La colère
Une émotion simple
Des exemples
1. J'en veux à mon patron d'ignorer notre entente sur mon augmentation salariale.
2. Je suis furieuse contre mon fils qui veut abandonner ses cours.
3. C'est le troisième problème que je rencontre avec mon ordinateur aujourd'hui. Je suis
hors de moi!
Qu'est-ce que la colère ?
La colère est une émotion simple qui traduit l'insatisfaction. Elle est vécue à l'égard de ce qu'on
identifie, à tort ou à raison, comme étant "responsable" de notre frustration. On éprouve donc
de la colère envers "l'obstacle" à notre satisfaction.
C'est sur cet aspect que la colère se différencie fondamentalement de la tristesse (qui elle
aussi traduit une frustration). Dans la tristesse, on est directement en contact avec le manque
lui-même, alors que la colère est une réaction à la cause de la frustration.
La colère est une émotion que nous vivons fréquemment. En effet, il y a de multiples occasions
d'insatisfaction durant une journée de vie. De plus certaines d'entre elles perdurent parce que
nous négligeons de nous en occuper adéquatement.
Selon l'importance de l’insatisfaction, la colère prend différentes intensités et diverses identités.
Pour n'en nommer que quelques-uns, disons que le mécontentement et l'irritation se situent à
une extrémité, alors que l'exaspération et la fureur sont près de l'autre extrémité.
Il y a aussi divers genres d'insatisfactions qui s'expriment à travers une gamme d'émotions de
colère reflétant leurs particularités. La rage, par exemple, est déclenchée en partie par
l'impuissance à se soustraire à la situation non désirée. La révolte est spécifique aux situations
où on perçoit une injustice. Plusieurs émotions traduisant de la colère sont composites, comme
le mépris, la jalousie, le dépit, la rancune...
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À quoi sert la colère?
Les organismes vivants cherchent à maintenir l'équilibre nécessaire pour conserver un degré
optimal de vitalité et de croissance. Leur processus d'adaptation fonctionne continuellement
pour veiller à cet équilibre. Chez l'homme, les émotions jouent, au plan psychique, un rôle
d'informateur spécifiquement sur le degré de satisfaction des besoins (cf. "À quoi servent les
émotions").
La colère surgit lorsque l'équilibre est rompu dans un aspect de notre vie. Le déséquilibre
prend la forme générale d'une insatisfaction. Celle-ci peut signifier qu'un besoin est insatisfait,
qu'un désir n'est pas comblé, qu'une attente est sans réponse ou peut-être même qu'un
caprice n'est pas satisfait.
La colère porte un double message: elle signale à la fois l'insatisfaction et ce que nous
considérons comme "l'obstacle" à notre bien-être. La colère, en effet, est toujours vécue à
l'égard de quelqu'un ou de quelque chose. On en veut "à" de nous "faire vivre" telle chose.
La colère déclenche une mobilisation de l'organisme entier. L'esprit est concentré sur le
problème (plus particulièrement sur l'obstacle). Plusieurs réactions physiologiques sont
déclenchées; elles sont particulièrement visibles lorsque la colère est intense. L'expression "la
moutarde me monte au nez" traduit bien la sensation physique que produit le début de cette
mobilisation physiologique.
La mobilisation nous prépare à "l'attaque". On devient prêt à se défendre, à conquérir ce qui
nous apportera la satisfaction désirée. Essentiellement, la colère fournit l'énergie pour vaincre
l'obstacle qui se dresse devant nous.
Comme toutes les émotions, la colère est une saine manifestation d'insatisfaction. Mais la
façon dont on la vit peut parfois engendrer des problèmes. Dans la mesure où elle se
développe selon le processus vital d’adaptation, elle nous conduit à une action "appropriée".
(Voir: "La vie d'une émotion")
C'est lorsqu'on agit impulsivement, en omettant des étapes du processus, qu'on déclenche des
problèmes. C'est le cas lorsqu'on passe, par exemple, directement de l'émergence de la colère
à l'action.
Les erreurs typiques reliées à la colère
Une saine gestion de la colère va de pair avec l'attitude qui consiste à porter la responsabilité
de sa vie. Lorsqu'au contraire on considère les autres (ou la vie elle-même) comme
responsables d'assurer notre bien-être, on est naturellement porté à les accuser de nos
frustrations.
