CHAPITRE 2 : LE SYSTEME COMPTABLE OHADA (SYSCOHADA)
Le système comptable OHADA actuel est le produit d’une longue histoire. Sans
chercher à en faire une histoire détaillée, il est intéressant de signaler les étapes décisives
et les grands courants qui l’ont influencé.
SECTION 1 : EVOLUTION HISTORIQUE DE LA COMPTABILITE
La comptabilité est une technique très ancienne. Les Romains utilisaient
couramment les livres de comptes comme de preuve dans leurs procès.
I-QUELQUES POINTS DE REPÈRE HISTORIQUES
Dès l’antiquité : Civilisation égyptienne et romaine, utilisation d’une comptabilité à partie
simple (recettes et dépenses).
1494 : LUCA PACIOLI énonçant les principes fondamentaux de la comptabilité à partie
double dans son traité « summa de arithmetica, geometrica, proportioni et
proportionnalita ».
France
1806 : le code de commerce précise que tout commerçant doit tenir une comptabilité ;
1942 : le 1er plan comptable élaboré par la commission du plan comptable (document non
officialisé) ;
1947 : le 2e plan comptable élaboré par une commission de normalisation des comptabilités
(document facultatif) ;
1957 : le 3e plan comptable élaboré par le conseil supérieur de la comptabilité (simple
recommandation) ;
Allemagne
1937 : plan d’EUGEN Schmalenbach
Au niveau Mondial
C’est au IXème congrès international de comptabilité tenue à Paris en 1967 qu’un premier
groupe de travail (Accountants International Study Group) s’est constitué à l’initiative de Sir
Henry BENSON, alors associé chez Coopers & Lybrand de Londres1. Au-delà de l’inventaire
des méthodes comptables qui lui avait été assigné comme mission, deux principales
recommandations avaient été alors formulées par ce groupe de travail :
1
La trajectoire historique présentée a été reconstituée à partir du texte de Robert Obert intitulé, « Une histoire
de l’IASC-IASB ».
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o La nécessité de création d’une organisation mondiale chargée de la coordination de la
profession comptable sur le plan mondial ;
o La nécessité d’établir des normes comptables applicables à l’échelle internationale.
Suivant ces recommandations, l’IFAC (International Federation of Accountants)2 fut
créée en 1972, puis en juin 1973, fut créée l’IASC (International Accounting Standard
Committe). La création de l’IASC se fondait sur le constat de Sir BENSON d’après lequel, des
divergences dans les principes comptables de base étaient contraignant pour le commerce et
l’investissement au niveau international. Ses premiers membres émanent des organisations
comptables de neuf pays, dont :
o 5 pays d’obédience anglo-saxonne (L’Australie, La Grande Bretagne, la Hollande, les
Etats-Unis et le Canada),
o 2 pays de l’Europe Continentale (France et Allemagne),
o 1 pays asiatique (le Japon) et
o 1 pays de l’Amérique du Sud (le Mexique).
En 1974, le Committee adopte six nouveaux pays dotés du statut de membre associé. Le
Zimbabwe devient à cette date le premier pays africain à faire partie de l’IASC3.
Depuis 2010, l’IASCF est devenue IFRS Foundation.
II- HISTORIQUE DU PLAN COMPTABLE OHADA
1-La genèse du plan comptable OCAM
Dans la période qui suivit les indépendances, c’est-à-dire dans les années 60,
légitimement soucieux de disposer d’outils comptables permettant de répondre aux besoins
d’économies en développement, les pays africains notamment ceux de l’Afrique
francophone ont choisi de s’inspirer dans un premier temps du plan comptable de 1957.
Dans le souci de tenir compte des nécessités propres à chaque pays ou groupe des
pays l’idée d’un plan comptable a pris corps en 1968 au sein d’une organisation crée en
1966 : OCAM (Organisation Commune Africaine et Malgache). Il a fallu attendre janvier
1970 pour voir adopté à Yaoundé le Plan comptable de l’OCAM.
2
L’IFAC est notamment spécialisée dans les problèmes d’Ethique professionnelle, la formation et la pratique
dans le domaine de l’Audit.
3
Les autres pays admis en 1974 sont l’Inde, le Pakistan, Israël, la Belgique et la Nouvelle Zélande.
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2-L’après OCAM
Malgré les multiples réajustements le plan OCAM va être dissout en mars 1985. Ce
qui va entraîner la floraison de dérivées (tels que les plans sénégalais, ivoirien…) qui ne
seront que partiellement appliqués. En juillet 1985, face à la chute de l’OCAM,
l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) a admis comme une de ses institutions
spécialisées le conseil africain de la comptabilité (CAC). Ce conseil a publié en novembre
1985 un premier projet appelé « système comptable africain de référence de base (SCAR-
B) » dont le but est d’introduire un cadre pour la normalisation en Afrique,
malheureusement ce projet ne va pas marcher.
Le 17 octobre 1993 à Port-Louis un traité est ratifié entre les anciens partenaires de
l’OCAM visant à harmoniser le droit des affaires en Afrique qui se traduira par l’adoption
concertée des textes qui vont s’imposer aux législations nationales antérieures, appelés actes
uniformes, et Parmi lesquels figurait l’acte uniforme portant organisation et harmonisation
des comptabilités des entreprises.
