0% ont trouvé ce document utile (1 vote)
378 vues28 pages

Akhenaton et Moïse : Énigmes historiques

Transféré par

Diane Ouédraogo
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (1 vote)
378 vues28 pages

Akhenaton et Moïse : Énigmes historiques

Transféré par

Diane Ouédraogo
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Retrouver ce titre sur Numilog.

com
Retrouver ce titre sur [Link]
Retrouver ce titre sur [Link]

« LES ÉNIGMES DE L'UNIVERS »


Collection dirigée par Francis Mazière
Retrouver ce titre sur [Link]
Retrouver ce titre sur [Link]

PHILIPPE AZIZ

MOÏSE
ETAKHENATON

ÉDITIONS ROBERT LAFFONT


PARIS
Retrouver ce titre sur [Link]

Si vous désirez être tenu au courant des publications de l'éditeur de cet ouvrage, il vous
suffit d'adresser votre carte de visite auxEditions Robert LAFFONT,Service « Bulletin »,
6, place Saint-Sulpice, 75279 Paris Cedex06. Vousrecevrez régulièrement, et sans aucun
engagement de votre part, leur bulletin illustré, où, chaque mois, sont présentées toutes
les nouveautés que vous trouverez chez votre libraire.
© Éditions Robert Laffont, S. A., Paris, 1980.
ISBN 2-221-00404-3
Retrouver ce titre sur [Link]

« Aucun souverain de l'Ancienne Égypte n'a


peut-être fait couler autant d'encre de la plume des
historiens, archéologues, moralistes, romanciers et
amateurs divers que le pharaon Akhenaton, qui a
régné sur presque la moitié du monde civilisé
pendant quelques années du XIV siècle avant notre
ère. Il n'est pas difficile de comprendre les raisons
de l'intérêt qu'on lui a porté. L'historien, cherchant
à deviner ce qui se cache sous la propagande,
consciente ou non, qui masque les faits réels dans
les chroniques officielles, éprouve souvent de la
difficulté à entrevoir la personnalité du souverain
derrière la façade du pouvoir, et l'homme derrière
la divinité. »
Cyril ALDRED,
Akhenaton, le pharaon mystique.
Retrouver ce titre sur [Link]
Retrouver ce titre sur [Link]

Sommaire

Prologue 15

AKHENATON
PREMIÈREPARTIE
LA RÉSURRECTION D'AMARNA
1. Lerêve mystiqued'un enfant-roi 21
Legrand-prêtredela« ChaleurquiestdansAton »/Laplusbelle
reine du monde/Néfertiti, la Grande Épouse royale/Aton a
ordonné de construire une ville/La Citéde l'Horizon prospère à
jamais/Aton existepourl'étemité/Destombeauxdans lafalaise/
Commeplus tard à Brasilia.../La visite du chantier/Le serment
devéritédupharaon/AkhenatonetNéfertitis'installentàAkheta-
ton/Journées de rêve au château deMarou-Aton/Unmystérieux
enseignement/Le merveilleux temple à cielouvert/Une kermesse
religieuseenl'honneurd'Aton/Huitharpistesaveugleschantentla
gloiredeDieu/Néfertiti à la fenêtre de l'apparition/Chaquejour,
lesalut au soleil levant.
2. L'aventure archéologique 41
Quand la Cité de l'Horizon d'Aton devient Tell el-Amarna/La
belle est venue/Le mystérieux dédale du ouadi Darb el-Ham-
zaouï/Le roi et la reine autourdu lit funéraire de la petite
9
Retrouver ce titre sur [Link]

Moïse et Akhenaton
Meketaton/Et le cercueil tomba sur le sol /La dernière prière
d'Akhenaton/Les mystères du tombeau de la reine Tiyi/Aban-
donné à la solitude et à l'oubli du sépulcre/Le puzzle le plus
gigantesque du monde/La reine Néfertiti était-elle vraiment bor-
gne?/Découverte de la correspondance d'Amarna/Des dizaines
de statuettes funéraires inachevées ou brisées/Akhenaton : un
homme ou une femme/ La porte noire du tombeau du « divin
père Ay »/Comment travaillaient les artisans d'Amarna/La fête
des cadeauxUne visite d'inspection aux frontières d'Akhetaton.

