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Olympe de Gouges : pionnière du féminisme

Le document décrit la vie et les idées d'Olympe de Gouges, une féministe française de la Révolution française. Elle a dénoncé le manque de droits politiques pour les femmes et a publié une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne réclamant l'égalité des droits avec les hommes.

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Olympe de Gouges : pionnière du féminisme

Le document décrit la vie et les idées d'Olympe de Gouges, une féministe française de la Révolution française. Elle a dénoncé le manque de droits politiques pour les femmes et a publié une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne réclamant l'égalité des droits avec les hommes.

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ÉTUDE DE DOCUMENTS 1

Olympe de Gouges : féminisme et politique


> PAR OLIVIER BLANC, HISTORIEN

Aucune des législatures du temps de la qu’elle s’enthousiasme : « La femme prétend jouir de PLACE DANS
Révolution ne se résolut à mettre à l’ordre du jour la Révolution et réclamer ses droits à l’égalité ! » LES PROGRAMMES
le débat sur les droits des femmes. Tout en étant Deux ans plus tard, lorsque la Constitution est
pénalement responsables de crimes et délits, y achevée, elle dresse l’amer constat que « ce sexe ● Histoire 4e
compris politiques, les femmes furent maintenues méprisable et respecté » est devenu, « depuis la La Révolution
dans l’assujettis sement au pouvoir politique Révolution, respectable et méprisé » (DOC C ). Dans et les femmes.
● Histoire 2de
masculin, ce qu’Olympe de Gouges dénonça dès sa pièce Mirabeau aux Champs-Elysées (1791), elle
La Révolution
1791. Par son exemple de femme engagée sacrifiant revient sur l’intérêt qu’il y a à donner plus de respon- française : le rôle
sa vie pour ses opinions, elle illustre mieux que sabilités aux femmes : « Tant qu’on ne fera rien pour des acteurs collectifs
quiconque, au Siècle des Lumières, ce qu’elle nomme élever l’âme des femmes, tant qu’elles ne contribue- et individuels.
le « débat des sexes », luttant en parallèle contre un ront pas à se rendre plus utiles, plus conséquentes,
autre esclavage terrifiant, celui des Noirs. Ses opinions tant que les hommes ne seront pas assez grands pour
sont consignées dans ses œuvres dramatiques de s’occuper sérieusement de leur véritable gloire, l’État
1788, puis dans ses œuvres politiques publiées en ne peut prospérer… »
1792 et 1793. Olympe de Gouges fut une femme poli-
tique à part entière. Mieux qu’une féministe, elle a
inventé un modèle d’engagement politique au féminin,
30 le premier, dans un État de droit.
Femmes en révolution
LES COMBATS FÉMINISTEStTDC N° 1080

