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Ces questions sont une simple évaluation de départ. Si jamais l'un
dentre elles ne suscite pas un «oui» clair, retournez A votre lasted
a dessins. Considérons cependant que vous pourriez répondre oui Fi
toutes, mais que vous savez. que vous ne pouvez réaliser cing grands
projets a la fois. Dans un tel cas, il vous faudra une méthode d’éva.
luation quelconque. En voici une : la matrice décisionnelle.
Effet Effort Rentabitité Senet a Total
tae 1
ie 2
ees
ibe 4
aie 5
Au sein de cette matrice, vous dresserez la liste de vos idées dans
la colonne de gauche avant de les noter sur une échelle de 1 a5
5 étant la meilleure note. Cette notation sera subjective, bien sir,
mais comme nous recherchons des tendances, ces estimations feront
Yaffaire. Notez vos idées au regard des critéres suivants :
* Effet : globalement, quel sera effet de ce projet pour votre entre-
prise et vos clients?
* Effort : combien de temps et de travail faudra-t-il pour réaliser
le projet? (Ici, une note basse indique un effort plus intense :
choisissez 1 pour un projet qui réclame énormément de travail
et 5 pour un projet qui n’en demande presque pas.)
* Rentabilité : par rapport aux autres idées, combien d'argent ce
projet rapportera-t-il ?
* Vision ; 4 quel point ce projet correspond-il A votre mission et &
votre vision d’ensemble?
Notez chaque critare sur une échelle de 1 & 5, puis faites le total
dans la colonne de droite. Rappelez-vous que vous cherchez a déga-
ger des tendances. Si vous devez renoncer a un projet, éliminez le
La nouvelle démographie - 89moins bien noté; si vous ne pouvez conserver qu'un projet, retenez
le mieux noté.
Voici un exemple tiré de ma propre entreprise. Je m‘interrogeais
alors sur les projets professionnels a réaliser au second semestre 2011
eftct | eff | montane | AAS0r80¥8 | Total
Guide de I'éditeur 4 3 3 5 15
Kitgubatcseurdempie [4 2 5 4 15
Webinae surlacréaton [9 4 2 3 72
d'une communauté
Projet de panier d'achat 3 3 3 3 hd
Petits atti en det 4 1 1 4 70
Quand vous ne savez par ot commencer et que vous avez une
foule d’idées, cet exercice peut vous étre utile. Dans mon cas, les
ateliers en direct auraient eu un gros effet sur les participants (du
moins je l'espérais), mais sur personne d’autre. Ils auraient réclamé
beaucoup de temps de préparation, beaucoup d’énergie et n’auraient
pas été trés rentables. Je les ai donc mis en attente.
La matrice décisionnelle vous aide aussi a distinguer les forces
et les faiblesses de vos idées. Liidée des petits ateliers me plaisait,
jusqu’au moment ott j'ai compris qu’ils demanderaient beaucoup de
travail mais seraient mal récompensés et auraient peu d’effet. C’était
une grosse faiblesse! En revanche, un projet comme le webinaire
représentait un moyen terme : je ne prévoyais pas une charge de
travail excessive et j'en espérais des résultats au-dessus de la moyenne
(quoique pas extraordinaires). °
tee
La derniére fois que nous avons rencontré James Kirk, au cha-
pitre 1, il avait quitté Seattle pour la Caroline du Sud et ouvert la
maison de café laquelle il pensait depuis six mois. Que s’est-il passé
90 — Entrepreneurs inattendus
adensuite? Une fois converti a un mode de vie plus calme, une fois ses
clients devenus familiers, il a apporté quelques changements. « Sai
appris qu'il était hors de question par ici de faire venir les gens pour
le petit-déjeuner si vous ne vendez pas de biscuits, Si vous m’aviez
dit 4 Seattle que ma maison de café vendrait des petits gateaux, cela
maurait bien fait rire. » Tous les jours de Yannée, il vend aussi beau-
coup de thé glacé, une denrée qui n'est demandée qu’occasionnelle-
ment, les jours d’été brdlants, dans la région du Pacifique Nord-Ouest,
Mais James s'est vite adapté, en déterminant quelles parties de
son activité étaient adaptables et lesquelles étaient intangibles. Il
pourrait proposer des biscuits le matin, par exemple, et préparer
plus de thé glacé pour ceux qui en voudraient - mais il continuerait
a veiller 4 l'absolue fraicheur de ses grains de café et A préparer les
expressos comme il avait appris a le faire a Seattle. La prochaine
fois que vous visiterez Lexington, passez donc chercher un biscuit
et un américano. James et son équipe sont a votre service.
Qui est votre public? Il n’est pas nécessaire de le définir en fonction de
catégories comme I'age, la race ou le sexe. Vous pouvez aussi bien
vous le représenter en termes de convietions et de valeurs communes.
|l est souvent possible de suivre une mode, un engouement ou une
tendance en vous imposant comme une autorté et en simplifiant quelque
chose dans le processus a intention des autres qui espérent en profiter.
* Recourez & des enquétes pour comprendre vos clients et prospects.
Plus elles sont précises, mieux c'est. Demandez : «Quelle est la chose
1° 1 que je pourrais faire pour vous? »
* Utiisez la matrice décisionnelle pour évaluer des idées muttiples les unes
Par rapport aux autres. Vous n’étes pas obligé de ne retenir qu'une seule
idée, mais l'exercice peut vous aider a décider de la suite des événements.
