Calcul Différentiel et Intégral en Biologie
Calcul Différentiel et Intégral en Biologie
Benoit Dionne
Université d’Ottawa
© Benoit Dionne, 2023 (Université d’Ottawa)
Version adaptée de Calcul différentiel et intégral pour les sciences de la vie, manuel pour les
cours MAT1730 et MAT1732, et des notes pour les cours MAT1720, MAT1722 et MAT2722
de calcul différentiel et intégral pour l’ingénierie.
Ce document est disponible aux endroits suivants :
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Sauf indication contraire, ce livre est mis à disposition selon les termes de la licence Creative
Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions
4.0 International (CC BY-NC-SA 4.0)
Page couverture:
Statue de Hans Lipperhey, Pays-Bas, 1570-1619, photo par Louise Oegema.
Un étang, photo par Patrice Dionne.
Entêtes des chapitres:
Les images utilisées pour les entêes des chapitres sont quelques unes des illustrations pro-
duites par John Tenniel pour la version originale du livre Alice’s Adventures in Won-
derland par Lewis Carroll.
Table des matières
Avant-propos xiii
Chapitre 1 Fonctions 1
i
ii TABLE DES MATIÈRES
2.1. Suites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
2.2. Séries . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
2.2.1. Tests de convergence r . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
2.2.2. Convergence absolue et séries alternées r . . . . . . . . . . . . . . 66
x
2.3. Le nombre e et la fonction e . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
2.3.1. Fonctions hyperboliques r . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
2.4. Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
2.4.1. Suites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
2.4.2. Séries . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
2.4.3. Tests de convergence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
2.4.4. Convergence absolue et séries alternées . . . . . . . . . . . . . . . . 77
3.1. Limites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
3.1.1. Epsilon et delta Y . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
3.1.2. Règles pour évaluer les limites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
3.2. Fonctions continues . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
3.2.1. Epsilon et delta Y . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
3.3. Quelques propriétés des fonctions continues . . . . . . . . . . . . . . . 93
3.4. Limites à l’infini et limites infinies . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
3.4.1. Des définitions plus pratiques Y . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
3.4.2. Comportement asymptotique semblable + . . . . . . . . . . . . . . 106
3.5. Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
3.5.1. Limites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
3.5.2. Fonctions continues . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
3.5.3. Limites à l’infini et limites infinies . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110
Bibliographie 1013
Index 1015
Avant-propos
xiii
xiv Avant-propos
systèmes dynamiques continues sont des systèmes d’équations différentielles. Ils sont utilisés
entre autre pour modéliser les réactions chimiques, la croissance des populations et leurs
mouvements, etc.
Avertissement : Les modèles biologiques utilisés dans les exemples et les questions ne
représentent pas toujours des situations réelles. Pour obtenir des modèles mathématiques
qui soient intéressants et utilisent la théorie présentée dans les notes, tout en étant acces-
sibles pour le niveau du cours, nous avons dû créer des modèles qui ne sont pas basés sur
des données scientifiques. Nous avons quand même essayé d’obtenir des modèles qui soient
qualitativement valables.
Le manuel contient deux courts chapitres, le chapitre 9 sur les vecteurs et le chapitre 11
sur les représentations paramétriques de courbes dans le plan et dans l’espace. Le chapitre 9
sur les vecteurs contient beaucoup plus d’information que nécessaire. Cependant, ce chapitre
est une bonne préparation pour l’étude des fonctions de plusieurs variables. Le chapitre 11
est fondamental pour l’étude des systèmes d’équations différentielles au chapitre 14.
Théorie
Les items marqués par le symbole Y sont spécifiquement pour les lecteurs intéressés à la
théorie et la rigueur en mathématique. Plusieurs de ces items demandent une connaissance
du concept de « démonstration » que la majorité des étudiants du secondaire n’auront pro-
bablement pas vu. Ces items sont optionnels. Ils sont pour les lecteurs curieux qui voudrait
en savoir plus sur les méthodes enseignées en classe.
Notation
Définition
Les ensembles suivants seront fréquemment utilisés dans le présent document.
• N = {0, 1, 2, 3, . . .} est l’ensemble des nombres naturels.
• N+ = {1, 2, 3, . . .} est l’ensemble des nombres naturels positifs.
• Z = {0, 1, −1, 2, −2, 3, −3, . . .} est l’ensemble des nombres entiers.
• Q est l’ensemble des nombres rationnels ; c’est-à-dire, les nombres de la forme
n/m où n, m ∈ Z et m 6= 0.
• R est l’ensemble des nombres réels.
En français, la virgule est utilisée pour séparer la partie entière de la partie décimale d’un
nombre et nous utilisons un espace pour séparer les multiples de 103 . Ainsi,
456
105 456 263, 456 = 105 × 106 + 456 × 103 + 263 + .
1000
Cependant, dans le présent document, nous utiliserons la notation anglaise. Le point sépare
la partie entière de la partie décimale d’un nombre et la virgule sépare les multiples de 103 .
xvi Avant-propos
Avertissement
Les notes de cours que vous avez devant vous représente un ouvrage inachevé, qui est en
constante évolution. Il ne faut donc pas être surpris d’y retrouver des fautes d’orthographe,
des coquilles, etc. Les corrections seront apportées au cours du temps suite aux commentaires
des lecteurs. L’auteur prend entière responsabilité des erreurs ; comment pourrait-il faire
autrement ?
Remerciements
J’aimerais remercier Yves Bourgault, Wadii Hajji et Monica Nevins, des collègues de
travail, dont les suggestions ont améliorées la présentation de la matière.
De plus, j’aimerais remercier Paméla Touchette-Giroux pour son excellent travail de ré-
vision des textes pour la première édition de ces notes. Il n’en reste pas moins que je prends
toute la responsabilité pour les fautes présentes dans le texte.
Fonctions 1
Ce chapitre présente les objets fondamentaux sur lesquels nous allons travailler dans les
prochains chapitres. Ces objets sont les fonctions. Les principales propriétés des fonctions sont
aussi définies dans ce chapitre. Nous terminons le chapitre avec une introduction à quelques
unes des fonctions de base : les fonctions trigonométriques, exponentielles et logarithmiques.
Les fonctions exponentielles sont définies de façon intuitive dans ce chapitre. Elles sont revues
de façon plus rigoureuse au chapitre suivant.
Définition 1.1.1
Une fonction f est une opération d’un ensemble X à un ensemble Y qui, à chaque
élément de X, associe un seul élément de Y . Nous écrivons f : X → Y pour désigner
une fonction f de X dans Y .
Exemple 1.1.2
À la figure 1.1, nous définissons à l’aide d’un diagramme une fonction f d’un ensemble X
de pays à un ensemble Y de villes. La fonction f donne la capitale du pays. À chacun des
pays de X est associé une seule ville dans Y qui est sa capital.
Il n’est pas nécessaire que toutes les villes de Y soient des capitales de pays. Par exemple,
Toronto n’est pas la capitale d’un pays mais d’une province.
Nous écrivons
♣
Exemple 1.1.3
Le tableau suivant définit une fonction g qui, à chaque nombre entier plus grand que 1 (ligne
du haut), associe les diviseurs premiers de ce nombre entier (ligne du bas).
La fonction g est donc une fonction qui va de l’ensemble X des nombres entiers plus grand
que 1 à l’ensemble Y des ensembles de nombres premiers.
1
2 1. Fonctions
X f Y
Canada Ottawa
Angleterre Londres
France Toronto
Allemagne Paris
Berlin
Nous écrivons
♣
Exemple 1.1.4
La fonction h qui suit est définie à l’aide d’une expression algébrique.
h(x) = x3 − 2x + 1 .
La fonction h est définie pour tout x ∈ X = R (l’ensemble des nombres réels) et donne une
seule valeur h(x) ∈ Y = R. Nous disons alors que h est une fonction de R dans R que nous
dénotons h : R → R.
Nous écrivons
Pour la valeur h(π), les points de suspension après le dernier 0 indiquent qu’il y a une infinité
de chiffres qui suivent.
Dans l’expression
y = h(x) = x3 − 2x + 1 ,
la variable x est appelée la variable indépendante et la variable y est appelée la variable
dépendante car elle dépend de x. ♣
Définition 1.1.5
Si f est une fonction qui va d’un ensemble X à un ensemble Y , nous définissons le
graphe de la fonction f comme étant l’ensemble
Pour une fonction qui va de R dans R, il est plus fréquent de représenter le graphe de
cette fonction par la courbe du plan cartésien qui est tracée par l’ensemble des points du
graphe. Le graphe est donc un sous-ensemble du plan cartésien.
1.2. Image et domaine d’une fonction 3
Exemple 1.1.6
Nous retrouvons à la figure 1.2 la représentation dans le plan cartésien du graphe de la
fonction h définie à l’exemple 1.1.4. ♣
Définition 1.2.1
L’image d’une fonction f qui va d’un ensemble X à un ensemble Y est l’ensemble des
éléments y ∈ Y pour lesquelles il existe au moins un élément x ∈ X tel que f (x) = y.
Nous écrivons
Exemple 1.2.2
Pour l’exemple 1.1.2, l’image de f est l’ensemble
Im f = {Berlin, Londres, Paris, Ottawa} .
♣
Remarque 1.2.3
Pour l’exemple 1.1.3, nous ne connaissons pas tous les éléments de l’image de g et il n’existe
pas de formule pour les générer. ♠
Exemple 1.2.4
Pour l’exemple 1.1.4, l’image de h est l’ensemble des nombres réels comme nous pouvons le
constater à partir du graphe de h à la figure 1.2. Nous écrivons
Im h = R .
4 1. Fonctions
Définition 1.2.5
Le domaine d’une fonction f qui va d’un ensemble X à un ensemble Y est l’ensemble
X sur lequel la fonction f est définie. Nous écrivons
Dom f = X .
Exemple 1.2.6
Pour l’exemple 1.1.2, la fonction f est définie pour tous les pays de l’ensemble X. Le domaine
de f est donc l’ensemble X au complet.
♣
Exemple 1.2.7
La fonction h de l’exemple 1.1.4 est définie pour tous les nombres réels. Le domaine de h est
donc R. ♣
Exemple 1.2.8 √
Le graphe de la fonction h(x) = x est donné à la figure 1.3. Nous avons que
Dom h = {x ∈ R : x ≥ 0} et Im h = {y ∈ R : y ≥ 0} .
√
Figure 1.3 – Graphe de y = x pour 0 ≤ x ≤ 3
1.3. Composition de fonctions 5
Définition 1.3.1
Si f est une fonction qui va de l’ensemble X à l’ensemble Y et g est une fonction qui
va de l’ensemble Y à l’ensemble Z, nous pouvons définir une nouvelle fonction g ◦ f
qui va aller de l’ensemble X à l’ensemble Z en posant
pour tous les éléments x dans l’ensemble X. La nouvelle fonction g ◦ f est appelée la
composition des fonctions f et g.
Exemple 1.3.2
Deux fonctions sont définies par le diagramme à la figure 1.4. La fonction f donne la ville
où demeure chacune des personnes de l’ensemble X et la fonction g donne la province où se
situe chacune des villes de l’ensemble Y . La composition g ◦ f est donc la fonction qui donne
la province où demeure chacune des personnes de l’ensemble X. Ainsi, nous obtenons
et
X f Y g
Z
Françoise Edmonton Alberta
Louise Montréal Québec
Jean Québec Ontario
Benoit Ottawa Manitoba
Patrice Winnipeg
Exemple 1.3.3
Soit F la fonction qui donne pour chaque personne sa mère biologique et soit M la fonction
qui donne pour chaque personne son père biologique.
La composition des fonctions F et M , dénotée F ◦M , est la fonction qui donne pour chaque
personne la mère biologique du père biologique de cette personne (une des grand-mères de la
6 1. Fonctions
et
Ces compositions donnent bien des fonctions qui sont différentes du produit f g qui est
Exemple 1.3.5 √
Nous pouvons composer les fonctions g(x) = x2 − 1 (figure 1.5) et h(x) = x pour obtenir
de nouvelles fonctions. Le domaine de g est R et l’image de g est {y ∈ R : y ≥ −1}. De plus,
le domaine de h est {x ∈ R : x ≥ 0} et l’image de h est {y ∈ R : y ≥ 0}.
Pour définir la composition h ◦ g, il faut avoir
Im g ⊂ Dom h . (1.3.1)
1.3. Composition de fonctions 7
√
Figure 1.6 – Graphe de y = h(g(x)) = x2 − 1 pour 1 ≤ |x| ≤ 3
Ce qui n’est pas le cas présentement. Il faut restreindre g à l’ensemble des x tels que x2 −1 ≥ 0
pour satisfaire (1.3.1). Avec la restriction |x| ≥ 1, nous avons maintenant que
Im g = {x : x ≥ 0} = Dom h (1.3.2)
Il découle de (1.3.2) que l’image de h ◦ g est l’image de h car l’image de g est tout le domaine
de h. Le domaine de h ◦ g est {x ∈ R : |x| ≥ 1} et l’image de h ◦ g est {y ∈ R : y ≥ 0}. Le
graphe de h ◦ g est donné à la figure 1.6.
Puisque
Im h = {y|y ≥ 0} ⊂ R = Dom g ,
La fonction g ◦ h est définie par
√ √ 2
(g ◦ h)(x) = g(h(x)) = g( x) = x − 1 = x − 1 pour x ≥ 0 .
Le domaine de g◦h est déterminé par le domaine de la racine carrée. Puisque h peut atteindre
toutes les valeurs réelles plus grandes ou égales à zéro, nous avons que l’image de g ◦ h est
l’image de g. Ainsi,
Dom g ◦ h = {x ∈ R : x ≥ 0} et Im g ◦ h = {y ∈ R : y ≥ −1} .
La fonction f (x) = x − 1 n’est pas la fonction g ◦ h. Il est vrai que (g ◦ h)(x) = f (x) pour
x ≥ 0 mais f est définie pour toutes les valeurs réelles de x alors que g ◦ h ne l’est pas. Nous
disons que f est une extension de la fonction g ◦ h. Il ne faut donc pas utiliser l’extension
d’une fonction pour déterminer le domaine et l’image de celle ci car cela peut conduire à des
erreurs. Dans le cas présent,
Dom f = R et Im f = R ,
Définition 1.4.6
La fonction qui joue le rôle d’élément neutre pour la composition de fonctions est
la fonction identité , dénotée I, qui est définie par I(z) = z pour tout élément z du
domaine. Pour chaque élément z du domaine, la fonction identité redonne cet élément
z.
Si f est une fonction d’un ensemble X dans un ensemble Y , nous pouvons facilement voir
que
f ◦I=f et I ◦f = f .
C’est à dire, (f ◦ I)(x) = f (I(x)) = f (x) et (I ◦f )(x) = I(f (x)) = f (x) pour tout x.
Remarquons la similarité avec la propriété de l’élément neutre pour l’addition (i.e. 0+x =
x + 0 = x pour tout x) et de l’élément neutre pour la multiplication (i.e. 1 × x = x × 1 = x
pour tout x).
Exemple 1.4.7
La fonction I, qui à une personne redonne cette même personne, est l’élément neutre pour
10 1. Fonctions
la composition de fonctions qui agissent sur les personnes comme les fonctions F et M de
l’exemple 1.3.3.
Par exemple, nous avons I ◦F = F car F donne pour chaque personne sa mère biologique
et par la suite I redonne cette mère. ♣
Exemple 1.4.8
Pour la composition de fonctions dont le domaine et l’image sont des sous-ensembles des
nombres réels, l’élément neutre I est la fonction qui à chaque nombre réel x redonne le
nombre réel x.
Par exemple, si p(x) = x2 + 5x, alors I ◦p = p ◦ I = p car (I ◦p)(x) = I(p(x)) = p(x) et
(p ◦ I)(x) = p(I(x)) = p(x) pour tout nombre réel x. ♣
En s’inspirant de la définition de l’inverse pour l’addition et de l’inverse pour la multipli-
cation, nous définissons l’inverse pour la composition de fonctions.
Définition 1.4.9
L’inverse d’une fonction f qui va d’un ensemble X à un ensemble Y est la fonction
g qui va de l’ensemble Y à l’ensemble X et qui satisfait
f ◦g =I et g◦f =I,
Cette définition est équivalente à l’énoncé suivant qui est souvent utilisé comme définition
de l’inverse d’une fonction.
Définition 1.4.10
L’inverse de la fonction f qui va d’un ensemble X à un ensemble Y est la fonction f −1
qui va de l’ensemble Y à l’ensemble X et qui satisfait
X f Y
Canada Ottawa
Angleterre Londres
Allemagne Berlin
France Paris
f −1
pour tout x. De même, nous pouvons vérifier que (f ◦ g)(x) = f (g(x)) = I(x) pour tout x.
Ainsi, pour f (x) = x/3 + 1, nous obtenons f −1 (x) = 3x + 3. ♣
Nous avons vu que 0 n’avait pas d’inverse multiplicatif mais que tous les autres nombres
réels avaient un inverse multiplicatif. La situation est encore plus complexe pour les fonctions
car elles n’ont pas toutes un inverse.
Exemple 1.4.13
Par exemple, la fonction F de l’exemple 1.3.3 qui donne pour chaque personne sa mère
biologique n’a pas d’inverse. Si nous donnons une mère, alors nous ne pouvons pas déterminer
uniquement la personne pour qui elle est la mère sauf si cette mère a eu un seul enfant. ♣
Remarque 1.4.14
En Ontario, nous utilisons très fréquemment l’expression la réciproque d’une fonction
pour désigner l’inverse d’une fonction. Ce n’est pas le cas dans tous les pays de la franco-
phonie. Les anglophones utilisent l’inverse d’une fonction. ♠
Définition 1.4.15
Une fonction f qui va d’un ensemble X à un ensemble Y est injective si f (x1 ) = f (x2 )
implique que x1 = x2 .
Exemple 1.4.16
Une fonction f est définie par le diagramme à la figure 1.9. Cette fonction n’a pas d’inverse
car les nombres 3 et 4 donnent tous les deux la couleur noir. Nous ne pouvons donc pas
12 1. Fonctions
f
X Y
1 vert
2 rouge
3 noir
4 blanc
5
Figure 1.9 – Définition d’une fonction f qui n’a pas d’inverse. Cette fonction est
discutée à l’exemple 1.4.16
définir une fonction inverse de Y dans X pour f ; quelle serait alors la valeur assignée à la
couleur noir ? ♣
Une autre notion important dans le contexte générale de l’étude des fonctions est la notion
suivante.
Définition 1.4.17
Une fonction f qui va d’un ensemble X à un ensemble Y est surjective si, pour tout
y ∈ Y , il existe au moins un x ∈ X tel que f (x) = y.
Méthode algébrique
Cela revient à montrer que f est injective. Supposons que f (x1 ) = f (x2 ). Alors
1 + 3x1 1 + 3x2
f (x1 ) = f (x2 ) ⇔ =
5 − 2x1 5 − 2x2
⇔ (1 + 3x1 )(5 − 2x2 ) = (1 + 3x2 )(5 − 2x1 )
⇔ 5 + 15x1 − 2x2 − 6x1 x2 = 5 + 15x2 − 2x1 − 6x1 x2
⇔ 15x1 − 2x2 = 15x2 − 2x1
⇔ 17x1 = 17x2
⇔ x1 = x2 .
Pour ce test, nous utiliserons le graphe de la fonction f et nous vérifierons que chaque
droite horizontale (i.e. y est constant) coupe le graphe de la fonction f en un seul point.
L’abscisse x de ce point est la seule valeur du domaine de f telle que f (x) = y.
Exemple 1.4.20
À la figure 1.10, nous avons tracé le graphe de f (x) = x/3+1 et quelques droites horizontales
pour nous convaincre que chaque droite horizontale coupe le graphe de la fonction en un seul
point. Ce qui support le fait que la fonction f est injective. ♣
y
y = f (x) = x/3x + 1
4
3
1
x
−3 0 6 9
Méthode algébrique
Exemple 1.4.21
Dans le cas simple de la fonction f (x) = x/3 + 1, nous posons y = f (x) = x/3 + 1 et nous
résolvons pour x. Nous soustrayons 1 de chaque côté de l’égalité précédente pour obtenir
y − 1 = x/3. Puis nous multiplions les deux côtés de cette nouvelle égalité par 3 pour obtenir
x = 3y − 3. Donc x = f −1 (y) = 3y − 3.
Par tradition, nous utilisons y pour la variable dépendante et x pour la variable indé-
pendante. Nous échangeons donc x et y pour obtenir y = f −1 (x) = 3x − 3 pour x ∈ R.
♣
Exemple 1.4.22
Même si f est donnée par un simple polynôme, il n’est pas toujours possible de trouver une
expression algébrique pour l’inverse de f .
Par exemple, soit f (x) = x6 + x2 + 3. Il est facile de tracer le graphe de f et de remarquer
que f satisfait le test de la droite horizontale. Nous sommes donc certain que l’inverse de f
existe.
Cependant, nous ne pouvons résoudre l’équation y = x6 + x2 + 3 pour x en fonction de y
afin d’obtenir x = f −1 (y). En fait, il a été démontré par Evariste Galois, un mathématicien
français du 18e siècle, qu’il n’existe pas de formule générale pour trouver les racines d’un
polynôme de degré plus grand que quatre comme c’est le cas pour les polynômes de degré
deux. ♣
Exemple 1.4.23
1 + 3x
À l’exemple 1.4.19, nous avons montré que la fonction f (x) = était injective. Il existe
5 − 2x
donc un inverse de f en tant que fonction définie sur R \ {5/2}. Trouvons cet inverse.
Puisque
1 + 3x
y = f (x) = ⇔ y(5 − 2x) = 1 + 3x ⇔ 5y − 2xy = 1 + 3x
5 − 2x
5y − 1
⇔ 5y − 1 = 2xy + 3x = (2y + 3)x ⇔ x = ,
2y + 3
5y − 1
nous avons x = f −1 (y) = . Comme par tradition nous utilisions y pour la variable
2y + 3
dépendante et x pour la variable indépendante, nous échangeons x et y pour obtenir y =
5x − 1
f −1 (x) = . La fonction f −1 a comme domaine l’image de la fonction f qui est R \
2x + 3
{−3/2}. ♣
1.4. Fonctions inverses (réciproques) 15
Méthode graphique
Méthode 1.4.24
Si f est une fonction qui possède une fonction inverse f −1 , alors nous obtenons le
graphe de f −1 en faisant la réflexion du graphe de f par rapport à la droite y = x.
y y = f −1 (x)
y=x
E
y = f (x)
f (z)
C A = (z, f (z))
x
F z
Remarque 1.4.25 Y
Pour justifier cet énoncé, nous utiliserons le dessin à la figure 1.11. Nous fixons z et cherchons
les coordonnées du point B qui est le point symétrique au point A = (z, f (z)) par rapport
à la droite y = x. Nous voulons montrer que les coordonnées du point B sont (f (z), z), un
point du graphe de f −1 car z = f −1 (f (z)).
Si B est le point qui est symétrique au point A par rapport à la droite y = x, alors les
angles ∠AEC et ∠BEC sont des angles droits et les segments AE et BE sont de même
longueur.
Nous traçons la droite horizontale y = f (z) qui coupe la droite y = x en C. Puisque les
angles ∠AEC et ∠BEC sont égaux et les côtés AE et CE adjacents à l’angle ∠AEC sont
respectivement de même longueur que les côtés BE et CE adjacents à l’angle ∠BEC, il en
découle que les triangles 4ACE et 4BCE sont congruents. Ainsi les segments AC et CB
sont de même longueur et les angles ∠ACE et ∠BCE sont égaux.
Puisque la droite y = x fait un angle de π/4 avec l’axe des x, nous avons que ∠ACE = π/4.
Il s’en suit que ∠ACB = π/2. La droite qui passe par B et C est donc verticale. Comme
les coordonnées du point C sont (f (z), f (z)), nous avons donc que l’abscisse du point B est
f (z).
16 1. Fonctions
Le point d’intersection de la droite qui passe par B et C avec l’axe des x est F = (f (z), 0).
Pour trouver l’ordonnée du point B, nous utilisons le fait que la longueur du segment BC,
qui est aussi la longueur du segment AC, est z − f (z). L’ordonnée du point B est donc la
somme des longueurs des segments F C et CB. C’est-à-dire que l’ordonnée du point B est
f (z) + (z − f (z)) = z. Ce qui confirme que les coordonnées de B sont (f (z), z). ♠
|AC| |BC|
cos(θ) = et sin(θ) =
|AB| |AB|
où |AC|, |BC| et |AB| sont les longueurs des segments AC, BC et AB respectivement.
Cette définition est excellente pour les angles aiguës (moins de 90◦ ) mais comment définir le
cosinus ou sinus d’un angle obtus (plus de 90◦ ).
1.5. Fonctions trigonométriques + r 17
y
y = f (x) = x2 − 1 y=x
√
y = f −1 (x) = x+1
x
−1 1
−1
√
Figure 1.12 – Graphes de f (x) = x2 − 1 pour x ≥ 0 et de f −1 (x) = x + 1 pour
x ≥ −1.
y
1
Cercle de rayon 1
centré à l’origine
Une autre façon de définir le cosinus et sinus d’un angle en radians est avec le cercle
unité.
Définition 1.5.1
Soit D, l’intersection du cercle de rayon 1 centré à l’origine avec la droite émanant de
l’origine et qui forme un angle θ avec l’axe des x lorsque nous nous déplaçons dans
le sens contraire aux aiguilles d’une montre (figure 1.13). L’abscisse du point D est
cos(θ) et l’ordonnée du point D est sin(θ).
À partir de maintenant, au lieu de calculer les angles en degrés, nous calculons les angles
en radians. N’oubliez pas que le nombre π est le rapport de la circonférence d’un cercle sur
son diamètre. Ainsi, 360◦ correspond à 2π radians, la circonférence d’un cercle de rayon 1.
18 1. Fonctions
y
1 B
D = (cos(θ), sin(θ))
θ x
A E 1 C
Cercle de rayon 1
centré à l’origine
Les deux définitions du cosinus et sinus que nous venons de donner sont équivalentes.
Considérons le dessin à la figure 1.14. Si le sommet A du triangle 4ABC est à l’origine,
AC repose sur l’axe des x, D est le point d’intersection de la droite contenant le segment
AB avec le cercle de rayon 1 centré à l’origine, et E est le point d’intersection de la droite
perpendiculaire à AC passant par D avec l’axe des x, alors les triangles 4ABC et 4ADE
sont semblables. Ainsi,
|AC| |AE| |BC| |DE|
cos(θ) = = = |AE| et sin(θ) = = = |DE|
|AB| |AD| |AB| |AD|
car |AD| = 1.
Il faut bien comprendre que l’angle positif θ représenté dans les dessins des figures 1.13
et 1.14 est l’angle mesuré lorsque nous nous déplaçons dans le sens contraire aux aiguilles
d’une montre à partir de l’axe des x.
Le Tableau 1.1 donne quelques valeurs du sinus et cosinus qu’il faut mémoriser. Nous ver-
rons plus tard que nous pouvons utiliser les identités trigonométriques pour trouver d’autres
valeurs du sinus et cosinus.
Soit 4ABC le triangle avec un angle droit au point C et un angle de θ radians au sommet
A (figure 1.14). Pour θ 6= nπ + π/2 où n ∈ Z, la tangente de l’angle θ est définie par
|BC|
tan(θ) = .
|AC|
Nous pouvons aussi définir la tangente de l’angle θ à l’aide du cercle unité. Si nous utilisons
1.5. Fonctions trigonométriques + r 19
Il ne faut pas oublier que l’angle positif θ est l’angle mesuré lorsque nous nous déplaçons
dans le sens contraire aux aiguilles d’une montre à partir de l’axe des x.
Il y a trois autres fonctions trigonométriques qui peuvent être utiles de temps à autre.
Nous donnons leurs définitions à partir du triangle 4ABC représenté à la figure 1.14.
La cotangente d’un angle θ est définie par la relation
|AB| |AD| 1 π
sec(θ) = = = , θ 6= + nπ pour n ∈ Z .
|AC| |AE| cos(θ) 2
|AB| |AD| 1
csc(θ) = = = , θ 6= nπ pour n ∈ Z .
|BC| |DE| sin(θ)
Remarque 1.5.2
Notons que cos(θ) 6= cos(θ).
La fonction cos(x) définie dans le cours de Fonctions de 11e année en Ontario assume
que x est mesuré en degrés. Alors que la fonction cos(x) définie dans le cours de Fonctions
Avancées de 12e assume que x est mesuré en radians.
La même notation a été utilisée pour dénoter deux différentes fonctions. Par exemple,
cos(10) 6= cos(10) si l’angle du premier cosinus est 10 degrés et celui du deuxième cosinus est
10 radians. Il est aussi mélangeant d’écrire cos(10) = cos (10(π/180)) ; il faut comprendre que
l’angle du premier cosinus est 10 degrés alors que celui du deuxième cosinus est 10(π/180)
radians.
Si nous dénotons par cosd le cosinus où l’angle est mesuré en degrés et par cos le cosinus
où l’angle est mesuré en radians, alors il est maintenant clair que cosd (10) 6= cos(10) et
cosd (10) = cos (10(π/180)).
Il aurait été préférable de donner des noms différents au cosinus pour les angles en degrés et
au cosinus pour les angles en radians. Malheureusement, la tradition veut que nous utilisions
le même nom (i.e. cos) dans les deux cas.
À moins d’avis contraire, l’argument des fonctions trigonométriques sera toujours me-
suré en radians. Il sera très clairement spécifié si jamais nous devons utiliser les fonctions
trigonométriques où les angles sont mesurés en degrés.
20 1. Fonctions
Cette nuance entre le cosinus où les angles sont mesurés en degrés et celui où les angles
sont mesurés en radians aura des conséquences très importante lors de l’étude du calcul
différentiel et intégral pour les fonctions trigonométriques.
La remarque précédente au sujet du cosinus est aussi valable pour les autres fonctions
trigonométriques. ♠
Remarque 1.5.3
Remarquons que sin θ 6= θ sin. En fait, cette dernière expression n’a aucun sens. Il faut noter
qu’un grand nombre d’auteurs utilisent la notation sin θ pour désigner sin(θ). C’est donc le
sinus qui est évalué à θ et non pas le produit du sinus par le monôme θ.
L’utilisation de sin θ, cos θ et tan θ pour désigner sin(θ), cos(θ) et tan(θ) respectivement
est une tradition que nous éviterons dans le présent document. De cette façon, nous ne
risquerons pas de retrouver une expression du genre sin θ + 1. Est-ce sin(θ + 1) ou sin(θ) + 1 ?
♠
Proposition 1.5.4
Proposition 1.5.5
Nous disons que le cosinus et le sinus sont des fonctions périodiques de période 2π. Il
s’en suit que nous avons les mêmes égalités si 2π est remplacé par −2π, 4π, −4π, etc.
Il est facile de déduire plusieurs identités trigonométriques à partir du cercle unité.
Puisque les triangles 40BE, 4OCG, 4ODG et 4OAE représentés à la figure 1.15 sont
congruents, nous obtenons les identités suivantes.
Proposition 1.5.6
Puisque les triangles 40AB et 4ODC représentés à la figure 1.16 sont congruents, nous
obtenons les identités suivantes.
Proposition 1.5.7
π π
cos(θ) = sin −θ et sin(θ) = cos −θ pour θ ∈ R .
2 2
Ce sont seulement quelques unes des identités trigonométriques que nous pouvons déduire
à partir du cercle unité.
π−θ y
B = (cos(θ), sin(θ))
C B θ C = (cos(π − θ), sin(π − θ))
D = (cos(π + θ), sin(π + θ))
G E A = (cos(−θ), sin(−θ))
x
O
π+θ −θ
D A
Finalement, les formules d’addition suivantes seront d’une très grande utilité lors de la
résolution d’équations impliquant les cosinus et sinus. Elles sont aussi utilisées pour simplifier
les intégrales (chapitre 6) que nous retrouvons souvent dans les applications.
Proposition 1.5.8
Remarque 1.5.9 Y
Nous entendons souvent dire qu’il n’y a qu’une et une seule façon de résoudre un problème
de mathématique. Pour contredire cette affirmation, nous donnons plusieurs démonstrations
différentes des formules d’addition pour le sinus et le cosinus. Toutes ces démonstrations
sont bonnes. Il est donc possible d’avoir plus d’une bonne façon de résoudre un problème
mathématique.
22 1. Fonctions
y
π
C −θ
D 2
θ
B = (cos(θ), sin(θ))
B π π
C = (cos − θ , sin − θ)
θ 2 2
x
O A
Première démonstration: Nous utilisons le dessin à la figure 1.17. Nous assumons donc
que θ1 et θ2 sont entre 0 et π/2. Pour les autres valeurs de θ1 et θ2 , la démonstration peut être
réduite au présent cas à l’aide des identités trigonométriques données au propositions 1.5.6
et 1.5.7.
1
E
sin(θ2 )
sin(θ2 ) cos(θ1 )
sin(θ2 ) sin(θ1 )
1 θ1
D C
θ2 cos(θ2 ) sin(θ1 )
θ1
O A B 1
cos(θ2 ) cos(θ1 ) cos(θ2 )
et
cos(θ1 + θ2 ) = |OA| = |OB| − |DC| = cos(θ2 ) cos(θ1 ) − sin(θ2 ) sin(θ1 ) .
Deuxième démonstration: Cette démonstration fait appel aux nombres complexes que le
lecteur n’a probablement pas vu. Nous donnons quand même cette démonstration puisqu’elle
est très courte et élégante, en espérant que cela pourra inciter certains lecteurs à approfondir
leurs connaissances en mathématiques au delà du cours de calcul différentiel et intégral.
Puisque eθi = cos(θ) + i sin(θ) où i est le nombre complexe tel que i2 = −1 et θ ∈ R, nous
avons
e(θ1 +θ2 )i = cos(θ1 + θ2 ) + i sin(θ1 + θ2 ) (1.5.1)
et
e(θ1 +θ2 )i = eθ1 i eθ2 i = cos(θ1 ) + i sin(θ1 ) cos(θ2 ) + i sin(θ2 )
= cos(θ1 ) cos(θ2 ) − sin(θ1 ) sin(θ2 ) + sin(θ1 ) cos(θ2 ) + cos(θ1 ) sin(θ2 ) i . (1.5.2)
et
Évidemment, cette démonstration est très courte mais fait appel à l’identité eθi = cos(θ) +
i sin(θ) qui n’est pas triviale à démontrer.
♠
Exemple 1.5.10
Quelle est la valeur de sin(2π/3) ?
Puisque sin(θ) = sin(π − θ), nous avons que
√
2π π π 3
sin = sin π − = sin =
3 3 3 2
où la dernière égalité provient du Tableau 1.1. ♣
Exemple 1.5.11
Quelle est la valeur de sin(7π/12) ?
24 1. Fonctions
Puisque 7π/12 = π/3 + π/4, nous obtenons de la formule d’addition pour le sinus que
7π π π π π π π
sin = sin + = cos sin + sin cos
12 3
√ 4√ √ 3 √ 4 3 4
1 2 3 2 2 √
= × + × = 1+ 3 .
2 2 2 2 4
♣
Exemple 1.5.12
Montrons que
1
cos2 (θ) = (1 + cos(2θ)) (1.5.3)
2
quel que soit θ.
Si nous substituons θ1 et θ2 par θ dans la formule d’addition pour le cosinus, nous obtenons
D’où
1
cos2 (θ) = (1 + cos(2θ)) .
2
♣
Il existe une formule pour sin2 (θ) qui est semblable à celle donnée en (1.5.3). La proposi-
tion suivante inclus ces deux formules.
Proposition 1.5.13
1 1
cos2 (θ) = (1 + cos(2θ)) et sin2 (θ) = (1 − cos(2θ)) .
2 2
La première formule est la formule de l’angle double pour le cosinus alors que
la deuxième formule est la formule de l’angle double pour le sinus.
Nous laissons au lecteur la tâche de vérifier la formule de l’angle double pour le sinus
comme nous l’avons fait pour la formule de l’angle double pour le cosinus.
Remarque 1.5.14
Les deux formules données à la proposition (1.5.13) vont s’avérer très utiles pour évaluer
certaines intégrales au chapitre 6. ♠
Pour terminer, mentionnons deux identités trigonométriques qui font appel à la tangente,
la cotangente, la sécante et la cosécante. Si nous divisons l’identité cos2 (θ) + sin2 (θ) = 1 tour
à tour par cos2 (θ) et par sin2 (θ), nous obtenons les deux identités suivantes.
1.5. Fonctions trigonométriques + r 25
Proposition 1.5.15
π
1 + tan2 (θ) = sec2 (θ) pour θ 6= + nπ pour n ∈ Z .
2
cot2 (θ) + 1 = csc2 (θ) pour θ 6= nπ pour n ∈ Z .
θ1 x x x = cos(θ)
3π
θ2 θ2 π 2
y θ
θ1 π θ3 2π
θ3 2
y θ2 y y = sin(θ)
3π
θ1 2 θ3
x θ
θ3 θ1θ2 π2 π 2π
Puisque cos(θ) = sin(θ + π/2) pour tout θ, le graphe du cosinus est une translation par
π/2 vers le gauche du graphe du sinus.
La tangente est une fonction qui n’est pas définie pour tous les angles. Le graphe de la
tangente est donné à la figure 1.19. Nous avons que
π
6 nπ + ,
Dom tan = θ : θ = n∈Z et Im tan = R .
2
26 1. Fonctions
De plus, tan(θ) = tan(θ + π) quel que soit θ 6= nπ + π/2 pour n ∈ Z. La tangente est donc
une fonction périodique de période π.
et
Définition 1.5.16
Une fonctions sinusoïdales est une fonctions de la forme
2π
y = M + A cos (x − X) (1.5.5)
P
où M , A, P et X sont des constantes. La signification graphique de ces constantes est
donnée à la figure 1.21. La constante M est la moyenne de la fonction sinusoïdale, la
constante A est l’amplitude de l’onde décrite par la fonction sinusoïdale, la constante
P est la période et la constante X est la phase de l’onde décrite par la fonction
sinusoïdale.
1.5. Fonctions trigonométriques + r 27
Dans certains livres, le sinus est utilisé pour définir les fonctions sinusoïdales. C’est-à-dire
que
2π
y = M + A sin (x − X) .
P
En changeant seulement la phase, nous pouvons produire avec cette formule n’importe la-
quelle des ondes données par la formule (1.5.5).
2π
y y = M + A cos (x − X)
X P
A
M
x
P
Exemple 1.5.17
Traçons le graphe de la fonction y = f (x) = 3 + 5 cos((2π/7)(x + 4)).
La moyenne de cette fonction sinusoïdale est M = 3, son amplitude est A = 5, sa période
est P = 7 et sa phase est X = −4. Le graphe d’une période de cette fonction est donné à la
figure 1.22. ♣
28 1. Fonctions
y
−4 y = 3 + 5 cos 2π
(x + 4)
8 7
5
3
−4 −0.5 x
−2 3
7
Exemple 1.5.18
La température moyenne du corps pour une période de 24 heures est de 36.8◦ C avec un
minimum de 36.5◦ C à 2h00 et un maximum de 37.1◦ C à 14h00. Supposons que la température
T du corps en fonction du temps t soit décrite par une fonction sinusoïdale. Quelle est cette
fonction ?
Dans la formule (1.5.5), la moyenne est M = 36.8, l’amplitude est A = (37.1 − 36.5)/2 =
0.3, la phase est X = 14 heures et la période est naturellement P = 24 heures. Nous trouvons
donc
2π
T = 36.8 + 0.3 cos (t − 14)
24
où T est la température en degrés centigrades et t est le temps en heures. ♣
Définition 1.5.19
Sur l’intervalle −π/2 ≤ x ≤ π/2, la fonction sin est bien injective et nous pouvons
définir son inverse sin−1 par la formule standard
En d’autres mots, x = sin−1 (y) est l’angle en radians entre −π/2 et π/2 qu’il faut pour
que sin(x) = y.
La définition de sin−1 explique pourquoi cette fonction sur votre calculatrice n’acceptera
jamais d’arguments plus petits que −1 et plus grands que 1.
Nous retrouvons à la figure 1.24 le graphe de la fonction sin−1 . Le lecteur peut vérifier que
le graphe de sin−1 est bien obtenu d’une réflexion par rapport à la droite y = x du graphe
de sin.
Définition 1.5.20
Sur l’intervalle 0 ≤ x ≤ π, la fonction cos est bien injective et nous pouvons définir
son inverse cos−1 par la formule standard
Définition 1.5.21
Sur l’intervalle −π/2 < x < π/2, la fonction tan est bien injective et nous pouvons
définir son inverse tan−1 par la formule standard
pour −π/2 < x < π/2 et y réels. La fonction tan−1 est appelée l’arctangente et est
aussi dénotée arctan ; c’est-à-dire, tan−1 (x) ≡ arctan(x).
Le graphe de cos−1 est donné à la figure 1.25 et celui de tan−1 est donné à la figure 1.26.
Remarque 1.5.22
Remarquons que sin−1 6= sin−1
Il faut bien comprendre que sin−1 sur la calculatrice n’est pas égale à (sin(x))−1 =
1/ sin(x). Par exemple,
1 π
−1
sin = = 0.52359877559830 . . .
2 6
1.5. Fonctions trigonométriques + r 31
alors que
−1
1 1
sin = = 2.08582964293349 . . .
2 sin (1/2)
♠
Exemple 1.5.23 √
Montrons que sin(arccos(x)) = 1 − x2 pour −1 ≤ x ≤ 1.
