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Dix Biographies: Laurent Desiré Kabila

Le document décrit la vie et la carrière politique de Laurent-Désiré Kabila, chef de la rébellion zaïroise devenu président de la République démocratique du Congo. Il est né en 1939 et a étudié en Europe de l'Est avant de rejoindre la rébellion armée contre le régime de Mobutu Sese Seko dans les années 1960.

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Dix Biographies: Laurent Desiré Kabila

Le document décrit la vie et la carrière politique de Laurent-Désiré Kabila, chef de la rébellion zaïroise devenu président de la République démocratique du Congo. Il est né en 1939 et a étudié en Europe de l'Est avant de rejoindre la rébellion armée contre le régime de Mobutu Sese Seko dans les années 1960.

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--

l
1

a Dix biographies
Michel Gaud* et Laurence Porg&s** I

!
1

I
I
Afrique
e Laurent=DesiréKabila
(1939 ?-)
l
t
contemporaine
No 183 Laurent-Désiré Kabila, chef de la rébel- fait du Nord-Katanga, puis, en octobre,
I
trimestre 1997
lion zaïroise, devenu président de la nou- après la réforme qui crée les << provin-
.( faits et documents velle République démocratique du
Congo, serait né le 27 novembre 1939 (1)
h Baudouinville (Moba) (2) dans l a
région d'Albertville (Kalémié), sur les
cettes D, il est chef de cabinet aux tra-
vaux publics dans le gouvernement pro-
vincial du Haut-Katanga présidé par
Sendwé. I1 est également élu conseiller
!
I
rives du lac Tanganyika (nord de la pro- suppléant h l'assemblée provinciale
vince du Katanga, ex-Shaba). II appar- (novembre 1962). Un an plus tard, i l
tient à l'ethnie luba. s'exile à Braizaville oÙ il retrouve d e
nombreux lumumbistes qui, choqués par
A la fin des années 1950, la dissolution du Parlement décidée par
il va étudier à Paris et en Allemagne de Kasa-Vubu, décident de basculer dans
l'Est. I1 revient dans son pays au moment l'opposition armée et fondent le Conseil
où celui-ci va acquérir son indépen- national de libération (CNL). Au sein du
dance. C o m m e d e nombreux j e u n e s CNL, il se situe dans l'orbite de Chris-
<< évolués B, i l est militant socialiste tophe Gbénye (4). En janvier 1994, alors
tiers-mondiste (3). Responsable régional qu'il est devenu secrétaire gCn6ral aux
de la BALUBAKAT, l'association des affaires sociales, h ia jeunesse e t aux
Balubas du Katanga créée par Jason sports du CNL-Gbénye, il est envoyé par
Sendwé, Kabila lutte contre les séces- ce dernier à Bujumbura (Burundi), pour
sionnistes katangais et devient président préparer une rébellion dans l'est du pays
national de la JEUBAKAT, l'organisa- sous la direction de Gaston Soumialot.
tion de la jeunesse BALUBAKAT. Après
l'assassinat d e Patrice Lumumba, en En février 1964, Kabila
1961, il va passer u n an en Europe'de rejoint Albertville et devient, en avril,
l'Est, iì Belgrade, pour compléter ses chef de cabinet du ministre de I'informa-
études. D e retour dans son pays, e n tion. I1 participe 'a la première insurrec-
février 1962, il devient chef de cabinet h tion d'Albertville (mai 1964) et réussit h
l'information dans le gouvernement de s ' e n f u i r lorsque l'Armée n a t i o n a l e

* Rédacteur en chef.
** ORSTOM.
(1) 1941, selon certaines sources
(2)Mention la plus frequente. On trouve aussi mentionnés Jadotville (Likasi) et Ankoro.
(3)Source principale pour la pCriode 1960-1965 : B. Verhaegen, Rr'hellioris mi Congo, CRISP,Bruxelles.
1966.
(4) Les adversaires de GbCnye au sein du CNL sont notnmment A. Gizenga et P. Mulélé.
r
-
l
a congolaise (ANC) reprend la ville. I1 y réunions qui tentent d e maintenir l a
revient en juin, lors de la seconde insur- flamme révolutionnaire (Conseil suprême
rection, au cours de laquelle Sendwé est de la révolution, réunion de la Ruzizi en
assassiné. Lors de la création du gouver- décembre 1965), tout en installant un
nement provisoire du CNL, section de petit maquis dans le Nord-KatangdSud-
l’Est, le 21 juillet, il est nommé vice-pré- Kivu. Il est alors soutenu par Nyerere et
sident chargé des relations et du com- la Chine populaire et recevra une aide
merce extérieurs (5). L’insurrection ani- temporaire Cjuillet-novembre 1965) du
mée par le CNL gagne du terrain, les révolutionnaire argentino-cubain Ernesto
troupes d e I’ANC s e débandant sans Che Guevara. Le Che cherchait à créer
combattre, et Stanleyville (Kisangani) est un foyer de déstabilisation dans la forêt
conquise le 5 août. La République au Kivu, qu’il aurait voulu point d e
populaire du Congo >> (RPC), dirigée par départ de la a révolution mondiale D. I1 y
Gbénye, y est proclamée le 5 septembre. renonce cependant, au bout de quelques
Kabila en est le secrétaire d’Etat aux mois, devant les convictions peu mili-
affaires étrangères et, à ce titre, effectue tantes et efficaces dcs Congolais et de
diverses missions 2 Nairobi, Dar es- Kabila lui-même, qu’il qualifie de G tou-
Salam et Paris. Mais la RPC s’effondre riste >>, toujours en voyage à l’étranger. contemporaine
-e, N“ I83
le 24 novembre 1964 devant l’attaque de Ce qui ne l’empêche pas d’écrire : << le 3 O trimestre 1997
n- I
parachutistes belges venus au secours de seul homme qui ait d’authentiques quali-
a- 1’ANC. tés d’un dirigeant de masses me semble faits et documents ’.‘’-~-+!;~
l- Kabila a donc été mêlé de être Kabila >> (7). Kabila fonde, en 1967,
ir près, au cours de cette période, à deux le Parti de la révolution populaire (PRP),
2r des plus sanglants épisodes de l’histoire groupuscule à tendance marxisante qui
e postcoloniale de l’ancien Congo belge. lutte contre le pouvoir central d e Mobutu
il On ne saurait pour autant en conclure avec ses FAP (Forces armées populaires)
e qu’il porte une responsabilité particulière basées en Tanzanie et en Zambie.
ir dans les massacres qui jalonnèrent les Le foyer de guérilla entre-
r rébellions du Haut-Katanga d e 1960- tenu par Kabila va tant bien que mal se
S 1961 et de l’Est en 1964. maintenir, subsistant selon les uns e n
I I1 est vraisemblable que complète autarcie, selon les autres grâce
1
L.-D. Kabila a tiré les leçons d e ces à la contrebande d’or et de diamants. Le
aventures. L a rébellion d e Gbénye 19 mai 1975, opérant en Tanzanie, le
s’appuyait sur des mécontents que ne PRP enlève quatre chercheurs occiden-
réunissait aucune doctrine, aucune idéo- taux, réclamant une rançon et la libéra-
logie. Elle a rencontré des oppositions tion d e deux des leurs, emprisonnés à
parfois violentes de la part des popula- Dar es-Salam. Soutenu par le dictateur
I tions locales, révoltées par les exactions ougandais Amin Dada, Kabila obtient
i commises par l’APL (Armée populaire
d e libération). Elle ne bénéficiait d’aucun
gain d e cause e t finit par libérer ses
otages (8). En 1984, il fait encore parler
i soutien des pays voisins, ne disposait pas de lui en s’emparant de Moba, sa ville
d’armement moderne (6), leurs chefs natale. La révolte est matée par le géné-
I é t a i e n t divisés et leur organisation ral Mahélé, les FAP obtenant une amnis-
défai I Ian te. tie contre leur reddition. Kabila se serait
Après la chute de Stanley- alors installé en Ouganda et en Tanzanie
l ville, alors que la plupart des respon- oÙ i l aurait fait des affaires. Mais il
I
sables du CNL partent en exil, Kabila aurait passé aussi beaucoup de temps au
I participe aux diverses structures e t sud du Soudan auprès de John Garang,
! (5) Ce gouverneineiit est présidé par G.Soumialot.
I ( 6 ) On a beaucoup glosC, il’époque, sur les pratiques fétichistes auxquelles Etaient soumis les Siinbus (coin-
l battants de l’APL).
(7) Cilé par Jorge Castafieda, Le Moride, 8 avril 1997.
I (8)CI. Wauthier el S. Smith. Le passé retrouvé de Laurent Kabila n, Liliirmiciri, 7 janvier 1997.
((

I
I
I

chef de la rébellion, dont il serait même (Forces armées zaïroises) s’enfuient, non l
devenu I’émissaire auprès de... Mobutu s’en s’être préalablement livrées a u ,
en 1988 (9). pillage. Bukavu tombe le 30 octobre I
C o m p r e n d - i l véritable- 1996, Kisangani l e 1 8 mars 1997,
ment I’évolution des esprits qui se mani- Lubumbashi le 10 avril. Très vite, Kabila
feste au Zaïre, e n particulier dans les devient le libérateur, l’homme qui, enfin, I
villes, qui regroupent désormais plus de est en mesure de mettre B bas un régime I

la moitié de la population du pays, contre détesté. Son image est bonne : pendant 1
moins de 20 % en 1960 ? I1 ne participe plus de trente ans, il est resté l’un des C
pas à la Conférence nationale de 1991- rares à ne pas avoir << mangé a v e c (
1992 qui est le lieu de débats intenses et Mobutu n. Petit, trapu, d’apparence bon- i
met en place le gouvernement de la tran- homme, il est vêtu avec simplicité et l
r
sition démocratique. Et il semble consi- parle plusieurs langues du pays, ainsi t
dérer ses travaux avec quelque mépris. que le français et l’anglais. C’est un bon l
I1 e s t p r o p u l s é s u r le orateur. I r

I
devant de la scène, en novembre 1996, Malgré les victoires << par I
Afrique défaut D remportées par l’Alliance, d e
’ contemporaine par l’insurrection des Banyamulenges, é
No183 Tutsis du Kivu, soutenue par le Rwanda nombreux commentateurs craignent un S
”., 3’ trimestre 1997 et l’Ouganda. C e s deux pays désirent bain de sang iì Kinshasa. Kabila lui- L
Y.,,::‘:

