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Analyse de la fin de "L'Étranger" de Camus

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Camus – Explication de la fin du roman

Il s’agit ici des dernières lignes du roman, ce qu’on appelle parfois l’excipit ou l’explicit, par
opposition à l’incipit qui désigne le début d’un texte. Paradoxalement, alors qu’il a été
condamné à mort pour le meurtre de l’Arabe et qu’il attend le moment de son exécution,
Meursault, le narrateur, ne semble pas angoissé, encore moins désespéré, il nous apparaît, au
contraire, très serein et prêt à affronter la mort. Rien ne le dit clairement dans le texte, mais on
peut imaginer qu’il vit là ses dernières heures et que l’exécution est peut-être pour le
lendemain.
Je vais expliquer cet extrait de façon linéaire, c’est-à-dire en suivant l’ordre du texte. Pour ce
faire, je distinguerai trois moments dans le texte : de la ligne 1 à la ligne 6, nous avons
d’abord une évocation de la nature qui apporte l’apaisement chez le narrateur, puis de la ligne
6 à la ligne 11, Meursault évoque le souvenir de sa mère, enfin, de la ligne 11 à la ligne 17, il
fait, en quelque sorte, le bilan de son existence.

Explication des lignes 1 à 6.


Le début du texte fait écho à ce qui vient de se passer juste avant : « Lui parti, j'ai retrouvé le
calme. » (Ligne 1). En effet Meursault a violemment repoussé l’aide que le prêtre, aumônier
de la prison, lui proposait. Je vous invite à relire ce passage :