DEUXIÈME PARTIE
LES RACINES
1. La terre 63
Au-delà de la première cataracte, le « pays des Esprits / Au
nord, les peuples du cobra et de l'abeille/Au sud, les peuples du
roseau et du faucon/Le premier roi égyptien fonde Memphis/Au
nom de Ptah/Le « benben », l'antique pierre sacrée en forme de
pyramide/La pyramide à degrés de Saqqarah : une imitation
sacrilège/Le pharaon Snéfrou et la première vraie pyramide/Le
grand défi de Chéops/La sanglante vengeance des prêtres du
soleil/Les secrets des « Textes des pyramides »/Naissance de la
féodalité égyptienne et mortde l'Ancien Empire/Révolution sur les
bords du Nil/Amon, le dieu cachéUn vieillard qui rajeunit/Les
princes de Thèbes chassent les tribus sémites/Les débuts triom-
phants de la XII dynastie/Une merveilledu monde : le labyrinthe
de Sésostris III/Le culte d'Osiris/Le règne des Hyksos/Ahmo-
sis I et la « reconquista » de l'Égypte/Thoutmosis I, le Napo-
léon des bords du Nil/Miracles à Thèbes/La reine Hatshepsout
exige qu'on parle d'elle au masculin /La « Splendeur des splen-
deurs » de Deir el-Bahari/La revanche de Thoutmosis III /
L'hommage de Babylone et des Hittites/L'Égypte en mutation.
2. Le père 91
Un petit hommefou de chasse /Orgies à la mode égyptienne /Le
fléau du temps : l'alcoolisme/UneMaison delafête quidevaitêtre
éternelle/Le mystère des « colosses deMemnon / Une révolution
religieuse en marche/Un harem de trois cent dix-sept femmes/
Tiyi, l'épouse préférée/La nef d'Aton est en marche.
3. La mère 102
L'esclave castré du pharaon/Akhenaton et Tiyi : un couple
incestueux/D'où vient la légende d'Œdipe? /Akhenaton quitte sa
10
Retrouver ce titre sur [Link]

Sommaire
mèrepourNéfertiti etAton... /Festinfamilialà Akhetaton/ Vivela
maîtresse du temple d'Aton !

TROISIÈME PARTIE
LA RÉVOLUTION AMARNIENNE
1. Le prophète du dieu-soleil 115
Le bergerde sonpeuple/ « Salut à toi, disque dujour »Lerêve de
Thoutmosis IV endormi aux pieds du Sphinx/Aton se révèle à
Akhenaton/Des passeports magiques pour le royaume des morts/
Les métamorphoses du mythe d'Osiris/Akhenaton oublie Osi-
ris/Le « Livre des morts » censuré!/Un dieu d'amour/Le créa-
teur de la vie/Au-dessus de l'univers/Le mystérieux symbole de
Maat/Le dogme trinitaire du prophète d'Aton.
2. Être Néfertiti 134
Néfertiti est-elle une princesse mitannienne?/Les malheurs de
Tousratta, roi du Mitanni/Un type ethnique différent de celui des
Égyptiens/Un soleilféminin/Les mêmesformulesquedans l'Inde
ancienne/La fin tragique de la pincesse Meketaton/Des impôts
qui donnentdroit au « souffle de la vie »/Le coupleroyaldans son
palanquin doré/De l'or, de l'ivoire, des plumes d'autruche, des
jeunes filles.../L'écroulement de l'empire colonial égyptien/Qui
est Semenkharê, le corégent d'Akhenaton?/Secrets d'alcôve à
Akhetaton/Toutankhamon et la fin de la révolution atonienne/
« Mon époux est mort et je n'ai pas de fils »/Pour sauver la
religion d'Aton/Seule dans la villefantôme.

MOÏSE
PREMIÈRE PARTIE
LE MYSTÈRE JUIF
1. Sigmund Freud ou la thèse du doute 157
La fille dupharaon : uneénigme non résolue/Les invraisemblan-
ces du récit biblique/Moïse, un nomégyptien/Le scénario type du
héros civilisateurl« Ma mère fut une vestale. Je n'ai pas connu
monpère »/Moïse donne aux Juifs la religion d'Aton/Le peuple
élu a oublié comment se prononçait le nom de Dieu.../« Ecoute
11
Retrouver ce titre sur [Link]