La nouvelle démographie - 91Deuxiéme partie
Descendre dans la rue6
Un plan d'affaires en une seule page
Si l’énoncé de votre mission est beaucoup plus long que
cette phrase, il est probablement trop long
«A moins qu’ils ne se transforment immédiatement en travail
acharné, les plans ne sont que de bonnes intentions. »
Peter Drucker
Jen Adrion et Omar Noory ont obtenu leur dipléme du College of
Art and Design de Columbus (Ohio) en 2008. Ils ont tous deux com-
mencé & travailler comme graphistes indépendants; de plus, Jen
enseignait dans leur alma mater et Omar travaillait dans un studio
de création en ville. Installés dans un minuscule appartement, ils
arrivaient a joindre les deux bouts et leur travail correspondait au
domaine de leurs études, mais un an tout juste aprés la fin de celles-
ci, ils éprouvaient de la lassitude envers le monde du dessin com-
mercial. « Aurais-je mieux fait d’aller en fac de médecine? », se
demandait Jen. «Et sij‘étais faite plutét pour la comptabilité? C’était
étrange de ressentir cela aprés seulement un an de carriére.» Un
jour, revenant de Chicago, ils parlérent d'autres sujets : un déplace-
ment prévu a New York et un projet qui, espéraient-ils, déboucherait
sur d'autres voyages.
Un plan d'affaires en une seule page ~ 95
———De retour a la maison, Omar rechercha une jolie carte géogra-
phique qui les aiderait & préparer leurs prochaines aventures,
Passons sur les détails : faute d’en trouver une a leur gotit, ils déci-
dérent de réaliser leur propre carte. Jusque tard dans la nuit, ils
travaillaient sur leur carte idéale tout en discutant des endroits
qu’ils espéraient visiter, Quand ils eurent fini leur création, il restait
un petit probléme. Limprimeur pressenti imposait une commande
minimale de cinquante unités pour un cofit de 500 dollars. C’était
une grosse dépense pour |’exemplaire unique dont Jen et Omar
avaient besoin. Mais le projet avait fini par signifier pour eux davan-
tage qu'un papier imprimé. Ils allongerent donc 250 dollars chacun.
Le résultat final leur plut beaucoup, et ils accrochérent leur carte
au mur... laissant les quarante-neuf autres de cété, sans utilité
évidente. Ils en donnérent quelques-unes a des amis. Il leur en res-
tait tout de méme quarante-quatre. Enfin, Omar posa une question
folle : est-ce que quelqu’un aurait envie d’acheter ces exemplaires
restants ?
Ils confectionnérent un site web d’une page, y collérent un bou-
ton PayPal et allérent se coucher. Le lendemain en se levant, ils
découvrirent qu’ils avaient vendu une carte. Puis vinrent une autre
vente, et une autre encore. Grace 4 une mention inattendue sur un
forum de créatifs trés fréquenté, ils vendirent la totalité de leur
premier tirage en 10 minutes et recurent quantité de messages
réclamant une réédition. Tenaient-ils leur réponse a la lassitude du
créatif?
Au cours des quelques mois suivants, Jen et Omar introduisirent
des présentations supplémentaires et appliquérent de nouvelles
idées : une carte du métro de New York, par exemple, et une carte
des quartiers de San Francisco. Ils visaient une croissance ferme
mais ne lanceraient pas de nouveaux produits sans raison valable.
Bons créatifs, ils avaient compris que tout le contenu de leur maga-
sin devait étre essentiel. IIs comprirent aussi que, méme si quelques-
uns faisaient plus d’un achat, le mieux qu’ils pouvaient espérer de
96 — Descendre dans la rueJeurs clients était qu’ils leur envoient d'autres acheteurs et des
passionnés.
Au bout de neuf mois, tous deux avaient quitté leur emploi quo-
tidien pour travailler & plein temps dans lentreprise. «Ce projet a
totalement restauré notre passion pour le graphisme, dit Omar. Avoir
Ja maitrise de sa création donne un sentiment de libération. Cela a
été pour nous une occasion incroyable de progresser en tant que
dessinateurs. J'ai le sentiment que notre travail a fait plus de progrés
Yan passé que jamais auparavant. »
Joe et Omar ont commencé avec une idée, ont tenu leurs coats
et n’ont pas attendu longtemps avant d’aller de ’avant avec un pro-
duit. Puis ils se sont adaptés a la réaction du marché (faites plus de
cartes!) et ont réalisé avec soin chaque nouveau produit. « C'est
dréle, m’a dit Jen, nous sommes tous deux des obsédés de la plani-
fication, mais nous n’avions pas de plan pour ce projet au début, or
c'est maintenant notre travail 4 plein temps. »
UN BIAIS EN FAVEUR DE LACTION
Plan? Quel plan? Nombre de nos études de cas décrivent des cir
constances similaires & celles de Jen et Omar : se lancer vite et voir
ce qui se passe. Planifier n'est pas répréhensible, mais on pourrait
passer sa vie entiére a établir un plan jamais transformé en action.
En cas de conflit entre le plan et l’action, c'est l'action qui gagne.
Voici comment faire.
Sélectionnez une idée vendable. Dans le cas de Jen et Omar,
Vidée était la suivante : peut-éire ne sommes-nous pas seuls d aimer
les jolies cartes géographiques. Se pourrait-il que d'autres personnes
les aiment assez pour nous en acheter? Une idée vendable n’est pas
nécessairement grandiose ou révolutionnaire : elle doit seulement
apporter une solution @ un probléme ou étre assez utile pour que
Un plan daffaires en une seule page ~ 97autres personnes soient disposées & la payer. Ne pensez pas inno-
vation, pensez utilite. )
Quand vous commencez, comment savoir si une idée est ven-
dable? Eh bien, vous n’étes pas toujours certain, c'est pourquoi vous
commencez le plus vite possible et vous évitez de dépenser beau-
coup. Mais pour en savoir plus, voyez l'encadré « Un test de marché
immédiat en sept étapes », ci-aprés.