Il est donc faux d'affirmer que la colère est "mauvaise conseillère" ou encore qu'elle provoque
l'emportement. Ce sont plutôt les blocages dans le processus émotionnel ou les erreurs dans
l'attribution des responsabilités de notre satisfaction qui expliquent nos faux pas.
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Par exemple, le fait de sauter une seule étape du processus émotionnel de ma colère,
m'empêche d'agir en respectant "tout ce qui m'importe". Si je ne prends pas la peine de la
ressentir et de comprendre "comment et combien" je suis affecté, je ne pourrai pas trouver une
façon d'agir pour "compléter" réellement mon expérience. En négligeant une ou plusieurs
étapes du processus, il me sera également impossible de savoir si ma colère est défensive ou
fondée. Par exemple je ne pourrai me rendre compte que ma colère sert de camouflage à ma
tristesse ou encore que j'attaque au lieu de reconnaître une vérité dénoncée.
Si par ailleurs j'ai tendance à faire porter la responsabilité de ma satisfaction aux autres, ma
colère portera souvent sur des cibles impropres. Dans ce cas, je risque souvent de stagner
dans mes insatisfactions, car les personnes faussement accusées ne collaboreront pas. Si je
mets la responsabilité de ma satisfaction dans les mains des autres à cause d'un "déni de la
solitude", je porterai peut-être indéfiniment un certain nombre de griefs qui empoisonneront ma
vie avec mes proches. (Pour le déni de la solitude, voir le chapitre "Les réalités existentielles"
dans "L'Auto-développement: psychothérapie dans la vie quotidienne").
1. Erreur #1: dévié de son objectif de satisfaction
Dans le premier exemple, mon patron est la source de mon mécontentement en ne
respectant pas une entente faite d'un commun accord. À ce moment-ci, toutefois, ce
n'est plus l'augmentation de salaire qui est en jeu, mais son respect à mon égard. Mon
objectif devient donc d'obtenir de lui le respect que je souhaite. Si je n'y arrive pas,
mon nouvel objectif pourra devenir d'agir en conséquence afin de me respecter moi-
même.
Dans cette perspective, le fait de lui exprimer mes sentiments actuels pourrait
constituer une solution satisfaisante. Lui exprimer mes réactions et changer mon degré
d'implication au travail pourraient être une autre solution qui me satisfasse. Enfin, il se
pourrait que la meilleure solution pour moi soit d'entreprendre des démarches pour
quitter cet emploi.
Si au lieu des options précédentes, je choisis de faire payer mon patron en adoptant
une attitude boudeuse ou en négligeant mon travail, je n'aurai jamais la satisfaction
d'être respecté. Le problème ne pourra qu'empirer.
2. Erreur #2: la révolte contre les problèmes de la vie
La vie est constituée d'une série de problèmes. Pour assurer notre satisfaction et notre
confort, il faut régler ces problèmes. Dans cette perspective, m'en prendre à
l'ordinateur est sans issue du point de vue de ma satisfaction. (Il ne peut aucunement
porter la responsabilité d'enjoliver ma journée.) Je puis bien sûr "ventiler" et me
soulager en l'accusant de tous les maux, mais si j'entreprends de le détruire, il est clair
que je concentre mon énergie sur la mauvaise cible.
J'ai sans doute plus de chance d'être vraiment satisfait en consentant à consacrer le
temps qu'il faut pour le remettre en marche. Je pourrais par exemple appeler un
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technicien et réorienter mes priorités en fonction du problème apparu. J'en sortirai
sans doute plus satisfait que si je pleurais toute la journée sur mon sort.
3. Erreur #3: S'attaquer à la mauvaise cible
Il n'est pas toujours facile de confronter la personne ou la situation qui nous
cause une frustration. C'est souvent exigeant aussi, de poser les gestes
nécessaires pour trouver la satisfaction désirée. Il n'est pas rare, donc, qu'au
lieu de faire face à ces difficultés on s'en prenne à un tiers pour déverser sa
colère. Un grand sentiment d'injustice s'installe alors chez celui qui est ainsi
utilisé. C'est là une des manières par lesquelles on arrive à empoisonner une
relation.
La colère : une émotion interdite ?