« Alors, je ne sais pas pourquoi, il y a quelque chose qui a crevé en moi. Je me suis mis à crier
à plein gosier et je l'ai insulté et je lui ai dit de ne pas prier. Je l'avais pris par le collet de sa
soutane. Je déversais sur lui tout le fond de mon cœur avec des bondissements mêlés de joie et
de colère. Il avait l'air si certain, n'est-ce pas ? Pourtant, aucune de ses certitudes ne valait un
cheveu de femme. Il n'était même pas sûr d'être en vie puisqu'il vivait comme un mort. Moi,
j'avais l'air d'avoir les mains vides. Mais j'étais sûr de moi, sûr de tout, plus sûr que lui, sur de
ma vie et de cette mort qui allait venir. Oui, je n'avais que cela. Mais du moins, je tenais cette
vérité autant qu'elle me tenait. J'avais eu raison, j'avais encore raison, j'avais toujours raison.
J'avais vécu de telle façon et j'aurais pu vivre de telle autre. J'avais fait ceci et je n'avais pas
fait cela. Je n'avais pas fait telle chose alors que j'avais fait cette autre. Et après ? C'était
comme si j'avais attendu pendant tout le temps cette minute et cette petite aube où je serais
justifié. Rien, rien n'avait d'importance et je savais bien pourquoi. Lui aussi savait pourquoi.
Du fond de mon avenir, pendant toute cette vie absurde que j'avais menée, un souffle obscur
remontait vers moi à travers des années qui n'étaient pas encore venues et ce souffle égalisait
sur son passage tout ce qu'on me proposait alors dans les années pas plus réelles que je vivais.
Que m'importaient la mort des autres, l'amour d'une mère, que m'importaient son Dieu, les
vies qu'on choisit, les destins qu'on élit, puisqu'un seul destin devait m'élire moi-même et avec
moi des milliards de privilégiés qui, comme lui, se disaient mes frères. Comprenait-il,
comprenait-il donc ? Tout le monde était privilégié. Il n'y avait que des privilégiés. Les autres
aussi, on les condamnerait un jour. Lui aussi, on le condamnerait. Qu'importait si, accusé de
meurtre, il était exécuté pour n'avoir pas pleuré à l'enterrement de sa mère ? Le chien de
Salamano valait autant que sa femme. La petite femme automatique était aussi coupable que
la Parisienne que Masson avait épousée ou que Marie qui avait envie que je l'épouse.
Qu'importait que Raymond fût mon copain autant que Céleste qui valait mieux que lui ?
Qu'importait que Marie donnât aujourd'hui sa bouche à un nouveau Meursault ? Comprenait-il
donc, ce condamné, et que du fond de mon avenir... J'étouffais en criant tout ceci. Mais, déjà,
on m'arrachait l'aumônier des mains et les gardiens me menaçaient. Lui, cependant, les a
calmés et m'a regardé un moment en silence. Il avait les yeux pleins de larmes. Il s'est
détourné et il a disparu. »
Cette scène a été extrêmement violente et explique pourquoi Meursault dise : « épuisé […] je
me suis jeté sur ma couchette. » (Ligne 1). Durant cette scène, il a acquis la certitude qu’il
avait eu raison de mener la vie qu’il avait menée. La vie étant en elle-même absurde (privée
de sens), la seule vérité qu’on puisse en retirer, c’est qu’elle conduit inévitablement à la mort.
Cela justifie la sérénité du narrateur qui s’endort tranquillement (Ligne 2). La phrase « Je
crois que j'ai dormi parce que je me suis réveillé avec des étoiles sur le visage. » (Lignes 1 à
2), montre que Meursault a perdu quelque temps conscience de la réalité, cette espèce de vide,
d’oubli semble l’avoir libéré, purifié de sa colère et de ses passion. C’est en quelque sorte, un
homme neuf qui s’éveille et qui est capable de percevoir avec une grande acuité le monde qui
l’entoure. L’expression surprenante et poétique « des étoiles sur le visage » atteste d’une
extrême proximité, d’un contact direct avec l’immensité de l’univers, la prison semble avoir
disparu. Néanmoins la distance n’est pas totalement abolie, au début, puisque la perception
de la nature est d’abord visuelle avec les « étoiles », puis auditive (« Des bruits de
campagne » Lignes 2 et 3), et pour finir olfactive, mais aussi tactile (« Des odeurs de nuit, de
terre et de sel rafraîchissaient mes tempes. » Lignes 3 et 4). La nature ainsi perçue dans sa
globalité (le ciel, la terre et la mer) se rapproche du narrateur (« montaient jusqu'à moi. »
Ligne 3), elle l’enveloppe et semble l’accueillir en son sein. Elle est apaisante :
« rafraîchissaient mes tempes. » (Lignes 3 et 4), un peu comme une mère qui poserait ses
mains sur lui. On voit que Meursault semble se fondre progressivement avec la nature, ne
faire plus qu’un avec elle : « La merveilleuse paix de cet été endormi entrait en moi comme
une marée. » (Ligne 4). L’adjectif « merveilleuse » souligne la profondeur de cette harmonie,
la comparaison « comme une marée » exprime l’ampleur et la force de ce mouvement. Les
verbes utilisés (« montaient », « rafraîchissaient » et « entrait ») sont tous à l’imparfait,
l’expression de la durée semble donc effacer le temps et rendre l’instant éternel, le temps
paraît s’être « endormi » (Ligne 4). « La merveilleuse paix » (Ligne 4) qu’apporte ici la
nature, contraste avec l’agressivité qui a pu être la sienne à travers la violence du soleil, lors
des scènes de l’enterrement ou du meurtre notamment. On a l’impression d’une
réconciliation.
Cependant cet instant de sérénité, ce moment de communion profonde entre Meursault et la
nature est interrompu par des bruits qui le rappellent à la réalité du monde des hommes : « des
sirènes ont hurlé. » (Ligne 5). Le verbe utilisé est péjoratif, il exprime l’idée d’un choc brutal
et marque une frontière désormais infranchissable entre deux mondes. Le narrateur comprend
que le monde où il est entré n’a plus rien à voir avec celui des autres hommes : « un monde
qui maintenant m'était à jamais indifférent. » (Lignes 5 et 6). Ces « départs » (Ligne 5) vers
d’autres projets, d’autres espoirs ne sont plus les siens, s’ils l’ont jamais été, ils ne sont
qu’illusions. La distance qui le sépare des autres hommes est « maintenant » immense : « à la
limite de la nuit » (Ligne 5). La locution adverbiale « à jamais » montre bien que la rupture
est définitive.

