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PDF Polir Son Roman - LEcrivain Alchimiste

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Tout le monde peut

devenir écrivain

© 2017 Textes et personnages : Ghaan, l’Écrivain Alchimiste


© Compléments et relecture : Maxime Duranté, l’Attelage
© Illustrations des personnages : Yvan Postel
© Dessin vectoriel : OpenClipart-Vectors / Pixabay
[Link]
Dépôt légal : Mai 2017
ISBN-13 : 978-1546683612
ISBN-10 : 1546683615
L’Écrivain Alchimiste

Hello amis écrivains !

Je me présente, je suis Ghaan, une auteure alchimiste qui vous aide à


transformer vos histoires en or. Car je pense que l’écriture n’est pas un
don du ciel, ni même une science à appliquer comme une équation. C’est
un Art Alchimique, un savant mélange de créativité, de méthodes et de
confiance en soi.

Je crois que tout le monde peut devenir écrivain ! Pour certains, arriver à
retranscrire leurs histoires et à trouver leur public sera simple et rapide.
Pour d’autres, ce sera long et parfois difficile, mais « petit à petit, l’oiseau
fait son nid », et « ce qui importe n’est pas où on va mais le chemin que
l’on emprunte ». La seule chose qui compte est que l’écriture soit
toujours un plaisir, même lorsqu’on se plonge dans les formules
alchimiques.

Alors, polissons-le dans la bonne humeur, ce diamant ! ^-^


« À peine a-t-on publié un livre, on
n’a qu’un souci : l’effacer, le faire
oublier par le suivant. »
Jean Rostand
Avant-propos
Vous savez sans doute que les éditeurs sont implacables et qu’ils écartent
les manuscrits d’un seul coup d’œil ? Que la concurrence dans les
concours est rude et parfois arbitraire ? Que les algorithmes de
classement d’Amazon ne pardonnent rien ? On se retrouve devant son
roman avec, dans notre dos, la dure réalité du monde. On se glace. Alors
le manuscrit reste dans le tiroir à prendre la poussière. Assez de
procrastination ! Il faut « torcher » et passer à la suite (je suis poète
aussi). Tout Art demande des centaines, des milliers d’heures de travail.
Et surtout, il demande de finir son projet et de passer au suivant avec un
œil neuf. Donc, finissez.

Ce petit guide n’a pas pour but de vous garantir le roman parfait, qui sera
à coup sûr publié par Gallimard. Ce livret a pour but de vous montrer
quelques points à vérifier afin de vous libérer du doute. Vous verrez
comment peaufiner votre histoire pour lui donner tout son brillant. Bref :
en faire un diamant. Si vous démarrez tout juste dans l’écriture, ces
conseils vous seront précieux aussi.

Avant toute chose, je commencerai par vous expliquer pourquoi je crois


que TOUT LE MONDE PEUT DEVENIR ÉCRIVAIN. Puis, nous aborderons les
différentes étapes de la taille du diamant – identifier le thème de votre
histoire – avant de traquer ce qui peut faire décrocher le lecteur – style
et incohérences. En pratique, nous allons affronter trois dragons, suivre
Muse la fée, travailler avec Casse-Petons le lutin-démon et voyager avec
Alice. Enfin, nous combattrons notre éternel ennemi : Cthulhu. Sortez les
maillets et les épées ; on va le tailler, ce diamant ! Bonne lecture ! ^-^
Table des matières
L’Écrivain Alchimiste ................................................................................. 3
Avant-propos............................................................................................. 5
Chapitre 1 : le chercheur de diamant ....................................................... 9
Et ses ennemis mortels ! Les trois dragons du « A »................................. 9
Premier dragon : A comme Abandon ................................................. 11
Deuxième dragon : A comme Analyse ................................................ 14
Troisième dragon : A comme Arrogance ............................................ 17
C comme Conclusion : le travail encore .............................................. 21
Chapitre 2 : le diamant brut .................................................................... 22
Comment mettre au jour les pépites de Muse ....................................... 22
Le but : faites connaissance avec votre histoire ................................. 24
1er indice : l’image originelle ............................................................... 27
2e indice : identifiez la prémisse ......................................................... 27
3e indice : pourquoi vous vous en souciez ? ....................................... 28
4e indice : partez de l’universel ........................................................... 29
5e indice : revenez sur votre héros...................................................... 33
C comme Conclusion : votre histoire est unique ................................ 37
Chapitre 3 : la taille en croix ................................................................... 39
Comment trancher dans le vif avec Casse-Petons ! ................................ 39
Le but : épurer l’intrigue pour la pimenter ......................................... 41
1ère taille : ce qui illustre le thème universel ....................................... 42
2e taille : ce qui illustre la progression du héros ................................. 43
3e taille : ceux qui résonnent avec le héros ........................................ 46
4e taille : ce qui sonne creux ............................................................... 50
5e taille : ce qui vaut de l’or mais n’a pas sa place ici ......................... 54
Garde-fou : écouter la petite voix ....................................................... 55
Facultatif : le séquencier ..................................................................... 56
C comme Conclusion : n’en faites pas trop......................................... 59
Chapitre 4 : le brillantage ........................................................................ 60
Comment ne pas réveiller l’esprit critique du lecteur ? ......................... 60
Le but : endormir Alice pour trucider Cthulhu .................................... 62
1er polish : lisser le premier chapitre ................................................... 63
2e polish : lisser la cohérence .............................................................. 68
3e polish : lisser le flot ......................................................................... 69
4e polish : lisser les choix ..................................................................... 70
C comme Conclusion : vos bêtas-lecteurs sont vos Cthulhus ............. 75
Chapitre 5 : l’écrin de velours ................................................................. 76
Comment utiliser les mots pour immerger Alice dans l’histoire ?.......... 76
Le but : ne pas surchauffer l’ordinateur ............................................. 77
Reflexe 1 : surveiller la taille des phrases ........................................... 80
Réflexe 2 : surveiller l’ordre des mots ................................................ 81
Réflexe 3 : nourrir le petit poussin ...................................................... 82
Reflexe 4 : se demander « qui parle ? » .............................................. 83
Reflexe 5 : se demander « qui fait quoi ? »......................................... 85
Réflexe 6 : appeler un chat, un chat ................................................... 86
Réflexe 7 : un dernier coup de truelle ................................................ 89
Ultime habitude : laisser s’envoler l’oiseau ........................................ 92
C comme Conclusion : le feuillet du fou et le stylo du sage ............... 97
La conclusion des conclusions : ne restez pas seul ! ............................... 98
Le mot de la fin pour aller plus loin ........................................................ 99
Remerciement :..................................................................................... 101
Chapitre 1 : le chercheur de
diamant

Et ses ennemis mortels ! Les trois


dragons du « A »
« Tout ce que tu feras sera dérisoire,
mais il est essentiel que tu le
fasses. »
Gandhi
Premier dragon : A comme Abandon

Avant de tailler la pierre, il est nécessaire de préparer un peu le


chercheur de diamant : VOUS. Car, dans votre épopée, vous allez devoir
combattre trois dragons. Le premier est très dangereux en phase de
correction. En effet, se laisser porter par l’écriture est la part la plus
facile. La correction, elle, peut nous changer en pierre et nous pousser à
abandonner. Il faut donc posséder un bouclier ultra-puissant. Cette
défense magique tient en une phrase :

TOUT LE MONDE PEUT DEVENIR ÉCRIVAIN

Dites-le : « je suis un écrivain ». Je ne rigole pas. Même si vous êtes dans


le métro, dites-le ! C’est un hackage de cerveau. Pour se convaincre, il
faut simplement se répéter la même chose jour après jour comme une
formule magique. Alors, répétez-vous des choses positives et ne laissez
pas le doute vous envahir – jamais. Sinon, le dragon Abandon surgit !

Et ne commencez pas à tergiverser : vous êtes déjà un écrivain de toute


façon. Qu’importe ce que notre société élitiste peut en dire, qu’importe
le nombre de vos ventes ou les lettres de refus des éditeurs et
qu’importe ce qu’en pense Tata Paulette ; vous êtes écrivain. Que
pourriez-vous être d’autre ? Est-ce votre travail alimentaire qui vous
définit ? Votre statut marital ? L’état de vos comptes bancaires ? Non, ce
qui vous définit, c’est ce qui brûle en vous. Alors, si l’écriture brûle en
vous, vous êtes écrivain. Si vous êtes écrivain, vous devez écrire. Donc,
vous ne devez jamais abandonner l’écriture, même en phase de
correction.
CQFD (Ce Qu’il Fallait Démontrer)
« Je ne me souviens pas d’avoir
jamais été fatigué par le travail. En
revanche l’oisiveté m’épuise
complètement. »
Sherlock Holmes, Le Signe des
quatre, par Arthur Conan Doyle
Deuxième dragon : A comme Analyse

L’écriture n’est pas une passion chez moi. Ce n’est pas une belle étincelle
qui illumine ma vie, c’est une névrose qui me consume, qui altère tout ce
que je vis, qui brouille mon regard et mes émotions. Et pourtant, j’ai failli
abandonner pendant des années. Dès que je me lançais dans un projet, je
l’interrompais. Et je désespérais un peu plus. Tout cela à cause d’un petit
dragon niché sur mon épaule : le doute. Vous savez ce qui fait naître le
doute ? Les critiques ? Peut-être ; j’en ai pris des violentes dans ma
jeunesse. Mais il y a un ennemi pire encore : les méthodes d’écriture, car
elles nourrissent le dragon Analyse, qui finit par peser sur votre épaule et
vous rendre fou de son blabla.

À trop analyser, on finit par douter. Heureux soient les bienheureux qui
n’ont pas besoin d’apprendre à écrire et qui sont nés avec ce talent. Mais
pour tous les autres, il n’y a pas le choix, nous devons apprendre.
Pourtant, les méthodes nous font douter ! Alors, apprendre, oui, mais
avec circonspection.

Ici et ailleurs, j’aborde des méthodes pratiques. En aucun cas il ne s’agit


de recettes miracles à appliquer à la lettre. Il s’agit d’exercices pour
mieux comprendre les principes alchimiques, d’une part, mais aussi pour
déterminer si les méthodes nous conviennent, d’autre part. Alors, testez
et vous verrez bien si cela vous convient ! Rien de plus.

Ce que vous pourrez lire ici ou ailleurs n’a valeur d’absolu. Fuyez ceux qui
vous promettent l’absolu. La rigueur et les certitudes ne feront que vous
étouffer sous le poids du dragon de l’analyse. N’oubliez jamais que Muse
est un enfant de verre ; il faut la protéger et la nourrir pour l’aider à
grandir. Alors, ne nourrissez pas trop le dragon.
« Dans une hiérarchie, chaque
employé tend à s’élever jusqu’à son
niveau d’incompétence. Le travail est
réalisé par ceux qui n’ont pas encore
atteint leur niveau
d’incompétence. »
Edmond Wells dans L’Encyclopédie
du Savoir Relatif et Absolu, par
Bernard Werber ;)
« Si à un moment on a la prétention de
penser qu’on est les meilleurs, c’est
l’assurance de devenir moins bon parce
que la compétition et l’évolution sur
cette planète [sont] absolument
fantastiques.
Je pense qu’il faut rester modeste et
continuer à travailler tous les jours,
rester curieux, les yeux ouverts sur le
monde pour continuer à progresser. »
Alain Ducasse dans Contact,
l’encyclopédie de la création
Troisième dragon : A comme Arrogance

Pourquoi je vous attaque ainsi ? Pour vous rassurer. Il est possible que
vous doutiez de la qualité de vos écrits ? Parfait, c’est que vous avez l’état
d’esprit pour bien écrire. Non, je ne me contredis pas. Bien sûr, il ne faut
pas douter du fond : « Vous êtes écrivain et vous avez le pouvoir d’écrire
des histoires que d’autres ont besoin de lire. » Mais un peu de doute sur la
forme est sain. À partir du moment où on se croit vraiment bon, on ne
doute plus et on stagne. Sauf que l’univers n’aime pas la stagnation.
Toute stagnation est en fait une lente régression. Le troisième dragon,
Arrogance, se fait dorer au bord de la piscine en vous invitant à le
rejoindre. Ne cédez pas à la tentation !

Continuez à apprendre et à travailler quoi qu’il advienne. Même si


demain, vous nous pondez un best-seller Amazon, même si les
animateurs télé vous déroulent le tapis rouge, et même si vous
décrochez un Goncourt. N’abandonnez jamais mais ne vous reposez
jamais sur vos lauriers non plus.

Travaillez ! Continuez à lutter comme aux premiers jours.


« Rome ne s’est pas faite en un jour. »
Proverbe gaulois
Arrogance, le retour !

Et à l’inverse, ne désespérez pas si votre premier roman n’est pas salué


par la critique et si votre nouvelle ne gagne pas un concours.

Stephen King avait un clou planté au-dessus de son lit, sur lequel il
embrochait ses lettres de refus. Il fut vite plein. C’est de l’arrogance de
considérer que ce que nous ferons sera parfait du premier coup. De
l’arrogance de croire que le monde n’attendait que nous sur Amazon,
alors que des dizaines de livres sortent tous les jours. Créer un bon livre,
une bonne nouvelle, cela prend du temps, des essais, des échecs. Et
parfois, même si le produit est bon, il faut du temps pour trouver les gens
qui l’aimeront vraiment.

Iriez-vous dire d’un enfant qui apprend à marcher qu’il ne sera jamais un
bipède parce qu’il n’arrête pas de tomber ? Non. Alors, ne pleurez pas si
votre roman fait un bide. Relevez-vous. Retroussez vos manches et
recommencez, encore et encore.
« Félicitation, vous avez franchi un
niveau ! »
Voix off dans Le donjon de
Naheulbeuk
C comme Conclusion : le travail encore

Nous avons maintenant la triade des trois « A » : les dragons qui peuvent
A A A A
tuer l’ rt sont l’ bandon et l’ nalyse, mais aussi l’ rrogance.

Continuez à travailler, même si vous êtes frustré parce que d’autres


semblent rencontrer le succès plus vite que vous. Ne vous comparez pas
aux autres. Le succès dépend aussi de facteurs externes comme la
chance, le genre et la mode, ainsi que le marketing. Mais surtout, on
n’évolue pas à la même vitesse. Tout le monde trouve normal que deux
petits enfants n’apprennent pas à marcher ou à parler à l’exact même
moment. Laissez-vous le temps de grandir à votre rythme. L’important
est que, toujours, vous continuiez à écrire.

Donc, continuez à travailler même si vous avez la sensation de ne plus


progresser. Stagner signifie parfois qu’un changement se prépare, et il
vous prendra par surprise. On franchit des niveaux comme on éclate les
murs qui nous enferment. Ce n’est qu’une fois les blocages tombés qu’on
comprend qu’ils existaient.

Voilà, je m’arrête là pour le hackage de cerveau et la partie auto-


motivation. Je reviens sur ces concepts dans la rubrique « Muse » du
site :

 [Link]
Chapitre 2 : le diamant brut

Comment mettre au jour les


pépites de Muse
Toutes les histoires méritent d’être
écrites
Le but : faites connaissance avec votre histoire

Votre histoire est un ensemble d’idées et de fantasmes, qui forment un


bloc parfois un peu flou. L’ensemble peut vous sembler terne. C’est peut-
être que vous n’avez pas mis au jour l’essence de votre histoire pour la
magnifier. Si vous la trouvez, tous les événements seront alors porteurs
de sens et retiendront l’intérêt du lecteur. La première étape est donc de
faire connaissance avec votre histoire, car elle renferme des pépites.

Note : le mieux est de laisser passer un peu de temps avant de corriger


son premier jet. Et même, lancez-vous dans une autre histoire – une
nouvelle –, cela vous permettra de vous détacher émotionnellement de
la première. Le plus dur n’est pas de savoir ce qu’il faut faire, mais de se
résoudre à le faire. C’est ce que Stephen King appelle « tuer ses chéries ».