I!
neutraliser les militaires hutus de l’ancien même déclare qu’il lui faut constituer I‘
faits et documents
régime rwandais coupables du génocide u n e armée d e 100 O00 hommes. Des d
perpétré contre les Tutsis, en 1994, et pressions internationales s’exercent alors SI
réfugiés dans l’est du Zaïre. Pour d e pour que des négociations soient enga- V
nombreux c o m m e n t a t e u r s , Kabila gées avec Mobutu. L’autorité de Nelson n
devient le prête-nom, voire la marion- Mandela, très engagé dans l’affaire, ne il
nette, des leaders rwandais et ougandais suffit pas, et les médiations échouent. En P
avec, peut être, le soutien des Améri- fait, comme les autres villes du pays, la IL
cains. Sa devise est << démocratie, justice, capitale se livre (17-18 mai) sans com-
dignité >). battre. Les militaires des FAZ et même
ceux de la Division spéciale presiden-
L ’ A l l i a n c e des forces
démocratiques pour la libération du tielle (DSP) se rendent, ou se fondent c!
Congo-Zaïre (AFDL) est constituée offi- dans la foule, ou passent de l’autre côté
ciellement le 18 octobre 1996 i partir de du fleuve, à Brazzaville.
L
la fusion dc quatre partis : le PRP dc A Lubumbashi, Kabila se ai
L.-D. Kabila, le Mouvement révolution- proclame président d e la République 1
naire pour la libération du ZaÏre (MRLZ), démocratique du Congo IC 17 mai et D
l’Alliance démocratique dcs peuples s’installe à Kinshasa le 20 mai. Le 22, il C,
(ADP) et le Conseil national de résis- constitue un gouvernement composé de SL
tance pour la démocratie (CNRD). Une ceux qui l’ont soutenu jusqu’à présent. VI
petite armée est constituée, ne compre- Dorénavant, chef d’un Etat totalement d‘
nant guère que 8 500 à 10 O00 hommes. désintégré, i l a devant l u i u n e tâche
Mais elle est bien équipée, et bien enca- immense.
vi
drée par des G conseillers )) de I’APR, Le passé, comme la per- bc
l’Armée patriotique rwandaise. sonnalité de Laurent-Désiré Kabila sont tu
I1 est probable que Kabila difficiles à cerner car les sources sont ni!
et ses amis ont été les premiers surpris souvent imprécises et contradictoires. I1 CI
de leur succès. Le régime de Mobutu se entretient lui-même, par ses silences, le B‘
désagrège sans aucune résistance. II suf- mystère sur sa personne. Secret, il ne se la
, fit à l’Alliance de proclamer qu’elle va confie pas à ses interlocuteurs étrangers. V
investir telle ville pour que les FAZ Ce sont surtout ses proches q u i expli- l’I

(I(
I

L
l

)n 1 quent les grandes lignes de sa politique. thèse d a n s l’histoire du pays, qu’il


.u C o n s i d é r é comme l’un des durs des convient d’effacer au plus vite. En témoi-
-e révoltes d e 1964, il est certainement gnent le retour aux anciens noms, mais
7, autoritaire. II ne semble pas s’embarras- aussi le fait que les travaux de la Confé-
la I
I ser de sentiments et une partie de I’opi- rence nationale et du Haut Conseil de la
n, l nion internationale, notamment en France République-Parlement d e transition
le e t en Belgique, l u i reproche d’avoir (HCR-PT) sont tenus pour nuls et non
7t laissé massacrer les réfugiés hutus qui avenus. Sans parler des hommes poli-
:S lI erraient et errent toujours dans les forêts. tiques : ni E. Tshisékédi, ni Mgr Mon-
C
I Ce serait un homme d’affaires avisé, sengwo, qui s e s o n t dressés à leur
1- ayant su s’enrichir par des moyens dont manière contre Mobutu, n’ont trouvé
:t I personne ne connaît les tenants et abou- grâce aux yeux d u nouveau chef d e
;I
II I
I
tissants.
Sur le plan politique, i l
I’Etat. << Du passé faisons table rase >> :
est-ce bien réaliste ?
r e s t e f i d è l e à certains principes d u Mais, d’une certaine
r lumumbisme tout en niant avoir jamais façon, Kabila a chaussé les bottes de
I: été marxiste. Mais, comme Lumumba, il l’ancien dictateur. Comme Mobutu en Afrique
1 s’affirme nationaliste et (< unitaire )>. 1965, il s’est octroyé des pouvoirs exor- contemporaine
No 183
Dans les << séminaires D organisés par bitants (10). Comme Mobutu en 1967, il 3etrimestre 1997

i
r l’Alliance pour << rééduquer 1) les cadres impose au pays un système d e parti ,..$
5 d u p a y s , il e s t question d e classes unique, mais promet des élections en faits et documents
i sociales, de colonialisme, d’homme nou- 1999. O r les Zaïrois ont pu, durant
veau. Kabila et ses alliés sont apparem- trente-deux ans, juger à leur juste valeur
l
Il ment attachés aux valeurs paysannes et
ils s e méfient de la ville et de ses mœurs.
les fruits d e l’arbitraire, du bourrage de
crâne et du népotisme. Redevenus
I Par dessus tout, ils semblent considérer Congolais, sont-ils pour autant demeurés
I I les années Mobutu comme une paren- des Congolais des années 1960 ?

!
II O Joseph Kasa-Vubu
(I913 OU 1917-1969)
I Le premier président du Congo ex-belge président et utilise cette tribune pour
après l’indépendance est né en 1913 ou devenir un des porte-parole des droits
l 1 9 1 7 d a n s la région du Mayombé. des Congolais.

I
I

l
D’abord élève de l’école d’une mission
catholiaue. il étudie ensuite au grand .. En 1956. à la suite d e la
séminaiie (1928-1937) d’oh il es’S ren- publication en Belgique du’rapport Van
l v o y é p o u r propos subversifs avant Bilsen, qui préconise un plan de trente
d’avoir été ordonné prêtre. ans pour mener le Congo à I’indépen-

i
La participation à des acti- dance, u n e certaine effervescence se
vités politiques étant interdite au Congo développe parmi les intellectuels congo-
belge, les associations culturelles consti- lais. L’ABAKO élabore un manifeste
tuaient alors la seule issue aux actions qui prône l’indépendance immédiate et
nationalistes. En 1950, quand le groupe défend un nationalisme fondé sur le fait
c u l t u r e l A B A K O (Alliance des ethnique. Le << séminariste )> Kasa-Vubu
l Bakongo) est créé pour la promotion de est alors le plus radical des leaders poli-
la culture et de la langue kongo, Kasa- tiques congolais, Lumumba lui-même
l Vubu en devient un membre actif et étant favorable à l’époque à une commu-
l’organise politiquement. II en est élu nauté belgo-congolaise.

I
(10) Par le décret-loi conslitutionne1 n”3 du 28 mai 1997. Voir Document n” 8, p. 117.
Aux élections municipales du Katanga le I 1 juillet. Kasa-Vubu et
de 1957, première consultation autorisée Lumumba, en tournée pour tenter d e
par le colonisateur belge, I’ABAKO réduire les mutineries par la négociation, 1
recueille environ 65 % des voix à Léo- rompent les relations diplomatiques avec J
poldville et Kasa-Vubu devient bourg- la Belgique (le 14). De nombreux Euro- c
mestre de Dendale. péens quittent brutalement le pays. Les I
En j a n v i e r 1959, dans deux leaders demandent l’aide d e s c
l’excitation causée par les initiatives du Nations unies qui envoient des forces c
général d e Gaulle 5 I’égard des terri- militaires pour rétablir la paix. En août, f
toires français d’outre-mer, une émeute le Sud-Kasaï, avec Kalonji, s u i t t
sanglante éclate, et Kasa-Vubu est arrêté l’exemple du Katanga. 1
et déporté en Belgique. Mais simultané- Lorsque Lumumba, q u i a
ment le roi Baudouin reconnaît le droit n’a pas obtenu le soutien des Améri- a
d e s Congolais à l’indépendance. cains, se tourne vers l’URSS, Kasa-Vubu I jl
L’ABAKO réclame la libération de son le destitue et nomme Joseph Ilé0 Premier I 7
chef, et exige l’indépendance immédiate, ministre. Lumumba lui rend la pareille, I’
Afrique avec la création d’une fédération sans se considérant comme la seule autorité 1 I(
‘I contemporaine allégeance aucune à la Belgique. Cette légale du pays. Un conflit de légitimité l
No183
II 3etrimestre 1997
position distingue I’ABAKO non seule- s’ensuit, qui voit notamment Kasa-Vubu

i
p.
ih:+ ment des unitaristes (notamment l’emporter aux Nations unies alors que le
I faits et documents Lumumba), mais aussi des fédéralistes
i
Parlement soutient le Premier ministre. Q
y-\,, katangais qui veulent instituer une sorte En septembre, le colonel Joseph-Désiré I
’*,:
92 de communauté avec la Belgique. Un Mobutu, devenu farouchement hostile à
cartel est créé entre I’ABAKO, le Parti Lumumba après avoir été l’un d e ses N
solidaire africain (PSA) d’Antoine proches, neutralise les deux adversaires l d.
Gizenga, implanté principalement au et met en place un collège de commis- I d
K
Kwilu, et le MNC-K d’Albert Kalonji
(Sud-Kasaï). La première Table ronde de
saires généraux, composé de jeunes uni-
versitaires, dont un certain Etienne Tshi-
I ni
Bruxelles (janvier-février 1960) aboutit à sékédi, qui fera reparler de lui. I II
l’indépendance du pays le 30 juin 1960 Une fois le p r o b l è m e I fa
dans un cadre unitaire, auquel s’est plus Lumumba définitivement réglé p a r P‘
ou moins rallié Kasa-Vubu. l’assassinat de ce dernier en janvier 1961
l et
L a première élection - avec l’accord au moins tacite de Kasa- la
nationale de mai 1960 est gagnée par le Vubu -, Mobutu dissout le Collège des 1’1
Mouvement national congolais de Patrice commissaires. Kasa-Vubuiioinme alors il 1
Lumumba (MNC-L), mais sa majorité Joseph Ilé0 Premier ministre. Le pays est
n’étant pas suffisante, c’est Kasa-Vubu alors en pleine décomposition ( I I).Dès jui
qui devient président de la République et août, J. Ilé0 est remplacé par Cyrille et
Lumumba est nommé Premier ministre. Adoula, qui va rester à la tête du gouver- d’i
Des hommes comme MoCse Tshombé, nement jusqu’en juillet 1964. Durant du
leader de la province du Katanga, et cette période, le Congo va connaître un no)
Albert Kalonji sont écartés du pouvoir et certain apaisement, avec le retour (provi- à I.
en concevront une grande amertume. soire) d’A. Gizenga au gouvernement la
Deux semaines après central, la fin des sécessions et la réorga- act
l’indépendance, l’armée se mutine contre nisation de l’armée. Mais c’est au prix l’é;
ses chefs belges, la panique se répand d’un démantèlement d e 1‘Etat central, jou
dans tout le pays. Les troupes belges l’instauration d e multiples <( provin- tior
interviennent un peu partout pour rétablir cettes >> en 1962 aboutissant à la création en
l’ordre et permettent notamment à de baronnies incontrôlables où sévissent T
Tshombé de proclamer l’indépendance généralement népotisme et corruption. 19I
dor

( I I ) Sécession katangaise de TshornbC. rébellion anti-Tshornbd au Nord-Katanga (J.Sendwt). U empire >> du


Sod-Kasaï (A.Kalonji), gouvernement lutnumbisie d’A. Gizenga B Stanleyville ... (12)
I

bu et En 1963, Kasa-Vubu dem TshombC-Mobutu, qui réussit à


Lr d e 1 s’efforce d’accélérer les travaux d’élabo- réduire les rébellions, occupant le devant
3tion, ration de la Constitution. I1 se heurte au de la scène. Aux élections législatives de
avec Parlement, le dissout, met en place une mai-juin 1965, le nouveau parti d e
Euro- I commission de 127 membres présidée Tshombé, la Convention nationale
t
I . Les par J. 1160. Pour les lumumbistes, la congolaise (CONACO), remporte une

1
des coupe déborde, et un certain nombre éclatante victoire. Kasa-Vubu, qui
)rces d’entre eux partent 2 Brazzaville où ils compte être candidat à I’élection prési-
août, fondent le Conseil national d e la révolu- dentielle prévue par la nouvelle Consti-

