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Géophysique Appliquée Au Génie Civil: Richard Lagabrielle

Ce document décrit diverses méthodes géophysiques utilisées pour la reconnaissance des sols avant la construction d'ouvrages de génie civil. Il présente des techniques comme la gravimétrie, la sismique, les méthodes électriques et électromagnétiques, et explique brièvement le principe et l'application de chacune.

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Géophysique Appliquée Au Génie Civil: Richard Lagabrielle

Ce document décrit diverses méthodes géophysiques utilisées pour la reconnaissance des sols avant la construction d'ouvrages de génie civil. Il présente des techniques comme la gravimétrie, la sismique, les méthodes électriques et électromagnétiques, et explique brièvement le principe et l'application de chacune.

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Géophysique appliquée

au génie civil

par Richard LAGABRIELLE


Ingénieur Civil des Mines
Docteur ès Sciences
Directeur technique
Laboratoire Central des Ponts et chaussées

1. Présentation .............................................................................................. C224v2 – 2


1.1 Les méthodes de reconnaissance .............................................................. — 2
1.2 Place de la géophysique dans les méthodes de reconnaissance............ — 2
2. Généralités sur la géophysique............................................................ — 3
2.1 Définition de la géophysique...................................................................... — 3
2.2 Paramètres physiques utilisés en géophysique........................................ — 3
2.3 Méthodes géophysiques............................................................................. — 4
2.4 Déroulement d’une campagne de géophysique....................................... — 4
3. Gravimétrie ................................................................................................ — 4
3.1 Principe de base........................................................................................... — 4
3.2 Microgravimétrie ......................................................................................... — 5
4. Sismique ..................................................................................................... — 7
4.1 Principe de base des méthodes sismiques ............................................... — 7
4.2 Sismique réfraction ..................................................................................... — 9
4.3 Sismique réflexion....................................................................................... — 10
4.4 Sismique en ondes de surface ................................................................... — 11
5. Méthodes électriques en courant continu ........................................ — 13
5.1 Principe de base........................................................................................... — 13
5.2 Sondage électrique...................................................................................... — 13
5.3 Traîné et carte de résistivité, panneaux électriques ................................. — 15
6. Magnétisme (pour mémoire)................................................................. — 17
7. Méthodes électromagnétiques............................................................. — 17
7.1 Principe de base........................................................................................... — 17
7.2 Radio-magnétotellurique ............................................................................ — 19
7.3 Dipôle-dipôle électromagnétique............................................................... — 21
7.4 Radar géologique ........................................................................................ — 21
8. Radioactivité (pour mémoire) ............................................................... — 22
Références bibliographiques ......................................................................... — 23

a géophysique applique les moyens de la physique à l’étude de la structure


L des terrains. Elle se pratique à partir de la surface du sol (géophysique de
surface), dans un forage au moyen d’une sonde portant les instruments de
mesure (diagraphies) ou entre forages, forage et surface, forage et galerie
(géophysique de forage). C’est l’une des approches utilisées pour la reconnais-
sance géotechnique du site avant la construction d’un ouvrage (bâtiment, infras-
tructure urbaine ou infrastructure de transport, barrage...). La reconnaissance
géotechnique d’un site consiste à déterminer la nature et la répartition des

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est strictement interdite. − © Editions T.I. C 224v2 − 1
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matériaux dont il est composé et à déterminer leurs propriétés. Ces éléments


servent à préciser l’emplacement ou le tracé de l’ouvrage à construire, à
concevoir ses fondations et à décider des procédés de construction. Une grande
partie des reconnaissances s’applique à l’hydrogéologie et en particulier aux
relations de l’ouvrage avec l’eau.
La reconnaissance se traduit par l’élaboration d’un modèle géologique.
Un modèle géologique est un ensemble de représentations d’un site sous ses
différents aspects (nature, répartition, propriétés des matériaux qui le consti-
tuent). Ces représentations prennent matériellement la forme de cartes, de
coupes, de blocs diagrammes, de coupes de sondages, de textes ou même de
maquettes.
Au départ, la reconnaissance est toujours fondée sur un premier modèle
géologique, qui peut être très sommaire, imprécis ou peu fiable. Le but de la
reconnaissance est de l’améliorer, de le rendre fiable, précis, le plus complet
possible afin de permettre une conception de l’ouvrage qui repose sur les
données dont on a besoin et qui soient les plus sûres possible.

1. Présentation L’interprétation des mesures géophysiques aboutit à un zonage


du terrain reconnu, à une première répartition des différents maté-
riaux et à une évaluation de leurs propriétés. Le zonage sert à
implanter des sondages mécaniques de manière optimale. Il s’agit
Une qualité indispensable du modèle géologique est sa cohé- de forages, destructifs ou carottés, avec éventuellement enregistre-
rence. Toutes les méthodes employées pour la reconnaissance con- ment de paramètres. Dans cette catégorie entrent aussi les tran-
sistent à faire des observations et des mesures et à les interpréter. chées de reconnaissance, les puits ou les galeries.
Observations et mesures ne peuvent se faire qu’à partir de la sur-
face du sol ou d’excavations (forages, galeries, tranchées, puits...) : Les observations réalisées grâce aux sondages mécaniques ser-
leur interprétation doit conduire à la description du sous-sol partout vent à identifier précisément la nature des matériaux rencontrés et à
dans son volume. C’est là que l’exigence de cohérence intervient : définir la position des interfaces. Elles sont aussi mises à profit pour
les interprétations doivent être compatibles. Plus les méthodes utili- affiner les interprétations de la géophysique qui, en retour, permet de
sées sont variées, plus les contraintes sur l’interprétation sont fortes juger de la représentativité des informations issues des sondages.
et plus la vérification du critère de cohérence rend fiable le modèle Pour les essais de laboratoire, des échantillons (aussi peu rema-
géologique élaboré. niés que possible) sont prélevés à partir de sondages mécaniques.
Les forages peuvent être valorisés par des diagraphies différées
[C 225]. Ils peuvent également servir de base à des dispositifs de
géophysique de forage et à pratiquer des essais géotechniques en
1.1 Les méthodes de reconnaissance place. Dans ce dernier cas, le forage est réalisé spécialement pour
l’essai ou il peut être constitutif de l’essai (essai pressiométrique,
essai pénétrométrique...).
Elles peuvent être classées selon un ordre chronologique de leur
usage et selon le niveau de détail souhaité. Naturellement, le pro-
cessus de reconnaissance n’est pas linéaire ; à mesure que celle-ci
est réalisée et que de nouvelles observations et de nouvelles mesu- 1.2 Place de la géophysique
res apportent des données supplémentaires, les données accumu- dans les méthodes de reconnaissance
lées depuis le début sont réexaminées afin de s’assurer de la
cohérence de l’ensemble.
L’élaboration du modèle géologique préalable commence par la Dans le processus de reconnaissance, la géophysique intervient
recherche et l’exploitation des données disponibles, cela grâce à des donc à plusieurs stades. Elle sert à améliorer le premier modèle
enquêtes, collectes d’archives orales ou écrites, étude de docu- géologique en donnant une vision d’abord approximative de la
ments géologiques (cartes géologiques, articles, thèses, rapports, structure du sous-sol en volume (en complétant en profondeur les
etc.), banques de données publiques et privées, études de photos observations de surface), puis elle est utilisée pour optimiser
aériennes et satellitaires. Les résultats précédents sont validés et l’implantation des sondages mécaniques qui, à leur tour, permettent
enrichis par des observations, des relevés et la cartographie de préciser les interprétations géophysiques.
détaillée sur le terrain, qui doivent être faits par un spécialiste mais À un stade plus avancé de la reconnaissance, la géophysique sert
restent d’un coût faible. Des échantillons peuvent être prélevés à la à valoriser les forages au moyen des diagraphies et des techniques
surface du sol dès ce stade de la reconnaissance ; ils servent à iden- géophysiques de forage.
tifier précisément les matériaux rencontrés. Avec la géologie, la géophysique permet d’évaluer le caractère
Le modèle géologique est maintenant de plus en plus élaboré. Les représentatif des informations ponctuelles tirées des sondages
techniques géophysiques de surface sont choisies en fonction du mécaniques et des essais géotechniques en place et elle contribue à
type de terrain rencontré, du type de contraste attendu, des profon- la cohérence du modèle géologique. Elle aide à la résolution de pro-
deurs d’investigation, du niveau de détail visé ainsi que du type par- blèmes spécifiques comme les problèmes de terrassement, la détec-
ticulier de problème technique à résoudre (par exemple évaluation tion de cavités souterraines ou d’autres types d’hétérogénéités, la
des difficultés de terrassement, détection d’éventuelles cavités détermination des masses volumiques ou des teneurs en eau,
souterraines, etc.). l’identification des argiles, l’évaluation de la fracturation, etc.

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2. Généralités Les valeurs les plus basses (500 m/s) correspondent aux
sur la géophysique matériaux très altérés de surface, les valeurs les plus fortes
(6 000 m/s) à du rocher très sain et non fracturé. Pour mémoire,
la vitesse du son dans l’air est d’environ 340 m/s, dans l’eau elle
vaut 1 425 m/s.
2.1 Définition de la géophysique
Les principales méthodes sismiques sont la sismique réfraction et
la sismique réflexion, la sismique par ondes de surface, la tomogra-
phie sismique, le cross-hole ainsi que les diagraphies sonique et
La géophysique appliquée est la discipline qui consiste à étu- microsismique.
dier (observer, mesurer) un champ physique à la surface du sol
ou dans des cavités creusées dans le sol. Ce champ physique, ■ Caractéristiques électriques
dont l’origine peut être naturelle ou provoquée, dépend d’un ou
plusieurs paramètres caractéristiques des matériaux dont on Les matériaux du sous-sol sont conducteurs de l’électricité.
cherche à déterminer la répartition dans le terrain.
La conductivité, notée σ, est la grandeur qui caractérise cette pro-
priété. Elle se mesure en siemens par mètre (S/m).
Cette définition ne se comprend pas immédiatement si l’on n’a La résistivité, notée ρ, est l’inverse de la conductivité, elle se
pas d’exemple de méthode en tête. Elle deviendra plus claire quand mesure en ohms-mètres (Ω · m). Plus ρ est faible, plus le matériau
on aura lu les paragraphes suivants et, en particulier, le tableau est conducteur.
synoptique 1.

La résistivité peut prendre des valeurs qui couvrent plusieurs


ordres de grandeur, de quelques ohms-mètres pour des terrains
2.2 Paramètres physiques utilisés très argileux et très humides à plusieurs dizaines de milliers
en géophysique d’ohms-mètres pour des matériaux rocheux très sains, en pas-
sant par toutes les valeurs intermédiaires.

■ Masse volumique
Il y a donc entre les matériaux des contrastes de résistivité très
forts. Cela confère aux méthodes fondées sur la recherche de la
L’ordre de grandeur courant de la masse volumique des sols
répartition de la résistivité un grand pouvoir de discrimination entre
en place est de 2 000 kg/m3.
les matériaux. Ces méthodes sont la prospection électrique par cou-
rant injecté (dont les diagraphies de résistivité, cf. [C 225]) et les
Le champ de pesanteur dépend de la répartition des masses donc méthodes électromagnétiques en basses fréquences.
de la répartition de la masse volumique des matériaux du terrain.
Par exemple, l’existence d’une cavité souterraine correspond à un
■ Caractéristiques magnétiques et électromagnétiques
déficit de masse et provoque une anomalie négative de la pesanteur
mesurée en surface. La gravimétrie est la méthode qui exploite ces Les propriétés magnétiques des matériaux sont quantifiées par la
phénomènes. perméabilité magnétique relative µr et la susceptibilité magnétique
Une autre méthode géophysique est utilisée pour déterminer pré- χ:
cisément la valeur de la masse volumique et sa répartition ; il s’agit
de la méthode de diagraphie différée appelée gamma-gamma. µr = 1 + χ

■ Caractéristiques élastiques (modules d’élasticité, vitesses des Elles sont peu utilisées en génie civil. Une méthode magnétique
ondes mécaniques) est parfois utilisée pour rechercher des objets contenant du fer sur
La vitesse de propagation des ondes mécaniques dans les maté- un site qui peut avoir servi de décharge (en revanche, le magné-
riaux dépend de leurs modules d’élasticité (modules d’Young et de tisme est très utilisé en archéologie pour découvrir des restes de
Poisson, coefficients de Lamé) et de leur masse volumique. Les poteries ou d’autres hétérogénéités comme les vestiges du phare de
méthodes sismiques ont pour but de découvrir la répartition des Pharos). Nous ne parlerons pas dans cet article des méthodes
vitesses des ondes mécaniques. magnétiques.
(0)

Tableau 1 – Méthodes utilisées en géophysique


Méthode Grandeur mesurée Paramètre Origine du champ physique
Gravimétrie Champ de pesanteur Masse volumique Naturelle
Sismique Temps de trajet Vitesse d’ondes mécaniques Provoquée
Électrique par courant injecté Potentiel électrique Résistivité Provoquée
Magnétique Champ magnétique Susceptibilité magnétique Naturelle
Électromagnétique Champ électromagnétique Résistivité et permittivité Provoquée
Radioactivité Nombre d’événements Radioactivité des roches Naturelle ou provoquée