Dans sa Déclaration des droits de la femme et de


la citoyenne, publiée en septembre 1791, Olympe de
Gouges revendique, au nom de la nature et de la
Le talent des femmes raison, des droits égaux à ceux des hommes : droit
Depuis 1785, époque où elle commence à écrire, d’entreprendre, de voter, d’être élue, etc. Et elle fait
Olympe de Gouges, qui a retenu les leçons de Jean- ce parallèle entre le « droit » de monter à la tribune
Jacques Rousseau, s’appuie sur les exemples de la de l’Assemblée, refusé aux femmes, et celui qui leur
nature pour dénoncer les inégalités entre les sexes. est accordé – elle finira sur l’échafaud − d’être jugées
Les femmes ont, pose-t-elle par principe en citant le et condamnées à mort pour des délits politiques. Elle
règne animal, reçu tous les talents et qualités attribués rappelle les journées révolutionnaires du 14 juillet et
aux hommes, y compris ceux de diriger, construire et du 6 octobre 1789, au cours desquelles les femmes
entreprendre (DOC A ). Les femmes, rappelle-t-elle en furent admises à prendre leur part du danger. Cela
se référant à l’histoire, ont prouvé leurs compétences avant de les inviter à reprendre « les soins de leur
ailleurs que dans les lettres et les arts. ménage » et de ne pas perdre de vue « les vertus qui
Olympe de Gouges montre son intérêt pour de conviennent à leur sexe » (intervention de Pierre-
nombreuses questions : elle présente un projet sur la Gaspard Chaumette devant les citoyennes de Paris,
formation d’un tribunal criminel, se propose pour être novembre 1793).
l’avocate de Louis XVI, développe des projets de Olympe de Gouges se montre aussi critique avec
réformes sociales, financières, fiscales… Elle se désole les femmes, mettant en cause les intrigantes, qui offi-
SAVOIR
que peu de femmes osent investir les chasses gardées cient dans la tradition ancienne de l’influence, incarnée
● BLANC Olivier.
masculines, et que certaines d’entre elles dénigrent par les favorites royales (DOC C ). Ces pratiques doivent
Marie-Olympe
les femmes entreprenantes. Aux femmes « condam- être abandonnées, selon elle, pour qu’enfin les femmes
de Gouges : une
nées dès le berceau à une ignorance insipide » (Projets prennent la parole en leur nom propre et investissent humaniste à la
utiles et salutaires, 1789), elle veut offrir une éducation l’espace public. Jusqu’en octobre 1793, date à partir de fin du XVIIIe siècle.
qui, selon elle, « fait tout » (Le Prince philosophe, 1792). laquelle les rassemblements de femmes sont interdits, Cahors : éditions
Pour atteindre l’opinion, elle demande enfin que les quelques citoyennes s’expriment dans les clubs, René Viénet, 2003.
femmes puissent être reconnues et distinguées publi- lesquels, pour la plupart – les sociétés fraternelles de ● BLANC Olivier.
quement pour leurs mérites (DOC B ). 1790-1791 et la Société des républicaines révolution- Olympe de Gouges :
naires de 1793 –, ont une existence éphémère. Olympe des droits de
de Gouges n’y prononce pas de discours, mais adresse la femme à la
guillotine. Paris :
ses brochures aux sociétés fraternelles de l’un et
Des femmes en politique l’autre sexe, à l’Assemblée et aux corps constitués, fait
Tallandier, 2014.
● CATEL, BOCQUET
Olympe de Gouges a prêché par l’exemple, sans représenter des pièces politiques, lance des pétitions José-Louis. Olympe
se contenter d’énoncer par écrit des principes et des dont celle du 20 mai 1792 dans laquelle elle demande de Gouges. Paris :
recommandations. Les états généraux annonciateurs et obtient que les femmes soient représentées dans Casterman, 2012
de la Révolution ne sont pas encore rassemblés les manifestations officielles (loi du 3 juin 1793). (BD).
A « Qu’a produit l’impuissance et l’infériorité de la femme ? »
● Olympe de Gouges, Le Prince philosophe, 1792.

Ah ! si les femmes veulent seconder mes désirs, je veux que, dans les siècles futurs, on place leur nom au rang de
ceux des plus grands hommes ; non seulement je veux qu’elles cultivent les lettres, les arts, mais qu’elles soient propres
encore à exercer des places dans les tribunaux, dans les affaires contentieuses, dans l’administration des affaires de
goût. […] la nature, en créant le monde, le peupla d’animaux de toute espèce. Elle leur donna la faculté de pourvoir
à leurs besoins et d’inventer des arts à proportion de l’intelligence qu’ils avaient reçue. Elle créa donc deux sexes pour
se reproduire et répondre à ses vues. Le mâle et la femelle d’un commun accord contribuaient à l’embellir ; leur
émulation était égale et leurs travaux étaient les mêmes. L’homme seul a ôté à sa compagne tous les moyens de le
remplacer ou de le soulager dans ses travaux. Les abeilles n’ont qu’un même travail ; les vers à soie mâle, femelle, font
leur coque de la même manière, leurs ouvrages sont les mêmes. Les hirondelles bâtissent de concert le nid de leurs
petits et on ne distingue pas le mâle de la femelle, même par le nom. La femelle du bœuf et du cheval est occupée
indistinctement aux travaux publics et domestiques, et, en général, tous les animaux, excepté l’homme, vivent dans
une parfaite égalité avec leurs compagnes. Qu’a produit l’impuissance et l’infériorité de la femme ? Des traverses de
toute espèce. Ce qu’elle a perdu par la force, elle l’a retrouvé par l’adresse. On lui a refusé l’art de la guerre, quand on
lui a appris l’art de l’allumer ; on lui a refusé la science du barreau et celle des affaires, quand elle est propre à s’oc-
cuper de l’une et de l’autre.