Moïse et Akhenaton
Israël, notre dieu Aton est le dieu unique »/Les Égyptiens
pratiquent la circoncision et ont horreur du porc/Les lointaines
origines de la thèse freudienne lUne tentation héroïque pour
contrecarrer le destin/« Excuse-moi, monSeigneur!je n'aijamais
été éloquent »/Yahvé est-il unancien dieuarabe des volcans ?/Le
mystère de la tribu de Lévi/Dieu d'amour contre dieu des
volcans/Lefeu spirituel queMoïsea unjourallumé/Lescertitudes
de Freud à la veille de sa mort/Le phénomène du refoulement
collectif/Le christianisme, une nouvelle victoire des prêtres
d'Amon ?
2. Martin Buber ou la thèse de la foi 178
Les révélations de la correspondance d'Amama/Les Habirou
sont-ils les Hébreux ?/« Voicilemisérable étranger »/La tradition
de la pyramide affrontée à celle du feu de camp /L'action
ennoblissante et régénératrice de la culture nomade/Les étranges
lacunes de la biographie mosaïque/Les Madianites, une tribu
arabe ?/« Je me suis manifesté à Abraham sous le nom d'El
Shaddai »/L'exode : « une affaire entre Yahvé et le pharaon » /
Le chant de triomphe de Myriam, la sœur de Moïse et d'Aaron/
Les Dix Commandements et lespréceptes du « Livre des morts »/
Yahvé et Aton : des dieux sans visage.

DEUXIÈME PARTIE
ENQUÊTES SACRILÈGES
1. A la recherche d'une chronologie perdue 195
Empêcher les tribus d'entrer en Égypte/Joseph, vizir d'Aménem-
hat III?/Les trois avantages techniques des Hyksos sur les
Égyptiens / Quand les « princes du désert »deviennent pha-
raons/Le pharaon Jonas, proche parent des tribus d'Israël/ Les
dieux des bords du Nil sont irrités/Une guerre religieuse à propos
d'hippopotames.../Un pharaon égyptien «fatigué de servir les
Asiatiques »/Une chronologie « courte » : l'exode a lieu sous
Ramsès II / La chronologie « longue » : l'exode a lieu sous Thout-
mès III ou Aménophis II / La troisième hypothèse : Toutânkha-
mon/Les indications contradictoires de la Bible.
2. Correspondances bibliques 209
L'hymne d'Akhenaton et le psaume CIV/Moïse appelle au
secours/ Une vache en bois doré représente la mère d'Osiris/Ser-
ment biblique et serment égyptien/Le différend sera porté devant
Dieu/Les aromates de Moïse /Les cinq parfums du Seigneur/
12
Retrouver ce titre sur [Link]

Sommaire
Moïse, lescribe divin/Au commencementétait le verbe... dudieu
Thot/Akhenaton : un pharaon sacrilège/La veillée mystique/
Le « seder », vu par Henri Heine/Une heure nouvelle
a sonné pour l'humanité/Abraham et Dieu : une énigma-
tique alliance/La terreur du peuple/L'immense clameur de
l'Égypte/ Undieu defeu au nominconnu.
TROISIÈME PARTIE
DU NIL À LA TERRE PROMISE
1. AdieuMisraïm 231
Unecolonne militaireouunefouled'esclaves ?/LesHébreuxn'ont
pas traversé la merRouge/Lesfantastiques connaissances astro-
nomiques de Moïse/Moïse : prophète ou chef de commandos?/
Unbrouillard miraculeux/LesJuifs et lesÉgyptiens : unecontro-
verse cosmique/Et la merrentra dans son lit.
2. Bonjour Canaan 237
Sécheresse et fertilité en Canaan : des cycles de sept ans/El, le
dieuvenudeCanaan/Les mêmeshérospourlaBiblecananéenne
etla Biblehébraïque/Influenceségyptiennes/Unemoralecommu-
ne/Le Baal cananéen assimilé au Seth égyptien/Les Hébreux
sont-ils desHittites?/Où l'on retrouveNéfertiti.

