Suivi des Oiseaux Communs en France 2003
Suivi des Oiseaux Communs en France 2003
Comme l’année dernière (Jiguet & Julliard 2003), les bilans des programmes STOC-points
d’écoute (EPS) et STOC-capture (échantillonnage par filets japonais) se font conjointement.
Les variations d’effectifs d’une année à l’autre sont calculées grâce aux données obtenues
dans le cadre du programme STOC- points d’écoute, et le programme STOC-capture permet
de fournir des informations sur les variations d’indices démographiques pour les espèces
concernées. Le programme STOC dans son ensemble constitue ce que l’on appelle un suivi
intégré des populations d’oiseaux (Julliard & Jiguet 2002). Chaque année, des centaines de
volontaires assurent le suivi de points d’écoute et de stations de baguage dans le cadre de ce
programme, dont la coordination nationale est assurée par le Centre de Recherches sur la
Biologie des Populations d’Oiseaux (CRBPO), au sein du Muséum National d’Histoire
Naturelle. Le bilan du STOC- points d’écoute présenté ici s’appuie sur le réseau basé sur un
plan d’échantillonnage représentatif démarré en 2001, et sur des réseaux mis en place par des
espaces protégés (Réserves naturelles et Parc National).
Avec des données pour 86 stations, l'année 2003 se place dans la continuité de la progression
du STOC-capture (+ 10 par rapport à 2002). Pour la première fois, toutes les régions
administratives possèdent une ou plusieurs stations STOC-capture (Figure 1) ! Pour la
première fois, une et même deux espèces dépassent le seuil des 1 000 adultes capturés, 10
celui de 200 adultes, 20 celui de 100 adultes ! Le but principal du volet capture est désormais
de déterminer les variations des paramètres démographiques des espèces les mieux
échantillonnées : variation de la productivité (ratio jeunes / adultes), de la survie des adultes et
du recrutement. Ces analyses parfois fort complexes seront présentées à d'autres occasions. Le
STOC-capture est également la principale source d'information pour évaluer les variations
d'abondance des passereaux paludicoles. Un protocole particulier a ainsi été mis au point
spécifiquement pour les roselières (voir Julliard 2002). Nous continuons à encourager le
développement du programme STOC-capture (en tout lieu et dans tous les milieux propices –
les amateurs de roselières privilégieront le protocole STOC-ROZO).
Au printemps 2003, ce sont près de 750 carrés EPS (de 10 points d’écoute chacun) qui
ont été suivis dans 90 départements. Le réseau continue donc son expansion numérique et
géographique. Seuls quelques départements restent sans suivi : Ardèche, Alpes-de-Haute-
Provence, Val d’Oise, et la Corse. Si vous connaissez des ornithologues habitant ces
départements, invitez-les à se joindre au réseau ! Et bien sûr continuons à développer le
réseau dans tous les départements, en sollicitant les volontés et compétences des naturalistes,
pour pouvoir valoriser les suivis à une échelle régionale et départementale.
Les données de 734 carrés EPS sont parvenues à ce jour à la coordination nationale, ce
bilan concerne donc ces carrés (localisés sur la Figure 2). Le suivi STOC-points d’écoute mis
en place par Réserves Naturelles de France s’est aussi développé, avec 27 réserves qui ont fait
des points d’écoute en 2003 (364 points d’écoute ; Figure 3). Un suivi a débuté dans le Parc
National des Ecrins, avec 70 points d’écoute réalisés en limite supérieure des forêts, et les
périmètres des Parcs Naturels Régionaux abritent 10% du total des carrés tirés au sort dans le
cadre du réseau de référence (Figure 3). Le développement de ces réseaux de suivis en
espaces protégés illustrent bien les potentialités du programme STOC comme outil
d’évaluation de l’état de conservation des populations d’oiseaux, et plus largement de la
biodiversité si l’on considère que les oiseaux, de par leur place en haut des chaînes trophiques,
sont des indicateurs intégratifs pertinents de l’état des écosystèmes. Un des objectifs de ces
espaces naturels est de pouvoir comparer les tendances observées dans leurs sites ou leurs
réseaux de sites, à celles obtenues par le réseau de référence, celui des carrés EPS tirés au
sort, qui permet de suivre la ‘nature ordinaire’. Dans ce contexte, l’Office National des Forêts
mettra en place à partir du printemps 2004 un réseau de suivi STOC dans les forêts
domaniales, pour participer au suivi patrimonial de ces forêts.