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Les caractéristiques électromagnétiques autres que µr et χ sont Le tableau 1 indique les six grandes méthodes utilisées en
encore la conductivité σ, déjà citée, et la permittivité relative εr. géophysique. Sur chaque ligne, on reconnaît les éléments de la
Celle-ci a une influence sur la vitesse de propagation des ondes définition 2.1. En particulier, on a indiqué dans la dernière colonne
électromagnétiques qui vaut : quelle était l’origine du champ physique observé, naturelle ou pro-
voquée. Certaines méthodes font en effet appel à un phénomène
physique dont la source est parfaitement naturelle (gravimétrie,
v = c ⁄ εr
magnétisme, radioactivité naturelle), d’autres au contraire
nécessitent l’emploi de sources artificielles (sismique, électrique,
avec c vitesse de la lumière dans le vide (3 · 108 m/s). électromagnétisme, radioactivité provoquée).
Chacune des méthodes, définies par le domaine de la physique
εr vaut 1 pour l’air, environ 4 pour un matériau sec, jusqu’à auquel elles se rattachent, est divisée en techniques géophysiques
environ 20 pour un matériau très humide et 80 pour l’eau. suivant le type de mise en œuvre et les objectifs visés. On distingue
La vitesse de l’onde électromagnétique varie donc dans un les techniques géophysiques de surface, les techniques de forage et
rapport de 1 à 9 et peut être utilisée pour distinguer les maté- les diagraphies.
riaux du sous-sol. Les techniques géophysiques de surface sont mises en œuvre
uniquement à partir de la surface du sol.
Les méthodes géophysiques fondées sur la détermination de la Les diagraphies sont des techniques géophysiques mises en
répartition des caractéristiques électromagnétiques (σ et εr) sont le œuvre à l’intérieur d’un forage et dont le rayon d’investigation n’est
radar géologique et la tomographie électromagnétique en ondes jamais beaucoup plus grand que le rayon du forage. Elles servent à
monochromatiques. mesurer en place un paramètre physique avec la meilleure
définition verticale possible, mais elles ne permettent pas d’aug-
■ Radioactivité des roches menter le rayon d’investigation du forage ni de porter un jugement
Les roches contiennent en quantités variables des éléments natu- sur le caractère représentatif des informations obtenues à partir du
rels radioactifs, le potassium 40, le radium et l’uranium. forage.
Les techniques géophysiques de forage tirent parti de l’existence
Elles sont donc naturellement plus ou moins radioactives. Cette
d’un ou plusieurs forages pour se rapprocher de leur cible ; elles ser-
propriété est mise à profit en géophysique pour les distinguer. Ainsi,
vent à augmenter le rayon d’investigation des forages, à obtenir des
parmi les matériaux sédimentaires, les argiles sont les matériaux les
informations sur le sous-sol à des profondeurs plus grandes
plus radioactifs, les calcaires purs ne le sont pas et les marnes et
qu’avec les méthodes de surface et avec une meilleure résolution.
marnocalcaires le sont plus ou moins suivant leurs teneurs en miné-
raux argileux. Parmi les matériaux cristallins, les granites sont les Les trois types de techniques sont naturellement complé-
plus radioactifs. mentaires.
Les diagraphies de radioactivité naturelle (RAN ou γ -ray) utilisent
ces propriétés pour déterminer les matériaux traversés par un
forage. 2.4 Déroulement d’une campagne
La radioactivité peut aussi être provoquée par un bombardement de géophysique
neutronique des matériaux. L’étude de ces phénomènes (de durée
de vie de quelques dizaines de minutes au maximum) a conduit à la
mise au point de méthodes d’analyse chimique élémentaire en Une campagne de géophysique comporte toujours cinq phases :
forage (diagraphie neutron -γ). — la conception ;
Enfin, les propriétés d’absorption des rayonnements par les maté- — la mesure sur le terrain ;
riaux sont exploitées. L’absorption des rayons γ permet la mesure en — le traitement des mesures ;
place, très précise, de leur masse volumique (diagraphie γ – γ). — l’interprétation géophysique des mesures ;
L’absorption des neutrons permet la mesure de leur teneur en eau — l’interprétation en termes du problème de reconnaissance à
(diagraphie neutron - neutron). résoudre.
Dans la suite de cet article, les travaux à réaliser au cours de cha-
que phase seront décrits pour chaque technique géophysique. Cette
description est fortement inspirée par le document intitulé
2.3 Méthodes géophysiques « Géophysique appliquée. Code de bonne pratique » [1]. Ce docu-
ment, élaboré et édité par des professionnels français de la
géophysique appliquée, décrit pour chaque technique géophysique
Le fondement d’une méthode géophysique est l’influence de la en quoi doit consister une prestation minimale pour que l’on puisse
valeur et de la répartition dans le sol d’une caractéristique physique la considérer comme une prestation de qualité. Le document est
particulière sur un champ physique. Ainsi chaque type de caractéris- régulièrement révisé par l’Association professionnelle AGAP-QUA-
tique cité paragraphe 2.2 est associé à une méthode géophysique. LITÉ. Dans cet article, nous développons et justifions ces recom-
Il faut souligner au passage que les caractéristiques qui viennent mandations.
d’être évoquées ne sont pas toutes directement utiles à la concep-
tion des ouvrages. Elles servent simplement d’intermédiaires pour
reconnaître la structure du sous-sol. C’est pour cela que la
géophysique est souvent qualifiée de méthode indirecte de recon- 3. Gravimétrie
naissance. Lorsque, par exemple, l’extension d’une couche géologi-
que est déterminée grâce à la résistivité du matériau qui la
constitue, l’hypothèse qui justifie ce type de méthode est que, si la
résistivité est constante, les propriétés géotechniques du matériau 3.1 Principe de base
sont aussi constantes puisqu’il s’agit partout du même matériau. Il
suffit donc d’évaluer les propriétés géotechniques en un point pour
les connaître partout dans le matériau. Ces méthodes seront La gravimétrie est l’étude des variations du champ de pesanteur à
décrites dans les paragraphes 3 à 8. la surface du sol. La figure 1 montre la variation de la composante

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La constante C vaut :
Anomalie (gal)
C = 3 · 10−6 − 2π Gd (en unités SI)
160
140 où d est la masse volumique des terrains de surface qu’il convient
120 d’estimer au mieux, G étant la constante universelle de gravitation
(G = 6,67 × 10−11 N · m2/kg2). Le terme indépendant de la densité cor-
100
Cylindre respond à la correction dite « à l’air libre » (la gravité diminue lors-
80 que l’altitude augmente, parce que l’on s’éloigne des masses qui en
60 sont la source), le terme dépendant de la densité compense partiel-
Sphère lement ce phénomène, il s’agit de la correction dite de « plateau »,
40
qui tient compte de la présence d’une lame de matière entre l’alti-
20 tude de référence et celle du point courant.
La correction T de relief corrige le fait que cette dernière lame de
--15 --10 --5 0 5 10 15
Distance (m)
matière présente en réalité une épaisseur variable, un relief. Son cal-
cul est analytique et il existe des logiciels permettant de l’effectuer à
partir d’un modèle numérique de terrain.
Dans la formule (1), les variations temporelles de g dues à la
Masse volumique du sol : 2 000 kg/m3 marée ou à la dérive de l’appareil sont déjà prises en compte et éva-
luées expérimentalement grâce à des mesures périodiques à la base
Figure 1 – Anomalie gravimétrique due à une cavité de 6 m avec une période inférieure à 1 h.
de diamètre, centrée à 5 m de profondeur

La formule (1) de l’anomalie de Bouguer, avec la signification


verticale de l’anomalie du champ de pesanteur due à la présence des termes que l’on vient de donner, n’est pas la formule rigou-
dans le sous-sol d’une cavité de 6 m de diamètre dont le toit est à reuse de la gravimétrie en général mais celle qui est utilisée
2 m de profondeur dans un terrain homogène de masse volumique pour la reconnaissance en génie civil. Dans sa définition rigou-
2 000 kg/m3. Deux courbes sont représentées l’une pour une cavité reuse, g0 est une valeur théorique sur un ellipsoïde de référence
de forme sphérique (en trait plein), l’autre pour une cavité cylindri- dont l’altitude est zéro par définition. z est alors l’altitude du
que d’axe perpendiculaire au plan de la figure (en tireté). L’anomalie point de mesure par rapport à l’ellipsoïde de référence. En génie
est naturellement négative ; en valeur absolue, elle vaut au maxi- civil, il vaut mieux prendre l’altitude de référence à la base pour
mum 1,5 · 10−6 m · s−2, soit un peu plus d’un dix millionième de la que les corrections soient faibles.
valeur du champ de pesanteur total (10 m · s−2).

La carte de l’anomalie de Bouguer est le document qui résulte


En pratique, on n’utilise pas comme unité de mesure le m · s−2 d’une campagne de mesures (figure 2). Remarquons au passage
mais un sous-multiple de l’ancienne unité du système CGS, le que les mesures ne se résument pas à celle de la gravité mais qu’il
gal ou cm · s−2. En gravimétrie appliquée à la reconnaissance en faut aussi connaître l’heure de passage aux différentes stations
génie civil, l’unité est le microgal (1 µgal = 10−8 m · s−2). (avec une précision de l’ordre de la minute) et les altitudes relatives
(avec une précision de l’ordre du centimètre).
Le champ de pesanteur se mesure au moyen d’un gravimètre. Le L’anomalie de Bouguer (figure 2 a) présente des variations de
principe est de mesurer la force qui s’exerce sur une masse unitaire grandes longueurs d’onde dues à des phénomènes géologiques
suspendue à un ressort (peson à ressort). Naturellement, un gravi- régionaux et profonds et des variations à petites longueurs d’ondes
mètre comporte des raffinements qui lui confèrent une très grande dues à des phénomènes locaux et peu profonds. Le premier type de
sensibilité et qui rendent la mesure aussi peu dépendante que pos- variation est l’anomalie régionale (figure 2 b) et n’intéresse pas en
sible de la pression atmosphérique ou de la température. Les gravi- principe la reconnaissance en génie civil. L’anomalie résiduelle
mètres utilisés pour la reconnaissance ne servent pas à mesurer la (figure 2 c) est la différence entre l’anomalie de Bouguer et l’ano-
gravité absolue mais ses variations dans l’espace et dans le temps, malie régionale. C’est elle qu’il faut interpréter.
leur précision est de quelques microgals.
La force qui s’exerce sur la masse du gravimètre dépend du
temps (phénomène de la marée terrestre due à l’influence sur la
valeur de la gravité de la position de la lune et du soleil). Elle dépend 3.2 Microgravimétrie
aussi de la latitude et de l’altitude du point de mesure ainsi que du
relief.
C’est la seule technique de gravimétrie utilisée en génie civil.
On compare la valeur de la gravité en différents points d’un D’autres techniques existent pour d’autres domaines d’application
réseau maillé à celle d’un point de référence appelé base. Les mesu- de la géophysique.
res sont toutes ramenées à la même altitude, corrigées des varia-
tions temporelles, de l’effet de la latitude et du relief. On calcule
ainsi « l’anomalie de Bouguer » :
3.2.1 Domaine d’application
A = g − (g0 − Cz − T) (1)

avec g la gravité au point courant, En génie civil, la microgravimétrie sert à rechercher des cavités
souterraines qu’elles soient d’origine naturelle (cavités karstiques
g0 gravité à la base, principalement) ou artificielles (anciennes carrières souterraines,
C constante, anciennes exploitations minières, caves, citernes, galeries de drai-
nage ou d’alimentation en eau...). Les cavités sont soit remplies
z différence d’altitude entre le point courant et la d’air, soit plus ou moins remblayées ou noyées. Dans ces deux der-
base, niers cas, elles sont plus difficiles à détecter que s’il s’agit de vides
T la correction due au relief. francs.

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10
5
0 µgal
0 20 40 60 80 100 120 140 40
a anomalie de Bouguer 35
30
25
10 20
5 15
10
0 5
0 20 40 60 80 100 120 140 0
b anomalie régionale –5
– 10
– 15
– 20
10 – 25
– 30
5 A D – 35
C B
0
0 20 40 60 80 100 120 140
c anomalie résiduelle (Bouguer-régionale) Figure 2 – Carte de l’anomalie de Bouguer.
Recherche de cavités

Les limites de la méthode sont faciles à déterminer : une anoma-


lie peut être considérée comme significative si elle dépasse en Profondeur du toit de la cavité z (m)
valeur absolue 20 µgal (2 · 10−7 m · s−2). La figure 3 montre les limi-
z
25 R
tes théoriques de la microgravimétrie quand les cavités à détecter
sont des vides francs localisés (qu’on peut assimiler à des sphères)
20
ou allongés (cylindres). Ces limites dépendent de la masse volumi-
que du terrain encaissant. Si la cavité est noyée ou remblayée avec
un matériau peu dense, il faut remplacer la masse volumique de 15
Cylindre
l’encaissant par la différence entre cette masse volumique et celle
du matériau contenu dans la cavité. Les courbes analogues à celles
de la figure 3, sont alors obtenues en appliquant les formules 10 Sphère
suivantes :
5
— pour une sphère :

0
28dR 3
z = ------------------ – R (2) 0 1 2 3 4 5 6
g
Rayon de la cavité R (m)

— pour un cylindre : Figure 3 – Limite de détectibilité d’une cavité de rayon R dont le toit
est à une profondeur z dans un sol de masse volumique 2 000 kg/m2
42dR 2
z = ------------------ – R (3)
g
3.2.2 Conditions d’application
avec z profondeur du toit de la cavité (en m),
Il faut qu’il existe un contraste de densités entre les cibles à
d différence entre la densité de l’encaissant et celle détecter et le matériau encaissant et, naturellement, que la
du matériau éventuellement contenu dans la géométrie des cibles (dimensions, profondeur) soit telle que
cavité (sans dimension), l’anomalie prévisible soit supérieure à 20 µgal si les conditions de
R rayon de la cavité (en m), mesure sont bonnes (§ 3.2.3).
Dans certains cas, il convient d’augmenter cette limite de 20 µgal ;
g anomalie maximale que l’on considère comme par exemple si le relief est très complexe et les corrections corres-
significative (en µgal). pondantes ne sont pas assez précises ou, encore, si la zone de
mesure est affectée par des microséismes ou de forts bruits indus-
triels qui rendent aléatoire la précision des mesures. Si les mesures
L’apparente inhomogénéité de ces formules – par ailleurs cor- doivent être réalisées au voisinage d’un chantier en activité, il peut
rectes – provient du fait qu’elles sont exprimées en unités prati- être nécessaire de travailler la nuit lorsque aucun engin ne provo-
ques qui ne sont pas homogènes ; une cavité correspond à un que de vibrations. On doit alors prendre garde que le confort de
déficit de masse, l’anomalie est donc négative et, dans les for- l’opérateur est réduit au moment d’un travail de nuit et que la pré-
mules ci-dessus, g est la valeur absolue de cette anomalie. cision des mesures risque de ne pas être aussi bonne que le jour.