ÉPILOGUE
LE SOLEIL D'AKHENATON
Retrouver ce titre sur [Link]
Retrouver ce titre sur [Link]

PROLOGUE

Ce fut un des plus grands étonnements de l'archéologie


moderne quand, à la fin du siècle, on découvrit l'existence
d'un pharaon inconnu nommé Akhenaton ou Aménophis IV
et qui, il y a trois mille cinq cents ans, avait été le fondateur
d'une religion monothéiste. D'une capitale créée de toutes
pièces et exhumée à Tell el-Amarna, ce pharaon pendant
treize ans avait essayé de convertir son peuple d'Égypte, dont
les traditions polythéistes étaient alors millénaires.
L'étrange, dans l'affaire, c'est qu'ensuite on n'entend plus
jamais parler de cet événement et que le nom du dieu unique
d'Aménophis IV, Aton, qui devait remplacer tous les autres
dieux, ne sera plus jamais prononcé.
On a d'abord pensé qu'il s'agissait d'un phénomène aber-
rant, dont on ne comprenait pas très bien les causes, mais
surtout dont on refusait de voir les conséquences.
Les conséquences... Il a bien fallu s'avouer, peu à peu, qu'à
peu près au moment où ce pharaon mystique lançait sa
révolution religieuse, vouée à l'échec et à l'oubli, naissait non
loin de là une autre révolution religieuse, elle aussi
monothéiste : celle de Moïse, le fondateur du judaïsme.
Alors? Est-ce simple coïncidence fortuite ? Ou y a-t-il un
rapport entre ces deux événements? Longtemps des résistan-
Retrouver ce titre sur [Link]

ces très fortes se sont manifestées devant l'hypothèse qui ferait


de Moïse, undesgrands maîtres spirituels dumonde, le simple
disciple de ce pharaon dont personne jusque-là n'avait
entendu parler. Mais cette recherche, pour sacrilège qu'elle
puisse apparaître, constitue la plus fascinante des enquêtes
Retrouver ce titre sur [Link]

AKHENATON
« Le beau prince, l'élu du soleil, roi de Haute et
de Basse-Égypte, vivant dans l'harmonie univer-
selle, seigneur du Double Pays, bel enfant du vivant
Aton dont le nom demeurera à jamais... jusqu'au
moment où le cygne deviendra noir et le corbeau
blanc, jusqu'à ce que les montagnes se dressent
pour se mettre en mouvement et que les abîmes se
précipitent dans les rivières. »
Inscription à Tell el-Amarna.
Retrouver ce titre sur [Link]
Retrouver ce titre sur [Link]

Première partie
LA RÉSURRECTION D'AMARNA

« An IV, quatrième mois de la deuxième saison,


treizième jour... En ce jour le roi fut dans laCité de
l'Horizon d'Aton. Sa Majesté monta sur un grand
chariot d'électrum semblable à Aton lorsqu'il se
lève à son horizon oriental et remplit le pays de son
amour; il entreprit une heureuse course de son
campement à la Cité de l'Horizon. »
Première inscription inaugurale
de Tell el-Amarna.
Retrouver ce titre sur [Link]
Retrouver ce titre sur [Link]

LE RÊVE MYSTIQUE D'UN ENFANT-ROI

« Aussi vrai que mon père Rê-Hor-akhti Aton


est vivant, le grand et vivant Aton, qui institue la
vie, mon père, mon rempart d'un million de cou-
dées, lui qui me rappelle l'éternité, mon témoin de
ce qui appartient à l'éternité, qui se forme de ses
propres mains, qui n'a pas connu de créateur, qui
est établi en se levant et en se couchant chaque jour
sans arrêt. Qu'il soit au ciel ou sur terre, chaque œil
sans (exception) le voit, alors qu'il remplit le pays
de ses rayons et fait que toute face vive. Que mes
yeux soient satisfaits chaque jour en le voyant,
lorsqu'il se lève en ce temple d'Aton dans la Cité de
l'Horizon et le remplit de lui-même, resplendissant
d'amour, par ses rayons et les répand sur moienvie
quotidiennement, à jamais. »
AKHENATON.

18 janvier 1360 avant J.-C., en Égypte. Poussée par un vent


doux et tiède, la dahabieh (bateau plat à voile carrée) du
pharaon vogue tranquille, portée par le paresseux courant du
Nil. Les rivages désertiques sont parsemés ici et là de jujubiers
lourds de leurs fruits sucrés, d'acacias aux feuilles vert acide,
de palmiers frissonnants...
Retrouver ce titre sur [Link]

