Décentralisation
- Technique d’aménagement du pouvoir dans l’Etat
- Personnalité juridique : autonomie
- Transfert de compétence
Décentralisation technique : UADB
Décentralisation territoriale : collectivité territoriale (département et commune : acte 3 de la
décentralisation (décembre 2013))
Avant 2011, il existait la technique de la mise à disposition et la technique du détachement
(application à partir de
CHAPITRE INTRODUCTIF :
Les collectivités locales sont dotées de la personnalité morale, de l’autonomie financière et
s’administrent librement. Ce principe de la libre administration des collectivités territoriales consacré
par l’article 102 de le Constitution du Sénégal de 2001 implique une certaine autonomie organique
des collectivités territoriales, d’où la nécessité pour ces dernières de se doter d’un personnel propre
« …dont le statut est déterminé par la loi » (article 12 du code général des collectivités locales de
2013).
Pour répondre à une telle préoccupation juridique, il a été institué en 2011 une fonction publique
locale en faveur des entités territoriales distinctes de celles générales, régie par la loi de 1961 relative
au statut général des fonctionnaires.
Il faut préciser par ailleurs que la mise en place d’une fonction publique locale en 2011 est une
correction d’une anomalie institutionnelle qui est liée au fait que le Sénégal, contrairement à certains
pays avec lesquels il partage des réalités institutionnelles, est resté plus d’une quarantaine d’années
après ces premières législations sur la décentralisation avant d’adopter un statut unique régissant le
personnel des collectivités territoriales.
Cependant avant la loi de 2011 portant statut général des fonctionnaires des collectivités locales, il
existait une législation qui consacrait l’existence juridique de fonctionnaires dédiés aux entités
locales. On peut rappeler à cette effet la loi du 16 juillet 1969 relative au statut de la fonction
publique communale, la loi du 22 mars 1996 portant code des collectivités locales (remplacer par le
code général des collectivités locales de 2013) organise, dans certaines de ces dispositions, des
modalités d’utilisation des services extérieurs de l’Etat en faveur des collectivités territoriales, avec la
mise à disposition et le détachement de certains fonctionnaires de l’Etat au niveau de ces entités
décentralisées.
Conscient de l’importance et la complexité des missions dévolues aux collectivités territoriales, de la
nécessité d’assurer une protection sociale et juridique de l’ensemble des travailleurs de ces
collectivités, revendication récurrente de l’inter-syndicat des travailleurs des collectivités
territoriales, les pouvoirs publics ont jugé nécessaire de mettre en place une fonction publique locale
en adoptant en 2011 une loi y relative.
Dans le cadre de ce cours, il sera question d’analyser le régime des fonctionnaires des collectivités
territoriales avant et après la réforme de 2011.
PLAN DU COURS :
CHAPITRE 1 : LE REGIME DES AGENTS FONCTIONNAIRES DES COLLECTIVITES LOCALES AVANT 2011 :
UNE CONSTRUCTION STATUTAIRE EPARPILLEE
SECTION 1 : L’EXISTENCE D’UNE FONCTION PUBLIQUE COMMUNALE
SECTION 2 : LE STATUT PARTICULIER DES AGENTS DE LA POLICE MUNICIPALE
SECTION 3 : LES FONCTIONNAIRES DE L’ETAT MISE A LA DISPOSITION DES COLLECTIVITES
TERRITORIALES
CHAPITRE 2 : LE REGIME DES AGENTS FONCTIONNAIRES DES COLLECTIVITES LOCALES APRES 2011 :
UN NOUVEAU CADRE STATUTAIRE UNIQUE
SECTION 1 : LE CADRE JURIDICO-INSTITUTIONNEL DE LA NOUVELLE FONCTION PUBLIQUE LOCALE
SECTION 2 : LA DYNAMIQUE D’OPERATIONNALISATION DE LA NOUVELLE FONCTION PUBLIQUE
LOCALE
CHAPITRE 1 : LE REGIME DES AGENTS FONCTIONNAIRES DES COLLECTIVITES LOCALES AVANT 2011 :
UNE CONSTRUCTION STATUTAIRE EPARPILLEE
SECTION 1 : L’EXISTENCE D’UNE FONCTION PUBLIQUE COMMUNALE
Pour analyser l’existence de la fonction publique communale avant la réforme de 2011, on peut
apprécier tour à tour ces fondements, son contenu et son fonctionnement.