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3.2.3 Type de résultat fourni — si elle est supérieure, on choisit la distance entre les points de
mesure (la maille) de manière à ce qu’elle soit inférieure au tiers de
Le résultat d’une campagne de microgravimétrie est une carte de la distance entre les points où l’anomalie vaut la moitié de sa valeur
l’anomalie de Bouguer au sens où elle a été définie au paragraphe 3.1. maximale.
Cette carte sert à établir l’anomalie régionale qui, retranchée de l’ano- ● Il faut de plus identifier les sources d’anomalies parasites ; ce
malie de Bouguer, donne l’anomalie résiduelle. L’interprétation con- sont par exemple des caves, des bâtiments, des surépaisseurs de
siste alors à identifier les anomalies négatives et à en déduire terrain altéré, des lentilles de matériaux de nature différente de leur
l’existence possible de cavités dont on peut calculer, moyennant des environnement... Tout cela contribue à un bruit qui risque de mas-
hypothèses sur les contrastes de densité, le volume et la profondeur quer les anomalies recherchées. Il faut en évaluer l’ordre de gran-
maximale. Ces informations sont alors utilisées pour préconiser deur et vérifier que la limite des 20 µgal que l’on s’est fixée est bien
l’emplacement de sondages mécaniques destinés à découvrir effecti- réaliste. Il peut être nécessaire de l’augmenter.
vement les cavités. Certaines anomalies sont positives ; elles ne cor- Les vibrations (bruits de chantier, circulation automobile intense,
respondent naturellement pas à des cavités souterraines. Il peut vent fort, etc.) sont une autre origine possible d’imprécision des
pourtant être utile de les contrôler par forage car, le but de la recon- mesures. Il convient de travailler dans une ambiance aussi calme
naissance étant toujours d’affiner le modèle géologique du site, il con- que possible, ce qui conduit à opérer de nuit.
vient d’expliquer les anomalies positives. L’information qu’on obtient
● La préparation de la campagne comporte aussi le positionne-
grâce aux forages permet aussi d’évaluer le « bruit géologique », c’est-
à-dire les fluctuations de la gravité dues aux variations de masse volu- ment sur un plan des points de mesure. Cette phase est délicate car
mique des matériaux à faible profondeur dont l’influence sur l’anoma- elle détermine le nombre de points de mesure dont le prix de la
lie résiduelle peut brouiller le signal dû aux cavités. prestation dépend directement. Les points doivent être suffisam-
ment rapprochés pour que les anomalies soient bien définies.
Sur la figure 2, la carte de l’anomalie résiduelle met bien en évi- D’autre part, on se rappelle que l’anomalie résiduelle (celle que l’on
dence une anomalie négative de forte amplitude et très focalisée (A) cherche) est la différence entre l’anomalie de Bouguer (qui est une
qui correspond à une cavité peu profonde. L’anomalie B est moins mesure objective) et l’anomalie régionale à variations pouvant être
nette, plus étalée et d’amplitude réduite, elle correspond en réalité à de forte amplitude mais lentes. L’anomalie régionale ne peut donc
une cavité plus profonde. Les anomalies C et D représentent l’effet être bien définie que si les profils de mesure sont suffisamment
du bruit géologique, elles sont de faible amplitude et relativement longs. Il faut donc trouver le meilleur compromis possible entre les
peu étalées. impératifs économiques et l’exigence de précision des résultats.
Les forages de contrôle sont implantés sur le terrain à partir de la ■ La deuxième phase est celle des mesures proprement dites sur le
carte de l’anomalie résiduelle. Un forage est placé à l’extremum d’une terrain. Elle comporte d’abord une partie de topographie dans
anomalie négative, mais ceci est insuffisant. En effet, l’extremum peut laquelle les points de mesure doivent être repérés en coordonnées
être décalé par rapport à la cavité qui en est à l’origine, à cause du bruit horizontales (x et y) et en cote (z) avec pour les différences d’altitude
géologique gui vient perturber la forme des anomalies. D’autre part, entre celle de la base et celle de chaque point de mesure (station)
plusieurs petites cavités voisines produisent une anomalie qui peut une précision de l’ordre du centimètre.
paraître simple alors qu’elle est la combinaison (la somme) de plu-
sieurs anomalies. Il n’y a alors aucune raison pour que l’extremum Les mesures s’effectuent à partir de la base avec un cheminement de
soit exactement au-dessus d’un vide. C’est pourquoi, il est important station en station et un retour à la base suivant une période approxima-
de réaliser plusieurs forages de contrôle par anomalie négative identi- tive inférieure à 1 h. À chaque mesure, l’heure est notée. Elle servira à
fiée et, dans le cas où aucun de ces forages n’aurait rencontré de vide, corriger les mesures de gravité des variations naturelles dues au mou-
de les utiliser pour mettre en œuvre de la géophysique de forage afin vement de la lune et du soleil ainsi que de la dérive instrumentale.
d’en augmenter le volume d’investigation (cf. [C 225]). Si le domaine à explorer est trop grand pour que le retour à la base
ait lieu toutes les heures, on commence par établir un réseau de base.
Toutes les stations sont visitées au moins une fois, mais au moins
3.2.4 Organisation et déroulement 20 % d’entre elles doivent être reprises.
d’une campagne

■ La première phase d’une campagne de microgravimétrie est la


phase de conception. 4. Sismique
● Elle consiste, en premier lieu, à vérifier que le choix de la
méthode est bien approprié. Il s’agit de répondre aux questions
suivantes :
4.1 Principe de base des méthodes
— quelle est la taille prévisible des cavités que l’on recherche ? ;
— quelle est leur profondeur présumée ? ;
sismiques
— dans quelles formations géologiques se trouvent-elles, sont-
elles noyées ou hors d’eau ? Les méthodes sismiques sont fondées sur l’étude de la propaga-
Si l’on n’est pas capable de répondre au moins approximative- tion des ondes mécaniques dans le sol. La vitesse de propagation
ment à ces questions, c’est que les études préalables des archives, des ondes dépend des propriétés élastiques des matériaux.
du contexte géologique ou historique (pour des cavités d’origine ■ Plusieurs types d’ondes se propagent simultanément ; on distin-
artificielle) n’ont pas été suffisamment approfondies et il convient de gue les ondes de volume (qui existent toujours), des ondes de
les améliorer. surface, qui n’existent et ne se propagent qu’au voisinage des inter-
Ces éléments permettent d’apprécier les contrastes de masse faces séparant deux matériaux de propriétés élastiques différentes.
volumique et de prévoir (par exemple grâce aux formules (2) et (3) Les ondes de volume sont elles-mêmes de deux sortes :
ou au moyen de programmes de calcul plus sophistiqués) quelle est ● La première est constituée par les ondes de compression, ou
la valeur des anomalies que l’on peut attendre ainsi que leur forme encore ondes longitudinales, ou ondes P, car ce sont elles qui se
(étendue de l’anomalie à mi-hauteur) : propagent le plus vite et sont observées en premier sur un enregis-
— si l’amplitude de l’anomalie est inférieure à 20 µgal, on trement des mouvements du sol ; le phénomène élastique corres-
renonce à la microgravimétrie comme moyen de détecter les pondant est un phénomène de compression-dilatation du matériau
cavités ; dans la direction de propagation de l’onde.

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● La seconde est celle des ondes de cisaillement, ou encore


ondes transversales, ou ondes S, car elles se propagent plus lente- A
ment que les ondes P (mais plus vite que les ondes de surface) et
que leur arrivée est le second événement observé sur un enregistre- Milieu 1
ment des mouvements du sol ; le phénomène élastique correspon-
dant est un phénomène de cisaillement du matériau (sans v1 D
modification de la masse volumique) dans la direction perpendicu-
laire à celle de la propagation de l’onde. θ1 θ1
À la surface du sol, le cisaillement ne peut pas se transmettre  
dans l’air, lors de la propagation d’une onde mécanique ; ce phéno-
mène implique l’existence, au voisinage de la surface, d’un type
d’onde particulier qui n’existe qu’à faible profondeur. En particulier, B C
l’onde de Rayleigh résulte d’interférences constructives des ondes P
et SV (cisaillement vertical). Elle se propage à une vitesse légère- θ2 v2
ment inférieure à celle de l’onde S. La profondeur de terrain affectée
par l’onde de Rayleigh dépend de la longueur d’onde (il n’y a prati- Milieu 2
quement plus d’énergie à une profondeur égale à la moitié de la lon-
gueur d’onde). Si la vitesse de cisaillement dans le terrain varie avec sin θ1 sin θ2
la profondeur alors la vitesse de l’onde de Rayleigh varie avec la lon- =
v1 v2
gueur d’onde (ou avec la fréquence). Ce phénomène, appelé
« dispersion » est celui qui est mis à profit pour la reconnaissance
du sol. Figure 5 – Rayons sismiques modèle 2 terrains

Bien que tous les types d’ondes puissent être utilisés, les principa-
les méthodes sont fondées sur l’observation de la propagation des
ondes P. Leur arrivée, la première, est en effet la plus facile à mettre Si on ne considère que l’onde P, le rayon sismique (rayon inci-
en évidence sur un enregistrement. dent) se dissocie en deux rayons : un rayon réfléchi et un rayon
réfracté. Avec le rayon incident, ces trois demi-droites obéissent aux
L’exploitation des ondes de surface (principalement l’onde de lois de Snell-Descartes :
Rayleigh) est en plein développement et est, de plus en plus, sou-
vent mise en œuvre de manière opérationnelle. La figure 4 est a) elles sont coplanaires ;
l’enregistrement simplifié d’un signal sismique mettant en évidence b) la normale à l’interface est la bissectrice du rayon incident et du
l’arrivée successive des trois types d’ondes : P, S et Rayleigh. rayon réfléchi ;
En prospection sismique, une onde élastique est générée artifi- c) si θ1 est l’angle que forme le rayon incident avec la normale à
ciellement grâce à un impact mécanique bref et violent à la surface l’interface et θ2 celui que forme le rayon réfracté avec la normale,
du sol (coup de marteau, chute de poids, explosion d’une faible alors :
charge d’un produit détonnant...). La déformation ainsi provoquée
se propage de proche en proche dans le matériau en formant des sin θ sin θ
surfaces concentriques de rayon croissant. Ces surfaces sont les ---------------1- = ---------------2- (5)
surfaces d’ondes ; elles sa propagent à une vitesse, la vitesse des v1 v2
ondes P, qui dépend des propriétés du matériau :
L’angle limite  pour lequel l’onde se réfléchit entièrement est tel
λ + 2µ que :
vP = ---------------- (4)
ρ
v
sin  = -----1-
avec λ et µ coefficients de Lamé, v2
ρ masse volumique du matériau.
■ La méthode sismique qui consiste à placer les récepteurs à la sur-
On appelle rayon (ou rais) sismiques les lignes perpendiculaires face du sol au voisinage de la source et à observer les arrivées
aux surfaces d’ondes (figure 5). Lorsqu’un rayon sismique atteint réfléchies s’appelle la sismique réflexion (§ 4.3). C’est la méthode
une interface entre deux milieux (1 et 2) caractérisés par des vites- géophysique la plus utilisée en prospection pétrolière où l’on
ses d’ondes v1 et v2, une partie de l’énergie élastique est transmise recherche des gisements profonds parfois de plusieurs kilomètres et
dans le deuxième milieu (milieu 2) et une autre partie est réfléchie de grande extension. Elle est peu utilisée en génie civil, sauf lorsque
dans le premier (milieu 1). l’on veut reconnaître les terrains sur de grandes épaisseurs comme
pour l’étude des grands tunnels alpins. Cependant, les déve-
loppements des nouvelles sources sismiques et de matériel d’enre-
gistrement comptant un grand nombre de voies (typiquement 48)
rendent la sismique réflexion de plus en plus performante en génie
P S R
civil.

■ Si, au contraire, la distance entre la source et les récepteurs est


grande devant l’épaisseur des couches, on observe surtout les phé-
nomènes de réfraction. Il s’agit de la sismique réfraction (cf. § 4.2).
Elle est d’usage courant en génie civil. Elle sert à déterminer la
Temps (ms) géométrie des premières couches du sous-sol (quelques dizaines de
mètres de profondeur au maximum), ainsi que la valeur de la
Signal sismique (simplifié) typique vitesse des ondes P dans ces couches. Cette vitesse donne en effet
des indications sur les propriétés géotechniques des matériaux
Figure 4 – Signal sismique (simplifié) typique (degré d’altération, aptitude au terrassement...).

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■ En utilisant un dispositif source-récepteurs analogue à celui de la


40

Temps de trajet (ms)


sismique réfraction, on peut s’intéresser non pas au début du signal
sismique (ondes P et éventuellement S), mais à la partie la plus 35 Tirs en offset
énergétique de ce signal, c’est-à-dire aux ondes de surface, 30
principalement l’onde de Rayleigh. Les méthodes sismiques fon- 25
dées sur l’observation des ondes de surface sont en plein dévelop- 20 Tir inverse
pement en génie civil, leur intérêt principal est qu’elles donnent
15
accès à un paramètre très utile aux géotechniciens : le module de
cisaillement dont la connaissance est importante pour la conception 10 Tir direct
Tir au centre
des ouvrages (§ 4.3). 5
0
Les méthodes sismiques sont également mises en œuvre entre 0 3 6 9 12 15 18 21 24 27 30 33 36 39
forages (cross-hole et tomographie) et dans un seul forage sous
Position des géophones (m)
forme de diagraphies (mesure in situ des vitesses des ondes P, S,
etc.). a résultats de mesures

Position des géophones (m)


4.2 Sismique réfraction 0 3 6 9 12 15 18 21 24 27 30 33 36 39

Profondeur du rocher
0
1
2 Terrain altéré (v1 = 720 m/s)
4.2.1 Domaine et conditions d’application. 3
4
Résultat fourni 5 Rocher (v2 = 2 040 m/s)
6
7
■ Le principal domaine d’application de la sismique réfraction en
génie civil est l’étude du terrain superficiel altéré et du substratum b coupe interprétative
rocheux. L’étude est quantitative puisqu’elle fournit l’épaisseur du
terrain altéré et la vitesse des ondes mécaniques dans ce terrain Figure 6 – Sismique réfraction. Étude d’un recouvrement altéré
ainsi que dans le substratum. Ces informations peuvent servir en
particulier pour la préparation des terrassements en donnant des
Pour les géophones éloignés, on montre que l’onde la plus rapide
indications sur la qualité des matériaux que l’on pourra extraire
se propage d’abord dans le premier terrain, puis, après réfraction
avec des engins ou au contraire abattre à l’explosif.
totale, à la vitesse v2 au contact des deux terrains ; puis de nouveau
Si le terrain superficiel est constitué de plusieurs couches, celles- dans le premier terrain (parcours ABCD, figure 5).
ci pourront être distinguées.
On pointe le premier événement sur ce signal, il correspond au
■ Conditions d’application : la sismique réfraction ne peut être temps de trajet (en millisecondes) de l’onde de compression entre la
appliquée que si la vitesse des ondes sismiques croît avec la profon- source et le récepteur.
deur. De même, il est indispensable que les limites entre couches Ensuite, la source est déplacée à l’autre extrémité du dispositif et
soient, au moins grossièrement, parallèles à la surface du sol. Elles de nouveau activée. On a ainsi réalisé ce que l’on appelle un tir
peuvent être affectées d’un pendage mais celui-ci doit être faible direct et un tir inverse.
(moins de 10˚).
On recommence en plaçant la source au milieu du dispositif, puis
Il convient aussi de prendre garde à ce que les conditions de dans l’alignement du dispositif, mais à l’extérieur de celui-ci, décalé
mesures soient suffisamment bonnes : le signal mesuré est le mou- par rapport à l’une des extrémités, puis à l’autre (tirs au centre, tirs
vement de la surface du sol résultant d’une impulsion mécanique offset direct et inverse).
créée par l’opérateur. Si le mouvement provoqué par d’autres sour-
ces (microséismes, circulation automobile, etc.) est trop important, Les temps de trajet correspondant à chaque tir sont reportés sur
les mesures peuvent être impossibles à réaliser. un graphique sur lequel la position des géophones est indiquée en
abscisse et le temps de trajet en ordonnée (figure 6 a). On constate
■ Le résultat d’une campagne de sismique réfraction est une coupe que les points de ce graphique s’organisent grossièrement en seg-
du sol décrivant la géométrie des couches qui le constituent, ments de droites appelés dromochroniques dont les pentes sont les
caractérisées par la valeur de la vitesse des ondes mécaniques de inverses des vitesses des ondes dans les différentes couches.
compression. L’interprétation consiste à calculer, à partir de ces données, la pro-
fondeur des différentes interfaces à l’aplomb de chacun des
géophones et les vitesses des ondes de compression dans les maté-
La profondeur d’investigation dépend de la longueur des dis-
riaux (figure 6 b).
positifs de mesures (distance source-capteur) mis en œuvre ;
elle est en génie civil généralement inférieure à 20 m pour des Les sources sismiques utilisées sont soit des explosifs de faible
dispositifs de moins de 200 m. puissance (moins de 100 g de dynamite), soit des coups de masse
sur une enclume, des chutes de poids ou encore des coups de fusils
tirés, dans le sol, avec un fusil spécialement conçu à cet effet.
4.2.2 Réalisation
4.2.3 Techniques voisines
Pour une étude de sismique réfraction, on installe ce que l’on
appelle une base sismique : entre 12 et 48 géophones sont plantés à
la surface du sol, équidistants, le long d’un profil rectiligne. Un La sismique réfraction est aussi utilisée en site aquatique. Les
géophone est un capteur qui transforme la vitesse de son boîtier géophones sont posés sur le fond et la source est une source de sis-
(donc la vitesse des particules du sol) en un signal électrique. Une mique marine actionnée au voisinage du fond. La technique est la
source sismique est activée à l’une des extrémités du dispositif de même qu’à terre, mais plus délicate à mettre en œuvre.
géophones et on enregistre les signaux produits par chacun des On peut ainsi, en mer, réaliser des profils en déplaçant tout le
géophones. dispositif source récepteur de manière quasiment continue.

