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Dissertation Barbare2

Ce résumé décrit un document analysant une citation de Sylvain Tesson qualifiant Rimbaud de 'barbare'. Le document examine si cette description correspond aux poèmes des Cahiers de Douai de Rimbaud, qui montrent à la fois une fidélité à la tradition poétique mais aussi des innovations formelles et thématiques.

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Dissertation Barbare2

Ce résumé décrit un document analysant une citation de Sylvain Tesson qualifiant Rimbaud de 'barbare'. Le document examine si cette description correspond aux poèmes des Cahiers de Douai de Rimbaud, qui montrent à la fois une fidélité à la tradition poétique mais aussi des innovations formelles et thématiques.

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CORRIGÉ DISSERTATION

Dans la série radiophonique « Un été avec Rimbaud », Sylvain Tesson a déclaré en 2021 : « Rimbaud est un
barbare. Son but : détruire l’ordre classique et, sur les ruines du temple, bâtir du nouveau. »
Vous commenterez et discuterez cette citation à la lumière de votre lecture des Cahiers de Douai.

INTRODUCTION

L’éducation de Rimbaud fut exemplaire. Élève brillant, il se distingue notamment par ses
compositions en vers grecs et latins, remportant ainsi le 1er prix de vers latin au concours académique. Il a
pourtant été considéré comme un « voyou », un « zutiste », voire un « barbare » comme le qualifie Sylvain
Tesson en 2021 sans sa série radiophonique « Un été avec Rimbaud » : « Rimbaud est un barbare. Son but :
détruire l’ordre classique et, sur les ruines du temple, bâtir du nouveau. » À l’origine, on traitait de
« barbare » l’étranger qui ne parlait pas la langue grecque. Par extension, le barbare est un sauvage, un
individu violent qui ne respecte rien ni personne. Mais cet adjectif correspond-il pour autant au jeune
auteur des Cahiers de Douai, recueil de 22 poèmes composés en 1870 et conservé par Paul Demeny alors
que Rimbaud le lui avait confié puis demandé de le détruire ? La suite de la citation évoque la façon dont le
poète a bouleversé la littérature. En adoptant la métaphore architecturale, Tesson oppose la noblesse
antique du temple à la construction d’un édifice poétique moderne. Mais dans les Cahiers de Douai,
Rimbaud brise-t-il vraiment la poésie classique pour la refonder et la moderniser ? Pour répondre à cette
question, nous verrons tout d’abord que Cahiers de Douai est pour l’essentiel fidèle à la tradition poétique,
puis nous montrerons que ce recueil témoigne malgré tout d’un certain nombre d’innovations tant
formelles que thématiques. Enfin, nous nous demanderons si son auteur mérite pour autant le qualificatif
de « barbare » dont le caractérise Sylvain Tesson.

PLAN

I. Un recueil qui s’inscrit dans la tradition poétique

a) Un recueil qui perpétue les formes et thèmes traditionnels


b) Un hommage aux temples de l’Antiquité
c) Un recueil sous influences

II. Mais un recueil qui témoigne malgré tout d’innovations

a) Des infractions aux codes traditionnels de la poésie


b) Un renouveau des thèmes
c) Reconstruire sur les ruines du temple

III. Pour autant, peut-on voir en Rimbaud un barbare ?


a) Un adolescent plus voyou que barbare
b) Un adolescent plus contestataire que barbare