I suit
qui
tion (CNL), qui opte pour la lutte armée. tution sait qu’il risque d’être battu par
Alors que les rébellions se dCveloppent Tshombé. I1 le limoge le 13 octobre et le
au Kwilu et au Kivu, la Constitution est remplace par Evariste Kimba (12). Le
léri- adoptée par référendum fin juin-début 24 novembre, Mobutu prend le pouvoir
’ubu juillet 1964, Adoula démissionne et par u n coup d’Etat. Kasa-Vubu, qui ne
1 riiier l Tshombé est nommé Premier ministre, à tente pas de réagir, se retire définitive-
l’initiative, semble-t-il, de Mobutu. Dès ment de la vie politique. II meurt à Boma
ille,
)rité I lors, Kasa-Vubu est marginalisé, le tan- en mars 1969. Afrique
nité
ubu
se le
l Contemporaine
N” 183
3ntrimestre 1997
.&..:;
tre. e Lobitsh Léon Kengo wa Dondo faits et documents
siré (1935)
e à l
ses Né le 22 mars (ou mai) 1935 à Libengé, Au sein du Mouvement
res l dans la province de I’Equateur, région populaire d e la révolution (MPR) d e
lis-
ni-
hi-
lI d’origine d e Mobutu, Lobitsh Léon
Kengo wa Dondo est fils d’un juif polo-
nais et d’une Africaine (zaïroise tutsie).
Mobutu, il est nommé membre perma-
nent du bureau politique et du comité
central à la fin des années 1970. I1 est
I1 est adopté, dans son enfance, par une ambassadeur du Zaïre en Belgique de
ne l famille zaïroise et effectue ses études 1980 à 1982 où il se fait de nombreux
)ar l
primaires et secondaires au Congo belge amis. Du fait de sa réputation de dureté,
61 et étudie ensuite en Belgique le droit et Mobutu le nomme Premier ministre en
ia-
l es
)rs
l I
la criminologie (1960-1961), puis à
l’université libre de Bruxelles. En 1967,
il obtient son doctorat en droit.
novembre 1982, avec pour mission d’éli-
miner la corruption et d e mettre en
ceuvre les mesures d’ajustement structu-
:st i Grâce à sa formation de rel imposées par le Fonds monétaire
èS juriste, il occupe des postes importants international (FMI). Très impopulaire, il
le
l et devient‘procureur auprès d e la Cour e s t élimine en 1986 quand Mobutu
r- d’appel de Léopoldville puis président décide d’assumer provisoirement les res-
nt du Conseil judiciaire. En 1968, il est ponsabilités d’ordre économique et
in I nommé conseiller juridique et politique d’abandonner la politique d’austtrité
I- ? la
i Présidence et procureur général de prônée par le FMI.
It la République. A c e dernier poste, il
acquiert une réputation d e sévérité à En octobre 1986, Mobutu
I-
nomme Kengo ministre des Affaires
X I’égard des (< ennemis de ]’Etat >>, et
étrangères, puis en janvier 1987, celui-ci
1, jouera un rôle majeur dans la condamna-
I
devient président de la Cour des comptes
tion pour trahison de Nguza Karl-i-Bond
tout en restant secrétaire extcutif du
n en 1977, puis dans l a persécution des
(( Treize D, les parlementaires auteurs en
MPR.
t
1980 d’une lettre ouverte 5 Mobutu, Premier ministre d e fin
dont E. Tshisékédi est le plus connu. 1988 à mai 1990, il le redevient en juin

(12) Qui sera l’un des (‘conjurés de la Pentecôte s pendus en public le 2 juin 1966.
l

I
A
1994, présenté par l’Union pour la Répu- 1997, l’opposition demande son départ et I

blique et la démocratie (URD), une des il donne alors sa démission le 24 mars. I


formations importantes i tendance modé- Personnage politique dis- I
rée de l’Union sacrée d e l’opposition cret, homme de contacts internationaux, I
radicale (USOR). Cette élection par le il est considéré comme un politicien S
HCR-PT est un camouflet pour le diri- perspicace et dur. Loyal à Mobutu pen- c
geant de l’opposition radicale, Tshisé- dant de longues années, il est devenu un r
kédi, élu Premier ministre par la Confé- oppasant modéré i partir d e 1990. Sa t,
rence nationale en 1992 mais limogé par carrière a été rapide sur le plan profes- d
Mobutu en février 1993. A c e poste, sionnel et au niveau de son parti. 11 a la
Kengo a s u restaurer un climat d e réputation d’être un bon gestionnaire a
confiance auprès des opérateurs écono- même s’il n’a pas pu enrayer le déclin I L
miques étrangers. I1 bénéficie du soutien économique du pays au cours d e ses I A
d e l’occident e t reste l’interlocuteur deux premiers mandats. I1 est le << père l M
légal des chancelleries étrangères qui le spirituel n d e l’Union des démocrates \

soutiennent pour qu’il mène i terme le indépendants (UDI), parti c e n t r i s t e d?


Afrique processus de démocratisation au Zaïre. d’hommes d’affaires et de technocrates. 4
Pe
contemporaine i
Y:

No 183
En mai 1996, il est inter- I1 n’a jamais été un véritable concurrent I KI
3’ trimestre 1997 pellé par le HCR-PT, ce qui provoque de du président de la République puisque ra
nouvelles tensions politiques. En février partiellement d’origine étrangère. im
Il‘ faits et documents

e Patrice Emery Lumumba


l
!
sia
no
im
I Pa!
( 1925-1961) gra
Leader de l’indépendance et premier Tout en travaillant pen-
I me
pli!

i
Premier ministre du Congo ex-belge, ,dant onze ans dans l’administration colo-
Patrice Lumumba est né le 2 juillet 1925 niale, dont une partie comme comptable nia
i Onalua, sur le territoire d e Katako- aux chèques postaux à Stanleyville, il se l
sioi
Kombé dans la province du Kasai. I1 est lance activement dans le syndicalisme et d’A
issu d’une famille catholique pratiquante fait campagne pour l’indépendance d e l de 1
crai.
appartenant à une ethnie minoritaire, les son pays en publiant des articles dans les
B atetelas. journaux et en militant dans les associa- mê1
tions culturelles tolérées par le colonisa- accc
I1 fréquente tout d’abord teur belge. I
l’école des missionnaires méthodistes, sou1
i
au désespoir de son père qui aurait sou- I1 n’empêche qu’il séduit, et d
i Lun
haité qu’il devienne prêtre catholique. et il rencontre par deux fois le roi des
Très tôt, il manifeste un goût très vif Belges lors des voyages de ce dernier au
pour la lecture, qui le mènera des philo- Congo. C’est l’occasion pour lui de dis- l Kak
la cl
sophes français des Lumières à Marx et tinguer les élites européennes, qui le fas-
i J.-P. Sartre. I1 fait ensuite des études cinent et auxquelles il a c c o r d e une
l Sonn
par :
d’infirmier, puis s’engage comme com- grande confiance, des << petits Blancs >> malh
missaire aux écritures pour enfin de la colonie. Sa doctrine le rapproche dans
reprendre ses études à I’école des PTT de plus en plus des masses congolaises
de Léopoldville. I1 a l’occasion de se dont il devient le défenseur. En voyage la T;,
rendre à Brazzaville, capitale d e d’étude en Belgique en 1956, il y ren-
l’Afrique Equatoriale Française (AEF), contre des libéraux. A son retour, il est I févrjt
lais
où le sort des Noirs lui paraît beaucoup condamné et emprisonné pour détoume-
plus enviable que dans la colonie belge. ment de fonds (13). Pendant son année l LUIIN
dernit

(13) 11 a
i
emprunt6 B I’Cquivalent de 300 dollars dans la caisse des cheques postaux pour subvenir à ses
g
besoins pendant son voyage à Bruxelles, somme qu’il a remboursee après son retour. l (14)QI
(15) Vr

f
II-

lrt el d e prison, il écrit Le Congo est-il une qui débouche sur des élections nationales
irs. terre d’averiir ? (14) oh il plaide pour et sur l’indépendance du Congo belge.
dis- u n e s o c i é t é belgo-congolaise dans Le MNC est le grand vainqueur des élec-
aux, laquelle les droits et la dignité des Noirs tions, et Lumumba devient alors le Pre-
cien seraient reconnus. Libéré, i l devient mier ministre d e Kasa-Vubu, président
pen- directeur commercial d’une brasserie et de la République du nouvel Etat. Le jour
u un reprend ses activités politiques où ses de la proclamation de l’indépendance, le
. Sa talents d’orateur font de lui un agitateur 30 juin, il prononce un discours nationa-
ifes- dangereux pour le colonisateur. liste en présence du roi Baudouin, qu’il I
a la En 1958, quand les Belges ne remercie pas et où i l déclare q u e
aire a u t o r i s e n t les activités politiques, l’indépendance congolaise n’a pas été
clin Lumumba devient le leader, avec Cyrille octroyée mais conquise par les Congo-
ses Adoula, d’un petit parti catholique, le lais (15). Cela lui aliénera la quasi-tota-
)ère Mouvement national congolais (MNC) lité de l’opinion occidentale, scandaliste
\tes qui prône un Congo uni, laïc et indépen- par une telle arrogance.
tste dant. Invité h la Conférence de tous les Sans qu’il ait pu y avoir
tes. peuples africains à Accra, il y découvre une transition au processus de décoloni- Afrique
‘ent Kwame Nkrumah et le panafricanisme sation, le 5 juillet 1960, l’armée s e contemporaine
No183
lue radical, doctrine à laquelle i l adhère mutine contre ses officiers belges. Les 3ntrimestre 1997 1
immédiatement et avec un grand enthou- troupes belges interviennent partout. Les . ...‘.,.
siasme. A son retour au Congo, il pro- troubles à Léopoldville, la sécession du fails et documents ’-‘ ‘I”

n o n c e u n discours devant u n e foule Katanga ainsi que d’autres mouvements


immense e l demande l’indépendance du d e c e type font craindre au Premier
pays sans pour autant présenter un pro- ministre la balkanisation du Congo car il
gramme politique et économique claire- est le défenseur d’un système centralisé
ment défini. Les troubles qui se multi- à l’opposé de M. Tshombé, entre autres.
n-
plient alors conduisent l’autorité colo- En même temps, l’exode massif des
IO-
de niale à l’arrêter de nouveau pour subver- fonctionnaires belges provoque un vide
se sion. Mais la France est en pleine guerre catastrophique puisqu’aucun cadre local
et
d’Algérie, qui a entraîné un changement n’a été formé pendant la période colo- I
de d e régime, et la classe politique belge niale.
es craint d’être entraînée dans un drame de Lumumba se tourne alors
a- m ê m e nature au Congo. Elle préfère vers Tshombé qui refuse de le recevoir.
a- accorder l’indépendance. I1 prend contact avec les Nations unies
A la mi-1959, le MNC, pour obtenir la force, militaire capable de
soumis h des tensions très fortes, explose ramener le calme dans le pays puisqu’il a
it, et donne naissance au MNC-L (L pour demandé le retrait des soldats belges
S
: L u m u m b a ) et ,au MNC-K:(K pour envoyés par Bruxelles pour protéger ses
!U Kalonji). I1 faut voir dans cette scission nationaux et que le Katanga fait séces-
3- la conséquence d’opposition d e per- sion. Au bout de six semaines d’indépen-
;- sonnes : Lumumba, pour sa part, irrite dance, Lumumba a rompu les relations
e par son autoritarisme. Le phénomène, diplomatiques avec la Belgique et les
>> malheureusement, se reproduira souvent troupes des Nations unies commencent à
e dans l’histoire politique du Congo ... arriver. Très vite il accuse ces dernières
S Lors de la conférence de de vouloir << coloniser N le pays, car les
e l a T a b l e ronde h Bruxelles (janvier- nationalités qui les composent soutien-
février 1960), les autres leaders congo- nent chacune l’une des différentes par-
t lais demandent la libération d e ties en présence.
Lumumba, ce qui leur est accordé. Ce Cette grave crise politique
dernier participe donc h cette conférence laisse L u m u m b a d a n s une situation

(14) Qui ne sera publié qu’après sa mort.


