3)4 = 9, donc 4 9 = 3.
log10 et log2 . Ils donnent le nombre de chiffres
dans l’écriture d’un entier en base 10 ou 2 : Proposition 6.3.3.

si 10p−1 6 n < 10p , alors n s’écrit avec p Soit n ∈ N∗ et x > 0, alors n x = x1/n .
chiffres en base 10 et blog10 nc = p − 1.

47
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

Démonstration. 7 Fonctions circulaires réci-


On a bien x1/n > 0 et, d’après les règles de manipulation
des puissances, (x1/n )n = (xn )1/n = x. proques

6.4 Croissances comparées 7.1 Arccos et Arcsin

Exercice 6.4.1.
Montrer que ∀x ∈ R+ , exp(x) > 1 + x + x2 /2. En La fonction cosinus n’est pas bijective :
déduire la limite de exp(x)/x lorsque x → +∞. pour tout x ∈ [−1, 1], il n’existe pas un unique
t ∈ R vérifiant x = cos(t).
Proposition 6.4.2 (Croissances comparées des
exponentielles, puissances et logarithmes). Définition 7.1.1 (Arc cosinus).
Soient a, b ∈ R∗+ . Alors : Pour tout x ∈ [−1, 1], il existe un unique t ∈ [0, π]
1. l’exponentielle l’emporte sur les puissances : tel que x = cos(t). On dit que ce t est l’arc cosinus
de x (noté t = Arccos(x)).
e bx Plus formellement : la fonction cosinus est bi-
xa e bx −−−−→ 0 et −−−−→ +∞ ;
x→−∞ xa x→+∞ jective de [0, π] sur [−1, 1]. Sa fonction réciproque
est appelée arc cosinus et noté Arccos.
2. les puissances l’emportent sur les loga-
rithmes :
Démonstration.
xa La fonction cosinus est continue, strictement décroissante
xa ·|ln x|b −−−→ 0 et −−−−→ +∞ ;
x→0 (ln x)b x→+∞ sur [0, π], cos(0) = 1 et cos(π) = −1. On conclut par le
théorème de la bijection.
3. l’exponentielle l’emporte sur les logarithmes
(repasser par les deux premiers points).
Proposition 7.1.2.
La fonction arc cosinus est strictement décrois-
Démonstration. 1. On utilise le résultat de l’exer- sante, continue sur [−1, 1], dérivable sur ] − 1, 1[,
cice 6.4.1, en factorisant 1
de dérivée x 7→ − √ , c’est-à-dire que pour
1 − x2
a a
e bx e bx/a e bx/a
  a 
b
= = . .
xa x a bx/a tout x ∈] − 1, 1[,
2. En composant la limite de l’exercice 6.4.1 par ln(x), 1
x Arccos0 (x) = − √ .
on a directement −−−−−→ +∞. Puis, en compo- 1 − x2
ln x x→+∞
1
sant par , on obtient et x ln x −−−→ 0. Son graphe est représenté sur la figure II.16.
x x→0
Ensuite, on factorise
 b  b  b
xa xa/b a xa/b Démonstration.
= = .
(ln x)b ln x b ln (xa/b ) Tout découle du tableau de variations du cosinus et des
théorèmes généraux précédents.
On obtient l’autre limite par composition. Comme cos0 (0) = 0 et cos0 (π) = 0, Arccos n’est pas
3. Repasser par les deux premiers points. dérivable en cos(0) = 1 et en cos(π) = −1. La dérivée du
cosinus ne s’annule pas sur ]0, π[, donc Arccos est dérivable
sur ] − 1, 1[. Ensuite, si −1 < x < 1,
Exercice 6.4.3.
1 −1
Déterminer la limite de la suite de terme général Arccos0 (x) = = .
cos0 (Arccos x) sin(Arccos x)
3n − n2 + ln2 (n) Il suffit d’utiliser√le résultat du théorème 7.1.6 pour obtenir
√ n sin(Arccos x) = 1 − x2 .
ne + e − 2 ln(n)

48
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

π Démonstration.
C’est la même chose que pour l’arc cosinus.
Pour l’imparité, si x ∈ [−1, 1], posons t = Arcsin(x),
Arccos
donc t ∈ [−π/2, π/2] et sin(t) = x. Par imparité du sinus,
y=x sin(−t) = −x, et −t ∈ [−π/2, π/2], donc par définition
π
−t = Arcsin(−x). On vient de montrer que Arcsin(−x) =
2 − Arcsin(x).
1
π
2 π
π Arcsin y=x
−1 0 1 2
cos
−1 1

Figure II.16 – Fonctions cos et Arccos. π



2 −1 0 sin

1 π
2
La fonction sinus n’est pas bijective :
pour tout x ∈ [−1, 1], il n’existe pas un unique
t ∈ R vérifiant x = sin(t). −1

π
Définition 7.1.3 (Arc sinus). −
2
Pour tout x ∈ [−1, 1], il existe un unique t ∈
π π

− , tel que x = sin(t). On dit que ce t est
2 2 Figure II.17 – Fonctions sin et Arcsin.
l’arc sinus de x (noté t = Arcsin(x)).
Plus formellement : la fonction sinus est bijec-
tive de [−π/2, π/2] sur [−1, 1]. Sa fonction réci-
proque est appelée arc sinus et noté Arcsin. Exercice 7.1.5.
Déterminer les arc cosinus
√ et
√ arc sinus des valeurs
1 2 3
Démonstration. usuelles : 0, ± , ± ,± et ±1.
La fonction sinus 2 2 2
 est continue, strictement
  croissante sur
π π
[−π/2, π/2], sin − = −1 et sin = 1. On conclut
2 2
par le théorème de la bijection. Théorème 7.1.6.
Pour tout = x ∈ [−1, 1],
Proposition 7.1.4.
La fonction arc sinus est strictement croissante, sin(Arccos x) = cos(Arcsin x)
impaire, continue sur [−1, 1], dérivable sur ]−1, 1[,
p
= 1 − x2 .
1
de dérivée x 7→ √ , c’est-à-dire que pour
1 − x2
tout x ∈] − 1, 1[,
Démonstration.
1 On a cos ◦ Arccos = Id[−1,1] , c’est-à-dire que, par définition,
Arcsin0 (x) = √ .
1 − x2 pour tout x ∈ [−1, 1], cos(Arccos x) = x.
Ainsi, si x ∈ [−1, 1], on a
Son graphe est représenté sur la figure II.17.
sin2 (Arccos x) = 1 − cos2 (Arccos x) = 1 − x2 .

49
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

Pour finir, on remarque que le sinus est positif sur [0, π],
or la fonction Arccos prend ses valeurs dans [0, π], donc Définition 7.2.1 (Arc tangente).
sin(Arccos x) > 0.. π π
 
Pour tout x ∈ R, il existe un unique t ∈ − ,
2 2
tel que x = tan(t). On dit que ce t est l’arc
Arccos ◦ cos 6= IdR , on a juste que pour tangente de x (noté t = Arctan(x)).
tout x ∈ [0, π], Arccos(cos(x)) = x. Plus formellement, la fonction tangente est bi-
Exercice 7.1.7. jective de ] − π/2, π/2[ sur R. Sa fonction réci-
17π

Calculer Arccos cos . proque est appelée arctangente et noté Arctan
7 (parfois atan).
Exercice 7.1.8.
4
Résoudre l’équation Arcsin x = Arccos , d’incon-
5
nue x ∈ [−1, 1]. Proposition 7.2.2.
La fonction arc tangente est continue sur R, dé-
1
Toujours faire attention aux signes des rivable sur R de dérivée x 7→ , impaire
1 + x2
objets, et aux ensembles auxquels ils appar- et strictement croissante. Son graphe est donné
tiennent. figure II.18 (noter les asymptotes).

Proposition 7.1.9.
Démonstration.
Pour tout x ∈ [−1, 1], on a Arcsin x + Arccos x = Tout découle du tableau de variations de la tangente et
π/2. des théorèmes généraux précédents.
On a tan0 = 1 + tan2 , donc pour tout x ∈] − π/2, π/2[,
tan0 (x) > 1. La dérivée de la tangente ne s’annule pas sur
Démonstration. ] − π/2, π/2[, donc Arctan est dérivable sur R. Ensuite, si
Notons f : [−1, 1] → R, x 7→ Arcsin x + Arccos x. Il suffit x ∈ R,
de montrer que f est constante sur [−1, 1], de valeur π/2.
Pour cela on peut vérifier les trois points suivants : 1 1 1
Arctan0 (x) = = = .
1. f est constante sur ] − 1, 1[. En effet, f est dérivable tan0 (Arctan x) 1 + tan2 (Arctan x) 1 + x2
sur ] − 1, 1[ et d’après ce qui précède sa dérivée est
nulle. Notons C sa valeur sur ] − 1, 1[. L’imparité s’obtient comme pour l’arc sinus.
2. f est constante sur [−1, 1]. En effet, on a ∀x ∈] −
1, 1[ f (x) = C, donc f admet une limite à droite en
−1 et f (x) −−−−→ C. Or f est continue en −1 car
x→−1
x>−1
Arcsin et Arccos le sont. Donc f (x) −−−−→ f (−1). Proposition 7.2.3.
À nouveau, remarquer que tan ◦ Arctan = IdR ,
x→−1
x>−1
Donc f (−1) = C.
mais pas Arctan ◦ tan : ce n’est l’identité que sur
De même f (1) = C.
] − π/2, π/2[.
On a donc ∀x ∈ [−1, 1] f (x) = C.
3. La valeur de f sur [−1, 1] est π/2. En effet, en 0, f
vaut Arcsin 0 + Arccos 0, qui est égal à 0 + π/2.
Exercice 7.2.4.
Résoudre l’équation Arctan(2x) + Arctan(3x) =
π
.
7.2 Arctangente 4
Exercice 7.2.5.
Étudier la fonction
La fonction tangente n’est pas bijective :
pour tout x ∈ R, il n’existe pas un unique t ∈ R 1
 
vérifiant x = tan(t). f : x 7→ Arctan(x) + Arctan .
x

50
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

4
 
5, − Arccos .
5
tan
Remarque 7.3.3.
π y=x Trouver le module et un argument d’un nombre
2 complexe est le même problème que de déterminer
un couple de coordonnées polaires d’un point du
plan. Il se résout avec les mêmes méthodes.
0

Arctan
π 8 Fonctions hyperboliques
2
8.1 ch, sh et th

Définition 8.1.1.
On appelle :
1. Sinus hyperbolique et on note sh l’application

Figure II.18 – Fonctions tan et Arctan. sh : R → R .


e x − e −x
x 7→
2
7.3 Coordonnées polaires 2. Cosinus hyperbolique et on note ch l’applica-
tion
Soit (x, y) un couple de coordonnées carté-
ch : R → R .
siennes d’un point M du plan. On veut un couple
e x + e −x
de coordonnées polaires de M . On cherche un tel x 7→
2
couple souspla forme (r, θ) avec r > 0 et θ ∈]−π, π[.
On a r = x2 + y 2 . On doit avoir x = r cos θ =
et y = r sin θ, donc cos θ = x/r et sin θ = y/r (on
écarte le cas r = 0, on dit par convention que Proposition 8.1.2. 1. La fonction ch est conti-
toutes les (0, θ) conviennent). nue et dérivable sur R et sa dérivée est sh.
On distingue deux cas : De plus, ch est paire.
Premier cas y > 0. donc M appartient au demi- 2. La fonction sh est continue et dérivable sur R
plan supérieur, donc θ ∈ [0, π] et donc θ = et sa dérivée est ch. De plus, sh est impaire.
Arccos(x/r). 3. Les graphes de ch et sh sont donnés dans la
Second cas y < 0, alors θ ∈] − π, 0[, donc figure II.20.
−θ ∈]0, π[, donc −θ = Arccos(x/r), d’où 4. ch + sh = exp.
θ = − Arccos(x/r).
5. ch2 − sh2 = 1.

Remarque 7.3.1. Démonstration. 1. On calcule ch0 , et ch(−x).


On aurait aussi pu utiliser Arcsin en distinguant 2. Idem.
les cas x > 0 (θ = Arcsin(y/r)) et x < 0 (θ = 3. On dresse le tableau de variations de signes / va-
π − Arcsin(y/r)). riations suivant (voir figure II.19) , en partant du
fait que, pour tout x ∈ R, ch(x) > 0. On rajoute :
Exemple 7.3.2. ch(x) − sh(x) −−−−−→ 0, donc les graphes de ch et de
x→+∞
Un couple de coordonnées polaires de (4, −3) est sh sont asymptotiques l’un de l’autre.

51
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

x −∞ 0 +∞ ch

ch(x) +

+∞
1
sh(x) 0
−∞ 0

sh(x) − 0 + 1

+∞ +∞
ch(x) sh

Figure II.19 – Variations de ch et de sh.

4. Simple calcul. Figure II.20 – Fonctions ch et sh.


5. On factorise, en utilisant la parité de ch et l’imparité
de sh et le résultat précédent : pour tout x ∈ R,
ch2 (x) − sh2 (x) = (ch(x) + sh(x))(ch(x) − sh(x))
= (ch(x) + sh(x))(ch(−x) + sh(−x))
= exp(x) exp(−x)
= 1. Proposition 8.1.6.
La fonction th est continue et dérivable sur R et
Remarque 8.1.3. 1
þ0 = 1 − þ2 = .
On a l’inégalité suivante : pour tout u ∈ R∗+ , ch2
1 De plus, th est impaire et, pour tout x ∈ R,
u+ > 2,
u −1 < þ(x) < 1. Voir son graphe figure II.21.
avec égalité si et seulement si u = 1. Cela permet
de retrouver que, pour tout x ∈ R, ch(x) > 1.
Démonstration.
Exercice 8.1.4. Par le calcul de ch − sh, on obtient que, pour tout
Démontrer l’inégalité précédente de deux manières x ∈ R,
− ch(x) < sh(x) < ch(x)
différentes.
et ch(x) > 0, donc þ est bien définie et à valeurs dans
] − 1, 1[. En tant que quotient de fonctions dérivables
Définition 8.1.5. dont le dénominateur ne s’annule pas, þ est dérivable.
On dérive þ facilement. Les limites de þ s’obtiennent
On appelle Tangente hyperbolique et on note þ = aisément : on notera les deux asymptotes horizon-
sh tales à son graphe.
, soit l’application
ch
þ : R → R .
e −e
x −x Remarque 8.1.7.
x 7→ Pourquoi fonctions «hyperboliques» et «circu-
e x + e −x
laires» ? Car x2 + y 2 = 1 est l’équation du

52
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

1 Démonstration.
On raisonne par analyse-synthèse.
þ 0 Analyse : On suppose que l’on a g et h qui conviennent
et l’on essaie d’obtenir des informations dessus. Indice
1 : si x ∈ A, calculer f (x) + f (−x).
On a en fait montré l’unicité de g et de h.
Synthèse : On vérifie que les fonctions trouvées dans la
phase d’analyse conviennent.
Figure II.21 – Fonction þ. On a alors montré l’existence de g et de h.

Exemple 8.1.11.
cercle trigonométrique C , donc (x, y) ∈ C ssi Les fonctions cosinus et sinus hyperboliques, sont
∃t ∈ R x = cos t et y = sin t. les parties paires et impaires de la fonction expo-
De même, x2 − y 2 = 1 est l’équation de l’hyper- nentielle.
bole équilatère H d’asymptotes x = ±y. Donc
(x, y) ∈ H ssi ∃t ∈ R x = ch t et y = sh t. 8.2 Fonctions hyperboliques inverses
Remarque 8.1.8. Elles sont hors-programme. :’(
Toutes les formules de trigonométrie circulaire ont Mais vous pouvez très bien les retrouver, ainsi
une analogue hyperbolique. Par exemple : que leurs propriétés, en tant qu’exercice ! :)
ch(a + b) = ch a ch b + sh a sh b,
sh(a + b) = sh a ch b + ch a sh b.

Ces formules ne sont pas à connaître.


Remarque 8.1.9.
Les dérivées du sinus et du cosinus hyperboliques
en 0 donnent les limites suivantes, fort utiles :
sh(x)
−−−→ 1,
x x→0
ch(x) − 1
−−−→ 0.
x x→0

On a remarqué que ch est paire, sh est impaire


et exp = ch + sh. Cela se généralise comme suit.

Définition 8.1.10.
Soit A ⊂ R et f : A → R. Supposons que A est
centré (∀x ∈ A, −x ∈ A). Alors, il existe deux
uniques fonctions g : A → R et h : A → R
vérifiant :
• g est paire ;
• h est impaire ;
• f = g + h.
On dit que g est la partie paire de f et h sa partie
impaire.

53
CHAPITRE II. FONCTIONS USUELLES

54
Chapitre III

Un peu de calcul
Sommaire
1 Le symbole somme : Σ . . . . . . . . . . 56
1.1 Définition d’une somme simple et pre-
mières propriétés . . . . . . . . . . . . 56
1.2 Sommes doubles . . . . . . . . . . . . 58
1.3 Somme d’une famille d’objets . . . . . 59
2 Le symbole produit : Π . . . . . . . . . 60
3 Quelques formules à connaître . . . . . 60
3.1 Sommes classiques . . . . . . . . . . . 60
3.2 Coefficients binomiaux . . . . . . . . . 61
3.3 Binôme de Newton, identités remar-
quables et sommation géométrique . . 62
4 Systèmes linéaires et pivot de Gauss . 64
4.1 Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . 64
4.2 Interprétation géométrique . . . . . . . 64
a Dans le plan . . . . . . . . . . . . 64
b Dans l’espace . . . . . . . . . . . 64
4.3 Opérations sur les lignes d’un système 65
4.4 Algorithme du pivot . . . . . . . . . . 65
a Cas d’un système diagonal . . . . 65
b Cas d’un système triangulaire in-
versible . . . . . . . . . . . . . . . 65
c Cas d’un système triangulaire non
inversible . . . . . . . . . . . . . . 67
d Systèmes échelonnés . . . . . . . 67
e Cas général . . . . . . . . . . . . 67
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

1 Le symbole somme : Σ
Proposition 1.1.4 (Linéarité de la somme).
Soit am , . . . , an , bm , . . . , bn des nombres com-
1.1 Définition d’une somme simple et
plexes, soit λ, µ ∈ C. Alors
premières propriétés
n n n
(λak + µbk ) = λ ak + µ
X X X
bk .
k=m k=m k=m
Définition 1.1.1.
Soit m, n ∈ Z tels que m 6 n. Soit zm , . . . , zn des
nombres complexes. Leur somme est notée Démonstration.
n On le montre par récurrence sur n, après avoir fixé m.
X
zk , Il est important de savoir manipuler des sommes
k=m
écrites avec le symbole Σ. Pour cela, nous utilise-
c’est le nombre complexe que l’on peut noter de rons principalement les deux outils suivants.
manière abusive Le premier consiste à observer que la somme

zm + zm+1 + zm+2 + . . . + zn . zm+1 + zm+2 + zm+3 + · · · + zn + zn+1

n peut s’écrire comme


Par convention, si m > n, on posera zk = 0.
X

k=m zm+1 +z(m+1)+1 +z(m+2)+1 +· · ·+z(n−1)+1 +zn+1 .

Exemple 1.1.2. Proposition 1.1.5 (Décalage d’indice).


4 Soit n, m ∈ Z, tels que m 6 n, soit zm , . . . , zn+1
k 2 = 1 + 22 + 32 + 42 = 30.
X
des nombres complexes. On a
k=1
n n+1
Remarque 1.1.3. zk+1 =
X X
n zk .
Dans une expression du type f (k), on dit que
X
k=m k=m+1

k=m
la variable k est muette. En effet, on peut rempla-
cer la lettre k par un autre nom de variable non Démonstration.
encore utilisé, sans changer le sens de l’expression. On le montre par récurrence sur n, en ayant fixé un entier
n n n m.
Ainsi f (k), f (i) et f (Brandon)
X X X
Si n = m, alors
k=m i=m Brandon=m n n+1
sont synonymes. Par contre on ne peut pas écrire X
zk+1 = zm+1 =
X
zk .
n n n
f (m), f (n) ou f (f ), qui n’ont au-
X X X
k=m k=m+1

m=m n=m f =m Soit un entier n > m, supposons que l’identité soit vraie
cun sens. au rang n. Alors,
On essaiera bien entendu de garder des no- n+1 n
!
tations cohérentes avec le contexte ... et raison-
X X
zk+1 = zk+1 + zn+1+1
nables. k=m k=m
!
n+1

Les règles de manipulations vues au collège sont


X
= zk + zn+2
bien entendu valides ici. k=m+1
n+2
X
= zk .
k=m+1

56
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

Ainsi, la propriété est vraie au rang n + 1 et l’on peut Ainsi, la propriété est vraie au rang n + 1 et l’on peut
conclure par récurrence. conclure par récurrence.
La seconde identité se déduit immédiatement de celle-là
Exercice 1.1.6. avec un décalage d’indice.
Soit n ∈ N, écrire comme une somme partant de
l’indice 0 : Exemple 1.1.8.
n+1 6 5 3 3
i2 = (i + 1)2 = (i + 3)2 = (6 − i)2 .
X X X X X
2
k .
k=2 i=3 i=2 i=0 i=0

Le second outil consiste à remarquer que la Le résultat suivant est fondamental. Savoir re-
somme pérer une somme télescopique et la simplifier (ou,
z0 + z1 + · · · + zn−1 + zn réciproquement, faire apparaître une somme téles-
copique à la place de la différence de deux termes)
peut s’écrire
est un savoir faire important.
zn−0 + zn−1 + · · · + zn−(n−1) + zn−n .
Théorème 1.1.9 (Simplification téléscopique).
Proposition 1.1.7 (Renversement d’indices). Soit zm , . . . , zn+1 des nombres complexes. Alors :
Soit n ∈ N, soit z0 , . . . , zn des nombres complexes. n
On a (zk+1 − zk ) = zn+1 − zm .
X
n n
zk =
X X
zn−k k=m

k=0 k=0
et
n n−1 Remarque 1.1.10.
zk =
X X
zn−k . Ceci est l’analogue discret du résultat d’intégra-
k=1 k=0 Z b
tion f 0 (t) dt = f (b) − f (a), pour les fonctions
a
f éligibles.
Démonstration.
On montre la première par récurrence sur n. Démonstration.
Si n = 0, alors Commencer par écrire la somme « à la main »avec des
n n « petits points » pour voir les simplifications apparaître.
Ensuite, par changement d’indice :
X X
zk = z0 = zn−0 = zn−k .
k=0 k=0 n n n
X X X
Soit un entier naturel n, supposons que l’identité soit vraie (zk+1 − zk ) = zk+1 − zk
au rang n. Alors, en effectuant un décalage d’indice pour k=m k=m k=m

passer de la troisième à la quatrième ligne, n+1


X n
X
! = zk − zk
n+1 n
X X k=m+1 k=m
zk = zk + zn+1
k=0 k=0
= zn+1 − zm .
n
!
X
= zn−k + zn+1
k=0 Remarque 1.1.11.
La dernière égalité se comprend intuitivement,
n
!
X
= zn+1−(k+1) + zn+1
on peut la montrer formellement par récurrence
k=0
n+1
! sur n.
X
= zn+1−k + zn+1−0 Exemple 1.1.12.
n
k=1
1
Calculer la somme en utilisant 1 =
X
n+1
+ 1)
X
= zn+1−k . k=1
k(k
k=0 k + 1 − k.

57
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

1.2 Sommes doubles


Leur somme est notée
X
Définition 1.2.1 (Somme double). zk,` .
Soit (zk,` )m6k6n,p6`6q la donnée de (n+1−m)(q + 16k,`6n

1 − p) nombres complexes, que l’on peut représen- La somme des éléments de ce tableau situés au
ter dans le tableau suivant : dessus de sa diagonale, diagonale comprise, est

zm,p . . . zm,q
 notée X
 .. ..  . zk,` .
 . .  16k6`6n
zn,p ... zn,q
La somme des éléments de ce tableau situés stric-
Leur somme est notée tement au dessus de sa diagonale, est notée
X
zk,` .
X
zk` .
m6k6n, p6`6q 16k<`6n

La somme des éléments de ce tableau situés en


dessous de sa diagonale, diagonale comprise, est
Exemple 1.2.2. notée
Le nombre i2 j est la somme des élé-
X X
zk,` .
16i63,46j65 16`6k6n
ments du tableau
La somme des éléments de ce tableau situés stric-
4 5
 
tement en dessous de sa diagonale, est notée
16 20
 
36 45
X
zk,` .
16`<k6n
et vaut donc 126.
Remarque 1.2.3.
Par Xdécalage d’indice, cette somme vaut
Remarque 1.2.5.
i2 (3 + j).
Il est important de se rappeler que les coefficients
16i63,16j62
On essaiera toujours d’écrire des sommes par- d’indice (i, j) d’un tel tableau :
tant de 0 ou de 1. • sont sur la diagonale si et seulement si i =
j ;
La plus souvent, nous sommerons des nombres
• sont strictement au dessus de la diagonale
sur des tableaux carrés. Dans ce cas, nous utilise-
si et seulement si i < j ;
rons des notations plus légères.
• sont strictement au dessous de la diagonale
si et seulement si j < i.
Définition 1.2.4 (Somme double sur un tableau On pourra par exemple décomposer la somme des
carré). éléments d’un tel tableau sur ces trois parties :
Soit (zk,` )16k,`6n la donnée de n2 nombres com-
plexes, que l’on peut représenter dans le tableau n
zi,j = zi,j + zi,i +
X X X X
suivant : zi,j .
z1,1 . . . z1,n 16i,j6n 16i<j6n i=1 16j<i6n
 
 .. ..  .
 . . 
zn,1 . . . zn,n

58
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

réels à n élements, donc indicée par J1, nK. Cela


Théorème 1.2.6 (Sommes doubles et permuta- revient à distribuer n étiquettes (portant les nu-
tion des Σ). méros 1 à n) parmi l’ensemble des réels. On remar-
Soit (zij )16i,j6n une famille de nombres complexes. quera qu’un même nombre peut porter plusieurs
Alors : étiquettes différentes.
n X
n n X
n
1. zij = zij = zij .
X X X
Remarque 1.3.3.
16i,j6n i=1 j=1 j=1 i=1 L’intérêt des familles par rapport aux n-uplets
n X
n j
n X est multiple. Il permet d’étiqueter des objets par
2. zij = zij = zij .
X X X
autre chose que des J1, nK, et donc de s’affranchir
16i6j6n i=1 j=i j=1 i=1
des contraintes d’ordre et de finitude.
n−1 n n j−1
3. zij = zij = zij .
X X X X X

16i<j6n i=1 j=i+1 j=2 i=1

Définition 1.3.4.
Démonstration.
Cela revient, à chaque fois, à sommer les éléments du Soient I un ensemble fini et (zi )i∈I une famille
tableau ligne par ligne ou colonne par colonne. indicée par I d’objets que l’on peut sommer (par
exemple : des nombres, des fonctions, des ma-
Remarque 1.2.7.
trices).
Par convention, une somme vide est nulle. On
La somme des zi , pour i parcourant l’ensemble
peut donc écrire :
I, est notée X
n X
n n j−1 zi
zij = zij =
X X X X
zij . i∈I
16i<j6n i=1 j=i+1 j=1 i=1 Dans le cas où I = ∅, on convient que
Exercice 1.2.8. X
zi = 0,
Combien y a-t-il de cases dans un tableau de i∈∅
dimension n × n ?
Retrouver cela en calculant 1. cet objet s’entendant comme le nombre zéro, la
X

16i,j6n fonction nulle, la matrice nulle (en fontion du


Faire de même pour un tableau triangulaire. contexte).

1.3 Somme d’une famille d’objets


Remarque 1.3.5.
Les définitions précédentes peuvent bien en-
Dans le cas où I = Jm, nK, où m, n ∈ Z sont tels
tendu se généraliser comme suit. n
que m 6 n, on la note plus couramment
X
zk
k=m
Définition 1.3.1. ou
X
zk . Elle vaut zm + zm+1 + zm+2 . . . + zn .
Soit E, I deux ensembles, une famille (ei )i∈I d’élé- m6k6n
ments de E, indicée par I, est un étiquetage d’élé- Dans le cas où I = Jm, nK × Jp, qK où m, n, p
ments de E par les éléments de I. Formellement, et q ∈ Z sont tels que m 6 n et p 6 q, on la note
c’est une application e : I → E, et l’on note plus couramment zk` .
X

ei = e(i). m6k6n, p6`6q

Remarque 1.3.6.
Exemple 1.3.2. On pourrait formellement définir ces symboles par
Un n-uplet (x1 , . . . , xn ) ∈ Rn est une famille de récurrence sur le nombre d’objets sommés.

59
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

2 Le symbole produit : Π Démonstration.


Immédiat.
Le symbole Π est au produit ce que le symbole
Σ est à la somme.
Théorème 2.0.6 (Simplification téléscopique).
Définition 2.0.1. Soit (zk )m6k6n+1 une famille de nombres com-
Soient I un ensemble fini et (zi )i∈I une famille n
zk+1 zn+1
plexes non nuls. Alors : = .
Y
de nombres complexes indexée par I. Le produit z zm
k
des zi , i parcourant l’ensemble I, est noté zi . k=m
Y

i∈I
Par convention, un produit vide vaut 1 :
Il y a pour les produits l’exact analogue du
zi = 1 théorème 1.2.6 pour les sommes, et la démonstra-
Y

i∈∅ tion est elle aussi analogue.

Remarque 2.0.2. En général on ne peut pas permuter


3 Y
2
On restreindra l’écriture de ce symbole aux fa- les Σ et les Π. Par exemple, calculer
X
1 et
milles finies de nombres, ou éventuellement aux i=1 j=1
fonctions à valeurs numériques. 2 X
3
1.
Y
Nous verrons en effet que le produit matriciel
n j=1 i=1
n’est pas commutatif, l’écriture Ai n’a dès lors
Y

i=1 Remarque 2.0.7.


plus grand sens lorsqu’on l’applique à des matrices
A1 , . . . , An .

Définition 2.0.3 (Factorielle).


3 Quelques formules à connaître
Pour tout n ∈ N\{0} (noté aussi N× ou N∗ ), on
appelle factorielle n, notée n! le nombre 3.1 Sommes classiques
n
n! = k = 1 × 2 × 3 . . . × n.
Y

k=1
Théorème 3.1.1.
Soit n un entier naturel. Alors
Par convention, 0! = 1. n
1. 1=n+1 ;
X

k=0
Exemple 2.0.4. n
n(n + 1)
Il est bon de connaître les 5 ou 6 premières fac- 2. k= ;
X
2
torielles : 0! = 1, 1! = 1, 2! = 2, 3! = 6, 4! = 24, k=0
5! = 120 et 6! = 720. n
n(n + 1)(2n + 1)
3. k2 = .
X

Les nombres factoriels vérifient la relation de k=0


6
récurrence suivante.

Démonstration.
Proposition 2.0.5. Les trois se démontrent facilement par récurrence. Par
Pour tout n ∈ N, (n + 1)! = (n + 1) × n!. curiosité et pour s’entraîner, voici deux autres démonstra-
tions :

60
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

n
X
2. On note Sn = k. On fait un changement d’indice :
k=0
On étend cette
! définition à tout (n, k) ∈ N × Z
n n
n
en posant = 0 pour k > n ou k < 0.
X X
Sn = (n − k) et on développe : Sn = n−
k
k=0 k=0
n
X
k = n(n + 1) − Sn , d’où 2Sn = n(n + 1).
k=0 Remarque 3.2.2.
On utilisera souvent :
n
X
3. On note Sn0 = k . Pour tout k ∈ J0, nK, on a :
2

k=0 n
Y
(k + 1)3 − k3 = 3k + 3k + 1. On somme tout ça de 0 à
2
i
n × (n − 1) × · · · × (n − k + 1)
!
n, et on obtient, après simplification téléscopique du n i=n−k+1
n(n + 1) = = .
membre de gauche : (n + 1)3 = 3Sn0 + 3 + k k k × (k − 1) × · · · × 1
2
Y
n + 1. Ça se simplifie pour donner le résultat voulu. j
j=1

Remarque 3.1.2.
On pourrait montrer de la même manière que si Théorème 3.2.3 (Formule du triangle de Pas-
a, b ∈ Z tels que a 6 b, alors cal).
Soit (n, k) ∈ N∗ × Z. Alors
b
(b − a + 1)(a + b)
k=
X ! ! !
2 n n−1 n−1
k=a = + .
k k−1 k
On pourra remarquer cette somme correspond
bien au nombre de termes de la somme, fois la
moyenne du plus petit et du plus grand élément.
Démonstration.
On pourrait la calculer de la manière suivante : Se fait par un calcul direct.
b b−a
Remarque 3.2.4.
k= (a + k)
X X

k=a k=0
Cette formule permet de calculer par récurrence
b−a tous les coefficients binomiaux, en les représentant
= a(b − a + 1) + par exemple dans le triangle de Pascal.
X
k
k=0
(b − a)(b − a + 1)
= a(b − a + 1) + Corollaire 3.2.5.
2
!
n
(b − a + 2a)(b − a + 1) Soit (n, k) ∈ N × Z, est un entier.
= k
2
Il n’est toutefois par nécessaire de retenir cette
Démonstration.
formule : vous saurez la retrouver au besoin. La démonstration se fait
 par
 récurrence sur n, avec l’hypo-
n
thèse : « ∀k ∈ J0, nK, est un entier », en utilisant la
3.2 Coefficients binomiaux k
formule de Pascal pour l’hérédité.

Définition 3.2.1 (Coefficients binomiaux). Proposition 3.2.6.


Soit (n, k) ∈ N2 tels que k 6 n. On appelle coeffi- n
!
cient
! binomial, aussi lu « k parmi n », le réel noté Soit n ∈ N et k ∈ Z, alors est égal au
k
n n!
valant . nombre de manières de choisir k éléments dans
k k!(n − k)! un ensemble de n éléments.

61
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

Si E est un ensemble à n élements, alors E Théorème 3.3.1 (Formule du binôme de New-


n
possède exactement k parties possédant chacune ton).
exactement k éléments. Soient n ∈ N et a, b ∈ C. On a :
n
!
n k n−k
(a + b) =
X
n
Démonstration. a b .
Cela sera démontré dans le cours de dénombrement, au k=0
k
second semestre.

Démonstration.
On le démontre par récurrence sur n, après avoir fixé a et
Proposition 3.2.7. ! ! b.
n n Pour n = 0, c’est évident :
Soit n ∈ N∗ et k ∈ J0, nK. On a = .
k n−k 0  
X 0
(a + b) = 1 =
0
a0 b0 .
0
k=0

Démonstration. Soit n ∈ N, supposons la formule du binôme au rang n.


Remarquer que k = n − (n − k) ! Alors,
(a + b)n+1 = (a + b)(a + b)n
Remarque 3.2.8.
= a(a + b)n + b(a + b)n
Sur un arbre représentant les répétitions d’une n   n  
même expérience aléatoire, le coefficient binomial n n
X X
=a ak bn−k + b ak bn−k
k k
k parmi n compte le nombre de chemins réalisant k=0 k=0

k succès pour n répétitions. En particulier, c’est n  


X n
n  
X n
= ak+1 bn−k + ak bn+1−k
un entier. k k
k=0 k=0

La figure 1 illustre le calcul de ces coefficients On écrit alors, avec un décalage d’indice, la première somme
pour 4 répétitions. n−1  
X n
La formule suivante n’est pas exigible mais est k+1−1
ak+1 bn+1−(k+1) + an+1
fort utile. k=0
n  
X n
= ak bn+1−k + an+1
k−1
k=1

De même, la seconde somme s’écrit :


Proposition 3.2.9.
n  
Soit n ∈ N∗ et 0 < k 6 n, alors bn+1 +
X n
ak bn+1−k .
k
k=1
n n−1
! !
n On a donc, en utilisant la formule du triangle de Pascal,
= .
k k k−1 n    
X n n
(a + b)n+1 = bn+1 + + ak bn+1−k
k k−1
k=1

+ an+1
Démonstration. n
n + 1 n+1 X n + 1 k n+1−k
   
Facile et laissée en exercice. = b + a b
0 k
k=1

n + 1 n+1
 
3.3 Binôme de Newton, identités re- + a
n+1
marquables et sommation géomé- n+1 
n+1

trique
X
= ak bn+1−k .
k
k=0

On peut donc conclure par récurrence.

62
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

E 0 succès et 4 échecs
E
S 1 succès et 3 échecs
E
E 1 succès et 3 échecs
S
E
S 2 succès et 2 échecs
E 1 succès et 3 échecs
E
S 2 succès et 2 échecs
S
E 2 succès et 2 échecs
S
S 3 succès et 1 échec
E 1 succès et 3 échecs
E
S 2 succès et 2 échecs
E
E 2 succès et 2 échecs
S
S
S 3 succès et 1 échec
E 2 succès et 2 échecs
E
S 3 succès et 1 échec
S
E 3 succès et 1 échec
S
S 4 succès et 0 échec

Figure III.1 – Chemins des succès et échecs pour 4 répétitions d’une expérience

Corollaire 3.3.2.! Corollaire 3.3.4.


n n
!
Soit n > 0.
X n
= 2 et
n
X
(−1) k n
= 0. Soient n ∈ N et a, b ∈ C. Alors,
k=0
k k=0
k
2n
a2n+1 + b2n+1 = (a + b) (−1)k ak b2n−k .
X

k=0
Théorème 3.3.3.
Soient n ∈ N et a, b ∈ C. Alors :
Démonstration.
n−1
a2n+1 + b2n+1 = a2n+1 − (−b)2n+1 et on utilise le théorème
a − b = (a − b)
X
n n k n−k−1
a b . précédent.
k=0

Corollaire 3.3.5 (Formule de sommation géomé-


Démonstration.
On développe, il apparaît une simplification téléscopique : trique).
n−1 n−1
Soient n ∈ N et z ∈ C. Alors,
X X
(a − b) ak bn−k−1 = (a − b)ak bn−k−1
 z −1
 n
n−1
k=0 k=0 si z 6= 1
zk =
X
n−1 z−1 .
n si z = 1
X 
= ak+1 bn−(k+1) − ak bn−k k=0
k=0

= a − bn
n

Démonstration. • Si z = 1 : on somme n fois 1.

63
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

n−1
X
• Sinon, z n − 1 = z n − 1n = (z − 1) z k 1n−1−k = On dit que le système est compatible s’il admet
k=0
n−1
X une solution.
(z − 1) zk . Le système homogène associé est le système :
k=0

+ . . . + a1p xp = 0


 a11 x1

 .
Remarque 3.3.6. . .
Si p 6 n sont deux entiers relatifs, et si z ∈ C\{1}, 
 . . .
on a + . . . + anp xp = 0


an1 x1
n n
zk = zp
X X
z k−p
k=p k=p
n−p Dans la suite nous noterons S le premier
= zp système et SH son système homogène associé,
X
zk
k=0 et nous noterons Sol et SolH leurs ensembles de
z n−p+1 − 1 solutions respectifs.
= zp ×
z−1
z n+1 − z p
= .
z−1 4.2 Interprétation géométrique
a Dans le plan
La formule de sommation géométrique
revient très souvent (c’est la formule que nous Si p = 2, chaque ligne du système s’inter-
utiliserons le plus cette année), mais rarement prète comme l’équation d’une droite dans le plan.
avec les mêmes indice de début et de fin. Il faut Chaque droite y est en effet représentée par une
donc être extrêmement vigilant quant à ces deux équation cartésienne. On « sait » de plus que l’in-
indices et bien penser à factoriser par le premier tersection de deux droites est
terme pour revenir à une somme partant de l’in- • soit l’ensemble vide (droites parallèles dis-
dice zéro. tinctes) ;
• soit une droite (droites confondues) ;
4 Systèmes linéaires et pivot de • soit un point (droites non parallèles).
Ainsi, l’ensemble des solutions est soit vide, soit
Gauss un point, soit représente une droite.
4.1 Définitions
b Dans l’espace

Définition 4.1.1. Si p = 3, chaque ligne du système s’interprète


On appelle système linéaire à n équations et p comme l’équation d’un plan dans l’espace. Chaque
inconnues tout système de la forme : plan y est en effet représenté par une équation
cartésienne. On « sait » de plus que l’intersection
+ . . . + a1p xp = b1




a11 x1 de deux plans est
 . . . • soit l’ensemble vide (plans parallèles dis-

 . . . tincts) ;
+ . . . + anp xp = bn


an1 x1 • soit un plan (plans confondus) ;
où les aij et les bi sont dans K, et les xi sont les • soit une droite (plans non parallèles).
inconnues. De plus, on « sait » que l’intersection d’un plan
et d’une droite est

64
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

• soit l’ensemble vide (droite parallèle au plan, Si l’on a effectué Li ← Li + λLj , il suffit d’effectuer
non incluse dedans) ; Li ← Li − λLj pour revenir au système de départ.
• soit une droite (droite incluse dans le plan) Si λ 6= 0 et si l’on a effectué Li ↔ λLi , il suffit d’effectuer
Li ↔ λ−1 Li pour revenir au système de départ.
;
• soit un point (droite non parallèle au plan).
Ainsi, l’ensemble des solutions est soit vide, soit un 4.4 Algorithme du pivot
point, soit représente une droite, soit représente
un plan. L’idée du pivot de Gauss pour résoudre un
système est de de se ramener à un système simple
4.3 Opérations sur les lignes d’un sys- à résoudre, grâce à une succession d’opérations
tème sur les lignes. Ainsi, l’on se ramène d’abord à
un système triangulaire (processus d’élimination),
puis, si cela est possible, à un système diagonal
Définition 4.3.1. (processus de remontée).
On dit que deux systèmes linéaires sont équiva- Pour étudier d’abord les cas les plus simples et
lents s’ils ont le même ensemble de solutions. finir par le cas général, étudions ces étapes à
rebours.
Si i et j sont deux indices différents compris
entre 1 et n, et λ est un scalaire, on note : a Cas d’un système diagonal
• Li ↔ Lj l’opération consistant à échanger les
ième et j ème lignes du système S ; On dit que le système S est diagonal si pour
• Li ← λLi l’opération consistant à multiplier tout i, j ∈ J1, nK, i 6= j ⇒ aij = 0. Dans ce cas le
par λ la ième ligne du système ; système se résout de manière immédiate.
• Li ← Li + λLj l’opération consistant à ajouter
Exemple 4.4.1.
la j ème ligne multipliée par λ à la ième ligne du 
 x = 2
système.

Résoudre les systèmes 2y = 1 et
z = −2



Il faut effectuer ces opérations sur toute  x
 = 2
la ligne du système sans oublier le membre de 0 = 1 .
droite. z = −2

Exemple 4.3.2. On remarque que s’il n’y a aucun zéro sur la


Donner des exemples. diagonale, il y a une unique solution, sinon il n’y
a aucune solution, ou une infinité de solutions.
Théorème 4.3.3.
• Le système obtenu à partir de S après avoir b Cas d’un système triangulaire inversible
effectué une opération Li ↔ Lj ou une opération
Li ← Li + λLj est encore équivalent à S. Un cas un peu plus compliqué est celui ou
• Si λ 6= 0, alors le système obtenu à partir de S le système est triangulaire supérieur, c’est-à-dire
après avoir effectué une opération Li ↔ λLi est lorsque pour tout i, j ∈ J1, nK, i > j ⇒ aij = 0.
encore équivalent à S. Nous ne traiterons pour l’instant que le cas où le
système n’a aucun zéro sur la diagonale : pour
Démonstration.
tout i ∈ J1, nK, aii 6= 0. On dit alors que le sys-
Si l’on a effectué Li ↔ Lj , il suffit de la réeffectuer pour tème est inversible.
revenir au système de départ. Le système a donc cette allure :

65
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

Les opérations à effectuer sont alors bien vi-


sibles : dans un premier temps, nous allons faire
+a12 x2 + . . . +a1n xn = b1

 a11 x1 apparaître des zéros dans toute la dernière co-
+... +a2n xn = b2

a22 x2

lonne de la partie de gauche du système, sauf à la



+... = ...

 ... dernière ligne. Pour cela, effectuons les opérations

 ... +... = ... L1 ← L1 − L3 et L2 ← L2 + L3 , et nous obtenons
+an−1,n xn = bn−1



 an−1,n−1 xn−1 (sans oublier d’effectuer également ces opérations
= bn

ann xn

sur la partie de droite du système !)
1 1 0 −1
 
On obtient alors facilement :
0 −2 0 4
 
bn
xn = 0 0 −1 3
ann
ce qui correspond au système
puis 
bn−1 − an−1,n xn  x
 +y = −1
xn−1 = −2y = 4
an−1,n−1
−z = 3


et, par récurrence (descendante),
équivalent au premier. Ensuite, nous effectuons
n
X l’opération L1 ← L1 + 12 L2 . Ou plutôt,pour sim-
bk − ak,i xi plifier dès à présent la deuxième ligne et obtenir la
pour tout k ∈ J1, n − 1K, xk =
i=k+1
. valeur de y, nous pouvons effectuer L2 ← − 12 L2 ,
ak,k et ensuite L1 ← L1 − L2 , ce qui donne
Ces relations permettent de calculer les xk par 1 0 0 1
 

récurrence. 0 1 0 −2
 
0 0 −1 2
Nous pouvons également appliquer une succes-
ce qui correspond au système
sion d’opérations sur les lignes du système pour 
se ramener de manière équivalente à un système 
 x = 1
diagonal. y = −2
 −z = 3
Ce processus est parfois appelé principe de re-

montée car l’on y fait apparaître des zéros dans qui est bien diagonal. Il vient alors directement
le haut de la matrice du système, en partant des 
 x = 1
lignes du bas.

y = −2 .
Cette méthode peut être présentée en utilisant
z = −3

une suite de systèmes équivalents.

Il existe une présentation plus visuelle et plus Exercice 4.4.2.


rapide à rédiger. Par exemple, considérons le sys- Résoudre le système
x +2y +4t = 2

tème  

+y −z = 2 −2y +3z = −1

 x

.

−2y +z = 1 . 
 z −2t = 3
−z = 3 −t = 1

 

Nous pouvons l’écrire Exercice 4.4.3.


Résoudre, en fonction de la valeur du paramètre
1 1 −1 2  x +2y = 2
 

0 −2 1 1 . p, le système py +3z = −1 .
 
0 0 −1 3 p(p − 1)z = 3

66
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL

c Cas d’un système triangulaire non in-


versible
ai1 ,i1 xi1 + . . . . . . . . . . . . = bi1


 ...
ai2 ,i2 xi2 + . . . . . . = bi2

S’il y a un zéro sur la diagonale d’un système ...


triangulaire, ce dernier est dit non inversible. On ..

 .
obtient un certain nombre de lignes de la forme

air ,ir xir + . . . = bir


0 = ci , où les ci sont des constantes. Si un de
ces ci est non nul, le système n’admet pas de où 1 6 i1 < i2 < . . . < ir 6 p et les coefficients
solution, sinon, des lignes se simplifient. ai1 ,i1 , . . . , air ,ir sont tous non nuls.
Nous n’évoquerons ce cas que lorsque p 6 3 et Chacune des premières lignes s’interprète
n 6 3. comme l’équation d’un « hyperplan » de dimen-
Les solutions du système s’interprètent simple- sion p−1 dans Kp . Le système possède une unique
ment en termes géométriques. solution si et seulement si r = p et une infinité de
solutions si et seulement si r < p.
• si p = 2, l’ensemble des solutions est soit vide, Nous n’évoquerons ce cas que lorsque p 6 3 et
soit un singleton, soit une droite du plan, soit le n 6 3.
plan tout entier. Les solutions du système s’interprètent simple-
ment en termes géométriques.
Exemple 4.4.4.
Résoudre les systèmes : • si p = 2, l’ensemble des solutions est soit vide,
soit un singleton, soit une droite du plan, soit le
(
y = 2
1. plan tout entier.
y = 1
( Exemple 4.4.6.
x + y = 2 Résoudre les systèmes :
2.
2y = 1 (
x + y = 2
• si p = 3, l’ensemble des solutions est soit vide, 1.
0 = 1
soit un singleton, soit une droite de l’espace, soit
2. x + y = 1
un plan de l’espace, soit l’espace tout entier.
• si p = 3, l’ensemble des solutions est soit vide,
Exemple 4.4.5. soit un singleton, soit une droite de l’espace, soit
Résoudre les systèmes : un plan de l’espace, soit l’espace tout entier.

 x +
 y + z = 1 Exemple 4.4.7.
1. z = 2 Résoudre les systèmes :
z = 1

 (
x + y + z = 1
1.
y + z = 2

 x +
 y + z = 1
2. y + z = 2 2. x + y + z = 1
z = 1

e Cas général

d Systèmes échelonnés Nous allons maintenant voir la méthode d’éli-


mination qui permet de se ramener à un système
Nous généralisons ici le cas précédent, quand échelonné.
la matrice du système n’est pas carrée. Dans le système de départ, choisissons une ligne,
Le système S est dit échelonné de rang r ∈ et une variable. Le but est d’éliminer cette va-
{0, 1, . . . , min(n, p)} s’il est de la forme : riable dans les autres lignes. Il est donc souvent

67
CHAPITRE III. UN PEU DE CALCUL


 x =
7
intéressant de choisir une variable qui apparaît  9
dans un minimum de lignes, comme cela une par- Il vient finalement y = − 13 .
tie du travail est déjà fait. = 5

 z
9
Si la variable choisie est x et que la ligne conservée Exemple 4.4.9.
L est de la forme ax + by + . . . et que l’on veuille x +y +z = 1


éliminer x d’une ligne L0 de la forme cx + dy + . . .,

x −2y +z = 2


il suffit d’effectuer l’opération L0 ← L0 − ac L. La Considérons le système .
  
 2x +y −z = 1
ligne L0 devient alors d − bc a y + . . .. 2y +z = 2


Après avoir éliminé la variable choisie dans toutes Codons-le et exécutons l’algorithme du pivot. Il
les lignes sauf celle conservée, on ne touche plus vient successivement :
à cette dernière ligne, et on réitère le procédé
1 1 1 1
 
avec les lignes restantes, en choisissant une autre 1 −2 1 2 L ← L − L
 2 2 1
variable. On continue jusqu’à ce que le système (III.1)

2 1 −1 1 L3 ← L3 − 2L1
 
soit triangulaire ou trivialement sans solution.
0 2 1 2
1 1 1 1
 
0 −3 0 1
Exemple 4.4.8.  
0 −1 −3 −1 L3 ← L3 + 3L4
  
x +y +z = 1
0 2 1 2


Considérons le système x −2y +z = 2
 2x

−z = 1 (III.2)
que l’on écrira sous forme matricielle 1 1 1 1
 

1 1 1 1
 
0 −3 0 1
(III.3)
 
1 −2 1 2. Puisque y n’apparaît 0 5 0 5
   
2 0 −1 1 0 2 1 2
pas dans la dernière ligne, choisissons d’éliminer
y dans les deux premières lignes. Afin d’éviter Or les deuxième et troisième lignes sont contra-
de manipuler des fractions, nous choisissons de dictoires, donc le système n’a pas de solution.
conserver la première ligne, car le coefficient
devant y y est 1.
Effectuons l’opération L2 ← L2 + 2L1 : le
1 1 1 1
système est donc équivalent à 3 0 3 4.
 
2 0 −1 1
On choisit ensuite d’éliminer z de la seconde
ligne en utilisant la dernière ligne, car la variable
z y a un coefficient égal à −1. Après l’opération
1 1 1 1

L2 ← L2 + 3L3 , il vient : 9 0 0 7.


 
2 0 −1 1
Le système obtenu n’a pas l’air très tri-
angulaire ...
 enfaitill’est si on le réécrit
1 1 1 1

y
0 −1 2  z  = 1, ce qui revient à faire
    
0 0 9 x 7
des échanges de lignes et de variables dans le
dernier système obtenu.

68
Chapitre IV

Quelques fondamentaux
Sommaire
1 Propositions. . . . . . . . . . . . . . . . . 70 a Suite négative minorée par un réel
2 Connecteurs logiques. . . . . . . . . . . 70 positif. . . . . . . . . . . . . . . . . 82
2.1 Négation. . . . . . . . . . . . . . . . . 70 b n valeurs sont égales . . . . . . . 83
2.2 Conjonction « et » et disjonction « ou ». 70 c Toutes les puissances valent 1 . . 83
2.3 Implication. . . . . . . . . . . . . . . . 71
2.4 Équivalence. . . . . . . . . . . . . . . . 72
3 Quantificateurs universel et existentiel. 73
3.1 Définition. . . . . . . . . . . . . . . . . 73
3.2 Permutation de quantificateurs. . . . . 74
3.3 Négation d’un quantificateur. . . . . . 75
3.4 Le pseudo-quantificateur ∃!. . . . . . . 75
3.5 Quantificateurs et inégalités. . . . . . . 75
4 Raisonnements par récurrence. . . . . . 76
4.1 Principe du minimum. . . . . . . . . . 76
4.2 Principe de récurrence simple. . . . . . 76
4.3 Erreurs classiques. . . . . . . . . . . . 77
4.4 Bonne définition d’une suite définie par
récurrence. . . . . . . . . . . . . . . . . 78
4.5 Récurrence double. . . . . . . . . . . . 79
a Exemple : suite définie par récur-
rence. . . . . . . . . . . . . . . . . 79
b Énoncé du principe. . . . . . . . . 79
c Rédaction par récurrence double. 79
4.6 Récurrence triple, etc. . . . . . . . . . 80
4.7 Récurrence forte. . . . . . . . . . . . . 80
a Exemple : suite définie par récur-
rence. . . . . . . . . . . . . . . . . 80
b Énoncé du principe. . . . . . . . . 80
c Rédaction par récurrence forte. . 81
4.8 Méthodologie : choix du type de récur-
rence. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
4.9 Récurrence à partir d’un certain rang. 81
4.10 Récurrence sur un intervalle fini d’entiers 82
4.11 Récurrence descendante . . . . . . . . 82
4.12 Quelques récurrences fausses. . . . . . 82
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

1 Propositions.
Définition 2.1.1.
Soit p une proposition. La proposition « non p »,
notée ¬p, est la proposition qui est vraie quand p
Définition 1.0.1. est fausse, et fausse quand p est vraie. Sa table
Une proposition est un énoncé qui peut prendre de vérité est :
deux valeurs de vérité : « vrai » (V) ou « faux »
p ¬p
(F).
V F
F V
Exemple 1.0.2.
•2>7
• Pour tout nombre réel x, il existe un entier n
tel que n 6 x < n + 1. Théorème 2.1.2 (Loi de la double négation).
Soit p une proposition, p et « non (non p) » sont
deux propositions équivalentes, ce qui s’écrit :
2 Connecteurs logiques. p ≡ ¬(¬p).

Définition 2.0.1. Démonstration.


Avec une table de vérité :
Un connecteur logique est un outil mathéma-
p ¬p ¬(¬p)
tique permettant de construire une proposition à
V F V
partir d’une ou plusieurs propositions. F V F

Définition 2.0.2. 2.2 Conjonction « et » et disjonction


La table de vérité d’une proposition construite à « ou ».
partir de connecteurs logiques est la donnée de la
valeur de vérité de cette proposition pour chaque
jeu de valeur de vérité des propositions prises en Définition 2.2.1.
argument des connecteurs. Soient p et q deux propositions.
• La conjonction de p et q est une proposition
dite « p et q » et notée p ∧ q, qui est vraie
si p et q sont vraies, et qui est fausse sinon.
Définition 2.0.3. • La disjonction de p et q est une proposition
Deux propositions sont dites équivalentes si elles dite « p ou q » et notée p ∨ q, qui est fausse
ont la même table de vérité. On utilise alors le si p et q sont fausses, et qui est vraie sinon.
connecteur ≡. Les tables de vérités de ces connecteurs sont
donc :
Les paragraphes suivants présentent les connec- p q p∧q p∨q
teurs logiques les plus utilisés en mathématiques. V V V V
F V F V
F F F F
2.1 Négation.
V F F V

70
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

Remarque 2.2.2. Exercice 2.2.7.


Il existe un autre « ou », le « ou exclusif » : si p Soit x ∈ R. Nier 1 6 x < 2. Quel est le complé-
et q sont deux propositions, la proposition « p ou mentaire dans R de [1, 2[ ?
exclusif q » est vraie si et seulement si p est vraie
Remarque 2.2.8.
ou q est vraie, mais pas les deux. Autrement dit,
Le ∧ et le ∨ sont commutatifs et associatifs.
cette proposition est fausse si et seulement si p et
q ont même valeur de vérité. Exercice 2.2.9.
Dans la vie courante, on utilise intuitivement le Soit p, q et r trois propositions. À quoi sont logi-
ou exclusif. Ex : fromage ou dessert. quement équivalentes p ∧ (q ∨ r) et p ∨ (q ∧ r) ?
Très classique : un logicienne, enceinte, croise un
ami.
L’ami : « c’est un garçon ou une fille ? »
2.3 Implication.
La logicienne : « Oui. »

Définition 2.3.1.
Proposition 2.2.3 (Tiers exclu). Soient p et q deux propositions. On appelle p ⇒ q,
Pour toute proposition p, p ∨ ¬p est vraie. qui se dit « p implique q », ou « si p alors q », la
proposition (¬p) ∨ q. Dans l’implication p ⇒ q, p
est l’antécédent, q le conséquent.
Proposition 2.2.4 (Non contradiction).
Pour toute proposition p, p ∧ ¬p est fausse.
Exercice 2.3.2.
Construire la table de vérité de p ⇒ q.
Démonstration.
Écrire les tables de vérités de p ∨ ¬p et p ∧ ¬p. Remarque 2.3.3.
En pratique, pour démontrer une implication, on
commence toujours, bêtement, par « supposons
Théorème 2.2.5 (Lois de De Morgan). p vraie ». Il faut alors montrer que sous cette
Soit p et q deux propositions. hypothèse q est vraie.
1. ¬(p ∧ q) ≡ (¬p) ∨ (¬q).
2. ¬(p ∨ q) ≡ (¬p) ∧ (¬q).
• p ⇒ q peut être vraie même si p et q n’ont
Démonstration. 1. Construire les tables de vérité de
rien à voir. Par exemple : si 1 > 0 alors
ces deux propositions et constater que ce sont les l’eau mouille.
mêmes. • p ⇒ q est toujours vraie si p est fausse (le
2. Par le premier point et la loi de double négation, faux implique n’importe quoi) ou q est vraie.
Ainsi, si « 0 6= 0 » alors « 0 = 0 »(cela peut
¬(p ∨ q) ≡ ¬([¬¬p] ∨ [¬¬q])
paraître étonnant, on reviendra dessus à la
≡ ¬(¬[(¬p) ∧ (¬q)])
fin du paragraphe « équivalence ») .
≡ (¬p) ∧ (¬q).
• p ⇒ q n’implique ni que p est vraie ni que
q est vraie. Par exemple : Si les pommes
étaient des citrouilles, Newton serait mort
Exemple 2.2.6.
assommé. Ou bien : si je mesurais 2 m 20,
• Nier « je n’aime ni le chocolat ni la vanille ».
je serais entraîneur de basket.
• Dans R2 , dessiner l’ensemble {(x, y) ∈ R2 | x <
2 et y 6 3}, dessiner et décrire son complémen-
taire.

71
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

et donc ¬q ⇒ p. Comme ¬q est vraie, on a p qui


Proposition 2.3.4 (Modus Ponens). est vraie.
Soit p et q deux proposition. Si p ⇒ q est vraie
et si p est vraie, alors q est vraie. Exemple 2.3.10.
Autrement dit, [p ∧ (p ⇒ q)] ⇒ q est toujours Un entier ne peut pas être pair et impair.
vraie. Démonstration.
Soit n pair et impair. Alors il existe k, k0 ∈ Z tels que
n = 2k = 2k0 + 1, donc k − k0 = 1/2 est un entier, ce qui
Démonstration. est absurde.
Consulter la table de vérité de p ⇒ q ou de [p ∧ (p ⇒ q)] ⇒
q. Remarque 2.3.11 (Transitivité).
Pour toutes propositions P, Q, R, si P ⇒ Q et
Q ⇒ R, alors P ⇒ R.
Théorème 2.3.5 (Négation d’une implication).
Soit p et q deux propositions, alors ¬(p ⇒ q) ≡
2.4 Équivalence.
(p ∧ (¬q)).

Démonstration. Définition 2.4.1.


C’est une conséquence simple de la loi de De Morgan. Soient p et q deux propositions. La proposition
Exemple 2.3.6. p ⇔ q, qui se lit « p équivaut à q », est la propo-
En pratique, pour montrer p ⇒ q est fausse on sition qui est vraie si et seulement si p et q ont la
peut trouver un exemple où p est vraie mais où q même valeur de vérité.
est fausse.
Ainsi, avoir 18 ans n’implique pas d’avoir droit Exercice 2.4.2.
de vote (ex : si on a casier judiciaire). De même, Construire la table de vérité de p ⇔ q.
mesurer 2 m 20 n’implique pas d’être un joueur
de basket.
Théorème 2.4.3 (Équivalence et double impli-
Exercice 2.3.7. cation).
Soit x, y deux réels et f : R → R une fonction. Soit p et q deux propositions, alors
Nier la proposition «x 6 y ⇒ f (x) > f (y)».
(p ⇔ q) ≡ ([p ⇒ q] ∧ [q ⇒ p])

Théorème 2.3.8 (Contraposition).


Soit p et q deux propositions, alors (p ⇒ q) ≡
Démonstration.
(¬q ⇒ ¬p). Il suffit d’écrire les tables de vérités de ces propositions.

Démonstration. Définition 2.4.4.


C’est une conséquence simple de la loi de double négation.
q ⇒ p est appelée la réciproque de p ⇒ q.

