cours du mercredi 1/2/17
CHAPITRE II : ESPACES VECTORIELS
Opérations sur les sous-espaces
Soient E, F ≤ K n , alors E ∩ F ≤ K n .
Soient E1 , ..., Ek ≤ K n . On note E1 + ... + Ek := {x1 + ... + xk : x1 ∈
E1 , ..., xk ∈ Ek }.
C’est le plus petit sous-espace vectoriel de K n qui contient E1 , ..., Ek .
Vérifions que c’est bien un sous-espace :
stable par + : x1 + ... + xk + y1 + ... + yk = (x1 + y1 ) + ... + (xk + yk ) ;
stable par multiplication par un scalaire : λ.(x1 + ... + xk ) = (λ.x1 ) + ... +
(λ.xk ).
Notation : si e ∈ K n , on pose Ke := {λ.e : λ ∈ K} (c’est un sous-espace
de K n .
On a : Vect{e1 , ..., ek } = Ke1 + ... + Kek .
3 Familles génératrices, libres, bases
Définition 1 Soit E ≤ K n .
a) Si e1 , ..., ek ∈ K n , on dit que la famille {e1 , ..., ek } est libre ou linéaire-
ment indépendante si pour tous t1 , ..., tk ∈ K, on a :
t1 e1 + ... + tk ek = 0 ⇒ t1 = ... = tk = 0 ;
sinon on dit que la famille est liée ; dit que la famille {e1 , ..., ek } est
génératrice si ∧{e1 , ..., ek } = E ;
b) si e1 , ..., ek ∈ E, on dit que la famille {e1 , ..., ek } est une base de E si elle
est libre et génératrice (de E).
Exemples :
0
..
.
∈ K n pour 1 ≤ i ≤ n. Alors {e1 , ..., en } est une base de
a) soit ei := i
1
0
0
K n = Mn1 (K) ; c’est la base canonique de K n .
1
1 0 1
b) { 1 , , } est une base de R3 .
1 0
0 1 1
1 1 x
c) −1 , 0 est une base de { y : x + y + z = 0}.
0 −1 z
1 0 0 1 0 0
d) { , , } est une base du sous-espace des ma-
0 −1 0 0 1 0
trices de trace nulle.
1 0 0 0 0 1
e) {
, , } est une base du sous-espace des ma-
0 0 0 1 1 0
trices 2 × 2 réelles symétriques.
f) Contre-exemple : la famille (1, 2, 3), (4, 5, 6), (7, 8, 9) est liée car (1, 2, 3)−
2(4, 5, 6) + (7, 8, 9) = 0.
Proposition 3.1 a) Soit e ∈ K n . Alors {e} libre ⇔ e 6= 0.
b) Si e1 , e2 ∈ K n , alors {e1 , e2 } est libre ⇔ e1 , e2 non colinéaires ıe e1 6∈ Ke2
et e2 6∈ Ke1 .
c) Si e1 , ..., ek ∈ K n , alors {e1 , ..., ek } est libre ⇔ {e1 , ..., ek−1 } libre et ek 6∈
{e1 , ..., ek }.
Démonstration : dernier point : ⇒: ek = t1 e1 + ... + tk−1 ek−1 ⇒ t1 e1 +
... + tk−1 ek−1 − 1.ek = 0 absurde.
⇐: si t1 e1 + ... + tk ek = 0, alors tk = 0 sinon ek = −t1 /tk e1 − ... −
tk−1 /tk ek−1 ∈ he1 , ..., ek−1 i. Mais alors t1 = ... = tk−1 = 0 car {e1 , ..., ek−1 }
est libre. q.e.d.
4 Dimension
Lemme 4.1 (d’échange) Soit E ≤ K n un sous-espace. Soit {f1 , ..., fp } une
famille libre de E. Soit {e1 , ..., eq } une famille génératrrice de E. Alors il
existe 1 ≤ j ≤ q tel que {f1 , ..., fp−1 , ej } est libre.
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Démonstration : Sinon, pour tout j, ej ∈ hf1 , ..., fp−1 i. Mais alors fp ∈
he1 , ..., eq i ≤ hf1 , ..., fp−1 i absurde. q.e.d.
Corollaire 4.1.1 Sous les hypothèses précédentes, p ≤ q.