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L’absence de tir inverse rend l’interprétation plus délicate ; elle est Suivant le type d’ondes utilisées (onde P ou ondes S), elle sert
compensée par la multiplicité des données car, en appliquant le aussi parfois à déterminer la répartition des propriétés élastiques du
théorème de réciprocité sur les temps de trajet, on peut recalculer le sous-sol.
résultat des tirs inverses.
■ Comme pour la sismique réfraction, il est nécessaire qu’il existe
entre les différentes couches des contrastes d’impédance acousti-
4.2.4 Organisation et déroulement que (vitesse sismique et/ou densité) permettant d’obtenir de bons
réflecteurs pour les ondes sismiques.
d’une campagne de sismique réfraction
Lorsque les couches présentent des pendages supérieurs à 60˚,
■ La conception de la campagne de mesure consiste d’abord à les réflexions des ondes sont déviées et ne retournent pas en sur-
vérifier que la méthode peut bien être appliquée. face. Cela constitue donc une contre-indication majeure à l’emploi
de la sismique réflexion.
On vérifie que l’hypothèse selon laquelle les couches ont des
interfaces à peu près parallèles à la surface du sol, ou sont affectées
d’un faible pendage, est acceptable. 4.3.2 Principe de la méthode et type de résultat
Il convient aussi de vérifier que les vitesses des ondes de com- fourni
pression dans les différentes couches sont bien croissantes avec la
profondeur et qu’elles sont caractérisées par un contraste suffisant. ■ Le principe de la méthode consiste à envoyer dans le sol une
Il est nécessaire d’avoir une idée des ordres de grandeur des impulsion mécanique sous la forme d’un choc (explosif, chute de
vitesses dans les différents matériaux et de leurs épaisseurs. Ces poids...) qui se propage dans le sol et se réfléchit sur les différentes
données servent à effectuer une modélisation (les calculs sont sim- interfaces caractérisées par un contraste d’impédance acoustique
ples et ne nécessitent pas d’autre moyen qu’une calculette). On peut entre les couches (produit de la vitesse de l’onde par la densité du
ainsi définir les longueurs des dispositifs et le nombre de matériau).
géophones à employer. (Il en faut au moins 12), ainsi que le nombre En surface, on place des géophones suivant une ligne rectiligne.
et la position des points sources (au moins 5, comme décrit paragra- La distance source-géophones est faible devant la profondeur de
phe 4.2.2, mais on peut aussi réaliser plus de deux tirs offset et plus l’interface. À chaque géophone (capteur de vitesse particulaire), on
d’un tir à l’intérieur du dispositif des géophones). enregistre le signal sismique en fonction du temps. Celui-ci est
■ Lors des mesures, il faut prendre garde à bien aligner les formé d’une série d’impulsions réfléchies sur les interfaces succes-
géophones, vérifier que le pointé des temps de trajet est aisé, sinon sives. L’ensemble du dispositif source-géophones est ensuite
il faut augmenter la puissance de la source ou même renoncer à la déplacé. Les signaux correspondant aux positions des dispositifs
campagne de mesure. sont juxtaposés sur une section sismique ou coupe-temps (figure 7)
dans laquelle la coordonnée verticale est le temps et la coordonnée
On procède immédiatement au pointé des temps et on construit horizontale la position de la source et des géophones.
les dromochroniques sur le terrain. Cela sert à vérifier que la con-
ception de la mesure est correcte (longueur, nombre de géophones Pour une position donnée de la source et des distances source-
et distances entre eux, position des sources) par rapport aux objec- géophones croissantes, les réflexions sur une interface plane se
tifs fixés. Si ce n’est pas le cas, on peut alors modifier la conception matérialisent sur les coupes-temps par des hyperboles dont le som-
et recommencer les mesures afin d’optimiser les résultats. met est à l’aplomb de la source et les asymptotes ont pour pente
l’inverse de la vitesse de l’onde dans le matériau (s’il n’y a pas de
■ Le traitement des données consiste à pointer les temps de trajet. pendage).
Il existe des logiciels qui aident l’interpréteur dans cette opération
La sismique réflexion est une des méthodes géophysiques où les
afin d’obtenir des temps aussi précis que possible (précision
techniques de traitement du signal jouent le rôle le plus important.
meilleure que 0,5 ms).
Les coupes-temps sont traitées pour que les informations qui y
■ L’interprétation aboutit à une identification du nombre de cou- apparaissent soient ramenées à celles que l’on aurait pour une dis-
ches, aux profondeurs des interfaces à l’aplomb de chacun des tance source-géophone idéalement nulle et pour en effacer tout ce
géophones et à la détermination des vitesses des ondes de com- qui peut être considéré comme du bruit non organisé ou organisé
pression dans les différents matériaux. (ondes réfractées, ondes aériennes, réflexions multiples, ondes de
surface, etc.).
On se sert alors de ces résultats pour préciser les propriétés et les
répartitions des matériaux pour améliorer la connaissance de la
géologie du site étudié, organiser le terrassement, etc. De très bon-
nes explications pratiques sur la sismique réfraction sont données
par Olivier Magnin et Yves Bertrand dans leur « Guide de la sismi- 24 m
que réfraction » [2]. 0 0 ms

Sable

4.3 Sismique réflexion Tourbe

Sable 30 ms
4.3.1 Domaine et conditions d’application

■ Le domaine d’application de la sismique réflexion est l’étude de


la structure du sous-sol lorsque celui-ci est formé de couches Rocher
sédimentaires plus ou moins plissées et tectonisées, en particulier 60 ms
pour les tracés de tunnels à couverture importante (plusieurs centai-
nes de mètres). Pour des profondeurs plus faibles, quelques dizai-
nes de mètres, elle peut être utilisée aussi pour rechercher à 30 m
l’intérieur d’une structure sédimentaire monotone des hétérogé-
néités telles que des cavités souterraines de grandes dimensions. Figure 7 – Coupe-temps de sismique réflexion

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■ Une coupe-temps de sismique réflexion, une fois traitée, repré- En sismique réflexion, peut-être plus qu’avec d’autres méthodes
sente une image déformée de la structure du sous-sol puisque les géologiques, on utilise au maximum les informations fournies par
corrélations qui apparaissent entre les signaux sous forme de lignes des forages mécaniques dans lesquels on réalise des diagraphies
mettent en évidence les interfaces, leur structure plissée ou non, (vitesse sismique, densité, radioactivité naturelle...) qui servent à
faillée ou non. D’autre part, le traitement des signaux correspondant caler les interprétations des coupes-temps.
à une position de la source et des géophones qui s’en éloignent de
plus en plus fournit des informations sur la vitesse des ondes qui
servent, d’une part, à aider à l’identification mécanique des terrains
et, d’autre part, à passer de la coupe-temps à la coupe-profondeur. 4.4 Sismique en ondes de surface
Du point de vue formel, la sismique réflexion ressemble au radar
géologique (§ 7.4) et aboutit à des documents comparables (coupes-
temps). Mais ce sont des techniques extrêmement différentes : la 4.4.1 Domaine et conditions d’application
sismique s’intéresse aux ondes mécaniques qui se propagent à des
vitesses au maximum de quelques kilomètres par seconde ; l’unité ■ Le domaine d’application de la sismique en ondes de surfaces est
de temps est la milliseconde. la détermination des caractéristiques mécaniques des terrains en
cisaillement : elles sont utilisées pour fournir une coupe verticale du
Les profondeurs d’investigation sont de quelques dizaines à quel-
sous-sol en termes de vitesse de cisaillement Vs fonction de la pro-
ques centaines de mètres (en génie civil), la résolution est de quel-
fondeur. Si on connaît la masse volumique du sol, on peut en
ques mètres (pour le radar, il s’agit d’ondes électromagnétiques, de
déduire une coupe en termes de module de cisaillement G fonction
vitesse de centaines de milliers de kilomètres par seconde, l’unité de
de la profondeur. Ce module est le module en faibles déformations,
temps est la nanoseconde, la profondeur d’investigation de quel-
généralement bien plus grand que le module des mécaniciens des
ques mètres et la résolution de quelques décimètres).
sols qui correspond à des déformations d’ordres de grandeur diver-
ses et plus élevées. Cependant, il existe des formules pour passer de
l’un à l’autre, en fonction du type de sol.
4.3.3 Organisation et déroulement
d’une campagne de sismique réflexion Autre domaine d’application : la détermination de l’épaisseur des
sédiments meubles au-dessus du substratum rocheux dans les
travaux de génie côtier. Bien que cette détermination s’obtienne
■ La conception de la campagne consiste d’abord à vérifier que la plus aisément avec la sismique réfraction (le dispositif étant au fond
méthode est bien indiquée : le sous-sol contient des réflecteurs sismi- de l’eau) ou avec la sismique réflexion, si l’eau est assez profonde, il
ques caractérisés par des contrastes d’impédance acoustique, la struc- arrive que l’énergie sismique des ondes de volume ne puisse pas
ture n’est pas trop complexe, les pendages ne sont pas trop grands. pénétrer des sédiments vaseux riches en gaz ; les ondes de surface,
Avec toutes les informations dont on peut disposer (profondeur beaucoup plus basses fréquences les pénètrent. Leur utilisation
des couches, vitesses dans les différents matériaux), il peut être utile représente alors une alternative efficace aux autres méthodes
de procéder à une modélisation préalable et de calculer des signaux sismiques.
sismiques synthétiques. Enfin les ondes de surface ont été récemment utilisées pour
détecter des cavités souterraines là ou d’autres méthodes étaient
■ On choisit ensuite les paramètres d’acquisition : type et proprié-
inopérantes (voir Baltazart et al. [3]).
tés de la source, en particulier du point de vue du type d’ondes émis
(P ou S) et de son contenu fréquentiel en fonction des profondeurs ■ Comme pour les autres méthodes sismiques, il est nécessaire
d’investigation et résolutions visées ; nombre et types de qu’il existe entre les différentes couches des contrastes d’impé-
géophones par point de mesure (trace), écartement des traces, pas dance acoustique.
d’échantillonnage des signaux, distances entre dispositifs sources-
géophones successifs... Lorsque les interfaces présentent des pendages trop élevés (plus
de 10˚), l’interprétation devient très difficile.
Au moment de mesurer, on évalue le niveau de bruit afin de déter-
miner les réglages d’acquisition optimaux.
Un levé topographique est nécessaire afin de corriger les mesures 4.4.2 Principe de la méthode et résultat fourni
et les rendre comparables. D’autre part, il faut étudier la zone altérée
de surface en déterminant son épaisseur et la vitesse des ondes qui ■ Le principe de la méthode consiste à envoyer dans le sol une
la caractérise au moyen d’une petite campagne de sismique impulsion mécanique sous la forme d’un choc (chute de poids, coup
réfraction. de masse, explosif, canon à air en site aquatique), mais on peut
Le pas d’échantillonnage est de l’ordre de la milliseconde. Il doit aussi utiliser une source sismique non impulsive comme un vibra-
être réglé en fonction du contenu fréquentiel souhaité et constaté teur, un engin de chantier assez loin du dispositif de mesure ou,
des signaux sismiques. même, le bruit sismique ambiant (par exemple provoqué par le tra-
fic routier ou ferroviaire). L’énergie sismique se propage au voisi-
■ Le traitement des données constitue une phase importante d’une nage de la surface du sol et interagit avec celui-ci sur des
campagne de sismique réflexion. Il sert à augmenter le rapport profondeurs croissantes avec la longueur d’onde (grossièrement
signal sur bruit dans les coupes-temps afin de bien identifier les sur une épaisseur égale à la moitié de la longueur d’onde).
signaux correspondant à des réflexions et à éliminer les autres
Si les caractéristiques élastiques des terrains varient avec la pro-
(bruit aérien, réfraction, etc.). On effectue, d’autre part, les correc-
fondeur, la vitesse des ondes de surfaces dépend donc de la lon-
tions statiques (effets de la couche altérée, de la topographie de sur-
gueur d’onde et donc de la fréquence. Ce phénomène, la dispersion,
face) et les corrections dynamiques (ramener les signaux à ce qu’ils
est décrit par une courbe vitesse en fonction de la longueur d’onde.
seraient si la distance source-géophone était nulle).
Le dispositif de mesure est constitué de géophones verticaux
On obtient ainsi des coupes-temps traitées dans lesquelles on iden-
(d’hydrophones en site aquatique) qui sont alignés à intervalle cons-
tifie les réflexions correspondant aux réflecteurs (marqueur) du sous-
tant. Les signaux sismiques sont enregistrés suffisamment long-
sol. Si les informations sur les vitesses issues des mesures sont suffi-
temps (plus longtemps qu’en sismique réfraction) pour que les
santes, on peut éventuellement calculer des coupes-profondeurs.
ondes de surface fassent bien partie de l’enregistrement. Comme
Les différentes réflexions sont interprétées en les associant à des c’est elles qui contiennent le plus d’énergie, on les voit très bien sur
interfaces géologiques dans le sous-sol dont on décrit la structure. les sections sismiques correspondantes (figure 8).