Remarque 2.3.9.
Remarque 2.4.5.
On peut formaliser ainsi le principe de « démons-
Le ⇔ est commutatif (si P ⇔ Q, alors Q ⇔ P ),
tration par l’absurde » : on veut montrer que p
transitif (si P ⇔ Q et Q ⇔ R, alors P ⇔ R) et
est vraie, sachant qu’une certaine proposition q
réflexif (on a toujours P ⇔ P ).
est fausse.
On suppose alors que p est fausse et si l’on Remarque 2.4.6.
arrive à montrer que q est vraie : on a obtenu En pratique, pour montrer p ⇔ q, il y a 2 mé-
une contradiction ! En fait on a montré ¬p ⇒ q, thodes :

72
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

1. Montrer q ⇒ p puis p ⇒ q ; On élève au carré : p2 = 2q 2 , donc p2 est pair, donc p


aussi. Il existe donc p0 ∈ Z tel que p = 2p0 , et l’on a alors
2. Montrer p ⇒ q puis la contraposée de sa q 2 = 2p02 , donc q 2 est pair et q est pair aussi.
réciproque, i.e. ¬p ⇒ ¬q Ainsi, p et q√ont bien un diviseur non trivial, 2, c’est
absurde, donc 2 ∈ / Q.
On peut bien entendu montrer un schéma du
type p ⇔ p1 ⇔ p2 . . . ⇔ q, où les pi sont des Remarque 2.4.10.
propositions intermédiaires. Vous remarquerez que les symboles ⇒ et ⇔ n’ont
pas été utilisés dans la démonstration précédente.
C’est normal : ils servent à construire des phrases
Définition 2.4.7. formelles, pas à les démontrer. On ne les utilise
Soient p et q deux propositions. donc jamais dans une démonstration : à la place,
On dit que la proposition p est nécessaire pour on rédige en français, en utilisant par exemple
avoir la proposition q si q ⇒ p est vraie. la conjonction de coordination « donc ».
On dit que la proposition p est suffisante pour
avoir la proposition q si p ⇒ q est vraie.
On dit que la proposition p est nécessaire et suf-
3 Quantificateurs universel et
fisante pour avoir la proposition q si q ⇔ p est existentiel.
vraie.
3.1 Définition.
Remarque 2.4.8.
Revenons sur la table de vérité de l’implication. Définition 3.1.1.
Intuitivement, si p est vraie et q fausse, p ⇒ q On appelle prédicat toute proposition dépendant
est fausse. De même, si p et q sont vraies, on d’une ou plusieurs variables, et qui, pour chaque
conçoit que p ⇒ q le soit. jeu de valeurs de ces variables, prend la valeur V
Dans les deux autres cas, l’intuition se perd. ou F.
Constatons que si p ⇒ q était fausse si p était
fausse et q vraie, ou si p ⇒ q était fausse si
p et q étaient fausses, la table de l’implication Exemple 3.1.2.
serait la même que celle d’une autre connecteur P (x, y) ≡ x + y = 2.
logique déjà connu (construire et identifier les
tables de tous les connecteurs possibles de deux Définition 3.1.3.
propositions pour s’en convaincre). Si P est un prédicat qui dépend de la variable x et
Exemple 2.4.9. éventuellement d’autres variables, alors ∀x, P (x)

Montrons que 2 ∈
/ Q. et ∃x, P (x) sont deux prédicats qui ne dépendent
Démonstration.
pas de x et :
On montre d’abord que, si n est un entier, alors « n est • ∀x, P (x) est vrai si, pour toutes les valeurs
pair » si et seulement si « n2 est pair ». de x, P (x) est vrai ;
Si n est pair, son reste dans la division euclidienne par 2 • ∃x, P (x) est vrai s’il existe une valeur de x
est nul : il existe k ∈ Z tel que n = 2k. Donc n2 = 2 × 2k2 pour laquelle P (x) est vrai.
est pair.
Si n est impair, son reste dans la division euclidienne ∀ est appelé quantificateur universel et ∃ est le
par 2 n’est pas nul, donc vaut 1 : il existe k ∈ Z tel que quantificateur existentiel.
n = 2k + 1. Donc n2 = 2 × (2k2 + 2k) + 1 est impair.
On vient bien de montrer
√ l’équivalence annoncée.

Puis, on suppose que 2 ∈ Q et l’on écrit 2 sous forme Remarque 3.1.4.
fractionnelle irréductible : il existe p ∈ Z et q ∈ N∗ sans
√ p
On spécifiera tout le temps dans les quantifica-
diviseurs communs autres que 1 ou −1, tels que 2 = . teurs les ensembles sur lesquels sont considérées
q

73
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

les variables. On écrira par exemple


∀x ∈ R, x2 > 0
Démonstration.
et Admis.
∀a ∈ R, ∃n ∈ Z, a > n.
Remarque 3.1.9.
Remarque 3.1.5. On peut aussi retrouver le raisonnement par dis-
Si P est un prédicat d’une variable, ∀x, P (x) est jonction de cas dans d’autres situations.
un prédicat de zéro variables, c’est-à-dire une
proposition. Exercice 3.1.10.
Montrer que pour tout n ∈ Z, n2 − 3n + 2 est
Exemple 3.1.6. pair.
• Soit P (x, y) ≡ xy = 0. Alors ∀x ∈ R, ∀y ∈
R, P (x, y) est fausse, mais ∃x ∈ R, ∀y ∈ Remarque 3.1.11 (Analyse-synthèse).
R, P (x, y) est vraie. Soit E un ensemble et P un prédicat défini sur
• Soit P 0 (x) ≡ x.0 = 0 : alors ∀x ∈ C, P 0 (x) est E. On demande parfois de résoudre ce problème,
vraie. c’est-à-dire de déterminer { x ∈ E | P (x) }, i.e. de
déterminer la partie F de E telle que

Les quantificateurs sont des sym- ∀x ∈ E, P (x) ⇔ x ∈ F.


boles mathématiques utilisés pour construire des
phrases mathématiques. Ils ne sont en aucun cas Pour cela, on raisonne souvent par analyse-
à utiliser au cours d’une démonstration. En pra- synthèse.
tique : Analyse On commence par prendre un x ∈ E
• Pour montrer que ∀x ∈ E, P (x) est vraie, on quelconque, puis on suppose P (x). On « tra-
commencera (presque) toujours par écrire vaille » ensuite pour obtenir un ensemble F 0
« Soit x un élément de E » : x est main- le plus petit possible pour lequel x ∈ F 0 .
tenant fixé (et pris quelconque), on peut Synthèse On prend x ∈ F 0 , et l’on vérifie si
maintenant montrer P (x). P (x). On procède souvent ici par disjonction
• Pour montrer que ∃x ∈ E, P (x) est vraie, il de cas.
« suffira » d’exhiber une valeur de x dans E
La phase d’analyse est parfois appelée « raison-
telle que P (x) soit vraie.
nement par condition nécessaire », et celle de
Remarque 3.1.7. synthèse « raisonnement par condition suffisante
Dans les propositions ∀x, P (x) et ∃x, P (x), la ».
variable x est muette. On peut donc remplacer la Il arrivera souvent, mais pas toujours, que l’on
lettre x par n’importe quelle autre lettre. obtienne F 0 = F à la fin de la phase d’analyse.
Par exemple, ∃x ∈ R, x2 = −1 est la même
Exercice 3.1.12.
proposition que ∃ξ ∈ R, ξ 2 = −1 et que ∃♥ ∈
Résoudre sur R l’équation
R, ♥2 = −1

x − 1 = x − |x − 3|.
Proposition 3.1.8 (Disjonction de cas).
Soit E un ensemble, E1 , . . . , En des parties de E 3.2 Permutation de quantificateurs.
vérifiant E = E1 ∪ · · · ∪ En .
Soit P un prédicat défini sur E. Alors
n Proposition 3.2.1.
∀x ∈ E, P (x) ≡ (∀x ∈ Ei , P (x)). On peut permuter les ∀ entre eux et les ∃ entre
^

i=1 eux.

74
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

Démonstration. 3.4 Le pseudo-quantificateur ∃!.


Admis.
Pour simplifier la rédaction, il existe le pseudo-
Remarque 3.2.2. quantificateur ∃!. La proposition ∃!x, P (x) signi-
On abrégera parfois ∀x ∈ E, ∀y ∈ E, P (x, y) fie : il existe un unique x tel que P (x). Pour
en ∀x, y ∈ E, P (x, y). C’est aussi équivalent à démontrer une telle proposition, il faut montrer
∀(x, y) ∈ E 2 , P (x, y). d’un côté la partie existence, et d’un autre côté
la partie unicité.
Exemple 3.2.3.
∀x ∈ N, ∀y ∈ N, x.y > 0 ≡ ∀y ∈ N, ∀x ∈ N, x.y > Exercice 3.4.1.
0 Écrire ∃!x, P (x) en n’utilisant que les symboles ∀
∃x ∈ R, ∃y ∈ R, x + y 6 0 ≡ ∃y ∈ R, ∃x ∈ et ∃.
R, x + y 6 0
Remarque 3.4.2.
On vous pose souvent des questions du type «
On ne peut en général pas permuter un montrer qu’il existe un unique objet vérifiant une
∀ et un ∃. propriété ». Pour cela, il convient souvent de rai-
sonner par analyse-synthèse. La phase d’analyse
Exemple 3.2.4. montre l’unicité, la phase de synthèse l’existence.
Comparer les propositions : « pour toute poule
il existe un oeuf d’où est sortie la poule » et « il Exercice 3.4.3.
existe un oeuf d’où sont sorties toutes les poules ». Soit f : R → R. Montrer qu’il existe un unique
couple (g, h) tel que :
Exercice 3.2.5. • g : R → R vérifie g(42) = 1515 ;
Donner un exemple formel du dernier point. • h est une fonction linéaire (il existe λ ∈ R
vérifiant h : x 7→ λx).

3.3 Négation d’un quantificateur. 3.5 Quantificateurs et inégalités.


On commet souvent un abus d’écriture, notam-
ment en analyse, en raccourcissant la phrase
Proposition 3.3.1.
Soit P un prédicat. ∀x ∈ R, [x > M ⇒ P (x)]
1. La négation de ∀xP (x) est ∃x, ¬P (x). en
2. La négation de ∃x, P (x) est ∀x, ¬P (x). ∀x > M, P (x).
Dans la deuxième écriture, la quantification
porte implicitement sur x et non sur M (qui doit
Démonstration. avoir été fixé ou quantifié auparavant). De plus,
Admis.
le domaine de P n’est plus explicitement défini.
• En pratique, il faut savoir nier une phrase avec Exemple 3.5.1.
des ∀ et ∃. Soit (un )n∈N une suite de nombres réels, la propo-
Exemple 3.3.2. sition « un −−−−−→ +∞ » (qui se lit « (un ) tend
n→+∞
∀x ∈ R, ∃y ∈ Z tq x 6 y se nie en ∃x ∈ R tq vers +∞ ») s’écrit formellement
∀y ∈ Z, x > y.
∀A ∈ R, ∃n0 ∈ N, ∀n ∈ N, n > n0 ⇒ un > A,
Exercice 3.3.3.
mais on l’écrira plutôt
Soit f : R → R. Écrire de manière quantifiée la
phrase «f est monotone» puis la nier. ∀A ∈ R, ∃n0 ∈ N, ∀n > n0 , un > A.

75
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

4 Raisonnements par récur-


Proposition 4.1.3.
rence. Tout ensemble E d’entiers naturels non vide ad-
met un minimum.
L’objectif de cette partie est de montrer com-
ment rédiger une récurrence, à partir d’exemples,
en présentant en particulier quelques erreurs cou- Remarque 4.1.4.
rantes, mais aussi de présenter une autre tech- Pour tout ensemble d’entiers naturels E, on a
nique de démonstration, extrêmement puissante,
∀x ∈ [[0, min(E)[[ x∈
/ E.
appelée principe du minimum.
Il y a plusieurs façons possibles de rédiger une
récurrence. Néanmoins l’expérience montre que les Corollaire 4.1.5.
étudiants qui essaient de l’écrire de façon originale Tout sous-ensemble de Z minoré (resp. majoré)
l’écrivent rarement correctement. non vide admet un minimum (resp. maximum).
En d’autres termes : nous vous conseillons très
fortement de suivre les modèles donnés ici, mais
vous êtes absolument libres de ne pas suivre les
Proposition 4.1.6 (Principe du minimum).
conseils ci-dessous. Pour mémoire, dans 9 cas sur
Soit P un prédicat sur les entiers naturels. Sup-
dix, ceux qui n’ont pas suivi le modèle donné ici
posons qu’il existe au moins un entier rendant
rédigent mal leurs raisonnements par récurrence et
faux le prédicat P . Alors l’ensemble des entiers
perdent en conséquence les points correspondants
naturels sur lesquels P est faux admet un plus
dans leurs DS.
petit élément n0 et on a
Pour fixer les idées, nous travaillerons essen-
tiellement sur des exemples, et parfois sur des 1. non (P (n0 )),
exemples très simples. 2. et ∀n ∈ [[0, n0 [[ P (n).

4.1 Principe du minimum. Exercice 4.1.7.


Soit N un entier non nul et a0 , a1 , . . . , aN des
réels. On pose
Définition 4.1.1.
Soit E un ensemble de réels. On appelle mi- f: R → R .
nimum de E, tout réel x vérifiant x ∈ E et N
X
∀y ∈ E x 6 y. x 7→ ak xk
k=0

On suppose ∀x ∈ R f (x) = 0.
Remarque 4.1.2. 1. Certains ensembles
Montrer que les coefficients a0 , a1 , . . . , aN sont
de réels n’admettent pas de minimum.
tous nuls.
Exemples : ]0, 1], ]0, 1], R, R∗+ , R− .
Indication : si ces coefficients ne sont pas tous
2. Tout ensemble de réels admet au plus un nuls, on pourra s’intéresser au plus dernier coeffi-
minimum. cient ak non nul et regarder la limite de f en +∞.
On pourra aussi considérer le premier coefficient
Lorsqu’il existe, le minimum d’un ensemble E
ak non nul et s’intéresser à une limite en zéro.
est noté min(E).
L’ensemble des entiers naturels possède la pro-
priété fondamentale suivante qu’on admettra : 4.2 Principe de récurrence simple.

76
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

Montrons ∀n ∈ N P (n) par récurrence.


Définition 4.2.1. • Montrons P (0).
Soit P un prédicat sur les entiers naturels. Pour On a
n ∈ N, on dit que P est héréditaire au rang n si 0
0(0 + 1)
k=0=
X
on a P (n) ⇒ P (n + 1) (autrement dit, P n’est ,
2
pas héréditaire au rang n si et seulement si on a k=0

P (n) et ¬P (n + 1)) donc on a P (0).


On dit que P est héréditaire sur N si P est • Soit n ∈ N. Supposons P (n) et montrons
héréditaire à tout rang, c’est-à-dire si et seulement P (n + 1).
si on a : Alors, on a
n
∀n ∈ N (P (n) ⇒ P (n + 1)) n(n + 1)
k=
X

k=0
2

Exemple 4.2.2. Ainsi,


n
Le prédicat : P (n) : k = n2 est-il hérédi-
X
n+1 n
!
k= k +n+1
X X
k=0
taire ? n
k=0 k=0
n(n + 1) n(n + 1)
Et le prédicat Q(n) : k= ?
X
2 = +n+1
k=0 2
n
n(n + 1) n(n + 1) + 2(n + 1)
Et le prédicat R(n) : k =2+ ? =
X
2 2
k=0
(n + 2)(n + 1)
= ,
2
donc on a P (n + 1).
Théorème 4.2.3 (Principe de récurrence simple).
On a donc
Soit P un prédicat sur les entiers naturels. Suppo-
sons qu’on a P (0) et que P est héréditaire. Alors ∀n ∈ N P (n).
P est vraie pour tout entier naturel n.
4.3 Erreurs classiques.
Démonstration. Nous listons ici des erreurs fréquemment trou-
Il suffit d’appliquer le principe du minimum à ¬P : s’il
vées dans les copies.
existe un entier naturel n tel que P (n) est fausse, on
peut alors considérer le plus petit de ces entiers, noté n0 .
Comme P (0) est vraie, n0 > 0 et donc n0 − 1 ∈ N. Ainsi, Mauvaise définition de l’assertion Forme
P (n0 − 1) est vraie et, comme P est héréditaire, P (n0 ) est
classique de cette erreur :
aussi vraie, ce qui est absurde. On obtient donc bien que
∀n ∈ N, P (n). Notons P (n) l’assertion
n
Exemple 4.2.4. n(n + 1)
«∀n ∈ N k= »
X
n
Soit n un entier naturel. Montrons que k= 2
X
k=0
k=0
Explications : cette définition, mathématique-
n(n + 1)
. ment, signifie exactement la même chose que :
2
Pour tout n ∈ N, notons P (n) l’assertion Notons P (n) l’assertion
n p
n(n + 1) p(p + 1)
« k= ». «∀p ∈ N k= »
X X

k=0
2 k=0
2

77
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

Autrement dit, P (n) ne dépend pas de n. In- Supposons ∀n ∈ N P (n).


utile alors de tenter une démonstration par ré- Montrons P (n + 1).
currence. . .
Variante 2 :
Variante 1 :
Notons P (n) l’assertion Supposons, pour tout entier naturel n,
p
P (n) et montrons P (n + 1)
n(n + 1)
«pour tout n ∈ N, k= ».
X
Variante 3 :
k=0
2
Supposons, pour tout entier naturel n,
Variante 2 : P (n) et montrons pour tout entier natu-
n
Notons P (n) l’assertion « = rel n, P (n + 1).
X
k
k=0
n(n + 1)
pour tout n ∈ N». 4.4 Bonne définition d’une suite définie
2 par récurrence.
En revanche, la formulation suivante est accep-
table, bien qu’à éviter : Notons (un )n∈N la suite définie par
n
Notons P (n) l’assertion « =
X
k u0 = 5
(
k=0 √
n(n + 1) et ∀n ∈ N un+1 = 2 + un − 1
» pour tout n ∈ N.
2
Montrer que la suite u est bien définie.
Mauvaise énonciation de l’objectif Forme
classique de cette erreur : Ici, le terme «bien définie» signifie non
seulement que pour tout n, on a bien donné
Pour n ∈ N, notons P (n) l’assertion
n
une expression pour définir un mais aussi que
n(n + 1) cette expression est définie, c’est-à-dire qu’elle a
« k= ».
X

k=0
2 mathématiquement un sens.
Montrons P (n) par récurrence.
Pour n donné, montrer que un est bien définie
Explications : on ne précise pas ici ce qu’est
est un préalable à la démonstration de toute
n. De plus, le principe de récurrence ne montre
propriété de un .
pas P (n) pour un n donné mais pour tout n. Il
convient donc d’écrire
Ici, il s’agit
√ de montrer que pour tout n l’ex-
Montrons ∀n ∈ N P (n) par récurrence pression 2 + un − 1 est bien définie, c’est-à-dire
ou une variante, comme que un −1 est positif ou nul, autrement dit un > 1.
Montrons par récurrence que pour tout
entier naturel n on a P (n). Pour n donné, on voit alors que d’une part,
pour montrer que un+1 est bien défini, il va
Mauvaise démonstration de l’hérédité falloir montrer tout d’abord un > 1 et d’autre
Forme classique de cette erreur : part, pour montrer un > 1, on va avoir besoin au
préalable de s’assurer que un est bien défini.
Supposons ∀n ∈ N P (n).
Montrons ∀n ∈ N P (n + 1).
Autrement dit : on va avoir besoin de démon-
Explications : une fois que l’on a supposé ∀n ∈ trer simultanément ces deux propriétés.
N P (n), il n’y a pas beaucoup de travail à fournir Pour n ∈ N, notons P (n) l’assertion
pour montrer ∀n ∈ N P (n) ...
Variante 1 : «un est bien défini et un > 1»

78
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

Montrons ∀n ∈ N P (n) par récurrence : De plus, pour montrer cette P à un rang donné,
• On a clairement P (0). il va falloir supposer qu’elle est vérifiée au deux
• Soit n ∈ N. Supposons P (n) et montrons rangs précédents.
P (n + 1). Il ne suffit donc pas de chercher à démontrer P
un est bien défini et un > 1. par récurrence. Pour répondre à cette question on
Donc u va utiliser un principe de récurrence double, dans
√n − 1 > 0.
Donc un − 1 est bien défini. lequel l’initialisation consiste à montrer P (0) et
Donc un+1 est bien défini, et de plus P (1) et la démonstration de l’hérédité consiste à
√ montrer
un+1 > 2 + un − 1 > 2 > 1  
P (n) et P (n + 1) ⇒ P (n + 2)

∀n ∈ N
Donc on a P (n + 1).
On a donc
∀n ∈ N P (n) b Énoncé du principe.

La suite u est donc bien définie (et de plus pour


tout entier naturel n, un > 1). Théorème 4.5.1 (Principe de récurrence
double).
Problème de définition non étudié On Soit P un prédicat portant sur N. Si :
trouve parfois la réponse erronée suivante : • P (0) et P (1) sont vrais,
• pour tout n ∈ N, si P (n) et P (n + 1) sont
Pour tout entier naturel n, n = 0 ou n
vrais alors P (n + 2) est vrai,
est de la forme k + 1. On a donné une
alors ∀n ∈ N, P (n).
définition à un dans chacun de ces deux
cas, donc u est bien définie.
Démonstration.
Manifestement, l’auteur du texte ci-dessus
√ n’a On peut montrer par récurrence simple que pour tout
pas compris que la définition un+1 = 2 + un − 1 n ∈ N, Q(n) : « P (n) et P (n + 1) ».
pouvait poser problème. Ou bien on peut utiliser le principe du minimum : si
P n’est pas toujours vrai, on considère le plus petit entier
pour lequel P est faux etc.
4.5 Récurrence double.
a Exemple : suite définie par récurrence. c Rédaction par récurrence double.
Notons u la suite définie par : Pour tout n ∈ N, notons P (n) la propriété

u0 = 2 «un est bien défini et un > 1»






u1 = 3
 Montrons ∀n ∈ N P (n) par récurrence double.
n+2 = 1 + un + un+1 − 2

∀n ∈ N, u p
• On a clairement P (0).
• On a clairement P (1).
Montrer que u est bien définie. • Soit n ∈ N. Supposons P (n) et P (n + 1) et
On s’aperçoit vite qu’il va falloir montrer si- montrons P (n + 2).
multanément que un est bien défini et qu’on a un et un+1 sont bien définis et de plus un > 1
un > 1. et un+1 > 1.
On va donc, pour tout n ∈ N, définir P (n) Donc un + un+1 − 2 > 0.
comme l’assertion Donc un+2 est bien défini et de plus, un+2 =

1 + un + un+1 − 2 > 1.
«un est bien défini et un > 1» Donc on a P (n + 2).

79
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

On a donc Montrez que u est bien définie.


∀n ∈ N P (n)
On s’aperçoit assez vite qu’on peut espérer mon-
En particulier la suite u est bien définie. trer que pour tout n ∈ N, on a un > −1. Mais
Exercice 4.5.2. pour montrer la propriété pour n donné, il va
Soit (un )n∈N une suité vérifiant u0 = 2, u1 = 3 et falloir supposer qu’elle est vraie pour toutes les
∀n ∈ N, un+2 = 3un+1 − 2un . entiers naturels strictement inférieurs.
Montrer que ∀n ∈ N, un = 2n + 1. On va donc utiliser le principe de récurrence
forte.
Celui-ci peut s’énoncer comme suit :
4.6 Récurrence triple, etc.
1. Étant donné un entier naturel n, on dit
On peut, de la même façon, avoir besoin de
qu’une propriété P est fortement héréditaire
principes de récurrence triple, quadruple, . . .
au rang n si
Si cela s’avère nécessaire, on pourra les utiliser
sans démonstration.  
∀m ∈ [[0, n]] P (m) ⇒ P (n + 1)
Ainsi, appliquer le principe de récurrence triple
pour démontrer ∀n ∈ N P (n) consistera à démon-
(ou de façon équivalente, si P (0) et P (1) et
trer d’une part P (0), P (1) et P (2), et d’autre part
. . . et P (n) implique P (n + 1))
à démontrer que pour tout n ∈ N, si on a P (n) et
P (n + 1) et P (n + 2) alors on a P (n + 3). 2. On dit qu’une propriété P est fortement hé-
Là encore, si l’on préfère, on pourra se passer réditaire si pour tout entier naturel n, P est
d’une récurrence triple et utiliser simplement la fortement héréditaire au rang n.
récurrence ordinaire. Il suffira pour cela de définir, 3. Le principe de récurrence forte dit simple-
pour tout n ∈ N, Q(n) comme ment qu’une propriété P vraie en 0 et forte-
«P (n) et P (n + 1) et P (n + 2)» ment héréditaire est vraie pour tout entier
naturel.
et de montrer ∀n ∈ N Q(n) par récurrence simple.
Enfin, on peut évidemment là aussi se passer de Remarque 4.7.1.
tout principe de récurrence en utilisant le principe Dire que P est fortement héréditaire au rang n
du minimum. est équivalent à dire que n + 1 ne peut pas être
l’entier minimum pour lequel P est faux.
4.7 Récurrence forte. Exemple 4.7.2.
Enfin, il existe des cas où ni une récurrence On peut montrer que tout prédicat héréditaire
simple, ni une récurrence double, ni une récur- est fortement héréditaire. La réciproque est fausse
rence triple ne semblent suffire. comme le montre le prédicat P défini comme suit :
Dans ces cas, on pourra utiliser le principe de pour n ∈ N, P (n) est l’assertion «n(n − 2) 6= 0».
récurrence forte.
b Énoncé du principe.
a Exemple : suite définie par récurrence.
Notons u la suite définie par Théorème 4.7.3 (Principe de récurrence forte).
Soit P un prédicat portant sur N. Si :

• P (0) est vrai,

2
u0 = −1

• pour tout n ∈ N, si P (0), P (1), ..., P (n)


2 v



n sont vrais, alors P (n + 1) est vrai,
u3
u
et = + + + alors ∀n ∈ N, P (n).
 X

∀n ∈ N un+1 −1 t n uk
2




k=0

80
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

Démonstration. 4.8 Méthodologie : choix du type de


On peut montrer par récurrence simple que pour tout récurrence.
n ∈ N, R(n) : « P (0) et P (1) et ... et P (n) ».
Ou bien on peut utiliser le principe du minimum : si Le plus difficile dans la démonstration par ré-
P n’est pas toujours vrai, on considère le plus petit entier currence d’un prédicat (Pn )n∈N est souvent d’iden-
pour lequel P est faux etc.
tifier le type de raisonnement à appliquer.
Pour cela, il convient de commencer à travailler
c Rédaction par récurrence forte. au brouillon et de chercher à montrer la propriété
Pour tout n ∈ N, notons P (n) la propriété Pn , n étant fixé. Quatre cas de figures peuvent
alors survenir.
«un est bien défini et un > −1» • Si vous arrivez à montrer Pn directement,
c’est qu’il n’y a pas de récurrence en jeu !
Montrons par récurrence forte que pour tout • Si, pour montrer Pn , vous observez que vous
n ∈ N, on a P (n). devez utiliser Pn−1 , alors vous pouvez rédi-
• On a clairement P (0). ger une récurrence simple.
• Soit n ∈ N. Supposons que pour tout m ∈ N • Si, pour montrer Pn , vous observez que vous
vérifiant m 6 n, on a P (m). devez utiliser Pn−1 et Pn−2 , alors vous pou-
Montrons P (n + 1). vez rédiger une récurrence double (idem
Pour tout k ∈ {0, . . . , n}, uk est bien défini, pour triple, quadrupe etc.).
n
donc la somme uk est bien définie. • Si, pour montrer Pn , vous observez que vous
X

k=0 devez utiliser Pn−1 ,..., P0 , alors vous pouvez


En outre, pour tout k ∈ {0, . . . , n}, uk > rédiger une récurrence forte.
−1, donc Après ce travail, vous pouvez rédiger proprement
n n votre récurrence.
−1 = −n − 1
X X
uk >
k=0 k=0 4.9 Récurrence à partir d’un certain
Donc
rang.
n Il s’agit maintenant de faire démarrer une ré-
1/2 + n + 1 + uk > 0 currence (simple, multiple ou forte) à un autre
X

k=0 rang que le rang 0.


Donc un+1 est bien défini, et de plus, on a
Exemple. Soit u une suite, n0 un entier et α
un réel strictement positif.
v
u3
u n
un+1 = −1 + t + n + On suppose que pour tout n > n0 , on a
X
uk > −1
2 k=0
|un+1 | 6 α|un |
Donc on a P (n + 1)
Par le principe de récurrence forte, on a donc Montrer

∀n ∈ N P (n) ∀n > n0 |un | 6 αn−n0 |un0 |

Donc u est bien définie. Modèle de rédaction proposé. Pour tout


Exercice 4.7.4. n > n0 , notons P (n) la propriété |un | 6 αn−n0 .
Montrer que Montrons par récurrence que pour tout n > n0 ,
P (n) est vraie.
∀n ∈ N∗ , ∃p, q ∈ N, n = 2p (2q + 1). • On a |un0 | = αn0 −n0 |un0 |. Donc on a P (n0 ).

81
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

• Soit n > n0 . Supposons P (n). 4.12 Quelques récurrences fausses.


Montrons P (n + 1).
Exercice : chercher l’erreur dans les pseudo-
On a |un+1 | 6 α|un | car n > n0 .
démonstrations ci-dessous.
Par ailleurs |un | 6 αn−n0 |un0 |.
Donc α|un | 6 αn+1−n0 |un0 |.
Donc |un+1 | 6 αn+1−n0 |un0 |. a Suite négative minorée par un réel po-
On a donc P (n + 1) sitif. . .
On a donc Notons u la suite définie par
∀n > n0 P (n)  π
 u0 =
4
∀n ∈ N un+1 = 6un − 4

4.10 Récurrence sur un intervalle fini
(il est clair que u est bien définie)
d’entiers Montrons que pour tout n ∈ N, un > 45 .
Il s’agit de démontrer un résultat valable pour Pour tout n ∈ N, notons P (n) la propriété
un ensemble fini d’entiers seulement, de la forme 4
«un > »
Ja, bK, où a, b ∈ Z tels que a < b. Il faudra faire 5
attention à initialiser la propriété pour n = a, Montrons ∀n ∈ N P (n) par récurrence.
et lors de l’hérédité, il faudra supposer que cette • On a P (0).
propriété est vraie pour un certain n ∈ Ja, b − 1K • Soit n ∈ N. Supposons P (n). Montrons
et montrer qu’elle est vraie au rang n + 1. P (n + 1).
On a :
Exemple 4.10.1.
Soit n ∈ N∗ et fn : x 7→ x. Montrer que pour 4
un >
(k)
tout k ∈ J0, nK, et pour tout x ∈ R, fn (x) = 5
n! 24
xn−k . donc 6un >
(n − k)! 5
24 − 5 × 4
donc 6un − 4 >
5
4
4.11 Récurrence descendante donc un+1 > .
5
On cherche à montrer un résultat valable sur Ainsi, on a P (n + 1).
un intervalle Ja, bK comme précédemment, mais Donc on a ∀n ∈ N P (n)
cette fois-ci on initialise pour n = b, et on montre Calculons les valeurs approchées des premiers
que la propriété P à un rang n implique cette termes de la suite avec Python :
même propriété au rang n − 1. Cela se démontre
def f(x) :
en posant Q(n) = P (b − n). On montre alors
"""Calcule 6*x-4, précondition : x réel"""
par récurrence que Q(0) est vraie et que Q(n)
return 6 * x - 4
implique Q(n + 1).
Exemple 4.11.1. from math import pi
Soit N un entier naturel supérieur ou égal x = pi / 4 # u_0
à
v 2. Montrer que pour tout k ∈ J2, N K, u = [x] # Contient u_0
u v
u u s for i in range(5) :

r q
u u x = f(x) # Calcule le terme suivant de u
tk t(k + 1) (k + 2) . . . (N − 1) N < k +
[Link](x) # Ajoute le nouveau terme
1. print(u) # Affiche les valeurs calculées

82
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

On obtient les valeurs suivantes : c Toutes les puissances valent 1


Soit a ∈ R∗ . Montrons que pour tout entier
u0 ≈ 0.7853982
naturel non nul n, on a an−1 = 1.
u1 ≈ 0.7123890 Notons P (n) la propriété «an−1 = 1».
u2 ≈ 0.2743339 Montrons ∀n > 1 P (n) par récurrence forte.
u3 ≈ −2, 3539967 • On a clairement P (1).
u4 ≈ −18.12398 • Soit n > 1.
Supposons ∀m ∈ [[1, n]] P (m).
u5 ≈ −112.74388
Montrons P (n + 1).
On a
Autrement dit, u5 est négatif et devrait être
supérieur à 45 . . . an+1−1 = an
an−1 × an−1
=
b n valeurs sont égales a(n−1)−1
Montrons que pour tout entier n non nul, et
tout n-uplet (x1 , . . . , xn ), on a Or par hypothèse de récurrence, P (m) est
vraie pour tout m 6 n, donc P (n) et P (n −
x1 = x2 = . . . = xn 1) sont vraies.
Donc an−1 = 1 et a(n−1)−1 = 1.
Autrement dit : toutes les composantes d’un D’où :
n-uplet sont égales. 1×1
an+1−1 =
Pour tout n > 1, notons P (n) la propriété 1
Donc on a P (n + 1).
«pour tout n-uplet (x1 , . . . , xn ), on a On a donc
x1 = x2 = . . . = xn .»
∀n > 1 P (n)
Montrons ∀n > 1 P (n) par récurrence.
• On a clairement P (1).
• Soit n > 1.
Supposons P (n) et montrons P (n + 1).
Soit (x1 , . . . , xn+1 ) un n + 1-uplet.
(x1 , . . . , xn ) est un n-uplet donc on a

x1 = x2 = . . . = xn

(x2 , . . . , xn+1 ) est un n-uplet donc on a

x2 = . . . = xn+1

Donc on a

x1 = x2 = . . . = xn+1

Donc on a P (n + 1).
On a donc ∀n > 1 P (n).

83
CHAPITRE IV. QUELQUES FONDAMENTAUX

84
Chapitre V

Nombres complexes
Sommaire
1 L’inégalité triangulaire . . . . . . . . . . 86
2 Propriétés supplémentaires de l’expo-
nentielle complexe et des arguments . . 86
3 Groupe U des nombres complexes de
module 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
4 Équations du second degré . . . . . . . 87
4.1 Calcul des racines carrées d’un complexe
sous forme algébrique . . . . . . . . . . 87
4.2 Résolution des équations du second degré 88
5 Racines énièmes. . . . . . . . . . . . . . 89
6 Techniques de calcul . . . . . . . . . . . 90
6.1 Formules trigonométriques . . . . . . . 90
6.2 Technique de l’angle moitié . . . . . . 90
6.3 Factorisation . . . . . . . . . . . . . . 90
6.4 Linéarisation . . . . . . . . . . . . . . 91
7 L’exponentielle complexe . . . . . . . . 91
8 Nombres complexes et géométrie plane 91
8.1 Colinéarité et orthogonalité . . . . . . 91
a Interprétation géométrique du rap-
port . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
8.2 Transformations usuelles . . . . . . . . 92
8.3 Similitudes et isométries . . . . . . . . 94
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES

1 L’inégalité triangulaire Remarque 1.0.2.


• Géométriquement, il y a égalité dans l’inégalité
Commençons par démontrer l’inégalité triangu- triangulaire lorsque les images de z et z 0 sont sur
laire, déjà évoquée en début d’année : une même demi-droite d’origine O.
• Le bloc « il existe (λ, λ0 ) ∈ (R+ )2 tel que
(λ, λ0 ) 6= (0, 0) » s’écrit aussi « ∃(λ, λ0 ) ∈ (R+ )2 \
Théorème 1.0.1 (Inégalité triangulaire). {(0, 0)} » et se lit « il existe deux complexes λ et
Soit z, z 0 ∈ C, on a λ0 non tous nuls ».

|z| − |z 0 | 6 |z ± z 0 | 6 |z| + |z 0 |.
 
2 Propriétés supplémentaires de
De plus, |z + = |z| +
z0| si et seulement s’il
|z 0 | l’exponentielle complexe et
existe (λ, λ ) ∈ (R ) tel que (λ, λ0 ) 6= (0, 0) et
0 + 2
des arguments
λz = λ0 z 0 .

Démonstration.
On montre l’encadrement pour |z + z 0 |. Pour |z − z 0 | il
Théorème 2.0.1 (Formules d’Euler).
suffit de remplacer z 0 par −z 0 . Soit θ ∈ R, alors
Pour montrer |z + z 0 | 6 |z| + |z 0 |, il suffit de montrer
2 2 2
|z + z 0 | 6 (|z| + |z 0 |) . Posons d = (|z| + |z 0 |) − |z + z 0 |
2
e iθ + e −iθ
et calculons d. On obtient successivement
cos θ = ,
2
d = |z|2 + z 0
2
+ 2|z| z 0 − z + z 0

z + z0
 e iθ − e −iθ
sin θ = .
= 2|z| z 0 − zz 0 − z 0 z
2i
zz 0 + z 0 z
 
0
= 2 |z| z −
2
! Démonstration.
zz 0 + zz 0 Direct.
= 2 |z| z 0 −
2

= 2 zz 0 − Re zz 0

Proposition 2.0.2.
>0 Soit θ ∈ R :
On a donc |z + z 0 | 6 |z| + |z 0 |. 1. e iθ × e −iθ = e i0 = 1 ;
Pour la seconde inégalité : |z| = |(z + z 0 ) + (−z 0 )| 6 2. e iθ 6= 0 ;
|z + z 0 | + | − z 0 |, d’où |z| − |z 0 | 6 |z + z 0 |. On permute les
rôles de z et z 0 et on a |z 0 | − |z| 6 |z + z 0 |, ce qui permet 1
3. iθ = e −iθ = e iθ .
de conclure, car e
|z| − |z 0 | = max |z| − |z 0 |; |z 0 | − |z| .
  

Démonstration.
Montrons maintenant le cas d’égalité. Dans le cas où Direct.
z = z 0 = 0, le résultat est immédiat.
Sinon, d’après la démonstration de l’inégalité triangu-
laire, l’égalité est vérifiée si et seulement si zz 0 = Re zz 0 ,

Proposition 2.0.3 (Formule de De Moivre).
i.e. si et seulement si zz 0 est un réel positif.
Soit θ ∈ R et n ∈ N. On a
z zz 0
Dans le cas où z 0 6= 0, on remarque que 0 = ,
|z 0 |2
z  n
z e inθ = e iθ ,
donc l’égalité est vérifiée si et seulement si 0 ∈ R+ si et
z
seulement si il existe λ ∈ R+ tel que z = λz 0 . cos(nθ) + i sin(nθ) = (cos θ + i sin θ)n .
En inversant les rôles de z et z 0 dans le cas où z 0 = 0
on obtient le résultat voulu.

86
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES

Démonstration. Remarque 3.0.4.


Se démontre par une récurrence immédiate sur n. Grâce aux propriétés précédentes, on dit que U
est un groupe.
Proposition 2.0.4. Le groupe U, qui est l’ensemble des affixes des
Soient z, z 0 ∈ C∗ . On a : points du cercle trigonométrique, est intimement
lié à l’exponentielle complexe, comme nous l’avons
arg z = − arg z[2π]
déjà vu :
arg zz 0 = arg z + arg z 0 [2π]
et arg(1/z) = − arg z[2π]. Théorème 3.0.5 (Paramétrisation de U).
L’application

Démonstration. R → C
Utiliser l’écriture trigonométrique. θ 7→ e iθ
Remarque 2.0.5. est un paramétrage de U, autrement dit, pour tout
L’écriture a = b [2π] signifie que a et b sont égaux nombre complexe z on a
à un multiple de 2π près, i.e. ∃k ∈ Z, a = b + 2kπ.
Les manipulations d’arguments doivent tou- z ∈ U ⇔ ∃θ ∈ R z = e iθ (V.1)
jours s’effectuer en indiquant à quel angle près
cela s’entend ([π], [2π] le plus souvent). De plus, pour tout complexe z ∈ U donné, le
paramètre correspondant est unique à 2π près,
Exercice 2.0.6.
a b autrement dit, on a
Si a = b [2π], a-t-on = [2π] ? A-t-on 2a =
2 2 0
2b [2π] ? ∀(θ, θ0 ) ∈ R2 e iθ = e iθ ⇔ θ = θ0 [2π] (V.2)

3 Groupe U des nombres com- Remarque 3.0.6.


plexes de module 1 Ce résultat a une interprétation géométrique in-
tuitive.
Démonstration.
Définition 3.0.1. Soit z ∈ C. Montrons l’équivalence (V.1). L’implication de
On note U l’ensemble des nombres complexes de droite à gauche est évidente : s’il existe θ tel que z s’écrive
cos θ + i sin θ, alors |z|2 = sin2 θ + cos2 θ = 1, donc z ∈ U.
module 1 : U = {z ∈ C | |z| = 1}.
Réciproquement, soit z ∈ U, alors (Re z)2 + (Im z)2 = 1
donc il existe θ ∈ R vérifiant Re z = cos θ et Im z = sin θ.
Pour l’équivalence (V.2), il suffit de remarquer que pour
Remarque 3.0.2. 0
tout couple (θ, θ0 ) de réels, l’égalité e iθ = e iθ implique
U est l’ensemble des affixes des points du cercle l’égalité des cosinus ainsi que des sinus de θ et θ0 , donc
trigonométrique l’égalité de θ et θ0 à 2π près. L’autre sens est immédiat
par 2π-périodicité des fonctions sinus et cosinus.

Proposition 3.0.3.
Soit z, z 0 ∈ U. Alors : 4 Équations du second degré
1. 1 ∈ U ;
4.1 Calcul des racines carrées d’un
2. zz 0 ∈ U ;
complexe sous forme algébrique
1
3. ∈ U.
z Soit z et t deux complexes. On veut résoudre
explicitement l’équation t2 = z, d’inconnue z,

87
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES

que nous noterons (E), en n’utilisant que des Exercice 4.2.3.


complexes écrits sous forme algébrique. Soit A(z) = z 3 − iz 2 − (3 + i)z + 2 + 2i.
On peut écrire z sous la forme x + iy avec 1. Trouver un polynôme B tel que A(z) = (z −
(x, y) ∈ R2 et t sous la forme a + ib, où (a, b) ∈ R2 . 1)B(z).
Pour résoudre (E), il y a une astuce très utile.
2. Trouver un polynôme C tel que A(z) = (z −
1)(z − 1 − i)C(z).
Astuce.
Soit t et z deux complexes. Alors
Théorème 4.2.4.
t =z
2
Soient a, b, c ∈ C avec a 6= 0. Les solutions de
(
t2 = z ⇐⇒ l’équation az 2 + bz + c = 0 d’inconnue z ∈ C
|t|2 = |z|
−b ± δ
sont , où δ est l’une quelconque des deux
2a
racines carrées du discriminant ∆ = b2 − 4ac.
On en déduit successivement : b
La somme de ces solutions vaut − et leur
a
a2 − b2 + i2ab = x + iy

c
produit .
(E) ⇐⇒ q a
 a2 + b2 = x2 + y 2

a − b = x
 2 2
 Démonstration.
Pour tout z ∈ C, on a
2ab = y

(E) ⇐⇒
b c
q  
z+
az 2 + bz + c = a z 2 +

a + b2 = x2 + y 2
 2

a a
 
b 2 b2 c

x + x2 + y 2
p 
=a z+ − 2 +
a =
2

2a 4a a


2



b2 − 4ac
  2 
b
(E) ⇐⇒ −x + x2 + y 2
p
=a z+ −
b2 = 2a 4a2
2


 
 2 2 
b δ
 
2ab = y

=a z+ −
2a 2a
b δ b δ
h ih i
=a z+ − z+ +
2a 2a 2a 2a
Exercice 4.1.1. 
−b − δ

−b + δ

=a z− z−
Trouver les racines carrées de z = 3 − 4i. 2a 2a
On calcule finalement :
4.2 Résolution des équations du second −b − δ −b + δ b
+ =− ,
degré 2a 2a a
−b − δ −b + δ b2 − δ 2 c
× = = .
2a 2a 4a2 a
Proposition 4.2.1.
Soit A un polynôme en z à coefficients complexes,
Remarque 4.2.5.
admettant un complexe λ comme racine. Alors
• N’importe quelle racine carrée du discriminant
il existe un polynôme B en z à coefficients com-
convient, puisqu’elles sont égales au signe près.
plexes tel que A(z) = (z − λ)B(z).
• Si le discriminant est nul, il n’y a qu’une racine,
qui est alors dite double.
Remarque 4.2.2. • Si a, b, c ∈ R, alors le discriminant est réel. S’il
Nous admettons pour l’instant ce résultat, il sera est strictement positif, il y a deux racines réelles
démontré dans le chapitre sur les polynômes. distinctes ; s’il est nul, il y a une racine réelle

88
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES

double ; s’il est strictement négatif, il y a deux


racines complexes non réelles conjuguées. 3. En particulier
• Avec α, β ∈ C, on a la relation suivante : n 2ikπ
o
Un = e n k ∈ [[0, n − 1]] .
(X − α)(X − β) = X 2 − (α + β)X + αβ.

• On peut donc connaître la somme et le produit


des deux racines sans connaître les racines. Réci- Démonstration. 1. Soit t ∈ C. Alors t 6= 0 ⇒ tn 6= 0
donc tn = 0 ⇒ t = 0. On vérifie enfin que t = 0 ⇒
proquement, si l’on connaît la somme et le produit tn = 0, pour n > 0.
de deux nombres complexes, alors on connaît une
2. Soit (z, t) ∈ C2 , z 6= 0.
équation polynomiale du second degré dont ils • 1er cas : z = 1 : on note ρ = |t| et ϕ ∈ R un
sont exactement les racines. argument de t. On a : tn = 1 si et seulement
si ρn .e inϕ = 1.e i0 si et seulement si ρn = 1 et
Exercice 4.2.6. 2kπ
nϕ = 0[2π] si et seulement si ρ = 1 et ϕ = .
Trouver a et b tels que ab = 2 et a + b = i. n
• 2nd cas : z est quelconque non nul donc s’écrit

sous la forme re iθ où r > 0. On pose α = n r ×
e iθ/n , donc αn  = z. Alors, si t = ρ.e iϕ , tn = z si
5 Racines énièmes. t n
et seulement si = 1 et on utilise le premier
α
cas.

Définition 5.0.1.
Remarque 5.0.4 (Interprétation géométrique).
Soient z ∈ C et n ∈ N∗ . On appelle racine ne de
Soit n > 3. Posons zi = 2ikπ n et notons Ai le point
z tout complexe t tel que tn = z.
d’affixe zi pour i ∈ [[0, n − 1]]. Alors A0 A1 . . . An
Les racines de 1 sont appelées racines nes de
est un polygone régulier à n côtés, inscrit dans le
l’unité.
cercle unité.
L’ensemble des racines nes de l’unité est noté
Les racines deuxièmes de 1 sont −1 et 1 (racines
Un .
carrées de 1).
En posant j = e 2iπ/3 , les racines troisièmes de
Remarque 5.0.2. l’unité sont 1, j et j 2 (et on a j 2 = j). Ce sont les

La notation n . est interdite sur les complexes sommets d’un triangle équilatéral inscrits dans le
quelconques. En effet, elle désigne l’application ré- cercle unité.
ciproque de la fonction x 7→ xn qui n’est bijective Les racines quatrièmes de l’unité sont 1, i, −1
que considérée comme application de R+ dans R+ et −i : ce sont les sommets d’un carré inscrit
si n est pair et de R dans R si n est impair. dans le cercle unité.
Les racines cinquièmes de l’unité sont 1, e 2iπ/5 ,
Théorème 5.0.3. 1. La seule racine ne de zéro e 4iπ/5 , e −4iπ/5 et e −2iπ/5 : ce sont les sommets
est zéro. d’un pentagone régulier inscrit dans le cercle
unité.
2. Soit z ∈ C non nul, donné sous une forme
Les racines sixièmes de l’unité sont 1, e iπ/3 ,
trigonométrique z = re iθ , avec r > 0. Alors
j, −1, j 2 et e −iπ/3 : ce sont les sommets d’un
z possède exactement n racines nes, qui sont
hexagone régulier inscrit dans le cercle unité.
les nombres complexes
Tout cela est représenté dans la figure V.1.

r × e(n+ )
iθ 2ikπ
n n

pour k décrivant l’ensemble J0, n − 1K (ou Proposition 5.0.5.


J1, nK). Soit n ∈ N, n > 2. Pour tout z ∈ C on a les

89
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES

i e 2iπ/5iπ/3 La première égalité est une application directe du ré-


j e sultat admis, en posant P : z 7→ z n − 1 ; P est alors un
polynôme de degré n et de coefficient dominant 1.
La seconde est une application directe du même résultat
e 4iπ/5 n−1
X
en considérant P : z 7→ z k . De plus n 6= 1 donc
k=0
2iπ
e n 6= 1 donc
1  n
2iπ
−1 0
n−1
X 2ikπ
n−1 
X 2iπ
k 1− e n

e n = e n = 2iπ = 0.
k=0 k=0
1−e n

e −4iπ/5

j2 e −iπ/3 6 Techniques de calcul


−i e −2iπ/5
6.1 Formules trigonométriques
Nous avons utilisé les formules de trigonométrie
Figure V.1 – Racines nes de l’unité pour 1 6
(cf. formulaire de trigonométrie) dans la démons-
n 6 6.
tration de ? ?.
Néanmoins, les propriétés de l’exponentielle
« de iθ » permettent de retrouver ces formules,
égalités suivantes : dans le cas inenvisageable où vous les auriez ou-
n−1 bliées.
2ikπ
(z − ω) = (z − e ) = zn − 1 Par exemple : développer e i(a+b) de deux ma-
Y Y
n

ω∈Un k=0 nières différentes, identifier les expressions obte-


n−1
Y 2ikπ
 n−1 nues et retrouver les formules donnant sin(a + b)
(z − ω) = z−e =
Y X
n zk . et cos(a + b).
ω∈Un \{1} k=1 k=0

La somme des racines ne de l’unité est nulle, i.e. : 6.2 Technique de l’angle moitié
n−1
2ikπ
Déjà vu. Elles permet aussi de retrouver les
ω= e = 0.
X X
n formules de factorisation du type cos(a) + cos(b).
ω∈Un k=0

En particulier 1 + j + j = 1 + j + j 2 = 0. 6.3 Factorisation


Utilise la technique de l’angle moitié, souvent
Démonstration. après avoir identifié la somme en question comme
Pour démontrer ce résultat, on utilisera une version géné- la partie réelle ou imaginaire d’un type de somme
ralisée de la proposition 4.2.1 : pour tout entier n et tout bien connue. On utilise très souvent les formules
polynôme P un polynôme de degré n admettant n racines suivantes.
distinctes z1 , . . . , zn , de coefficient dominant α, on a
Sommation géométrique : Pour tout z ∈ C
∀z ∈ C P (z) = α(z − z1 ) . . . (z − zn ).
et n ∈ N,
On rappelle aussi la formule de sommation géométrique :
n+1 si z = 1,

pour tout z ∈ C et n ∈ N∗ , n 
zk =
X
z n+1 − 1
z n − 1 = (z − 1)(1 + z + · · · + z n−1 ). si z 6= 1.
z−1

k=0

90
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES

Binôme de Newton : Pour tout (a, b) ∈ C2


et n ∈ N, Théorème 7.0.4. 1. L’exponentielle complexe
est 2iπ-périodique.
n
!
0 0
n k n−k 2. Pour tout z, z 0 ∈ C, e z+z = e z e z : on dit
(a + b) =
X
n
a b .
k=0
k que l’exponentielle transforme les sommes en
produits.
On peut calculer les coefficients binomiaux
n 3. L’exponentielle complexe ne s’annule pas.
k avec le triangle de Pascal.
4. Pour tout z ∈ C et t ∈ C∗ , on a
Exemple 6.3.1.
 e z = t ⇐⇒ ∃k ∈ Z, z = ln |t|+i arg t+2ikπ.
n  sin(2(n+1)x) cos(2nx) si x ∈
/ π2 Z
cos(4kx) =
X
sin(2x)
0
n + 1 si x ∈ π2 Z 5. Pour tout z, z 0 ∈ C, e z = e z ssi (z − z 0 ) ∈
k=0
2iπZ.
6.4 Linéarisation
Démonstration. 1. Immédiat.
Méthode pour supprimer les produits et puis-
sances dans une expression en cosinus et sinus : 2. Séparer parties réelle et imaginaire.
3. L’exponentielle ne s’annule pas sur R, et e iθ non plus
1- Utiliser la formule d’Euler et développer par
(déjà vu).
la formule du binôme.
4. e z = t si et seulement si e Re z = |t| et Im z =
2- Regrouper les puissances pour réutiliser les arg t[2π].
formules d’Euler, mais dans l’autre sens. 0 0
5. e z = e z ssi e z−z = 1, et on utilise le point précé-
Exemple 6.4.1. dent.

1 3 Remarque 7.0.5.
cos3 x = cos(3x) + cos x L’exponentielle n’est ni surjective, ni injective, et
4 4
1 1 il n’existe pas de « logarithme complexe ».
sin (x) cos (x) = − sin(5x) + sin(x)
3 2
16 8
1
+ sin(3x)
16 8 Nombres complexes et géomé-
trie plane
7 L’exponentielle complexe
Dans toute cette partie, on considère un plan,
muni d’un repère orthonormé (O, →
−ı , →
− ).
Définition 7.0.1.
Soit z ∈ C, donné sous forme algébrique z = x+iy.
On appelle exponentielle de z notée e z le nombre 8.1 Colinéarité et orthogonalité
complexe e z = e x e iy .
a Interprétation géométrique du rapport

Remarque 7.0.2.
e z n’est toujours pas une puissance : ce n’est
qu’une notation. Théorème 8.1.1.
Soit z et z 0 deux complexes non nuls. On note
Exemple 7.0.3. →

u et →−
u 0 les vecteurs d’affixes respectives z et z 0 .
e 2+iπ/2 = ie 2 .

91
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES

Alors
M 0 = τ−
u (M )

z0 k→−
u 0k
= → −
z kuk A
 0
z
arg = (→
−u,→−
u 0) [2π]
z

−→ →
Démonstration. OA = −
u
Le premier point est immédiat, le second découle de
l’interprétation géométrique de l’argument. En notant M


i le vecteur d’affixe 1, et en posant θ = arg z, on a

→ →
z = |z|(cos θ + i sin θ), donc ( i , − u ) = arg z [2π]. De

→ −
même ( i , →u 0 ) = arg z 0 [2π]. D’où O(0)

→ →0 −
→ →
(−

u,−→u 0) = ( i , − u ) − ( i ,−
u) [2π]
= arg z 0 − arg z [2π]
 0
z
= arg [2π]
z

Figure V.2 – Translation de vecteur u , OM M 0 A
est un parallélogramme.
Corollaire 8.1.2.
Soit A, B et M trois points deux à deux distincts
8.2 Transformations usuelles
d’affixes respectives a, b et z. Alors
(i) A, B et M sont alignés si et seulement si
z−a Définition 8.2.1 (Translation).
∈ R;
z−b Soit →

u un vecteur
(ii) (AM )⊥(BM ) si et seulement si
z−a
∈ iR. La translation de vecteur → −
u est l’application
z−b qui envoie un point M sur le point M 0 vérifiant
−−−→0 →
MM = − u (voir figure V.2). On la note souvent
Exemple 8.1.3. u.
τ−

i, 1 et 2 − i sont alignés, et 1 + i, 2 et −2i forment
un angle droit en 2. Remarque 8.2.2.
Exercice 8.1.4. La translation de vecteur nul est l’identité. Si →

u


n’est pas nul, la translation de vecteur u n’a pas
Soit A(a), B(b) et C(c) trois points du plan.
On rappelle que le centre de gravité du triangle de point fixe.
1
ABC est le point d’affixe (a + b + c).
3 Définition 8.2.3 (Rotation).
Montrer que ce centre de gravité est le point
Soit Ω un point du plan, θ ∈ R .
d’intersection des médianes de ABC.
La rotation de centre Ω et d’angle θ est l’appli-
Exercice 8.1.5. cation qui et
Soit A(a), B(b) et C(c) trois points du plan. On • fixe Ω ;
suppose que le cercle circonscrit au triangle ABC • envoie tout point M différent de Ω sur
a pour centre O(0). le point M 0 vérifiant ΩM = ΩM 0 et
Montrer que l’orthocentre de ABC a pour affixe −−→ −−→
(ΩM , ΩM 0 ) = θ[2π].
a + b + c.

92
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES

hΩ,λ (M ), λ > 1

ρΩ,θ (M ) M = hΩ,1 (M )

hΩ,λ (M ), 0 < λ < 1

θ Ω
Ω M
hΩ,λ (M ), −1 < λ < 0

sym. central : hΩ,−1 (M )

O(0)
O(0) hΩ,λ (M ), λ < −1

Figure V.3 – Rotation de centre Ω, d’angle θ.


Figure V.4 – Quelques homothéties de centre
Ω.

On la note souvent ρΩ,θ (voir figure V.3).


Sinon, une homothétie de rapport λ n’a qu’un
point fixe : son centre.
Si λ = 0, l’homothétie de rapport λ et de centre
Remarque 8.2.4.
Ω envoie tout point sur Ω. Enfin, l’homothétie
Si θ est un multiple de 2π, toute rotation d’angle
de rapport −1 et de centre Ω est la symétrie
θ est l’identité.
(centrale) par rapport à Ω.
Sinon, une rotation d’angle θ n’a qu’un point
fixe : son centre.
Enfin, si θ = π [2π], la rotation d’angle θ et de Théorème 8.2.7.
centre Ω est la symétrie (centrale) par rapport à Soit M un point d’affixe z, et Ω un point d’affixe
Ω. ω.
1. Soit → −
u un vecteur d’affixe u. L’image de M
par la translation de vecteur → −u a pour affixe
Définition 8.2.5 (Homothétie). le nombre complexe z + u ;
Soit Ω un point du plan, λ ∈ R∗ . 2. Soit λ ∈ R. L’image de M par l’homothétie
L’homothétie de centre Ω et de rapport λ est de centre Ω et de rapport λ a pour affixe le
l’application qui envoie tout point M sur la point nombre complexe ω + λ(z − ω) ;
−−→ −−→
M 0 vérifiant ΩM 0 = λΩM (voir figure V.4). On 3. Soit θ ∈ R. L’image de M par la rotation
la note souvent hΩ,λ . de centre Ω et d’angle de mesure θ a pour
affixe le nombre complexe ω + e iθ (z − ω). En
particulier, iz est l’affixe de l’image de M par
Remarque 8.2.6. la rotation de centre O et d’angle de mesure
Si λ = 1, toute homothétie de rapport λ est l’iden- π
2 ;
tité.

93
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES

8.3 Similitudes et isométries


4. L’image de M par la symétrie centrale de
centre O a pour affixe le nombre complexe
−z ; Définition 8.3.1.
5. L’image de M par la symétrie par rapport Soit λ > 0. On appelle similitude (plane) de rap-
à l’axe des abscisses (Ox) a pour affixe le port λ toute application f du plan dans lui-même
nombre complexe z ; telle que pour tous points M , N on ait :

6. L’image de M par la symétrie par rapport f (M )f (N ) = λM N.


à l’axe des ordonnées (Oy) a pour affixe le
nombre complexe −z. On appelle isométrie (plane) toute application
f du plan dans lui-même telle que pour tous points
M , N on ait :
Démonstration. 1. L’image M 0 de M est telle que
−−−→0 −−→ − f (M )f (N ) = M N.
OM = OM + → u . On traduit cela en termes d’affixes.
−−→0 −−→
2. ΩM = λΩM , donc z 0 − ω = λ(z − ω).
−−→ −−→ Remarque 8.3.2. 1. Comme le nom l’indique
3. ΩM 0 = ΩM et (ΩM 0 , ΩM ) = θ[2π], donc |z − ω| =
|z − ω| et arg(z 0 − ω) − arg(z − ω) = θ[2π], d’où
0
(racines grecques), les isométries préservent
z 0 − ω = e iθ (z − ω). les distances.
4. C’est une homothétie de centre O et de rapport −1. 2. Les isométries sont les similitudes de rap-
5. Déjà vu. port 1.
6. On compose.
3. La composée de deux isométries est une iso-
métrie.
4. La composée de deux similitudes est une si-
Exemple 8.2.8. 1. L’homothétie de centre (2− militude de rapport le produit des rapports
i) et de rapport 3 s’écrit : z 7→ 3(z − 2 + i) + de celles-ci.
2 − i = 3z − 4 + 2i. 5. Il est clair que toute similitude est injective.
π On pourrait montrer que toute similitude est
2. La rotation de centre 0 et d’angle s’écrit
2 en fait bijective.
z 7→ iz.
2π Exemple 8.3.3.
3. La rotation de centre (1 + i) et d’angle Les translations, les rotations, les symétries et les
3
s’écrit z 7→ j(z − 1 − i) + 1 − i. homothéties sont des similitudes.
Exercice 8.2.9.
Soit quatre points du plan A(a), B(b), C(c) et Théorème 8.3.4. 1. Les applications de C
D(d). dans C de la forme z 7→ az + b, où (a, b) ∈ C2
avec a =
6 0, sont des similitudes de rapport
1. On suppose que ABCD est un carré et que |a|.
a et b ont des parties imaginaires et réelles 2. De plus, une telle application préserve les
entières. Montrer qu’il en est de même pour angles orientés : on dit que c’est une simili-
c et d. tude directe.
2. On suppose que ABC est un triangle équila-
Démonstration. 1. Soit f une application de la forme
tétal et que a et b ont des parties imaginaires z 7→ az + b, où (a, b) ∈ C2 avec a non nul.
et réelles entières. Peut-il en être de même Alors, soit (z, z 0 ) ∈ C2 . On a |f (z 0 ) − f (z)| =
pour c ? |a||z 0 − z|. Donc f est une similitude de rapport |a|.

94
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES

2. Soient a, b ∈ C tels que a 6= 0 et soit f la similitude Exemple 8.3.8.


z 7→ az + b. Soient en outre u, v et w trois points L’application f z 7→ (1 + i)z + 2√est la similitude
distincts. Leurs images respectives par f sont notées
directe de centre 2i, de rapport 2 et d’angle de
u0 , v 0 et w0 . Alors π
mesure .
u0 − w 0 (au + b) − (aw + b) a(u − w) u−w 4
= = =
u0 − v 0 (au + b) − (av + b) a(u − v) u−v

d’où égalité des arguments de ces expressions, et


l’égalité des angles recherchée.

Remarque 8.3.5.
On pourrait montrer que réciproquement toutes
les similitudes planes directes sont de cette forme.
Exemple 8.3.6.
Translations, rotations et homothéties vs. symé-
tries axiales.

Théorème 8.3.7 (Caractérisation géométrique).


Soit a, b ∈ C tel que a 6= 0 et f : C → C, z 7→
az + b.
1. Si a = 1, f est la translation de vecteur b.
b
2. Si a 6= 1, notons θ = arg(a) et ω = .
1−a
Alors f est la composée de l’homothétie de
rapport |a| et de la rotation d’angle θ, toutes
deux de centre ω. De plus cette homothétie et
cette rotation commutent. On dit que f est
la similitude directe de centre ω, de rapport
|a| et d’angle θ.