Unenfant-pharaon, grand-prêtre
de la « Chaleur qui est dans Aton »
Le pharaon est un tout jeune hommemaladif, âgéde seize ans
à peine, aux longues paupières tristes, au corps difforme et
faible, à la démarche souffreteuse. Mais son regard souvent
voilé brille avec une étrange intensité. De temps en temps ses
yeux se posent avec fixité sur l'horizon lointain du plat pays
d'Égypte. Il a souvent, depuis sa plus petite enfance, descrises
d'absence qui le saisissent ainsi soudain : car il est épileptique.
Il est pharaon depuis quatre ans déjà. Adouze ans, en 1364
avant J.-C., l'enfant frêle et souffreteux est devenu «Taureau
puissant, Couronné de hautes plumes, Favori des déesses,
Grand roi dans Karnak, Faucon d'or, Porteur de diadèmes à
Héliopolis, Roi de Haute et Basse-Égypte, Manifestation de
Rê, l'Unique de Rê, Fils du Soleil, Paix d'Amon, Chef divin
de Thèbes, Éternel, Aimé d'Amon-Re, Souverain du Ciel ».
Ce sont là les titres habituels des pharaons depuis longtemps.
Mais il porte encore un autre titre dont personne ne sait
exactement ce qu'il veut dire : « Grand-prêtre de Rê-Hor-
akhti se réjouissant à l'horizon sous le nom de Chaleur qui
est dans Aton ». Aton, c'est le globe solaire matériel, celui qui
dispense les rayons chauds et fécondants, un objet jusque-là
considéré seulement comme un des symbolesdutout-puissant
dieu Rê... Depuis quatre ans, on attend que l'enfant-pharaon
s'explique.
Et c'est ce jour du 18janvier 1360que le souverain adécidé
de s'expliquer. Sur la barque qui l'emmène au lieu choisi pour
servir de cadre à l'événement, il se repose et se concentre,
allongé à l'ombre d'une tente multicolore et vêtu d'un pagne
léger. A côté, une toute petite fille babille avec insouciance.
1. Lesoleil levant.
Retrouver ce titre sur [Link]

La plus belle et la plus petite reine du monde


Et près du pharaon, assise parmi des coussins, plus que nue
dans une tunique plissée transparente, picorant avec gour-
mandise l'aliment dont elle raffole, le poulet rôti, se trouve la
plus merveilleuse reine dont on puisse rêver : minuscule (un
mètre quarante), fine, souple et dorée, elle porte, sur un cou
long et flexible de cygne, un visage parfait. L'ovale impecca-
ble du menton frémit à chaque mouvement d'une bouche
sensuelle et pure comme une fleur de lotus. Les narines
palpitent. Les joues sont lisses comme de l'albâtre poli. Et les
yeux... immenses, profonds, allongés encore vers les tempes
par un maquillage savant... Le front doucement arrondi se
prolonge par une coiffure spectaculaire, très haute, en cuir
bleu enrichi d'or, sous laquelle ploie parfois la nuque si
tendre...
La dahabieh royale est partie de Thèbes, l'actuelle capitale
égyptienne, et descend vers le centre même du pays, en un
lieu qui se trouve à égale distance de Thèbes, au sud, et de
Memphis au nord, l'ancienne capitale (à peu près à l'emplace-
ment actuel du Caire).

Dès qu'apparaît la voile du bateau du pharaon


Là, au bord du Nil, mais en plein désert, règne en ce jour si
ancien une animation extraordinaire. Dans le vaste demi-
cercle de plusieurs kilomètres formé par les blanches et lisses
falaises de ce qui s'appelle maintenant la chaîne Arabique,
fonctionnaires, prêtres et esclaves, amenés là par de nom-
breux précédents convois de bateaux, s'agitent avec fébrilité.
On dresse des autels, on allume les feux sacrificiels, et on
débite d'énormes quantités de nourriture : des cuisses de
bœufs, des veaux entiers, des volailles, des fruits, du pain, de
la bière...
Retrouver ce titre sur [Link]

Dès qu'apparaît la voile du bateau du pharaon s'élèvent les


volutes parfumées de l'encens et de maintes herbes aromati-
ques. Sous les applaudissements de la foule, le pharaon, la
reine-enfant et la petite princesse mettent pied à terre et
montent sur un char, le plus beau qu'on ait jamais vu : il est en
bois précieux recouvert d'électrum, cet alliage naturel d'or et
d'argent que les orfèvres égyptiens savent si bien travailler.
Maintenu par un serviteur, le cheval attelé au charpiaffe avec
impatience. La petite souveraine saisit les rênes et de son
autre bras entoure la taille du pharaon d'un geste à la fois
tendre et protecteur. La petite princesse est blottie aux pieds
de sa mère.