La colère fait partie de la palette des principales émotions, au même titre que la peur, la
surprise, le plaisir, la tristesse, etc. Néanmoins, elle a une particularité. Celui (ou celle) qui
exprime sa colère, « le colérique », est réprouvé(e) et on lui demande souvent de se
contrôler. A l’inverse, celui (ou celle) qui retient sa colère est critiqué(e) et on lui demande
alors de l’exprimer. La colère est dite aussi mauvaise conseillère. Serait-elle une émotion
interdite ?
Les émotions sont des réactions complexes qui engagent à la fois le corps et l'esprit.
La colère a d'ailleurs une traduction physique très marquée et souvent perceptible par
autrui. Le visage et les mains deviennent rouges, par afflux du sang. Biologiquement, une
montée d'adrénaline (hormone du stress également) permet de libérer une énergie qui
facilite une mise en action rapide.
D’où naît la colère ?
Le sentiment de la colère est généralement déclenché par la perception d'une situation
vécue comme injuste, dévalorisante, menaçante. Elle est provoquée par la sensation d'être
atteint, touché, voire blessé dans son être le plus profond. Les paroles ou le comportement
de l'autre sont perçus comme fondamentalement en contradiction avec ses propres
croyances, valeurs ou idées.
Quelle est la fonction de la colère ?
La colère nous aide à nous défendre contre un sentiment de menace. Physiquement, le
corps est sur le qui-vive, prêt à se battre si besoin. Psychologiquement, les signes extérieurs
de la colère montrent à l'autre, de façon non verbale et involontaire, l'importance de l'enjeu
pour soi et le sentiment de danger dans lequel on est. Les modifications physiologiques
lorsque la « colère monte » sont aussi des indices pour nous-mêmes ; ils nous permettent
de prendre conscience et de reconnaître cette émotion.
Que faire de sa colère ?
Reconnaître sa propre colère est déjà une étape que nous n'arrivons pas tous à atteindre.
Nombre de personnes ne reconnaissent pas cette émotion car chaque fois que celle-ci
pourrait être présente, ils « s'arrangent », inconsciemment bien sûr, pour ne pas la ressentir
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et éprouvent par exemple une indifférence vis-à-vis de l'autre.
Comme toutes les autres émotions, ils nous arrivent aussi de transformer cette dernière et
de la dissimuler sur le ton de l'humour, de l'ironie, de l'agressivité ou par une attitude de repli
sur soi. Exprimer sa colère n'est ensuite pas une chose aisée dans un environnement social
ou familial dans lequel il n'est souvent pas admis de montrer sa colère. L'expression de la
colère prend alors souvent la forme de la violence, de l'agression ou de l'impulsivité.
Comment reconnaître et exprimer sa colère ?
L'émotion « colère » que souvent, soit nous étouffons, soit nous exprimons avec violence,
est pourtant une émotion fondamentale, dont nous ne pouvons faire l'impasse. Trop de
colère retenue peut être à l'origine d'affections psychosomatiques. Certains auteurs ont
même montré que chez les femmes atteintes d'un cancer l'espérance de vie était plus
grande dans les groupes de celles qui expriment leur colère. Il est donc essentiel
d'apprendre à exprimer sa colère, non pas par un passage à l'acte violent, mais à travers
une expression verbale permettant de montrer à l'autre comment et combien il nous a
blessé. A l'inverse, la personne colérique gagnera à apprendre à développer des façons non
violentes d'exprimer sa colère.
La colère
Si vous êtes patient un jour, vous échapperez à cent jours de chagrin.
Proverbe chinois
Nous savons tous ce qu'est la colère et nous l'avons tous déjà ressentie, que ce soit sous
forme de léger agacement ou de rage fulminante. Bien qu'elle soit perçue comme une émotion
négative et laide et que, dans notre culture, on nous ait souvent appris à la réprimer, la colère
est une émotion humaine tout à fait naturelle, habituellement saine. Elle peut nous être bien
utile car elle nous motive et nous donne de l'énergie pour surmonter les obstacles, résoudre
des problèmes et atteindre des buts. Cependant, lorsque la colère devient hors de contrôle et
destructive, elle peut entraîner des problèmes à l'école, au travail, dans nos relations
interpersonnelles et nuire à notre qualité de vie. La maîtrise de nos émotions négatives est la
clé du bien-être affectif. On ne peut pas éviter les sentiments pénibles car ils font partie de la
vie, mais pour se sentir bien, il importe de contenir ces orages qui occupent toute la place dans
notre esprit. Mais attention : facile à dire mais difficile à faire ! De toutes les émotions, la colère
est la plus rebelle et la plus difficile à maîtriser. Nous vous présentons, dans ce texte, ce qui
caractérise la colère et suggérons quelques moyens qui vous aideront à mieux la circonscrire
et la contrôler.