Démonstration. 1. Direct.
2. Supposons donc que a =6 1. L’équation f (z) = z n’a
b
qu’une solution : ω = . On a alors :
1−a

f (z) − ω = f (z) − f (ω)


= (az + b) − (aω + b)
= a(z − ω)
= |a| × e i arg a (z − ω)

| {z }
rotation de centre ω et d’angle de mesure arg a
| {z }
homothétie de centre ω et de rapport |a| > 0

= e i arg a × (|a|(z − ω))


| {z }
homothétie de centre ω et de rapport |a| > 0
| {z }
rotation de centre ω et d’angle de mesure arg a

95
CHAPITRE V. NOMBRES COMPLEXES

96
Chapitre VI

Équations différentielles linéaires


Sommaire
1 Résultats d’analyse . . . . . . . . . . . . 98
1.1 Continuité et dérivabilité d’une fonction
à valeurs complexes. . . . . . . . . . . 98
1.2 Primitives. . . . . . . . . . . . . . . . . 99
1.3 Intégration de fonctions complexes. . . 100
1.4 Méthodes de calcul. . . . . . . . . . . . 101
a Intégration par parties. . . . . . . 101
b Changement de variables. . . . . 102
1.5 Primitives de fonctions de la forme x 7→
1
. . . . . . . . . . . . . . 103
ax + bx + c
2
a ∆>0 . . . . . . . . . . . . . . . 104
b ∆=0 . . . . . . . . . . . . . . . 104
c ∆<0 . . . . . . . . . . . . . . . 104
2 Généralités sur les équations différen-
tielles linéaires. . . . . . . . . . . . . . . 104
2.1 Cadre. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
2.2 Structure de l’ensemble des solutions. . 105
3 Équations linéaires du premier ordre. . 107
3.1 Résolution de l’équation homogène. . . 107
3.2 Résolution d’une équation avec second
membre. . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
3.3 Résolution pratique. . . . . . . . . . . 108
a Schéma de résolution (à connaître
!). . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
4 Équations différentielles du second
ordre à coefficients constants. . . . . . . 109
4.1 Définitions. . . . . . . . . . . . . . . . 109
4.2 Résolution d’une équation homogène. . 109
4.3 Résolution d’une équation avec second
membre. . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
4.4 Seconds membres particuliers . . . . . 112
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

K désigne R ou C.
Définition 1.1.4. 1. On dit que f est continue
(resp. dérivable) en a si Re(f ) et Im(f ) le sont.
1 Résultats d’analyse Dans le cas où f est dérivable, on appelle
dérivée de f en a notée f 0 (a) le complexe
On utilise ici les notions d’analyse vues en ter-
minale : continuité, dérivabilité, intégrales. Elles f 0 (a) = (Re(f ))0 (a) + i(Im(f ))0 (a).
seront définies et travaillées ultérieurement.
2. On dit que f est continue (resp. dérivable)
1.1 Continuité et dérivabilité d’une sur un intervalle si elle l’est en tout point de
fonction à valeurs complexes. cet intervalle.
Si on ne le précise pas, I est toujours un inter- 3. On note (notations non officielles) C (I, K)
valle de R et f : I → C. et D(I, K) l’ensemble des fonctions respec-
tivement continues et dérivables de I dans
K.
Définition 1.1.1.
On appelle partie réelle de f la fonction
Remarque 1.1.5.
Re(f ) : I → R . Le premier point de la définition précédente assure
x 7→ Re(f (x)) que, si f : I → C est dérivable, alors

De même on appelle partie imaginaire de f la (Re f )0 = Re(f 0 ) et (Im f )0 = Im(f 0 ).


fonction
Les propriétés usuelles de la dérivée sont vraies
Im(f ) : I → R . du point de vue complexe.
x 7→ Im(f (x))

On peut alors décomposer : f = Re(f ) +


i Im(f ). Proposition 1.1.6.
Soit A ⊂ R, f, g : I → C.
1. Si λ, µ ∈ C, alors λf + µg est dérivable et
Remarque 1.1.2.
Cette définition assure que, de manière générale, (λf + µg)0 = λf 0 + µg 0 .
Re(f (x)) = Re(f )(x) et Im(f (x)) = Im(f )(x).
2. La fonction f g est dérivable et
Exemple 1.1.3.
(f g)0 = f 0 g + f g 0 .
Avec
f : R → C , f
x 7→ (2 + i)e (1+i)x 3. Si g ne s’annule pas, la fonction est déri-
g
on a vable et  0
f f 0g − f g0
= .
Re(f ) : R → C g g2
x 7→ e x (2 cos(x) − sin(x))

et Démonstration.
À chaque fois, décomposer tous les objets selon leurs par-
Im(f ) : R → C . ties réelles et imaginaires, puis revenir aux définitions en
x 7→ e x (cos(x) + 2 sin(x)) utilisant les propriétés de la dérivation réelle.

98
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

Pour la composition, on se gardera de dériver Remarque 1.1.10.


deux fonctions à variable complexe (c’est bien plus On notera souvent f 00 au lieu de f (2) , un peu plus
compliqué que de dériver des fonctions à variable rarement f 000 au lieu de f (3) .
réelle). On dispose cependant du résultat suivant. Les...physiciens utilisent souvent les notations f˙,
f¨ et f pour indiquer des dérivées successives par
Théorème 1.1.7. rapport à la variable temps.
Soit ϕ ∈ D(I, K). L’application x 7→ e ϕ(x) est
dérivable sur I de dérivée l’application x 7→
ϕ0 (x)e ϕ(x) . Définition 1.1.11. 1. On note C 1 (I, K) l’en-
semble des fonctions continuement dérivables
Démonstration. sur I, i.e. l’ensemble des fonctions dérivables,
Soit x ∈ I, on a
dont la dérivée est continue :
e ϕ(x) = e Re(ϕ(x)) (cos(Im(ϕ(x)) + i sin(Im(ϕ(x))).
C 1 (I, K) = f ∈ D(I, K) f 0 ∈ C (I, K) .

On a donc
Re e ϕ(x)
= e Re(ϕ(x)) cos(Im(ϕ(x)),

2. Si n ∈ N, on note D n (I, K) l’ensemble des
Im e ϕ(x)
= e Re(ϕ(x)) sin(Im(ϕ(x)).

fonctions n fois dérivables sur I : ce sont les
Ces deux expressions sont bien dérivables, par opérations fonctions f telles que f (n) est définie.
sur les fonctions dérivables, donc e ϕ est bien dérivable.
De plus, 3. Si n ∈ N, on note aussi C n (I, K) l’ensemble
d Re(ϕ)(x)  des fonctions n fois continuement dérivables
e = Re(ϕ0 (x)) × e Re(ϕ(x)) .
dx sur I, i.e. l’ensemble des fonctions n fois
Il suffit ensuite de dériver les produits : dérivables, dont la dérivée ne est continue :
d
Re e ϕ(x) = Re(ϕ0 (x))e Re(ϕ(x)) cos(Im(ϕ(x))
 n o
dx C n (I, K) = f ∈ D n (I, K) f (n) ∈ C (I, K) .
− Im(ϕ0 (x))e Re(ϕ(x)) sin(Im(ϕ(x))).
et 4. On note C ∞ (I, K) l’ensemble des fonctions
d
infiniment dérivables : c’est l’intersection
Im e ϕ(x) = Re(ϕ0 (x))e Re(ϕ(x)) sin(Im(ϕ(x))

dx
C n (I, K).
\
+ Im(ϕ0 (x))e Re(ϕ(x)) cos(Im(ϕ(x))).
n∈N
Il suffit enfin de vérifier que
d d
Re e ϕ(x) + i Im e ϕ(x) = ϕ0 (x)e ϕ(x) .
 
dx dx

On ne dérive ici que des fonctions d’une


Exemple 1.1.8.
variable réelle.
Dériver la fonction de l’exemple 1.1.3.
Remarque 1.1.12.
Définition 1.1.9 (Dérivées successives.). Si f est dans C n (I, K), on dit que f est de classe
On définit par récurrence les dérivées successives C n sur I.
d’une fonction f : I → C.
• f (0) = f . 1.2 Primitives.
• Si f est dérivable, f (1) = f 0 .
• Pour tout entier naturel n, si f (n) est définie Si on ne le précise pas, I est toujours un inter-
et est dérivable, alors on définit f (n+1) = valle de R et f : I → K.
(f (n) )0 .

99
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

Exercice 1.2.5.
Définition 1.2.1. Déterminer l’ensemble des primitives de la fonc-
Soit A ⊂ R, soit f : A → K et F : A → K. On dit tion inverse, définie sur R∗ .
que F est UNE primitive de f si F est dérivable
sur A et si F 0 = f .
Il convient de connaître toutes les pri-
mitives du formulaire.
Théorème 1.2.2.
Soit I un intervalle de R, soit f : I → K dérivable. 1.3 Intégration de fonctions complexes.
La fonction f est constante si et seulement si

∀x ∈ I, f 0 (x) = 0. Définition 1.3.1.


Soit I un intervalle de R, a, b ∈ I et f ∈ C (I, C).
On appelle intégrale de f sur [a, b] le complexe
Z b Z b
L’hypothèse fondamentale est ici que I Re(f )(t) dt + i Im(f )(t) dt,
a a
est un intervalle.
Z b Z b
Exercice 1.2.3. noté f (t) dt ou f.
Proposer un contre-exemple au théorème précé- a a

dent dans le cas où I n’est pas un intervalle.


Z b
Pour pouvoir calculer f , f doit être
Corollaire 1.2.4. a
définie au moins sur [a, b]. C’est assuré si f : I →
Toutes les primitives d’une même fonction sur
C, avec I un intervalle et a, b ∈ I.
un intervalle diffèrent d’une constante, et quand
cette constante parcourt K, on obtient toutes les Remarque 1.3.2.
primitives. Cette définition assure que, si f : I → C et si
Autrement dit, I est un intervalle de R et si a, b ∈ I,
F : I → K est une primitive de f : I → K,
! Z b Z b
l’ensemble de toutes les primitives de f est Re f = Re(f )
a a

{ F + λ | λ ∈ K }. et Z b ! Z b
Im f = Im(f ).
a a

Exemple 1.3.3.

L’hypothèse fondamentale est ici que
Z
(1 + i)e ix dx = 0.
l’on se place sur un intervalle. 0

Démonstration.
Soit F et G deux primitives d’une même application sur Proposition 1.3.4.
un intervalle.
Soit I un intervalle de R, a, b ∈ I, f, g : I → C
Alors, F 0 = G0 , donc (F − G)0 est nulle sur cet inter-
valle, donc F − G est constante sur cet intervalle. Donc continues et λ, µ ∈ C. Alors,
toutes les primitives d’une même application diffèrent d’une Z b Z b Z b
constante. (λf + µg) = λ f +µ g.
Réciproquement, si F est une primitive de f , il est a a a
aisé de voir que F + λ est une primitive de f pour tout
λ ∈ K.

100
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

Démonstration. Exemple 1.3.9.


C’est connu quand f, g, λ, µ sont réels. Il suffit de décompo- On pourra écrire
ser selon les parties réelles et imaginaires, puis de calculer.
Pour alléger le calcul, on pourra traiter séparément le cas
Z x
de la somme de celui du produit par un complexe. cos(t) dt = sin(x).

On remarquera que le « = » n’a ici pas le rôle


L’interprétation en terme d’aire ne veut qu’on lui attribue habituellement : on aurait pu
rien dire pour une fonction à valeurs complexes. tout aussi bien écrire
Cela dit, comme pour les fonctions réelles, on peut Z x
calculer des intégrales par primitivation, ce qui cos(t) dt = sin(x) + 42,
est exprimé dans le théorème suivant.
sans pour autant signifier que 42 = 0. Pour plus de
détails, on se référera au chapitre sur les relations
Théorème 1.3.5 (Théorème fondamental du cal-
d’équivalences.
cul intégral).
Soit I un intervalle de R, f ∈ C (I, K) et a ∈ I. Exercice 1.3.10.
Soient a et b deux réels. Calculer les primitives

 I → K
1. La fonction x est une de x 7→ e ax cos(bx) et celles de x 7→ e ax sin(bx).
Z
 x 7→ f (t) dt
a
primitive de f . 1.4 Méthodes de calcul.
2. Soit A ∈ K. La fonction
On donne ici les deux outils permettant de
F : I → K calculer l’immense majorité des intégrales que
Z x
vous rencontrerez dans vos deux années de prépa.
x 7→ A + f (t) dt Ils sont à maîtriser parfaitement.
a

est la seule primitive de f telle que F (a) = A. a Intégration par parties.

Corollaire 1.3.6. Théorème 1.4.1.


Soit I un intervalle de R, f ∈ C (I, K), a, b ∈ I et Soit I un intervalle de R, u, v ∈ C 1 (I, K) et a, b ∈
F une primitive de f sur I. Alors, I. Alors,
Z b Z b Z b
f = F (b) − F (a). u0 v = [uv]ba − uv 0 .
a a
a

Démonstration.
Exemple 1.3.7. Puisque u, v sont de classe C 1 , (uv)0 = u0 v + uv 0 est conti-
Refaire le calcul de l’exemple 1.3.3 en primitivant nue, donc par le théorème fondamental du calcul intégral
directement. :
Z b Z b Z b Z b
[uv]ba = (uv)0 = u0 v + uv 0 = u0 v + uv 0 .
a a a a
NotationZ 1.3.8.
x
On note f (t) dt une primitive « générique »
de la fonction f , c’est-à-dire faisant abstraction Exemple 1.4.2 (Grands classiques).
d’une quelconque constante d’intégration. Toutes ces exemples se résolvent par intégration
par parties.

101
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

• Trouver une primitive de ln.


• Trouver une primitive de Arctan.
• Trouver une primitive du produit d’un polynôme Remarque 1.4.6.
et d’une exponentielle. Les seuls changements de variables que l’on se
• Trouver une primitive du produit d’une fonction permettra de ne pas justifier sont ceux affines (on
trigonométrique et d’une exponentielle. les signalera quand même !).
• Trouver une primitive du produit d’un polynôme
et d’une fonction trigonométrique.
Exemple 1.4.7.
Exercice 1.4.3. x2 y 2
Calculons l’aire de l’ellipse d’équation + =1
Déterminer des primitives des fonctions sui- a2 b2
vantes : x 7→ (x2 + 1)e x , x 7→ cos(x)e 2x , x 7→ (voir figure VI.1).
x2 cos x.

b Changement de variables. s
x2 y 2 x2
+ 2 =1 y =b 1−
a2 b a2
Théorème 1.4.4. πab
Soit I, J deux intervalles de R, a, b ∈ I, ϕ ∈ b
4
C 1 (I, R) et f ∈ C 0 (J, R)
On suppose que ϕ(I) ⊂ J. Alors, a
Z ϕ(b) Z b
f (x) dx = ϕ0 (t) · (f ◦ ϕ)(t) dt.
ϕ(a) a
Figure VI.1 – Ellipse de demi-axes a et b.
On dit que l’on a effectué le changement de va-
riable « x = ϕ(t) ».

Remarque 1.4.5.
Moyen mnémotechnique : on écrit « x = ϕ(t) » Le quart supérieur
 droit
s de cette
 ellipse peut
(au brouillon seulement !). Alors dx = ϕ0 (t) dt, x2
Z Z être paramétré par x, b 1 − 2 , x allant de
donc f (x) dx = f (ϕ(t))ϕ0 (t) dt. Reste le pro- a
s
blème des bornes. Quand t va de a à b, x = ϕ(t) Z a
x2
va de ϕ(a) à ϕ(b). Et voilà ... 0 à a. On calcule donc I = b 1− dx.
0 a2
Démonstration.
f est continue sur I, donc y admet une primitive F . Ainsi, On effectue le changement de variable x =
F est C 1 , comme ϕ ∈ C 1 . On voit que F ◦ ϕ est C 1 , et a cos θ :
(F ◦ ϕ)0 = ϕ0 · f ◦ ϕ est continue. s
On déduit alors le résultat du théorème fondamental x2
(utilisé deux fois) : • la fonction f : [0, a] → R, x 7→ 1− est
a2
Z ϕ(b)
ϕ(b)
continue,
f (t) dt = [F ]ϕ(a) • la fonction ϕ : [0, π/2], θ 7→ a cos θ est de
ϕ(a)

= F (ϕ(b)) − F (ϕ(a)) classe C 1 et à valeurs dans [0, a],


• on a ϕ0 : θ 7→ −a sin θ,
= [F ◦ ϕ]ba
Z b
• ϕ(0) = a et ϕ(π/2) = 0.
= f (ϕ(t))ϕ0 (t) dt.
a Remarquons que le sinus est positif sur [0, π/2],

102
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

Z a
et si θ ∈ [0, π/2], f (ϕ(θ)) = |sin θ|. On obtient : Démonstration. 1. On considère f (t) dt et on pose
Z 0 0
x = −t.
I = −ab |sin θ| sin θ dθ Ainsi,
π/2
Z 0 Z a Z −a
= −ab sin θ dθ
2 f (t) dt = −f (−x) dx
π/2 0 0
Z −a
Z π/2 1
− cos(2θ)
= ab dθ =− f (x) dx
0 2 Z 0
0

1 ab 1
π/2
= f (x) dx.

= πab − sin(2θ)
4 2 2 0
−a

1 2. Comme le point précédent avec


= πab.
4 Z a Z −a
f (t) dt = −f (−x) dx
L’aire de l’ellipse est donc πab. 0 0
Z −a
Exemple 1.4.8. = f (x) dx

En posant x = t, on a 0
Z 0
Z 3
dt 1
Z 3
1 =− f (x) dx.
√ √ =2 √ 2 × √ dt −a
1 t + t3 1 1+ t 2 t
3. On peut commencer à regarder à partir d’un dessin,
Z √3
1 dans le cas où −T < a < 0.
=2 √ dx On a :
1 1+x
2
√ Z a+T Z 0 Z a+T
3
= 2 [Arctan(x)]x=1 f (t) dt = f (t) dt + f (t) dt
a a 0
π π
 
=2 − Or par changement de variable x = t + T , on obtient
3 4
π Z 0 Z T
= . f (t) dt = f (x) dx.
6 a a+T

Proposition 1.4.9. On en déduit que


Soit f : R → R une application continue. Z a+T Z T Z a+T
f (t) dt = f (t) dt + f (t) dt
1. Si f est paire et a ∈ R alors a a+T 0
ZT
Z a Z 0 Z a
= f (t) dt.
f (t) dt = 2 f (t) dt = 2 f (t) dt. 0
−a −a 0
On peut remarquer que l’hypothèse −T < a < 0 qui
2. Si f est impaire et a ∈ R alors a nourri notre intuition ne joue en fait aucun rôle :
Z a elle n’est utilisée nulle part dans la démonstration.
f (t) dt = 0 Nous avons donc le résultat attendu.
−a

et Z 0 Z a
f (t) dt = − f (t) dt. 1.5 Primitives de fonctions de la forme
−a 0 1
x 7→ 2
3. Soit a ∈ R et T > 0, si f est T -périodique, ax + bx + c
alors 1
Soit a, b, c ∈ R, a =
6 0, et f : x 7→ .
Z T Z a+T
+ bx + c ax2
f (t) dt = f (t) dt. Le programme demande de savoir calculer une
0 a
primitive de f à ce stade de l’année. Mais nous
reverrons cela dans le chapitre sur les fractions

103
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

rationnelles. 2 Généralités sur les équations


Posons ∆ = b2 − 4ac.
différentielles linéaires.
Il s’agit de distinguer trois cas :
2.1 Cadre.
a ∆>0 • On s’intéressera à des équations différen-
tielles dont les solutions sont à valeurs dans
Le polynôme aX 2 + bX + c a donc deux K, avec K = R ou K = C.
racines réelles distinctes α et β, et f (x) = • On considérera I un intervalle ouvert de R.
1 • On s’intéressera uniquement à des équations
. Il s’agit alors de remarquer
(x − α)(x − β) différentielles linéaires.
1 1 1
 
que f (x) = − . Et donc
α−β x−α x−β
directement, une primitive de f est x 7→ Définition 2.1.1 (Équation différentielle li-
1 x−α néaire).
ln .
α−β x−β Soit n un entier naturel non nul, et a0 ,. . . ,an−1
et b des applications continues de I dans K, alors
• On appelle équation différentielle linéaire
b ∆=0 d’ordre n l’équation de variable y

Le polynôme aX 2 + bX + c a donc une racine y (n) + an−1 (t)y (n−1) + . . .


1
double réelle α et β, et f (x) = . Encore + a1 (t)y 0 + a0 (t)y = b(t). (E )
(x − α)2
plus directement, une primitive de f est x 7→
1 • Une solution de cette équation est une ap-
− .
x−α plication f : I → K n fois dérivable sur I
vérifiant : pour tout t ∈ I,

c ∆<0 f (n) (t) + an−1 (t)f (n−1) (t) + . . .


+ a1 (t)f 0 (t) + a0 (t)f (t) = b(t).
C’est le cas le plus compliqué. Pour simplifier,
quitte à diviser par a, on peut toujours se ra- • L’équation (E ) est dite homogène si b est la
mener au cas où a = 1. Ainsi on considère f : fonction nulle (b = 0KI ).
1
x 7→ 2 , et b2 − 4c < 0. • L’équation homogène associée à (E ) est
x + bx + c
1
On écrit alors f (x) = = y (n) + an−1 (t)y (n−1) + . . .
x + bx + c
2
1 + a1 (t)y 0 + a0 (t)y = 0. (H )
.
(x − b/2) + 14 (4c − b2 )
2
q
On pose alors δ = 4 (4c
− b2 ), qui existe bien
1

1 Remarque 2.1.2.
car ∆ < 0. Donc f (x) = , dont
(x −b/2)2 + δ 2 Nous ne nous intéresserons pas dans le reste de
1 x − b/2 ce chapitre au cas plus général d’une équation
une primitive est x 7→ arctan .
δ δ
an (t)y (n) + an−1 (t)y (n−1) + . . .
Remarque 1.5.1. +a1 (t)y 0 + a0 (t)y = b(t) (E )
Ces formules ne sont en aucun cas à apprendre
par cœur, mais il convient de savoir mener ces où on a également affecté y (n) d’un coefficient
calculs sur des exemples concrets. an (t).

104
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

En effet : 2.2 Structure de l’ensemble des solu-


• Si an ne s’annule pas, il suffit de diviser tions.
cette équation par an (t) pour se ramener au
cas étudié ici.
• Si an s’annule, il est difficile de donner des Théorème 2.2.1 (Structure des solutions).
résultats généraux. En pratique, si on ren- Soit
contre une telle équation où an s’annule, on • n∈N
cherchera en général les solutions sur les • (E ) une équation différentielle linéaire
intervalles où an ne s’annule pas et on re- d’ordre n, d’ensemble de solutions SE
gardera au cas par cas comment recoller les • (H ) l’équation homogène associée, d’en-
solutions aux points où an s’annule. semble de solutions SH
Alors
1. SE ⊂ C n (I, K)
2. 0I ∈ SH et SH est stable par combinaisons
linéaires.
3. Pour tout y0 ∈ SE fixé, on a
Définition 2.1.3 (Problème de Cauchy).
Soit S E = { y0 + y | y ∈ S H } .
• t0 ∈ I
• y0 ,. . . ,yn−1 des éléments de K 4. En particulier, SE est l’ensemble vide ou un
La recherche des solutions f de (E ) vérifiant les singleton ou un ensemble infini.
conditions initiales suivantes :
Démonstration.
f (t0 ) = y0
Sous les hypothèses de l’énoncé :
et f 0 (t0 ) = y1 1. Toute solution f est nécessairement n fois dérivable
... et pour tout t ∈ I,

et f (n−1) (t0 ) = yn−1 f (n) (t) = b(t) − an−1 (t)f (n−1) (t) − . . .
− a1 (t)f 0 (t) − a0 (t)f (t).
est appelé problème de Cauchy linéaire d’ordre n
Or b, an−1 , f (n−1) , . . . , a0 , f sont des applications
continues. Donc f (n) est continue, donc f ∈ C n (I, K).
2. L’application nulle est une solution triviale de SH ,
Exemple 2.1.4. donc SH est non vide.
En physique les déplacement d’un mobile sont Pour toute application f n fois dérivable et tout t ∈ I,
notons ψf (t) le scalaire
régis par l’équation de la dynamique reliant la
dérivée seconde de la position et les forces qui f (n) (t) + an−1 (t)f (n−1) (t) + . . .
s’appliquent au mobile, qui dépendent en général + a1 (t)f 0 (t) + a0 (t)f (t).
de sa position et ou de sa vitesse. Il s’agit donc
On a alors f ∈ SH ⇐⇒ ∀t ∈ I ψf (t) = 0 (ou, de
d’une équation différentielle d’ordre 2. 1 Il est rai- façon plus concise : f ∈ SH ⇐⇒ ψf = 0KI ).
sonnable de penser que le problème de Cauchy a Soit alors f et g deux applications n fois dérivables de
alors une unique solution : une position initiale I dans K et λ et µ deux éléments de K. Alors λf + µg
et une vitesse initiale étant données, une seule est évidemment n fois dérivable. Et pour tout t ∈ I,
on a ψλf +µg (t) = λψf (t) + µψg (t) (autrement dit
trajectoire est possible.
ψλf +µg = λψf + µψg ).
En particulier, si f et g sont solutions de l’équation
1. En général linéaire dans les problèmes de prépa mais homogène, on a ψf = 0 et ψg = 0, donc ψλf +µg = 0
dans la vraie vie c’est parfois plus compliqué. donc λf + µg ∈ SH .

105
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

3. Soit y0 ∈ SE fixé. On a donc, pour tout t ∈ I,


ψy0 (t) = b(t) Théorème 2.2.5 (Principe de superposition).
Soit alors f : I → K une application n fois dérivable. Soit n un entier, a0 ,. . . ,an−1 , b1 , b2 des applica-
On a tions continues de I dans K et (λ1 , λ2 ) ∈ K2 .
f ∈ SE ⇐⇒ ψf = b Notons an la fonction constante égale à 1. On
⇐⇒ ψf = ψy0 considère les équations
⇐⇒ ψf −y0 = 0 n
ai y (i) = b1 , (E1 )
X
⇐⇒ f − y0 ∈ SH
i=0
Donc pour tout f ∈ SE , f s’écrit sous la forme y0 + y n
ai y (i) = b2 , (E2 )
X
où y ∈ SH . Donc SE ⊂ { y0 + y | y ∈ SH }.
Réciproquement, pour tout y ∈ ScH , l’application f i=0
définie par f = y0 + y est n fois dérivable et f − y0 ∈ n
ai y (i) = λ1 b1 + λ2 b2 . (E )
X
SH , donc f ∈ SE . Donc { y0 + y | y ∈ SH } ⊂ SE .
On a donc bien SE = { y0 + y | y ∈ SH }. i=0
4. On sait que SH n’est pas vide puisqu’il contient au
Alors pour toute solution y1 de E1 et toute solution
moins l’application nulle. Supposons qu’il contienne
au moins une autre application f . Alors pour tout y2 de E2 , λ1 y1 + λ2 y2 est une solution de E .
λ ∈ K, λf appartient également à SH . Donc ou bien
SH est réduit à un élément, ou bien il est infini.
D’après le point précédent, si SE possède au moins Démonstration.
un élément y0 , on a SE = { y0 + y | y ∈ SH }. Donc On reprend les notations de la démonstration de la proposi-
y 7→ y0 + y est une bijection de SH sur SE , donc tion 2.2.1. Soit y1 et y2 des solutions respectives de E1 et E2 .
SE est ou bien réduit à un élément (y0 ) ou bien est On a ψy1 = b1 et ψy2 = b2 . Or ψλ1 y1 +λ2 y2 = λ1 ψy1 +λ2 ψy2 .
infini. Donc ψλ1 y1 +λ2 y2 = λ1 b1 + λ2 b2 .
Donc ou bien SE est vide, ou il est réduit à un élément,
ou il est infini.

Théorème 2.2.6 (Solutions du problème de Cau-


Remarque 2.2.2. chy linéaire).
Nous retrouvons ici le même type de structure Soit n un entier naturel et E une équation diffé-
de l’ensemble des solutions que dans le cas des rentielle linéaire d’ordre n. Alors, pour tout choix
systèmes linéaires. Ce n’est pas une coïncidence : des conditions initiales, le problème de Cauchy
un même type de structure algébrique se cache linéaire d’ordre n admet une unique solution.
derrière (les espaces vectoriels et affines) !
Exemple 2.2.3.
Remarque 2.2.7.
Il a été vu en terminale (et nous redémontrerons
Ce théorème est hors-programme dans le cas géné-
bientôt) qu’il existe une seule fonction y : R → R
ral. Sa démonstration dans le cas général requiert
solution de y 0 − y = 0 et vérifiant y(0) = 1.
en effet des outils d’analyse que nous n’avons pas
On en déduit que l’ensemble des solutions de
encore à notre disposition.
l’équation y 0 − y = 0 est
En revanche, dans les cas n = 1 et n = 2, le
( ) résultat est au programme et sera démontré.
R → R
C∈R .
x 7→ Ce x Remarque 2.2.8.
Le théorème précédent implique que par chaque
Exercice 2.2.4. point de I × R, il passe une et une seule courbe
Déterminer toutes les solutions du problème de solution. Les courbes solutions partitionnent donc
Cauchy y 0 − y = 0 et y(0) = 42. I × R. Un exemple est donné dans la figure VI.2.

106
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

seulement si K = y0 e A(t0 ) . Il y a alors une et une seule


solution : t 7→ y0 e A(t0 )−A(t) .
8
Remarque 3.1.2.
On dit que l’ensemble des solutions a une struc-
6 ture de droite vectorielle, de vecteur directeur
t 7→ e −A(t) .
4
Remarque 3.1.3.
Dans le cas où a est une constante, l’ensemble
2 des
( solutions est donc tout)simplement SH =
I → K
K∈K .
0
t 7→ Ke −at

0.0 0.5 1.0 1.5 2.0


Exercice 3.1.4.
Déterminer les intervalles de résolution puis ré-
soudre les équations différentielles suivantes.
Figure VI.2 – Courbes solutions de l’équation
1 1. y 0 + y = 0
y 0 + y = , représentées sur ]0, 2] × [−1, 9]. 1
x 2. y 0 + √ y = 0 avec y(1/2) = 1.
1 − x2
3 Équations linéaires du pre-
mier ordre. Corollaire 3.1.5.
Une solution qui s’annule en un point ne peut
3.1 Résolution de l’équation homo- être que la fonction nulle.
gène.
Démonstration.
En effet elle est solution d’un problème de Cauchy de la
Théorème 3.1.1. forme y(t0 ) = 0. Or il existe une unique solution à ce
Soit A une primitive de a sur I. Soit a ∈ C 0 (I, K). problème et la fonction nulle est manifestement solution.
Alors, l’ensemble des solutions de l’équation ho-
mogène y 0 + ay = 0 est
( ) 3.2 Résolution d’une équation avec se-
I → K cond membre.
SH = K∈K .
t 7→ Ke −A(t)
Remarque 3.2.1.
Si de plus une condition initiale est fixée, alors On a déjà vu que si l’on connaissait une solution
la solution est unique. En particulier si y s’annule ỹ de l’équation avec second membre, alors on pou-
en un point, elle est identiquement nulle. vait construire toutes les solutions de l’équation
avec second membre à partir de l’ensemble des
solutions de l’équation homogène.
Démonstration.
Toute fonction de la forme t 7→ Ke −A(t) est une solution Dans le cas d’une équation d’ordre un, on dit
(c’est évident, il n’y a qu’à dériver). que l’ensemble des solutions a une structure de
Réciproquement, soit y une solution. On pose z(t) = droite affine, car l’ensemble des solutions est l’en-
y(t)e A(t) pour t ∈ I. z est dérivable sur I et pour
semble des ỹ + y pour y parcourant une droite
tout t, z 0 (t) = y 0 (t)e A(t) + y(t)A0 (t)e A(t) = (y 0 (t) +
a(t)y(t))e A(t) = 0, donc z est une constante K. vectorielle.
Une condition initiale y(t0 ) = y0 étant donnée, elle est
vérifiée si et seulement si Ke −A(t0 ) = y0 , c’est-à-dire si et

107
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

Soit alors t ∈ I. On a
Théorème 3.2.2.
y 0 + ay = C 0 yH + CyH
0
+ aCyH
Soit a et b deux applications continues de I dans
= C 0 yH + C yH
0
+ ayH .

C, et A une primitive de a.
Alors le problème de Cauchy y 0 + ay = b et Or yH est solution de (H ), donc yH 0
+ ayH = 0. Donc y
y(t0 ) = y0 admet une unique solution : est solution de E si et seulement si C 0 yH = b, c’est-à-dire
si et seulement si C 0 est l’application t 7→ e A(t) b(t), c’est-à-

→ K dire si et seulement si C est une primitive de t 7→ e A(t) b(t),
 I Z t i.e. si et seulement s’il existe λ ∈ K tel que
 t 7→ e A(t0 )−A(t) y 0 + e −A(t) e A(u) b(u) du Z t
t0
C : t 7→ λ + e A(u) b(u) du.
t0

Soit λ ∈ K et
Remarque 3.2.3. Z t

L’unicité est aisée à démontrer : si on dispose de y : t 7→ λe −A(t) + e −A(t) e A(u) b(u) du.
t0
deux solutions de ce problème, leur différence est
Remarque : On vient donc de prendre une solution quel-
une solution de l’équation homogène du problème conque de (H ).
s’annulant en t0 , c’est donc l’application nulle. Alors, y est solution du problème de Cauchy (y 0 +ay = b
On peut également assez directement montrer et y(t0 ) = y0 ) si et seulement si y(t0 ) = y0 , donc si et
que l’application donnée est solution par calcul. seulement si λ = y0 e A(t0 ) , c’est-à-dire si et seulement si y
est l’application
Nous donnons cependant ci-dessous une autre
démonstration qui a l’avantage de permettre de re- t
Z
−A(t)
t 7→ e A(t0 )−A(t)
y0 + e e A(u) b(u) du.
trouver la formule. Cette méthode est à connaître t0

et s’appelle la méthode de la variation de la


constante.
3.3 Résolution pratique.
Lemme 3.2.4.
a Schéma de résolution (à connaître !).
Soit h : I → C ne s’annulant pas. Alors, pour tout
y : I → C, il existe une unique fonction C : I → C On effectuera toujours les actions suivantes,
telle que y = Ch. dans l’ordre.
De plus, si h est dérivable, alors y est dérivable 1. Déterminer I.
si et seulement si C l’est.
2. Résoudre (EH ).
Démonstration. 3. Trouver une solution dite particulière (solu-
y
C’est élémentaire : y = Ch si et seulement si C = . tion évidente, second membre d’une forme
h
On obtient la dérivabilité de C ou de y par opérations particulière ou méthode de variation de la
usuelles sur les fonctions dérivables. constante).
Démonstration (Théorème 3.2.2). 4. S’occuper éventuellement des conditions ini-
Notons E l’équation y 0 + ay = b, (H ) l’équation homogène
tiales.
associée, SE et SH les ensembles de solutions respectifs
de ces deux équations et S l’ensemble des solutions du 5. Donner la solution, ou l’ensemble des solu-
problème de Cauchy y 0 + ay = b et y(t0 ) = y0 . tions.
On sait que yH : t 7→ e −A(t) est une solution de H qui
ne s’annule jamais. Remarque 3.3.1.
D’après le lemme 3.2.4, toute fonction y : I → K déri- On ne vous demande jamais que de trouver une
vable est de la forme CyH , avec C : I → K dérivable..
Soit donc une fonction C : I → K est une application
solution particulière : faites le plus simplement
dérivable, posons y = CyH . La fonction y est dérivable possible ! Si vous ne voyez pas de solution évi-
comme produit de fonctions dérivables. dente, la méthode de la variation de la constante

108
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

est assez efficace et vous permet de retrouver la


formule générale (une erreur est vite arrivée !). Il Lemme 4.2.1.
est permis de chercher une solution particulière Soit r ∈ K, la fonction yr : t 7→ e rt est solution
au brouillon puis de l’exhiber sur sa copie, en jus- de (H ) si et seulement si ar2 + br + c = 0.
tifiant qu’elle vérifie bien les conditions imposées.
Démonstration.
Exemple 3.3.2. yr est dérivable et yr0 = ryr . Donc yr est deux fois dérivable
On résout l’équation y 0 + y = e 2x sur R. Ses et yr00 = r2 yr . On a donc ayr00 + byr0 + cyr = (ar2 + br + c)yr .
1 On conclut en remarquant que yr ne s’annule jamais.
solutions sont les x 7→ e 2x + Ke −x , avec K ∈ K.
3
Exercice 3.3.3.
Définition 4.2.2 (Équation et polynôme carac-
Résoudre le problème de Cauchy :
téristique).
y L’équation caractéristique de (H ) est l’équation
y0 − = x ln(x), y(1) = 2.
x
ar2 + br + c = 0. (EC)

4 Équations différentielles du Le polynôme caractéristique de (H ) est


second ordre à coefficients aX 2 + bX + c.
constants.

4.1 Définitions.
Théorème 4.2.3 (Solutions complexes de (H )).
Une équation différentielle linéaire du second Soit a, b, c ∈ C, avec a 6= 0.
ordre est une équation de la forme y 00 +αy 0 +βy =
1. Si (EC) a deux solutions complexes distinctes
d où α, β et d sont des applications continues,
r1 , r2 , alors les solutions complexes de (H )
d’inconnue y : I → K deux fois dérivable sur I.
sont les applications de la forme
Dans la suite de ce chapitre, on ne s’intéressera
qu’au cas où α et β sont des constantes. Plus
(
R → C
généralement, on s’intéressera aux équations de t 7→ λe r1 t + µe r2 t
la forme ay 00 + by 0 + cy = d, où a, b, c sont des
constantes de K avec a 6= 0 et d ∈ C (I, K), d’in- pour (λ, µ) ∈ C2 .
connue y : I → K deux fois dérivable sur I. d est
2. Si (EC) a une unique solution complexe r,
appelé le second membre de cette équation. On
alors les solutions complexes de (H ) sont les
dit qu’elle est homogène si son second membre
applications de la forme
est nul. On appelle équation homogène associée à
ay 00 + by 0 + cy = d l’équation ay 00 + by 0 + cy = 0.
(
R → C
t 7→ (λt + µ)e rt
4.2 Résolution d’une équation homo-
gène. pour (λ, µ) ∈ C2 .

On considère ici l’équation homogène définie


Démonstration.
sur R
Soit r une solution complexe de (EC), on sait d’après le
ay 00 + by 0 + cy = 0. (H ) lemme 4.2.1 que yr : t 7→ e rt est une solution de (H ). De
plus, yr ne s’annule jamais.
On peut donc mettre en œuvre la méthode de la varia-
tion de la constante. En effet, pour toute fonction y : R → C

109
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

deux fois dérivable, il existe K : R → C deux fois dérivable Exemple 4.2.4.


telle que y = Kyr (poser K = y/yr ). L’ensemble des solutions complexes de y 00 + y = 0
Soit donc K : R → C deux fois dérivable, posons y =
est
Kyr . La fonction y est deux fois dérivable, par produit.
On a alors, comme yr0 = ryr .
( )
R → C
λ, µ ∈ C .
y 0 = K 0 yr + Kyr0 = (K 0 + rK)yr . x 7→ λe ix + µe −ix
Le même type de calcul donne
Par les formules d’Euler, c’est aussi
y 00 = (K 00 + 2rK 0 + r2 K)yr . ( )
On a alors R → C
λ, µ ∈ C .
ay 00 +by 0 +cy = aK 00 + (2ar + b)K 0 + (ar2 + br + c)K yr .
  x 7→ λ sin (x) + µ cos (x)

Ainsi, comme r est solution de (EC), on a ar2 + br + c = 0,


donc Théorème 4.2.5 (Solutions réelles de (H )).
00 0 00
ay + by + cy = (aK + (2ar + b)K )yr . 0 Soit a, b, c ∈ R, avec a 6= 0.
Comme yr ne s’annule jamais, ay 00 + by 0 + cy = 0 si et 1. Si (EC) a deux solutions réelles distinctes
seulement si r1 , r2 , alors les solutions réelles de (H ) sont
aK 00 + (2ar + b)K 0 = 0. les applications de la forme
b (
Remarquons que 2ar + b = 0 si et seulement si r = − , R → R
2a
i.e. si et seulement si (EC) possède une unique solution t 7→ λe r1 t + µe r2 t
complexe : r.
• Si (EC) possède une unique solution complexe, alors y est
solution de (H ) si et seulement si K 00 = 0. En primitivant
pour (λ, µ) ∈ R2 .
deux fois, on obtient directement que c’est équivalent à 2. Si (EC) a une unique solution réelle r, alors
« K est une fonction affine », d’où le résultat dans ce cas les solutions réelles de (H ) sont les applica-
là.
• Supposons maintenant que (EC) possède deux solutions tions de la forme
complexes distinctes, notons r0 la seconde solution. On peut (
b R → R
tout de suite remarquer que r + r0 = − . Remarquons
a t 7→ (λt + µ)e rt
aussi que l’équation aK 00 + (2ar + b)K 0 = 0 équivaut à
l’équation différentielle linéaire d’ordre 1 portant sur K 0 :
pour (λ, µ) ∈ R2 .
b
 
0 0
(K ) + 2r + K 0 = 0.
a 3. Si (EC) a deux solutions complexes conju-
Ainsi, y est solution de (H ) si et seulement s’il existe guées distinctes, que l’on note α ± iω avec
α ∈ C tel que α, ω ∈ R, alors les solutions réelles de (H )
b sont les applications de la forme
h  i
K 0 : t 7→ α exp − 2r + t .
a (
En primitivant ceci, y est solution de (H ) si et seulement R → R
s’il existe β, γ ∈ C tel que t 7→ λ cos(ωt)e αt + µ sin(ωt)e αt
b
h  i
K : t 7→ β exp − 2r + t + γ.
a pour (λ, µ) ∈ R2 .
Ainsi, y est solution de (H ) si et seulement s’il existe
Ce sont aussi exactement les applications de
β, γ ∈ C tel que
la forme
b
 h  i 
y : t 7→ β exp − 2r + t + γ × e rt . (
a R → R
Après simplification, y est solution de (H ) si et seulement t 7→ A cos(ωt + ϕ)e αt
s’il existe β, γ ∈ C tel que
0
y : t 7→ βe r t + γe rt . pour A ∈ R+ et ϕ ∈] − π, π].

110
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

Synthèse : Soit λ, µ ∈ R et
Lemme 4.2.6. 
Soit α, ω ∈ R, avec ω 6= 0. Les deux ensembles de y:
R −→ R
t 7−→ λ cos(ωt)e αt + µ sin(ωt)e αt
fonctions exposés au point 3. du théorème 4.2.5
sont égaux. D’après le théorème de structure des solutions homogène
(2.2.1 – une combinaison linéaire de solutions homogènes
est solution homogène), il suffit de montrer que
Démonstration. 
Soit A ∈ R+ et ϕ ∈] − π, π], soit R −→ R
s1 :
 t 7−→ cos(ωt)e αt
R −→ R
f: . et
t 7−→ A cos(ωt + ϕ)e αt 
R −→ R
s2 :
Par les formules d’addition, si t ∈ R, t 7−→ sin(ωt)e αt
sont solution de (H ). Or, si t ∈ R, par les formules d’Euler,
f (t) = A cos(ϕ) cos(ωt)e αt − A sin(ϕ) sin(ωt)e αt ,
1 (α+iω)t 1 (α−iω)t
donc f est bien de la première forme. s1 (t) = e + e .
2 2
Réciproquement, soit λ, µ ∈ R. Si λ = µ = 0, il suffit
de prendre A = 0 et ϕ quelconque. Sinon, posons A = D’après le théorème 4.2.3, t 7→ e (α+iω)t et t 7→ e (α−iω)t
p λ sont solutions de (H ), donc s1 aussi. On effectue le même
λ2 + µ2 et ϕ ∈] − π, π] tel que cos ϕ = p et
λ + µ2
2 raisonnement pour s2 .
µ
sin ϕ = − p . Alors, Remarque 4.2.7.
λ2 + µ2
Dans tous les cas, les solutions sont les combi-
λ cos(ωt) + µ sin(ωt) naisons linéaires de deux solutions linéairement
indépendantes. On dit que cet ensemble a une
!
p λ µ
= λ 2 + µ2 cos(ωt) + p sin(ωt)
p
λ2 + µ 2 λ 2 + µ2 structure de plan vectoriel.
=A(cos(ωt) cos(ϕ) + sin(ωt) sin(ϕ)) Exemple 4.2.8. 1. Les solutions complexes de
=A cos(ωt + ϕ). y 00 + y 0 + 2y = 0 sont les fonctions de la forme
√ √
−1−i 7 −1+i 7
t 7→λe 2
t
+ µe 2
t
Démonstration (Théorème 4.2.5).  √ √ 
1 −i 7 i 7
• Les cas où (EC) admet une ou deux solutions réelles se = e − 2 t λe 2
t
+ µe 2
t
traitent exactement comme le cas complexe.
• Supposons donc que (EC) admette deux solutions com-
plexes conjuguées distinctes α±iω. On raisonne par analyse- avec λ, µ ∈ C.
synthèse. 2. La solution du problème de Cauchy y 00 +2y 0 +
Analyse : Soit y : R → R solution de (H ). Alors y est
solution complexe de (H ), donc il existe λ, µ ∈ C tels que y = 0, avec y(1) = 1, y 0 (1) = 0 est la fonction
t 7→ te 1−t .
y : t 7→ λe (α+iω)t + µe (α−iω)t

Or y(0) = λ + µ est réel donc λ + µ ∈ R, donc Im(λ) = Théorème 4.2.9.


− Im(µ).
Le problème de Cauchy ay 00 + by 0 + cy = 0 et
De même y(π/(2ω)) ∈ R, donc
y(t0 ) = y0 et y 0 (t0 ) = y00 , admet une unique solu-
π rπ
tion.
   
y = i(λ − µ) exp ∈ R,
2ω 2ω
donc Re(λ) = Re(µ).
Démonstration.
Ainsi, µ = λ.
(hors programme) Nous traitons ici le cas où on cherche
Soit ρ ∈ R+ et ϕ ∈] − π, π] tels que λ = ρe iϕ . Si t ∈ R, une solution à valeurs complexes et où le polynôme ca-
alors ractéristique a deux racines distinctes r1 et r2 . Alors les
y(t) = 2ρ cos(ωt + ϕ)e αt . solutions de l’équation différentielle considérées sont les
Ainsi, y est de la forme demandée. applications y de la forme t 7→ λe r1 t + µe r2 t où λ et µ

111
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

sont deux complexes. On a y(t0 ) = λe r1 t0 + µe r2 t0 et 4.4 Seconds membres particuliers


y 0 (t0 ) = λr1 e r1 0 + µr2 e r2 t0 .
Pour montrer que le problème de Cauchy admet une Nous avons déjà vu comment trouver une
unique solution, il suffit de montrer que le système solution particulière à une équation différentielle
linéaire d’ordre 1.
λe r1 t0 + µe r2 t0 = y0

Cependant, quand le second membre est
λr1 e r1 t0 + µr2 e r2 t0 = y00 d’une certaine forme et que l’équation est
d’inconnues λ et µ admet une unique solution. à coefficients constants, il existe une autre
On peut s’en assurer par le calcul, ou on peut simplement méthode. Notons que cette seconde méthode
remarquer que pour que ce système admette une unique n’est pas plus rapide ni plus efficace que la
solution, il suffit que l’équation méthode de variation de la constante. Elle a

e r1 t0
 
e r2 t0
  
y0
par contre le mérite de pouvoir être utilisée
λ +µ = pour des équations d’ordre 2 présentant les
r1 e r1 t0 r2 e r2 t0 y00
mêmes caractéristiques : coefficients constants et
admette une unique solution.   second membre de ces mêmes formes particulières.
e r1 t0
Pour cela, il suffit de montrer que les vecteurs
r1 e r1 t0
  On considère une équation (E ) de la forme
e r2 t0
et
r2 e r2 t0
forment une base de R2 . Il suffit de vérifier y 0 + ay
= c ou y 00 + ay 0 + by = c, où a, b ∈ K. Nous
qu’ils sont linéairement indépendants, ce qui est le cas supposons que l’une des conditions suivantes est
puisque leur déterminant vaut e r1 t0 r2 e r2 t0 − r1 e r1 t0 e r2 t0 , remplie :
qui est égal à (r2 − r1 )e (r1 +r2 )t0 , qui est non nul puisque
r1 6= r2 . 1. il existe un polynôme P à coefficients dans
K tel que c = P ;
2. il existe A, α ∈ K tels que c(x) = Ae αx ;
4.3 Résolution d’une équation avec se-
cond membre. 3. il existe A, ω ∈ R tels que c(x) = A cos(ωx) ;
4. il existe A, ω ∈ R tels que c(x) = A sin(ωx).
Ces quatre cas sont ceux au programme, mais
Théorème 4.3.1. la méthode que nous allons développer peut
Si l’on connaît une solution ỹ de l’équation également s’adapter lorsque dans les conditions
avec second membre alors on en connaît toutes précédentes la constante A est remplacée par un
les solutions : l’ensemble S des solutions polynôme, et lorsque les sin et cos circulaires sont
de l’équation avec second membre est S = remplacés par des ch et sh hyperboliques.
{ yH + ỹ | yH ∈ SH }.
Dans les quatre conditions au programme, il est
possible de montrer qu’il existe à chaque fois une
Remarque 4.3.2. solution particulière d’une forme assez simple :
On a déjà vu que si l’on connaissait une solution
1. il existe un polynôme Q à coefficients dans
de l’équation ỹ avec second membre, alors on pou-
K solution de (E ) ;
vait construire toutes les solutions de l’équation
avec second membre à partir de l’ensemble des 2. il existe un polynôme Q à coefficients dans
solutions de l’équation homogène. K tel que x 7→ Q(x)e αx est solution de (E ) ;
Dans le cas d’une équation d’ordre deux à coef- 3. il existe un polynôme Q à coefficients dans
ficients constants, on dit que l’ensemble des solu- C tel que x 7→ Re Q(x)e iωx est solution de


tions a une structure de plan affine, car l’ensemble (E ), et donc en développant, on remarque
des solutions est l’ensemble des ỹ + y pour y par- qu’il existe deux polynômes réels R et S tels
courant un plan vectoriel. que c(x) = R(x) cos(ωx) + S(x) sin(ωx) ;

112
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

4. il existe un polynôme Q à coefficients dans premier ordre (la méthode serait la même pour le
C tel que x 7→ Im Q(x)e iωx est solution de second ordre) :


(E ), et donc en développant, on remarque Démonstration.


qu’il existe deux polynômes réels R et S tels Soit (E ) : y 0 + ay = B cos(ωx), où a, B, ω ∈ R. Considé-
que c(x) = R(x) cos(ωx) + S(x) sin(ωx). rons (E 0 ) : y 0 + ay = Be iωx . Il existe alors un polynôme
complexe Q tel que y0 : x 7→ Q(x)e iωx est solution de
Le degré du poynôme Q se devine en injectant (E 0 ). Ainsi y00 + ay0 = Be iωx . En passant au conjugué, on
dans (E ) une fonction de la forme voulue. On observe, puisque a, B, ω sont réels, que y¯0 0 + ay¯0 = Be −iωx .
1
détermine ensuite les coefficients du polynôme. Par principe de superposition, (y0 + y¯0 ) est solution de
Voyons cela sur les exemples suivants : 1  2
y 0 +ay = B e iωx + e −iωx . Une solution de (E ) est donc
2
Exemple 4.4.1. bien Re(y0 ).
Soit (E ) : y 0 + y = 1 + 2x, définie sur R. Soit Q Finissons par un ultime exemple :
un polynôme. Alors Q est solution de (E ) si et
seulement si pour tout x ∈ R, Q0 (x) + Q(x) = Exemple 4.4.3.
1 + 2x. En particulier, pour que Q soit solution, Soit (E ) : y 00 + y = 2 cos(x). Résolvons tout
il faut que Q0 + Q soit de degré 1 : cela n’est d’abord l’équation (E 0 ) : y 00 + y = 2e ix . Soit
possible que si Q est de degré 1, car si Q n’est pas Q un polynôme et y0 : x 7→ Q(x)e ix . Alors
nul, deg Q0 < deg Q. Posons alors Q = d + eX. y00 : (Q0 (x) + iQ(x))e ix et y000 : x 7→ (Q00 (x) +
Alors : 2iQ0 (x) − Q(x))e ix . Donc y0 est solution de (E 0 )
ssi pour tout x ∈ R, Q00 (x) + 2iQ0 (x) = 2. On
Q est solution de (E ) cherche donc Q de degré 1, donc de la forme
⇔ ∀x ∈ R, e + (d + ex) = 1 + 2x Q(x) = d + ex. Alors Q00 (x) + 2iQ0 (x) = 2ie,
⇔ ∀x ∈ R, (e + d) + ex = 1 + 2x donc Q vérifie Q00 (x) + 2iQ0 (x) = 2 ssi e = −i.
Ainsi une solution particulière de (E 0 ) est y0 :
⇔ [e + d = 1] et [e = 2]
x 7→ −ixe ix . Donc pour tout x ∈ R, Re(y0 )(x) =
⇔ e = 2 et d = −1 Re (−ix(cos(x) + i sin(x))) = x sin(x). Finale-
ment, une solution particulière de (E ) est x 7→
Ainsi x 7→ −1 + 2x est une solution particulière
x sin(x).
de (E ).
Exemple 4.4.2.
Soit (E ) : y 00 − 2y 0 + y = 2e x , définie sur R.
Soit Q un polynôme et soit y : x 7→ Q(x)e x .
Ainsi y 0 : x 7→ (Q0 (x) + Q(x))e x et y 00 : x 7→
(Q00 (x) + 2Q0 (x) + Q(x))e x . Alors :

y est solution de (E )
⇔ ∀x ∈ R, (Q (x) + 2Q0 (x) + Q(x))e x
00

−2(Q0 (x) + Q(x))e x + Q(x)e x = 2e x


⇔ ∀x ∈ R, Q00 (x)e x = 2e x
⇔ ∀x ∈ R, Q00 (x) = 2

Un polynôme Q vérifiant cette relation est par


exemple Q = X 2 . Ainsi, x 7→ x2 e x est une solu-
tion particulière de (E ).
Par curiosité, démontrons le troisième point en
utilisant le second, dans le cas d’une équation du

113
CHAPITRE VI. ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES

114
Chapitre VII

Théorie des ensembles


Sommaire
1 Un peu d’histoire. . . . . . . . . . . . . . 116
1.1 La crise des fondements. . . . . . . . . 116
1.2 Théorie des ensembles ZFC. . . . . . . 117
2 Définitions. . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
2.1 Appartenance, égalité. . . . . . . . . . 118
2.2 Inclusion, ensemble des parties. . . . . 119
2.3 Réunion, intersection, complémentaire. 120
2.4 Produit cartésien. . . . . . . . . . . . . 123
3 Interprétation logique . . . . . . . . . . 124
CHAPITRE VII. THÉORIE DES ENSEMBLES

La première partie de ce chapitre est donnée prédicat P quelconque à un argument, on peut


dans un but culturel et ne sera pas traitée en définir un ensemble E, appelé ensemble des x tels
cours. Les axiomes qui y sont exposés ne sont pas que P (x), noté { x | P (x) }, tel que les éléments
à connaître. de E sont exactement les objets mathématiques
x tels que P (x). Pour tout objet mathématique
x, on a donc :
1 Un peu d’histoire.
x ∈ E ⇐⇒ P (x)
La théorie des ensembles doit son succès au
fait qu’elle fournit des fondements solides pour Malheureusement on s’est aperçu bientôt que
toutes les mathématiques actuelles. En théorie des cet axiome conduisait à un paradoxe, appelé pa-
ensembles, tous les objets mathématiques sont des radoxe de Russel ou paradoxe du barbier :
ensembles : les nombres sont des ensembles, les
fonctions sont des ensembles, . . . Exercice 1.1.1 (Paradoxe du barbier).
Nous n’allons pas entrer dans les détails de la Dans une ville de Crète, le barbier rase tous les
théorie. Nous allons tout d’abord nous contenter hommes qui ne se rasent pas eux-mêmes. Le bar-
de la définition suivante pour les ensembles : bier se rase t-il lui-même ?
Ce paradoxe est à rapprocher du paradoxe
d’Épiménide le Crétois 2 :
Définition 1.0.1 (Pseudo-définition).
Un ensemble est une collection d’objets appelés «Tous les crétois sont toujours men-
éléments. On note x ∈ E si l’objet x est un élément teurs.»
de l’ensemble E, x ∈/ E sinon. Épiménide le Crétois
(VIIe siècle av. J.-C. )
Même si cela ressemble à une définition, il y Exercice 1.1.2 (Paradoxe de Russel).
a un problème de taille : cette pseudo-définition On dira qu’un ensemble x est anormal et on no-
repose sur la notion de collection, qui n’est pas tera A(x) si x ∈ x. On dira qu’un ensemble x
définie ! est normal dans le cas contraire (x ∈/ x) et on
En fait, on s’aperçoit qu’on ne parvient pas notera N (x). Notons E l’ensemble des ensembles
à définir ce qu’est un ensemble mais qu’on peut normaux. E est-il normal ?
essayer de le définir par les propriétés qu’on attend
de lui. Ce paradoxe, trouvé indépendamment par Zer-
Pour l’instant, on peut simplement dire qu’on melo en 1900 et par Russel en 1901 a conduit à
manipule des objets mathématiques, qu’on appelle une crise profonde de la théorie des ensembles.
ensembles, et qu’on dispose d’un prédicat à deux Pour résoudre ce paradoxe, il y a essentiellement
arguments, le prédicat d’appartenance, noté ∈. deux façons de voir les choses :
1. La théorie des ensembles permet de mettre
1.1 La crise des fondements. dans un même ensembles des objets de niveau
différents. Par exemple on peut considérer
Historiquement, la notion d’ensemble a été in- l’ensemble { 1, sin, R } qui contient à la fois
troduite au XIXe siècle par Cantor puis formalisés un nombre, une fonction et un ensemble de
notamment par Frege, qui introduit les ensembles nombres, ce qui semble assez incongru et
à partir de la notion de prédicat. Essentiellement, qui fait qu’on peut en arriver à se poser la
il se donne un axiome 1 appelé schéma de compré- question de l’appartenance d’un ensemble à
hension (non restreinte) disant qu’étant donné un
2. Attention : En 270 avant J.-C., Philétas de Cos se-
1. Techniquement, il s’agit en fait de ce qu’on appelle rait mort d’insomnie voire se serait suicidé à cause de ce
un schéma d’axiomes parallogisme.

116
CHAPITRE VII. THÉORIE DES ENSEMBLES

lui-même, ce qui conduit au paradoxe. Pour


éviter ce problème, on peut essayer de classer Axiome 1.2.1 (Extensionnalité).
les ensembles par niveau : on peut se dire Si deux ensembles ont les mêmes éléments alors
qu’il y a des objets de niveau 0 avec lesquels ils sont égaux.
on peut former les ensembles de niveau 1,
avec lesquels on peut former les ensembles
de niveau 2, etc. et s’interdire d’écrire une Axiome 1.2.2 (de l’ensemble vide).
proposition de la forme x ∈ y si x n’est pas Il existe un ensemble sans élément.
de niveau inférieur à y. Du coup, se poser
la question x ∈ x n’est pas possible et on
ne peut pas tomber dans le paradoxe. Cette Axiome 1.2.3 (de la paire).
solution, esquissée en 1903 puis véritablement Si x et y sont deux objets, il existe un ensemble
développée en 1908 par Russel, a donné ce contenant x et y et eux seuls comme éléments. Il
qu’on appelle la théorie des types. C’est une se note { x, y }.
solution lourde qui avait quasiment disparu
jusqu’à ce qu’on lui trouve des applications
très intéressantes en informatique.
Axiome 1.2.4 (de la réunion).
2. On peut préciser les règles de formation des Étant donné un ensemble (d’ensembles) E, il
ensembles pour qu’on ne puisse pas construire existe un ensemble R dont les éléments sont exac-
un ensemble avec n’importe quel prédicat : tement les éléments des éléments de E, c’est-à-dire
on restreint le schéma de compréhension men- vérifiant, pour tout x :
tionné plus haut. De cette façon, on peut se
poser la question x ∈ x pour chaque ensemble x ∈ R ⇐⇒ ∃X ∈ E x ∈ X
x mais on ne peut pas construire l’ensemble
{ x ∈ x }. C’est la solution choisie par Zer-
melo (en 1908), complétée par la suite par
Fraenkel, Skolem et Zermelo (dans les années Axiome 1.2.5 (de l’ensemble des parties).
1920) et clarifiée par Von Neumann par la Étant donné un ensemble E, il existe un ensemble,
suite. Connue sous le nom ZFC (Zermelo- noté P(E) dont les éléments sont exactement les
Fraenkel avec axiome du choix), c’est la théo- sous-ensembles de E.
rie qui a été adoptée quasi universellement
par les mathématiciens.
Axiome 1.2.6 (de l’infini).
Il existe un ensemble infini.
1.2 Théorie des ensembles ZFC.
Remarque 1.2.1.
ZFC repose sur les dix axiomes 3 suivants :
Cet axiome est essentiel pour construire l’en-
semble N des entiers naturels.
Il resterait à dire ce que veut dire « infini ».
Parfois, cet axiome est exprimé sous la forme
plus forte suivante qui permet d’évacuer cette
3. En fait la compréhension et le remplacement sont
techniquement des schémas d’axiomes, le schéma de com- question : il existe un ensemble W , tel qu’on ait
préhension pourrait être supprimé car il découle de celui à la fois
de remplacement, l’axiome de l’ensemble de vide pourrait
(i) l’ensemble vide appartient à W ;
aussi être supprimé, et le 9e est optionnel, car il est sans
impact sur l’essentiel des mathématiques. (ii) ∀x ∈ W x ∪ { x } ∈ W.

117
CHAPITRE VII. THÉORIE DES ENSEMBLES

2 Définitions.
Axiome 1.2.7 (Schéma de compréhension).
Pour tout ensemble E et tout prédicat P , il existe Nous développons ici la notion d’ensemble, en
un ensemble, noté { x ∈ E | P (x) } dont les élé- partant d’une définition intuitive et peu formelle :
ments sont exactement les éléments de E vérifiant un ensemble est une collection d’objets mathéma-
P : tiques. Si un objet x est dans cette collection-
ensemble E, on note alors x ∈ E la phrase « x
x ∈ { x ∈ E | P (x) } ⇐⇒ (x ∈ E et P (x)) appartient à E ». Sa négation, « x n’appartient
pas à E », s’écrit x ∈
/ E.
Remarque 2.0.1.
Axiome 1.2.8 (Schéma de remplacement). Traditionnellement, on essaie de noter les en-
Étant donné un ensemble E et un prédicat P à sembles avec des lettres majuscules et leurs élé-
deux arguments ayant la propriété d’être fonction- ments avec des lettres minuscules.
nel, c’est-à-dire que pour tout x, il existe un et
un seul y tel que P (x, y) est vérifié, il existe un 2.1 Appartenance, égalité.
ensemble X, noté { y | ∃x ∈ E P (x, y) } dont les
éléments sont exactement les y tels qu’il existe
x ∈ E vérifiant P (x, y). Autrement dit, pour tout
Proposition 2.1.1 (Extentionnalité).
y, on a
Deux ensembles E et F sont égaux si et seulement
y ∈ X ⇐⇒ ∃x ∈ E P (x, y) s’ils ont les mêmes éléments :

En notant, pour tout x ∈ E, f (x) l’unique E = F ⇐⇒ ∀x (x ∈ E ⇐⇒ x ∈ F ).


y tel que P (x, y), on note aussi cet ensemble
{ f (x) | x ∈ E }.
Remarque 2.1.2.
Intuitivement, cette proposition dit que la carac-
Axiome 1.2.9 (de fondation). téristique qui définit un ensemble, ce sont ses
Tout ensemble X non vide contient un élément x éléments. Autrement dit, si on voit les ensembles
tel que X et x sont disjoints. comme des sacs contenant des objets, le sac n’a au-
cune caractéristique qui puisse le distinguer d’un
autre. Cette caractéristique est très particulière
Axiome 1.2.10 (du choix). au monde idéalisé des ensembles mathématiques.
Pour tout ensemble E, en notant P(E)∗ l’en- En informatique on verra par exemple qu’on peut
semble des parties de E non vides4 , il existe une avoir deux tableaux contenant les mêmes éléments
application σ : P(E)∗ → E, appelée application dans le même ordre et qui ne sont pas le même
de choix, associant à toute partie non vide de E objet.
l’un de ses éléments, c’est-à-dire telle que pour Démonstration.
tout X ∈ P(E), on a σ(X) ∈ X. Le sens direct est une conséquence de ce qu’est l’égalité.
E étant égal à F toute proposition est équivalente à cette
même proposition dans laquelle E est remplacée par F , en
Remarque 1.2.2. particulier, pour tout x, x ∈ E est équivalent à x ∈ F .
Cet axiome paraît très naturel. Pour saisir la Le sens indirect est une conséquence de l’axiome d’ex-
tentionnalité.
difficulté, essayez par exemple de construire une
application σ de ce type dans le cas où E = N, 4. Cet ensemble existe bien d’après l’axiome de l’en-
E = Z, E = Q, E = R. semble des parties et du schéma de compréhension

118
CHAPITRE VII. THÉORIE DES ENSEMBLES

Remarque 2.1.3. appartient nécessairement à un ensemble fixé


Au niveau de ce cours, on peut considérer la pro- F indépendant de x. C’est par exemple le cas
position précédente comme une définition. de { 2n | n ∈ N }. Sinon, le schéma de rempla-
cement assure son existence (on prend comme
prédicat P (x, y) la proposition y = e[x]).
Définition 2.1.4 (Ensemble vide). C’est par exemple le cas de { P(x) | x ∈ E }
On note ∅ l’ensemble vide. où E est un ensemble.
Exemple 2.1.8.
Remarque 2.1.5.
Un même ensemble peut parfois être défini en
Cet ensemble existe d’après l’axiome de l’ensemble
extension ou en compréhension :
vide. Et d’après l’axiome d’extentionnalité, il est
unique. E = {0; 1; 4; 9}
n o
Démonstration. = n∈N n 6 15 et ∃p ∈ N, n = p2 .
Soit ∅ et ∅0 deux ensembles sans éléments, soit x un objet.
Alors, x ∈ ∅ et x ∈ ∅0 sont toutes deux fausses, donc
équivalentes, donc ∅ = ∅0 . Dans toute la suite, E et F désignent deux
ensembles.