Explication des lignes 6 à 11.


L’atmosphère sereine qui se dégage de la nature, mais aussi l’appel des sirènes annonçant les
départs amènent le narrateur à se souvenir de sa mère : « Pour la première fois depuis bien
longtemps, j'ai pensé à maman. » (Lignes 6 et 7). La locution adverbiale « bien longtemps »
nous rappelle que Meursault regarde assez peu en arrière, de la même manière qu’il ne se
projette pas vers l’avenir, il vit essentiellement dans l’instant présent. Le souvenir rapproche
le narrateur de sa mère, leurs situations sont assez semblables comme en témoigne l’emploi de
l’adverbe « aussi » à la ligne 8 : à l’asile de vieillard, sa mère attendait finalement la mort (« à
la fin d'une vie » (Ligne 7), « où des vies s'éteignaient » (Ligne 9), dans sa cellule, Meursault
attend le moment de son exécution. Nous pouvons noter également que ce passage fait écho
directement au premier chapitre du roman. La phrase « le soir était comme une trêve
mélancolique. » (Ligne 9) est la reprise, presque mot à mot, de cette phrase, lors de
l’enterrement : « Le soir, dans ce pays, devait être comme une trêve mélancolique ». On
notera que le verbe « était » remplace « devait être » qui est plus hypothétique, le narrateur
semble donc avoir acquis une forme de certitude. La répétition de la locution adverbiale « là-
bas » (Ligne 8) renforce l’émotion que suscite le souvenir. De même, au moment de
l’enterrement, le narrateur avait dit : « je comprenais maman », ici le même verbe est repris
« je comprenais pourquoi » (Ligne 7). Ainsi la communion de pensée entre le fils et sa mère
apparaît-elle profonde.
Meursault comprend, justifie et fait sienne l’attitude de sa mère face à la mort, comme en
témoigne la répétition de l’adverbe interrogatif « pourquoi » aux lignes 7 et 8. C’est la lucidité
qui caractérise cette attitude. La vie peut sembler insignifiante voire dérisoire, mais, comme
sa mère, le narrateur en est arrivé à la certitude qu’il faut la vivre, malgré tout, au jour le jour,
c’est la seule manière possible d’être un peu heureux. Bien que sachant sa mort prochaine, la
mère de Meursault « avait joué à recommencer. » (Ligne 8) et « elle avait pris un « fiancé »
(Lignes 7 et 8). L’utilisation des guillemets (« fiancé ») et l’emploi du verbe « avait joué »
peuvent souligner, aux yeux du monde, le caractère un peu ridicule de cette attitude, mais cela
atteste aussi, plus profondément, de la vérité de la vie qui n’est que convention et artifice.
Cela la mère l’avait compris comme son fils l’a compris également.
Le mot « soir » (Ligne 9) ne désigne pas seulement le moment de la journée, particulièrement
agréable dans les régions où il fait très chaud. Métaphoriquement, il peut renvoyer à la fin de
la vie, à l’approche de la mort. Il constitue « une trêve mélancolique » (Ligne 9), ce qui, a
contrario, souligne l’agitation de la vie qui apparaît comme une lutte de tous les instants. Ce
passage de la vie à la mort est un peu triste, mais non désespéré : « Si près de la mort, maman
devait s'y sentir libérée et prête à tout revivre. » (Lignes 9 et 10). La mère est « libérée » par
l’acceptation de la mort qui n’est pas tragique, mais normale, en quelque sorte. Elle est « prête
à tout revivre », c’est-à-dire qu’elle assume la manière dont elle a vécu, qu’elle a acquis la
certitude que le choix (revendiqué également par le narrateur) d’une vie sans autre ambition
que de vivre était le seul possible. Cette forme de sagesse assumée dans ses choix fait que :
« Personne, personne n'avait le droit de pleurer sur elle. » (Lignes 10 et 11). Car pourquoi
pleurer quelqu’un qui est mort en paix avec lui-même, heureux d’une certaine manière. La
répétition de « personne » montre, avec force, la certitude de Meursault. Il récuse, a posteriori,
les accusations d’indifférence proférées contre lui au moment du procès. Certes, il n’a pas
pleuré à la mort de sa mère comme c’est l’usage, mais. il montre ici, le lien profond qui
l’unissait et qui l’unit encore à elle.