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Figure 8 – Schéma de principe pour les ondes


P de surface
(à gauche) section sismique temps-distance.
S
R Les ondes P se voient bien comme premières
arrivées, suivies des ondes S plus lentes et des ondes
de Rayleigh très énergétiques ; (au milieu)
diagramme de dispersion, en pointillé courbe
de dispersion du mode fondamental ; (à droite)
coupe du sous-sol interprétée, vitesse des ondes
de cisaillement en fonction de la profondeur.

■ La section sismique ne peut pas être interprétée directement, elle sous-sol stratifié. Dans ce cas, l’interprétation peut conduire à
doit d’abord être transformée pour obtenir le diagramme de disper- plusieurs coupes du terrain susceptibles d’expliquer les données. Il
sion. Cette transformation consiste à calculer, à partir de l’enregis- convient donc d’imposer des contraintes qui tiennent compte de
trement, l’amplitude du signal sismique en fonction de l’abscisse et tout ce que l’on connaît, a priori, sur la structure du sous-sol ; par
du temps, une carte qui décrit cette même amplitude en fonction du exemple, on peut connaître la profondeur de quelques interfaces
nombre d’onde k et de la pulsation ω. entre couches ou disposer de l’interprétation d’une campagne de
Cette transformation s’apparente à une transformée de Fourier à sismique réfraction qui fournit la valeur de la vitesse des ondes P en
deux dimensions. On peut alors en déduire le diagramme de disper- fonction de la profondeur.
sion, vitesse fonction de la fréquence. Si l’on dispose de ce type d’information, pris en compte dans le
Dans sa version la plus simple, l’interprétation consiste à inverser processus d’inversion, alors la coupe du sous-sol en termes de
la courbe de dispersion pour obtenir finalement la variation de la vitesse des ondes S fonction de la profondeur devient plus fiable.
vitesse de cisaillement en fonction de la profondeur (figure 8).
Pour des applications plus complexes qui impliquent une explora-
tion latérale du sous-sol, deux types d’interprétations sont utilisées
4.4.3 Conception et réalisation en fonction de ce que l’on veut :
— connaître la variation latérale de l’épaisseur du sédiment sur
Pour une reconnaissance par ondes de surfaces, on installe un un substratum rocheux ; le dispositif est déplacé en même temps
dispositif de géophones alignés à intervalle constant. Le nombre de que la source le long d’un profil. On interprète alors les résultats de
géophones doit être assez grand (au moins 24, mais 48 est préféra- mesure de la même manière que précédemment, mais pour les
ble) afin que les informations suivant l’abscisse soient suffisam- positions successives du dispositif. Pour que cette interprétation
ment riches pour rendre les calculs efficaces. soit valable, on vérifie, a posteriori, que les variations d’épaisseur
De même, l’intervalle entre géophones détermine le contenu sont faibles devant la longueur du dispositif. On a encore besoin de
informatif des données dans les petites longueurs d’onde. connaissances a priori pour contraindre l’interprétation : générale-
ment, un seul forage de calibration suffit pour l’ensemble du
La longueur totale du dispositif, quant à elle, détermine la quan-
domaine exploré ;
tité d’informations dans les grandes longueurs d’ondes. Le choix du
dispositif et de ses caractéristiques joue donc un rôle fondamental — détecter des hétérogénéités localisées dans le sol ; l’interpré-
dans la conception de la campagne : avec le choix du type de tation à une seule dimension devient inefficace. Dans ce cas, pour
géophones (et de leur fréquence basse de coupure), il conditionne une position donnée du dispositif, on calcule la répartition de l’éner-
les performances de la méthode en termes de profondeur d’investi- gie contenue dans le signal mesuré à chacun des géophones en
gation et de résolution (tant latérale que verticale). fonction de la longueur d’onde, ceci en se servant du diagramme de
Concernant la profondeur d’investigation, on peut se référer aux dispersion. On peut alors tracer une carte dans laquelle la position
règles approximatives suivantes : du géophone est en abscisse et la longueur d’onde en ordonnée. La
valeur dont on représente la variation est l’énergie par longueur
— la résolution est le double de la distance entre deux d’onde (ou par fréquence) et par géophone. Dans le cas d’un milieu
géophones ; dont les propriétés ne varient pas latéralement, on ne constate pas
— la profondeur d’investigation est la moitié de la plus grande de variation de l’énergie selon l’abscisse. Si une hétérogénéité est
longueur d’onde (soit le quart de la longueur du dispositif de présente sous un groupe de géophones voisins, l’énergie varie sous
géophones). ces géophones. Les longueurs d’onde correspondantes renseignent
Par exemple, si on utilise un dispositif de 48 géophones avec un sur la profondeur de l’hétérogénéité (figure 9).
intervalle de 1 m, la profondeur d’investigation est de 12 m. Elle est de
24 m si l’intervalle est fixé à 2 m ; mais la résolution est alors moins
bonne que dans le cas précédent. 4.4.5 Conclusions sur les ondes de surface

4.4.4 Interprétation Ces méthodes se sont développées récemment. On voit que si


leur mise en œuvre est assez simple, l’interprétation est complexe :
L’interprétation des mesures passe d’abord par le calcul du dia- elle implique des calculs lourds et l’utilisation d’algorithmes qui ont
gramme de dispersion. été mis au point au cours des quelques dernières années.
Dans le cas le plus simple, l’objectif de la reconnaissance est La puissance et la rapidité des systèmes d’acquisition de don-
l’exploration verticale du sous-sol à l’aplomb du dispositif. Dans le nées numériques et des ordinateurs de bureau, ainsi que les
diagramme de dispersion, on identifie la courbe de dispersion avancées théoriques, ont rendu ces développements possibles et
(vitesse en fonction de la fréquence) correspondant au mode fonda- on peut prévoir que ces méthodes seront de plus en plus utilisées
mental. Cette courbe est alors inversée en utilisant un modèle de en génie civil.

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A M N B

surface équipotentielle lignes de courant

Figure 10 – Prospection électrique par courant continu : schéma


de principe

■ Traîné de résistivité. Il consiste à mesurer les variations latérales


de la résistivité apparente le long d’un profil rectiligne où l’on
Figure 9 – Détection d’une cavité par ondes de surface. déplace le dispositif ABMN en maintenant constantes ses dimen-
Carte de la répartition de l’énergie sismique en fonction de la fréquence sions (§ 5.3). Il sert à mettre en évidence les variations latérales des
et de la position du géophone. La source est à gauche de la figure. La cavité propriétés des terrains pour une profondeur d’investigation dont
(au milieu de la figure) provoque un effet d’ombre portée à droite (atténuation l’ordre de grandeur reste constant et dépend de la longueur de
de l’énergie) pour les fréquences autour de 20 Hz, soit ici une longueur d’onde ABMN.
d’environ 10 m et une profondeur de l’hétérogénéité voisine de 4 à 5 m Si plusieurs traînés sont réalisés le long de profils parallèles, on
(la cavité se situe entre 3,5 et 5,5 m de profondeur). Les courbes situées obtient des cartes de résistivité apparente.
dessous et à droite, décrivent la variation de l’énergie moyenne sur chaque
géophone et pour chaque fréquence (d’après [3]). ■ Diagraphie. Le dispositif ABMN est placé sur une sonde descen-
due dans un forage. En remontant la sonde, on mesure la variation
en fonction de la profondeur de la résistivité des terrains traversés
par le forage. Les diagraphies électriques servent (comme les autres
5. Méthodes électriques diagraphies) à identifier les matériaux, à préciser la position des
interfaces, à étudier la fracturation et à fournir des données qui per-
en courant continu mettent d’interpréter de manière plus sûre les mesures de surface
(figure 11).

5.1 Principe de base On peut combiner les deux premiers types de mise en œuvre
(sondages et traînés) pour obtenir des « panneaux électriques ».
On pratique aussi des mesures entre forages ou entre forages et
Les méthodes de prospection électrique par courant continu per- surface.
mettent de déterminer la répartition des matériaux dans le sol par
l’intermédiaire de leur résistivité. Pour cela on injecte dans le sol un
courant continu, dont on mesure l’intensité I au moyen de deux
électrodes métalliques notées A et B plantées dans le sol et reliées 5.2 Sondage électrique
aux deux bornes d’un générateur de courant continu (figure 10).
On mesure ensuite, au moyen de deux autres électrodes notées M
et N, la différence de potentiel VM – VN résultant de la circulation du 5.2.1 Domaine et conditions d’application.
courant. Résultat fourni
La résistivité apparente :
■ Le sondage électrique sert comme toute méthode géophysique à
VM – VN préciser le modèle géologique du sous-sol que l’on reconnaît. Plus
ρ a = k ---------------------- (6) particulièrement en génie civil, il est bien indiqué lorsque l’on veut
I déterminer l’épaisseur d’altération, celle d’un matériau de recouvre-
ment ou du matériau stérile avant exploitation d’une carrière
nous renseigne sur les propriétés électriques du sol ; k, le facteur (découverte) ou encore l’épaisseur d’une couche de gravier ou de
géométrique, a la dimension d’une longueur et dépend de la géo- sable entre une couche altérée de surface et un substratum rocheux.
métrie du dispositif ABMN (§ 5.2.2).
Il y a trois manières principales de mettre en œuvre ces méthodes. ■ Le sondage électrique, pour être efficace, nécessite que deux con-
ditions soient remplies : la couche que l’on désire étudier doit pré-
■ Sondage électrique. Il consiste à mesurer la résistivité apparente senter un contraste de résistivité avec les matériaux encaissants et
du sol pour des longueurs croissantes du dispositif ABMN (§ 5.2). Il les variations latérales de résistivité doivent être faibles. Le sondage
sert à déterminer la variation de la résistivité du terrain en fonction électrique est en effet une technique dont le but est de décrire les
de la profondeur. Il ne s’applique strictement que si le site a une variations de la résistivité du sous-sol en fonction de la profondeur
structure tabulaire (pas de variations de la résistivité dans les direc- à l’aplomb d’un point donné. Ce but ne peut être atteint que si la
tions horizontales). résistivité ne varie que dans la direction verticale.

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5.2.2 Réalisation du sondage électrique


Résistivité apparente (.m)
0 100 200 300
0 Un dispositif quadripôle ABMN est installé à la surface du sol
(figure 10). Les deux électrodes A et B sont reliées aux pôles positif
et négatif d’un générateur de courant électrique continu ou très
basse fréquence ; elles servent à injecter dans le sol un courant dont
on mesure l’intensité I (A). Les deux électrodes M et N sont reliées à
un appareil de mesure de différence de potentiel V (V). La formule
5 (6) fournit la résistivité apparente ρa (Ω · m) :

V
ρ a = k ----
I
10
Le facteur géométrique k (m) dépend de la disposition géométri-
que relative des quatre électrodes ABMN :

1 –1
k = 2π ⎛ ---------- – --------- – ---------- + ---------⎞
1 1 1
(7)
15 ⎝ AM AN BM BN⎠

La résistivité apparente mesurée est fonction de la distribution


des résistivités dans le sol jusqu’à une profondeur qui croît avec la
dimension du dispositif ABMN. Ici, cette dimension est la plus petite
20 des distances entre une électrode d’injection et une électrode de
potentiel. On la note AM. Si on augmente AM, la profondeur jusqu’à
laquelle la résistivité du sous-sol a une influence sur la résistivité du
sous-sol augmente.

Le résultat des mesures en sondage électrique peut donc être tra-


25 duit sous la forme d’un graphique (la courbe de sondage électrique)
Profondeur (m) où AM est en abscisse et ρa en ordonnées (figure 12 a). Pour des rai-
sons que nous n’explicitons pas ici, ce graphique est représenté en
Figure 11 – Diagraphie de résistivité apparente coordonnées bilogarithmiques.

L’interprétation consiste à calculer à partir de la courbe de son-


Du point de vue des conditions de mesure, la mesure de potentiel dage électrique la variation de la résistivité du sous-sol en fonction
doit être aussi peu perturbée que possible par les courants circulant de sa profondeur (figure 12 b).
dans le sol au voisinage des installations urbaines et industrielles.
On doit s’assurer de pouvoir réaliser des mesures telles que le rap-
port signal sur bruit soit suffisant, sinon la pratique du sondage élec-
trique dans ces zones doit être évitée. 5.2.3 Principaux dispositifs
■ Comme nous venons de l’évoquer, le résultat d’un sondage élec-
trique est une coupe du sous-sol décrite à partir de la distribution La géométrie du quadripôle ABMN a été standardisée et quelques
des résistivités à la verticale d’un point donné. dispositifs seulement sont généralement utilisés.