Soit θ√= arccos(x) où 0 ≤ θ ≤ π. Nous déduisons des deux dessins à la figure 1.27 que
sin(θ) = 1 − x2 . ♣
√
1 − x2
1 1
θ
θ
x x
cos(θ) = x cos(θ) = x
0<x≤1 −1 ≤ x < 0
Par exemple, π 3 = π × π × π.
• Si b ∈ R et p = 1/n où n est un nombre impair, y = bp est le nombre réel tel que
y n = b. Par exemple, (−8)1/3 = −2 car (−2)3 = −8.
• Si b ≥ 0 et p = 1/n où n est un nombre pair, y = bp est le nombre réel positif tel
que y n = b. Par exemple, 161/4 = 2car 24 = 16.
m
• Si p = m/n, nous calculons b1/n s’il est possible de calculer b1/n en premier. Il
est toujours avantageux de simplifier la fraction m/n avant de faire les calculs. Par
2
exemple, (−8)2/3 = 4 car (−8)1/3 = −2 et (−8)1/3 = (−2)2 = 4. De même,
3
163/4 = 8 car 161/4 = 2 et 161/4 = 23 = 8.
• Si p < 0, nous définissons bp comme étant le nombre 1/b−p si b−p est définie. Par
exemple, π −3 = 1/π 3 = 1/(π × π × π).
Aucune définition n’est donnée pour bp lorsque b est un nombre réel positif et p est
un exposant réel quelconque. Pour calculer 42 , il suffit de multiplier 4 par lui-même. Pour
calculer 41/2 , il suffit de trouver le nombre positif y tel que y 2 = 4 ; c’est-à-dire, y = 2 dans le
cas présent. Mais que devons-nous faire pour obtenir la valeur de 4π ? Nous pouvons utiliser
la définition suivante.
Définition 1.6.1
Pour b > 1 et p ∈ R, nous définissons le nombre exponentiel bp comme étant le plus
petit nombre réel 1 M tel que M ≥ br pour tout nombre rationnel r ≤ p.
Pour 0 < b < 1 et p ∈ R, nous définissons le nombre exponentiel bp comme étant le
plus grand nombre réel M tel que M ≤ br pour tout nombre rationnel r ≤ p.
Naturellement, si b = 1, nous obtenons bp = 1 pour tout p ∈ R.
Ainsi, 4π est le plus petit nombre réel M tel que 4r ≤ M pour tout nombre rationnel
r ≤ π. De même, 42 = 16 car M = 16 est le plus petit nombre tel que 4r ≤ M pour tout
nombre rationnel r ≤ 2 ; le nombre 2 est une valeur possible pour r.
1. L’Axiome de complétude des nombres réels dit que tout ensemble non vide et borné supérieurement
possède une plus petite borne supérieure.
1.6. Fonctions exponentielles et logarithmiques 33
La définition que nous venons de donner pour le nombre exponentiel bp avec b ∈]0, ∞[ et
p ∈ R n’est pas facile à utiliser. Il faut généralement beaucoup de travail pour évaluer un
nombre exponentiel avec cette définition. Pour l’instant, cette définition sera suffisante pour
nos besoins.
En fait, cette définition d’un nombre exponentiel manque de rigueur. Il faudrait démontrer
que cette définition est consistante. Par exemple, est-ce que cette définition de bp pour b > 1
est équivalente à « bp est le plus grand nombre réel M tel que M ≤ br pour tout nombre
rationnel r ≥ p » ? Comme nous verrons prochainement, cela revient à exiger que les limites
à droite et à gauche de br soient égales à r = p. Il y a bien d’autres questions de ce genre
que nous pourrions poser au sujet de cette définition. De plus, il est difficile de démontrer
les propriétés des exposants avec cette définition.
Nous donnerons à la section ?? une définition équivalent du nombre exponentiel bp , b ∈
]0, ∞[ et p ∈ R, qui sera plus facile à manipuler que celle ci-dessus. Avec la définition
présentée à la section ??, il est facile de déduire les propriétés des exposants. De plus, les
calculatrices et ordinateurs utilisent cette définition (avec quelques subtilités additionnelles)
pour évaluer les nombres exponentiels.
Pour l’instant, la valeur d’un nombre exponentiel comme 4π sera estimée par 4r pour des
valeurs rationnelles de r très près de π et inférieures à π. Quelle valeur de r, proche de π,
doit-on utiliser pour obtenir une bonne approximation de 4π ? Cette question ne sera pas
abordée.
Définition 1.6.2
Si b est un nombre réel positif, la fonction f : R →]0, ∞[ définie par f (x) = bx pour
tout x réel est appelée une fonction exponentielle.
Proposition 1.6.3
Si a et b sont des nombres réels positifs et x et y sont des nombres réels, alors
1
a−x = , ax ay = ax+y , ax bx = (ab)x et (ax )y = (ay )x = axy .
ax
Définition 1.6.4
La fonction logarithmique logb est définie par
pour x > 0 et y ∈ R.
Nous donnons à la figure 1.29 le graphe des fonctions f (x) = bx et f −1 (x) = logb (x) pour
b = 3. Puisque le domaine de f (x) = bx est R et son image est {x ∈ R : x > 0}, nous
obtenons bien que le domaine de logb est {x ∈ R : x > 0} et son image est R.
Puisque y = logb (x) est l’exposant qu’il faut donner à b pour obtenir x (i.e. pour que
y
b = x), il est alors simple de vérifier à partir de cet énoncé que les fonctions logarithmiques
satisfont les propriétés suivantes.
Proposition 1.6.5
Si a, b, x et y sont des nombres positifs réels et p est un nombre réel, alors
et
loga (x)
= logy (x) . (1.6.3)
loga (y)
1.6. Fonctions exponentielles et logarithmiques 35
Exemple 1.6.6
Si b, x et y sont des nombres positifs réels, alors
x
logb ( ) = logb (x) − logb (y)
y
car
x
logb ( ) = logb (x y −1 ) = logb (x) + logb (y −1 ) = logb (x) − logb (y) ,
y
où la deuxième égalité provient de (1.6.2) et la troisième égalité provient de (1.6.1). ♣
Exemple 1.6.7
Démontrons à partir de la définition du logarithme que logb (xp ) = p logb (x).
Si y = logb (xp ) alors by = xp par définition du logarithme. Donc by/p = x. Une deuxième
utilisation de la définition du logarithme donne logb (x) = y/p. Ainsi, si nous résolvons cette
dernière équation pour y, nous trouvons p logb (x) = y = logb (xp ). ♣
Exemple 1.6.8
loga (x)
Démontrons que = logy (x) à partir de la définition du logarithme.
loga (y)
Si v = loga (x) et w = loga (y), alors av = x et aw = y par définition du logarithme. Nous
obtenons de aw = yque a = y 1/w . Si nous substituons cette expression pour a dans av = x,
v
nous trouvons x = y 1/w = y v/w . Une deuxième utilisation de la définition du logarithme
v loga (x)
donne logy (x) = = par définition de v et w. ♣
w loga (y)
La base la plus importante pour les fonctions exponentielles et logarithmiques est donnée
par le nombre d’Euler e = 2.718281828459 . . . que nous définirons correctement à la sec-
tion 2.3. Comme pour π, ce nombre se retrouve sur toutes les calculatrices scientifiques car
il joue un rôle fondamental en mathématique. En raison de son importance, nous donnons
un nom spécial à la fonction logarithmique en base e.
36 1. Fonctions
Définition 1.6.9
Le logarithme naturel ou logarithme népérien est défini par ln(x) = loge (x) pour
x > 0.
y = ln(x) ⇔ ey = x .
Quelle est le nombre initial d’individus si nous avons α = 0.5 et 106 individus après 10
jours ?
106
Puisque 106 = P (10) = P0 e0.5×10 , nous obtenons P0 = ≈ 6738 individus. ♣
e5
1.7. Exercices 37
1.7 Exercices
1.7.1 Algèbre
Question 1.1
Simplifiez si possible les expressions suivantes.
3 2
a) (34 )0.5 b) 22 × 22 c) log3 (1)
d) log10 (5) + log10 (20) e) log10 (500) − log10 (50) f) log42.3 (42.37 )
Question 1.2
Simplifiez si possible les expressions suivantes.
Question 1.3
x3 + 2x2 + x + 3
Utilisez la division de polynômes pour écrire sous la forme p(x) + r(x)/q(x)
x+2
où le degré de r(x) est plus petite que le degré de q(x).
Question 1.4
Factorisez les polynômes suivants.
Question 1.5
Cette question fait appel à ce que vous avez appris au secondaire sur les polynôme de degré
deux.
a) Quelles sont les racines du polynôme x2 + 2x − 2 ?
b) Tracez la parabole y = x2 +2x−2. N’oubliez pas d’indiquer sur votre graphe l’intersection
avec les axes. S’il y a une valeur maximale ou minimale, indiquez la sur le graphe.
Question 1.6
Quelle valeur devez-vous donner à c dans le polynôme 4x2 − 12x + c pour que les racines
soient égales ?
Question 1.7
Résolvez les équations suivantes.
Question 1.8
Quelles sont les valeurs de x pour lesquelles ex + 2e−x = 3 ?
Question 1.9
Résolvez les équations suivantes.
38 1. Fonctions
2x 2x − 1 1 3
a) = b) + =4
x+1 x x+1 x−1
c) ln(x − 3) + ln(x − 5) = ln(2x − 6) d) |x − 2| = 5
e) |x − 2| = |2x − 5| f) |x2 − 4| = 4
Question 1.10
Résolvez les inégalités suivantes.
6 2 1
a) 5 − <4 b) x2 − 4x + 3 > 0 c) >
x x+1 x−3
x2 x −6
d) <1 e) < f) |x − 2| < 5
x+2 x−3 x+1
g) |x2 − 2x − 5| < |x − 1|
1.7.2 Functions
Question 1.11
Quel est l’image de la fonction f (x) = 3 + 2x − x2 ?
Question 1.12
Une fonction f est définie par le graphe ci-dessous. Déterminez si f est injective.
y = f (x)
Question 1.13
Déterminez si les fonctions suivantes ont un inverse. Si une fonction a un inverse, trouvez
cet inverse. Bien indiquer le domaine et l’image de la fonction et de son inverse.
s 10
x+1 x
x3
a) g(x) = 5 b) f (x) = c) h(x) =
x−1 x+1
−1/2
2x + 7
d) y = f (x) =
3
Question 1.14 √ √
Quelle est la forme la plus simple pour (f ◦ g)(x) où f (x) = x2 − 1 et g(x) = x2 + 1 ?
Question 1.15
Écrivez les fonctions suivantes comme la composition de fonctions simples. Pour nous, les
fonctions simples sont f (x) = xa , ax , logb (x), ..., et le produit et la somme de telles fonctions.
1.7. Exercices 39
5
a) f (x) = b) h(t) = (1 − t2 )−4
1 + 5x
Question 1.16 r + √
Écrivez la fonction g(x) = cos( 1 + x2 ) comme la composition de fonctions simples. Pour
nous, les fonctions simples sont f (x) = xa , ax , logb (x), cos(x), ..., et le produit et la somme
de telles fonctions.
1.7.3 Trigonométrie
Question 1.17 r +
Vérifiez les identités trigonométriques suivantes pour θ = 0, π/4, π/2 et π.
a) cos(θ − π) = − cos(θ).
b) cos(2θ) = cos2 (θ) − sin2 (θ).
Question 1.18 r +
Si cos(θ) = 1/2, quelles sont les valeurs possibles pour sin(θ) ?
Question 1.19 r +
Pour chacun des graphes ci-dessous, donnez la moyenne, l’amplitude, la période et la phase
de la fonction sinusoïdale qui possède ce graphe. Puis, écrivez la fonction sinusoïdale dans
chacun des cas.
a) b)
c) d)
40 1. Fonctions
Question 1.20 r +
Écrivez les fonctions sinusoïdales suivantes sous la forme standard
2π
f (t) = M + A cos (t − T )
P
avec A > 0.
Question 1.21 r +
Pour chacune des fonctions sinusoïdale suivantes, déterminez la moyenne, l’amplitude, la
période et la phase. De plus, Tracez le graphe de la fonction. Bien indiquer sur votre dessin
la moyenne, l’amplitude, la période et la phase.
πz 3π
a) h(z) = 1 + 5 cos − b) f (x) = 6 sin(3x − 6) − 4
2 2
c) W (y) = −2.0 + 3.0 cos (4π(y + 0.1))
Question 1.22
Quelle est la fonction sinusoïdale f qui oscille entre 36.6 et 37.2, et dont la période est 24 et
la phase est 13 ? Tracez le graphe de cette fonction en indiquant la période, l’amplitude, la
moyenne et la phase sur votre graphe.
Question 1.23 r +
Quel est le cosinus de l’angle θ dans le dessin suivant ?
4 θ
Question 1.24 r +
1
Si sin(θ) = , quelles sont les valeurs possible pour tan(θ) ?
x
Question 1.25 r +
x
Montrez que tan(arcsin(x)) = √ pour −1 < x < 1.
1 − x2
est linéaire (de la forme mx + b) et l’autre est exponentielle (de la forme p bx ). Trouvez une
formule pour chacune des fonctions.
x 2 4 6 8
f(x) 0.75 0.1875 0.046875 0.011719
g(x) 5.7 10.3 14.9 19.5
Question 1.27
Le poids S en kilogrammes d’un individu au temps t en jours est donné par la formule
S(t) = S0 10αt où le poids initial est S0 = S(0) = 2.34 kg et le taux de croissance par rapport
au poids de l’individu est α = 0.693. Combien de temps faut-il pour que le poids de l’individu
double ? Pour que le poids soit 10 fois plus grand ?
Question 1.28
La population d’un territoire double à tous les 24 ans. Si la population initiale est de 500
individus (par km2 ), quel sera le nombre d’individus (par km2 ) après 12 années ? Il faut se
rappeler que le nombre d’individus dans la population au temps t en années est donné par
une formule de la forme p(t) = p0 eαt où p0 est le nombre initial d’individus et α est une
constante représentant le taux de croissance par rapport à la taille de la population.
Suggestion : vous pouvez déterminer α à l’aide du temps nécessaire pour que la population
double.
Question 1.29
Le volume (en cm3 ) d’un organisme au temps t (en seconde) est donné par l’expression
V (t) = V0 eαt . Quelles sont les unités de α ? Si V0 = 2 et α = 0.1, combien faut-il de temps
pour que le volume double ? Pour qu’il quadruple ?
Question 1.30
La quantité de Carbone-14 (en atomes) que nous retrouvons dans les os d’un animal, t années
après son décès, est donnée par Q(t) = Q0 e−0.000122 t où Q0 est la quantité de carbone-14 au
moment du décès. Quelle est la demie-vie du carbone-14 ?
Question 1.31
Si une population a une demie-vie de 43 ans et le nombre d’individus au départ est de
1600 (par m2 ), combien de temps faut-il pour que la population soit de 200 individus (par
m2 ) ? Trouvez une formule pour le nombre P (t) d’individus (par m2 ) au temps t dans cette
population. Combien faut-il de temps pour que la population soit de 437 individus (par m2 ) ?
Question 1.32 r +
Tracez le graphe de la fonction g(t) = et cos(2πt) pour 0 < t < 3. Il n’est pas nécessaire que
le graphe soit très précis mais il doit bien décrire le comportement qualitatif de la fonction.
Question 1.33 r +
Tracez le graphe de la fonction W (t) = e−t cos(2πt) pour t ≥ 0. Il n’est pas nécessaire que le
graphe soit très précis mais il doit bien décrire le comportement qualitatif de la fonction.
42 1. Fonctions
Suites et séries 2
Au chapitre précédent, nous avons introduit les fonctions ; les objets sur lesquels nous tra-
vaillerons tout au long de cet ouvrage. Ce ne sont pas toutes les fonctions qui nous intéressent.
Par exemple, nous sommes intéressé aux fonctions qui peuvent représenter des phénomènes
naturels qui évoluent de façon continue dans le temps et qui ont des comportements prévi-
sibles. Les fonctions qui représentent ce genre de phénomènes sont généralement continues ou
même différentiables. Pour définir ces propriétés, nous aurons besoin des concepts de limite
d’une suite et de limite d’une fonction en un point. Nous étudions la limite d’une suite dans
ce chapitre alors que la limite d’une fonction en un point sera présentée au prochain chapitre.
Certaines fonctions ne peuvent être définies de façon simple comme, par exemple, à l’aide
d’une expression algébrique. Nous aurons besoin du concept de séries pour définir ces fonc-
tions. C’est le cas en particulier de la fonction ex . Ce sont ces concepts que nous présentons
dans la deuxième partie du chapitre.
2.1 Suites
Définition 2.1.1
Une suite est un ensemble infini et ordonné de nombres. Les nombres qui forment une
suite sont appelés les termes de la suite. Par exemple, {a1 , a2 , a3 , . . .} représente une
suite de nombres où a1 est le premier terme de la suite, a2 est le deuxième terme
de la suite, ainsi de suite.
Les termes de la suite sont généralement donnés par une fonction f : N+ → R ; c’est-
à-dire, an = f (n) pour n ∈ N+ . La suite est alors dénoté {f (n)}∞ n=1 .
Exemple 2.1.2
n ∞
La suite est la suite formée des termes
n + 2 n=1
1 2 3
, , ,...
3 4 5
43
44 2. Suites et séries
)∞
(−1)n
(
alors que la suite est la suite formée des termes
n2 n=1
1 1 1
−1, , − , , . . . .
4 9 16
♣
Exemple 2.1.3
La procédure pour générer certaines suites demande plus qu’une simple fonction f : N+ → R.
C’est le cas de la suite de Fibonnacci. Après avoir choisis a1 et a2 , les autres termes de
la suites sont générés par an+1 = an + an−1 pour n = 2, 3, 4, . . . . En d’autres mots, chaque
terme de la suite est le résultat de la somme des deux termes qui le précède.
La suite de Fibonnacci la plus classique est lorsque a1 = a2 = 1. Nous obtenons la suite
♣
Nous sommes souvent intéressés par le comportement asymptotique des termes de la suite
lorsque n → ∞.
Définition 2.1.4 Y
Nous disons que la suite {an }∞ n=1 converge (ou tend) vers un nombre L lorsque n
tend vers l’infini si, pour chaque valeur > 0, il existe un entier N (qui peut dépendre
de ) tel que
|an − L| < si n≥N .
En d’autre mots, Quel que soit le nombre qui est donné, nous avons que la distance
entre L et an est plus petite que à partir d’un indice N . Nous écrivons
lim an = L .
n→∞
Exemple 2.1.5 Y
Il est intuitivement claire que la suite
∞
1 1 1 1
= 1, , , , . . .
n n=1 2 3 4
tend vers 0. Nous pouvons vérifier que la définition de limite est satisfaite par L = 0. En
effet, pour > 0 donné, il suffit de prendre N > 1/ 1 pour obtenir |an − 0| = 1/n ≤ 1/N <
pour n ≥ N . ♣
1. L’existence de N est une conséquence du principe d’Archimède
2.1. Suites 45
Exemple 2.1.6 Y
La suite ∞
n 1 2 3 4
= , , , ,...
n+2 n=1 3 4 5 6
tend vers 1.
En effet, pour donné, il suffit de prendre N > 2(1−)/ pour obtenir |an −1| < lorsque
n ≥ N . En effet,
2(1 − ) 2 n
n> ⇒ n > 2 − 2 ⇒ (n + 2) > 2 ⇒ > =1− = |an − 1|
n+2 n+2
Par exemple, si = 10−5 , il faut prendre N > 2(1 − 10−5 )/10−5 = 199998. ♣
Remarque 2.1.7
• Nous utilisons aussi l’expression « an → L lorsque n → ∞ » pour dire que lim an = L.
n→∞
• Il est souvent très utile d’explorer numériquement le comportement des suites {an }∞ n=1 ;
c’est-à-dire, d’évaluer an pour de très grandes valeurs de n dans l’espoir d’obtenir des
termes qui approchent une constante L quelconque. Cela ne démontre pas que la suite
{an }∞n=1 tend vers L mais cela nous permet de conjecturer la limite de la suite. Il faut
vérifier que la définition de limite ci-dessus est satisfaite pour pouvoir dire que la suite
{an }∞n=1 tend vers la constante L obtenue numériquement.
• La définition de limite ci-dessus revient à dire que la suite {an }∞ n=1 tend vers L si
∞
et seulement si la suite {|an − L|}n=1 tend vers 0 lorsque n tend vers l’infini. Nous
écrivons
lim |an − L| = 0 .
n→∞
Théorème 2.1.8
Si {an }∞ ∞
n=1 est une suite qui tend vers La et {bn }n=1 est une suite qui tend vers Lb ,
alors :
1. La suite {an + bn }∞
n=1 tend vers La + Lb . Nous écrivons
2. La suite {an bn }∞
n=1 tend vers La Lb . Nous écrivons
lim (an bn ) =
n→∞
lim an
n→∞
lim bn .
n→∞
∞
an La
3. Si bn 6= 0 pour tout n et Lb 6= 0, alors la suite tend vers . Nous
bn n=1 Lb
46 2. Suites et séries
écrivons
an lim an
lim = n→∞ .
n→∞ b
n lim
n→∞
b n
Exemple 2.1.9
Soit c une constante quelconque. Il est facile de voir que la limite de la suite {an }∞ n=1 où
an = c pour tout n est c. Nous pouvons utiliser cette information pour trouver la limite de
5n + 2 ∞
la suite . En effet, grâce au théorème précédent, nous avons
n n=1
5n + 2 1 1
lim = lim 5 + 2 = lim 5 + 2 lim = 5 + 2 × 0 = 5 .
n→∞ n n→∞ n n→∞ n→∞ n
Soit {an }∞ ∞ ∞
n=1 et {cn }n=1 deux suites qui tendent vers L. Si {bn }n=1 est une suite telle
que an ≤ bn ≤ cn pour tout n, alors la suite {bn }∞
n=1 tend aussi vers L.
Démonstration Y
Soit > 0. Puisque {an }∞ ∞
n=1 et {cn }n=1 tendent vers L, il existe N ≥ 0 tel que |an − L| <
et |cn − L| < pour n ≥ N . Ainsi,
L − < a n ≤ bn ≤ c n < L +
Exemple 2.1.11 Y r
Montrons que la limite de la suite {bn }∞
n=1 où bn = n
1/n
est 1.
Il est clair que la suite {an }∞ où an = 1 pour tout n satisfait an ≤ bn pour tout n. De
n=1q
∞
plus, la suite {cn }n=1 où cn = 1 + 2/n pour tout n satisfait bn ≤ cn pour tout n.
Pour démontrer ce dernier énoncé, posons xn = bn − 1 et notons que
n(n − 1) 2
n = bnn = (1 + xn )n = 1 + nxn + xn + . . . + xnn .
2
Comme c’est une somme de termes positifs, nous obtenons
n(n − 1) 2
n≥1+ xn .
2
Si nous isolons xn , nous trouvons
q
xn ≤ 2/n , n≥1.
2.1. Suites 47
Ainsi, q
bn = 1 + x n ≤ 1 + 2/n = cn
pour tout n.
Nous avons lim an = 1 et
n→∞
q q
lim cn = lim 1+ 2/n = 1 + lim 2/n = 1
n→∞ n→∞ n→∞
q ∞
car nous pouvons facilement montrer à partir de la définition de limite que la suite 2/n
n=0
tend vers 0. Puisque an ≤ bn ≤ cn pour tout n ≥ 1, nous obtenons du Théorème des gen-
darmes que {bn }∞
n=1 tend vers 1. ♣
Le résultat suivant est quelques fois utile.
Théorème 2.1.12
La suite {an }∞ ∞
n=1 tend vers 0 si et seulement si la suite {|an |}n=1 tend vers 0.
Démonstration Y
⇒) Soit > 0. Puisque que {an }∞ n=1 tend vers 0, il existe N > 0 tel que |an − 0| = |an | <
pour n ≥ N . Ainsi, il existe N > 0 tel que |an | − 0 = |an | < pour n ≥ N . Comme est
arbitraire, cela implique que {|an |}∞
n=1 tend vers 0.
⇐) Soit > 0. Puisque que {|an |}∞n=1 tend vers 0, il existe N > 0 tel que |an | − 0 = |an | <
pour n ≥ N . Ainsi, il existe N > 0 tel que |an − 0| = |an | < pour n ≥ N . Comme est
arbitraire, cela implique que {an }∞
n=1 tend vers 0.
Il est très utile de pouvoir caractériser le comportement des suites lorsque n tend vers
l’infini.
Définition 2.1.13
1. Une suite {an }∞
n=1 est croissante si an < an+1 pour tout n.
2. Une suite {an }∞
n=1 est décroissante si an > an+1 pour tout n.
3. Une suite {an }∞
n=1 est bornée supérieurement s’il existe un nombre réel M
tel que an ≤ M pour tout n. Le nombre M est appelé une borne supérieure
pour la suite.
4. Une suite {an }∞
n=1 est bornée inférieurement s’il existe un nombre réel m tel
que an ≥ m pour tout n. Le nombre m est appelé une borne inférieure pour
la suite.
5. Une suite {an }∞
n=1 est bornée si elle est bornée inférieurement et supérieure-
ment.
Le concept de convergence peut aussi être adapté aux suites non bornées.
48 2. Suites et séries
Définition 2.1.14 Y
Nous disons qu’une suite {an }∞
n=1 converge (ou tend) vers +∞ (plus l’infini) si, pour
chaque M > 0, il existe N (qui dépend du M donné) tel que an > M pour tout n ≥ N .
Nous écrivons
lim an = +∞ .
n→∞
Exemple 2.1.15 Y
La suite {an }∞ 2
n=1 où an = n + 1 tend√ vers plus l’infini. En effet, si M ≥ 1 est un nombre
quelconque, il suffit de prendre N > M − 1 pour obtenir
√ 2
an = n2 + 1 ≥ N 2 + 1 > M −1 +1=M
pour tout n ≥ N . ♣
Exemple 2.1.16
Le fait qu’une suite ne soit pas bornée n’implique pas qu’elle tende vers plus ou moins l’infini.
Par exemple, la suite {an }∞ n=1 où
n si n est pair
an =
1/n si n est impair
n’est pas bornée car il y a des termes qui sont aussi grands que nous voulons. Par contre,
cette suite ne tend pas vers plus l’infini car il est impossible de trouver N > 0 tel que an > 1
pour tout n ≥ N . Les termes an avec n impair et plus grand que 1 sont tous plus petits que
1. ♣
Les deux propositions suivantes nous donnent la limite de certaines suites que nous re-
trouvons fréquemment dans les applications.
Proposition 2.1.17
Soit r un nombre réel. Alors
∞ pour r > 1
n
lim r = 1
n→∞
pour r = 1 .
0 pour −1 < r < 1
La suite {rn }∞
n=1 ne converge pas pour r ≤ −1.
2.1. Suites 49
Proposition 2.1.18
Soit r un nombre réel. Alors
0 pour r > 0
1
lim r = 1 pour r = 0 .
n→∞ n
∞ pour r < 0
Exemple 2.1.19
Évaluons les limites suivantes.
n cos(n)
a) lim b) lim
n→∞ n2 + 2n + 4 n→∞ n2
Pour calculer la limite en (a), nous utilisons les théorèmes 2.1.8 et 2.1.18 pour obtenir
n 1/n
lim = lim
n→∞ n2 + 2n + 4 n→∞ 1 + 2/n + 4/n2
lim 1/n
n→∞ 0
= 2 = =0.
1 + lim 2/n + 4 lim 1/n 1+0+0
n→∞ n→∞
Pour évaluer la limite en (b), nous utilisons le Théorème des gendarmes. Puisque
cos(n) 1
0≤ ≤
n2 n2
Théorème 2.1.20 Y
Toute suite croissante et bornée supérieurement converge. De même, toute suite dé-
croissante et bornée inférieurement converge. Dans le premier cas, la limite est la plus
petite borne supérieure 2 de la suite alors que dans le deuxième cas c’est la plus grande
borne inférieure de la suite.
50 2. Suites et séries
Démonstration Y
Nous considérons le cas où {an }∞
n=0 est une suite décroissante et bornée inférieurement. La
démonstration pour une suite croissante et bornée supérieurement est semblable. Soit m la
plus grande borne inférieure de {an }∞
n=0 . Montrons que n→∞
lim an = m.
Soit > 0. Puisque m + > m n’est pas une borne inférieure de la suite {an }∞ n=0 , il
∞
existe N > 0 tel que m ≤ aN < m + . Puisque la suite {an }n=0 est décroissante, nous avons
m ≤ an < m + pour n ≥ N . C’est-à-dire, |an − m| < pour n ≥ N . Comme est arbitraire,
lim an = m.
n→∞
Exemple 2.1.21 Y
Quel est la limite de la suite
r
√ q √ q √
2, 2 2, 2 2 2, . . . ?
√ √
Cette suite est produite de façon itérative. C’est la suite {an }∞
n=1 où a1 = 2 et an+1 = 2an
pour n = 1, 2, . . . .
Montrons que la suite {an }∞
n=1 est bornée supérieurement par 2. Cela se démontre par
induction. Nous avons a1 < 2. Supposons que an < 2. Alors 2an < 4 et
√ √
an+1 = 2an < 4 = 2 .
Supposons que l’équation (2.1.1) soit vrai pour n et montrons qu’elle est alors vrai pour
n + 1. Nous avons
√
q r q
(n+2)
an+2 = 2an+1 = 2 21/2(n+1) an = 2an 21/2(n+1) = an+1 21/2 .
2. L’Axiome de complétude des nombres réels dit que tout ensemble non vide et borné supérieurement
possède une
√ plus petite borne supérieure. Cette borne ne fait pas nécessairement partie de l’ensemble. Par
exemple, 2 est la plus petite borne supérieure de l’ensemble {x ∈ R : x2 < 4} mais ne fait pas partie de cet
ensemble. Il en découle aussi que tout ensemble non vide et borné inférieurement possède une plus grande
borne inférieure.
2.2. Séries 51
La deuxième égalité est une conséquence de l’hypothèse d’induction. Ce qui démontre que
(2.1.1) est vrai pour n + 1 et complète la preuve par induction.
Donc {an }∞
n=1 est une suite croissante et bornée supérieurement. Il découle du théorème
précédent que la suite converge. Appelons L la limite de la suite {an }∞
n=1 .
La suite {an+1 }∞ ∞
n=1 tend aussi vers L car c’est la suite {an }n=1 auquel nous avons enlevé
le premier terme.
√ De plus, nous√pouvons montrer à partir√ de la définition de limite d’une
∞
suite que { 2an }n=1 tend vers 2L. Puisque an+1 = 2an pour tout n, nous avons donc
que √ √
L = lim an+1 = lim 2an = 2L .
n→∞ n→∞
2.2 Séries
n
X
Si a1 , a2 , . . . , an sont n nombres réels, le symbole ak dénote la somme de ces nombres.
k=1
En d’autres mots,
n
X
ak = a1 + a2 + . . . + an .
k=1
Exemple 2.2.1
Nous avons
8
2
32 + |{z}
42 + |{z}
52 + . . . + |{z}
82
X
k
|{z} = |{z}
k=3 =f (k) =f (3) =f (4) =f (5) =f (8)
= 9 + 16 + 25 + . . . + 64
et
6
X 1 1 1 1 1
= 2 + 2 + 2 +... + 2
k2+ 1} |1 {z
k=1 | {z + 1} |2 {z
+ 1} |3 {z
+ 1} 6 +1
| {z }
=f (k) =f (1) =f (2) =f (3) =f (6)
52 2. Suites et séries
1 1 1 1
= + + + ... + .
2 5 10 37
♣
Il découle de la commutativité de l’addition et de la distributivité du produit sur l’addition
que
k2
X k2
X k2
X k2
X k2
X
c an = c an et (an + bn ) = an + bn ,
n=k1 n=k1 n=k1 n=k1 n=k1
Proposition 2.2.2 Y
Certaines sommes sont fréquemment utilisées.
n n
X X n(n + 1)
1 = |1 + 1 + 1{z+ . . . + 1} = n , k= ,
k=1 k=0 2
n fois
n n
!2
n(n + 1)(2n + 1) n(n + 1)
k2 = k3 =
X X
,
k=0 6 k=0 2
et
n
n(n + 1)(2n + 1)(3n3 + 3n − 1)
k4 =
X
.
k=0 30
Remarque 2.2.3 Y
n
X
i: Démontrons premièrement la deuxième identité. Posons S = k. Nous avons
k=1
S= 1 + 2 + 3 + . . . + (n − 1) + n
et
S = n + (n − 1) + (n − 2) + . . . + 2 + 1 .
| {z }
n fois
k=1
2.2. Séries 53
et
n n n n n
((k + 1)3 − k 3 ) = (3k 2 + 3k + 1) = 3 k2 + 3
X X X X X
k+ 1
k=1 k=1 k=1 k=1 k=1
n
3n(n + 1)
k2 +
X
=3 +n ,
k=1 2
n
!
21 3n(n + 1)
(n + 1)3 − 1 −
X
k = −n
k=1 3 2
1 3 3 2 3
2
= n + 3n + 3n − n − n − n
3 2 2
1 3 3 2 1 n n(2n + 1)(n + 1)
= n + n + n = (2n2 + 3n + 1) =
3 2 2 6 6
k=0 k=0 6
!
n(2n + 1) 2n2 + 7n + 6
= + (n + 1) (n + 1) = (n + 1)
6 6
(2n + 3)(n + 2)
= (n + 1) ,
6
où la deuxième égalité provient de l’hypothèse d’induction. Cette dernière expression n’est
nul autre que P (n + 1). Par induction, nous concluons que P (n) est vrai pour tout n.
54 2. Suites et séries
Définition 2.2.5
Soit {an }∞
n=1 , . . . une suite de nombres réels. Posons
k
X
Sk = an = a1 + a2 + . . . + ak
n=1
pour k = 1, 2, 3, . . .
∞
X
L’expression an est définie comme étant la suite {Sk }∞
k=1 .
n=1
X∞
L’expression an est appelée une série, les an sont les termes de la série, et les
n=1
termes Sk de la suite {Sk }∞k=1 sont appelés les sommes partielles de la série.
Nous disons que la série converge si la suite {Sk }∞k=1 des sommes partielles converge.
∞
Si la suite {Sk }k=1 des sommes partielles diverge, nous disons que la série diverge.
Si la suite {Sk }∞
k=1 des sommes partielles tend vers S ∈ R, nous écrivons
∞
X
an = S
n=1
et nous disons que la somme de la série est S. Par abus de langage, nous désignons
∞
X
souvent la somme de la série par an . C’est le contexte qui détermine le sens donné
n=1
∞
X
à an .
n=1
Exemple 2.2.6
2.2. Séries 55
∞
X1
La série représente la suite {Sk }∞
k=1 des sommes partielles
n=1 n
k
X 1 1 1 1
Sk = = 1 + + + ... + .
n=1 n 2 3 k
∞
1
X
La série est appelée la série harmonique. Nous démontrerons plus loin que cette
n=1 n
série ne converge pas.
∞
X sin(n)
La série 2
représente la suite {Sk }∞
k=1 des sommes partielles
n=1 n + n
k
X sin(n) sin(1) sin(2) sin(3) sin(k)
Sk = 2
= + + + ... + 2 .
n=1 n + n 2 6 12 k +k
Nous démontrerons plus loin que cette série converge. ♣
Exemple 2.2.7 (Série géométrique)
∞
rn converge si |r| < 1 et diverge si |r| ≥ 1.
X
Soit r un nombre réel. Montrons que la série
n=0
∞
rn est très importante en mathématiques et, pour cette raison, nous lui don-
X
La série
n=0
nons un nom. Nous appellons cette série la série géométrique. La valeur r est appelée la
raison de la série géométrique.
Les sommes partielles de la série géométrique sont de la forme
Sk = 1 + r + r2 + . . . + rk
pour k = 0, 1, 2, . . . Ainsi,
rSk = r + r2 + r3 + . . . + rk+1
et
Proposition 2.2.8
∞
1
rn =
X
pour |r| < 1 ,
n=0 1−r
∞
rn diverge si |r| ≥ 1.
X
et la série
n=0
∞
X
Pour déterminer si une série aj est une série géométrique, il faut vérifier que aj+1 /aj =
j=0
∞
X
r, la raison de la série, pour tout j. Si c’est le cas, alors aj = a0 rj pour tout j et aj =
j=0
∞
rj .
X
a0
j=0
Exemple 2.2.9
Déterminons si la série ∞ 2n
X 1
n=0 5
converge. Si elle converge, nous voulons sa valeur.
Puisque
∞ 2n ∞ 2 !n ∞ n
X 1 X 1 X 1
= =
n=0 5 n=0 5 n=0 25
est une série géométrique de raison r = 1/25, elle converge car |r| < 1. En fait,
∞ 2n
X 1 1 25
= = .
n=0 5 1 − (1/25) 24
♣
Exemple 2.2.10
∞
X 7n+2
Déterminons si la série 2n−1
converge ou diverge.
n=1 5
7n+2 7 n
2
Les termes de la série sont = 5×7 × . Ainsi, la série est une série géométrique
52n−1 25
de raison 7/25. Comme la raison est plus petite que 1 en valeur absolue, la série converge.
♣
Théorème 2.2.11
∞
X ∞
X ∞
X
Si an et bn sont deux séries convergentes et c est un nombre réel, alors (an +bn )
n=1 n=1 n=1
2.2. Séries 57
∞
X
et c an sont des séries convergentes. De plus, si
n=1
∞
X ∞
X
an = A et bn = B
n=1 n=1
alors ∞ ∞
X X
(an + bn ) = A + B et c an = cA .
n=1 n=1
Démonstration Y
Le théorème précédent est une conséquence du théorème 2.1.8. En effet, considérons les
sommes partielles suivantes.
k
X k
X k
X k
X
Ak = an , B k = bn , C k = c an et Dk = (an + bn ) .
n=1 n=1 n=1 n=1
et
∞
X ∞
X ∞
X
(an + bn ) = lim Dk = lim (Ak + Bk ) = lim Ak + lim Bk = A + B = an + bn .
k→∞ k→∞ k→∞ k→∞
n=1 n=1 n=1
Exemple 2.2.12 r
Déterminons si la série ∞
X 3 − 4n−1
n=0 5n
converge. Si elle converge, nous voulons aussi sa valeur ?
Nous avons n n
3 − 4n−1 1 1 4
n
=3 − .
5 5 4 5
De plus,
∞ n ∞ n
X 1 X 4
et
n=0 5 n=0 5
sont des séries géométriques de raisons r = 1/5 et r = 4/5 respectivement. Puisque |r| < 1
pour les deux séries, elles convergent. Plus précisément,
∞ n ∞ n
X 1 1 5 X 4 1
= = et = =5.
n=0 5 1 − (1/5) 4 n=0 5 1 − (4/5)
58 2. Suites et séries
♣
Exemple 2.2.13 r
Déterminons si la série
∞ n
6 12 24 −2
X
−3 + − + − ... = (−3)
5 25 125 n=0 5
converge. Si elle converge, nous voulons sa valeur. Que pouvons-nous dire au sujet de la série
∞ n
−2
X
(−3) ? (2.2.1)
n=3 5
∞
−2 n
X
La série est une série géométrique de raison r = −2/5. Cette série converge
5
n=0
car |r| < 1. Puisque
∞
−2 n 1 5
X
= = ,
n=0 5 1 − (−2/5) 7
nous avons ∞ n ∞
−2 −2 n 5 −15
X X
(−3) = −3 = −3 = .
n=0 5 n=0 5 7 7
Ainsi,
∞ n
−2 6 12
X
(−3) = lim Tk = lim Sk + 3 − +
n=3 5 k→∞ k→∞ 5 25
∞
−2 n
!
6 12 6 12
X
= lim Sk + 3 − + = (−3) +3− +
k→∞ 5 25 n=0 5 5 25
−15 6 12 24
= +3− + = .
7 5 25 175
♣
2.2. Séries 59
Les séries pour lesquelles les sommes partielles peuvent être réduites grâce à une procédure
permettant d’annuler une partie d’un terme à l’aide d’une partie du terme suivant comme
nous avons fait ci-dessus (une procédure qui rappelle le mécanisme utilisé pour ranger les
télescopes rétractiles) sont appelées des séries télescopiques. ♣
Exemple 2.2.15 Y r
∞
X 1
Montrons que la série harmonique diverge.
n=1 n
n
X 1
Les sommes partielles sont Sn = . Montrons par induction que
j=1 j
lim S2k = +∞ .
k→∞
Puisque S2 = 1 + 1/2, (2.2.3) est vrai pour k = 1. Supposons que l’inégalité (2.2.3) soit
vraie et montrons qu’elle est aussi vraie si nous remplaçons k par k + 1. Nous avons
1 1 1
S2k+1 = S2k + + k + . . . + k+1
2k
+1 2 +2 2
1 1 1
= S2k + k + k + ... + k
2 + 1 2 + 2{z
|
2 + 2k}
2k termes ≥1/2k+1
k
!
2 k 1 k+1
≥ S2k + k+1 ≥ 1 + + =1+ .
2 2 2 2
Proposition 2.2.16
∞
X 1
La série p
converge si p > 1 et diverge si p ≤ 1.
n=1 n
Remarque 2.2.17 r
Une démonstration élémentaire de ce théorème existe. Cette démonstration ne sera pas
donnée mais, à sa place, le théorème précédent sera démontré à l’aide du test de l’intégrale
qui sera énoncé à la section 7.10 du chapitre sur les applications de l’intégrale. ♠
Théorème 2.2.18
∞
X
Si la série an converge, alors lim an = 0.
n→∞
n=1
Démonstration Y ∞
X
Pour démontrer le théorème précédent, posons S = an . Puisque les suites {Sn }∞
n=1 et
n=1
{Sn+1 }∞
n=1 de sommes partielles tendent vers S, il découle du théorème 2.1.8 que la suite
{Sn+1 − Sn }∞ ∞ ∞
n=1 = {an+1 }n=1 = {an }n=2 tend vers S − S = 0.