UN TEST DE MARCHE IMMEDIAT EN SEPT ETAPES
1. Vous devez étre sensible au probleme que vous allez résoudre, et i
faut qu'un nombre suffisant d'autres personnes y soient sensibles
aussi, Rappelez-vous toujours la legon de la convergence : le croi-
sement entre votre idée et ce qui a de I'importance pour autrui.
2. Assurez-vous que le marché est suffisamment gros. Testez sa taille
en notant le nombre et la pertinence des mots clés Google - les
mémes mots clés que ceux que vous utliseriez pour essayer de
trouver votre produit. Réfléchissez aux mots clés que les gens utili
seraient pour trouver une solution & un probléme. Si vous recherchiez
votre propre produit en ligne sans savoir s'il existe, quels mots clés
utiliseriez-vous? Observez les annonces publicitaires affichées au-
dessus et a droite des résultats.
3. Efforcez-vous d'éiminer les «douleurs criantes admises». Le produit
doit résoudre un probléme qui cause une douleur dont le marché a
conscience. Il est plus facile de vendre a quelqu’un qui est conscient
avoir un probléme et convaincu quiil lui faut une solution que de
convaincre quelqu'un qu'll a un probléme et qu’ll faut le résoudre.
4. Presque tout ce qui se vend répond soit une douleur profonde soit
& un désir profond. Par exemple, les gens achatent des articles de
luxe pour obtenir du respect et un statut, mais a un niveau plus
profond, ils désirent qu'on les aime. Soulager une douleur peut étre
2. Comme dit Jason Fried, de 37signals; merci a lui.
98 - Descendre dans la rueplus efficace que de réaliser un désir. Vous devez montrer aux gens
‘comment vous pouvez les aider 4 supprimer ou réduire leur douleur.
§, Raisonnez toujours en termes de solutions. Assurez-vous que votre
solution est différente et meileure. (Notez qu'elle ne doit pas néces-
sairement étre moins chére - se battre sur le prix est d'ordinaire une
mauvaise idée.) Le marché est-il mécontent de la solution actuelle?
étre différent ne suffit pas; il vous faut une différenciation qui vous
rende meilleur. Rien ne sert de lancer quelque chose de nouveau si
le marché est déja satisfait par la solution existante - votre solution
doit tre différente ou meilleure. L'important est son effet, pas sa
taille,
6. Interrogez des gens sur votre idée, mais veillez 2 ce qu'ils fassent
Partie de votre marché cible potentiel. Sans cela, ils risqueraient de
vous fournir des données sans signification, done biaisées et mal
fondées. Définissez un client type : la personne qui bénéficiera le
lus de votre idée. Examinez tout votre réseau — communauté, amis,
famille, réseaux sociaux - et demandez-vous si I'une ou l'autre de
ces personnes répond au profil de votre client-type. Soumettez-lui
votre idée et débattez-en en détail avec elle. Vous obtiendrez ainsi
bien plus d'informations utiles qu’en vous adressant & n’importe qui.
7. Rédigez une courte définition de ce que vous faites et montrez-ia &
un sous-groupe de votre communauté. Demandez & ces gens de
la tester gratuitement en échange de leur avis et de leur discrétion.
En guise de bonus, le sous-groupe se sentira impliqué et agira en
évangélste. Donner instaure la confiance et la valeur, tout en vous
‘apportant une occasion de proposer la solution d’ensemble. A l'aide
d'un blog, imposez-vous comme une autorité et un expert du sujet.
Déposez vos commentaires sur les blogs fréquentés par votre public
cible.
Evitez de trop dépenser. En investissant de la sueur plutot
que de l'argent dans le projet, vous éviterez de vous endetter et
vous limiterez les conséquences en cas d’échec. Jen et Omar ont
démarré avec un budget total de 500 dollars (360 euros) exacte-
Un plan daffaires en une seule page - 99ment. Dans un autre quartier de Columbus (Ohio), Amy Turn
Sharp anime une entreprise de jouets faits main. Coats de démar-
rage : 300 dollars. Nicolas Luff, de Vancouver (Canada), s‘est lance
en 2000 avec seulement 56,33 dollars, c’est-d-dire le coftt des for.
malités pour créer une entreprise a I’époque. A New York, Michael
Trainer est devenu réalisateur de documentaires pour 2 500 dol-
lars : le prix d’une caméra - qu'il a plus tard revendue en faisant
un bénéfice.
La plupart de ces gens sont des solopreneurs, dont l’entreprise est
congue pour étre légére. Mais des entreprises plus importantes,
comptant plusieurs salariés, ont aussi préféré maintenir leurs coats
de départ aussi bas que possible. David Henzell, fondateur au
Royaume-Uni d’une agence dont nous avons parlé au chapitre 1, a
lancé sa nouvelle société avec 4 000 dollars. Scott Meyer et son
associé, dont nous reparlerons au chapitre 9, ont lancé dans le
Dakota du Sud une entreprise de presse comptant quatre salariés
pour moins de 10 000 dollars. Ce qu’il faut retenir est que les chiffres
peuvent étre différents d’un cas a l'autre, mais qu'il faut maintenir
les coats bas chaque fois que possible.