2m Limons (100 .m)


Calcaire (700 .m)
Résistivité apparente (.m)

1 000
6m

100 Marnocalcaire (85 .m)

83 m
10 Argile (15 .m)
1 10 100 1 000
AB/3 (m)

a b

Pour le dispositif Wenner (§ 5.2.3) : AM = MN = NB = AB/3 Figure 12 – Sondage électrique (dispositif


Wenner) au-dessus d’un terrain à stratification
horizontale

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■ Il s’agit le plus souvent de dispositifs symétriques où les quatre Il est rare qu’une campagne de mesure ne consiste qu’en un seul
électrodes sont alignées : sondage électrique, en général plusieurs sondages sont réalisés et
● le dispositif Wenner : AM = MN = NB = a ; soit : k = 2πa l’interprétation de toutes les mesures doit conduire à un modèle
2 cohérent du sous-sol.
● le dispositif Schlumberger : MN << AM ; k = πAB /4MN
● le dispositif pôle-pôle (à 2 électrodes) est le plus simple ; N et B
À tous les stades de l’étude, il convient de s’assurer de la validité
sont fixes et loin devant AM : k = 2πAM de l’hypothèse de tabularité.
● dans les dispositifs dipôle-dipôle A et B ainsi que M et N sont
proches l’un de l’autre, tandis que AB et MN sont éloignés.
■ On utilise aussi parfois (pour les études d’anisotropie) un dispo-
5.3 Traîné et carte de résistivité,
sitif carré : A et B forment un côté du carré, M et N le côté opposé : panneaux électriques
AB = MN = a ; k = ( 2 + 2 )πa
5.3.1 Domaine et conditions d’application.
Résultat fourni
5.2.4 Organisation et découlement
■ La principale application en génie civil du traîné et des cartes de
d’une campagne résistivité est l’étude des variations de l’épaisseur et des propriétés
du terrain de recouvrement, zone d’altération, découverte pour les
■ La conception et la préparation d’une campagne de sondage élec- gisements de matériaux. D’une manière générale, ces techniques
trique consiste d’abord à vérifier que l’application d’une telle techni- aident la cartographie géologique en précisant la position des con-
que est bien indiquée : le terrain à reconnaître présente-t-il bien une tacts lithologiques ou tectoniques.
structure tabulaire et la résistivité des différentes couches est-elle
Les panneaux électriques sont une combinaison des techniques
caractérisée par des contrastes suffisants. La réponse à ces questions
de traîné et de sondage ; ils se ramènent à pratiquer des traînés
résulte de l’étude géologique préalable que l’on a réalisée.
électriques le long d’un seul profil avec des longueurs de lignes
Afin de prévoir l’allure des courbes de sondage électrique que croissantes. L’hypothèse de tabularité n’est pas nécessaire ; même
l’on risque d’obtenir sur le terrain et d’étudier leur sensibilité aux si l’interprétation quantitative peut être délicate, cette interprétation
variations de paramètres tels que la profondeur, l’épaisseur d’une peut conduire à une description du sous-sol en termes de variations
couche et sa résistivité, il peut être judicieux d’effectuer une modéli- de la résistivité dans une coupe verticale à l’aplomb du profil de
sation avec les éléments dont on dispose. Des logiciels de modéli- mesures. Si l’interprétation quantitative n’est pas possible, une
sation efficaces existent dans le commerce. interprétation qualitative peut être riche d’enseignements.
On peut alors définir le type de dispositif que l’on utilisera et en Cette méthode peut bien convenir lorsque l’on recherche des
déterminer la longueur maximale. karsts, des failles ou des vides. Dans le cas où ces hétérogénéités se
traduisent par des résistivités plus faibles que l’encaissant (par
■ Phase de mesure proprement dite.
exemple si les cavités sont noyées), la méthode présente une effica-
La longueur totale du dispositif devra être d’au moins six fois la pro- cité maximale. Si, au contraire, les hétérogénéités sont plus
fondeur d’investigation visée ; c’est un ordre de grandeur ; ce chiffre résistantes que l’encaissant, elle est moins efficace. En particulier,
peut varier en fonction de la structure et des propriétés du sous-sol ; il pour des cavités hors d’eau, la microgravimétrie (§ 3) est générale-
est déterminé plus précisément lors de la modélisation préalable. ment plus indiquée.
Afin d’optimiser la résolution, les longueurs successives des dis- La technique des panneaux de résistivité, souvent appelée tomo-
positifs devront être telles que l’on fasse au moins 5 mesures par graphie électrique, connaît beaucoup de succès depuis quelques
décade ; la longueur du dispositif entre deux mesures augmente années. En effet, les systèmes d’acquisition de données numériques
approximativement suivant une progression géométrique : la rai- permettent la réalisation pratiquement automatique du très grand
son de cette progression est de l’ordre ou inférieur à 1,5. nombre de mesures nécessaires à la construction d’un panneau.
La forme géométrique du dispositif doit être respectée au mieux : D’autre part, le logiciel RES2DINV mis au point par Loke [4] est lar-
en particulier, si le dispositif est rectiligne, il convient de ne pas gement distribué, il permet l’interprétation quantitative des pan-
dévier de plus de 10° par rapport à la droite de référence. La géomé- neaux en termes de résistivité en fonction de la profondeur sous
trie du dispositif (distances entre les électrodes) doit être connue chacune des électrodes, on obtient ainsi des coupes de résistivité
avec une précision meilleure que 5 % et les mesures des différences interprétée.
du potentiel V et d’intensité du courant I doivent être telles que le Ces coupes sont souvent très parlantes et riches d’enseignement.
rapport V/I soit connu avec une précision meilleure que 3 %. Elles ne représentent cependant pas une coupe exacte du sous-sol.
La mesure la plus délicate à réaliser est celle des différences de L’hypothèse de base de l’algorithme de calcul est que la résistivité
potentiel V. En effet, cette mesure est perturbée par le phénomène des matériaux ne varie pas dans la direction horizontale perpendicu-
de polarisation des électrodes et par l’existence de courants vaga- laire au dispositif d’électrodes. Cette hypothèse n’est jamais vérifiée
bonds dans le sous-sol. Toutes les précautions doivent être prises s’il existe des hétérogénéités très localisées. En revanche, la
pour que ces phénomènes perturbent la mesure le moins possible méthode décrit très bien les variations générales de la géologie du
et en tout état de cause pour que V soit supérieur à 0,5 mV. sous-sol (voir exemple de panneau interprété figure 13).
À la suite de la réalisation d’un sondage électrique, on peut tracer ■ Comme pour toutes les méthodes électriques, il faut que le ter-
la courbe de sondage en coordonnées bilogarithmiques rain présente des contrastes de résistivité et que les conditions de
(figure 12 a). mesures soient telles que le rapport signal/bruit soit suffisamment
important (§ 5.2.1). Il convient de prendre des précautions particuliè-
■ L’interprétation consiste à passer de la courbe de sondage électri- res en zones urbaines et industrielles où les courants électriques
que expérimentale à une coupe du sous-sol en termes de résistivités vagabonds peuvent perturber les mesures.
interprétées en fonction de la profondeur. Plusieurs modèles de ter-
rain permettent d’expliquer les mesures, c’est pourquoi l’interpréta- ■ Les résultats fournis par une campagne de mesures sont une
teur doit s’aider de toutes les informations qu’il possède sur le sous- combinaison de profils de résistivité apparente. Pour un traîné, un
sol pour lever les ambiguïtés (autres sondages électriques, résultats seul profil représente les résultats : on porte en abscisse la position
de diagraphies, de sondages destructifs ou carottés...). du dispositif de mesure (le quadripôle ABMN) et en ordonnée la

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Figure 13 – Panneau de résistivités


0 interprétées au-dessus d’un sous-sol constitué
de limon sur de la craie. Le forage indique la limite
limon-craie. Les limons et la craie ne présentent pas
de contraste de résistivité : le panneau ne met pas
l’interface en évidence. En revanche, la couche
superficielle résistante est précisément décrite ainsi
qu’une couche résistante à l’intérieur des limons,
10 m il s’agit d’une couche de lœss. Les deux galeries
(m) vides (rectangles blancs) n’ont aucune influence
sur le résultat des mesures et de l’interprétation.

5.3.2 Réalisation
120
Résistivité apparente (.m)

100 On mesure la résistivité apparente du sous-sol à partir d’un qua-


dripôle ABMN de taille et de forme fixes. On déplace ensuite ce qua-
80 dripôle le long d’une ligne droite pour réaliser un traîné, le long de
60 plusieurs lignes parallèles pour réaliser une carte. Nous avons vu (§
5.3.1) le principe des panneaux électriques.
40
20
5.3.3 Techniques voisines
0
0 50 100 150 200 250
Suivant le type de quadripôle choisi les techniques présentent des
Distance (m)
variantes.
a profil (traîné de résistivité apparente par courant continu) Pour de faibles profondeurs d’investigation (20 m au maximum)
le dispositif à deux électrodes ou pôle-pôle est le plus adapté ; seule
Distance (m) une électrode de courant (A) et une électrode de potentiel (M) sont
0 50 100 150 200 250 mobiles, les deux autres électrodes (B et N) sont fixes à une distance
Profondeur (m)

0 grande devant AM (plus de 20 fois AM).


Limon Pour de plus grandes profondeurs d’investigation, cela devient
5
Graves trop complexe et on utilise plutôt un dispositif Wenner pour le
10 traîné, les cartes et les panneaux.
Marnes Les dispositifs dipôle-dipôle, souvent utilisés pour les panneaux,
15 ne sont pas recommandés car ils conduisent à des résultats difficiles
Forage de à interpréter qualitativement.
contrôle
Un dispositif pôle-dipôle peut aussi être utilisé pour les panneaux.
b coupe du sous-sol

Figure 14 – Étude d’un gisement alluvionnaire 5.3.4 Organisation et déroulement


d’une campagne
résistivité apparente correspondante (figure 14 a). Sur la
figure 14 b, on a reporté, sous le profil, une coupe schématique du ■ La conception et la préparation de la campagne commence par la
sous-sol à l’aplomb du profil (graves recouvertes d’une couche de vérification du fait que la technique est bien indiquée pour résoudre
limons) qui peut expliquer les mesures. le problème posé. On vérifie en particulier que les contrastes de
résistivité sont suffisants pour que les cibles visées puissent être
Plusieurs traînés réalisés avec la même longueur de dispositif le
distinguées.
long de lignes parallèles permettent, par interpolation, de tracer en
plan une carte de résistivité apparente et de visualiser ainsi les Il s’agit ensuite de choisir le type de dispositif quadripôle ABMN à
variations latérales des propriétés du sous-sol. Lorsque plusieurs utiliser et ses dimensions. Une modélisation préalable peut être très
traînés sont réalisés sur la même ligne avec des longueurs croissan- utile.
tes des dispositifs de mesures, ils conduisent à autant de profils de ■ Concernant les mesures sur le terrain, avant de décider pour
résistivité apparente portés sur le même graphique. Cela permet de l’ensemble de la campagne la longueur des dispositifs, on vérifie,
visualiser qualitativement des variations horizontales et verticales d’abord, au moyen de quelques sondages électriques que la résisti-
des propriétés du sous-sol. vité apparente varie avec la longueur de ligne de la manière prévue
Ces résultats de mesures sont ainsi souvent représentés sous dans la phase de préparation. Ces tests permettent d’ajuster au
forme de panneaux. Il s’agit d’une représentation à trois mieux les longueurs de dispositifs effectifs.
dimensions : en abscisse, on porte la position du dispositif de Ensuite, les spécifications sont les mêmes que pour le sondage
mesure, en ordonnée sa longueur et au point défini dans le plan par électrique (§ 5.2.4) : connaissance de la géométrie des dispositifs à
une position et une longueur de ligne, on affecte, par un niveau de 5 % près au plus, la différence de potentiel doit être supérieure à
gris ou un code de couleur, la valeur de la résistivité apparente cor- 0,5 mV, le rapport potentiel/intensité doit être connu avec une pré-
respondante. Cette manière de faire apparaît séduisante, mais nous cision meilleure que 3 %. Les électrodes doivent être bien alignées.
ne la recommandons pas car on est souvent tenté de considérer ce
panneau comme une vraie coupe du sous-sol, ce qui est naturelle- ■ L’interprétation des mesures est avant tout qualitative, elle con-
ment faux et peut conduire à des interprétations complètement siste pour les traînés de résistivité et la carte de résistivité à identi-
erronées. fier des anomalies, des zones plus ou moins homogènes, à

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comparer les résultats avec des informations d’origine différente Exemple


(autres mesures géophysiques, sondages électriques, données Pour un matériau courant avec ρ = 100 Ω · m et εr = 4, on trouve
géologiques sur le terrain étudié) et à positionner des sondages fc = 45 MHz.
mécaniques (au wagon-drill ou à la pelle) dont les résultats croisés
avec les résultats des mesures électriques permettent d’affiner la Lorsque la fréquence de variation du champ électromagnétique
connaissance du sous-sol. est beaucoup plus petite que fc, on démontre que la valeur du
champ électromagnétique mesuré à la surface du sol dépend de la
Concernant les panneaux, après une interprétation qualitative soi- résistivité et non de sa permittivité. Les méthodes géophysiques
gnée, on peut tester une interprétation quantitative grâce par exem- correspondantes sont qualifiées de méthodes électromagnétiques
ple à des logiciels d’inversion qui sont fondés sur l’hypothèse que la en basses fréquences (méthodes em BF). Leur objectif est de déter-
résistivité ne varie que dans le plan vertical à l’aplomb de la ligne de miner la répartition des matériaux du sol à travers la variation de
mesure et non dans la direction perpendiculaire. On arrive ainsi à leur résistivité.
des coupes représentant la résistivité interprétée du sous-sol dans
un plan vertical. Ces coupes doivent être regardées avec un esprit Si la fréquence de variation du champ électromagnétique est plus
critique. Sans considérer qu’elles représentent effectivement bien le grande que fc, l’onde électromagnétique doit être considérée
sous-sol, elles peuvent servir à affiner l’interprétation (figure 13). comme se propageant dans le sol ; sa vitesse de propagation ne
dépend que très peu de la résistivité et elle dépend fortement de la
constante diélectrique. Les méthodes géophysiques correspondan-
tes sont qualifiées de méthodes électromagnétiques dans le
6. Magnétisme domaine de la propagation. Leur objectif est de déterminer la
répartition des matériaux du terrain principalement à travers les
(pour mémoire) variations de la permittivité. La plus connue de ces méthodes est le
radar géologique, mais d’autres méthodes existent dans ce
domaine, comme celles qui utilisent des ondes monochromatiques
de fréquence suffisamment élevée.
Le magnétisme est peu utilisé pour la reconnaissance en génie
civil. Cette méthode est fondée sur la détection d’anomalies du
champ magnétique terrestre. La seule application constatée en
génie civil est la recherche d’objets enfouis contenant beaucoup de 7.1.2 Méthodes électromagnétiques en basses
fer. Par exemple on peut vouloir vérifier qu’il n’y a pas d’épaves de fréquences
péniches métalliques au fond d’un fleuve, ou encore rechercher des
bombes non explosées, enfouies dans les sédiments avant la cons-
■ Source du champ électromagnétique à l’infini
truction d’un ouvrage portuaire.
Concernant l’étude des anciennes décharges, les méthodes élec- On mesure le champ électrique E et le champ magnétique H au
tromagnétiques du type dipôle-dipôle (§ 7.3) sont faciles d’emploi et même endroit et pour une fréquence donnée. Si le site a une struc-
très efficaces pour détecter les métaux mais la technique magnéti- ture stratifiée horizontale, le champ électrique en surface est hori-
que fondée sur la mesure d’un gradient vertical du champ magnéti- zontal (dans la direction de la source) et le champ magnétique est
que est très légère et conduit à une excellente résolution lors de la horizontal et perpendiculaire à E. Si, de plus, le terrain est
détection. Pour plus d’informations sur cette technique, on pourra homogène, alors les modules de E et H et la résistivité sont liés par
consulter « Le magnétisme et la prospection magnétique » de Ray- la relation :
mond Millon [5].
1 E2
ρ = ---------------- ------- (9)
2π µ 0 f H 2

7. Méthodes avec µ0 perméabilité magnétique du vide (µ0 = 4π · 10−7 H/m).


électromagnétiques Lorsque la structure du site est inconnue, la connaissance de E et
H permet, grâce à la formule (9), de définir la résistivité apparente
du terrain.
7.1 Principe de base D’autre part, dans un milieu conducteur, une onde électromagné-
tique s’atténue en profondeur ; les modules des champs E et H dimi-
nuent exponentiellement avec la profondeur (figure 15) :
7.1.1 Généralités
E(z) = E(0)exp(− z/p)
Il y a deux grands types de méthodes électromagnétiques suivant
H(z) = H(0)exp(− z/p)
les fréquences f de variation du champ électromagnétique observé.
On définit d’abord la fréquence caractéristique : avec z profondeur sous la surface du sol homogène et
de résistivité ρ,
1 σ 1 1 18 ⋅ 10 9 p profondeur de pénétration valant :
f c = ------- --- = ------- ------ = -------------------- (8)
2π ε 2π ρε ρε r
ρ ρ
p = ------------ = 503 --- (10)
avec σ conductivité du terrain, π µ0 f f
ε permittivité,
ρ résistivité, On conçoit facilement que la profondeur d’investigation d’une
méthode électromagnétique est d’autant plus grande que la profon-
εr permittivité relative. deur de pénétration est grande. Pour les méthodes où la source est

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Le champ secondaire est beaucoup plus petit que le champ pri-


maire (quelques millionièmes), mais il est déphasé de 90°, sa
mesure est donc assez facile. Le rapport HS /H P (ou HS/H T très peu
différent) est proportionnel à la conductivité σ du terrain.
La profondeur d’investigation dépend peu de la fréquence, sauf
E pour des résistivités inférieures à 10 Ω · m ou des conductivités
supérieures à 100 mS/m (la profondeur de pénétration est grande
devant les dimensions du dispositif). Elle dépend surtout de la dis-
p tance entre l’émetteur et le récepteur et de l’orientation des bobines
ρ (verticales ou horizontales).
H

Les méthodes dites dipôle-dipôle utilisent deux bobines sépa-


rées (il s’agit par exemple de la série des EM31, EM34 très con-
nues de la société canadienne GEONICS). Les méthodes
s’appliquent d’autant mieux que le sous-sol est conducteur
(rapport signal/bruit maximum) ou qu’il contient des hétérogé-
Figure 15 – Principe de la radiomagnétotellurique (radio-MT) néités conductrices.
Dans la même famille, on peut aussi ranger la technique dite
TDEM (méthode électromagnétique dans le domaine temporel).
La source est constituée par une boucle d’environ 100 m de dia-
mètre dans laquelle on fait circuler un courant continu que l’on
coupe brutalement. Le récepteur est une petite bobine à axe
vertical située au centre de l’émetteur. L’analyse de la
HS décroissance du courant induit dans le récepteur permet de cal-
Bobine réceptrice Bobine émettrice culer la répartition verticale de la résistivité des terrains, si le site
I a bien une structure tabulaire.