Ce sont près de 300 000 oiseaux qui ont été comptés en 2003 lors des deux passages
(le suivi d’un carré EPS se fait deux fois chaque printemps, avant et après la date charnière du
8 mai, idéalement avec 4 à 6 semaines d’intervalle), pour un total de 248 espèces différentes
(Tableau 1). Parmi ces dernières, on notera les espèces les plus contactées, avec dans
l’ordre (pour le réseau de référence des carrés tirés au sort) : Etourneau sansonnet Sturnus
vulgaris (11 606 individus contactés), Corneille noire Corvus corone (9 176), Moineau
domestique Passer domesticus (8 974), Merle noir Turdus merula (8 760), Pinson des arbres
Fringilla coelebs (8 003), Martinet noir Apus apus (7 321), Pigeon ramier Columba palumbus
(7 127), Fauvette à tête noire Sylvia atricapilla (6 847), Mésange charbonnière Parus major
(5 123), Troglodyte mignon Troglodytes troglodytes (4 957). Il s’agit là non pas des espèces
les plus abondantes en France, mais des espèces à la fois abondantes et détectables, ce qui
explique notamment la présence du Martinet noir dans cette liste.
Certaines espèces ont été contactées lors des comptages mais ne font pas partie de
l’avifaune nicheuse de France. Elles ne sont pas listées dans le Tableau 1, mais citées ci-
après (la mention RNF signifie que l’espèce a été contactée par le réseau STOC de Réserves
Naturelles de France) : Cygne noir Cygnus atratus (1 RNF), Bernache cravant Branta
bernicla (7 RNF), Canard siffleur Anas penelope (3 + 2 RNF), Bécasseau variable Calidris
alpina (110 RNF), Tournepierre à collier Arenaria interpres (7), Barge rousse Limosa
lapponica (40 RNF), Courlis corlieu Numenius phaeopus (322 + 18 RNF), Chevalier arlequin
Tringa erythropus (6 RNF), Chevalier aboyeur T. nebularia (13 + 13 RNF), Chevalier
culblanc T. ochropus (3 + 1 RNF), Chevalier sylvain T. glareola (31 + 5 RNF), Mouette
pygmée Larus minutus (10). On notera également la présence anecdotique d’espèces
occasionnelles ou de nicheurs rares, comme l’Hirondelle rousseline Hirundo daurica, le
Faucon kobez Falco vespertinus, ou encore le Roselin cramoisi Carpodacus erythrinus. Si de
tels contacts n’apportent rien au suivi temporel des effectifs de ces espèces rares et localisées,
ils agrémentent l’intérêt et l’investissement consentis par les observateurs pour compter
merles et moineaux !
Les variations d’abondance ont été calculées à partir des données recueillies sur 522 carrés
EPS et 65 stations STOC-capture qui ont été suivis de manière comparable en 2002 et en
2003. La répartition des carrés suivis les deux années reprend globalement celle des carrés
suivis au printemps 2002. Pour étudier les variations d’abondance, ont été considérées les
espèces dépassant le seuil de 100 individus contactés sur les deux années (Tableau 2). Pour
chaque point d’écoute, c’est le nombre maximal d’individus contactés lors de l’un ou l’autre
des passages qui est retenu pour effectuer les comparaisons. Pour les espèces peu contactées
sur les points d’écoute mais bien échantillonnées par le STOC capture, les données issues des
deux volets du programme STOC sont combinées pour obtenir une estimation des variations
d’effectifs (cas de 12 espèces).
Toute espèces confondues, entre 2002 et 2003, les observateurs ont compté 3.8%
d’oiseaux en plus, et les bagueurs capturés 3.7% d’adultes en plus. Au total, les variations
d’abondance peuvent être estimées pour 125 espèces communes. Le nombre d’espèces suivies
augmentera encore à l’avenir car de le nombre de sites suivis croît chaque année, et d’autres
espèces passeront le seuil requis pour étudier de manière fiable les variations d’effectifs. A
terme, si le réseau continue son développement et atteint le chiffre de 10 000 points d’écoute
suivis, nous devrions pouvoir suivre convenablement près de 150 espèces communes. Si de
nombreuses espèces d’oiseaux d’eau, notamment coloniales, sont contactées lors des suivis,
les variations d’effectifs observées à court terme ne sont pas évidentes à interpréter :
fluctuations très locales d’effectifs réduits (limicoles), déplacements de colonies, prises en
compte des individus immatures ou des adultes non reproducteurs (laridés). Il s’agit donc
d’être prudent dans les analyses et les interprétations des tendances, notamment pour les
Charadriiformes des milieux humides.