Faites la premiére vente le plus vite possible. A Louisville,
dans le Kentucky, j'ai discuté avec Nick Gatens, qui m’a parlé d'un
petit projet de photographie auquel il travaillait. Nick était salarié
a plein temps dans Vinformatique et essayait depuis un bout de
temps de lancer une affaire a lui. Mais cela ne marchait pas trés
bien. «Je ne suis pas stir d’avoir trouvé la bonne présentation pour
mon site ni le bon message pour les visiteurs», m’a-t-il dit dans le
café oi nous avons fait connaissance.
Toujours curieux de connaitre les projets des autres, j'ai aussit6t
ouvert mon ordinateur portable et je lui ai demandé !'URL du site
pour jeter un coup d’eeil. «A vrai dire, m’a-t-il répondu, le site ne
fonctionne pas encore. »
_ Yaimerais pouvoir vous dire que je lui ai donné un conseil judi-
cieux, mais je n’ai pas eu a prononcer un seul mot. Le regard plongé
100 — Descendre dans la ruedans sa tasse de café, Nick était frappé par I'évidence : pour que son
projet marche, il fallait au moins le lancer, Les personnes qui nous
accompagnaient l’ont encouragé elles aussi, et il nous a quittés déter-
miné a aller de l’avant sans tarder.
Je me trouvais au Kentucky ce jour-la pour une tournée de dédi-
caces dans les cinquante Etats américains. J’ai A nouveau rencontré
Nick quelques semaines plus tard en Virginie occidentale. Cette fois,
son regard brillait d’enthousiasme et il avait une grande nouvelle :
«Jai ouvert le site et j'ai fait une vente!» Un inconnu, amené par
un lien, quelque part sur Internet, avait payé 50 dollars pour obte-
nir un tirage. Si vous n‘avez jamais rien vendu vous-méme aupara-
vant, cela peut vous étonner : il a vendu un tirage pour 50 dollars ?
En voila une affaire! Mais j'ai tout de suite compris : la premiere fois
que vous faites une vente lors d’une création d'entreprise, quel qu’en
soit le montant, c'est un trés gros contrat.
Les semaines écoulées entre le Kentucky et la Virginie occidentale
avaient laissé 4 Nick le loisir de trouver le vrai coupable de son
retard, «A la suite de cette conversation, je me suis demandé pour-
quoi le site ne fonctionnait pas encore, m’a-t-il dit. Dans ma téte, le
probléme était technique. Je devais rectifier la présentation et régler
quelques erreurs de code. Mais, honnéte avec moi-méme, j'ai com-
pris que j'étais en réalité bloqué par mes appréhensions; ces machins
techniques n’étaient qu'une excuse. Et si je n’allais pas vendre le
moindre tirage, et si personne n’aimait mes ceuvres? Aprés avoir
réalisé les causes de mon blocage, je suis rentré chez moi et j/ai
ouvert le site au public le soir méme. Moins de deux semaines aprés,
Jai vendu ce premier tirage. »
D/autres interlocuteurs m’ont livré d'innombrables versions de
cette histoire ~ sur la difficulté de se lancer, mais le cété trés grati-
fiant de cette premiére vente. « Dés que j'ai fait la premiére vente,
Jai su que je réussirais, m’a dit l'un d’eux. Ce n’était peut-étre pas
totalement rationnel, mais cette unique vente m’a déterminé &
prendre l’entreprise plus au sérieux. »
Un plan d'affaires en une seule page - 101
_— ———«J’étais en train de faire un exposé et j'ai ouvert le panier d’achat
pour notre premier produit lancé, m’a dit un autre. Jai vu les com-
mandes arriver et j'ai dit tout haut, litt¢ralement : “Oui, ¢a y est!”
Cela a eu un énorme effet sur mon tonus du moment. »
La question a vous poser est donc : comment faire venir ma pre-
mire vente? Vous vous occuperez plus tard de la concurrence des
autres entreprises; le plus gros probléme que vous affrontez est
Tinertie. Nick a remporté la bataille contre I'inertie en mettant son
site en ordre de marche, et il en a été récompensé par sa vente.
Vendez avant de fabriquer. Avant de mettre beaucoup de tra-
vail dans la réalisation de ce que vous avez a offrir, il vaut mieux
savoir si le public en voudra. Les enquétes sont l'un des moyens
pour se renseigner, comme on I’a vu au chapitre précédent — mais
si vous avez l'esprit aventureux, vous pouvez aussi afficher une
proposition, observer les réactions, puis vous demander comment
la réaliser.
Lun de mes amis a procédé ainsi avec un produit d'information
destiné au secteur de automobile de luxe. Il a proposé un guide
spécialisé vendu 900 dollars... sauf qu'il ne Vavait pas réellement
créé avant d’en faire la publicité dans un magazine. Il savait que sa
réalisation réclamerait beaucoup de travail, alors pourquoi s’en
donner la peine si personne n’en voulait?
Un peu étonné, il a recu deux commandes. La publicité avait
cofité 300 dollars. II pourrait donc gagner 1 500 dollars & condition
de créer vraiment le guide. Il écrivit aux deux acheteurs qu’il était
en train de développer une «version 2.0» nouvelle et améliorée, et
quill serait heureux de la leur adresser sans frais supplémentaire
sous réserve qu’ils acceptent un petit délai ; elle ne serait préte que
dans trente jours.
