QUATRIEME PARTIE : LES RECOURS ADMINISTRATIFS
Le recours administratif est un recours adressé à un administrateur actif
statuant entant que tel c'est-à-dire au moyen d’un acte administratif. On peut
procéder à une classification des différents recours administratifs en fonction de
l’autorité administrative saisie. On aboutit alors à trois types de recours. D’abord,
les recours administratif gracieux, qui sont des recours adressés à l’auteur de l’acte
litigieux ou alors à l’autorité qui a compétence pour résoudre le litige. Ensuite, les
recours administratifs hiérarchiques, qui sont des recours adressés à l’autorité
administrative hiérarchiquement supérieure à l’auteur de l’acte litigieux. Enfin,
les recours administratifs de tutelle qui sont des recours adressés à l’autorité
administrative ayant pouvoir de surveillance sur l’auteur de l’acte litigieux.
Quels sont les caractères et les effets de ces recours ?
Paragraphe I : Les traits caractéristiques des recours administratifs
Deux traits caractérisent de façon générale les recours administratifs. C’est
d’abord le caractère général et ensuite leur procédure non formaliste.
A : Le caractère général des recours administratif
Le recours administratif est reconnu au profit des particuliers par la
jurisprudence même dans l’état où aucun texte ne le prévoit. C.E 30 juin 1950
Queralt, Sirey 1950, 3ième partie, p. 85, note Orry. Ce premier trait de caractère
appelle deux observations. La 1ière c’est que le recours administratif se distingue
des autres demandes adressées à l’administration, notamment celles qui tentent à
lier le contentieux. La 2ième c’est que lorsque les textes prévoient expressément le
recours administratif, il est alors entièrement réglementé par les textes en
question. Par exemple en cas de demande d’autorisation de permis, le silence de
l’administration vaut autorisation.
B : Une procédure non formaliste
Le caractère non formaliste découle du fait qu’en principe l’exercice du
recours administratif n’est pas réglementé. Et même dans les cas où cette
réglementation existe, elle exige des conditions souples. Par exemple du point de
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vue du demandeur aucune condition particulière n’est exigée ni pour son intérêt
ni pour sa capacité. En ce qui concerne les actes, ils peuvent toujours faire l’objet
de recours administratifs. S’agissant de la forme du recours, aucune condition
particulière n’est exigée sauf lorsqu’il doit être adressé à une autorité
administrative ayant un pouvoir sur l’acte litigieux. Exemple : le supérieur
hiérarchique à la possibilité de modifier des actes pris par ses subordonnés pour
des raisons de légalité. En ce qui concerne le délai, le recours administratif n’obéit
en principe à aucune condition spéciale mais lorsque le demandeur à l’intention
de placer le litige sur le terrain contentieux, il devra introduire son recours
administratif dans le délai du recours juridictionnel.
Le particulier peut donc invoquer toute sorte de moyens à l’appui de son
recours. Des moyens d’ordre juridique, d’opportunité et même de morale.
Ces traits caractéristiques permettent ainsi de distinguer les recours
administratifs des recours contentieux. Bien qu’il peut exister une certaine
complémentarité entre ces deux types de recours.
Paragraphe II : Les effets juridiques des recours administratifs
L’introduction du recours administratif entraine essentiellement deux effets
juridiques. Le 1er c’est l’obligation de l’autorité administrative d’examiner la
demande. Le 2ième c’est la prorogation du délai du recours contentieux lorsque
certaines conditions sont remplies.
A : L’obligation d’examiner la demande
Traditionnellement il n’existait pas d’obligation pour l’administration de
répondre à un recours administratif et lorsqu’elle répondait, elle n’était pas tenue
de se fonder sur des mesures d’ordre juridique. Ce principe de base a connu
quelques dérogations qui correspondent à des hypothèses d’obligation pour
l’administration de se prononcer dans certains cas. Ainsi la jurisprudence fait
obligation au supérieur hiérarchique d’examiner les demandes administratives.
Son refus est donc qualifié d’incompétence négative, C.E 30 juin 1950 Queralt.
Mais on peut ajouter que le décret français du 28 novembre 1983 prévoit
d’autres exceptions. On peut dire que lorsque l’autorité administrative examine la
demande, elle peut se prononcer en opportunité.
B : La prorogation du recours contentieux
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Il faut dire que le recours administratif et le recours contentieux sont en
principe indépendants. Cela signifie qu’un administré peut utiliser l’un ou l’autre
de ces deux voies mais sans interdiction d’intenter l’autre. De même l’administré
peut utiliser simultanément ces deux voies. Mais lorsque le juge est saisi, la
réponse de l’autorité administrative reste sans effet sur celle du juge sauf lorsque
l’administration rapporte la décision litigieuse. Dans ce cas, en effet, le juge
rendra une décision de non lieu à statuer. Mais lorsque le juge rend sa décision
avant que l’autorité administrative ne se prononce, cette dernière ne peut plus
entrer en contradiction avec l’autorité de la chose jugée.
On peut dire également que le recours administratif peut donc servir de
préalable et de complément en recours contentieux dans deux cas. La 1 ère
hypothèse c’est lorsqu’il s’agit de respecter la règle de la décision préalable. Selon
cette règle, le juge ne peut intervenir que sur un litige, or le litige ne peut être que
le résultat d’une décision. Le particulier devra donc provoquer cette décision par
un recours administratif avant de saisir le juge. La 2ième hypothèse c’est lorsqu’il
s’agit de respecter la règle du recours administratif préalable. Dans certains cas le
particulier peut adresser un recours à l’autorité administrative, malgré l’existence
d’une décision administrative préalable. Dans d’autres hypothèses, ce recours
administratif constitue une condition de recevabilité du recours contentieux. Ce
recours administratif présente pour le particulier une possibilité d’encouragement
que pourrait éviter les inconvénients d’un procès. Le recours administratif offre
alors une occasion de conciliation. Lorsque ce recours administratif a été introduit
dans le délai de recours contentieux, il aura pour conséquence notamment la
prorogation du délai de ce contentieux. Ce délai ne commencera à courir en effet
qu’après la réponse administrative.