Quatre ans après la signature du traité de port louis les premiers actes ont commencé
a à voir le jour : le 1er avril 1997 à Cotonou au Bénin (date d’adoption du traité) pour ce qui
est l’acte uniforme portant droit commercial, le 17 avril 1997 toujours à Cotonou pour ce
qui est du droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique et l’acte
uniforme portant organisation des sûretés. Preuve que l’institution mise en place à honorer
à ces engagements.
Ce qui est surprenant c’est qu’au moment où on attend la ratification du traité
OHADA concernant le droit comptable, Les autorités de l’UMOEA ont décidé de réaliser
un nouveau plan comptable général commun aux états membres, dénommé « Système
Comptable Ouest Africain » (SYSCOA), devenu applicable le 1 er janvier 1998.
Deux ans après l’acte uniforme portant harmonisation de la comptabilité es t ratifié à
Yaoundé le 23 et 24 mars 2000. Pour ce qui est de son contenu il épouse la philosophie du
plan dualiste : la classe 9 est réservée aux comptes des engagements hors bilan et à la
comptabilité analytique ; cette dernière étant laissée à l’appréciation des entreprises. À
travers plusieurs nouveaux éléments, il poursuit un but qui est celui de renforcer la
transparence de l’information produite par les entreprises.
III- LES MISSIONS DE L’OHADA
L’OHADA a pour mission :
- De doter tous les Etats Parties d’un même droit des affaires harmonisé ;
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- De promouvoir l’arbitrage comme instrument de règlement des différends contractuels ;
- D’améliorer la formation et les compétences des magistrats et des auxiliaires de justice
dans le but de promouvoir l’activité économique et garantir une sécurité juridique à
l’intérieur de la communauté ainsi créée.
Notons par ailleurs qu’OHADA a adopté un certain nombre de textes dits « Actes Uniformes
».
1. Identification des entreprises soumises au système comptable OHADA
Sont soumise à ce système :
-les entreprises publiques, parapublique et d’économie mixte ;
-les coopératives ;
-toutes les entités produisant les biens et services marchands ou non marchands, dans la
mesure où elles exercent, dans un but lucratif ou non, des activités économiques à titre
principal ou accessoire fondées sur les actes répétitifs.
En sont exclues les entreprises soumises aux règles de la comptabilité publique.
2. Durée des exercices
L’ensemble des informations comptables sont regroupées dans les états de synthèse
au moins une fois sur une période de 12 mois qui est appelée « exercice ». Avec le système
comptable OHADA, on parle de l’année civile qui va du 1er Janvier au 31 Décembre.
La durée de l’exercice est exceptionnellement inférieure à 12 mois pour le premier
exercice débutant au cours du premier semestre de l’année civile. Cette durée peut être
supérieure à 12 mois pour le premier exercice commencé au cours du deuxième semestre
de l’année.
3. Les systèmes comptables de l’OHADA applicables aux entreprises
L’acte uniforme portant organisation et harmonisation des comptabilités des entreprises a
prévu deux systèmes :
- Le système normal,
- le système minimal de trésorerie.
Le système à appliquer dans une entreprise donnée est fonction de sa taille. La taille
s’apprécie par rapport au chiffre d’affaire réalisé et au secteur d’activité.
SECTION 2 : LE CONTENU DU PLAN COMPTABLE OHADA
Les comptes sont identifiés par un numéro auquel est rattaché un intitulé. Ces deux
identifiants sont nécessaires pour enregistrer et suivre les opérations en comptabilité. Cette
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codification des comptes est comprise dans le champ de la normalisation comptable
impérative, à l’exception de la classe 9 qui est d’application facultative.
Le Système comptable OHADA retient une codification décimale des comptes avec
neuf classes ayant les codes 1 à 9. Les huit premières classes sont réservées à la comptabilité
générale tandis que la comptabilité des engagements et la comptabilité analytique de gestion
(CAGE) se partagent la dernière classe.
1-Comptabilité générale
Les classes 1 à 5 se rapportent aux comptes de bilan :
Classe 1 : comptes de ressources durables (capitaux propres et dettes financières) ;
Classe 2 : comptes de l’actif immobilisé (charges immobilisées et immobilisations
incorporelles, corporelles et financières) ;
Classe 3 : comptes de stocks ;
Classe 4 : comptes de tiers (créances de l’actif circulant et dettes du passif circulant) ;
Classe 5 : comptes de trésorerie (titres de placement, valeurs à encaisser, comptes bancaires
et caisse).
Les composantes du résultat sont, d’une part, les classes 6 et 7 enregistrant les charges et
les produits des activités ordinaires et, d’autre part, la classe 8 réservée aux comptes des
autres charges et des autres produits ;
Classe 6 : comptes de charges des activités ordinaires (charges d’exploitation et charges
financières) ;
Classe 7 : comptes de produits des activités ordinaires (produits d’exploitation et produits
financiers) ;
Classe 8 : comptes des autres charges et des autres produits (participations des travailleurs,
subventions d’équilibre, etc.).