Bien entendu, il proposait de les rembourser s’ils refusaient de
patienter, mais tous deux acceptérent d’attendre la version 2.0. I!
consacra tout le mois suivant a rédiger frénétiquement le guide avant
de Venvoyer aux clients qui l'attendaient avec intérét, Certain que le
102 — Descendre dans la ruesucces était & portée de main (et d’autant plus facile qu'il disposait
désormais d’un produit réel), il publia une autre annonce et vendit
dix exemplaires supplémentaires en quelques mois.
Peut-étre vous interdiriez-vous d’agir de la sorte, mais assurez-
yous que votre produit ou service est suffisamment demandé avant
de lui consacrer votre vie entiére. C'est pourquoi il est important de
se lancer le plus vite possible et pourquoi la premiére vente peut
donner un tel sentiment de puissance.
Réagissez aux premiers résultats. Aprés un premier succés,
faites le point et décidez de ce que vous allez faire maintenant. Jen
et Omar ont réagi 4 la demande en proposant des cartes supplémen-
taires et en créant avec soin de nouveaux produits. Au bout d’un an,
ils ont décidé de ne plus assurer eux-mémes la préparation des
commandes. « Aller a la poste était amusant quand nous venions de
nous lancer, raconte Jen. Puis nous avons da le faire de trois cing
fois par semaine, et c'est devenu lassant.» Ils ont décidé de sous-
traiter leurs expéditions a un entrepét des environs, économisant
ainsi plusieurs heures par semaine.
De telles décisions peuvent sembler évidentes (pourquoi des gra-
phistes devraient-ils perdre leur temps a visiter un bureau de poste?),
mais leur mise en ceuvre peut demander beaucoup de travail. Dans
le cas de Jen et Omar, confier les expéditions a un entrepét local ne
suffisait pas, il fallait aussi veiller a une charge redoutable : synchro-
niser leur systéme d’achat en ligne et I'atelier d’expédition.
Enfin, il est bon de se demander quelle est la cause du succés
initial, méme si celui-ci semble étre le fruit du hasard ou d'une
coincidence. Pour Jen et Omar, le premier article qui leur a été
consacré par un grand site de graphisme a peut-étre été un coup de
chance, mais pouvaient-ils se débrouiller pour que cela se repro-
duise? Oui, ils ont pu, et a plusieurs reprises, car ils ont tissé des
relations et fait connaitre leurs nouveaux projets avec modestie et
sans prétention. Nous examinerons davantage comment faire dans
la partie suivante du livre.
Un plan d'affaires en une seule page - 103
sa eae |une micro-entreprise, batie en agissant vite et en dépensant
enter d'un minimum de planification
formelle. Vous avez surtout besoin des éléments discutés tout au
long de ce livre : un produit ou service, un groupe de clients et un
moyen de vous faire payer. Le modéle de plan d'affaires en une page,
ci-aprés, vous sera utile.
[Wreeise stows tar is eNO szaccl
Répondez & chaque question par une ou deux phrases bréves.
Généralités
Que vendrez-vous? __
Qui vous l'achatera?
En quoi pensez-vous que vote idée d'entreprise aidera les gens? _
Questions d'argent
Quel prix demanderez-vous ? _
‘Comment recevrez-vous l'argent? __
Par quel autre moyen gagnerez-vous de l'argent avec ce projet? _
Dans
peu, vous pouvez vous cont
Battage
Comment les clients entendront-ils parler de votre entreprise? _
Comment encourager les recommandations? ___
Succes
Le projet sera un succés quand il atteindra les niveaux suivants :
Nombre de clients _ ou
Revenu annuel net __
(0u autre indicateur)
Obstacles/problémes/questions en suspens
Souci spécifique ou question n° 1 ___
Solution proposée au soucin? 1___
Souci spécifique ou question n° 2
Solution proposée au soucin?2
104 — Descendre dans la rueSouci spécifique ou question n°3
Solution proposée au souci n°3
Date limite : ce projet verra le jour au plus tard le
* Yous powvez télécharger Ou imprimer un exemplar gratuit de votre propre plan dVafres
sur mesure auprés de [Link]. D’autres guides utles sur la planfcation centre,
prise sont disponibles auprés de Jim Horan et Tim Bary
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Quand vous réfléchissez aux questions de liberté et de valeur, la plus
importante est : «En quoi cette entreprise aidera-t-elle les gens?» II
ne s'agit pas simplement de générosité : quand une entreprise aide
les gens, son propriétaire est payé. Il y a des gens qui concoivent
toute une activité lucrative autour d’une composante sociale, d'autres
changent de priorité en cours de route, d'autres encore intégrent un
projet social dans une entreprise a but lucratif.
La disparition de Apartheid en Afrique du Sud a mis fin en 1994
a prés d'un demi-siécle de pouvoir exclusivement blanc dans le pays
économiquement le plus développé d’Afrique. La méme année, avec
Télection de Nelson Mandela, son premier président noir, le pays a
entrepris d’instaurer une vraie égalité au sein de la «nation arc-en-
ciel». Hormis la mauvaise image que lui valait I’Apartheid, l'Afrique
du Sud était connue pour plein de bonnes choses, en particulier
pour ses vins renommés. Les exploitations viticoles du Cap-
Occidental sont antérieures a celles de la Californie. LAfrique du
Sud a fourni du vin aux cours royales européennes pendant plus de
350 ans et ses vignes ont servi & lancer l'industrie viticole austra-
lienne en 1781.