De l’agressivité à la violence
A - L’agressivité
L’agressivité est une tendance à attaquer l’intégrité physique ou psychique de l’autre.
Mais elle est aussi une composante du dynamisme général de la personnalité et des
comportements adaptatifs d’un individu.
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Cette double définition met en évidence l’ambiguïté majeure de ce concept. La traduction
anglaise utilise deux mots différents qui permettent de sortir de cette difficulté. « Agressivity »
traduit l’agressivité dans son sens négatif commun alors que « Agressiveness » fait référence
à une agressivité positive et serait synonyme de combativité. Cette distinction est intéressante
car elle donne le moyen d’envisager le comportement agressif sous un autre angle, comme
tentative plus ou moins réussie d’adaptation à l’environnement, comme puissance d’affirmation
de soi.
La dimension subjective de l’agressivité ne facilite pas non plus la clarification de ce concept
car ce qui est pour l’un, un geste agressif, est pour un autre une simple boutade, pour un autre
encore une menace ou enfin ne suscite chez ce dernier, aucune réaction. L’agressivité dépend
en effet pour chaque individu de son seuil de tolérance qui dépend lui-même de son vécu
familial et social et du seuil de tolérance de la société.
Tout comportement humain a un rapport avec l’agressivité. « Agressivity » et
« Agressiveness » sont de même nature. L’éducation, dans ce domaine, consiste à ne pas tuer
l’agressivité combative en voulant apprendre le contrôle de l’agressivité négative.
Nous ne nous intéresserons ici qu’à l’agressivité négative.
Quelles sont les caractéristiques de l’agressivité ?
C’est une attitude destinée à nuire personnellement à une autre personne ou à soi-
même.
Il ne peut y avoir agressivité sans un certain plaisir à faire souffrir l’autre ou à se faire
souffrir.
Le lien avec l’autre n’est jamais rompu.
Le « visage de l’autre », selon l’expression du philosophe Levinas, n’est pas nié, il
reste présent chez l’agresseur durant tout le conflit.
L’autre, après le conflit, redeviendra un interlocuteur avec qui la coexistence est
possible.
Les recherches en biologie ne sont pas encore aujourd’hui probantes et aucun élément n’a été
retrouvé comme étant lié de façon indiscutable et spécifique à l’agressivité.
Les travaux des neurophysiologistes et, en particulier, ceux de Karli, définissent trois niveaux :
un niveau réflexe préprogrammé neurologiquement.
Un niveau plus élaboré où interviendrait l’affectivité en fonction du vécu personnel.
L’hypothalamus permettrait que le stimulus, par référence aux traces mnésiques,
acquière une signification et une force affective.
Un troisième niveau confrontant le sujet à ses expériences personnelles et à un
contexte socio-culturel. Ce niveau-là demande une élaboration et un contrôle. Le
cortex préfrontal jouerait le rôle essentiel de modulation et de contrôle.
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La psychologie insiste sur le rôle des carences affectives précoces, des gestes et paroles
agressives adressées très tôt par l’environnement, des frustrations dans tous les domaines
imposées au sujet. La précocité de l’enracinement de l’agressivité ne permet pas au bébé
d’élaborer une défense constructive. Dès lors, les réactions face aux frustrations peuvent être
alimentaires (vomissements), langagières (cris, hurlements), ou comportementales en
développant un état d’inhibition ou d’apathie, de retrait par rapport au monde, ou, au contraire,
une agitation permanente pour lutter contre l’anxiété. Si aucune rencontre, aucune prise en
charge éducative dans d’autres milieux n’est là pour soutenir cet enfant dans son
développement psychologique, il a de très fortes chances de devenir une enfant puis un
adolescent et un adulte agressif.