S’agissant des fondements de la fonction publique communale, il faut rappeler que sa consécration
répondait à des préoccupations d’ordre économique, politique et administratif qui ont poussé les
pouvoirs publics à élaborer en 1969 un statut général de la fonction publique communale.
Au plan politique, à l’instar du statut général des fonctionnaires de l’administration centrale, le
statut de la fonction publique communale devait mettre fin à un système de gestion de personnel
communaux où les préoccupations électoralistes des autorités locales les amenaient le plus souvent
à satisfaire, par des recrutements politiciens, leur clientèle politique de façon arbitraire et injuste.
Au plan administratif, le statut général de la fonction publique communale devait jeter les bases
d’une bonne administration des communes par la fixation de règles d’accès (sélection et
recrutement), de rémunérations, de conservations, et d’organisation de la carrière des personnels
communaux.
Au plan économique, la « fonctionnarisation » était supposée être la meilleure issue pour doter les
communes d’un personnel technique et administratif qualifié leur permettant d’assurer le rôle de
pôle de développement économique et social et d’accorder à tous les citadins une chance égale
d’accès aux emplois communaux.
Par rapport au contenu du statut de la fonction publique communale, il faut noter qu’il ne présente
pas d’originalité transcendante par rapport au statut général des fonctionnaires de l’Etat. En effet
dans son contenu, le statut de la fonction publique communale s’est largement inspiré du statut
général des fonctionnaires de l’Etat.
Le législateur sénégalais et les autres pouvoirs publiques, par prudence, n’ont pas jugé opportun
d’élaborer un statut autonome de la fonction publique communale, que la spécificité des collectivités
locales par rapport à l’administration centrale aurait dû commander. (Anomalie institutionnelle)
Toutefois, le contenu du statut de la fonction publique communale peut être doublement
caractérisé :
- Les points communs avec le statut général des fonctionnaires de l’Etat : comme le statut
général des fonctionnaires centrales, le statut de la fonction publique communale a défini le
fonctionnaire communal, a déterminé ses droits et obligations et a dégagé la ligne directrice
de sa carrière.
- Les points qui distinguent les fonctions publiques générales et les fonctions publiques
communales :
La notion d’activité est définie comme la position d’un fonctionnaire communale, qui,
régulièrement titulaire d’un grade, exerce effectivement les fonctions de l’un des emplois
correspondants
La particularité de la pyramide des agents communaux relait 3 aspects : la fonction publique
communale est très large à la base, mince au centre et effilé au sommet (constitué
majoritaire d’agent d’exécution (catégorie C) dû à la limitation des ressources)
La répartition fonctionnelle des métiers se base sur la spécificité de chaque catégorie des
collectivités territoriales. Par exemple en France, les agents des filières techniques sont
beaucoup plus nombreux que les agents de la filière médico-sociale ou celle administrative et
économique. Cet état de fait était aussi notoire dans la fonction publique communale d’alors.
Quant à l’organisation de la fonction publique communale, le statut de 1969 définit les corps des
cadres communaux, détermine leur hiérarchie correspondante, les modalités de leur recrutement,
leur classement indiciaire, leurs droits et obligations et l’organisation de leur carrière
Concernant le fonctionnement de la fonction publique communale, on peut rappeler qu’il a été
consacré le même mécanisme de fonctionnement et les mêmes procédures comparativement à la
fonction publique classique.
Par rapport au fonctionnement et à la gestion des FPC, on distingue les actes d’administration et les
actes de gestion.
Les actes d’administration sont de la compétence du ministre assurant la tutelle des collectivités
locales.
Pour les actes de gestion, ils sont de trois ordres :
- L’affectation ou la mutation d’une commune à une autre
- La notation
- Les sanctions disciplinaires
SECTION 2 : LE STATUT PARTICULIER DES AGENTS DE LA POLICE MUNICIPALE
Au-delà du souci des pouvoirs publics de poser un cadre de sécurisation des agents de la police au
niveau local, la création des polices municipales devrait répondre à un souci de promotion de la
sécurité de proximité. L’érection des polices municipales permettait aussi l’application des
prescriptions du maire en matière de police.