Remarque 2.2.19
∞
X
Il est faux de dire que lim an = 0 implique que la série an converge. La série harmonique
n→∞
n=1
∞
X
est la série an où an = 1/n. Il est vrai que lim an = 0 mais la série harmonique diverge.
n→∞
n=1
♠
2.2. Séries 61
Théorème 2.2.20
∞
Si la suite des termes {an }∞
X
n=1 ne tend pas vers 0, alors la série an diverge.
n=1
Exemple 2.2.21
√
∞
X n2 + 1
La série diverge car
n=1 n + 1
r
√ q
lim 1/n2
1 + n→∞
n2 + 1 1 + 1/n2
lim = lim = = 1 6= 0 .
n→∞ n+1 n→∞ 1 + 1/n 1 + n→∞
lim 1/n
♣
Exemple 2.2.22
∞
X 72n+2
Démontrons que la série diverge.
n=1 52n−1
n
72n+2 49
Les termes de la série sont an = 2n−1 = 5 × 72 × . Ainsi, limn→∞ an 6= 0 et la série
5 25
diverge.
Nous aurions aussi pu dire que la série est une série géométrique de raison 49/25 > 1.
Comme la raison est plus grande que 1 en valeur absolue, la série diverge. ♣
Exemple 2.2.23
∞
X
Démontrons que la série arctan(n) diverge.
n=1
Les termes de la série sont an = arctan(n). Puisque limn→∞ an = π/2 6= 0, la série diverge.
♣
La théorème suivant est une conséquence du théorème 2.1.20.
Soit {an }∞ ∞
n=1 et {bn }n=1 , deux suites de termes positifs ou nuls.
∞
X ∞
X
1. Si la série bn converge et an ≤ bn pour tout n, alors an converge.
n=1 n=1
62 2. Suites et séries
∞
X ∞
X
2. Si la série bn diverge et an ≥ bn pour tout n, alors an diverge.
n=1 n=1
Exemple 2.2.25
∞
X n
La série √ converge car
5
n +1
n=1
n 1
√ < 3/2 , n = 1, 2, 3, . . .
5
n +1 n
∞
X 1
et la série converge grâce à la proposition 2.2.16 avec p = 3/2 > 1.
n=1 n3/2
∞
X 2
La série 1/3
diverge car
n=1 1 + n
2 2 1
1/3
≥ 1/3 1/3
= 1/3 , n = 1, 2, 3, . . .
1+n n +n n
∞
X 1
et la série diverge grâce à la proposition 2.2.16 avec p = 1/3 < 1. ♣
n=1 n1/3
Exemple 2.2.26
∞
X 1
Déterminons si la séries n
converge ou diverge.
n=1 n3
∞
1 1 X 1
Puisque 0 < ≤ pour tout n > 0 et converge (série géométrique de raison
n3n 3n n=1 3
n
∞
X 1
1/3), nous en déduisons à partir du test de comparaison que n
converge. ♣
n=1 n3
Exemple 2.2.27
∞
X 1
Déterminons si la série converge ou diverge.
n=1 5n4+4
∞
1 1 X 1
Puisque 0 < 4
≤ 4
pour tout n > 0 et 4
est une série convergente
5n + 4 5n n=1 5n
∞
X 1
(proposition 2.2.16 avec p = 4 > 1), nous obtenons du test de comparaison que 4
n=1 5n + 4
converge. ♣
Exemple 2.2.28 √
∞
X n3 + 2
Déterminons si la série 5 4 1/3
converge ou diverge.
n=1 (5n + n )
Nous avons que
√
n3 + 2 n3/2 (1 + 2/n3 )1/2 (1 + 2/n3 )1/2 1
5 4 1/3
= 5/3 1/3
= 1/6 1/3
≥ 1/3 1/6 .
(5n + n ) n (5 + 1/n) n (5 + 1/n) 6 n
2.2. Séries 63
∞
X 1
pour tout n > 0 car 1 + 2/n3 > 1 et 5 + 1/n < 6 pour tout n > 0. De plus, =
n=1 61/3 n1/6
∞
1 X 1
1/3 1/6
est une série qui diverge grâce à la proposition 2.2.16 avec p = 1/6 < 1, nous
6 n=1 n
∞
√
X n3 + 2
en déduisons à partir du test de comparaison que 5 4 1/3
diverge. ♣
n=1 (5n + n )
Soit {an }∞ ∞
n=1 et {bn }n=1 , deux suites de termes positifs.
∞
an X
1. Si lim = c ∈]0, ∞[, alors la série an converge si et seulement si la séries
n→∞ b
n n=1
∞
X
bn converge.
n=1
∞ ∞
an X X
2. Si n→∞
lim = 0, alors bn converge implique que an converge.
bn n=1 n=1
Remarque 2.2.30
1. L’énoncer de l’item 2 du théorème 2.2.29 peut être reformulé de la façon suivante. Si
∞ ∞
an X X
lim = 0, alors an diverge implique que bn diverge.
n→∞ b
n n=1 n=1
an
2. Si lim = ∞, il suffit d’inverser les rôles de an et bn pour pouvoir utiliser l’item 2
n→∞ b
n
du théorème 2.2.29.
♠
Exemple 2.2.31
∞ ∞
X 1 X 1
La série n
converge car la série n
converge (c’est une série géométrique de
n=1 1 + 3 n=1 3
raison 1/3) et
1/3n 1 1
lim n
= lim 1 + n = 1 + lim = 1 ∈]0, ∞[ .
n→∞ 1/(1 + 3 ) n→∞ 3 n→∞ 3n
∞ ∞
ln(n)
X X 1
Par contre, la série √ diverge car la série √ diverge (le cas p = 1/2 de la
n=1 n n=1 n
proposition 2.2.16) et √
1/ n 1
lim √ = lim =0
n→∞ ln(n)/ n n→∞ ln(n)
où nous supposons que n > 1 pour ne pas avoir de division par zéro. ♣
64 2. Suites et séries
Remarque 2.2.33
∞
X
Si L = 1 au théorème précédent, nous ne pouvons rien dire au sujet de la série an .
n=1
∞∞
1 X
X 1 an+1
Par exemple, les séries et 2
satisfont lim = 1. La première série diverge
n=1 n n=1 n
n→∞ a
n
(c’est la série harmonique) alors que la deuxième série converge (c’est le cas p = 2 de la
proposition 2.2.16). ♠
Exemple 2.2.34
∞
X (n + 2)5n
La série an avec an = converge car
n=1 n43n
!−1
(n + 3)5n+1 (n + 2)5n
!
an+1
lim = lim
n→∞ (n + 1)43(n+1)
n→∞ a
n n43n
5(n2 + 3n) 5(1 + 3/n) 5
= n→∞
lim 3 2 = lim 3 2
= 3 <1.
4 (n + 3n + 2) n→∞ 4 (1 + 3/n + 2/n ) 4
♣
Exemple 2.2.35
∞
X n!
Montrons que la série converge.
n=1 (2n + 1)!
Le nombre n!, prononcé n factoriel, est le nombre défini par n! = n(n − 1)(n − 2) . . . 1
si n est un entier positif et n! = 1 si n = 0.
Utilisons le test de d’Alembert pour démontrer que cette série converge. Nous avons la
∞
X n!
série an où an = . Puisque
n=1 (2n + 1)!
!−1
an+1 (n + 1)! n! (n + 1)! (2n + 1)!
lim = lim = lim
n→∞ a n→∞ (2(n + 1) + 1)! (2n + 1)! n→∞ n! (2n + 3)!
n
n+1 1/n + 1/n2
= lim = lim =0<1,
n→∞ (2n + 2)(2n + 3) n→∞ 4 + 10/n + 6/n2
la série converge. ♣
2.2. Séries 65
Exemple 2.2.36
∞
X nn
Déterminons si la série converge ou diverge.
n=1 (2n)!
Utilisons le test du quotient. Puisque
!−1
(n + 1)n+1 nn 1 n
!
n+1
lim = lim 1 +
n→∞ (2(n + 1))! (2n)! n→∞ n (2n + 1)(2n + 2)
1 n 1/n + 1/n2
= lim 1 +
n→∞ n (4 + 6/n + 2/n2
=e×0=0<1 ,
∞
X nn
la série converge.
n=1 (2n)!
n
1
Le fait que lim 1+ = e provient du théorème 2.3.1 que nous verrons prochaine-
n→∞ n
ment. ♣
Remarque 2.2.38
∞
X
Comme pour le Test de d’Alembert, nous ne pouvons rien dire au sujet de la série an si
n=1
L = 1 dans le théorème précédent.
√
Par exemple, si nous utilisons le fait que la suite { n n}∞n=1 tend vers 1, nous pouvons
∞ ∞
X 1 X 1 √
facilement montrer que les séries et 2
satisfont n→∞
lim n an = 1. Comme à la re-
n=1 n n=1 n
marque 2.2.33, la première série diverge alors que la deuxième série converge. ♠
Exemple 2.2.39
∞
X 1
La série an avec an = converge car
n=2 (ln(n))n
s v !n
u
1 u
n 1 1
lim n
n
= lim t = lim =0<1.
n→∞ (ln(n)) n→∞ ln(n) n→∞ ln(n)
♣
66 2. Suites et séries
Un autre test pour déterminer si une série de termes positifs converge est le test de
l’intégrale. Ce test sera présenté à la section 7.10 du chapitre sur les applications de l’intégrale
d’une fonction.
Définition 2.2.40
∞
X
La série an est une série alternée si an an+1 < 0 pour tout n.
n=1
Exemple 2.2.41
∞ ∞
X (−1)n X (−1)n
La série est une série alternée. C’est une série de la forme an où an = .
n=1 n n=1 n
Ainsi, an > 0 pour n pair et an < 0 pour n impair. Nous avons
∞
X (−1)n 1 1 1
= −1 + − + − . . .
n=1 n 2 3 4
|S − Sn | ≤ an+1 (2.2.4)
∞
(−1)n an .
X
où S = lim Sn =
n→∞
n=1
Démonstration Y
Nous démontrons ce théorème car la démonstration nous permet de mieux comprendre la
relation (2.2.4).
2.2. Séries 67
Donc
. . . ≤ S6 ≤ S4 ≤ S2 .
De même, puisque S2k+1 − S2k−1 = a2k − a2k+1 ≥ 0 pour tout k ≥ 1, nous obtenons
Donc
S1 ≤ S3 ≤ S5 ≤ . . .
De plus
S2k−1 ≤ S2k−1 + a2k = S2k , k≥1. (2.2.7)
Sq ≤ Sp (2.2.8)
Sp ≥ Sp−1 ≥ Sq .
La première inégalité provient de (2.2.7) et la deuxième de (2.2.6). Si par contre q > p, alors
Sq ≤ Sq+1 ≤ Sp .
B = lim S2k .
k→∞
De même, puisque la suite {S2k−1 }∞ k=1 est croissante et bornée supérieurement par Sp où p
est pair, il découle du théorème 2.1.20 que cette suite converge. Soit
A = lim S2k−1 .
k→∞
S1 ≤ S3 ≤ S5 ≤ . . . ≤ S ≤ . . . ≤ S6 ≤ S4
68 2. Suites et séries
et ∞
(−1)n an = n→∞
X
lim Sn = S .
n=1
Nous avons maintenant tous les ingrédients nécessaires pour démontrer la relation (2.2.4).
Il découle de S2k−1 ≤ S ≤ S2k que
Ainsi, |S − Sn | ≤ an+1 lorsque n est impair. De même, il découle de S2k+1 ≤ S ≤ S2k que
Ainsi, |S − Sn | ≤ an+1 lorsque n est pair. Nous avons donc démontré (2.2.4). Nous retrou-
vons à la figure 2.1 une représentation graphique du raisonnement que nous venons de faire.
−a2k−1
+a2k
−a2k+1
Figure 2.1 – Pour la série alternée du théorème 2.2.42, si nous utilisons Sn pour
estimer la valeur S, l’erreur |Sn − S| commisse est plus petite ou égale à an+1
Exemple 2.2.43
∞
X (−1)n
La série converge car c’est une série alternée avec an = 1/n qui satisfait les trois
n=1 n
hypothèses du test des séries alternées. ♣
Exemple 2.2.44
∞
n
(−1)n−1
X
Montrons que la série converge, puis cherchons une petite valeur N telle
n=1 n2
+1
que |Sn − S| < 10−3 si n ≥ N où Sn est la ne somme partielle de la série et S est la somme
de la série.
Nous avons ∞ ∞
n n
(−1)n−1 (−1)n 2
X X
2
= −
n=1 n +1 n=1 n +1
où la série de droite est une série alternée avec an = n/(n2 + 1). Puisque an = n/(n2 + 1) > 0,
n 1/n
lim an = n→∞
lim = n→∞
lim =0
n→∞ n2 +1 1 + 1/n2
2.2. Séries 69
et
an+1 < an (2.2.9)
∞ ∞
n n
(−1)n (−1)n−1 2
X X
pour tout n, la série 2
et donc la série converge. Notons que
n=1 n +1 n=1 n +1
(2.2.9) provient de la relation
pour tout n ≥ 1.
Pour déterminer N tel que |Sn − S| < 10−3 pour tout n ≥ N , il suffit de trouver n tel
que |Sn − S| < an+1 < 10−3 . Pour simplifier les calculs, nous choisissons n tel que
n+1 1
an+1 = 2
< < 10−3
(n + 1) + 1 n+1
Définition 2.2.45
∞
X
Une série de termes réels an converge absolument si la série de termes positifs
n=1
∞
X
|an | converge.
n=1
∞
X ∞
X ∞
X
Si la série an converge mais la série |an | diverge, nous disons que la série an
n=1 n=1 n=1
converge conditionnellement.
Remarque 2.2.46
Le Test de comparaison, théorème 2.2.24, le Test de comparaison à la limite, théorème 2.2.29,
le Test de d’Alembert ou du quotient, théorème 2.2.32, et le Test de la racine, théorème 2.2.37,
peuvent être utilisés pour déterminer la convergence absolue d’une série. ♠
Exemple 2.2.47
∞
X (−1)n
La série converge car elle satisfait le test des séries alternées. Par contre, la série
n=1 n
∞ ∞
X (−1)n X 1
=
n=1 n n=1 n
∞
(−1)n X
est la série harmonique qui diverge. La série converge donc conditionnellement.
n=1 n
♣
Comme nous venons de le voir à l’exemple précédent, nous pouvons avoir une série qui
converge mais qui ne converge pas absolument. L’inverse n’est pas possible.
70 2. Suites et séries
Théorème 2.2.48
Si une série converge absolument alors elle converge.
Démonstration
∞
Y
X
Soit an une série qui converge absolument. Posons bn = an +|an | pour n ≥ 1. Remarquons
n=1
que
0 pour an < 0
bn =
2an pour an ≥ 0
et bn − |an | = an pour tout n ≥ 1.
∞
X ∞
X
Puisque la série |an | converge, il en est de même pour la série 2|an |. De plus,
n=1 n=1
∞
X
puisque 0 ≤ bn ≤ 2|an | pour tout n ≥ 1 et la série 2|an | converge, nous avons par le test
n=1
∞
X
de comparaison que la série bn converge.
n=1
∞
X ∞
X ∞
X ∞
X
Finalement, puisque les séries |an | et bn convergent, la série (bn − |an |) = an
n=1 n=1 n=1 n=1
converge.
Exemple 2.2.49
∞
X sin(n)
La série converge car elle converge absolument. En effet,
n=1 n3
sin(n) | sin(n)| 1
0≤ 3
= 3
≤ 3
n n n
∞
X1
et la série 3
converge grâce à la proposition 2.2.16. Il découle du test de comparaison
n=1 n
∞
X sin(n)
que la série converge. ♣
n=1 n3
Théorème 2.3.1
n ∞
1
La suite 1+ converge. Sa limite est définie comme étant le nombre d’Eu-
n n=1
ler
e = 2.718281828459 . . .
Démonstration Y
Pour démontrer que cette limite existe, nous utilisons la formule suivante, connue sous le
nom de formule du binôme, qui permet de développer une expression de la forme (a + b)n
où n est un entier positif.
n
!
n n n−1 n(n − 1) n−2 2 n n−k k
a b + . . . + nabn−1 + bn =
X
(a + b) = a + na b+ a b
2 k=0 k
!
n n!
où = .
k k!(n − k)!
Par exemple, (a + b)2 = a2 + 2ab + b2 et (a + b)3 = a3 + 3a2 b + 3ab2 + b3 .
1 n ∞
Montrons que la suite 1+ converge.
n n=1
Premièrement, nous montrons que la suite est bornée supérieurement. Grâce à la formule
du binôme, nous avons
n
1 n X 1 k
!
n
1+ = .
n k=0 k n
Puisque
k
n(n − 1)(n − 2) . . . (n − k + 1) 1 k
!
n 1
=
k n k! n
!
1 1 2 k−1 1
= 1− 1− ... 1 − <
k! n n n k!
pour 1 ≤ k ≤ n et
1 1 1 1
= ≤ = k−1
k! 1 × 2 × 3 × ... × k 2 × 2 ×{z2 . . . × 2}
|
2
k−1 fois
!n
n2 + 2n 1
= 2
1+
(n + 1) n+1
!n
1 1
= 1− 1+ .
(n + 1)2 n+1
si n est impair et
!n
1 n n(n − 1) n(n − 1)(n − 2)
1− =1− + − +...
(n + 1)2 (n + 1) 2 2(n − 1)4 3!(n − 1)6
| {z }
>0
n(n − 1) n 1 n
+ − + >1−
2(n − 1)2(n−2) (n − 1)2(n−1) (n − 1) 2n (n + 1)2
| {z } | {z }
>0 >0
Remarque 2.3.2
Une autre façon équivalente de définir le nombre e est donnée lors de l’étude de la dérivée
de fonctions exponentielles. ♠
Remarque 2.3.3 Y
Comme nous avons annoncé à la section 1.6.1, une définition simple de bx pour b ∈]0, ∞[ et
x ∈ R, et en particulier de ex , sera donnée à la section ??. Cette définition fera appel aux
séries. ♠
Exemple 2.3.4 )∞
n e−n
(
Évaluons la limite de la suite .
n+1 n=1
2.3. Le nombre e et la fonction ex 73
Pour ce faire, nous remarquons que la suite {e−n }∞ n=1 tend vers 0 car c’est le cas 0 <
r = e−1 < 1 du théorème 2.1.17. Il est aussi facile de voir à partir du graphe de la fonction
exponentielle f (x) = ex à la figure 2.2 que la limite de la suite {e−n }∞
n=1 est 0.
)∞
n e−n
(
Nous pouvons alors conclure que la limite de la suite est aussi 0 car
n+1 n=1
y
y = ex
e−1
e−2
x
−3 −2 −1 e−3
Exemple 2.3.5
e−n
Évaluons la limite n→∞
lim .
n2
Comme à l’exemple précédent, nous avons que la suite {e−n }∞ n=1 tend vers 0. De plus, la
suite {1/n2 }∞
n=1 tend aussi vers 0 (le cas r = 2 > 0 du théorème 2.1.18). Ainsi, grâce au
théorème 2.1.8,
e−n 1
−n
lim
n→∞ n2
= lim
n→∞
e lim
n→∞ n2
=0×0=0.
♣
Remarque 2.3.6 Y
En analyse réel, dont fait partie le calcul différentielle et intégral, la fonction ez et les fonctions
sin(z) et cos(z) font parties de deux familles de fonctions que l’on étudie séparément. Par
contre, en analyse complexe, la fonction ez et les fonctions sin(z) et cos(z) sont intimement
reliées. Donc, les nombres e et π sont intimement reliés. C’est un sujet fascinant pour les
étudiant.e.s qui poursuivront leurs études en mathématique. ♠
y y
y = ex /2
y = sinh(x)
x
y = e /2 y = e−x /2
x x
y = −e−x /2 y = cosh(x)
Les fonctions hyperboliques n’apportent rien de nouveau du point de vue des mathéma-
tiques puisqu’elles proviennent de formules algébriques en termes des fonctions exponentielles
ex et e−x . Il n’en reste pas moins qu’elle permettent de présenter plusieurs résultats de façon
élégante.
Les fonctions hyperboliques satisfont les identités suivantes : sinh(−x) = − sinh(x) (fonc-
tion impaire), cosh(−x) = cosh(x) (fonction paire), cosh2 (x) − sinh2 (x) = 1, sinh(x + y) =
sinh(x) cosh(y) + cosh(x) sinh(y) et biens d’autres. Elles satisfont donc des identités sem-
blables à celles satisfaites par les fonctions trigonométriques.
Finalement, pour chaque fonction hyperbolique, nous pouvons définir
√ une fonction inverse.
Par exemple, la fonction sinh−1 est définie par sinh−1 (x) = ln(x + x2 + 1) pour x ∈ R. En
effet,
ex − e−x
y = sinh−1 (x) ⇔ y = ⇔ ex − 2y − e−x = 0 ⇔ e2x − 2yex − 1 = 0 .
2
2.4. Exercices 75
C’est un polynôme de degré deux en ex . Donc, si nous utilisons la formule pour trouver les
racines d’une polynôme de degré deux, nous obtenons
√
x 2y + 4y 2 + 4 q
e = = y + y2 + 1 .
2
√
2y − 4y 2 + 4 q
Nous ne pouvons pas utiliser la formule = y − y 2 + 1 car elle donne une
2 √
valeurs négatives alors que ex > 0. Nous avons donc que x = ln(y + y 2 + 1) pour y ∈ R.
Pour respecter la tradition qui veut que y soit √
une fonction de x, nous échangeons les rôles
de x et y pour obtenir y = sinh−1 (x) = ln(x + x2 + 1) pour x ∈ R.
La fonction cosh a un inverse si nous considérons seulement cosh(x) pour x ≥ 0. Sur
l’intervalle [0, ∞[, la fonction cosh est injective et possède donc √
un inverse. L’image de cosh
−1
est [1, ∞[. L’inverse de cosh est donnée par cosh (x) = ln(x + x2 − 1) pour x ≥ 1.
−1
Finalement, La fonction tanh a un
inverse si nous considérons. La fonction tanh est
1 1 + x
définie par tanh−1 (x) = ln pour −1 < x < 1. Le domaine de tanh−1 est ] − 1, 1[,
2 1−x
l’image de tanh.
2.4 Exercices
2.4.1 Suites
Question 2.1
Déterminez si les suites suivantes convergent ou divergent. Si elles convergent, calculez leurs
limites.
∞ )∞
2n 2n+1
(
a) b) {ln(n + 3) − ln(n)}∞
n=1 c)
3n+1 n=1 5n−1 n=1
( )∞
∞ 2
π n −n+1
d) 3 + sin n e) {2 + cos(nπ)}∞
n=1 f)
2 n=1 2n2 + 1 n=0
2.4.2 Séries
Question 2.2
Nous laissons tomber une balle d’une hauteur de 10 mètres et elle rebondit. A chaque bond
elle atteint 3/4 de la hauteur du bond précédent. Ainsi, au premier bond, la balle atteint la
hauteur de 10 × (3/4) mètres, au deuxième bond, la balle atteint la hauteur de 10 × (3/4)2
mètres, etc.
a) Trouvez une expression pour la hauteur du ne bond.
b) Trouvez une expression pour la distance verticale totale parcourue par la balle lorsqu’elle
frappe le sol pour la première, deuxième, troisième et quatrième fois.
76 2. Suites et séries
c) Trouvez une expression pour la distance verticale totale parcourue par la balle lorsqu’elle
frappe le sol pour la ne fois.
d) Quelle sera éventuellement la distance parcourue par la balle ?
Question 2.3
Trouvez l’aire de la région en gris dans le dessin suivant. La région en gris est l’union d’un
nombre infini de disques de rayon décroissant.
Question 2.4 `
Un fabricant de cerfs-volants vent 5000 unités par année. Chaque année, 10% des cerfs-volants
vendus depuis le début de la production sont brisés par leur propriétaire.
a) Combien y-aura-t-il de cerfs-volants après n années ?
b) Quel est le niveau de stabilisation du marché pour ce type de cerfs-volants ? C’est-à-dire,
si Pn est le nombre de cerfs-volants après n années, quelle est la limite lim Pn si cette limite
n→∞
existe. ?
Question 2.5 r
Déterminez si les séries suivantes convergent ou divergent. Si elles convergent, calculez leurs
sommes.
∞ ∞ ∞
X 5n+2 X 2n +1 X 2n − 3n+2
a) b) c)
7n−2
n=1 n=0 6n n=0 5n+1
∞ ∞ ∞
2 30
5n 2−2n
X X X
d) e) f) 2
n=1 n(n + 1) n=1 n=1 n + 3n + 2
∞
X 1
g)
n=1 n(n + 5)
∞ ∞ n ∞
X 5n X 2 X n2 − 1
a) b) 1+ c) √3
n=1 (n + 1)! n=1 n n=0 n7 + 1
∞ 1/3 ∞ ∞
X n X 2 X (n + 1)2
d) e) √ f)
n=0 n + 4 n n!
3
n=1 n=0
∞ ∞
X cos2 (n) ∞
X 1 X n
g) 3 1/3
h) √ i) n
n=1 n(n + 5) n=1 n n n=1 5
∞ ∞ ∞
Xcos2 (n) X n2 + 1 X (3n + 1)1/2
j) k) l)
n=0 3n 5
n=1 n + 1
3
n=1 (n + n)
1/4
∞ ∞
X 5 + 3 sin(n) X n3 + 2
m) 3
n) √
n=1 3n + n + 4 n=1 n7 + 8
Question 2.8 r
∞
(−1)n+1
X
Montrez que la série converge et trouvez un entier N tel que la somme partielle
n=1 3n
Sn de cette série satisfasse |S − Sn | < 10−3 pour n ≥ N où S est la somme de la série.
Question 2.9 r
∞
(−1)n n
X
Montrez que la série converge et trouvez un entier N tel que la somme partielle
n=1 4n
Sn de cette série satisfasse |S −Sn | < 10−3 pour n ≥ N où S est la somme de la série. Donnez
une approximation de la somme S de la série avec une erreur inférieure à 10−3 .
Question 2.10 r
∞
X (−1)n
Soit la série .
n=1 (2n + 1)!
3.1 Limites
L’exemple suivant introduit le concept de limite d’une fonction en un point.
Exemple 3.1.1
Si g(x) = x2 + 1, vérifions que g(x) approche 2 lorsque x approche 1. Dans les tableaux
suivants, nous évaluons g a chacun des termes de la suite de nombres
{xn }∞
n=1 = {x1 , x2 , x3 , . . .}
Si xn = 1 − 1/n2 pour n = 0, 1, 2, . . .
79
80 3. Limite et fonctions continues
Dans les deux cas, g(xn ) approche la valeur 2 lorsque n → ∞ et donc lorsque xn approche
1 ; c’est-à-dire,
lim g(xn ) = 2 pour n→∞
n→∞
lim xn = 1
dans les deux cas.
Nous pouvons vérifier algébriquement (et donc rigoureusement) que g(xn ) avec xn =
1 + 1/n approche 2 lorsque n → ∞. Nous avons
2
1 2 1
g(xn ) = 1 + +1=2+ + 2
n n n
qui approche 2 lorsque n → ∞ car 1/n et 1/n2 tendent vers 0 lorsque n → ∞.
Comme nous l’avons fait pour xn = 1 + 1/n, nous pouvons vérifier algébriquement que
g(xn ) avec xn = 1 − 1/n2 approche 2 lorsque n → ∞. Nous avons
2
1 2 1
g(xn ) = 1 − 2 +1=2− 2
+ 4
n n n
qui approche 2 lorsque n → ∞ car 1/n2 et 1/n4 approchent 0 lorsque n → ∞.
Quelque soit la suite de nombres {xn }∞n=1 qui tend vers 1 que nous choisissons, le résultat
∞
sera toujours une suite {g(xn )}n=1 qui tend vers la valeur 2. En d’autres mots,
lim g(x) = 2 .
x→1
À partir du graphe de g que nous retrouvons à la figure 3.1, nous constatons que g(xn )
approche la valeur 2 pour la suite qui {xn }∞
n=1 approche 1. ♣
Définition 3.1.2
Soit f une fonction définie pour x près de c (il n’est pas nécessaire que f soit définie
à c). Nous écrivons
lim f (x) = C
x→c
lim f (xn ) = C
n→∞
Définition 3.1.3
Si, dans la définition de la limite d’une fonction f en un point c, nous considérons
seulement les suites {xn }∞
n=1 avec xn < c, nous écrivons
lim f (x) = C
x→c−
ou f (x) → C lorsque x → c− , et nous disons que f (x) converge (ou tend) vers la
valeur C lorsque x converge (ou tend) par la gauche vers c. Nous disons aussi
que C est la limite à gauche de f au point c.
De même, si, dans la définition de la limite d’une fonction f en un point c, nous
considérons seulement les suites {xn }∞
n=1 avec xn > c, nous écrivons
lim f (x) = C
x→c+
ou f (x) → C lorsque x → c+ , et nous disons que f (x) converge (ou tend) vers la
valeur C lorsque x converge (ou tend) par la droite vers c. nous disons aussi
que C est la limite à droite de f au point c.
Exemple 3.1.4
Soit g(x) = sin(x)/x. Quelle est la limite de g(x) lorsque x approche 0 ? En d’autres mots,
sin(x)
quelle est la valeur de lim ?
x→0 x
Dans le tableau suivant, nous évaluons g à chacun des termes de la suite {xn }∞ n=1 qui
converge vers 0 définie par xn = 1/n pour n = 1, 2, 3, . . . Toute autre suite qui tend vers 0
82 3. Limite et fonctions continues
Exemple 3.1.5
Soit g(x) = sin(1/x). Est-ce que g(x) approche une valeur quelconque lorsque x approche
l’origine ? Si oui, quelle est cette valeur ?
1
Le tableau suivant donne les valeurs de g pour les termes de la suite {xn }∞
n=1 où xn =
2nπ
3.1. Limites 83
Il semble que g(x) approche 0 lorsque x approche 0. Essayons maintenant avec la suite
{xn }∞ ∞
n=1 où xn = 2/((4n + 1)π) pour n = 1, 2, 3, . . . La suite {xn }n=1 tend vers 0. Par contre,
∞
le tableau suivant semble indiquer que {g(xn )}n=1 approche 1 lorsque xn approche 0.
n 1 2 3 4 . . . 100 . . . 10000 ...
2 2 2 2 2 2 2
xn = ... ... ...
(4n + 1)π 5π 9π 13π 17π 4001π 40001π
g(xn ) 1 1 1 1 ... 1 ... 1 ...
En fait, pour tout nombre α entre −1 et 1 inclusivement, nous pourrions trouver une
suite {xn }∞
n=1 qui tend vers 0 et telle que g(xn ) tend vers α lorsque n → ∞. Il y a aussi des
suites {xn }∞
n=1 qui tendent vers 0 et telles que g(xn ) n’approche aucune valeur fixe lorsque
n → ∞ mais se promène entre −1 et 1.
Le graphe de g que nous retrouvons à la figure 3.3 montre bien que g(x) n’approche pas
une valeur unique lorsque x approche 0. Le graphe de g oscille entre −1 et 1 de plus en plus
rapidement lorsque x approche 0.
Donc, dans la définition de lim f (x) = C, il est très important que la suite {f (xn )}∞
n=1
x→c
∞
tende vers une valeur unique C quelle que soit la suite {xn }n=1 qui tend vers c. ♣
Nous considérons deux cas : x converge vers 1 avec x > 1 et x converge vers 1 avec x < 1.
Pour x > 1, nous avons que |x − 1| = x − 1. Ainsi,
|x − 1| x−1
lim+ = lim+ = lim+ 1 = 1
x→1 x−1 x→1 x − 1 x→1
Puisque
|x − 1| |x − 1|
lim− 6= lim+ ,
x→1 x−1 x→1 x−1
nous devons conclure que la limite n’existe pas. ♣
Exemple 3.1.7 (Suite de l’exemple 3.1.1) Y
Vérifions de façon algébrique (et donc rigoureusement) que g(x) = x2 + 1 satisfait lim g(x) =
x→1
2.
Remarquons que toute suite {xn }∞ n=1 qui approche 1 peut s’écrire xn = 1 + r où
n
la suite
∞ 1 ∞
{rn }n=1 approche 0 lorsque n → ∞. C’est certainement le cas pour les suites 1 + et
∞ n n=1
1
1+ 2 que nous avons utilisées précédemment. Ainsi,
n n=1
g(xn ) = g(1 + rn ) = (1 + rn )2 + 1 = 2 + 2rn + rn2 → 2
que nous allons donner ci-dessous est équivalente à la définition de limite d’une fonction en
un point que nous avons donnée précédemment mais ne fait pas appelle aux suites. Cette
nouvelle définition est souvent appelée la définition en termes de et δ de la limite d’un
fonction en un point. C’est cette définition qui est généralement utilisée pour démontrer
rigoureusement que la limite d’une fonction f en un point c est une valeur C.
Définition 3.1.8
6 c (il n’est pas nécessaire que f soit définie à
Soit f une fonction définie pour x =
x = c). Nous écrivons
lim f (x) = C
x→c
si, quel que soit le petit nombre > 0 qui est donné, nous pouvons trouver un nombre
δ > 0 (qui peut dépendre de ) tel que
Nous disons que f (x) converge (ou tend) vers la valeur C lorsque x converge
vers c.
y
1+
1
−4 −2 x 0 2 4
0−δ 0+δ
x entre −δ et δ
Figure 3.4 – Pour donné, le graphe nous donne une valeur possible de δ pour
que f (x) = sin(x)/x soit entre 1 − et 1 + quel que soit x 6= 0 entre −δ et δ.
Nous illustrons cette nouvelle formulation de la limite d’une fonction en un point à l’aide
de la fonction f (x) = sin(x)/x pour x = 0. Quelque soit la valeur de , nous remarquons à
partir du graphe de f à la figure 3.4 qu’il est toujours possible de trouver δ > 0 pour que
f (x) soit entre 1 − et 1 + (C = 1 dans l’énoncé de la définition) si x est entre −δ et δ
(c = 0 dans l’énoncé de la définition) avec x 6= 0. Le graphe de f pour −δ < x < δ et x 6= 0
est complètement à l’intérieure de la boite définie par −δ < x < δ et 1 − < y < 1 + . Plus
sera petit, plus nous devrons prendre δ petit.
Nous présentons à la figure 3.5 le graphe d’une fonction qui n’a pas de limite au point c. Il
86 3. Limite et fonctions continues
n’existe pas de δ tel que le graphe de f pour c − δ < x < c + δ avec x 6= c soit complètement
à l’intérieure de la boite définie par c − δ < x < c + δ et C − < y < C + . Il n’existe donc
pas de δ pour satisfaire la définition précédente.
Dans la définition de limite, prend n’importe laquelle des valeurs positives. Il ne suffit
pas de trouver un pour lequel nous pouvons trouver un δ tel que f (x) soit dans l’intervalle
]C − , C + [ si x 6= c est dans l’intervalle ]c − δ, c + δ[. Il faut que pour chaque valeur
> 0 nous puisons trouver un δ (qui peut varier si varie) tel que f (x) soit dans l’intervalle
]C − , C + [ si x 6= c est dans l’intervalle ]c − δ, c + δ[.
c x
c−δ c+δ
x entre c − δ et c + δ
Figure 3.5 – Pour donné, il est impossible de trouver δ pour que f (x) soit entre
C − et C + quel que soit x 6= c entre c − δ et c + δ.
Exemple 3.1.9
1 1
= .
Montrons à l’aide de la dernière définition de limite d’une fonction en un point que lim
x→2 x 2
Soit > 0 quelconque mais fixe. Puisque nous cherchons la limite lorsque x approche 2,
nous pouvons supposer que x > 1. Ainsi,
1 1 2−x |2 − x| |2 − x|
− = = <
x 2 2x |2x| 2
1 1 |2 − x| δ
− < < ≤
x 2 2 2
pour |x − 2| < δ. ♣
Proposition 3.1.10
Les définitions de convergence données aux définitions 3.1.2 et 3.1.8 sont équivalente.
Démonstration
i) Supposons que lim f (x) = C selon la définition 3.1.2. Montrons que la définition 3.1.8 est
x→c
satisfaite.
3.1. Limites 87
La preuve est par contradiction. Supposons que la définition 3.1.8 ne soit pas satisfaite.
Cela implique qu’il existe un > 0 tel que pour tout δ nous pouvons trouver au moins un
point xδ tel que |xδ − c| < δ et |f (xδ ) − C| ≥ .
n o∞
Si nous prenons δ = 1/n pour n un entier positif, nous obtenons une suite x1/n telle
n=1
1
que x1/n − c < et f (x1/n ) − C ≥ pour tout n. Nous avons donc lim x1/n = c mais la
n o∞n n→∞
suite f (x1/n ) ne tend pas vers C. Ce qui contredit la définition 3.1.2.
n=1
ii) Supposons maintenant que lim f (x) = C selon la définition 3.1.8. Montrons que la
x→c
définition 3.1.2 est satisfaite.
Supposons que {xn }∞ n=1 soit une suite qui tend vers c. Soit > 0. Selon la définition 3.1.8,
il existe δ > 0 tel que |f (x) − C| < si |x − c| < δ. Puisque n→∞
lim xn = c, il existe N > 0 tel
que |xn − c| < δ pour n > N . Ainsi, |f (xn ) − C| < pour n > N . Puisque est arbitraire,
nous avons lim f (xn ) = C.
n→∞
Comme le résultat du paragraphe précédent est vrai pour toute suite {xn }∞
n=1 qui tend
vers c, nous avons que lim f (x) = C selon la définition 3.1.2.
x→c
Soit f , g et h ; trois fonctions telles que f (x) ≤ g(x) ≤ h(x) pour x près de c. Si
alors
lim g(x) = L .
x→c
Exemple 3.1.12 Y
La méthode algébrique de l’exemple 3.1.7 n’est pas utile pour démontrer rigoureusement que
sin(x)
lim =1. (3.1.1)
x→0 x
Il faut utiliser une autre approche. Le théorème précédent nous permet de démontrer rigou-
reusement (3.1.1).
88 3. Limite et fonctions continues
Donc
sin(x)
<1. (3.1.2)
x
De plus,
Donc
sin(x)
cos(x) < . (3.1.3)
x
Nous déduisons de (3.1.2) et (3.1.3) que
sin(x)
cos(x) < <1.
x
Il est facile de vérifier à partir de la définition du cosinus que
lim cos(x) = 1
x→0
Par exemple, pour toute suite {xn }∞n=1 qui tend vers 0, nous avons que cos(xn ) tend vers
cos(0) = 1. Ainsi, nous obtenons que g(x) = sin(x)/x approche 1 lorsque x approche 0 grâce
au théorème des gendarmes. ♣
Comme nous venons de voir, il n’est pas toujours facile de démontrer rigoureusement
qu’une fonction à une limite en un point.
B
C x
D
x A
O E
cercle de rayon 1
Figure 3.6 – La figure utilisée pour démontrer rigoureusement que lim sin(x)/x =
x→0
1.
Comme pour les limites de suites, nous avons les propriétés suivantes.
3.2. Fonctions continues 89
Théorème 3.1.13
Supposons que lim f (x) = A et lim g(x) = B.
x→c x→c
1. lim (f (x) + g(x)) = A + B.
x→c
2. Si k est un nombre réel, alors x→c
lim (k f (x)) = kA.
3. lim (f (x)g(x)) = AB.
x→c
f (x) A
4. Si B 6= 0 (donc g(x) 6= 0 pour x près de c), alors lim = .
x→c g(x) B
Les quatre conclusions du théorème précédent sont souvent énoncées de la façon suivante.
et
respectivement.
Définition 3.2.1
Soit f une fonction à valeurs réelles définie près d’un point c et au point c. La fonction
f est continue au point c si
En d’autres mots, f est continue au point c si f (c) existe et f (xn ) approche f (c) quelle
que soit la suite {xn }∞
n=1 qui tend vers c.
La figure 3.7 contient le graphe d’une fonction f qui n’est pas continue au point x = c
car f (x) approche la valeur B lorsque x > c approche c et f (x) approche la valeur A 6= B
90 3. Limite et fonctions continues
lorsque x < c approche c. Comme f est une fonction, elle ne peut pas prendre deux valeurs
distinctes, A et B, lorsque x = c. Dans le dessin à la figure 3.7, le cercle plein à l’extrémité
gauche de la courbe supérieure (à x = c) et le cercle vide à l’extrémité droite de la courbe
inférieure (aussi à x = c) indiquent que f (c) = B.
y
B
y = f (x)
A
x
c
Pour qu’une fonction ne soit pas continue en un point x = c, il faut que le graphe de la
fonction soit représenté par une courbe brisée à x = c.
Exemple 3.2.2
À l’exemple 3.1.1, nous avons montré que la fonction g(x) = x2 + 1 est continue au point
x = 1 car lim g(x) = 2 et g(1) = 2. Donc
x→1
♣
Exemple 3.2.3
La fonction g(x) = sin(x)/x que nous avons étudié à l’exemple 3.1.4 n’est pas continue au
point x = 0 car g(x) n’est pas définie pour x = 0. Par contre, si nous définissons
sin(x)
pour x 6= 0
f (x) = x
1
pour x = 0
sin(x)
lim f (x) = lim = 1 = f (0) .
x→0 x→0 x
Le graphe de f est le graphe à la figure 3.2 où le point (0, 1) est maintenant représenté par
un cercle plein. ♣
3.2. Fonctions continues 91
Définition 3.2.4
Si une fonction f est continue en tout point d’un intervalle (e.g. ]a, b[, [a, b], [a, b[ or
]a, b]) nous disons que la fonction f est continue cet intervalle.