Ce qui permet à chacun de contrôler la « dose excessive » d’agressivité, c’est l’ambivalence
des sentiments propre à l’humain : nous avons en nous la capacité de haïr ceux-là mêmes que
nous aimons. Cette capacité nous entraîne, du côté de la haine, vers des comportements
agressifs, mais grâce à l’amour elle nous protège de la violence car nous n’oublions jamais
durant tout le temps du défoulement agressif la personne – l’autre qui est en face de nous.
B - La violence
La violence (du latin vis : force, vigueur, caractère de ce qui est indomptable)
Est une force brutale qu’un être impose à un autre ou à d’autres, pouvant aller jusqu’à la
contrainte exercée par l’intimidation et la terreur.
Il y a lieu de distinguer agressivité et violence car ces deux concepts ne sont pas de même
nature. Ce n’est pas une question de degré entre ces deux comportements. Bon nombre
d’humains ne franchiront jamais le pas de la violence. Les adolescents et les adultes qui
passent à l’acte de la violence sont mus par une pulsion difficilement contrôlable.
La violence est du registre de l’instinct de survie. L’activité vers laquelle tend la pulsion n’est
pas de nuire à l’autre mais de survivre. Le seul but recherché concerne la sécurité du sujet et
peu importe pour ce sujet, dans l’instant de la violence, du dégât fait à l’autre.
Les mécanismes de la violence
« La violence se donne toujours comme n’ayant pas commencé, la première violence c’est
toujours l’autre qui la commet. » J.P. Sartre.
Les étapes décrites au cours de cette étude sur la violence ne le sont que pour la clarification
du propos, car dans la réalité, toutes ces étapes sont imbriquées les unes dans les autres ce
qui rend le phénomène de la violence plus complexe mais ceci aura l’avantage de préciser le
processus.
Le « JE » menacé
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Que fait l’autre ? Il menace le sujet dans son identité. L’image de soi est menacée, humiliée,
dévalorisée, bafouée, l’amour-propre est blessé. Le facteur spécifique, privilégié susceptible de
déclencher la violence, c’est cette menace d’effraction ou de désorganisation qui disqualifie le
sujet et atteint si intensément le moi qu’il crée une blessure profonde ou blessure narcissique.
Il y a un lien entre le risque vital mettant en cause l’identité du sujet et la violence qui le saisit
comme réponse anticipée à la violence qui peut lui être infligée.
une déshumanisation ou « l’effacement du visage »
La violence dépouille l’autre de sa qualité humaine unique. L’autre, par sa menace, peut
arracher au cœur de celui qui la subit tout sentiment. Le sujet atteint par la violence retire à
celui qui l’a menacé le statut de semblable à lui. Il le déshumanise, il efface son visage et pour
reprendre les termes de Levinas « Voir un visage, c’est déjà entendre tu ne tueras point. »
Le visage de l’autre suscite une tension permanente et en le chosifiant, en lui enlevant son
humanité, il sort du champ d’application des règles morales.
la déliaison des pulsions
La pulsion est dualiste : Eros et Thanatos, pulsion de vie et pulsion de mort (l’amour porté par
la pulsion de vie, la haine portée par la pulsion de mort). Dans le cours normal de la vie, ces
deux pulsions sont liées. La pulsion de de vie, jointe à l’éducation modifie le cours de la pulsion
de mort en la dérivant, en l’atténuant ou en la différant. Ceci est la condition du lien social.
Dans la violence, la pulsion de mort s’éveille à l’intérieur de la personne à un degré extrême et
ne peut être adoucie par la pulsion de vie. Délier les pulsions est pathologique. L’autre ne peut
plus être bon et mauvais, il est tout mauvais.
La désymbolisation
Toute médiation entre fantasme et réalité est abolie. La personne est dans une dimension où
l’activité symbolique est rendue impossible et disparaît. L’autre n’est plus celui que l’on imagine
pouvoir menacer, l’autre est celui dans le réel qui menace. La violence stoppe tout processus
de représentations mentales, toute possibilité de mise en scène psychique. C’est en effet grâce
aux représentations métaphoriques, aux « parades imaginaires » que le sujet peut donner à sa
violence une forme acceptable et échangeable à travers des mots. La crise vient faire vaciller
les positions imaginaires symboliques. Dans ce processus aucune médiation langagière n’est
possible, l’imagination est hors jeu et dans l’incapacité de rendre présentes des images venant
adoucir la haine. Le psychisme du sujet se trouve vidé et développe un état de sidération et de
« suffocation de la parole » dû à un blocage du système de représentations mentales.