Le principe alchimique
Les histoires sont des métaphores de la vie. Au-delà de l’évasion que
procure la lecture, nous cherchons à naviguer dans un monde complexe,
à comprendre comment il faut se comporter en cas de crise, ce qui est
bon ou mal. Lisa Cron a théorisé cela dans ses méthodes d’écriture. Je
m’en inspire en partie pour vous aider à identifier votre thème universel.

Il va falloir creuser profond ! En votre histoire mais aussi en vous.


Imaginez que votre cerveau et votre roman sont des grottes sombres, et
qu’une petite fée lumineuse vous guide en virevoltant. Cette fée, c’est
Muse. Il est très difficile de comprendre où elle veut en venir. Mais
sachez qu’elle a pondu des diamants sur son chemin. Vous allez devoir
guetter leur éclat. Au début, vous ne verrez qu’une étincelle fugace ; il
faudra s’approcher, insister pour enfin mettre la main sur le diamant.
« Essayer de mettre en avant un
thème est important, mais tu ne
verras pas sur quoi porte
véritablement l’histoire avant d’en
être à la fin. Maintenant, réécris. »

Studios Pixar
La recette alchimique
Si vous avez fini votre histoire, il est possible que vous ayez une bonne
idée de son thème universel. Mais il est aussi possible que vous ayez
plusieurs thèmes en tête et que tout soit un peu embrouillé. Demon
Heart, ma bête noire, est typiquement une histoire avec plusieurs thèmes
et qui fait plus de 100 000 mots. J’ai donc décidé de la simplifier, mais j’ai
eu des soucis pour identifier le thème véritable de l’histoire. La recette
alchimique ci-dessous m’a aidée.

Note : à la base, Lisa Cron a conçu cette méthode pour vous aider à créer
une histoire de toutes pièces. Donc, si vous lisez ce livre alors que votre
roman est encore en projet, cela vous sera très utile ! ;)

1er indice : l’image originelle

Maintenant que votre histoire a reposé comme de la pâte à crêpe, nous


allons chercher l’indice qui nous guidera vers le diamant. La première
étape est de vous souvenir de comment vous est venue cette histoire, la
première idée. Ce sera une étincelle fugace aperçue dans le noir pendant
que Muse parcourt la grotte : une image, une sensation, une émotion.

Exemple Fil rouge ! Par exemple, dans Demon Heart, mon roman en
phase de correction, j’étais hantée par une scène d’un film d’horreur où
l’enfant est avalé par un placard.

À vos plumes ! Quelle image, quel film, quelle idée vous a inspiré en tout
premier ? Remontez aux sources !

2e indice : identifiez la prémisse

Saisissons maintenant cette image au vol et dirigeons nous vers elle


pendant que Muse nous tourne autour. Quelle est la graine de l’histoire,
son prémisse. La prémisse d’une histoire peut être identifiée avec quatre
petites lettres :

« Et si… »

C’est la question de départ, le germe de l’histoire qui vous a porté pour


l’écriture. Le « et si » part d’une idée originale, quelque chose qui n’est
pas une histoire, mais mille histoires. Avec un « et si », on peut tout
construire. On peut même mettre Paris en bouteille !

Exemple Fil rouge ! Avec Demon Heart, je suis partie de l’image du garçon
avalé par le placard. Il fallait bien aller le chercher en enfer ! J’ai alors
repensé à L’enfer de Dante, Orphée et Castlevania. Mais ras-le bol des
hommes qui cherchent leur dulcinée. J’ai donc choisi une jeune fille,
forcément. La prémisse est : « et si une jeune fille allait chercher son petit
frère en enfer… »

À vos plumes ! Identifiez votre « et si ». Qu’est-ce qui met tout en branle,


dans votre histoire ? Qu’est-ce qui chamboule le quotidien ? Trouvez le
grain de folie qui perturbe votre univers et le met en marche.

3e indice : pourquoi vous vous en souciez ?

Bon, tient-on notre thème avec un « et si » ? Clairement, non. À partir de


là, en écrivant notre roman, on a pu se mettre à divaguer, à sauter
d’idées en idées comme l’elfe Legolas saute de tonneaux en tonneaux sur
la rivière ou comme Muse virevolte en pondant des diamants partout
dans la grotte.
C’est pourquoi, la prochaine étape selon Lisa Cron, est d’identifier ce qui
nous touche dans cette histoire.

Exemple Fil rouge ! Sur Demon Heart, et vous l’avez peut-être déjà senti,
ce qui me porte, c’est la place de la femme dans un monde d’hommes.
J’ai fini par comprendre que, ce qui importait, c’était de montrer une fille
qui veut se comporter comme un homme, une fille qui se pense capable
de démolir des racailles au lycée comme elle se pense capable de démolir
des démons.

À vos plumes ! Une petite phase d’écriture automatique s’impose. Isolez-


vous, fermez les yeux et essayez de ressentir les émotions qui vous
portaient vers/dans cette histoire. À quoi cette histoire fait-elle écho en
vous ? Qu’avez-vous d’important à dire ? Que ressentez-vous en y
pensant ? Puis écrivez : « Pourquoi je me soucie de cette histoire ? »

En dessous de votre réponse, écrivez : « Pourquoi ? » Et répondez. Faites-


le jusqu’à cinq fois. À ce stade, vous comprendrez pourquoi vous vous en
souciez. C’est le pouvoir du pourquoi. La technique de l’enfant de cinq
ans qui vous rend fou.

4e indice : partez de l’universel

Maintenant que vous savez pourquoi vous vous en souciez et que Muse
s’est rapprochée, curieuse comme une pie, passons à la suite. Demandez-
vous ce que vous voulez que votre lecteur gagne dans cette histoire. Quel
savoir universel va-t-il en retirer ? On n’est pas là pour enfiler des perles !
Le lecteur pénètre un univers, un autre corps, une métaphore de la vie,
pour mieux comprendre cette dernière. Nous recherchons donc un
thème universel. Que signifie « universel » ? Parmi les définitions du
Larousse, trois m’interpellent :

 Qui s’étend sur toute la surface de la terre


 Qui embrasse la totalité des êtres et des choses
 Qui s’applique à tous les cas

C’est donc un thème qui reste vrai dans le temps, dans l’espace et dans
les cultures.
Je vais changer d’exemple. Sur une de mes nouvelles de SF, je parle de la
conquête martienne. Je me suis inspirée de l’histoire de mon père, qui a
arrêté le collège, enfant, car son propre père voulait partir au Brésil. À
l’époque, le gouvernement donnait des terres à chaque homme en âge
de travailler. Mais c’était de l’arnaque et les pauvres ne s’en sortaient pas
(on ne défriche pas des arpents de forêt amazonienne à la machette…).
J’ai transposé sans problème : « et si une famille pauvre partait sur Mars,
alors que la colonisation n’est qu’une excuse pour que les multinationales
récupèrent des terres… ». Le thème universel pourrait être : « les
gouvernements nous mentent ; ils entretiennent l’espoir pour se
débarrasser des pauvres et enrichir les puissants ».

En toute franchise, c’est un thème en soi. Comme « l’amour finit toujours


par triompher », « la loyauté n’est jamais récompensée », « la vengeance
empoisonne une vie » ou mille autres thèmes porteurs de grandes
histoires. Seulement, dans ce cas, après écriture et analyse, je me suis
rendu compte que cette histoire avait un thème plus profond : « un père
peut-il savoir quel avenir est le mieux pour son fils ? » Que votre histoire
se passe en Afrique ou aux États-Unis, en 2068 ou en 1789, dans le
monde musulman ou chez les communistes, le père qui se permet de
faire des choix pour son fils engendrera toujours des luttes, des
ressentiments et des regrets. Voilà l’universalité ultime ; elle repose dans
l’aventure humaine.

Autre exemple et petite devinette : quel est le lien entre un vieux cow-
boy, un raciste dans un ghetto américain et un chat qui se prend pour un
dragon ?

La réponse est… Clint Eastwood ! Il garde la même prestance face à un


jeune cow-boy inconscient dans le Far-West ou face à un jeune chinois
qui a besoin d’être guidé dans le monde des gangs d’aujourd’hui. La force
de Gran Torino est de jouer avec les poncifs de l’homme solitaire qui
s’attache à un fils qui n’est pas le sien. Dans Les Larmes du Dragon, j’ai
repris l’idée avec mon Chat-Dragon au caractère irascible ^-^. Moralité :
lorsque vous cherchez votre thème, ne confondez pas le flacon et le
nectar. La magie, le laser intergalactique, c’est le flacon, le « et si… », à la
rigueur. Mais l’histoire raconte autre chose ; elle raconte l’humanité. La
seule chose qui n’a pas changé depuis des milliers d’années et qui ne se
démode pas, c’est l’humain.

Note : si votre thème est plutôt du genre universel que centré sur
l’humain, ne vous inquiétez pas, nous allons l’incarner plus tard. ;)

Exemple Fil rouge ! Pour reprendre Demon Heart, le thème universel est :
« les femmes n’ont pas à être cruelles pour être fortes. La vraie force est
dans la lutte pour rester fidèle à ses valeurs. »

À vos plumes ! Si votre histoire était un vieux mythe grec, quel serait son
thème ? Maintenant, reformulez votre « et si… » pour intégrer l’élément
déclencheur et le thème plus profond.
« Le cerveau de votre protagoniste
est le portail de votre lecteur. »
Lisa Cron
5e indice : revenez sur votre héros

À ce stade, Muse papillonne autour de vous, toute contente car vous


avez trouvé un diamant.

Mais est-ce le seul ? Maintenant que nous en savons plus sur le thème,
nous pouvons plonger plus profond dans le cœur du héros. Tout vient de
là : le héros, ses sentiments, ses souvenirs, ses rêves, ses peurs.

Et parmi tout ce qu’il est, il y a une pépite qui pulse en résonnance avec
le thème de votre histoire. Elizabeth George appelle cela le « besoin
central ». Christopher Vogler parle de « besoin inconscient ». Lisa Cron
s’attache au « conflit intérieur ». Le tout pour un même objectif. Je
l’appelle « la pépite ».

On nous dit souvent dans les méthodes d’écriture que le lecteur doit
s’identifier, ou plutôt entrer en empathie avec le héros. Pour cela, c’est
facile : il faut qu’il soit humain, qu’il ait un défaut. Alors on prend son
super héros et on lui colle un défaut au hasard : « il a peur des chats ».
Voilà !

Non, voilà pas. Cela n’a aucun sens. Et notre cerveau cherche du sens. Un
défaut n’a d’intérêt dans une histoire que s’il nous empêche d’accomplir
nos rêves. Bien sûr, un héros radin ou bourrin, c’est toujours rigolo, mais
il nous faut chercher aussi quelque chose de plus profond qui porte du
sens. Nous lisons des histoires pour entrer dans le cœur d’un personnage
et le voir se débattre avec sa vie, avec les autres et avec des choix et des
situations difficiles, parfois inextricables. Ce qui nous permet de plonger
en lui, ce sont justement ces choix difficiles. Difficiles pourquoi ? Car ils
appuient sur ses vœux, ses conflits intérieurs et ses contradictions.

À présent que votre roman est tout beau, tout fini, tout écrit, il peut être
trop lourd de revenir sur l’importance de corréler le thème universel avec
le conflit intérieur de votre héros. Le but n’est pas de tout réécrire. Mais
de trouver un fil rouge qui donnera du sens à votre histoire. Nous allons
envoyer Muse à la pêche.

À vos plumes !

Exercice 1 : trouvez l’acte de volonté de votre héros

 Quel est le vœu, l’ambition, le rêve de votre héros ? Soyez


concret.

Vogler dit que les histoires sont des fées qui exaucent les vœux mais
d’une façon difficile. Elles sont là pour aiguiser nos vœux. Prenons
l’exemple d’une héroïne, Sabine, qui dit :

« Je veux être écrivain ».

Sabine écrit un livre pendant ses vacances puis l’envoie à son éditeur le
cœur léger. Deux semaines plus tard, elle reçoit une lettre qui lui dit :
« Magnifique ! Vous étiez la plume que nous attendions depuis dix ans ! »
Son livre sort, elle cartonne. The end.

Euh… Vous n’avez pas l’impression qu’il manque quelque chose ? Vous
aimeriez vraiment lire cette histoire ? Ne préfèreriez-vous pas cette
histoire-là :

Sabine écrit un livre en cachette, pendant son travail de réceptionniste de


nuit car elle doit nourrir sa famille : son fils et son mari qui joue aux jeux-
vidéo toute la journée au lieu de chercher un boulot. Elle envoie son
premier roman et ne reçoit jamais de réponse. Son patron lui propose
une promotion. Elle sera mieux payée mais n’aura plus le temps d’écrire.
Elle refuse. Son mari menace de la quitter car il a besoin de sa promotion
pour s’acheter la dernière Xbox. Elle l’aime tellement. Alors elle accepte
la promotion sans renoncer à ses rêves. Elle travaille le jour et écrit les
week-ends et la nuit. Son fils la regarde avec désespoir s’enfermer pour
écrire comme si elle ne l’aimait pas. Alors qu’elle l’aime ; c’est pour lui
qu’elle fait tout ça, pour son avenir. Sabine envoie son deuxième roman,
qui ne reçoit que des lettres types. Elle a un accident à force de fatigue.
Là, elle décide que c’est assez. Elle vire son mari à coup de béquilles dans
le cul et va au salon du livre avec son plâtre à la patte et son manuscrit
sous le bras pour se confronter aux éditeurs. Et là, elle rencontre
Monsieur Kindle, très mignon et gentil. Il lui explique qu’elle peut mettre
ses livres en ligne. Ce qu’elle fait après moult difficultés informatiques
face auxquelles son fils de cinq ans se révèle un allié précieux. Et là,
miracle, l’argent tombe : Sabine peut enfin vivre de sa plume et elle se
remarie avec M. Kindle, qui n’est pas très riche mais qui s’y connait en
mots clefs Amazon. The end.

OK, ce n’est pas la meilleure histoire du monde, mais au moins, là, on a


une histoire. Tant que nous n’avons pas sué sang et eau, tant que nous
n’avons pas connu l’échec, pris des claques et lutté, que signifient les
mots « je veux » ? Le voulons-nous vraiment ? Pour Christopher Vogler,
les histoires sont là pour prendre ces paroles jetées un l’air et pour
aiguiser la volonté de notre personnage. Les histoires sont des fées qui
testent nos vœux.

Exemple Fil rouge ! Dans Demon Heart, l’ambition de mon héroïne est
qu’on la considère comme un homme. Lorsque son petit frère sera
kidnappé par un démon par sa faute, elle part du principe qu’elle est
aussi capable qu’un autre pour le sauver.

Exercice 2 : grattons sous la surface du vœu

Demandez-vous :

 Votre héros a-t-il un autre besoin ? Quelque chose d’inconscient,


peut-être caché et dont il n’a peut-être pas conscience au début
de l’histoire, mais qu’il doit découvrir ?
 Ou : votre héros a-t-il quelque chose en lui qui l’empêche d’être
heureux et/ou d’obtenir ce qu’il veut ?
 Ou : votre héros a-t-il un problème dans sa façon de voir le
monde qui fait qu’il est incapable d’atteindre ce bonheur ?
 Ou : votre héros a-t-il une part d’ombre, quelque chose qu’il a
très peur de devenir et qui lui pend au nez ?

Exemple Fil rouge ! Dans le cas de Demon Heart. Sorayah, mon héroïne,
en avait marre que sa mère l’oblige à s’occuper de son petit frère. Être
une femme ne devrait pas vouloir dire pouponner. Elle en avait marre
que son père passe plus de temps avec son petit frère qu’avec elle ; elle
avait le sentiment que c’était parce que c’était un garçon et qu’elle, en
tant que fille, avait moins de valeur. Elle a besoin de prouver qu’elle vaut
autant qu’un garçon. Alors elle se comporte comme un homme. Mais il y
a un problème dans sa vision du monde. Elle croit qu’être un homme,
c’est être violent, c’est ne pas avoir de cœur, c’est n’avoir besoin de
personne car c’est ainsi que cela se passe au lycée. Mais elle est sans
cesse tiraillée entre ce qu’elle ressent pour les autres et ce qu’elle doit
faire pour montrer qu’elle est forte comme un homme.