Démonstration :
1) Directement : pour tout j, fj = qi=1 aij ei . Si p > q, alors il existe
P
x1 , ..., xp (cf. cours précédent) tel que (aij ) 1≤i≤q t (x1 , ..., xp ) = 0 i.e. :
1≤j≤p
Pp
j=1 aij xj = 0 pour tout 1 ≤ i ≤ q. Mais alors :
q X
X p
0= ( aij xj )ei
i=1 j=1
p
X q
X
= xj ( aij ei )
j=1 i=1
p
X
= xj f j
j=1
absurde car les fj sont indépendants.
2) par le lemme d’échange : grâge au lemme d’échange, on peut trouver
1 ≤ j1 , ..., jp ≤ q tels que {ej1 , ..., ejp } est libre. Les indices j1 , ..., jp sont
deux à deux distincts (sinon {ej1 , ..., ejp } n’est pas libre). On a donc
forcément p ≤ q.
q.e.d.
Corollaire 4.1.2 Toutes les bases ont le même cardinal.
Démonstration : Soit E ≤ K n . Si {e1 , ..., ek } et {e01 , ..., e0k0 } sont des bases
de E, alors {e1 , ..., ek } est libre et {e01 , ..., e0k0 } génératrice donc k ≤ k 0 . Mais
comme {e01 , ..., e0k0 } est libre et {e1 , ..., ek } génératrice, on a aussi k ≥ k 0 . q.e.d.
Corollaire 4.1.3 Soit E ≤ K n .
a) Le sous-espace E admet au moins une base.
b) Une famille libre maximale dans E est une base. Libre maximale signifie
que si on ajoute un vecteur de E, on obtient une famille liée.
c) Une famille génératrice minimale de E est une base. génératrice minimale
signifie que si on retire un vecteur de la famille, on obtient une famille
qui n’est plus génératrice.
3
Démonstration :
a) Soit d := max{k ≥ 0 : ∃ e1 , ..., ek ∈ E, {e1 , ..., ek } est libre}. Comme la
famille vide est libre et comme une famille libre a au plus n éléments, l’en-
tier d est bien défini. Si {e1 , ..., ed } est une famille libre, elle est forcément
libre maximale. Il suffit donc de démontrer le point suivant.
b) Si {e1 , ..., ed } est libre maximale alors E = he1 , ..., ed i car sinon il existe
v ∈ E \ he1 , ..., ed i et alors {e1 , .., ed , v} serait libre absurde !
c) Si {e1 , .., ed } est génératrice minimale, alors {e1 , ..., ed } est libre car sinon
il existe t1 , ..., td non tous nuls tels que t1 e1 + ... + td ed = 0. Suppo-
sons par exemple que td 6= 0. Alors ed = −t1 /td e1 − ... − td−1 /td ed−1 ∈
he1 , ..., ed−1 i ⇒ he1 , ..., ed i = he1 , ..., ed−1 i absurde !
q.e.d.
Exemple : dans K n une famille libre (respectivementgénératrice) à n élé-
ments est une base.
Définition 2 (dimension) SI E ≤ K n , le cardinal commun à toutes les
bases est la dimension de E, notée dimK E ou dim E.
Exemple : dim K n = n.
Exercice 1 Le sous-espace des matrices réelles symétriques de taille n × n
est de dimension n(n+1)
2
. Le sous-espace des matrices réelles antisymétriques
de taille n × n est de dimension n(n−1)
2
.
Théorème 4.2 (de la base incomplète) Soit {e1 , ..., eq } une famille gé-
nératrice de E ≤ K n . Supposons que {e1 , ..., ep } est libre pour un p ≤ q.
Alors il existe {1, ..., p} ⊆ I ⊆ {1, ..., q} tel que la famille {ei : i ∈ I} est
une base de E. On peut compléter la famille {e1 , ..., ep } avec des vecteurs de
{e1 , ..., eq } pour obtenir une base de E.
Démonstration : Soit I tel que {1, ..., p} ⊆ I ⊆ {1, ..., q} et {ei : i ∈ I}
est libre et |I| maximal. Si hei : i ∈ Ii < E, soit j ∈ {1, ..., q} tel que j 6∈ I.
Alors {ei : i ∈ I ∪ {j}} est encore libre : contradiction ! q.e.d.
Corollaire 4.2.1 Soit E ≤ K n un sous-espace de dimension d. Alors si
e1 , ..., ed ∈ E, la famille {e1 , ..., ed } est libre ⇔ la famille {e1 , ..., ed } est
génératrice equi la famille {e1 , ..., ed } est une base.