B « Que sait-on si une femme ne vaut pas un homme en politique ? »


● Olympe de Gouges, Dialogue allégorique entre la France et la Vérité, dédié aux états généraux, 1789

Que sait-on si une femme ne vaut pas un homme en politique, dans ce siècle frivole et d’égoïsme ? Un cœur
véritablement patriotique peut trouver des vertueux projets, et faire des heureuses découvertes ; l’histoire de tous
les pays prouve assez que les femmes ne sont pas toujours inutiles. […] Ce sexe toujours subordonné a toujours
cherché à entrer en lice avec celui qui lui a fait sans cesse sa loi, et il semble qu’il n’a le droit d’élever la voix que dans
les grandes crises. C’est une injustice de la part des hommes de ne point admettre les femmes dans les affaires et de 31
ne pas leur abandonner quelques pouvoirs, quand elles sont capables d’en faire bon usage. […] Comment ! Pas le

TDC N° 1080 tLES COMBATS FÉMINISTES


moindre remerciement, pas une marque distinctive ! Un bout de ruban de mérite ! Tandis que, pour avoir fait un
Éloge, une Comédie, les hommes obtiennent les honneurs de la noblesse. On doit convenir qu’une femme qui tra-
vaille sans cesse au bien de son pays mérite non seulement l’estime de tous les hommes, mais encore quelques
marques distinctives. J’en connais une qui se sacrifierait en Romaine pour sauver son pays.

C « Femme, réveille-toi »
● Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne […] adressée à la Reine, 1791.

Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits. Le puissant
empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau
de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation. L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu
besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô femmes !
Femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? Quels sont les avantages que vous avez recueillis dans la Révolution ?
Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Dans les siècles de corruption vous n’avez régné que sur la faiblesse
des hommes. Votre empire est détruit ; que vous reste-t-il donc ? La conviction des injustices de l’homme. […]
Opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de la supériorité ; réunissez-vous sous les
étendards de la philosophie ; déployez toute l’énergie de votre caractère et vous verrez bientôt ces orgueilleux, nos
serviles adorateurs rampants à vos pieds mais fiers de partager avec vous les trésors de l’Être Suprême. Quelles que
soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n’avez qu’à le vouloir. […]
Les femmes ont fait plus de mal que de bien. La contrainte et la dissimulation ont été leur partage. Ce que la force
leur avait ravi, la ruse leur a rendu ; elles ont eu recours à toutes les ressources de leurs charmes, et le plus irrépro-
chable ne leur résistait pas. Le poison, le fer, tout leur était soumis ; elles commandaient au crime comme à la vertu.
Le gouvernement français surtout a dépendu pendant des siècles de l’administration nocturne des femmes ; le cabinet
n’avait de secret pour leur indiscrétion ; ambassade, commandement, ministère, présidence, pontificat, cardinalat ;
enfin tout ce qui caractérise la sottise des hommes, profane et sacré, tout a été soumis à la cupidité et à l’ambition de
ce sexe autrefois méprisable et respecté, et depuis la Révolution, respectable et méprisé. »

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