Pourtant, du fait de Apartheid, les Noirs, qui représentent 80 %
de la population du pays, détenaient moins de 2 % du secteur viticole
Un plan diaffaires en une seule page ~ 105sud-africain, qui pése 3 milliards de dollars. D’ot Vidée d’un couple
d’Américains, Khary Cuffe et sa femme Selena, qui voulaient créer
une entreprise trés rentable au service des viticulteurs noirs d’Afrique
du Sud. Selena, directrice générale, la présente ainsi : « Cette initia.
tive marie la justice sociale avec ma passion pour Ja création d’entre-
prise. Son plus grand avantage est que mes objectifs personnels et
professionnels sont identiques : changer positivement la maniére
dont les gens voient le continent africain et contribuer a réintroduire
un sentiment familial et des relations sociales dans la vie des gens
concernés par notre entreprise. »
A Tel Aviv, en Israél, Daniel Nissimyan a fondé un distributeur de
paintball dénommé Matix Ltd. Je m’y suis intéressé en raison de sa
clientéle hors du commun : «Nous vendons des équipements de
sports extrémes a des passionnés en Israé] et dans les pays voisins,
ainsi qu’aux responsables de la Défense israéliens pour leurs besoins
dentrainement. » Malgré l'apparition soudaine de plusieurs concur-
rents appatés par lessor du paintball en Israél, entreprise marchait
bien. Matix Ltd affichait un bénéfice a six chiffres et s’était assuré
des contrats d’exclusivité avec ses principaux fournisseurs, coupant
ainsi I'herbe sous le pied de ses nouveaux concurrents.
Daniel faisait la navette entre Israél et les Etats-Unis; il avait
précédemment créé dans le sud de la Californie une association qui
enseignait le karaté a des enfants affectés de troubles du développe-
ment. Le paintball était distrayant, mais Daniel aurait voulu réunir
son modéle sans but lucratif de Californie et 'entreprise de matériel
sportif qu'il dirigeait 4 Tel Aviv. Il trouva la réponse dans une nouvelle
entreprise dénommée Green Collar, qui vise a rendre les décharges
terrestres plus efficaces tout en exploitant une source d’énergie nésli-
Bee. Lobjectif est de collaborer avec les municipalités d’Israél et de
Tautorité palestinienne afin de résoudre des problémes communs ¢t
d'exploiter des intéréts liés. Voici ce qu'il en dit :
Bien plus qu’avec Matix [Vaffaire de paintball), je me réveille !@
‘matin avec le sentiment que je contribue a améliorer le monde
106 — Descendre dans la rue
Be aet que je n'ai pas besoin de souffrir pour cela. Je n'ai pas besoii
de donner de mon temps a une autre association de bienfaisarn,
ou de faire des dons en argent; j'ai préféré consacrer mes efforts
a faire du monde un endroit meilleur pour mon pays et thd
enfants — et je veux aussi étre rémunéré pour cela.
Que vous suiviez le modéle de Daniel, la création d'une entreprise
autour d’une cause sociale (avec une rémunération a la clé), ou que
vous trouviez un moyen d’intégrer un projet collectif dans votre
entreprise existante, beaucoup de créateurs voient la une part essen-
tielle et gratifiante de leur travail.
L'ENONCE DE VOTRE MISSION EN 140 CARACTERES
Ramenons le processus de planification & un exercice tres simple
définir la mission de votre entreprise (ou votre idée d'entreprise) en
140 caractéres maximum. C’est la dimension maximale d'un message
sur Twitter et une bonne limite naturelle pour rétrécir un concept. Il peut
tre utile de réfiéchir aux deux premiéres caractéristiques de toute
entreprise : un produit ou service et le groupe de gens qui 'achetera.
Réunissez les deux et vous avez I’gnoneé d'une mission.
Nous fournissons [produit ou service] & [clients]
Comme indiqué au chapitre 2, il est généralement préférable de mettre
en valeur un bénéfice central de votre entreprise plutdt qu'une carac-
téristique descriptive. Pareillement, vous pouvez réviser un peu votre
énoneé pour qu'il se présente ainsi :
‘Nous aidons [olients] 2 faire/réussir/autre verbe [bénéfice premier]
Un tel degré de concentration vous aide éviter la langue de bois et &
creuser jusquau veritable objectif de votre entreprise dans ses relations
avec vos clients, Voici quelques exemples.
* Sivous fournissez un service de promenade de chiens, sa °
ristique est «je proméne les chiens ». Son bénéfice est : «J’aide les
propriétares de chiens trop occupés & ne pas culpabilser quand is
Ne peuvent pas s'en occuper.»
sa caracté-
Un plan daffaires en une seule Page ~
107* Sivous vendez des patrons pour chapeaux en tricot, le bénéfice est
du genre : «J'alde les gens a étre créatifs en confectionnant des
chapeaux pour eux-mémes ou pour leurs proches. »
* Si vous fabriquez des faire-part de mariage & la demande, vous
pourriez dire : «J'aide les couples a se dire que le grand jour de leur
Vie sera original en leur fournissant des invitations étonnantes. »
Qu’en est-l pour vous? Comment allez-vous décrire en 140 caractéres
(ou moins) la mission de votre entreprise?
Jen et Omar ont suivi le modéle de I'entreprise & 100 euros : en
se concentrant sur l’assortiment spécifique de leurs compétences
particuliéres, ils ont fabriqué un produit intéressant qui a de la
valeur pour d'autres personnes. IIs ont donné a leurs clients ce qu’ils
voulaient sans dissimuler leur vie réelle : sur leur site web, un blog
décrit leur vie privée, avec méme des photos de leur chat — mais sans
entrer dans tous les détails de la confection des tirages, que la plu-
part des clients trouveraient sans intérét.