Saluons Néfertiti, la Grande Épouse royale


du roi qui l'aime
Précédé par de joyeux tambourinaires, le char royal passe
lentement au milieu d'une interminable haie d'honneur for-
mée par les grands du royaume, les fonctionnaires, les
courtisans, les militaires. Enfin voici le char royal aucentre de
la plaine désertique, brûlée par un soleil ardent. D'une main
nerveuse et sûre, la reine arrête son cheval. Et le maître des
cérémonies s'avance, tend la main vers la jeune femme et
l'aide à descendre en proclamant d'une voix aiguë et psalmo-
diante :
—Voici la Grande Princesse héritière du palais, la belle et
splendide à la couronne de plumes. Qu'elle est grande par sa
gaieté et sa bienveillance !Onexulte dès qu'on entend savoix.
Ôdame pleine de grâce et de popularité qui réjouit le cœurdu
Maître des DeuxPays !Elle est l'aimée d'Aton. Onfait tout ce
qu'elle dit. Saluons la Grande Épouse royale duroi qui l'aime,
la souveraine des Deux Pays, Néfer-Néferou-Aton-Néfertiti.
Qu'elle vive éternellement !
Et la foule assemblée répète :
— Qu'elle vive éternellement !
Néfertiti, car c'est elle —elle dont le nomsignifie « Labelle
Retrouver ce titre sur [Link]

est venue »—descend du char, suivie du pharaon. Le maître


des cérémonies lance sa deuxième proclamation :
—Le roi de Haute et Basse-Égypte, qui vit de la Vérité, le
Maître des Deux Pays, Néfer-Chépérou-Rê, l'Unique de Rê,
le fils de Rê, qui vit de la Vérité, Maître des couronnes,
Akhenaton le Grand. Qu'il vive éternellement !
Et la foule reprend en choeur :
— Qu'il vive éternellement !
« Le ciel était dans l'allégresse, dit l'inscription qui relate
ces événements, la terre dans la joie et tout cœur fut heureux
quand on le vit. »
Néfertiti et Akhenaton se dirigent vers un double trône
dressé devant les autels, pendant qu'un serviteur fait descen-
dre du char la petite princesse.
—Que les serviteurs du roi, ordonne Akhenaton, les
grands du palais, les chefs de l'armée nationale, approchent !
Ils se jettent à genoux devant le pharaon, le nez dans la
poussière.

«Mon père Aton m'a ordonné de construire une ville »


Alors, du corps contrefait du jeune pharaon, s'élève une voix
saccadée, efféminée, mais vibrante de conviction :
—Aton, mon père, m'a ordonné de construire ici pour lui
une nouvelle ville qui commémorera son nom de siècle en
siècle. Ce sera Akhetaton, la Cité de l'Horizon d'Aton.
Le pharaon, qui s'appelait d'abord Paixd'Amon (Amenho-
tep ou Aménophis) et qui se nomme maintenant Celui-qui-
plaît-à-Aton, Akhenaton, fait se relever la foule toujours
aplatie devant lui et —initiative inouïe —lui fait signe de
s'incliner non devant lui mais devant le soleil.
Un récitant déplie un papyrus et au rythme lancinant des
tambourins assourdis et des fifres aigus, lit un hymne à la
louange du pharaon, mais comme si celui-ci était le soleil
même :
«Tous les pays étrangers, du Sud là-bas et du Nord
Retrouver ce titre sur [Link]

lointain, apportent leurs offrandes sur leur dos pour celui qui
leur a donné la vie, pourcelui dont lesrayons dispensent la vie
et dont on respire le souffle... »