Exercice 3 : reformuler cette chose inconsciente, ce conflit, cette ombre,


en quelque chose de concret

La question est de savoir :

 Votre héros a-t-il quelque chose à apprendre au fil de l’histoire ?


 Ou votre héros doit-il changer ?

Comment pouvez-vous illustrer ce changement dans ses actes, ses mots


ou son apparence ?

Exemple Fil rouge ! Dans Demon Heart, Sorayah doit prendre conscience
que l’absence de sentiments n’est pas la caractéristique des hommes ;
c’est la caractéristique des démons. Elle doit prendre conscience que la
vraie force est dans le désir de lutter, dans l’entraide et dans la
protection d’autrui.

Exercice 4 : l’incarnation du thème

Existe-t-il un lien entre le fond de votre personnage (besoin/conflit) et le


thème universel de votre histoire ?
Le thème de l’histoire de Sabine l’écrivaine est peut-être : « celui qui se
jette à corps perdu dans le travail cherche à fuir quelque chose. »

Exemple Fil rouge ! Dans Demon Heart, le lien entre le thème et son
conflit intérieur est : Sorayah doit écouter ses sentiments et apprendre à
compter sur les autres car la course à la force, à l’égoïsme et à l’absence
d’émotion des hommes est une erreur. Cela semble évident. Mais croyez-
moi que l’histoire telle qu’elle a été écrite il y a trois ans ne raconte pas
ça – enfin, pas directement. Elle part dans tous les sens. J’ai un énorme
effort à faire pour la réécrire et, je vous l’avoue, je procrastine un peu ;)

C comme Conclusion : votre histoire est unique

Si votre roman a été écrit sans connaître toutes ces histoires d’évolution
du héros, il est possible que ce soit difficile de raccrocher les wagons
entre thème et progression du personnage. Tout casser demanderait un
travail monstre qui pourrait blesser Muse à mort. Alors, restez soft ; ce
qui compte, c’est de finir. Répétez le mantra : « fini, pas parfait ». Oui, je
sais. C’est vraiment : « faites ce que je dis. Ne faites pas ce que je fais ».
Mais Muse et moi, nous avons réglé nos comptes depuis longtemps. Je
sais que je peux la torturer et qu’elle ne me quittera jamais. ^-^

Ce n’est pas grave si tout n’est pas comme dans une méthode d’écriture ;
l’important est que vous ayez au moins un fil rouge. Ce sera une base
pour donner une étincelle de sens à votre histoire et le sentiment qu’il y a
quelque chose sous la surface du roman.

La conjonction de cette étincelle et de la façon dont vous la ferez vivre


dans votre héros suffira à rendre votre histoire unique. J’ai pourtant
remarqué que, souvent, tout est là, mais recouvert d’une croûte de
poussière qui empêche de voir la lumière. Il suffit parfois de gratter un
peu, de rajouter une scène, de muscler un dialogue, et tout sera plus
limpide. C’est ce que nous allons voir dans le chapitre suivant.
Chapitre 3 : la taille en croix

Comment trancher dans le vif avec


Casse-Petons !
« Couper des lignes, des pauses, et
des scènes entières, aiguise la mise
au point sur les éléments qu’il reste,
comme si un large nombre de
projecteurs diffus avaient été
concentré en très peu de brillants
faisceaux visant quelques points
importants et triés sur le volet. »
Christopher Vogler
Le but : épurer l’intrigue pour la pimenter

Nous avons maintenant deux choses : d’un côté notre histoire, ce


diamant brut, et de l’autre le plan de ce qui se cache à l’intérieur. On
pourrait décider de laisser les choses ainsi – après tout, tout est déjà là !
Cependant, pour briller, une histoire a besoin de lignes narratives pures
qui peuvent se croiser mais sans jamais se marcher sur les pieds. Alors, à
un moment, il faut donner le coup de marteau et tailler dans le bloc de
diamant !

Le principe alchimique
D’après Google, 130 millions de livres ont été publiés. Certains furent
écrits par des géants. Ainsi, lorsqu’un lecteur ouvre votre livre, il vous fait
cadeau de deux choses infiniment précieuses : son temps et son
attention. Le temps est rare et l’attention est un papillon frivole. Il est
donc essentiel de condenser votre histoire et d’aller à l’essentiel. Le but
est de garder le lecteur captif et qu’il ait une sensation de satiété, de ne
pas avoir perdu son temps. On n’est pas obligé, bien sûr. J.K. Rowling
peut se permettre d’écrire un chapitre où Hermione tricote des
chaussettes. C’est une auteure qui a un lectorat captif et ces chaussettes
ont un sens cosmique, mais cela en fera décrocher certains…

Nous disions donc que votre histoire est une grotte, éclairée par Muse.
Nous avons mis au jour les diamants. Imaginons maintenant qu’un lutin
creuse là-dedans pour les récupérer et les tailler en croix, cette forme qui
permet de faire ressortir la lumière. Ce lutin est notre tailleur d’histoire.
Appelons-le Casse-Petons. Oui, il est casse-pieds quand il se met à râler.
La recette alchimique
Nous allons maintenant chercher à couper, à condenser pour sublimer ce
qui reste. Ce que je vais vous dire maintenant est à prendre avec des
pincettes. Jusqu’ici, le travail était ludique. Là, il devient douloureux, pour
l’égo (on s’en fout) mais aussi pour Muse. Donc, mettez des gants de
velours à Casse-Petons. Et ne perdez pas de vue que l’idée ici est de
pimenter les scènes existantes pour qu’elles soient porteuses de sens, et
de supprimer celles qui n’apportent rien à l’histoire. Pas de la changer du
tout au tout.

Si vous êtes sûr de votre fait en matière d’intrigue, ou si au contraire,


vous avez fait les exercices du thème et vous avez l’impression que
l’entière structure de votre roman va s’écrouler, vous avez tout à fait le
droit de passer votre chemin. Car on ne veut pas tout détruire ! Si vous
pensez qu’il y a un risque, soit vous êtes prêt à le prendre, et peut-être à
tout réécrire, soit je vous donne rendez-vous au chapitre 4. Vous avez le
droit de passer votre tour. ^-^

1ère taille : ce qui illustre le thème universel

Dans une histoire, il peut y avoir plusieurs fils d’intrigue plus ou moins
indépendants. Par exemple, dans un film d’action où la quête principale
du héros serait de sauver le monde, on pourrait avoir comme fils
parallèles : sa meilleure amie essaie de l’obliger à se marier avec elle ; son
père, en fait, n’est pas son père mais l’assassin de son père qui a pris sa
place et l’a élevé comme son propre fils… Bref, ce sont des sous-intrigues.
Il est essentiel que vous soyez bien au point sur les fils qui s’entremêlent
dans votre histoire. Démêlez les nœuds et identifiez donc vos sous-
intrigues !

À vos plumes !

Vous pouvez commencer par identifier les sous-intrigues et événements


qui résonnent avec le thème universel de votre histoire.

Cherchez les symboles, les actes, les mots qui pourront muscler le sens
de ces scènes. Parfois, il s’agit d’une réplique d’un personnage. Ou d’un
objet qui symbolise la liberté et qui, placé à un certain endroit, sous-
entend que le personnage vient de briser ses chaines.

2e taille : ce qui illustre la progression du héros

Le fil le plus important est à mes yeux le fil du héros. Dans un policier, on
pourrait croire que c’est l’enquête. Mais au bout du compte, si un
ordinateur menait l’enquête, aurait-elle encore le moindre intérêt pour
vous, en tant que lecteur ?

^-^

Demandez-vous donc quelle sous-intrigue est liée à la croissance


spirituelle de votre héros ? Comment va-t-il résoudre son conflit
intérieur, exaucer son vœu inconscient ?

Pour revenir sur l’exemple du gars qui doit sauver le monde. Quelque
part, votre héros plein de testostérone a peut-être une mission
importante qui captivera les foules (surtout s’il y a un minuteur qui
indique l’heure où tout va péter ; c’est le pouvoir du minuteur). Mais
imaginez qu’on se pose la question suivante : « sera-t-il capable de
pardonner à l’homme qui a tué son père et qui l’a élevé comme son fils ? »

On gagne un peu de profondeur, n’est-ce pas ? OK, ce n’est pas ce qu’on


attend d’un film d’action. C’est pourtant ce qui différenciera ce film
d’action des autres plus génériques ; Starship Troopers est un film
d’action mais pas que, par exemple. Ne confondez pas la quête externe
et la quête interne du héros. Le sens vient de l’intérieur, pas d’une série
d’explosions et d’un minuteur qu’on utilise pour faire des œufs durs. Et
puis, les explosions, c’est joli à voir mais pas spécialement à lire !

À vos plumes !

 Identifiez les moments clefs de la progression spirituelle de votre


héros.
 Essayez de visualiser l’état initial de votre héros et son état final.
En quoi a-t-il changé ? Est-ce-visible dans ses actes ?

L’exemple typique est d’ajouter une scène qui fait écho à une autre au
début de l’histoire, où on voit que le héros réagit différemment. Il a
changé pendant l’histoire. Par exemple, dans Intouchable, Omar Sy se
passe les nerfs sur une voiture mal garée au début de l’histoire puis, à la
fin, il réagit bien plus civilement. Bon, c’est un peu surfait mais c’est à
garder à l’esprit – une des grandes astuces d’Hollywood.

Maintenant que l’on sait d’où on part et où on veut arriver, on peut


s’intéresser aux étapes de transformations :

 Quelles sont les situations – présentes dans votre histoire si


possible – qui, jetées à la tête de votre héros, le forcent à se
confronter à son conflit intérieur/ombre/besoin inconscient, et le
pousseront à faire un choix qui va le changer ?
 Pouvez-vous établir une progression dans ces choix et
situations ? De la plus facile à la plus difficile en termes
d’émotions, ou en termes « d’effort de volonté ».
Vous avez du mal à saisir l’idée ? Prenons un exemple :

Jo est un petit délinquant sans père qui ne connait que le code de la rue :
« chacun pour soi et dieu pour tous ». Il rencontre un parrain de la mafia
qui a pour code d’honneur : « la Famille d’abord ». La Famille étant la
mafia, évidemment. Le parrain lui donne tout ce dont Jo a manqué et Jo
veut de toutes ses forces intégrer la Famille. Jo pourrait être confronté
aux choix suivants :

 Se prendre une balle pour sauver le parrain.


 Laisser tuer son frère de sang qui veut dénoncer la Famille.
 Balancer un membre de la Famille pour éviter la prison.
 Assassiner une fillette lambda pour éviter que le parrain aille en
prison.
 Laisser son équipier se prendre une rouste dans un bar car il a
insulté la femme du barman.

On est bien d’accord que toutes ces situations ne se valent pas ?

Laquelle placeriez-vous au début, laquelle en toute fin ? Laquelle est le


plus en contradiction avec ses valeurs d’origine ? Laquelle est juste
insoluble même avec son nouveau code de conduite ? Laquelle le fera
changer à jamais ?

Vous remarquerez que, selon la morale que vous voulez donner, selon le
thème que vous aurez choisi, le résultat sera différent. Refaites l’exercice
avec les deux thèmes suivants :

1. « C’est l’histoire d’un garçon écorché vif qui doit réapprendre à


respecter la vie. »
2. « C’est l’histoire d’un chiot perdu qui doit devenir un homme dans
un monde de loups. »
Selon le thème, bien sûr, mais aussi selon l’auteur, il y a plusieurs fins
possibles et plusieurs réactions possibles de Jo à certaines situations.
C’est le pouvoir des histoires.

Exemple fil rouge ! Dans Demon Heart, les scènes/choix que j’ai retenus
sont les suivants :

 Abandonner un faible pour avancer vers son but.


 Faire souffrir un démon pour obtenir des informations critiques.
 Tuer un démon pour l’empêcher de nuire.
 Assassiner un innocent pour devenir plus forte et vaincre seule
(c’est possible : on est en enfer ;))
 Accepter l’aide d’un autre au risque de perdre son indépendance.
 Sacrifier une personne qu’elle aime pour vaincre celui qui la
menace.

Tout au long de ces péripéties, elle devra comprendre qu’être « un


homme », ce n’est pas ne rien ressentir, car ce sont les démons qui ne
ressentent rien, et qu’une femme peut être forte ; la vraie force est dans
le courage de lutter. Elle se heurte au conflit intérieur : « écouter son
cœur ou être “forte” ».

3e taille : ceux qui résonnent avec le héros

On dit souvent que les personnages secondaires sont là pour aider le


héros ou lui faire obstacle. C’est axer sur le résultat, alors que ce qui
compte, c’est le pourquoi. Vos personnages ont leurs propres buts,
besoins et conflits intérieurs. Dans leur tête, ils sont les héros de leur
propre histoire. Ce sont en partie leurs actes qui vont provoquer les
événements qui poussent le héros à prendre des décisions et à changer.
C’est pourquoi il est important de les travailler aussi. Je ne reviendrai sur
les étapes qui permettent de créer un personnage criant de vie ; elles
sont ici :

[Link]

Bien reprendre son personnage permettra de modifier çà et là ses


réactions pour coller à son caractère profond. C’est surtout utile pour
muscler les dialogues. Une technique radicale est de réécrire l’histoire
vue par ses yeux. Mais vous risquez d’être surpris, voire de semer le
chaos dans l’existant. Donc, méfiez-vous… Pour moi, travailler ses
personnages se fait en début de roman, et trop revenir sur les
personnages à ce stade risque de vous pousser à tout réécrire. Ce n’est
pas le but. Souvenez-vous, nous cherchons juste à mettre un coup de
polish à une histoire existante pour pouvoir l’envoyer et passer à la suite.

Alors, le coup de polish, quel est-il ? C’est de vous demander en quoi le


besoin intérieur, les désirs de votre personnage secondaire, résonnent
avec le thème. Un méchant n’est pas uniquement là pour mettre des
bâtons dans les roues du héros. Il est aussi là pour montrer l’autre « côté
de l’idée », une tentation, une autre vision. D’ailleurs, on ne parle pas de
« méchant » mais « d’antagoniste ». Définition du Larousse :

 Se dit de personnes qui s’opposent dans une lutte idéologique,


dans un conflit.

Si votre thème est « être loyal envers ses amis est toujours récompensé »,
peut-être que cet antagoniste est quelqu’un de déloyal à qui tout réussit.
Peut-être qu’un autre des personnages de l’histoire est quelqu’un de
loyal qui n’est jamais récompensé ? L’idée est de résonner avec le thème,
de le décliner.

Encore une fois, nous ne sommes pas à l’étape d’élaboration d’une


histoire. Nous sommes à l’étape de la taille dans le gras. Il est possible
que rien de tout ça n’apparaisse dans votre histoire, et qu’elle tienne
debout sans cela. Dans ce cas, oubliez. Mais il est aussi possible que ce
soit là, bien caché. Dans ce cas, demandez-vous :

 Quel sont les rôles des personnages ? Identifiez-les. Sont-ils liés à


la progression de votre héros, illustrent-ils le thème ?
 Comment le conflit/besoin de mon personnage résonne avec
celui du héros ? Dans quelles scènes, situations, dialogues…
 Quelles interactions entre eux résonnent avec le thème ou
neutralisent le thème ?
 À quel moment ce personnage va provoquer des événements qui
pousseront le héros à faire des choix et à grandir ? Repensez aux
scènes qui illustrent la progression du héros.

Pourquoi ne pas tenter de magnifier ces interactions ? Parfois, il suffit de


changer quelques mots dans un dialogue ou une petite réaction pour
rendre l’intention derrière un acte.