(15) Voir Document n” 2, p. 110.
I
I

désespérée puisque les pays occidentaux


ne lui accordent aucune aide (le voyage
ancien partisan continue à mener la lutte.
Sur son parcours, il s’arrête souvent pour
i
l 1
L
qu’il fait fin juillet à Washington pour haranguer la foule en vue d’obtenir des n
demander de l’aide est un échec) et qu’il soutiens, c e qui retarde sa fuite. Le
est en froid avec les Nations unies. I1 se 2 décembre, quand il essaye de traverser P
h
tourne alors vers l’URSS et les pays la Sankuru, il est repris par les troupes à
socialistes. Le 28 août, les troupes qu’il d e Mobutu, son ancien secrétaire puis d
a envoyées pour réduire la rébellion du adjoint au sein du MNC, ramené à Léo- I’
Sud-Kasaï se livrent à un massacre des poldville où i l est sévèrement battu le
populations civiles 2 Bakwanga (Mbuji- devant des correspondants étrangers. * sc
Mayi), ce qui le discrédite. Transféré le 17 janvier 1961 du camp de
Kasa-Vubu met fin à ses Thysville (Mbanza-Ngunguj à Elisabeth-
fonctions le 5 septembre 1960 et nomme ville (Lubumbashi), fief de Tshombé, il 41
l’i
Joseph IlCo Premier ministre. Lumumba y est tué à son arrivée, sans doute par un d’
ne veut pas céder et démet à son tour le ministre katangais, Godefroid Munongo, m;
président de la République, puis cherche dans des circonstances qui n’ont jamais I
ne
été élucidées.
à obtenir le soutien du Parlement qu’il
obtient par des votes les 7 et 8 sep- Sa mort provoque de nom-
l l’a
l le
tembre. Mais à l’ONU, c’est Kasa-Vubu breuses manifestations aux Nations unies I cir
qui est reconnu détenteur d e l’autorité et dans les capitales européennes. me
légale au Congo. Le 14 septembre, le L’Union soviétique donne son nom à ser
colonel Mobutu met - apparemment - l’université qui forme 5 Moscou les étu- fidl
les deux adversaires d’accord en char- diants du tiers-monde. Lumumba reste
geant un << collège des commissaires >> toujours considéré comme un martyr d e mo
d’assumer les responsabilités gouverne- l’impérialisme dans la majorité des pays ne i
mentales. Mais il place Lumumba en ex-colonisés. Le mythe est tellement fort s’e,
résidence surveillée. P e n d a n t cette que Mobutu lui-même n’a pas manqué me i
période, un débat international s’instaure
pour définir le futur du Congo, l’URSS,
le Ghana et le bloc afro-asiatique étant
favorables à l’ex-Premier ministre, les
pays occidentaux 2 Kasa-Vubu et à
de vouloir le récupérer en le proclamant
héros national : l’anniversaire de sa mort
est officiellement fêté depuis 1967.
Mort depuis plus de trente-
cinq ans, il a inspiré des hommes poli-
I I
gén
son
ras5
en I
de ’
Mobutu.
Soupçonnant l’existence
d’un complot entre la CIA et Kasa-Vubu
tiques comme Antoine Gizenga, Pierre
Mulélé, Gaston Soumialot, Christophe
Gbénye, pour n’en citer que quelques
l I96
Kas

I
l’ari
et pressentant son arrestation pour cause uns. II continue encore à marquer la pen- réot
d e trahison, Lumumba s’enfuit le sée de Laurent-Désiré Kabila, ancien l’api
27 novembre avec sa femme, son enfant commissaire politique lumumbiste de P
et deux collègues tentant de rejoindre (< tombeur de Mobutu D et ilouveau chef

Stanleyville oh Antoine Gizenga, son de I’Etat congolais. I la (<


Stan
i 24 n
assu
e Joseph-Désir6 Mobutu Sese Seko Kuku Répi
Ngbendu wa za Sanga En rt
(1930-1997) tête c
J.-D. Mobutu est né à Lisala, dans la
province de 1’Equareur le 14 octobre
exerce des fonctions administratives et
en sort sergent.
I bien
1930. Après des études primaires et
secondaires effectuées dans des écoles
Employé comme éditoria-
liste à L’Avenir et Actualités africaines à i natioi

religieuses, il entre dans la << Force


publique >> de l’armée coloniale congo-
Léopoldville, il étudie et travaille ensuite
à Bruxelles. II y rencontre Patrice l (16)J;
(17)A
(18) v
laise où i l restera jusqu’en 1957. I1 y Lumumba dont il dirige le bureau du
l
I
(‘9) Lì
I
l

e. Mouvement national congolais (MNC- capable de mettre fin à l’anarchie san-


ur L). Ses adversaires estiment qu’il fut en glante du Congo. Son image est bonne,
es

II
même temps agent de la sécurité belge, e t Afrique contemporaine s’en fait
,e puis de la CIA américaine. Délégué du l’écho : << I1 y a enfin la réputation
er MNC-L pour les questions économiques d’intégrité personnelle, de modération et
es à la conférence d e la Table ronde du de bon sens du général Mobutu )> (16).
lis I d é b u t d e l’année 1960 qui traite d e Mais il ne faut pas plus de six mois pour
0- l’indépendance du Congo, il sera même que le modéré Mobutu montre son vrai
tu le secrétaire particulier de Lumumba à visage : le procès bâclé et la pendaison I
‘S. son retour au Congo. publique des << conjurés d e la Pente-
de Au sein du gouvernement côte D, dont l’ancien Premier ministre
h- q u e dirige Lumumba au moment d e Evariste Kimba, scandalise le monde
il l’indépendance, Mobutu est secrétaire entier.
In d’Etat. I1 est ensuite nommé chef d’état- L e général Mobutu va
O, major de l’armée avec le grade de colo- alors concentrer progressivement le pou-
lis
nel. En juillet et août 1960, lorsque voir entre ses mains. I1 réduit le rôle du
l’armée se rebclle, il se déplace dans tout Parlement et, en 1967, crée un parti Afrique
11- le pays pour restaurer le moral et la dis- unique, le Mouvement populaire de la contemporaine
es No 183
cipline des troupes. I1 en profite égale- révolution (MPR), e t promulgue une 3ntrimestre 1997 I
S. ment pour se rendre populaire et favori- nouvelle Constitution. Les deux révoltes ....-.
..: . I

à ser les hommes et les unités qui lui sont des mercenaires, en 1966 et 1967, lui faits et documents - ’*’
U- fidèles. donnent l’occasion d’épurer l’armée. En . .:.,-
te L e 14 septembre, à u n 1968, il décapite les restes de la rébellion 97
i*.
-*i

le mois de son trentième anniversaire, i l << lumumbiste >> en faisant exécuter Pierre
YS neutralise Kasa-Vubu et Lumumba qui Mulélé, auquel il avait pourtant promis
rt s’entre-déchirent pour le pouvoir et il l’amnistie.
1, lé
nt
irt

e-
li-

re
I
I
met en place un collège de commissaires
généraux composé d’universitaires. C’est
son premier coup d’Etat. Puis il se débar-
rasse de Lumumba en le faisant arrêter et
en le livrant aux forces sécessionnistes
de Tshombé qui l’assassinent (janvier
1961). I1 est nommé par le président
Avec la stabilité et le prix
élevé du cuivre, suivra u n e période que
l’on peut considérer comme faste pour le
pouvoir. La réforme monétaire de 1967
accélère la reprise économique et le taux
d’accroissement du PNB est supérieur à
8 % à partir de 1969. Cela ne durera pas.
le Kasa-Vubu commandant e n chef d e A y a n t atteint I’âge d e
2.5 i l’armée en janvier 1961 et s’emploie à la 40 ans en octobre 1970, Mobutu peut
n- I
réorganiser. I1 l u i faudra cependant être constitutionnellement élu (17). C’est
:n l l’appui de mercenaires et de commandos chose faite dès la fin du mois ‘ I

te I de parachutistes belges pour mettre fin à (31 octobre-lCrnovembre). I1 développe


ef 1 la << République populaire du Congo )> de alors le culte de s a personnalité, avec
I
Stanleyville en 1964. une forte connotation religieuse, deve-
Par le coup d ’ E t a t du nant pour ses compatriotes le << Guide de
I 24 novembre 1965, Mobutu déclare la Révolution )>, voire le << Messie D ou
I assumer les fonctions de président de la le << Sauveur )> (18). En octobre 197 I ,
l République pour une période cinq ans. commence l a campagne << d’authenti-
En réalité, il restera trente-deux ans à la cité B avec notamment l’africanisation
tête de I’Etat ... des noms (19) : le Congo devient Zaïre
It Le coup d’Etat est plutôt et les Zaïrois, même catholiques, doivent
bien accueilli par la communauté inter- abandonner leurs prénoms chrétiens et se
1-
nationale qui voit dans Mobutu l’homme doter d’un << postnom )> africain. Joseph-
I
à
e
e I (16) Janvier-février 1966. n” 23. D. 7.
(17j Article 21 de la Constitution’de 1967.
(18) Voir Document nu 4, p. .I13.
U
lI (19) Les noms des grandes villes avaient Cté changés dès 1966.
Désiré Mobutu devient Mobutu Sese pas poursuivie longtemps et s’achèvera
Seko Kuku Ngbendu wa za Banga (20). en novembre 1986, avec le limogeage du
Une grave crise éclate alors avec 1’Eglise Premier ministre Kengo w a D o n g o ,
catholique, seule force réelle d’opposi- rendu d’autant plus facilement respon-
tion. Le cardinal Joseph Malula est exilé, sable des difficultés que la population le
les mouvements de jeunesse catholiques considère comme G étranger >>.
sont supprimés et, en 1974, les écoles
confessionnelles sont nationalisées. Un Réélu en 1977 et en 1984
compromis sera finalement trouvé. (pour 7 ans), Mobutu se voit contraint,
A partir de 1975, la chance en 1990, à la suite de graves troubles
i
commence à échapper à Mobutu quand il politiques, économiques, sociaux et uni-
s’engage dans la guerre civile angolaise versitaires, d’accorder un certain nombre
aux côtés du perdant, Rqberto Holden, de réformes, dont le multipartisme. Une
que l’économie s’effondre avec la baisse fois de plus, il tente de couper l’herbe
sous les pieds de l’opposition en faisant I
des prix des matières premières et que I
ses relations avec l’occident se détério- l’autocritique du régime. A l’occasion
II: . Afrique rent gravement. d’une large campagne de << consultation r
populaire >>, il parcourt le pays en tous h
contemporaine Malgré la dictature et les
I
il
No183 sens et prononce, le 24 avril, un discours I
I I
38trimestre 1997
répressions brutales, l’opposition se
A. relativement libéral qui suscite un grand II
:.%:,‘i
<i maintient et agit. Le Shaba est envahi à C
faits et documents deux reprises en 1977 et 1978 par des espoir dans la population. Mais il ne joue
I‘ pas véritablement le jeu, f r e i n e l e s a
?y%;>. Zaïrois exilés et la France se porte au C.
réformes (23), s’efforce de revenir sur
98 secours du maréchal (21) à Kolwezi. En n
Í 1978, une tentative de complot se solde
ses concessions, divise l’opposition.
Mais le (( nerf de la guerre D, l’argent, h.
par une centaine d’arrestations et treize Ct
commence à lui manquer : I’économie
exécutions. En 1980, la lettre ouverte des K
minière, principale source de revenus du
<( Treize >>, dont Etienne Tshisékédi, cri-
régime et de son chef, s’effondre (24). Z
tique le régime et demande le multipar-
P‘
tisme (22). L a répression est sévère, Suivent alors des années sa
même si elle ne donne pas lieu à des troublées, avec pillages et massacres à cl‘
exécutions comme précédemment. Kinshasa en 1991 et 1992, révolte d e ré,
E n 1981, Nguza Karl-i- l’armée en 1993 par suite du paiement o 11
Bond s’exile en Belgique d’oii il dirige des soldes avec une monnaie non accep- Pl.
l’opposition extérieure iì Mobutu. tée par les commerçants, chute drama- au
L’Eglise catholiquc, quant 5 elle, restera tique des exportations, déliqucscence de efl
toujours critique à I’égard du régime. l’autorité gouvernementale au niveau de
L’africanisation, la natio- provincial ... Dans ce chaos, la Confé- Mi
nalisation de l’industrie (Union minière rence nationale, à laquelle succède le sh;
du Haut-Katanga en 1967) et de la pro- Haut Conseil de la République-Parle- .Pa
priété foncière renforcent la grave crise ment d e transition (HCR-PT), ne par- Ka
économique. La corruption et les détour- vient pas réellement à traduire concrète- Prc
nements de fonds sont monnaie courante ment les aspirations démocratiques de la 7s
et le Zaïre finit par détenir la dette la population. C’est l’époque des imbro- Mo
plus élevée d’Afrique. Mobutu fait alors glios, où deux gouvernements rivaux et
appel au FMI, qui impose une politique deux Parlements distincts peuvent se dis- idé,
économique drastique. Celle-ci ne sera puter le pouvoir ... ticil
sen
(20) De multiples traductions de ce nom ont été doiinCes (a celui qui vole de victoire en victoire et sème la
disdation sur son passage >>, le coq auquel aucune poule ne résiste n, éternité >>...). Dans ses entretiens
mol
(( ((