ESPECES EN DIMINUTION
L’année 2003 est marquée par la diminution significative des effectifs de plusieurs espèces
migratrices transsahariennes (cf. Tableau 2). Pour les plus emblématiques, on notera le déclin
du Martinet noir Apus apus (-13%), de la Bergeronnette printanière Motacilla flava (-21%),
de la Fauvette grisette Sylvia communis (-12%), des Pouillots siffleur Phylloscopus sibilatrix
(-26%) et fitis P. trochilus (-20%). Du côté des granivores, les populations de Chardonneret
élégant Carduelis carduelis fluctuent (diminution de 15% en 2003 après une augmentation de
20% en 2002). Une diminution est aussi notée pour le Bruant des roseaux Emberiza
schoeniclus (-22%), une espèce dont le déclin à long terme a été révélé par le programme
STOC (-37% de 1989 à 2001). Le Vanneau huppé Vanellus vanellus accuse un net recul en
2003 (-30%), espèce signalée en déclin en France (Rocamora & Yeatman-Berthelot 1999).
Les effectifs de Buse variable Buteo buteo ont diminué de 13%, ceux de Milan royal Milvus
milvus de 46%, mais dans ce dernier cas le nombre limité de contacts avec l’espèce doit
temporiser le résultat statistique, à interpréter donc avec prudence. Enfin, deux espèces ont vu
leurs effectifs diminuer en 2003 sans que ces variations soient statistiquement significatives :
le Phragmite des joncs Acrocephalus schoenobaenus (-20%) et le Moineau friquet Passer
montanus (-16%), alors que le Moineau domestique P. domesticus est stable.
ESPECES EN AUGMENTATION
LE RESEAU RNF
Comme précisé antérieurement, le protocole STOC peut être mis en place dans des sites
protégés, ou des réseaux de sites, pour permettre une comparaison des résultats obtenus avec
ceux du réseau de référence (carrés aléatoires) et permettre ainsi une évaluation des politiques
de protection et de gestion. Dans ce contexte, si la méthode de suivi sur le terrain reste la
même (lots d’au minimum 10 points d’écoute fixes, d’une durée de 5 minutes, réalisés deux
fois chaque printemps, par le même observateur et aux mêmes dates chaque année ; relevés de
l’habitat similaires à ceux du réseau de référence), le plan d’échantillonnage est adapté aux
besoins du gestionnaire, qui peut faire un tirage au sort des points à suivre ou déterminer à
l’avance les sites qu’il désire suivre (communautés d’espèces ou habitats particuliers).
La mise en place, dès le printemps 2002, d’un réseau de suivi STOC par points
d’écoute au sein de plusieurs réserves naturelles permet cette année de présenter les premiers
résultats pour le réseau RNF. Il s’agit donc des premières variations d’abondance d’oiseaux
communs obtenues pour 15 Réserves Naturelles, soit 228 points d’écoute. Pour ce réseau, 22
espèces totalisent au moins 50 individus en 2002 et en 2003, et le Tableau 3 présentent les
variations d’abondance de ces espèces pour la période 2002-2003. Le Vanneau huppé, noté en
déclin significatif de 30% pour le réseau de référence, est en déclin de 37% dans les réserves
suivies, mais cette tendance n’est pas significative. Le Rouge-gorge familier, stable dans le
réseau de référence (+2%) est en diminution dans les réserves (-30%), et le Pinson des arbres
semble subir le même sort (-14%, non significatif). Enfin, le Pigeon ramier est en
augmentation aussi dans les réserves (+26%), et la tendance observée n’est statistiquement
pas différente de celle du réseau de référence (P > 0.4).
L’ATLAS DYNAMIQUE
Après sa relance depuis 2001 (Jiguet 2001), le programme STOC-points d’écoute a pris une
ampleur considérable (Jiguet & Julliard 2003), avec 734 carrés suivis dont les données sont
parvenues à ce jour à la coordination nationale. La large couverture spatiale des sites suivis au
niveau national, et la standardisation de recueil des données sur chaque carré de 10 points
d’écoute, permettent l’étude des variations spatiales de l’abondance relative des espèces
communes. Pour chaque carré EPS, on calcule le nombre total d’individus d’une espèce qui a
été comptabilisé sur l’ensemble des 10 points. On obtient ainsi une valeur d’abondance
relative de l’espèce, obtenue dans une unité de surface fixe de 4 km2 (un carré de 2x2 km)
selon un protocole standardisé (même durée d’écoute sur 10 points distincts). Si des variations
entre observateurs et selon la date de suivi existent, il semble raisonnable de faire l’hypothèse
que ces variations sont réparties équitablement sur l’ensemble du territoire, surtout dans la
mesure où un grand nombre de sites sont suivis. Il semble peu probable que tous les
observateurs d’une zone géographique comptent différemment une espèce, ou encore qu’ils
aient tous réalisés leurs points d’écoute à des dates extrêmes.