Définition 2.1.6. 2.2 Inclusion, ensemble des parties.


Étant donnés des objets x1 , x2 , . . . , xn , on note
{ x1 , . . . , xn } l’ensemble contenant exactement
x1 , . . . , xn . Définition 2.2.1 (Inclusion).
Pour tout ensemble E et tout prédicat P , on On dit que E est inclus dans F , ce que l’on note
note { x ∈ E | P (x) } l’ensemble dont les éléments E ⊂ F si tout élément de E est aussi un élément
sont exactement les éléments de E vérifiant P . de F , i.e.
Pour tout ensemble E et toute expres- ∀x ∈ E x ∈ F.
sion e[x] contenant une variable x, on note
{ e[x] | x ∈ E } l’ensemble des objets mathéma- Si E ⊂ F , on dit que E est une partie ou un
tiques qui s’écrivent sous la forme e[x] pour au sous-ensemble de F .
moins un x ∈ E.
Exemple 2.2.2. 1. Pour tout ensemble E, on a
∅ ⊂ E et E ⊂ E.
Remarque 2.1.7. 1. Pour le premier point,
l’ordre des éléments n’importe pas, ni le 2. N ⊂ Z.
nombre de fois où ils apparaissent dans la liste 3. {1, {1; 2}, R} ⊂ {Z, π, 1, {1; 2}, R}.
des éléments. { 1, 2 } = { 2, 1 } = { 1, 2, 1 }. 4. {{1; 2}} 6⊂ {1; 2}.
L’existence d’un tel ensemble peut être jus-
tifié à partir de l’axiome de la paire et de la Remarque 2.2.3.
réunion. On parle de définition de l’ensemble Attention à ne pas confondre. ∈ et ⊂. Ainsi
en extension. 1 ∈ {1, 2}, {1} ⊂ {1, 2}, mais {1} ∈
/ {1, 2}. En
revanche on a {1, 2} ∈ {1, 2, {1, 2}} ainsi que
2. Pour le second point, l’existence de l’en-
{1, 2} ⊂ {1, 2, {1, 2}}.
semble est justifiée par le schéma de com-
préhension. On parle de donc de définition En pratique pour démontrer une inclusion, on
en compréhension. utilise la définition et la manière usuelle de démon-
trer une proposition universellement quantifiée.
3. Pour le troisième point, l’existence de l’en-
semble est assurée par l’axiome de compré- Exemple 2.2.4.
hension si l’on sait que pour tout x ∈ E, e[x] On note E l’ensemble des entiers relatifs pairs

119
CHAPITRE VII. THÉORIE DES ENSEMBLES

qui sont des multiples de 15 et F l’ensemble des Exercice 2.2.8.


entiers relatifs multiples de 6. Montrer E ⊂ F . Déterminer P({1, 2, 3}). Combien cet ensemble
admet-il d’éléments ?

Proposition 2.2.5 (Transitivité). Remarque 2.2.9.


Soit E, F, G trois ensembles, si E ⊂ F et F ⊂ G, Ne pas oublier ∅ dans l’ensemble des parties.
alors E ⊂ G. Exercice 2.2.10.
Déterminer P(∅), P({∅}) et P({∅, {∅}}).
Démonstration.
Soit x un objet. Si x ∈ E, comme E ⊂ F , on a x ∈ F . De
Proposition 2.2.11.
même, comme F ⊂ G, on a x ∈ G.
Si un ensemble E possède n ∈ N éléments, alors
P(E) possède 2n éléments.
Théorème 2.2.6 (Double inclusion).
Soit E, F deux ensembles, alors Démonstration.
Cela sera démontré au second semestre, dans le cours de
(E = F ) ⇔ (E ⊂ F et F ⊂ E). dénombrement.

2.3 Réunion, intersection, complémen-


Démonstration. taire.
Il est clair que pour tout ensemble A, on a ∀x ∈ A x ∈ A,
donc A ⊂ A. Le sens direct est donc évident.
Dans cette partie A et B désignent deux en-
Montrons l’implication réciproque. Supposons E ⊂ F sembles.
et F ⊂ E. Alors soit x un objet mathématique quelconque.
Montrons x ∈ E ⇐⇒ x ∈ F :
• Supposons x ∈ E, alors comme E ⊂ F , on a x ∈ F .
Définition 2.3.1. 1. On appelle réunion de A
• Supposons x ∈ F , alors comme F ⊂ E, on a x ∈ E. et B notée A∪B, l’ensemble dont les éléments
donc x ∈ E ⇐⇒ x ∈ F . sont exactement ceux qui sont dans A ou dans
Donc ∀x x ∈ E ⇐⇒ x ∈ F . B, autrement dit, pour tout objet x,
Donc (par extentionnalité) E = F .

Remarque 2.2.7. x ∈ A ∪ B ⇐⇒ (x ∈ A ou x ∈ B).


En pratique, on a deux méthodes pour démontrer
l’égalité de deux ensembles E et F : 2. On appelle intersection de A et B notée A∩B
• ou bien on utilise ce théorème ; dont les éléments sont exactement ceux qui
• ou bien on utilise directement la propriété sont dans A et dans B à la fois, autrement
d’extentionnalité, en montrant que pour dit, pour tout objet x,
tout x, x ∈ E ⇐⇒ x ∈ F par équiva-
x ∈ A ∩ B ⇐⇒ (x ∈ A et x ∈ B).
lences successives.

Axiome 2.2.1 (Ensemble des parties de E). Démonstration. 1. L’existence de A∪B est assurée par
l’axiome de la réunion appliqué à la paire { A, B }.
Pour tout ensemble E, on admet l’existence d’un
2. L’existence de A ∩ B est assurée par le schéma
ensemble, noté P(E) et appelé ensemble des par- de compréhension. Il s’agit en effet simplement de
ties de E et dont les éléments sont exactement les { x ∈ A | x ∈ B }.
sous-ensembles de E. Ainsi pour tout ensemble
F , on a Exemple 2.3.2.
F ∈ P(E) ⇔ F ⊂ E. On pose E = { 0, 1, 2, 4 } et F = { 0, 1, 3, 4, 5, 6 }.
Que vaut E ∪ F ? E ∩ F ?

120
CHAPITRE VII. THÉORIE DES ENSEMBLES

Proposition 2.3.3. l’intersection de tous les Ai . Pour tout x, on


Soit A, B, C trois ensembles. a les propriétés :
1. ∩ et ∪ sont associatives : A ∩ (B ∩ C) =
Ai ⇐⇒ ∃i ∈ I, x ∈ Ai ;
[
x∈
(A ∩ B) ∩ C (idem pour ∪).
i∈I
2. ∩ et ∪ sont commutatives : A ∩ B = B ∩ A x∈
\
Ai ⇐⇒ ∀i ∈ I, x ∈ Ai .
(idem pour ∪). i∈I
3. On a toujours A ∩ B ⊂ A ⊂ A ∪ B.
4. Si A ⊂ B, on a toujours A ∩ C ⊂ B ∩ C et
A ∪ C ⊂ B ∪ C. Exercice 2.3.7. 1. Que valent [n, n + 1] et
[

n∈N
[n, n + 1] ?
\
Démonstration.
Élémentaire, revenir aux définitions. n∈N∗
2. Quel est l’ensemble de définition de tan ?
Remarque 2.3.4.
La dernière propriété signifie que A 7→ A ∩ C et 3. Que vaut chacun des ensembles ci-dessous ?
A 7→ A ∪ C sont croissantes (au sens de l’inclu-
[ε, 1] ]ε, 1] [0, ε] [0, ε[
[ [ \ \
sion).
ε∈]0,1] ε∈]0,1] ε∈]0,1] ε∈]0,1]

]0, ε] ]0, ε[ [0, ε] [0, ε[


\ \ \ \
Définition 2.3.5. ε∈]0,1] ε∈]0,1] ε∈]0,1]∩Q ε∈]0,1]∩Q
On dit que deux ensembles sont disjoints si leur
intersection est vide.
Proposition 2.3.8.
Soit (Ai )i∈I une famille d’ensembles et B un en-
Définition 2.3.6. semble.
1. Si, pour tout i ∈ I, Ai ⊂ B, alors
[
On peut généraliser cette notion à une famille Ai ⊂ B.
d’ensembles. i∈I

2. Si, pour tout i ∈ I, B ⊂ Ai , alors B ⊂ Ai .


\
1. Si[E est un ensemble d’ensembles, on note
X la réunion de tous les éléments de E i∈I

3. Si j ∈ I, alors Ai .
\ [
X∈E Ai ⊂ Aj ⊂
et, dans le cas où E est non vide,
\
X i∈I i∈I
X∈E
l’intersection de tous les éléments de E. Pour
tout x, on a les propriétés : Démonstration.
[ Élémentaire.
x∈ X ⇐⇒ ∃X ∈ E, x ∈ X;
X∈E
\
x∈ X ⇐⇒ ∀X ∈ E, x ∈ X. Théorème 2.3.9 (Distributivité).
X∈E La réunion et l’intersection sont distributives l’une
sur l’autre. Plus précisément, soit A, B et C trois
2. Plus généralement, si on considère[une fa-
ensembles. Alors on a les deux égalités suivantes :
mille d’ensemble (Ai )i∈I , on note Ai la
i∈I \
(A ∩ B) ∪ C = (A ∪ C) ∩ (B ∪ C);
réunion de tous les Ai pour i ∈ I et Ai
i∈I (A ∪ B) ∩ C = (A ∩ C) ∪ (B ∩ C).

121
CHAPITRE VII. THÉORIE DES ENSEMBLES

Plus généralement, soit (Ai )i∈I une famille d’en- Proposition 2.3.14.
sembles et B un ensemble, alors Si A et B sont deux parties de E, on a A \ B =
! A ∩ BC .
Ai ∪ B = (Ai ∪ B); (VII.1)
\ \

i∈I i∈I Démonstration.


! Faire un dessin.
Ai ∩ B = (Ai ∩ B). (VII.2) Soit x quelconque. On a A ⊂ E donc x ∈ A ⇐⇒ (x ∈
[ [

i∈I i∈I A et x ∈ E). On a donc :

x ∈ A \ B ⇐⇒ x ∈ A et x ∈
/B
⇐⇒ x ∈ A et (x ∈ E et (x ∈
/ B))
Démonstration. ⇐⇒ x ∈ A et x ∈ E \ B
Faire un dessin pour les deux premières égalités.
Les résultats se montrent aisément par double inclusion. ⇐⇒ x ∈ A ∩ B C .
On donne la démonstration de l’égalité (VII.2).
Pour tout x :
! !
[ [
x∈ Ai ∩ B ⇔ x ∈ B et x ∈ Ai
i∈I i∈I
Proposition 2.3.15.
⇔ x ∈ B et ∃i0 ∈ I, x ∈ Ai0
Soit E un ensemble et A une partie de E, alors
⇔ ∃i0 ∈ I, x ∈ Ai0 ∩ B A = A.
[
⇔x∈ (Ai ∩ B).
i∈I
Démonstration.
C’est une conséquence de la propriété de double négation :
soit x un élément de E, on a x ∈ A ⇔ ¬(¬(x ∈ A)).
Exercice 2.3.10.
Montrer les propriétés (VII.2) et (VII.1) en rai-
Proposition 2.3.16.
sonnant par double inclusion et en prenant soin de
Soit E un ensemble et A une partie de E, alors
bien revenir aux définitions des objets manipulés.
A ∪ Ā = E et A ∩ Ā = ∅.

Définition 2.3.11. Démonstration.


On appelle A privé de B, ou différence de A et B, Soit x ∈ E, on a x ∈ A ou x ∈ / A (tiers exclu), donc
ou A moins B, l’ensemble noté A\B ou A−B, tel x ∈ A ∪ Ā.
que pour tout objet x, x ∈ A \ B si et seulement De plus, on ne peut avoir simultanément x ∈ A et x ∈/ A,
donc A ∩ Ā = ∅.
si x ∈ A et x ∈
/ B.

Cet ensemble est bien défini d’après le schéma Théorème 2.3.17 (Relations de De Morgan).
de compréhension. Soit (Ai )i∈I une famille de parties d’un ensemble
Exercice 2.3.12. E. Alors on a
Montrer que A \ B = A \ (A ∩ B). !C
[ 
= i ;
\
Ai AC
i∈I i∈I
Définition 2.3.13. !C
Si A ⊂ E, on appelle complémentaire de A dans \ 
=
[
Ai AC
i .
E noté {E A ou AC ou A quand il n’y a pas de i∈I i∈I
confusion, l’ensemble E \ A.

122
CHAPITRE VII. THÉORIE DES ENSEMBLES

Démonstration. On considère
On montre le deuxième point. Les deux termes de l’égalité
sont évidemment des sous-ensembles de E. Considérons
F0 = { n ∈ Z | n ≡ 0 [3] }
donc un x ∈ E quelconque et montrons que x appartient
au premier ensemble si et seulement s’il appartient au = { n ∈ Z | ∃p ∈ Z, n = 3p }
deuxième. On a les équivalences :
F1 = { n ∈ Z | n ≡ 1 [3] }
= { n ∈ Z | ∃p ∈ Z, n = 3p + 1 }
!C
[ [
x∈ Ai ⇐⇒ x ∈
/ Ai
F2 = { n ∈ Z | n ≡ 2 [3] }
i∈I i∈I

⇐⇒ ¬(∃i ∈ I x ∈ Ai ) = { n ∈ Z | ∃p ∈ Z, n = 3p + 2 }
⇐⇒ ∀i ∈ I x ∈
/ Ai
\
AC

⇐⇒ x ∈ i .
i∈I Alors, {F0 , F1 , F2 } est une partition de Z (en trois
parties).
Le premier se déduit de la seconde en passant au complé-
mentaire pour la famille (AC
i )i∈I .
2.4 Produit cartésien.

Définition 2.3.18. Définition 2.4.1.


Soit E un ensemble, soit F = (Fi )i∈I une famille On admettra qu’étant donné deux objets x et y
de parties de E. on peut construire un objet appelé couple (x, y)
Alors, F est un recouvrement disjoint de E si et qu’on a la propriété suivante pour tous objets
• les éléments de F sont deux à deux dis- x1 , x2 , y1 , y2 :
joints :
(x1 , x2 ) = (y1 , y2 ) ⇐⇒ (x1 = y1 et x2 = y2 ).
∀i, j ∈ I, i 6= j ⇒ Fi ∩ Fj = ∅ ;

• E est l’union des éléments de F :


Remarque 2.4.2. • La construction des
E=
[
Fi . couples ne demande en fait aucun axiome
i∈I supplémentaire, celle-ci pouvant être
construite à partir des paires.
On dit de plus que F est une partition de E si • On peut généraliser cette notion à celle de
c’est un recouvrement disjoint de E sans aucune n-uplets.
partie vide :

∀i ∈ I, Fi 6= ∅.
Définition 2.4.3.
Soient E et F deux ensembles. On admet qu’on
peut construire un ensemble noté E × F , appelé
Remarque 2.3.19. produit cartésien de E et F , dont les éléments
On pourrait bien entendu parler de recouvrement, sont les couples avec x1 ∈ E et x2 ∈ F . On défi-
mais nous n’aurons pas l’occasion d’utiliser ce nit de même le produit cartésien de n ensembles
vocabulaire cette année. E1 . . . En , noté E1 ×. . .×En , et formé des n-uplets
Nous utiliserons davantage les partitions que (x1 , . . . , xn ) avec x1 ∈ E1 , . . . , xn ∈ En . Si les Ei
les recouvrements disjoints. sont égaux à un ensemble E, on note ce produit
En.
Exemple 2.3.20.

123
CHAPITRE VII. THÉORIE DES ENSEMBLES

Remarque 2.4.4.
Attention à ne pas confondre l’ensemble {x, y}
avec le couple (x, y).
Exemple 2.4.5.
L’ensemble R2 , le rectangle [1, 3]×[−1, 4], la partie
[1, 3[×] − 1, 4] (voir figure VII.1), la bande [0, 1] ×
(x, y) ∈ R2 y = 0 (le représenter).


0 1 2 3

−1

Figure VII.1 – Représentation de [1, 3[×] − 1, 4].

3 Interprétation logique
Soit E un ensemble, P et Q deux prédicats. On
pose
A = { x ∈ E | P (x) } ;
B = { x ∈ E | Q(x) } .
Soit x ∈ E. On a alors les équivalences logiques
suivantes :
x ∈ A ∩ B ⇐⇒ P (x) et Q(x);
x ∈ A ∪ B ⇐⇒ P (x) ou Q(x);
/ A ⇐⇒ ¬(P (x));
x∈
A = E ⇐⇒ ∀x ∈ E, P (x);
A 6= ∅ ⇐⇒ ∃x ∈ E, P (x);
A ⊂ B ⇐⇒ ∀x ∈ E, (P (x) ⇒ Q(x));
A = B ⇐⇒ ∀x ∈ E, (P (x) ⇐⇒ Q(x)).

124
Chapitre VIII

Notion d’application
Sommaire
1 Vocabulaire. . . . . . . . . . . . . . . . . 126
2 Restriction, prolongement . . . . . . . . 127
3 Composition d’applications . . . . . . . 128
4 Injectivité, surjectivité, bijectivité . . . 128
4.1 Injectivité . . . . . . . . . . . . . . . . 128
4.2 Surjectivité . . . . . . . . . . . . . . . 129
4.3 Bijectivité . . . . . . . . . . . . . . . . 131
4.4 Un peu de vocabulaire anglais ... . . . 132
5 Image directe, tiré en arrière. . . . . . . 132
5.1 Image directe . . . . . . . . . . . . . . 132
5.2 Tiré en arrière . . . . . . . . . . . . . . 133
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION

1 Vocabulaire.
• En toute rigueur, une application est un objet F
différent d’une fonction, mais la différence est hors
programme. On emploiera donc les deux termes E

indifféremment.
• Une application d’un ensemble E dans un en-
semble F est une relation qui, à tout élement de Figure VIII.1 – Exemple d’application – on
E associe un unique élément de F . Attention : remarque qu’une image a deux antécédents.
on a forcément unicité de l’image et les ensembles
de départ et d’arrivée sont une donnée de l’appli-
cation.
Exemple 1.0.1.
F
Les applications qui à x associe x2 , partant res-
pectivement de R et de R+ , sont différentes : la E

seconde permet de définir la fonction ., pas la
première. Dans les deux cas, on pourra considérer
comme ensemble d’arrivée R ou R+ . Une formule Figure VIII.2 – Cette relation n’est pas une
ne définit donc pas à elle seule une application. application.

Définition 1.0.2. F
On appelle fonction (ou application) tout triplet
y
f = (E, F, Γ) où E est un ensemble appelé en-
semble de départ ou domaine de définition, F est
un ensemble appelé ensemble d’arrivée, et Γ est E
une partie de E × F appelée graphe de f telle
que ∀x ∈ E, ∃!y ∈ F , (x, y) ∈ Γ. Si (x, y) ∈ Γ, on
note plus simplement y = f (x). On dit que x est
alors un antécédent de y, et y l’image de x. Figure VIII.3 – y a ici trois antécédents repré-
sentés.
Remarque 1.0.3.
Il peut y avoir plusieurs antécédents d’un élément
dans l’espace d’arrivée, mais une seule image d’un Remarque 1.0.4.
élément de l’espace de départ : cela se voit sur le La notation
graphe, que l’on représente comme suit.
f: E → F,
• On note une application f allant d’un ensemble
x 7→ f (x).
E dans un ensemble F de la manière suivante :
f : E → F. n’est pas informative.
• Si l’application est de plus définie par une for-
mule, on écrit alors : Remarque 1.0.5.
Si f, g : E → F , alors f = g équivaut à ∀x ∈ E,
f: E → F, f (x) = g(x).
x 7→ Formule dépendant de x.

126
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION

F Card(F )Card(E) manières de choisir une applica-


tion f : E → F .
f (x) ? Exemple 1.0.11.
L’ensemble des suites réelles est noté RN .
x
Dans {1}N , il y a une seule suite !
E
Définition 1.0.12 (Familles).
Soit I un ensemble. On appelle famille d’éléments
f (x) ?
de E indexée par I toute application de I dans
E. Les familles sont notées (xi )i∈I , et rarement,
voire jamais, comme des applications.
L’ensemble des familles de E indexées par I est
Figure VIII.4 – Cette courbe ne représente pas
noté E I .
une application.

Exemple 1.0.13.
R{1,2} : on peut l’identifier à R × R, que l’on note
Définition 1.0.6. opportunément R2 .
Soit E, F deux ensembles et f : E → F une ap-
plication. On appelle image de f le sous-ensemble Définition 1.0.14.
de F , noté f (E) ou Im(f ), égal à {f (x), x ∈ E}. Soit E un ensemble et A une partie de E. On
appelle fonction indicatrice de A la fonction notée
Remarque 1.0.7. 1A telle que pour tout x ∈ A, 1A (x) = 1, et pour
La notation f (E) indique bien l’ensemble tout x ∈ E\A, 1A (x) = 0.
de départ, contrairement à la notation
Im f . Cet ensemble peut aussi s’écrire Exercice 1.0.15.
{y ∈ F | ∃x ∈ E, y = f (x)}. Soit A et B deux ensembles. Calculer 1A∩B , 1Ā
Remarque 1.0.8. et 1A∪B en fonction de 1A et de 1B .
Les ensembles de départ et d’arrivée peuvent être
n’importe quoi, pas forcément de R dans R. 2 Restriction, prolongement

Notation 1.0.9.
On note F (E, F ), ou F E , l’ensemble des applica- Définition 2.0.1.
tions de E dans F . Soit E, E 0 , F , F 0 quatre ensembles, f : E → F
et f 0 : E 0 → F 0 deux applications.
Remarque 1.0.10. (i) Pour toute partie G de E, la restriction de
Comment se souvenir de cette dernière notation ? f à G est l’application
Penser que pour des ensembles finis, Card(F E ) =
Card(F )Card(E) . f|G : G → F,
En effet, il y a autant de manières de choi- x 7→ f (x).
sir une fonction f : E → F que de manières
de choisir une image pour chaque élément de E. (ii) On dit que f 0 est un prolongement de f si
Or, il y a Card(F ) choix pour chaque élément de E ⊂ E 0 , F ⊂ F 0 et ∀x ∈ E, f (x) = f 0 (x).
F et Card(E) éléments de E. Il y a donc bien

127
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION

Il y a toujours une infinité de prolonge- Proposition 3.0.3.


ments possibles à une application. Soit E un ensemble, alors (E E , ◦) est un monoïde
• Une fonction est toujours le prolongement d’une de neutre IdE .
de ses restrictions.
Exemple 2.0.2. Démonstration.
Soit x ∈ E, f , g et h trois applications de E dans E.
Tout réel strictement positif a deux antécédents On a alors h(g(f (x)) = h((g ◦ f )(x)) = h ◦ (g ◦ f )(x) et
par la fonction f : R → R, x 7→ x2 ; mais il n’a h(g(f (x))) = (h ◦ g)(f (x)) = (h ◦ g) ◦ f (x), d’où l’associa-
qu’un antécédent par la restriction de f à R+ . tivité.
On a aussi pour tout x ∈ E, (IdE ◦ f )(x) = IdE (f (x)) =
f (x) et (f ◦ IdE )(x) = f (IdE (x)) = f (x), ce qui montre
3 Composition d’applications que f ◦ IdE = IdE ◦ f = f .

Remarque 3.0.4.
Nous avons vu (et nous reverrons en TD) que
Définition 3.0.1.
certaines fonctions (dans ce cas, f : N → N)
Soit E, F , G trois ensembles, f : E → F et
ne sont pas inversibles (au sens de la structure
g : F → G deux applications. On définit alors la
(E E , ◦)).
composée de f par g comme l’application

g◦f : E → G, 4 Injectivité, surjectivité, bijec-


x 7→ g(f (x)).
tivité
On comprend vite, en considérant quelques
exemples, quelles sont les propriétés qui peuvent
E F G empêcher une fonction f : E → E d’être inver-
sible pour ◦.
• Si deux éléments de E ont même image par
f , on ne pourra pas « revenir en arrière » et
construire g vérifiant g ◦ f = IdE .
• Si un élément de E n’a pas d’antécédent par
f , on ne pourra pas construire g vérifiant
f ◦ g = IdE .
Figure VIII.5 – Exemple de composée.
4.1 Injectivité

On ne peut pas toujours composer deux


applications. Par exemple : les fonctions R∗ → Définition 4.1.1.
R, x 7→ 1/x et R → R, x 7→ x2 . Soit E, F deux ensembles, f : E → F une ap-
• Ce n’est pas une opération commutative. Par plication. On dit que f est injective (ou est une
exemple : ∃x ∈ R+ , ln(x2 ) 6= (ln x)2 . injection) si ∀(x, y) ∈ E 2 , f (x) = f (y) ⇒ x = y.

Définition 3.0.2. Remarque 4.1.2.


Soit E un ensemble, on définit dessus l’application On utilise également la contraposée de cette pro-
identité sur E comme IdE : E → E, x 7→ x. position : ∀(x, y) ∈ E 2 , x 6= y ⇒ f (x) 6= f (y).

128
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION

Figure VIII.6 – Exemple d’application injective.


Figure VIII.9 – Graphe d’application non injec-
tive : une image a deux antécédents ou plus.

est le segment I ici représenté.


Remarque 4.1.4.
Une application f : E → F est injective si et
seulement si, pour tout y ∈ F , l’équation y = f (x)
admet au plus une solution dans E.
Figure VIII.7 – Exemple d’application non in- Remarque 4.1.5.
jective : une image a deux antécédents ou plus. Une restriction d’une fonction injective est tou-
jours injective.
Remarque 4.1.6.
On a montré dans le premier chapitre que toute
fonction réelle strictement monotone est injective.

I
Théorème 4.1.7 (Composée d’injections.).
Soit E, F et G trois ensembles, f : E → F et
g : F → G deux applications injectives. Alors
g ◦ f est injective.
Figure VIII.8 – Graphe d’application injective
sur un segment I. Démonstration.
Soit (x, y)) ∈ E 2 , supposons que g ◦ f (x) = g ◦ f (y). Alors,
par injectivité de g puis de f , f (x) = f (y) puis x = y.

Exercice 4.1.8.
Remarque 4.1.3.
Soit E, F deux ensembles, soit f : E → F . Mon-
La donnée de l’ensemble de départ est primordiale.
trer que f est injective si et seulement s’il existe
Exemple : l’application [−π/2, π/2] → R, x 7→
g : F → E vérifiant g ◦ f = IdE .
sin(x) est injective alors que R → R, x 7→ sin(x)
ne l’est pas (le montrer et tracer les courbes re-
présentatives de ces deux applications ). On peut 4.2 Surjectivité
aussi se demander ce qu’il adviendrait de la figure
VIII.8 si l’on ne précise pas que l’espace de départ

129
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION

J
Définition 4.2.1.
Soit E et F deux ensembles, f : E → F une appli-
cation. On dit que f est surjective (ou est/réalise
une surjection) si ∀y ∈ F, ∃x ∈ E, y = f (x). I

Figure VIII.13 – Graphe d’une application non


surjective d’un segment I dans un segment J.

• La donnée de l’espace de départ et de l’espace


d’arrivée est, là encore, primordiale.
Figure VIII.10 – Exemple d’application surjec-
tive. Exemple 4.2.2.
La fonction définie par x 7→ sin x est surjective
de [0, 2π] sur [−1, 1], mais pas de [0, 2π] sur R ni
de [0, π] sur [−1, 1]. Revenir aussi sur les figures
VIII.12 et VIII.13.
Exercice 4.2.3.
Dans chaque cas, dire si cette application est sur-
1
jective ou non : (R∗ ou R∗+ ) → (R ou R∗ ), x 7→
x
Remarque 4.2.4.
Une fonction est toujours surjective sur son image
(formellement : la corestriction d’une application
Figure VIII.11 – Exemple d’application non
à son image est toujours surjective).
surjective.

Une fonction non surjective n’est pas


J nécessairement injective, et vice-versa.
Remarque 4.2.5.
Une application f : E → F est surjective si et
seulement si, pour tout y ∈ F , l’équation y = f (x)
I admet au moins une solution dans E.
Exercice 4.2.6.
Étudier la surjectivité de la fonction

C \ {i} → C \ {1}
Figure VIII.12 – Graphe d’une application sur- f: z+i .
z 7→
jective d’un segment I dans un segment J. z−i

130
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION

2. Unicité : on utilise l’injectivité de f .


Théorème 4.2.7 (Composée de surjections.). Équivalence : facile par double implication.
Soit E, F et G trois ensembles, f : E → F et 3. On utilise le point (i) pour la bijectivité et le point
g : F → G deux applications surjectives. Alors (ii) pour l’unicité.
g ◦ f est surjective.

Démonstration. Ne JAMAIS parler de f −1 avant d’avoir


Soit z ∈ G, g est surjective : il existe y ∈ F vérifiant montré qu’elle existe.
z = g(y). Comme f est surjective, il existe x ∈ E vérifiant
y = f (x) et on a donc z = g ◦ f (x).
Dans le cas d’une fonction réelle, il ne faut
Exercice 4.2.8. pas confondre f −1 et 1/f . Ex : f = 1 (1/f existe,
Soit E, F deux ensembles, soit f : E → F . Mon- pas f −1 ), f : x 7→ x (f −1 existe, pas 1/f ).
trer que f est surjective si et seulement s’il existe • Le graphe de la réciproque d’une fonction est le
g : F → E vérifiant f ◦ g = IdF . symétrique par rapport à la première bissectrice
du plan du graphe de cette fonction. En effet, si on
4.3 Bijectivité note Γ le graphe de f et Γ0 celui de sa réciproque,
on a par définition, pour tous x et y, (x, y) ∈ Γ si
et seulement si (y, x) ∈ Γ0 .
Définition 4.3.1.
Une application bijective (ou qui réalise une bijec- Exemple 4.3.4.

tion) est une application injective et surjective. x 7→ x2 et x 7→ x, x 7→ ln x et x 7→ e x , tan et
Soit E et F deux ensembles. Une application arctan (sur leurs espaces de départ et d’arrivée
f : E → F est donc bijective si et seulement si usuels).
∀y ∈ F, ∃! x ∈ E, y = f (x). Remarque 4.3.5.
Une application f : E → F est bijective si et
Exemple 4.3.2. seulement si, pour tout y ∈ F , l’équation y = f (x)
Application identité, fonctions affines de la forme admet exactement une solution dans E.
R → R, x 7→ ax + b, avec a = 6 0, les similitudes ... • En pratique, pour montrer que f est bijective,
on peut au choix :
Théorème 4.3.3 (Fonction réciproque). 1. montrer que f est injective et surjective ;
Soit f : E → F une application.
2. montrer que f a une réciproque en raisonnant
1. f est bijective si et seulement s’il existe g : par équivalence : y = f (x) ssi x = f −1 (y),
F → E telle que g ◦ f = IdE et f ◦ g = IdF . où f −1 est alors à donner (on résout donc
2. Dans ce cas, g est unique et notée f −1 , ap- y = f (x)) ;
pelée fonction réciproque de f , et on a, pour 3. donner f −1 et vérifier que f ◦ f −1 = Id et
tout (x, y) ∈ E × F , f (x) = y si et seulement f −1 ◦ f = Id.
si x = f −1 (y).
Exemple 4.3.6.
3. f −1 est bijective et (f −1 )−1 = f . Reprendre l’exercice 4.2.6 et déterminer l’inverse
de cette application.
Démonstration. 1. Si f bijective, on construit g. Soit
y ∈ F . On note g(y) l’unique antécédent de y par f :
Remarque 4.3.7.
donc g est une fonction bien définie (tout point a une Une injection réalise toujours une bijection sur
et une seule image). On vérifie bien que f ◦ g = IF et son image.
que g ◦ f = IdE .
Si g existe, on montre que f est injective et que f est Remarque 4.3.8.
surjective. Si E est un ensemble et f : E → E une application

131
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION

bijective, alors f est un élément inversible dans Remarque 5.1.2.


le monoïde (E E , ◦), d’inverse (au sens algébrique) La seconde forme de f (A) est la plus pratique à
sa réciproque : f −1 . utiliser et est à retenir en priorité.

Remarque 5.1.3.
La notation f (E) utilisée pour l’image de f est
Théorème 4.3.9 (Composée de bijections.).
bien cohérente.
Soit E, F et G trois ensembles, f : E → F et
g : F → G deux bijections. Alors g ◦ f est une Remarque 5.1.4.
bijection et (g ◦ f )−1 = f −1 ◦ g −1 . On a toujours f (A) ⊂ Im(f ).

Démonstration.
Utilise les résultats analogues sur injectivité et surjectivité.

Ou encore : on donne l’inverse (formule à connaître !) A• f
(g◦f )−1 = f −1 ◦g −1 , et surtout ne pas inverser les membres •
!
f (A) •


Exercice 4.3.10.
Trouver deux applications f et g toutes les deux • •

non bijectives, telles que g ◦ f est bijective. E F

4.4 Un peu de vocabulaire anglais ... Figure VIII.14 – Image directe d’une partie A
• Application : mapping ou map . par une application f .
• Injection : injection ou one-to-one mapping .
• Surjection : surjection ou onto mapping .
• « non injection » : many-to-one mapping . • Cela se lit aisément sur un graphe.
• Bijection : bijection ou one-to-one correspon-
Exercice 5.1.5.
dance .
Soit c : R → R , déterminer c([2, 4]) et
x 7→ x2
c(] − 1, 3]).
5 Image directe, tiré en arrière. Exercice 5.1.6.
Soit E et F deux ensembles, f : E → F une
5.1 Image directe application, A et B deux parties de E.
• Si A ⊂ B, est-ce que f (A) ⊂ f (B) ?
• Comparer f (A∪B) et f (A)∪f (B), puis f (A∩B)
Définition 5.1.1. et f (A) ∩ f (B).
Soit E et F deux ensembles, f : E → F une
application et A une partie de E. On appelle
image directe de A par f l’ensemble des images
des éléments de A (voir figure VIII.14), i.e. la
partie de F :
Proposition 5.1.7.
f (A) = { f (x) | x ∈ A } Soit E et F deux ensembles, f : E → F une
= { y ∈ F | ∃x ∈ A, y = f (x) } . application. Alors f est surjective si et seulement
si f (E) = F .

132
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION

5.2 Tiré en arrière c← ([−3, 1]).

Définition 5.2.1. Théorème 5.2.4.


Soit E et F deux ensembles, f : E → F une Soit E et F deux ensembles. Si f : E → F est
application et B une partie de F . On appelle tiré une application bijective et si B ⊂ F , alors on a
en arrière de B par f l’ensemble des antécédents f ← (B) = f −1 (B), où la deuxième écriture désigne
des éléments de B (voir figure VIII.15), i.e. la l’image directe par f −1 .
partie de E :
Démonstration.
f ← (B) = { x ∈ E | f (x) ∈ B } . Soit x ∈ E, alors

x ∈ f −1 (B) ⇔ ∃y ∈ B, x = f −1 (y)
⇔ ∃y ∈ B, f (x) = y
Remarque 5.2.2. ⇔ f (x) ∈ B
Le vocabulaire officiel est plutôt « image réci- ⇔ x ∈ f ← (B)
proque de B par f » et la notation officielle est :
f −1 (B).
D’expérience, cette terminologie et cette nota- Exercice 5.2.5.
tion sont une source de confusions désastreuses. Soit E et F deux ensembles, f : E → F une
Ne l’utilisez qu’une fois cette notion solidement application, A et B deux parties de F .
acquise. • Si A ⊂ B, est-ce que f ← (A) ⊂ f ← (B) ?
• Comparer f ← (A ∪ B) et f ← (A) ∪ f ← (B), puis
f ← (A ∩ B) et f ← (A) ∩ f ← (B).

• f
• • Proposition 5.2.6.
f ← (B) B
• Soit E, F deux ensembles non vides, soit f : E →

F.
• • Alors, { f ← (y) | y ∈ F } est un recouvrement

E F disjoint de E, tandis que { f ← (y) | y ∈ Im(f ) }
est une partition de E.
De même, si (Fi )i∈I est une partition de Im(f ),
Figure VIII.15 – Tiré en arrière d’une partie B alors { f ← (Fi ) | i ∈ I } est une partition de E.
par une application f .

• On lit aussi le tiré en arrière d’une partie sur le


graphe d’une fonction.

Ne pas confondre avec la réciproque d’une


fonction, qui n’existe pas si f n’est pas bijective.
• Notamment, les notations f ← ({x}) et f −1 (x)
ne font formellement pas référence au même type
d’objet.
Exercice 5.2.3.
Soit c : R → R , déterminer c← ([1, 4[) et
x 7→ x2

133
CHAPITRE VIII. NOTION D’APPLICATION

134
Chapitre IX

Calcul matriciel
Sommaire
1 Définitions élémentaires . . . . . . . . . 136
1.1 Opérations sur les matrices . . . . . . 136
1.2 Matrices carrées . . . . . . . . . . . . . 138
1.3 Matrices inversibles . . . . . . . . . . . 139
1.4 Opérations élémentaires . . . . . . . . 140
1.5 Transposition et matrices symétriques 142
1.6 Inversion de matrices triangulaires. . . 143
2 Systèmes linéaires . . . . . . . . . . . . . 144
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

n, m, p, q et r désignent des entiers naturels


non nuls, et K désigne R ou C. • On appelle matrice carrée d’ordre n toute
matrice de taille n × n. L’ensemble des ma-
trices carrées d’ordre n est noté Mn (K).
1 Définitions élémentaires • On appelle matrice nulle d’ordre n la ma-
trice carrée d’ordre n dont tous les coeffi-
cients sont nuls. On la note simplement 0n ,
Définition 1.0.1. ou 0 sans référence à sa taille s’il n’y a pas
On appelle matrice de taille n × p (ou à n lignes d’ambiguïté.
et p colonnes), à valeurs (ou coefficients) dans K, • On appelle matrice identité d’ordre n la
toute famille de np éléments de K, ces éléments matrice
étant notés (aij )16i6n,16j6p , et présentés sous la
1 0 0
 
...
forme d’un tableau de la manière suivante : .. 
. .. ..
.

0 . 
a1,1 ... a1,p In = (δi,j )16i,j6n = . . .
   
. .. ..
 .. ..  . . . 0 

A= . .  0 ... 0 1
an,1 . . . an,p
• On appelle matrice diagonale toute matrice
On note A = (aij )16i6n,16j6p , les (ai,j ) étant les carrée (aij )16i,j6n telle que pour tous i, j ∈
coefficients de la matrice A, ai,j étant le coefficient J1, nK, i 6= j ⇒ ai,j = 0.
de la ie ligne et de la j e colonne. • On appelle matrice triangulaire supérieure
La matrice (ai,j )16j6n est la ie ligne de A, par- (resp. inférieure) toute matrice carrée
fois notée ai,∗ . (aij )16i,j6n telle que pour tous i, j ∈ J1, nK
La matrice (ai,j )16i6n est la j e colonne de A, tells que i > j (resp. i < j), aij = 0.
parfois notée a∗,j .

Remarque 1.0.6. 1. On note généralement les


Remarque 1.0.2. matrices par des lettres majuscules, et la
Le premier indice indique toujours la ligne et famille des coefficients par la lettre minuscule
le second indice indique toujours la colonne. En correspondante.
général (mais attention quand même), on les note 2. On identifie les matrices colonnes de Mn,1 (K)
respectivement i et j. avec les éléments de Kn .
Exemple 1.0.3. 3. On se gardera d’identifier les matrices lignes
Donner la matrice (i × j)16i63,16j65 . avec les éléments de Kn car on préfère les
identifier avec d’autres objets mathématiques
(on verra cela plus tard).
Définition 1.0.4 (symbole de Kronecker).
Si i, j sont deux objets, on note
1.1 Opérations sur les matrices
(
1 si i=j
δi,j = .
0 si i 6= j Définition 1.1.1.
Soient A = (aij )16i6n,16j6p et B =
(bij )16i6n,16j6p deux matrices de même
taille, et λ ∈ K un scalaire.
Définition 1.0.5. • L’ensemble des matrices Addition On appelle somme de A et B la ma-
de taille n × p est noté Mn,p (K). trice (aij + bij )16i6n,16j6p , notée A + B.

136
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

Et même pire, AB peut exister mais pas BA.


Produit par un scalaire On note λA la ma-
trice (λaij )16i6n,16j6p . Remarque 1.1.6.
Le produit de deux matrices non nulles peut valoir
la matrice nulle.
Par exemple, avec
Attention aux tailles des matrices : on
ne peut additionner n’importe quoi avec n’importe ! !
0 1 1 0
quoi. A= et B = ,
0 0 0 0
Exemple
! 1.1.2. ! !
0 1 2 0 4 1 alors AA = 0, AB = 0 et BA 6= 0.
+2 = .
−1 2 1 3 1 8 Ainsi, on ne peut pas « simplifier » dans un
produit. Ici : A × A = A × B mais A 6= B.
Définition 1.1.3 (Produit matriciel).
Soient A ∈ Mn,p (K) et B ∈ Mp,q (K). On ap-
pelle produit de A par B noté AB !
la matrice de
p
Mn,q (K) de coefficients
X
aik bkj . Proposition 1.1.7.
k=1 Le produit matriciel est :
Associatif : si A ∈ Mn,p (K), B ∈ Mp,q (K),
C ∈ Mq,r (K), alors (AB)C et A(BC) sont
Gare aux dimensions, on ne peut pas dans Mn,r (K) et sont égales, notées ABC.
multiplier n’importe quelle matrices. Bilinéaire : si A, B, C, D sont des matrices de
taille convenable, et si λ ∈ K, alors (A +
Exemple 1.1.4. • On tâchera d’organiser les λB)C = AC + λBC et A(C + λD) = AC +
produits comme suit : λAD.
B Les matrices nulles et identité jouent un rôle bien
particulier. Si A ∈ Mn,p (K) et q ∈ N∗ , alors
z }| !{
1 0 2
Dim. OK Neutre à gauche : In A = A
−1 3 2
2 1 1 3 6 Neutre à droite : AIp = A
   

1 0  1 0 2  Mult. par 0 à gauche : 0q,n A = 0q,p


   
4 2 2 6 12
| {z } | {z } Mult. par 0 à droite : A0p,q = 0n,q
A =AB
• Le produit impossible :
! ! Démonstration.
1 3 0 2 3 Bien qu’un peu technique, nous donnons ici la démonstra-
× .
2 1 1 1 1 tion ; nous en verrons plus tard une autre.
1. A = (aij ), B = (bij ), C = (cij ). Ainsi,

Ce produit comporte plein de pièges. q


X
!
BC = bik ckj
Remarque 1.1.5. k=1 16i6p,16j6r
Le produit matriciel n’est pas commutatif, par
exemple : et
! ! ! ! p q
!!
1 1 1 0 1 0 1 1 A(BC) =
X X
× 6= × . ai` × b`k ckj .
0 1 0 2 0 2 0 1 `=1 k=1 16i6n,16j6r

137
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

Or, si 1 6 i 6 n et 1 6 j 6 r, Soit M ∈ Mn,p (K) et


p q
! p q
x1
X X X X  
ai` × b`k ckj = ai` × b`k ckj
 .. 
`=1 k=1 `=1 k=1 X =  . .
p q
xp
X X
= ai` b`k ckj
`=1 k=1
q
XX p Alors, en notant C1 ,. . . ,Cp les colonnes de M ,
= ai` b`k ckj on a
k=1 `=1 p
MX =
X
x k Ck .
q p
!
X X
= ai` b`k × ckj , k=1
k=1 `=1
En particulier :
qui est le coefficient i, j de (AB)C. D’où l’égalité • la matrice M X est une combinaison linéaire
voulue.
des Ck , pour k ∈ [[1, p]],
2. idem
n
! • pour tout i ∈ [[1, p]], le produit M Ei Ci , où
X
3. In A = δik akj = (δii aij ) = (aij ) = A.
0
 
k=1
 .. 
4. Direct. .
 
0
 
Ei = 1 ,
 
Remarque 1.1.8.
0
 
Par associativité, il y a 5 manières de calculer  .. 
 
ABCD qui conduisent toutes au même résul- .
tat : ((AB)C)D = (A(BC))D = A((BC)D) = 0
A(B(CD)) = (AB)(CD). Mais le temps de calcul
est-il le même dans les 5 cas ? C’est le problème le 1 se trouvant en ie position.
de la multiplication matricielle enchaînée (Matrix En effet
chain multiplication ou Matrix Chain Ordering
δ1i
 
Problem (MCOP) en anglais). Plus généralement,  .. 
p
M Ei = M  .  = δki Ck = Ci .
X
le problème est de savoir dans quel ordre effec-
tuer les produits pour calculer le plus efficacement δpi k=1

possible un produit de matrices M1 .M2 . · · · .Mn .


Ce problème peut se résoudre par programmation 1.2 Matrices carrées
dynamique, ce qui est au programme en option
informatique, mais même si ce n’est pas toujours Remarque 1.2.1.
la solution optimale, il vaut mieux commencer Si A et B sont deux matrices carrées d’ordre n,
par les produits qui font apparaître des « petites » alors AB et BA sont définies et également de
matrices. taille n. On dit que le produit matriciel est une
Précisément, le produit d’une matrice n × p par loi de composition interne de Mn (K).
une matrice p × q nécessite de l’ordre de n × p × q De plus, In .A = [Link] = A. On dit que In est le
opérations. Ainsi, si A ∈ M10,100 (K), B ∈ M100,5 neutre de Mn (K) pour le produit matriciel.
et C ∈ M5,50 , le calcul de (AB)C demande de Enfin, la propriété de bilinéarité montrée précé-
l’ordre de (10 × 100 × 5) + 10 × 5 × 50 = 7 500 demment montre que (Mn (K), +, ×) a une struc-
opérations, alors que celui de A(BC) en demande ture d’anneau, non commutatif.
de l’ordre de 100 × 5 × 50 + 10 × 100 × 50 = 75 000.
Remarque 1.2.2.
Remarque 1.1.9. Soit a1 , . . . , an et b1 , . . . , bn des nombres com-

138
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

plexes. Alors, Démonstration.


On fixe q = 1 et on montre par récurrence que, pour tout

a1 0

b1 0
 
a1 b1 0
 p ∈ N, Ap B = BAp .
On fixe alors p ∈ N et on utilise ce que l’on vient de
.. .. = ..
. . . montrer avec Ap à la place de B et B à la place de A.
    
  
0 an 0 bn 0 an bn Démonstration (Formule du binôme de Newton).
Reprendre la démonstration du binôme de Newton pour
des complexes, en repérant bien à quel endroit le fait que
Définition 1.2.3 (Puissances d’une matrice car- les deux matrices commutent intervient, on utilise alors le
rée). lemme 1.2.6.
On les définit par récurrence : si M ∈ Mn (K), Exemple 1.2.7.
alors, M 0 = In , M 1 = M , et pour tout k ∈ N, Calculer A2 avec
M k+1 = M × M k (on a donc, pour tout k ∈ N∗ ,
1 1 1
 
Mk = M × M{z. . . × M}. Ainsi pour tout k ∈ N,
A = 2 0 0
|  
k fois
on a M n ∈ Mn (K). 1 0 0
1 0 1 0 1 0
   

= 2 −1 0 + 0 1 0
   
Remarque 1.2.4.
0 −2 0 1 2 0
On remarque que les puissances d’une même ma-
trice commutent entre elles : = B + C.
Calculer A3 avec
Mk × Mj = M × M{z. . . × M} × M × M{z. . . × M}
3 0 0
| |  
k fois j fois

= |M × M{z. . . × M} A = 0 1 −2
 
0 4 6
(k+j) fois
1 0 0 2 0 0
   
= |M × M{z. . . × M} × M × M{z. . . × M}
= 0 1 −1 + 0 0 −1
|    
j fois k fois
0 1 2 0 3 4
=M ×M . j k
= B + C.

Théorème 1.2.5 (Formule du binôme de New- 1.3 Matrices inversibles


ton).
Elle est valable pour les matrices carrées qui com-
mutent. Définition 1.3.1.
Soit n ∈ N∗ et p ∈ N, soit A, B ∈ Mn (K) Soit A ∈ Mn (K). On dit que A est inversible s’il
vérifiant AB = BA. Alors, existe une matrice B ∈ Mn (K) telle que AB =
BA = In .
p !
p k p−k Dans ce cas B est unique, est appelée l’inverse
(A + B) =
X
p
A B .
k=0
k de A et est notée A−1 .
On note GLn (K) l’ensemble des matrices car-
rées d’ordre n à coefficients dans K inversibles.

Démonstration (Unicité).
Lemme 1.2.6. Soit B, C ∈ Mn (K) deux « inverses » de A. Alors,
Soit A, B ∈ Mn (K) vérifiant AB = BA. Alors,
B = BIn = B(AC) = (BA)C = In C = C.
pour tout p, q ∈ N, Ap B q = B q Ap .

139
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

Remarque 1.3.2. Démonstration.


 
Une matrice inversible commute toujours avec son Soit A =
a b
, on a toujours (le vérifier par le calcul)
c d
inverse.
A2 − (a + d)A + (ad − bc)I2 = 0.
Exercice 1.3.3.
1
!
0 1 Alors, si det A =
6 0, avec B = ((a + d)I2 − A), on a
Montrer que la matrice A = étudiée pré- det A
0 0 AB = BA = I2 donc A est inversible, d’inverse B.
cédemment n’est pas inversible. Réciproquement, si det A = 0, alors A(A−(a+d)I2 ) = 0.
Si A est inversible, en multipliant par cet inverse on obtient
que A est diagonale, puis que a = 0 ou que d = 0 ... Dans
les deux cas, A2 = 0 donc A ne peut être inversible (à vous
Définition 1.3.4 (Puissances négatives d’une de réfléchir pourquoi !).
matrice inversible.).
Soit A ∈ GLn (K), soit p ∈ Z. On définit : 1.4 Opérations élémentaires
Dans toute cette partie, on considère des ma-
A−p = (A−1 )p
trices carrées de dimension n.

Définition 1.4.1 (matrice élémentaire).


Proposition 1.3.5. Si 1 6 i, j 6 n, on définit la matrice
Soit A ∈ GLn (K). Alors, pour tout p ∈ N, Ap est
0 ... 0
 
...
inversible et . .. 
 .. 1 .
(Ap )−1 = A−p . Ei,j = .
 
= (δi,k δj,` ),16k,`6n
. .. 
. .

0 ... ... 0
Démonstration.
Soit p ∈ N. Comme A et A−1 commutent, Ap (A−1 )p = le 1 se trouvant sur la ie ligne et la j e colonne de
(AA−1 )p = Inp = In , de même de l’autre côté.
M.
Enfin, le cas particulier des matrices carrées
d’ordre 2 est à connaître sur le bout des doigts. Remarque 1.4.2.
Si M = (mi,j ) ∈ Mn (K), alors

M=
X
mi,j Ei,j .
Définition 1.3.6. 16i,j6n
Le déterminant d’une matrice carrée d’ordre 2
Commençons par donner deux résultats tech-
!
a b
A= est det A = ad − bc.
c d niques, dont la maîtrise se révélera être impor-
tante : vous devrez savoir les retrouver efficace-
ment.

Proposition 1.3.7. ! Lemme 1.4.3 (produit de deux matrices élémen-


a b
Une matrice, carrée d’ordre 2, notée A = taires).
c d
On a
est det A = ad − bc est inversible si et seulement
si son déterminant est non
! nul. Le cas échéant,
(
Ei,` si j=k
1 d −b Ei,j Ek,` = δj,k Ei,` = .
A−1 = . 0 si j 6= k
ad − bc −c a

140
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

Démonstration.
Soit α ∈ [[1, n]]. La αe colonne de Eij × Ekh est Eij Cα où 1. l’échange de deux lignes ou deux colonnes ;
Cα est la αe colonne de Ekh .
Si α =
6 h, Cα = 0n1 , donc toutes les colonnes de Eij ×
2. la multiplication d’une ligne/colonne par un
Ekh sont nulles sauf peut-être la he. scalaire non nul ;
Cette he colonne de Ekh est égale à Eij Ch . Or, Ch = Eh 3. l’addition à une ligne/colonne d’une autre
(voir remarque 1.1.9), donc Eij Ch est la ke colonne de Eij .
Celle-ci est nulle si j 6= k. Sinon, il s’agit du ie vecteur de
ligne/colonne multipliée par un scalaire.
la base canonique de Mn,1 (K). Ces opérations sont notées respectivement :
On en déduit le résultat.
On peut également adopter une démonstration purement 1. Li ↔ Lj et Ci ↔ Cj ;
calculatoire. Notons (mab )(a,b)∈[[1,n]]×∈[[1,q]] les coefficients 2. Li ← λLi avec λ =
6 0 (idem avec des co-
du produit Eij Ekh . Alors, soit (a, b) ∈ [[1, n]] × [[1, q]]. On a
lonnes) ;
p
3. Li ← Li + λLj , avec i 6= j (idem avec des
X
mab = (δai δcj )(δck δbh )
c=1 colonnes).
= (δai δcc )(δjk δbh )
= δjk (δai δbh )

mab est donc le coefficient de la ligne a, colonne b de Définition 1.4.6 (matrices d’opérations élémen-
δjk Eih .
taires).
Soit i, j ∈ J1, nK, λ ∈ K.
Lemme 1.4.4. 1. On appelle matrice d’échange de coefficients
Soit M ∈ Mn (K), dont on note les colonnes i, j la matrice εij = In − Eii − Ejj + Eij + Eji
C1 , . . . , Cn et dont on note les lignes L1 , . . . , Ln . (la dessiner).
Soit 1 6 i, j 6 n.
2. On appelle matrice de dilatation de coeffi-
1. M Ei,j est la matrice dont toutes les colonnes cient i et de rapport λ la matrice Di (λ) =
sont nulles, sauf la j e qui vaut Ci . In + (λ − 1)Eii (la dessiner).
2. Ei,j M est la matrice dont toutes les lignes 3. On appelle matrice de transvection de co-
sont nulles, sauf la ie qui vaut Lj . efficients i, j et de rapport λ la matrice
Tij (λ) = In + λEij (la dessiner).
Démonstration. Remarquons que ces trois matrices sont inver-
Le plus efficace est de réaliser le dessin du produit matriciel. sibles.
On peut aussi effectuer un calcul :
X
M Ei,j = mk,` Ei,j Ek,`
16k,`6n Théorème 1.4.7.
Soit A ∈ Mn (K), et i, j ∈ J1, nK.
X
= mk,` δj,k Ei,`
16k,`6n
1. L’opération Li ↔ Lj est équivalente à la
n

=
X
mj,` Ei,` , multiplication de la matrice A à sa gauche
`=1 par la matrice εij .
ce qui est exactement le résultat annoncé. 2. L’opération Li ← λLi est équivalente à la
On procède de même pour l’autre produit. multiplication de la matrice A à sa gauche
par la matrice Di (λ) = In + (λ − 1)Eii .
Définition 1.4.5. 3. L’opération Li ← Li + λLj est équivalente à
Il existe trois types d’opérations élémentaires sur la multiplication de la matrice A à sa gauche
les lignes et colonnes d’une matrice : par la matrice Tij (λ) = In + λEij .

141
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

Remarque 1.4.10.
4. L’opération Ci ↔ Cj est équivalente à la Si par opérations élémentaires sur les lignes ou les
multiplication de la matrice A à sa droite par colonnes d’une matrice on arrive à In , on obtient
la matrice εij . donc rapidement l’inverse de cette matrice.
5. L’opération Ci ← λCi est équivalente à la
Exercice 1.4.11. !
multiplication de la matrice A à sa droite par 1 3
la matrice Di (λ). Avec A = , montrer que A est inver-
−2 2
6. L’opération Cj ← Cj + λCi est équivalente à sible et calculer A−1 en procédant par opérations
la multiplication de la matrice A à sa droite élémentaires sur les lignes et/ou les colonnes de
par la matrice Tij (λ) = In + λEij (attention A.
aux coefficients !).
1.5 Transposition et matrices symé-
Démonstration. triques
On appelle L1 , . . . , Ln les lignes de A. Tout est basé sur le
fait que Eij A est la matrice nulle où on a rajouté Lj à la
ième ligne (le montrer). Et c’est tout.
Définition 1.5.1.
Soit A ∈ Mn,p (K), A = (aij ). On appelle transpo-
Exemple 1.4.8. sée de A la matrice de dimension p × n notée A>
Calculer et définie par
1 0 0 1 2 3 1 0 0 1 0 0
    
∀i ∈ J1, pK, ∀j ∈ J1, nK, (t A)i,j = aj,i .
0 2 0 4 5 6 0 0 1  2 1 0
    
  
0 0 1 7 8 9 0 1 0 0 0 1

7 3 2
 
Remarque 1.5.2.
On trouve 32 12 10.
  On trouvera parfois aussi la notation t A.
25 9 8 Exemple 1.5.3.
! !> !
 > 4 1 0 1 2
Théorème 1.4.9 (inversion des matrices d’opé- 4 2 = et = .
2 2 3 0 3
rations élémentaires).
On a aussi In = In .
>
Soit i, j ∈ J1, nK, λ ∈ K. Alors, les trois matrices
d’opérations élémentaires introduites ci-dessus
sont inversibles et Proposition 1.5.4.
Soient A, B ∈ Mn,p (K), λ ∈ K.
ε−1
ij = εij ,
1. (A + λB)> = A> + λ B > , i.e. A 7→ A> est
Di (λ)−1 = Di (λ−1 ), linéaire.
Tij (λ)−1 = Tij (−λ). 2. Si C ∈ Mp,q (K), (AC)> = C > A> .
3. (A> )> = A.
4. Si A est inversible, alors A> est inversible et
Démonstration.
Il suffit d’utiliser le résultat précédent. Par exemple, effec- (A−1 )> = (A> )−1 .
tuer le calcul
ε2ij = εij εij In
revient à échanger deux fois les lignes i et j de In . On Démonstration. 1. Élémentaire.
revient donc à la configuration de départ, et donc ε2ij = 2. A = (aij ), C = (cij ), A> = (αij ), C > = (γij ), avec
In . αij = aji , γij = cji , et on conclut par calcul direct.

142
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

3. Élémentaire. 1.6 Inversion de matrices triangulaires.


4. On a AA = In , donc en transposant (A
−1 −1 >
) ×
A> = In> = In .
Lemme 1.6.1.
Remarque 1.5.5. Le produit de deux matrices triangulaires de
La transposition permet de transformer des résul- même type est aussi une matrice triangulaire,
tats sur les colonnes en résultats sur les lignes, et de même type.
inversement. Par exemple, une matrice est inver-
sible si et seulement si ses lignes sont linéairement Démonstration.
indépendantes. On réalisera bien entendu un dessin.

Définition 1.5.6. Théorème 1.6.2.


A ∈ Mn (K) est dite symétrique (resp. antisymé- Une matrice triangulaire est inversible si et seule-
trique) si A = A> (resp. A = −A> ). ment si aucun de ses coefficients diagonaux n’est
On note souvent Sn (K) l’ensemble des matrices nul.
symétriques de dimension n à coefficients dans K, Le cas échéant, l’inverse d’une matrice triangu-
et An (K) celui des matrices antisymétriques. laire est triangulaire, de même type.

On donne ici une preuve élémentaire de ce ré-


Remarque 1.5.7.
sultat, nous en donnerons une plus abstraite (et
Une matrice symétrique ou antisymétrique est
plus efficace) au second semestre.
toujours carrée.
Démonstration.
Exemple
! 1.5.8. Quitte à transposer, il suffit de considérer une matrice
T = (ti,j ) triangulaire supérieure.
!
0 2 1 0
est symétrique, pas . Supposons que pour tout 1 6 j 6 n, tj 6= 0. On effectue
2 1 2 1 pour tout j allant de n à 1 et pour chaque 1 6 i 6 j − 1
l’opération
Exemple
! 1.5.9. ! Li ← Li − ti,j Lj ,
0 −2 1 0
est anti-symétrique, pas . puis l’opération
2 0 0 1 1
Lj ← Lj ,
tj,j
on obtient la matrice identité. Or, toutes les matrices
d’opérations élémentaires utilisées sont triangulaires supé-
Proposition 1.5.10. rieures. Il existe donc des matrices triangulaires supérieures
Les coefficients diagonaux d’une matrice antisy- T1 . . . Tp telles que
métrique sont nuls.
T1 . . . Tp T = In .

Ainsi, avec T 0 = T1 . . . Tp , on a
Démonstration.
Soit i ∈ [[1, n]], on a aii = −aii donc aii = 0. T 0 T = In .

Exercice 1.5.11. Il suffit d’observer qu’avec les mêmes opérations sur les
colonnes, dans l’ordre inverse, on obtient
Soit M ∈ Mn (R). Montrer qu’il existe un unique
couple (A, S) tel que T T 0 = In .
• M =A+S ; Comme produit de matrices triangulaires supérieures, T 0
• A ∈ An (R) ; est triangulaire supérieure. Ainsi, T est inversible et T 0 =
• S ∈ Sn (R). T −1 est triangulaire supérieure.

143
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

Réciproquement, supposons qu’il existe 1 6 i 6 n tel tricielle AX = B, avec A = (aij )16i6n, 16j6p ,
que ti,i = 0. Notons k le plus grand tel indice i. Alors, x1
 
b1
 
en effectuant les mêmes opérations que précédemment, il  ..   .. 
existe une matrice T 0 inversible telle que X =  .  et B =  . .

∗ ... ∗ ∗
 xp bn
 .. .. .. SH s’écrit alors AX = 0.
. . .


∗ ∗ ∗
 
... 
T 0T = 

0 ,
 Définition 2.0.3.