DÉVELOPPEMENT SOUS FORME DE PLAN DÉTAILLÉ

I. Un recueil qui s’inscrit dans la tradition poétique

a) Un recueil qui perpétue les formes et thèmes traditionnels


D’un point de vue formel
Le sonnet remonte à Pétrarque, auteur du 14ème siècle, or il domine largement les poèmes de notre recueil :
douze poèmes sur les vingt-deux. Les autres poèmes adoptent de façon générale les strophes en quatrains.
Les rimes sont respectées.
L’Alexandrin, forme la plus noble de la poésie, est également très présent dans notre recueil…
+ octosyllabes et décasyllabes
Pas de vers libres ou de poèmes en prose comme dans les recueils ultérieurs : Illuminations et Une Saison
en enfer, qui inscrivent quant à eux Rimbaud dans la modernité poétique.
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D’un point de vue thématique
L’amour et la nature peuvent être vus comme des thèmes consacrés par la tradition, mettant le lyrisme en
première place. Le poète raconte ses amours et dépeint la beauté de la nature… (« Première soirée »,
« Soleil de Chair », « Sensation », « Roman », « Les Réparties de Nina », « Rêvé pour l’hiver »
Le poète se place dans la position de l’amoureux soumis, faisant l’éloge de la belle, nous rappelant les
poètes élégiaques de l’antiquité. Il se met en scène concrètement en train de voler des baisers à des jeunes
filles consentantes dans « Première soirée » ou « Rêvé pour l’hiver ». Il l’avoue dans « Roman » : « On n’est
pas sérieux quand on a dix-sept ans ». Il cherche à séduire à force de mots doux, la poésie a souvent eu ce
rôle. Cependant, il s’inscrit également dans un mouvement plus large de réceptivité à l’ivresse du sentiment
amoureux. Un hymne à Aphrodite et à Cybèle est clamé dans « Soleil et chair », une poussée vitale le
transporte. L’amour « infini » l’inonde également de l’intérieur dans « Sensation ».

b) Un hommage aux temples de l’Antiquité


Rimbaud témoigne de sa culture littéraire et rend hommage au panthéon de la mythologie. Grâce à
l’anaphore «je regrette les temps» (« Soleil et chair »), Rimbaud énumère les différents dieux et déesses et
regrette leur antique présence : Pan, Cybèle, Léda, Europe et Vénus dont il loue le « nom doux et sacré de la
grande Vénus ». Le jeune poète les oppose au christianisme de son temps, moins proche de la nature et du
plaisir des sens : « – Ô Vénus, ô Déesse ! / Je regrette les temps de l’antique jeunesse, / Des satyres lascifs,
des faunes animaux, / Dieux qui mordaient d’amour l’écorce des rameaux / Et dans les nénufars baisaient la
Nymphe blonde ! ». « Soleil et chair » et «Venus anadyomène » évoquent tous les deux la naissance de la
déesse de l'amour, dans des tonalités bien différentes puisque «Venus anadyomène» propose une parodie
du mythe antique.

c) Un recueil sous influence


Élève brillant, lecteur assidu et latiniste hors pair, Rimbaud innerve sa poésie de références culturelles. À
l'âge où il rédige les Cahiers de Douai, Arthur Rimbaud est encore très influencé par les poètes classiques
qu'il a étudiés au collège de Charleville, notamment sous la conduite de son professeur Georges Izambard.
Rimbaud emprunte parfois le sujet même des poèmes à ses prédécesseurs dans des réécritures. Le poème
«Ophélie » propose ainsi une description poétique de la mort de l'héroine shakespearienne. Dans « Bal des
pendus », Rimbaud propose une réécriture du poème « La Ballade des pendus» de François Villon (1489). Il
reprend le thème de ce poème (la description de pendus), adopte une forme poétique médiévale (avec
reprise de la première strophe à la fin du poème et l’utilisation d’un lexique archaïque. Dans « Le Châtiment
de Tartufe », Rimbaud propose une réécriture satirique de la pièce de Molière. Il évoque une mise à nu
dégradante et humiliante du personnage pour mieux dénoncer (et dénigrer) son hypocrisie et son caractère
libidineux « sous sa chaste robe noire » (v. 2 et 8). Mais tous ces exemples montrent que, bien qu'il s'inspire
de grandes œuvres passées, Rimbaud possède déjà en germe sa propre personnalité poétique, originale et
parfois sarcastique. Mais plus largement, les Cahiers de Douai ont des échos romantiques qui rappellent
l’œuvre de Victor Hugo : « Les Effarés » font fortement penser au style hugolien des Contemplations ou on
peut également retrouver Les Châtiments à travers « Rages de César » ou « L’éclatante victoire de
Sarrebrück ». Il trouve chez Hugo une manière de parler d'amour sur un ton badin, léger, qui s'allie
efficacement avec une versification familière, plus proche de la chanson populaire que des alexandrins de la
haute poésie. « Les Réparties de Nina » font par exemple penser à la « Vieille chanson du jeune temps »
dans Les Contemplations (1856). Les deux poèmes évoquent une promenade où une histoire d'amour
pourrait naître, mais qui demeure virtuelle (chez Hugo du fait de la niaiserie du jeune homme, et chez
Rimbaud par l'indifférence de Nina) et les paysages décrits ne sont pas sans ressemblances (au mûrier de
Hugo répond le « rose églantier » de Rimbaud. Les « grands bois » apparaissent dans les deux poèmes).
L’ombre de Baudelaire traverse également le recueil. Dans la lettre dite « du voyant» du 15 mai 1871,
Arthur Rimbaud ne cache pas non plus son admiration pour celui qu’il considère comme le « premier
voyant, rois des poètes, un vrai Dieu. » « Vénus anadyomène » n’est pas sans rappeler « Une charogne » de
son aîné. L’oxymore « belle hideusement » résonne avec la « carcasse superbe » du poème des Fleurs du
mal. Enfin, « Le Châtiment de Tartufe » évoque le poème de Baudelaire « Don Juan aux enfers », et « Le
Buffet » rappelle « Le Flacon ».