Ils ont retenu une idée vendable et y ont été incités par leur pre-
miére journée de vente. Ils ont engagé le minimum de dépenses, se
sont lancés a partir de leur minuscule appartement et n’ont pas
emprunté un seul dollar. Face a la croissance rapide de lentreprise,
ils ont fait le point, tirant les legons de ce qui marchait (réaliser
davantage de cartes géographiques) et de ce qui ne marchait pas
(faire constamment la navette jusqu’au bureau de poste).
Le plus important est qu’au lieu de réfléchir indéfiniment ou de
multiplier les prévisions, Jen et Omar sont passés a l’action.
108 - Descendre dans la ruePlaniiez au fur et & mesure afin de réagir a 'évolution des besoins de
vos clients, mais lancez votre entreprise le plus vite
\égiant l'action,
La premiére vente d'un tirage a apporté a Nick une motivation sans
commune mesure avec les 50 dollars encaissés. Trouvez un moyen de
faire votre premiere vente le plus vite possible,
Possible, en privi-
Suivez les sept étapes du test de marché instantané (ou méthode de
vente avant réalisation) pour mesurer la réaction initiale,
Utiisez le plan d'affaires en une page pour définir rapidement vos idées
d'entreprise.
Pour éviter de trop compliquer les choses, présentez votre entreprise
‘sous forme d'un énoncé de mission en 140 caractares.
Un plan diaffaires en une seule page ~ 1097
——
Une proposition qui ne se refuse pas
Guide systématique de la création d'une offre irrésistible
«Je n'ai rien d'autre a vous proposer que du sang,
du labeur, des larmes et de la sueur. »
Winston Churchill
Scott McMurren contemplait le mont McKinley par la fenétre de
son bureau, dans une station de télévision d’Anchorage, au Canada.
Il vendait des espaces publicitaires, frappant a toutes les portes de
la ville afin de trouver des annonceurs pour la station. I] animait
aussi une émission sur le voyage; il aimait bien cela, mais ne pensait
pas pouvoir en faire un travail 4 temps plein. Son ami Gary Blakely
le harcelait depuis quelque temps avec une idée d'entreprise, mais
il n’avait pas accroché. Au bout de deux ans, entre la persévérance
de Gary et la lassitude de Scott, qui en avait assez de faire la méme
chose tous les jours, le second finit par craquer et consentit :
«Daccord, faisons un essai.»
Lidée était de créer des carnets de coupons de réduction pour les
Voyageurs indépendants visitant l’Alaska. Tous les ans, plus d'un
million de visiteurs franchissent le seuil de I'Btat afin de visiter le
Pare national Denali et d’autres attractions. Certains arriv ent parun
re ou un voyage clés en main, d'autres, bien plus
Une proposition qui ne se refuse pas - 111nombreux, organisent eux-mémes leur voyage. Comme en
Yopportunité d'affaires tient au probléme du consommateur : il fai
bon vivre en Alaska I’été, mais les prix y sont toujours élevés. Deja,
presque tout y est plus cher que dans le reste des Etats-Unii pet cer
tains voyagistes donnent un coup de pouce supplémentaire & leurs
tarifS. (Une plaisanterie classique dit : «Bienvenue en Alaska... veuil-
lez me remettre votre portefeuille. ») Le carnet de coupons servirait
d’antidote aux prix forts, mais i] devrait présenter une valeur réelle
au lieu de se contenter des minces remises classiquement proposées
ailleurs.
Crest ici que Scott entre en scéne. Commercial dans la publicité,
il avait déja les contacts locaux; il ne lui restait qu’a obtenir qu’ils
s'engagent & accorder des remises, classiquement des offres «deux
pour le prix d'un», avec gratuité de la seconde nuit ou pour la
seconde personne. Vendeur-né, Scott organisait tous les contrats de
maniére a ce qu'ils en entrainent d'autres. Si un fournisseur se mon-
trait réticent & accorder une remise, il lui faisait valoir que les autres
entreprises ne soulevaient pas d’objection. Son message implicite
était : «Tout le monde marche, vous ne voudriez pas que ¢a se fasse
sans vous. »
Une fois le bénéfice prouvé aux fournisseurs, restait & le prouver
aussi aux gens qui achéteraient les carnets de coupons. Vous vous
dites peut-étre que Scott et Gary devaient les vendre a bas prix pour
en vendre un maximum (a I’instar de ces produits vendus ailleurs
pour 20 ou 25 dollars grace a la publicité ou aux commissions des
fournisseurs), mais ils avaient une meilleure idée : vendre les carnets
99,95 dollars en étant extrémement clairs quant a la valeur fournie.
On trouvait des coupons pour des vols et des balades en hélicoptére
qui pouvaient cotiter plusieurs centaines de dollars, et pour des
hétels affichés & plus de 100 dollars la nuit, Qui n/aurait pas envie
de payer 99,95 dollars pour obtenir un tel produit?
Cétait une entreprise de passionnés par excellence, et aussi un
parfait transfert de compétences d’un emploi salarié A une micro-
112 — Descendre dans la rueentreprise. Scott connaissait de l'intérieur l'industrie du voyage locale
et savait comment exploiter ses contrats de mani:
@re A ce quiils pré-
sentent tous une grande valeur,
Gary était homme de la production,
jl gérait tout ce qui concernait la mise au point du produit ainsi que
les finances et tout le travail sur Internet. Depuis quinze ans, les cou-
pons TourSaver sont leur activité et leur source de revenus principales,
Pourquoi l’offre de TourSaver est-elle si irrésisti ble? Parce qu’elle
apporte des bénéfices immédiats supérieurs a son cofit, avec un
argument convaincant : « Achetez ce carnet, utilisez un seul de ses
coupons et vous récupérez votre mise. Et par-dessus le marché, il
vous en reste encore plus de cent & utiliser,» «Faites le compte,
plaide Scott : en utilisant un seul de ses cent trente et quelques cou-
pons, vous économisez plus que ce que le carnet vous a cofité. »
On peut aussi se représenter la situation ainsi : Scott et Gary ont
créé une offre qui ne se refuse pas. Si vous vous rendez en Alaska
et que vous avez l'intention de profiter un peu du paysage, vous
n'avez pratiquement aucune raison de ne pas acheter l'un de leurs
carnets.