 1 
 Cette matrice A est appelée matrice du système
 ..  S.
 . 
1

les coefficients non inscrits étant nuls. Or, une matrice Théorème 2.0.4. 1. SolH contient toujours
possédant une ligne nulle ou une colonne nulle n’est pas
l’élément (0, . . . , 0) et est stable par com-
inversible : si une matrice A a sa ie ligne nulle, alors pour
toute matrice B la ie ligne de AB sera nulle, donc AB 6= In . binaison linéaire.
Ainsi, T 0 T n’est pas inversible, donc T 0 étant inversible, 2. L’ensemble Sol est :
T ne l’est pas.
• soit vide ;
• soit non vide, et dans ce cas, si X0 =
2 Systèmes linéaires (x1 , . . . , xp ) est un élément de Sol, alors
Sol= {X0 + XH , XH ∈ SolH }, ce que l’on
Rappel 2.0.1. note SolH + (x1 , . . . , xp ).
On appelle système linéaire à n équations et p Par conséquent, Sol contient 0, 1 ou une infi-
inconnues tout système de la forme : nité d’éléments.

+ . . . + a1p xp = b1


 a11 x1 Démonstration.
On utilise les notations matricielles, le système S s’écrivant

 . . .
S : AX = B, avec A ∈ Mn,p (K) et B ∈ Mn,1 (K). Le
. . .
système homogène associé à S est SH : AX = 0. Soit


+ . . . + anp xp = bn


an1 x1 X, Y ∈ Mp,1 (K) et λ, µ ∈ K. On a bien
   
où les aij et les bi sont dans K, et les xi sont les 0 0
 ..   .. 
inconnues. A × . = . ,
On dit que le système est compatible s’il admet 0 0
une solution. donc le vecteur nul est solution du système homogène. De
Le système homogène associé est le système : plus, si X et Y sont solutions de SH , alors
 
0
+ . . . + a1p xp = 0

A(λX + µY ) = λAX + µAY =  ...  .

 a11 x1  

 . . .
0
 . . .
Notamment, si X est une solution de SH , tous les vecteurs

+ . . . + anp xp = 0


an1 x1
colinéaires à X seront aussi solution de SH , donc SH est
infini.
Dans la suite nous noterons S le premier Ensuite, soit X0 ∈ Mn,1 (K) solution de S. On a
système et SH son système homogène associé, X ∈ Sol ⇔ AX = B
et nous noterons Sol et SolH leurs ensembles de
⇔ AX = AX0
solutions respectifs.
⇔ A(X − X0 ) = 0
⇔ X − X0 ∈ SolH ,
Remarque 2.0.2. ce qui montre bien que Sol = { X0 + XH | XH ∈ SolH }.
Le système S peut aussi s’écrire sous forme ma-

144
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

Remarque 2.0.5.
Si SolH 6= {(0, . . . , 0)}, alors SolH est infini.
Exemple 2.0.6.
On considère le système
(
x + 3y = 2
2y + z = 1

Le système homogène associé est


(
x + 3y = 0
2y + z = 0

Si (x, y, z) ∈ R3 , on a
   
( x −3
x + 3y = 0
⇔ y  = y  1  .
   
2y + z = 0
z −2

Ainsi, l’ensemble des solutions homogènes est une


droite vectorielle dirigée par le vecteur de coor-
données (−3, 1, −2).
De même, si (x, y, z) ∈ R3 , on a
(
x + 3y = 2
2y + z = 1
2
     
x −3
⇔ y  = 0 + y  1  .
     
z 1 −2

Ainsi, l’ensemble des solutions du système est


une droite passant par le point de coordonnées
(2, 0, 1) et dirigée par le vecteur de coordonnées
(−3, 1, −2).

145
CHAPITRE IX. CALCUL MATRICIEL

146
Chapitre X

Relations d’ordre et d’équivalence.


Sommaire
1 Relations binaires. . . . . . . . . . . . . 148
2 Relations d’équivalence. . . . . . . . . . 149
3 Relations d’ordre. . . . . . . . . . . . . . 150
4 Majorants, minorants et compagnie. . . 150
4.1 Majorants, minorants. . . . . . . . . . 151
4.2 Plus grand et plus petit éléments. . . . 151
4.3 Bornes supérieure et inférieure. . . . . 151
4.4 Application aux fonctions réelles. . . . 153
5 Relation d’ordre naturelle sur N. . . . . 154
6 Relation d’ordre naturelle sur R. . . . . 154
6.1 Opérations usuelles. . . . . . . . . . . 154
6.2 Propriété de la borne supérieure. . . . 155
6.3 Caractère archimédien de R et partie
entière. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 156
a Propriété d’Archimède. . . . . . . 156
b Partie entière. . . . . . . . . . . . 156
c Densité de Q dans R. . . . . . . . 157
d Approximations décimales. . . . . 157
6.4 Intervalles de R. . . . . . . . . . . . . . 157
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.

Dans tout ce chapitre, E est un ensemble.


(i) réflexive si ∀x ∈ E, xRx.
(ii) transitive si ∀x, y, z ∈ E, (xRy et yRz) ⇒
1 Relations binaires. xRz.
(iii) symétrique si ∀x, y ∈ E, xRy ⇒ yRx.
Définition 1.0.1. (iv) antisymétrique si ∀x, y ∈ E, (xRy et yRx)
On appelle relation binaire tout triplet R = ⇒ x = y.
(E, F, Γ) où E et F sont des ensembles et où Γ est
une partie de E × F . Au lieu de noter (x, y) ∈ Γ,
on note xRy ce qui se lit : x est en relation avec Remarque 1.0.7.
y. Ces propriétés peuvent être décelées sur un graphe
de la relation binaire, défini en 1.0.4.

Remarque 1.0.2. Exemple 1.0.8. • « Aimer » ne vérifie au-


On considèrera uniquement des relations binaires cune de ces propriétés.
sur un seul ensemble E, i.e. avec E = F . • L’égalité est réflexive, symétrique, antisy-
métrique et transitive.
Exemple 1.0.3. • « Aimer » est une relation • Soit f : R → R et xRy ssi y = f (x) :
binaire : Brandon aime Sue Ellen mais Sue les propriétés de cette relation dépendent
Ellen n’aime pas Brandon. On voit sur cet du choix de f mais ne vérifie aucune de
exemple qu’en général xRy n’implique pas ces propriétés en général (considérer par
yRx. exemple f : x 7→ x + 1 et f : x 7→ x).
• L’égalité est l’exemple le plus courant de • 6 est réflexive, transitive et antisymétrique
relation binaire. sur R.
• Soit f : R → R. On peut définir pour tous • < est transitive et antisymétrique sur R.
x, y ∈ R, xRy ssi y = f (x) (on a en fait • ⊂ est réflexive, transitive et antisymétrique
défini ainsi une application via son graphe). sur P(E).
• Sur R, 6 et < (autre exemple où xRy est • la divisibilité sur N est réflexive, transitive
vrai mais yRx est faux). et antisymétrique.
• ⊂ est une relation binaire sur P(E). • la divisibilité sur Z est réflexive et transitive
• les divisibilités sur N et Z. mais pas antisymétrique.
Remarque 1.0.4. Démonstration. • Montrons le résultat pour ⊂ :
Une relation binaire sur un ensemble E fini peut Soient A, B, C ∈ P(E).
être représentée au moyen d’un graphe dont les • On a bien entendu A ⊂ A, donc ⊂ est réflexive.
• On suppose A ⊂ B et B ⊂ C. Alors A ⊂ C et
sommets sont les éléments de E et dont les arêtes donc ⊂ est transitive.
sont orientées d’un sommet à l’autre : une flèche • On suppose A ⊂ B et B ⊂ A. Alors A = B, et ⊂
allant de x à y signifie xRy. est antisymétrique.
• Montrons le résultat pour la divisibilité sur N :
Exercice 1.0.5. soient n, p, q ∈ N.
Déterminer le graphe de la relation 6 sur • On a n = 1 × n donc n|n.
{0, 1, 2, 3}. Faire de même pour la relation |. • Si n|p et p|q, alors il existe k, ` ∈ N tels que p = kn
et q = `p, donc q = (`k)n et ainsi n|q.
• Si n|p et p|n, alors il existe k, ` ∈ N tels que p = kn
et n = `p, donc n = (`k)n et ainsi `k = 1. Mais ` et
Définition 1.0.6. k sont deux entiers naturels et sont donc égaux à 1,
Soit R une relation binaire sur E. On dit que R donc n = p.
est : Dans le cas de la divisibilité dans Z, on aurait pour
ce point k, ` ∈ Z, et donc `k = 1 serait aussi vérifié

148
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.

si k = ` = −1, et en effet si n = −p on a bien n|p


et p|n, mais n 6= p ! on appelle classe d’équivalence de x l’ensemble
{ y ∈ E | xRy }, que l’on note parfois x.

2 Relations d’équivalence. Exercice 2.0.4.


Compléter le graphe suivant (voir figure X.1) avec
le moins de flèches possibles de manière à obtenir
Définition 2.0.1. le graphe d’une relation d’équivalence. Identifier
On appelle relation d’équivalence toute relation les classes d’équivalences.
binaire réflexive, transitive et symétrique.
b e

Exemple 2.0.2.
f
• L’égalité sur E est l’exemple le plus classique
de relation d’équivalence.
a c d
• La relation de congruence modulo n sur Z en
est aussi une : on fixe n ∈ Z non nul, et on dit
que deux entiers p et q sont congrus modulo n s’il Figure X.1 – À compléter (voir exercice 2.0.4).
existe k ∈ Z tel que p = q + kn, ce qui se note
p = q[n] ou p ≡ q[n].
• Si x ∈ R, on définit sur R la relation d’équiva-
lence modulo x par a ≡ b [x] s’il existe k ∈ Z tel
que a − b = kx. Proposition 2.0.5.
Attention, cette relation n’est pas compatible Soit E un ensemble et R une relation d’équiva-
avec la multiplication. lence sur E. Soit (x, y) ∈ E 2 . Alors,
• Sur Rn , on a la relation d’équivalence : M RN 1. x ∈ x.
−−→ −−→
si OM et ON sont colinéaires. C’est le point de
2. xRy ⇐⇒ x ∈ y.
départ de la géométrie projective.
• Sur Mn (K), deux matrices M et N sont dites 3. xRy ⇐⇒ x = y.
semblables si ∃P ∈ GLn (K), M = P −1 N P . Cela
définit une relation d’équivalence.
Démonstration.
• Sur Mn (K), deux matrices M et N sont dites Le premier point découle de la réflexivité. Le second découle
équivalentes si ∃(P, Q) ∈ GLn (K)2 , M = Q−1 N P . de la définition de y. Pour le troisième, il s’agit de montrer
Cela définit une relation d’équivalence. l’équivalence. Le sens direct se fait en montrant une double
• Sur un intervalle I, et parmi les fonctions de inclusion, qui découle de la transitivité. Le sens indirect
découle du premier point et du second.
classe C 1 sur I, on peut considérer la relation «
f et g sont deux primitives d’une même fonction
», i.e. f 0 = g 0 . C’est une relation d’équivalence,
qui donne son sens à la manipulation du symbole Définition 2.0.6.
x
Soit E un ensemble, (Ai )i∈I une famille de parties
Z
de primitivation générique .
de E indexée par un ensemble I. On dit que
(Ai )i∈I est une partition de E si les éléments de
Définition 2.0.3. cette famille sont tous non vides, sont disjoints et
Soit E un ensemble et R une relation d’équiva- si leur réunion vaut E.
lence sur E. Alors, pour tout élément x de E,

149
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.

Exemple 3.0.3.
Proposition 2.0.7. 1. Si R est une relation Reprendre tous les exemples précédents et repérer
d’équivalence sur E, alors l’ensemble des les relations d’ordre.
classes d’équivalences de R forme une parti-
tion de E.
2. Réciproquement, si (Ai )i∈I est une partition Définition 3.0.4.
de E, alors la relation binaire définie sur E Soit 4 une relation d’ordre sur E.
par xRy si ∃i ∈ I, (x ∈ Ai ) ∧ (y ∈ Ai ) est
1. On dit que x, y ∈ E sont des éléments com-
une relation d’équivalence.
parables si x 4 y ou y 4 x.
2. On dit que 4 est une relation d’ordre totale
Nous introduisons maintenant dans un but (ou que cet ordre est total) si tous les éléments
culturel l’ensemble quotient (hors programme). de E sont comparables deux à deux. Sinon la
relation est dite partielle (ou l’ordre est dit
partiel).
Définition 2.0.8.
Si R est une relation d’équivalence sur E, on
appelle ensemble quotient de E par R l’ensemble Exemple 3.0.5. • On définit la relation
des classes d’équivalences, noté E/R. d’ordre usuelle sur N, notée 6 par : a 6 b si
∃k ∈ N, b = a+k. C’est une relation d’ordre
totale.
Exemple 2.0.9. • La relation d’ordre usuelle 6 sur R est to-
Si f : E → F est une application, la relation tale : quand on choisit deux réels, il y en
binaire sur E définie par xRy si f (x) = f (y) a toujours un des deux qui est inférieur ou
est une relation d’équivalence. Quelle est alors la égal à l’autre.
partition qui lui est naturellement associée ? On • La relation d’ordre ⊂ sur P(E) est partielle
pourra alors se poser la question suivante : y a- (si Card E > 2) : en effet, quand on choisit
t-il un moyen naturel de construire une injection deux parties de E, il n’y a aucune raison
f˜ : E/R → F ? pour que l’une soit incluse dans l’autre.
• La relation de divisibilité sur N est une re-
Exemple 2.0.10.
lation d’ordre partielle : quand on choisit
On manipule naturellement certains ensembles
deux entiers positifs, l’un n’est pas forcé-
quotients : les vecteurs de Rn et les fractions, par
ment multiple ou diviseur de l’autre.
exemple.
Exercice 3.0.6.
Compléter le graphe suivant (voir figure X.2)
3 Relations d’ordre. avec le moins de flèches possibles de manière à
obtenir le graphe d’une relation d’ordre  sur
E = {a, b, c, d, e, f, g} : la flèche x ← y signifie
Définition 3.0.1. x  y. Continuer ensuite avec l’exercice 4.3.3.
On appelle relation d’ordre toute relation binaire
réflexive, transitive et antisymétrique.
4 Majorants, minorants et com-
pagnie.
Remarque 3.0.2.
L’usage est de noter 4, parfois 6, les relations Dans toute cette section, 4 est une relation
d’ordre. d’ordre sur E et A est une partie de E.

150
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.

b d f
maximum (resp. plus petit élément ou minimum)
de A si x est un majorant (resp. minorant de A)
a
ET x ∈ A.
c e g
Exemple 4.2.2.
Figure X.2 – À compléter (voir exercice 3.0.6). • I = [−1, 2[ a un plus petit élément, mais pas de
plus grand élément. En effet, −1 est un minorant
de I et −1 ∈ I. Mais supposons par l’absurde
que I ait un plus grand élément M . Alors M ∈ I,
4.1 Majorants, minorants.
donc M < 2. Ainsi il existe a ∈]M, 2[, donc a ∈ I
et M < a, ce qui est en contradiction avec le fait
que M majore I.
Définition 4.1.1. (i) On dit que A est majorée
• R n’est ni majoré ni minoré, donc n’a ni plus
(resp. minorée) pour 4 s’il existe un élément
grand ni plus petit élément.
M ∈ E tel que pour tout a ∈ A, a 4 M
(resp. M 4 a) ; on dit alors que M est UN
majorant (resp. minorant) de A ou que M
Théorème 4.2.3.
majore (resp. minore) A.
Si A a un plus grand élément, ce dernier est unique.
(ii) on dit que A est bornée si elle est à la fois Il en est de même pour un petit élément, s’il existe.
majorée et minorée. Dans le cas d’existence, le plus grand élément de
A est alors noté max A, et le plus petit élément
de A est noté min A.
En général, une partie majorée a plu-
sieurs majorants, et peut même en avoir une infi- Démonstration.
nité ! On suppose que A a deux maxima : ils sont alors récipro-
quement plus grand l’un que l’autre, et par antisymétrie
ils sont égaux.
Exemple 4.1.2.
Exemple 4.2.4.
• [1, 2] dans R est majoré par tout réel x tel que
Dans N muni de la relation d’ordre | : 0 est le
2 6 x, et minoré par tout réel y tel que y 6 1.
plus grand élément et 1 est le plus petit. En effet
• ] − ∞, 2[ est majoré mais non minoré.
tout entier divise 0, et 1 divise tout entier.
• Pour la relation ⊂, P(E) est minorée par ∅ et
majorée par E. Exercice 4.2.5.
En reprenant les notations de l’exercice 4.1.3, dé-
Exercice 4.1.3.
terminer si A possède un maximum, ainsi qu’un
On considère dans P(Z) muni de ⊂ la partie
minimum.
A = { J0, nK | n ∈ N }.
Déterminer l’ensemble des minorants et celui
des majorants de A. 4.3 Bornes supérieure et inférieure.

4.2 Plus grand et plus petit éléments.


Définition 4.3.1. (i) S’il existe, le plus petit
élément de l’ensemble des majorants de A
Définition 4.2.1. est appelé la borne supérieure de A et noté
On dit que x ∈ E est un plus grand élément ou sup A.

151
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.

3. C = { 2p + 1 | p ∈ N }
(ii) S’il existe, le plus grand élément de l’en-
4. D = { 2p | p ∈ N }
semble des minorants de A est appelé la
borne inférieure de A et noté inf A.
Proposition 4.3.6.
Soit A ⊂ E et M ∈ E.
Il y a une grosse différence entre max 1. Si A admet une borne supérieure, alors
et sup : le premier doit appartenir à A, pas le sup A 4 M ⇔ ∀x ∈ A x 4 M .
deuxième.
2. (M = sup A) si et seulement si M vérifie
deux points :
Exemple 4.3.2. (i) M majore A
I = [−1, 2[ a une borne inférieure et une borne (ii) si x ∈ E et x ≺ M , alors il existe a ∈ A
supérieure : l’ensemble des minorants de I est tel que x ≺ a 4 M .
] − ∞, −1], qui admet −1 comme maximum, et
donc −1 est la borne inférieure de I. De même
[2, +∞[ est l’ensemble des majorants de I, et il Remarque 4.3.7.
admet 2 comme minimum, donc 2 est la borne L’idée est la suivante : si on peut « caser » un
supérieure de I. élément de E entre M et A, ce qui revient en fait
à trouver un majorant de A plus petit que M ,
Exercice 4.3.3. alors M n’est pas la borne supérieure de A : la
On reprend l’exercice 3.0.6. Répondre aux ques- borne supérieure « colle » à A.
tions suivantes.
Démonstration. 1. ⇒ : car sup A est un majorant de
1. Cet ordre est-il total ? Si ce n’est pas le cas, A.
donner deux éléments non comparables. ⇐ : car sup A est le plus petit majorant de A.
2. Remarquons qu’ici, x ≺ y signifie x 4 y et x 6= y.
2. E est-il majoré ? Possède-t-il un plus grand Par définition d’une borne supérieure, il suffit pour
élément ? Une borne supérieure ? montrer cette équivalence de démontrer que le point
3. Même question avec {c, d}. (ii) équivaut à : M est le plus petit majorant de A.
Supposons que nous avons (ii). Soit alors N un ma-
4. Même question avec {d, e}. jorant de A, tel que N ≺ M . Alors avec (ii), il existe
a ∈ A tel que N ≺ a. Ceci est absurde car N majore
5. Même question avec {b, d, e}. A, donc M 4 N : M est bien inférieur à tout majo-
6. Même question avec {a, c, f }. rant de A.
Suposons réciproquement que M est le plus petit
Exercice 4.3.4. majorant de A. Soit x ∈ E tel que x ≺ M . Alors, x
En reprenant les notations de l’exercice 4.1.3, dé- étant plus petit que M , x n’est pas un majorant de
A. En prenant la négation de la phrase « x majore
terminer si A possède une borne supérieure, ainsi
A », nous obtenons : il existe a ∈ A tel que x ≺ a.
qu’une borne inférieure. Mais si de plus M majore A, alors a 4 M et nous
avons fini.
Exercice 4.3.5.
Ce dernier raisonnement sera très souvent utilisé dans
On considère la relation d’ordre | sur N. Déter- les exercices.
miner les ensembles des minorants et majorants
des parties suivantes, puis dire si ces parties sont
majorées, minorées, admettent un maximum, un
minimum, une borne supérieure ou inférieure (que Théorème 4.3.8.
l’on déterminera le cas échéant). Si A possède un maximum (resp. minimum), alors
A a une borne supérieure (resp. inférieure) et
1. A = {1}
cette borne est justement le maximum (resp. le
2. B = {2, 3}

152
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.

minimum) de A : sup A = max A (resp. inf A = d’une fonction est donc un majorant ou minorant
min A). ATTEINT.
On appelle extremum de f tout minimum ou
Démonstration.
maximum de f .
On ne donne la démonstration que pour la borne supérieure
(c’est la même pour la borne inférieure) : soit E l’ensemble
des majorants de A. Il faut montrer que E a un plus petit
élément. Par définition max A est un majorant de A, donc Les extrema sont uniques mais peuvent
max A ∈ E . Soit M ∈ E . M est plus grand que tout être atteints plusieurs fois. Considérer pas
élément de A, or max A appartient à A donc A 4 M , et exemple les fonctions continues périodiques
ce pour tout M de E : max A est donc un minorant de
comme sin ou cos.
E . De ces deux points on tire max A = min E , et donc
max A = sup A.
Exemple 4.4.3.
4.4 Application aux fonctions réelles. • x 7→ x2 admet un minimum mais pas de majo-
rant sur R.
• Arctan est majorée et minorée sur R, mais n’ad-
Définition 4.4.1. met ni minimum ni maximum.
Soient A une partie de R et f : A → R.
(i) On dit que f est majorée (resp. minorée) Définition 4.4.4.
sur A si f (A) l’est pour la relation naturelle Si l’ensemble f (A) admet une borne supérieure
sur R, i.e. : ∃M ∈ R ∀x ∈ A f (x) 6 M (resp. une borne inférieure), alors cette dernière est
(resp. M 6 f (x)). Dans ce cas on dit que M appelée la borne supérieure (resp. inférieure) de
est un majorant (resp. minorant) de f , ou f sur A. On la note sup f ou sup f (x) ([Link] f
que M majore (resp. minore) f . A x∈A A
ou inf f (x)). Ainsi sup f (A) = sup f .
(ii) On dit que f est bornée si elle est majorée x∈A A
et minorée. Ceci est équivalent à : |f | est
majorée.
Théorème 4.4.5.
Si f admet un maximum (resp. un minimum) sur
A, alors f admet également une borne supérieure
Un majorant ou minorant ne doit pas
(resp. une borne inférieure) sur A, et sup f =
dépendre de la variable de la fonction ! Ainsi sur A
R+ , x 7→ x n’est pas un majorant de sin, bien max f (resp. inf f = min f ).
A A A
que ∀x ∈ R+ , sin x 6 x. Un majorant est une
CONSTANTE.
Exercice 4.4.6.
Soit

Définition 4.4.2. f : R → R
Si l’ensemble f (A) a un maximum (resp. un x 7→ max (0, Arctan(x))
minimum), alors ce dernier est appelé le maxi-
mum (resp. minimum) de f sur A, et noté max f Déterminer les ensembles de majorants et de mi-
A
norants de f , puis si f admet un maximum, un
ou max f (x) (resp. min f ou min f (x)). Ainsi
x∈A A x∈A minimum, une borne supérieure ou inférieure (que
max f (A) = max f . Un maximum ou minimum l’on déterminera le cas échéant). Tracer l’allure
A
de la fonction

153
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.

5 Relation d’ordre naturelle sur


Corollaire 5.0.2.
N. Toute partie non vide minorée (resp majorée) de
Z possède un plus petit (resp. grand) élément.
La relation naturelle est la relation usuelle 6.
Démonstration.
Théorème 5.0.1. Soit A ⊂ Z avec A 6= ∅ et m un minorant de A (resp. M
Toute partie non vide de N possède un plus petit un majorant de A). On pose B = { n − m | n ∈ A } (resp.
élément. B = { M − n | n ∈ A }).
Alors B est une partie non vide de N.
Donc B possède un plus petit (resp. plus grand) élément.
On donne ici deux démonstrations de cette pro- On en déduit le résultat.
priété. On remarquera que l’on utilise ici des ré-
currences et que l’on a montré le principe de récur- Exercice 5.0.3.
rence en utilisant cette propriété : cette dernière Soit A ∈ Mn (K) une matrice nilpotente (i.e. il
est donc équivalente au principe de récurrence. existe p ∈ N vérifiant Ap = 0).
Montrer qu’il existe n0 ∈ N∗ tel que An0 −1 = 6 0
Démonstration.
et An0 = 0.
Soit A ⊂ N, tq A 6= ∅, et soit a0 ∈ A. On suppose que A
n’a pas de plus petit élément. Puisque a0 ∈ A, a0 ne peut Cet entier n0 s’appelle l’indice de nilpotence de
pas être un minorant de A, sinon ce serait un minimum. A.
Donc il existe a1 < a0 dans A. Mais de même, a1 ne peut
pas être un minorant, donc il existe a< a1 dans A. Par
récurrence, on construit une suite d’éléments de A (an ) tq 6 Relation d’ordre naturelle sur
pour tout n, an+1 < an , ou encore an+1 6 an − 1, donc à
nouveau par récurrence on a : R.
∀n ∈ N an 6 a0 − n
On admettra l’existence de R et les propriétés
Cette proposition est en particulier vraie pour l’entier a0 +1, usuelles sur R.
c’est-à-dire : aa0 +1 6 a0 − a0 − 1. Mais ceci est absurde
car aa0 +1 ∈ N.
6.1 Opérations usuelles.
Démonstration.
Notons, pour n ∈ N, P (n) l’assertion «toute partie de
N contenant l’entier n possède un plus petit élément».
Montrons ∀n ∈ N P (n) par récurrence forte. Théorème 6.1.1 (Compatibilité de la relation
• Toute partie de N contenant l’entier 0 possède 0 d’ordre avec l’addition et la multiplication).
pour plus petit élément. Donc on a clairement P (0). On a, ∀x, y, z ∈ R,
• Soit n ∈ N. Supposons que pour tout k 6 n, on a
P (k) et montrons P (n + 1). x6y ⇒x+z 6y+z
Soit A une partie de N contenant l’entier n+1. Alors
ou bien A contient un entier k strictement inférieur et
à n + 1, ou bien elle n’en contient pas. (x 6 y et 0 6 z) ⇒ xz 6 yz.
— Dans le premier cas, on sait qu’on a P (k), donc
A admet un plus petit élément. On en déduit les règles usuelles de manipulation
— Dans le second, cela signifie que n + 1 est le des inégalités, pour tous x, y, x0 , y 0 ∈ R :
plus petit élément de A. A admet donc un plus
petit élément. (x 6 y et x0 6 y 0 ) ⇒ x + x0 6 y + y 0
On a donc P (n + 1).
Donc P est héréditaire.
(0 6 x 6 y et 0 6 x0 6 y 0 ) ⇒ xx0 6 yy 0
On a donc x 6 y ⇒ −y 6 −x
∀n ∈ N P (n)
1 1
On en déduit le résultat : 0<x6y⇒0< 6 .
Soit A une partie non vide de N. Alors A possède un y x
élément n, or on a P (n), donc A possède un plus petit Tout cela reste vrai avec des inégalités strictes.
élément n.

154
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.

Remarque 6.1.2. 6.2 Propriété de la borne supérieure.


Les résolutions d’inéquations sur R se résolvent
Cette propriété fait partie des propriétés
la plupart du temps par factorisation, puis par
inhérentes à R de par sa construction.
l’établissement d’un tableau de signe. Lors d’une
multiplication ou d’une division, on fera particu-
lièrement attention à mener une disjonction de
cas sur le signe de la quantité manipulée.
Théorème 6.2.1.
Exercice 6.1.3. Toute partie non vide majorée (resp. minorée) de
Résoudre les inéquations suivantes. R admet une borne supérieure (resp. inférieure)
dans R.
x−1 1
1. >2 3. þ(x) > Remarque 6.2.2.
x+3 2
√ C’est un résultat d’existence : il assure l’existence
x−1 1−x
2. √ <1 4. −1 < <1 d’un objet sans donner sa valeur. Ce théorème
10 − x 1+x
est tout à fait inutile pour calculer une borne sup.
Au mieux, il permet de montrer que la borne sup
d’un ensemble existe, et donc on peut en parler
Définition 6.1.4. (ce qui est interdit sinon).
On appelle droite achevée l’ensemble R = R ∪ Il est cependant fondamental dans un grand
{−∞, +∞}, où −∞ et +∞ sont deux éléments nombre de résultats théoriques qui servent tous
distincts n’appartenant pas à R. De plus, on pro- les jours : TVI, théorèmes de la limite monotone,
longe l’ordre sur R, l’addition et la multiplication de Rolle, TAF, construction de l’intégrale ...
de façon à avoir les propriétés suivantes :
(i) Prolongement de l’ordre : ∀x ∈ R −∞ <
x < +∞. Corollaire 6.2.3.
(ii) Prolongement de l’addition : pour tout x ∈ Toute partie de R̄ admet une borne supérieure
R, on a x + +∞ = +∞, x + (−∞) = −∞, (resp. inférieure) dans R̄.
+∞ + +∞ = +∞, −∞ + (−∞) = −∞.
(iii) Prolongement de l’opposé : −(+∞) = −∞, Démonstration.
Soit A une partie de R̄. Et posons A0 = A ∩ R.
−(−∞) = +∞.
• Si +∞ ∈ A, alors A admet +∞ pour maximum.
(iv) Prolongement de la multiplication : pour • Dans le cas contraire, on a les possibilités suivantes :
tout x ∈ R̄ \ { 0 }, +∞ × x = +∞ si x > 0, — Si A0 est vide, alors A admet −∞ pour borne
supérieure.
+∞ × x = −∞ si x < 0 et (−∞) × x = — Si A0 est non vide alors on a deux possibilités :
−(+∞ × x). — Si A0 est non majorée dans R, alors A admet
1 +∞ comme borne supérieure.
(v) Prolongement de l’inverse : = 0 et — Si A0 est majorée dans R, alors d’après la
+∞
1 propriété de la borne supérieure, elle ad-
=0. met une borne supérieure M dans R. Cette
−∞ borne supérieure est aussi une borne supé-
rieure de A dans R̄.

Remarque 6.2.4.
Il y a des formes indéterminées : + et Dans le cas d’une fonction réelle (définie sur un
× ne sont pas des lois de composition interne sur ensemble non vide), l’image de cette fonction est
R. forcément non vide.

155
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.

Ainsi, une fonction réelle majorée admet une 6.3 Caractère archimédien de R et par-
borne supérieure et une fonction réelle minorée tie entière.
admet une borne inférieure.
a Propriété d’Archimède.
On a aussi une caractérisation fort utile des
bornes supérieures et inférieures.
Proposition 6.3.1.
Soient deux réels x et y tels que x > 0. Alors il
existe un entier N tel que N x > y.
Proposition 6.2.5. 1. Soit A une partie non
vide, majorée de R. Alors, a ∈ R est la
borne supérieure de A si et seulement si • Slogan : « quelle que soit la taille de nos en-
∀x ∈ A, x 6 a et ∀ε > 0, ∃x ∈ A∩]a − ε, a]. jambées, on peut aller au bout du monde si on
2. Soit A une partie non vide, minorée de R. fait assez de pas ».
Alors, a ∈ R est la borne inférieure de A si et Démonstration.
seulement si ∀x ∈ A, x > a et ∀ε > 0, ∃x ∈ Soit A = {nx|n ∈ N}. On souhaite montrer que A n’est
pas majoré et l’on raisonne par l’absurde. Si A est majoré,
A ∩ [a, a + ε[.
comme 0 = 0x ∈ A, A est aussi non vide et par la propriété
de la borne supérieure, A admet une borne supérieure, que
nous noterons α. Remarquons que α − x < α, donc α − x
Démonstration. ne majore pas A, donc il existe n ∈ N tel que α − x < nx.
On ne démontre que la partie concernant les bornes supé- On a alors α < (n + 1)x, ce qui contredit le fait que α
rieures, l’autre en découle immédiatement. majore A. Ainsi, A n’est pas majoré.
Supposons d’abord que a est la borne supérieure de
A. Alors, a majore A et donc ∀x ∈ A, x 6 a. Soit ε > 0, Exercice 6.3.2.
a−ε < a et a−ε n’est donc pas un majorant de A. Il existe En revenant aux définitions vues en terminale,
donc x ∈ A vérifiant a − ε < x et, comme a majore A, on 1
a x 6 a, ce qui permet de conclure pour cette implication. montrer que −−−−−→ 0.
n n→+∞
Réciproquement, si a vérifie : ∀x ∈ A, x > a et ∀ε >
0, ∃x ∈ A∩]a − ε, a]. Ainsi, a est bien un majorant de A.
Montrons que c’en est le plus petit. Sinon, il existerait b Partie entière.
b ∈ R majorant A, avec b < a. Alors, ]b, a[∩A = ∅, ce qui
contredit l’hypothèse. a est donc la borne supérieure de
A.
Définition 6.3.3.
Exercice 6.2.6. Soit x ∈ R, il existe un unique entier, noté bxc
Soit (un ) une suite rélle croissante et majorée. (parfois E(x) ou E(x)) et que l’on appelle partie
Montrer que ` = sup { un | n ∈ N } existe. entière de x, vérifiant : bxc 6 x < bxc + 1.
En utilisant la définition de limite vue en ter-
minale, montrer que un −−−−−→ `. Démonstration.
n→+∞
Est-ce toujours le cas si (un ) n’est pas bornée ? Soit A = {k ∈ Z | k 6 x}.
La propriété d’Archimède implique qu’il existe k ∈ N
Remarque 6.2.7 (passage à la borne supérieure). tel que k × 1 > −x, donc −k 6 x, donc −k ∈ A. Ainsi, A
Soit A une partie non vide de R, soit M ∈ R est non vide.
Une seconde fois, la propriété d’Archimède implique
vérifiant qu’il existe ` ∈ N tel que ` × 1 > x. Ainsi, si k ∈ A, alors
∀a ∈ A, a 6 M. k 6 x 6 `, donc A est majorée par `.
Ainsi, A est une partie non vide et majorée de Z, donc
Alors, M est un majorant de A, donc sup(A) 6 A possède un plus grand élément, noté n. On a alors n 6 x
et comme n + 1 > n, n + 1 ∈ / A donc n + 1 > x, d’où
M.
l’existence.
Cet enchaînement est souvent couvert par la Soit N un entier vérifiant N 6 x < N + 1. Alors N ∈ A.
locution « par passage à la borne supérieure ». De plus, si k ∈ A, alors k 6 x < N + 1 donc k < N + 1

156
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.

donc k 6 N . N est donc bien le plus grand élément de A, d Approximations décimales.


d’où l’unicité.

Remarque 6.3.4.
On vient de montrer que bxc est le plus grand Définition 6.3.8.
entier relatif inférieur ou égal à n. On peut très Soit x un réel et ε un réel strictement positif. On
bien définir bxc de cette manière, et voir la défi- appelle valeur approchée de x à la précision ε tout
nition 6.3.3 comme une caractérisation de bxc. réel y tel que |x − y| 6 ε. Si y 6 x on dit que y
est une valeur approchée par défaut, si y > x, on
Remarque 6.3.5. dit que y est une valeur approchée par excès.
Ce résultat permet de montrer que si deux réels x
et y vérifient y −x > 1, il existe un entier n tel que
x < n < y : il suffit de prendre n = bxc + 1. On a • Souvent on cherche des valeurs approchées qui
alors x < n et aussi n 6 x + 1 < x + (y − x) = y. soient des décimaux.

Ne pas confondre la partie entière


avec la troncature. Ainsi b−3, 2c = −4 et non −3 ! Théorème 6.3.9.
Soit a ∈ R. Pour tout entier n on note an =
b10n ac 0 = b10 ac + 1 . Alors a et a0 sont
n
et a n
10n n
10n n
c Densité de Q dans R. respectivement des valeurs approchées par défaut
et excès de a à 10−n près, qui de plus sont des
décimaux.
Théorème 6.3.6.
Tout intervalle ouvert non vide rencontre Q. Au- Démonstration.
trement dit, soient x, y des réels tels que x < y ; Évident par propriété de la partie entière.
alors il existe un nombre rationnel q tel que Exercice 6.3.10.
x < q < y. Calculer une approximation décimale de 1/7 à
10−5 près.
Démonstration.
D’après la propriété d’Archimède, on peut trouver un entier Ce dernier résultat a pour corollaire le résultat
naturel non nul r tel que r(y − x) > 1. D’après la remarque fondamental suivant :
précédente, il existe un entier p ∈ Z tel que rx < p < ry.
En posant q = p/r on a le résultat.
Corollaire 6.3.11.
Tout réel est limite d’une suite de rationnels.
Corollaire 6.3.7.
Tout intervalle ouvert non vide rencontre R \ Q.
Exercice 6.3.12.
Autrement dit, soient x, y des réels tels que x < y ;
Soit f : R → R une fonction continue vérifiant
alors il existe un nombre irrationnel q tel que
∀q ∈ Q, f (q) = q.
x < q < y.
Quelle est cette fonction f ?

Démonstration.
En vertu du théorème précédent, il existe un rationnel r
6.4 Intervalles de R.
√ √
non nul
√ entre x 2 et y 2. En effet, si 0 6 x < y, on a Il existe neuf types d’intervalles dans R (avec
r > x 2 donc r 6= 0, si x < y > 0, même raisonnement, et
si x < 0 < y, on applique le théorème précédent à 0 et y par
a, b ∈ R) :
r
exemple pour obtenir r. Il suffit alors de prendre q = √ . 1. [a, b] = {x ∈ R | a 6 x 6 b} ;
√ 2
q est forcément irrationnel, sinon 2 serait rationnel. 2. [a, b[= {x ∈ R | a 6 x < b} ;

157
CHAPITRE X. RELATIONS D’ORDRE ET D’ÉQUIVALENCE.

3. ]a, b] = {x ∈ R | a < x 6 b} ; • Si I n’est pas majoré mais est minoré, alors I


n’a pas de sup, donc I ⊂ [a, +∞[, et comme
4. ]a, b[= {x ∈ R | a < x < b} ;
toute à l’heure, ]a, +∞[⊂ I. On finit comme
5. [a, +∞[= {x ∈ R | a 6 x} ; précédemment.
6. ]a, +∞[= {x ∈ R | a < x} ;
• Si I n’est pas minoré mais majoré : idem avec
7. ] − ∞, b] = {x ∈ R | x 6 b} ; ] − ∞, b[.
8. ] − ∞, b[= {x ∈ R | x < b} ;
• Si I n’est ni majoré ni minoré, alors I = R.
9. ] − ∞, +∞[= R.
Les intervalles de types 1 à 4 sont dits bornés.
Ceux de types 1, 5, 7 et 9 sont dits fermés. Ceux
de types 4, 6 et 8 et 9 sont dits ouverts. Ceux de
type 2 et 3 sont dits semi-ouverts ou semi-fermés.
Seuls les intervalles de type 1 sont à la fois fermés
et bornés : on dit que ce sont des segments.
Un intervalle peut être vide ou réduit à un point
(dans le cas 1 si a = b). Un intervalle qui n’est ni
vide ni réduit à un point est dit non trivial.
Énoncer tous ces intervalles est fastidieux : on
préfère une définition unifiée d’intervalle qui les
définit tous d’un coup :

Théorème 6.4.1.
Soit I une partie de R. Alors les deux propositions
suivantes sont équivalentes :
(i) I est un intervalle de R ;
(ii) Pour tous u, v ∈ I et pour tout t ∈ R, on a :
u 6 t 6 v ⇒ t ∈ I.

Démonstration.
C’est trivial si I = ∅ (on a alors (ii) et (i) car I = [0, −1]).
(i)⇒(ii) Facile et connu.
(ii)⇒(i) On distingue plusieurs cas :
• Supposons d’abord que I majoré et minoré. On
pose a = inf I et b = sup I. Alors pour tout
x ∈ I, on a x 6 b et x > a, donc x ∈ [a, b], et
donc I ⊂ [a, b] (1).
• Si a = b, alors I = {a} = [a, a] (car I non
vide).
• Si a < b, alors soit x ∈]a, b[. Par définition de
la borne inf il existe u ∈ I tel que a 6 u < x. De
même il existe v ∈ I tel que x < v 6 b. Alors
x ∈ [u, v] et donc x ∈ I. Donc ]a, b[⊂ I (2)
Ainsi on a la chaîne d’inégalité : ]a, b[⊂ I ⊂ [a, b],
donc I est de de l’un des types précédents. On
détermine précisément lequel en regardant juste
si a et b appartiennent ou pas à I.

158
Chapitre XI

Entiers relatifs et arithmétique de Z


Sommaire
1 Divisibilité. . . . . . . . . . . . . . . . . . 160
1.1 Définition. . . . . . . . . . . . . . . . . 160
1.2 Division euclidienne. . . . . . . . . . . 161
2 PGCD, PPCM. . . . . . . . . . . . . . . 161
2.1 PGCD de deux entiers. . . . . . . . . . 161
2.2 PGCD d’une famille finie d’entiers. . . 164
2.3 Nombres premiers entre eux. . . . . . . 165
2.4 PPCM. . . . . . . . . . . . . . . . . . 166
3 Nombres premiers. . . . . . . . . . . . . 167
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z

Dans tout ce chapitre, a, b, c, d, m, n, p, q et r Remarque 1.1.3.


sont des entiers relatifs, sauf mention contraire. Pour tout n ∈ Z, on a n | 0, 1 | n et, si 0 | n, alors
n = 0.
1 Divisibilité. Remarque 1.1.4.
Pour tout a ∈ Z et b ∈ Z∗ , si a | b, alors |a| 6 |b|.
1.1 Définition. Exercice 1.1.5.
Montrer que si a ∈ Z vérifie a|1, alors a = ±1.

Définition 1.1.1.
On dit que n divise m, que n est un diviseur de Définition 1.1.6.
m ou que m est un multiple de n et on note n|m On dit que a est congru à b modulo n et on note
si et seulement s’il existe k ∈ Z vérifiant m = kn. a ≡ b [n] (voire a = b [n]) si et seulement si n
divise a − b :

a ≡ b [n] ⇐⇒ n|a − b.
Proposition 1.1.2. 1. La relation | est ré-
flexive, transitive, mais pas symétrique (sur Z
comme sur N). Elle n’est pas antisymétrique
sur Z mais l’est sur N : plus précisément on Remarque 1.1.7.
a sur Z : Pour tout entier n, la relation de congruence mo-
dulo n est une relation d’équivalence.
a|b et b|a ⇐⇒ |a| = |b| ⇐⇒ a = ±b
Proposition 1.1.8.
2. Si a divise b et c, il divise toute combinaison La relation de congruence modulo n est com-
linéaire à coefficients entiers de b et c : patible avec l’addition et la multiplication : si
a ≡ b[n] et c ≡ d[n], alors a + c ≡ b + d[n] et
a|b et a|c ⇒ a|bn + cm
ac ≡ bd[n].
3. La relation | est compatible avec le produit :
Démonstration.
a|b et c|d ⇒ ac|bd On sait qu’il existe (k, `) ∈ Z2 vérifiant a = b + nk et
c = d + n`. On a alors a + c = b + d + n(k + `), donc
En particulier, pour tout k ∈ N, a|b implique a + c ≡ b + d[n], et ac = bd + n(b` + dk + nk`), donc
ac ≡ bd[n].
ak |bk ;
4. Si c 6= 0, a|b ⇔ ac|bc. Remarque 1.1.9.
Attention, ce n’est pas le cas de la relation usuelle
de congruence modulo 2π. Ainsi, 2π ≡ 0 [2π]
Démonstration. 1. on ne montre que la dernière partie mais 4π 2 6≡ 0 [2π].
(le reste a déjà été fait dans le chapitre VIII). Soient
a, b ∈ Z tels que a|b et b|a. Alors il existe k, ` ∈ Z tels Remarque 1.1.10.
que a = kb et b = a`, donc b = bk`. Si b = 0, alors On a n|a si et seulement si a ≡ 0[n].
a = 0 également, car b|a. Si b 6= 0, alors k` = 1, et
donc k 6= 0, ` 6= 0, et |k| 6 1, ainsi que |`| 6 1. Par Exercice 1.1.11.
conséquent k = ` = 1 ou k = ` = −1, et donc a = b
Retrouver les critères de divisibilité énoncés au
ou a = −b.
collège.
2. Élémentaire.
3. Élémentaire. Exercice 1.1.12.
4. Élémentaire. Soit a ∈ Z. Montrer que a est pair si et seulement
si a2 est pair.

160
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z

1.2 Division euclidienne. 0 6 ri < n. On a alors a − b − n(q1 − q2 ) = r1 − r2 , donc


n|(r1 − r2 ). Or, −n < r1 − r2 < n et il existe un seul entier
dans J−n + 1, n − 1K divisible par n (le montrer !) : c’est
0. Ainsi, r1 = r2 .
Théorème 1.2.1.
Soient a ∈ Z, et b ∈ N∗ . Il existe un unique couple Exemple 1.2.6.
(q, r) ∈ Z × N tels que a = bq + r et 0 6 r < b. Exercice classique : calculer à la main le reste de
q et r sont respectivement appelés le quotient et la division euclidienne de 1142424244 par 7.
le reste de la division euclidienne de a par b. b
est appelé le diviseur et a le dividende de cette
division. 2 PGCD, PPCM.
Soit a ∈ Z. L’ensemble des multiples de a est
Démonstration.
On montre l’existence puis l’unicité.
noté aZ. C’est donc {ak|k ∈ Z}. Remarquons que,
Existence : On note A = { k ∈ Z | kb 6 a }. Alors :
si a 6= 0, |a| est le plus petit entier strictement
• A est non vide car si a > 0, 0 ∈ A, et si a < 0 on positif de aZ.
a a ∈ A car b > 1. On notera aussi D(a) l’ensemble des diviseurs
• De plus A est majoré, par 0 si a 6 0 et par a si de a : c’est donc {k ∈ Z | ∃` ∈ Z, a = k`}. On
a > 0.
A a donc un plus grand élément noté q. Alors par
remarquera que, si a 6= 0, D(a) est borné par |a|.
construction qb 6 a < (q + 1)b, d’où le résultat en
posant r = a − qb.
2.1 PGCD de deux entiers.
Unicité : Soit (q, r) et (q 0 , r0 ) deux couples vérifiant les
conditions considérées. Dans cette partie, pour tout couple (a, b) ∈ Z,
Alors a = qb + r = q 0 b + r0 , donc b(q − q 0 ) = r0 − r on note D(a, b) l’ensemble des diviseurs communs
et ainsi b|q − q 0 | = |r − r0 |. Or on a 0 6 r < b et
à a et b. Ainsi, D(a, b) = D(a) ∩ D(b).
−b < −r0 6 0, donc |r − r0 | < b, donc |q − q 0 | < 1, or
q − q 0 est un entier donc q = q 0 , donc r = r0 . Remarque 2.1.1.
Si b = 0, alors D(a, b) = D(a).
Remarque 1.2.2.
On a donc r ≡ a[b].
Définition 2.1.2.
Exemple 1.2.3. Soit a et b deux entiers avec (a, b) 6= (0, 0), alors
2356 = 18 × 125 + 106. on appelle plus grand diviseur commun de a et b
Exercice 1.2.4. (pgcd de a et b) et on note PGCD(a, b) ou a ∧ b
Poser 360 ÷ 7. le plus grand élément de D(a, b).

Proposition 1.2.5. Remarque 2.1.3.


Soit n ∈ N∗ , alors a ≡ b[n] si et seulement si a et L’un des deux entiers est non nul, donc D(a, b)
b ont le même reste dans la division euclidienne est majoré par la valeur absolue de cet entier. Par
par n. ailleurs, 1 ∈ D(a, b). Donc D(a, b) est un ensemble
d’entiers non vide majoré, donc il admet un plus
Démonstration. grand élément, ce qui justifie la définition.
Si a et b ont le même reste dans la division euclidienne par
n, on écrit a = nq1 + r et b = nq2 + r, avec (q1 , q2 ) ∈ Z2
et 0 6 r < n. On a donc bien a − b = n(q1 − q2 ), donc
Lemme 2.1.4 (Lemme d’Euclide).
n|(a − b).
Réciproquement, si a ≡ b[n], on écrit les divisions eucli- Soient a ∈ Z, b ∈ N∗ , r le reste de la division
diennes de a et b par n : a = nq1 + r1 et b = nq2 + r2 , avec euclidienne de a par b. Alors D(a, b) = D(b, r).
(q1 , q2 ) ∈ Z2 et (r1 , r2 ) ∈ N2 vérifiant, pour tout i ∈ {1, 2},

161
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z

Démonstration. L’algorithme d’Euclide n’est rien d’autre que le calcul


Soit d ∈ D(a, b). Alors a s’écrit sous la forme bq + r donc des termes successifs de la suite (rn ) : en numérotant les
r = a − bq, or d|a et d|b, donc d divise toute combinaison tours de boucle (à partir de 0) dans l’algorithme précédent,
linéaire de a et b, donc divise r. Donc D(a, b) ⊂ D(b, r). on peut d’ailleurs noter qu’au ne tour de boucle, R0 contient
Réciproquement, soit d ∈ D(b, r), alors a s’écrit sous la valeur de rn , et R1 celle de rn+1 .
la forme bq + r or d|b et d|r donc d|a, donc D(b, r) ⊂
D(a, b). Remarque 2.1.6. • Sur (N∗ )2 , le pgcd de
deux nombres a et b est donc la borne in-
férieure de {a, b} pour l’ordre |. C’est donc
Théorème 2.1.5. aussi le maximum de D(a, b) ∩ N∗ pour
Soit (a, b) ∈ Z2 avec (a, b) 6= (0, 0). Alors il existe l’ordre | et pour l’ordre 6.
un unique entier d > 0 tel que D(a, b) soit l’en- • Sur Z∗ , la relation | n’est pas un ordre car
semble des diviseurs de d. Cet entier est a ∧ b. elle n’est pas antisymétrique : on a à la fois
1| − 1 et −1|1 (on dit qu’on à affaire à un
Démonstration. préordre). L’ensemble des diviseurs de a et
Montrons tout d’abord l’unicité sous réserve d’existence. b a alors deux «plus grands» éléments pour
Soit d et d0 deux entiers strictement positifs tels que D(a, b) la relation de divisibilité : a ∧ b et −(a ∧ b).
soit l’ensemble des diviseurs de d et soit également l’en- On peut donc en fait considérer que a et b
semble des diviseurs de d0 . Alors on a d ∈ D(a, b). Or
D(a, b) est l’ensemble des diviseurs de d0 , donc d|d0 . De
ont deux pgcd : a ∧ b et −(a ∧ b) ; lorsqu’on
même d0 |d. Or d > 0 et d0 > 0 donc d = d0 . parle du pgcd, on considère alors qu’il s’agit
L’existence repose sur un algorithme, appelé algorithme du pgcd positif.
d’Euclide. En pseudo-code, il s’écrit :
On peut donner la caractérisation suivante : le
Fonction euclide( a, b ) : PGCD de deux nombres est bien le plus grand
diviseur commun, au sens de la relation de divisi-
# Précondition : a > 0 et b > 0
bilité (sur N).
(R0 , R1 ) ← (a, b)
TantQue R1 > 0 Faire
R2 ← reste de R0 ÷ R1
(R0 , R1 ) ← (R1 , R2 )
FinTantQue Proposition 2.1.7.
Renvoyer R0 Soient a, b, d ∈ Z, avec (a, b) 6= (0, 0). On a l’équi-
valence :
Soit a et b deux entiers relatifs non tous les deux nuls.  
Il est clair que l’appel euclide(a,b) termine. La valeur d d est le PGCD de a et b
retournée vérifie D(a, b) = D(d, 0), d > 0 et (d, 0) 6= (0, 0). 
Or D(d, 0) est l’ensemble des diviseurs de d donc D(a, b) ⇔ d|a, d|b, d > 0
est bien l’ensemble des diviseurs d’un entier d > 0. 
Un autre point de vue sur cet algorithme est la suite r et ∀n ∈ Z, (n|a et n|b) ⇒ n|d .
définie de la façon suivante : r0 = |a|, r1 = |b| et pour tout
n ∈ N, si rn+1 6= 0, alors rn+2 est le reste de rn ÷ rn+1 (on
peut poser rn+2 = 0 sinon, ou considérer que l’on arrête la
suite).
Il est clair que cette suite est à valeurs positives ou Démonstration.
nulles. À partir d’un certain rang, cette suite est nulle, Le sens ⇒ découle du théorème précédent.
sinon r serait strictement décroissante et infini (du moins à Réciproquement, si d ∈ N vérifie d|a, d|b et ∀n ∈ N, n|a
partir du rang 1), ce qui serait absurde. Par ailleurs, pour et n|b ⇒ n|d. Alors d’après les deux premiers points d|a ∧ b
toutes les valeurs de n pour lesquelles (rn , rn+1 ) 6= (0, 0), et d’après le dernier, a ∧ b|d. On conclut avec d > 0 et
on a D(rn , rn+1 ) = D(a, b). En particulier, pour la dernière a ∧ b > 0.
valeur non nulle rn , on a D(rn , 0) = D(a, b).

162
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z

alors en notant q le quotient de rn ÷ rn+1 , on a


Théorème 2.1.8 (Théorème de Bézout, première
rn+2 = rn − qrn+1
partie).
= a(un − qun+1 ) + b(vn − qvn+1 ).
Soient a, b ∈ Z2 \ { (0, 0) }. Il existe deux entiers
u, v tels que au + bv = a ∧ b. Un tel couple est Avec un+2 = un − qun+1 et vn+2 = vn − qvn+1 , on a bien
appelé un couple de Bézout de a et b. rn+2 = aun+2 + bvn+2 , et l’on peut conclure par récurrence
double.

Démonstration.
L’idée de la démonstration est de regarder ce qui se passe Le couple des coefficients de Bézout n’est
dans l’algorithme d’Euclide. On constate qu’à chaque étape, pas unique. Par exemple on a −1 × 2 + 1 × 3 = 1
les variables R0 et R1 sont des combinaisons linéaires de et 2 × 2 + (−1) × 3 = 1.
a et b. À la fin de l’algorithme, le pgcd R0 est donc une
combinaison linéaire de a et b.
Pour calculer les coefficients de Bézout, on aura recours à Exercice 2.1.9.
l’algorithme d’Euclide étendu. Celui-ci est un simple ajout
à l’algorithme vu précédemment ; on introduit en effet des Calculer un couple de Bézout pour 1750 et 644.
variables Ui et Vi pour i = 0, 1 qu’on va modifier au fur et
On peut alors faire la remarque suivante :
à mesure de l’exécution de façon à garantir R0 = U0 a + V0 b
et R1 = U1 a + V1 b.
Corollaire 2.1.10.
Fonction euclide_etendu( a, b ) : Soit (a, b) ∈ Z2 \ { (0, 0) }. Alors
# Précondition : a > 0 et b > 0 n o
(R0 , R1 ) ← (a, b) aZ + bZ = au + bv (u, v) ∈ Z2 = (a ∧ b)Z
(u0 , u1 ) ← (1, 0)
(v0 , v1 ) ← (0, 1)
Démonstration.
# Invariant : R0 = u0 a + v0 b et R1 = u1 a + v1 b
L’inclusion gauche-droite découle du fait que, a et b étant
TantQue R1 > 0 Faire des multiples de a ∧ b, toute combinaison linéaire de a et b
R2 ← reste de R0 ÷ R1 est également un multiple de a ∧ b.
L’inclusion droite-gauche découle du fait que a ∧ b s’écrit
q ← quotient de R0 ÷ R1 comme combinaison linéaire à coefficients entiers de a et b
(u2 , v2 ) ← (u0 − qu1 , v0 − qv1 ) (d’après le théorème de Bézout) et que tout multiple d’une
combinaison linéaire de a et b à coefficients entiers est
(R0 , u0 , v0 ) ← (R1 , u1 , v1 ) encore une combinaison linéaire à coefficients entiers.
(R1 , u1 , v1 ) ← (R2 , u2 , v2 )
Remarque 2.1.11.
FinTantQue C’est en fait une caractérisation du PGCD : pour
Renvoyer (R0 , u0 , v0 ) tout d ∈ N,

Là encore, une autre façon de considérer cet algorithme aZ + bZ = dZ ⇔ d = a ∧ b.


est de regarder les suites r, u et v, où r est la suite consi-
dérée précédemment, et où u et v sont construites par
récurrence double comme suit. Corollaire 2.1.12.
On a a = 1 × a + 0 × v, on pose donc u0 = 1 et v0 = 0 Soient a, b, c ∈ Z avec c 6= 0. Alors (ac) ∧ (bc) =
et r0 = au0 + bv0 . |c|(a ∧ b).
On a b = 0 × a + 1 × v, on pose donc u1 = 0 et v1 = 1
et r1 = au1 + bv1 .
En supposant (par récurrence double) qu’il existe Démonstration.
un , vn , un+1 , vn+1 ∈ Z tels que Posons p = (ac) ∧ (bc) et q = |c|(a ∧ b). On a p > 0 et q > 0
donc p et q sont respectivement les plus petits éléments
rn = aun + bvn
strictement positifs de pZ et qZ.
rn+1 = aun+1 + bvn+1 , Il suffit donc de montrer pZ = qZ.

163
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z

Or d’après ce qui précède, on a successivement : D0 = d ∧ ap+1 .


Par définition, D divise a1 , . . . , ap : par hypothèse de
(a ∧ b)Z = au + bv (u, v) ∈ Z2

récurrence (i), D divise donc d. De plus, D divise ap+1 ,
qZ = |c|(au + bv) (u, v) ∈ Z2 donc D|D0 .

Par définition, D0 divise d et ap+1 , et d divise a1 , . . . , ap .
= cau + cbv (u, v) ∈ Z2

Par transitivité de la relation de divisibilité, D0 est donc
= pZ un diviseur de a1 , . . . , ap+1 . Par définition de D0 , on a donc
D0 6 D : il vient donc D = D0 .
Soit k un autre diviseur de a1 , . . . , ap+1 . En particulier, k
est un diviseur de a1 , . . . , ap , donc k|d. Et comme k|ap+1 ,
Exercice 2.1.13. alors k|D0 , et donc k|D : (Hp+1 ) est bien démontrée.
Calculer le plus simplement possible 1230 ∧ 555.
Remarque 2.2.2.
2.2 PGCD d’une famille finie d’entiers. La proposition précédente assure que l’on peut
calculer le PGCD d’une famille a1 , . . . , ap d’en-
Les définitions et résultats de la section précé- tiers en plusieurs étapes : on calcule d’abord
dente se généralisent à une famille finie d’entiers. a1 ∧ a2 puis (a1 ∧ a2 ) ∧ a3 , et ainsi de suite. Par
Ainsi, si a1 , . . . , ap sont p entiers non tous nuls, commutativité du PGCD, on peut aussi choisir
on note D(a1 , . . . , ap ) l’ensemble des diviseurs les entiers dans un autre ordre, et tout ceci prouve
communs à tous les entiers a1 , . . . , ap . Cet en- l’associativité du PGCD et assure que la notation
semble étant non vide (il contient 1) et fini, il a1 ∧ . . . ∧ ap est sans ambiguïté.
admet un plus grand élément, appelé plus grand
commun diviseur des entiers a1 , . . . , ap et noté Le théorème de Bézout peut alors se généraliser
p par récurrence :
ai , ou a1 ∧ . . . ∧ ap .
^

i=1
De plus, on remarque que D(0) = Z, donc si l’un
Théorème 2.2.3.
des entiers de la famille (a1 , . . . , ap ) est nul, on
Soient a1 , . . . , ap des entiers tous non nuls. Alors
peut l’enlever de cette famille sans changer l’en-
il existe des entiers u1 , . . . , up tels que
semble des diviseurs de ces entiers. Par exemple,
D(a1 , a2 , 0, a3 ) = D(a1 , a2 , a3 ). Dans la suite nous u1 a1 + . . . + up ap = a1 ∧ . . . ∧ ap .
pourrons donc ne considérer que des familles d’en-
tiers tous non nuls.

Démonstration.
Proposition 2.2.1. Montrons-le par récurrence sur p.
Soient (a1 , . . . , ap ) ∈ (Z∗ )p une famille d’entiers On sait déjà que la propriété est vraie pour p = 2.
tous non nuls, avec p ∈ N∗ . Soit p > 2 tel que la propriété soit vraie, et soient
a1 , . . . , ap , ap+1 des entiers.
(i) Soit k ∈ D(a1 , . . . , ap ), alors k|a1 ∧ . . . ∧ ap . Par hypothèse de récurrence, il existe des entiers
u1 , . . . , up tels que u1 a1 + . . . + up ap = a1 ∧ . . . ∧ ap . Mais
(ii) a1 ∧ . . . ∧ ap = (a1 ∧ . . . ∧ ap−1 ) ∧ ap . a1 ∧ . . . ∧ ap ∧ ap+1 = (a1 ∧ . . . ∧ ap ) ∧ ap+1 et d’après le
théorème de Bézout pour deux entiers, il existe b, c ∈ Z
tels que b.a1 ∧ . . . ∧ ap + [Link]+1 = a1 ∧ . . . ∧ ap+1 . D’où
Démonstration. a1 ∧ . . . ∧ ap+1 = bu1 a1 + . . . + bup ap + cap+1 , et l’hérédité
Démontrons les deux résultats en une récurrence, en posant est démontrée.
pour chaque p ∈ N∗ :
Exemple 2.2.4.
(Hp ) : pour tout (a1 , . . . , ap ) ∈ (Z∗ )p , on a (i) et (ii).
Trouver trois entiers a, b, c tels que 72a + 180b +
Le résultat est connu pour p = 1 et p = 2. 120c = 12.
Soit p ∈ N∗ tel (Hp ) soit vraie.
Soient a1 , . . . , ap+1 ∈ Z∗ . Remarque 2.2.5.
Notons d = a1 ∧ . . . ∧ ap , D = a1 ∧ . . . ∧ ap ∧ ap+1 et Le corollaire 2.1.12 se généralise : soient

164
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z

a1 , . . . , an une famille finie d’entiers et c ∈ Z∗ .


n n
au+bv = 1 implique a∧b = 1, mais au+
Alors (cai ) = |c| ai .
^ ^

i=1 i=1
bv = d n’implique pas a ∧ b = d, mais simplement
(a ∧ b)|d.
2.3 Nombres premiers entre eux.
Corollaire 2.3.6.
Soit (a, b) ∈ Z2 \ { (0, 0) }. Alors en posant d =
Définition 2.3.1. a ∧ b, a0 = a/d et b0 = b/d, on a
Deux entiers relatifs a et b sont dit premiers entre
eux si et seulement si (a, b) 6= (0, 0) et a ∧ b = 1. a0 ∧ b0 = 1

Remarque 2.3.2. Démonstration.


Deux entiers a et b sont premiers entre eux si On utilise les deux versions du théorème de Bézout :
et seulement si leurs seuls diviseurs communs On sait qu’il existe u et v vérifiant d = au + bv, d’où
1 = a0 u + b0 v, d’où a0 et b0 sont premiers entre eux.
sont 1 et −1, en d’autres termes si et seulement
si D(a, b) ⊂ { −1, 1 } (ce qui est équivalent à Remarque 2.3.7.
D(a, b) = { −1, 1 }). Ce corollaire est très fréquemment utilisé.