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II. Mais un recueil qui témoigne malgré tout d’innovations

a) Des infractions aux codes traditionnels de la poésie


Les entorses à la forme traditionnelle sont pléthoriques :
• Interjections : « Bal des pendus » : « Hurrah ! », « Holà » / « Le Châtiment de Tartuffe » : « Peuh ! »
• Onomatopées : « À la musique » : « couacs / « Ma Bohème » : « frou-frou »
• Mots crus, grossiers, familiers : « Vénus Anadyomène » : « anus » / « Les Effarés » : « leurs culs en
rond » / « Le Forgeron » : « Merde à ces chiens-là », « crapules », « baraque », « palsembleu »…
• Langage oral : « Ma Bohème » : « Oh ! là ! là ! »
• Vocabulaire trivial et prosaïque : « Au cabaret vert » : « jambon », « tartines de beurre », « gousse d’ail »
• Ruptures rythmiques :
 Vers brisé : « Le Dormeur du val » : « Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue » (Rythme : 5+4+3 -
bou/che)
 Rejets : « Ma Bohème » : « Des rimes » / « Le Dormeur du val » : « Luit » ; « Tranquille »
 Contre-rejets : « À la musique » : Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious / Caressent les bébés
pour enjôler les bonnes… »
 Rimes audacieuses : « Vénus Anadyomène » : « Vénus » / « anus »
 Sonnets irréguliers : « Au Cabaret vert » : Fin du 2e quatrain – début du 1er tercet
 Sonnets hétérométriques : « Rêvé pour l’hiver » : « L’hiver, nous irons dans un petit wagon rose (12) /
Avec des coussins bleus. (6) / Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose (12) / Dans chaque coin
moelleux. (6) »

b) Un renouveau des thèmes


• Le prosaïsme  « Au Cabaret vert »
• Les objets de la vie quotidienne : « Le buffet » (l’intérêt porté aux choses sera systématisé au XXe siècle
par Francis Ponge dans Le Parti pris des choses.
• Le vagabondage, la fugue…

c) Reconstruire sur les ruines


Le poème « Vénus anadyomène » déconstruit un temple de l’Antiquité : Vénus, déesse de l’amour,
devenue ruine sous la plume de Rimbaud. Dans cet anti-portrait parodique, Rimbaud décrit une vieille
femme décrépite (« avec des déficits assez mal ravaudés » émergeant d’une baignoire. Le poète prend le
contre-pied de la tradition poétique en dévalorisant et désacralisant la femme. Le coquillage de La
Naissance de Vénus de Botticelli devient une « vieille baignoire ». Rimbaud s’attaque au lyrisme traditionnel
attaché à la figure de la déesse et fait naître de cette ruine une esthétique nouvelle, celle de la provocation.
Dans le prolongement de la « Charogne » de Baudelaire, Rimbaud érige la laideur en sujet d’inspiration :
elle est « belle hideusement d’un ulcère à l’anus ».