avec J.-L. Remilleux (DignitCpour /‘Afriq!ie, Albin Michel, 1989. p. 1IS). Mobutu declare que Sese est le
synonyme de Mobutu, que Kuku Ngbendu signifie (I poivre vert et que Seko est le nom de son grand père.
))

(21) Titre que Mobutu s’est octroyé en 1983.


(22) Voir Document ni’ 5. p. 114.
(23) C’est ainsi qu’il tente dans u n premier temps d’imposer un tripartisme ICgal. avant d’accepter le multi- Coni
partisrne intégral. (26)
(24)Voir l’article de Robert Giraudon dans ce numtro. (27)
I
I
I
.vera l La << transition démocra- nalisme/anticolonialisme verbal virulent.
~ :edu i tique >> est officiellement prolongée pour De tout ceci, découle la mise en place
~ “0, I deux ans en juillet 1995 en vue de I’orga- d’un parti unique, la suppression du
pon- l nisation des élections générales et du fédéralisme, la création d’un Etat uni-

I jn le
i
I
référendum constitutionnel prévus pour
mai 1997. En novembre d e la même
taire, et surtout la suprématie absolue du
<< père de la nation D, dont les actes n’ont
année, Mobutu fête le trentième anniver- pas à etre justifiés. Mais cette << daube
‘ I984
aint,
bles
saire de son accès au pouvoir et semble
redevenir l’interlocuteur << incontour-
idéologique P pouvait donner d’étranges
résultats, dont l’e abacost D (25) était
1 uni- nable P de l’Occident. Mais le temps du peut-être le symbole le plus voyant.

i
<< dinausaure >> est en réalité compté. Mobutu n’hésite pas non plus à revendi-
1
nbre
Une Gravement malade depuis quer l’héritage de Lumumba, qu’il pro-
xbe 1996, souvent absent de son pays, usé clame héros national en 1966 (26).
sant politiquement, Mobutu n’est plus que Sur le plan politique,
1 sion mollement soutenu par ses amis franco- Mobutu a profité des nombreuses luttcs
tion I phones. Par contre, il est devenu le tyran intestines qui opposaient les politicieris
.aus i abattre pour ses voisins d e l’Est. entre eux (Kasa-Vubu et Lumumba, par Afrique
)Urs I L’Ouganda et le Rwanda, en particulier, exemple) et joué avec les hommes en les
contemporaine
Na183
’ -and lui reprochent d’avoir fait preuve d e favorisant, puis en les excluant et, enfin, 3’ trimestre 1997 I
oue c o m p l a i s a n c e envers les ex-Forces en les reprenant iì son service. D’une
faits et documents
.;..
‘..’**‘.,.
les armées rwandaises q u i encadrent les manière générale, la rotation accélérée ’

sur camps d e réfugiés de l’est du Zaïre et des postes, à tous les niveaux élevés de
on. I menacent la sécurité de leurs frontières.
Mobutu ne peut rien faire contre I’avan-
responsabilité, combinée à u n e 99 ’

I
:nt, (< jachère D quasi systématique (entre
#nie cée spectaculaire de Laurent-Désiré deux fonctions, les cadres supérieurs res-
du l Kabila soutenu par la quasi-totalité des tent souvent sans affectation pendant de
1. Zaïrois, ceci B partir d’octobre. L’armée, longues périodes) faisait partie du sys-
peu ou pas payée, fuit devant I’adver- tème : princes, comtes e t barons n e
ées saire, non sans avoir pillé les villes devaient pas avoir le temps de se créer
S à qu’elle abandonne. Par pans entiers, le des fiefs (27). En contrepartie, ilne leur
de
ent
I régime s’effondre, et les ralliements plus
ou moins sincères à l’Alliance se multi-
était pas interdit de se constituer une.. .
<< épargne de précaution D. Sans scru-
eP- plient. Refusant tout d’abord de céder pules, Mobutu n’a pas hésité ifaire tor-
na- aux injonctions de Kabila ainsi qu’aux turer, assassiner ou exécuter ses compa-
de 1
efforts diplomatiques du président Man- triotes : Lumumba en 1961, les << conju-
.au d e l a et des puissances occidentales, rés de la Pentecôte >> en 1966, Mulélé en
fé- Mobutu finit cependant par quitter Kin- 1968... D’autres ont été condamnés à
le I shasa le 16 mai 1997 pour le Maroc en mort puis graciés. Pour ce genre d’activi-
I
le- passant par le Togo. Laurent-Désiré tés, Mobutu avait mis en place des ser-
ir- Kabila prend le pouvoir le 28 mai par sa vices ad hoc, dont la fameuse Division
te-
la l prestation de serment. Mobutu meurt le
7 septembre 1997 i l’hôpital militaire
spéciale présidentielle (DSP), mais aussi
d’autres moins connus : le Service des
0- Mohammed V de Rabat. renseignements militaires et d’action >>,
et Le <( mobutisme est une dissous en 1986 B la suite d’un rapport
is- idéologie fondée sur la notion d’authen- cinglant d’Amnesty International, puis
ticité, le culte quasi mystique du chef, le de l’Agence nationale de documentation.
la
11s
le
i sens de la communauté, le féminisme, la
modernisation économique, et un natio-
On n e prête jamais qu’aux riches : la
rumeur attribue à Mobutu la responsabi-
I
2.
(25) Contraction de (c h.bas le costume occidental s,. II s’agit d’un vêtement rien moins qu’africain, totaleineut
I- 1 Conférence nationale en abolisse l’usage.
(26) Un monument, jamais achevé, sera EdifiC en son honneur à Kinshasa.
-
inadapté au climat, que se devaient de porter tous les cadres masculins et ils le portaient - jusqu’à ce que la

(27) La région de Kisangani a ainsi connu 46 ou 47 gouverneurs successifs entre l’indépendance et 1990.
I
1
I

lité de nombreux décès jugés suspects, probable que cette fortune, dont la source
comme celui du cardinal Joseph Malula, principale s’était tarie avec I’effondre-
qui aurait été empoisonné, et même celui ment de la Gécamines, a été très large-
d’Antoinette, la première femme du Pré- ment écornée au cours des dernières
sident, qu’il aurait lui-même battue à années, Mobutu devant personnellement
mort. faire face à certaines dépenses, comme le
Sur le plan économique, i l paiement de la solde des militaires d e sa 1

a exploité, à l’encontre de l’intérêt de ses Division spéciale présidentielle. 5

concitoyens, les richesses d e son pays, I


Pour pouvoir a manger n le gâteau, i l Sur le plan international, l
malgré son mépris des anciens colonisa-
diminua tout d’abord l’importance des 1
holdings internationaux belges pour faire teurs, il s’est attiré tout de suite le sou- L
tien des puissances occidentales, et sur-
appel aux banques occidentales e’t’aux
tout des Etats-Unis, qui le considéraient i
L
multinationales qui n’avaient pas été C
mêlées à la colonisation du pays, les comme le rempart contre le c o m m u -
nisme en Afrique. Quand on l’attaquait C
Afrique revenus de I’Etat provenant alors d e la h
vente des droits d’exploitation d e s s u r son non-respect d e s d r o i t s d e l
(i1(:
. contemporaine l’homme, sans vergogne, il menaçait d e I
richesses minières, des aides extérieures I
b:i N“ 183 se tourner vers l’URSS et les pays satel- S‘
p.<:,: et des impôts élevés touchant les sociétés

I
‘ih trimestre 3* 1997 lites et s’est rendu même en Chine et en I’
étrangères. En fait, la corruption a tou-
I faits et docmnenls jours été telle que très peu d’argent est Corée du Nord en 1973. Cette attitude dt
lui a permis d’obtenir de l’aide de tous P‘
rentré dans les caisses de I’Etat.
les côtés jusqu’à recevoir, sous le prési- PI
La fortune personnelle de
l’ex-président est u n e illustration fla-
dent Carter, la moitié d e l’aide améri- I CI
caine accordée à l’Afrique au sud d u P‘
grante de cette politique. Selon le Firzan- so
Sahara contre des services rendus à la ,
cia1 Tinies (mai I997), cette fortune pla- se
C I A . Malgré d e nombreuses c r i s e s
cée à I’étranger, équivaudrait pratique- 1 tic
graves, l’appui occidental lui restera tou-
ment à la dette extérieure du Zaïre, soit 9 de
jours plus ou moins acquis, même dans
milliards de dollars (28),I8 % (en 1991)
du budget de 1’Etat étant prélevés pour
la période récente où plus personne ne
pouvait avoir d’illusions sur sa dictature.
lI P“
de

1
alimenter directement ce qu’on appelle Ré
la <( cassette présidentielle s. L’ancien Mobutu laisse donc à son Qu
Président serait également propriétaire successeur une situation catastrophique fus
I‘ d’immenses plantations, d e banques, dont il est pleinemcnt responsable. On Co
compagnies d’assurances, d’entreprises
commerciales. Des quantités variables
constate, en effet, depuis longtemps au
Zaire, l’existence de la faim, du dévelop- I trai
à I;
d’or et de pierres précieuses étaient pré- pement exponentiel du sida, d’une infla- I Pa1
levées directement dans les exploitations tion galopante et d’une dette extérieure pr6
minières en sa faveur. I1 est cependant faramineuse. l une

e Mgr Laurent Monsengwo Pasynia l


(1939-) Q
Mgr Monsengwo est né le 7 octobre à l’université nationale du Zaïre jusqu’en Il
1939 à Maï-Ndombé, dans la province I975 et enfin à la faculté d e théologie Né 1
actuelle du Bandundu. I1 entre au petit
séminaire de Kabwe (Kasaï), puis pour-
suit ses études religieuses B Rome. II est
catholique de la capitale jusqu’en 1980.
Pendant la même période, il représente
I’épiscopat auprès de I’Etat zaïrois en i vin,
Mu I
adn-
ordonné prêtre le 21 décembre 1963.
II est nommé professeur à
1975-1976,est ensuite nominé secrétaire
général de la Conférence épiscopale,
l 194
l’université Lovanium de Kinshasa, puis puis évêque auxiliaire d’Inongo (1980)
l
I
(29)’
(30) (

1
rolse5
(28) D’autres évaluations sont plus modestes. donnant le chiffre de 4 milliards de dollars. P. 15’