Explication des lignes 11 à 17.


La première phrase établit un lien direct avec le passage précédent (« Et moi aussi » Ligne
11). Au moment de mourir, le narrateur se trouve dans un état d’esprit absolument identique à
celui de sa mère, il reprend, à la ligne 11, exactement la même formule qu’à la ligne
précédente : « prêt à tout revivre. » Inutile donc, de réexpliquer le sens de ces mots.
Dans la phrase suivante, Meursault s’efforce d’analyser (« Comme si » Ligne 11) ce qu’il
ressent, les effets de « cette grande colère » (Ligne 11) qu’il a fait éclater en présence de
l’aumônier. Comme sa mère l’était (cf ligne 10), il se sent libéré. La colère l’a « purgé du
mal » et « vidé d’espoir » (Ligne 12), elle a donc eu un effet cathartique, c’est-à-dire
purificateur et libérateur. Pour rappel, c’est la vertu que l’on attribuait à la tragédie dans le
théâtre antique (cf la théorie de la catharsis). La disparition du « mal » le ramène à lui-même,
l’absence « d’espoir » le prépare à affronter résolument la mort. Il se sent prêt à partir, il n’a
plus rien à attendre de la vie, cette vie qu’il a menée à sa façon, qu’il assume et dont il se dit
« prêt à tout revivre. » Cela peut sembler paradoxal puisqu’il va mourir, mais finalement cela
donne sens à toute son existence.
Ce passage a une valeur quasiment initiatique, la nature elle-même y invite : « devant cette
nuit chargée de signes et d'étoiles » (Ligne 12). Les « signes », quand on les déchiffre,
peuvent nous permettre de comprendre et de découvrir la vérité. Les « étoiles » peuvent nous
guider, les marins ont longtemps tracé leur route par rapport à elles. La nature s’offre donc en
exemple et appelle à venir la rejoindre. Ainsi le narrateur va accéder, en quelque sorte, à la
vérité de la vie : « je m'ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. »
(Lignes 12 et 13). Il comprend, comme le montre l’emploi du verbe « s’ouvrir », que c’est
l’indifférence qui est à la loi générale. Tout est équivalent dans le monde, il n’y a pas de
hiérarchie des valeurs, chaque chose en vaut autant qu’une autre. Tout au long de sa vie,
Meursault a souvent considéré que tout était égal (cf notamment la scène avec Marie ou la
réponse à l’aumônier). L’existence que le narrateur a menée, est donc en parfaite harmonie
avec la marche du monde, ils sont presque complices comme semblent l’attester l’utilisation
de l’adjectif « tendre » et la suite du texte avec l’emploi des adjectifs « pareil » et « fraternel »
(Ligne 13). Meursault est certain de cette vérité comme le souligne fortement le verbe
« éprouver » (Ligne 13) qui signifie ressentir, mais aussi mettre à l’épreuve, faire l’expérience
de quelque chose.
Dès lors le narrateur, à la lumière de ce qu’il a découvert, fait le constat d’une vie heureuse. A
la fois dans sa vie passée (« que j'avais été heureux » Ligne 14), mais aussi dans sa vie
présente (« que je l'étais encore. » Ligne 14) Le bonheur tel qu’il le conçoit, semble donc
avoir été total, ce que souligne parfaitement le parallélisme de la construction. Certes il y a eu
le meurtre de l’Arabe qui l’a conduit à la prison, au procès et à la condamnation, mais, prise
dans sa globalité, il estime qu’il a été heureux et ceci d’autant plus, qu’il a acquis la certitude
de la justesse de ses choix.
Il reste à commenter la phrase qui conclut le roman et qui est loin d’être évidente. Meursault
assume sereinement le fait de mourir, « Pour que tout soit consommé » dit-il à la ligne 14,
c’est-à-dire pour aller jusqu’au bout de la logique, sans retour en arrière possible.
Paradoxalement, afin de se sentir « moins seul » (Ligne 15), il souhaite « qu'il y ait beaucoup
de spectateurs le jour de [son] exécution » (Lignes 15 et 16). Or, l’étrangeté du personnage
que nous avons pu constater tout au long du roman, a largement suscité l’incompréhension
des autres hommes. Il veut cependant que son exécution soit une sorte de spectacle, il emploie
d’ailleurs le mot « spectateurs ». Il semble assumer, par défi, une forme de sacrifice pour
donner à voir aux autres la vérité de la vie. Sa mort aussi brutale soit-elle doit montrer
l’absurdité de l’existence. La seule certitude que les hommes peuvent avoir, c’est que la vie
mène à la mort. Ainsi, comme Meursault, chacun, à plus ou moins long terme, est condamné à
mourir, la vie n’est que cette attente. Cette vérité pessimiste, mais lucide, les hommes n’ont
pas envie de la voir, ne veulent pas y penser, elle désespère. Le narrateur ne réclame pas la
pitié, au contraire il souhaite être accueilli « avec des cris de haine » (Ligne 16). Ce rejet des
autres, cette « haine » donneront plus de force à la vérité qu’il incarne, justifieront la vie qu’il
a menée sans vraiment la choisir et la comprendre au début, mais en l’assumant totalement
pour finir. Le personnage nous apparaît comme le héros de l’absurdité de la condition
humaine.