III. Pour autant, peut-on voir en Rimbaud un barbare ?

a) Un adolescent plus voyou et vagabond que barbare


Rimbaud se comporte en voyou, prenant le train sans billet au risque d’être emprisonné, insultant les
auteurs institués avec son groupe de « Vilains bonhommes » ou Zutistes*, conseillant par exemple à T. de
Banville d’abandonner l’alexandrin, jugeant la poésie sentimentale de son professeur « horriblement
fadasse ». La figure du voyou se double de celle du vagabond. L’adolescent entend être libre et ne
dépendre de personne, quel que soit le prix à payer. « Au Cabaret-Vert », « La Maline » et « Ma Bohême »
sont les poèmes d'un fugueur, qui n'est heureux que dans l'errance. Sans véritables liens familiaux ou

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sentimentaux, il va au gré de ses envies. Quand il est à Charleville, c'est en marginal, « débraillé comme un
étudiant» (« À la musique », v. 25), qu'il observe ironiquement ses concitoyens. Au cours de l'année de
composition du recueil (1870), Rimbaud fait plusieurs fugues (à Paris, en Belgique). Les Cahiers de Douai
témoignent de ces errances, vécues par le poète (que Paul Verlaine surnommera plus tard « l'homme aux
semelles de vent ») comme des expériences intenses de liberté. Dans de nombreux textes, il se représente
en promenade : « j'irai dans les sentiers » (« Sensation ») ; « nous irions, / ayant de l'air plein la narine, /
aux frais rayons ». (« Les Reparties de Nina »); « on va sous les tilleuls verts de la promenade » («Roman »),
« Depuis huit jours, j'avais déchiré mes bottines / aux cailloux des chemins» (Au Cabaret-Vert»); « Je m'en
allais, les poings dans mes poches crevées » (« Ma bohème»). Le poète dort à la belle étoile («mon auberge
était à la Grande-Ourse » (« Ma Bohème »). À chaque fois, l'errance est vécue avec bonheur. Dans «
Sensation », le poète se dit « heureux, comme avec une femme » et dans « Ma bohème» et « Les Reparties
de Nina », le plaisir de l'errance est comparé à une sorte d'ivresse.
*Membre d'un cercle littéraire (appelé zutique ou zutiste) qui, dans les années 1871, puis en 1883, se réunissait pour
se divertir et ridiculiser les poètes en place de l'époque, notamment les Parnassiens.

b) Un adolescent plus contestataire que barbare


La force satirique de nombreux poèmes rappelle que Rimbaud est un rebelle qui s’attaque à l’ordre social,
moral et religieux.
• Sur le plan social : la critique de la bourgeoisie se lit dans « A la Musique » où les « rentiers » entre « pipes
et lorgnons » ne savent que « souligner les couacs » de la fanfare, sans apprécier la mélodie, où, trop
« gros », sur de « mesquines pelouses », ils n’arrivent pas à respirer. Rimbaud est du côté du « Forgeron »
et du peuple qui « brisent déjà les sceptres et les crosses » osant s’adresser directement à leur roi,
« effrayant d’ivresse et de grandeur ».
• Sur le plan politique : Dans la lignée de Victor Hugo et de ses Châtiments, il conteste bien le pouvoir
tyrannique de Napoléon III et ses guerres abusives. Ainsi le sommeil froid du « Dormeur du Val » ou la
supplique désespérée d’une mère pensant à son enfant parti à la guerre dans « le Mal ». « Rages de
Césars » complète le portrait acide de l’Empereur, tandis que « l’Eclatante Victoire de Sarrebrück »
dénonce la propagande mensongère du régime.
• Spirituellement, le poète est clairement anticlérical. La nudité du Tartufe châtié dénonce l’hypocrisie des
prêtres. « Le Mal », montre un Dieu cupide qui prend le sou arraché à une mère désespérée. Rimbaud
rejette le Catholicisme et exprime sa nostalgie du paganisme antique dans « Soleil et Chair » qui dépeint un
temps mythique où l’homme et la nature vivaient encore en osmose.

CONCLUSION :

Même si le temple de la tradition poétique n’est pas entièrement détruit dans les Cahiers de Douai, la
barbarie du destructeur de beaux vers pointe déjà à travers ses nombreuses irrévérences tant stylistiques
que sociétales. Le renouveau de la langue rimbaldienne est amorcé, même s’il ne sera achevé que quelques
années plus tard dans les Illuminations et Une Saison en enfer.

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