Il est toujours préférable (si c’est possible) d’utiliser des fonctions continues pour décrire
les phénomènes physiques, biologiques, et autres. La raison pour cette préférence est qu’une
petite variation de l’argument d’une fonction continue aura très peu d’effet (en général) sur
la valeur retournée par la fonction. Cela est nécessaire si nous voulons faire des prédictions
à long terme ou si nous voulons estimer les valeurs à fournir à la fonction pour obtenir le
résultat escompté. Nous illustrons ce dernier type de problèmes dans l’exemple suivant.
Exemple 3.2.5 +
La concentration d’un contaminant dans l’eau d’une rivière est déterminée par la fonction
0.7t
f (t) = où la variable t est mesurée en années. À quel moment aurons-nous une concen-
1+t
tration du contaminant entre 0.1 et 0.2 pourcent ?
Il faut trouver t tel que
0.7t
0.1 < f (t) = < 0.2 .
1+t
Il découle de la première inégalité que
0.7t 1
0.1 < ⇒ 0.1 + 0.1t < 0.7t ⇒ 0.1 < 0.6t ⇒ < t
1+t 6
et de la deuxième inégalité que
0.7t 2
< 0.2 ⇒ 0.7t < 0.2 + 0.2t ⇒ 0.5t < 0.2 ⇒ t < .
1+t 5
Nous aurons donc une concentration entre 0.1 et 0.2 pourcent pour t entre 1/6 = 0.16 de
l’année (environ 2 mois) et 2/5 = 0.4 de l’année (un peu moins de 5 mois).
Si nous considérons la même question pour une concentration entre 0.13 et 0.17 pourcent,
il faut trouver t tel que
0.7t
0.13 < f (t) = < 0.17 .
1+t
Puisque
0.7t 13
0.13 < ⇒ 0.13 + 0.13t < 0.7t ⇒ 0.13 < 0.57t ⇒ <t
1+t 57
et
0.7t 17
< 0.17 ⇒ 0.7t < 0.17 + 0.17t ⇒ 0.53t < 0.17 ⇒ t < ,
1+t 53
nous aurons une concentration entre 0.13 et 0.17 pourcent pour t entre 13/57 = 0.228 . . . de
l’année et 17/53 = 0.320 . . . de l’année.
Si considère la même question pour une concentration entre 0.14 et 0.16 pourcent, nous
trouvons 1/4 = 0.25 < t < 8/27 = 0.296, Pour une concentration enter 0.145 et 0.155
pourcent, nous trouvons 29/111 = 0.261 < t < 31/109 = 0.284 . . ., etc. À la limite, nous
92 3. Limite et fonctions continues
avons un concentration de 0.15 pourcent pour t = 3/11 = 0.27 de l’année. C’est la valeur de
t lorsque f (t) = 0.15.
Naturellement, cet exemple n’est pas réaliste car la fonction f est donnée explicitement.
Dans une expérience réelle, la fonction f est inconnue. Nous avons peut être quelques ré-
sultats expérimentaux qui nous donnent que la concentration du contaminant varie de 0.1
à 0.2 pourcent entre t = 0.16 et t = 0.4, de 0.13 à 0.17 pourcent entre t = 0.228 . . . et
t = 0.320 . . ., de 0.14 à 0.16 pourcent entre t = 0.25 et t = 0.296, de 0.145 à 0.155 pourcent
entre t = 0.261 et t = 0.284 . . ., etc. Si nous assumons que la fonction qui donne la densité
du contaminant en fonction du temps est une fonction continue, nous pouvons alors conclure
que la concentration du contaminant est possiblement de 0.15 pourcent pour t = 0.27 ; une
valeur qui se trouve entre t = 0.261 et t = 0.284 . . .. Si nous n’assumons pas que la fonction
soit continue, nous ne pouvons rien conclure. ♣
Définition 3.2.6
Soit f une fonction à valeurs réelles définie près d’un point c et au point c. La fonction
f est continue au point x = c si, quel que soit le petit nombre > 0 qui est donné,
nous pouvons trouver un nombre δ > 0 (qui peut dépendre de ) tel que
Remarque 3.2.7
Nous illustrons à la figure 3.8 la deuxième formulation de la définition d’une fonction continue
f en un point c. Quel que soit le nombre , nous pouvons toujours trouver δ tel que le
graphe de la fonction f entre c − δ et c + δ, incluant (c, f (c)), soit dans la boite définie par
c − δ < x < c + δ et f (c) − < y < f (c) + . ♠
y
f (c) + y = f (x)
f (c)
f (c) −
x
c
c−δ c+δ
Figure 3.8 – Pour donné, il est possible de trouver δ pour que f (x) (incluant
f (c)) soit entre f (c) − et f (c) + quel que soit x entre c − δ et c + δ.
3.3. Quelques propriétés des fonctions continues 93
Proposition 3.3.1
Si {xn }∞
n=0 est une suite qui converge vers un point c du domaine d’une fonction continue
f , alors la suite {f (xn )}∞
n=0 converge vers le point f (c). En d’autres mots,
lim f (xn ) = f
n→∞
lim xn
n→∞
Puisque la définition de limite d’une fonction en un point c fait appel aux suites {xn }∞
n=0 qui
converge vers c, nous obtenons le résultat suivant qui est très utile pour calculer des limites.
Proposition 3.3.2
Soit f une fonction continue et g une fonction dont l’image est un sous-ensemble du
domaine de f . Nous pouvons donc considérer la composition f ◦ g. Si x→r
lim g(x) = s est
un élément du domaine de f , alors lim f (g(x)) = f (s). En d’autres mots,
x→r
lim f (g(x)) = f lim g(x)
x→r x→r
Exemple 3.3.3
Calculons les limites suivantes si elles existent.
!
x2 − 4 x−4 x−1
a) lim sin b) lim √ c) lim √
x→2 x−2 x→4 2 − x x→1 2 − x+3
a) Notons que
x2 − 4 (x − 2)(x + 2)
lim = lim = lim (x + 2) = 4 .
x→2 x − 2 x→2 x−2 x→2
Puisque sin(x) est continue en x = 4, nous pouvons utiliser la proposition 3.3.2 pour conclure
que ! !
x2 − 4 x2 − 4
lim sin = sin lim = sin(4) .
x→2 x−2 x→2 x − 2
94 3. Limite et fonctions continues
b) Remarquons que
√ √
x−4 ( x − 2)( x + 2) √
√ = √ = −( x + 2)
2− x 2− x
pour x 6= 4. Ainsi,
x−4 √ √
√ = lim −( x + 2) = −( 4 + 2) = −4
lim
x→4 2 − x x→4
√
Nous avons utilisé le fait que x − 2 est une fonction continue pour calculer la dernière
limite.
c) Pour évaluer cette limite, nous éliminons premièrement la racine carrée au dénominateur.
√ ! √
x−1 x−1 2+ x+3 (x − 1)(2 + x + 3)
√ = √ √ =
2− x+3 2− x+3 2+ x+3 4 − (x + 3)
√
(x − 1)(2 + x + 3) √
= = −(2 + x + 3)
1−x
pour x 6= 1. Ainsi,
x−1 √ √
lim √ = lim −(2 + x + 3) = −(2 + 4) = −4
x→1 2 − x + 3 x→1
√
Nous avons utilisé le fait que 2 + x + 3 est une fonction continue pour calculer la dernière
limite. ♣
Exemple 3.3.4 Y
Soit la fonction
1
h(x) = arctan(x) + arctan , x 6= 0 .
x
Montrons que
π/2 si x > 0
h(x) = .
−π/2 si x < 0
pour tout x > 0. De même, nous déduisons des deux dessins à la figure 3.10 que
x 1 −1 −x
sin(θ1 ) = √ , cos(θ1 ) = √ 2 , sin(θ2 ) = √ 2 et cos(θ2 ) = √
x2+1 x +1 x +1 x2 + 1
pour x < 0. Donc
! ! ! !
x −x −1 1
sin(h(x)) = √ √ + √ √ = −1
x2 + 1 x2 + 1 x2 + 1 x2 + 1
pour tout x < 0.
Pour compléter le problème, remarquons que h(1) = 2 arctan(1) = π/2. Comme sin(h(x))
est constant pour x > 0 et h est une fonction continue pour x > 0, h(x) doit être constant
pour x > 0 et ainsi h(x) = π/2 pour x > 0. De même, h(−1) = 2 arctan(−1) = −π/2.
Comme sin(h(x)) est constant pour x < 0 et h est continue pour x < 0, h(x) doit être
constant pour x < 0 et ainsi h(x) = −π/2 pour x > 0. ♣
x>0
√ √
1 + x2 1 + x2
1
x
θ1 θ2
1 x
tan(θ1 ) = x tan(θ2 ) = 1/x
Les fonctions continues possèdent une propriété très importante que nous utiliserons lors
de l’étude des fonctions au prochain chapitre.
Soit f une fonction continue sur l’intervalle [a, b] et soit m une valeur entre f (a) et
f (b). Il existe au moins une valeur c telle que a ≤ c ≤ b et f (c) = m (figure 3.11).
96 3. Limite et fonctions continues
1 x<0 −x
θ1 θ2
−x 1
√
1 + x2
√
1 + x2
y
y = f (x)
f (b)
m
f (a)
x
a c b
Définition 3.4.2
Si la définition 3.1.2 est satisfaite lorsque c est remplacé par ∞, nous disons que f (x)
converge (ou tend) vers la constante C lorsque x converge (ou tend) vers
3.4. Limites à l’infini et limites infinies 97
Figure 3.12 – Le graphe de g(x) = 5 + e(2−x/10) . Nous avons que g(x) approche 5
lorsque x tend vers plus l’infini.
De même, si la définition 3.1.2 est satisfaite lorsque c est remplacé par −∞, nous
disons que f (x) converge (ou tend) vers la constante C lorsque x converge
(ou tend) vers moins l’infini et nous écrivons
lim f (x) = C .
x→−∞
Exemple 3.4.3
Revenons à l’exemple précédent avec g(x) = 5 + e(2−x/10) .
La suite {xn }∞ 2
n=1 où xn = n pour n = 1, 2, 3, . . . est une suite qui tend vers plus
l’infini car c’est une suite croissante de nombres sans borne supérieure. Nous donnons, dans
le tableau 3.1, les valeurs de g(xn ) pour quelques uns des termes de la suite {xn }∞
n=1 . Il est
clair que g(xn ) approche 5 lorsque n (et donc xn ) devient de plus en plus grand.
Puisque pour toute suite {xn }∞n=1 qui tend vers plus l’infini, nous pourrions montrer que
g(xn ) approche 5 lorsque n devient de plus en plus grand, nous avons que x→∞ lim g(x) = 5.
Ainsi, g(x) tend vers 5 lorsque x tend vers plus l’infini.
La droite y = 5 est appelée une asymptote horizontale pour la fonction g.
Nous pourrions aussi résonner à partir du graphe de y = ex pour montrer que lim g(x) =
x→∞
5. En effet, puisque 2−x/10 devient de plus en plus petit (de plus en plus « négatif ») lorsque
x devient de plus en plus grand, nous pouvons conclure à partir du graphe de y = ex que
e(2−x/10) tend vers 0 lorsque x tend vers plus l’infini. Donc 5 + e(2−x/10) tend vers 5 lorsque
98 3. Limite et fonctions continues
n x n = n2 g(xn ) n xn = n 2 g(xn )
1 1 11.68589444228 . . . 13 169 5.00000033807 . . .
2 4 9.95303242440 . . . 14 196 5.00000002272 . . .
3 9 8.00416602395 . . . 15 225 5.00000000125 . . .
4 16 6.49182469764 . . . 16 256 5.00000000006 . . .
5 25 5.60653065971 . . . .. .. ..
. . .
.. .. ..
. . . 22 484 5.00000000000 . . .
11 121 5.00004107956 . . . 23 529 5.00000000000 . . .
12 144 5.00000411859 . . . 24 576 5.00000000000 . . .
Proposition 3.4.4
Soit r un nombre réel positif. Alors
∞ pour r > 1
x
lim r = 1 pour r = 1 .
x→∞
0 pour 0 < r < 1
Proposition 3.4.5
Soit r un nombre réel. Alors
0 pour r > 0
1
lim r = 1 pour r = 0 .
x→∞ x
∞ pour r < 0
Remarque 3.4.6
Dans les deux propositions précédentes, nous faisons référence à la convergence d’une fonction
vers plus l’infini lorsque x tend vers plus l’infini. La définition 3.4.9 ci-dessous explique ce que
cela veut dire. C’est deux propositions seront extrêmement utiles pour calculer des limites.
♠
Exemple 3.4.7
Évaluons les limites suivantes si elles existent.
√
x2 + x + 1 x−4 4x4 + 5
a) x→∞
lim b) x→∞
lim 3/2 c) lim
5x2 + 1 x + 2x + 1 x→∞
(x8 + x2 + 1)1/4
3.4. Limites à l’infini et limites infinies 99
grâce à la proposition 3.4.5 qui nous donne lim (1/x) = lim (1/x2 ) = 0.
x→∞ x→∞
car lim (1/xr ) = 0 pour r > 0 comme nous avons énoncé à la proposition 3.4.5 . ♣
x→∞
Exemple 3.4.8
Déterminons si la limite suivante existe
√ √
lim x+1− x
x→∞
♣
Nous avons
lim f (xn ) = ∞
n→∞
lim f (xn ) = −∞
n→∞
Définition 3.4.9
Soit f une fonction définie pour x près de c. Nous écrivons
si
lim f (xn ) = +∞ (resp. −∞)
n→∞
{xn }∞
quelle que soit la suite n=1 de nombres différents de c qui tend vers c. Nous disons
que f (x) converge (ou tend) vers plus l’infini (resp. moins l’infini) lorsque x
converge (ou tend) vers c.
Il n’est pas nécessaire que f soit définie à c, et nous pouvons avoir c = +∞ ou −∞.
Exemple 3.4.10
2
Si f (x) = , que se passe-t-il lorsque x approche 3 ? Remarquons que f (x) n’est pas
(x − 3)2
définie pour x = 3.
Une façon de montrer que
2
lim =∞
x→3 (x − 3)2
( )∞
2
serait de montrer que, quelle que soit la suite {xn }∞
n=1qui tend vers 3, la suite
(xn − 3)2 n=1
tend vers plus l’infini. Nous ne ferons pas(cela mais )le lecteur peut vérifier avec une suite
∞
2
{xn }∞
n=1 de son choix qui tend vers 3 que tend vers plus l’infini.
(xn − 3)2 n=1
Nous utilisons une autre approche (un peu moins rigoureuse) pour nous convaincre que
2
lim =∞.
x→3 (x − 3)2
Si x est très près de 3 avec x > 3 alors x−3 est très près de zéro avec x−3 > 0. Donc (x−3)2
est encore plus près de zéro que x − 3 peut l’être si 0 < x − 3 < 1. Ainsi, 2/(x − 3)2 > 0
est très grand car nous divisons par un très petit nombre. Plus x − 3 > 0 sera petit, plus
2/(x − 3)2 > 0 sera grand. Un raisonnement semblable pour x très près de 3 avec x < 3,
3.4. Limites à l’infini et limites infinies 101
montre que 2/(x − 3)2 > 0 devient aussi de plus en plus grand lorsque 3 − x > 0 devient de
plus en plus petit.
Si nous résonnons à partir du graphe de f près de 3 que nous retrouvons à la figure 3.13,
nous pouvons conclure que la fonction f croît sans borne supérieure lorsque x tend vers 3.
La droite x = 3 est appelée une asymptote verticale pour f . ♣
Figure 3.13 – Le graphe de f (x) = 2/(x − 3)2 . f croit sans limite supérieure
lorsque x approche 3. La droite x = 3 est une asymptote verticale.
Exemple 3.4.11
2
Si f (x) = 2 , que se passe-t-il lorsque x approche 3 ? Remarquons que f (x) n’est pas
x −9
définie pour x = 3.
Si x est très près de 3 avec x > 3 alors x2 − 9 est très près de zéro avec x2 − 9 > 0. Donc
2/(x2 − 9) > 0 est très grand car nous divisons par un très petit nombre. Si x est très près
de 3 avec x < 3 alors x2 − 9 est très près de zéro avec x2 − 9 < 0. Donc 2/(x2 − 9) < 0 est
très petit car nous divisons par un nombre négatif qui est très petit en valeur absolue.
Le graphe de f près de 3 que nous retrouvons à la figure 3.14 indique que la fonction f
croît sans borne supérieure lorsque x approche 3 avec x > 3 et la fonction f décroît sans
borne inférieure lorsque x approche 3 avec x < 3. La fonction 2/(x2 − 9) ne tend pas vers
plus l’infini ou moins l’infini lorsque x tend vers 3. ♣
Si f est une fonction qui n’est pas définie en un point c, l’exemple précédent suggère de
considérer le comportement de cette fonction lorsque nous nous approchons de c avec des
valeurs plus petites que c (i.e. par la gauche) ou des valeurs plus grandes que c (i.e. par la
droite).
102 3. Limite et fonctions continues
Figure 3.14 – Le graphe de f (x) = 2/(x2 −9). f croît sans limite supérieure lorsque
x approche 3 avec x > 3 et f décroît sans limite inférieure lorsque x approche 3
avec x < 3.
Définition 3.4.12
Soit f une fonction définie pour x > c. Nous écrivons
si
lim f (xn ) = +∞ (resp. −∞)
n→∞
si
lim f (xn ) = +∞ (resp. −∞)
n→∞
Exemple 3.4.13
À l’exemple précédent, nous avons
2 2
lim− = −∞ et lim+ 2 =∞.
x→3 −9 x2 x←3 x − 9
y y
c q x
M M
x=c
x=c
y = f (x)
c x
y = f (x) p
Figure 3.15 – Dans le graphe à de gauche lim− f (x) = ∞ alors que dans le graphe
x→c
à de droite lim+ f (x) = −∞.
x→c
Définition 3.4.14
Soit f une fonction définie pour x positif. Nous écrivons
x→∞
lim f (x) = C
et nous disons que f (x) dent vers C lorsque x dent vers plus l’infini si la condition
suivante est satisfaite. Il existe une unique constante C telle que, pour toute valeur
> 0, nous pouvons trouver une constante M > 0 (qui peut dépendre de ) pour
laquelle f (x) est dans l’intervalle ]C − , C + [ si x > M (figure 3.16).
De façons semblables, nous pouvons définir la limite vers moins l’infini.
104 3. Limite et fonctions continues
y
y = f (x)
C +δ
f (x)
C
C −δ
M x
Figure 3.16 – La fonction f tend vers C lorsque x tend vers plus l’infini. Pour
> 0 donné, nous pouvons voir à partir du graphe de f qu’il existe M > 0 tel que
f (x) est entre C − et C + si x > M .
Définition 3.4.15
Soit f une fonction définie pour x près d’un point c. Nous écrivons
lim f (x) = +∞
x→c
et nous disons que f (x) tend vers plus l’infini lorsque x tend vers c si la condition
suivante est satisfaite. Pour toute constante M , il existe une constante δ > 0 (qui peut
dépendre de M ) pour laquelle f (x) > M lorsque x est dans l’intervalle ]c − δ, c + δ[
(figure 3.17).
De façons semblables, nous pouvons définir la convergence vers moins l’infini, et les
convergences à droite et à gauche vers plus ou moins l’infini.
y
y = f (x)
f (x)
c x
c−δ c+δ
x
Figure 3.17 – La fonction f tend vers plus l’infini lorsque x tend vers c. Pour
M > 0 donné, nous pouvons voir à partir du graphe de f qu’il existe δ > 0 tel que
f (x) > M si x est entre c − δ et c + δ.
3.4. Limites à l’infini et limites infinies 105
Exemple 3.4.16
2
Revenons à f (x) = que nous avons étudié précédemment. Montrons à l’aide des
−9 x2
définitions précédentes que
Prenons un très grand nombre M (e.g. M = 106 ). Existe-t-il un nombre δ > 0 tel que
2
f (x) = >M
x2 − 9
2
lorsque 3 < x < 3 + δ ? Cherchons les valeurs de x > 3 telles que > M ; c’est-à-dire,
x2 −9
telles que x2 < 9 + 2/M . Il faut donc que
q q
3<x< 9 + 2/M = 3 + 9 + 2/M − 3 .
q
Si δ = 9 + 2/M − 3, alors δ > 0 car M > 0. De plus, f (x) > M pour 3 < x < 3 + δ. Le
lecteur est invité à calculer δ pour une valeur M de son choix. Nous venons de montrer que
quel que soit M > 0, nous pouvons toujours trouver un nombre δ > 0 tel que f (x) > M
pour 3 < x < 3 + δ. Ce qui prouve bien que f (x) dent vers +∞ lorsque x tend par la droite
vers 3.
De même, prenons un très petit nombre M (e.g. M = −108 ). Existe-t-il un nombre δ > 0
tel que
2
f (x) = 2 >M
x −9
2
lorsque 3 − δ < x < 3 ? Cherchons les valeurs de x entre 0 et 3 telles que 2 < M;
x −9
c’est-à-dire, telles que x2 > 9 + 2/M . Il faut donc que
q q
3>x> 9 + 2/M = 3 − (3 − 9 + 2/M )
q
où nous assumons que M < −2/9 pour que 9 + 2/M soit positif. Si δ = 3 − 9 + 2/M , alors
δ > 0 car M < −2/9. De plus, f (x) < M pour 3 − δ < x < 3. Nous venons de montrer que
quel que soit M < 0, nous pouvons toujours trouver un nombre δ > 0 tel que f (x) < M
pour 3 > x > 3 − δ. Ce qui prouve bien que f (x) tend vers −∞ lorsque x tend par la gauche
vers 3. ♣
Exemple 3.4.17
Revenons au calcul de la limite
√ √
lim x+1− x
x→∞
Démontrons que
√ √ 1
lim x+1− lim √
x = x→∞ √ =0
x→∞ x+1+ x
à partir de notre définition de limite à l’infini. Soit > 0 quelconque mais fixe. Si nous
1
prenons M = 2 , nous obtenons
4
1 1 1 1
√ √ −0 = √ √ < √ < q =
x+1+ x x+1+ x 2 x 2 1/(42 )
pour x > M . ♣
Pour terminer, nous considérons le cas où nous avons une limite infinie à l’infini.
Définition 3.4.18
Soit f une fonction définie pour x positif. Nous écrivons
lim f (x) = +∞
x→+∞
et nous disons que f (x) tend vers plus l’infini lorsque x tend vers plus l’infini si pour
toute constante M > 0 il existe une constante m > 0 (qui peut dépendre de M ) pour
laquelle f (x) > M lorsque x > m. De même, nous écrivons
lim f (x) = −∞
x→+∞
et nous disons que f (x) tend vers moins l’infini lorsque x tend vers plus l’infini si pour
toute constante M < 0 il existe une constante m > 0 (qui peut dépendre de M ) pour
laquelle f (x) < M lorsque x > m.
De façons semblables, nous pouvons définir la convergence de f (x) vers plus l’infini ou
moins l’infini lorsque x converge vers moins l’infini.
Définition 3.4.19
Soit f et g deux fonctions telles que f (x) et g(x) tendent vers l’infini lorsque x tend
vers c. Nous disons que f et g ont un comportement asymptotique semblable
lorsque x tend vers c si
f (x)
lim =1.
x→c g(x)
Définition 3.4.20
Deux fonctions f et g ont un comportement asymptotique semblable lorsque x
tend vers plus l’infini (resp. moins l’infini) si
f (x) f (x)
lim =1 (resp. lim =1).
x→+∞ g(x) x→−∞ g(x)
Exemple 3.4.21
À l’exemple 3.4.3, nous avons montré que lim g(x) = 5 où g(x) = 5 + e2−x/10 . Si nous
x→+∞
posons f (x) = 5 pour tout x, alors
f (x)
lim =1.
x→+∞ g(x)
Donc g et f ont des graphes semblables lorsque x est très grand. ♣
Nous reviendrons sur l’étude du comportement asymptotique des fonctions à la section 5.6.
3.5 Exercices
3.5.1 Limites
Question 3.1
Utilisez une approche numérique et une approche graphique (c’est-à-dire que vous devez
utiliser un logiciel ou une calculatrice graphique pour tracer le graphe) pour trouver la
valeur de la limite suivante si elle existe.
e2x − 1
lim .
x→0 x
Question 3.2
Le graphe de la fonction p est donné ci-dessous.
108 3. Limite et fonctions continues
Évaluez graphiquement lim− p(t), lim+ p(t) et lim p(t) si cela est possible.
t→1 t→1 t→1
Question 3.3
À l’aide de suites de valeurs numériques, estimez la valeur des limites suivantes.
1 − cos(x) ln(1 − x)
a) lim b) lim
x→0 x x→0 x
Question 3.4 √ √
Nous savons que lim+ x = 0. Pour quelles valeurs de x aurons-nous que x < 0.1 ? Que
√ x→0 √
x < 0.01 ? Est-ce que x approche rapidement 0 lorsque x > 0 approche 0 ?
Question 3.5
Le graphe de la fonction f est donné ci-dessous.
y
7
6
5
4
3
2
1
x
1 2 3
Calculez les limites à droite et à gauche aux points x = 1 et x = 2. Est-ce que la limite de
la fonction existe aux points x = 1 et x = 2 ?
Question 3.6
Soit v(t) = 1 + t2 . Évaluez la limite lim v(t). Soit α la valeur de cette limite.
t→0
1. Pour quelles valeurs de t aurons-nous que |v(t) − α| < 1 ?
2. Pour quelles valeurs de t aurons-nous que |v(t) − α| < 0.5 ?
3. Pour quelles valeurs de t aurons-nous que |v(t) − α| < 0.01 ?
Question 3.7 r +
Évaluez si possible la limite lim x2 sin(1/x).
x→0
Question 3.8 r
La fonction de Heaviside est définie par
0 si x < 0
H(x) = .
1 si x ≥ 0
1 + t + t2 ex (x − 2)
a) lim b) lim c) lim √
t→0 1+t x→0 1 + x x→2 2 + 2x2 − 4
3z cos(π/x)
d) lim e) lim 2
z→0 1 + ln(1 + z) x→3 x − 5
Question 3.10
Déterminez si les limites suivantes existent. Évaluez la limite quand elle existe.
√
(x − 3) |x − 5| 3− 9 − 3x
a) lim √ b) lim 2 c) lim
x→3 2 − x2 − 5 x→5 x − 25 x→0 8x
|x − 2| − 1 |x + 3|(5 + x) 5x + 3x2 − 8
4
d) lim e) lim f) lim
x→1 x2 − 1 x→−3 x+3 x→1 12x2 − 11x − 1
Question 3.11 +
Le volume d’une culture au temps t en secondes est donnée par la formule V (t) = V0 eαt
ml où V0 = V (0) = 1 ml est le volume initial. Sachant que le volume est de 2.71828 ml
après 1000 secondes (i.e. V (1000) = 2.71828 ml), trouvez α. Déterminez les valeurs de t pour
lesquelles le volume V (t) après t secondes est 2.71828 ml avec une marge d’erreur de 0.1 ml.
C’est-à-dire, trouvez t tel que 2.71828 − 0.1 < V (t) < 2.71828 + 0.1.
Question 3.12
Donnez une formule mathématique pour définir la fonction continue f telle que f (x) = −1
pour x < −0.1, f (x) = 1 pour x > 0.1, et f (x) est linéaire pour −0.1 < x < 0.1.
Question 3.13 +
Un neurone a la réaction suivante lorsqu’il reçoit une impulsion électrique. Si le voltage V
de l’impulsion électrique est supérieure à une valeur V0 , le neurone produit une impulsion
électrique de voltage 2V . Au contraire, si le voltage V de l’impulsion électrique est inférieure
à cette valeur V0 , le neurone produit une impulsion électrique de voltage V1 . Donnez une
formule mathématique pour la réponse du neurone à une impulsion électrique ? Si nous
savons que la réponse du neurone à une impulsion électrique est une fonction continue,
quelle doit être la valeur de V1 ?
Question 3.14
Soit
πx
a sin si x < 3
f (x) = x2 2
−4 si x ≥ 3
2
Trouvez la valeur de a pour que f soit continue sur la droite réelle. Donnez une justification
claire et complète.
110 3. Limite et fonctions continues
Question 3.15
Soit
ax2 + 4x si x < 3
f (x) =
x2 + ax si x ≥ 3
Trouvez la valeur de a pour que f soit continue sur la droite réelle. Donnez une justification
claire et complète.
Question 3.16
Soit 2
x − 2x − 3
si x < 3
x−3
f (x) = ax2 + x + b si 3 ≤ x < 4
√ 5ax
b x + si x ≥ 4
2
Trouvez les valeurs de a et b pour que f soit continue sur la droite réelle. Donnez une
justification claire et complète.
Question 3.17 + r
Utilisez le Théorème des valeurs intermédiaires pour démontrer que l’équation ex +x2 −2 = x
a au moins une solution.
Question 3.18
Montrez qu’il existe au moins une solution de l’équation suivante sur l’intervalle donnée. Ne
pas oublier d’indiquer le théorème que vous avez utilisé et de vérifier que ses hypothèses sont
satisfaites.
Question 3.19 `
Le prix de l’essence a augmenté de $2.10 à $2.50 par litre au cours de la semaine passée,
pouvons-nous conclure à l’aide du Théorème des valeurs intermédiaires que le prix de l’essence
a été de $2.25 le litre à un moment au cours de la semaine passée ? Justifiez votre réponse.
1 1
√ > 100 ? Est-ce que √ croît rapidement ou lentement lorsque x > 0 approche 0 ?
x x
Question 3.22
Utilisez des suites pour évaluer lim (1 − t)−4 .
t→1
Question 3.23
Évaluez numériquement la limite suivante.
lim y 2 ln(y − 1) .
y→1+
Question 3.24
Déterminez si les limites suivantes existent. Évaluez celles qui existent. Pour celles qui
n’existent pas, expliquez pourquoi.
x2 + 5x − 4 x − (8x3 + 3)1/3 1
a) lim b) lim c) lim
x→∞ 3x2 + 1 x→∞ x x→0 x
√ √ 2e − e−3x
2x
d) lim x 2 + 3x − x 2 + 7x e) lim
x→∞ x→∞ 3e2x − 4e−5x
Question 3.25 + r
sin2 (x)
Évaluez si possible la limite lim .
x→∞ 1 + x2
112 3. Limite et fonctions continues
Dérivée 4
Nous définissons dans ce chapitre la dérivée d’une fonction. Nous présentons quelques unes
des propriétés importantes de la dérivée d’une fonction ainsi que les principales techniques
pour calculer facilement la dérivée d’une fonction. Quelques applications de la dérivée seront
fournies au prochain chapitre.
Définition 4.1.1
Soit f :]a, b[→ R une fonction.
1. La fonction f est strictement croissante si f (x) < f (y) pour tout x et y dans
l’intervalle ]a, b[ tels que x < y.
2. La fonction f est croissante si f (x) ≤ f (y) pour tout x et y dans l’intervalle
]a, b[ tels que x < y.
3. La fonction f est strictement décroissante si f (x) > f (y) pour tout x et y
dans l’intervalle ]a, b[ tels que x < y.
4. La fonction f est décroissante si f (x) ≥ f (y) pour tout x et y dans l’intervalle
]a, b[ tels que x < y.
Définition 4.1.2
Soit f : R → R une fonction.
1. La fonction f a un maximum local au point c si f (x) < f (c) pour tout x 6= c
113
114 4. Dérivée
suffisamment près de c.
2. La fonction f a un minimum local au point c si f (x) > f (c) pour tout x 6= c
suffisamment près de c.
Définition 4.1.3
Soit f : [a, b] → R une fonction.
1. La fonction f a un maximum global ou absolu s’il existe un point c ∈ [a, b]
tel que f (c) > f (x) pour tout x 6= c dans [a, b]. La valeur f (c) est le maximum
global de f sur [a, b].
2. La fonction f a un minimum global ou absolu s’il existe un point c ∈ [a, b]
tel que f (c) < f (x) pour tout x 6= c dans [a, b]. La valeur f (c) est le minimum
global de f sur [a, b].
Exemple 4.1.4
Considérons la fonction continue dont le graphe est donné à la figure 4.1. Quelques unes des
caractéristiques de cette fonction sont :
1. La fonction f a un maximum absolu au point c car f (x) < f (c) pour tout x 6= c. La
valeur f (c) est le maximum absolu de f . Cela implique aussi que f a un maximum
local au point c.
2. La fonction f a un minimum local au point e car f (x) > f (e) pour tout x près de
e, x 6= e. Ce n’est pas un minimum absolu car il y a des valeurs de x pour lesquelles
f (x) < f (e) ; par exemple, f (a) < f (e).
3. La fonction f est strictement croissante pour x < c car f (x1 ) < f (x2 ) pour tous
x1 < x2 < c. De même, la fonction f est strictement croissante pour x > e. Par
contre, la fonction f est strictement décroissante pour x entre c et e car f (x1 ) > f (x2 )
pour tout a < x1 < x2 < c.
4. f (x) approche la valeur Y lorsque x devient de plus en plus grand. La droite y = Y
est une asymptote horizontale pour f lorsque x tend vers plus l’infini.
♣
Nous verrons plus tard d’autres caractéristiques que les fonctions peuvent avoir.
Si nous observons minutieusement l’exemple précédent, nous remarquons que la fonction
f est strictement croissante au point x si la pente de la droite tangente au graphe de la
fonction f au point (x, f (x)) est positive, la fonction f est strictement décroissante au point
x si la pente de la droite tangente au graphe de la fonction f au point (x, f (x)) est négative,
la pente de la droite tangente au graphe de la fonction f au point (x, f (x) est zéro lorsque la
fonction f a un maximum local au point x, et ainsi de suite. La pente des droites tangentes
au graphe d’une fonction semble donc déterminer les caractéristiques importantes d’une
fonction. Il serait donc important de pouvoir facilement calculer la pente des tangentes au
graphe d’une fonction. La dérivée est l’outil qui nous permettra de facilement calculer la
pente des tangentes au graphe d’une fonction. Ainsi, elle nous permettra de trouver les
4.2. Taux de variation d’une fonction 115
y
f (c) y = f (x)
Y
a d e x
b c
f (e)
Définition 4.2.1
Si f est une fonction dont le domaine inclut l’intervalle [a, b], le taux de variation
f (b) − f (a)
moyen de f entre a et b est
b−a
Exemple 4.2.2
Suite à une expérience de laboratoire sur une culture de bactéries dans un milieu qui ne leur
est pas favorable, nous observons que la fonction g(t) = 50 e−2t représente le nombre de
bactéries par cm3 au temps t en heures.
Cette formule demande quelques clarifications. Remarquons que g peut retourner des
valeurs réelles qui ne sont pas des entiers. Cela ne semble pas « rationnel » car nous ne
pouvons pas avoir une fraction de bactérie (e.g. nous ne pouvons pas avoir un dixième de
bactérie). Il faut comprendre que g retourne un nombre moyen de bactéries par cm3 dans
un contenant qui pourrait avoir 10 cm3 par exemple. De plus, dans nos exemples, nous
utiliserons des petites valeurs pour le nombre de bactéries. Ce qui ne correspond pas à la
réalité. Il faudrait généralement multiplier le nombre de bactéries par un facteur de 109 pour
être plus prêt de la réalité. Cependant, dans le but de ne pas alourdir le texte, nous avons
116 4. Dérivée
choisi d’utiliser de petites valeurs. Malgré cela, le graphe de g (figure 4.2) est une très bonne
représentation du nombre de bactéries par cm3 en fonction du temps t en heures.
Le taux de variation moyen du nombre de bactéries entre t = 0 et t = 10 est
Qu’arrivera-t-il si nous calculons les taux de variation moyens sur des intervalles [a, b] de
plus en plus petit ; c’est-à-dire, pour lesquelles b tend vers a ?
4.2. Taux de variation d’une fonction 117
Exemple 4.2.3
Revenons à l’exemple précédent au sujet d’une population de bactéries. Si nous calculons le
taux de croissance moyen (i.e. le taux de variation moyen) sur des intervalles [a, b] où a = 1
et b est de plus en plus près de a, nous obtenons les données suivantes.
g(b)−g(a)
a heures b heures b−a
bactéries par cm3 par heure
1 2 −5.8509822 . . .
1 1.5 −8.5548214 . . .
1 1.1 −12.2660624 . . .
1 1.01 −13.3990907 . . .
1 1.001 −13.5200038 . . .
1 1.0001 −13.5321750 . . .
1 1.00001 −13.5333929 . . .
1 1.000001 −13.5335147 . . .
1 1.0000001 −13.5335269 . . .
Comme le taux de croissance moyen n’a pas vraiment le temps de changer entre t = 1
et t = 1.0000001 heure, nous pouvons dire que le taux de croissance à t = 1 heure est
approximativement −13.5335269 bactéries par cm3 par heure. Nous pourrions prendre des
intervalles [a, b] où a = 1 et b est encore plus près de 1 que 1.0000001. Si nous faisons cela,
nous trouvons que le taux de croissance moyen (i.e. le taux de variation moyen) approche
−13.53352832 . . . bactéries par cm3 par heure. Cette dernière valeur est le taux de variation
instantané du nombre de bactéries à t = 1 heure. Nous définissons le taux de croissance
de la population de bactéries à t = 1 heure comme étant ce taux de variation instantané.
Nous aurions pu calculer des taux de variation moyens pour des intervalles de la forme
[b, a], où b < a tend vers a. Nous aurions trouvé le même taux de variation instantané. ♣
Définition 4.2.4
Si f est une fonction définie sur un intervalle ouvert contenant a ∈ R, le taux de
variation instantané de f au point a est la valeur M unique (si une telle valeur
f (b) − f (a)
existe) telle que le taux de variation moyen tend vers M lorsque b tend
b−a
vers a avec b plus petit ou plus grand que a.
f (b) − f (a)
b−a
est aussi la pente de la droite qui passe par les points (a, f (a)) et (b, f (b)). Une droite qui
passe par au moins deux points d’une courbe est une sécante.
Exemple 4.2.5
Pour la population de bactéries étudiée précédemment, nous avons tracé à la figure 4.3 les
sécantes qui passent par les points suivants.
118 4. Dérivée
Que devient la sécante qui passe par (a, f (a)) et (b, f (b)) si b est de plus en plus près de
a ? L’exemple suivant va fournir une réponse à cette question.
Exemple 4.2.6
Toujours pour la population de bactéries de l’exemple 4.2.2, nous avons tracé à la figure 4.4
les sécantes qui passent par les points suivants.
1. (1, 50 e−2 ) et (1.1, 50 e−2.2 ) donnent une droite de pente
g(1.1) − g(1) 50 e−2.2 − 50 e−2
= = −12.2660624 . . .
1.1 − 1 1.1 − 1
2. (1, 50 e−2 ) et (1.001, 51 e−2.002 ) donnent une droite de pente
g(1.001) − g(1) 50 e−2.002 − 50 e−2
= = −13.5200038 . . .
1.001 − 1 1.001 − 1
4.2. Taux de variation d’une fonction 119
Remarquons que, pour des valeurs de b très près de a = 1, il devient de plus en plus difficile
de différencier le graphe de la fonction g dans le voisinage de x = 1 de la sécante qui passe
par les points (a, g(a)) = (1, g(1)) et (b, g(b)). À la limite, ces sécantes approchent une droite
que nous ne pouvons dissocier de la courbe x = g(t) pour t assez près de t = 1. Cette droite
est appelée la droite tangente à la courbe au point (1, g(1)). La pente de cette droite est la
valeur limite des pentes des sécantes qui passent par (a, g(a)) et (b, g(b)) lorsque que b tend
vers a = 1. Dans le cas présent, cette pente est −13.53352832 . . . que nous avons trouvée à
l’exemple 4.2.3. ♣
Figure 4.4 – La sécante qui passe par (1, 50e−2 ) et (1.001, 50e−2.002 ) se confond à
la courbe x = 50 e−2t pour t très près de t = 1 heure.
Définition 4.2.7
Si f est une fonction définie sur un intervalle ouvert qui contient a ∈ R. La droite
y = h(x) = f (a) + M (x − a) ,
f (b) − f (a)
M = lim .
b→a b−a
Nous obtenons la définition suivante.
Définition 4.3.1
Soit f une fonction définie dans un voisinage de a incluant le point a. La dérivée de
df
f au point a, dénotée f 0 (a) ou (a), est
dx
f (x) − f (a)
f 0 (a) ≡ lim
x→a x−a
si cette limite existe.
La limite précédente est équivalente à
f (a + h) − f (a)
f 0 (a) ≡ lim
h→0 h
si cette limite existe. Il suffit de substituer x = a + h dans la première limite pour
obtenir la deuxième et de substituer h = x − a dans la deuxième limite pour obtenir
la première. Nous avons que x approche a si et seulement si h = x − a approche 0.
Notez que h peut être plus petit ou plus grand que 0.
Exemple 4.3.2
À l’exemple 4.2.3, nous avons montré numériquement que
où g(t) = 50e−2t . ♣
Pour l’exemple qui suit, nous aurons besoin de la définition suivante.
4.3. Dérivée d’une fonction en un point 121
Définition 4.3.3
Le taux de croissance relatif d’une population au temps t est
Exemple 4.3.4
Estimons le taux de croissance relatif à t = 1 et t = 2 d’une population dont le nombre
d’individus au temps t (en heures) est donnée par p(t) = 2t .