Corollaire 2.3.8. (i) Soient a premier avec k


Théorème 2.3.3 (Théorème de Bézout, seconde
entiers relatifs b1 , b2 , . . . , bk . Alors a est
partie).
premier avec b1 × b2 × . . . × bk .
Soient a, b ∈ Z. Alors, a et b sont premiers entre
eux si et seulement s’il existe deux entiers u et v (ii) Si a et b sont premiers entre eux, alors pour
tels que au + bv = 1. tous m, n ∈ N, am et bn sont également
premiers entre eux.
Démonstration.
Le cas (a, b) = (0, 0) est direct : les deux propositions Démonstration. (i) On traite le cas k = 2, le cas gé-
sont fausses, donc équivalentes. Considérons donc (a, b) ∈ néral s’en déduit immédiatement par récurrence. Il
Z2 \ { (0, 0) }. existe ui et vi vérifiant aui +bi vi = 1 pour i = 1, 2. En
Supposons a et b premiers entre eux. Alors, d’après le multipliant ces deux relations, il vient successivement
théorème de Bézout (première partie), on a le résultat.
Réciproquement, supposons qu’il existe deux entiers u 1 = (au1 + b1 v1 )(au2 + b2 v2 )
et v vérifiant au + bv = 1. Soit alors d ∈ D(a, b). On a 1 = a2 u1 u2 + au1 b2 v2 + b1 v1 au2 + b1 v1 b2 v2
d|a et d|b, donc d|(au + bv), donc d|1, donc d = ±1. Donc 1 = a(au1 u2 + u1 b2 v2 + b1 v1 u2 ) + b1 b2 (v1 v2 )
D(a, b) ⊂ { −1, +1 }.
D’où le résultat.
(ii) On applique (i) à a et b × b × b × . . . × b, puis (i) à
Corollaire 2.3.4. bn et a × a × a × . . . × a.
On a donc a ∧ b = 1 si et seulement si a est
inversible modulo b, i.e. si et seulement s’il existe Remarque 2.3.9.
k ∈ Z vérifiant ak = 1[b]. La réciproque de ces deux points est vraie.

Exercice 2.3.5. Théorème 2.3.10 (Lemme de Gauss).


Résoudre sur Z l’équation Soient a, b, c ∈ Z. On suppose a|bc et a ∧ b = 1.
Alors a|c.
5x ≡ 8 [17].

165
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z

Démonstration. 2.4 PPCM.


Ce résultat est une généralisation d’un lemme d’Euclide .
On a a ∧ b = 1 donc 1 s’écrit comme combinaison linéaire
au + bv de a et b. Donc c = c × 1 = a(cu) + (bc)v. Donc c
est combinaison linéaire de a et bc. Or bc est un multiple Définition 2.4.1.
de a donc c est un multiple de a. Soit a et b deux entiers relatifs. L’ensemble de
On peut aussi le voir d’un point de vue plus algébrique : leurs multiples communs est aZ∩bZ. Si a et b sont
le théorème de Bézout (2e partie) nous indique que a∧b = 1 tous deux non nuls, alors cet ensemble possède
si et seulement si b est inversible modulo a (i.e, il existe
un plus petit élément strictement positif. Celui-ci
k ∈ Z tel que kb = 1[a]). On a alors bc = 0[a], donc
kbc = c = 0[a]. est appelé ppcm de a et b et est noté PPCM(a, b)
ou a ∨ b.

Remarque 2.4.2.
Corollaire 2.3.11 (Forme irréductible d’un ra- |ab| est un multiple commun à a et b. De plus,
tionnel). comme a et b sont non nuls, c’est un nombre stric-
Soit r ∈ Q. Il existe un unique couple (p, q) ∈ tement positif. L’ensemble des multiples communs
p
Z × N∗ tel que r = et p ∧ q = 1. Ce couple est de a et de b strictement positifs est donc non vide.
q
appelé la forme irréductible de r. Il est évidemment minoré (par 0), donc il admet
un plus petit élément.

Dé[Link] C’est une conséquence di-


recte du corollaire 4.2.4.
Théorème 2.4.3.
Soit a et b deux entiers relatifs. Alors il existe un
Unicité Soit (p, q) et (p0 , q 0 ) deux formes irréductibles
d’un même rationnel r. Alors p/q = p0 /q 0 donc pq 0 =
unique m > 0 vérifiant aZ ∩ bZ = mZ. Dans le
p0 q. Donc q|pq 0 et p ∧ q = 1. Donc d’après le théorème cas où a et b sont non tous nuls, cet entier m est
|ab|
de Gauss, on a q|q 0 . De même q 0 |q. Donc q = q 0 ou le ppcm de a et b et vaut a∧b
q = −q 0 . Or q et q 0 sont tous deux positifs, donc
q = q 0 , donc p = p0 .
Démonstration.
Le cas ou a ou b est nul est trivial : on a alors aZ ∩
bZ = { 0 } = 0Z. On suppose donc dans la suite de cette
démonstration que a et b sont non nuls. Posons d = a ∧ b,
a0 = a/d et b0 = b/d. a0 et b0 sont premiers entre eux.
Définition 2.3.12. Posons m = |ab/d| = |a0 b0 d|. m est un multiple de a et
On dit que des entiers a1 , . . . , ap sont premiers de b, donc tout multiple de m est un multiple commun de
a et b : mZ ⊂ aZ ∩ bZ.
entre eux dans leur ensemble si leur PGCD vaut
Soit alors p un multiple de a et de b. Alors p s’écrit à
1. la fois sous la forme au et sous la forme bv. On a donc
p = au = bv, donc a0 du = b0 dv, donc a0 u = b0 v. Donc
a0 |b0 v, or a0 ∧ b0 = 1 donc a0 |v. Donc il existe k vérifiant
Remarque 2.3.13. v = ka0 . On a alors p = bv = bka0 = ka0 b0 d, donc p est un
Ne pas confondre « premiers entre eux dans leur multiple de m. Donc aZ ∩ bZ ⊂ mZ.
On a donc aZ ∩ bZ = mZ. De plus, m est le plus petit
ensemble » et « premiers deux à deux ».
élément strictement positif de aZ ∩ bZ et pour tout m0 > 0
Remarque 2.3.14. vérifiant m0 Z = aZ ∩ bZ, m0 est également le plus petit
élément strictement positif de aZ ∩ bZ, donc m0 = m.
La deuxième partie du théorème de Bézout se
généralise sans problème à une famille finie d’en- Remarque 2.4.4. • Sur (N∗ )2 , le ppcm de
tiers : soient a1 , . . . , ap des entiers. Ces entiers deux nombres a et b est donc la borne su-
sont premiers entre eux dans leur ensemble si et périeure de {a, b} pour l’ordre |. C’est donc
seulement si il existe des entiers u1 , . . . , up tels aussi le minimum de aN ∩ bN pour l’ordre |
que u1 a1 + . . . + up ap = 1. et pour l’ordre 6.

166
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z

• De même que pour le pgcd, sur Z∗ , l’en- Remarque 2.4.10.


semble des diviseurs de a et b a deux «plus Là encore, si a1 , . . . , an est une famille finie d’en-
petits» éléments pour la relation de divisibi- tiers, on peut définir le PPCM de cette famille, et
lité : a ∨ b et −(a ∨ b). On peut donc en fait démontrer des résultats similaires à ceux concer-
considérer que a et b ont deux ppcm : a ∨ b nant les PGCD des familles d’entiers. En particu-
n n
et −(a ∨ b) ; lorsqu’on parle du ppcm, on
lier, si c ∈ Z∗ , alors (cai ) = |c| ai .
_ _
considère alors qu’il s’agit du ppcm positif. i=1 i=1
On peut donner la caractérisation suivante : le
PPCM de deux nombres est bien le plus petit 3 Nombres premiers.
multiple commun à ces deux nombres, au sens de
la relation de divisibilité (sur N).
Définition 3.0.1.
Proposition 2.4.5. Soit p ∈ N∗ . On dit que p est premier si p 6= 1 et
Soient a, b, m ∈ Z. On a l’équivalence : si ses seuls diviseurs positifs sont 1 et p. On dit
  que p est composé si p 6= 1 et p est non premier.
m est le PPCM de a et b
Exemple 3.0.2.

⇔ a|m, b|m, m > 0
 Les premiers nombres premiers :
et : ∀n ∈ Z, (a|n et b|n) ⇒ m|n 2, 3, 5, 7, 11, 13, 17, 19, 23, 29, 31, 37, . . .. 2 est
le seul nombre premier pair.
Remarque 3.0.3.
Et également (le point (ii) a d’ailleurs été dé- On appelle diviseur strict de n tout entier naturel
montré au cours de la démonstration du théorème diviseur de n différent de n. Un nombre premier
2.4.3) : est donc un entier autre que 1 sans diviseur strict
autre que 1.

Proposition 2.4.6.
Proposition 3.0.4.
Soient a, b, c ∈ Z. Alors :
Soit p et q sont deux nombres premiers distincts.
(i) (ac) ∨ (bc) = |c|(a ∨ b). Alors p et q sont premiers entre eux.
(ii) si (a, b) 6= (0, 0), alors |ab| = (a ∧ b).(a ∨ b).
Démonstration.
Par l’absurde, supposons p ∧ q 6= 1. Alors p ∧ q est un
Remarque 2.4.7. diviseur de p et de q autre que 1. p et q étant premiers,
Avant de calculer un PPCM, on factorisera au ce ne peut être un diviseur strict, donc p = p ∧ q = q. Or
maximum les nombres manipulés. p 6= q, donc c’est absurde.

Exercice 2.4.8.
Calculer 1750 ∨ 644. Proposition 3.0.5.
Soit a ∈ Z et p un nombre premier, si p ne divise
pas a, alors a et p sont premiers entre eux.
Corollaire 2.4.9.
Si a ∧ b = 1, alors a ∨ b = |ab|.
Démonstration.
Notamment, dans le cas où a ∧ b = 1, si a | c L’ensemble des diviseurs positifs de p est {1, p}, si p ne
et b | c, alors ab | c. divise pas a, l’ensemble des diviseurs positifs communs à a
et p est donc {1}.

167
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z

Principe de la descente infinie de Fermat Si


Corollaire 3.0.6. n est un nombre ne se décomposant pas en
Soit p un nombre premier et a, b ∈ Z. Si p | ab, facteurs premiers, alors n n’est lui-même pas
premier (sinon, n = n est une décomposition).
alors p | a ou p | b.
Donc, n s’écrit n = ab, avec 1 < a < n et
1 < b < n. n ne se décomposant pas en
facteurs premiers, nécessairement, a ou b ne se
Démonstration.
décompose pas en facteurs premiers. On trouve
C’est une simple application du lemme de Gauss et de la
donc, pour tout entier ne se décomposant pas
proposition précédente.
en facteurs premiers, un entier strictement
Le résultat suivant, fondamental, ainsi que la plus petit ne se décomposant pas en facteurs
premiers. Ce qui est impossible, car en
démonstration donnée, sont connus depuis Eu-
itérant le procédé, on construirait une suite
clide. strictement décroissante d’entiers.
Principe du bon ordre Soit A l’ensemble des en-
tiers n’admettant pas de décomposition. Nous
Théorème 3.0.7. voulons montrer que A est vide. S’il était non
L’ensemble des nombres premiers est infini. vide, il y aurait un plus petit élément a. Si a
n’admet pour diviseur que 1 et lui-même, a
est premier. a = a est une décomposition de
Démonstration. a en facteurs premiers, ce qui est contraire à
En effet, soient p1 , . . . , pn n nombres premiers, avec n > 1. l’hypothèse. Donc a s’écrit b × c où b et c sont
Montrons qu’il en existe nécessairement un autre. des entiers différents de a et de 1. a étant le
On considère la quantité p1 p2 . . . pn + 1. Cette quantité minimum de A, b et c ne sont pas éléments
est un entier strictement supérieur à 1. L’ensemble de de A et se décomposent donc en produit de
ses diviseurs (positifs) différents de 1 est donc non vide et facteurs premiers. Il en est donc de même de a.
possède donc un plus petit élément q, strictement supérieur
à 1. Or, q ne peut posséder aucun diviseur strict autre que Principe de récurrence On suppose que tout en-
1 : q est donc premier. tier inférieur ou égal à n se décompose en pro-
Alors q est nécessairement différent de tous les pi . Car si duits de facteurs premiers (ce qui est vrai pour
q = pi pour un certain i ∈ J1, nK, q divise p1 p2 . . . pn d’une n 6 2). Considérons n + 1 :
part, et divise p1 p2 . . . pn + 1 d’autre part, donc divise la • Si n + 1 est premier, alors n + 1 = n + 1
différence qui vaut 1, ce qui est impossible. est une décomposition.
q est donc un (n + 1)e nombre premier. • Sinon, n + 1 = ab, avec 1 < a < n + 1, et
1 < b < n + 1. L’hypothèse de récurrence
s’applique sur a et b, qui se décomposent
donc en produits de facteurs premiers. Il
Théorème 3.0.8. en est donc de même de n + 1.
Tout entier naturel supérieur ou égal à 1 se dé-
compose de manière unique (à l’ordre des fac- Unicité Commençons par remarquer que pour tout entier
αk
non nul p, p0 = 1. Ainsi si n = pα 1 α2
1 .p2 . . . . .pk et
teurs près) en un produit de nombres premiers si pk+1 est un nombre premier distinct des k pré-
(ce produit est éventuellement réduit à zéro ou cédents, on peut écrire n = pα
αk αk+1
1 .p2 . . . . .pk .pk+1 ,
1 α2

un terme, et peut avoir plusieurs facteurs égaux). avec αk+1 = 0.


Plus précisément, pour tout n ∈ N\{0, 1}, il existe On suppose que n a deux décompositions en
facteurs premiers, que l’on peut donc écrire
k ∈ N∗ , des entiers premiers p1 , . . . , pk distincts n = pα 1 α2 αk β
= pβ1 1 .pβ2 2 . . . . .pkk , les deux
1 .p2 . . . . .pk
et α1 , . . . , αk ∈ N∗ tels que membres étant éventuellement complétés par p0 pour
avoir les mêmes facteurs premiers dans les deux
k membres. Le théorème de Gauss permet de dire que
n= pαi i = pα1 1 .pα2 2 . . . . .pαk k .
Y
1 divise le membre de droite, mais puisqu’il est pre-
pα 1

i=1 mier avec p2 , . . . , pk car tous ces nombres premiers


sont distincts, il divise pβ1 1 , et donc α1 6 β1 . Symé-
triquement, α1 > β1 , et ainsi α1 = β1 . Il en est de
même pour les autres puissances.
Dé[Link] on en donne trois démons-
trations

168
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z

Démonstration. (i) Évident.


Définition 3.0.9. (ii) C’est une simple réécriture de la décomposition de a
Pour un nombre premier p on définit l’application en facteurs premiers.
(iii) Il suffit de multiplier les écritures précédentes pour
νp : Z → N ∪ { +∞ } a et b.
+∞ sinn = 0
(
(iv) Si a|b, soit p ∈ P. Alors, pνp (a) divise a donc b, donc
n 7→ o
max k ∈ N pk |n sinon νp (b) > νp (a).
Réciproquement, supposons que pour tout p ∈ P,
qui à un entier n associe l’exposant de p dans νp (a) 6 νp (b). On voit alors dans la décomposition
en facteurs premiers de b que l’on peut factoriser a
la décomposition de n en facteurs premiers, avec
dans b, donc a|b.
la convention νp (0) = +∞. Cette fonction est
(v) Commençons par remarquer que le produit considéré
appelée valuation p-adique sur Z. est bien défini : c’est un produit faisant intervenir
une infinité de termes car P est infini, mais en fait
Démonstration. seul un nombre fini de ces termes sont différents de 1.
Il faut démontrer que max k ∈ N pk |n existe bien. En effet, les diviseurs premiers de a sont en nombre


L’ensemble k ∈ N pk |n est non vide car il contient fini, donc la valuation de a n’est non nulle que pour


0 ; de plus pk −−−−−→ +∞, donc il existe K ∈ N tel que un nombre fini d’entiers premiers. Il en est de même
k→+∞ pour b, et donc min(νp (a), νp (b)) n’est non nulle que
pK > n, donc cet ensemble est majoré. Comme c’est une pour un nombre Y finimin(ν
d’entiers premiers p.
partie de N, il admet bien un maximum. On note d = p p (a),νp (b))
. Alors :
p∈P
Exemple 3.0.10.
ν5 (50) = 2, ν3 (50) = 0. d×
Y
pνp (a)−min(νp (a),νp (b)) =
Y
pνp (a) = a
Exercice 3.0.11. p∈P p∈P

Décomposer 240 en produit de facteurs premiers


Y Y
et d × p νp (b)−min(νp (a),νp (b))
= pνp (b) = b
et déterminer ν2 (240), ν3 (240), ν5 (240) et ν7 (240). p∈P p∈P

Proposition 3.0.12. donc d est un diviseur commun à a et b.


Soient a, b ∈ Z. On note P l’ensemble des Soit d0 un autre diviseur commun Y àδ(p)
a et b. Alors
nombres premiers. d0 s’écrit nécessairement : d0 = p , avec pour
p∈P
(i) Pour tout entier p premier, p divise a si et tout p, δ(p) ∈ N, et il n’y a qu’un nombre fini d’entiers
seulement si νp (a) > 0. premiers p tels que δ(p) > 0. Mais si d0 |a, on doit
avoir pour tout p ∈ P, δ(p) 6 νp (a). De même, d0 |b
(ii) Si a 6= 0, |a| = pνp (a) .
Y
donc pour tout p ∈ P, δ(p) 6 νp (b). On a donc
p∈P
pour tout p ∈ P, δ(p) 6 min(νp (a), νp (b)), et par
(iii) Si a, b ∈ Z et p ∈ P, alors νp (ab) = νp (a) + conséquent d0 |d, et d est bien le pgcd de a et b.
νp (b). (vi) S’inspirer de la démonstration du point précédent.
(iv) On a a|b si et seulement si, pour tout p ∈ P, (vii) a et b sont premiers entre eux
νp (a) 6 νp (b). ⇔ a∧b=1
⇔ pour tout entier premier p,
(v) Si (a, b) 6= (0, 0), a ∧ b = pmin(νp (a),νp (b)) .
Y
νp (a ∧ b) = 0
p∈P ⇔ pour tout entier premier p,
(vi) si a =
6 0 et b 6= 0, a ∨ b = min(νp (a), νp (b)) = 0
Y
max(νp (a),νp (b))
p
p∈P ⇔ pour tout entier premier p,
νp (a) = 0 ou νp (b) = 0
(vii) Les entiers a et b sont premiers entre eux si et ⇔ pour tout entier premier p, p ne
seulement si ils n’ont aucun facteur premier divise pas a ou p ne divise pas b
en commun (i.e. pour tout p, νp (a) = 0 ou ⇔ ils n’ont aucun facteur premier
νp (b) = 0). en commun.

169
CHAPITRE XI. ENTIERS RELATIFS ET ARITHMÉTIQUE DE Z

Exercice 3.0.13. Ensuite, pour tout i ∈ J1, p−1K, appelons ri le reste de la


Calculer simplement 240 ∧ 42 et 240 ∨ 42. division euclidienne de ia par p. Alors N ≡ r1 r2 . . . rp−1 [p].
Supposons qu’il existe i, j ∈ J1, p − 1K tels que ri = rj .
Finissons par un dernier résultat classique, le Alors ia ≡ ja [p] donc p|(i − j)a. Or a ∧ p = 1 donc avec
petit théorème de Fermat (Pierre de, Beaumont- le théorème de Gauss, p|(i − j). Mais |i − j| < p donc
nécessairement i − j = 0, donc i = j. Ainsi les r1 , . . . , rp−1
de-Lomagne, première décennie du XVIIe siècle -
sont deux à deux distincts. Mais comme ils sont tous dans
Castres, 1665) (le grand n’est malheureusement l’intervalle J1, p−1K, qui contient exactement p−1 éléments,
pas à notre portée), qui a deux formulations équi- {r1 , . . . , rp−1 } = J1, p − 1K, et donc r1 r2 . . . rp−1 = (p − 1)!.
valentes : Finalement, N = ap−1 × (p − 1)! ≡ (p − 1)! [p], donc
p|(p − 1)!(ap−1 − 1). Or p est premier avec tous les entiers
de 1 à p − 1, donc il est premier avec (p − 1)!, et à nouveau
Théorème 3.0.14 (Petit théorème de Fermat, avec le théorème de Gauss, il vient bien p|ap−1 − 1.
1640). Exercice 3.0.15.
Soit p un nombre premier. Alors on a : Calculer le reste de la division euclidienne de
(i) pour tout a ∈ Z, p divise ap − a. 42835 720 par 37.
(ii) pour tout a ∈ Z qui n’est pas un multiple Le Petit théorème de Fermat donne donc une
de p, p divise ap−1 − 1. condition nécessaire pour qu’un nombre entier
soit premier. Il est d’ailleurs très largement uti-
lisé dans les tests de primalité, comme celui de
Démonstration.
Ce théorème admet plus de 100 démonstrations. Fermat
Rabin-Miller. Mais, sa réciproque étant fausse, il
disait en connaître une mais ne l’a jamais publiée et elle n’est pas possible de savoir de manière certaine
n’est pas parvenue jusqu’à nous. La première démonstra- qu’un nombre est premier en n’utilisant que ce
tion est dûe à Leibniz en 1683, dans un manuscrit qui lui théorème. Ainsi, on appelle nombres de Carmi-
non plus n’a pas été publié. Il faut attendre 1736 pour
qu’Euler donne la première démonstration publique, qui
chael ou menteurs de Fermat les nombres entiers
est essentiellement la même que celle de Leibniz. qui ne sont pas premiers mais vérifient tout de
Un petit nombre de ces démonstrations ainsi qu’une in- même le Petit théorème de Fermat. Le plus petit
troduction historique peuvent être lus à l’adresse suivante, nombre de Carmichael est 561, et a été découvert
sur le site de l’ENS :
par Carmichael en 1910, bien que les propriétés de
http ://[Link]/pm49tb4 tels nombres aient déjà été énoncées en 1899 par
Korselt. Les nombres de Carmichael étant relati-
Donnons-en encore une autre :
vement rares par rapport aux nombres premiers,
Commençons par montrer l’équivalence des deux un test de primalité basé sur le petit théorème de
énoncés 1 : Fermat aura peu de chances de donner un résul-
Si (i) est vrai et que a n’est pas un multiple de p, alors tat erroné, mais il n’est cependant pas considéré
puisque p est premier, a et p sont premiers entre eux. Par
comme un test suffisament fiable. C’est pourquoi
conséquent, grâce au théorème de Gauss, p|a(ap−1 − 1)
donc p|ap−1 − 1. on le combine avec d’autres tests pour obtenir des
Si (ii) est vrai, soit a ∈ Z. Si a est un multiple de p, p|a tests de primalité probabilistes plus fiables.
donc p|a(ap−1 − 1). Et si a n’est pas un multiple de p,
alors avec (ii) p|ap−1 − 1 donc p|a(ap−1 − 1). Dans tous
les cas, (i) est vrai.

Montrons maintenant le point (ii).


Soit a un entier non multiple de p. Posons N =
a(2a)(3a)...((p − 1)a). Nous allons calculer N modulo p de
deux manières.
Tout d’abord, réécrivons N = ap−1 × (p − 1)!.

1. Ici, nous n’avons besoin que de montrer que (ii) im-


plique (i) puisque nous allons montrer (i) par la suite.

170
Chapitre XII

Suites réelles et complexes


Sommaire
1 Vocabulaire. . . . . . . . . . . . . . . . . 172 8.1 Séries télescopiques. . . . . . . . . . . 189
2 Limite d’une suite réelle. . . . . . . . . . 173 8.2 Séries géométriques. . . . . . . . . . . 189
2.1 Définition et premières propriétés. . . 173 9 Annexe : unification des notions de
2.2 Opérations sur les limites. . . . . . . . 175 limites. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 189
a Étude de (un + vn )n∈N . . . . . . . 175 9.1 Voisinages . . . . . . . . . . . . . . . . 189
b Étude de (un vn )n∈N . . . . . . . . 176 9.2 Convergence de suite dans R . . . . . . 190
9.3 Démonstrations des résultats précédem-
 
c Étude de u1n . . . . . . . . . 176
n∈N ment obtenus . . . . . . . . . . . . . . 191
d Étude de (|un |)n∈N . . . . . . . . . 176 9.4 Suites complexes . . . . . . . . . . . . 192
e Étude de (max(un , vn ))n∈N . . . . 176
f Exemples de formes indéterminées. 176
2.3 Limites et suites extraites. . . . . . . . 176
2.4 Limites et inégalités. . . . . . . . . . . 177
3 Résultats de convergence. . . . . . . . . 178
3.1 Composition. . . . . . . . . . . . . . . 178
3.2 Utilisation d’inégalités. . . . . . . . . . 178
a Techniques d’encadrement. . . . . 178
b Suites monotones. . . . . . . . . . 178
c Suites adjacentes. . . . . . . . . . 179
3.3 Théorème de Bolzano-Weierstrass. . . 180
4 Traduction séquentielle de certaines
propriétés. . . . . . . . . . . . . . . . . . 181
5 Suites particulières. . . . . . . . . . . . . 181
5.1 Suites arithmétiques. . . . . . . . . . . 181
5.2 Suites géométriques. . . . . . . . . . . 182
5.3 Suites arithmético-géométriques. . . . 183
5.4 Suites récurrentes linéaires doubles. . . 184
6 Suites définies par une relation de ré-
currence d’ordre 1. . . . . . . . . . . . . 185
6.1 Définition de la suite. . . . . . . . . . . 185
6.2 Recherche d’une limite éventuelle. . . . 186
6.3 Cas où f est croissante sur A. . . . . . 186
6.4 Cas où f est décroissante sur A. . . . . 187
7 Suites à valeurs complexes. . . . . . . . 187
8 Premiers exemples de séries numériques.189
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

1 Vocabulaire.
leur somme u + v, définie comme (un + vn )n∈N .
• Étant donnéune suite u et un scalaire λ, on
peut former la suite λu définie comme (λun )n∈N .
Définition 1.0.1 (Suite réelle).
• On dit que RN muni de ces deux opérations est
• Une suite à valeurs réelles ou suite réelle u
un espace vectoriel.
est une application de N dans R, u. On note en
• Étant donné deux suites u et v on peut former
général un au lieu de u(n) l’image de n par u.
leur produit uv, définie comme (un vn )n∈N .
• Étant donnée une expression e contenant la
• Étant donné deux suites u et v telles que v ne
variable n, on note (e)n∈N la suite N → R . u
n 7→ e s’annule pas, on peut former leur quotient ,
v
Ainsi, la suite u est souvent notée (un )n∈N . un
 
définie comme .
• La suite (un )n∈N est aussi appelée la suite de vn n∈N
terme général un . • Étant donné une suite u , on peut former la
• On note RN l’ensemble des suites réelles. suite |u| définie comme (|un |)n∈N .
• Étant donné deux suites u et v, on peut
former les suites min(u, v) et max(u, v), défi-
Remarque 1.0.2 (Représentation graphique des nie comme (min(un , vn ))n∈N et (max(un , vn ))n∈N .
termes d’une suite).
Cela peut se faire en plaçant les termes sur la
droite des réels (représentation unidimensionnelle)
ou en traçant le “graphe” de la suite (représen- Définition 1.0.5.
tation bidimensionnelle). Chacune présente des • Étant donné une propriété P sur les suites réelles
avantages et des inconvénients. et un entier n0 et une suite réelle u, on dit que P
est vraie à partir du rang n0 si la propriété P est
Remarque 1.0.3 (Modes de définition). vraie pour la suite des termes un0 , un0 +1 , un0 +2 ,
Il existe plusieurs manières de définir une suite. . . . autrement dit pour la suite v où v est définie
Définition explicite : on donne le terme géné- par ∀n ∈ N vn = un0 +n .
ral. On peut par exemple étudier la suite de • On dit que P est vraie à partir d’un certain
1 n rang s’il existe un entier n0 tel que la propriété P
 
terme général un = 1 + .
n est vraie à partir du rang n0 .
Définition par récurrence : on définit le pre-
mier terme, ainsi qu’une relation de récur- Remarque 1.0.6.
rence vérifiée par la suite. On peut par En général, seul le comportement des suites quand
exemple étudier la suite définie par u0 = 1 n tend vers l’infini nous intéresse, et non les pre-
et ∀n ∈ N, un+1 = sin(un ). Ces suites feront miers termes de la suite, d’où l’intérêt de la notion
l’objet d’une première étude dans la partie 6. de propriété vraie à partir d’un certain rang.
Définition implicite : on étudie souvent des
Exemple 1.0.7.
suites dont le terme général est solution d’une
• La suite (n(n − 5))n∈N n’est pas à valeurs po-
équation. On peut par exemple étudier la
sitives ou nulles mais elle est à valeurs positives
suite dont le terme général est l’unique réel
ou nulles à partir du rang 5 (ainsi d’ailleurs qu’à
solution sur R+ de l’équation x2 + x = n.
partir du rang 10, du rang 2389, . . . ).
• La suite u définie par
Définition 1.0.4 (Opérations sur les suites).
si n < 735
(
• Étant donné deux suites u et v on peut former n
∀n ∈ N un =
735 sinon

172
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

n’est pas constante mais est constante à partir du Remarque 1.0.12.


rang 735. • Toutes ces propriétés peuvent s’énoncer « à par-
tir d’un certain rang ».
Exemple 1.0.8.
Cependant, une suite est majorée à partir d’un
Dire qu’une suite est positive ou nulle à partir
certain rang si et seulement si cette suite est ma-
d’un certain rang est équivalent à
jorée (idem pour minorée et bornée).
∃n0 ∈ N, ∀n ∈ N, un+n0 > 0, • « (un ) est bornée » s’écrit aussi : ∃M ∈ R,
∀n ∈ N, |un | 6 M .
autrement dit :
Cela permet d’ailleurs dé définir la notion de suite
∃n0 ∈ N, ∀k ∈ N, k > n0 ⇒ uk > 0. complexe bornée, alors même qu’une suite com-
plexe ne peut être ni minorée ni majorée.
• Pour montrer qu’une suite est croissante, on
Définition 1.0.9.
peut utiliser plusieurs méthodes : la plus clas-
Une suite réelle u est dite :
sique consiste à étudier le signe de un+1 − un . On
(i) constante si ∀n ∈ N, un = u0 ; peut aussi comparer
un+1
à 1, à condition de
(ii) stationnaire si elle est constante à partir un
connaître le signe de un .
d’un certain rang, c’est-à-dire si • Une suite u est croissante si et seulement si pour
tout p ∈ N et tout n > p, un > up .
∃n0 ∈ N ∀n ∈ N, n > n0 ⇒ un = un0 .

2 Limite d’une suite réelle.


Remarque 1.0.10.
Jusque là, toutes les définitions données sur les 2.1 Définition et premières propriétés.
suites à valeurs réelles s’étendent directement aux
suites à valeurs complexes. Ce n’est plus le cas
pour ce qui suit. Définition 2.1.1.
Soit (un ) ∈ RN , soit ` ∈ R. On dit que (un ) tend
Définition 1.0.11. (ou converge) vers ` si
Une suite réelle u est dite :
(i) croissante (resp. stric. croissante) si pour ∀ε ∈ R∗+ , ∃n0 ∈ N, ∀n ∈ N, n > n0 ⇒ |un − `| 6 ε.
tout n ∈ N, un 6 un+1 (resp. un < un+1 ) ;
On note ceci un −−−−−→ `, ou plus simplement
n→+∞
(ii) décroissante (resp. stric. décroissante) si u → `.
pour tout n ∈ N, un > un+1 (resp. un >
un+1 ) ;
(iii) monotone si la suite est croissante ou dé- Remarque 2.1.2.
croissante ; Ceci est équivalent à

(iv) strictement monotone si la suite est stric- ∀ε ∈ R∗+ , ∃n0 ∈ N, ∀n ∈ N, n > n0 ⇒ |un − `| < ε.
tement croissante ou strictement décrois-
sante ; En pratique, on préférera souvent (mais pas tou-
(v) majorée (resp. minorée) s’il existe M ∈ R jours) utiliser des inégalités larges.
tel que pour tout n ∈ N, un 6 M (resp.
Remarque 2.1.3.
un > M ) ;
On utilise souvent les abus de notation suivant :
(vi) bornée si elle est majorée et minorée.
∀ε > 0, ∃n0 ∈ N, ∀n > n0 , |un − `| 6 ε.

173
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

Exemple 2.1.4. Remarque 2.1.10.


n−1 Une suite qui tend vers +∞ (ou vers −∞) diverge.
Montrer que la suite de terme général un =
n+1 On peut cependant introduire l’ensemble R =
converge vers 1.
R∪{+∞, −∞}, que l’on appelle droite numérique
achevée. Dans R, une suite tendant vers +∞ (ou
moins −∞) converge. Le théorème 2.1.6 est tou-
Définition 2.1.5.
jours valable : toute suite à valeurs dans R est
Soit (un ) ∈ RN . On dit que (un ) est convergente
bornée (par −∞ et +∞) !
s’il existe ` ∈ R tel que un −−−−−→ `. Si (un ) n’est
n→+∞ Par défaut, la notion de convergence s’entendra
pas convergente, on dit qu’elle est divergente (ou dans R. Le lecteur intéressé pourra consulter la
diverge). partie 9 pour obtenir une présentation succinte
unifiant ces points de vues.

Théorème 2.1.6.
Toute suite convergente est bornée. Théorème 2.1.11 (Unicité de la limite).
Soit (un ) une suite réelle, soit `1 , `2 ∈ R tels que
Démonstration. un −−−−−→ `1 et un −−−−−→ `2 . Alors, `1 = `2 .
n→+∞ n→+∞
Soit (un ) convergeant vers ` ∈ R. Alors d’après la proposi-
tion précédente, il existe n0 ∈ N tel que pour tout n > n0 ,
|un − `| 6 1, et donc ` − 1 6 un 6 ` + 1. Par conséquent,
(un ) est bornée à partir du rang n0 . Mais les n0 premiers Démonstration.
termes de la suite étant en nombre fini, ils forment un Il convient a priori de distinguer 9 cas. Par symétrie, et
ensemble borné. L’ensemble des termes de la suite (un ) en supposant `1 6= `2 , il suffit de considérer les cas :
étant la réunion de deux ensembles bornées, il est borné • `1 ∈ R et `2 ∈ R ;
également, et donc la suite (un ) est bornée. • `1 ∈ R et `2 = −∞ ;
• `1 ∈ R et `2 = +∞ ;
Remarque 2.1.7. • `1 = −∞ et `2 = +∞.
La réciproque est évidemment fausse, comme le Nous ne détaillerons ici que les deux premiers, les deux
derniers sont laissés au lecteur.
prouve la suite ((−1)n )n∈N . 1
Si `1 ∈ R et `2 ∈ R, posons ε = |`1 − `2 | > 0. Alors, il
3
existe n1 , n2 ∈ N tels que, pour tout n ∈ N :
• si n > n1 , |un − `1 | 6 ε ;
Définition 2.1.8. • si n > n2 , |un − `2 | 6 ε.
Soit (un ) ∈ RN . On dit que (un ) tend vers +∞ si Alors, pour n > max(n1 , n2 ), on a par l’inégalité triangu-
laire
∀A ∈ R, ∃n0 ∈ N, ∀n ∈ N, n > n0 ⇒ un > A.
|`1 − `2 | = |`1 − un − (`2 − un )|
On note ceci un −−−−−→ +∞, ou plus simplement 6 |`1 − un | + |`2 − un |
n→+∞ 2
u → +∞. 6 |`1 − `2 |.
3
C’est impossible !
1
Si `1 ∈ R et `2 = −∞, posons A = `1 − 1 et ε = .
Définition 2.1.9. 2
Alors, il existe n1 , n2 ∈ N tels que, pour tout n ∈ N :
Soit (un ) ∈ RN . On dit que (un ) tend vers −∞ si • si n > n1 , |un − `1 | 6 ε ;
• si n > n2 , un 6 A.
∀A ∈ R, ∃n0 ∈ N, ∀n ∈ N, n > n0 ⇒ un 6 A. 1
Alors, pour n > max(n1 , n2 ), on a un 6 A < `1 − 6 un .
2
C’est impossible !
On note ceci un −−−−−→ −∞, ou plus simplement
n→+∞
u → −∞.

174
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

Exemple 2.1.17.
Définition 2.1.12 (Limite).
 
Étudier la convergence de la suite cosn n
Soit u ∈ RN . Lorsqu’il existe un élément ` ∈ R n∈N∗
vérifiant un −−−−−→ `, on l’appelle la limite de u,
n→+∞
et on le note lim u ou lim un .
n→+∞

Le symbole lim ne peut s’utiliser


n→+∞ Proposition 2.1.18.
qu’après avoir montré l’existence de ladite limite. L’ensemble des suites convergeant vers 0 est stable
L’utiliser avant est une erreur grave. On préfèrera par addition et par multiplication par un scalaire.
systématiquement utiliser l’écriture un −−−−−→ `. On dit que l’ensemble des suites convergeant vers
n→+∞
0 est un sous-espace vectoriel de l’espace vectoriel
Proposition 2.1.13. des suites à valeur réelles.
Soit u ∈ RN et ` ∈ R. On a les propriétés sui-
vantes :
Démonstration.
un −−−−−→ ` ⇐⇒ un − ` −−−−−→ 0 Comme un scalaire peut-être vu comme une suite constante,
n→+∞ n→+∞ donc bornée, il suffit de montrer que la somme de deux
un −−−−−→ 0 ⇐⇒ |un | −−−−−→ 0 suites convergeant vers 0 converge vers 0.
n→+∞ n→+∞
Soit u et v tendant vers 0, soit ε > 0. Il existe deux
rangs N ∈ N et N 0 ∈ N tels que, pour tout entier n,
ε
• si n > N , |un | 6 ;
2
ε
Corollaire 2.1.14. • si n > N , |vn | 6 .
0
2
Soit u ∈ RN et ` ∈ R. Ainsi, si n > max(N, N 0 ), alors |un + vn | 6 |un | + |vn | 6 ε,
d’où le résultat.
un −−−−−→ ` ⇐⇒ |un − `| −−−−−→ 0
n→+∞ n→+∞

2.2 Opérations sur les limites.

Corollaire 2.1.15. Soit u et v deux suites qui admettent chacune


Soit u ∈ RN , ` ∈ R. Alors u tend vers ` si et pour limite `, `0 ∈ R.
seulement s’il existe v ∈ RN tendant vers 0 telle
que u = ` + v.

a Étude de (un + vn )n∈N .


Proposition 2.1.16.
Soit u une suite convergeant vers 0 et v une suite vn `0 ∈ R +∞ −∞
bornée. Alors uv converge vers 0. un
`∈R
Démonstration.
Soit M > 0 un majorant de |v|. Soit ε > 0, il existe +∞
donc un rang N ∈ N tel que pour, tout entier naturel
ε
n > N , |un | 6 . Ainsi, si n > N , |un vn | 6 ε, d’où le −∞
M
résultat.

175
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

b Étude de (un vn )n∈N . Remarque 2.2.3.


On a bien sûr le même résultat avec le minimum.
vn `0 ∈ R∗+ `0 ∈ R∗− 0 +∞ −∞
un
` ∈ R∗+ f Exemples de formes indéterminées.

Exemple 2.2.4.
` ∈ R∗− Déterminer les limites (si elles existent) des suites
de termes généraux suivants :
0
3n2 +n+15
1. un = n2 +sin n
+∞ 2. un = e n −3n
n2 −2n
1
 n
−∞ 3. un = 1 + .
n

c Étude de

1

2.3 Limites et suites extraites.
un n∈N .

Si la suite u ne s’annule pas.


Remarque 2.2.1. Définition 2.3.1.
1 On appelle suite extraite ou sous-suite de la suite
Si v tend vers 0, alors tend vers 1. u toute suite (uϕ(n) )n∈N où ϕ est une application
1+v
strictement croissante de N dans N. La fonction
un → ` ∈ R\ {0} 0 +∞ −∞
ϕ est une extraction, ou extractrice.
1/un →
Remarque 2.3.2.
un On ne conserve que les termes de rang ϕ(n) pour
 
On obtient alors le comportement de
vn n∈N n ∈ N, d’où la dénomination suite extraite.
en utilisant les deux tableaux précédents.
Exemple 2.3.3.
d Étude de (|un |)n∈N . (un+1 )n∈N , (u2n )n∈N et (u2n+1 )n∈N sont des suites
extraites de (un )n∈N .
un → `∈R +∞ −∞
Exercice 2.3.4.
Soit u une suite, ϕ et ψ deux extractrices. Quelle
|un | →
est la suite extraite de (uϕ(n) )n∈N par ψ ?

e Étude de (max(un , vn ))n∈N .


Lemme 2.3.5.
Soit ϕ une fonction strictement croissante de N
Proposition 2.2.2. dans N. Alors pour tout n ∈ N, ϕ(n) > n.
Si un −−−−−→ ` ∈ R et vn −−−−−→ `0 ∈ R, alors
n→+∞ n→+∞
max(un , vn ) −−−−−→ max(`, `0 ).
n→+∞
Théorème 2.3.6.
Soit u ∈ RN et ` ∈ R. Si u −−→ ` alors toute suite
+∞
Démonstration.
|un − vn | + un + vn extraite de u tend aussi vers `.
Il suffit d’écrire max(un , vn ) = .
2

176
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

Démonstration. Démonstration.
On traite le cas ` ∈ R, les deux autres cas sont laissés au 1
On pose ε = min (` − a; b − `) > 0. Soit n0 ∈ N tel que,
lecteur. 2
pour tout n > n0 , |un − `| 6 ε. On a a < ` − ε < ` + ε < b,
Soit ϕ une extractrice, soit ε > 0. Il existe donc un rang Alors, si n > n0 , on a `−ε 6 un 6 `+ε, donc a < un < b.
n0 ∈ N tel que , pour tout n > n0 , |un − `| 6 ε. Soit n > n0 ,
on a alors ϕ(n) > n > n0 et donc uϕ(n) − ` 6 ε.

Corollaire 2.4.2.
Corollaire 2.3.7. En particulier toute suite convergeant vers une
Si une suite admet deux suites extraites ne conver- limite strictement positive (resp. strictement né-
geant pas vers la même limite alors cette suite n’a gative) est strictement positive (resp. strictement
pas de limite. négative) à partir d’un certain rang.
Si une suite admet une suite extraite n’ayant
pas de limite, alors cette suite n’a pas de limite.
Corollaire 2.4.3.
Exemple 2.3.8. Soit u ∈ RN et (a, `) ∈ R2 . Supposons u −−−−−→ `.
n→+∞
Montrer que les suites ((−1)n )n∈N et cos nπ

3 n∈N 1. Si à partir d’un certain rang un 6 a, alors
ne convergent pas. ` 6 a.
2. Si à partir d’un certain rang a 6 un , alors
a 6 `.
Théorème 2.3.9.
Soit u une suite à valeurs réelles et ` ∈ R.
Si on a u2n −−−−−→ ` et u2n+1 −−−−−→ `,
n→+∞ n→+∞
alors un −−−−−→ `. Ne pas croire que si à partir d’un cer-
n→+∞
tain rang un < a, alors ` < a. En passant à la
limite dans une inégalité, les inégalités strictes
Démonstration. deviennent
  des inégalités larges. (Par exemple :
On traite le cas ` ∈ R, les deux autres cas sont laissés au la suite n1 converge vers 0, et pourtant tous
lecteur. ∗
n∈N
Soit ε > 0. Il existe donc deux rangs N et N 0 tels que, les termes sont strictement positifs).
pour tout entier naturel n,
• si n > N , |u2n − `| 6 ε ;
• si n > N 0 , |u2n+1 − `| 6 ε. Corollaire 2.4.4.
Ainsi, si n > max(2N, 2N 0 + 1), on a |un − `| 6 ε (il suffit Soient u et v deux suites réelles telles que, à partir
de distinguer selon la parité de N ), d’où le résultat. d’un certain rang, un 6 vn . Si les suites u et v
convergent respectivement vers ` et `0 , alors ` 6 `0 .
2.4 Limites et inégalités.

Là encore, même si à partir d’un certain


Proposition 2.4.1. rang, un < vn , il se peut que ` = `0 .
Soit u ∈ RN et (a, b, `) ∈ R. Supposons u −−→ `
+∞ Exemple 2.4.5.
et a < ` < b. Alors à partir d’un certain rang, les ∀n ∈ N∗ , 1 − n1 < 1 + n1 , pourtant 1 − n1 −−−−−→ 1
valeurs de u sont comprises strictement entre a et n→+∞

b. Autrement dit : et 1 + 1
n −
−−−−→ 1.
n→+∞

Exercice 2.4.6.
∃n0 ∈ N ∀n ∈ N n > n0 ⇒ a < un < b n
1
!
Montrer que la suite (Hn ) = ne
X

k=1
k
n∈N∗

177
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

converge pas. On pourra commencer par montrer Exemple 3.1.3.


1 Si u est une suite qui converge vers 0, alors la
que pour tout n > 1, H2n − Hn > .
2 suite (e un )n∈N est une suite convergeant vers 1.
Proposition 2.4.7.
Si une suite (un )n∈N est croissante (resp. décrois- 3.2 Utilisation d’inégalités.
sante) et converge vers un réel `, alors ∀n ∈
N, un 6 ` (resp. ∀n ∈ N, un > `). a Techniques d’encadrement.
Si une suite (un )n∈N est strict. croissante (resp.
strict. décroissante) et converge vers un réel `
alors ∀n ∈ N, un < ` (resp. ∀n ∈ N, un > `). Théorème 3.2.1.
Soient u, v et w trois suites à valeurs réelles et
Démonstration. ` ∈ R.
On ne traite que le premier cas. S’il existe N ∈ N tel que (i) Th. de minoration : Si un −−−−−→ +∞
uN > ` alors, si n > N , un − ` > uN − ` > 0, ce qui est n→+∞
impossible. et un 6 vn à partir d’un certain rang, alors
vn −−−−−→ +∞.
Remarque 2.4.8. n→+∞
Ces propriétés ne permettent pas de montrer la (ii) Th. de majoration : Si un −−−−−→ −∞
n→+∞
convergence d’une suite. Elles se contentent de et vn 6 un à partir d’un certain rang, alors
donner des renseignements sur la suite ou sa limite, vn −−−−−→ −∞.
en cas de convergence. n→+∞
(iii) Th. d’encadrement : Si un −−−−−→ ` et
n→+∞
3 Résultats de convergence. wn −−−−−→ ` et un 6 vn 6 wn à partir d’un
n→+∞
certain rang, alors vn −−−−−→ `.
n→+∞
3.1 Composition.

Théorème 3.1.1. Remarque 3.2.2.


Soient a ∈ D̄ et b ∈ R et f une fonction à valeurs Le troisième résultat est souvent appelé « Théo-
réelles définie sur une partie D de R vérifiant rème des gendarmes » dans le secondaire. Vous
pouvez utiliser cette dénomination, ou tout sim-
f (x) −−−→ b plement dire « par encadrement » quand vous
x→a
l’utilisez.
et u une suite réelle telle que la suite (f (un ))n∈N Démonstration.
soit bien définie (c’est-à-dire vérifiant ∀n ∈ N un ∈ Ces trois résultats se démontrent aisément.
D) et vérifiant

un −−−−−→ a. Corollaire 3.2.3.


n→+∞
Soient u et v deux suites à valeurs réelles.
Alors, Si vn −−−−−→ 0 et |un | 6 vn à partir d’un certain
f (un ) −−−−−→ b. n→+∞
n→+∞ rang, alors un −−−−−→ 0.
n→+∞

Remarque 3.1.2.
Ce théorème est temporairement admis, la défi- b Suites monotones.
nition de convergence pour les fonctions n’ayant
pas encore été donnée.

178
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

Théorème 3.2.4 (de la limite monotone). Corollaire 3.2.6.


Soit u une suite réelle. Si u est croissante et majorée par M ∈ R, alors u
1. Si u est croissante, elle admet une limite converge et sa limite est inférieure ou égale à M .
(dans R) et

un −−−−−→ sup un . c Suites adjacentes.


n→+∞ n∈N

(a) Dans le cas où u est majorée par un réel, Définition 3.2.7.


cette limite est réelle et est le plus petit Deux suites u et v sont dites adjacentes si l’une
majorant de u. est croissante, l’autre est décroissante et leur dif-
(b) Dans le cas où u n’est pas majorée, cette férence tend vers 0.
limite vaut +∞.
2. Même résultat, dans le cas d’une suite u dé-
croissante mutatis mutandis (sup en inf, «ma- Théorème 3.2.8.
jorée» en «minorée», +∞ en −∞). Soit u et v deux suites adjacentes. Alors u et v
convergent, et ont la même limite.

Démonstration. 1. (a) Notons ` = supn∈N un . Soit Démonstration.


ε > 0, il existe donc un entier naturel n0 tel Si u et v convergent, u − v converge vers la différence de
que ` − ε < un0 6 `. Par croissance de u et leurs limites, soit 0 : u et v ont donc même limite.
majoration de u par `, on a, pour tout n > n0 , On peut supposer, sans perte de généralité, que u est
` − ε 6 un 6 `. Cela montre donc bien la croissante et que v est décroissante. Montrons maintenant
convergence de u vers `. que u converge (il suffit ensuite d’écrire v = v − u + u pour
(b) Soit A ∈ R, A ne majore pas u : il existe donc conclure à la convergence de v). Il suffit de montrer que
n0 ∈ N tel que un0 > A. Ainsi, par croissance u est majorée par un réel, par exemple v0 . Sinon, il existe
de u, on a, pour tout n > n0 , un > A. Ainsi, u n0 ∈ N vérifiant un0 > v0 et l’on aurait, par croissance de
tend vers +∞. u et décroissance de v ainsi que pour tout entier n > n0 ,
un − vn > un0 − v0 , ce qui contredit la convergence de
2. Idem
u − v vers 0. Ainsi, u converge.

Exemple 3.2.5.
La définition et le théorème des suites
On exprime souvent le premier point du théo-
adjacentes sont fondamentaux. Le fait qu’ils
rème en disant que «toute suite croissante majorée
s’écrivent de façon très concise n’en réduit pas
converge». Soit u et v les suites définies par
l’importance mais rend en revanche inexcusable
les confusions entre ce qui relève de la définition
∀n ∈ N un = n et vn = n + n2
et ce qui relève du théorème.
La suite u est croissante, majorée par la suite v : Remarque 3.2.9.
c’est donc une suite croissante majorée. Donc u Soient (un )n∈N et (vn )n∈N deux suites réelles ad-
converge ? jacentes, avec (un )n∈N croissante.
Notons ` leur limite commune. Alors, ∀n ∈
N, un 6 ` 6 vn et ∀(p, q) ∈ N2 , up 6 ` 6 vq .
Une suite croissante majorée converge
vers le plus petit de tous ses majorants. Le plus Exemple 3.2.10.
petit de ses majorants n’est pas nécessairement Les suites (un )n∈N∗ et (vn )n∈N∗ définies par un =
n
le plus petit de ceux que vous avez déjà trouvés ! 1
et vn = un + n.n! sont adjacentes.
X
1
Retenir : k=0
k!

179
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

Exemple 3.2.11 (Moyenne arithmetico - géomé-


trique). Corollaire 3.2.15 (Méthode de la dichotomie).
Soient u0 , v0 ∈ R∗+ . On définit deux suites en Soit (In )n∈N une suite de segments telle que pour
un + vn tout n ∈ N, In+1 est soit la moitié gauche du
posant, pour tout n ∈ N, un+1 =
√ 2 segment In , soit la moitié droite du segment In .
et vn+1 = un .vn . Alors ces deux suites sont Alors la suite (In )n∈N est une suite décroissante
adjacentes et leur limite commune est appelée de segments emboîtés, dont le diamètre tend vers
moyenne arithmetico - géométrique de u0 et v0 . 0.
Exercice 3.2.12 (Algorithme des Babyloniens). Les extrémités gauche et droite de ces segments
On pose v0 = 2. On définit deux suites en posant, constituent donc des suites adjacentes.
2 un + vn
pour tout n ∈ N, un = et vn+1 = .
vn 2
Montrer que ces deux suites sont adjacentes. 3.3 Théorème de Bolzano-Weierstrass.
Quelle est leur limite ?
Nous avons déjà vu que toute suite convergente
est bornée. La réciproque est évidemment fausse,
Définition 3.2.13. par exemple la suite ((−1)n )n∈N est bornée et
Étant donné I un intervalle de R, on appelle divergente. Mais une version plus faible est vraie
diamètre de I et on note δ(I) la valeur de b − a : c’est l’objet du théorème suivant.
où a et b sont les extrémités gauche et droite de
I si celles-ci sont réelles et +∞ si l’une au moins
n’est pas réelle. Théorème 3.3.1 (Bolzano-Weierstrass).
On peut extraire de toute suite réelle bornée une
suite convergente.

Théorème 3.2.14 (Des segments emboîtés).


Soit (In )n∈N une suite décroissante de segments Remarque 3.3.2.
non vides emboîtés, c’est-à-dire vérifiant I0 ⊃ On peut remplacer « bornée » par « à valeurs dans
I1 ⊃ I2 ⊃ . . . (autrement dit, pour tout n ∈ N, un segment ».
In+1 ⊂ In ) et vérifiant δ(In ) −−−−−→ 0. Alors Démonstration (Principe de la dichotomie à connaître,
n→+∞
formalisation non exigible).
l’ensemble \ Le cas où le segment est réduit à un point est trivial.
In Considérons donc un segment [a, b] de R avec a < b et une
n∈N suite u à valeurs dans [a, b] et montrons que u admet une
est un singleton. Autrement dit, il existe un unique suite extraite qui converge.
Définissons tout d’abord par dichotomie une suite
réel appartenant à In pour tout n ∈ N. (In )n∈N de segments comme suit :
De plus, tout suite u à valeur réelle telle que
1. I0 = [a, b]
pour tout n ∈ N, un ∈ In converge vers ce réel.
2. Pour tout n, on définit In+1 comme étant la moitié
gauche de In si u prend une infinité de fois ses va-
Démonstration. leurs dans cette moitié gauche. Sinon, on définit In+1
Il suffit de noter, pour tout n ∈ N, an et bn respectivement comme étant la moitié droite de In .
les extrémités gauche et droite de In . Les conditions sur les Il est clair que la suite (In )n∈N est une suite de seg-
segments entraînent que a et b sont deux suites adjacentes. ments emboîtés de diamètre tendant vers 0, d’inter-
Elles ont dont une limite commune `. De plus pour tout section réduite à un singleton l.
n, an 6 ` 6 bn . Donc { ` } ⊂ n∈N In . Réciproquement, On peut démontrer par récurrence que pour tout
T
si x ∈ n∈N In , alors pour tout n ∈ N, an 6 x 6 bn donc, n ∈ N, u prend une infinité de fois ses valeurs dans
T
par encadrement, x = `. In .
Tout suite u vérifiant les conditions données est alors On va maintenant extraire une suite uϕ(n) n∈N de

encadrée par a et b donc converge vers `. u telle que pour tout n ∈ N, un ∈ In .

180
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

Le principe est relativement simple : on prend u0 le milieu de I : aucune suite à valeurs dans X ne peut
pour premier terme de cette suite extraite. On a converger vers `. En effet, en considérant ε le quart du
u0 ∈ I0 . On prend alors pour terme suivant le premier diamètre de I, on a, pour tout x ∈ X, |x − `| > ε. Ainsi,
terme suivant de u appartenant à I1 . Un tel terme X rencontre I.
existe puisque u prend une infinité de fois ses valeurs
dans I1 . On prend alors pour terme suivant le premier
terme suivant de u appartenant à I2 . Etc. Proposition 4.0.4.
Plus formellement, on définit par récurrence l’appli- Soit X une partie non vide de R. Alors il existe
cation ϕ comme suit :
une suite u à valeurs dans X de limite sup X.
(a) ϕ(0) = 0.
(b) pour tout n ∈ N, ϕ(n + 1) est le plus petit 1. Si X est majorée, sup X ∈ R et u converge.
entier k strictement supérieur à ϕ(n) vérifiant 2. Si X n’est pas majorée, alors sup X = +∞
uk ∈ In+1 . La suite u prenant une infinité de
et u tend vers +∞.
fois ses valeurs dans I(n + 1), un tel k existe.
Posons alors, pour n ∈ N, vn = uϕ(n) .
On a pour tout n ∈ N, vn ∈ In . Donc v converge. Démonstration.
La suite u admet donc bien une suite extraite conver- Si X n’est pas majorée, c’est facile : pour tout n ∈ N, il
gente. existe x ∈ X vérifiant x > n. On construit donc une suite
u à valeurs dans X vérifiant ∀n ∈ N, un > n.
Si X est majorée, revenir à la caractérisation de la borne
supérieure dans le cas réel donnée dans le chapitre VIII.
4 Traduction séquentielle de cer- Remarque 4.0.5.
taines propriétés. Un résultat analogue existe concernant la borne
inférieure.
Exercice 4.0.6.
Définition 4.0.1. Soit X une partie non vide de R majorée par un
On dit qu’une partie de R est dense dans R si elle réel a tel qu’il existe une suite u à valeurs dans
rencontre tout intervalle ouvert non vide de R. X de limite a. Montrer que a = sup X.

Remarque 4.0.2. 5 Suites particulières.


On a déjà vu que l’ensemble des décimaux, Q et
R \ Q étaient denses dans R.
5.1 Suites arithmétiques.

Proposition 4.0.3.
Soit X ⊂ R. X est dense dans R si et seulement Définition 5.1.1.
si pour tout ` ∈ R il existe une suite u à valeurs Soit α et r deux complexes. On appelle suite
dans X convergeant vers `. arithmétique de premier terme α et de raison r la
suite u définie par
Démonstration.
u0 = α,
(
Supposons que X est dense dans R, soit ` ∈ R. Alors, pour
tout entier naturel n, X∩]` −
1
,` +
1
[ est non ∀n ∈ N, un+1 = r + un .
n+1 n+1
vide et l’on peut donc construire une suite u d’éléments de
1
X telle que, pour tout entier naturel n, ` − 6 un 6
n+1
1 Remarque 5.1.2.
`+ . Par encadrement, u converge vers `.
n+1 Une suite arithmétique est à valeurs réelles si et
Réciproquement, soit une telle partie X, montrons que
X est dense dans R. Soit I un intervalle ouvert non vide seulement si son premier terme et sa raison sont
de R. Si I ∩ X = ∅, il suffit de prendre ` comme étant réels.

181
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

Remarque 5.1.3.
u est arithmétique de raison r si et seulement si Définition 5.2.1.
Soit α et r deux complexes. On appelle suite
(un+1 − un )n∈N = (r)n∈N . géométrique de premier terme α et de raison r la
suite u définie par
On peut voir cela comme une équation portant
u0 = α,
(
sur une transformation linéaire de u.
Ce que l’on pourrait appeler « l’équation homo- ∀n ∈ N, un+1 = r · un .
gène associée » a pour solution toutes les suites
constantes.
Le résultat suivant montre d’ailleurs que l’en-
Remarque 5.2.2.
semble des suites arithmétiques de raison r est
Une suite géométrique est à valeurs réelles si et
de la forme « solution particulière + solutions
seulement si son premier terme est nul ou son
homogènes ».
premier terme et sa raison sont réels.
Remarque 5.2.3.
Proposition 5.1.4. u est géométrique de raison r si et seulement si
Soit r ∈ C et u une suite arithmétique de raison r.
Alors ∀n ∈ N, un = nr + u0 . De plus (un+1 − run )n∈N = (0)n∈N .
n
u0 + un On peut voir cela comme une équation homogène
uk = (n + 1)
X
∀n ∈ N .
k=0
2 portant sur une transformation linéaire de u.
Le résultat suivant montre d’ailleurs que l’en-
semble des suites géométriques de raison q a la
structure habituelle d’un ensemble de solutions
Démonstration.
n
X homogènes.
Revenir à la formule donnant k.
k=0

Remarque 5.1.5. Proposition 5.2.4.


Cette dernière formule est assez peu utile, il vaut Soit r ∈ C et u une suite géométrique de raison r.
n
souvent mieux revenir à la formule donnant Alors ∀n ∈ N, un = rn u0 . De plus
X
k.
k=0 • si r 6= 1, alors
n n
1 − rn+1
uk = u0 rk = u0 ;
X X
∀n ∈ N,
Proposition 5.1.6.
k=0 k=0
1−r
Soit r ∈ R et u une suite arithmétique à valeurs
réelles de raison r. Alors, • si r = 1, alors
• si r > 0, un −−−−−→ +∞ ;
n→+∞ n
• si r = 0, u est la suite constante de valeur uk = (n + 1)u0 .
X
∀n ∈ N
u0 donc un −−−−−→ u0 ; k=0
n→+∞
• si r < 0, un −−−−−→ −∞.
n→+∞

Démonstration.
n
X
Revenir à la formule donnant rk .
5.2 Suites géométriques.
k=0

182
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

• Si a = 1, alors u est une suite arithmétique.


Proposition 5.2.5. • Si b = 0, alors u est une suite géométrique.
Soit r ∈ R et u une suite réelle géométrique de
raison r, avec u0 6= 0. Remarque 5.3.3.
• Si r ∈] − ∞, −1], alors u n’a pas de limite Ces suites interviennent fréquemment dans des
(ni finie, ni infinie). problèmes concrets :
• Si r ∈] − 1, 1[ (i.e. |r| < 1), alors u converge • évolution du capital restant à rembourser en
vers 0. fonction du temps dans le cas d’un emprunt
• Si r = 1, alors u est la suite constante, de à mensualités constantes ;
valeur u0 (elle converge donc vers u0 ). • modélisation de l’évolution d’une popula-
• Si r ∈]1, +∞[, alors u diverge vers +∞ si tion.
u0 > 0 et vers −∞ sinon. Soit a et b deux complexes. On s’intéresse main-
• La suite u converge si et seulement si r ∈ tenant à l’ensemble des suites u solutions de
] − 1, 1] (c’est-à-dire |r| < 1 ou r = 1). l’équation

Démonstration.
∀n ∈ N, un+1 = aun + b. (AG)
Direct d’après la question précédente.
Remarque 5.3.4.
On peut aussi énoncer les résultats de conver- On peut écrire cela
gence dans C (voir la partie 7 pour une définition
précise de la notion de limite de suite de com- (un+1 − aun )n∈N = (b)n∈N .
plexes).
Ce que l’on pourrait appeler « l’équation homo-
gène associée » a pour solution toutes les suites
Proposition 5.2.6. géométriques de raison a.
Soit r ∈ C et u une suite complexe géométrique Le résultat suivant montre d’ailleurs que l’en-
de raison r, avec u0 6= 0. semble des suites solutions de AG est de la forme
• La suite u converge si et seulement si |r| < 1 « solution particulière + solutions homogènes ».
ou r = 1.
• Si |r| < 1, alors u tend vers 0.
Proposition 5.3.5.
Soit v une solution de (AG) et u une suite. Alors
Démonstration.
Il suffit de voir que |u| est géométrique de raison |q|. Le u est solution de AG si et seulement si u − v (i.e.
cas où q ∈ U \ {−1, 1} sera traité en TD. la suite de terme général un − vn pour n ∈ N) est
géométrique de raison a.
5.3 Suites arithmético-géométriques.
Démonstration.
Très facile.
Définition 5.3.1.
Une suite u est dite suite arithmético-géométrique Proposition 5.3.6.
s’il existe deux nombres complexes a et b véri- Si a 6= 1, alors il existe une unique suite constante
fiant : solution de (AG).
∀n ∈ N, un+1 = aun + b.
Démonstration.
Très facile.
Remarque 5.3.2.
Il s’agit d’une généralisation des notions de suites Remarque 5.3.7.
arithmétiques et géométriques : Si a = 1, on étudie une suite arithmétique ...