HP
7.1.3 Radar géologique

Une antenne placée à la surface du sol émet vers le bas une


impulsion électromagnétique brève (de l’ordre de 1 ns à quelques
nanosecondes). Celle-ci se propage d’abord dans l’air à la vitesse c
Courants induits par le champ primaire de la lumière ; lorsqu’elle parvient à la surface, une partie de l’éner-
gie correspondante est réfléchie, une autre partie est transmise et se
Figure 16 – Principe du dipôle-dipôle électromagnétique propage dans le sol à une vitesse :

à l’infini, on considère en général que la profondeur d’investigation


v = c εr
vaut à peu près la moitié de p.
Exemple
À chaque interface séparant deux matériaux caractérisés par des
Pour ρ = 100 Ω · m, p vaut 5 000 m à 1 Hz, 160 m à 1 000 Hz, 16 m permittivités différentes, une partie de l’énergie est réfléchie et une
à 100 kHz et 5 m à 1 MHz. autre transmise (figure 17 a).
Au moyen de la même antenne (mode monostatique) ou d’une
Deux méthodes relevant de cette catégorie sont d’usage deuxième antenne (mode bistatique), on enregistre en fonction du
courant : temps le signal remontant à la surface du sol (figure 17 b).
— la radiomagnétotellurique (radio-MT), dans laquelle on
mesure E et H pour des fréquences correspondant à celles des
émetteurs de radiodiffusion, entre 8 kHz et 1 MHz ;
— la méthode VLF dans laquelle on mesure l’inclinaison du
champ H par rapport à la verticale pour des fréquences corres- 1 2 3
pondant aux émetteurs VLF (entre 8 et 25 kHz).

■ Source du champ électromagnétique à distance finie


C’est en réalité une source de champ magnétique constituée
d’une bobine conductrice dans laquelle on fait circuler un courant
alternatif dont la fréquence peut varier entre quelques dizaines de
hertz et quelques dizaines de kilohertz. Le champ magnétique ainsi
créé est appelé champ primaire HP (figure 16) ; sa répartition dans
l’air (en absence de sous-sol conducteur) est parfaitement connue. a trois positions de l'antenne b schéma des signaux radar
Le terrain étant conducteur de l’électricité, le champ primaire y émetteur-récepteur en fonction du temps
à la surface du sol : pour les trois positions
induit la circulation d’un courant électrique qui, à son tour, est res- les rayons se réfléchissent
ponsable d’un champ magnétique appelé champ secondaire HS. Au sur une interface et une cavité
moyen d’une deuxième bobine, on mesure le champ total H T :
H T = HP + HS (11) Figure 17 – Principe du radar géologique

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Compte tenu de tous ces paramètres, la profondeur d’investi-


Position du radar (m)
gation peut aller de 0 à quelques mètres dans les cas les plus cou-
0 50 100 150 200
0 rants. Elle peut exceptionnellement atteindre quelques dizaines
de mètres dans la glace, du sable sec, du rocher très sain.
160

320
7.2 Radio-magnétotellurique
480

t (ns)
7.2.1 Domaine et conditions d’application.
Résultat fourni
La ligne épaisse correspond à la nappe phréatique. On remarque
au-dessus des figures soulignant les stratifications entrecroisées.
■ La radio-magnétotellurique (radio-MT) sert à préciser l’étude
géologique d’un site. C’est, en particulier, une technique bien indi-
Figure 18 – Coupe-temps radar sur une dune (d’après S. Tillard) quée pour identifier des contacts à faible profondeur (contact
géologique incliné, contact par faille) et à en préciser la position.
Bien adaptée à la cartographie, c’est aussi une technique à grand
■ Lorsque le radar est déplacé le long d’un profil rectiligne, la juxta- rendement qui permet de reconnaître de grands tracés linéaires
position des enregistrements successifs forme une section radar ou (routes, voies ferrées, tranchées, canaux, tranchées) où elle aide
coupe-temps (figure 18). Sur cette dernière, la coordonnée horizon- notamment à prendre des décisions en matière de terrassements.
tale est la position du radar le long du profil, la coordonnée verti- Comme la prospection électrique par courant continu (§ 5), elle per-
cale, orientée vers le bas, est le temps. Une coupe-temps met en met de cartographier les variations d’épaisseur ou de nature (à
évidence les corrélations entre les différents signaux. Elle repré- l’aide de forages qui aident à caler l’interprétation) des matériaux
sente une image déformée des terrains. altérés avant exploitation d’une carrière...

■ La profondeur d’investigation dépend de deux paramètres ■ La radio-MT pour être applicable nécessite que deux conditions
principaux : soient remplies : les formations géologiques que l’on désire distin-
guer doivent présenter un contraste de résistivité suffisant le long
● Durée de l’impulsion. Plus l’impulsion initiale est brève, plus des profils où les mesures sont réalisées puisque le but de la radio-
vite elle est atténuée par les matériaux du sol. Au contraire, plus elle MT est de décrire les variations de la résistivité du sous-sol le long
dure, plus elle se propage profondément. La durée de l’impulsion de profils horizontaux ou en plan ; la résistivité apparente étant
dépend du choix des antennes, qui ont une taille égale à environ la mesurée grâce à l’interaction entre une onde électromagnétique,
moitié de la longueur de l’onde dans l’air correspondant à la fré- émise par un émetteur de radio-diffusion, et le sous-sol à une fré-
quence centrale de l’impulsion émise. On choisit donc l’antenne en quence comprise entre 8 kHz et 1 MHz, il est indispensable que les
fonction de la profondeur d’investigation visée. Les antennes sont conditions de réception des ondes radio soient bonnes dans l’une
définies par la fréquence centrale du signal émis ; celle-ci va de au moins des bandes VLF, grandes ondes et ondes moyennes, celle-
quelques dizaines de mégahertz à quelques gigahertz. L’augmenta- ci étant choisie en fonction des résistivités des matériaux et de
tion de la profondeur d’investigation se fait au détriment de la réso- l’ordre de grandeur de la profondeur d’investigation souhaitée.
lution. Il y a donc un compromis à trouver. Les conditions de mesure doivent être bonnes : les mesures sont
● Propriétés intrinsèques des matériaux. Pour un matériau idéal perturbées par les masses métalliques proches de l’appareil (clôtu-
dont la résistivité ne dépendrait pas de la fréquence, on définit la res grillagées) et les matériaux métalliques enterrés. La technique
longueur caractéristique : peut être utilisée pour détecter les objets métalliques enterrés, mais,
si ce n’est pas le but de l’étude, la présence de ces derniers peut
masquer l’effet des autres propriétés du sous-sol. La radio-MT doit
ρ
L c = ---------- εr (12) donc être employée avec prudence en milieu urbain. D’autre part,
60π une surface topographique irrégulière (sillons dans un champ
labouré par exemple) peut causer des perturbations qui rendent la
Dans un tel matériau, l’amplitude de l’onde électromagnétique radio-MT inapplicable.
s’atténue de manière exponentielle au cours de sa propagation :
■ Le résultat d’une campagne de radio-MT se présente sous la
A = A0 exp(− z/Lc) (13) forme de profils de résistivité apparente obtenue à une fréquence
donnée (figure 19). Les profils peuvent être éventuellement assem-
avec A amplitude après une propagation sur un trajet z blés sous la forme de cartes de résistivité qui mettent en évidence
d’amplitude initiale A0. les variations latérales de la résistivité du sous-sol sur une épaisseur
dont l’ordre de grandeur dépend de la fréquence et de la résistivité
Exemple des matériaux (la moitié de la profondeur de pénétration de l’onde,
Lc vaut quelques centimètres pour de l’argile (l’onde ne peut prati- § 7.1.2).
quement pas se propager) à quelques mètres pour les matériaux peu La profondeur d’investigation peut varier de 1 m (ondes moyen-
conducteurs d’électricité. Lc est infinie dans l’air. nes, terrains très conducteurs) à quelques dizaines de mètres
(ondes VLF, matériaux électriquement résistants). En pratique, elle
Les formules (12) et (13) montrent que les matériaux conducteurs est rarement supérieure à 20 m.
de l’électricité se prêtent moins bien à l’investigation par radar
géologique que les matériaux électriquement résistants.
En pratique, ρ dépend un peu de la fréquence ; la résistivité dimi- 7.2.2 Réalisation
nue quand la fréquence augmente, cela explique que la profondeur
d’investigation est plus grande à basse fréquence (impulsion longue) On mesure à la surface du sol au moins une composante
qu’à haute fréquence (impulsion plus brève). Le phénomène est aussi horizontale du champ électrique (E) et la composante horizontale
dû au fait qu’à basse fréquence les antennes sont plus grandes. perpendiculaire du champ magnétique (H) issus d’un émetteur de

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7.2.3 Autres applications. Techniques voisines

La radio-MT peut être utilisée en site aquatique en eau douce, par


exemple pour étudier le matériau formant le fond d’un cours d’eau
en vue de sa traversée par un forage dirigé. Le matériel étant peu
volumineux (environ 2 m de long), on réalise des profils en travers
d’une rivière. La résistivité apparente dépend des variations de la
profondeur de l’eau, mais si on la mesure (ainsi que sa résistivité),
on sait calculer la correction de l’effet de l’eau. Il faut simplement
vérifier que la profondeur de la rivière est plus petite que le tiers de
la profondeur de pénétration dans l’eau.
Concernant les profils en long dans un cours d’eau ou l’étude des
sédiments formant le fond d’un lac, il vaut mieux avoir recours à
une technique de prospection électrique par courant continu en site
aquatique, car alors l’interprétation quantitative est souvent
possible (§ 5).

7.2.4 Organisation et déroulement


d’une campagne de radio-magnétotellurique

■ Il convient d’abord de vérifier que la technique radio-MT est bien


indiquée pour résoudre le problème ; il faut donc vérifier qu’il existe
Figure 19 – Carte de résistivité apparente radio-MT sur des remblais bien des contrastes de résistivité entre les différents matériaux que
anthropiques mettant en évidence les différents matériaux l’on veut distinguer, que les émetteurs de radiodiffusion que l’on
de remblai (d’après A. Hollier-Larousse) peut capter dans la zone d’étude sont suffisamment puissants pour
que le rapport signal/bruit soit acceptable et que les fréquences dis-
ponibles soient compatibles avec les profondeurs d’investigation
recherchées.
On prévoit ensuite la direction des profils et le mode de position-
nement de l’appareil de mesure.

■ Au moment des mesures, on prendra garde à contrôler en temps


réel le niveau des signaux reçus et l’évolution de la résistivité appa-
rente sous forme de profils analogiques, l’acquisition des données
(champ E, champ H, position) étant numérique. Le capteur de champ
électrique doit être orienté dans une direction qui ne dépasse pas un
angle d’une vingtaine de degrés par rapport à celle de l’émetteur. Le
capteur de champ magnétique doit être maintenu dans la direction
perpendiculaire à celle du capteur de champ électrique.
On vérifie que l’ordre de grandeur des résistivités apparentes est
proche de celui qui était prévu et que les profondeurs de pénétra-
tions sont celles que l’on attendait.
Figure 20 – Appareil de radio-MT. Le capteur de champ magnétique
est la double spire de cuivre dans la partie supérieure, le capteur Le traitement des données consiste à tracer les profils et les car-
de champ électrique est situé entre les deux roues, il est constitué tes de résistivité apparente.
de deux pôles capacitifs
La première phase de l’interprétation est qualitative : elle con-
siste à identifier les zones homogènes du point de vue de leur résis-
radiodiffusion pour des fréquences inférieures à 2 MHz (cf. tivité apparente et à les relier à des matériaux ou des formations
figure 20). La connaissance de ces deux grandeurs ainsi que celle géologiques ainsi qu’à positionner les contacts, mettre en évidence
de la fréquence permet de calculer la résistivité apparente du sous- des anomalies. Il est exceptionnel que, à cette phase, l’interprétation
sol (§ 7.1.2). quantitative soit possible (exception : pour un matériau conducteur
On peut aussi mesurer toutes les composantes du champ électro- de résistivité connue sur un substratum isolant, on sait alors passer
magnétique ainsi que leurs écarts de phases. de la résistivité apparente à l’épaisseur de recouvrement – granite
altéré sur granite, argile sur calcaire franc).
Cependant, en génie civil, les modules des deux composantes E
et H sont généralement suffisants. On se sert donc des profils et des cartes pour implanter des son-
dages mécaniques (un par zone identifiée). L’interprétation des son-
L’interprétation quantitative des cartes et des profils seuls est rare- dages mécaniques peut être extrapolée partout dans la zone d’étude
ment possible. L’interprétation consiste à délimiter des zones (profil ou carte). L’interprétation simultanée des données de la radio-
homogènes du point de vue de la résistivité apparente (donc MT et des sondages mécaniques conduit donc à une connaissance
souvent homogènes du point de vue de leur nature et de l’épaisseur qualitative (en termes de nature de matériaux) et quantitative (en
des matériaux), à y implanter des forages permettant d’identifier les termes d’épaisseurs et de limites des formations) de la géologie de
matériaux. On étend ensuite les résultats des forages à l’ensemble la zone connue.
des zones délimitées. Si seule l’épaisseur d’une formation varie,
alors l’interprétation quantitative devient possible en tenant compte Les résistivités serviront alors à aider à l’organisation des terras-
à la fois de la résistivité apparente mesurée et des données de sements, à la décision de l’ouverture d’une carrière, à guider son
forages. exploitation, etc.).