Le policier municipal est un fonctionnaire qui bénéficie d’un système de carrière qui commence, se
déroule et prend fin normalement ou prématurément.
S’agissant de l’entrée dans la carrière de la police municipale, les membres de cette police sont
recrutés soit par concours direct soit par concours professionnel.
Concernant le déroulement de leur carrière, le policier municipal comme le fonctionnaire classique
est soit en activité, en position de détachement, de disponibilité, de stage ou de congé.
Le policier municipal en tant qu’agent titulaire fait aussi l’objet de notation sur la base de laquelle
s’apprécie son avancement qui constitue le prétexte juridique de sa promotion.
Quant à la fin de la carrière du policier municipal, il faut distinguer différente situation :
- La cessation (démission, licenciement, radiation, destitution)
- L’admission à la retraite (d’office ou anticipé)
Le policier municipal, dans le cadre du déroulement de sa carrière, est astreint à certaines
obligations, de bénéficier de certains droits à l’instar des fonctionnaires classique.
Concernant ces droits, on peut parler de la rémunération qui comprend les éléments comme le
traitement, certaines indemnités liées à la résidence, à la charge de police et des suppléments de
salaire. Ces droits et avantages sont tempérés par certaines restrictions qui pèsent sur le policier
municipal comme la limitation de sa liberté syndicale.
Concernant les obligations, le policier municipal est astreint à l’obéissance hiérarchique la plus totale
et à une discipline rigoureuse.
SECTION 3 : LES FONCTIONNAIRES DE L’ETAT MISE A LA DISPOSITION DES COLLECTIVITES
TERRITORIALES
Avant la réforme de 2011, il existait une fonction publique communale, les autres catégories de
collectivités locales ne bénéficiant pas d’une fonction publique dédiée. Ces autres collectivités locales
ne pouvaient bénéficier d’un personnel qualifié et titulaire que par l’entremise de la technique de
détachement et de la mise à disposition.
PARAGRAPHE 1 : LE SYSTEME DE DETACHEMENT
En règle générale, les postes d’encadrement administratif et technique dans les collectivités
territoriales étaient tenus par les fonctionnaires de l’Etat en position de détachement.
Concernant le fonctionnaire détaché, son traitement salarial peut être pris en charge par le budget
de l’Etat mais les avantages en nature dont il peut bénéficier (logement, véhicule) doivent être
supportés financièrement par le budget des collectivités territoriales. C’était le cas des secrétaires
généraux des conseils régionaux.
Dans un tel contexte, le détachement apparaissait comme une nouvelle formule qui venait suppléer
la compétence technique du personnel local. Ainsi, dans un contexte d’absence d’une fonction
publique territoriale, le personnel titulaire détaché constituait une pertinente modalité
d’accompagnement du processus de décentralisation et de transfert de compétence par le fait qu’il
existait une catégorie de fonctionnaire de l’Etat (exemple : administrateur civil) qui pouvait faire
l’objet d’un détachement des collectivités territoriales.
Par rapport au régime juridique du détachement, il faut rappeler qu’il est organisé par la loi de 1961
portant statut général des fonctionnaires (fonction publique)
PARAGRAPHE 2 : LA MISE A DISPOSITION
Avec la loi de 1996 portant transfert de compétence, de nouvelles missions ont été octroyé aux
collectivités territoriales. Cette nouvelle mission qui correspondait à neuf domaines de compétence
technique rendait nécessaire la disposition pour les collectivités locales de ressources humaines
qualifiées. En 1996, les pouvoirs publics auraient pu profiter pour envisager la réforme de la fonction
publique locale, un des piliers qui manquait à l’édifice du système de la décentralisation territoriale
d’alors.
Au lieu de procéder à cette réforme du régime du personnel des collectivités territoriales, les
pouvoirs publics n’ont trouvé qu’un palliatif qu’avec la consécration de la technique de mise à
disposition. La technique de la mise à disposition n’est pas une invention du législateur sénégalais.
En effet en 1981, à l’arrivée de la GAUCHE (socialiste) du pouvoir en France, la technique de la mise à
disposition fut utilisée en faveur de certains départements français. En effet, au cours du premier
semestre de l’année 1982, certains départements français ont pu négocier avec l’Etat des
conventions qui ont permis aux dernières cités de mettre des fonctionnaires à la disposition des
entités territoriales premièrement citées.