Fil rouge ! Par exemple, dans Demon Heart, j’avais une galerie inépuisable
de personnages liés à mes multiples fils rouges, et j’ai dû faire des choix
difficiles. Pour rappel, le thème était « être forte n’est pas forcément être
un homme et être un homme ne veut pas dire qu’on n’a pas de cœur. Etre
fort, c’est lutter ». Dans la version finale, j’ai gardé les personnages
suivants :

Sitry : l’absence de cœur. C’est en quelque sorte le partenaire


romantique de Sorayah. On voit qu’il avait un bon fond. Mais c’est un
démon qui a renoncé à son cœur (= son empathie) pour devenir plus fort.
Il regrette, au contraire du grand méchant, Baêl, qui se complait en
démon. Sitry sait que s’il avait un cœur, il pourrait réussir à convaincre
Sorayah de s’allier à lui. Il résonne aussi avec Sorayah car, elle, au
contraire, croit qu’elle n’a besoin de personne et que se débarrasser de
son cœur serait la solution pour être plus forte sans renoncer à son
indépendance. Au final, elle doit choisir entre deux modèles.

Asmodaî : le courage de lutter. C’est un démon à la solde du grand


méchant. L’avidité, mais aussi la peur de son maître, guide ses actes. Il
résonne avec Karine, une amie de Sorayah qui est faible physiquement
mais qui a une grande force morale. Elle n’a jamais cessé de lutter et
d’être ce qu’elle voulait être malgré les brimades. Au contraire de
Sorayah, qui a préféré jouer le jeu des pétasses du lycée et qui a
abandonné sa meilleure amie.

Miko : l’image de la femme. C’est une prêtresse loin d’être tendre, le


mentor de Sorayah en enfer. Miko résonne avec le besoin de Sorayah
d’avoir d’autres modèles féminins que sa mère, femme fragile dévouée à
son mari et à son fils. Miko résonne donc aussi avec l’image de la mère.

Le nounours : l’image de l’innocence. Le doudou du frère de l’héroïne a


pris vie en enfer. Il est sans défense. Il résonne avec le frère de Sorayah,
le faible qui peut être protégé ou abandonné.

Des personnages, j’en avais beaucoup d’autres qui accompagnaient


Sorayah dans sa quête : un autre mentor féminin, Galadriel, un autre
personnage lâche, sans nom, et surtout un autre partenaire romantique,
Erel. Plus un gentil chien innocent, des jumelles mignonnes mais psycho…

Tout ça pour un roman de plus de 100 000 mots (70 000 pour de la
jeunesse, c’est bien, déjà) qui multiplie les combats stériles…

L’heure de Casse-Petons ! Là, le démon/lutin Casse-Petons a montré le


bout de son nez. Cela m’a pris deux ans de réflexion, mais j’ai décidé de
tuer Galadriel, purement et simplement. J’ai décidé de fusionner le lâche
de service avec Asmodaî, ce qui était plus facile que je ne l’aurais cru ;
leurs rôles s’emboîtaient vraiment. Par contre, tuer Erel m’a fait très mal.
Mais une amie m’a interdite de remettre un triangle amoureux dans une
de mes histoires. Et puis, plus j’analysais ce personnage, plus je me
rendais compte qu’au niveau symbolique, il ressemblait à Asmodaî. Donc
Erel est mort lui aussi et Asmodaî est devenu un personnage clef.

Et je ne vous parle pas de la galerie de démons « juste là pour se faire


défoncer » qui ont disparu.

Moralité : lorsque deux personnages ont le même rôle dans l’histoire, que
l’un d’entre eux ne résonne pas avec le thème ou de façon redondante,
prenez votre casquette de Casse-Petons et posez-vous la question qui
tue : on ne peut pas les fusionner ? Voire, en éliminer un ?

Dans une histoire sans problème, ce n’est pas la peine d’en créer, mais, si
vous avez énormément de personnages secondaires et une histoire
embrouillée, posez-vous la question… Supprimer un personnage permet
parfois de supprimer une sous-intrigue, des éléments de backstory, et de
donner plus de force à ceux qui restent.

4e taille : ce qui sonne creux

Faire résonner des thèmes, rajouter des scènes, faire briller des
dialogues, Muse adore ça. Elle vous a peut-être même trouvé une dizaine
de scènes et votre roman jeunesse promet de passer à 200 000 mots…
Tada !

Principe alchimique : l’échange équivalent

Que faire ? Déjà, donnez une laisse à Casse-Petons, votre cerveau


gauche, pour qu’il attache Muse et ne la laisse pas s’envoler en pondant
des scènes partout. Ensuite, il va falloir tailler dans ce qui reste. Il existe
une loi en alchimie : « l’échange équivalent ». Si vous rajoutez des scènes,
cela implique qu’il vous faudra sûrement en couper d’autres ; à part, bien
sûr, si votre roman fait 30 000 mots à l’origine et que vous n’en aviez
écrit que l’ossature…

La façon la plus bourrine de raccourcir et de clarifier une histoire est d’y


aller avec une benne. Si l’histoire vous paraît interminable, sans force,
dispersée, il sera peut-être nécessaire d’éliminer carrément un sous-
thème qui n’a pas d’écho avec le thème principal ou le héros.

L’impact sur le héros et le monde

Ensuite, on prend la pelle pour dégager les restes.

Parmi les obstacles que vous aviez jetés à la tête de votre héros, y en a-t-
il qui ne sous-entendent aucun choix ? Aucun dilemme ? Qui ne lui
permettent pas de progresser ? Ou qui n’impliquent aucun changement
dans l’histoire pour rien ni personne ?

Si votre héros, ou un autre personnage important, n’a pas de choix à faire


dans une péripétie, et que celle-ci n’a aucun impact sur son moi profond,
Casse-Petons est en droit de se poser la question de son intérêt. Par
exemple, dans une romance, on peut multiplier les scènes de restau de
luxe et de jet privé, mais encore faut-il s’assurer que la scène change
quelque-chose entre les deux personnages…

Avant de tailler dans le gras, il faut toutefois se demander si ces scènes


peuvent être supprimées sans impacter l’histoire. Par exemple, si elles
contiennent des révélations, des informations sur l’univers, la quête, etc.,
cela peut être compliqué. Si vous sentez que ces scènes contiennent des
informations ou actions critiques, quels ajustements peuvent être faits
pour placer ces données dans des scènes qui ont véritablement du sens ?
Autre exemple de coup de balai facile : lorsque le héros revient deux fois
au même endroit, la question se pose de savoir s’il ne peut pas tout faire
la première fois. Bref, condensez, évitez les allers-retours, simplifiez
aussi ! Surtout si vous avez un manuscrit lourd comme un âne mort…

Exemple Fil rouge ! Dans Demon Heart, Sorayah combat six rois démons.
Car il y a six cercles dans les enfers. Donc, en toute logique, elle doit
tabasser six rois démons pour délivrer son frère. Ça, c’est un coup de
Casse-Petons pendant la phase de création. Casse-Petons aime la logique.
Mais à l’époque, il a oublié l’essentiel. Cela n’a aucun sens ni pour
Sorayah, ni pour l’humanité, de défoncer six rois démons d’affilée !

J’appelle cela le « Shonen complex ». Vous savez, dans Naruto et les


autres mangas pour jeunes garçons, les héros se tapent des ennemis de
plus en plus puissants. Sauf que, dans les mangas, c’est toujours associé à
un enjeu fort : « la jolie Sakura va-t-elle survivre ? », « l’ambigu Sasuke
va-t-il trahir ? » Ou bien : « le méchant est-il réellement méchant ? En fait
non, car quand il était petit, il… »

Bref, le combat est soumis à une question. Sauf que la liste des questions
peut vite s’épuiser et nous lasser. Méfiez-vous donc des actions qui se
répètent et qui n’ouvrent aucune nouvelle question liée à l’intrigue
véritable.

Comme pour les explosions, le combat sera toujours divertissant s’il est
visuel et que la mise en scène change (nouveaux pouvoirs des ennemis,
nouvelles techniques, pas les mêmes combattants, terrain qui change…)
Or, tout ça est beaucoup plus difficile à rendre à l’écrit avec la même
saveur. Les histoires qui sont centrées sur les combats oublient que le plus
important, pour du texte, c’est le personnage et son traitement. [Note de
Maxime, le relecteur, qui s’y connaît en action ;)]

Outil utile : le vrai choix


Je vous parle beaucoup de choix. Mais attention, je ne parle pas de
n’importe quels choix ! Robert McKee pense qu’un vrai choix doit être
cornélien. On a le choix entre deux irréconciliables biens ou deux maux
aussi horribles. Choisir entre le bien et le mal, c’est trop facile. On choisit
le bien, fin de l’histoire. Même un mafieux choisit le bien dans son propre
référentiel de morale. Reprenons l’exemple de Jo le mafieux. S’il a le
choix entre « se faire attraper ou tuer le flic », la réponse est « tuer le flic,
sans aucun doute ». Par contre, s’il a le choix entre « se faire attraper ou
laisser prendre le fils du parrain » la réponse est « What the fuck ! Qu’est-
ce que je dois faire ?! » Bref, un vrai choix va faire buguer votre héros.
Pour se sortir de son bug, il va devoir se faire du mal ou changer dans ses
convictions. La réponse dépendra de lui, uniquement de lui, de son degré
d’égoïsme, de sa confiance en son parrain, et, surtout, de la rivalité qu’il
entretient avec ce fils qu’il doit jalouser quelque part.

Outil utile : le vrai événement

Dans une histoire, on raconte des événements. Pour Robert McKee, un


théoricien d’Hollywood : « Un événement dans l’histoire crée un
changement porteur de sens dans la situation de vie d’un personnage qui
est exprimée et expérimentée en terme de valeur ».

Je ne vais pas m’attarder sur la théorie des valeurs de McKee, qui


nécessiterait un livret à elle toute seule, mais sachez qu’une valeur est
une émotion ou un état du personnage. Celle-ci a la caractéristique
première de pouvoir s’inverser. On passe de l’amour à la haine, d’une
position de force à une position de faiblesse, de l’ignorance à la
connaissance, etc. Pour McKee, une scène sans changement est un non-
événement. Elle doit être supprimée ou modifiée. Sachez que cette
théorie a des limites et que, si on veut l’appliquer à la lettre, on se
retrouve vite à écrire des histoires qui ressemblent à des matchs de ping-
pong (une petite larme pour Demon Heart, svp).

Néanmoins, si une scène, qui ne sert ni le thème ni l’arc du héros,


n’engendre aucun changement dans l’état émotionnel de vos
personnages, dans les rapports de forces entre les personnages ou entre
le lecteur et l’histoire, posez-vous sérieusement la question de : à quoi
sert cette scène ?
5e taille : ce qui vaut de l’or mais n’a pas sa place ici

Petit aparté pour les copains auteurs de Fantasy ou tous ceux qui écrivent
des sagas (spéciale dédicace à Zahardonia, merci de la question ;). Il y a
plusieurs difficultés à retravailler le tome 1 d’une saga :

 On travaille parfois en parallèle sur plusieurs tomes et on peut


s’emmêler les pinceaux ;
 Le monde et les personnages continueront à évoluer, même
après avoir mis le mot fin sur le premier tome.

C’est normal pour notre cerveau de confondre des situations et des


personnages qui se ressemblent. Et qu’est-ce qui se ressemble plus qu’un
personnage dans un tome 1 et le même dans le tome 2 ? Pourtant, il
existe des différences subtiles et on peut vite s’embrouiller.

Conseil 1 : Peut-être que le plus simple est de ne pas travailler deux


tomes d’une même saga en parallèle. À la fin de votre tome 1, écrivez
une nouvelle pour un concours plutôt qu’un tome 2. Vous pourrez de
plus voir cette histoire d’un œil neuf, avec un attachement moins viscéral
qui confère du recul quand on doit couper.

Conseil 2 : Si cela n’est pas possible pour des raisons de délais, ou parce
que Muse met son véto, alors les mémos peuvent être la solution. En plus
de sa fiche univers et de sa fiche personnage, on fait un mémo pour
chaque tome avec en puces :

 État d’évolution des personnages ;


 État d’évolution de l’univers ;
 Avancement de la quête.

Relisez votre mémo avant chaque séance de travail ; cette technique


peut vous aider à clarifier. Surtout si vos personnages ont évolué d’un
tome à l’autre et que leurs réactions ne sont pas les mêmes, ou que le
monde a changé entre-temps.

Conseil 3 : Un autre truc, c’est le conditionnement. Écoutez un groupe de


musique pour le tome 1 et un autre pour le tome 2. Mettez une
illustration différente à côté de la souris. Créez-vous deux univers pour
une même histoire. Certaines choses se passent au niveau inconscient.

Conseil ultime : Enfin, ça va vous sembler bête mais c’est très important :
le cerveau est plus enclin à la confusion quand il est fatigué. Il ne faut pas
oublier de faire des pauses toutes les heures, de bien dormir et de boire
de l’eau en travaillant ! Deux litres d’eau par jour minimum sont requis
pour être au mieux de ses performances physiques et intellectuelles.

Garde-fou : écouter la petite voix

À ce stade, il est possible que vous entendiez une petite voix,


étouffée, lointaine, qui murmure : « Mais non ! J’adôôre la scène où ils
font des crêpes tous les deux ! Ne fais pas ça ! ». C’est Muse qui crie à
votre cerveau gauche, alias Casse-Petons, de s’arrêter. Peut-être crie-t-
elle car vous avez raté le sens véritable de cette scène. Ou peut-être que
ce moment apporte quelque chose au niveau du rythme (on a parfois
besoin de se poser). Peut-être aussi…

La règle absolue dans l’écriture est que toutes les règles sont faites pour
être transgressées. Et à la fin des fins, Muse a toujours raison, même si
elle a tort. Peut-être qu’il fallait vraiment supprimer cette scène, que
l’histoire aurait pu trouver un éditeur si vous l’aviez fait. Mais le jeu n’en
vaut pas la chandelle. Blesser Muse pour la vie juste pour avoir une
histoire parfaite ? Rien n’est jamais parfait et on peut aimer un auteur
pour ses défauts. D’ailleurs, tous les grands auteurs sont des géants grâce
à leurs défauts, Victor Hugo et André Malraux en tête.

Surtout, si vous en êtes à la cinquième réécriture de votre histoire et que


vous êtes toujours perdu, laissez couler les défauts et passez à la
prochaine. Le perfectionnisme est un symptôme d’une Muse déjà blessée
à mort. La soigner est plus important que le reste. Je parle d’expérience.
Demon Heart date de l’époque du trente-sixième dessous. Je l’ai mise en
pause pour travailler des projets sur lesquels je me fais les crocs. Et
quand j’y retournerai, croyez-moi, ça va mordre ! ;)

Par contre, ne confondez jamais le cri de Muse et le soupir de Flemme. Si


les changements ont trop d’impacts sur l’histoire originelle et que cela
vous panique, OK, laissez ainsi. Si vous avez juste la flemme, deux baffes…

Facultatif : le séquencier

Si avoir posé sur le papier les grands fils qui composent l’histoire ne vous
suffit pas à faire le tri, nous allons enfiler des perles dessus (je parle de
perles métaphoriques cette fois ;)). Comment ça, on était censé tailler un
diamant ? Tant pis. C’est joli aussi, les perles.

Vous pouvez avoir votre histoire bien en tête ou ne pas avoir envie
d’entrer dans ce niveau de détails, c’est tout à votre honneur. Disséquer
quelque chose est la première étape pour le comprendre. Mais connaître
trop pinailler peut glacer notre confiance en soi. N’entrez dans la
dissection que si vous sentez que quelque chose de critique ne
fonctionne pas dans votre histoire, mais que vous n’arrivez pas à mettre
le doigt dessus.

Pour faire ce séquencier, commençons par lister les scènes qui vont sur
ces sous-intrigues que nous avons identifiées. Aparté : si une scène va
partout, c’est qu’elle est importante ; elle marque des points.