Commençons par estimer p0 (1), le taux de croissance instantané à t = 1. Nous avons
p0 (t)
Est-ce que = 0.693147180559945 . . . pour tout t ? Nous verrons prochainement que la
p(t)
réponse est affirmative. ♣
Si
f (x) − f (a)
f 0 (a) = lim ,
x→a x−a
122 4. Dérivée
alors
f (x) − f (a)
f 0 (a) ≈
x−a
pour x près de a. Si nous résolvons cette relation pour f (x), nous trouvons
Le côté droit de cette relation n’est nul autre que l’équation de la droite tangente à la
courbe y = f (x) au point (a, f (a)) définie à la section 4.2 car f 0 (a) est le taux de variation
instantané. Donc f 0 (a) est la pente de la droite tangente à la courbe y = f (x) au point
(a, f (a)).
Nous retrouvons à la figure 4.5 un résumé de l’interprétation graphique de la dérivée.
y
La droite tangente à la courbe y = f (x) au point x = a.
La pente de la tangente est f 0 (a).
L’équation de la tangente est y = f (a) + f 0 (a)(x − a).
x
b a y = f (x)
La sécante qui passe par (a, f (a)) et (b, f (b)).
La pente de la sécante est (f (b) − f (a))/(b − a).
L’équation de la sécante est y = f (a) + ((f (b) − f (a))/(b − a))(x − a).
Proposition 4.3.5
Si f est une fonction différentiable au point a, alors
L’équation de la droite tangente est une formule simple pour estimer la fonction f au
voisinage du point x = a (figure 4.6). L’approximation de fonctions compliquées à l’aide de
droites tangentes ou de polynômes sera abordé dans une prochaine section.
Remarque 4.3.6 Y
En Analyse Mathématique, nous définissons la dérivée d’une fonction f au point a de la
façon suivante.
4.3. Dérivée d’une fonction en un point 123
Définition 4.3.7
Soit f une fonction continue de R dans R. La dérivée de la fonction f au point a est
le nombre f 0 (a) qui satisfait
Cette définition de la dérivée est équivalent à la définition de la dérivée que nous avons
donnée. En effet, puisque
et
lim g(x) = 0 si et seulement si lim |g(x)| = 0 ,
x→a x→a
Il découle de cette définition que, lorsque x approche a, la distance entre f (x) et f (a) +
f 0 (a)(x − a) approche 0 plus vite que la distance entre x et a (figure 4.6). Cette propriété
explique les énoncées « la courbe y = f (x) et la droite y = h(x) = f (a) + f 0 (a)(x − a) sont
presque superposées lorsque nous considérons des valeurs de x assez près de x = a » et « la
distance entre f (x) et h(x) devient de plus en plus petite lorsque x approche a ». ♠
y
(b, f (a) + f 0 (a)(b − a)) y = f (a) + f 0 (a)(x − a)
x
a b
|b − a|
Remarque 4.3.8
Une fonction peut ne pas avoir de dérivée en un point. Prenons la fonction g(x) = |x|. La
dérivée de g au point x = 0 n’existe pas. Les tableaux suivants donnent deux suites {xn }∞n=1
g(xn ) − g(0)
qui tendent vers 0. Dans le premier tableau, les valeurs approchent 1 alors que
xn − 0
g(xn ) − g(0)
dans le second tableau, les valeurs approchent −1.
xn − 0
g(xn ) − g(0)
Nous ne pouvons pas trouver une valeur unique M telle que approche M pour
xn − 0
g(x) − g(0)
toute suite xn qui approche 0 lorsque n → ∞. Donc lim n’existe pas, et g 0 (0)
x→0 x−0
n’existe pas.
De plus, à partir du graphe de g à la figure 4.7, nous voyons qu’il n’y a pas de droite
qui passe par (0, g(0)) = (0, 0) et qui soit indissociable de la courbe y = g(x) = |x| pour x
assez près de 0 où x peut être inférieur ou supérieur à 0. Nous pouvons satisfaire la condition
précédente pour x < 0 ou x > 0 séparément mais elle ne peut pas être satisfaite pour x < 0
et x > 0 en même temps. La droite y = x est superposée à la courbe y = g(x) pour x > 0
mais ne l’est pas pour x < 0. De même, la droite y = −x est superposée à la courbe y = g(x)
pour x < 0 mais ne l’est pas pour x > 0. Les autres droites qui passent par (0, 0) sont
clairement distinctes de la courbe y = g(x). ♠
y
y = |x|
Remarque 4.3.9
Il n’est pas nécessaire que le graphe de la fonction ait un « coin » comme à la remarque
4.4. Dérivée d’une fonction 125
précédente pour que la fonction ne soit pas différentiable. La fonction f dont le graphe se
trouve à la figure 4.8 n’est pas différentiable à x = a car la tangente à la courbe y = f (x)
au point (a, f (a)) est verticale ; elle a donc une pente infinie. ♠
y
y = f (x) = 1 + (x − 1)1/3
x
a=1
Figure 4.8 – La fonction f représentée par le graphe ci-dessus n’est pas différen-
tiable à x = a car la tangente à la courbe y = f (x) au point (a, f (a)) est verticale.
Définition 4.4.1
La dérivée d’une fonction f est la fonction f 0 définie par
f (x + h) − f (x)
f 0 (x) ≡ lim
h→0 h
df
pour toutes les valeurs de x où la limite existe. Nous utilisons aussi la notation
dx
pour désigner f 0 .
Puisque f 0 (x) est la pente de la tangente au graphe de f au point (x, f (x)), nous en
déduisons les propriétés suivantes.
126 4. Dérivée
Proposition 4.4.2
Soit f :]a, b[→ R une fonction continue sur l’intervalle ]a, b[.
1. Si f est différentiable sur l’intervalle ]a, b[ et la dérivée est positive en tout point
de cet intervalle, alors la fonction f est strictement croissante sur l’intervalle
]a, b[. La pente f 0 (x) de la droite tangente à la courbe y = f (x) au point (x, f (x)
est positive pour tout x entre a et b (figure 4.9).
2. Si f est différentiable sur l’intervalle ]a, b[ et la dérivée est négative en tout point
de cet intervalle, alors la fonction f est strictement décroissante sur l’intervalle
]a, b[. La pente f 0 (x) de la droite tangente à la courbe y = f (x) au point (x, f (x)
est négative pour tout x entre a et b (figure 4.10).
3. Si f est différentiable sur l’intervalle ]a, b[ sauf possiblement au point c, et si
f 0 (x) > 0 pour x < c près de c et f 0 (x) < 0 pour x > c près de c, alors la
fonction f a un maximum local à x = c ∈]a, b[. La fonction f est strictement
croissante pour x < c près de c et strictement décroissante pour x > c près de
c (figure 4.11).
4. Si f est différentiable sur l’intervalle ]a, b[ sauf possiblement au point c, et si
f 0 (x) < 0 pour x < c près de c et f 0 (x) > 0 pour x > c près de c, alors la
fonction f a un minimum local à x = c ∈]a, b[. La fonction f est strictement
décroissante pour x < c près de c et strictement croissante pour x > c près de
c (figure 4.12).
y = f (x)
a
c b x
Figure 4.9 – f 0 (x) > 0 pour a < x < b entraîne que la fonction f est strictement
croissante pour a < x < b.
Exemple 4.4.3
La fonction f dont le graphe est donné à la figure 4.1 est strictement croissante pour x < c
et x > e ; ce sont les intervalles où f 0 (x) > 0. De même, f est strictement décroissante pour
c < x < e ; c’est l’intervalle où f 0 (x) < 0. Nous avons un maximum local à x = c qui est
prédit par f 0 (x) < 0 pour x > c près de c et f 0 (x) > 0 pour x < c près de c. Finalement,
nous avons un minimum local à x = e qui est prédit par f 0 (x) < 0 pour x < e près de e et
f 0 (x) > 0 pour x > e près de e. ♣
4.4. Dérivée d’une fonction 127
y
Droite de pente f 0 (c) < 0
y = f (x)
qui passe par (c, f (c))
b x
a c
Figure 4.10 – f 0 (x) < 0 pour a < x < b entraîne que la fonction f est strictement
décroissante pour a < x < b.
y
Droite de pente f 0 (c) = 0
qui passe par (c, f (c))
x
c
y = f (x)
Remarque 4.4.4
Si f 0 est une fonction continue, puisque f 0 change de signe à un maximum ou un minimum
local c, nous devons avoir f 0 (c) = 0. Par contre, f 0 (c) = 0 n’implique pas que nous ayons un
maximum ou minimum local comme c’est le cas pour la fonction f dont le graphe est donné
à la figure 4.13.
De plus, f peut ne pas avoir de dérivée à un maximum ou minimum local comme c’est le
cas pour la fonction f dont le graphe est donné à la figure 4.14.
Nous reviendrons plus en détails sur ce sujet au chapitre sur les applications de la dérivée.
♠
Exemple 4.4.5
Le graphe de f 0 est donné ci-dessous.
y
y = f 0 (x)
1.5 3.5 7 x
1 5 6 7.5
128 4. Dérivée
y
y = f (x)
Figure 4.12 – La fonction f a un minimum local à x = c car f 0 (x) > 0 pour x > c
et f 0 (x) < 0 pour x < c.
y
y = f (x)
Si nous savons que f (1) = 3, nous pouvons dessiner un graphe approximatif de f à partir
de l’information fournie par le graphe de f 0 .
Entre 1 et 1.5, la fonction est strictement croissante car f 0 est positive. Plus précisément,
comme f 0 décroît lorsque x augmente de 1 à 1.5, la pente de f est de moins en moins abrupte
lorsque x augmente de 1 à 1.5 et la fonction f croît donc de moins en moins rapidement.
Entre 1.5 et 5, la fonction f est strictement décroissante car f 0 est négative. Plus préci-
sément, comme f 0 décroît lorsque x augmente de 1.5 à 3.5, la pente de f devient de plus en
plus abrupte et f décroît donc de plus en plus rapidement lorsque x augmente de 1.5 à 3.5.
Par contre, f 0 augmente lorsque x augmente de 3.5 à 5. Ainsi, la pente de f devient de moins
en moins abrupte et donc f décroît de moins en moins rapidement lorsque x augmente de
3.5 à 5.
En raisonnant comme nous l’avons fait aux paragraphes précédents, nous obtenons que
f croît de plus en plus rapidement lorsque x augmente de 5 à 6, et de moins en moins
rapidement lorsque x augmente de 6 à 7. Finalement, la fonction f décroît de plus en plus
rapidement lorsque x augmente de 7 à 7.5.
Nous retrouvons ci-dessous un graphe possible pour f .
4.4. Dérivée d’une fonction 129
y = f (x)
x
c
y
y = f (x)
1
3.5 5 6 7 7.5 x
1 1.5
♣
Le théorème qui suit a généralement peu d’utilité du point de vue numérique. Par contre,
il est très utile du point de vue conceptuelle comme les exemples qui suivront son énoncé
vont démontrer.
Si f est une fonction continue sur l’intervalle [a, b] et différentiable sur l’intervalle ]a, b[,
alors il existe une valeur ξ = ξ(a, b) entre a et b telle que
f (b) − f (a)
f 0 (ξ) = .
b−a
Nous insistons sur le fait que ξ dépend de a et b (d’où la notation ξ = ξ(a, b) ) et donc
varie si a et b changent (figure 4.15).
Exemple 4.4.7
Si un train prend deux heures pour parcourir la distance de 200 km entre Ottawa à Montréal,
sa vitesse moyenne est de 100 km/h. Alors il faut qu’à un moment durant le voyage la vitesse
(instantanée) du train soit de 100 km/h. Si ce n’est pas le cas, cela implique que la plus grande
vitesse du train durant le voyage a été inférieure à 100 km/h (si nous supposons que le train
parte au repos) et donc la vitesse moyenne est inférieure à 100 km/h.
De même, si le taux moyen de croissance d’une population de bactéries pour une période
de 24 heures est 1, 000 bactéries par heure, alors, à un moment durant la période de 24
130 4. Dérivée
y Droite de pente
f (b)−f (a)
f 0 (ξ) = b−a
Droite de pente
f (b)−f (a)
b−a
y = f (x)
x
a ξ b
heures, le taux de croissance instantané de la population a été de 1, 000 bactéries par heure.
Ces deux observations sont deux réalisations concrètes du théorème de la moyenne. ♣
Remarque 4.4.8 Y
Le théorème de la moyenne peut être utilisé pour donner une démonstration analytique de
la proposition 4.4.2 ; une démonstration qui ne fait pas appel à l’interprétation graphique de
la dérivée.
Montrons que si f :]a, b[→ R est une fonction telle que f 0 (x) > 0 pour x ∈]a, b[ alors f
est strictement croissante sur l’intervalle ]a, b[. Soit x1 < x2 deux points de l’intervalle ]a, b[.
Le théorème de la moyenne donne ξ entre x1 et x2 tel que
y = f (x)
`3 `2 `1
x
a
Figure 4.16 – Cette fonction n’est pas continue à x = a et donc sa dérivée n’existe
pas à ce point,
Théorème 4.4.9
Si f :]a, b[→ R est une fonction différentiable au point c ∈]a, b[, alors f est continue
au point c.
Ainsi,
lim f (z) = f (c) .
z→c
Ce qui prouve que f est continue au point c.
132 4. Dérivée
x(b) − x(a)
km/h .
b−a
Si b est très près de a, alors nous pouvons assumer que la vitesse du véhicule entre t = a et
t = b heures est (presque) constante et est égale à la vitesse moyenne entre t = a et t = b.
Si nous laissons b tendre vers a, nous obtenons la vitesse instantanée du véhicule au temps
t = a heures. C’est la vitesse du véhicule à précisément t = a heures. Donc
x(b) − x(a)
x0 (a) = lim
b→a b−a
est la vitesse instantanée en km/h du véhicule à t = a heures.
f (x + h) − f (x)
f 0 (x) = lim = lim 0 = 0
h→0 h h→0
Proposition 4.5.1
Soit c une constante. Si f (x) = c pour tout x, alors f 0 (x) = 0 pour tout x.
Considérons maintenant la fonction f définie par f (x) = x pour tout x. Si nous utilisons
encore le fait que la dérivée d’une fonction en un point est la pente de la droite tangente
au graphe de cette fonction en ce point, nous trouvons que f 0 (x) = 1 pour tout x car
y = f (x) = x est une droite de pente 1 qui est sa propre tangente en tout point.
Nous pouvons démontrer à partir de la définition de la dérivée que la dérivée de f (x) = x
est bien f 0 (x) = 1 pour tout x. Pour faire cela, il suffit de remarquer que
f (x + h) − f (x) (x + h) − x
= =1
h h
pour tout h 6= 0. Donc
f (x + h) − f (x)
lim = lim 1 = 1 .
h→0 h h→0
La fonction constante à 1 sur la droite réelle approche évidemment 1 quand nous approchons
l’origine.
Considérons maintenant la fonction f (x) = x2 pour tout x. Dans le tableau suivant,
f (x + h) − f (x)
nous avons estimé f 0 (x) pour quelques valeurs de x à l’aide du rapport où
h
134 4. Dérivée
h = 0.00001.
f (x + 0.00001) − f (x)
x f 0 (x) ≈ |2x − f 0 (x)|
0.00001
−1 −2 0
1 2.00001000001 . . . 0.1000001 . . . × 10−4
2 4.00001000002 . . . 0.1000002 . . . × 10−4
π 6.2831953071 . . . 0.99999 . . . × 10−5
3.5 7.00001000009 . . . 0.1000009 . . . × 10−4
Nous remarquons que f 0 (x) ≈ 2x pour les valeurs de x considérées dans le tableau. Nous
pouvons conjecturer que f 0 (x) = 2x pour tout x.
Montrons à partir de la définition de la dérivée que la dérivée de la fonction f (x) = x2
est bien f 0 (x) = 2x pour tout x. Nous avons
f (x + h) − f (x) (x + h)2 − x2
= = 2x + h
h h
qui approche 2x lorsque h tend vers 0. Donc
f (x + h) − f (x)
f 0 (x) = lim = lim (2x + h) = 2x
h→0 h h→0
nous avons
f (x + h) − f (x) (x + h)n − xn
f 0 (x) = lim = lim
h→0 h h→0 h ! !
1 n(n − 1)
= lim xn + nhxn−1 + h2 xn−2 + . . . + nhn−1 x + hn − xn
h→0 h 2
n(n − 1) n−2
nxn−1 +
= lim hx +... + n−2 n−1
|nh{z x} + | h {z }
h→0 2 {z
| } →0 lorsque h→0 →0 lorsque h→0
→0 lorsque h→0
= nxn−1
Nous obtenons la règle suivante.
Proposition 4.5.3
Soit f (x) = xn pour un entier n 6= 0, alors f 0 (x) = nxn−1 pour les valeurs de x où
xn−1 est définie.
De plus, puisque f (x) = f (2π − x), le graphe de f est symétrique par rapport à l’axe
vertical x = π. Ainsi, la tangente à la courbe y = f (x) au point (2π − a, f (2π − a)) est
obtenue de la tangente à la courbe y = f (x) au point (a, f (a)) par une symétrie par rapport
à l’axe vertical x = π (figure 4.19). En particulier, f 0 (2π − a) = −f 0 (a).
Puisque f a des maximums locaux à x = 2nπ et des minimums locaux à x = (2n − 1)π
quel que soit l’entier n, nous avons que f 0 (nπ) = 0 pour tout entier n.
À partir du graphe de f , nous pouvons supposer que la plus petite pente pour les tangentes
à la courbe y = f (x) est lorsque x = (4n + 1)π/2 et la plus grande pente pour les tangentes
4.5. Dérivées de quelques fonctions élémentaires 137
de cette même courbe est lorsque x = (4n+3)π/2 quel que soit l’entier n. Cela sera démontré
plus loin. Donc f 0 aura des minimums locaux (tous de même valeur) aux points x = (4n +
1)π/2 et des maximums locaux (tous de même valeur) aux points x = (4n + 3)π/2 quel que
soit l’entier n.
Si nous utilisons le fait que f 0 (x) est la pente de la tangente à la courbe y = f (x) au
point (x, f (x)) sur la courbe, nous pouvons déterminer le signe de f 0 (x) et même estimer la
valeur de f 0 (x) pour prédire la forme du graphe de f 0 . Nous avons tracé un graphe possible
pour f 0 à la figure 4.20.
y
c
π/2 2π x
π 3π/2 y = f 0 (x)
−c
Figure 4.20 – Un graphe possible pour la dérivée du cosinus basé sur le signe de
la pente de la tangente à la courbe y = f (x) = cos(x).
Dans le tableau 4.1, nous avons estimé f 0 (x) pour quelques valeurs de x à l’aide du rapport
f (x + h) − f (x)
où h = 0.00001.
h
Remarquons que f 0 (x) ≈ − sin(x) pour les quelques valeurs de x dans le tableau 4.1.
Le graphe associé aux données du tableau 4.1 ainsi que le graphe de y = − sin(x) sont
donnés à la figure 4.21. Les deux graphes sont très semblables. Pour obtenir un meilleur
graphe de f 0 , nous suggérons au lecteur d’ajouter plus de points au tableau 4.1 et de choisir
f (x + h) − f (x)
h plus petit dans l’approximation de f 0 (x).
h
Nous allons démontrer plus loin qu’il est effectivement vrai que f 0 (x) = − sin(x).
Si g(x) = sin(x), nous pourrions procéder comme nous venons de le faire pour f (x) =
cos(x) pour montrer numériquement que g 0 (x) = cos(x). Cependant, il y a une façon plus
simple de démontrer cela en assumant que la dérivée de cos(x) est − sin(x).
Puisque
π π
g(x) = sin(x) = cos x − =f x− ,
2 2
nous obtenons le graphe de g par une translation de π/2 vers la droite du graphe de f . Il
s’en suit que les tangentes au graphe de g sont obtenues par une translation de π/2 vers la
droite des tangentes au graphe de f , et il en est de même pour les pentes de ses tangentes.
Ainsi,
π π
g 0 (x) = f 0 x − = − sin x − = cos(x) .
2 2
Nous pouvons aussi expliquer cette égalité à l’aide de la définition de la dérivée. Pour a ∈ R,
138 4. Dérivée
f (x + 0.00001) − f (x)
x f 0 (x) ≈ | − sin(x) − f 0 (x)|
0.00001
0.000000 . . . −0.000005 . . . 0.000005 . . .
π/12 = 0.261799 . . . −0.258824 . . . 0.000005 . . .
π/6 = 0.523599 . . . −0.500004 . . . 0.000004 . . .
π/4 = 0.785398 . . . −0.707110 . . . 0.000004 . . .
π/3 = 1.047198 . . . −0.866028 . . . 0.000002 . . .
5π/12 = 1.308997 . . . −0.965927 . . . 0.000001 . . .
π/2 = 1.570796 . . . −1.000000 . . . 0.000000 . . .
7π/12 = 1.832596 . . . −0.965925 . . . 0.000001 . . .
2π/3 = 2.094395 . . . −0.866023 . . . 0.000003 . . .
3π/4 = 2.356194 . . . −0.707103 . . . 0.000004 . . .
5π/6 = 2.617994 . . . −0.499996 . . . 0.000004 . . .
11π/12 = 2.879793 . . . −0.258814 . . . 0.000005 . . .
π = 3.141593 . . . 0.000005 . . . 0.000005 . . .
13π/12 = 3.403392 . . . 0.258824 . . . 0.000005 . . .
7π/6 = 3.665191 . . . 0.500004 . . . 0.000004 . . .
5π/4 = 3.926991 . . . 0.707110 . . . 0.000004 . . .
4π/3 = 4.188790 . . . 0.866028 . . . 0.000002 . . .
17π/12 = 4.450590 . . . 0.965927 . . . 0.000001 . . .
3π/2 = 4.712389 . . . 1.000000 . . . 0.000000 . . .
19π/12 = 4.974188 . . . 0.965925 . . . 0.000001 . . .
5π/3 = 5.235988 . . . 0.866023 . . . 0.000003 . . .
7π/4 = 5.497787 . . . 0.707103 . . . 0.000004 . . .
11π/6 = 5.759587 . . . 0.499996 . . . 0.000004 . . .
23π/12 = 6.021386 . . . 0.258814 . . . 0.000005 . . .
2π = 6.283185 . . . −0.000005 . . . 0.000005 . . .
nous avons
g(a + h) − g(a) f (a + h) − π2 − f a − π
2
g 0 (a) = lim = lim
h h
h→0 h→0
π π
f a− 2 +h −f a− 2 0
π
= lim =f a− .
h→0 h 2
En combinant les deux cas précédents nous obtenons les formules suivantes.
Proposition 4.5.4
d d
cos(x) = − sin(x) et sin(x) = cos(x) .
dx dx
Soit f (x) = cos(x). Pour démontrer que f 0 (x) = − sin(x), il faut se rappeler que
Ainsi,
cos(h) − 1 sin h
= cos(x) − sin(x) .
h h
Or, nous avons vu à l’exemple 3.1.12 que
sin(h)
lim =1.
h→0 h
De plus,
! !
cos(h) − 1 cos(h) − 1 cos(h) + 1 cos2 (h) − 1
lim = lim = lim
h→0 h h→0 h cos(h) + 1 h→0 h(cos(h) + 1)
− sin2 (h)
!
sin(h) sin(h)
= lim = − lim × lim
h→0 h(cos(h) + 1) h→0 h h→0 cos(h) + 1
= −1 × 0 = 0
sin(h)
car est une fonction continue à h = 0 et donc
cos(h) + 1
sin(h) sin(0) 0
lim = = =0.
h→0 cos(h) + 1 cos(0) + 1 2
En conclusion,
cos(x + h) − cos(x) cos(h) − 1 sin h
f 0 (x) = lim = cos(x) lim − sin(x) lim
h→0 h h→0 h h→0 h
= cos(x) × 0 − sin(x) × 1 = − sin(x)
quel que soit x.
140 4. Dérivée
Théorème 4.6.2
Si f :]a, b[→ R et g :]a, b[→ R sont deux fonctions différentiables et f = cg où c est
une constante, alors
f 0 (x) = cg 0 (x)
pour tout x ∈]a, b[.
Vérifions à partir de la définition de la dérivée que la règle précédente est vrai. Si f (x) =
cg(x) pour tout x ∈]a, b[, alors
z(t)
x(t) y(t)
Figure 4.22 – Distance parcourue par un passager de train qui roule en ligne
droite.
Exemple 4.6.4
Un train se déplace en ligne droite (figure 4.22). Si x(t) est la distance au temps t entre la
queue du train et le début du trajet, la vitesse du train (taux de variation instantané de sa
position) au temps t est donnée par x0 (t).
Si y(t) est la distance entre un passager et la queue du train au temps t, alors la vitesse
du passager par rapport au train au temps t est y 0 (t). Comme le passager passe normalement
la majorité de son temps assis, nous avons que y(t) est constant et donc y 0 (t) = 0 pour de
long intervalles. De plus, y 0 (t) sera plus grand que 0 si la personne se déplace vers l’avant du
train et plus petit que 0 si la personne se déplace vers l’arrière du train.
La distance au temps t entre le passager et le début du trajet est z(t) = x(t) + y(t), la
somme de la distance entre le début du trajet et la queue du train, et de la distance entre la
queue du train et la position du passager dans le train.
Si, 30 minutes (i.e. 0.5 heure) après le début du trajet, le train se déplace à une vitesse
de 130 km/heure et le passager se déplace vers l’avant du train par rapport au train à une
vitesse de 3 km/heure, alors la vitesse du passager par rapport au début du trajet en ligne
droite est de 133 km/heure.
Mathématiquement, ce que nous venons de dire est que z 0 (0.5) = 133 = 130 + 3 =
x0 (0.5) + y 0 (0.5). ♣
L’exemple précédent suggère la règle suivante pour la dérivée.
142 4. Dérivée
Théorème 4.6.5
Si f :]a, b[→ R et g :]a, b[→ R sont deux fonctions différentiables et q :]a, b[→ R est
définie par q = f + g, alors
q 0 (x) = f 0 (x) + g 0 (x)
pour tout x ∈]a, b[.
Vérifions à partir de la définition de la dérivée que la règle précédente est vraie. Par
définition de la dérivée de q,
q(x + h) − q(x)
q 0 (x) = lim .
h→0 h
Or,
q(x + h) − q(x) f (x + h) + g(x + h) − f (x) − g(x)
=
h h
f (x + h) − f (x) g(x + h) − g(x)
= + .
h h
Puisque
f (x + h) − f (x) g(x + h) − g(x)
lim = f 0 (x) et lim = g 0 (x) ,
h→0 h h→0 h
nous avons
q(x + h) − q(x)
q 0 (x) = lim
h→0 h
f (x + h) − f (x) g(x + h) − g(x)
= lim + lim = f 0 (x) + g 0 (x) .
h→0 h h→0 h
Exemple 4.6.6
Soit p(x) = 5x10 + 3x4 + 2x2 + 7, alors
d d 10 d 4 d 2 d
p(x) = 5x + 3x + 2x + 7
dx dx dx dx dx
d 10 d 4 d 2 d
=5 x +3 x +2 x + 7
dx dx dx dx
= 5(10x9 ) + 3(4x3 ) + 2(2x) + 0 = 50x9 + 12x3 + 4x
où la règle pour calculer la dérivée de xn a été utilisée. ♣
Exemple 4.6.7
Pour trouver l’équation de la droite tangente à la courbe y = p(x) = 3x10 + 5x4 lorsque
x = 1, il faut trouver la pente de la tangente à la courbe y = p(x) au point (1, p(1)) = (1, 8).
Cette pente est donnée par p0 (1). Or
d 10 d 4 d 10 d 4
p0 (x) = 3x + 5x = 3 x +5 x = 3(10x9 ) + 5(4x3 ) = 30x9 + 20x3 .
dx dx dx dx
Donc p0 (1) = 50. L’équation de la tangente dans la forme point-pente est y − 8 = 50(x − 1),
ce qui donne y = 50x − 42. ♣
4.6. Règles de dérivation 143
lorsque ∆t approche 0. ♣
∆y
Aire = ∆x ∆y
Aire = x∆y
y
Aire = y∆x
x ∆x
Théorème 4.6.9
Si f :]a, b[→ R et g :]a, b[→ R sont deux fonctions différentiables et q :]a, b[→ R est
définie par q = f g, alors
q(x + h) − q(x)
q 0 (x) = lim .
h→0 h
Or,
Comme g est différentiable au point x par hypothèse, g est continue au point x. Ainsi,
De plus,
f (x + h) − f (x) g(x + h) − g(x)
lim = f 0 (x) et lim = g 0 (x)
h→0 h h→0 h
4.6. Règles de dérivation 145
q(x + h) − q(x)
q 0 (x) = lim
h→0 h ! !
f (x + h) − f (x) g(x + h) − g(x)
= lim lim g(x + h) + f (x) lim
h→0 h h→0 h→0 h
0 0
= f (x)g(x) + f (x)g (x) .
Nous observons que le taux de croissance instantané de l’aire du rectangle n’est pas constant
par rapport au temps même si les taux de croissance instantanés des longueurs des côtés
sont constants. Par exemple, le taux de croissance instantané au début (à t = 0) est
et celui à t = 1 est
Si nous étudions les unités utilisées, nous obtenons de la formule A0 (t) = x0 (t)y(t) +
x(t)y 0 (t) que les unités de A0 (t) sont des m/s × m + m × m/s = m2 /s comme il se doit. ♣
Exemple 4.6.11
Soit q(x) = (x3 + 2x) sin(x). La fonction q est le produit des fonctions f (x) = x3 + 2x et
g(x) = sin(x). Ainsi,
Cette formule pour calculer la dérivée du quotient de deux fonctions mérite d’être mise
en évidence car elle est utile.
Proposition 4.6.12
Soit p :]a, b[→ R et q :]a, b[→ R deux fonctions différentiables. Si q(x) 6= 0 pour
a < x < b, alors
p0 (x)q(x) − p(x)q 0 (x)
!
d p(x)
=
dx q(x) q 2 (x)
Cette formule est appelée la règle de dérivée du quotient de deux fonctions.
Exemple 4.6.13
Calculons la dérivée de g(x) = (x3 + 2)/(x2 + 5x).
Il suffit d’appliquer la règle de dérivée du quotient de deux fonctions ci-dessus avec p(x) =
x3 + 2 et q(x) = x2 + 5x. Ainsi,
♣
Exemple 4.6.14
Calculons la dérivée de tan(x).
Puisque tan(x) = sin(x)/ cos(x), nous pouvons utiliser la règle de la dérivée du quotient
de deux fonctions ci-haut avec p(x) = sin(x) et q(x) = cos(x). Ainsi,
! !
d d
sin(x) cos(x) − sin(x) cos(x)
d dx dx
tan(x) =
dx cos2 (x)
!2
cos2 (x) + sin2 (x) 1 1
= 2
= = = sec2 (x)
cos (x) cos2 (x) cos(x)
Proposition 4.6.15
d d d
tan(x) = sec2 (x) , cot(x) = − csc2 (x) , sec(x) = tan(x) sec(x)
dx dx dx
4.6. Règles de dérivation 147
et
d
csc(x) = − cot(x) csc(x) .
dx
Théorème 4.6.17
Soit f :]c, d[→ R et g :]a, b[→ R deux fonctions différentiables telles que g(x) ∈]c, d[
pour tout x ∈]a, b[. La dérivée de la fonction q :]a, b[→ R définie par q = f ◦ g est
Vérifions que cette règle est vraie à partir de la définition de la dérivée. Par définition de
la dérivée,
q(x + h) − q(x)
q 0 (x) = lim .
h→0 h
148 4. Dérivée
Nous allons calculer la limite lorsque h tend vers 0 pour chacun des facteurs de l’expression
précédente. Pour le deuxième facteur, nous remarquons que
g(x + h) − g(x)
lim = g 0 (x)
h→0 h
car g est différentiable par hypothèse. Pour le premier facteur, nous remarquons première-
ment que
lim g(x + h) = g(x)
h→0
car g est une fonction différentiable, donc continue, sur l’intervalle ]a, b[. Puisque f est
différentiable sur l’intervalle ]c, d[ et g(x) ∈]c, d[, nous avons
f (b) − f (g(x))
f 0 (g(x)) = lim .
b→g(x) b − g(x)
f (g(x + h) − f (g(x))
lim = f 0 (g(x)) .
h→0 g(x + h) − g(x)
En conclusion,
! !
0 q(x + h) − q(x) f (g(x + h)) − f (g(x)) g(x + h) − g(x)
q (x) = lim = lim lim
h→0 h h→0 g(x + h) − g(x) h→0 h
0 0
= f (g(x))g (x) .
Remarque 4.6.18 Y
Soit x ∈]a, b[ arbitraire mais fixe. Pour démontrer que
f (g(x + h) − f (g(x))
lim = f 0 (g(x)) . (4.6.1)
h→0 g(x + h) − g(x)
f (b) − f (g(x))
f 0 (g(x)) = lim
b→g(x) b − g(x)
4.6. Règles de dérivation 149
f (b) − f (g(x))
− f 0 (g(x)) <
b − g(x)
pour |b − g(x)| < δ1 . De plus, puisque g est continue à x ∈]a, b[, il existe δ tel que |g(x +
h) − g(x)| < δ1 pour |h| < δ. Donc, pour |h| < δ, nous avons
♣
Exemple 4.6.20
Calculons la dérivée de q(x) = cos(1 − x5 ).
Il faut remarquer que q = f ◦ g où g(x) = 1 − x5 et f (y) = cos(y). Puisque g 0 (x) = −5x4
et f 0 (y) = − sin(y), nous trouvons que
♣
Exemple 4.6.21
Nous pouvons utiliser la dérivée de fonctions composées pour obtenir la formule de dérivation
d’un quotient de fonctions. Soit g(x) = p(x)/q(x) ? La fonction g est le produit des fonctions
p et r ◦ q où r(y) = y −1 . La règle pour la dérivée du produit de fonctions donne
!
0 0 d
g (x) = p (x) r(q(x)) + p(x) r(q(x)) .
dx
Or,
d
r(q(x)) = r0 (q(x))q 0 (x) = −(q(x))−2 q 0 (x)
dx
car r0 (y) = −y −2 . Nous avons donc
♣
150 4. Dérivée
Exemple 4.6.22
Calculons la dérivée de g(x) = (x3 + 2)/(x2 + 5x) sans utiliser la règle de dérivation du
quotient de deux fonctions.
Nous avons que g(x) = p(x)r(q(x)) où p(x) = x3 + 2, q(x) = x2 + 5x et r(y) = y −1 . Donc
Pour obtenir la première égalité, nous avons utilisé la règle pour la dérivée du produit de
fonctions et celle pour la dérivée des fonctions composées. ♣
f (x + h) − f (x) f (x + h) − f (x)
x f 0 (x) ≈ f 0 (x)/3x x f 0 (x) ≈ f 0 (x)/2x
h h
−2.00 0.122069 . . . 1.098618 . . . −2.00 0.173287 . . . 0.693150 . . .
−1.84 0.145527 . . . 1.098618 . . . −1.84 0.193612 . . . 0.693150 . . .
−1.68 0.173493 . . . 1.098618 . . . −1.68 0.216320 . . . 0.693150 . . .
−1.52 0.206834 . . . 1.098618 . . . −1.52 0.241691 . . . 0.693150 . . .
−1.36 0.246582 . . . 1.098618 . . . −1.36 0.270039 . . . 0.693150 . . .
−1.20 0.293969 . . . 1.098618 . . . −1.20 0.301711 . . . 0.693150 . . .
−1.04 0.350462 . . . 1.098618 . . . −1.04 0.337098 . . . 0.693150 . . .
−0.88 0.417811 . . . 1.098618 . . . −0.88 0.376635 . . . 0.693150 . . .
−0.72 0.498103 . . . 1.098618 . . . −0.72 0.420809 . . . 0.693150 . . .
−0.56 0.593826 . . . 1.098618 . . . −0.56 0.470165 . . . 0.693150 . . .
−0.40 0.707943 . . . 1.098618 . . . −0.40 0.525309 . . . 0.693150 . . .
−0.24 0.843991 . . . 1.098618 . . . −0.24 0.586921 . . . 0.693150 . . .
−0.08 1.006183 . . . 1.098618 . . . −0.08 0.655759 . . . 0.693150 . . .
0.08 1.199545 . . . 1.098618 . . . 0.08 0.732672 . . . 0.693150 . . .
0.24 1.430066 . . . 1.098618 . . . 0.24 0.818605 . . . 0.693150 . . .
0.40 1.704886 . . . 1.098618 . . . 0.40 0.914616 . . . 0.693150 . . .
0.56 2.032520 . . . 1.098618 . . . 0.56 1.021889 . . . 0.693150 . . .
0.72 2.423116 . . . 1.098618 . . . 0.72 1.141744 . . . 0.693150 . . .
0.88 2.888774 . . . 1.098618 . . . 0.88 1.275655 . . . 0.693150 . . .
1.04 3.443919 . . . 1.098618 . . . 1.04 1.425273 . . . 0.693150 . . .
1.20 4.105749 . . . 1.098618 . . . 1.20 1.592440 . . . 0.693150 . . .
1.36 4.894764 . . . 1.098618 . . . 1.36 1.779212 . . . 0.693150 . . .
1.52 5.835407 . . . 1.098618 . . . 1.52 1.987891 . . . 0.693150 . . .
1.68 6.956816 . . . 1.098618 . . . 1.68 2.221045 . . . 0.693150 . . .
1.84 8.293731 . . . 1.098618 . . . 1.84 2.481545 . . . 0.693150 . . .
2.00 9.887565 . . . 1.098618 . . . 2.00 2.772598 . . . 0.693150 . . .
Remarquons que f 0 (x)/f (x) ≈ 0.693150 . . . pour les quelques valeurs de x dans la partie
droite du tableau 4.2. Si C2 = 0.693150 . . ., nous semblons avoir
d x
2 ≈ C2 2x .
dx
Comme à l’exemple précédent, nous avons que f 0 (x)/f (x) est constant mais la constante
n’est pas la même qu’à l’exemple précédent.
Le graphe associé aux données de la partie droite du tableau 4.2 ainsi que le graphe de
y = f (x) = 2x sont donnés à la figure 4.25. Il semble bien que f 0 (x) soit un multiple plus
petit que 1 de f (x). ♣
Les trois questions suivantes découlent des exemples que nous venons de présenter.
1. Est-il toujours vrai que, quelle que soit la base b utilisée, la dérivée de f (x) = bx est
f 0 (x) = Cb bs où Cb est une constante qui dépend seulement du choix de b ?
2. Si la réponse à la question précédente est affirmative, existe-t-il un moyen de calculer
facilement cette constante Cb en fonction de la base b qui a été choisie ?
3. Existe-t-il une base b pour laquelle la dérivée de f (x) = bx est f 0 (x) = f (x) = bx ?
C’est-à-dire, pour laquelle la constante de proportionnalité Cb est 1 ?
Nous répondons à la première question et donne une réponse partielle à la deuxième
question dans la prochaine sous-section. La réponse à la troisième question sera donnée dans
152 4. Dérivée
La constante Cb
si la limite existe. Pour une base b donnée, l’expression Cb ≡ lim (bh − 1)/h est une constante
h→0
car elle est indépendante du point x qui est choisi.
Nous avons bien que, quelle que soit la base b utilisée, la dérivée de f (x) = bx est f 0 (x) =
Cb bx pour une constante Cb . Pour calculer cette constante Cb , nous pouvons utiliser la formule
bh − 1
Cb ≡ lim . (4.7.1)
h→0 h
Remarque 4.7.3 Y
bh − 1
Dans la discussion précédente, nous avons supposé que la limite lim existait pour
h→0 h
4.7. Encore plus de dérivées de fonctions élémentaires 153
tout b > 0. Effectivement, la limite existe et cela sera prouvé à la section ?? ; après que nous
aurons défini la fonction exponentielle ex à l’aide d’une série. ♠
Exemple 4.7.4
Soit f (x) = 3x . Pour estimer C3 , nous utilisons (4.7.1) avec b = 3 et h = hn = 1/n2 pour
3hn − 1
n = 1, 2, 3, . . . La suite {hn }∞
n=1 converge vers 0. Donc converge vers C3 lorsque
hn
n → ∞. Nous obtenons les résultats suivants.
3hn − 1
n hn = 1/n2
hn
1 1 2
2 1/4 1.26429605180997 . . .
3 1/9 1.16847867518778 . . .
4 1/16 1.13720772916663 . . .
5 1/25 1.12310877860219 . . .
.. .. ..
. . .
100 1/10000 1.09867263832664 . . .
.. .. ..
. . .
1000 1/1000000 1.09861289221413 . . .
.. .. ..
. . .
