Texte 2 Alcool d’Apollinaire (1913), modernité poétique ?
« Le Pont Mirabeau » (vers 1 à 24)
Introduction
• Guillaume Apollinaire poète français du XXe siècle
• Alcools (1913) = Recueil particulièrement autobiographique écrit principalement suite à
ses ruptures amoureuses raconte ses souffrances
• « Zone » = premier poème du recueil placé sous l’égide de la modernité
• Nous analyserons en revanche le second poème du recueil « Le Pont Mirabeau », un poème
lyrique qui évoque la rupture du poète avec la peintre Marie Laurencin sous la forme d’une
chanson, en mettant en relief la fuite du temps et de l’amour
• De plus, cette dernière n’abrite aucune ponctuation, ni régularité de mètre ou de rime
En quoi ce poème d’amour est-il à la fois traditionnel et moderne ?
I. La fuite des sentiments (v 1 à 6) II. La nostalgie du couple (v 7 à 12)
III. Le désespoir du poète (v 13 à 18) IV. La fuite du temps (v 19 à 24)
I/ La fuite des sentiments (v 1 à 6)
- v.1 « Sous le pont Mirabeau » CC de lieu référence titre du poème, pas anodin
signe de modernité + symbole d’union des amants. « Mira » = latin, signifie admirer, montre
l’attachement et l’admiration du poète face à ce pont, évoquant sa relation avec sa bien-aimée.
….. « coule la scène » métaphore de l’amour qui s’en va impossibilité d’un retour en
arrière (= fuite du temps).
- v.2 « Et » conjonction de coordination + « Nos amours » déterminant possessif crée
une complicité + amour très fusionnel et partagé avec la femme aimée
- v.4 utilisation de l’imparfait solitude domine dans cette première strophe, comme le
montre le mot « peine ».
- v.3 tournure impersonnelle renvoie à la solitude du poète et donne l’impression que
les souvenirs affluent sans cesse. Dans cette première strophe, utilisation du présent = le
temps qui passe (= éternel) ; utilisation de l’imparfait = la fuite des sentiments (= éphémère).
- v.2-3 Le décasyllabe = coupé en deux, créant deux vers : un de 4 syllabes et un de 6
syllabes (= marque de modernité), le poète évoque ainsi sa relation amoureuse à la fois dans le
fond du poème mais également dans la forme. Schéma produit sur les 4 quatrains.
- v.5-6 refrain sous forme distique repris 4 fois dans le texte, nous fait rappeler à une
prière. Présent du subjonctif « vienne », « sonne », « vont » et « demeure » accélération du
temps. Champ lexical du temps (« nuit », « heure », « jours », « s’en vont ») invoque un
temps destructeur qui réduit tout à néant.
II/ La nostalgie du couple (v 7 à 12)
- v.7-10 Le poète = nostalgique du couple et essaye de crée son image champ lexical du
corps (« mains », « face », « bras ») + utilisation du présent de l’indicatif. Registre lyrique +
assonance en [on] « restons », « pont » peint l’époque où le couple ne formait qu’un, et
renforce l’harmonie de la scène.
- v.8-9 « Tandis que sous / Le pont de nos bras passe » coupure grammaticale référence
à leur rupture.
- v.9 « Le pont de nos bras passe » métaphore montre l’amour fusionnel, et fait un
parallélisme + effet miroir avec le véritable pont Mirabeau.
III/ Le désespoir du poète (v 13 à 18)
- v.13,14 « L’amour s’en va » répétition Apollinaire met en exergue le travail
destructeur du temps qui passe, on retrouve ici un effet d’écho. De plus, il se rapproche du
Romantisme car cette comparaison est assez commune en poésie.
- v.15,16 paronomase entre « vie est lente » et « violente » montre que le temps modifie
les souvenirs.
- v.16 « vi-o-lente » diérèse + emploi du registre élégiaque rend sa souffrance plus
expressive.
- v.13-16 triple comparaison introduite par comme, ce qui montre qu’il n’a pas les mots.
IV/ La fuite du temps (v 19 à 24)
- v.19-22 champ lexical du temps (« semaines », « temps », « jours ») porté par une
gradation montre caractère inéluctable et irréversible du temps.
- v.19-20 « passent », « passé » polyptote accentue le temps qui passe.
- v.21-22 construction circulaire du poème, le dernier vers est pareil que le vers qui ouvre
le poème image d’une boucle qui renvoie à une horloge le temps qui passe, « ni »
(conjonction de coordination) donne en revanche une image plus négative.
Depuis le début du poème, absence de ponctuation les vers défilent rapidement = fuite du
temps. De plus, les vers sont décalés d’un vers à l’autre mouvement de l’eau, les vagues de
la Seine. En plus de cela, poème prend la forme d’un calligramme chaque vers et strophes
semblent dessiner un pont et un arc reliant le métier de poète d’Apollinaire, et de peintre de
Marie Laurencin.
Conclusion
Nous nous étions demandé comment Apollinaire avait réussi à mélanger traditionnel et
modernité, pour cela nous avons vu qu’il reprend un topos littéraire celui de la fuite du temps
en le modernisant. La tristesse qui se dégage de ce poème peut faire penser au calligramme
du même auteur « La Cravate et la montre » qui reprend encore le thème du temps qui passe
et dans lequel Apollinaire fait un constat d’échec de sa vie.