E
m
I
l

ource par Jean-Paul II. En 1984, il devient devient effective en janvier 1996. Parti-
ndre- archevêque d e Kisangani. A cette san d’une << troisième voie )> n’excluant
‘arge- époque, il se fait le défenseur auprès de pas Mobutu et s’appuyant sur les modé-
ières Rome de la zaïrianisation du rituel de la rés des deux camps, il ne pouvait que
:ment messe, et obtient gain de cause en 1988. déplaire aux radicaux de tous bords.
me le Mais comme le cardinal Malula, figure Dans leur déclaration dite
de sa emblématique de I’Eglise zaïroise, il sait de Libreville, en mai 1997, les six chefs
garder ses distances avec le régime. A la d’Etat francophones d’Afrique centrale,
mort d e celui-ci, on s’attend à ce qu’il I
onal, réunis dans cette ville à l’initiative d e
inisa-
l lui succède au cardinalat. Mais c’est à Mobutu, demandent aux institutions zaï-
Mgr Etsou, beaucoup moins indépendant
i
sou- roises de nommer un président à la tête
d’esprit, qu’échoit cette dignité. du HCR-PT (29) pour assurer l’intérim
sur-
Devenu président de la du chef de 1’Etat en cas de vacance du
aient
)mu- I Conférence épiscopale du Zaïre, il parti- pouvoir (selon l’Acte constitutionnel de
quait 1 c i p e à la Conférence nationale que la transition démocratique). Lors de la
i de I Mobutu a f i n i par convoquer en août séance plénière du HCR-PT du 10 mai,
i t de 1991, et, devant l’incapacité dc celle-ci à Mgr Monsengwo en est élu président, Afrique
I s’organiser, annonce le 20 septembre que mais sans la participation des partisans contemporaine ,
atel-

I
No 183
9 en I’Eglise catholique s’en retire. Ce coup de Tshisékédi, absents, devenant ainsi, 3’ trimestre 1997 I
tude de semonce produit sans doute ses fruits, aux yeux d e certains, notamment la -....:.‘.,:..
..
puisqu’il est élu le 12 décembre 1991 France et la Belgique, un successeur pos- faits et documents
tous
rési- président du bureau provisoire d e la sible du président Mobutu. L.-D. Kabila .J-::;,
iéri- l Conférence nationale puis, en avril 1992, réagit très négativement. Séjournant
alors à Rome, Mgr Monsengwo ne donne
101
1 du président d e la Conférence nationale
à la souveraine (CNS) avec l’appui de Tshi- pas de réponse dans l’immédiat. Malgré
ises sékédi, et à la grande joie de la popula- I’écho favorable de cette nomination sur
I tion de Kinshasa. Au terme des assises le plan international, l’avancée des
tou-
d e la CNS, à l’occasion desquelles il troupes de Kabila et sa prise de pouvoir,
ll
lans
: ne p r o n o n c e u n discours remarqué, i l règlent la question d e manière définitive.
Ure. devient président du Haut Conseil de la Mgr Monsengwo est res-
République (HCR) en décembre 1992. pecté de ses compatriotes et de la com-
son
que
I Quand le HCR et l’Assemblée nationale
fusionnent, i l devient président du Haut
munauté internationale. Homme d e
conviction, bon négociateur, ayant le
On l Conseil d e la République-Parlement de sens d e I’Etat, i l n’a cependant pas
au l
transition (HCR-PT). Mais il est contesté, d’ambition politique personnelle. I1
OP- à la fois par l’opposition radicale menée aurait donc pu jouer un rôle important
fla- l par E. Tshisékédi et par la mouvance dans u n e phase de transition démocra-
% ,

I’ ,
Ure présidentielle, qui votent en juillet 1995 tique. Mais sait-on c e que lui réserve
une motion réclamant sa démission, qui l’avenir ?

e . Pierre Mulélé (30)


en (1929-1968)
:ie Né en I929 dans le Kwango-Kwilu (pro- et son esprit indépendant. II achève alors
{O. vince actuelle du Bandundu), Pierre ses études dans ce que l’on appelait alors
ite Mulélé est un brillant élève puisqu’il est une << école moyenne )> où l’on formait
en admis au séminaire de Kinzambi. Vers des fonctionnaires et des employés.
ire 1947, il en est chassé pour son indocilité
!e,
O) i (29) Mgr Monsengwo n’avait pas ét6 remplacé après sa démission.
I (30) Cette notice est largement inspirée de <( Pierre Mulélé (1929-1968). la demière victime des rébellions zaï-
I
roises )>, par Herbert Weiss, iri : Les Africains, Charles-André Julien (dir.), I. VI. Jeune Afrique, Paris, 1983,
p. 159-189.
I !
Après son service militaire naliser l’université de Lovanium, véri-
dans la force publique, il travaille dans les table bastion catholique, devenant ainsi
services des travaux publics à Léopold- l’une des bêtes noires de I’Eglise. I1
ville. I1 consacre ses loisirs à étudier, apparaît comme un homme secret, froid,
s’intéressant particulièrement à la littéra- bon organisateur et i l est considéré
ture marxiste. II milite au syndicat des c o m m e le plus ? gauche
i du cabinet
fonctionnaires, I’ APIC (Association du Lumumba.
personnel indigène de la colonie), et repré- Lors de la crise qui oppose
sente les travailleurs congolais de son Kasa-Vubu et Lumumba, et qui culmine
administration à la direction du syndicat. en septembre, le PSA reste fidèle 2 ce
En même temps, il participe aux activités dernier et Gizenga quitte Léopoldville
de l’Association d’aide mutuelle des origi- p o u r Stanleyville (Kisangani) oÙ I
naires d e la région de Kwango-Kwilu. Lumumba, en fuite, tente de se réfugier I
Plutôt que d’adhérer à l’un des partis poli- avant d’être arrêté puis assassiné. Mulélé, (
tiques nouvellement créés, I’ABAKO de qui a rejoint en route le Premier ministre t
Kasa-Vubu et le MNC de Lumumba, il destitué, est témoin de son arrestation. I
Afrique fonde à Léopoldville, avec Antoine Très rapidement, Mulélé I
contemporaine Gizenga et Sylvain Kama, le Parti soli- I
N”183 part au Caire représenter le c gouverne-
3etrimestre 1997
daire africain (PSA), en février 1959, tout ment >> que Gizenga a établi à Stanley- 1
j u s t e après les émeutes du début de ville. II obtient sa reconnaissance par la S
faits et documents l’année. Malgré sa vocation nationale République arabe unie (février 1961), d
affirmée, le PSA restera un parti régional, puis par d’autres pays. d
102 implanté essentiellement au Kwilu, dont Après l’assassinat d e
sont originaires ses fondateurs. Malgré les Lumumba, le MNC, le PSA et le CEREA F
divergences au sein du parti, une alliance (Centre de regroupement africain) parti- II
est passée avec I’ABAKO pdur un << plan
cipent à un << conclave D organisé à I’uni- si
fédéral du Congo s. ti
versité de Lovanium (22 juillet-:! août
Prévoyant une lutte pour 1961) sous les auspices des Nations tL
l’indépendance longue e t difficile, unies. A. Gizenga et d’autres leaders se SI
Gizenga et Mulélé, les deux principaux rapprochent du gouvernement central, P
responsables du PSA, partent à I’étranger IC
dirigé par Cyrille Adoula, et A. Gizenga
pour obtenir l’aide nécessaire SI l’avenir redevient même vice-premier ministre. P’
d u mouvement nationaliste ; ils ne Mulélé, toujours au Caire, désavoue di
reviendront qu’en mars 1960. Mais les Gizenga. Mais, le << gouvernement >> d e fa
événements se sont accélérés. Pendant Stanleyville s’étant dissous, il ne repré- Pi
leur absence, le PSA, représenté par sente plus guère que lui-même. II part ta
ClCophas Kamitatu, participe efficace- pour la République populaire de Chine er
ment à la conférence de la Table ronde où il séjourne jusqu’au printemps O U 9‘
d e Bruxelles en janvier 1960. II rompt l’été 1963 sans qu’on entende parler de au
alors l’alliance conclue précédemment lui. Rentré au Zaïre, il s’installe dans sa PL
avec I’ABAKO, le PSA se rapprochant région natale et commence, de sa propre
des thèses des unitaristes. initiative, à y organiser la révolution.
Presque dès le départ, S’il ne participe pas à la 8
Gizenga et Mulélé sont les plus proches création, par les dirigeants lumumbistes
alliés d e Lumumba et ils deviennent radicaux, du Conseil national de libéra-
m e m b r e s d u premier gouvernement tion (CNL), en octobre 1963, à Brazza- N<
national, respectivement aux postes de ville, il en est toutefois nommé membre. Je.
vice-premier ministre et d e ministre de L e CNL prône l’action révolutionnaire, M
la Culture, alors que Kamitatu prend la et Mulélé apparaît comme un précurseur qu
présidence de la province de Léopold- à cet égard.
ville. On ne sait que peu de choses sur Dans le cadre d e ses
(3I
les activités ministérielles d e Mulélé, actions sur le terrain, il établit des camps en
sauf qu’anticlérical, il envisage de natio- et des écoles de partisans dans la forêt, mil
c
1

Sri- près de son village natal. On y enseigne populaire ; elle prendra totalement fin en
nsi une doctrine révolutionnaire visant à ren- 1970.
. I1 verser le gouvernement existant et l’ordre
Mulélé reste avec ses par-

i
lid, social et en proposant I’autosuffisance, la
éré justice sociale et la perspective d’une tisans jusqu’à l’automne 1968, époque à
net << seconde indépendance D. Le mouve-
laquelle i l part pour Brazzaville pour
!
ment rebelle se caractérise par son option aller chercher un soutien auprès du gou-
I
rurale et par un goût certain pour I’orga- vernement progressiste d e Marien

i
ose Ngouabi. Ayant reçu une offre d’amnis-
ine nisation, c e q u i ne l’empêche pas d e
jouer sur les croyances traditionnelles. tie du ministre zaïrois des Affaires étran-
ce gères, Justin Bomboko (31), au nom du
ille Le gouvernement provin-
général Mobutu, i l accepte de se rendre à

ier l cial envoie.la police et des unités d e
l’armée pour essayer de capturer Mulélé.
Kinshasa. I1 y est reçu avec les honneurs,
puis après quelques jours est arrêté. Le
Aé, I Celui-ci est alors obligé de se déplacer
en permanence, c e qui l’empêche d e 8 octobre, la radio officielle annonce
)tre qu’il a été condamné pour assassinat,
poursuivre la formation de ses cadres.
Par contre, il y gagne la réputation d’être viols, et autres crimes, et exécuté. Une Afrique
aé grave crise s’ensuit entre Brazzaville et
invulnérable et de pouvoir disparaître à contemporaine
ne- Kinshasa. No 183
‘Y- volonté. En même temps, la population 38trimestre 1997
la se mobilise et environ un demi-million Figure énigmatique, ..
L
.

d e personnes s e trouvent impliquées Mulélé a eu u n impact très important faits et documents