3hn − 1
Nous avons donc que approche la constante 1.09861 . . . lorsque hn approche 0.
hn
154 4. Dérivée
b Cb ≈ Prochaine valeur de b
2.0 0.6931470952 . . . <1
3.0 1.0986123122 . . . >1 2.5 entre 2 et 3
2.5 0.9162908209 . . . <1 2.7 entre 2.5 et 3
2.7 0.9932517031 . . . <1 2.8 entre 2.7 et 3
2.8 1.0296195007 . . . >1 2.75 entre 2.7 et 2.8
2.75 1.011600803 . . . >1 2.72 entre 2.7 et 2.75
2.72 1.0006317996 . . . >1 2.71 entre 2.7 et 2.72
2.71 0.9969487457 . . . <1 2.715 entre 2.71 et 2.72
2.715 0.9987919380 . . . <1 2.718 entre 2.715 et 2.72
2.718 0.9998963879 . . . <1 2.719 entre 2.718 et 2.72
2.719 1.0002640937 . . . >1 2.7185 entre 2.718 et 2.719
2.7185 1.0000802408 . . . >1 2.7182 entre 2.718 et 2.7185
2.7182 0.9999698846 . . . <1 2.7183 entre 2.7182 et 2.7185
2.7183 1.0000067440 . . . >1 2.71825 entre 2.7182 et 2.7183
2.71825 0.9999883143 . . . <1 2.71828 entre 2.71825 et 2.7183
2.71828 0.9999994166 . . . <1 2.71829 entre 2.71828 et 2.7183
2.71829 1.0000029693 . . . >1 2.718285 entre 2.71828 et 2.71829
2.718285 1.0000011929 . . . >1 2.718282 entre 2.71828 et 2.718285
.. .. .. ..
. . . .
2.718281828 0.9999999939 . . .
Table 4.3 – Cb est estimé à l’aide de (4.7.1). Le nombre e est plus grand que
les valeurs de b pour lesquelles Cb < 1 et plus petit que les valeurs de b pour
lesquelles Cb > 1. Nous utilisons ce résultat pour prendre en sandwich le nombre
e ≈ 2.718281828.
Comme toute autre séquence qui tend vers 0 donnerait le même résultat, nous obtenons
3h − 1
C3 ≡ lim = 1.09861 . . .
h→0 h
qui est la constante trouvée à l’exemple 4.7.1. ♣
La Formule 4.7.1 pour évaluer la constante Cb demande le calcul d’une limite comme nous
venons de le faire à l’exemple précédent pour b = 3. Il existe une façon plus simple (du point
de vue de l’utilisateur d’une calculatrice) de calculer la valeur de Cb que nous donnerons
bientôt.
Le nombre e
Proposition 4.7.5
f 0 (x) = f (x)
pour tout x.
d x
b = q 0 (x) = f 0 (g(x))g 0 (x) = f (g(x))g 0 (x) = q(x)g 0 (x) = bx ln(b) .
dx
Nous obtenons la proposition suivante.
Proposition 4.7.7
Si b > 0, alors
d x
b = bx ln(b)
dx
pour tout x.
♣
Remarque 4.7.10
Comme nous avons vu à l’exemple précédent, il est facile de se tromper avec toutes les règles
de calcul des dérivées. Il est souvent plus avantageux de s’en tenir aux formules les plus
importantes.
2
À l’exemple précédent, nous aurions pu simplement écrire f (x) = 5x comme f (x) =
2
ex ln(5) . Il est alors clair que f est la composition de deux fonctions. En effet, f (x) = q(p(x))
où q(y) = ey et p(x) = x2 ln(5). Puisque q 0 (y) = ey = q(y) et p0 (x) = 2x ln(5), nous obtenons
2 2
f 0 (x) = q 0 (p(x))p0 (x) = q(p(x))(2x ln(5)) = 5x (2x ln(5)) = 2x 5x ln(5) .
♠
4.7. Encore plus de dérivées de fonctions élémentaires 157
f 0 (g(x))g 0 (x) = 1 .
d 1 1 1
ln(x) = g 0 (x) = 0 = = .
dx f (g(x)) f (g(x)) x
Proposition 4.7.11
Pour x > 0, alors
d 1
ln(x) = .
dx x
Quelle est la dérivée de ln |x| pour tout x 6= 0 ? Puisque |x| = x pour x > 0, nous avons
d d 1
ln |x| = ln(x) = pour x > 0 .
dx dx x
Puisque |x| = −x pour x < 0, nous avons ln |x| = ln(−x) pour x < 0. Ainsi, pour x < 0,
ln |x| = g(h(x)) où g(y) = ln(y) et h(x) = −x. Puisque g 0 (y) = 1/y et h0 (x) = −1, nous
obtenons donc
d 1 1 1
ln |x| = g 0 (h(x))h0 (x) = h0 (x) = (−1) = pour x < 0 .
dx h(x) −x x
Proposition 4.7.12
Si x 6= 0, alors
d 1
ln |x| = .
dx x
Exemple 4.7.13
Quelle est la dérivée de log5 (x) pour tout x > 0 ?
Puisque log5 (x) = ln(x)/ ln(5), nous avons
!
d d ln(x) 1 d 1
log5 (x) = = ln(x) = .
dx dx ln(5) ln(5) dx x ln(5)
158 4. Dérivée
♣
Exemple 4.7.14
Quelle est la dérivée de q(x) = ln(sin(x)) pour 0 < x < π ?
Notez que nous assumons 0 < x < π pour que sin(x) soit positif et donc que ln(sin(x))
soit bien définie.
Puisque q = f ◦ g où g(x) = sin(x) et f (y) = ln(y), nous obtenons de la règle pour la
dérivée de fonctions composées que
1
q 0 (x) = f 0 (g(x))g 0 (x) = cos(x) = cot(x)
sin(x)
pour 0 < x < π. ♣
Exemple 4.7.15
Calculons la dérivée de f (x) = (x + 1)5 (x + 5)7 /(x + 2)4 .
Il serait tentant d’utiliser la règle de la dérivée du quotient de deux fonctions mais cela
risque d’être très long.
En calcul numérique, nous utilisons très souvent la formule ln(ab) = ln(a) + ln(b) pour
remplacer le produit de très grands nombres par la somme de leurs logarithmes. Cela permet
d’éviter les nombres trop grands pour l’ordinateur. La même idée peut être utilisée ici. Nous
avons
ln |f (x)| = 5 ln |x + 1| + 7 ln |x + 5| − 4 ln |x + 2|
Si nous dérivons des deux côtés de l’égalité, nous trouvons
f 0 (x) 5 7 4
= + −
f (x) x+1 x+5 x+2
et ainsi
5 7 4 (x + 1)5 (x + 5)7 5 7 4
0
f (x) = f (x) + − = + − .
x+1 x+5 x+2 (x + 2)4 x+1 x+5 x+2
Calculez la dérivée de f avec la règle de la dérivée du quotient de deux fonctions pour
comparer cette méthode avec celle que nous venons d’introduire. ♣
Exemple 4.7.16
(x4 + 2)e2x
Calculons la dérivée de g(x) = 2 √ .
(x + 3x) x2 + 3
Nous pourrions adresser ce problème directement avec la règle de dérivation du quotient
de deux fonctions mais, comme la fonction g est assez complexe, ce ne serait pas une bonne
idée. Nous invitons le lecteur à essayer.
Nous allons faire appel à l’ensemble de nos connaissances des méthodes de dérivation.
Commençons par calculer le logarithme de g. Nous obtenons
!
(x4 + 2)e2x (x4 + 2)e2x
ln |g(x)| = ln 2 √ = ln √
(x + 3x) x2 + 3 |x2 + 3x| x2 + 3
4.7. Encore plus de dérivées de fonctions élémentaires 159
= ln(x4 + 2) + ln(e2x ) − ln |x2 + 3x| − ln (x2 + 3)1/2
1
= ln(x4 + 2) + 2x − ln |x2 + 3x| − ln(x2 + 3)
2
Nous dérivons maintenant des deux côtés
d d d d 1 d
ln |g(x)| = ln(x4 + 2) + (2x) − ln |x2 + 3x| − ln(x2 + 3)
dx dx dx dx 2 dx
pour obtenir
g 0 (x) 4x3 2x + 3 x
= 4 +2− 2 − 2 .
g(x) x +2 x + 3x x + 3
Ainsi,
!
0 4x3 2x + 3 x
g (x) = +2− − 2 g(x)
x4 + 2 2
x + 3x x + 3
! !
4x3 2x + 3 x (x4 + 2)e2x
= +2− − √
x4 + 2 x2 + 3x x2 + 3 (x2 + 3x) x2 + 3
♣
Nous avons vu que la dérivée de h(x) = xn où n est un entier positive est h0 (x) = nxn−1 .
Mais, quelle est la
√dérivée de h(x) = xα si α n’est pas un entier positif. Par exemple, quelle
est la dérivée de x = x ou de xπ ? Commençons par un exemple simple.
1/2
Exemple 4.7.17
Soit f (x) = x−1 = 1/x pour x 6= 0. Si nous estimons f 0 (x) pour quelques valeurs de x à
f (x + h) − f (x)
l’aide du rapport où h = 0.00001, nous obtenons les résultats suivants.
h
f (x + 0.00001) − f (x)
x f 0 (x) ≈ | − x−2 − f 0 (x)|
0.00001
−1 −1.00001000009 . . . 0.1000009 . . . × 10−4
1 −0.99999000010 . . . 0.999989 . . . × 10−5
2 −0.24999875000 . . . −0.124999 . . . × 10−5
π −0.10132086112 . . . −0.32251 . . . × 10−6
3.5 −0.08163241982 . . . −0.23323 . . . × 10−6
Remarquons que f 0 (x) ≈ −x−2 pour les valeurs de x considérées dans le tableau. Nous
pouvons donc supposer que f 0 (x) = −x−2 pour tout x 6= 0.
Montrons à partir de la définition de la dérivée que f 0 (x) = −x−2 pour tout x 6= 0. En
effet, si x 6= 0, alors
f (x + h) − f (x) 1/(x + h) − 1/x
f 0 (x) = lim = lim
h→0 h h→0 h
160 4. Dérivée
−h −1 1
= lim = lim 2 =− 2
h→0 h(x + h)x h→0 x + xh x
car x2 + xh → x2 lorsque h → 0. ♣
L’exemple précédent semble indiquer que la règle qui dit que la dérivée de f (x) = xn est
f 0 (x) = nxn−1 pourrait s’appliquer pour tous les nombres entiers n.
Exemple 4.7.18 √
Calculons la dérivée de f (x) = x à partir de la définition.
√ √
0 f (x + h) − f (x) x+h− x
f (x) = lim = lim
h→0
√ h h→0 h
√ ! √ √ !
x+h− x x+h+ x h
= lim √ √ = lim √ √
h→0 h x+h+ x h→0 h( x + h + x)
| {z }
=1
1 1
= lim √ √ = √ .
h→0 ( x + h + x) 2 x
♣
Encore une fois, l’exemple précédent semble indiquer que la règle qui dit que la dérivée
de f (x) = xn est f 0 (x) = nxn−1 pourrait s’appliquer pour tous les nombres rationnels n. En
fait, nous avons plus.
Pour montrer que la règle est vraie pour tout exposant réel non nul, il faut se rappeler
que xα = eα ln(x) pour x > 0. Ainsi, xα = f (g(x)) où g(x) = α ln(x) et f (y) = ey . Puisque
f 0 (y) = f (y) et g 0 (x) = α/x, nous déduisons de la règle de la dérivée de fonctions composées
que
d α α
x = f 0 (g(x))g 0 (x) = f (g(x))g 0 (x) = xα = αxα−1
dx x
pour x > 0. Nous venons de démontrer la règle suivante.
Proposition 4.7.19
Si α 6= 0 est un nombre réel, alors
d α
x = αxα−1
dx
pour tout x > 0.
Exemple 4.7.20
1 −1
Si f (x) = x−1/2 , alors f 0 (x) = − x−3/2 = 3/2 pour x > 0. ♣
2 2x
Avant de terminer cette section, il y a un exemple important que nous nous devons de
présenter.
Exemple 4.7.21
Que devons-nous faire pour calculer la dérivée d’une fonction comme f (x) = xx ? La variable
4.7. Encore plus de dérivées de fonctions élémentaires 161
x apparaît à la base et à l’exposant. La règle ci-dessus pour dérivée xα ne s’applique pas car
l’exposant n’est pas une constante. La règle donnée à la proposition 4.7.7 pour dérivée bx ne
s’applique pas car c’est la base qui n’est pas une constante.
Nous devons utiliser les fonctions exponentielles et logarithmiques.
Puisque
x
f (x) = xx = eln((x ) = ex ln(x) ,
il découle de la règle de dérivation des fonctions composées que
d d
f 0 (x) = ey (x ln(x)) = ey (ln(x) + 1)
dy y=x ln(x)
dx x ln(x)
x ln(x) x
=e (ln(x) + 1) = x (ln(x) + 1) .
♣
1
x
θ
√
1 − x2
Proposition 4.7.22
d 1
arcsin(x) = √
dx 1 − x2
pour −1 < x < 1.
Proposition 4.7.23
d −1
arccos(x) = √
dx 1 − x2
pour −1 < x < 1.
Si maintenant nous dérivons les deux côtés de l’identité x = tan(arctan(x)) où x est réel,
nous obtenons grâce à la dérivée de fonctions composées que
d
1 = sec2 (arctan(x)) arctan(x) .
dx
Donc
d 1
arctan(x) = .
dx sec2 (arctan(x))
√
1 + x2
x
θ
1
Proposition 4.7.24
d 1
arctan(x) =
dx 1 + x2
pour x ∈ R.
4.8 Exercices
Question 4.2
Supposons que le nombre d’individus au temps t (en heures) pour une certaine population
animale soit donnée par p(t) = 1.5t .
a) Quelle est le taux de croissance moyen entre 0 et 1 ?
b) Quelle est le taux de croissance moyen entre 0 et 0.1 ?
c) Quelle est le taux de croissance moyen entre 0 et 0.01 ?
d) Quelle est le taux de croissance moyen entre 0 et 0.0001 ?
e) Quelle est le taux de croissance instantané à t = 0 ?
f) Donnez l’équation de la droite tangente à la courbe y = p(t) au point (0, p(0)).
Question 4.3 +
Les données du tableau suivant décrivent la hauteur H (en mètres) d’un arbre en fonction
du temps t (en années).
t 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
H 10.11 11.18 12.40 13.74 15.01 16.61 18.27 20.17 22.01 24.45 26.85
a) Estimez le taux de croissance instantané à t = 0, 1, 2, . . . , 10 ans à l’aide de la moyenne
des taux de croissance que vous pouvez estimer à partir des données de l’année qui précède
et de l’année qui suit immédiatement (si possible).
b) Tracez sur un graphe les points qui représentent le taux de croissance instantané pour
chacune des années en (a). Est-ce que les points semblent tracer une courbe quelconque ?
c) Estimez le taux de croissance relatif à t = 0, 1, 2, . . . , 10 ans.
d) Tracez sur un graphe les points qui représente le taux de croissance relatif pour chacune
des années en (c). Est-ce que les points semblent tracer une courbe quelconque ?
e) Comparez vos deux graphes. Que pouvez-vous conclure ?
Question 4.4 +
Le nombre d’individus dans une population est donné par la formule p(t) = 2t où t est le
temps en heures. Trouvez le taux de croissance moyen entre 0 et 1 heure, 0 et 0.1 heure, 0
et 0.01 heure, et 0 et 0.001 heure.
Quelle est la limite ? Que représente cette limite ? Tracez le graphe de la fonction p et la
droite tangent à ce graphe au point (t, p) = (0, 1). Donnez l’équation de cette droite tangente.
Question 4.5
Le nombre N de visites au nouveau site Internet du ministère de l’environnement est donné
dans le tableau suivant.
164 4. Dérivée
y
6
5
4
3
2
1
x
1 2 3 4 5 6 7
5
4
3
2
1
x
1 2 3 4 5 6 7
6
4.8. Exercices 165
y = g(x)
x
2 4 6
y = f (x)
Question 4.11
Considérons les graphes de deux fonctions donnés dans la figure ci-dessous.
166 4. Dérivée
y
6
4
y = g(x)
2
0 x
0 1 2 3
−2 y = f (x)
Identifiez la courbe qui représente le graphe de la dérivée d’un fonction dont le graphe est
donné par l’autre courbe.
Question 4.12
Trois des graphes ci-dessous représentent les graphes de fonctions et les trois autres graphes
représentent les graphes des dérivées de ces fonctions. Donner les pairs (n1 , n2 ) où n1 est le
numéro d’un graphe associé au graphe d’une fonction et n2 est le numéro du graphe associé
au graphe de la dérivée de cette fonction. Vous ne pouvez pas utiliser une image plus
d’une fois.
Question 4.13
La température en fonction du temps d’une substance chimique est donnée par le graphe
suivant.
4.8. Exercices 167
y (C ◦ )
45
40
35
30
25
x (min)
1 2 3 4 5 6 7
V
2.0
vitesse
1.0
0 t
0 1.0 2.0
temps
y
2
0 x
0 1 2
1
a) f (x) = (x + 1)2 b) f (x) = c) f (x) = x2 + x
2x + 5
x 1
d) f (x) = e) f (x) =
3x − 1 x(x + 1)
Question 4.19 r
La fonction de Heaviside est définie par
1 si x ≥ 0
H(x) = .
0 si x < 0
Montrez qu’il n’existe pas de solution à l’équation H(x) = 0.5 même si H(−1) = 0 et
H(1) = 1. Ceci démontre que le Théorème des valeurs intermédiaires est valable seulement
pour les fonctions continues.
H(1) − H(−1)
Montrez qu’il n’existe pas de valeur c telle que H 0 (c) soit égale à la pente
2
de la sécante entre les points (−1, H(−1)) et (1, H(1)). Ceci démontre que le Théorème de
la moyenne est valable seulement pour les fonctions qui sont différentiable.
4.8. Exercices 169
Question 4.20 +
Un animal passe de 4 kg à 60 kg en 14 ans. Si nous supposons que la masse de l’animal est
une fonction différentiable par rapport au temps, pourquoi pouvons-nous dire que le taux de
croissance (instantané) a été de 4 kg/année à un moment durant les 14 années ?
Question 4.27 r +
Évaluez les dérivées suivantes.
!
2π(t − 3)
a) h(θ) = sec(θ) tan(θ) b) G(t) = 1 + 2 cos
5
q
c) f (x) = ln(4 + sin(x)) d) g(θ) = 2θ sin(θ)
e) F (θ) = tan2 (sin(θ)) f) g(x) = x arctan(x2 )
g) h(θ) = sin(θ) cos(θ) h) h(x) = 3 + cos(2x − 1)
i) g(z) = ecos(z) j) f (θ) = sec(θ)
100
k) f (x) = esin(x +1) ! l) g(x) = xsin(x)
2t − cos(6t)
m) f (t) = ln
t
Question 4.28
1
Calculez la dérivée de f (x) = de deux façons :
1 + ex
i: Avec la règle de la dérivée d’un quotient.
ii: Avec la règle de la dérivée de fonctions composées.
Question 4.29
Calculez la dérivée de f (x) = ln(7x) de deux façons :
i: Avec une des identités satisfaites par ln().
ii: Avec la règle de la dérivée de fonctions composées.
Question 4.30
Calculez la dérivée de f (x) = 7x de deux façons :
i: Avec la règle introduite en classe pour dériver ce type de fonctions.
ii: Avec le fait que 7x peut s’exprimer sous la forme eh(x) pour une certaine fonction h.
4.8. Exercices 171
Question 4.31 r +
Calculez la dérivée de f (θ) = cos(2θ) de deux façons :
i: Avec les formules d’addition pour le cosinus et le sinus.
ii: Avec la règle de la dérivée de fonctions composées.
Montrez que vos deux réponses sont égales.
Question 4.32
Un tableau contenant certaines valeurs de f , f 0 , g et g 0 est donné ci-dessous.
Question 4.35 r +
Pour chacune des courbes ci-dessous, trouvez l’équation de la droite tangente à la courbe au
point donné.
Question 4.36
a) Trouvez la pente de la droite tangente à la courbe y = f (x) = x3 + 8 au point où cette
courbe coupe l’axe des x.
b) Trouvez l’équation de la droite tangente à la courbe y = f (x) au point d’intersection
trouvé en (a).
172 4. Dérivée
c) Trouvez l’équation de la droite perpendiculaire à la droite tangente en (b) qui passe par
le point d’intersection en (a).
Question 4.37 r + √
Pour quelle valeur de x avons-nous que la tangente à la courbe y = f (x) = 3 x + 2 sin(x)
au point (x, f (x)) est horizontale ?
Question 4.38
L’aire d’un disque en fonction de son rayon est donné par la formule A(r) = πr2 , où r est
mesuré en mètres et A en mètres carrés. Calculez la dérivée de l’aire en fonction du rayon.
Illustrez par un dessin la région représentée par la différence entre un disque de rayon r + ∆r
et un disque de rayon r. Donnez une représentation géométrique de la dérivée. Est-ce que
les unités sont cohérentes.
Question 4.39 + r
f (2) − f (0)
Soit f (x) = x2 . Trouvez le point sur l’intervalle [0, 2] où f 0 (x) = .
2−0
Applications de la dérivée 5
Nous présentons plusieurs des applications de la dérivée d’une fonction dans ce chapitre.
Comme nous avons mentionné dans l’avant-propos, les applications spécifiques aux sciences
de la vie sont identifiées par le symbole + alors que ceux spécifiques aux domaines de la
physique et du génie sont identifiées par le symbole r . Cette classification des applications
est très académique et arbitraire. Il est fort possible que certaines applications classifiées
pour le génie pourrait aussi bien être utiles pour les sciences de la vie, et vice-versa.
Soit f :]a, b[→ R une fonction différentiable. À la section 4.3, nous avons vu que f 0 (x)
est la pente de la tangente au graphe de f au point (x, f (x)). À la proposition 4.4.2 de la
section 4.4, nous avons utilisé cette propriété pour donner des conditions sur la dérivée f 0 qui
déterminent les intervalles de croissance et décroissance de f , et les minimums et maximums
locaux de f .
En résumé, nous avons les résultats suivants.
1. La fonction f est strictement croissante sur un intervalle ]a, b[ si f 0 (x) > 0 pour tout
x entre a et b.
2. La fonction f est croissante sur un intervalle ]a, b[ si f 0 (x) ≥ 0 pour tout x entre a et
b.
3. La fonction f est strictement décroissante sur un intervalle ]a, b[ si f 0 (x) < 0 pour
tout x entre a et b.
4. La fonction f est décroissante sur un intervalle ]a, b[ si f 0 (x) ≤ 0 pour tout x entre a
et b.
5. La fonction f a un maximum local au point c de l’intervalle ]a, b[ si f 0 (x) > 0 pour
x < c près de c et f 0 (x) < 0 pour x > c près de c.
6. La fonction f a un minimum local au point c de l’intervalle ]a, b[ si f 0 (x) < 0 pour
x < c près de c et f 0 (x) > 0 pour x > c près de c.
Il découle de la remarque 4.4.4 que, si f :]a, b[→ R est une fonction continue qui possède
un minimum ou maximum local au point x = c de l’intervalle ]a, b[, nous avons un des deux
scénarios suivants : f n’a pas de dérivée au point x = c ou f 0 (c) = 0. Pour trouver les
maximums et minimums locaux d’une fonction f , il faut donc analyser les points c définis
ci-dessous.
173
174 5. Applications de la dérivée
Définition 5.1.1
Soit f :]a, b[→ R une fonction continue. Un point critique de la fonction f est un
point c ∈]a, b[ qui satisfait une des deux conditions suivantes :
1. f n’a pas de dérivée au point x = c.
2. f 0 (c) = 0.
En plus de pouvoir déterminer sur quels intervalles une fonction est croissante ou décrois-
sante et à quels points elle a un maximum ou minimum local, nous pouvons aussi utiliser
la dérivée pour déterminer sur quels intervalles la pente de la fonction est croissante ou dé-
croissante. Ce type de comportement des fonctions porte le nom de courbure de la fonction.
Nous observons deux types de courbure.
Définition 5.1.2
Une fonction f :]a, b[→ R est dite convexe (ou concave vers le haut) sur ]a, b[ si
f (λx + (1 − λ)y)
x
a x yb
λx + (1 − λ)y
Figure 5.1 – Exemple d’une fonction convexe sur l’intervalle ]a, b[. La droite qui
relie les points (x, f (x)) et (y, f (y)) est au-dessus du graphe de f .
Dans le cas où f est une fonction différentiable définie sur un intervalle ]a, b[, nous obte-
nons que f est convexe sur ]a, b[ si, pour tout x ∈]a, b[, nous avons que la droite tangente au
graphe de la fonction f au point (x, f (x)) est strictement en dessous du graphe de f sauf
naturellement au point (x, f (x)) lui-même. À première vue, cette dernière caractérisation des
fonctions convexes n’est pas facile à vérifier. Cependant, le théorème suivant nous donnes un
outil pour démontrer facilement qu’une fonction est convexe ou concave sur un intervalle.
5.1. Étude de courbes 175
Proposition 5.1.3
y
y = f (x)
x
a b
Figure 5.2 – Fonction convexe sur l’intervalle ]a, b[. En tout point, le droite tan-
gente au graphe de la fonction est en dessous du graphe de cette fonction. Notons
que la pente de la tangente augmente lorsque x augmente.
a b x
y = f (x)
Figure 5.3 – Fonction concave sur l’intervalle ]a, b[. En tout point, le droite tan-
gente au graphe de la fonction est au dessus du graphe de cette fonction. Notons
que la pente de la tangente diminue lorsque x augmente.
Si f 0 est une fonction différentiable, nous pouvons utiliser sa dérivée pour déterminer les
intervalles où elle est croissante et décroissante comme nous avons fait pour la fonction f .
Définition 5.1.4
Soit f :]a, b[→ R une fonction différentiable telle que f 0 :]a, b[→ R est elle même une
fonction différentiable. La dérivée seconde de f ou dérivée d’ordre 2 de f est la
d2 f
dérivée de la fonction f 0 . Elle est dénotée f 00 , 2
ou f (2) .
dx
Si f 00 :]a, b[→ R est différentiable, la dérivée troisième de f ou la dérivée d’ordre
176 5. Applications de la dérivée
d3 f
3 de f est la dérivée de la fonction f 00 . Elle est dénotée f 000 , 3
ou f (3) .
dx
Par induction, nous pouvons définir la ne dérivée de f ou dérivée d’ordre n de f
dn f
qui est dénotée f (n) ou .
dxn
Proposition 5.1.5
Soit f :]a, b[→ R une fonction qui possède une dérivée d’ordre deux.
1. La fonction f est convexe sur un intervalle ]a, b[ si f 00 (x) > 0 pour tout x entre
a et b.
2. La fonction f est concave sur un intervalle ]a, b[ si f 00 (x) < 0 pour tout x entre
a et b.
Les points où la fonction change de convexe à concave et vice-versa sont très utiles pour
tracer le graphe d’une fonction. Nous leur donnons donc un nom.
Définition 5.1.6
Un point d’inflexion est un point du domaine de la fonction où la direction de la
concavité change.
Proposition 5.1.7
Soit f :]a, b[→ R une fonction différentiable. Un point p est un point d’inflexion si f 0
a un maximum ou minimum local à p.
Remarque 5.1.8
Soit f : R → R une fonction différentiable. Nous avons vu que f 0 (p) = 0 n’était pas suffisant
et nécessaire pour obtenir un maximum ou minimum au point p. Nous avons un problème
semblable avec les points d’inflexion.
Nous n’avons pas nécessairement f 00 (p) = 0 à un point d’inflexion p. La fonction dont le
graphe est donné à la figure 5.4 a un point d’inflexion à x = p mais elle ne possède pas de
dérivée d’ordre deux (et d’ordre un) au point p.
Si f : R → R est une fonction qui possède des dérivées d’ordre 2, alors il faut avoir f 00 (p) =
0. Malheureusement, nous ne pouvons pas conclure que nous avons un point d’inflexion à p
lorsque f 00 (p) = 0. Par exemple, la fonction f (x) = x4 satisfait f 00 (0) = 0 mais 0 n’est pas
un point d’inflexion (tracez le graphe de f pour vous en convaincre).
De plus, il n’est pas nécessaire d’avoir f 0 (p) = 0 à un point d’inflexion comme c’est le cas
pour la fonction dont le graphe est donné à la figure 5.5. Un autre exemple est fourni par le
graphe du sinus qui possède des points d’inflexion à tous les points nπ où n est un entier. ♠
Exemple 5.1.9
Considérons le graphe de f 0 donné ci-dessous.
5.1. Étude de courbes 177
y
y = f (x)
f est concave vers le haut
haut pour x < p
Figure 5.4 – Le point p est un point d’inflexion où f 00 n’existe pas car f 0 n’existe
pas.
y
y = f (x) Droite tangente à la
courbe y = f (x) au point
f (p) (p, f (p)).
x
p
y
y = f 0 (x)
c d x
a b e
Il y a un maximum local au point x = c car f 0 (x) passe de positif à négatif lorsque x varie
de plus petit que c à plus grand que c. Il y a un minimum local au point x = a car f 0 (x)
passe de négatif à positif lorsque x varie de plus petit que a à plus grand que a. De même, il
y a un minimum local au point x = e car f 0 (x) passe de négatif à positif lorsque x varie de
plus petit que e à plus grand que e.
178 5. Applications de la dérivée
Les points x = b et x = d sont des points d’inflexion car la courbure change à ces points. ♣
Avant de décrire la procédure pour tracer le graphe d’une fonction, nous pouvons énoncer
deux méthodes pour déterminer si un point critique est un maximum ou un minimum local.
Soit f :]a, b[→ R une fonction continue et c ∈]a, b[ un point critique de la fonction
f . De plus, supposons que f soit differentiable sur l’intervalle ]a, b[ sauf peut-être au
point c.
1. Si f 0 (x) < 0 pour x < c et f 0 (x) > 0 pour x > c, alors f a un minimum local
au point c.
2. Si f 0 (x) > 0 pour x < c et f 0 (x) < 0 pour x > c, alors f a un maximum local
au point c.
Pour le premier cas, nous déduisons du signe de la dérivée que f est décroissante pour
x < c et croissante pour x > c. Donc f a un minimum local à x = c. Par contre, pour le
deuxième cas, nous avons que f est croissante pour x < c et décroissante pour x > c. Donc
f a un maximum local à x = c.
Soit f :]a, b[→ R une fonction qui possède une dérivé d’ordre deux et c ∈]a, b[ un point
critique de la fonction f 0 .
1. Si f 00 (c) > 0, alors f a un minimum local au point c.
2. Si f 00 (c) < 0, alors f a un maximum local au point c.
Pour le premier cas, nous déduisons du signe de la dérivée seconde que f est convexe au
voisinage de c. Donc f a un minimum local à x = c. Par contre, pour le deuxième cas, nous
avons que f est concave au voisinage de c. Donc f a un maximum local à x = c.
Si nous nous fions seulement à l’énoncé des deux propositions précédentes, nous pourrions
croire que le test de la dérivée second est plus simple à utiliser que le test de la dérivée
première car l’énoncé du test de la dérivée second est plus simple que celui du test de la
dérivée première. Ce n’est pas un bon critère de comparaison entre les deux tests. Le test
de la dérivée première est généralement préférable car il faut seulement calculer la première
dérivée de f .
5.1. Étude de courbes 179
Nous pouvons maintenant énoncer la procédure pour tracer le graphe d’une fonction.
Méthode 5.1.12
Pour tracer le graphe d’une fonction f , il faut :
1. Trouver les points où f n’est pas définie. Ce sont les points où il peut y avoir
une asymptote verticale.
2. Trouver (si possible) les points p où f (p) = 0. Ce sont les points où le graphe
de f traverse l’axe des x.
3. Trouver les points critiques de f . Ce sont les points où il peut y avoir un maxi-
mum ou un minimum local. Pour tracer le graphe de f , il est aussi utile d’évaluer
f à ces points (si c’est possible) pour obtenir quelques points importants sur la
courbe y = f (x).
4. Trouver les points où f 00 n’existe pas et les points p où f 00 (p) = 0 (i.e. les points
critiques de f 0 ). Ce sont les points où il peut y avoir des points d’inflexion.
Comme pour les points critiques, pour tracer le graphe de f , il est aussi utile
d’évaluer f à ces points (si c’est possible) pour obtenir quelques points impor-
tants sur la courbe y = f (x).
5. Après avoir ordonné les points trouvés précédemment, déterminer le signe de
f , f 0 et f 00 sur chacun des intervalles délimités par ces points. Le signe de
f détermine si f est positive ou négative. Le signe de f 0 détermine si f est
strictement croissante ou décroissante. Le signe de f 00 détermine si f est convexe
ou concave.
6. Trouver les asymptotes horizontales (lorsque x converge vers plus ou moins
l’infini) et les asymptotes verticales (lorsque f (x) converge vers plus ou moins
l’infini si x converge vers un point qui n’est pas dans le domaine de f ).
7. Tracer le graphe de f intervalle par intervalle en utilisant toute l’information
trouvée ci-dessus.
Exemple 5.1.13
Traçons le graphe de f (x) = 1/(xex ) = x−1 e−x .
Nous avons
f 0 (x) = −x−2 e−x − x−1 e−x = −x−2 − x−1 e−x = −x−2 (1 + x)e−x
et
f 00 (x) = 2x−3 + x−2 e−x − −x−2 − x−1 e−x = x−3 2 + 2x + x2 e−x .
Ainsi, la fonction f n’est pas définie au point x = 0, elle est positive pour x > 0 et
négative pour x < 0.
La fonction f 0 n’est pas définie au point x = 0 et elle est égale à 0 au point x = −1. De
plus, sauf à x = 0 où la dérivée n’existe pas, f 0 (x) est négatif pour x > −1 et positif pour
x < −1. Nous avons que f (−1) = −e = −2.71828182845905 . . ..
180 5. Applications de la dérivée
La fonction f 00 n’est pas définie au point x = 0 et n’est jamais égale à 0 car le polynôme
2 + 2x + x2 n’a pas de racines réelles ; dans le cas présent, 2 + 2x + x2 > 0 pour tout x. Nous
avons que f 00 (x) < 0 pour x < 0 et f 00 (x) > 0 pour x > 0.
Puisque xex est une fonction qui croît sans borne supérieure lorsque x augmente, nous
avons que
1
lim
x→∞
f (x) = lim
x→∞ xex
=0.
La droite y = 0 est donc une asymptote horizontale lorsque x tend vers plus l’infini. De plus,
1
lim f (x) = lim = −∞ .
x→−∞ x→−∞ xex
Nous pouvons vérifier numériquement cette dernière limite à l’aide de suites {xn }∞ n=0 qui
tendent vers moins l’infini (e.g. prenez la suite où xn = −n). Nous allons voir plus tard un
résultat (i.e. la Règle de l’Hospital) qui nous permettra facilement de calculer ce genre de
limites.
Puisque xex < 0 tend vers 0 lorsque x < 0 tend vers 0, nous obtenons
1
lim− f (x) = lim− = −∞ .
x→0 x→0 xex
De même, puisque xex > 0 tend vers 0 lorsque x > 0 tend vers 0, nous avons que
1
lim+ f (x) = lim+ = +∞ .
x→0 x→0 xex
La droite x = 0 (avec y > 0) est donc une asymptote verticale lorsque x approche l’origine
par la droite et la droite x = 0 (avec y < 0) est une asymptote verticale lorsque x approche
l’origine par la gauche.
Résumons l’information que nous venons d’obtenir dans le tableau suivant.
♣
Exemple 5.1.14
1
Traçons le graphe de f (x) = .
(x − 1)(x − 2)
Nous avons
−2x + 3 6x2 − 18x + 14
f 0 (x) = et f 00 (x) = .
(x − 1)2 (x − 2)2 (x − 1)3 (x − 2)3
La fonction f n’est pas définie aux points x = 1 et x = 2, elle est positive pour x < 1 et
x > 2, et négative pour 1 < x < 2.
La fonction f 0 n’est pas définie aux points x = 1 et x = 2. Elle est égale à 0 au point
x = 3/2. De plus, sauf aux points x = 1 et x = 2 où la dérivée n’existe pas, f 0 (x) est négatif
pour x > 3/2 et positif pour x < 3/2. Nous avons f (3/2) = −4.
La fonction f 00 n’est pas définie aux points x = 1 et x = 2, et n’est jamais égale à 0 car
6x2 − 18x + 14 n’a pas de racines réelles ; en fait, 6x2 − 18x + 14 > 0 pour tout x.
Puisque
lim f (x) = 0 ,
x→−∞
l’axe des x est une asymptote horizontale lorsque x tend vers moins l’infini. De même,
lim f (x) = 0 ,
x→+∞
et l’axe des x est une asymptote horizontale lorsque x tend vers plus l’infini.
De plus,
La droite x = 1 (avec y > 0) est donc une asymptote verticale lorsque x approche 1 par la
gauche, la droite x = 1 (avec y < 0) est une asymptote verticale lorsque x approche 1 par
la droite, la droite x = 2 (avec y < 0) est une asymptote verticale lorsque x approche 2 par
182 5. Applications de la dérivée
la gauche, et la droite x = 2 (avec y > 0) est une asymptote verticale lorsque x approche 2
par la droite.
Résumons l’information que nous venons d’obtenir dans le tableau suivant.
x −∞ x < 1 1 1 < x < 3/2 3/2 3/2 < x < 2 2 x > 2 +∞
f (x) 0 + N.D. − −4 − N.D. + 0
f 0 (x) + N.D. + 0 − N.D. −
f 00 (x) + N.D. − − − N.D. +
I II III IV V VI VII VIII IX
♣
Exemple 5.1.15 r
La relation entre le signe de la dérivée d’une fonction et la croissance ou décroissance de la
fonction peut être très utile pour déterminer la convergence de certaines séries. Déterminons
si la série ∞ √
X (−1)n n
2/3 + 1
n=1 n
converge ou diverge.
Montrons que cette séries converge en montrant qu’elle satisfait les trois conditions du
∞
(−1)n an avec
X
test des séries alternées (théorème 2.2.42). Cette série est de la forme
n=1
√
n
an = >0
n2/3 +1
5.2. Optimisation 183
n1/2 n1/2 1
0 < an = 2/3
< 2/3
= 1/6
n +1 n n
1
pour tout n et n→∞
lim = 0.
n1/6
Finalement, pour démontrer que an+1 < an pour tout n > 6, nous posons
x1/2
f (x) = .
x2/3 + 1
Puisque,
1 −1/2 2/3
0 2
x (x + 1) − x1/2 ( 23 x−1/3 ) − 16 x1/6 + 12 x−1/2 1 −1/2
2
x (1 − 13 x2/3 )
f (x) = = = <0
(x2/3 + 1)2 (x2/3 + 1)2 (x2/3 + 1)2
pour x > 33/2 = 5.196 . . ., f est strictement décroissante pour x > 33/2 et ainsi
an+1 = f (n + 1) < f (n) = an
pour tout n > 5.
Grâce au test des série alternée, la série
∞ √
X (−1)n n
2/3 + 1
n=6 n
En effet, puisque
k √ √ √ √ k √
X (−1)n n 1 2 3 2 5 X (−1)n n
2/3 + 1
= − + 2/3 − + − +
n=1 n 2 2 + 1 32/3 + 1 42/3 + 1 52/3 + 1 n=6 n2/3 + 1
pour tout k > 5, nous avons que
∞ √ k √
X (−1)n n X (−1)n n
2/3 + 1
= lim 2/3 + 1
n=1 n n=1 n
k→∞
√ √ √ k √
1 2 3 2 5 X (−1)n n
= − + 2/3 − + − + lim
2 2 + 1 32/3 + 1 42/3 + 1 52/3 + 1 k→∞ n=6 n2/3 + 1
√ √ √ ∞ √
1 2 3 2 5 X (−1)n n
= − + 2/3 − + − + .
2 2 + 1 32/3 + 1 42/3 + 1 52/3 + 1 n=6 n2/3 + 1
♣
5.2 Optimisation
184 5. Applications de la dérivée
Définition 5.2.1
Soit X un sous-ensemble de R et f : X → R. Le supremum de f sur X est le plus
petit nombre réel M tel que f (x) ≤ M pour tout x ∈ X. L’infimum de f sur X est
le plus grand nombre réel m tel que f (x) ≥ m pour tout x ∈ X.
Soit f : [a, b] → R une fonction continue sur un intervalle fermé [a, b]. Alors ils existent
cm et cM dans l’intervalle [a, b] tels que f (cm ) ≤ f (x) ≤ f (cM ) pour tout x ∈ [a, b].
Donc, M est le maximum absolu de f sur l’intervalle [a, b] et m est le minimum absolu
m de f sur l’intervalle [a, b].
Le théorème précédent demande que f soit continue sur un intervalle fermé [a, b]. Ces
contraintes imposées sur f et son domaine permettent de garantir l’existence d’un maximum
absolu à au moins un point de l’intervalle ainsi que d’un minimum absolu à au moins un
point de l’intervalle (figure 5.6).
Si nous considérons la fonction f qui est définie sur l’intervalle semi-ouvert ]a, b] et dont
le graphe est donné à la figure 5.7, l’intervalle est ouvert au point x = a et x = a est une
asymptote verticale pour f . La fonction f n’a donc pas de maximum absolu sur l’intervalle
]a, b].
Si nous considérons la fonction f qui est définie sur l’intervalle [a, b] et dont le graphe est
donné à la figure 5.8, l’intervalle est bien fermé mais la fonction n’est pas continue au point
x = c. La valeur de f au point c est inférieure à M qui est la limite de f lorsque x approche c.
M est le supremum de f sur l’intervalle [a, b] mais il n’y a pas de point cM tel que cM ∈ [a, b]
et f (cM ) = M . En d’autres mots, f n’a pas de maximum absolu sur l’intervalle [a, b].
5.2. Optimisation 185
y
function continue sur
f (c) un intervalle fermé
y = f (x)
x
a c b
y = f (x)
asymptote
verticale
x
a b
Figure 5.7 – La fonction n’admet pas de maximum global dans l’intervalle semi-
ouvert ]a, b]
Méthode 5.2.3
Pour trouver le maximum ou minimum absolu d’une fonction f continue sur l’intervalle
fermée [a, b] et dérivable sur l’intervalle ouvert ]a, b[, il suffit de trouver tous les points
critiques de f sur l’intervalle ]a, b[ et de comparer les valeurs de f à ces points et aux
points a et b. La plus grande valeur est le maximum absolu et la plus petite valeur est
le minimum absolu.