LORANGE ET LE BEIGNET
Voici quelques années, j'ai couru mon premier marathon a Seattle.
Faimerais pouvoir dire que j'ai tenu le rythme jusqu’a la fin mais,
aprés une trentaine de kilometres, lessivé, j’étais 4 peine capable de
mettre un pied devant l'autre. Je me trainais ainsi péniblement, au
cours de la derniére heure, quand je remarquai un peu plus loin un
bénévole qui tendait des quartiers d’orange frais sur le bord de la
route. Clopin-clopant, je m’approchai, ralentis et acceptai son
offrande avec joie. Ce quartier d’orange fraiche était une offre qui
ne se refuse pas - il était gratuit, mais je l'aurais volontiers payé et
Javais eu de largent sur moi, j’étais dans le bon état d'esprit pour
faire un achat.
Une proposition qui ne se refuse pas — 113‘Trois kilomatres plus loin, un autre bénévole tendait un cadeay
tout différent ; des moitiés de beignet Krispy Kreme. Hélas, cette
offre ne m’a pas tenté (ni aucun des autres coureurs que jai pu voir),
Je ne fais pas la fine bouche, j'ai avalé plus que ma part de beignets
dans ma vie, mais aprés trois heures de la course la plus longue que
jaie jamais courue, le moment était mal choisi pour les sucreries,
Loffre était inintéressante et mal adaptée au contexte!.
Une offre irrésistible est comme un quartier d’orange au tren-
tieme kilométre. C’est comme si le gargon ou la fille que vous atten-
diez depuis toujours vous demandait en mariage. Une offre qui ne
se refuse pas est comme la bourse Bonderman de 20 000 dollars
proposée chaque année aux étudiants de derniére année a l'univer-
sité de Washington. Ses régles sont trés strictes : prenez l'argent et
parcourez le monde a votre guise, ne revenez pas avant huit mois.
Oh, et puis envoyez-moi un petit mot de temps en temps, que je
puisse rassurer vos parents. Si vous avez parié que des centaines
d’étudiants déposent leur candidature chaque année, vous avez
gagné.
Comment construire une offre que vos prospects ne repousseront
pas? Rappelez-vous, vous devez d’abord vendre ce que les gens
désirent acheter ~ donnez-leur le poisson. Puis veillez A vous adres-
ser aux bonnes personnes au bon moment. II peut vous arriver
d'avoir la bonne foule au mauvais moment; les marathoniens avalent
volontiers un beignet aprés la course, mais pas au kilométre 30.
Ensuite, brodez autour de votre produit ou service un argumentaire
irrésistible... une offre qu’on ne pourra refuser.
Voici comment faire.
Paradoxalement, il n'tait pas proposé de beignet apres l'arrivée des 42,2 km de
course, alors que beaucoup de concurrents auraient été ravic den
bliez pas le jour oit on vous demanderait de distrity
niens,
trouver. Ne lot
uer des beignets a des maratho-
114 — Descendre dans la rue1, Soyez conscient que ce qu’on veut et ce qu’on dit
qu'on veut ne sont pas toujours la méme chose
La prochaine fois que vous embarquerez a bord d'un avion bondé
et que vous vous faufilerez jusqu’a votre minuscule si¢ge en miliem
de rangée & Yarriére de l'appareil, avec un enfant hurlant derrisre
vous en guise de supplément gratuit, rappelez-vous ce principe.
Depuis des années, les voyageurs se plaignent des avions bondés et
des sitges étroits, et depuis des années, les compagnies aériennes
font la sourde oreille. De temps en temps, l'une d’elles lance une
campagne inspirée par ce souci : « Nous augmentons I’espace entre
les siéges en classe éco! »
Cest trés bien, mais au bout de quelques mois, inévitablement,
elle fait machine arriére et supprime les deux centimétres d’espace
supplémentaire. Pourquoi ? Parce que malgré tout ce quiils en disent,
la plupart des voyageurs n’apprécient pas cet espace au point de le
payer; en fait, plus que toute autre considération, ils préférent les
prix les plus bas. Les compagnies aériennes I’ont compris : elles
donnent aux gens ce qu’ils veulent et non ce quiils disent qu’ils
veulent. Une bonne offre doit correspondre a ce que les gens désirent
réellement, & ce pour quoi ils sont disposés & payer.
2. La plupart d’entre nous aiment acheter,
mais n’aiment pas qu’on leur vende
Une offre qui ne se refuse pas peut comporter une pression discréte,
mais personne n’aime les vendeurs insistants. Souvent, les offres
irrésistibles ressemblent a une invitation plutét qu’a un argumen-
taire commercial. Les services d’achats sociaux comme Groupon
(Voir chapitre 8) ou Living Social ont su amener leurs clients & a
liser la plus grande partie de leur marketing pour eux. ailleurs, les
Une proposition qui ne se refuse pas — 115