« Aussi vrai que mon père Rê-Hor-akhti existe


et qu'il est Aton... »
Et voici le grand moment, celui du discours officiel du
pharaon :
— Aussi vrai que monpère Rê-Hor-akhti existe et qu'il est
Aton, je vais construire Akhetaton pour Aton, monpère, ici
même et non pas au sud ou au nord, à l'ouest ou à l'est. Je ne
déplacerai pas la stèle du sud d'Akhetaton vers le sud. Je ne
déplacerai pas la stèle du nord vers le nord. Je n'irai pas non
plus à l'ouest. Mais je construirai Akhetaton pour Aton, mon
père, à la place qu'il a marquée lui-même parmi ces montagnes.
Un long frémissement parcourt les nuques humblement
courbées à ces paroles inouïes : en quelques phrases le jeune
pharaon à la voix d'eunuque semble récuser le millénaire
passé historique et religieux de l'Égypte.
Rê, c'est le dieu-soleil dont les pharaons sont déclarés les
fils depuis le règne lointain de Chephren, mille cinq cents ans
auparavant : mais qui a jamais entendu parler d'Aton, dont le
jeune souverain prétend que c'est le vrai nom du dieu ?
Et quand il récuse le « nord », le « sud »et « l'ouest », ce
n'est pas à de simples points cardinaux qu'il fait allusion : le
nord, c'est Memphis, l'antique métropole de la Basse-Égypte
dans le delta, qui adore Apis, un dieu-taureau préhistorique,
et où ont été construites jadis les pyramides, témoins d'un
passé grandiose et légendaire. Le sud, c'est Thèbes, où vient
de naître la nouvelle civilisation égyptienne, sous l'impulsion
du dieu-bélier Amon, servi par un clergé puissant, sévère et
intolérant. L'ouest, juste de l'autre côté du Nil en face
d'Akhetaton, c'est la ville sacrée d'un des dieux égyptiens les
plus mystérieux, Thot, père de l'écriture, de l'alchimie et
d'une mystique secrète :
Retrouver ce titre sur [Link]

leséngimesdelu' nivers
Moïse, fondateur de la première religion monothéiste ? Non. Car
avant lui il y eut la grande aventure spirituelle du pharaon
Akhenaton, en avance sur tous les hommes de son temps, qui
tenta d'imposer un seul et unique dieu, Aton.
N'est-ce vraiment qu'un hasard si le nom que Moïse donne à son
dieu, Adonaï, ressemble si fort à ce nom d'Aton ? Le prophète de
l'Ancien Testament, qui vécut si longtemps sur les bords du Nil,
était-il vraiment juif ? Beaucoup d'indices, semés çà et là dans
la Bible, font penser que Moïse était peut-être un Egyptien,
adepte de la religion atonienne, et qui, après son échec, dut fuir
en traversant miraculeusement la mer Rouge vers la Terre
promise inaccessible.
Tout cela se passait il y a trente-cinq siècles. Alors vivait Néfertiti,
dont le nom signifie “ la belle est venue". Elle était l'épouse
d'Akhenaton, et qui sait si cette princesse égyptienne ne fut pas
celle qui recueillit l'enfant Moïse perdu sur les eaux ? Avec
elle et son idéaliste époux, il faut se promener à travers la ville
de rêve qu'ils construisirent pour honorer leur dieu d'amour,
la "Cité de l'Horizon d'Aton", aujourd'hui Tell el-Amarna. De
passionnantes découvertes archéologiques y ont été faites dans
des conditions souvent fort
romanesques, dignes des
personnages qui yvécurent
en ces temps très anciens
et qui pourtant nous parais-
sent si étonnamment pro-
ches.

Akhenaton et Néfertiti
faisant des offrandes
au dieu Aton. (Photo Assia)
Participant d’une démarche de transmission de fictions ou de savoirs rendus difficiles d’accès
par le temps, cette édition numérique redonne vie à une œuvre existant jusqu’alors uniquement
sur un support imprimé, conformément à la loi n° 2012-287 du 1er mars 2012
relative à l’exploitation des Livres Indisponibles du XXe siècle.

Cette édition numérique a été réalisée à partir d’un support physique parfois ancien conservé au
sein des collections de la Bibliothèque nationale de France, notamment au titre du dépôt légal.
Elle peut donc reproduire, au-delà du texte lui-même, des éléments propres à l’exemplaire
qui a servi à la numérisation.

Cette édition numérique a été fabriquée par la société FeniXX au format PDF.

La couverture reproduit celle du livre original conservé au sein des collections


de la Bibliothèque nationale de France, notamment au titre du dépôt légal.

*
La société FeniXX diffuse cette édition numérique en accord avec l’éditeur du livre original,
qui dispose d’une licence exclusive confiée par la Sofia
‒ Société Française des Intérêts des Auteurs de l’Écrit ‒
dans le cadre de la loi n° 2012-287 du 1er mars 2012.

Vous aimerez peut-être aussi