Chapitre III
Chapitre III
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Généralement les sollicitations sont appliquées d'une façon sinusoïdale en fonction du temps. On
définit N le nombre de cycles, comme le montre la Figure III.2.
Les essais de fatigue les plus couramment mis en oeuvre sont les essais en flexion
rotative (figures III.3 et III.4). Ils reproduisent la situation qui a permis de mettre à jour ce
phénomène de rupture par fatigue (ruptures d’essieux de wagons, figure III.5) ; on les doit à
Wohler, ingénieur Allemand du XIXème siècle.
Rσ = - 1
σ max = - σ min III.5
σm = 0
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III.1.3.2. Contraintes alternées dissymétriques (Figure III.7)
-1 < Rσ <0
σ max = - σ min III.6
0<σm< σa
σmin <0
Rσ =0
σm= σa =max/2 III.7
σmin =0
Rσ >0
σm> σa III.8
σmin > 0
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III.1.4. Courbe de Wöhler
III.1.4.1. Méthode d'obtention
Pour une contrainte donnée, on fait subir une série d'éprouvettes à des cycles de
sollicitations. On mesure ensuite le nombre N de cycles requis pour entraîner la rupture de
l'éprouvette (N=Nf, Nf le nombre de cycles à la rupture). On répète plusieurs fois l’essai, à
différentes amplitudes de contraintes σa, puis on trace, en échelle semi-logarithmique, une courbe
σa = f(N) qui a l’aspect de celle qui apparaît à la figure III.10 (courbe pour un acier doux).
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III.1.4.2. Les domaines de fatigue
limite de fatigue à
N cycles
limite d’endurance D
Sur la courbe de la figure III.12, connue sous le nom de courbe de Wöhler, courbe
d'endurance ou courbe S-N (Stress-Number of cycles), on peut distinguer trois zones :
une zone de fatigue oligocyclique : sous de fortes amplitudes de contrainte (ces contraintes
sont supérieures à la limite élastique), la durée de vie de l'éprouvette est brève (N < 10 4 cycles) et
celle-ci subit, avant sa rupture, une déformation plastique notable. Exemples : les pièces du cœur
des réacteurs nucléaires, les pièces de turbines, et toute pièce soumise à des surcharges
occasionnelles.
une zone de fatigue, ou d’endurance limitée ; la rupture se produit après un nombre de
cycles qui croît quand la contrainte décroît (10 4 < N < 106 cycles). Les contraintes appliquées
sont inférieures à la limite élastique et la déformation reste pratiquement élastique. Exemples :
toutes pièces soumises à des rotations, des vibrations, comme les roues, les essieux et les pièces
de moteurs.
une zone d’endurance illimitée, ou zone de sécurité ; sous de faibles amplitudes de
contrainte, la rupture ne se produit pas, même après un nombre élevé de cycles (N > 107 cycles).
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La durée de vie en fatigue (notée généralement Nf), c’est le nombre de cycles au bout
duquel l’éprouvette casse sous une amplitude de contrainte donnée. Nombre tiré de la courbe de
Wöhler.
La limite d’endurance σD, pour plusieurs matériaux (alliages de fer ou de titane et les
aciers, en particulier), il existe une asymptote horizontale à la courbe de Wöhler lorsque la valeur
de N est élevée, le niveau de cette asymptote déterminant la limite d'endurance σD du matériau.
C’est la plus grande amplitude de contrainte pour laquelle il n’est pas constaté de rupture après
un nombre considéré infini de sollicitations. C’est la limite, au dessous de laquelle la rupture par
fatigue ne se produit pas.
La limite de fatigue, c’est-à-dire la plus grande amplitude de contrainte entraînant une
rupture après un nombre fini N de cycles (appelé censure, et égal généralement à 10 6, 107 ou 108
cycles). C’est le cas des alliages non ferreux tels que : les alliages d’aluminium, de cuivre ou de
magnésium qui n’ont pas de limite d’endurance bien définie sur la courbe de Wöhler.
Figure III.13. : Aspect caractéristique du faciès d’une rupture par fatigue. La rupture s’est
produite par flexion alternée
une zone de rupture en fatigue, d’aspect lisse et soyeux, n’ayant subi aucune déformation
plastique apparente ;
une zone de rupture finale, d'aspect fibreux et tourmenté, ayant souvent subi une déformation
plastique importante.
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Sur la première zone, on distingue souvent des lignes d’arrêt dont la courbe permet de remonter
au point d'amorce (ou foyer) de la fissure. Ces lignes d'arrêt, qui révèlent le caractère progressif
de la fissuration, correspondent le plus souvent à des arrêts de fonctionnement de la pièce. C’est
pourquoi elles n’apparaissent généralement pas sur les éprouvettes de laboratoire dont la
fissuration s'est produite de façon continue sans qu'il y ait eu interruption et de l'essai.
On peut subdiviser la rupture par fatigue en trois stades : L’amorçage, la propagation
d’une fissure principale (ou de quelques microfissures) et la rupture finale brutale (figure III.14).