A partir de ces valeurs d’abondance relative, on peut utiliser des outils de statistiques spatiales
pour extrapoler à l’ensemble du territoire national l’abondance relative de chaque espèce bien
suivie. L’abondance relative d’un point donné est calculée à partir de la moyenne des
abondances relatives des carrés prospectés les plus proches, pondérée par leur distance au
point considéré. La fonction de pondération tient compte de la forme de l’auto-corrélation
spatiale observée dans les données. Cette méthode permet notamment de prendre en compte
l’hétérogénéité de densité de carrés EPS suivis. La représentation graphique de ces variations
spatiales est une véritable carte nationale d’abondance relative pour l’espèce considérée. Bien
sûr, les valeurs obtenues sont fiables là où un nombre minimal de carrés EPS a été suivi. De
telles cartes nationales peuvent être réalisées chaque année pour chaque espèce abondante au
moins localement, et l’on peut ainsi comparer les cartes obtenues pour une même espèce
année après année. Un certain nombre de cartes réalisées grâce aux données recueillies en
2002 sont consultables sur le site internet du CRBPO (www.mnhn.fr/mnhn/crbpo), et nous
vous en présentons ici quelques cartes relatives au suivi du printemps 2003 (Figures 4 et 6).
Comme expliqué l’année dernière (Jiguet & Julliard 2003), ces cartes ne sont pas des
cartes de distribution signalant la présence ou l’absence d’une espèce dans une zone
géographique. Par exemple, l’Alouette des champs Alauda arvensis a une densité très faible
dans le Limousin (Fig. 4-a). Cela ne veut pas dire qu’il n’y aucune Alouette des champs en
Limousin, mais que son abondance relative est négligeable par rapport à l’abondance relative
mesurée sur l’ensemble des carrés EPS ailleurs en France. L’interprétation des cartes de
pouillots présentées en Figure 6 est la même. On peut grâce à l’atlas dynamique localiser les
bastions de certaines espèces peu communes ou localisées. Les cartes d’abondance relative de
l’Alouette des champs (Figure 4-a) est présentée pour le printemps 2003, ce qui permet de la
comparer à celle établie l’an dernier et publiée dans le bilan 2002 (Jiguet & Julliard 2003). Le
Martinet noir étant en diminution cette année, il nous est apparu intéressant de publier la carte
d’abondance relative de cette espèce en 2003 (Figure 4-b). Cette espèce est particulièrement
abondante dans les grandes agglomérations françaises (Paris, Lyon, Nantes) et dans le sud de
l’hexagone. Précédant quelque peu la publication annoncée des résultats de l’enquête
‘rapaces’, nous vous proposons les cartes d’abondance relative du Milan noir Milvus migrans
et de la Buse variable Buteo buteo en France au printemps 2003 à partir des données STOC
(Figures 4-c et 4-d). D’autres cartes sont présentées : Pie bavarde Pica pica (Fig. 4-e), Huppe
fasciée Upupa epops (Fig. 4-f), Grive musicienne Turdus philomelos (Fig. 4-g), Rossignol
philomèle Luscinia megarhynchos (Fig. 4-h), Accenteur mouchet Prunella modularis (Fig. 4-
i), Serin cini Serinus serinus (Fig. 4-j), Bruant proyer Miliaria calandra (Fig. 4-k), et
Rougequeue noir Phoenicurus ochruros (Fig. 4-l). Il faut préciser que lorsque la coloration la
plus sombre manque sur les cartes d’atlas dynamique (cf. les cartes du Milan noir et de la
Buse variable), c’est que les densités locales maximales (par carré EPS) ne se retrouvent pas à
une échelle spatiale plus large (sur un grand nombre de carrés proches ; ici 8 carrés proches
sont utilisés pour prédire les valeurs en un point).
Les informations apportées par l’Atlas Dynamique sont donc différentes de celles
fournies par les atlas ornithologiques nationaux existants, par exemple le « Nouvel Atlas des
Oiseaux Nicheurs de France, 1985-89 » (Yeatman-Berthelot & Jarry 1994). Il ne s’agit pas de
cartographier la présence de comportements reproducteurs sur l’ensemble des cartes IGN de
France, mais de représenter les variations géographiques d’abondance relative, et ce sur une
base annuelle. Ce type d’Atlas Dynamique peut bien sûr être décliné au niveau local, dans la
mesure où le nombre et la densité des carrés EPS suivis le permettent. L’utilisation des
données EPS dans le cadre de l’Atlas Dynamique permet de valoriser les données recueillies
sur les carrés suivis une seule année. Il ne faut donc pas hésiter à prendre en charge un suivi,
même si l’on pense ne pas pouvoir l’effectuer sur le moyen ou le long terme. Il est bien sûr
important d’avoir un large réseau de carrés suivis sur une longue période, pour pouvoir
mesurer de manière fiable les variations d’effectifs d’un maximum d’espèces communes,
mais les suivis sur une seule année seront intégrés dans l’Atlas Dynamique.
