LES ADDICTIONS
Emma Bizeul & Camila Fehr Anka
INTRODUCTION
« addiction » vient du latin addictus : “être adonné à” ou “se donner à” -> désigne dans le droit
romain la situation du débiteur incapable de payer ses dettes et subissant la contrainte par corps
OMS : « l’addiction est un état de dépendance périodique ou
chronique à des substances ou à des comportements »
dépendance : mécanisme par lequel la consommation régulière a engendré un
déséquilibre du fonctionnement neuro-biologique de l’individu / ne touche qu’une
fraction des consommateurs chroniques
deux types d’addictions : liées à un produit / non liées à un produit (comportementales)
SOMMAIRE
01 HISTOIRE DE L’ADDICTION
02 LES BASES NEUROLOGIQUES DE L’ADDICTION
03 LES MECANISMES COMPORTEMENTAUX
04 LES FACTEURS PSYCHOLOGIQUES DES ADDICTIONS
05 DES APPROCHES DE TRAITEMENT
I. HISTOIRE DE L’ADDICTION
> émergence de la dimension pathologique : Benjamin Rush
(1784) parle d’abus de boissons comme maladie, décrit les
symptômes physiques et psychiques au court et long terme
> de l’ivrognerie a l’alcoolisme : Aliénistes étudient l’action de
l’alcool sur le système nerveux.
-> Études sur les troubles de l’alcoolisme
I. HISTOIRE DE L’ADDICTION
> de l’alcoolisme à la toxicomanie : notion de toxicomanie par les aliénistes : « le produit
introduit dans le sang par voie digestive ou cutanée intoxique les organes et le cerveau et
détermine une conduite de dépendance (manie) »
Freud s’intéresse à la notion de “Sucht” traduit en “addiction” = processus de séparation-
individuation à la mère perturbé mène à un problème psychique lié à la dépendance
Edward Glover (1932) : théorie de l’addiction aux médicaments comme aux drogues
Otto Fechinel (1945) : distinction toxicomanie avec drogue / toxicomanie sans drogue
I. HISTOIRE DE L’ADDICTION
> de la toxicomanie à la dépendance et à l’addiction : 1964, OMS utilise notion de dépendance / inclut la dépendance
physique et psychique. Psychanalystes la définissent comme : “ la lutte inégale du sujet avec une partie de lui-même “
> Goodman : « un processus par lequel un
comportement, qui peut fonctionner à la fois pour
produire du plaisir et pour soulager un malaise
intérieur, est utilisé sous un mode caractérisé par : (A)
l’échec répété dans le contrôle de ce comportement
(impuissance) et (B) la persistance de ce
comportement en dépit de conséquences négatives
significatives (défaut de gestion) »
I. HISTOIRE DE L’ADDICTION
> expériences sur les animaux : débutent vers
1940
Nombreux progrès et découvertes dans le
domaine des addictions :
circuit de récompense
neurotransmetteurs comme la dopamine,
récepteurs aux drogues, neuroplasticité
II. LES BASES NEUROLOGIQUES
LE SYSTEME LIMBIQUE
> hippocampe (mémorisation de souvenirs liés à une expérience)
> amygdale (aide à évaluer la valeur émotionnelle d’un événement)
> hypothalamus (rôle fondamental dans la régulation des fonctions corporelles)
> cortex frontal (planification, motivation et prise de décision)
sorte de carrefour où se gèrent des informations pour avoir un
comportement adapté lors de toutes sortes de situations
II. LES BASES NEUROLOGIQUES
LE SYSTEME DE RECOMPENSE
> toutes les substances addictives agissent sur cette zone du
système limbique
activent « l’aire tegmentale ventrale » qui informe du niveau de
satisfaction des besoins fondamentaux et la transmet au noyau
accumbens
repère la conséquence inattendue d’un comportement dans un
contexte et génère un signal d’apprentissage pour inciter l’individu à
répéter ce comportement à l’avenir
II. LES BASES NEUROLOGIQUES
SYSTEME D’APPRENTISSAGE & DOPAMINE
> neurotransmetteur de la dopamine impliqué dans le système de récompense
> production de dopamine fortement augmentée lors d’une récompense inattendue et positive
> signal d’apprentissage crée lorsque la dopamine libérée par le cerveau lors d’un comportement particulier
abouti à une conseéuence positive
> signal d’apprentissage inscrit la sensation dans la mémoire, invite l’individu à reproduire l’action
> actions sont repérées et renforcées. Probabilité que le comportement soit renouvelé augmente.