Exemple 5.2.4
Le nombre de saumons qui remontent une rivière de la Colombie-Britannique en fonction de
la température x◦ C de l’eau est S(x) = −x3 + 3x2 + 360x + 5000 saumons. Si la température
de l’eau varie de 6◦ C à 20◦ C, pour quelle température avons-nous le plus grand nombre de
saumons qui remontent la rivière ?
Puisque S 0 (x) = −3x2 + 6x + 360 = −3(x − 12)(x + 10), le seul point critique dans
l’intervalle [6, 20] est 12.
Puisque S(6) = 7052, S(12) = 8024 et S(20) = 5400 saumons, le plus grand nombre de
saumons qui remontent la rivière est 8024 saumons lorsque la température de l’eau est de
12◦ C. ♣
186 5. Applications de la dérivée
y
M f n’est pas
y = f (x) continue au point x = c
f (c)
x
a c b
Figure 5.8 – La fonction n’a pas de maximum global dans l’intervalle fermé [a, b]
Exemple 5.2.5
Déterminons les points de l’ellipse x2 + 3y 2 = 9 qui sont le plus près du point (1, 0) ?
q
Il faut trouver les points (x, y) de l’ellipse dont la distance euclidienne (x − 1)2 + y 2 au
point (1, 0) est minimale. Ceci revient à trouver les points (x, y) qui minimisent (x − 1)2 + y 2
et satisfont x2 + 3y 2 = 9.
De l’équation de l’ellipse, nous obtenons que y 2 = (9 − x2 )/3 pour −3 ≤ x ≤ 3. Il faut
donc trouver x dans l’intervalle [−3, 3] qui minimise g(x) = (x − 1)2 + (9 − x2 )/3.
Le seul point critique de g est x = 3/2 car g 0 (x) = 2(x − 1) − 2x/3 = 4x/3 − 2. Puisque
g(−3)q = 16, g(3) = 4 et g(3/2) = 5/2, la distance minimale entre l’ellipse et le point (1, 0)
est 5/2 lorsque x = 3/2. Il y a deux points (x, y) sur l’ellipse qui sont associés à x = 3/2 ;
ils sont donnés par y 2 = (9 − x2 )/2. Nous trouvons (3/2, 3/2) et (3/2, −3/2) ♣
Exemple 5.2.6 +
Un pigeon voyageur est libéré de sa cage qui se trouve sur un bateau pour livrer un message
à son propriétaire qui demeure sur le bord de la côte. Supposons que la côte soit linéaire.
La distance entre le bateau et le point de la côte qui est le plus près du bateau est de 2
kilomètres, et la distance entre ce point et la demeure du propriétaire est de 3 kilomètres
(figure 5.9).
En raison de la baisse de pression atmosphérique au dessus de grandes étendues d’eau, il
est plus difficile pour les oiseaux de voler au-dessus de l’eau que de voler au-dessus de la terre
ferme. Si le pigeon dépense 40% plus d’énergie pour voler au-dessus de l’eau qu’il en dépense
pour voler au-dessus de la terre ferme, quel trajet doit suivre le pigeon pour minimiser la
dépense d’énergie ? Doit-il se diriger vers le point de la côte qui est le plus près du bateau et
ensuite longer la côte jusqu’à la demeure de son propriétaire ? Doit-il voler directement vers
la demeure de son propriétaire ? Doit-il choisir un trajet entre ces deux extrêmes ?
S’il faut une unité d’énergie par kilomètre pour voler au-dessus de la terre ferme alors il
faut 1.4 unités d’énergie par kilomètre pour voler au dessus de l’eau. La quantité d’énergie
dépensée par le pigeon pour se rendre du bateau à la demeure de son propriétaire est
√ 7√
E(x) = 1.4 22 + x2 + |3 − x| = 4 + x2 + |3 − x|
5
5.2. Optimisation 187
où x est la distance (en kilomètres) entre le point de la côte qui est le plus près du bateau
et le point où le pigeon atteint la côte. Nous pouvons supposer que 0 ≤ x ≤ 3 car, pour des
valeurs de x à l’extérieur de cet intervalle, le pigeon allongerait son trajet inutilement.
Les points critiques de E sont les solutions de
7x
E 0 (x) = √ −1=0.
5 4 + x2
√
Le seul point critique entre 0 et 3 est x = 5/ 6 = 2.04 . . . kilomètres.
√
Puisque E(0)
√ = 5.8, E(3) = 5.04777 . . . et E(5/ 6) = 4.95959 . . .. L’énergie est minimale
pour x = 5/ 6.
Le pigeon devrait donc voler en ligne droite au-dessus de l’eau jusqu’au point de la côte
qui est à un distance de 2.04 . . . kilomètres du point de la côte qui est le plus près du bateau,
et de ce point voler en ligne droite jusqu’à la demeure de son propriétaire. ♣
2 km Trajet du pigeon
x
3 km
Exemple 5.2.7 r
Déterminons les dimensions du triangle isocèle (deux côtés égaux) d’aire maximale inscrit
dans un cercle de rayon r (figure 5.10).
La hauteur du triangle est h = r + x avec −r ≤ x ≤ r. L’aire du triangle est A = h b/2 =
(r + x) b/2. Il faut écrire b en√fonction de x et r. Il découle du théorème de Pythagore que
r2 = x2 + (b/2)2 . Ainsi, b = 2 r2 − x2 .
√
L’aire du triangle est donc A(x) = (r + x) r2 − x2 pour −r ≤ x ≤ √ r. La fonction A
a un seul point critique entre −r et r car A0 (x) = (−2x2 − x r + r2 )/ r2 − x2 = 0 avec
−r < x < r implique que −2x2 − x r + r2 = 0. C’est un polynôme de degré deux en x (car r
est une constante) dont les racines sont
√
r ± r2 + 8r2 r ± 3r r
= = −r ou .
−4 −4 2
Ainsi, entre −r et r, le seul point critique de la fonction A est x = r/2.
188 5. Applications de la dérivée
√ √
Puisque A(r) = A(−r) = 0 et A(r/2) = 3 3 r2 /4, l’aire maximale est 3 3 r2 /4 pour
x = r/2. Ainsi, le triangleq isocèle a les dimensions suivantes : h = r + x = 3r/2, b =
√ √ √
2 r2 − x2 = 3 r et a = h2 + (b/2)2 = 3 r. En fait, nous avons un triangle équilatéral
(trois côtés égaux) car a = b. ♣
a r a
r
x
b
Exemple 5.2.8 r
Nous formons un gobelet conique à partir d’un secteur de cercle de rayon R en joignant les
deux rayons qui délimitent le secteur de cercle (figure 5.11). Quelle est la capacité maximale
d’un tel gobelet ?
Le problème est de trouver l’angle θ qui détermine le secteur de cercle (figure 5.11) pour
obtenir le cône de volume maximal.
Le volume d’un cône est donné par la formule V = π r2 h/3. Nous allons exprimer le
volume en termes du Puisque r2 + h2 = R2 , nous
√ rayon r de la base du cône et du rayon R.2 √
obtenons que h = R2 − r2 pour 0 ≤ r ≤ R. Donc V (r) = π r R2 − r2 /3.
q
Le seul point critique de V entre 0 et R est r = 2/3 R. En effet,
√
2π r R2 − r 2 π r3 π r(2R2 − 3r2 )
V 0 (r) = − √ 2 = √ .
3 3 R − r2 3 R2 − r 2
q
Donc V 0 (r) = 0 avec 0 < r < R seulement pour r = 2/3 R.
q √
Puisque V (0) = V (R) = 0 et V 2/3 R = 2π R3 /(9 3), le volume maximal du cône
√ q
est 2π R3 /(9 3) pour r = 2/3 R.
Remarquons que la circonférence de la base du cône est la longueur de l’arc deqcercle
défini par le secteur de cercle utilisé pour construire le cône. Donc θ R = 2π r = 2π 2/3 R
q
et nous trouvons θ = 2π 2/3 radians. ♣
Malheureusement, nous ne pouvons pas toujours utiliser la méthode 5.2.3 pour trouver le
maximum et minimum absolu d’une fonction. Quand c’est le cas, il faut tracé grossièrement
le graphe de la fonction pour laquelle nous cherchons le maximum ou minimum absolu. C’est
la situation qui se présente dans les exemples suivants.
Exemple 5.2.9 +
Cet exemple provient de [1].
5.2. Optimisation 189
A B r
R
h R
C A=B
θ C
Figure 5.11 – Un gobelet conique fait à partir d’un secteur de cercle de rayon R
Les abeilles butinent (récoltent le nectar des fleurs) dans le but de produire du miel.
Lorsqu’une abeille butine, elle aspire le nectar des fleurs dans son jabot. La vitesse à laquelle
elle aspire le nectar d’une fleur (i.e. le taux instantané de changement de la quantité de
nectar dans le jabot de l’abeille) diminue avec le temps en raison de la diminution de nectar
dans la fleur, ce qui rend le travail d’aspirer le nectar plus difficile pour l’abeille.
Dans le but de maximiser la quantité de nectar qu’elle peut récolter durant une journée
d’ouvrage, l’abeille n’aspire pas tout le nectar de chaque fleur qu’elle visite mais quitte cette
fleur pour une autre fleur avant d’avoir aspiré tout le nectar. L’abeille quitte une fleur lorsque
la vitesse à laquelle elle aspire le nectar est assez faible pour justifier le voyage à une autre
fleur. Par contre, quand l’abeille voyage d’une fleur à une autre fleur, elle ne récolte pas de
nectar.
Combien de temps l’abeille doit-elle demeurer sur une fleur pour maximiser la quantité
de nectar qu’elle peut récolter durant une journée d’ouvrage ?
Si nous supposons que les fleurs sont uniformément distribuées dans le champ, nous
pouvons assumer que le temps que prend l’abeille pour se rendre d’une fleur à une autre
fleur est constant, disons τ minutes.
Supposons que la quantité de nectar récoltée par une abeille après t minutes sur une
même fleur soit
βt
F (t) =
t+α
où β est la quantité de nectar que possède une fleur et α est un coefficient de difficulté pour
aspirer le nectar. La quantité F (t) récoltée après t minutes diminue lorsque α augmente
(figure 5.12). Normalement, les constantes α et β varient selon l’espèce de fleurs, et parfois
α et β vont varier entre deux fleurs de même espèce. Pour simplifier le problème, nous
supposerons que toutes les fleurs sont identiques et donc que α et β ne varient pas d’une
fleur à l’autre.
En comptant le temps pour se rendre d’une fleur à l’autre, la vitesse moyenne à laquelle
l’abeille aspire le nectar d’une fleur sur laquelle elle demeure pendant t minutes (i.e. le taux
de variation moyen de la quantité de nectar dans le jabot de l’abeille durant les t premières
minutes sur la fleur plus les τ minutes pour se rendre à la fleur) est
F (t)
R(t) = .
t+τ
190 5. Applications de la dérivée
Figure 5.12 – Le graphe de F (t) = βt/(t + α), la quantité de nectar récoltée par
une abeille après t minutes sur une fleur.
Si nous supposons que le nombre d’heures de travail d’une abeille dans une journée est fixe
(les abeilles sont syndiquées et elles travaillent 8 heures par jour), le problème mathématique
que l’abeille a « à résoudre » est de trouver la valeur de t pour maximiser R(t).
Puisque
βt
R(t) = .
(t + τ )(t + α)
nous trouvons
β(ατ − t2 )
R0 (t) = .
(t + α)2 (t + τ )2
√
Le point T = ατ est le seul point critique positif de R (vérifier cet énoncé).
Nous obtenons donc
t 0 0<t<T T T < t < +∞ +∞
R(t) 0 + βT /((T + α)(T + τ )) + 0
R0 (t) β/(ατ ) + 0 − 0
max. local asymptote
horizontale
Figure 5.13 – Le graphe de la vitesse moyenne R(t) à laquelle une abeille aspire
le nectar d’une fleur en fonction du temps t depuis son arrivée sur la fleur
y F (t)
droite de pente R(t) =
t+τ
βt
y = F (t) =
t+α
Figure 5.14 – La vitesse moyenne R(t) à laquelle une abeille a aspiré le nectar
d’une fleur pendant les t premières minutes sur la fleur plus les τ minutes pour se
rendre à la fleur est la pente de la droite entre (−τ, 0) et (t, F (t)). Nous cherchons
la valeur T de t pour que cette droite soit tangente à la courbe y = F (t) au point
t = T.
variation instantané de la probabilité des mâles de protéger les oeufs pendant un temps t est
égale à la proportion d’oeufs pondus qui éclosent si les mâles passent un temps t à protéger
les oeufs. ♣
Exemple 5.2.11 r
Quelles sont les dimensions du triangle isocèle d’aire minimale qui contiendra un cercle de
rayon R ?
L’aire du triangle que nous retrouvons à la figure 5.15 est donnée par la formule A =
b(R + x)/2. Il faut exprimer b en terme de x et R. Remarquons que le triangle 4ABC est
semblable au triangle 4DOC. Donc
|AB| |OD|
= .
|AC| |CD|
√
Il découle du théorème de Pythagore que |CD| = x2 − R2 . Ainsi,
b/2 R
=√ 2
R+x x − R2
√
pour x > R. Ce qui donne b = 2 R (x + R)/ x2 − R2 . L’aire du triangle contenant le cercle
de rayon R est donc
R (x + R)2
A(x) = √ 2 .
x − R2
Cherchons les points critiques de A. Nous avons
√ √
0 2 R (x + R) x2 − R2 − R x(x + R)2 / x2 − R2
A (x) =
x2 − R 2
2R (x + R)(x − R ) − R x(x + R)2
2 2
R(x − 2R)(x + R)2
= √ = √ .
(x2 − R2 ) x2 − R2 (x2 − R2 ) x2 − R2
Ainsi, A0 (x) = 0 avec x > R si x = 2R. Nous résumons l’information que nous avons au
sujet de A dans le tableau suivant.
q q √
a= |AB|2 + |AC|2 = (b/2)2 + (x + R)2 = 2 3 R .
√
Nous trouvons donc un triangle équilatéral avec des côtés de longueur 2 3 R. ♣
194 5. Applications de la dérivée
x
a D
R
O
B
A
b
x
140 km/h
100 m θ y
Nous allons résoudre le problème avec les kilomètres comme unités de distance. Nous
avons
x(t)
tan(θ(t)) = = 10x(t)
0.1
où θ et x dépendent du temps t. En dérivant chaque côté de cette équation par rapport à t,
nous obtenons
dθ dx
sec2 (θ(t)) (t) = 10 (t) .
dt dt
Donc
dθ dx
(t) = 10 (t) cos2 (θ(t)) .
dt dt
5.3. Taux liés r 195
dx
Comme la vitesse du train est constante, nous avons (t) = 140 km/h pour tout t. Si le
dt
(devant du) train est à y = 0.5 km de la vache lorsque t = τ , alors
0.1
cos(θ(τ )) = = 0.2 .
0.5
Donc, lorsque le (devant du) train est à y = 0.5 km de la vache, nous avons
dθ dx
(τ ) = 10 (τ ) cos2 (θ(τ )) . = 10 × 140 × 0.22 = 56 radians/h .
dt dt
Le temps τ lorsque le (devant du) train est à y = 0.5 km de la vache n’est pas connu.
Pour le déterminer, il faudrait connaître la position initiale du train. Comme nous venons de
voir, nous n’avons pas besoin de connaître τ pour déterminer la vitesse à laquelle la vache
doit tourner la tête lorsqu’elle est à 0.5 km du (devant du) train. ♣
Exemple 5.3.2
Le flot dans un vaisseau sanguin est déterminé par la lois de Poiseuille.
où v(t) est la vitesse du sang en millimètres par minute à une distance r du centre du vaisseau
au temps t en minutes.
r R(t)
R(t) est le rayon en millimètres du vaisseau sanguin au temps t en minutes et k = 375 est
une constante associée au sang. Si le froid fait contracter le vaisseau sanguin à la vitesse
de 0.01 mm/m, quel est le taux de variation de la vitesse sanguin (l’accélération) lorsque le
rayon du vaisseau sanguin est de 0.08 mm ?
dR
Nous avons que (t) = −0.01 mm/m pour tout t. Le signe négatif indique que le
dt
vaisseau contracte. Si nous dérivons la lois de Poiseuille par rapport à t, nous obtenons
dv dR
(t) = 2kR(t) (t) .
dt dt
Ainsi, au temps t = τ où R(τ ) = 0.08 mm, nous avons
dv dR
(τ ) = 2kR(τ ) (τ ) = 2 × 375 × 0.08 × (−0.01) = −0.6 mm/m .
dt dt
La vitesse du sang diminue. ♣
Exemple 5.3.3
Un réverbère a une hauteur de 5 m. Une personne mesurant 1.7 m s’éloigne en ligne droite
de ce réverbère à une vitesse de 4 km/h. Quelle sera la vitesse de la point de l’ombre de cette
personne lorsque la personne se trouve à 15 m du réverbère.
196 5. Applications de la dérivée
4 km/h
5m
1.7 m
x y−x
y
Nous allons résoudre le problème avec les mètres comme unités de distance. Par similarité
des triangles, nous avons
y(t) y(t) − x(t)
=
5 1.7
Si nous résolvons pour y(t), nous trouvons
5
y(t) = x(t) .
3.3
Ainsi, si nous dérivons par rapport à t, nous obtenons
dy 5 dx
(t) = (t) .
dt 3.3 dt
dx
Puisque (t) = 4000 m/h pour tout t, nous avons
dt
dy 5
(t) = × 4000 = 6060.60 m/h .
dt 3.3
La pointe de l’ombre se déplace donc à une vitesse constante de 6.060 km/h. Cette réponse
est indépendante de la position de la personne. ♣
dy
2e méthode : Nous pouvons calculer en un point sans avoir à exprimer explicitement y
dx
en fonction de x. Il suffit de dérivée par rapport à x de chaque côté de l’équation x2 + y 2 = 1
en tenant bien compte du fait que y est une fonction de x. Nous avons
d 2 d dy dy x
(x + y 2 ) = (1) ⇒ 2x + 2y =0⇒ =−
dx dx dx dx y
√
Au point (x, y) = (1/2, 3/2), nous obtenons
√ !−1
dy 1 1 3 1
=− = −√
dx 2 2 2 3
La deuxième méthode est valide pour la partie supérieure et la partie inférieure du cercle
unité. ♣
y
√
1 3
,
2 2
π
3
x
1
x2 + y 2 = 1
√
Figure 5.16 – Droite tangente au cercle unité au point (1/2, 3/2).
Exemple 5.4.2
x2 y 2
Trouvons l’équation de la droite tangente à l’ellipse + = 1 au point (1, 2).
3 6
Pour obtenir la pente de la droite tangente à la courbe
x2 y 2
+ =1,
3 6
il suffit de dériver des deux côtés de l’égalité précédente en gardant en tête que y est une
fonction de x. Nous obtenons
2 1 dy
x+ y =0.
3 3 dx
Ainsi,
dy −2x
= .
dx y
La pente de la tangente à l’ellipse au point (x, y) = (1, 2) est donc
dy −2 × 1
(1) = = −1 .
dx 2
198 5. Applications de la dérivée
(y − 2) = −(x − 1) .
♣
Exemple 5.4.3
Quelle est l’équation de la droite tangente à la courbe (x + y)3 + xey = 2 au point (1, 0) sur
cette courbe ?
Comme nous ne pouvons pas isoler y en fonction de x, nous procédons donc de la façon
suivante. Nous dérivons par rapport à x chaque côté de l’équation (x + y)3 + xey = 2, en
tenant compte du fait que y est une fonction de x, pour obtenir
!
d d dy dy
((x + y)3 + xey ) = (2) ⇒ 3(x + y)2 1 + + ey + xey =0
dx dx dx dx
dy
⇒ 3(x + y)2 + xey = −3(x + y)2 − ey
dx
dy −3(x + y)2 − ey
⇒ =
dx 3(x + y)2 + xey
dy −3 − 1
(1) = = −1 .
dx 3+1
L’équation de la droite tangente dans la forme point-pente est y − 1 = −1(x − 1). Ce qui
donne y = −x + 1 dans la forme standard. Nous retrouvons à la figure 5.17 le dessin de la
courbe ainsi que sa tangente au point (1, 0). ♣
Figure 5.17 – Une partie de la courbe décrite par (x + y)3 + xey = 2 ainsi que la
droite tangente à cette courbe au point (1, 0) sur la courbe.
5.5. Approximation locale des fonctions 199
Remarque 5.4.4
Dans les trois exemples précédent, nous avons considéré des équations en x et y. Il faut noter
que la méthode de dérivée implicite pour calculer la dérivée de y en fonction de x échoue
lorsque que nous ne pouvons pas (en théorie) exprimer y en fonction de x. Pour le cercle
unité que l’on retrouve à la figure 5.16, cela se produit aux points (−1, 0) et (1, 0). Pour la
courbe que nous retrouvons à la figure 5.17, cela ce produit au point A. Dans tous ces cas,
la pente de la droite tangente à la courbe est verticale. Il faut alors considérer x en fonction
de y si cela est possible. ♠
Le théorème affirme l’existence de la valeur ξ mais ne donne pas de formule pour la trouver.
En dépit de sa simplicité, le théorème de la moyenne nous permettra de trouver des
fonctions polynomiales de la forme
Il découle de la continuité de f au point c que p0 (x) ≈ f (x) pour x très près de c. Ainsi, p0
est une fonction constante qui fournie une approximation de f (x) pour x très près de c.
Nous avons déjà introduit à la section 4.3 une meilleure méthode pour estimer la valeur
d’une fonction près d’un point. Si f est une fonction différentiable au point c, nous pouvons
définir la fonction
p1 (x) ≡ f (c) + f 0 (c)(x − c) pour x ∈ R .
Nous avons que p1 (x) ≈ f (x) pour x suffisamment près de c. La fonction polynomiale p1 est
une approximation linéaire de f pour x près de c (figure 4.6). Nous estimons la valeur de
f (x) au point x = b près de c par la valeur de p1 (b). Le point (x, y) = (b, p1 (b)) est sur la
droite tangente y = f (c) + f 0 (c)(x − c) à la courbe y = f (x) au point x = c.
Exemple 5.5.1
Estimons la valeur de la racine cubique de 8.02 (sans utiliser de calculatrice).
Le problème peut être reformulé de la façon suivante. Estimons la valeur de f (x) = x1/3
au point x = 8.02. Puisque f 0 (x) = 1/(3x2/3 ), nous avons
1
f (x) ≈ p1 (x) = f (8) + f 0 (8)(x − 8) = 2 + (x − 8)
12
200 5. Applications de la dérivée
soient satisfaits ? Ainsi, la courbe y = p2 (x) aurait la même pente et la même courbure que f
au point c. Nous serions alors en droit de croire que la courbe y = p2 (x) fournit une meilleure
approximation du graphe de f que la droite y = p1 (x) pour x très près de c.
Puisque
et
nous obtenons
1
p2 (x) = f (c) + f 0 (c)(x − c) + f 00 (c)(x − c)2 .
2
Nous avons vu à la proposition 4.3.5 que p1 (x) = f (c) + f 0 (c)(x − c) donne une bonne
approximation de f (x) pour x très près de c. Pouvons-nous en dire autant de p2 (x) ? Si oui,
est-ce que p2 (x) donne une meilleure approximation de f (x) que p1 (x) pour x très près de
c ? Les réponses à ces questions sont données par le théorème suivant qui lui-même est une
généralisation (et découle) du théorème de la moyenne, théorème 4.4.6.
Soit f une fonction continue sur l’intervalle [a, b] et (k + 1) fois différentiables sur ]a, b[
où k ≥ 0. Quel que soit x et c dans l’intervalle ]a, b[, il existe ξ = ξ(k, c, x) entre x et
c tel que
f (x) = pk (x) + rk (x)
où
k
1 (n)
f (c)(x − c)n
X
pk (x) =
n=0 n!
1 1
= f (c) + f 0 (c)(x − c) + f 00 (c)(x − c)2 + f (3) (c)(x − c)3 + . . .
2! 3!
5.5. Approximation locale des fonctions 201
1 (k)
+ f (c)(x − c)k
k!
et
1
rk (x) = f (k+1) (ξ)(x − c)k+1 .
(k + 1)!
Au théorème précédent, nous insistons sur le fait que ξ dépend de l’ordre k du polynôme
de Taylor, de c et de x ; d’où la notation ξ = ξ(k, x, c). Donc ξ varie si k, c et x changent.
p1 est une approximation linéaire de f pour x près de c alors que p2 est une approxi-
mation quadratique de f pour x près de c.
Exemple 5.5.3
Quel est le polynôme de Taylor de degré 3 de f (x) = e2(x−1) pour x près de 1 ? Utilisez
ce polynôme pour estimer f (1.01) et sa formule pour l’erreur de troncature pour estimer
l’erreur |f (1.01) − p3 (1.01)|.
Puisque f (x) = e2(x−1) , f 0 (x) = 2e2(x−1) , f 00 (x) = 22 e2(x−1) et f 000 (x) = 23 e2(x−1) , nous
obtenons
1 00 1
p3 (x) = f (1) + f 0 (1)(x − 1) + f (1)(x − 1)2 + f 000 (1)(x − 1)3
2! 3!
4
= 1 + 2(x − 1) + 2(x − 1)2 + (x − 1)3 .
3
Ainsi,
24 2(ξ−1)
r3 (x) = e (x − 1)4
4!
où ξ est un nombre entre 1 et x que nous ne connaissons pas. Pour x = 1.01, nous avons que
ξ est inférieur à 1.01. Ainsi,
24 e0.02 2e0.02 −8
|r3 (1.01)| ≤ (1.01 − 1)4 = 10 < 0.68014 × 10−8 . (5.5.1)
4! 3
Donc f (1.01) ≈ 1.0202013 avec une erreur d’au plus 0.68014 × 10−8 .
En fait la valeur exacte de f (1.01) = 20.02 est 1.0202013400267558102 . . . Donc p3 (1.01)
est une très bonne approximation de f (1.01). De plus, nous avons |f (1.01) − p3 (1.01)| =
0.669 . . . × 10−8 . La formule en (5.5.1) nous donne une très bonne approximation de l’erreur.
♣
202 5. Applications de la dérivée
Exemple 5.5.4
Trouvons les polynômes de Taylor de degré 1, 2, 3, 4 et 5 de f (x) = sin(x) pour x près
de l’origine, et traçons sur un même système de coordonnées le graphe de chacun de ces
polynômes ainsi que celui de f . Que pouvons-nous conclure de cette figure ?
Puisque
nous obtenons
Remarquons que p2n = p2n−1 pour tout n ≥ 1 car f (2n) (x) = (−1)n sin(x) et donc
f (2n) (0) = 0 pour tout n ≥ 1.
À la figure 5.18, nous retrouvons sur un même système de coordonnées le graphe de chacun
des polynômes de Taylor p1 , p2 , p3 , p4 et p5 , ainsi que le graphe de f . Nous en déduisons
que l’approximation de sin(x) fournie par pk (x) pour x près de l’origine est de plus en plus
bonne lorsque l’ordre k du polynôme de Taylor pk (x) de sin(x) près de l’origine augmente.
Puisque f (2n) (x) = (−1)n sin(x) et f (2n−1) (x) = (−1)n+1 cos(x) pour tout n ≥ 1, nous
avons que f (n) (x) ≤ 1 pour tout x ∈ R et tout entier positif n. Nous trouvons la borne
suivante pour l’erreur de troncature.
1 1
|rk (x)| = |f (k+1) (ξ)||x|k+1 ≤ |x|k+1 pour x ∈ R .
(k + 1)! (k + 1)!
La valeur exacte est sin(0.01) = 0.009999833334 . . .. Nous obtenons plus de précision qu’il
a été demandé. Cela est généralement du au fait que notre borne supérieure sur l’erreur de
troncature est une grossière sur-estimation de la valeur réel de l’erreur de troncature. ♣
Exemple 5.5.6 r
Cherchons le degré d’un polynôme de Taylor de f (x) = sin (x/3) près de l’origine qui donnera
toujours une approximation de f avec une erreur de troncature inférieure à 10−3 quel que
soit le point x ∈] − 4, 4[ considéré.
Pour déterminer le degré d’un tel polynôme de Taylor, il faut trouver k tel que
1
|rk (x)| = f (k+1) (ξ) xk+1 < 10−3
(k + 1)!
47
|r6 (x)| < 7
≈ 0.0014864 6< 10−3 pour |x| < 4
3 7!
et
48
|r7 (x)| < ≈ 0.0002477 < 10−3 pour |x| < 4 ,
38 8!
nous choisissons k = 7. Pour satisfaire la précision demandée dans la question, nous utilisons
le polynôme de Taylor de degré 7 qui comprend quatre termes ; c’est-à-dire,
x 1 1 1 1
f (x) = sin ≈ p7 (x) = x − 3 x3 + 5 x5 − 7 x7 pour |x| < 4 .
3 3 3 3! 3 5! 3 7!
Nous avons donc que
|f (x) − p7 (x)| < 10−3 pour |x| < 4 .
Ce genre d’approximation qui est valable pour tout x dans un ensemble donné X est
appelée approximation uniforme sur X. Dans le cas présent X = {x : |x| < 4}. ♣
Soit p1 et p2 les polynômes de Taylor d’ordre 1 et 2 respectivement d’une fonction f .
Nous parlons ici de polynômes de Taylor près d’un point c. Sans être une démonstration
5.5. Approximation locale des fonctions 205
rigoureuse, le raisonnement qui suit supporte l’idée que le polynôme de Taylor p2 fournie
généralement une meilleure approximation de f près du point c que le polynôme de Taylor
p1 . Les polynômes p1 et p2 satisfont
1
f (x) = p1 (x) + f 00 (ξ(1, c, x))(x − c)2
2
1 (3)
f (x) = p2 (x) + f (ξ(2, c, x))(x − c)3
6
où ξ(1, c, x) et ξ(2, c, x) sont des nombres entre x et c. Si nous supposons que f 00 (ξ(1, c, x)) ≈
f 00 (c) et f (3) (ξ(2, c, x)) ≈ f (3) (c) pour x près de c, nous obtenons que l’erreur pour l’ap-
proximation linéaire p1 (x) de f (x) est proportionnel à (x − c)2 et celle pour l’approximation
quadratique p2 (x) de f (x) est proportionnel à (x − c)3 . Puisque (x − c)3 approche 0 plus
rapidement que (x − c)2 lorsque x approche c, nous avons que p2 (x) donne une meilleure
approximation de f (x) que p1 (x) pour x très près de c.
Remarque 5.5.7 r
L’idée d’augmenter l’ordre du polynôme de Taylor pour améliorer notre approximation d’une
fonction comme nous l’avons fait dans les exemples précédents est généralement vrai quel
que soit la fonction f qui possède des dérivées d’ordre suffisamment grand. C’est-à-dire que,
généralement, plus l’ordre k du polynôme de Taylor de f près du point c est grand, meilleure
sera l’approximation de f (x) fournies par pk (x) pour x très près de c.
Nous insistons sur le mot généralement utilisé au paragraphe précédent ainsi que sur la
contrainte que x doit être très près de l’origine. Il y a des exceptions. Par exemple, la fonction
e−1/x2 pour x > 0
f (x) =
0 pour x ≤ 0
possède des dérivées de toute ordre au point x = 0 et f (k) (0) = 0 pour tout k > 0. Les
polynômes de Taylor pk de f près de l’origine satisfont donc pk (x) = 0 pour tout x quel
que soit l’ordre k du polynôme. Ainsi, pk (x) < f (x) pour tout x > 0 et augmenter l’ordre
du polynôme de Taylor ne donne pas de meilleures approximations de f (x) pour x près de
l’origine.
De plus, dans certain cas, l’intervalle I contenant c sur lequel le polynôme de Taylor pk
de degré k de f près de c donne une bonne approximation de f devient de plus en plus petit
lorsque k augmente. À la « limite », lorsque k devient de plus en plus grand, l’intervalle I
«tend» vers l’ensemble {c} qui contient seulement le point c. ♠
Exemple 5.5.8
Calculons les limites suivantes.
206 5. Applications de la dérivée
x − sin(x) 1 − cos(2x)
a) lim b) lim
x→0 x2 x→0 1 + x − ex
où f (t) est le nombre de prédateurs et g(t) est le nombre de proies au temps t. Si f (t) et g(t)
tendent vers les nombres réels A 6= 0 et B 6= 0 respectivement lorsque t tend vers l’infini,
alors l’analyse du comportement à long terme des deux populations est simple car la valeur
de la limite (5.6.1) est A/B. Pour t très grand, nous avons f (t) ≈ (A/B)g(t) ; le nombre de
prédateurs est presque proportionnel au nombre de proies avec A/B comme constante de
proportionnalité.
Bien souvent, l’analyse devient plus délicate car f (t) et g(t) tendent vers 0 ou f (t) et
g(t) tendent vers plus l’infini lorsque t tend vers plus l’infini. C’est le genre de situations que
nous allons présentement analyser.
Définition 5.6.1
Soit f et g deux fonctions telles que
Si
f (x)
lim =0,
x→∞ g(x)
nous disons que f (x) croît plus lentement que g(x) et que g(x) croît plus rapi-
dement que f (x) lorsque x tend vers l’infini.
S’il existe un nombre réel positif L tel que
f (x)
lim =L,
x→∞ g(x)
nous disons que f (x) et g(x) ont asymptotiquement le même type de croissance
lorsque x tend vers l’infini.
La définition précédente n’est pas limitée au cas où x tend vers ∞. Nous obtenons la
définition suivante.
Définition 5.6.2
Une limite de la forme
f (x)
lim
x→a g(x)
208 5. Applications de la dérivée
où
lim f (x) = +∞ et
x→a
lim g(x) = +∞
x→a
est appelée une limite du type ∞/∞. la variable a peut être un nombre réel ou ±∞.
Exemple 5.6.3
Soit f (x) = ln(x) et g(x) = x1/5 . Nous avons
lim ln(x) = +∞ et lim x1/5 = +∞ .
x→∞ x→∞
Donc
f (x)
lim
g(x) x→∞
est une limite du type ∞/∞. Laquelle des deux fonctions croît le plus rapidement ?
Si nous traçons les graphes de ln(x) et x1/5 sur un même système de coordonnées (fi-
gure 5.19), il semble que ln(x) croît plus rapidement que x1/5 . Mais, est-ce vrai ?
Le tableau suivant donne la valeur de ln(x)/x1/5 évaluée à certains des termes de la suite
{xn }∞ n ∞
n=0 où xn = 10 pour n = 0, 1, 2, . . . La suite {xn }n=0 tend vers plus l’infini.
ln(x)
lim =0
x→∞ x1/5
et nous concluons que x1/5 croît plus rapidement que ln(x). Ce n’est pas ce que le graphe de
ln(x) et x1/5 entre 1 et 1000 semblait suggérer. ♣
Remarque 5.6.4
Dans l’exemple précédent, nous avons choisit les fonctions f et g (i.e. f (x) = ln(x) et
g(x) = x1/5 ) de telle sorte que les graphes de f et g entre 0 et 5000 indiquent que f croît
plus rapidement que g alors qu’en réalité c’est g qui croit plus rapidement que f . Il serait
possible de construire des fonctions f et g telles que les graphes de f et g à l’intérieur des
limites de calcul d’un ordinateur indiquent que f croît plus rapidement que g alors qu’en
réalité c’est g qui croît plus rapidement que f . Les ordinateurs ont des limites que la théorie
n’a pas. ♠
Noter que nous sommes libre de choisir le rapport f /g ou g/f pour déterminer la fonction
qui croît le plus rapidement et celle qui croît le plus lentement. Puisque
f (x)
lim =∞
x→∞ g(x)
5.6. Comportement asymptotique + r 209
Figure 5.19 – Les graphes de ln(x) et de x1/5 . Lequel croît le plus rapidement ?
si et seulement si
g(x)
lim =0
x→∞ f (x)
lorsque
lim f (x) = +∞ et
x→∞
lim g(x) = +∞ ,
x→∞
nous avons f (x) qui croît plus rapidement que g(x) et g(x) qui croît plus lentement que f (x)
lorsque x tend vers l’infini si
f (x)
lim
x→∞ g(x)
=∞.
Définition 5.6.5
Soit f et g deux fonctions telles que
lim f (x) = 0 et lim g(x) = 0 .
x→∞ x→∞
Si
f (x)
lim =0,
x→∞ g(x)
nous disons que f (x) converge (ou tend) vers l’origine plus rapidement que g(x)
et que g(x) converge (ou tend) vers l’origine plus lentement que f (x) lorsque
x converge vers l’infini.
S’il existe un nombre réel non nul L tel que
f (x)
lim =L,
x→∞ g(x)
nous disons que f (x) et g(x) ont asymptotiquement le même type de conver-
gence vers l’origine lorsque x converge vers l’infini.
210 5. Applications de la dérivée
Comme pour la définition 5.6.1, La définition précédente n’est pas limitée au cas où x
tend vers ∞. Nous obtenons la définition suivante.
Définition 5.6.6
Une limite de la forme
f (x)
lim
x→a g(x)
où
lim f (x) = 0 et lim g(x) = 0
x→a x→a
est appelée une limite du type 0/0. La variable a peut être un nombre réel ou ±∞.
Exemple 5.6.7
Soit f (x) = e−x et g(x) = 10/x5 . Nous avons
10
lim e−x = 0 et lim =0.
x→∞ x→∞ x5
Donc
f (x)
lim
x→∞ g(x)
est une limite du type 0/0. Laquelle des deux fonctions tend le plus rapidement vers 0 ?
Si nous traçons le graphe de e−x et de 10/x5 pour 3 ≤ x ≤ 10 sur un même système
de coordonnées (figure 5.20), il semble que 10/x5 tend vers 0 plus rapidement que e−x . Par
contre, le graphe de ces deux fonctions pour 30 ≤ x ≤ 40 (figure 5.20) montre que c’est en
fait e−x qui tend vers 0 plus rapidement que 10/x−5 .
Le tableau suivant donne la valeur de e−x /(10/x5 ) évaluée à certains des termes de la
suite {xn }∞
n=0 où xn = 10n pour n = 1, 2, 3, . . . Cette suite tend vers plus l’infini.
x 10 20 30 ...
e−x /(10/x5 ) 0.453999 . . . 6.595691 . . . × 10−4 2.273902 . . . × e−7 ...
100 ...
...
3.720075 . . . × 10−35 ...
)∞
e−xn
(
La suite semble tendre très rapidement vers 0. Nous pourrions montrer que
10/x5n n=0
c’est le cas pour toute suite {xn }∞
n=0 qui tend vers l’infini. Donc
e−x
lim =0
x→∞ 10/x5
et nous concluons que e−x tend vers 0 plus rapidement que 10/x5 . ♣
Exemple 5.6.8
Considérons les fonctions f (x) = x5 et g(x) = ex − 1. Nous avons
lim f (x) = 0 et lim g(x) = 0 .
x→0 x→0
5.6. Comportement asymptotique + r 211
Donc
f (x)
lim (5.6.2)
x→0 g(x)
et nous concluons que x5 tend effectivement plus rapidement vers 0 que ex − 1 lorsque x tend
vers 0. ♣
Dans tous les exemples précédents, nous avons dû calculer numériquement des limites du
type 0/0 ou ∞/∞ pour pouvoir comparer la « vitesse » de convergence de deux fonctions.
Dans le but d’éviter le calcul numérique de limite du type ∞/∞ ou 0/0, nous pouvons utiliser
le résultat suivant.
212 5. Applications de la dérivée
Soit f et g deux fonctions différentiables sur l’intervalle ]a, b[. De plus, supposons que
g 0 (x) 6= 0 pour tout x ∈]a.b[. Si
f 0 (x)
lim+ =A∈R,
x→a g 0 (x)
et
lim f (x) = lim+ g(x) = 0 ou lim g(x) = ±∞ ,
x→a+ x→a x→a+
alors
f (x)
lim+ =A
x→a g(x)
Le théorème est aussi vrai si nous remplaçons x → a+ par x → b− ou par x → c ∈]a, b[.
De plus, le théorème reste valide pour a = +∞ et b = −∞.
Remarque 5.6.10
f (x)
Pour calculer les limites du type lim avec lim f (x) = lim g(x) = 0 ou lim g(x) = ±∞,
g(x)
x→c x→c x→c x→c
f (x) f (x)
il faut souvent calculer lim+ et lim− . Si c’est deux limites sont égales, alors
x→c g(x) x→c g(x)
Si f et g sont deux fonctions continues sur l’intervalle [a, b] et différentiables sur l’in-
tervalle ]a, b[, et si de plus g 0 (x) 6= 0 pour tout x ∈]a, b[, alors il existe ξ = ξ(a, b) entre
a et b tel que
f 0 (ξ) f (b) − f (a)
0
= .
g (ξ) g(b) − g(a)
Démonstration Y
Ce lemme est une conséquence du théorème de la moyenne. Posons
f (b) − f (a)
h(x) = f (x) − f (a) − (g(x) − g(a))
g(b) − g(a)
pour x ∈ [a, b]. Notons que g(a) 6= g(b) car g 0 (x) 6= 0 pour tout x ∈]a, b[, alors la fonction g
est soit strictement croissante ou décroissante.