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7.3 Dipôle-dipôle électromagnétique sondages électriques et les sondages électromagnétiques et l’inter-


prétation simultanée des deux types de mesures conduit à des
résultats plus fiables que les interprétations séparées.
7.3.1 Domaine et conditions d’application.
Résultat fourni
7.3.2 Applications
■ Les techniques de type dipôle-dipôle électromagnétique sont uti-
lisées lorsque l’on veut préciser l’étude géologique d’un site. Les Les noms donnés à ces techniques sont souvent les noms
mesures étant très sensibles à la présence d’hétérogénéités conduc- commerciaux des constructeurs et comportent souvent les deux
trices, elles permettent de positionner les contacts géologiques lettres EM suivies d’un nombre. Le terme SLINGRAM est aussi
entre matériaux de conductivités contrastées. employé.
Suivant la conception particulière du matériel, les techniques de
mise en œuvre et les applications peuvent être différentes.
● La distance bobine émettrice-bobine réceptrice est constante
7.3.3 Organisation et déroulement
(entre 1,5 et 3 ou 4 m). Les deux bobines sont aux extrémités d’une d’une campagne
tige que l’on peut porter au moyen d’une bretelle posée sur l’épaule.
Le système peut se déplacer facilement à pied sur le terrain, même ■ On vérifie d’abord que la méthode choisie est bien indiquée,
si la configuration du site fait qu’il n’est pas accessible avec un véhi- c’est-à-dire que les contrastes de conductivités existent entre les
cule, et on peut réaliser des mesures point par point. Le rendement matériaux que l’on désire distinguer. En particulier le sous-sol
dépend de la maille de mesure. La profondeur d’investigation est de devrait comporter des matériaux de résistivité inférieure à 100 Ω · m
l’ordre de quelques mètres au maximum. Cette technique est bien (conductivités supérieures à 0,01 S/m ou 10 mS/m).
adaptée à l’aide à la cartographie géologique en surface. Comme
Le mode de mesure (sans contact) est tel que le terrain peut être
elle est très sensible à la présence de métaux, elle peut aussi servir
difficile d’accès (buissons, sous-bois, terrains cultivés), sans que
à les détecter (en particulier dans les décharges).
cela soit une contre-indication. C’est un avantage important de ces
● La distance bobine émettrice-bobine réceptrice est variable, de techniques.
quelques mètres à quelques dizaines de mètres. Il faut alors deux
opérateurs (un par bobine). On peut réaliser des sondages électro- ■ Au moment des mesures, il convient de s’assurer de leur
magnétiques en termes de conductivité en fonction de la profon- répétitivité en établissant une base de référence où l’on repasse de
deur avec une profondeur d’investigation qui peut dépasser dix temps en temps (par exemple au début et à la fin de la campagne).
mètres, ou encore faire des profils ou des cartes de résistivité pour
■ L’interprétation est d’abord qualitative ; on identifie les zones où
plusieurs profondeurs d’investigations.
la conductivité apparente est constante (dans le cas des profils et
Là encore l’application est la cartographie géologique et l’étude des cartes) et on les confronte au contexte géologique. Dans les cas
des matériaux de recouvrement ainsi que des variations de leur où cela est possible (modèles bi-couches de terrain), on peut, par
épaisseur. Le rendement est naturellement plus faible que dans le modélisation, calculer des épaisseurs. Les résultats doivent être
cas précédent, mais cet inconvénient est compensé par l’augmenta- considérés avec précaution et confrontés à des sondages
tion de la profondeur d’investigation et des informations dépendant mécaniques. On identifie aussi les contacts entre matériaux ou for-
de la profondeur. mations géologiques différents.
■ Dans la méthode TDEM (électromagnétique dans le domaine Si l’on a employé la méthode TDEM, on calcule les conductivités
temporel), la boucle émettrice est un câble posé sur le sol et formant en fonction de la profondeur après s’être assuré qu’un modèle tabu-
un carré d’environ 100 m de côté. La bobine réceptrice est au centre, laire du sous-sol était acceptable. On confronte les résultats avec
elle aussi à axe vertical et reliée au dispositif électronique d’enregis- d’autres informations (sondages mécaniques, sondages électriques
trement. On envoie un courant dans la boucle émettrice pendant un en courant continu, sismique...) pour contraindre l’interprétation.
temps court et on enregistre le champ magnétique au centre de la
boucle en fonction du temps après la coupure du courant primaire.
Il s’agit d’une méthode de sondage qui, si le sous-sol présente une
structure tabulaire, permet de connaître la conductivité en fonction 7.4 Radar géologique
de la profondeur sur quelques dizaines de mètres (mais, pour les
premiers mètres nous n’avons pas de réponse).
■ Les conditions d’application sont les suivantes : d’abord il doit
7.4.1 Domaine et conditions d’application.
exister des contrastes de conductivités entre les matériaux que l’on Résultat fourni
désire distinguer, de plus, ces techniques étant très sensibles à la
présence de masses métalliques, si le but n’est pas de les détecter, Le radar géologique sert surtout à détecter les réseaux (câbles,
celles-ci interdisent pratiquement leur utilisation en milieu industriel canalisations) enterrés, mais ses applications peuvent être variées :
ou urbain. préciser la géologie superficielle, étudier la fracturation, détecter les
Les résultats sont des profils, des cartes qui décrivent le terrain cavités souterraines à faible profondeur. C’est un outil de contrôle
par l’intermédiaire de sa conductivité sur une épaisseur qui dépend non destructif des ouvrages (chaussées, pistes d’aéroports, ouvra-
de la configuration des bobines et des fréquences. Ceci dans le cas ges en béton, soutènements de tunnels). C’est une des meilleures
où on travaille avec des paires de bobines séparées. techniques pour la géophysique en site urbain.
Dans le cas de la technique TDEM, le résultat est une coupe du Fondé sur la propagation des ondes électromagnétiques dans les
sous-sol sous forme de variation de la conductivité en fonction de la matériaux à des fréquences variant de quelques dizaines de méga-
profondeur. hertz à 3 GHz, le radar géologique ne peut être efficace que si les
ondes ne sont pas absorbées trop vite par les matériaux. Ceux-ci
■ Il est important de noter que, comme en sondage électrique par doivent donc être aussi peu conducteurs de l’électricité que possi-
courant continu, l’interprétation des mesures en termes de variation ble. Plus le matériau est électriquement résistant, plus les ondes se
des propriétés du sous-sol en fonction de la profondeur n’est pas propagent facilement et plus la profondeur d’investigation est
unique si l’on ne dispose pas d’informations complémentaires. importante. En pratique on considère que si la résistivité est
Cependant, les causes d’incertitude ne sont pas les mêmes pour les inférieure à 100 Ω · m, l’utilisation du radar géologique devient

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aléatoire. Elle est impossible dans les matériaux de résistivité des matériaux à pénétrer (en particulier ne sont-ils pas de trop bons
inférieure à 50 Ω · m. Ceci exclut l’emploi du radar géologique dans conducteurs de l’électricité ?). À ce stade il est possible qu’une
les sous-sols argileux. modélisation puisse aider à répondre à ces questions. Le type
Naturellement, les phénomènes que l’on désire mettre en d’antennes que l’on emploie détermine la durée des impulsions
évidence doivent être caractérisés par un contraste de propriétés émises et donc la bande de fréquences dans laquelle elles se propa-
électromagnétiques (constante diélectrique, permittivité gent. Compte tenu de la taille et de la profondeur des cibles et de la
magnétique). nature des matériaux, on choisit les antennes les plus adaptées,
ainsi que le mode de travail (mono ou bistatique).
La profondeur d’investigation est de quelques mètres. Elle
dépend des fréquences (plus la fréquence est basse, plus grande est Exemple
la profondeur d’investigation) et des propriétés d’absorption du Pour mesurer en continu l’épaisseur des couches de chaussées on
matériau. L’augmentation de la profondeur d’investigation se fait pourra travailler avec des antennes cornets de 2,5 GHz ; si l’on cherche
aux dépens de la résolution. À titre d’exemple la profondeur à détecter une grande cavité à 5 m de profondeur dans un calcaire
d’investigation peut être nulle dans un sol argileux, de plusieurs franc, on choisira des antennes à 100 MHz...
dizaines de mètres dans la glace ou des sables très secs.
Il faut aussi implanter les profils, choisir le pas d’échantillonnage
et la durée de l’enregistrement.
7.4.2 Réalisation
■ Pendant les mesures, il faut contrôler graphiquement en temps
Une antenne est tournée vers le sol (posée en surface ou à quel- réels les enregistrements qui sont par ailleurs numériques. Repérer
ques centimètres ou décimètres) et émet vers le sol une impulsion précisément les profils et la position du radar le long de ceux-ci. Des
électromagnétique pendant un temps qui peut varier de moins mesures d’étalonnage pour évaluer les vitesses des ondes dans le
d’une nanoseconde (10−9 s) à un peu plus de 10 ns. L’impulsion se sous-sol sont aussi réalisées (par exemple en mode bistatique en
propage dans l’air vers le bas, une partie de l’énergie se réfléchit à la écartant les antennes autour d’un point milieu fixe, ou encore au
surface du sol, une autre partie y pénètre et s’y propage (figure 17). moyen de sondages mécaniques pour déterminer des profondeurs
À chaque interface caractérisée par un contraste de propriétés élec- d’interfaces que l’on compare aux temps des trajets aller-retour des
tromagnétiques, une partie de l’énergie est réfléchie et remonte vers ondes entre la surface et les interfaces identifiées).
l’antenne réceptrice en surface (elle peut être confondue avec
l’antenne émettrice – mode monostatique – ou distincte de celle-ci – ■ Le traitement des données est parfois réalisé en temps réel
mode bistatique). On enregistre le signal reçu à l’antenne réceptrice (contrôle automatique des gains, filtrages temporels et spatiaux), ce
en fonction du temps. qui peut être suffisant pour obtenir une coupe-temps directement
L’appareil est alors déplacé et le processus est recommencé. On interprétable.
juxtapose les signaux reçus aux différents points d’un profil et l’on
obtient ainsi une image – appelée coupe-temps ou section radar – Il peut aussi être réalisé au laboratoire sur des données numéri-
qui représente la réponse du sous-sol le long du profil considéré ques pour améliorer les coupes-temps (filtrages, convolution, calcul
(figure 18). Les corrélations qui apparaissent entre les différents des coupes-profondeurs à l’aide des étalonnages en vitesse et au
signaux juxtaposés mettent en évidence la structure du sous-sol ou moyen de processus qu’on appelle des migrations), etc.
l’existence d’hétérogénéités en son sein sous la forme de figures
(lignes, hyperboles, courbes...) sur la coupe-temps. Le temps de ■ L’interprétation consiste à identifier dans les coupes-temps les
trajet correspondant à une figure est d’autant plus grand que la phénomènes que l’on peut relier à la structure du sous-sol ou à la
structure qui en est la cause est plus profonde. L’interprétation des nature des matériaux traversés. À déterminer la présence, la forme
coupes-temps consiste à identifier les structures (canalisations, ou la profondeur des objets identifiés. Plusieurs coupes-temps réa-
fractures, couches géologiques, couches de chaussées, armatures lisées à des fréquences différentes peuvent apporter des informa-
dans le béton, cavités...), éventuellement à trouver leur profondeur, tions complémentaires pour préciser l’interprétation.
déterminer leur forme, etc.
Certains doutes peuvent être levés grâce à l’interprétation de son-
dages mécaniques judicieusement placés ou de tranchées (souvent
7.4.3 Autres applications. Techniques voisines préférables compte tenu des faibles profondeurs d’investigation du
radar).
Le terme de radar géologique, même s’il tend à s’imposer, n’est
pas très fixé, on parle aussi simplement de radar (risque de confu-
sion avec le radar atmosphérique), de radar géophysique, de géora-
dar, mais ce dernier terme est un nom déposé.
Le radar géologique de forage et la tomographie électromagnéti-
8. Radioactivité
que sont des techniques voisines de géophysique de forage
(cf. [C 225]).
(pour mémoire)
Les radars aéroportés ou portés par des satellites sont aussi utili-
sés pour la reconnaissance en génie civil mais, là, on est dans le
Les propriétés de radioactivité des matériaux sont mises à profit
domaine des reconnaissances extensives et l’on détermine plutôt
dans le domaine de la reconnaissance en génie civil presque uni-
les propriétés de réflectivité de la surface du sol, ce qui peut en par-
quement sous la forme de diagraphies (diagraphies de radioactivité
ticulier servir à mettre en évidence des structures géologiques.
naturelle et diagraphies de radioactivités provoquées : γ – γ pour
mesurer la masse volumique en place des matériaux, neutron-neu-
tron pour mesurer leur teneur en eau in situ) (cf. [C 225]).
7.4.4 Organisation et déroulement
d’une campagne En géophysique de surface, seule la mesure de la teneur en radon
des gaz piégés dans la terre végétale est parfois réalisée dans le but
■ On commence par vérifier que le recours au radar géologique de détecter des cavités souterraines (dont la présence provoque le
permet bien de résoudre le problème posé compte tenu de la pro- dégagement de radon du matériau encaissant). Cette méthode n’est
fondeur et des dimensions des structures à détecter, de la nature pas très développée.

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_________________________________________________________________________________________________ GÉOPHYSIQUE APPLIQUÉE AU GÉNIE CIVIL

Références bibliographiques

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tique. BRGM, Compagnie Générale de Ponts et Chaussées, Paris, 91 pp (2005). sées, p. 42-63 (2006).
Géophysique (CGG), Compagnie de Prospec- [4] LOKE (M.H.). – Res2dlnv, logiciel d’inversion
tion Géophysique Française (CPGF), Réseau [3] BALTAZART (V.), ABRAHAM (O.), LEPAROUX des mesures de résistivité par la méthode
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(LRPC), géré par AGAP-Qualité, diffusé par (J.) et DURAND (O.). – Utilisation des ondes TRUMENT, Orléans (1996).
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cavités souterraines sous voies ferrées, in magnétique. Les Cahiers de l’AGAP No 1,
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