II. LES BASES NEUROLOGIQUES
MODIFICATIONS CÉRÉBRALES : L’ALCOOL
éthanol : interfère avec le système anti-douleur
chercheurs ne savent pas exactement sur quel récepteur il se fixe mais savent que cette substance active les
neurones inhibiteurs et inhibe les neurones excitateurs = ralentissement général du fonctionnement du cerveau
dans système de récompense : éthanol n’active pas les neurones inhibiteurs des neurones dopaminergiques mais
les rend inactifs
> forte libération de dopamine dans le système de récompense. cela affecte directement le système d’apprentissage
qui renforce ce genre de comportement pour pousser à une consommation future
II. LES BASES NEUROLOGIQUES
MODIFICATIONS CÉRÉBRALES : LA NICOTINE
> nicotine mime l’action de l’acétylcholine et se fixe sur l’un des récepteurs
> Acétylcholine : neurotransmetteur assurant communication entre neurones et muscles. Stimule les neurones
dopaminergiques du système de recompense
> Acetylcholine dégradée rapidement par enzyme, nicotine difficilement dégradée = agit de façon plus marquée
> Apport de nicotine -> neurones excitateurs stimulant la production de dopamine activés, neurones inhibiteurs
désactivées = concentration élevée de dopamine dans le système de récompense produit un signal d’apprentissage
II. LES BASES NEUROLOGIQUES
MODIFICATIONS CÉRÉBRALES : LE CANNABIS
existence des cannabinoïdes naturels : les endocannabinoïdes dans notre cerveau, notamment l’anandamide
> activent des récepteurs intervenant dans la modulation de la libération de neurotransmetteurs
récepteurs CB1 dans le SNC et périphérique (mouvement, traitement de la mémoire)
récepteurs CB2 dans les cellules immunitaires (modulation de l’inflammation et du système immunitaire)
THC (le Tétrahydrocannabinol) = se fixe sur les mêmes récepteurs des cannabinoïdes endogènes et empêchent ainsi à
ces derniers de réaliser leur tâche et de réguler leurs fonctions au sein du cerveau
système de récompense : THC bloque neurones qui inhibent les neurones dopaminergiques = libération de dopamine
MODIFICATIONS CÉRÉBRALES SUR LE LONG TERME
long terme = cerveau s’adapte pour devenir moins sensible aux effets des substances et pour retrouver une
fonctionnement « normal » malgré la consommation
> adaptations ont tendance à inciter le consommateur à augmenter les doses pour continuer d'en ressentir les effets.
s’il interrompt sa consommation = adaptations cérébrales ayant diminué l’effet de la substance en réduisant la
performance soit des neurones inhibiteurs soit des neurones excitateurs, le cerveau devient sur-stimulé
alcool = la personne se retrouve en état d’agitation et d’insomnie
nicotine = lors de l’arrêt la personne ressent des effets du manque
certains cas : le taux de mort neuronale augmente et on assiste à une diminution du volume cérébrale, en particulier
du cortex préfrontal, causant des déficits cognitifs, pouvant affecter la mémoire, le comportement et l’humeur
III. MECANISMES COMPORTEMENTAUX
01. L’alcool 02. La nicotine
éthanol entraine un ralentissement du système vertus de stimulation des fonctions cognitives
nerveux central : diminution de la motricité, d’attention, concentration & mémoire :
ralentissement des capacités de motricité et de augmentation de ces capacités mais temps de
jugement, amnésie sous grosse dose réaction, anxiété et appétit diminuent
03. Le cannabis
THC ralentit la transmission des informations neuronales : fonctions cognitives (mémoire,
émotions) et motrices sont altérées par cette consommation
provoque des distorsions de la vision > hallucinations visuelles
IV. FACTEURS PSYCHOLOGIQUES
Les facteurs génétiques :
pas de résultat concret > “quelque chose de génétique existe” dans la disposition à la dépendance et à l’addiction
> liste de gènes statistiquement liés à un comportement addictif -> est-ce la cause ou la conséquence d’un développement de
l’addiction ?
Stress & addictions :
situations de stress = hormones de stress appelées les glucocorticoïdes (cortisol)
> engendre une forte sensibilité aux psychotropes et favorise l’émergence de comportements addictifs
les personnes ayant une faible sensibilité aux situations stressantes ont donc une forte susceptibilité aux addictions
> c’est également le cas dans l’autre sens, une personne addicte est plus stressée ce qui renforce ce comportement addictif
IV. FACTEURS PSYCHOLOGIQUES
Les facteurs extérieurs / l’histoire personnelle
> caractéristiques personnelles modelées par l’environnement
> est ce-qu’un environnement stressant facilite l’apparition d’une addiction? Un environnement plaisant est-il protecteur?
> expériences avec des souris : celles élevées dans un environnement enrichi sont protégées des effets addictifs de la cocaine
> les vulnérabilités individuelles face à l’addiction sont déterminées par les facteurs
biologiques / individuels / environnementaux / sociaux / culturels
= augmentent ou diminuent la probabilité qu’un individu développe une addiction
V. DES APPROCHES DE TRAITEMENT
PSYCHOLOGIQUES PHARMACOLOGIQUES
permet de rendre compte de la dépendance naloxone & naltrexone diminuent effets des
permet de soigner en profondeur les causes opiacés en bloquant les récepteurs
> efficacité chimique remise en cause
TCC (thérapies cognitivo-comportementales) :
s’appuient sur la manière dont une personne traitement de “substitution” (méthadone) :
perçoit le monde qui détermine sa façon d’agir utilisation de composés chimiques imitant effets
des psychotropes sans les effets néfastes
> révèle la relation entre pensées psychiques et > vise à réduire les comportements de
comportements ici addictifs pour les soigner consommation et les risques de mortalité
CONCLUSION
addiction désigne des comportements de dépendance à des substances mais
également à des comportements
système de récompense, la dopamine et le système d’apprentissage participent
activement à la création de l’addiction lorsque les substances sont consommées
chaque substance présente un mode d’action différent et donc des conséquences
différentes ainsi que les facteurs psychologiques de ces comportements qui
dépendent de l’environnement et du fonctionnement de chacun
plusieurs traitements sont maintenant à portée de main et les patients atteints
d’addictions peuvent se faire aider
SOURCES
Serge H. Ahmed, Une brève histoire des modèles animaux de l’addiction (2016)
Pr Jean-Claude Dupont & Pr Mickaël Naassila, Une brève histoire de l’addiction (2016)
Collège Romand de Médecine de l’Addiction, Neurosciences de l’addiction (2009)
Aviel Goodman, Addiction: definition and implications. Br. J. Addict. (1990)
Helen C. Fox, Enhanced sensitivity to stress and drug/alcohol craving in abstinent cocaine-dependent
individuals compared to social drinkers. (2008)