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Adieu Lucy

Le document raconte l'histoire de Lucy Quimby, une femme qui peut se transformer en animaux grâce à ses pouvoirs de sorcière. Son mari Joseph s'éloigne d'elle et la trompe avec une autre femme, Virginie. Cependant, Joseph décide ensuite de revenir vers Lucy après avoir réalisé qu'il l'aime toujours.

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Adieu Lucy

Le document raconte l'histoire de Lucy Quimby, une femme qui peut se transformer en animaux grâce à ses pouvoirs de sorcière. Son mari Joseph s'éloigne d'elle et la trompe avec une autre femme, Virginie. Cependant, Joseph décide ensuite de revenir vers Lucy après avoir réalisé qu'il l'aime toujours.

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Adieu Lucy

Henri Gougaud

Tous ses voisins adoraient Lucy Quimby. Elle était gaie, discrète, serviable - la bonté même. Les jeunes
cadres un peu snobs du quartier l'estimaient physiquement quelconque - elle était, il est vrai, un peu
boulotte, un peu courte sur pattes, un peu trop blonde - mais dans son regard toujours ensoleillé pétillait
une telle gentillesse qu'il suffisait qu'elle vous dise "bonjour", de grand matin, à l'heure où l'on achète son
journal, pour que l'on se sente aussitôt d'humeur allègre et que l'on ait envie d'embrasser ses deux joues
rebondies. C'est d'ailleurs ce qu'avait fait Joseph Quimby. Un jour de printemps, courant à son bureau, la
serviette sous le bras, il l'avait rencontrée, revenant du marché, son panier débordant de carottes et de
salades. En passant elle lui avait dit un mot aimable avec, dans l’œil, son bon sourire. Alors pris subitement
de folie fantasque, il l'avait serrée sur son cœur. Trois mois plus tard, il l'avait épousée. Depuis, Joseph et
Lucy Quimby étaient aussi heureux qu'on peut l'être en ce bas monde.
Pourtant, malgré l'amour qu'elle portait à son cher Joseph, la bonne Lucy ne lui avait jamais avoué
l'étrange, le terrible secret qui faisait d'elle une femme hors du commun: elle était un peu sorcière. Sa
grand-mère - une fieffée mégère, elle - lui avait appris avant de mourir quelques incantations assez
efficaces pour lui permettre sans douleur de se transformer en n'importe quel animal. Lucy avait donc le
pouvoir d'entrer à volonté dans la peau d'un chat de gouttière ou d'une souris de salon, d'un tigre ou d'un
dragon flamboyant, les monstres légendaires n'étant pas exclus du catalogue. Mais elle n'abusait pas de ce
don bizarre. Elle en usait même avec la plus extrême discrétion. Sans doute, de temps à autre, allait-elle
voleter, abeille parmi les abeilles, autour des fleurs de son jardin, mais elle ne poussait jamais plus loin
l'extravagance. Elle était une épouse irréprochable et entendait le rester.
Or, vers la dixième année de son mariage, Lucy Quimby s'aperçut avec mélancolie que Joseph
l'accablait au fil des jours d'une indifférence de plus en plus morne. Il n'était pas vraiment odieux, non, mais
il baillait en sa présence, il rêvassait, l'air taciturne, en faisant semblant de lire son journal, bref, il
s'éloignait manifestement de sa tendre épouse, voguant vers d'autres jupons. Lucy s'inquiéta. Comme elle
était trop bonne pour être jalouse, elle se reprocha de n'être pas assez belle, assez intelligente, assez
affectueuse. Elle suivit donc un régime amaigrissant, redoubla d'entrain et d'affection. Elle fit tant qu'elle
parvint à ranimer quelques braises et à réchauffer un peu l'atmosphère conjugale. "Alléluia, se dit-elle en
son cœur, mon cher Joseph revient { moi." Hélas, son cher Joseph, un soir, le front barré de rides brisées, le
regard fuyant, lui dit brièvement qu'une affaire urgente l'obligeait à s'absenter pour le week-end.
Alors Lucy, le premier moment de désespoir passé, décida fièrement de le suivre. Non point pour
l'espionner, Dieu l'en garde! La sainte femme voulait simplement, tout simplement regarder vivre son
époux hors du foyer et apprendre ainsi à mieux le connaître pour l'aimer mieux et le rendre heureux, enfin,
s'il était encore temps. Mais comment l'accompagner partout sans être vue? Comment? Parbleu! Elle
prononça la formule magique et aussitôt se transforma en puce, en puce minuscule. Et pour être sûre de
tout voir, de tout entendre à l'aise, juste au moment où Joseph franchissait la porte de leur petite villa, elle
bondit, se posa à l'ombre du lobe de son oreille droite et attendit.
Joseph Quimby n'alla pas très loin. A quelques centaines de mètres de chez lui, il s'arrêta devant la
maison de Virginie Stone. "Ainsi, se dit tristement la petite puce, Virginie est l'heureuse élue." C'était une
vieille amie de Lucy. Elle était belle mais très médisante. Une vraie langue de vipère. Une splendide chipie.
Joseph entra chez elle. Elle l'accueillit avec passion. Il parut gêné par ses débordements amoureux. "Mon
pauvre mari n'a pas l'air dans son assiette, se dit la puce, à l'ombre de l'oreille. Assurément, Virginie Stone
n'est pas une femme pour lui. Elle est trop passionnée, trop possessive." Il s'assit tout raide sur le bord d'un
fauteuil en face de sa vampirique maîtresse, s'humecta les lèvres et dit assez solennellement :
- Ma chère Virginie, j'ai mûrement réfléchi. Nous avons vécu ensemble une agréable aventure mais
pour parler honnêtement je ne suis pas amoureux de toi. J'ai décidé de ne plus te revoir et de consacrer ma
vie, désormais, à faire le bonheur de ma femme. Lucy est une admirable épouse, j'ai honte de l'avoir
trompée, j'espère qu'elle me pardonnera. Je veux passer ce week-end tout seul, à me refaire, pour elle, un
cœur tout neuf. Virginie, je te souhaite d'être heureuse avec un homme digne de toi.
La petite puce écouta ces mots avec une émotion considérable. Elle pleura de joie si fort que ses
larmes inondèrent quelques pores derrière l'oreille de son cher Joseph. Virginie Stone, évidemment, réagit
de manière en tous points contraire. Quand Joseph Quimby se leva pour prendre congé elle l'agonit
d'injures. Il demeura de marbre. "Tu ne peux rien contre notre bonheur, lui cria la petite puce à voix
microscopique, gambadant follement sur la joue de son mari, tu ne peux rien contre notre bonheur!"
Hélas, elle se trompait. A bout d'arguments, Virginie Stone gratifia son ex-amant d'une gifle
vengeresse, une de ces gifles qui vous impriment pour plusieurs heures le parfait dessin de cinq doigts et
d'une paume, en rouge profond, sur la joue. Joseph Quimby, stupéfait, caressa machinalement de l'index sa
face durement outragée et la trouva légèrement humide. Il regarda le bout de son doigt et vit un relief de
bestiole écrasée. Il se demanda stupidement où il avait bien pu attraper des puces et, complètement sonné,
sortit en bredouillant :
- Adieu Lucy
Ce n'était pas un simple lapsus.

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