J’utilise une feuille de papier en format paysage et je dessine des traits


parallèles pour chaque fil d’intrigue avec des marqueurs au quart, à la
moitié et aux trois quarts de l’histoire (approximativement). Puis je mets
des petits gribouillis. À la fin, c’est tout cochon. Mais ça finit toujours
comme ça avec moi… Vous pouvez aussi utiliser des post-it avec une
feuille au format A3. Ou bien utiliser les nouvelles technologies :
mindmap, scrivener… Chacun sa méthode ; trouvez la vôtre !

Mais ce qui compte, c’est de rester à un niveau macroscopique. Pour ne


pas aller trop bas dans le séquençage, je vous propose un petit court de
cinéma. Selon Robert McKee, une histoire se divise en :

 Actes. Ce sont les grands mouvements de l’histoire – en général,


trois ou quatre. Ils sont chacun composés de plusieurs
séquences. Chaque acte finit par un climax, climax qui vont
grandissant en intensité.
 Séquences. C’est une série de scènes – généralement deux à cinq
– qui culminent avec un impact plus grand que les scènes qui
précédent.
 Scènes. Unité de temps ou de lieu qui aboutit à un changement.
La définition (simplifiée) de McKee est : « Une scène est une
action à travers un conflit dans un temps et un espace plus ou
moins continu qui inverse la charge d’une des valeurs d’un
personnage. » Cette inversion de charge peut être de passer de
l’amour à la haine, de l’ignorance à la connaissance, bref… il se
passe quelque chose dans une scène, c’est un « événement ».
 Pulsation. « Une pulsation est un échange de comportement en
action-réaction. Pulsation par pulsation, ces changements de
comportement modèlent le tournant de la scène ». Ce sont les
réparties, les causes conséquences, qui s’enchaînent de façon
logique du tac au tac au sein d’un même ensemble, la scène.

Prenez garde à ce que votre séquencier ne descende pas en dessous de


la scène. Car si vous listez toutes les pulsations, vous allez devenir chèvre.
De plus, les pulsations étant des enchaînements logiques, si vous y
touchez en phase de relecture, vous risquez d’abîmer le flot de l’histoire,
qui coulera moins bien. Vous pouvez le faire parfois, mais attention à la
cohérence !

Si vous le pouvez, essayez d’identifier la progression de ces sous-


intrigues. D’après Christopher Vogler, une sous-intrigue a besoin de trois
scènes minimum pour exister : présentation du problème, péripétie – on
peut en avoir plusieurs –, conclusion.
C comme Conclusion : n’en faites pas trop

N’oubliez pas que nous sommes en phase de correction. Vous ne pouvez


pas tout réécrire. Si vous le faites, vous allez briser l’élan originel et le
souffle de l’histoire. L’idée est de pimenter, pas de jeter le poulet avec le
plat. Je voudrais vous citer Victor Hugo, qu’on avait accusé d’avoir rajouté
des scènes à Notre-Dame de Paris dans sa seconde édition et qui
démentait avec verve :

« La greffe ou la soudure prennent mal sur des œuvres de cette nature, qui
doivent jaillir d’un seul jet et rester telles quelles. Une fois la chose faite, ne
vous ravisez pas, n’y retouchez plus. Une fois que le livre est publié, une fois
que le sexe de l’œuvre, viril ou non, a été reconnu et proclamé, une fois que
l’enfant a poussé son premier cri, il est né, le voilà, il est ainsi fait, père ni
mère n’y peuvent plus rien, il appartient à l’air et au soleil, laissez-le vivre
ou mourir comme il est. Votre livre est-il manqué ? Tant pis. N’ajoutez pas
de chapitre à un livre manqué. Il est incomplet ? Il fallait le compléter en
l’engendrant. Votre arbre est noué ? Vous ne le redresserez pas. Votre
roman est phtisique ? Votre roman n’est pas viable ? Vous ne lui rendrez
pas le souffle qui lui manque. Votre drame est né boiteux ? Croyez-moi, ne
lui mettez pas de jambe de bois. »

Je pense qu’il y va un peu fort. Mais quand on sait que ce sont justement
les grands défauts de ses histoires qui font leur magnificence…

P.S. : notez cette caractéristique d’Hugo de prendre une idée et de la


développer sur cinq métaphores pour être bien sûr que l’on comprenne,
jusqu’à ce qu’elle nous sorte par les yeux ? Croyez-vous qu’un éditeur
aujourd’hui accepterait de telles redites ? Pourtant, ce sont nos défauts
qui nous rendent uniques… Cela va nous permettre d’embrayer sur la
suite : le lissage de plume.
Chapitre 4 : le brillantage

Comment ne pas réveiller l’esprit


critique du lecteur ?
« Un livre n’est pas fait pour frimer.
Comme j’ai renoncé dès le départ
aux honneurs, je n’ai pas à écrire des
phrases de dix lignes ni des mots qui
forceront mon lecteur à ouvrir un
dictionnaire. Pour faciliter le travail
du lecteur, je fais des phrases
courtes, simples, claires. La richesse
doit provenir de l’histoire et des
personnages. »
Bernard Werber
Le but : endormir Alice pour trucider Cthulhu

Nous avons veillé au fond de l’histoire et, parfois, gaiement remanié le


premier jet. Maintenant, il va nous falloir recoller les morceaux et aller un
peu plus loin. Il nous faut garantir que les lecteurs ne vont pas décrocher
de notre histoire si pleine de sens. Pour cela, il nous faut avant tout
veiller à ne pas embrouiller le lecteur, à lui donner les bonnes
informations au bon moment, à ne pas l’obliger à faire des efforts pour
comprendre l’histoire. Bref, mâchons-lui le travail.

Le principe alchimique
Beaucoup d’auteurs s’offusquent lorsqu’ils entendent qu’il ne faut pas
faire réfléchir le lecteur. Ils pensent que l’on prend les lecteurs pour des
imbéciles. Mais attention ! Je ne vous dis pas que les lecteurs sont
stupides ; je vous dis qu’ils ont deux cerveaux. Un cerveau émotif, orienté
vers l’imagination, qui prend les mots et les transforme pour voyager au
pays des merveilles : appelons-le Alice, ce gentil cerveau.

Mais il existe aussi un autre cerveau, rationnel, qui analyse, réfléchit, et


surtout refuse de s’immerger : il préfère critiquer. Quand le lecteur ne
comprend pas un mot dans le contexte ou n’arrive pas bien à visualiser
une action, il ne peut plus se contenter de son cerveau imaginatif, la
gentille Alice. Son cerveau rationnel se met en route pour comprendre ce
qu’il se passe. Non seulement cela brise l’immersion dans l’histoire mais
surtout, on a réveillé un monstre…
La recette alchimique
Notre cerveau rationnel aime penser à la liste des courses mais surtout, il
aime comparer, se moquer. Bref, non seulement le lecteur « décroche »,
mais surtout, son esprit critique risque de saccager votre histoire :

« Tiens… ça me rappelle Harry Potter en fait… Mais en moins bien… Allez,


je ferme. »

Voilà pourquoi je crois fermement qu’il faut faciliter la tâche d’Alice, le


gentil cerveau imaginatif, pour éviter le réveil de Cthulhu, de la Chose, de
Ça, de Celui qui n’a pas de nom, appelez-le comme vous le voulez mais ne
le réveillez pas…

1er polish : lisser le premier chapitre

Le moment où Cthulhu est le plus à cran, c’est au tout début de l’histoire.


Il ne dort pas encore ; il veille, étalé sur la jupe d’Alice, suivant les mots
avec elle, tournant les pages de ses tentacules.

Alors, particulièrement au début, faites votre maximum pour faciliter


l’immersion dans l’histoire.

Jugement de Cthulhu : l’effet des 5 premières lignes

Petite anecdote. J’ai participé, en 2016, au speed dating Amazon avec


mon roman Mira, la Bataille de l’Eau, et j’ai perdu. J’ai eu un retour du
jury comme quoi mon style leur a paru sec, trop scénaristique, pas assez
romanesque. Une des membres a proposé de me relire après réécriture.
Alors j’ai réécrit. Les cinq premières lignes m’ont faite grimacer. C’étaient
des phrases déstructurées que j’avais laissées de la première version :
« Tonnerre, éclairs et gravats. Cris de douleur, odeur du sang. Les
combats, le vacarme, passent au cœur de la ville et ne laissent que des
ruines. Une jeune femme se cache derrière un pan de mur. Pashka
regarde avec crainte les briques qui menacent de se décrocher de la
charpente de bois. »

Je les ai gaiement réécrites. Elles sont devenues :

« Dans la ville en ruine, le tonnerre des combats résonne, des éclairs


strient le ciel et les gravats parsèment le sol. Les cris de douleur peinent à
se faire entendre dans le vacarme des affrontements. Au-delà du goût de
la poussière, Pashka peut sentir l’odeur du sang. La jeune femme avale sa
salive et réprime un haut le cœur. Elle se cache derrière un pan de mur et
regarde avec crainte les briques qui menacent de se décrocher de la
charpente du bâtiment derrière lequel elle s’est cachée. »

À part ces premières lignes, j’ai changé trois mots de-ci, de-là. Je ne
savais pas ce qui clochait – à part bien sûr ces cinq lignes. Alors j’ai
envoyé le chapitre tel quel à ma sauveuse en croisant les doigts. Son
retour m’a fait froid dans le dos : « Oh ! C’est beaucoup mieux ! Bravo ! ».

Moralité : Un jury dans un concours, ou même un éditeur à son bureau,


n’a pas plus de cinq lignes à accorder à un auteur maladroit car leur
Cthulhu est particulièrement gros et méchant. La Chose aboiera trop fort
et les empêchera de se concentrer. Donc, pour faire court : l’immersion
d’abord, le bluff et la poésie après. Nous y reviendrons dans le chapitre
suivant.

Jugement de Cthulhu : savoir dans quel monde il est tombé

Toujours pour poursuivre sur Mira, le retour d’une amie sur le premier
chapitre m’a aussi fait froid dans le dos. Elle m’a expliqué qu’ » elle
manque d’info pour situer le monde au début, elle se doute bien que mon
héroïne est la “gentille”, qu’elle doit arrêter le garçon devenu zombie
sinon il va contaminer la terre et puis… »

STOP ! Un zombie ? Je me suis plantée d’histoire ? Que se passe-t-il ?


Il se passe que les éléments vitaux de l’intrigue ne lui ont pas été fournis.
Alors son Alice a d’elle-même « comblé les vides ». Résultat, en quelques
pages, Alice s’est inventé toute une histoire qui n’avait rien à voir avec la
mienne. Et en grande fan de Walking Dead à qui il manque des codes de
la fantasy, son Alice a assimilé « berserk » à « zombie ».

Au début d’une histoire, il faut donc trouver un moyen de donner assez


d’éléments pour mettre le lecteur sur la piste. On peut s’inspirer de la
règle journalistique des 5 Q : Qui, Quoi, Quand, pourQuoi, Où (oui, je sais,
il manque un « Q » ; rajoutez une queue au « O »). Cependant, on ne pas
tout dire. De une, car notre premier chapitre risque d’être surchargé
d’exposition, mais surtout car cela cassera ce petit plaisir qu’on a au
début d’une histoire à s’imaginer ce qui nous attend.

Il faut donc choisir les pistes qu’on parsème dans l’histoire avec
parcimonie. En mettre juste assez pour cadrer la part d’inventivité que
l’on laisse au lecteur. S’il se croit dans une histoire de zombies et se
retrouve dans une romance SF, il risque d’être déçu. Et non seulement il
refermera le livre sans le finir mais, de plus, il risque de se sentir trahi et
de nous faire une mauvaise presse.

Vous pouvez toujours induire votre lecteur en erreur. Cependant, soyez


conscient du cheminement qu’il risque de mener et jouez avec de façon à
ce qu’il ne soit pas déçu mais bluffé !

Jugement de Cthulhu : l’étape de la téléportation

En définitive, quand est-ce que la Chose va nous laisser tranquille ? Pas


avant qu’Alice ne soit passée à travers le miroir du monde des rêves.

On peut commencer à rêver en lisant une description d’un décor, mais


Alice regardera ces beaux paysages de loin tout en caressant Cthulhu sur
ses genoux. Il faut harponner Alice pour l’entraîner à travers le miroir.
Pour cela, on utilise le pouvoir de la question. C’est une des métaphores
de Vogler. D’après-vous, pourquoi le point d’interrogation a cette drôle
de forme ? Retournez-le pour mieux visualiser. Une question est un
crochet ! Elle accroche ! C’est elle qui retient l’attention de votre lecteur.
Donc, le plus tôt vous ouvrez une question, le plus tôt vous harponnez
Alice.

Et parmi votre arsenal de crochets, vous disposez d’une pointe en Mithril


incassable : le personnage. Introduire un personnage va harponner Alice
au cœur. Elle va entrer en empathie avec lui et prendre pour elle ses
vœux, ses peurs, ses besoins. C’est pourquoi, au plus tôt on a une vue sur
le but du personnage, au plus tôt Alice va plonger à travers la porte de
l’autre monde, laissant Cthulhu sur le perron. Bien sûr, on ne peut pas
tout balancer sans un minimum de préparation et de contexte ;)

Toutefois, si vous avez commencé votre roman par une longue exposition
sur les tenants et les aboutissants de la guerre de 14-18, passez peut-être
cette partie au chapitre 2 et commencez l’histoire au moment où le héros
essaie de sortir son camarade blessé des tranchées. Dans ce cas, finissez
le chapitre 1 sur une question : « le blessé va-t-il mourir ? », « les ennemis
les ont-ils vu ? » « le héros va-t-il abandonner son ami ? »… Cthulhu peut
bien se tenir tranquille un chapitre si Alice attend la réponse à une
question. Ça vaut le coup de faire du A/B testing : faites lire les deux
versions à deux groupes différents et demandez aux gens s’ils ont
accroché un peu, beaucoup ou passionnément !

Et là, vous vous dites : « encore une qui veut m’obliger à commencer dans
l’action ». Pas forcément. Seulement, l’action a l’avantage de nous mettre
un personnage devant les yeux et de nous poser plein de questions :
« que veut cet humain ? », « qui est-il vraiment ? ». De plus, l’action
permet de créer d’autres accroches. Par exemple, dans le cas de la scène
typique d’ouverture d’un thriller, où un psychopathe pourchasse une
blonde à forte poitrine, on a :

 Du suspense : « va-t-elle survivre, cette blonde à forte poitrine ? »


 Du mystère : « qui est ce mystérieux tueur très très méchant ? »
 Et enfin l’enjeu de l’intrigue : « Qui donc va arrêter le grand
méchant ? »
Le conseil que l’on voit partout de « commencer dans l’action » est donc
en fait une simple dérive d’un conseil plus général : « trouvez un moyen
d’accrocher le lecteur au plus tôt ». Tout ce qui compte, c’est d’avoir un
bon harpon. Dans un remake de l’inspecteur Harry, le meurtre de la
blonde à forte poitrine peut être un bon choix.

Mais pas toujours. Déjà, le problème de cette entrée en matière est


qu’on sait que non, cette blonde à forte poitrine ne va pas survivre, ce
qui en fait une fausse question et l’accroche ne se fait pas.

De plus, cela dépend de votre style et de votre lectorat. En effet, un


lectorat empathique adepte de romances risque de s’attacher à la blonde
et de se retrouver perdu à cause de la règle du poussin. Vous savez ? On
s’attache à la première personne que l’on voit, comme un oiseau qui
vient de naître. Typiquement, notre blonde a un vœu fort. Un enjeu fort.
Des émotions fortes. On l’aime, on veut qu’elle gagne. Eh bien non, elle
crève ! Et là, le héros mâle et surpuissant entre en scène pour résoudre
ce meurtre crapuleux. Alors peut-être que c’était sa femme et qu’il est
remonté à bloc. Peut-être que c’était la fille du premier ministre et qu’il a
la pression. Mais certaines personnes, comme moi, referment le livre
aussi sec. Au contraire, un lectorat de thriller habitué de ces techniques
passera au-dessus. De l’importance de savoir pour qui l’on écrit…

Dans le doute, si vous tuez la blonde, dès la scène suivante, plongez nous
très fort dans le cœur du héros pour nous faire oublier notre premier
amour.