A l’instar de France et à cause de ce con de SENGHOR, et pour des raisons d’économie et d’efficacité,
les pouvoirs publics sénégalais ont consacré la technique de la mise à disposition dans la loi de 1996
portant transfert de compétences. En effet, aux termes de l’article 9 de la loi 96-07 portant transfert
de compétences, il est prévu que les services extérieurs de l’Etat dont auront besoin les collectivités
territoriales seront mis à disposition de celle-ci.
CHAPITRE 2 : LE REGIME DES AGENTS FONCTIONNAIRES DES COLLECTIVITES LOCALES APRES 2011 :
UN NOUVEAU CADRE STATUTAIRE UNIQUE
SECTION 1 : LE CADRE JURIDICO-INSTITUTIONNEL DE LA NOUVELLE FONCTION PUBLIQUE LOCALE
Aux termes de l’article 10 alinéa premier du code des collectivités locales (article 12 du code général
des collectivités locale de la loi de 2011), « Les collectivités locales disposent de personnel dont le
statut est déterminé par la loi ».
Pour répondre à une telle exigence législative, il sera adopté en 2011, la loi no 2011-08 du 30 mars
2011 relative au statut général des fonctionnaires des collectivités locales (territoriales). La création
de cette fonction publique dédiée aux collectivités locales s’inscrit dans une dynamique
d’approfondissement de la libre administration des collectivités territoriales. Dans l’exposé des
motifs de ladite loi, le législateur rappelle que cette dernière a voulu répondre à trois
préoccupations :
- l’unité : la loi ouvre aux agents concernés la possibilité de poursuivre une carrière successivement
dans plusieurs collectivités territoriales quel qu’un soit le niveau tout en conservant leur grade.
L’unité se traduit par la création de corps commun à toutes les collectivités territoriales et par une
homogénéité dans les règles de gestion de ces corps.
- la mobilité : il s’agit d’une mobilité entre la fonction publique de l’Etat et la fonction publique locale.
En effet, la loi prévoit, sur certaines conditions, la possibilité pour les agents des collectivités
territoriales de pouvoir exercer à la fonction publique de l’Etat par voie de détachement.
- le respect du principe de la libre administration des collectivités territoriales : la loi permettra de
confier l’administration et la gestion du personnel à l’organe exécutif local, en mettant en place un
cadre qui fixe les droits et obligations des personnels des collectivités territoriales et de leurs
employeurs.
En application à cette loi, une dizaine de décret a été prise relative entre autres au statut particulier
des cadres des fonctionnaires de l’administration générale (décret 2011-662 du premier juin 2011),
des cadres de la santé et de l’action sociale des collectivités territoriales (décret 973 de septembre
2012).
Les différents textes d’application de la loi relative à la fonction publique locale prévoient dans leur
disposition transitoire la création des commissions ad-hoc d’intégration chargée d’examiner les
demandes des agents des collectivités territoriales qui désirent être intégrées dans la fonction
publique locale.
Toujours dans le cadre de l’encadrement institutionnel, il a été mis sur pieds un conseil supérieur de
la fonction publique locale avec le décret 2011-659 du 1er juin 2011 fixant les attributions, la
composition, l’organisation et le fonctionnement de ce conseil. La création de ce conseil est une
consécration factuelle des dispositions de l’article 18 de la loi 2011-08 relative au statut général des
fonctionnaires des collectivités territoriales qui prévoit l’institution du conseil supérieur de la
fonction publique locale.
Dans le rapport de présentation du décret 2011-659 relatif au conseil supérieur de la fonction
publique locale, il est noté que ce conseil a un caractère consultatif. Il donne son avis sur toutes les
questions intéressant les fonctionnaires des collectivités territoriales ou même la fonction publique
en général. Il est notamment appelé à donner son avis sur les projets ayant trait au statut général et
au statut particulier des cadres des fonctionnaires des collectivités territoriales.
Par rapport à sa composition, on rappelle que le conseil supérieur de la fonction publique locale est
placé sous la présidence du ministre chargé des collectivités territoriales et doit comprendre 20
membres :
- 8 représentations de l’administration centrale ;
- 6 représentants des fonctionnaires des collectivités territoriales ;
- 6 représentants des élus locaux.