Cinq espèces de pouillots se reproduisent en France, à savoir les Pouillots véloce, fitis,
siffleur, de Bonelli et ibérique. Parmi celles-ci, les quatre premières sont bien suivies par le
STOC, et leurs tendances d’évolution d’effectifs à long terme ont pu être estimées à partir des
données récoltées par l’ancien protocole de 1989 à 2001. Sur cette période, les Pouillots
siffleur, fitis et de Bonelli ont montré des déclins importants (-74%, -51% et -51%,
respectivement ; voir Figure 5), alors que le Pouillot véloce montre des fluctuations inter-
annuelles importantes mais pas de tendances à long terme significative (-15%, non
significatif). De manière générale, les données relatives aux tendances d’évolution des
espèces communes en France, telles qu’elles ont été estimées à partir des données du STOC
de 1989 à 2001, sont consultables sur le site internet du CRBPO (www.mnhn.fr/mnhn/crbpo,
rubriques ‘observatoire’ puis ‘résultats’). Une étude plus poussée de ces données pour 77
espèces communes a montré que le déclin était plus prononcé pour les espèces nordiques et
pour les espèces spécialistes vis-à-vis de l’habitat (Julliard et al. sous presse), ce dernier point
étant particulièrement bien illustré par le cas des pouillots. En effet, le Pouillot siffleur
fréquente des habitats forestiers particuliers, moins diversifiés que ceux des Pouillots fitis et
de Bonelli, alors que le Pouillot véloce est un généraliste des milieux buissonnants ou
forestiers. Pour la période 2002-2003, on retrouve ce gradient de variations d’effectifs en
fonction du degré de spécialisation des espèces de pouillot (Figure 5). Le Pouillot siffleur est
en diminution marquée (-26%), de même que le Pouillot fitis (-20%), ce qui ne présage rien
de positif quant à l’avenir de ces espèces dans l’hexagone. Les effectifs de Pouillot de Bonelli
sont stables (-4%, non significatif), ceux du Pouillot véloce augmentent de manière
significative. Le nombre de contacts avec le Pouillot fitis et le Pouillot de Bonelli nous
permettent d’établir leurs cartes d’abondance relative au printemps 2003 en France, en plus de
celle du Pouillot véloce (Figure 6). Pour cette dernière espèce, en augmentation en 2003, il
nous est apparu intéressant d’étudier les variations spatiales de cette augmentation, et la
Figure 6-d montre une représentation graphique des zones où l’espèce a augmenté (en bleu)
ou a diminué (en rouge) entre 2002 et 2003. Il faut noter que l’augmentation n’est pas
dépendante de la densité : elle n’a pas eu lieu préférentiellement sur les sites où l’espèce était
peu abondante, elle n’a pas été limitée là où l’espèce était très abondante (pas de phénomène
de saturation).
Swarovski Optik, Delachaux & Niestlé et Ornithos soutiennent le programme français de suivi
temporel des oiseaux communs, et offrent des lots attribués à des observateurs tirés au sort
parmi ceux dont les relevés sont parvenus à la coordination nationale. Patrick Pierrard,
observateur du carré 081083 (dans les Ardennes) tiré au sort, a gagné une paire de jumelles
Swarovski du tout dernier modèle EL 10x32 (sorti en août 2003, prix catalogue 1760 euros).
Nous espérons que ces nouvelles jumelles ne biaiseront pas les observations qu’il fera sur ses
points d’écoute dans le futur! Brigitte Grand (carré 710345, Saône-et-Loire) et Jacques Maoût
(carré 290404, Finistère) gagnent chacun le superbe « Album Ornitho », offert par Delachaux
& Niestlé, version en grand format du récent mais déjà célèbre « Guide Ornitho » de Lars
Svensson et allies. Enfin, Hervé Joslain, observateur du carré 441233 (Loire-Atlantique) a
gagné un an d’abonnement à Ornithos, et pourra lire les bilans STOC et autres articles de la
revue. Ces partenariats continuent l’année prochaine, avec de nouveaux tirages au sort qui
seront effectués début novembre 2004 pour attribuer jumelles, livres et abonnements. Le
principe restera le même : un tirage au sort effectué sur les carrés dont les données seront
parvenues à la coordination nationale avant le 10 novembre.
CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES
Le développement des réseaux nationaux STOC continuant, la qualité des informations que
nous obtiendrons ne cessera de s’améliorer. Plus d’espèces communes pourront être suivies,
aussi bien dans le temps que dans l’espace. Des comparaisons régionales peuvent d’ores et
déjà être faites. Les développements de l’Atlas Dynamique et de l’étude de la phénologie
permettront de valoriser les données obtenues même une seule année sur un carré donné. Il ne
faut donc pas hésiter à prendre en charge un carré EPS même si l’on pense ne pas pouvoir le
suivre plus d’un ou deux ans, mais bien sûr il reste primordial de suivre la majorité des sites
sur le long terme pour surveiller l’état de santé des populations d’oiseaux communs. Les
objectifs sont d’atteindre d’ici deux à trois ans les chiffres de 100 stations STOC-capture et
1000 carrés EPS suivis annuellement, ce qui nous permettrait de suivre correctement plus de
140 espèces d’oiseaux en France.
La mise en place d’observatoires régionaux de la biodiversité devrait permettre de
développer les réseaux STOC au niveau local, en sollicitant les collectivités territoriales pour
pouvoir assurer un suivi plus homogène des territoires. De tels observatoires STOC existent
ou sont en projet, par exemple en Franche-Comté, en Ile-de-France, en Poitou-Charentes. Il
peut s’agir de compléter les carrés suivis par les bénévoles par des carrés, tirés au sort dans les
zones peu couvertes par le réseau en place (souvent à faible densité d’ornithologues résidents)
et suivis par des permanents du milieu associatif. Ce type d’observatoires devrait largement
participer à l’avenir au développement du réseau STOC. Les animateurs du réseau national
sont à la disposition des coordinateurs locaux pour aider à les mettre en place.
Enfin, les réseaux de suivi dans les espaces protégés ou gérés, à l’instar des réseaux
RNF, de l’ONF ou du Parc National des Ecrins, devrait aussi connaître une dynamique
importante. Ces espaces, qui souhaitent mettre en place des suivis d’oiseaux communs,
trouvent intéressant de s’associer à des réseaux nationaux déjà existants comme le STOC. Ce
type d’observatoire de sites ou de réseaux de sites peut se décliner sur différents types
d’espaces : réserves naturelles, parcs naturels régionaux, parcs nationaux, ZPS et sites Natura
2000, mais aussi communautés de communes, marais privés… Un des objectifs est de pouvoir
comparer les tendances observées dans ces sites ou réseaux de sites, à celles obtenues par le
réseau de référence, celui des carrés EPS tirés au sort, qui permet de suivre la ‘nature
ordinaire’. Ainsi, tout espace géré qui réalise le même type de suivi avec le même protocole
pourra bénéficier de cette référence pour savoir si les évolutions observées dans son espace ne
sont que le reflet des évolutions globales ou régionales, ou bien si elles sont une conséquence
directe de la protection ou de la politique de gestion mise en place. Il s’agit à terme de
posséder un outil pour évaluer l’impact des politiques de gestion ou de protection sur les
espèces communes.
REMERCIEMENTS
Il est plus que jamais évident que le bon déroulement du programme STOC dépend avant tout
de l’investissement personnel de centaines de bénévoles qui assurent le suivi sur le terrain et
la coordination du programme au niveau local, que ce soit pour les carrés de points d’écoute
ou sur les stations de baguage. Nos remerciements vont également aux personnes privées, aux
municipalités et aux institutions qui autorisent un accès renouvelé chaque année aux stations
STOC. Les contours d’espaces naturels ont été fournis par l’ISB-MNHN. Le programme
STOC est soutenu par le Muséum National d’Histoire Naturelle, le Ministère en charge de
l’Environnement et le Centre National de la Recherche Scientifique. Il faut aussi remercier ici
Swarovski Optik France, les éditions Delachaux & Niestlé et Ornithos pour les lots offerts aux
observateurs du STOC.
Vous êtes ornithologue, vous connaissez les chants d’oiseaux et vous souhaitez participer au
suivi temporel des effectifs d’oiseaux communs dans votre région ? Comment vous joindre au
réseau national STOC-EPS ? C’est très simple : il faut prendre contact avec le coordinateur
local qui correspond à la zone géographique sur laquelle vous souhaitez réaliser un suivi (liste
des coordinateurs disponibles sur le site internet du CRBPO : www.mnhn.fr/mnhn/crbpo). S’il
n’y a pas de coordinateur local dans votre département ou région, prenez directement contact
avec le coordinateur national au CRBPO, Frédéric Jiguet ([email protected]). Avant le mois
d’avril, vous fournissez au coordinateur le nom de la ou des communes autour desquelles
vous souhaitez faire un suivi EPS, en précisant le nombre de carrés que vous souhaitez suivre
pour chaque site. Le coordinateur local vous fera parvenir par la suite une fiche situant sur
fond de carte le carré à prospecter, ainsi qu’un carré de remplacement au cas où le premier
serait impraticable. Le tirage au sort d’un carré, dans un rayon de 10 kilomètres autour du
point fourni par l’observateur, est réalisé par le coordinateur national au CRBPO. Le rendu
des données s’effectue auprès des coordinateurs locaux pour les observateurs, permettant ainsi
la création de bases de données départementales ou régionales. Un logiciel de saisie des
données EPS a été mis au point (FEPS2000) et est disponible gratuitement pour tous les
observateurs.