11,
dans la rébellion. dans son pays comme l’un des piliers de
de En quelque sorte débordé l’opposition lumumbiste à Kasa-Vubu et
3A par la rapidité de l’extension de la rébel- en tant que chef de la rébellion rurale du
..ti- lion, Mulélé ne parvient pas i contrôler Kwilu, qui aura un effet d’entraînement
ni- ses partisans, ce qui provoque des exécu- dans d’autres régions du pays (prise de
)ût l tions arbitraires et des entorses P la stra- Stanleyville par les rebelles de Gbénye).
ns 1 . tégie envisagée au départ. La discipline On sait fort peu de choses sur lui, sauf ce
se s e relâche et les préventions ethniques qui a découlé d e ses actes. Considéré
al,
prennent de plus en plus de place dans comme exceptionnellement dur, scep-
les sentiments des combattants, ce qui tique et pessimiste, il fut un idéologue du
ga I provoque des dissensions graves au sein socialisme révolutionnaire, apparaissant
re. i

ue du mouvement. L?approvisionnement se ainsi en avance sur son temps. Le seul


I faisant très difficile, les villageois gagnés véritable révolutionnaire congolais, selon
de l
-6- par la révolution << vivent sur I’habi- certains commentateurs. Des mythes se
Irt tant D, et leurs exactions n’ont rien à sont développés autour d e son nom :
ne envier à celles d e l’armée. Après invulnérabilité, possibilité de se transfor-
3U
1 quelques opérations ponctuelles menées mer en animal ... Ils ont longtemps per-
de au début de 1964, la rébellion s’essouffle duré faisant de Mulélé une personnalité
sa par suite du déclin rapide d e l’appui charismatique indéniable.
I
)re !

la 0 Jean Ngura Karl-¡-Bond


es
a- (1938-)
a- Né en 1938 à Musamba, au Katanga, puis 3 Elisabethville (Lubumbashi), et a
-e. Jean Nguza Karl-i-Bond est un parent de ensuite travaillé comme speaker à Radio-
‘e, Moïse Tshombé. II a tout d’abord fré- Elisabethville pendant quatre ans (1957-
ur quenté les écoles des missions à Likasi, 1960) avant d’entrer 5 l’université de

es I
(31) Justin Bomboko a été ministre de Lumumba, président du Collège des commissaires installé par Mobutu
PS en septembre 1960. ministre d‘Ilé0 et d’Adoula. Sous Mobutu, entre deux disgrâces, il est h plusieurs reprises
31,
I ministre des Affaires étrangères, ambassadeur 1 Washington et 1 Bruxelles.
I
I

l
Louvain en Belgique dont il sort diplômé nombre de ses sympathisants, voire une
en relations internationales en 1964. I1 se large partie de l’opinion, pour laquelle il
targuera toujours de sa qualité d’intellec- devient le << caméléon D. Mobutu en pro-
tuel : << Intellectuel j e suis, intellectuel je fite pour lui rendre ses faveurs et le D’
demeurerai, a v e c ou sans fonctions nomme à nouveau ambassadeur à Eti
publiques s (32). Washington (1986 à 1988), puis, pour la 19.
OCC
De retour au Congo, il fait quatrième fois, ministre des Affaires
partie pendant quelques mois du cabinet étrangères. Ses ennemis le considèrent 1

de M , Tshombé, alors Premier ministre comme l’homme des Américains. I


Pa>
l’u
du gouvernement central, avant d’être En juin 1989, il se rend en Lé(
n o m m é conseiller à l’ambassade du Afrique du Sud où il s’entretient avec le I

-- C o n g o à Bruxelles (1964-1966). I1 en
président Botha. I1 demande alors 2
cot
devient ensuite représentant de son gou- I’Organisatio-n de l’unit6 africaine d e I
vernement auprès de l’Union minière du revoir la stratégie d’isolement d e la I
Haut-Katanga (1 965-1966), puis , 19t
République sud-africaine, mise en œuvre
conseiller d e la délégation congolaise cor
par cette organisation régionale, dont il
I s’er
auprès des Nations unies (1966-1968). estime les résultats catastrophiques.
Sa carrière diplomatique En septembre 1989, à la ! kas
mit

II
3etrimestre i997 se poursuit avec sa nomination comme suite d’une nouvelle mésentente avec le 14 :
ambassadeur auprès des Nations unies à président Mobutu, il part vivre à l’étran- ser
faits et documents G e n è v e (1 970-1972) puis comme ger dont il revient en novembre 1990 non
ministre des Affaires étrangbres (1972- pour diriger l’Union des fédéralistes et mis
1974). Renommé à cette fonction en des républicains indépendants (UFERI). tice
1976, i l e s t quelques mois plus tard I1 se déclare alors candidat aux élections go LI
arrêté, jugé et condamné à mort pour tra- présidentielles que Mobutu a promises 196
hison, accusé d’avoir été prévenu de la pour décembre 1991 (33). En novembre I
première invasion du Shaba, mais 1991, il devient Premier ministre pen- I POU
I’ar

i
Mobutu commue sa peine en emprison- dant six mois et participe activement à la Lun
nement à vie, peut-être sous la pression Conférence nationale du mois d’août. En mis:
des Etats-Unis et de la Belgique. 1993, il devient ministre de la Défense. veri
Relâché le 14 juillet 1978, Par suite d e ses nom- un F
i l est nommé à nouveau ministre des breuses volte-face vis-à-vis de Mobutu, 196
Affaires étrangbres le 6 mars 1979, puis Nguza Karl-¡-Bond est u n personnage Mult
Premier ministre de 1980 i , 1 9 8 1 . En très controversé, généralement considéré 11 P
avril 198 1, ne s’entendant pas avec comme un opportuniste, son opposition d’ad
Mobutu, il profite d’un voyage en Bel- étant considérée comme de façade. A ces 196.’
gique pour démissionner. De Bruxelles, reproches, il répond que, pour servir son circc
i l mène une campagne virulente contre le pays, il est nécessaire de s’entendre avec de 1‘
président de la République, l’accusant de le pouvoir en place. Originaire du Shaba, I pend
corruption e t d e dictature. Auteur en
1982 d’un ouvrage intitulé Mobutu ou
poumon économique du pays, il y est
soutenu par de nombreux partisans. L e
i de l u
I ’incarnation du nia1 zaïrois, il y raconte 13 décembre 1993, il est aux côtés du
I s’ou.
son arrestation, les tortures qu’il a subies gouverneur du Shaba lorsque celui-ci Mob
et sa détention. Pendant cette période, il proclame l’autonomie totale de la pro- nom
organise et coordonne l’opposition exté- vince. Mais il s’en désolidarise quelques Affar
rieure au régime mobutiste. jours plus tard. En juin 1994, il est hos- la JU
A la suite d’une amnistie,
i l rentre au Zaïre en juin 1985 et parti-
pitalisé en Afrique du Sud à la suite
d’une attaque cardiaque. Selon certaines l d’Et;
scier
cipe à la célébration du 25e anniversaire
d e l’indépendance, ce qui lui aliène
informations, i l demeure toujours dans
ce pays. l Terri

tique
(32) Nguza Karl-¡-Bond, (III clvertir pour le zclïre, Vie ouvrikre, Bruxelles, 1985. p. 149. révo
(33) Elles seront constamment repoussées. 1967

c 1
i
Dire une e Etienne Tshisékédi wa Malumba
quelle il (1932-)
en pro-
rs e t le D’ethnie luba et fils d e catéchiste, taire national pendant quelques mois en
deur à
pour la
Iffaires
i Etienne Tshisékédi est né le 14 décembre 1968. Ambassadeur au Maroc de 1969 à
1932 à Luluabourg (Kananga), au Kasaï 1970, il devient ensuite vice-président de
occidental. l’Assemblée nationale. Pendant toutes
ii dèren t II est scolarisé dans son ces années, il j o u e un rôle essentiel
pays et à la fin des années 1950, étudie à auprès de Mobutu, dont i l passe pour le
l’université catholique d e Lovanium à confident : il est l’un des auteurs, sinon

i
end en
Léopoldville oÙ il obtiendra le doctorat le principal, de la réforme constitution-
ivec le
en droit en 1961. C’est le premier nelle et de la réforme administrative.
lors à
Congolais titulaire de ce diplôme. II prend ensuite du champ
¡ne d e
II entre en politique dès par rapport au régime, redevenant le
d e la i
1960 et soutient le Mouvement national directeur de 1’Ecole d’administration, En
œuvre
dont il
I
congolais de Patrice Lumumba mais 1980, c’est la rupture. I1 est l’un des
s’en sépare pour suivre le leader sud- << Treize D, ces parlementaires qui, daris Afrique w
>.

9, à la I kasaïen Albert Kalonji. Après le pre- une lettre ouverte de plus de cinquante
mier c coup d’Etat n d e Mobutu, le pages au chef de I’Etat, lui demandent d e
contemporaine
No103
ivec le
‘étran-
I 14 septembre 1960, qui vise iì neutrali- réformer son régime e t d’instaurer le
s e r Lumumba et Kasa-Vubu, i l e s t multipartisme. Ces iconoclastes sont
38trimestre 1997

fails et documents
A.‘:,;
.’
1990 nommé membre du Collège des com- déchus de leur qualité de député, empri-
;tes et missaires - il est responsable d e la Jus- sonnés et bannis dans leurs villages.
:ERI). I 105
tice - qui va exercer les responsabilités Tshisékédi qui milite pour le multipar-
ctions
mises
:mbre
I
l
gouvernementales jusqu’en février tisme fonde, en 1982, l’Union pour la
1961. Certains laissent entendre qu’il démocratie et le progrès social (UDPS)
pourrait avoir été c o m p r o m i s d a n s qu’il dirige ensuite.
. pen- l l’arrestation et l’exécution d e Pendant cette période, et
it à la
l
Lumumba. Lorsque le Collège des com- malgré l’amnistie de 1985, Tshisékédi
it. En missaires laisse la place au second gou- est arrêté douze fais pour ses activités
me. vernement IlCo, il refuse prudemment politiques et même battu par la police
nom- ! un poste au Kasaï où, bientôt (le 8 avril alors qu’il essaye de parler à un groupe
butu, I 1 9 6 1 ) , Kalonji s e f a i t c o u r o n n e r d e membres du Congrès américain.
nage I Mulopwe (chef) d’un éphémère empire. Après u n e année passée en Belgique,
idéré I II préfère diriger I’Ecole nationale dont il revient avec les garanties d e
;ition d’administration (1961-1965). En mai Mobutu, il est blessé lors de la tenue du
, ices l 1965, il est élu député national dans la premier meeting pacifique de I’UDPS en
r son circonscription de Mbuji-Mayi, capitale janvier 1988, manifestation.organisée
~ avec d e l’actuel Kasaï oriental, et sera réélu pour célébrer l’anniversaire d e la mort

1
~ iaba, pendant les trois premières législatures de Lumumba. I1est alors interné dans un
+ est de la IIc République. hôpital psychiatrique et la propagande
*. Le SOUSla IIc République qui s’efforce de le faire passer pour fou. II
s du s’ouvre avec le coup d’Etat du colonel en sort, à l’occasion des premibres
li-ci Mobutu, le 24 novembre 1965, il est concessions démocratiques d e Mobutu,
pro- nommé ministre de l’Intérieur et des en avril 1990.
pes Affaires coutumières (1965-1968), puis à Devant l’état désespéré du
hos- I la Justice (1968-1969) et enfin ministre pays, Mobutu finit par accepter le prin-
uite d’Etat chargé du Plan, de la Recherche cipe d’une conférence nationale qui se
ines scientifique et de l’Aménagement du tient 2 partir d’août 1991. Chargée d e
‘ans l Territoire Cjusqu’en juillet 1969). nommer un nouveau gouvernement, la
Membre du bureau poli- Conférence nationale souveraine (CNS)
tique du Mouvement populaire d e la nomme Tshisékédi Premier ministre en
révolution (MPR), le parti unique, de octobre. 11 est destitué au bout de sept
l 1967 à 1972, il en est le premier secré- jours par Mobutu car il a refusé de lire

I
,
I
les passages relatifs au chef de I’Etat, l’impasse politique ne trouve grâce iì ses I
1