183
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

Méthode de résolution de (AG)


Définition 5.4.1.
1. Si a = 1, les solutions de (AG) sont les suites
On appelle équation de récurrence linéaire double
arithmétiques de raison b (i.e. pour tout u ∈
ou équation de récurrence linéaire d’ordre deux
CN , u est solution de E si et seulement si
toute équation de la forme
∀n ∈ N, un = u0 + nb).
2. Si a 6= 1, on cherche une solution constante. ∀n ∈ N un+2 + aun+1 + bun = 0.
Pour cela, on détermine l’unique α vérifiant
où a et b sont des complexes fixés et où la suite u
α = aα + b. (réelle ou complexe) est l’inconnue.
Toute solution de cette équation est appelée
3. Les solutions de (AG) sont alors les suites suite récurrente linéaire double (ou d’ordre deux).
u ∈ CN telles que la suite u − α (c’est-à-dire On appelle équation caractéristique de cette
(un −α)n∈N ) soit une suite géométrique de rai- équation de récurrence linéaire double, l’équation
son a. Autrement dit, les solutions de (AG)
r2 + ar + b = 0.
sont les suites u ∈ CN vérifiant :
On appelle polynôme caractéristique de cette
∀n ∈ N un = α + an (u0 − α).
équation de récurrence linéaire double, le poly-
nôme
Remarque 5.3.8. X 2 + aX + b.
L’ensemble des solutions de (AG) a ici la même
structure que dans les cas des systèmes linéaires
et des équations différentielles linéaires (espace Remarque 5.4.2.
affine). Ce n’est pas une coïncidence ! Cela vient Si r ∈ C, alors r est solution de l’équation carac-
du fait que l’on résout (un+1 − aun )n∈N = (b)n∈N téristique si et seulement si (rn )n∈N est solution
et que (un+1 − un )n∈N dépend linéairement de u. de l’équation de récurrence linéaire double.
Exemple 5.3.9. Soit (a, b) ∈ C2 , avec b 6= 0. On s’intéresse
Donner le terme général de la suite u définie par : maintenant à l’ensemble des suites u solution de

u0 = 0, un+2 + aun+1 + bun = 0. (E)


(
∀n ∈ N
∀n ∈ N un+1 = 2un + 1.
On note alors l’équation caractéristique de (E) :
Exemple 5.3.10. r2 + ar + b = 0. (C)
Votre banquier vous propose un prêt à la consom-
mation de 10 000 € «à un taux de 18% annuel»
sur 5 ans, à mensualités fixes (soit 60 mensuali- Théorème 5.4.3 (Solutions complexes de (E)).
tés). Après avoir signé le contrat, vous constatez On considère l’équation (E).
que le taux est de 1, 5% par mois. Quel est le (i) Si (C) admet deux solutions distinctes r1 et
montant des mensualités ? Quel est le coût total r2 , les solutions de (E) sont les suites de la
du crédit ? Que pensez-vous de la manière dont forme (λr1n + µr2n )n∈N , où λ et µ sont des
le prêt est présenté ? complexes.
(ii) Si (C) admet une unique solution, r0 , alors
5.4 Suites récurrentes linéaires les solutions de (E) sont les suites de la
doubles. forme (λr0n + µnr0n )n∈N , où λ et µ sont des
complexes.

184
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

1. Montrer, en étudiant les différents cas que les suites


Dans les deux cas, il existe une unique solution données ci-dessus sont effectivement des solutions.
à (E) pour u0 et u1 fixés. 2. Montrer en étudiant les différents cas, que toute so-
lution est une suite donnée ci-dessus (astuce bien
pratique : si u est une solution à valeurs réelles
Démonstration. de (E), alors, pour tout n ∈ N, un = Re (un )) et u
La preuve n’est pas exigible, en voici un schéma. est aussi une solution complexe de (E)).
1. Montrer que s’il existe une solution, elle est entière- 3. En déduire que les suites données dans l’énoncé du
ment déterminée par la donnée de u0 et u1 . théorème sont effectivement les solutions.
2. Montrer selon les cas que les suites données dans
l’énoncé du théorème sont effectivement des solutions.
3. Montrer, selon les cas, que pour tout choix de u0 et Exemple 5.4.6 (Application pratique).
u1 , une de ces suites est solution. On considère la suite (un )n∈N définie par
4. En déduire selon les cas que les suites données dans
l’énoncé du théorème sont effectivement les solutions.
(
u0 = 0 et u1 = 1
∀n ∈ N, un+2 = un+1 + un
Dans tout ce qui suit, on ne s’intéressera qu’au
Déterminer une expression de un en fonction de
cas où les coefficients a et b sont réels.
n.

Théorème 5.4.4 (Solutions réelles de (E)). Remarque 5.4.7.


On considère l’équation (E), avec (a, b) ∈ R × R∗ . La méthode vue ici est très proche de celle utilisée
pour résoudre les équations différentielles linéaires
(i) Si (C) admet deux solutions (réelles) de degré deux à coefficients constants. Ce n’est
distinctes r1 et r2 , alors les solutions d’ailleurs pas une coïncidence ...
réelles de (E) sont les suites de la forme
(λr1n + µr2n )n∈N , où λ et µ sont des réels.
(ii) Si (C) admet une unique solution (réelle) 6 Suites définies par une rela-
r0 , alors les solutions réelles de (E) sont les tion de récurrence d’ordre 1.
suites de la forme (λr0n + µnr0n )n∈N , où λ et
µ sont des réels. On étudie dans cette partie les suites (réelles)
récurrentes d’ordre 1, c’est-à-dire les suites réelles
(iii) Si (C) admet deux solutions complexes
u vérifiant une relation du type : ∀n ∈ N, un+1 =
conjuguées, re iθ et re −iθ , alors les solutions
f (un ), où f est une fonction définie sur une partie
réelles de (E) sont les suites de la forme
D de R et à valeur dans R.
(rn (λ cos (nθ) + µ sin (nθ)))(n∈N) où λ et µ
sont des réels.
6.1 Définition de la suite.
Dans tous les cas, il existe une unique solution
à (E) pour u0 et u1 fixés. On se donne donc une partie D de R, f : D →
R, et a ∈ R. On veut définir la suite u par récur-
rence de la façon suivante
Remarque 5.4.5.
En pratique, on rencontrera des suites définies par u0 = a
(

la valeur de u0 et u1 et une équation linéaire de


et ∀n ∈ N, un+1 = f (un )
récurrence d’ordre deux. On détermine alors les so-
lutions générales de l’équation en utilisant le théo- Une telle définition n’est pas nécessairement
rème ci-dessus, puis on détermine les constantes légitime : par exemple, si a ∈ / D, alors u1 est
λ et µ avec les valeurs de u0 et u1 . mal défini donc la suite est mal définie. Autre
Démonstration. exemple : on prend pour f l’application x 7→

La preuve n’est pas exigible, en voici un schéma. x − 1 et pour a la valeur 4. On a bien a ∈ R+

185
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

mais u1 = 1, u2 = 0, u3 = −1 < 0 et u4 est mal 6.2 Recherche d’une limite éventuelle.


défini.
Une condition suffisante 1 pour que la suite soit
bien définie est de trouver une partie A de D (i.e. Proposition 6.2.1.
une partie A de R sur laquelle f est bien définie) Si la suite (un )n∈N converge vers un réel ` et f
stable par f (i.e. ∀x ∈ A, f (x) ∈ A) et contenant est continue en `, alors f (`) = `. On dit que ` est
le premier terme de la suite (a ∈ A). un point fixe de f .
En notant, pour n ∈ N, P (n) la propriété «un
est bien définie et un ∈ A», on peut alors montrer
Remarque 6.2.2.
par récurrence que pour tout n ∈ N, on a P (n) ;
Cette proposition sert à déterminer les limites
on en déduit que pour tout n ∈ N, un est bien
éventuelles de la suite (un )n∈N ou à montrer
définie, donc que u est bien définie.
qu’elle n’admet pas de limite.
Exemple 6.1.1. 1. Soit a ∈ [−1, +∞[, et no-
tons u la suite définie par En aucun cas, elle ne permet de montrer
(
u0 = a que u a une limite.

et ∀n ∈ N un+1 = 1 + un Exemple 6.2.3. • Étudier la convergence de
√ la suite (un )n∈N définie par
Notons f la fonction x 7→ 1 + x. Alors l’en-
semble de définition [−1, +∞[ est stable par
(
u0 = 1
f . Donc la suite (un )n∈N est bien définie. ∀n ∈ N, un+1 = u2n + 1
2. Notons v la suite définie par

v0 = 5 • Étudier la convergence de la suite (un )n∈N
définie par

3
et ∀n ∈ N v
n+1 = vn − 1
2
(
u0 = 1
Posons
∀n ∈ N, un+1 = u2n + 1
4
f : R+ → R
3
x 7→ x 2 − 1 6.3 Cas où f est croissante sur A.
L’ensemble de définition de f est R+ , qui
n’est pas stable par f puisque f (0) ∈
/ R+ . En
Proposition 6.3.1.
revanche, en posant A = [4, +∞[, on peut
Si f est une fonction croissante sur A : alors la
remarquer que A est une partie de l’ensemble
suite u est monotone. Plus précisément :
de définition de f stable par f : en effet, f
• si u0 6 u1 , alors u est croissante ;
est croissante sur R+ et f (4) = 7 > 4 donc
• si u0 > u1 , alors u est décroissante.
pour tout x ∈ A, on a f (x) > f (4) > 4 donc
f (x) ∈ A. Or 5 appartient à A donc on peut
montrer que v est bien définie. Démonstration.
Montrons le premier point (le second est similaire). Sup-
Dans toute la suite, A désigne une partie posons f croissante sur A et u0 6 u1 . Alors, pour n ∈ N,
de R, et f une application définie (au moins) notons P (n) l’assertion «un 6 un+1 ».
sur A et telle que f (A) ⊂ A et a un élément • On a u0 6 u1 donc on a P (0).
• Soit n ∈ N, supposons P (n). Alors on a un 6 un+1 .
de A. Or f est croissante sur A, donc f (un ) 6 f (un+1 ),
1. Cette condition est aussi nécessaire (pourquoi ?) donc un+1 6 un+2 , donc on a P (n + 1).
mais en pratique, c’est le fait qu’elle soit suffisante qui On a donc, d’après le principe de récurrence, ∀n ∈ N un 6
nous intéressera. un+1 .

186
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

Remarque 6.3.2. Remarque 6.4.2.


Vous n’avez pas besoin de retenir cette proposition. Même remarque que pour la proposition 6.4.1.
En revanche, vous devez retenir la technique de
Exemple 6.4.3.
démonstration pour être en mesure de l’adapter
Étudier la suite u définie par
à un cas concret.
(
Exemple 6.3.3. u0 = 2,

Étudier, pour a = 0 et pour a = 2, la suite u ∀n ∈ N, un+1 = 2 − un .
définie par
( Remarque 6.4.4.
u0 = a, √ On remarquera que, quelque soit la situation, la
∀n ∈ N, un+1 = 1 + un .
plupart des informations pertinentes pour l’étude
Exemple 6.3.4. d’une suite définie par un+1 = f (un ) sont données
Étudier la suite u définie par par le signe de f − Id. Dans tout exercice sur les
( suites définies par récurrence, il est fondamental
u0 = 0,
de déterminer le tableau des signes de f − Id.
∀n ∈ N, un+1 = u2n + 2un + 1.
La suite u admet-elle une limite ? laquelle ?
7 Suites à valeurs complexes.
Exercice 6.3.5.
Montrer qu’une fonction croissante et continue Nous allons définir la notion de convergence de
f : I → I, où I est un segment, possède un point suites à valeurs complexes en s’appuyant sur les
fixe. convergences des suites (réelles) des parties réelles
et imaginaires associées.
6.4 Cas où f est décroissante sur A. On pourrait définir de manière intrinsèque cette
convergence, le lecteur intéressé se rapportera à
la partie 9.4.
Proposition 6.4.1.
Soit u ∈ CN une suite à valeurs complexes.
Si f est une fonction décroissante sur A, alors les
Notons Re(u) la suite Re(un )n∈N , Im(u) la suite
suites (u2n )n∈N et (u2n+1 )n∈N sont monotones et
Im(un )n∈N et |u| la suite |un |n∈N .
de sens contraire. Plus précisément :
Soit alors ` un complexe.
• si u0 6 u2 , alors (u2n )n∈N est croissante et
(u2n+1 )n∈N est décroissante ; Remarque 7.0.1. 1. On rappelle que pour tout
• si u0 > u2 , alors (u2n )n∈N est décroissante complexe z, on a
et (u2n+1 )n∈N est croissante.
|z| 6 |Re(z)| + |Im(z)|
Démonstration. |Re(z)| 6 |z|
Montrons le premier point (le second se montre de la même
façon). |Im(z)| 6 |z|
Supposons f décroissante. Alors f ◦ f est croissante.
Supposons de plus u0 6 u2 . 2. En particulier, pour tout n ∈ N :
Montrons alors que (u2n )n∈N est croissante et
(u2n+1 )n∈N est décroissante.
En posant v = (u2n )n∈N , on a ∀n ∈ N, vn+1 = (f ◦f )(vn ) |un − `| 6 |Re(un ) − Re(`)|
et v0 6 v1 . + |Im(un ) − Im(`)|
Donc v est croissante, d’après la proposition 6.3.1.
On a donc ∀n ∈ N, u2n 6 u2n+2 . |Re(un ) − Re(`)| 6 |un − `|
f étant décroissante, on en déduit ∀n ∈ N, f (u2n ) > |Im(un ) − Im(`)| 6 |un − `|
f (u2n+2 ).
Donc ∀n ∈ N, u2n+1 > u2n+3 .

187
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

Remarque 7.0.6. 1. La réciproque est évidem-


Proposition 7.0.2. ment fausse
On a
2. Cette proposition permet notamment d’as-
|un − `| −−−−−→ 0
n→+∞ surer que si u a une limite ` non nulle alors,
si et seulement si à partir d’un certain rang, |u| est compris
entre 12 |`| et 32 |`|.
Re(un ) −−−−−→ Re(`) et Im(un ) −−−−−→ Im(`).
n→+∞ n→+∞

Proposition 7.0.7.
Soit u, v deux suites complexes convergeant res-
Définition 7.0.3. pectivement vers ` et `0 , soit λ, µ ∈ C. Alors
On dit que u converge vers ` si λu + µv converge, vers λ` + µ`0 .

|un − `| −−−−−→ 0.
n→+∞
Définition 7.0.8.
On dit que u est bornée si son module l’est.
Démonstration.
C’est une conséquence directe de la remarque précédente.
Remarque 7.0.9.
C’est équivalent au fait que Re(u) et Im(u) soient
Remarque 7.0.4. 1. Cette définition étend la
bornées.
définition de la convergence pour les suites à
valeurs réelles.
2. Il n’y a pas de notion similaire à +∞ et −∞
Proposition 7.0.10.
sur C, donc pas de notion de limite infinie
Toute suite complexe convergente est bornée.
pour les suites à valeurs complexes (mais on
peut regarder si |u| tend vers +∞).
3. Les résultats usuels sur les suites à valeurs
réelles s’étendent naturellement aux suites à Théorème 7.0.11 (Bolzano-Weierstrass).
valeurs complexes... sauf ceux qui font appel De toute suite à valeurs complexes bornée, on
à l’ordre sur R vu qu’il n’y a pas d’ordre peut extraire une sous-suite convergente.
«raisonnable» sur C.
La proposition suivante peut être utile. Démonstration (non exigible).
Considérons une suite u à valeurs complexes bornées. No-
tons r et j respectivement les suites Re(u) et Im(u).
Proposition 7.0.5. r et j sont bornées et à valeurs réelles. D’après le théo-
rème de Bolzano-Weierstrass sur les suites à valeurs réelles,
on peut donc extraire de chacune une sous-suite conver-
u −−→ ` ⇒ |un | −−−−−→ |`| gente. Pourtant cela ne suffit pas à montrer le résultat.
+∞ n→+∞
Pourquoi ?
Considérons ϕ une extraction de r telle que r ◦ ϕ
converge.
Démonstration.
Alors j ◦ ϕ est bornée. On peut donc en trouver une
De la définition 7.0.3 et de l’inégalité triangulaire :
extraction ψ telle que j ◦ ϕ ◦ ψ converge.
∀n ∈ N ||un | − |`|| 6 |un − `| r ◦ ϕ converge donc r ◦ ϕ ◦ ψ converge vers la même
valeur.
on déduit immédiatement |un | −−−−−→ |`|, d’où le résultat. Or r ◦ ϕ ◦ ψ = Re(u ◦ ϕ ◦ ψ) et j ◦ ϕ ◦ ψ = Im(u ◦ ϕ ◦ ψ).
n→+∞
Donc u ◦ ϕ ◦ ψ converge.

188
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

8 Premiers exemples de séries Démonstration.


C’est une conséquence directe de la formule de sommation
numériques. géométrique :

Les séries numériques sont des cas particuliers


N
X zp z N +1
zn = − si z 6= 1 et N + 1 − p sinon.
de suites, que nous étudierons en fin d’année. Nous n=p
1−z 1−z
pouvons cependant commencer à étudier quelques
exemples significatifs. Il suffit donc de voir que si z 6= 1, (z N +1 ) converge si et
seulement si |z| < 1 et, dans le cas de convergence, converge
vers 0.
8.1 Séries télescopiques. Le cas |z| 6= 1 s’obtient aisément en considérant le
module. Le cas |z| = 1 est un exercice classique et sera
Soit (un )n∈N une suite à valeurs complexes. traité en TD.

Proposition 8.1.1.
N
!
9 Annexe : unification des no-
Les suites (un )n∈N et (un+1 − un ) ont
X

n=0
tions de limites.
N ∈N
même nature.
Dans le cas de convergence, si un −−−−−→ `, alors On note R l’ensemble R ∪ { +∞, −∞ }.
n→+∞
Remarque 9.0.1.
N
X Nous avons étudié trois types de limites diffé-
un+1 − un −−−−−→ ` − u0 . rents : vers un point réel, vers +∞ et vers −∞.
N →+∞
n=0
Vous avez remarqué que les définitions « naïves »
de ces trois notions de limites ont une structure en
Démonstration. commun. Afin d’éviter des répétitions fastidieuses
Nous savons déjà que les suites (un )n∈N et (un+1 )n∈N ont et de mettre en avant les idées pertinentes, nous
même nature.
N
sommes ammenés à développer un vocabulaire
permettant de traiter simultanément ces trois no-
X
De plus la somme (un+1 − un ) vaut uN +1 − u0 par
n=0 tions : c’est le début de la topologie, qui fait
sommation télescopique. Elle est donc égale au terme uN +1 , intervenir la notion de voisinage. Il convient de
à une constante près, et a donc la même nature que la
suite (un+1 )n∈N . bien savoir utiliser de manière pertinent les deux
Dans le cas de convergence, il reste à passer à la limite visions, :
N
X • dans les cas où l’on sait si la limite étudiée
dans la relation (un+1 − un ) = uN +1 − u0 .
est finie, vaut +∞ ou −∞, on utilisera les
n=0
définitions naïves des limites (propositions
8.2 Séries géométriques. 9.2.4, 9.2.5 et 9.2.6) ;
• dans les autres cas, il peut être judicieux de
Soit z un nombre complexe, p un entier naturel. raisonner en termes de voisinages.

Proposition 8.2.1. 9.1 Voisinages


N
!
La suite converge si et seulement si
X
zn
n=p N ∈N
|z| < 1. Le cas échéant, Définition 9.1.1.
N Soit a un réel. Soit ε un réel strictement positif.
X zp
z n −−−−−→ . (i) On appelle boule ouverte de centre a et de
n=p
N →+∞ 1−z
rayon ε, et on note B(a, ε) l’ensemble des

189
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

réels situés à une distance de a strictement réduit à un point) contenant a dont a n’est
inférieure à ε : pas une extrémité.

B(a, ε) = { x ∈ R | |x − a| < ε }
Démonstration.
= ]a − ε, a + ε[ Simple, une fois que l’on a remarqué que si a ∈ R et ε > 0,
ε ε
   
(ii) On appelle boule fermée de centre a et de B a,
2
⊂ Bf a,
2
⊂ B(a, ε).
rayon ε, et on note Bf (a, ε) l’ensemble des
réels situés à une distance de a inférieure ou
égale à ε :
Définition 9.1.3.
Bf (a, ε) = { x ∈ R | |x − a| 6 ε } Soit a ∈ R et P un prédicat sur les réels. On dit
= [a − ε, a + ε] que P est vraie au voisinage de a si l’ensemble
{ x ∈ R | P (x) } est un voisinage de a.
(iii) On appelle voisinage de a toute partie de
R contenant au moins une boule ouverte de Exemple 9.1.4.
centre a. L’ensemble des voisinages de a est Soit f : R → R. Traduire l’expression « f est à
noté V(a). valeurs positives au voisinage de a » :
n o
1. pour a ∈ R ?
V(a) = E ∈ P(R) ∃ε ∈ R+∗ B(a, ε) ⊂ E
2. pour a = +∞ ?
(iv) On appelle voisinage de +∞ toute partie 3. pour a = −∞ ?
de R contenant au moins un intervalle de la Mêmes questions pour
forme ]A, +∞[, où A est un réel. L’ensemble
1. «f est nulle au voisinage de a»
des voisinages de +∞ est noté V(+∞).
2. «f est non nulle au voisinage de a»
V(+∞) = { E | ∃A ∈ R ]A, +∞[⊂ E } Au voisinage de quels points les fonctions 1Z et
1R\Z sont-elles nulles ?
(v) On appelle voisinage de −∞ toute partie
de R contenant au moins un intervalle de la 9.2 Convergence de suite dans R
forme ]−∞, A[, où A est un réel. L’ensemble
des voisinages de −∞ est noté V(−∞).
Définition 9.2.1.
V(−∞) = { E | ∃A ∈ R ] − ∞, A[⊂ E }
Soit u ∈ RN et ` ∈ R.
(i) On dit que u tend vers `, ou que un tend vers
` quand n tend vers +∞ (noté u −−→ ` ou
+∞
Proposition 9.1.2. un −−−−−→ `), si, pour tout voisinage V de `,
n→+∞
Soit V ⊂ R et a ∈ R. Les conditions suivantes les valeurs prises par u appartiennent toutes
sont équivalentes : à V à partir d’un certain rang. Autrement
(i) V est un voisinage de a dit, si l’on a
(ii) V contient au moins un intervalle ouvert ∀V ∈ V(`) ∃n0 ∈ N ∀n ∈ N n > n0 ⇒ un ∈ V
(non vide) contenant a
(iii) V contient au moins un intervalle fermé (non (ii) Si ` ∈ R, on dit alors que u converge vers `.

190
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

(iii) On dit que u converge ou est convergente si Proposition 9.2.6.


et seulement s’il existe un réel vers lequel Soit u ∈ RN . Alors on a un −−−−−→ −∞ si et
n→+∞
elle converge. seulement si on a
(iv) On dit que la suite u diverge (ou est diver-
gente) si et seulement si elle ne converge ∀A ∈ R, ∃n0 ∈ N, ∀n ∈ N, n > n0 ⇒ un 6 A.
pas.

Démonstration.
À faire en exercice.
Remarque 9.2.2.
Si u −−→ `, on dit que ` est une limite de u. Nous
+∞ 9.3 Démonstrations des résultats pré-
montrerons bientôt l’unicité de cette limite.
cédemment obtenus
Remarque 9.2.3.
Les propriétés énoncées auparavant peuvent
Une suite qui tend vers +∞ (ou vers −∞) diverge.
maintenant se prouver plus rapidement !

Lemme 9.3.1 (Propriété de Hausdorff).


Proposition 9.2.4. Soit `1 et `2 deux éléments distincts de R. Alors
Soit u ∈ RN et ` ∈ R. Alors u converge vers ` si il existe V1 et V2 des voisinages respectifs de `1 et
et seulement si `2 , tels que V1 et V2 soient disjoints.
∀ε ∈ R∗+ , ∃n0 ∈ N, ∀n ∈ N, n > n0 ⇒ |un − `| 6 ε.
Démonstration. • Supposons que `1 et `2 sont deux
réels, alors il suffit de prendre pour V1 et V2 les
boules de centre respectifs `1 et `2 et de rayon
1
Démonstration. |`1 − `2 |
3
Si u tend vers ` ∈ R, soit ε > 0. Alors B(`, ε) est un • Supposons `1 = +∞ et `2 = −∞. Alors, il suffit de
voisinage de ` donc il existe un rang N ∈ N à partir prendre respectivement [1, +∞[ et ] − ∞, −1].
duquel toutes les valeurs de u sont dans ce voisinage : • Supposons `1 ∈ R et `2 = +∞. Alors, il suffit de
∀n > N, |un − `| 6 ε. prendre pour V1 la boule de centre `1 et de rayon 1,
Réciproquement, soit V un voisinage de `. Il existe et pour V2 l’intervalle [`1 + 2, +∞[.
donc ε > 0 tel que B(`, ε) ⊂ V . Il existe alors un N ∈ N • Le cas `1 ∈ R, `2 = −∞ est similaire.
tel que ∀n > N , |un − `| 6 ε. Soit n > N , on a donc On a donc le résultat.
un ∈ B(`, ε) ⊂ V , d’où le résultat.

Théorème 9.3.2 (Unicité de la limite).


Soit u une suite réelle. Alors si u admet une limite,
Proposition 9.2.5. celle-ci est unique.
Soit u ∈ RN . Alors on a un −−−−−→ +∞ si et
n→+∞
seulement si on a Démonstration.
Il suffit de démontrer que u ne peut admettre deux limites
∀A ∈ R, ∃n0 ∈ N, ∀n ∈ N, n > n0 ⇒ un > A. distinctes. Par l’absurde, supposons que u admette deux
limites `1 et `2 distinctes. D’après le lemme précédent, on
peut choisir des voisinages V1 et V2 respectivement de `1
et `2 qui soient disjoints. u ayant pour limite `1 (resp. `2 ),
Démonstration. choisissons un rang n1 (resp. n2 ) tel que les termes de u
À faire en exercice. appartiennent à V1 (resp. V2 ) à partir du rang n1 (resp.
n2 ). Notons n0 le plus grand de ces deux rangs. Alors un0
appartient à la fois à V1 et à V2 , ce qui est absurde puisque
V1 ∩ V2 = ∅.

191
CHAPITRE XII. SUITES RÉELLES ET COMPLEXES

Définition 9.3.3 (Limite). valeurs de u sont comprises strictement entre a et


Soit u ∈ RN . Lorsqu’il existe un élément ` de R b. Autrement dit :
vérifiant un −−−−−→ `, on l’appelle la limite de u,
n→+∞ ∃n0 ∈ N ∀n ∈ N n > n0 ⇒ a < un < b
et on le note lim u ou lim un .
+∞ n→+∞

Démonstration. Démonstration.
Il suffit de démontrer que u ne peut admettre deux limites ]a, b[ est un voisinage de `.
distinctes. Par l’absurde, supposons que u admette deux
limites `1 et `2 distinctes. D’après le lemme précédent, on 9.4 Suites complexes
peut choisir des voisinages V1 et V2 respectivement de `1
et `2 qui soient disjoints. u ayant pour limite `1 (resp. `2 ), Il est possible de définir la notion de limite d’une
choisissons un rang n1 (resp. n2 ) tel que les termes de u
suite complexe de la même manière que pour les
appartiennent à V1 (resp. V2 ) à partir du rang n1 (resp.
n2 ). Notons n0 le plus grand de ces deux rangs. Alors un0 suites réelles, en utilisant les voisinages. Ainsi, si
appartient à la fois à V1 et à V2 , ce qui est absurde puisque l’on définit ce qu’est une boule ouverte dans C (ce
V1 ∩ V2 = ∅. qui a été fait dans le chapitre sur les complexes),
on dira qu’un voisinage d’un complexe ` est toute
partie de C contenant une boule ouverte contenant
Théorème 9.3.4. `. La définition 9.2.1 peut alors être répétée dans
Soit u ∈ RN et ` ∈ R. Si u −−→ ` alors toute suite le cas d’une suite complexe. Faisons le bilan : dans
+∞
extraite de u tend aussi vers `. la définition 9.1.1, on change les valeurs absolues
en modules et on ne parle plus d’intervalle, on
Démonstration. exclut le cas des limites infinies qui n’ont pas de
Soit ϕ une extractrice, soit V un voisinage de `. Il existe sens dans C, et le reste est commun aux suites
donc un rang n0 ∈ N tel que , pour tout n > n0 , un ∈ V . réelles et complexes.
Soit n > n0 , on a alors ϕ(n) > n > n0 et donc uϕ(n) ∈
V.
De manière générale, dans tout ensemble sur
lequel on peut construire une distance on peut
donner les définitions de boule ouverte, voisinage
Théorème 9.3.5. et limite d’une suite de cette manière.
Soit u une suite à valeurs réelles et ` ∈ R.
Si on a u2n −−−−−→ ` et u2n+1 −−−−−→ `,
n→+∞ n→+∞
alors un −−−−−→ `.
n→+∞

Démonstration.
Soit V un voisinage de `. Il existe donc deux rangs N et
N 0 tels que, pour tout entier naturel n,
• si n > N , u2n ∈ V ;
• si n > N 0 , u2n+1 ∈ V .
Ainsi, si n > max(2N, 2N 0 + 1), on a un ∈ V (il suffit de
distinguer selon la parité de N ), d’où le résultat.

Proposition 9.3.6.
Soit u ∈ RN et (a, b, `) ∈ R. Supposons u −−→ `
+∞
et a < ` < b. Alors à partir d’un certain rang, les

192
Chapitre XIII

Groupes, anneaux, corps


Sommaire
1 Lois de composition internes. . . . . . . 194
1.1 Définition. . . . . . . . . . . . . . . . . 194
1.2 Propriétés usuelles des lci. . . . . . . . 194
2 Structure de groupe. . . . . . . . . . . . 196
2.1 Définition et exemples. . . . . . . . . . 196
2.2 Sous-groupes. . . . . . . . . . . . . . . 196
2.3 Morphismes de groupes. . . . . . . . . 198
3 Anneaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . 201
3.1 Structure d’anneau. . . . . . . . . . . . 201
3.2 Sous-anneaux . . . . . . . . . . . . . . 203
3.3 Morphismes d’anneaux . . . . . . . . . 204
4 Structure de corps. . . . . . . . . . . . . 204
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

On remarque que dans des domaines a priori


distincts, des similitudes apparaissent, notamment 1. On dit que E est associatif si pour tout
concernant les structures. Pour avoir une théo- x, y, z ∈ E, on a : x ∗ (y ∗ z) = (x ∗ y) ∗ z.
rie générale, on définit des structures algébriques L’élément x ∗ (y ∗ z) = (x ∗ y) ∗ z est alors
abstraites, on en démontre les propriétés, puis on noté x ∗ y ∗ z.
les applique dans les exemples mathématiques qui 2. On dit que E est commutatif si pour tout
vérifient ces structures. x, y ∈ E, on a : x ∗ y = y ∗ x.
Dans ce chapitre on s’intéresse aux structures al- 3. Soit # une seconde lci sur E. On dit que
gébriques de base : groupes, anneaux et corps. dans E ∗ est distributive par rapport à # si
Plus tard on verra une structure fondamentale : pour tout x, y, z ∈ E, on a :
celle d’espace vectoriel. • x ∗ (y#z) = (x ∗ y)#(x ∗ z) ;
• (y#z) ∗ x = (y ∗ x)#(z ∗ x).
1 Lois de composition internes.
Remarque 1.2.2.
Dans tout ce chapitre, E est un ensemble. On dit que dans E ∗ est distributive à gauche
par rapport à # si pour tout x, y, z ∈ E, on a :
1.1 Définition. x ∗ (y#z) = (x ∗ y)#(x ∗ z).
De même, on a la notion de distributivié à
droite.
Définition 1.1.1. Exemple 1.2.3.
On appelle loi de composition interne sur E (lci) • C, R, Q, Z, N avec + ou × sont associatifs, mais
toute application de E × E dans E. pas (Z, −) car 1 − (2 − 3) 6= (1 − 2) − 3, ni (R3 , ∧).
• C, R, Q, Z, N avec + ou × sont commutatifs,
mais pas (Z, −) ni (R3 , ∧), ni (F (R, R), ◦).
• Cette définition a déjà été vue, ainsi que des
• Sur C, R, Q, Z, N × est distributive par rapport
exemples, dans le chapitre IV sur les complexes.
à +, et sur P(E), ∩ et ∪ sont distributives l’une
par rapport à l’autre.

Définition 1.1.2.
Définition 1.2.4. 1. Soit e ∈ E. on dit que
On appelle magma tout couple constitué d’un
e est un élément neutre à gauche (resp. à
ensemble et d’une lci.
droite) pour ∗ si pour tout x ∈ E on a
e ∗ x = x (resp. x ∗ e = x). On dit que e
Exemple 1.1.3. est un élément neutre pour ∗ si c’est un élé-
(Z, −) est un magma, mais pas (N, −), car −4 6∈ N. ment neutre à gauche et à droite, i.e. pour
tout x ∈ E, e ∗ x = x ∗ e = x.
Dans toute la suite, ∗ est une lci sur E.
2. Soit e un neutre pour ∗ et soit x ∈ E. On dit
que x est inversible à gauche (resp. à droite)
1.2 Propriétés usuelles des lci. s’il existe un élément y ∈ E tel que y ∗ x = e
(resp. x ∗ y = e). Un tel élément y s’appelle
UN inverse à gauche (resp. à droite) de x.
Définition 1.2.1. On dit que x est inversible s’il est inversible
Soit (E, ∗) un magma. à gauche et à droite, i.e. il existe y ∈ E tel

194
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

Démonstration.
que y ∗ x = x ∗ y = e. Dans ce cas y est UN Soient y et y 0 deux inverses 2 de x ∈ E. Alors y ∗ x = e et
inverse de x. x ∗ y 0 = e. Donc y ∗ (x ∗ y 0 ) = y ∗ e = y et (y ∗ x) ∗ y 0 =
e ∗ y 0 = y 0 , d’où y = y 0 .

Exemple 1.2.5. Remarque 1.2.9.


• 0 est un élément neutre pour + dans R, C, Q, On utilise souvent les notations additives et mul-
Z, N. tiplicatives.
• 1 est un élément neutre pour × dans R, C, Q. • En notation additive, ∗ est en général notée
• Id est un élément neutre pour ◦ dans F (E, E), +, x +x+ . . . + x} se note nx, et si x est
et les bijections sont tous les éléments inversibles
| {z
n fois
de cet ensemble. inversible, son inverse se note −x. On l’ap-
• Par contre (R3 , ∧) n’a pas de neutre. S’il y avait pelle alors plutôt l’opposé de x. De même,
un neutre u, on devrait avoir u ∧ u = u, mais on notera le neutre d’une telle structure 0,
u ∧ u = 0, donc u = 0. Mais pour tout v 6= 0, on ou 0E .
a u ∧ v = 0, et non u ∧ v = v. • En notation multiplicative, ∗ est en général
remplacée par × (et ce symbole est même
souvent omis), x ×x× . . . × x} se note xn et
Être inversible d’un seul côté ne suffit | {z
n fois
pas pour être inversible tout court : un exemple a si x est inversible, son inverse se note x−1 .
été vu dans le TD du chapitre sur les applications De même, on notera le neutre d’une telle
(ensemble des applications de N dans N muni de ◦). structure 1, ou 1E .
Pour éviter toute erreur, on essaiera au maximum
Remarque 1.2.6. de n’utiliser la notation additive que pour des lois
Un neutre est toujours inversible et est son propre qui ont les mêmes propriétés que la loi + sur R.
inverse. Par exemple, noter + une lci non commutative
peut-être déroutant, ainsi que pour une lci pour
Proposition 1.2.7. laquelle tous les éléments ne sont pas inversibles.
Si ∗ admet un neutre, alors ce neutre est unique. La notation + est en général réservée à des lci
commutatives et pour lesquelles les éléments sont
Démonstration. tous inversibles..
Soient e et e0 deux neutres. 1 Alors e ∗ e0 = e et e ∗ e0 = e0 , Ce n’est pas le cas pour la notation multiplica-
donc e = e0 . tive, qui est la plus couramment utilisée pour des
lois associatives, mais sans plus. Par exemple il
Proposition 1.2.8. est fréquent d’utiliser × même pour une lci non
On suppose la loi ∗ associative, et admettant un commutative et pour laquelle les éléments ne sont
neutre e. Si un élément est inversible, alors il a pas tous inversibles. Donc faites attention, par
un seul inverse. défaut on aura xy 6= yx, et x−1 n’existera pas

1. On pourra remarquer que dans cette démonstration 2. On pourra remarquer que dans cette démonstration
on utilise uniquement le fait que e est neutre à gauche et on utilise uniquement le fait que y est inverse à gauche et
e0 neutre à droite. Donc en fait tout neutre à gauche est y 0 inverse à droite. Donc en fait tout inverse à gauche est
égal à tout neutre à droite, d’où l’on déduit d’une part que égal à tout inverse à droite, d’où l’on déduit d’une part que
l’existence d’un neutre à gauche et d’un neutre à droite l’existence d’un inverse à gauche et d’un inverse à droite
suffit à assurer l’existence d’un neutre et d’autre part que pour x suffit à assurer l’existence d’un inverse et d’autre
ce neutre est alors le seul neutre à gauche et le seul neutre part que cet inverse est alors le seul inverse à gauche et le
à droite. Pour qu’un élément ait plusieurs neutres à gauche, seul inverse à droite de x. Pour qu’un élément ait plusieurs
il est donc nécessaire (mais pas suffisant) qu’il n’ait aucun inverses à gauche, il est donc nécessaire qu’il n’ait aucun
neutre à droite et vice-versa. inverse à droite et vice-versa

195
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

forcément !
Définition 2.1.1.
Dans toute la suite, on adoptera la notation On appelle groupe tout magma associatif, ayant
multiplicative, et on suppose que E a un un neutre, et dont tout élément est inversible.
neutre noté 1. Si un groupe est commutatif (ce qui signifie en
fait que sa loi est commutative), il est dit abélien.

Proposition 1.2.10. Par défaut on utilise la notation multiplicative


On suppose la loi ∗ associative. Soient x, y, z ∈ E. pour un groupe, sauf pour les groupes abéliens
(i) Simplification par un inversible : si x est pour lesquels on utilise la notation additive.
inversible, alors x ∗ y = x ∗ z ⇔ y = z. Exemple 2.1.2.
(ii) Inverse d’un produit : si x et y sont inver- • C, R, Q, Z sont des groupes avec la loi +, mais
sibles alors x ∗ y l’est aussi et (x ∗ y)−1 = pas avec la loi ×.
y −1 ∗ x−1 . Attention : l’inverse de x ∗ y • Pour n ∈ N∗ , Cn , Rn , Qn , Zn sont des groupes
n’a aucune raison d’être x−1 ∗ y −1 . avec la loi +.
(iii) Puissances négatives : si x est inversible, • C\ {0}, R\ {0}, Q\ {0}, sont des groupes avec
on pose pour n ∈ N∗ , x−n = (x−1 )n . Alors la loi ×.
x−n = (xn )−1 . • N n’est un groupe ni avec la loi + ni avec la
loi ×.
(iv) Inverse d’un inverse : si x est inversible, x−1
l’est aussi et (x−1 )−1 = x. Exemple 2.1.3.
En spé, vous manipulerez le groupe (Z/nZ, +),
que l’on peut voir comme « l’ensemble des
Démonstration. (iii) Par récurrence. Vrai si n = 0 ou 1. congruences modulo n », avec n ∈ N∗ .
Si vrai pour n, alors xn+1 ∗ x−n−1 = xn ∗ x ∗ x−1 ∗
x−n = xn ∗ e ∗ x−n = xn ∗ x−n = e.
(iv) Vrai par unicité de l’inverse. Définition 2.1.4.
Soit X un ensemble non vide. On appelle groupe
des permutations de X l’ensemble des bijections
de X dans X. Comme son nom l’indique, c’est un
groupe, si on le munit de la loi de composition ◦.
Définition 1.2.11. On le note SX (on trouvera parfois la notation
Soit (E, ∗) un magma et F une partie de E. On S(X)).
dit que F est une partie stable (de E par ∗) si
pour tous x, y ∈ F , x ∗ y ∈ F .
Démonstration.
L’application identité, Id : X → X, x 7→ x, est évidem-
ment une bijection de X, donc SX est non vide.
Exemple 1.2.12. On sait déjà que la composée de deux bijections est une
{−1, 1} est une partie stable de (R, ×), mais pas bijection, donc ◦ est une lci sur SX . Il est évident que
{−2, 2}. Id en est le neutre. On sait également que cette loi est
associative, et que la réciproque d’une bijection est encore
une bijection. Cela assure que (SX , ◦) est un groupe.

2 Structure de groupe.
2.2 Sous-groupes.
2.1 Définition et exemples. Dans toute la suite, (G, ∗) est un groupe de
neutre e. On adopte la notation multiplica-
tive.

196
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

Définition 2.2.1. Théorème 2.2.5.


On appelle sous-groupe de G tout ensemble H Un sous-groupe muni de la loi induite du groupe
vérifiant les propriétés suivantes : est lui-même un groupe.
(i) H ⊂ G ;
(ii) e ∈ H ; Démonstration.
Soit (G, ∗) un groupe de neutre e et H un sous-groupe de
(iii) Stabilité par produit : ∀x, y ∈ H, x∗y ∈ H ; G.
(iv) Stabilité par passage à l’inverse : ∀x ∈ H, 1. Montrons qu’on peut restreindre ∗ : G × G → G au
on a x−1 ∈ H. départ à H × H et à l’arrivée à H. On appellera alors
loi induite par ∗ sur H cette restriction de ∗. On a
En vertu des points (iii) et (iv), le premier point H × H ⊂ G × G, donc la restriction au départ est
peut être remplacé par H 6= ∅. légitime, pour effectuer la restriction à l’arrivée, il
suffit de montrer que pour tout (x, y) ∈ H 2 , on a
x ∗ y ∈ H, c’est-à-dire que H est stable par ∗. Or H
Exemple 2.2.2. est un sous-groupe de G donc c’est évident.
Sont des sous-groupes : 2. H muni de la loi induite par ∗ est un magma associatif.
• {e} et G dans (G, ∗). En effet (G, ∗) est un magma associatif, on a donc
• U dans (C∗ , ×).
∀(x, y, z) ∈ G3 (x ∗ y) ∗ z = x ∗ (y ∗ z)
• nZ dans (Z, +).
• H = {f ∈ SR | f (0) = 0} dans (SR , ◦). Or H ⊂ G donc

∀(x, y, z) ∈ H 3 (x ∗ y) ∗ z = x ∗ (y ∗ z)
Proposition 2.2.3.
Donc la restriction de ∗ à H est associative, d’où le
Un ensemble H est un sous groupe de G si et
résultat.
seulement si H est un sous-ensemble non vide de
3. e est neutre pour la loi induite par ∗ sur H. En effet,
G et pour tout (x, y) ∈ H 2 , on a x−1 ∗ y ∈ H. e est le neutre de ∗, donc

Démonstration. ∀x ∈ G e∗x=x∗e=x
Montrons l’implication et sa réciproque :
D’où le résultat.
• Supposons que H est un sous-groupe de G. Alors
H contient e et n’est donc pas vide. De plus, soit 4. Tout élément de H admet un inverse pour la loi
(x, y) ∈ H. H étant stable par passage à l’inverse, induite par ∗. En effet tout élément x de H admet un
on a alors x−1 ∈ H et par stabilité par produit, on inverse x−1 dans G pour la loi ∗ et par stabilité de
a donc x−1 ∗ y ∈ H. l’inverse sur le sous-groupe H, on a x−1 ∈ H. Donc
• Réciproquement, supposons que H est non vide et tout élément de H admet un inverse dans H pour la
que pour tout (x, y) ∈ H 2 , on a x−1 ∗ y ∈ H. Mon- loi induite par ∗.
trons que H possède les trois propriétés énumérées 5. On déduit des points précédents que H muni de la
dans sa définition : loi induite par ∗ est un groupe.
(i) H étant non vide, il possède au moins un élé-
ment x0 . On a alors e = x−1
0 x0 ∈ H.
(iii) Soit x ∈ H. On a alors (x, e) ∈ H 2 , donc x−1 ∗ Remarque 2.2.6.
e ∈ H. Il est plus facile de montrer qu’un ensemble est un
(ii) Soit (x, y) ∈ H. D’après ce qui précède, on sous-groupe que de montrer que c’est un groupe
a alors x−1 ∈ H, donc (x−1 , y) ∈ H 2 , donc
−1 (pas besoin de redémontrer l’associativité, etc.).
x ∗ y = x−1 ∗ y ∈ H.
Par exemple (U, ×) est un groupe, vu comme sous-
groupe de (C∗ , ×).
Remarque 2.2.4. À chaque fois que l’on essaiera de montrer qu’un
On obtient une proposition vraie également en ensemble est muni d’une structure de groupe, on
remplaçant ci-dessus la condition x−1 y ∈ H par tentera de le voir comme un sous-groupe d’un
xy −1 ∈ H. groupe bien connu.

197
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

Remarque 2.2.7. • (C∗ , ×) → (R∗ , ×) , est un morphisme, mais


La réciproque de ce théorème est également vraie z 7→ |z|
(bien que moins utilisée) : si H est un sous- pas un isomorphisme.
ensemble de G tel que, muni de la loi induite • (R, +) → (C∗ , ×) , est un morphisme, mais
par celle de G, H soit un groupe, alors H est un x 7→ e ix
sous-groupe de G. pas un isomorphisme.
• (R, +) → (R∗+ , ×) est un isomorphisme de
Exemple 2.2.8. x 7→ ex
Si n ∈ N∗ , Un est un sous-groupe de (U, ×), donc réciproque ln, qui est aussi un isomorphisme.
(Un , ×) est un groupe.
Exemple 2.3.4.
On a déjà manipulé les morphismes suivants, lors
2.3 Morphismes de groupes.
des chapitres précédents.
Cette partie est officiellement hors-programme. • Si n ∈ N∗ , (C∗ , ×) → (C∗ , ×) .
Nous l’incluons cependant dans ce cours car ces z 7→ zn
résultats doivent de toute façon être connus pour • Si n ∈ N et a1 , . . . , an ∈ Kn , l’application

le chapitre d’algèbre linéaire. (Kn , +) → (K, +) .


(x1 , . . . , xn ) 7→ a1 x1 + . . . an xn
• Si I est un intervalle de R, si
Définition 2.3.1. a : I → K est continue, l’application
Soient (G, ∗) et (G0 , #) deux groupes et ϕ : G → (D(I, K), +) → (C (I, K), +) .
G0 . f 7→ f 0 + af
1. On dit que ϕ est un morphisme du groupe • Si a, b ∈ Z, l’application
(G, ∗) dans le groupe (G0 , #) ou, par abus de (Z2 , +) → (Z, +) .
langage, un morphisme du groupe G dans le (x, y) 7→ ax + by
• Si a ∈ K, l’application
groupe G0 , si pour tous x, y ∈ G, ϕ(x ∗ y) =
(KN , +) → (KN , +) .
ϕ(x)#ϕ(y).
u 7→ (un+1 − aun )n∈N
2. Tout morphisme d’un groupe dans lui-même
est appelé endomorphisme. Dans toute la suite, (G, ∗) et (G0 , #) sont
3. Tout morphisme de G dans G0 qui est une deux groupes de neutres e et e0 , on adopte
bijection est appelé isomorphisme de G sur une notation muliplicative, et ϕ : G → G0
G0 . Dans ce cas on dit que G et G0 sont est un morphisme.
isomorphes. Un morphisme qui est à la fois
un isomorphisme et un endomorphisme est
appelé automorphisme. Théorème 2.3.5.
Soit ϕ un morphisme de G sur G0 , on a, e et e0
désignant les neutres de G et G0 :
Remarque 2.3.2. 1. ϕ(e) = e0 ;
• « Morphisme » signifie « forme » en grec. 2. ∀x ∈ G ϕ(x−1 ) = (ϕ(x))−1 .
• Avec la même définition, on peut définir un mor-
phisme de magmas. Dans la suite, « morphisme »
sous-entendra toujours « morphisme de groupes ». Démonstration. 1. On a ϕ(e)#ϕ(e) = ϕ(e ∗ e) =
ϕ(e) = ϕ(e)#e0 , donc en simplifiant par ϕ(e), on
Exemple 2.3.3. en déduit ϕ(e) = e0 .
• (Z, +) → (Z, +) , est un morphisme, mais 2. Soit x ∈ G. Alors ϕ(x−1 )ϕ(x) = ϕ(x−1 x) = ϕ(e) =
x 7→ 2x e0 .
pas un isomorphisme.

198
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

Corollaire 2.3.6. de G2 dans G3 . Alors ψ◦ϕ est un morphisme


Sous les mêmes hypothèses, on a de G1 dans G3 .
(ii) La fonction réciproque d’un isomorphisme
∀x ∈ G ∀k ∈ Z ϕ(xk ) = ϕ(x)k .
(en tant qu’application bijective) est un iso-
morphisme. Plus précisément, soit (G1 , ∗1 )
et (G2 , ∗2 ) deux groupes et ϕ un isomor-
Démonstration.
phisme de G1 sur G2 . Alors ϕ−1 est un iso-
Soit x ∈ G. D’après le théorème ci-dessus, on a
morphisme de G2 sur G1 .
ϕ(x0 ) = ϕ(e) = e0 = ϕ(x)0

On peut alors démontrer par récurrence que pour tout Démonstration.


n ∈ N, on a ϕ(xn ) = ϕ(x)n (l’hérédité résulte directement Les démonstrations pour montrer qu’une application est
de la définition de morphisme). un morphisme ont TOUJOURS la même structure.
D’après le théorème ci-dessus, pour tout n ∈ N,
ϕ(x−n ) = ϕ(xn )−1 , d’où ϕ(x−n ) = ϕ(x)−n . 1. ψ ◦ ϕ est clairement une application de G1 dans G3 .
On en déduit le résultat. Soit (x, y) ∈ G21 , montrons qu’on a ψ ◦ ϕ(x ∗1 y) =
(ψ ◦ ϕ)(x) ∗3 (ψ ◦ ϕ)(y).
Exemple 2.3.7. 1. C∗ → R∗ est un mor- ϕ est un morphisme de groupes donc on a ϕ(x ∗1 y) =
z 7→ |z| ϕ(x) ∗2 ϕ(y). Or ψ est un morphisme de groupes donc
on a ψ(ϕ(x) ∗2 ϕ(y)) = (ψ(ϕ(x)) ∗3 ψ(ϕ(y)).
phisme de (C∗ , ×) dans (R∗ , ×), donc pour
D’où (ψ ◦ ϕ)(x ∗1 y) = (ψ ◦ ϕ)(x) ∗3 (ψ ◦ ϕ)(y).
tout z ∈ C∗ , on a
2. ϕ−1 est évidemment une bijection de G2 sur G1 . Il
1 1 suffit donc de montrer que ϕ−1 est un morphisme de
= G2 dans G1 .
z |z|
Soit (x, y)2 ∈ G2 . Montrons ϕ−1 (x ∗2 y) = ϕ−1 (x) ∗1
ϕ−1 (y).
2. exp est un morphisme de (C, +) dans (C∗ , ×),
On a d’une part ϕ(ϕ−1 (x∗2 y)) = x∗2 y et d’autre part,
donc pour tout z ∈ C, e−z = e1z comme ϕ est un morphisme, ϕ(ϕ−1 (x) ∗1 ϕ−1 (y)) =
3. ln est un morphisme de (R∗+ , ×) dans (R, +), ϕ(ϕ−1 (x)) ∗2 ϕ(ϕ−1 )(y), d’où ϕ(ϕ−1 (x ∗2 y)) =
donc pour tout x ∈ R∗+ , on a ln(1/x) = ϕ(ϕ−1 (x) ∗1 ϕ−1 (y)).
− ln x. Or ϕ est injective donc ϕ−1 (x ∗2 y) = ϕ−1 (x) ∗1
ϕ−1 (y).
Remarque 2.3.8. Donc ϕ−1 est un morphisme, donc un isomorphisme.
On peut adapter le théorème 2.3.5 dans le cas où
on sait seulement que (G, ∗) est un groupe, G0 est
un ensemble muni d’une loi de composition interne Remarque 2.3.10.
# et où ϕ est une application G → G0 vérifiant L’ensemble des automorphismes d’un groupe G
∀(x, y) ∈ G2 ϕ(x ∗ y) = ϕ(x)#ϕ(y). Dans ce cas, est donc un sous-groupe de (SG , ◦).
on ne peut pas déduire que (G0 , #) est un groupe Exemple 2.3.11.
mais seulement que (ϕ(G), #) est un groupe. Voir On a vu que exp et ln sont des isomorphismes
aussi le théorème disant que «l’image d’un sous- réciproques.
groupe par un morphisme est un sous-groupe».

Théorème 2.3.9. (i) La composée de deux Théorème 2.3.12. (i) L’image d’un sous-
morphismes de groupes est un morphisme groupe par un morphisme de groupes est
de groupe. Plus précisément, soit (G1 , ∗1 ), un sous-groupe.
(G2 , ∗2 ) et (G3 , ∗3 ) trois groupes, ϕ un mor- (ii) L’image réciproque d’un sous-groupe par un
phisme de G1 dans G2 et ψ un morphisme morphisme est un sous-groupe.

199
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

Démonstration. Exemple 2.3.15.


Les démonstrations pour montrer qu’un ensemble est un Déterminer les images et noyaux des exemples de
sous-groupe ont TOUJOURS la même structure.
2.3.3.
(i) Soient (G, ∗) et (G0 , #) deux groupes de neutres
respectifs e et e0 , et ϕ : G → G0 un morphisme de
groupes. Soit H un sous-groupe de G. Montrons que Théorème 2.3.16.
ϕ(H) est un sous-groupe de G0 .
Les noyaux et les images sont des sous-groupes
1. On a évidemment ϕ(H) ⊂ G0 et de plus e ∈ H et respectivement de G et G0 .
e0 = ϕ(e) ∈ ϕ(H).
2. Soit x, y ∈ ϕ(H). Alors x possède un antécédent Démonstration.
x0 ∈ H et y un antécédent y 0 ∈ H par ϕ. On a Ceci découle directement du théorème 2.3.12. Néanmoins,
alors successivement redémontrons-le dans le cas particulier du noyau :
x#y −1 = ϕ(x0 )#ϕ(y 0 )−1 par définition
Montrons que Ker ϕ est un sous-groupe de G :
de x0 et y 0
1. On a évidemment Ker ϕ ⊂ G et de plus ϕ(e) = e0
= ϕ(x0 )#ϕ(y 0−1 ) car ϕ est un donc Ker ϕ est un sous-ensemble non vide de G.
morphisme 2. Soit x, y ∈ Ker ϕ. Alors on a successivement
= ϕ(x0 ∗ y 0−1 ) car ϕ est un
ϕ(x ∗ y −1 ) = ϕ(x)#ϕ(y)−1
morphisme −1
= e0 #e0
= e0
Donc x#y −1 ∈ ϕ(H).
ϕ(H) est donc un sous-groupe de G0 . Donc x ∗ y −1 ∈ Ker ϕ.
(ii) Gardons les même notations que dans le premier Donc Ker ϕ est un sous-groupe de G.
point, et notons H 0 un sous-groupe de G0 .
Exemple 2.3.17.
1. On a évidemment ϕ−1 (H 0 ) ⊂ G et de plus e0 ∈ H 0
et e0 = ϕ(e) ∈ H 0 donc e ∈ ϕ−1 (H 0 ). Constatation avec les Im et Ker tirés des exemples
2. Soit x, y ∈ ϕ−1 (H 0 ). Alors ϕ(x), ϕ(y) ∈ H 0 et de 2.3.3.
donc ϕ(x ∗ y −1 ) = ϕ(x)#(ϕ(y))−1 ∈ H 0 donc
Remarque 2.3.18.
x ∗ y −1 ∈ ϕ−1 (H 0 ).
ϕ (H 0 ) est donc un sous-groupe de G.
−1 On complète la remarque 2.3.13 comme suit :
lorsque l’on veut montrer qu’un ensemble est muni
d’une structure de groupe, on commence toujours
Remarque 2.3.13. par essayer de l’identifier comme noyau ou image
On complète la remarque 2.2.6 comme suit : d’un morphisme.
lorsque l’on veut montrer qu’un ensemble est muni
d’une structure de groupe, on commence toujours Exemple 2.3.19.
par essayer de l’identifier comme image réciproque U est le noyau du morphisme « module », de
(ou directe) d’un sous-groupe d’un groupe bien (C∗ , ×) dans (R∗ , ×).
connu par un morphisme. La proposition suivante est primordiale.

Définition 2.3.14. (i) On appelle noyau de ϕ, Proposition 2.3.20.


noté Ker ϕ, l’image réciproque de { e0 } par Soit ϕ : G → G0 un morphisme de groupes, soit
ϕ, autrement dit l’ensemble des antécédents x, y ∈ G. Alors ϕ(x) = ϕ(y) si et seulement si
de e0 par ϕ : Ker ϕ = { x ∈ G | ϕ(x) = e0 }. xy −1 ∈ Ker ϕ.
(ii) On appelle image de ϕ notée Im ϕ, l’image
directe de G par ϕ. Autrement dit Im ϕ = Démonstration.
{ ϕ(x) | x ∈ G }. ϕ(x) = ϕ(y) si et seulement si ϕ(x)ϕ(y)−1 = 1G0 si et
seulement si ϕ(xy −1 ) = 1G0 .

200
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

Remarque 2.3.21. 3 Anneaux


Avec les mêmes notations, si on a a ∈ G et y ∈ G0
vérifiant y = ϕ(a), l’ensemble des solutions sur G 3.1 Structure d’anneau.
de l’équation y = ϕ(x) est { ax | x ∈ Ker(ϕ) }.
Exemple 2.3.22.
Reprendre les exemples exposés en 2.3.4.
Définition 3.1.1.
On retrouve ainsi la structure des racines nes On appelle anneau tout triplet (A, +, ×) constitué
d’un nombre complexe, la structure des solutions d’un ensemble A et de deux lois internes sur A,
d’un système linéaire, la structure des solutions une loi + appelée addition et une loi × appelée
d’une équation différentielle linéaire, les solutions multiplication, vérifiant :
d’une relation de Bézout et la structure des suites
vérifiant une relation de récurrence arithmético- 1. (A, +) est un groupe abélien dont l’élément
géométrique. neutre est noté 0 (ou 0A si ambiguïté) ;
2. (A, ×) est un magma associatif possédant un
neutre noté 1 (ou 1A si ambiguïté) ;
3. La multiplication est distributive par rapport
Théorème 2.3.23. (i) ϕ injectif si et seule- à l’addition.
ment si Ker ϕ = {e}.
Si la loi × est commutative, on dit que l’anneau
(ii) ϕ surjectif si et seulement si Im ϕ = G0 . A est commutatif.

Démonstration. (ii) Rien de nouveau.


Exemple 3.1.2.
(i) On montre l’implication et sa réciproque :
— Supposons ϕ injectif. Alors e0 a au plus un • C, R, Q, Z et F (R, R) avec + et × sont des
antécédent par ϕ. Or ϕ(e) = e0 donc il en a au anneaux.
moins un : e. Donc Ker ϕ = { e }. • (R3 , +, ∧) et (F (R, R), +, ◦) n’en sont pas.
— Réciproquement, supposons Ker ϕ = { e } et • (Z/nZ, +, ×) en est un.
montrons que ϕ est injectif.
Soit (x, y) ∈ G2 vérifiant ϕ(x) = ϕ(y). Alors on • (Mn (R), +, ×) est un anneau.
a succesivement • On note L (R2 ) l’ensemble des endomorphismes
de R2 . Alors (L (R2 ), +, ◦) est un anneau.
ϕ(x ∗ y −1 ) = ϕ(x)#ϕ(y)−1 car ϕ est un • Si X est un ensemble, (RX , +, ×) est un anneau.
morphisme
= ϕ(x)#ϕ(x) −1 Remarque 3.1.3.
=e 0 Quand il n’y a pas d’ambiguïté, on dit juste que
A est un anneau sans préciser les lois. Pour la
Donc x ∗ y −1 ∈ Ker ϕ, donc x ∗ y −1 = e, donc multiplication, on utilise les mêmes raccourcis de
x = y. notation que dans R (omission du ×, etc).

Remarque 2.3.24.
Pour montrer qu’un morphisme est injectif, on Tous les éléments de A ne sont pas inver-
utilisera TOUJOURS le noyau et JAMAIS (ou sibles pour ×. Les éléments inversibles sont parfois
presque) la méthode classique pour des fonctions appelés éléments unités de A et leur ensemble est
quelconques : c’est beaucoup plus rapide ! noté U (A), A× , A∗ , voire E(A) (Einheit).

Exemple 2.3.25. Avec cette notation, A∗ n’est pas néces-


Reprendre les exemples de exp et ln, ainsi que les sairement A \ { 0 }.
morphismes vus en 2.3.4.

201
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

Dans le cas où A et Z sont disjoints, cette


Théorème 3.1.4 (Règles de calcul dans un an- ambiguïté n’est évidemment pas gênante si on
neau). sait auquel des deux ensembles A et n appartient.
Soit A un anneau, a, b ∈ A et n ∈ Z. Dans le cas contraire, cette ambiguïté n’est pas
1. a × 0 = 0 × a = 0. gênante non plus. Pourquoi ?
2. −(a × b) = (−a) × b = a × (−b). Cas par-
ticuliers : (−a)(−b) = ab, (−a)2 = a2 ,
(−1)2 = 1. Théorème 3.1.7.
Soient n ∈ N, (A, +, ×) un anneau et a, b ∈ A tels
3. n(ab) = (na)b = a(nb). que a et b commutent (i.e. a × b = b × a). Alors :
(i) Formule du binôme de Newton :
Démonstration. 1. Il suffit de remarquer a×0+a×0 = n
!
a × (0 + 0) = a × 0 et de simplifier par a × 0 (ce qui n k n−k
(a + b) =
X
n
a b .
est légitime car il est inversible pour la loi +). k
k=0
2. On a successivement :
n−1
a × b + (−a) × b = (a − a) × b par distributivité (ii) an − bn = (a − b) ak bn−k−1 .
X

=0×b k=0
=0 d’après (1)

Donc (−a) × b est l’opposé de a × b, donc (−a) × b = Démonstration.


−(a × b). On remarque d’abord que si a, b commutent, alors toutes les
On montre de même a × (−b) = −(a × b). puissances de a et de b commutent (le faire par récurrence).
3. Cas où n ∈ N : On peut s’en convaincre par récur- Recopier la démonstration concernant des complexes
rence. Le cas n = 0 se déduit du (1), l’hérédité ou des matrices carrées, à nouveau en étant conscient de
se montre par application de la distributivité. l’importance de l’hypothèse “a et b commutent”.