BIBLIOGRAPHIE
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programme STOC pour la France en 2002. Ornithos 10-5 : 193-2001.
JULLIARD R. (2002). Programme STOC-Capture. Bilan 2001 pour la France. Suivi Temporel
des Oiseaux Communs par échantillonnage par filets japonais. Ornithos 9 : 129-137.
JULLIARD R. & JIGUET F. (2002). Un suivi intégré des populations d’oiseaux communs en
France. Alauda 70:137-147.
JULLIARD R., JIGUET F. & COUVET D. (2004). Common birds facing global changes: what
makes a species at risk? Global Change Biology 10: 148-154.
ROCAMORA G. & YEATMAN-BERTHELOT D. (1999). Oiseaux menacés et à surveiller en
France. Listes rouges et recherche de priorités. Populations. Tendances. Menaces.
Conservation. SEOF / LPO, Paris.
YEATMAN-BERTHELOT D. & JARRY G. (1994). Nouvel Atlas des Oiseaux Nicheurs de France,
1985-1989. Société Ornithologique de France, Paris.
SUMMARY
The French Breeding Bird Survey in 2003. During spring 2003, c. 750 BBS squares
(representing a total of 7500 point counts) were surveyed, and trapping occurred on 86
Constant Effort Site. Sites sampled in 2002 and 2003 (522 BBS squares, 65 CES) allow
between-year comparisons to be made. Significant decrease in numbers were noted in 2003
for : Lapwing, Common Swift, Yellow Wagtail, Common Whitethroat, Willow and Wood
Warblers, Goldfinch and Reed Bunting. Increasing numbers in 2003 were noted for: Wood
Pigeon and Collared Dove, Turtle Dove (+12%, after a decrease last year), Green and Black
Woodpeckers, Swallow (after a strong decrease last year), and many other species inhabiting
woodlands or shrublands: Cuckoo, Chiffchaff, Wren, Firecrest, Long-tailed Tit, Nuthatch,
Starling, Golden Oriole and Bullfinch.
Further uses of Breeding Bird Survey data are presented. Spatial modelling of specific
relative abundance is presented for a few common species, at a national scale (Skylark,
Common Swift, Black Kite and Common Buzzard). A focus is made on the Phylloscopus
warblers, comparing long-term trends (1989-2001) to the variations observed in 2002-2003,
highlighting the stronger declines of habitat-specialist species. Relative abundance maps are
presented for Willow, Bonelli’s Warblers and Chiffchaff, as well as a spatial modelling of
population growth rate for the Chiffchaff over the entire country for the period 2002-2003.
Finally, names of the winners of special prices offered by our sponsors are released.
fig. 1. Nombre de stations STOC-Capture ayant fonctionné au printemps 2003 par région
administrative.
Number of Constant Effort Sites where trapping occurred in spring 2003 for each French
administrative region.
6
5 2
2 6 2 2
5 6
9 2 3 5
5
3 1 9
3
2 1 6
2
fig. 2. Distribution nationale des 734 carrés EPS dont les données sont parvenues à la
coordination nationale au 10 janvier 2004.
Location of the 734 BBS squares surveyed in 2003, for which data have already been sent to
the national coordination.
fig. 3. Localisation des Réserves Naturelles (ronds bleus), Parcs Naturels Régionaux
(polygones rayés verticalement de bleu clair) et Parc National (polygone rayé horizontalement
bleu foncé ; Parc National des Ecrins) abritant au moins 10 points EPS au printemps 2003.
fig. 4. Cartes d’abondance relative de différentes espèces communes en France au printemps
2003. L’abondance relative augmente du plus clair au plus sombre. a) Alouette des champs, b)
Martinet noir, c) Milan noir, d) Buse variable, e) Pie bavarde, f) Huppe fasciée, g) Grive
musicienne, h) Rossignol philomèle, i) Accenteur mouchet, j) Serin cini, k) Bruant proyer, l)
Rougequeue noir.
Prediction maps of relative abundance for four species in France in spring 2003. a) Skylark ;
b) Common Swift; c) Black Kite; d) Common Buzzard, e) Magpie, f) Hoopoe, g) Song Thrush,
h) Nightingale, i) Dunnock, j) Serin, k) Corn Bunting, l) Black Redstart.
a b
c d
e f
g
h
i
j
k l
fig. 5. Variations d’effectifs pour les quatre espèces de pouillots en France. De gauche à
droite, de l’espèce la plus généraliste (Pouillot véloce) à l’espèce la plus spécialiste (Pouillot
siffleur) vis-à-vis de l’habitat. Les tendances pour la période 1989-2001 (ancien réseau
STOC) et 2002-2003 sont concordantes pour montrer un déclin à long terme et, cette année, à
court terme, plus prononcé pour les espèces spécialistes.