Quelques harpons à Alice :

On peut commencer son histoire de diverses façons (liste non


exhaustive) :

 Avec une action percutante et prenante, mais assez courte et avec


des enjeux clairs, pour ne pas perdre le lecteur ;
 Avec une scène de tension qui illustre le déséquilibre initial de la vie
du héros : « Tu n’es qu’un pauvre naze ! Ta mère avait raison ! » ou
qui illustre ses désirs : « Un jour, elle sera mienne… »
 Avec l’incident déclencheur : ce moment où tout bascule dans la vie
du héros et où l’horizon du changement s’offre à lui. C’est tricky. En
général, on préfère montrer la situation initiale avant de tout faire
basculer. Mais parfois, pourquoi pas ?
 Avec un moment anodin de sa vie, une mini-quête ayant un enjeu du
genre : « Ramener le café à son boss avant qu’il ne refroidisse ». Si
c’est un gars frustré par son travail, on le verra vite. Et si on est dans
le futur, on le verra d’emblée avec sa manière de payer. Pas la peine
ici de raconter, et pas la peine de tuer la blonde à forte poitrine.
 Avec une narration : expliquer le passé, le présent, comme si l’on
regardait ce monde de haut. Dans les univers un peu contés ayant un
passif très lourd, pourquoi pas si la plume coule ? Se méfier tout de
même des impressions de déjà-vu de Cthulhu alors qu’Alice est
encore sous l’arbre : « ah ? ça me rappelle Harry Potter mais en
moins bien… ». Le contexte n’est pas un problème, mais méfiez-vous
si cela dure trop longtemps. Quand Alice baille, Cthulhu mord.
 Ou tout autrement. Tant qu’on garde à l’esprit les besoins
d’immersion, d’accroche et d’empathie du lecteur, ainsi que sa
tendance à poser son bouquin pour aller sortir les poubelles.

2e polish : lisser la cohérence

Une fois la porte passée, il existe un truc qui réveille Cthulhu en sursaut :
les incohérences. Et comme Cthulhu n’aime pas être réveillé
sauvagement, il sort direct les dents et vous taillade votre roman dans un
commentaire sur Amazon.

Aparté : n’en voulez pas à vos lecteurs qui vous font de mauvaises
critiques, car ce n’est jamais la gentille Alice qui parle ; c’est la Chose, Ça,
Celui qui n’a pas de nom…

Mettre à jour ses fiches :


Au cours de l’écriture, on peut avoir des idées sur l’univers ou les
personnages puis changer d’avis en cours de route. Ainsi, avant toute
chose, si ce n’est pas encore fait, remettez au propre votre fiche univers
et vos fiches personnage. Si cela peut vous aider :

 [Link]
 [Link]

Prendre garde à la temporalité :

Dans le même temps, vérifiez que les événements arrivent dans le bon
ordre. Lorsqu’on a modifié des scènes, ou pire, qu’on les a déplacées, les
incohérences se multiplient ! Petit florilège de mes boulettes :

 Le personnage qui sait quelque chose qu’il n’était pas censé


savoir à ce stade (genre, le nom d’un nouvel arrivant).
 Le personnage fait référence à quelqu’un ou à un événement qui
n’est pas encore arrivé dans l’histoire.
 L’élément de contexte sur l’univers ou une description arrive trop
tard car la scène d’introduction a été déplacée ou tout
simplement, pendant la phase d’écriture, je n’avais pas pensé à
faire la description avant !

C’est pourquoi, il est important de bien se relire après avoir fait des
changements majeurs. Voire… de demander l’avis de quelqu’un qui n’a
encore jamais lu l’histoire. Le bêta lecteur, celui qui relit votre histoire au
stade où vous la travaillez encore, aura un regard tout neuf. Il sera le seul
capable de voir ce qui manque, ce qui n’est pas cohérent…

3e polish : lisser le flot

Une scène est un enchaînement de « pulsations ». Lorsqu’on commence


à modifier la structure de l’histoire, en plus de rajouter des incohérences,
on modifie à coup sûr l’enchaînement des dialogues et des actions-
réactions. Lorsque vous relisez un chapitre, commencez par vous laisser
porter pour « sentir » les endroits où ça accroche. Une belle plume, c’est
surtout en enchainement lisse des idées. Lorsqu’on est en phase
d’écriture, cela vient naturellement : une idée en entraîne une autre. Par
exemple :

« Le héros est fatigué ; il porte la main à son front. Il se rappelle alors que
son père avait coutume de faire de même. Si seulement son père… »

Fatigue = front. Front = souvenir du père. Père = regret.

Si, entre le moment où il porte la main à son front et le moment où il


pense à son père, vous avez eu l’idée de glisser une réplique de l’héroïne,
l’enchaînement risque d’être moins lisse.

Une façon simple de lisser la plume est de passer d’objet en objet,


d’idées en idées ou de faire glisser le regard du héros sur une personne
avant de faire allusion à un événement qui la concerne.

4e polish : lisser les choix

Présent ou passé ? Première personne ou troisième personne ?

Chaque choix a ses avantages et ses inconvénients ; veillez juste à ne pas


intervertir en cours de route ! Ne riez pas, cela m’arrive souvent lorsque
je réécris de longs passages ou que je rajoute des scènes ; je passe d’un
récit au passé à un récit au présent et vice-versa ; je passe du « je » au
« il »… ^-^

Permettez-moi d’en profiter pour faire un mini topo sur les points de vue
narratifs et les quelques problèmes qu’ils peuvent poser.

La première personne :

Si on écrit à la première personne, le héros raconte l’histoire :

« J’étais adolescente lorsque j’ai rencontré Kévin. »

Cette forme est pratique pour entrer dans le cœur de l’héroïne et pour
donner de la force aux émotions mais elle pose des problèmes pour
entrer dans le cœur des autres personnages. L’héroïne ne peut pas
prétendre tout savoir ! Alors, on se retrouve vite à utiliser des tournures
comme :
« Kévin semblait en colère contre moi. »

« Kévin semblait avoir froid. »

Cela peut enlever toute la force des émotions. Car si le lecteur ne sait pas
ce que le personnage ressent, comment peut-il le ressentir ?

Comment résoudre ce problème ? Assumer ce que croit et voit son


héroïne.

« Kévin était en colère contre moi. »

« Kévin avait froid. »

Ou mieux, on peut passer par des manifestations physiques des


émotions, des faits objectifs sans interprétation :

« Kévin serrait les poings de rage, son regard posé sur moi était chargé de
violence. »

« Kévin grelottait dans le froid de cette nuit d’avril. Il faisait moins cinq
depuis une semaine mais le syndic n’avait pas daigné remettre le
chauffage collectif. »

Excusez-moi, je m’égare. On est fin avril et j’écris avec un plaid sur le dos.

La troisième personne :

Passons maintenant à la troisième personne. Cette fois, c’est un


narrateur qui raconte l’histoire :

« Britney était adolescente lorsqu’elle rencontra Kévin. »

Le narrateur peut être omniscient :


« Kévin n’avait jamais compris que Britney ne l’aimait pas. Britney, elle,
espérait encore qu’ils resteraient bon amis. »

Ou au contraire, ancré dans le réel et incapable de savoir ce qui se passe


dans la tête de Kévin, ni même de Britney si on pousse le vice à l’extrême.

Attention toutefois si vous vous glissez dans la tête des personnages au


gré de vos besoins d’écrivain. On peut vite perdre le lecteur. Par exemple,
on peut décrire un événement du point de vue de Kévin ou de Britney :

1. « Elle avait encore mis sa jupe rouge. Impossible de croire qu’elle


ne cherchait pas à allumer les mecs de sa classe. »
2. « Elle avait encore mis sa jupe rouge. Après tout, c’était la seule
qui allait avec son sac à main vert. »

On est dans la tête de qui dans chacun de ces exemples ? Vous me direz,
c’est évident. Oui, sauf que parfois, cela ne l’est pas. Et si on passe dans
le même paragraphe du sac à main vert à l’allumage, le lecteur est perdu
car IL NE SAIT PLUS À QUI S’IDENTIFIER. Alerte au Cthulhu !

Lorsqu’on décide de bondir dans la tête d’un autre personnage, je pense


qu’il est de bon ton de changer de paragraphe et de mettre en scène le
nouveau « narrateur » avant de plonger dans ses pensées personnelles.
Elizabeth George, grande écrivaine de policier et auteure d’une méthode
d’écriture, elle, ne change jamais de point de vue au sein d’un chapitre.
Par contre, elle ne se prive pas pour entrer tour à tour dans la tête de
tous ses personnages. À chaque fois, son ton, sa plume, la façon de
ressentir l’histoire change. C’est léger, presque imperceptible, mais
magique. Cela peut toutefois être fait au cœur de l’écriture, comme dans
La Horde du Contrevent.
Sinon, la narration à la troisième personne a un gros défaut pour moi. Je
ne peux m’empêcher de plonger dans la tête de mon personnage pour
les descriptions :

« La salle sentait le pop-corn moisi et le chewing-gum rance, encore un


repère pour gars désespérés. »

Jusqu’au chewing-gum, on est dans l’objectivité. À partir des gars


désespérés, on est clairement dans la tête de mon héroïne. J’aime écrire
ainsi, mais souvent, mes bêtas détestent. Pourquoi ? Car je n’annonce
pas la couleur dès le début. Je crois qu’il faut mettre ce genre d’aparté
très tôt dans la narration. Sinon, si tout est objectif, neutre et lisse et, que
soudain, au chapitre 3, on a un jugement de valeur qui sort de nulle part,
votre lecteur va être choqué et même ne pas comprendre. C’est comme
l’humour. Une histoire dramatique avec une blague en page 57, cela
interpelle, choque.

Bref, on fait son choix dès le début et une fois qu’on a fait un choix, on s’y
tient et même on y va à fond ! Enfin, pas la peine d’être lourd. Je viens de
lire une nouvelle où le narrateur, un motard, a un langage très parlé. Au
début, je me suis dit : « classe ! » Puis au bout de cinq lignes, le style me
ressortait par les yeux car cinq mots d’argots par phrase, ce n’est, somme
toute, pas très lisible. De plus, ne confondez pas les jugements de valeur
de votre héros et les vôtres. Cela m’arrive souvent, et mes bêtas me
frappent, voire me font la gueule s’ils ne sont pas d’accord avec moi.

L’équilibre étant difficile à trouver et mon bêta premium étant allergique


au procédé, maintenant, j’évite les jugements de valeur dans la narration.
J’utilise le vécu de mon héros pour décrire et évaluer les situations, mais
si je veux lui faire sortir une vanne, je la mets en italique à la première
personne. Exemple :

« La salle sentait le pop-corn moisi et le chewing-gum rance.

Encore un repère pour gars désespérés… »

J’utilise cette astuce à chaque fois que je veux vraiment retranscrire ses
pures pensées :
« Elle avait encore mis sa jupe rouge. Il y jeta un œil méprisant.

Pourquoi Kévin reluque ma jupe ? Le vert et le rouge vont bien ensemble,


non ? Et qu’est-ce qu’il y connait lui, d’abord ? »

Enfin, c’est ma façon de faire. À vous de trouver la vôtre ou les vôtres,


mais il faut s’y tenir et rester cohérent pendant tout le roman !
C comme Conclusion : vos bêtas-lecteurs sont vos Cthulhus

La grande difficulté pour repérer les incohérences et les manques


d’information est que vous connaissez votre histoire sur le bout des
doigts ! Vous savez qui dit quoi, vous savez comment chacun s’appelle
avant même qu’on ne vous le dise. Vous n’êtes tout bonnement pas
capable de traquer certains problèmes. C’est normal, même un
correcteur pro n’en est pas capable sur ses propres textes… Ne paniquez
pas ! Il existe une solution très simple. Plus précisément, il n’existe
qu’une méthode pour savoir si le flot et la cohérence sont respectés :
donnez votre histoire, et surtout votre premier chapitre, à relire à des
bêta lecteurs intransigeants avec un Cthulhu surdéveloppé.
Chapitre 5 : l’écrin de velours

Comment utiliser les mots pour


immerger Alice dans l’histoire ?
Le but : ne pas surchauffer l’ordinateur

Nous parlons de style. C’est le moment d’aller au front. Lire sur un blog
dédié à l’écriture qu’un « style ampoulé, c’est pas bieen… », ou sur un
autre blog qu’un « style simpliste, c’est pas bieen… », cela m’agace
prodigieusement (attention adverbe : « c’est pas bieen… »).
Sophistiquées ou mitraillettes, je crois fermement que toutes les plumes
sont belles ; il suffit de les plonger dans le bon encrier.

Vous connaissez Wattpad ? Ce nouveau réseau social pour écrivains. Il est


principalement fréquenté par des ados qui n’hésitent pas à écrire leurs
histoires en langage texto. Et ces ados cartonnent. Oui, même les
Wattpadiens ont un bon style car il est adapté à leur média – écriture et
lecture sur téléphone portable – et à leur public – ados qui n’ont peut-
être jamais tenu un roman entre leurs mains. À l’inverse, si vous écrivez
des intrigues historiques, une plume déliée est peut-être la bienvenue…

Oui, toutes les plumes sont belles. Cependant, de nos jours, les lecteurs
de plumes poétiques et déliées, sont plus rares que les lecteurs de style
accessible. Car on ne lit plus les classiques, on lit dans le train, après une
journée de travail exténuante. Et même au XIXe siècle, il ne faut pas croire
que TOUT LE MONDE raffolait de Zola et compagnie. Il existait quantités
d’auteurs plus « commerciaux » qui vendaient peut-être même davantage
que ces mastodontes, mais, leur style et leurs histoires étant aussi
oubliables que le tout-venant actuel, ils n’ont pas perduré dans les
mémoires. [Note de Maxime, le relecteur historien à ses heures
perdues ;)]

La question est donc de savoir ce qu’on aime et pour qui on écrit. Il faut
trouver un compromis entre notre envie, notre genre littéraire et notre
audience. À chacun d’adapter sa plume en conséquence. Mais pour être
capable d’adapter, encore faut-il connaître les règles de la lisibilité…

Bien sûr, tout ce que je vais vous dire là est relatif. Un lecteur du Monde
n’aura pas le même vocabulaire que celui qui ne lit que les panneaux de
signalisation. Une lectrice de classiques aura peut-être des attentes
différentes d’une lectrice Harlequin. Même si on peut facilement aimer
les deux *^-^*

Le principe alchimique
Le cerveau est un ordinateur qui fait du traitement d’image. Il reçoit des
informations et il les « processe », il les traite, il les mouline, jusqu’à
générer une image en 5D : l’espace (trois dimensions), le temps et les
sensations (ne cherchez pas ces théories de grosse geek ailleurs). Pour
cela, il y a trois composantes qui entrent en jeu :

 Les mots permettent de transmettre des informations à un


niveau conscient. Ce sont les 0 et les 1 qui nourrissent
l’ordinateur. Une sorte de langage de programmation « bas
niveau » : du binaire, voire un langage assembleur.
 Les métaphores, les allitérations et autres effets de style
permettent de transmettre des informations à un niveau
inconscient. C’est un langage de programmation « haut niveau »,
une sorte de langage objet.
 Le processus de réflexion qui permet de traduire tout cela en
sensations. C’est le traitement d’image que fait la carte
graphique de votre ordinateur.

Il est nécessaire de garder à l’esprit ces trois points quand on se relit. Une
belle plume, c’est, à la fois, transmettre les bonnes informations en
amont et, à la fois, faciliter le calcul par le cerveau du lecteur en aval.
Bref : trouver un équilibre entre le pouvoir des mots et leur simplicité.