Le passage à l’acte
La perte de l’activité symbolique conduit immanquablement à l’utilisation de la force brutale qui
peut aller jusqu’au meurtre. Le passage à l’acte implique que la personne ne pense plus. Elle
disjoncte, devient folle, explose.
Dans l’impossibilité d’avoir mis des mots sur l’expérience, dans l’impossibilité de pouvoir en
jouer, de pouvoir l’imaginer, elle est la proie violente d’une réalité non maîtrisable « comme
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folie temporaire d’un sujet aliéné dans un comportement explosif ». Il y a un court-circuit de la
pensée par l’acte qui fait sens. L’acte vient nommer ce qui ne peut se dire autrement. Tout se
passe comme si la personne n’était pas impliquée lors de son acte destructeur, comme « si
elle était hors-jeu ». Elle préserve sa propre vie en détruisant celle de l’autre. Dans le face à
face, il n’y a pas d’alternative, ce qui veut dire qu’il ne saurait y avoir de place pour l’autre
puisque c’est soi-même qui doit vivre. C’est le retour aux formes archaïques de la barbarie. La
violence est une parole sans voix.
C - Réponses à la violence
Il s’agit de soigner la violence en permettant une meilleure intégration psychique à l’aide d’un
certain nombre de moyens :
Mettre l’individu en face d’adultes qui ont été en mesure d’intégrer leur violence dans
la vie quotidienne
Lui faire entendre très fortement l’interdit de faire du mal à l’autre. La violence est un
appel à la Loi : l’homme ne peut vivre sans normes, sans objectifs, sans repères, sans
sens. Il est essentiel de nommer les limites au-delà desquelles il ne doit pas s’engager
car il a besoin d’entendre ces interdits.
L’aider à élaborer sa violence en apprenant à retarder le passage à l’acte : la situation
traumatique exige pour le sujet violent une décharge immédiate. L’intensité des
émotions soulevées empêche tout processus de pensée. Le moi, en panne de moyens
de défense, se trouve aux abois, les représentations mentales qui pourraient soutenir
le Moi et permettre une réponse plus adéquate sont en retard par rapport aux affects. Il
va donc s’agir d’aider le sujet violent, dans un travail de « rééducation », à imaginer
des « chaînons intermédiaires » - les représentations mentales – susceptibles de lier
l’excitation traumatique (réalité externe) à sa réalité interne. L’image assure cette
fonction de liaison et de transformation de la tendance à l’agir tout de suite. Sans ces
« chaînons intermédiaires » le sujet est en impasse de symbolisation, il cogne.
Transformer le dispositif pulsionnel en une force créatrice : la sublimation, selon Freud,
est une issue à la violence en permettant le déplacement de cette quantité de force
extrêmement grande sur autre chose. On nomme cette capacité d’échanger le but
originaire contre un autre but, la capacité de sublimation. C’est un travail à accomplir
par tout sujet et qu’il faut mener à bien.
Ceci engage un travail psychique. A. Gibeault explique qu’il faut aider l’autre à sortir de
l’impasse liée à un moment de rupture psychique en permettant une élaboration et une
transformation de l’agir en une capacité de plaisir à créer. L’idée d’une transformation, d’un
passage de la quantité à la qualité implique obligatoirement un travail psychique. Il suppose un
double mouvement : à la fois préserver toute l’intensité de la pulsion et en même temps dériver
la charge pulsionnelle vers des voies en accord avec l’accomplissement ou la réalisation du
moi. Ce processus est déterminant pour la construction du sujet, il est à la base des activités
scientifiques, sportives, artistiques, idéologiques, c’est à dire à l’ensemble des activités qui
jouent un rôle fondamental dans la vie des êtres.
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Introduire la médiation : à partir du moment où le sujet ne peut plus trouver de limites,
où il perd la possibilité de se protéger lui-même, l’une des façons de sortir de cette
situation est d’introduire un tiers dans la relation.
Retisser le lien social
L’école de la paix tente, à travers ses animations, ses outils pédagogiques et ses formations,
en activant les ressources de l’imaginaire de remettre en œuvre un processus de
symbolisation, étape essentielle vers un pacte d’alliance.
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