L’amorçage se produit dans les zones où il y a concentration de contrainte : changements
brusques de section ou de géométrie, inclusions et défauts de surface.
Figure III.15. : Influence du fini de surface dur l’endurance d’un acier au carbone
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III.1.6.2. Influence d’une entaille
Plus l’entaille est aiguë (faible valeur de r), plus la durée de vie et la limite d’endurance
du matériau diminuent (figure III.16).
Figure III.16. : Influence d’une entaille mécanique (ici, une gorge de rayon r, D est constant)
sur l’endurance d’un acier au carbone soumis à une flexion rotative
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III.1.6.4. Influence de la fréquence de cyclage
Quand la fréquence croit, la durée de vie du polytétrafluoroéthylène (PTFE) diminue
(figure III.18). Cette diminution est due à son échauffement généralisé, car les coefficients
d'amortissement qui caractérisent le frottement intérieur des matériaux plastiques sont élevés.
C’est le cas le plus fréquemment rencontré pour les composants en aciers Cr-Mo-V ou Cr-Mo
sollicités à faibles contraintes pendant de longue durée (supérieure à 100 000 heures).
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La courbe de fluage permet généralement de différencier trois stades de fluage avant la rupture.
III.2.4.1. le fluage primaire
La première partie de la courbe correspond à une décroissance de la vitesse de
déformation avec le temps. Ce premier stade du fluage est appelé fluage primaire, ou fluage
transitoire. A basse température et basse contrainte, comme dans le fluage du plomb à
température ambiante, le fluage primaire est le régime de fluage prédominant.
= = Vitesse de fluage
tr
Figure III.20. : Courbe de fluage typique présentant les trois stades du fluage. La courbe A
correspond à un essai sous charge constante ; la courbe B correspond à un essai sous contrainte
constante.
III.10
Remarque : A basse température, les fluages primaire et secondaire sont prépondérants. A haute
température, le fluage secondaire s’établit plus rapidement et le tertiaire prend plus
d’importance.
lg
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Parmi les paramètres caractérisant le fluage et sans doute le plus important est la vitesse
du fluage secondaire appelée vitesse de fluage en régime stationnaire, ἐ s, ou vitesse minimale
représentée sur la figure III.21.
Cette caractéristique est utilisée en ingénierie pour des pièces à longue durée de vie, fonctionnant
durant plusieurs dizaines d’années et pour des situations où il ne peut y avoir ni défaillance ni
déformation prononcée. Exemple : pièces de centrale nucléaire.
III.2.5.2. La durée de vie avant rupture tr
Dans le cas où le fluage se manifeste dans des applications à durée de vie très courte, des
essais de rupture par fluage qui se poursuivent jusqu’à la rupture de l’éprouvette sont
nécessaires pour quantifies le temps avant rupture, ou la durée de vie avant rupture t r. Exemples :
pales de turbine des avions, tuyères des moteurs de fusée.
Cette caractéristique permet de confirmer que tel matériau convient pour telle application.
III.2.6. Facteurs influençant la tenue en fluage (Facteurs influençant les paramètres
de fluage)
Température de fusion du matériau : Tf
Module d’élasticité : E
Taille des grains du matériau : d
En général, plus les facteurs T f, E, et d sont élevés, meilleure est la résistance au fluage
des matériaux.
Figure III.23. : Aspect intergranulaire de la rupture des métaux par fluage. Rupture le long des
joints de grains
L’endommagement par fluage peut être mesuré par des méthodes de mesure directe et des
méthodes de mesure indirecte.
Les mesures directes sont des méthodes d’observations micrographiques du matériau à
la surface ou à coeur par microscopie (optique, électronique à balayage ou transmission). Elles
permettent la mise en évidence du type de défaut, la localisation, mais ne donnent pas de
renseignements tridimensionnels.
Les mesures indirectes sont qualifiées ainsi car elles étudient l’évolution, au cours de la
déformation, d’une propriété du métal dont la variation est essentiellement gouvernée par
l’endommagement.
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On répertorie parmi ces méthodes :
- les mesures de densité : variation du volume par jauge de déformation,
- les mesures de variation du module d’Young et du coefficient de Poisson,
- l’émission acoustique et les méthodes ultrasonores,
- les mesures de résistivité électrique,
- la diffusion aux petits angles des rayons X (SAXS) ou des neutrons (SANS),
- l’autoradiographie haute résolution,
- les mesures de pouvoir thermoélectrique et les méthodes photothermiques,
- les mesures par absorption d’hydrogène.
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III.2.8.2. Fluage des céramiques
Le fluage des céramiques (figure III.25) ne se manifeste que à haute température : T = 0.6
à 0.8 Tf.
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Figure III.27. : Fluage de quelques polymères. a) Déformation par fluage, mesurée à 88°C, du
polymétacrylatede méthyle. b) comparaison des contraintes provoquant la rupture par fluage de
l'acier, à 550°C, de l'aluminium pur, à 20°C, et de quelques polymères, à 20°C.
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