Conclusion
La fin du roman est plutôt surprenante. En effet, le contexte est assez dramatique voire
tragique, Meursault attend une mort prochaine et certaine, il a été condamné à la peine
capitale et il va être exécuté. Cependant il nous apparaît apaisé et serein, il se dit même
« heureux ».
Le narrateur exprime également une réelle tendresse à l’égard de sa mère. Dans la proximité
commune de la mort qui unit le début et la fin du roman, Meursault la comprend, il fait
siennes les réactions de sa mère à la fin de sa vie. Il n’était donc pas un mauvais fils comme
on a voulu le laisser entendre, son apparente indifférence n’était, en réalité, que l’expression
de la pudeur de ses sentiments.
L’explicit permet enfin d’éclairer le sens général du roman, il en délivre, en quelque sorte, le
« message ». Le livre de Camus nous propose une sorte de parcours initiatique qui conduit son
personnage à la vérité et à une certaine forme de sagesse. Meursault comprend que la vie n’a
guère de sens, si ce n’est la certitude de la mort, mais cette absurdité doit être assumée et il
faut continuer à vivre avec cette idée. La manière dont il a vécu, inconsciemment d’abord,
finit par lui apparaître comme étant la seule possible et il la justifie face à l’incompréhension
des autres hommes. Face à l’absurdité de la condition humaine, il faut faire le choix de
l’indifférence, ne pas se mentir, il faut vivre d’une certaine manière en étranger.
L’Etranger appartient, dans l’œuvre de Camus, à ce qu’on a appelé le « Cycle de l’absurde »,
au même titre que son essai Le Mythe de Sisyphe ou que ses pièces de théâtre Caligula et Le
Malentendu. Cependant il ne faut pas considérer le roman de Camus comme un « roman à
thèse », ce qui serait très réducteur et n’expliquerait pas son immense succès qui en fait un des
livres les plus lus et les plus étudiés de la littérature française. Camus a su, bien au contraire,
rendre vivantes ses idées en les incarnant grâce à un véritable personnage romanesque, un
homme certes très ordinaire, souvent surprenant, mais aussi assez attachant par son entière
sincérité. Albert Camus a donc pleinement réussi à faire de Meursault le héros de l’absurde.

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