Population trends of four Phylloscopus warblers in France, from the most habitat-generalist
species, the Chiffchaff, on the left, to the most habitat-specialist species, the Wood Warbler,
on the right. In red: long-term trends from 1989 to 2001; in blue: short-term trend between
2002 and 2003. Both trends illustrate well the stronger declines of habitat-specialists.
0
Variations d'effectifs
-20
-40
-60 1989-2001
2002-2003
-80
Espèces : des généralistes aux spécialistes
fig. 6. Cartes d’abondance relative de trois espèces de pouillots en France au printemps 2003.
L’abondance relative augmente du plus clair au plus sombre. a) Pouillot fitis Phylloscopus
trochilus; b) Pouillot de Bonelli Phylloscopus bonellii ; c) Pouillot véloce Phylloscopus
collybita; d) variations spatiales du taux de croissance 2002-2003 des populations de Pouillot
véloce Phylloscopus collybita (diminution en rouge, augmentation en bleu). La coloration la
plus pâle sur les cartes, dans l’échelle d’abondance relative, ne signifie pas l’absence de
l’espèce, mais une densité relative négligeable par rapport à l’ensemble des sites suivis. La
coloration la plus sombre manque sur les cartes des deux pouillots les moins communs car les
densités locales maximales (par carré EPS) ne se retrouvent pas à une échelle spatiale plus
large (sur un grand nombre de carrés proches).
Prediction maps of relative abundance for three Phylloscopus warblers in France in spring
2003. a) Willow Warbler ; b) Bonelli’s Warbler; c) Chiffchaff; d) geographical variations of
population growing rates of Chiffchaff between 2002 and 2003 (from dark red to deep blue,
decrease to strong increase).
a b
c d
tab. 1. Liste des espèces contactées au printemps 2003 lors des suivis du programme STOC.
Pour le STOC-EPS (7340 points d’écoute), nombre total d’individus dénombrés (lorsqu’une
espèce a été contactée sur un point lors des deux passages, c’est le nombre maximal
d’individus à l’un ou l’autre des passages qui est retenu). Les nombres d’individus contactés
par les réseaux de Réserves Naturelles de France (RNF ; 27 réserves, 364 points d’écoute) et
du Parc National des Ecrins (PNE - 70 points d’écoute) sont aussi donnés. Pour le STOC-
Capture sont donnés les effectifs d’adultes et de jeunes capturés, ainsi que le nombres
d’adultes contrôlés (pour les 86 stations ayant fonctionné en 2003).
List of species contacted during the 2003 campaign of the STOC survey programme in
France. Numbers of individuals detected are presented for the Breeding Bird Survey (EPS,
7340 point counts, reference network in the wider countryside), the Nature Reserves network
(RNF, 364 point counts), and the National Park of Ecrins (PNE, 70 point counts). We also
give numbers of adults and juveniles captured and adults controlled for the 86 Constant
Effort Sites that worked during the spring 2003.
variations
Nom vernaculaire Nom scientifique 2002 2003 RNF (%)
Canard colvert Anas platyrhynchos 88 108 +23
Vanneau huppé Vanellus vanellus 131 83 -37
Mouette rieuse Larus ridibundus 264 537 +103
Pigeon ramier Columba palumbus 143 180 +26
Martinet noir Apus apus 132 129 -2
Alouette des champs Alauda arvensis 135 113 -16
Troglodyte mignon Troglodytes troglodytes 227 216 -5
Rougegorge familier Erithacus rubecula 198 138 -30
Rossignol philomèle Luscinia megarhynchos 79 78 -1
Merle noir Turdus merula 195 190 -3
Grive musicienne Turdus philomelos 101 98 -3
Fauvette grisette Sylvia communis 69 79 +14
Fauvette à tête noire Sylvia atricapilla 192 210 +9
Pouillot véloce Phylloscopus collybita 214 218 +2
Mésange noire Parus ater 55 60 +9
Mésange bleue Parus caeruleus 73 81 +11
Mésange charbonnière Parus major 127 119 -6
Corneille noire Corvus corone 203 208 +2
Etourneau sansonnet Sturnus vulgaris 326 239 -27
Pinson des arbres Fringilla coelebs 290 250 -14
Linotte mélodieuse Carduelis cannabina 74 92 +24
Bruant des roseaux Emberiza schoeniclus 56 70 +25