<< garant.de la Nation D, un terme qu’il yeux. En mai 1996, l’Union sacrée ne le I
I
récuse, lors de sa prestation de serment. reconnaît plus comme son leader. En
En novembre, la nomination de Nguza octobre, il rejette le projet de Constitu- E
Karl-i-Bond à la primature par Mobutu tion adopté par le HCR-PT. f
provoque I’éclatement de l’Union sacrée d
Pendant la période d e
au sein de la CNS. grande incertitude des derniers mois du I
9
En avril 1992, la Confé- mobutisme, i l e s t nommé P r e m i e r a
rence nationale reprend ses travaux et, en ministre à deux reprises, en novembre
août, l’Union sacrée, composée en majo- 1996, puis du 2 au 10 avril 1997 (4c l te
rité d e religieux, d e politiques, de tra- nomination à ce poste). Cela lui vaut de I te
vailleurs et d’étudiants, choisit Tshisé- sérieux reproches de Kabila, qui l’accuse ni
. kédi comme Premierministre et Mgr de se compromettre avec Mobutu. C(
Laurent Monsengwo, l’archevêque d e I SO
Kisangani, comme président. Lorsque Lors d e l’avancée éclair P‘
Mobutu nomme à la primature, en mars d e Kabila vers Kinshasa, il est cependant vi
1993, Faustin Birindwa, Tshisékédi considéré, a v e c M g r M o n s e n g w o , se
constitue son propre gouvernement peu comme l’un des hommes capables d e P“
après. Le pays << dispose >> alors de deux favoriser une sortie du mobutisme e n tek
gouvernements. douceur. Mais ses contacts avec I’équipe
Pendant cette période trou- de Kabila tournent court. Tshisékédi s e l’e.
blée, Tshisékédi bénéficie du soutien de voit Premier ministre et est ulcéré de ne tiql
ce que l’on appelé la <( troïka >>, c’est-à- pas avoir été admis à rencontrer person- de\
dire la Belgique, les Etats-Unis et la nellement le leader de l’Alliance. Tshisé- me
France. Mais sa raideur - on le sur- kédi ne fait donc pas partie du gouverne- du
nomme (( Monsieur non >) - finit par lui ment constitué le 22 mai par le nouvel lai?
aliéner ces sympathies, de même qu’elle homme fort du pays. Pourtant, deux ent:
agace de plus en plus la classe politique membres de I’UDPS, Paul Bandoma et
zaïroise, qui l’accuse par ailleurs d’ambi- Justine Mpoyo Kasa-Vubu y détiennent ciai
tion personnelle. respectivement les portefeuilles d e ciat
Une << troisième voie >>, l’Agriculture et de la Fonction publique ; les .
idée soutenue par le président du Haut ces personnalités sont tout de suite désa- dérí
Conseil de la République (HCR-PT), vouées par Tshisékédi. Sa mise 2 I’écart Kat
Mgr Monsengwo, est adoptée lorsque provoque quelques manifestations à Kin- groi
Kengo wa Dondo est nommé à la prima- shasa. II est arrêté plusieurs fois, pour devl
ture en juin 1994. L’UDPS de Tshisé- quelques heurcs, par les nouvelles autori- miei
kédi refuse de participer à ce gouverne- tés. l est (8
Bah
1
ment. Plutôt populaire, surtout I
Tshisékédi, le (( Iider dans la capitale, qui constitue son fief, il à tra
maximo >) comme l’appelle la presse vit d e manière relativement modeste, du h
militante n’accepte pas son éviction et se sans luxe ostentatoire. Peu loquace, il ne I aPPe
considère toujours comme le Premier s’exprime publiquement q u ’ e n d e t nent
ministre légitime, puisqu’élu par les grandes occasions. Ayant depuis 1980
représentants du peuple. Appelé (( Pre- toujours montré beaucoup de courage et i niqul
consi
mier ministre B, i l est également connu de ténacité dans son combat politique, il
sous le nom affectueux et respectueux de a de nombreux fidèles qui l’entourent et
i
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sein
amiti
(( Papa Etienne s . Tous les jeudis, i1 le protègent. Représentant l’opposition miniè
tient un <( conseil des ministres >>, dans la radicale au régime de Mobutu depuis sa i de la
cour de sa résidence de Limete, un quar- 4 conversion >>, i l est en passe d’incarner Brux
tier résidentiel de Kinshasa. Aucune des l’opposition, voire la résistance, au nou- ir décid
tentatives destinées à sortir le pays de veau régime de Kabila. i Vue d
i Kasa-
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Q Moïse Tshombé
(1919-1969)
titu-
I Moïse Tshombé est né en 1919 dans une
famille prospère pratiquant le commerce
l’emporte sur la B A L U B A K A T d e
Sendwé et Tshombé est nommé prési-
de l dans le Katanga occidental et il est édu- dent régional du Katanga. Au niveau
qué chez les missionnaires méthodistes fédéral, il soutient Kasa-Vubu contre
; du
lier
I américains. Lumumba dont il craint les idées centra-

l
Après des études d’institu- lisatrices, mais Kasa-Vubu partage le I
ibre
teur, seule voie possible à l’époque pour pouvoir avec Lumumba le laissant en
(4c
tde
we
! tenir un poste d’importance sous la colo-
nisation belge, il se spécialise dans la
comptabilité et le droit en v u e d’aider
dehors des responsabilités nationales.
L‘armée s’étant mutinée le
5 juillet 1960, la violence atteint le
son père dans sa maison de commerce. JI Katanga le 9. Les parachutistes belgcs
lair pratique ensuite le négoce à Elisabeth- qui sont restés dans la province aident à
lant ville (Lubumbashi) puis à Sandoa oh il restaurer l’ordre au motif de protéger Ics
.YO, se révèlc dépcnsier ct dilettante, ce qui ressortissants étrangers et Tshombé pro-
de
en I provoque presque la faillite de son sec-
teur.
clame l’indépendance du Katanga le
11 juillet. Son autorité n’est cependant
Afrique
contemporaine
No183
3’ trimestre 1997 I
iipe En 1951, i l hérite d e pas reconnue par l’ONU et il ne parvient
se ,*..‘, ’
l’entreprise familiale et sa carriere poli- pas à venir à bout d e la dissidence des faits et documents “’
ne tique commence à cette époque quand il Balubas.
on - devient président de la Chambre de com- L’assassinat de Lumumba,
sé- merce africaine et conseiller provincial en janvier 1961, lui est imputé car Gode-
ne- du Katanga à la place de son père. I1 froid Munongo, un de ses ministres, en
vel laisse alors ses intérêts commerciaux est accusé, même si les circonstances de
ux entre les mains de ses frères. ce drame n’ont jamais pu être totalement
et Après avoir créé une asso- élucidées. 11réunit ensuite quatorze lea-
mt ciation culturelle des Lundas et une asso- ders congolais en mars 1961, à Tanana-
de ciation pour la classe moyenne africaine, rive, pour organiser la lutte contre l’inter-
le ;
sa-
art
I les << évolués D, Tshombé fonde la Confé-
dération des associations tribales du
vention des forces de l’ONU et mettre en
place u n e confédération souple. A la
K a t a n g a (CONAKAT) en 1958 qui Table ronde de Coquilhatville en avril, il
i n- groupe essentiellement des Lundas e t est arrêté, promet d e mettre fin à la
ur I devient l’un des partis politiques les sécession, puis, une fois libéré, se ravise.
ri- mieux organisés du Congo. Son objectif Le gouvernement central d’Adoula et les
i est de repousser dans leurs territoires les
Balubas du Kasaï qui sont très nombreux
forces de l’ONU s’emploient alors à le
lut combattre plus efficacement. En janvier
il iì travailler iì l’Union minière. Les Belges 1963, Tshombe doit se soumettre et il
te, du Katanga - que les anticolonialistes part en exil en France puis en Espagne.
ne appellent les << Kangaleux )> - le soutien- I1 est rappelé au Congo en
de nent car il préconise un éclatement eth- juillet 1964, à l’initiative semble-t-il de
30 nique du Congo, les Etats <( confédérés )) Mobutu, et succède alors, le IO juillet, à
et conservant des liens avec la Belgique au Cyrille Adoula, démissionnaire, comme
il sein d’une sorte de Communauté. Ses Premier ministre. Le pays est en passe
et amitiés avec les dirigeants de l’union d’être submergé p a r les rébellions
ln minière renforcent sa position, mais lors << lumumbistes D déclenchées par Mulélé
sa d e la conference de la Table ronde d e au Kwilu, et par Gbénye et Soumaliot au
er Bruxelles (janvier-février 1960), qui Kivu.
u- décide d e l’indépendance, le point d e Pour les combattre, il fait
I vue d’un état centralisé l’emporte avec appel à des mercenaires étrangers et 2
Kasa-Vubu et Lumumba. l’armée belge, qui reprennent Stanley-
Les Clections de mai 1960 ville fin novembre. Ces succès lui valent
sont favorables l a CONAKAT qui une certaine popularité dans le pays.
i

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I
I

Aux élections législatives (34),il est détenu en Algérie, laquelle


d’avril 1965, son nouveau parti, la refuse son extradition rcclamée par
Convention nationale congolaise Mobutu. I1 meurt dans sa prison d’une
(CONACO), remporte la victoire. Mais crise cardiaque en 1969.
Kasa-Vubu, qui voit en lui un rival dan- Partisan d’une confédéra-
gereux lors des présidentielles prévues tion souple au sein du Congo-Zaïre, ,
par la nouvelle Constitution, le démet de Tshombé a joué un rôle important dans
s e s fonctions le 13 octobre. Quand l’histoire de son pays en faisant séces-
M o b u t u prend le pouvoir, l e sion, voulant sauvegarder le Katanga de \
24 novembre, il ne lui reste plus aucun l’emprise centralisatrice de Léopoldville-
espoir de jouer un rôle politique. I1repart Kinshasa et en s’entourant de Belges,
en exil en Espagne. dont les dirigeants de la très riche et i
En juillet 1966, une muti- puissante Union minière d u Haut- I
nerie << tshombiste )> a lieu à Elisabeth- Katanga, soutenu par une armée compo-
ville, Stanleyville et au Kivu, due à des sée principalement d’officiers belges et
Afrique
mercenaires et à d’anciens gendarmes
katangais intégrés dans l’armée régu-
de mercenaires. Très puissant sur le plan
provincial, il a fait de l’ombre à Mobutu
I
I
II

i, contemporaine lière. et en a payé les conséquences. Considéré


1 No 183
%k+.
.. .
3etrimestre 1997 A Madrid, il apprend sa
condamnation à mort par contumace en
c o m m e l’homme des Belges, Moïse
Tshombé a été violemment contesté par l
faits et documents mars 1967. A la suite de son enlèvement l’Afrique nationaliste et progressiste
le 30 juin d e la même année par un ainsi que par les milieux tiers-mondistes
détournement d’avion en Méditerranée ‘et neutralistes du monde entier.

I
Il

e Principales sources utilisées


I
- Afrique contentporairze (articles divers, chronologies et biographies).
- Brockman (Norbert C.), Atz African Biographical Dictionary, ABC-CLIO, Santa
Barbara, Denver et Oxford, 1994.
- Dossiers de presse de La Documentation française (CIDIC). i
- Encyclopaedia Universalis, Paris, 1990. I
- Ndaywel è Nziem (Isidore), Histoire du Zaïre. De l’héritage aricierz à l’âge
cotitenzporain, Duculot, Louvain-la-Neuve, 1997.
i
1
- Rake (Alan), Who’s Who ìn Africa :Leaders for the 199Os,The Scarecrow Press,
Metuchen et Londres, 1992.

!
I
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I
l

(34) Tshomb6 est alors en dCplaceinent I? Majorque. Son avion est détourni par un certain François Bodeman.
I
un Français au pass6 judiciaire chargd. On n’a jamais pu - ou jarnais voulu - établir pour le compte de qui Ce
dernier a agi. I

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