Pourquoi cet équilibre fragile est-il si important ? Une idée ? Bingo ! Car
sinon, Cthulhu va se réveiller ! ^-^
« S’adresser au plus grand nombre,
c’est leur faciliter la tâche »
Yves Agnès dans Manuel de
journalisme
La recette alchimique
J’aimerais ici aborder les règles journalistiques de la lisibilité. Pourquoi
vais-je chercher du côté du journalisme ? Parce que j’ai été formée ainsi,
bien sûr, mais surtout parce que les journalistes sont une espèce qui doit
désespérément lutter avec cette dure réalité : écrire pour être lu.

Lorsque Madame ou Monsieur tout le monde attrape un journal à la


volée, son regard glisse sur les titres, parfois en accroche un, commence
à lire et, au moindre coup de coude dans le métro, s’en détache et jette
le journal par terre. Littérature pour gens pressés, stressés, fatigués.

C’est aussi le lot de certains de nos livres. Perso, je lis dans le métro et j’ai
une PAL de la taille de cinq tours de Pise (Dumas en prenant déjà trois).
Donc autant vous dire que si le bouquin me fatigue, je peux être très, très
méchante : poubelle. Et je ne suis pas la seule.

Reflexe 1 : surveiller la taille des phrases

Un principe démontré scientifiquement est que la « rapidité de lecture, la


compréhension et la mémorisation d’une phrase est fortement influencée
par sa longueur… » (Manuel de journalisme, Yves Agnès).

Pour reprendre la métaphore de l’ordinateur, le cerveau ne peut garder


en mémoire cache qu’une certaine quantité de mots. Elle est en
moyenne de 12 mots (de 8 à 16 mots). À vous d’apprendre à connaître
vos lecteurs. S’ils lisent des romans, ils sont plutôt dans la tranche haute.
Cela ne veut pas dire que vous n’avez pas le droit à des phrases de
25 mots ou de 4 mots. Muse est contente. Plume aussi ! ^-^
Gardez juste à l’esprit une chose : avec une succession de phrases de
20 mots, vous pouvez fatiguer le cerveau de votre lecteur et, si ces
phrases sont complexes, vous risquez de l’embrouiller. Par exemple, la
phrase précédente en fait trente-deux. Plus la phrase est longue, plus elle
doit être articulée avec soin. On rentre dans du style très fin et il faut alors
utiliser toutes les astuces à disposition. C’est donc beaucoup plus difficile !
[Note de Maxime, le relecteur qui ne pardonne rien et qui m’a rajouté
deux virgules ;)]. Pensez au pouvoir de la ponctuation !

De même, on a plus de difficulté à déchiffrer des mots longs et donc, cela


ralentit et gêne le processus de lecture. Et ne parlons pas des mots
inconnus ! Cela ne veut pas dire qu’il ne faut jamais en mettre ; cela veut
dire qu’il faut prendre conscience de ce que cela implique pour le lecteur.
Si vous mettez un mot nouveau, peut-être vaut-il mieux qu’il ne soit pas
encadré de deux mots longs et le tout collé dans une phrase
alambiquée… Autant que possible, il faut le placer dans un contexte qui
permet d’en inférer le sens. Démonstration par l’exemple : inférez ? Vous
comprenez dans le contexte ? ^-^

Réflexe 2 : surveiller l’ordre des mots

Le début d’une phrase est la partie la mieux mémorisée. La fin est en


général mal mémorisée et, dans les séquences très longues, les milieux,
pas du tout ! Ainsi, en journalisme, on conseille les structures de type :

Sujet + verbe + Complément.

Petit exemple de problème de structure :

« Kévin, dans la douceur d’un printemps qui n’en finissait pas de s’étaler
comme la confiture s’étalait sur les tartines que sa mère lui faisait enfant,
avait décidé de sortir faire un tour. »

Euh… c’est joli mais je vois Kévin avec une tartine de confiture qui sort
faire un tour, voire, la tartine qui passe la porte en flottant. C’est encore
une conséquence de notre mémoire limitée. Si on éloigne trop le sujet de
son verbe et qu’on intercale d’autres images entre les deux, le lecteur
aura du mal à visualiser la scène. La carte graphique rame et le monde
devient flou dans son esprit. Cela ne va peut-être pas réveiller la Chose
mais les images se font moins nettes. L’immersion baisse d’un niveau, ou
plutôt, remonte d’un cran vers la surface et le monde réel.

Et sur une phrase longue avec la structure « complément + sujet +


verbe », votre lecteur ne retiendra pas bien la fin. Bref, il ne retiendra pas
l’action principale ! En deux temps, trois mouvements, il sera paumé. Et
la Chose va se réveiller… Pour reprendre le cas précédent, on peut dire :

« Le printemps était doux et n’en finissait pas de s’étaler, comme la


confiture s’étalait sur les tartines que la mère de Kévin lui faisait, enfant.
Le jeune homme décida de sortir faire un tour. »

Dans le même esprit, il peut être utile de préférer la voie active.

 La pierre avait été posée par Kévin.


 Kévin avait posé la pierre.

Deux mots en moins. Cela vous semble ridicule mais si vous rajoutez une
proposition relative, un adjectif, etc., la voie passive devient vite illisible :

« La pierre que Britney avait peinte en bleue avait été délicatement posée
par Kévin. »

Euh… Alice va devoir errer dans les limbes combien de temps avant de
voir Kévin poser cette foutue pierre ?

Réflexe 3 : nourrir le petit poussin

L’autre problème lié à la structure « complément + sujet + verbe », voire


les structures encore plus complexes, est lié au syndrome du petit
poussin. Le cerveau, pendant tout le début de la phrase se demande
« Bon dieu ! Qui parle ? Qui agit ? Pour faire quoi ? ». La première
personne qu’on lui présente va lui servir de référence. C’est pour cette
raison que j’évite les phrases déstructurées du style :

« Parce que le rouge était sa couleur, et que Kévin l’aimait comme cela,
brillante et voluptueuse, Britney, qui ne voulait pas le perdre, ressortit sa
petite jupe rouge du placard alors qu’il la haïssait ; malheureusement, elle
ne le savait pas. »
Vous l’avez vue sortir sa jupe rouge du placard vous ? Vous avez vu Kévin
qui la haïssait ? Ou peut-être que c’est le placard qui la hait ? Mais bien
évidemment que seul Kévin peut haïr quelqu’un ! Mais alors qu’est-ce
qu’il déteste Kévin ? La couleur, la jupe ou Britney ?

Bref… Parfois, aller à l’essentiel et séparer les idées différentes dans deux
phrases, cela ne fait pas de mal. Par exemple :

« Britney ressortit sa petite jupe rouge du placard. Après tout, le rouge


était sa couleur et Kévin l’aimait comme cela : brillante et voluptueuse.
Britney ne voulait pas le perdre alors elle enfila ce vêtement qu’il haïssait.
Malheureusement, elle ne le savait pas. »

Bon, on doit pouvoir mieux faire, mais il est deux heures du matin et vous
avez compris l’idée.

Reflexe 4 : se demander « qui parle ? »

Le corolaire de la théorie du poussin est de toujours vous demander « qui


parle ? » à chaque ligne de dialogue.

« — Bah voyons, je l’ai acheté à Lidl, mon chewing-gum ! »

Cela vous semble évident à vous, auteur, que c’est Britney qui parle, car
elle n’a pas les moyens d’aller à Fauchon, mais le cerveau du lecteur sera
obligé de faire un effort pour effectuer cette déduction. Et que se passe-
t-il à votre avis ? Bingo ! La Chose sort de son sommeil…

On peut, par exemple, introduire un dialogue soit en faisant agir la


personne qui parle juste avant…

« Britney ouvrit la bouche et colla son doigt sur sa joue :

— Bah voyons, je l’ai acheté à Lidl, mon chewing-gum ! »


Soit en utilisant le fameux « dit Britney » qui n’a rien de honteux.

« — Bah voyons, dit Britney, je l’ai acheté à Lidl, mon chewing-gum ! »

La seule chose qui compte, c’est que la Chose ne se réveille pas.

Enfin, faut pas abuser non plus!

<Début de la vendetta>

« Aro laughed. “Ha ha ha,” he giggled. »

Stephenie Meyer, New Moon

C’est en fait un contre-exemple. Traduction de ce best-seller mondial :

« Aro rit. “Ha ha ha. ” rigola-t-il. »

Un seul des trois aurait suffi ! Pas la peine de prendre ses lecteurs pour
des… biiiip !

J’en profite pour faire un petit aparté. Un truc qui m’agace


prodigieusement dans les livres, c’est l’insert de dialogue « blagua » ou
« ironisa » suivi d’un humour de poulpe :

« — T’as une tête de héron, blagua-t-il. »

Vous écrivez la blague. Si elle est drôle, parfait, c’est une blague et ce
n’est pas la peine de le dire. Si elle ne l’est pas, c’est dommage pour vous.
Mais les rires enregistrés dans un roman, cela n’existe pas. C’est comme
ces séries où on nous explique que le héros est supérieurement
intelligent et où le scénariste est trop bête pour bâtir une intrigue
complexe avec une solution géniale.

</Fin de la vendetta>

Méfiez-vous aussi des dialogues ping-pong qui s’éternisent entre deux


personnes. OK, en théorie, on sait qui a parlé en premier, mais en
pratique on peut perdre le fil. Donc, n’hésitez pas à introduire un peu
d’action au passage pour recadrer qui dit quoi et relancer l’immersion. Et
surtout, ne vous dites pas qu’il suffit d’expliquer trois lignes plus loin que
c’est Britney qui parle. En effet, trois lignes plus loin, le cerveau, paumé
pendant trois lignes, va revenir en arrière et là, vous êtes foutu. Ne jamais
faire revenir le cerveau en arrière… car la Chose se tient sur ses talons, et
dès qu’il se retourne, elle mord !

Reflexe 5 : se demander « qui fait quoi ? »

Le corolaire de « qui parle ? » est « qui fait quoi ? ». Vous vous rappelez
ma belle phrase tarabiscotée :

« Parce que le rouge était sa couleur, et que Kévin l’aimait comme cela,
brillante et voluptueuse, Britney, qui ne voulait pas le perdre, ressortit sa
petite jupe rouge du placard alors qu’il la haïssait ; malheureusement, elle
ne le savait pas. »

Qui déteste Britney, alors ? Techniquement, c’est le placard. Je ne sais


pas ce que Britney lui a fait… Comme dirait mon correcteur : c’est une
opposition entre le sujet sémantique et le sujet grammatical.

J’en profite donc pour vous mettre en garde contre les pronoms
personnels et les mots génériques qui peuvent embrouiller le lecteur. La
règle de base est qu’un pronom renvoie directement au nom qui
précède. Une règle que je me suis fixée est de limiter l’utilisation des
pronoms et termes génériques comme : » son ennemi », « celui-ci »,
« cette dernière », « l’arme », etc. Surtout en pleine action, où le lecteur,
haletant, laisse courir son regard sur les mots et n’en lit que la moitié. Il
faut que les images viennent vite et soient percutantes. Par exemple :

« Le chevalier saisit son arme, qu’il plongea dans le corps de son ennemi.
Celui-ci expira en saisissant cette dernière. »

Bon. Je ne visualise pas grand-chose moi. Et vous ? Vous avez bien vu ça :

« Le chevalier saisit son pic à brochette, qu’il plongea dans l’œil de son
ennemi. L’ourson expira en saisissant la tige de métal. »

Je trouve ce petit jeu rigolo. D’un côté, cela illustre la puissance du


répertoire de symbole : chevalier = épée = dans le ventre. Il est très utile
de jouer avec, notamment pour limiter les répétitions. Mais prenez garde
à avoir bien mis en place ce « répertoire commun » entre vous et votre
lecteur et à ne pas trop l’obliger à « faire des retours arrière » :

« Attends… Arme = épée, non c’est vrai, ici, arme = pic à brochette, c’est
dit dans le chapitre précédent… Euh… je suis plus sûr, je reviens en arrière
ou pas ? »

Voilà ! Votre lecteur est à des années-lumière du combat et la Chose a


ouvert un œil…

Réflexe 6 : appeler un chat, un chat

La conséquence de tout ce que l’on a dit précédemment est qu’il faut


éviter d’utiliser des mots inutiles. Plus on allège ses phrases, plus on va à
l’essentiel, moins on risque de réveiller Cthulhu. Cela passe par un réflexe
clef : ne pas parler pour ne rien dire. En un mot, être précis et concret.

Déjà, rappelez-vous que chaque chose a un nom sur cette planète :

 Une épée japonaise longue et fine est un katana.


 Un dessin qui représente une école est un blason, ou un logo.
 Une trouée au milieu des arbres est une clairière.
 Une table d’ordinateur est un bureau.
 Une machine à pop-corn est… OK. Certains objets sont relous.

Ensuite, rappelez-vous que chaque action a un verbe précis sur cette


planète et que, parfois, donner des détails ne sert à rien :

 Manger à toute vitesse se dit engloutir, par exemple.


 Parler tout doucement se dit murmurer ou chuchoter.
 Se bagarrer gentiment se dit se chamailler.
 Se chamailler gentiment est un pléonasme. C’est toujours gentil
de se chamailler. Sinon, on se « fout sur la gueule ».
 Parler très lentement se dit articuler.
 Articuler lentement est un pléonasme ou un truc horrible à voir.
 Saisir machinalement un objet se dit… OK, j’ai jamais trouvé
d’équivalent à celui-là. Et je l’aime…

Voilà d’où vient le slogan que l’on trouve un peu partout sur les blogs
d’écriture : « interdiction aux adverbes ». Aucune règle n’est à appliquer
telle quelle. Simplement, essayez que chaque mot apporte de
l’information et qu’il ne soit pas là pour compléter un mot vague ou pour
en renforcer un autre inutilement. Parfois, renforcer un mot peut être un
effet de style. Soyez cependant sûr que cela n’alourdisse pas la phrase.

Enfin, et là je vais me mettre à dos du monde, c’est bien d’éviter les


répétitions mais n’oubliez pas : « un petit félin domestique », c’est avant
tout un « chat ». Un mot qui génère aussitôt une image sans
l’intervention de Cthulhu. Et si c’est un chat votre héros, il est possible
que le mot revienne beaucoup dans votre roman. Éviter les répétitions à
deux paragraphes d’intervalle, c’est bien. Se transformer en dictionnaire
improbable à la plume en plomb juste pour faire plaisir aux statistiques
d’un logiciel comme Antidote, c’est mal.

À vos plumes ! N’hésitez pas à participer à des concours de


micronouvelles :

 [Link]

Vous allez apprendre à condenser et à chercher le mot juste ! Dans la


douleur, certes, mais vous apprendrez quand même. Casse-Petons, votre
cerveau logique, sera ravi de ce petit exercice. ^-^
« On peut éliminer la majorité des
candidats à la suite d’un examen
extrêmement rapide. Si, par exemple, la
langue est mal maîtrisée (maladresses,
répétitions, fautes de style), le curseur
peut tomber en chute libre au bout de
deux paragraphes. Ajoutez-y une
mauvaise présentation, quelques fautes
d’orthographe, des longueurs et une fin
de premier chapitre sans intérêt :
l’affaire est faite. »
Extrait du site Les éditions Humanis
Réflexe 7 : un dernier coup de truelle

Un manuscrit truffé de fautes ne sera pas lu. Point, barre. Si la forme n’en
vaut pas la peine, l’histoire passera à la trappe. Les mots ne sont qu’un
média, certes, mais c’est le média qui permet de transmettre les images
et les émotions. Si l’on ne maîtrise pas les mots, l’affaire est faite.