2- Comptabilité des engagements et Comptabilité analytique de gestion
La classe 9 : a été réservée aux opérations de la comptabilité des engagements et à la
comptabilité analytique de gestion.
SECTION 3 : PRINCIPES COMPTABLES FONDAMENTAUX
Par principe, une entreprise est tenue d’enregistrer l’ensemble des flux internes et
externes susceptibles de modifier sa situation patrimoniale. Le cadre comptable repose alors
sur un certain nombre de principes fondamentaux qui organisent et précisent la manière
dont une entreprise va tenir sa comptabilité. Ce cadre comptable, ainsi définit, permet alors
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de garantir que les documents comptables présentés représenteront une présentation la plus
honnête possible de la situation patrimoniale de l’entreprise.
II- LES PRINCIPES DE L’AUDC OHADA DE MARS 2000
1- LE PRINCIPE DE CONTINUITE D'EXPLOITATION
Selon le principe de Continuité d'exploitation, l'entreprise doit établir ses états de
synthèse dans la perspective d'une poursuite normale de ses activités. Par conséquent, en
l'absence d'indication contraire, elle est censée établir ses états de synthèse sans l'intention ni
l'obligation de se mettre en liquidation ou de réduire sensiblement l'étendue de ses activités.
2- LE PRINCIPE DE PERMANENCE DES METHODES
En vertu du principe de permanence des méthodes, l’entreprise établit ses états de
synthèse en appliquant les mêmes règles d'évaluation et de présentation d'un exercice à l'autre.
L’entreprise ne peut introduire de changement dans ses méthodes et règles d'évaluation et de
présentation que dans des cas exceptionnels.
3- LE PRINCIPE DU COUT HISTORIQUE
En vertu du principe du coût historique, la valeur d'entrée d'un élément inscrit en
comptabilité pour son montant exprimé en unités monétaires courantes à la date d'entrée reste
intangible quelle que soit l'évolution ultérieure du pouvoir d'achat de la monnaie ou de la valeur
actuelle de l'élément, sous réserve de l'application du principe de prudence.
4- LE PRINCIPE DE SPECIALISATION DES EXERCICES
En raison du découpage de la vie de l’entreprise en exercices comptables, les charges
et les produits doivent être, en vertu du principe de spécialisation des exercices, rattachés à
l'exercice qui les concerne effectivement et à celui-là seulement. (Articles 59 et 61 de l’AUDC
OHADA)
5- LE PRINCIPE DE PRUDENCE, REGULARITE, SINCERITE ET TRANSPARENCE
En vertu du principe de prudence, les incertitudes présentes susceptibles d'entraîner un
accroissement des charges ou une diminution des produits de l'exercice doivent être prises en
considération dans le calcul du résultat de cet exercice. Ce principe évite de transférer sur des
exercices ultérieurs ces charges ou ces minorations de produits, qui doivent grever le résultat de
l'exercice présent.
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6- LE PRINCIPE DE L’INTANGIBILITE DU BILAN D’OUVERTURE
Le bilan d’ouverture d’un exercice doit correspondre au bilan de clôture de l’exercice
précédent ; (Article 34 de l’AUDC OHADA)
7- LE PRINCIPE D'IMPORTANCE SIGNIFICATIVE
Selon le principe d'importance significative, les états de synthèse doivent révéler tous les
éléments dont l'importance peut affecter les évaluations et les décisions. Est significative toute
information susceptible d'influencer l'opinion que les lecteurs des états de synthèse peuvent
avoir sur le patrimoine, la situation financière et les résultats.
8- LA PREEMINENCE DE LA REALITE SUR L’APPARENCE
Les informations soient présentées et communiquées clairement sans intention de
dissimuler la réalité derrière l’apparence.
II-LES PRINCIPES DE L’AUDCIF OHADA DE FEVRIER 2017
Ce sont les postulats et conventions comptables qui sont couramment regroupés sous le
terme
générique de principes comptables.
1-LES POSTULATS COMPTABLES
Les postulats permettent de définir le champ du modèle comptable. Ce sont des
principes acceptés
sans démonstration mais cohérents avec les objectifs fixés.
Les postulats retenus pour définir le champ du modèle comptable sont les suivants :
- Postulat de l’entité ;
- Postulat de la comptabilité d’engagement ;
- Postulat de la spécialisation des exercices ;
- Postulat de la permanence des méthodes ;
- Postulats de la prééminence de la réalité économique sur l’apparence juridique.
II-LES CONVENTIONS COMPTABLES
Les conventions comptables sont destinées à guider le préparateur des comptes dans
l’évolution et la présentation des éléments devant figurer dans les états financiers. Elles ont un
caractère de généralité moins grand que les postulats comptables et peuvent varier d’un pays à
un autre ou d’un espace géographique à un autre.
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Les conventions comptables servant de guide pour l’élaboration des états financiers annuels
sont les
suivantes :
• la convention du coût historique ;
• La convention de prudence
• la convention de régularité et de transparence ;
• la convention de la correspondance bilan de clôture –bilan d’ouverture ;
• la convention de l'importance significative ;
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