La fonction h est continue sur l’intervalle [a, b] et différentiable sur l’intervalle ]a, b[ car
c’est le cas pour f et g. Puisque h(a) = h(b) = 0, il découle du théorème des valeurs moyenne
qu’il existe ξ ∈]a, b[ tel que h0 (ξ) = 0. C’est-à-dire,
f (b) − f (a) 0
f 0 (ξ) − g (ξ) = 0 .
g(b) − g(a)
D’où
f 0 (ξ) f (b) − f (a)
0
= .
g (ξ) g(b) − g(a)
Notons que g 0 (ξ) 6= 0 car g 0 (x) 6= 0 pour tout x ∈]a, b[.
f (x)
−A <
g(x)
f 0 (x)
lim+ =A∈R,
x→a g 0 (x)
et
g(x) si x > a
G(x) = .
0 si x = a
Il découle de (5.6.3) que F et G sont deux fonctions continues sur l’intervalle [a, b[. De plus,
F et G sont différentiable sur ]a, b[ et G0 (x) = g 0 (x) 6= 0 pour tout x ∈]a, b[. Nous pouvons
donc utiliser le théorème de la moyenne de Cauchy sur [a, x] où a < x < b pour trouver ξ
entre x et a tel que
F 0 (ξ) F (x) − F (a) F (x)
= = ,
G0 (ξ) G(x) − G(a) G(x)
en d’autres mots
f 0 (ξ) f (x)
0
= .
g (ξ) g(x)
Si |x − a| < δ et x ∈]a, b[ alors |ξ − a| < δ car ξ est entre a et x. Donc
f (x) f 0 (ξ)
−A = 0 −A <
g(x) g (ξ)
Exemple 5.6.12
Pour f (x) = ln(x) et g(x) = x1/5 de l’exemple 5.6.3, puisque
lim x1/5 = ∞ ,
lim g(x) = x→∞
x→∞
5.6. Comportement asymptotique + r 215
nous pouvons utiliser la Règle de l’Hospital. Nous avons f 0 (x) = 1/x et g 0 (x) = 1/(5x4/5 ).
Ainsi,
f (x) f 0 (x) 1/x 5
lim = lim 0
x→∞ g (x)
= lim
x→∞ 1/(5x 4/5
= lim 1/5
=0.
x→∞ g(x) ) x→∞ x
♣
Exemple 5.6.13
À l’exemple 5.6.8, nous avons calculer la limite
f (x)
lim
x→0 g(x)
nous pouvons utiliser la Règle de l’Hospital. Nous avons f 0 (x) = 5x4 et g 0 (x) = ex . Ainsi,
♣
Exemple 5.6.14
À l’exemple 5.6.7, nous avons f (x) = e−x et g(x) = 10x−5 . Remarquons que
f (x) e−x x5
= = .
g(x) 10 x−5 10 ex
f (x) F (x)
lim = x→∞
lim .
x→∞ g(x) G(x)
nous pouvons utiliser la Règle de l’Hospital. Nous avons F 0 (x) = 5 x4 et G0 (x) = 10 ex . Ainsi,
F (x) F 0 (x) 5 x4
lim = x→∞
lim 0 = x→∞
lim .
x→∞ G(x) G (x) 10 ex
Nous avons encore une limite du type ∞/∞. Nous pouvons maintenant utiliser la Règle de
l’Hospital avec F 0 et G0 pour obtenir
F 0 (x) F 00 (x) 20 x3
lim = lim = lim .
x→∞ G 0 (x) x→∞ G 00 (x) x→∞ 10 ex
216 5. Applications de la dérivée
Nous obtenons encore une limite du type ∞/∞ que nous pouvons évaluer à l’aide de la Règle
de l’Hospital. Nous pouvons répéter cette procédure jusqu’à ce que nous ayons une limite
qui ne satisfasse plus la Règle de l’Hospital et que nous pouvons évaluer facilement. Ainsi,
F (x) x5 5 x4 20 x3
lim = lim = lim = lim
x→∞ G(x) x→∞ 10 ex x→∞ 10 ex x→∞ 10 ex
60 x2 120 x 120
= lim x
= lim x
= lim =0.
x→∞ 10 e x→∞ 10 e x→∞ 10 ex
Sauf pour la dernière limite, toutes les autres limites de l’expression précédente sont du type
∞/∞. Nous avons donc démontré que
f (x) F (x)
lim = lim =0.
x→∞ g(x) x→∞ G(x)
♣
Exemple 5.6.15
Montrons que eαx avec α > 0 domine (i.e. croît plus rapidement que) x3 lorsque x tend vers
plus l’infini.
Nous avons que
x3 3 x2 6x 6
lim αx
= lim αx
= x→∞
lim 2 αx = x→∞
lim 3 αx = 0
x→∞ e x→∞ αe α e α e
car α > 0. Chacune des égalités est une conséquence de la Règle de l’Hospital. Dans le
premier cas, lim x3 = lim eαx = ∞, dans le deuxième cas lim 3x2 = lim αeαx = ∞, et
x→∞ x→∞ x→∞ x→∞
dans le troisième cas x→∞ lim α2 eαx = ∞.
lim 6x = x→∞ ♣
Remarque 5.6.16 Y
En fait, nous pouvons montrer que eαx avec α > 0 tend vers plus l’infini plus rapidement
que xβ lorsque x tend vers plus l’infini quel que soit β > 0. En effet,
xβ eβ ln(x)
= = eβ ln(x)−αx = eβ(ln(x)/x−α)x .
eαx eαx
Or, nous pouvons montré (le cas σ = 1 et = α/2 de la remarque 5.6.17 qui suit) que pour
x assez grand ln(x)/x − α/2 < 0. Ainsi, pour x assez grand,
Il en découle que
xβ
= eβ(ln(x)/x−α)x ≤ e−βαx/2
0≤
eαx
pour x suffisamment grand. Puisque
lim e−βαx/2 = 0
x→∞
5.6. Comportement asymptotique + r 217
ln(x) 1/x 1
lim = lim = lim =0
x→∞ xσ x→∞ σ xσ−1 x→∞ σ xσ
car σ > 0. La définition 3.4.14 nous permet de dire que quel que soit > 0 petit, nous
pouvons toujours trouver un nombre M > 0 assez grand tel que ln(x)/xσ < pour x > M .
Plus sera petit, plus M devra être grand. ♠
Exemple 5.6.18 r
Évaluons la limite suivante si elle existe.
sin(x) − x
lim
x→0 x2
Nous avons a une limite du type 0/0 pour laquelle nous pouvons utiliser la Règle de
l’Hospital.
sin(x) − x cos(x) − 1
lim = lim .
x→0 x2 x→0 2x
Nous obtenons une limite du type 0/0 pour laquelle nous pouvons encore utiliser la Règle
de l’Hospital.
cos(x) − 1 − sin(x)
lim = lim = − sin(0) = 0 .
x→0 2x x→0 2
sin(x) − x
Donc lim = 0. ♣
x→0 x2
Exemple 5.6.19 r
Il n’y a pas seulement que les limites du type 0/0 ou ∞/∞ que nous puissions traiter avec
la Règle de l’Hospital. Calculons la limite
lim (sin(x))tan(x) .
x→0+
Nous obtenons une limite du type 00 . Avec quelques opérations algébriques, nous pouvons
amener le problème à une limite du type ∞/∞. Puisque
Ce n’est pas encore une limite du type ∞/∞ mais plutôt une limite du type 0·∞. Cependant,
ln(sin(x))
lim+ tan(x) ln(sin(x)) = lim+
x→0 x→0 cot(x)
et cette dernière limite est du type ∞/∞. Si nous utilisons la Règle de l’Hospital, nous
obtenons
!,
ln(sin(x)) cos(x)
lim+ tan(x) ln(sin(x)) = lim+ = lim+ − csc2 (x)
x→0 x→0 cot(x) x→0 sin(x)
= − lim+ cos(x) sin(x) = − cos(0) sin(0) = 0 .
x→0
Ainsi,
lim (sin(x))tan(x) = elimx→0+ tan(x) ln(sin(x)) = e0 = 1 .
x→0+
♣
Exemple 5.6.20 r
Calculons la limite
lim (sec(x) − tan(x)) .
x→(π/2)−
Nous obtenons une limite du type ∞ − ∞. Avec quelques opérations algébriques, nous
pouvons amener le problème à une limite du type 0/0 pour laquelle nous pourrons utiliser
la Règle de l’Hospital.
! !
1 sin(x) 1 − sin(x)
lim (sec(x) − tan(x)) = lim − = lim
x→(π/2)− x→(π/2)− cos(x) cos(x) x→(π/2)− cos(x)
cos(x) 0
= lim = =0,
x→(π/2)− sin(x) 1
où la troisième limite est une limite du type 0/0 pour laquelle nous pouvons utiliser la Règle
de l’Hospital. ♣
Exemple 5.6.21 r
Évaluons les limites suivantes si elles existent.
ln(ex + x)
a) lim b) lim (ex + x)1/x
x→∞ x x→∞
a) Nous avons
ln(ex + x) ex + 1 ex ex
lim = lim = lim = lim =1
x→∞ x x→∞ ex + x x→∞ ex + 1 x→∞ ex
où chaque égalité (sauf la dernière) est une conséquence de la Règle de l’Hospital pour une
limite du type ∞/∞.
5.6. Comportement asymptotique + r 219
b) Nous avons
x +x)1/x ) x +x)/x
(ex + x)1/x = eln((e = eln(e .
Donc
x +x)/x
lim (ex + x)1/x = elimx→∞ ln(e
x→∞
= e1 = e
grâce à notre résultat en (a). ♣
Exemple 5.6.22 r
Évaluons la limite suivante si elle existe.
πx
lim− (x − 1) tan
x→1 2
où
πx π
lim− sin = sin =1
x→1 2 2
πx (x − 1)
car sin est une fonction continue. Comme lim− est une limite du type 0/0,
2 x→1 cos(πx/2)
nous pouvons utiliser la Règle de l’Hospital pour obtenir
!
πx (x − 1) πx
lim− (x − 1) tan = lim− lim− sin
x→1 2 x→1 cos(πx/2) x→1 2
1 1 2
= lim− = =− .
x→1 −(π/2) sin(πx/2) −(π/2) sin(π/2) π
♣
Exemple 5.6.23 r
Montrons que
a
lim x ln 1 + =a (5.6.4)
x→∞ x
pour a > 0. Nous allons utiliser ce résultat pour montrer que
x
a
lim 1+ = ea .
x→∞ x
(5.6.4) n’est pas une limite du type ∞/∞ ou 0/0. Nous ne pouvons donc pas utiliser la
Règle de l’Hospital directement. Par contre,
a
a
ln 1 +
lim x ln 1 + = x→∞
lim x .
x→∞ x (1/x)
220 5. Applications de la dérivée
a
car x→∞
lim = 0. La second égalité est une conséquence de la Règle de l’Hospital.
x
Puisque x 7→ ex et x 7→ ln(x) sont des fonctions continues, nous avons
x
a
x
a a
lim 1 + lim e(ln(1+ x ) ) = x→∞
= x→∞ lim e(x ln(1+ x ))
x→∞ x
a
= elimx→∞ x ln(1+ x ) = ea .
Remarquons que (5.6.4) est aussi vrai pour a < 0 si nous assumons que la limite est pour
x > |a|. Finalement, (5.6.4) est évidemment satisfait si a = 0. ♣
Exemple 5.6.24 r
∞
ln(n)
(−1)n
X
Montrons que la séries alternée converge.
n=1 n
∞
(−1)n an où an = ln(n)/n. Nous démontrons
X
Nous avons une série alternée de la forme
n=1
que cette série satisfait les trois hypothèses du test des séries alternées, théorème 2.2.42.
1. Nous avons an > 0 pour n ≥ 2 et a1 = 0 (nous pouvons donc ignorer le premier terme
de la séries).
2. Grâce à la Règle de l’Hospital, nous avons que
ln(x) 1/x 1
lim = lim = lim = 0 .
x→∞ x x→∞ 1 x→∞ x
Donc
ln(n)
lim an = lim =0.
n→∞ nn→∞
3. Puisque que la dérivée de f (x) = ln(x)/x satisfait f 0 (x) = (1 − ln(x))/x2 < 0 pour
x > e, la fonction f est une fonction décroissante pour x > e et donc que
ln(n + 1) ln(n)
an+1 = = f (n + 1) ≤ f (n) = = an
n+1 n
pour tout n ≥ 3.
∞
ln(n)
(−1)n
X
Nous pouvons donc conclure du test des séries alternées que la séries converge.
n=3 n
Puisque
k k
ln(n) ln(2) X ln(n)
(−1)n (−1)n
X
=0+ +
n=1 n 2 n=3 n
5.7. Méthode de Newton + r 221
∞
ln(n)
(−1)n
X
pour tout k > 2, nous avons que la série converge. En effet,
n=1 n
∞ n n
ln(n) ln(k) ln(2) ln(k)
(−1)n (−1)k (−1)k
X X X
= n→∞
lim =0+ + n→∞
lim
n=1 n k=1 k 2 k=3 k
∞
ln(2) X ln(n)
=0+ + (−1)n .
2 n=3 n
♣
Exemple 5.7.1 +
Supposons qu’à l’exemple 5.2.9 la quantité de nectar récoltée par une abeille après t minutes
sur une même fleur soit F (t) = β(1 − e−t/α ) où β est la quantité de nectar que possède une
fleur et α > 0 est un coefficient de difficulté pour aspirer le nectar.
Nous avons montré que la solution T de l’équation
F (T )
F 0 (T ) =
T +τ
donnait le temps T en minutes que l’abeille devait rester sur une fleur pour maximiser la
quantité de nectar qu’elle peut récolter durant une journée d’ouvrage.
Donc T est la solution de
β −t/α β(1 − e−t/α )
e = .
α t+τ
Quelques manipulations algébriques montrent que cette dernière équation est équivalente à
α + τ + t = α et/α .
Si nous supposons que α = 3, β = 2 et τ = 1, la valeur T qui maximise la récolte de nectar
pour une journée est la solution de l’équation
4 + t = 3et/3 .
Il est malheureusement impossible d’isoler t. Comment peut-on trouver T ? ♣
L’exemple précédent nous amène à considérer les méthodes numériques pour estimer les
solutions d’équations de la forme
f (x) = 0 (5.7.1)
où f est une fonction à valeurs réelles dont le domaine est un intervalle de la droite réelle.
Une solution de (5.7.1) est appelée une racine ou un zéro de f .
Nous présentons qu’une seule méthode numérique pour estimer les racines d’une équation
de la forme (5.7.1). Cette méthode est connue sous le nom de méthode de Newton. Cette
méthode permet de construire une suite de nombres {xn }∞ n=0 qui converge vers une racine
de f .
222 5. Applications de la dérivée
f (xn )
xn+1 = xn − (5.7.2)
f 0 (xn )
y
y = f (x)
y = f (xn+1 ) + f 0 (xn+1 )(x − xn+1 )
p
x
xn xn+1 xn+2
Figure 5.22 – La suite {xn }∞ n=0 est produite avec la méthode de Newton et tend
vers une racine p de la fonction f
Théorème 5.7.3 Y
Soit f : R → R une fonction dont la deuxième dérivée est une fonction continue. Si p
est une racine de f telle que f 0 (p) 6= 0, alors il existe δ > 0 tel que la suite {xn }∞
n=0
produite par la méthode de Newton converge vers p si la distance entre p et x0 est plus
petite que δ ; c’est-à-dire, si |x0 − p| < δ.
Remarque 5.7.4 Y
En d’autres mots, le théorème dit que si f 0 (p) 6= 0 et si x0 est suffisamment près de p, alors
la suite {xn }∞
n=0 produite avec la méthode de Newton tend vers p.
5.7. Méthode de Newton + r 223
La méthode de Newton est une méthode du point fixe (voir la section 5.8 sur les systèmes
dynamiques discrets) de la forme xn+1 = g(xn ) pour n = 0, 1, 3, . . . où g(x) = x−f (x)/f 0 (x).
Si p est un point fixe de g, alors p = p − f (p)/f 0 (p) et nous obtenons f (p) = 0. ♠
Exemple 5.7.5 √
Trouvons une approximation de 2 avec la méthode de Newton. Nous allons arrêter lorsque
la différence entre deux termes consécutifs de la suite produite par la méthode de Newton
est plus petite que 10−4 .
Le but est de trouver la racine positive de la fonction f (x) = x2 − 2. Nous avons
Nous donnons dans le tableau suivant les premiers termes de la suite produite par la méthode
de Newton avec x0 = 2.
n xn ≈ |xn−1 − xn |
0 2
1 1.5 0.5
2 1.416667 . . . 0.083333
3 1.414216 . . . 0.002451
4 1.414214 . . . 0.000002
√
| ≈ 0.000002 < 10−4 . Nous pouvons donc dire que 2 ≈ x4 =
Nous arrêtons à x4 car |x4 − x3√
1.414214. La valeur exacte de 2 est 1.41421356237310 . . . ♣
Exemple 5.7.6
Utilisons 6 itérations de la méthode de Newton pour estimer une des racines du polynôme
g(x) = −10 + 4x2 + x3 .
Nous avons
g(xn ) −10 + 4x2n + x3n 2 (5 + 2x2n + x3n )
xn+1 = xn − = x n − = , n = 0, 1, 2, 3, . . .
g 0 (xn ) 8xn + 3x2n 8xn + 3x2n
Nous retrouvons dans le tableau suivant les 6 premières itérations de la méthode de Newton
avec x0 = 1.5.
n xn ≈ |xn−1 − xn |
0 1.5
1 1.3733333333333 . . . 0.126667
2 1.3652620148746 . . . 0.00807132
3 1.3652300139161 . . . 0.00003200
4 1.3652300134141 . . . 5.0205 × 10−10
5 1.3652300134141 . . . 2.22045 × 10−16
6 1.3652300134141 . . . 2.22045 × 10−16
Une des racines de g est donc approximativement 1.3652300134141.
Comme le polynôme g n’a qu’une seule racine réelle (le lecteur est invité à tracer le graphe
de g ou à factoriser le polynôme g(x) pour démontrer cela), nous avons en fait trouver une
224 5. Applications de la dérivée
approximation de cette racine. Tout autre choix pour x0 va donner une approximation de
cette racine mais un bon choix pour x0 peut grandement réduire le nombre d’itérations
nécessaires pour obtenir une bonne approximation. ♣
Exemple 5.7.7 r
Utilisons la méthode de Newton pour estimer l’inverse multiplicatif d’un nombre a. Ce n’est
naturellement pas une façon efficace de trouver l’inverse d’un nombre mais cela permet
d’illustrer la méthode de Newton. L’inverse multiplicatif de a est la racine de f (x) = a − 1/x.
Si nous utilisons la Méthode de Newton pour estimer cette racine, nous trouvons
f (xn ) a − 1/xn
xn+1 = xn − 0
= xn − = 2xn − ax2n , n = 0, 1, 2, 3, . . .
f (xn ) 1/x2n
Nous pouvons utiliser cette formule pour estimer l’inverse multiplicatif de a = 13478. Nous
avons
xn+1 = 2xn − 13478 x2n , n = 0, 1, 2, 3, . . .
Le tableau suivant donne les premiers termes de la suite {xn }∞
n=0 produite à l’aide de la
méthode de Newton avec x0 = 0.0001.
n xn
0 0.0001
1 0.00006522
2 0.00007310932686 . . .
3 0.00007417909852 . . .
4 0.00007419498098 . . .
5 0.00007419498445 . . .
Nous obtenons que 1/13478 ≈ 0.7419498445 × 10−4 . L’inverse multiplicatif de 13478 est
0.741949844190533 . . . × 10−4 . ♣
Exemple 5.7.8 +
Utilisons la méthode de Newton pour compléter l’exemple 5.7.1.
Il faut trouver une valeur de t pour laquelle l’équation
4 + t = 3et/3 (5.7.3)
sera satisfaite. La première question à se poser est « existe-t-il une telle valeur de t ? »
L’intersection de la droite y = 4 + t et de la courbe y = 3et/3 que nous avons tracées à la
figure 5.23 confirme qu’il existe en fait une valeur positive T de t pour laquelle (5.7.3) est
satisfaite.
Considérons la fonction f (t) = 3 et/3 − t − 4. Si t satisfait f (t) = 0 alors t satisfait (5.7.3).
Nous choisissons une valeur t0 près de T . Soit t0 = 2. La formule pour la méthode de Newton
est
f (tn ) 3 etn /3 − tn − 4 (tn − 3)etn /3 + 4
tn+1 = tn − = tn − = , n = 0, 1, 2, 3, . . .
f 0 (tn ) etn /3 − 1 etn /3 − 1
5.7. Méthode de Newton + r 225
Nous donnons dans le tableau suivant les premiers termes de la série {tn }∞
n=0 générée par la
méthode de Newton.
n tn ≈ |tn−1 − tn |
0 2
1 2.16544501942917 . . . 0.165445
2 2.15689134808212 . . . 0.00855367
3 2.15686752051758 . . . 2.382756 × 10−5
4 2.15686752033303 . . . 1.845497 × 10−10
5 2.15686752033302 . . . 1.0 × 10−14
L’abeille doit donc demeurer approximativement 2.1569 minutes sur une fleur pour maximiser
la quantité de nectar qu’elle peut récolter durant une journée d’ouvrage. ♣
Problème 1
Il faut faire un bon choix pour x0 . Si la fonction f a plusieurs racines, il peut s’avérer
difficile de trouver x0 pour obtenir une suite {xn }∞
n=0 générée par la méthode de Newton qui
tend vers la racine p que nous cherchons. Il faut choisir x0 assez près de cette racine p. Mais
comment pouvons-nous choisir x0 près de p si nous ne connaissons pas p ? Le Théorème des
valeurs intermédiaires, théorème 3.3.5, nous fournit une méthode pour choisir x0 .
Si nous avons f (a) < 0 < f (b) ou f (b) < 0 < f (a), alors le théorème 3.3.5 avec m = 0
nous confirme qu’il existe une racine de f entre a et b. L’algorithme suivant, connu sous le
nom de méthode de bissection, nous permet de trouver un intervalle aussi petit que nous
voulons et qui contient une racine de f . Si nous prenons x0 dans un tel intervalle, la méthode
226 5. Applications de la dérivée
Soit f une fonction continue sur l’intervalle [a, b] et f (a)f (b) < 0 ; c’est-à-dire que f (a)
et f (b) sont de signe opposé.
1. Prenez a0 = a et b0 = b.
2. Étant donné an et bn , posez m = (an + bn )/2. Le point m est le point milieu de
l’intervalle [an , bn ].
3. Si f (m) = 0 alors m est une racine de f et vous pouvez arrêter.
4. Si f (m)f (an ) < 0, posez an+1 = an et bn+1 = m. Autrement, posez an+1 = m et
bn+1 = bn .
5. Répétez (2), (3) et (4) pour obtenir une suite d’intervalles emboîtés
L’item 4 mérite une attention toute particulière. Par construction, nous avons toujours
f (an ) f (bn ) < 0. f (an ) et f (bn ) sont donc de signe opposé. Ce qui implique que la fonction f
change de signe dans l’intervalle [an , bn ]. De plus, f (m) 6= 0 suite à l’item 3. Donc, soit que
f (an ) et f (m) sont de même signe (et donc f (bn ) et f (m) sont de signe opposé) ou f (an ) et
f (m) sont de signe opposé (et donc f (bn ) et f (m) sont de même signe).
Si f (an ) et f (m) sont de signe opposé (i.e. f (an )f (m) < 0), alors il découle du théorème
des valeurs intermédiaires que f a une racine dans l’intervalle [an , m]. L’intervalle [an , m]
devient l’intervalle [an+1 , bn+1 ] qui suit.
Si f (bn ) et f (m) sont de signe opposé (i.e. f (an )f (m) > 0 car f (an ) et f (m) sont alors
de même signe), alors il découle du théorème des valeurs intermédiaires que f a une racine
dans l’intervalle [m, bn ]. L’intervalle [m, bn ] devient l’intervalle [an+1 , bn+1 ] qui suit.
Exemple 5.7.10
Pour trouver une solution positive de l’équation ex = x + 4, nous posons f (x) = ex − x − 4.
Puisque f (0) = −3 < 0 et f (3) = 13.08 . . . > 0, il y a une racine de f entre 0 et 3. nous
pouvons utiliser la méthode de bissection pour trouver un petit intervalle contenant cette
racine.
Nous résumons dans le tableau suivant les calculs nécessaires pour la méthode de bissec-
tion.
n an bn m f (an ) f (m)
0 0 3 1.5 −3 −1.018310 . . .
1 1.5 3 2.25 −1.018310 . . . 3.237735 . . .
2 1.5 2.25 1.875 −1.018310 . . . 0.645819 . . .
3 1.5 1.875 1.6875 −1.018310 . . . −0.281551 . . .
4 1.6875 1.875 ... ... ...
5.8. Systèmes dynamiques discrets + 227
Ainsi, il y a une racine de f entre 1.6875 et 1.875. Les chances sont donc bonnes pour que
la méthode de Newton produise une suite qui converge vers cette racine si nous prenons x0
pour la méthode de Newton entre 1.6875 et 1.875.
Puisque f 0 (x) = ex − 1, la formule pour la méthode de Newton est
n xn ≈ |xn−1 − xn |
0 1.7
1 1.75052643414869 . . . 0.0505264
2 1.74903273782687 . . . 0.0014936
3 1.74903138601381 . . . 1.3518130 × 10−6
4 1.74903138601270 . . . 1.1100009 × 10−12
Problème 2
L’autre problème qui peut faire échouer la méthode de Newton est si f 0 (xn ) est très près
de zéro. Si f 0 (xn ) est très près de zéro, alors la droite y = f (xn ) + f 0 (xn )(x − xn ) est presque
horizontale. Ainsi, xn+1 qui est l’abscisse du point d’intersection de cette droite avec l’axe
des x peut être très grand ou très petit, et donc très loin de la racine de f que nous cherchons
à estimer. Si f 0 (xn ) devient très près de zéro dans la méthode de Newton, il faut arrêter et
recommencer avec une autre valeur de x0 . Il est parfois impossible d’éviter ce problème. Il
faut alors avoir recours à une autre méthode numérique pour estimer les racines.
initialement nous avons p0 = 107 bactéries par cm3 , alors nous aurons p1 = 1.1p0 = 1.1 × 107
bactéries par cm3 après une heure, nous aurons p2 = 1.1p1 = 1.12 p0 = 1.12 × 107 bactéries
par cm3 après deux heures, et ainsi de suite.
Nous obtenons que pn = 1.1n p0 = 1.1n × 107 bactéries par cm3 . Ainsi, après 10 heures,
nous aurons p10 = 1.110 ×107 bactéries par cm3 si initialement nous avions p0 = 107 bactéries
par cm3 . Nous avons que pn tend vers plus l’infini lorsque n augmente ; c’est-à-dire que le
nombre de bactéries croît sans borne supérieure. ♣
Définition 5.8.2
Soit f une fonction de R dans R. Une équation de la forme
Remarque 5.8.3
Les systèmes dynamiques discrets sont très fréquents en biologie. Ils sont utilisés pour décrire
mathématiquement le comportement de quantités qui sont mesurées à une fréquence régu-
lière. Pour étudier le comportement des systèmes dynamiques discrets, nous aurons besoin
du calcul différentiel et intégral.
Inversement, les systèmes dynamiques discrets sont très utiles pour résoudre numérique-
ment les problèmes de calcul différentiel et intégral. Les systèmes dynamiques discrets sont
utilisés pour résoudre des équations quand aucune méthode exacte de résolution n’existe
(c’est se que nous avons fait avec la méthode de Newton), pour résoudre des équations
différentielles pour lesquelles les méthodes algébriques d’intégration échouent (c’est ce que
nous allons faire avec la méthode d’Euler que nous présenterons lors de l’étude des équations
différentielles), etc. ♠
Exemple 5.8.4
À l’exemple précédent, la fonction itérative du système dynamique discret
pn+1 = 1.1pn , n = 0, 1, 2, 3, . . .
pn = 1.1n p0 , n = 0, 1, 2, 3, . . .
maintenant que le taux de croissance soit de −20% par heure. Si p0 est le nombre de bactéries
par cm3 initialement, alors p1 = 0.8p0 est le nombre de bactéries par cm3 une heure plus
tard, p2 = 0.8p1 est le nombre de bactéries par cm3 deux heures plus tard, p3 = 0.8p2 est le
nombre de bactéries par cm3 trois heures plus tard, etc. L’équation
pn+1 = 0.8pn , n = 0, 1, 2, 3, . . .
définit un système dynamique discret qui nous permet de calculer le nombre de bactéries par
cm3 à toutes les heures à partir du nombre de bactéries initialement présent. Si initialement
nous avons p0 = 107 bactéries par cm3 , alors nous aurons p1 = 0.8p0 = 0.8 × 107 bactéries
par cm3 après une heure, nous aurons p2 = 0.8p1 = 0.82 p0 = 0.82 × 107 bactéries par cm3
après deux heures, et ainsi de suite.
La solution est donc pn = 0.8n p0 = 0.8n × 107 bactéries par cm3 . Après 10 heures, nous
aurons p10 = 0.810 × 107 = 1.073742 × 106 bactéries par cm3 si initialement nous avions
p0 = 107 bactéries par cm3 . Après 24 heures, nous aurons p24 = 0.824 × 107 = 47, 224
bactéries par cm3 . Nous avons que pn tend vers 0 lorsque n augmente. Le graphe de la
solution avec la condition initiale p0 = 107 bactéries par cm3 est donné à la figure 5.25. ♣
Exemple 5.8.6
Comme à l’exemple précédent, soit pn le nombre de bactéries par cm3 n heures après le
début d’une expérience,. De plus, supposons que la population de bactéries est décrite par
le système dynamique discret
pn+1 = 0.8pn , n = 0, 1, 2, . . .
Combien d’heures au minimum faut-il pour que le nombre de bactéries par cm3 soit réduit
d’au moins la moitié ?
230 5. Applications de la dérivée
Après trois heures nous aurons un peu plus p0 /2 bactéries par cm3 et après quatre heures
nous en aurons moins que p0 /2. Nous prenons donc n = 4 heures. Remarquons que la réponse
est indépendante du nombre initial de bactéries.
Pouvons-nous dire qu’après 3.106 . . . heures la population de bactéries par cm3 est exacte-
ment la moitié du nombre initial de bactéries par cm3 ? En général non, puisque pn = 0.8n p0
pour n = 0, 1, 2, . . . est la solution d’un système dynamique discret, il n’y a rien qui dit
que 0.8t p0 pour t ∈ R décrit le comportement de la population entre deux échantillons. Nous
étudierons au chapitre 8 l’équation différentielle qui adressera le même problème de popula-
tion en temps continu. La solution de cet équation sera de la forme p0 ert pour t ∈ R où p0
est le nombre initial d’individus et r est le taux de croissance relatif. ♣
Nous sommes intéressé au comportement de la suite {pn }∞ n=0 lorsque n devient de plus
en plus grand. Est-ce que pn tend vers une valeur quelconque lorsque n tend vers plus
l’infini ? Est-ce que pn croît sans borne supérieure comme c’est le cas pour notre population
de bactéries de l’exemple 5.8.1 ?
5.8. Systèmes dynamiques discrets + 231
Définition 5.8.7
Soit
pn+1 = f (pn ) pour n = 0, 1, 2, . . .
un système dynamique discret. L’orbite (positive) de p0 est la suite {pn }∞
n=0 où p1 =
f (p0 ), p2 = f (p1 ), p3 = f (p2 ), . . .
Remarque 5.8.8
Considérons un système dynamique discret
pn+1 = f (pn ) , n = 0, 1, 2, . . .
p1 = f (p0 ) ,
p2 = f (p1 ) = f (f (p0 )) = (f ◦ f )(p0 ) ,
p3 = f (p2 ) = f (f (f (p0 ))) = (f ◦ f ◦ f )(p0 ) ,
..
.
Nous disons que p1 est obtenue de p0 par une itération de f , p2 est obtenue de p0 par deux
itérations de f , etc.
Dans certains livres, ils utilisent la notation f 2 pour désigner f ◦f , f 3 pour désigner f ◦f ◦f ,
etc. C’est une autre tradition mathématique qui peut conduire à confusion. Que veut dire
f 2 (p0 ) ? Est-ce f (f (p0 )) ou (f (p0 ))2 ? Seul le contexte peut le dire. Nous n’utiliserons pas f 2 ,
f 3 , . . . pour désigner la composition de fonctions mais le produit de fonctions comme nous
avons toujours fait. ♠
Comment pouvons-nous représenter graphiquement les orbites du système dynamique
pn+1 = f (pn ) , n = 0, 1, 2, 3, . . .
Portrait de phases
x
0
pn+1 = f (pn ) , n = 0, 1, 2, 3, . . .
Ce graphe donne plus d’information sur la façon dont les orbites convergent (si elles
convergent). Nous retrouvons à la figure 5.27 le graphe en forme de toile d’araignée pour le
système dynamique discret
pn+1 = 0.8pn + 3 , n = 0, 1, 2, . . .
En plus d’un taux de croissance de −20%, il y a 3, 000 bactéries par cm3 de plus par heure
qui proviennent de l’extérieur du milieu. Le milieu expérimental est contaminé.
5.8. Systèmes dynamiques discrets + 233
y y=x
(p1 , p1 ) y = f (x) = 0.8x
(p2 , p2 )
(p3 , p3 )
(p0 , p1 )
pn+1
(p4 , p4 ) (p1 , p2 )
(p2 , p3 )
(p3 , p4 )
p4 p3 p2 p1 p0 x
pn
k=0 1 − 0.8
n
= 0.8 (p0 − 15) + 15 .
Puisque 0.8n approche 0 lorsque n devient de plus en plus grand, nous avons que pn approche
15 lorsque n devient de plus en plus grand.
Au tableau 5.1, nous avons calculé deux orbites, une avec la condition initiale p0 = 3 et
l’autre avec la condition initiale p0 = 25. Les deux orbites tendent vers 15.
Le graphe de la solution pn = 0.8n (p0 −15)+15 du système dynamique discret avec p0 = 3
est donné à la figure 5.28.
Le graphe en forme de toile d’araignée est donné à la figure 5.29. Il confirme que toutes
les orbites tendent vers 15.
Remarquons que l’orbite {pn }∞
i=0 de p0 = 15 pour le système dynamique discret
pn+1 = 0.8pn + 3 , n = 0, 1, 2, . . .
234 5. Applications de la dérivée
n pn n pn
0 3 0 25
1 5.4 1 23
2 7.32 2 21.4
3 8.856 3 20.12
4 10.0848 4 19.096
5 11.06784 5 18.2768
6 11.854272 6 17.62144
7 12.4834176 7 17.097152
.. .. .. ..
. . . .
18 14.78382721789 . . . 18 15.18014398509 . . .
19 14.82706177431 . . . 19 15.14411518808 . . .
20 14.86164941945 . . . 20 15.11529215046 . . .
21 14.88931953556 . . . 21 15.09223372037 . . .
22 14.91145562845 . . . 22 15.07378697629 . . .
23 14.92916450276 . . . 23 15.05902958104 . . .
24 14.94333160221 . . . 24 15.04722366483 . . .
Table 5.1 – Deux orbites du système dynamique discret pn+1 = 0.8pn + 3. Dans le
tableau de gauche, la condition initiale est p0 = 3 alors que dans le tableau de droite,
la condition initiale est p0 = 25. Ne pas oublier que pn est le nombre d’unités de
mille bactéries par cm3 en moyenne. Nous ne pouvons donc pas simplement ignorer
les chiffres décimaux après le troisième chiffre.
est donnée par pn = 15 pour tout n. Le point p = 15 est invariant pour la fonction itérative
y = f (x) = 0.8x + 3 du système dynamique discret
pn+1 = 0.8pn + 3 , n = 0, 1, 2, . . .
C’est-à-dire, f (15) = 15. Les points qui satisfont cette propriété sont très importants et nous
leur donnons un nom. ♣
Définition 5.8.10
Soit f une fonction de R dans R. Un point p tel que f (p) = p est appelé un point
fixe, un point d’équilibre ou un état d’équilibre du système dynamique discret
pn+1 = f (pn ) , n = 0, 1, 2, . . .
sont les solutions de x = f (x) ; ce sont donc les points d’intersection de la droite y = x avec
le graphe de la fonction itérative f du système dynamique discret (figure 5.29).
Exemple 5.8.11
À l’exemple 5.8.9, nous pouvons montrer que pour toute condition initiale p0 , l’orbite {pn }∞
n=0
du système dynamique discret
tend vers 15. C’est-à-dire que le point d’équilibre p = 15 possède la propriété ci-dessous. ♣
5.8. Systèmes dynamiques discrets + 235
Définition 5.8.12
Soit f une fonction de R dans R. Un point d’équilibre p du système dynamique discret
est asymptotiquement stable 1 si, quelle que soit la condition initiale p0 près de p,
l’orbite {pn }∞
n=0 tend vers p.
Un point d’équilibre p du système dynamique discret est instable si, pour toute condi-
tion initial p0 assez près de p, l’orbite {pn }∞
n=0 « s’éloigne » de p.
Remarque 5.8.13
Par la suite, nous substituerons à l’occasion l’expression « asymptotiquement stable » par
le mot « stable » seulement. Cela simplifie l’écriture mais entre en conflit avec la littérature
spécialisée sur le sujet des systèmes dynamiques. En effet, dans la littérature spécialisée, nous
disons qu’un point d’équilibre p est stable si les orbites {pn }∞
n=0 avec la condition initiale p0
suffisamment près de p « ne s’éloignent pas » de p. Il est possible que ces orbites n’approchent
pas p mais seulement demeurent dans le voisinage de p. ♠
Considérons un système dynamique discret
y = pn+1 y=x
y = f (x) = 0.8x + 3
15
3
x = pn
3 15 25
y = f (x) = αx + β .
L’existence d’un point fixe p pour ce système dynamique discret nous fourni une autre
méthode pour trouver la solution du système dynamique discret.
Puisque f (p) = p, nous avons
pour n = 0, 1, 2, . . . Ainsi,
p1 − p = α(p0 − p) ,
p2 − p = α(p1 − p) = α2 (p0 − p) ,
p3 − p = α(p2 − p) = α3 (p0 − p) ,
.. ..
. .
n
pn − p = α (p0 − p) ,
.. ..
. .
Proposition 5.8.14
La solution générale du système dynamique discret
Si le système dynamique discret n’a pas de point d’équilibre (i.e. α = 1), la solution
est pn = p0 + nβ pour n = 0, 1, 2, . . .
Exemple 5.8.15
Puisque p = 15 est un point fixe du système dynamique discret
la solution générale est pn = 0.8n (p0 − 15) + 15 pour n = 0, 1, 2, . . . comme nous avons
trouvée précédemment. ♣
Exemple 5.8.16
Supposons que le nombre de bactéries dans un milieu donné satisfasse un système dynamique
discret de la forme pn+1 = αpn + β et que le nombre initial de bactéries est de 2, 500 bactéries
par cm3 . Si le nombre de bactéries après une heure est de 2, 750 bactéries par cm3 et qu’il
est de 3, 125 bactéries par cm3 après deux heures, déterminons α et β. Trouvons les points
d’équilibre du système dynamique discret que vous avez obtenu s’il y en a et déterminons
leur stabilité. Finalement, donnons la solution générale.
Nous cherchons un système dynamique discret de la forme
pn+1 = αpn + β , n = 0, 1, 2, 3, . . .
Les points d’équilibre p sont les solutions de p = 1.5p − 1, 000. Nous trouvons p = 2, 000
bactéries par cm3 . La solution générale est pn = 1.5n (p0 − 2, 000) + 2, 000 pour n = 0, 1,
2, 3, . . . Dans le cas présent, p0 = 2, 500 bactéries par cm3 . La solution particulière est
donc pn = 500 × 1.5n + 2, 000. Du point de vue mathématique et biologique, il y a un point
fixe qui est instable (vérifier avec un graphe en forme de toile d’araignée). Indépendemment
de la condition initiale p0 > 2, 000, la population va croître sans borne supérieure. Pour
p0 < 2, 000, nous pouvons considérer que la population de bactéries va disparaître. ♣
238 5. Applications de la dérivée
où r était le taux de croissance relative de la population (on ignore les systèmes de la forme
pn+1 = rpn + q qui peuvent être considérés comme des perturbations du systèmes de la forme
pn+1 = rpn ). Nous avons vu que pn = rn p0 et donc que le nombre de bactéries tend vers plus
l’infini si r > 1 et vers 0 si 0 < r < 1. Cela n’est naturellement pas toujours réaliste.
Modifions le système dynamique discret en (5.8.2) pour mieux décrire la croissance du
nombre de bactéries. Pour ce faire, supposons qu’un milieu borné puisse supporter au plus
M bactéries (une limite imposée par la quantité de nourriture présente, l’espace occupé, ...).
Le taux de croissance doit donc diminuer avec le temps pour garder le nombre de bactéries
en deçà de M .
Considérons le système dynamique discret
pn
pn+1 = r pn 1− pour n = 0, 1, 2, . . . (5.8.3)
M
pn
où le facteur 1 − devient de plus en plus petit lorsque le nombre de bactérie pn < M
M
approche le nombre maximal de bactéries M que le milieu peut supporter.
Dans la littérature, ce n’est pas le nombre total de bactéries dans le milieu qui est considéré
mais la fraction pn /M représentant le nombre de bactéries présent par rapport au nombre
maximal de bactéries que le milieu peut supporter. Si nous divisons les deux côtés de (5.8.3)
par M , nous obtenons
pn+1 pn pn
=r 1− , n = 0, 1, 2, . . .
M M M
Si nous posons xn = pn /M pour tout n, nous obtenons l’équation suivante.
Définition 5.8.17
L’équation logistique est le système dynamique discret de la forme