Alors, en toute fin, vérifiez que votre manuscrit est propre et faites une
passe dans un logiciel comme Antidote, qui traque les fautes (ou Word,
ou Open Office). Et relisez-vous bien ! Petite astuce relecture :
commencez par la fin pour ne pas être happé par l’histoire. Si vous n’avez
ni logiciel ni affinité pour l’orthographe, alors, criez au secours avec les
yeux larmoyants du chat de Shrek. Dans votre cercle, il y a peut-être un
prof de français ou une Tata Paulette qui prend la moindre faute
d’orthographe pour une insulte personnelle.

Si vous en avez les moyens et, surtout, si vous vous lancez dans l’auto-
édition, faites-vous aider par un professionnel. Une bonne relecture
coûte quelques centaines d’euros pour un roman. On peut parfois
trouver moins cher en faisant confiance à un jeune correcteur qui se
lance. Mais cela reste un budget. Tant pis pour la dernière intégrale Blu-
ray de vos séries préférées. La satisfaction de vos rêves, de votre âme,
passe avant la satisfaction de vos envies consuméristes.

Certains correcteurs font aussi le travail du style. Aussi bon qu’on pense
être, avoir les retours d’un pro nous permet d’évoluer ! ;)
Personnellement, j’ai travaillé et apprécié travailler avec les correcteurs
suivants. N’hésitez pas à leur demander leur fonctionnement (ortho-typo
seule ou avec relecture du style), leurs disponibilités et un devis :

 Emmanuelle Lefray Correctrice :


[Link]

 Florence Clerfeuille de « À mots Déliés » :


[Link] et contact@[Link]
 Maxime Duranté de « L’Attelage » [Link] et
le mail [Link]@[Link]

 Nicolas Koch de « La plume numérique »


[Link]
[Link]

Vous pouvez aussi poster un message sur le groupe Facebook :


Plateforme auteur correcteur.

Voilà ! C’est la dernière touche pour offrir votre histoire en diamant sur
un velours de mots tout doux…

^-^
« Wang-fu parlait comme si le
silence était un mur et les paroles
des couleurs destinées à le couvrir ».
Marguerite Yourcenar
Ultime habitude : laisser s’envoler l’oiseau

Je vous disais plus haut que les métaphores, les allitérations et autres
effets de style permettent de transmettre des informations à un niveau
inconscient. Je ne vais pas faire un cours magistral sur les figures de styles
car il n’y a pas 36 solutions pour apprendre à bien écrire. Il faut :

1. Lire de beaux auteurs et des poètes ;


2. Se laisser aller pendant l’écriture ;
3. Être impitoyable en phase de relecture (n’oubliez pas les
paragraphes précédents).

Je vais donc vous citer trois auteurs que j’aime plus que tout.

Top 1 : Marguerite Yourcenar

Tout d’abord, j’aimerais vous parler de Marguerite Yourcenar, la femme


qui a forcé les portes de l’Académie Française (jusqu’ici réservée aux
hommes). Elle faisait de la poésie en prose dans ses romans. La puissance
de ses images n’a d’égale que la fluidité de son style. Jamais je ne lui ai lu
une phrase alambiquée, un mot torturé.

Certaines de ses nouvelles (notamment « Kali » dans Nouvelles


orientales) sont entièrement conçues sur le modèle « Sujet, verbe,
complément d’objet ou proposition relative », avec de temps en temps
des conjonctions de coordination pour relier deux phrases.

C’est le choix des mots, des associations d’images improbables, cette


sensibilité héritée de l’Asie qui donne la puissance de son style. Tout est
résumé dans cette phrase :

« Wang-fu parlait comme si le silence était un mur et les paroles des


couleurs destinées à le couvrir. »

Bilan :

 Mots compliqués ? zéro


 Adverbes ? zéro
 Adjectifs ? zéro. Enfin, pour les puristes, il y a bien un participe
passé à valeur adjectivale.

Ce qui fait la force de cette phrase est l’incroyable image de ces mots
jetés sur un mur de silence. C’est cela, la poésie. Bien sûr, la phrase est
un peu longue, mais ses mots vous glissent entre les doigts.

Top 2 : Alexandre Dumas

Dumas est réputé pour être l’inventeur des romans de capes et d’épées
et, je pense, des romances et des romans d’action. Il est moins connu
pour la force de sa plume, et pourtant… j’ai été impressionnée par sa
métaphore filée tout le long du cycle sur la révolution française. Au
début, il compare la foule de Parisiens qui attaquent à des animaux
déchaînés. Quelques exemples tirés du tome 1 de Ange Pitou :

« […] cette place était encombrée d’hommes aux bras nus, agitant des
sabres et des piques. La rumeur qui courait par les rues avait annoncé
qu’on leur amenait le gouverneur et le major de la Bastille, et comme une
meute, longtemps retenue le nez au vent, les dents grinçantes, ils
attendaient. »

Plus loin :

« La foule vit ce qu’elle venait de gagner et fit un furieux effort. Comme un


boa gigantesque, elle roula ses anneaux autour du groupe. »

Dans La Comtesse de Charny, tome 4, la foule qui subit les tirs est cette
fois semblable aux végétaux :

« […] la masse compacte ondoya comme une moisson courbée par le vent,
puis comme une moisson sciée par la faucille et chancela et s’affaissa sur
elle-même. »

Dans une autre scène :

« La fusillade, ainsi qu’une immense faux, avait alors passé à hauteur


d’homme, et scié les trois quarts de ces épis humains qui mettent vingt-
cinq ans à pousser, et qu’une seconde ploie et brise. »
Pourquoi passer de la bête fauve aux végétaux ? Parce que, dans Ange
Pitou, le jeune héros Pitou est terrifié, outré, de la violence du peuple.
Alors que dans La Comtesse de Charny, Pitou a vieilli. Il veut tuer lui aussi.
Lorsque le peuple tombe, il est aussi innocent qu’un arbre à ses yeux.

La foule incontrôlable, elle, est plus semblable aux éléments :

« Alors, on entendit du côté de la porte Saint-Martin un bruit pareil au


rugissement de la mer sur les galets. Ce bruit furieux s’échappait par-
dessus les maisons […] »

Vous remarquerez à quel point Dumas se contrefiche des règles


modernes de la lisibilité. Les répétitions et les phrases longues, il adore
ça. Mais il n’en abuse jamais et il sait utiliser la ponctuation pour ne pas
essouffler le lecteur, et surtout ses phrases sont grammaticalement
correctes. Petit – long – extrait :

« En ce moment, au milieu de ce bruit d’artillerie et de fusillades, au


milieu des hurlements de la foule, comme le peuple se précipite de
nouveau pour ramasser les morts et se faire une nouvelle arme de ces
cadavres qui crieront vengeance par la bouche de leurs blessures,
apparaît, à l’entrée de la première cour, une petite troupe de bourgeois
calmes, sans armes ; ils fendent la foule et s’avancent prêts à sacrifier leur
vie, protégés seulement par le drapeau blanc qui les précède et qui
indique des parlementaires. »

Voilà ! Tout ça pour vous citer cette image : « ces cadavres qui crieront
vengeance par la bouche de leurs blessures ». Mais aussi pour vous faire
remarquer que toutes les règles de lisibilité peuvent être contournées. Il
suffit simplement de les connaître et de s’en jouer comme Rimbaud se
jouait des alexandrins.

Voilà ma transition ! Où trouver ces idées de génie, ces métaphores


superbes, qui vous transforment une phrase au ras des pâquerettes en
double sens cosmique ?

Top 3 : Arthur Rimbaud


Rimbaud était mon idole au lycée. J’ai dû désapprendre la poésie pour
apprendre à écrire mais, de temps en temps, vous avouerez que
quelques petits vers ne font pas de mal à Plume et à Muse, non ?

Voici quelques images volées au hasard. Je ne dis pas que ce sont les
meilleures, juste des mots qui ont surgi en feuilletant les pages des
recueils Une saison en enfer et Illuminations :

« Sur la mer que j’aimais comme si elle eût dû me laver d’une souillure, je
voyais se lever la croix consolatrice. J’avais été damné par l’arc-en-ciel. Le
Bonheur était ma fatalité, mon remord, mon ver : ma vie serait toujours
trop immense pour être dévouée à la force et à la beauté. »

« L’automne. Notre barque élevée dans les brumes immobiles tourne vers
le port de la misère, la cité énorme au ciel taché de feu et de boue. »

« Les brasiers, pleuvant aux rafales de givre, – Douceurs ! – les feux à la


pluie du vent de diamants jetée par le cœur terrestre éternellement
carbonisé pour nous. – Ô monde !

[…] Les brasiers et les écumes. La musique, virement des gouffres et choc
des glaçons aux astres. »

« J’ai appelé les bourreaux pour, en périssant, mordre la crosse de leurs


fusils. J’ai appelé les fléaux, pour m’étouffer avec le sable, le sang. Le
malheur a été mon dieu. Je me suis allongé dans la boue. Je me suis séché
à l’air du crime. Et j’ai joué de bons tours à la folie. »

Ne me demandez pas ce qu’il prenait ! Allez, pour finir :

« Mais, cher Satan, je vous en conjure, une prunelle moins irritée ! et en


attendant les quelques petites lâchetés en retard, vous qui aimez dans
l’écrivain l’absence des facultés descriptives ou instructives, je vous
détache ces quelques hideux feuillets de mon carnet de damné. »
« Ce journalisme de méthode et de
rigueur, […] n’empêche pas, bien au
contraire, la créativité et le style.
Quand les règles de base sont bien
intériorisées, que leur pratique est
devenue un automatisme, il peut en
jouer de mieux en mieux […] »
Yves Agnès
C comme Conclusion : le feuillet du fou et le stylo du sage

Ne perdez jamais de vue que l’écriture n’est ni plus ni moins qu’un code
qui nous sert à communiquer. L’écrivain communique des images, des
sensations. Si l’effet de style brouille la génération d’image, interrogez-
vous sérieusement ; peut-être devriez-vous le supprimer. Prenez votre
stylo rouge et rayez !

Mais ne renoncez pas au style pour autant ! Imprégnez-vous des feuillets


des fous et des poètes, puis couvrez les vôtres, et enfin, en phase de
relecture, veillez à ce que le tout reste lisible et génère la juste image, qui
apportera du sens au niveau inconscient. Pensez à La Chose, bien sûr,
mais n’oubliez pas Alice ! C’est pour elle qu’on fait tout ça.
La conclusion des conclusions : ne
restez pas seul !
Tout ce travail que je vous indique dans ce livret est à effectuer sur un
premier jet. Pour cette phase, Stephen King conseille de se plonger dans
la tête de votre lecteur idéal, si possible une personne que vous
connaissez. Cela aide à faire des choix et à améliorer son texte. C’est ce
que Stephen King appelle la « relecture porte ouverte », au contraire de la
phase d’écriture qui se fait « porte fermée ».

Et n’hésitez pas à presque réécrire vos tout premiers chapitres. Pour trois
raisons :

1. C’est là où les chances de réveiller Cthulhu sont les plus grandes.


2. C’est eux qui feront les frais de tous les manques d’informations
qui sont cruciaux au début.
3. On les a écrits il y a parfois plusieurs années : notre style a
évolué.

Une fois que ce travail est fait, la seconde étape est de donner votre
texte à vos bêta-lecteurs. Stephen King conseille d’en avoir de plusieurs
sortes : Tata Paulette, l’acharnée des fautes de goût ; Oncle Henri, le fana
des armes qui vous dira si oui ou non, votre inspecteur a pu utiliser un
calibre 9, etc.

Bien sûr, on ne peut pas prendre tous les commentaires de nos lecteurs à
la lettre. Mais lorsqu’un bêta ne comprend pas quelque chose, lorsqu’il
ne visualise pas une scène, lorsque le caractère d’un personnage lui
semble incohérent, dites-vous que le problème peut venir du texte…

Les retours peuvent être lourds. Mais lorsque on a passé trois ans à écrire
un livre, on peut passer quelques semaines de plus à le peaufiner avant
de l’envoyer ;)
Le mot de la fin pour aller plus loin
Nous avons vu que l’écrivain, ce chercheur de diamants, a plusieurs
ennemis : les dragons Abandon, Analyse et Arrogance. Bien sûr, la seule
bestiole à être vraiment mortelle est Abandon.

C’est pour cela que je vais encore me répéter. Si, à un moment donné, le
retravail de votre histoire vous glace d’effroi et que vous vous sentez près
d’abandonner à cause de cela, cesser de réfléchir. Mettez une claque à
Casse-Petons et à Analyse et faites un doigt d’honneur à Cthulhu. Tant pis
si votre histoire n’est pas parfaite selon les standards de l’édition ou des
profs d’écriture. L’important, c’est d’écrire.

Pourquoi ? Parce que la Terre de Fantasia a besoin de vous. Permettez-


moi de citer le serviteur du néant qui ronge Fantasia dans l’Histoire sans
Fin :

« Fantasia représente les rêves et les espoirs de l’Homme. Les Hommes


qui ont perdu l’espoir sont faciles à soumettre. Et qui obtient la
soumission détient le pouvoir. »

Voilà pourquoi la seule chose qui compte est que vous continuez de
poser vos rêves sur le papier, encore et toujours. À aube d’une troisième
guerre mondiale où les gens tuent en criant « vive la mort », c’est plus
qu’un droit, c’est un devoir de chanter l’imaginaire sous toutes ses
formes. Car l’imaginaire est le terreau qui nourrit l’espoir. Les êtres
humains ne sont pas des machines qui se contentent de penser. Ce ne
sont pas des animaux qui se contentent de survivre. Ce sont des âmes
sensibles qui s’expriment à travers l’Art et le Divertissement, et je mets
les deux sur un pied d’égalité. Donc : écrivez, s’il-vous plaît.

Je continuerai à retransmettre tout ce que j’apprends sur mon blog


[Link] et sur ma chaine Youtube. Je ferai d’autres
livrets : sur la préparation en amont de son roman, sur la phase
d’écriture, etc.

Vous pouvez vous contenter de cela – et d’autres blogs et chaînes très


bien aussi ^-^ – ou vous pouvez aller plus loin. Je vous mets ci-dessous les
références de ce livre au cas où vous voudriez les lire.

 Robert McKee : Story : les principes de l’écriture d’un scénario ou


la version originale : Story : the principles of screenwriting
 Christopher Vogler : Le Voyage du héros, le guide du scénariste
ou la version originale : The Writer’s journey
 Yves Agnès : Manuel de journalisme
 Lisa Cron : Story Genius (en anglais uniquement)
 Stephen King : Mémoires d’un métier

Et même si je ne les cite pas beaucoup ici :

 Elizabeth George : Mes secrets d’écrivain


 Julia Cameron : Libérez votre créativité

En revanche, je vous mets en garde : certaines méthodes sont trop


castratrices, d’autres nous chamboulent trop. J’ai autant souffert que j’ai
gagné avec les méthodes d’écriture. Lisez-les si vous êtes curieux mais ne
prenez rien pour argent comptant et à la lettre – surtout dans les
méthodes de Vogler et McKee, trop axées sur la forme et le résultat final,
et pas assez sur le processus créatif.

Apprenez, testez, écrivez et amusez-vous toujours. ^-^


Remerciement :
Merci à Maxime pour sa relecture et ses ajouts un peu partout, même si
je ne l’ai pas crédité à chaque fois ;) En espérant que la forme –
l’orthographe de ce livret gratté dans l’urgence –, et le fond – ce cours
d’écriture plein de partis pris –, ne l’auront pas fait sortir de ses gonds.

Merci à mes tout premiers abonnés à la lettre, et surtout merci à Auteure


Blueindigo, Pascale K Lou, Riocamy, Tyragrio… de leurs pseudos, pour
leurs encouragements. Désolée d’avoir tant traîné pour écrire ce livre ! Et
merci à Zahardonia pour sa question piège !

Et merci à vous lectrices et lecteurs d’être arrivés jusqu’ici…

Bonne chance à vous dans vos projets ! ^-^

© 2017 L’Écrivain Alchimiste, société Mem

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