Cas où n < 0 : alors −n ∈ N, et on a

n(a × b) =(−n)(−(a × b)) par définition de Proposition 3.1.8 (Groupe des inversibles).
la multiplication par un entier Soit (A, +, ×) un anneau. Alors (A∗ , ×) est un
=(−n)((−a)b) d’après 2 groupe, autrement dit l’ensemble des éléments
=((−n)(−a))b inversibles de A, muni de (la loi induite par) la
d’après le cas précédent multiplication de A est un groupe.

L’autre égalité se démontre de la même façon.


Démonstration. • Remarquons tout d’abord que ×
induit une lci sur A∗ . Soit x et y deux éléments de
Remarque 3.1.5. A∗ . x et y sont donc deux éléments inversibles du
On voit ainsi que si l’anneau A possède au moins magma (A, ×) donc, d’après la proposition 1.2.10,
x × y est inversible.
deux éléments, alors 1A 6= 0A et 0A n’est pas • × étant une loi associative sur A, elle l’est aussi sur
inversible. A∗ .
• 1A est inversible car 1A × 1A = 1A . Donc 1A ∈ A∗ .
Exercice 3.1.6. De plus 1A est élément neutre pour la multiplication
Étant donné un anneau (A, +, ×), la notation n×a sur A, donc est élément neutre pour la multiplication
peut désigner d’une part le produit dans A de n sur A∗ .
par a si n et a sont deux éléments de A, d’autre • Pour tout x ∈ A∗ , x possède un inverse y dans A.
On remarque immédiatement que y est lui-même
part si a ∈ A et n ∈ Z, la valeur a + . . . + a où a inversible (d’inverse x), donc y ∈ A∗ . Tout élément
est répété n fois dans le cas où n > 0 et l’opposé du magma (A∗ , ×) est donc inversible dans A∗ .
de a + . . . + a où a est répété −n fois si n < 0. (A , ×) est donc un groupe, de neutre 1A .

202
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

Exemple 3.1.9. Remarque 3.1.14.


Quel est le groupe des inversibles des anneaux Attention donc aux simplifications de produits
(Z, +, ×), (Q, +, ×), (R, +, ×) et (C, +, ×) ? dans les anneaux : si l’anneau est intègre, tout
fonctionne comme dans R : ab = ac ⇒ a(b − c) =
0 ⇒ (a = 0 ou b = c).
Définition 3.1.10. 1. On appelle anneau nul
Sinon, on sait qu’on peut simplifier par des
tout anneau ({0}, +, ×) (0 est alors le neutre
éléments inversibles mais on a du mal à en dire
pour les deux lois !).
plus (quand un élément est non inversible, il se
2. Dans un anneau A, on appelle diviseur de 0 peut qu’il soit simplifiable ou non 3 ).
tout élément a non nul, tel qu’il existe b non
nul vérifiant a × b = 0A ou b × a = 0A .
3.2 Sous-anneaux
3. On appelle anneau intègre tout anneau com-
mutatif non nul ne possédant aucun diviseur Un sous-anneau est à un anneau ce qu’un sous-
de 0, c’est-à-dire vérifiant groupe est à un groupe, à un détail près.

∀(a, b) ∈ A2 ab = 0 ⇒ (a = 0 ou b = 0).
Définition 3.2.1.
Soit (A, +, ×) un anneau, soit B un ensemble.
Alors, B est un sous-anneau de (A, +, ×) si
Remarque 3.1.11.
• B⊂A ;
Pour tout anneau A, on a 0A = 1A si et seulement
• B est un sous-groupe de (A, +) ;
si A est un anneau nul. En effet, supposons 0A =
• B est stable par × : pour tout x, y ∈ B,
1A , alors pour tout x ∈ A, on a x = 1A × x =
xy ∈ B ;
0A × x = 0A , donc tout élément de A est nul,
• 1A ∈ B.
donc A est l’anneau nul. Réciproquement si A est
un anneau nul, tous les éléments de A sont égaux
(puisqu’il n’y en a qu’un !) donc 0A = 1A . Remarque 3.2.2.
Remarque 3.1.12. Le caractère de sous-groupe d’un sous-anneau B
Un élément inversible a n’est jamais un diviseur implique que B 6= ∅, la condition 1A ∈ B est
de 0. En effet, pour tout b vérifiant ab = 0, on a toutefois primordiale.
nécessairement a−1 ab = 0, donc b = 0. Par exemple, 2Z vérifie les trois premiers points,
mais n’est pas un sous-anneau de (Z, +, ×).
Exemple 3.1.13.
• Les anneaux usuels C, R, Q, Z sont intègres. Exemple 3.2.3.
• (F (R, R), +, ×) n’est pas intègre : ex : consi- Si (A, +, ×) est un anneau, alors A est un sous-
dérer f, g : R → R, f (x) = 0 si x > 0 et g(x) = 0 anneau de (A, +, ×).
si x 6 1. Z est un sous-anneau de (R, +, ×).
• Z/6Z n’est pas intègre : 2̄ × 3̄ = 0̄. De manière Exercice 3.2.4 (anneau des entiers de Gauss).
générale, Z/nZ n’est pas intègre quand n est com- On note Z[i] = { a + ib | a, b ∈ Z }.
posé. Montrer que Z[i] est un sous-anneau de
• (L (R2 ), +, ◦) n’est pas intègre. Par exemple (C, +, ×).
avec f (x, y) = (x, 0) et g(x, y) = (0, y) nous avons
f ◦ g = 0. Exercice 3.2.5.
• Mn (K) n’est pas intègre non plus, comme nous Quel est le plus petit sous-anneau d’un anneau
l’avons déjà vu en début d’année. En effet, Mn (K) (A, +, ×) ?
n’est pas un anneau commutatif, et de plus cet 3. Regarder l’ensemble des suites à valeurs entières muni
anneau possède des diviseurs de zéro non nuls. de l’addition et de la multiplication terme à terme

203
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

pour un morphisme ϕ entre deux anneaux A et


Proposition 3.2.6. B,
Soit (A, +, ×) un anneau, soit B une partie de A. Ker(ϕ) = { x ∈ A | ϕ(x) = 0B } .
Alors, B est un sous-anneau de (A, +, ×) si et
seulement si, muni des lois + et × induites sur B, Notamment, un morphisme d’anneaux est injectif
(B, +, ×) est un anneau. si et seulement si son noyau est réduit à l’élément
nul.
Remarquons que par définition 1A ∈ / Ker(ϕ) :
Démonstration. ainsi, le noyau d’un morphisme d’anneaux n’est
Élémentaire, procéder exactement comme pour les groupes.
jamais un sous-anneau de l’anneau de départ, en
dehors de l’exemple dégénéré de l’anneau nul.

3.3 Morphismes d’anneaux


Proposition 3.3.4 (transport par morphisme).
Les morphismes d’anneaux sont aux anneaux ce Soit (A, +, ×), (B, +, ×) deux anneaux, soit ϕ :
que les morphismes de groupes sont aux groupes, A → B un morphisme entre ces deux anneaux.
à un détail près. 1. Si C est un sous-anneau de (A, +, ×), alors
ϕ(C) est un sous-anneau de (B, +, ×).
Définition 3.3.1. 2. Si D est un sous-anneau de (B, +, ×), alors
Soit (A, +, ×), (B, +, ×) deux anneaux. Un mor- ϕ← (D) est un sous-anneau de (A, +, ×).
phisme entre ces deux anneaux est une application
Démonstration.
ϕ:A→B Élémentaire, procéder exactement comme pour les groupes.

vérifiant les propriétés suivantes.


• ∀x, y ∈ A, ϕ(x + y) = ϕ(x) + ϕ(y) Remarque 3.3.5.
• ∀x, y ∈ A, ϕ(xy) = ϕ(x)ϕ(y) Si ϕ est un morphisme entre deux anneaux A et
• ϕ(1A ) = 1B B, alors Im(ϕ) = ϕ(A) est un sous-anneau de B.
Si l’anneau de départ est égal à l’anneau d’arrivée,
on parle bien entendu d’endomorphisme d’anneau. 4 Structure de corps.
Un morphisme d’anneaux bijectif est un iso-
morphisme d’anneau.
Enfin, un morphisme bijectif d’un anneau sur Définition 4.0.1.
lui-même est un automorphisme d’anneau. On appelle corps tout anneau commutatif non nul
dans lequel tout élément non nul est inversible
Exemple 3.3.2. pour ×.
Dans l’anneau (C, +, ×), on a les automorphismes
Id et z 7→ z̄. Exemple 4.0.2.
Sur l’anneau des fonctions réelles, si a ∈ R, l’ap- • C, R et Q sont des corps. N et Z n’en sont pas.
plication d’évaluation f 7→ f (a) est un morphisme • Z/pZ est un corps si et seulement si p est pre-
à valeurs dans l’anneau R. mier.
L’application nulle n’est pas un morphisme
d’anneaux ! Proposition 4.0.3. (i) Un corps est intègre.
Remarque 3.3.3. (ii) Si K est un corps, on a K∗ = K\{0} (qui est
Un morphisme d’anneau est un morphisme de un groupe pour la loi induite par ×).
groupes. La notion de noyau ne change pas :

204
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

Démonstration. (i) Soit (K, +, ×) un corps. Soit


(a, b) ∈ K2 vérifiant ab = 0. Supposons que a est non
nul. Alors a est inversible donc a−1 × ab = a−1 × 0,
donc b = 0.
On a donc a = 0 ou b = 0.
(ii) Tout élément non nul est inversible pour × d’après
la définition, d’où K∗ = K \ { 0 } et on sait d’après
la proposition 3.1.8 que (K∗ , ×) est un groupe.

Remarque 4.0.4.
Un corps est un anneau qui est intègre, par contre
un anneau intègre n’est pas forcément un corps !
Trouvez un exemple ...

205
CHAPITRE XIII. GROUPES, ANNEAUX, CORPS

206
Chapitre XIV

Limite d’une fonction


Sommaire
1 Préliminaires. . . . . . . . . . . . . . . . 208
2 Définitions de la limite d’une fonction. 209
2.1 Limite en un point. . . . . . . . . . . . 209
2.2 Limites à gauche et à droite en un point. 212
3 Propriétés des limites de fonctions. . . 214
3.1 Opérations sur les limites. . . . . . . . 214
3.2 Passage à la limite et relations d’ordre. 215
4 Théorèmes d’existence. . . . . . . . . . . 216
4.1 Théorèmes des gendarmes et de mino-
ration/majoration. . . . . . . . . . . . 216
4.2 Théorème de la limite monotone. . . . 217
5 Cas des fonctions à valeurs complexes. 218
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

Dans tout ce chapitre, sauf mention expresse ou encore


du contraire, I et J sont des intervalles de R, et
f : I → R. ∃ε > 0, ∀t ∈ I, t ∈ [a − ε, a + ε] ⇒ P (t),

On a les mêmes écritures au voisinage de ±∞.


1 Préliminaires. Exemple 1.0.5.
Comme pour la notion de limite d’une suite, Si on s’intéresse à la propriété « x12 − 1 > 0», celle-
nous allons définir la notion de limite de fonction ci n’a de sens que sur D = R∗ .
de manière naïve. Cela va nous ammener à ré- Dire que « x12 −1 > 0 au voisinage de 0 » signifie
péter de nombreuses fois certains énoncés. Vous qu’il existe ε > 0 tel que
unifierez cela en spé, avec la notion de voisinage. 1
Nous nous permettons cependant de définir ∀t ∈ [−ε, ε] ∩ R∗ , − 1 > 0.
t2
quelques raccourcis de langages qui simplifieront
les énoncés. Proposition 1.0.6.
Si P et Q sont vraies au voisinage de a, alors « P
Définition 1.0.1. et Q » est vraie au voisinage de a.
On dit qu’une propriété est vraie au voisinage
d’un point a ∈ R s’il existe un intervalle ouvert Démonstration.
contenant a sur lequel la propriété est vérifiée. Montrons le dans le cas a ∈ R (les autres sont laissés au
On dit qu’une propriété est vraie au voisinage lecteur).
Soit α, β > 0 tels que, pour tout x ∈ R :
de +∞ (resp. de −∞) s’il existe un intervalle de • si |x − a| 6 α, alors P (x) ;
la forme [A, +∞[ (resp. ] − ∞, A]) sur lequel la • si |x − a| 6 β, alors Q(x).
propriété est vérifiée. Alors, avec γ = min(α, β) > 0, pour tout x ∈ R, si
|x − a| 6 γ, on a bien simultanément |x − a| 6 α et
|x − a| 6 β, donc P (x) et Q(x) sont vraies.
Remarque 1.0.2.
On pourrait (voire même devrait) donner ces dé- Remarque 1.0.7.
finitions avec des intervalles ouvert : c’est équi- Dire qu’une propriété est vraie au voisinage de a
valent. est vague car on ne précise pas sur quel ensemble
elle est vraie mais très pratique car on ne précise
Exemple 1.0.3. pas sur quel ensemble elle est vraie !
• La fonction sinus est strictement positive au C’est l’exact analogue du « à partir d’un certain
voisinage de π/2. rang » utilisé sur les suites.
• La fonction Arctan est supérieure à π/4 au
voisinage de +∞. Remarque 1.0.8.
Quand on parle de plusieurs propriétés vraies «au
Remarque 1.0.4. voisinage d’un point a», il faut bien comprendre
Si a ∈ R, si P est un prédicat portant sur les réels, que tous ces « voisinages » ne sont pas nécessaire-
P est vrai au voisinage de a si et seulement si ment les mêmes.
Par exemple, pour tout ε > 0, la propriété
∃ε > 0, ∀t ∈ [a − ε, a + ε], P (t).
«|x| 6 ε» est vraie pour x au voisinage de 0 mais
Si P n’est défini que sur un ensemble I ⊂ R, la le « voisinage » en question dépend de ε (il s’agit
définition 1.0.1 doit alors être modifiée en rem- de [−ε, ε]).
plaçant tous les intervalles par leurs intersections On peut remarquer d’ailleurs que, bien que pour
avec I, i.e tout ε > 0, la propriété «|x| 6 ε» soit vraie pour
x au voisinage de 0, il est faux d’affirmer que la
∃ε > 0, ∀t ∈ I ∩ [a − ε, a + ε], P (t), propriété «pour tout ε > 0, |x| 6 ε» est vraie

208
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

pour x au voisinage de 0 (elle n’est vraie qu’en nombre fini d’intervalles disjoints est l’union de
0). leurs adhérences (resp. leurs intérieurs).
On va s’intéresser dans la suite à la notion de Remarque 1.0.12.
limite de fonction. Étant donné une partie E de E est dense dans R si et seulement si E = R.
R, une fonction f définie sur E et a ∈ R, sans
même connaître f , il est intuitivement clair que la
notion de limite de f n’a pas de sens dans certains
cas. Par exemple si E = R− , se questionner sur Définition 1.0.13.
la limite de f en +∞ ou en 1 n’a aucun sens. Soit I un intervalle de la forme (a, b), avec a, b ∈ R,
La définition ci-dessous va nous permettre, étant tels que a 6 b, et où les symboles ( et ) peuvent
donné E, de définir précisément en quels points prendre la valeurs [ ou ].
chercher si f admet une limite a un sens. Cet 1. On appelle intérieur de I, noté Int(I) ou
ensemble de points est appelé l’adhérence de E. ˚
I, l’intervalle ]a, b[, c’est-à-dire I privé de
ses extrémités. C’est le plus grand intervalle
Exercice 1.0.9.
ouvert contenu dans I.
Pour les ensembles E suivants, quelles sont les
valeurs sur lesquelles chercher si f admet une 2. On appelle fermeture ou adhérence de I, noté
limite a un sens ? I, l’intervalle [a, b], c’est-à-dire I augmenté
de ses extrémités. C’est le plus petit intervalle
1. R 5. ]π, 42] fermé de R̄ contenant I.
2. [0, +∞[ 6. R∗
3. ]0, +∞[ 7. ]−∞, −7]∪]6, 42]
Définition 1.0.14.
4. ]π, 42[ 8. {0}
Soit I un intervalle de R, soit a ∈ R. Si a ∈ I, on
dit que a adhère à I.
Définition 1.0.10 (HP – sera vu en MP).
Soit E un sous-ensemble de R.
1. On appelle intérieur de E et l’on note E̊ 2 Définitions de la limite d’une
l’ensemble des x ∈ R tels que E soit un
fonction.
voisinage de x, c’est-à-dire l’ensemble des
x appartenant à E tels que E contienne un Comme pour les suites, nous allons donner diffé-
intervalle ouvert centré en x. rentes définitions naïves de limites de fonctions :
2. On appelle adhérence de E et l’on note E on peut considérer la limite d’une fonction en un
l’ensemble des éléments de R limites de suites point réel, en +∞ et en −∞ ; on peut considé-
d’éléments de E. rer une limite réelle ou infinie. On traite donc
3. On appelle frontière de E l’ensemble E \ E̊ séparément neuf cas différents.
La notion topologique de voisinage, que vous
verrez l’année prochaine, permet d’unifier tout
Exercice 1.0.11. cela en un seul vocabulaire : quel gain en efficacité
Vérifier que pour les exemples de l’exercice 1.0.9, et en élégance !
cette définition donne bien la même chose.
En pratique, on pourra essentiellement se 2.1 Limite en un point.
contenter de la définition suivante, en se rappelant
que l’adhérence (resp. l’intérieur) de l’union d’un

209
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

Remarque 2.1.5.
Définition 2.1.1 (Limite en un point réel). On préférera parfois écrire x > B sous la forme
Soit a ∈ I ∩ R, soit ` ∈ R. x ∈ [B, +∞[.
• On dit que f tend vers ` en a et l’on note f −
→` Le bloc ∀x ∈ I, x > B ⇒ [...] s’écrit alors
a
ou f (x) −−−→ ` si ∀x ∈ I ∩ [B, +∞[, [...].
x→a
On remarquera la structure commune :
∀ε > 0, ∃α > 0, ∀x ∈ I, |x−a| 6 α ⇒ |f (x)−`| 6 ε.
∀[...], ∃B ∈ R, ∀x ∈ I, x > B ⇒ f (x) ∈ [...].
• On dit que f tend vers +∞ en a et l’on note
f−→ +∞ ou f (x) −−−→ +∞ si
a x→a Définition 2.1.6 (Limite en −∞).
Supposons que inf I = −∞, soit ` ∈ R.
∀A ∈ R, ∃α > 0, ∀x ∈ I, |x − a| 6 α ⇒ f (x) > A.
• On dit que f tend vers ` en −∞ et l’on note
• On dit que f tend vers −∞ en a et l’on note f −−→ ` ou f (x) −−−−→ ` si
−∞ x→−∞
f−→ −∞ ou f (x) −−−→ −∞ si
a x→a ∀ε > 0, ∃B ∈ R, ∀x ∈ I, x 6 B ⇒ |f (x) − `| 6 ε.
∀A ∈ R, ∃α > 0, ∀x ∈ I, |x − a| 6 α ⇒ f (x) 6 A.
• On dit que f tend vers +∞ en −∞ et l’on note
f −−→ +∞ ou f (x) −−−−→ +∞ si
−∞ x→−∞
Remarque 2.1.2.
∀A ∈ R, ∃B ∈ R, ∀x ∈ I, x 6 B ⇒ f (x) > A.
On préférera parfois écrire |x − a| 6 α sous la
forme x ∈ [a − α, a + α]. • On dit que f tend vers −∞ en −∞ et l’on note
Le bloc ∀x ∈ I, |x − a| 6 α ⇒ [...] s’écrit alors f −−→ −∞ ou f (x) −−−−→ −∞ si
∀x ∈ I ∩ [a − α, a + α] , [...]. −∞ x→−∞
On remarquera la structure commune :
∀A ∈ R, ∃B ∈ R, ∀x ∈ I, x 6 B ⇒ f (x) 6 A.
∀[...], ∃α > 0, ∀x ∈ I, |x − a| 6 α ⇒ f (x) ∈ [...].
Remarque 2.1.3.
On voit facilement que, si f tend vers +∞ ou Remarque 2.1.7.
−∞ en a, alors f n’est pas définie en a. On préférera parfois écrire x 6 B sous la forme
x ∈] − ∞, B].
Définition 2.1.4 (Limite en +∞). Le bloc ∀x ∈ I, x 6 B ⇒ [...] s’écrit alors
Supposons que sup I = +∞, soit ` ∈ R. ∀x ∈ I∩] − ∞, B], [...].
• On dit que f tend vers ` en +∞ et l’on note On remarquera la structure commune :
f −−→ ` ou f (x) −−−−→ ` si ∀[...], ∃B ∈ R, ∀x ∈ I, x 6 B ⇒ f (x) ∈ [...].
+∞ x→+∞

∀ε > 0, ∃B ∈ R, ∀x ∈ I, x > B ⇒ |f (x) − `| 6 ε. Remarque 2.1.8.


• On dit que f tend vers +∞ en +∞ et l’on note On peut aussi remarquer que les trois définitions
f −−→ +∞ ou f (x) −−−−→ +∞ si de « f tend vers ` ∈ R » ont en commun la struc-
+∞ x→+∞
ture suivante.
∀A ∈ R, ∃B ∈ R, ∀x ∈ I, x > B ⇒ f (x) > A.
∀ε > 0, ∃[...], ∀x ∈ I, x ∈ [...] ⇒ |f (x) − `| 6 ε
• On dit que f tend vers −∞ en +∞ et l’on note
f −−→ −∞ ou f (x) −−−−→ −∞ si Exercice 2.1.9.
+∞ x→+∞
Dégager la structure commune des trois défini-
∀A ∈ R, ∃B ∈ R, ∀x ∈ I, x > B ⇒ f (x) 6 A. tions de « f tend vers +∞ ». Faire de même
pour −∞.

210
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

Remarque 2.1.10. nage W ∈ V (a) tel que ∀x ∈ W ∩ I f (x) ∈ V .


Comme dans le cas des suites, on obtient des pro-
positions équivalents en remplaçant les inégalités Cette définition étant plus abstraite et hors-
larges (ou certaines d’entre elles) par des inégali- programme, nous ne l’utiliserons pas en priorité
tés strictes. En revanche, attention aux inégalités dans ce cours, même si elle peut systématique-
ε > 0 et α > 0 qui doivent être conservées strictes. ment être employée. Cependant, certaines démons-
trations seront données sans la notion de voisi-
Remarque 2.1.11.
nage, puis une seconde fois avec la notion de voisi-
On peut également remplacer les conditions A ∈
nage. Vous pourrez voir les simplifications que ces
R par A ∈ R∗+ ou A ∈ R∗− suivant les cas.
voisinages apportent et vous entraîner à réécrire
Remarque 2.1.12. d’autres démonstrations grâce aux voisinages.
L’ordre des quantificateurs dans ces définitions
est évidemment essentiel.
Théorème 2.1.16.
Remarque 2.1.13. Soit a ∈ I, soit `1 , `2 ∈ R. Si f (x) −−−→ `1 et
x→a
Sur les suites, le «∀n > n0 » devait être compris f (x) −−−→ `2 , alors `1 = `2 .
x→a
comme portant sur un n entier, de façon à ce que
un ait un sens.
C’est le «∀x ∈ I» qui ici remplit ce rôle, de Démonstration.
Par symétrie et en supposant que `1 6= `2 , on a trois cas
façon à ce que f (x) soit bien défini. possibles pour a (a ∈ R, a = +∞ et a = −∞), et pour
Attention à ne pas l’oublier ! chaque choix de a on a quatre cas possibles :
• `1 ∈ R et `2 ∈ R ;
Remarque 2.1.14. • `1 ∈ R et `2 = −∞ ;
Remarquez que la caractérisation de la conver- • `1 ∈ R et `2 = +∞ ;
gence d’une suite à l’aide de «∀ε∃n0 . . .» est très • `1 = −∞ et `2 = +∞.
Cela donne donc douze cas à traiter. Nous ne les détaille-
similaire à celle de l’existence d’une limite finie
rons pas tous, le lecteur saura les retrouver sans difficulté.
pour une fonction en +∞, de même la caractéri- Supposons a ∈ R, `1 ∈ R et `2 ∈ R. Posons ε =
sation de la divergence vers +∞ d’une suite est 1
|`1 − `2 | > 0. Il existe donc α1 , α2 > 0 tels que, pour
très similaire à celle du fait qu’une fonction tend 3
tout x ∈ I,
vers +∞ en +∞. • si |x − a| 6 α1 , alors |f (x) − `1 | 6 ε ;
Cette similarité n’est pas un hasard : regardez • si |x − a| 6 α2 , alors |f (x) − `2 | 6 ε.
Soit α = min(α1 , α2 ) > 0. Comme a adhère à I, il existe
ce que donne la définition de limite de fonction
x ∈ I tel que |x − a| 6 α. Les deux conditions précédentes
(utilisant les voisinages) pour une fonction définie sont donc vérifiées, et
sur N. Que constatez-vous ?
|`1 − `2 | = |`1 − f (x) − (`2 − f (x))|
Remarque 2.1.15. 6 |`1 − f (x)| + |(`2 − f (x))|
Pour donner la défition de limite en un point, 2
6 |`1 − `2 |.
nous avons dû traiter neuf cas différents, ce qui 3
est assez fastidieux. Comme dans le cas des Cela contredit le fait que `1 6= `2 .
suites, la notion de voisinage permet de donner Supposons a = +∞, `1 ∈ R et `2 = −∞. Soit A = `1 + 1
1
une définition unifiée, regroupant tous les cas en et ε = . Il existe donc B1 , B2 ∈ R tels que, pour tout
2
une seule définition. Cette défintion unifiée est la x ∈ I,
suivante : • si x > B1 , alors |f (x) − `1 | 6 ε, notamment f (x) 6
1
`1 + < A ;
2
Soit a ∈ I et ` ∈ R. On dit que f admet ` pour • si x > B2 , alors f (x) > A.
Soit B = max(B1 , B2 ). Comme sup I = +∞, il existe
limite en a et on note f − → ` ou f (x) −−−→ ` si x ∈ I tel que x > B. On a alors simultanément f (x) < A
a x→a
pour tout voisinage V ∈ V (`), il existe un voisi- et f (x) > A, ce qui est absurde.

211
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

(ii) f − ` −
→0
a
Définition 2.1.17.
Soit a ∈ I. S’il existe ` ∈ R tel que f (x) −−−→ `, (iii) |f − `| −
→0
a
x→a
alors cet élément est appelé « limite de f en a » (iv) f (a + h) −−−→ `
h→0
et est noté lim f ou lim f (t).
a t→a Exemple 2.1.22.
Pour s’entraîner à manipuler la définition (mais ce
n’est pas la meilleure méthode dans la pratique),
Le symbole lim ne peut s’utiliser considérons la fonction f : R → R Mon-
x→a
qu’après avoir montré l’existence de ladite limite. x 7→ x + x 3

L’utiliser avant est une erreur grave. On préfèrera trons f (x) −−−→ 2.
x→1
systématiquement utiliser l’écriture f (x) −−−→ `. On a, pour tout x ∈ R, f (x) − 2 = (x − 1)(x2 +
x→a
x + 2).
Théorème 2.1.18. Si x ∈ [0, 2], alors |x| 6 2 et donc (inégalité
Toute fonction possédant une limite finie en a ∈ triangulaire) x2 + x + 2 68.
ε ε

R est bornée au voisinage de a. Soit ε > 0. Si x ∈ 1 − ; 1 + , alors
8 8
|x − 1| 6 8ε .
ε
 
Démonstration.
Comme pour les suites. Ainsi, avec α = min 1; , si |x − 1| 6 α, on
8
Remarque 2.1.19. a simultanément x2 + x + 2 6 8 et |x − 1| 6 8ε .
Si f admet une limite infinie en a ∈ R, alors f On a alors |f (x) − 2| 6 ε.
n’est pas bornée au voisinage de a. Donc on a bien

∀ε > 0, ∃α > 0, ∀x ∈ R, |x − 1| 6 α ⇒ |f (x) − 2| 6 ε.


Proposition 2.1.20.
Si a ∈ I et si f tend vers ` ∈ R en a, alors Donc f (x) −−−→ 2.
x→1
` = f (a).
Remarque 2.1.23.
Si u est une suite réelle et ` ∈ R̄, la définition de
« un −−−−−→ ` » donnée dans le chapitre sur les
n→+∞
Il s’agit bien d’être certain que a appar- suites numériques correspond exactement à celle
tient à I (et pas seulement à I¯ !). donnée ici, quand on voit u comme une fonction
Démonstration. de N dans R.
Supposons ` = +∞. soit A = f (a) + 1. Il existe α > 0
tel que, pour tout x ∈ I ∩ [a − α, a + α], f (x) > A. Or,
a ∈ I ∩ [a − α, a + α], donc f (a) > f (a) + 1, ce qui est 2.2 Limites à gauche et à droite en un
absurde. De même, ` = −∞ est absurde, donc ` ∈ R. point.
Soit ε > 0, soit α > 0 tel que, pour tout x ∈ I ∩[a−α, a+
α], |f (x) − `| 6 ε. Or, on a toujours a ∈ I ∩ [a − α, a + α],
car a ∈ I. Ainsi, |f (a) − `| 6 ε.
On a donc : pour tout ε > 0, |f (a) − `| 6 ε. Définition 2.2.1.
Cela implique bien que f (a) = ` (sinon, prendre ε = Soient a ∈ R et ` ∈ R.
1
2
|f (a) − `|). (i) Si f est définie au voisinage de a à gauche,
c’est-à-dire si a ∈ I∩] − ∞, a[, on dit que f
Remarque 2.1.21.
admet ` pour limite à gauche en a (ou tend
Pour tous a et ` réels, on montre facilement que
vers ` à gauche en a) si f |I∩]−∞,a[ admet `
les assertions suivantes sont équivalentes.
pour limite en a.
(i) f −
→`
a

212
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

Exemple 2.2.3.
On note alors f (x) −−−−→ `, f (x) −−−→ ` ou 1 1
x→a− x→a On a −−−→ +∞ et −−−→ −∞.
x<a x x→0 x x→0
encore f −−→ `. x>0 x<0
a−
Si elle existe, la limite à gauche est unique
(puisque c’est une limite) et dans ce cas elle Théorème 2.2.4.
est notée lim f , lim f (x) ou lim f (x). Soit a un réel appartenant à I, et qui n’est pas
a− x→a− x→a
x<a une borne de I. Soit ` ∈ R. Alors f − → ` si et
a
(ii) On définit de la même manière la notion de seulement si on a simultanément
limite à droite. (i) f −−→ `
a−
(ii) f −−→ `
a+
(iii) f (a) = `.
f (a)

Le point (iii) est indispensable, sinon la


fonction de la figure XIV.2 aurait une limite en a.
a

Figure XIV.1 – Fonction f sans limite en a,


ayant des limites à droite et à gauche en a diffé-
f (a)
rentes.

Dans la définition de limite à gauche, Figure XIV.2 – Fonction f ayant des limites à
c’est la fonction f |I∩]−∞,a[ qu’il faut considérer, et gauche et à droite en a égales, mais pas de limite
non la fonction f |I∩]−∞,a] (intervalle fermé en a). en a.
En effet, on veut que la fonction de la figure XIV.1
ait une limite à gauche, ce qui n’est le cas qu’avec
une restriction à un intervalle ouvert en a. Démonstration. (⇒) Supposons d’abord f −
→ `.
a
Nous avons déjà observé que f (a) = ` est néces-
Remarque 2.2.2.
saire. Il est alors immédiat d’après les définitions
Comme pour les limites, l’existence d’une limite que f −−→ ` et f −−→ `.
à gauche / droite s’écrit avec des ε. Par exemple, a− a+
(⇐) Réciproquement, supposons qu’on ait les trois
dans le cas où a, ` ∈ R, f admet ` pour limite à conditions (i), (ii) et (iii). On a f (a) = `, donc ` ∈ R.
gauche en a si et seulement si on a Soit ε > 0. Il existe α− , α+ ∈ R∗+ vérifiant

∀x ∈ I a − α− 6 x < a ⇒ |f (x) − `| 6 ε
∀ε > 0 ∃α > 0 ∀x ∈ I ∀x ∈ I a < x 6 a + α+ ⇒ |f (x) − `| 6 ε
a − α 6 x < a ⇒ |f (x) − `| 6 ε
Posons alors α = min{α− , α+ } et montrons ∀x ∈
I |x − a| 6 α ⇒ |f (x) − `| 6 ε.
On a le même genre de proposition pour les 5 Soit x ∈ I tel que |x − a| 6 α, c’est-à-dire a − α 6
autres cas (il y a au total 6 cas suivant qu’il s’agit x 6 a + α. Alors
d’une limite à gauche ou à droite d’une part et 1. si a − α 6 x < a, on a en fait a − α− 6 x < a
que la limite est réelle, égale à +∞ ou −∞ d’autre et donc |f (x) − `| 6 ε ;
part). 2. si x = a, f (x) = f (a) = ` et donc |f (x) − `| 6 ε ;

213
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

3. si a < x 6 a + α, on a en fait a < x 6 a + α+ 2. Soit f, g : I → R et a ∈ I. Si f est bornée au


et donc |f (x) − `| 6 ε. voisinage de a et g −→ 0, alors f × g −→ 0.
a a
Dans tous les cas on a bien |f (x) − `| 6 ε.
On a donc f −→ `. Exemple 3.1.1.
Le deuxième point permet de montrer
a

sin x
−−−−→ 0.
Exemple 2.2.5. x x→+∞
Le théorème précédent permet de montrer que, Pour les opérations usuelles (somme, produit
l’application f : R → R ( et inverse), les résultats valables pour les limites
ex si x > 0 de suites sont toujours valables pour les fonctions,
x 7→
1 − x si x < 0 et les démonstrations sont tout à fait similaires.
tend vers 1 en 0. Nous ne les redémontrerons donc pas, mais vous
Remarque 2.2.6. devez savoir les faire sans problème.
On n’utilisera la caractérisation d’une limite par Voyons le théorème sur la composition de deux
le théorème 2.2.4 que quand la fonction n’est pas fonctions ayant une limite :
définie de la même manière à gauche et à droite
du point considéré. Sinon, cela n’a aucun intérêt
et l’on travaillera directement avec la définition Théorème 3.1.2.
générale de limite, ou ses caractérisations. Soient f : I → R et g : J → R deux applications
vérifiant f (I) ⊂ J et soit a ∈ I, b ∈ J et ` ∈ R.
Remarque 2.2.7.
Si f −→ b et g →
− `, alors g ◦ f −
→ `.
On pourrait aussi définir, mais le besoin s’en a b a
fera rarement sentir, la notion de « limite époin-
tée », que l’on noterait f (x) −−−→ `, qui signifie
x→a Remarque 3.1.3.
x6=a
f|I\{a} −
→ `. L’hypothèse b ∈ J est superflue : si f : I → J a
a
une limite b en a, alors automatiquement, b ∈ J.
De même, les notations f (x) −−−→ ` et
x→a
x6a Démonstration.
f (x) −−−→ ` ne devraient pas vous faire peur. On a vingt-sept cas à distinguer, selon si a, b et ` sont
x→a chacun réel, +∞ ou −∞. Nous ne détaillerons pas tous
x>a
ces cas, le lecteur intéressé saura les retrouver facilement.
Si a ∈ R, b ∈ R et ` ∈ R. Soit ε > 0, posons V` =
[` − ε, ` + ε]. Il existe α > 0 tel que, pour tout y ∈ J ∩ Vb ,
3 Propriétés des limites de fonc- avec Vb = [b − α, b + α], on a g(y) ∈ V` . Il existe donc η > 0
tel que, pour tout x ∈ I ∩ Va , avec Va = [a − η, a + η], on
tions. a f (x) ∈ Vb . Soit x ∈ I ∩ Va . On a, d’une part, f (x) ∈ Vb
et, d’autre part, f (x) ∈ J. Donc g(f (x)) ∈ V` . On a bien
3.1 Opérations sur les limites. montré g ◦ f − → `.
a
Si a = +∞, b = −∞ et ` = +∞. Soit A ∈ R, posons
Les résultats usuels valables pour les limites de V` = [A, +∞[. Il existe B ∈ R tel que, pour tout y ∈ J ∩ Vb ,
suite restent valables : avec Vb =] − ∞, B], on a g(y) ∈ V` . Il existe donc C ∈ R
tel que, pour tout x ∈ I ∩ Vc , avec Vc = [C, +∞[, on a
1. Soit f : I → R, a ∈ I et ` ∈ R. Alors f (x) ∈ Vb . Soit x ∈ I ∩ Va . On a, d’une part, f (x) ∈ Vb
et, d’autre part, f (x) ∈ J. Donc g(f (x)) ∈ V` . On a bien
f− →0
→ ` ⇐⇒ f − ` − montré g ◦ f → +∞.
a a +∞

→ 0 ⇐⇒ |f (x)| −−−→ 0
f− Remarque 3.1.4.
a x→a
La structure de la preuve précédente ne change
→ ` ⇐⇒ |f (x) − `| −−−→ 0
f−
a x→a pas en fonction des natures de a, b et `, mais
seulement les formes des intervalles Va , Vb , V` .

214
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

1
À cause des vingt-sept cas à distinguer, cette Soit alors n ∈ N. Comme ∈ R∗+ , d’après l’as-
n+1
démonstration est un exemple typique de démons- sertion (XIV.1), il existe un ∈ I vérifiant
tration où la notion de voisinage fait gagner du (a) un ∈ [a − 1
,a + 1
]
n+1 n+1
temps. Redémontrons donc ce résultat : (b) et |f (un ) − `| > ε.
Démonstration. On a donc construit une suite u d’éléments de I. Le
Soit V ∈ V (`). Montrons qu’il existe un voisinage W de a point (a) nous assure qu’elle converge vers a, le second
vérifiant (g ◦ f )(W ∩ I) ⊂ V . que f (un ) ne tend pas vers ` (une suite minorée par
On a g −→ `, donc il existe un voisinage W 0 de b vérifiant un réel strictement positif ne saurait tendre vers 0).
b
g(W 0 ∩ J) ⊂ V .
Or f −→ b, donc il existe un voisinage W de a vérifiant
a Exercice 3.1.8.
f (W ∩ I) ⊂ W 0 .
Or f (I) ⊂ J, donc f (W ∩ I) ⊂ J, donc f (W ∩ I) ⊂
La fonction f : R∗+ → R admet-elle
W 0 ∩ J. x 7→ sin (1/x)
Donc (g ◦ f )(W ∩ I) ⊂ g(W 0 ∩ J) ⊂ V . une limite en 0 ?
On a donc bien g ◦ f −
→ `.
a

Remarque 3.1.5. 3.2 Passage à la limite et relations


On a vu (remarque 2.1.10) que la définition de la d’ordre.
limite d’une suite n’est qu’un cas particulier de Les théorèmes suivants sont analogues à des
celle de fonction. Ce théorème de composition sur résultats déjà vu sur les suites.
les fonctions a donc pour corollaire celui qu’on
a énoncé au chapitre concernant les limites de
suites sur la composition d’une fonction et d’une Théorème 3.2.1.
suite. Soit f : I → R, a ∈ I et (m, M, `) ∈ R.
Supposons f − → ` et m < ` < M .
Exemple 3.1.6. a
Ce théorème permet de montrer par exemple que Alors, au voisinage de a, on a m < f (x) < M .
ln tan x −−−−
2
√→ 0.

π
x→ 2 Démonstration.
On traite le cas a ∈ R, les autres cas sont laissés au lecteur.
min(` − m, M − `)
Soit ε = > 0. On a bien
Théorème 3.1.7 (Caractérisation séquentielle 2
[` − ε; ` + ε] ⊂]m, M [.
des limites).
Ainsi, il existe α > 0 tel que, pour tout x ∈ [a − α, a +
Soient a ∈ I, ` ∈ R. On a équivalence entre : α] ∩ I, on a f (x) ∈ [` − ε; ` + ε], donc f (x) ∈]m, M [.
(i) f (x) −−−→ `
x→a Avec les voisinages :
(ii) pour toute suite (un ) telle que un ∈ I et Démonstration.
un −−−−−→ a, on a f (un ) −−−−−→ `. ]m, M [ est un intervalle ouvert contenant `, c’est donc un
n→+∞ n→+∞
voisinage de `. Donc il existe un voisinage V de a tel que
pour tout x ∈ V ∩ I, on a f (x) ∈]m, M [.

Démonstration. Remarque 3.2.2.


Traitons les cas a et ` finis (les autres cas se traitent de Le plus souvent, ce résultat s’applique sous la
manière similaire).
forme suivante :
(i)⇒(ii) C’est une conséquence immédiate du résultat de
Soit f : I → R, a ∈ I vérifiant f −
→ `. Alors
composition d’une application et d’une suite. a
¬(i)⇒ ¬(ii) Supposons f 6−
→ `. Alors il existe ε > 0 véri- (i) Soit M ∈ R vérifiant ` < M . Alors au voisi-
a
fiant nage de a, f (x) < M .
∀η ∈ R∗+ ∃x ∈ I (x ∈ [a − η, a + η] et |f (x) − `| > ε) (ii) Soit m ∈ R vérifiant m < `. Alors au voisi-
(XIV.1) nage de a, f (x) > m.

215
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

4 Théorèmes d’existence.
Ce résultat est faux avec des inégalités
larges : ainsi x2 −−−→ 0 et donc sa limite est 4.1 Théorèmes des gendarmes et de
x→0
négative. Mais dire que pour x au voisinage de 0 minoration/majoration.
on a x2 6 0 est faux.
On retrouve sur les limites de fonctions les
mêmes théorèmes d’encadrement que pour les
Corollaire 3.2.3 (Passage à la limite dans une suites.
inégalité).
Soit a ∈ I et f : I → R vérifiant f −→ `. Soit
a Théorème 4.1.1 (Théorème d’encadrement, ou
(m, M ) ∈ R2 . théorème des gendarmes).
(i) Si M majore f au voisinage de a, alors ` 6 Soit f, m, M : I → R trois applications, a ∈ I
M. et ` ∈ R.
(ii) Si m minore f au voisinage de a, alors m 6 Supposons qu’on a m − → ` et M −→ ` et qu’au
a a
`. voisinage de a on a m(x) 6 f (x) 6 M (x).
Alors, f tend vers ` en a.
Démonstration.
On traite le cas a ∈ R, les autres cas sont laissés au lecteur. Démonstration.
(i) Supposons que M majore f sur l’intersection de I et On traite le cas a ∈ R. Les autres cas sont laissés au lecteur,
d’un intervalle V1 = [a − α, a + α], avec α > 0. la structure de la démonstration de changeant pas.
Par l’absurde, supposons ` > M . D’après le théo- Soit ε > 0, posons V` = [` − ε, ` + ε]. Il existe α, β > 0
rème 3.2.1, il existe η > 0 tel que, avec V2 = tels que, pour tout x ∈ I,
[a − η, a + η], pour tout x ∈ V2 ∩ I, on a f (x) > M . • si x ∈ Va , alors m(x) ∈ V` ;
• si x ∈ Va0 , alors M (x) ∈ V` ;
Pour tout x ∈ V1 ∩ V2 ∩ I, on a alors f (x) > M et
avec Va = [a − α, a + α] et Va0 = [a − β, a + β]. Soit
f (x) 6 M .
enfin η > 0 tel que, pour tout x ∈ I, si x ∈ I ∩ Va00 ,
Or V1 ∩ V2 ∩ I est non vide, c’est donc absurde. avec Va00 = [a − η, a + η], alors m(x) 6 f (x) 6 M (x). Il
On a donc ` 6 M . suffit de remarquer que, si x ∈ I ∩ Va ∩ Va0 ∩ Va00 , alors
(ii) On constate qu’au voisinage de a, −m majore −f et m(x) 6 f (x) 6 M (x) et m(x), M (x) ∈ V` , donc f (x) ∈ V` ,
l’on applique le résultat du (i) à −f , −` et −m. car V` est un intervalle. On a donc bien f − → `.
a

Théorème 4.1.2 (Théorème de minoration).


Corollaire 3.2.4 (Passage à la limite dans une Soit f, m : I → R deux applications, soit a ∈ I.
inégalité, deuxième version). Supposons qu’on a m − → +∞ et qu’ au voisi-
a
Soit f, g : I → R, a ∈ I et (`, `0 ) ∈ R2 . nage de a, on a m(x) 6 f (x).
Supposons f − → `, g −→ `0 et f (x) 6 g(x) au Alors, f admet une limite en a et cette limite
a a
voisinage de a. Alors ` 6 `0 . vaut +∞.

Démonstration. Démonstration.
On a (g − f )(x) > 0 pour x au voisinage de a et g − f −
→ On traite le cas a = −∞. Les autres cas sont laissés au
a
lecteur, la structure de la démonstration de changeant pas.
`0 − `. Donc d’après le corollaire 3.2.3, on a `0 − ` > 0, donc
Soit A ∈ R, posons V+∞ = [A, +∞[. Il existe B ∈ R tel
` 6 `0 .
que, pour tout x ∈ I, avec Va =] − ∞, B], si x ∈ Va , alors
m(x) ∈ V+∞ . Soit enfin C ∈ R tel que, avec Va0 =] − ∞, C],
pour tout x ∈ I, si x ∈ Va0 , alors m(x) 6 f (x). Il suffit
Les inégalités strictes ne sont pas conser- de remarquer que, si x ∈ I ∩ Va ∩ Va0 , alors m(x) 6 f (x)
vées par passage à la limite. Par exemple, au voisi- et m(x) ∈ V+∞ , donc f (x) ∈ V+∞ . On a donc bien f − →
nage de +∞ on e −x > 0, mais on a e −x −−−−→ 0. +∞.
a
x→+∞

216
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

Théorème 4.1.3 (Théorème de majoration). et l’on a, pour chaque a où ces limites ont
Soit f, M : I → R deux applications, a ∈ I et un sens,
` ∈ R.
Supposons qu’on a M − → −∞ et qu’au voisi- f (x) −−−→ sup f
a x→a I∩]−∞,a[
x<a
nage de a, on a f (x) 6 M (x).
Alors, f admet une limite en a et cette limite ainsi que
vaut −∞.
f (x) −−−→ inf f .
x→a I∩]a,+∞[
x>a
Démonstration.
Il suffit d’appliquer le théorème de minoration à −f .
(ii) Soient a, b ∈ ˚
I tels que a < b. Alors,

lim f 6 f (a) 6 lim f 6 lim f 6 f (b) 6 lim f.


Corollaire 4.1.4. a− a+ b− b+
Soient f, g : I → R deux applications et a ∈ I.
Si au voisinage de a on a |f | 6 g et si g −
→ 0, alors (iii) Dans R, f admet une limite à droite en α.
a Si f est minorée, cette limite est finie, sinon
f−→ 0.
a elle vaut −∞.
(iv) Dans R, f admet une limite à gauche en
Démonstration. β. Si f est majorée, cette limite est finie,
Il suffit de remarquer qu’au voisinage de a, on a −g 6 f 6 sinon elle vaut +∞.
g.
Si f est décroissante, on a bien sûr des résultats
analogues.
4.2 Théorème de la limite monotone.
Démonstration. (i) On ne montre le résultat que pour
la limite à gauche.
f (b) Soit a ∈]α, β]. On pose V = f (I∩] − ∞, a[) =
{ f (x) | x < a }. L’ensemble V est non vide puisque
f (a) I∩] − ∞, a[ est non vide. Posons ` = supx∈I f (x),
x<a

cette borne supérieure étant prise dans R̄. On a


` = +∞ ou ` ∈ R. Distinguons ces deux cas :
a b (a) ` = +∞. Alors soit M un réel fixé, il existe
y ∈ I∩] − ∞, a[ tel que f (y) > M .
Figure XIV.3 – Illustration de limite monotone Alors, puisque f est croissante, pour tout x ∈
]y, a[∩I, on a f (x) > M .
: à retenir !
Donc f prend ses valeurs dans [M, +∞[ sur
au voisinage de a, à gauche.
On a donc bien f −−→ +∞.
a−

(b) ` ∈ R. Alors, soit ε > 0. Il existe y ∈ I∩] −


Théorème 4.2.1. ∞, a[ tel que f (y) > ` − ε.
Soit f : I → R une application croissante. On Alors, pour tout x ∈]y, a[∩I, on a f (x) > ` − ε,
f étant croissante, et f (x) 6 ` par définition
note α et β les bornes inférieures et supérieures de `.
de I dans R. Alors : On en déduit qu’au voisinage à gauche de a,
(i) f possède une limite à gauche (resp. à f prend ses valeurs dans [` − ε, ` + ε].
droite) en tout point a de ]α, β] (resp. [α, β[) f admet donc pour limite ` en a à gauche.
(ii) Remarquons tout d’abord que, f étant croissante

217
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

{ f (x) | x ∈ I∩] − ∞, a[ } est majoré par f (a), donc Remarque 5.0.4.


d’après le point (i), on a lima− f 6 f (a). La notion bidimensionnelle de voisinage complexe
De la même façon, on a f (a) 6 lima+ f , limb− f 6 donnée ici généralise assez bien la notion unidi-
f (b) et f (b) 6 limb+ f .
mensionnelle de voisinage réel, néanmoins d’autres
Par ailleurs, limb− f majore f (]a, b[) et lima+ minore
ce même ensemble, qui est non vide. Donc lima+ f 6 définitions seraient possibles : on pourrait utiliser,
limb− f . à la place de disques fermés, des disques ouverts
On a donc le résultat. ou bien des rectangles (fermés ou ouverts).
(iii) (iii) (resp. (iv)) sont des conséquences immédiates
de (i), l’existence d’un minorant (resp. majorant)
étant équivalente au fait que la borne inférieure Définition 5.0.5.
(resp. supérieure) soit finie. Soit a ∈ I et ` ∈ C. On dit que f admet
Pour le cas d’une fonction décroissante, il suffit d’appli- ` pour limite en a, ou f tend vers ` en a, si
quer le résultat sur les fonctions croissantes à −f .
|f (x) − `| −−−→ 0.
x→a
Exercice 4.2.2. On note bien entendu ceci f −
→ ` ou encore
a
Soit f un endomorphisme croissant du groupe f (x) −−−→ `.
(R, +). x→a

Déterminer f (x) pour chaque x ∈ N, puis x ∈ Z


et x ∈ Q. Remarque 5.0.6.
Déterminer enfin f sur R. Ceci nous ramène au cas d’une limite d’une fonc-
tion à valeurs réelles.
5 Cas des fonctions à valeurs Remarque 5.0.7.
complexes. La définition quantifiée de « f tend vers ` en a »
s’écrit comme pour une fonction réelle :
Dans cette partie, on considère une application
complexe f : I → C. ∀ε > 0, ∃α > 0, ∀x ∈ I, |x − a| 6 α ⇒ |f (x) − `| 6 ε.
Notons tout de suite que les notions de fonction
complexe majorée, minorée ou monotone n’ont Théorème 5.0.8.
aucun sens, car il n’y a pas de relation d’ordre Soit a ∈ I et ` ∈ C. Les deux assertions suivantes
naturelle sur C. Cependant, on peut définir la sont équivalentes :
notion de fonction complexe bornée.
(i) f −
→` ;
a
(ii) Re(f ) −
→ Re(`) et Im(f ) −
→ Im(`).
Définition 5.0.1. a a

On dit que f est bornée s’il existe K ∈ R∗ tel que


pour tout x ∈ I on ait |f (x)| 6 K. Démonstration.
Cette démonstration s’effectue comme celle du théorème
équivalent concernant les suites complexes.
Remarque 5.0.2.
f est bornée si et seulement si Re f et Im f sont Exemple 5.0.9.
bornées.
e ix
−−−−→ 0
1 + x2 x→+∞
Définition 5.0.3.
Soit a ∈ C. Une propriété P est vraie au voisinage Théorème 5.0.10.
de a s’il existe r > 0 tel que, pour tout z ∈ C, si Si f a une limite en un point de I, cette limite
|z − a| 6 r, alors P (z) est vraie. est unique.

218
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

Démonstration.
Deux démonstrations sont possibles : ou bien on utilise
le théorème 5.0.8, ou bien on reprend la démonstration
donnée dans le cas réel (il suffit alors essentiellement de
changer des R en C).

Certains autres résultats établis pour les fonc-


tions réelles sont toujours valables pour les fonc-
tions complexes :
1. toute fonction à valeurs complexes ayant une
limite en un point est bornée au voisinage de
ce point,
2. les limites à gauche et à droite en un point
peuvent être également définies,
3. la caractérisation séquentielle de la limite est
maintenue,
4. la corollaire 4.1.4 du théorème des gendarmes
se généralise aux fonctions f à valeurs com-
plexes, ce qui permet également de montrer
que le produit d’une fonction bornée au voisi-
nage d’un point a par une fonction de limite
nulle en a est une fonction de limite nulle en
a.
5. les opérations sur les limites ne faisant pas
intervenir de limite infinie demeurent.
Les grands théorèmes ne se généralisent pas, de
nouveau à cause du manque de relation d’ordre
naturelle sur C.

219
CHAPITRE XIV. LIMITE D’UNE FONCTION

220
Chapitre XV

Continuité
Sommaire
1 Définitions et premières propriétés. . . 222
1.1 Définitions. . . . . . . . . . . . . . . . 222
1.2 Prolongement par continuité en un point. 223
1.3 Caractérisation séquentielle de la conti-
nuité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 224
1.4 Opérations sur la continuité. . . . . . . 224
2 Les grands théorèmes. . . . . . . . . . . 225
2.1 Théorème des valeurs intermédiaires. . 225
2.2 Image d’un segment par une fonction
continue. . . . . . . . . . . . . . . . . . 227
2.3 Rappels concernant les fonctions stric-
tement monotones. . . . . . . . . . . . 228
2.4 Monotonie stricte, bijectivité et conti-
nuité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 228
3 Extension au cas des fonctions à va-
leurs complexes. . . . . . . . . . . . . . . 230
CHAPITRE XV. CONTINUITÉ

Dans tout ce chapitre, I et J sont des intervalles Exemple 1.1.3.


de R, f : I → R et a ∈ I, sauf mention expresse Quasiment toutes les fonctions usuelles sont conti-
du contraire. nues.
• La fonction cos : pour tous réels x et x0 ,
on a en effet
1 Définitions et premières pro-
priétés. x + x0 x − x0
| cos x − cos x0 | = −2 sin sin
2 2
1.1 Définitions. x − x0
6 2 sin 6 |x − x0 |.
2

• La fonction . : En effet, d’une part elle
Définition 1.1.1.
est continue en 0, car on a
On dit que f est continue en a si f admet une
limite finie en a. Puisque a ∈ I, on sait que dans
h i √
∀ε > 0 ∀x ∈ 0, ε2 x 6 ε.
ce cas f − → f (a), et donc f est continue en a
a
s’écrit : D’autre part, soit x0 > 0. Alors soit x ∈ R+ ,
√ √ |x − x0 | |x − x0 |
∀ε > 0, ∃α > 0, ∀x ∈ I, |x−a| 6 α ⇒ |f (x)−f (a)| 6 ε on a x − x0 = √ √ 6 √ .
x + x0 x0
1
On dit que f est continue sur I si f est continue En notant C = √ (qui ne dépend pas de
x0
en tout point de I.
x), on a donc
On note C (I, R) l’ensemble des fonctions conti-
nues de I dans R. x0 3x0 √ √
 
∀x ∈ , x− x0 6 C |x − x0 | .
2 2
On a donc
√ √
x −−−→ x0 .
x→x0
ε
f (a)
Définition 1.1.4 (Continuité à gauche et à
f droite).
η On dit que f est continue à gauche (resp à droite)
si f|I∩]−∞,a] (resp. f|I∩[a,+∞[ ) est continue en a,
a c’est-à-dire admet une limite en a, qui est alors
nécessairement f (a).

Figure XV.1 – Illustration de la définition d’une


Remarque 1.1.5.
fonction continue en a, ε et η étant fixés.
Cette fois, on ferme les intervalles en a dans les
restrictions de f , à l’inverse de ce que l’on faisait
pour les limites à gauche et à droite.
Remarque 1.1.2. • On verra que cette défi-
nition est cohérente avec l’idée qu’une fonc-
tion est continue si et seulement si on peut Théorème 1.1.6.
en tracer le graphe sans lever le crayon. f est continue en a si et seulement si f est continue
• Attention à l’ordre des quantificateurs ∀ à gauche et à droite en a.
et ∃.

222
CHAPITRE XV. CONTINUITÉ

1.2 Prolongement par continuité en un


point.

f (a) f
Définition 1.2.1.
Soit a ∈ I et f : I \ { a } → R. On dit que f est
prolongeable par continuité en a s’il existe une
application f˜ : I → R qui coïncide avec f sur
a I \ { a } (c’est-à-dire vérifiant f˜|I\{ a } = f ), et qui
est continue en a.

Figure XV.2 – Illustration d’une fonction conti- Remarque 1.2.2.


nue à gauche en a, mais pas à droite. Quand on prolonge en v une application f définie
sur un intervalle [u, v[ ou ]u, v[ (resp. ]v, u] et
]v, u[) et qu’on prolonge f en v par continuité,
on parle de prolongement par continuité à droite
Démonstration.
D’une part f continue en a si et seulement si la limite de (resp à gauche).
f en a existe, ce qui est vrai si et seulement si les limites
de f en à, gauche et à droite, existent et valent f (a).
D’autre part, f est continue à gauche (resp. à droite) Théorème 1.2.3.
si et seulement si la limite de f en a, à gauche (resp. à Avec les mêmes hypothèses que dans la définition
droite) existe et vaut f (a).
1.2.1 : f est prolongeable par continuité en a si
Exemple 1.1.7. • On reprend l’exemple du et seulement si la limite de f en a existe et est
chapitre précédent : finie. Dans ce cas le prolongement est unique,
noté f˜ et défini par
f: R → R
f˜ : I → R,
ex si x > 0
(
f (x) si x 6= a,
(
x 7→
1−x sinon x 7→
` si x = a,

Alors f est continue en 0. où ` est la limite de f en a.


• Posons Très souvent, par abus de notation, on notera
f la fonction f˜.
g: R → R
( ln (1+|x|)
x si x 6= 0
x 7→ Démonstration.
0 sinon Démontrons implication et réciproque :
• Soit f˜ un prolongement par continuité de f en a. f˜
Alors g a pour limite à droite 1 en 0, mais est définie et continue en a, on a donc
g(0) 6= 1, donc g n’est pas continue en 0. f˜(x) −−−→ f˜(a)
x→a
x6=a
Remarque 1.1.8.
On n’utilisera cette caractérisation de la conti- Or, pour tout x ∈ I \ { a }, on a f˜(x) = f (x), donc
nuité par les continuités à gauche et à droite que f (x) −−−→ f˜(a)
lorsque la fonction que l’on étudie est définie diffé- x→a

remment à gauche et à droite du point considéré. Donc f˜(a) est nécessairement la limite de f en a.
Sinon, on reviendra à la définition générale. Cette limite est donc finie. Donc f˜ est nécessaire-

223
CHAPITRE XV. CONTINUITÉ

Ce théorème est parfois utilisé sous la forme :

Corollaire 1.2.5.
1 Soient a ∈ ˚I et g : I\{a} → R une application. Si
les limites de g en a, à gauche et à droite, existent,
1 1
  sont égales et sont finies, alors, en notant `
x 7→ + exp − cette limite, il existe un unique prolongement par
2 x
continuité ge de g obtenu en posant ge(a) = `.
0
1
Démonstration.
C’est immédiat, puisqu’on sait que la limite de g en a
Figure XV.3 – Illustration d’une fonction pro- existe si et seulement si les limites de g en a, à gauche et
longeable par continuité en 0. à droite, existent et sont égales.

Exemple 1.2.6.
Peut-on prolonger par continuité en 0 l’application
ment l’application
f : ] − 1, +∞[\ {0} → R
I → R
si x > 0
(
sin x
f (x) si x 6= a

x 7→ x
x 7→ ln(1+x)
` si x = a x si x < 0
Donc si f admet un prolongement par continuité
Même question en −1.
alors la limite de f en a existe et est finie ; le
prolongement par continuité est alors bien celui
donné dans l’énoncé. 1.3 Caractérisation séquentielle de la
• Réciproquement, supposons que la limite de f en a
continuité.
existe et est finie, notons la `. Alors, définissons f˜
comme donné dans l’énoncé. f˜ coïncide alors avec
f sur I \ { a } et on a donc
Théorème 1.3.1.
f˜(x) −−−→ `
x→a
x6=a
Les assertions suivantes sont équivalentes :
Donc (i) f est continue en a ;
f˜(x) −−−→ f˜(a) (ii) pour toute suite (un ) à valeurs dans I véri-
x→a

fiant un −−−−−→ a, on a f (un ) −−−−−→ f (a).


x6=a

f˜ est donc continue en a. n→+∞ n→+∞

Exercice 1.2.4. Démonstration.


Quels sont les prolongements par continuité en 0 C’est une conséquence immédiate de la caractérisation
de séquentielle de la limite.

1. R∗ → R ?
1 1.4 Opérations sur la continuité.
x 7→
x
2. R∗ → R ?
sin(x) Lemme 1.4.1.
x 7→ Soit g : I → R continue en a ∈ I et telle que
x
3. R → R
∗ ? g(a) > 0. Alors g est strictement positive dans un
1 voisinage de a (idem avec < 0).
x 7→ sin
x

224
CHAPITRE XV. CONTINUITÉ

Démonstration. 2 Les grands théorèmes.


Il suffit de remarquer que la limite de g en a est strictement
positive et d’utiliser les résultats connus sur les limites.
2.1 Théorème des valeurs intermé-
diaires.
Théorème 1.4.2.
Soient λ ∈ R et f, g : I → R.
(i) Si f est continue en a alors |f | et λf aussi. Proposition 2.1.1 (Rappel).
(ii) Si f et g continues en a alors f + g, f g, Les intervalles de R sont les parties convexes de R,
max(f, g) et min(f, g) aussi et si g(a) 6= 0 c’est-à-dire les parties I de R telles que tout réel
f compris entre deux éléments de I appartient à I.
alors aussi. Autrement dit, une partie I de R est un intervalle
g
si et seulement si
Démonstration.
Le théorème est une conséquence immédiate des résultats
∀(x, y) ∈ I 2 ∀t ∈ [0, 1] x + t(y − x) ∈ I
sur les limites et des remarques suivantes :
1. Pour tout x ∈ I,
f (x) + g(x) + |f (x) − g(x)|
max(f (x), g(x)) =
2 Théorème 2.1.2 (TVI).
f (x) + g(x) − |f (x) − g(x)| L’image d’un intervalle par une fonction continue
min(f (x), g(x)) =
2
est un intervalle.

2. Si g(a) 6= 0 et g continue en a, alors au voisinage de


f Remarque 2.1.3. 1. Soit f : I → R, une appli-
a, g ne s’annule pas, donc est bien définie.
g cation telle que f (I) soit un intervalle Alors
pour tout (a, b) ∈ I 2 , vérifiant a < b, f (a) et
Remarque 1.4.3. f (b) sont dans cet intervalle, donc tout élé-
Un corollaire immédiat de ce théorème est obtenu ment compris entre f (a) et f (b) s’écrit sous
en remplaçant dans son énoncé «continue en a» la forme f (c) avec c ∈ [a, b].
par «continue sur I» et «g(a) 6= 0» par «g ne 2. Attention : le TVI assure l’existence de ce c
s’annule pas sur I».