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Étude des toponymes de Tébessa

Transféré par

Dirar Allaoua
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Étude des toponymes de Tébessa

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Introduction

1
« What’s in a name ? »1, demandait Juliette à Roméo dans la fameuse tragédie de
Shakespeare2. Cette question a toujours suscité de nombreuses hypothèses et mis a
contribution des travaux des sociologues, des philosophes, des psychanalystes, comme des
linguistes. Cette interrogation est à l’origine de notre réflexion autour de la nature et de la
définition des noms ; réflexion qui nous conduira d’abord à chercher des pistes de réponses du
côté de la linguistique du nom.

Le nom qui reste une marque possédante dans la langue porte la désignation d’un être,
d’une personne, d’une action, etc. Relativement au nom propre qui représente une
particularité dans la classe des noms. En cela, nous rejoignons Dumarsais qui adopte la
définition grammaticale traditionnelle en présentant le nom propre comme « le nom qui n’est
dit que d’un être particulier, du moins dans la sphère où cet être se trouve. » (Œuvres
complémentaires, IV, p. 193). Le nom propre est facilement remarquable, difficilement
oubliable, il peut être facilement changeable mais difficilement abrogeable comme Pierre
Guiraud l’a noté : « l’histoire de nos mots, c’est celle de notre culture, de notre pensée
collective inconsciente. » (1986, Structure étymologique du lexique français, p.15)

Toutefois, ces dernières années de nombreux linguistes ont commencé à traiter le nom
propre comme objet d’étude proprement linguistique. Ces chercheurs ont souvent évoqué des
étymologies diverses pour les noms propres, auprès de la philosophie qui indique que la
réflexion sur les noms propres provient évidemment de la logique. La description logique du
nom propre a jalonné tant de linguistes mais ils n’ont pas pu éviter de situer au carrefour de
ces idées fondatrices. Prenant appui sur les travaux des logiciens, les linguistes tentent
d’étendre la réflexion à d’autres questionnements qui s’intéressent à la structure, au sens et
aux caractéristiques. C’est à l’égard de cet intérêt grandissant dans la communauté des
linguistes qu’on va préparer notre d’étude.

Notre travail s’intitule « Etude onomastique des toponymes urbains de la ville de


Tébessa. Approche morphologique et sémantique ». Nous allons prendre en charge
l’onomastique, c’est-à-dire l’étude des noms propres. Cette thématique constitue un domaine
spécifique, assez marginale de la linguistique. Le dictionnaire Larousse définit le terme
onomastique comme ci : « c’est une branche de la lexicologie qui étudie l’origine des noms

1
Traduction : qu'est-ce qu'il y a dans un nom ?
2
Dramaturge, poète et acteur anglais, parmi ces œuvres les plus connus: Roméo et Juliette, et
Hamlet
2
propres (on distingue l’anthroponymie qui étudie les noms de personnes, et la toponymie qui
étudie les noms de lieux).»3

Notre recherche s’intéresse à la toponymie. Nous ferons une description de cette


branche bien travaillée par des chercheurs prestigieux afin de vérifier ses aspects sur notre
terrain. Nous tenterons de focaliser sur les noms des quartiers de notre ville « Tébessa »
connue par son histoire et sa civilisation marquante, en effectuant une étude sociolinguistique
par excellence. La ville est le terrain essentiel de la sociolinguistique urbaine non seulement
parce qu’elle représente un lieu d’application sociale en dépit des charges et des tensions
qu’elle véhicule mais aussi à cause des obstacles qu’elle impose devant la linguistique
comme spécialité. L’examen de ces obstacles fait appel à des éléments connexes
indispensables à la science linguistique telle que l’histoire, la sociologie, la psychologie,
l’anthropologie, etc. C’est autour une articulation entre dynamiques locales et histoire
nationale que nous proposons de consacrer les lignes de pratique. Quant au quartier comme
une zone limitée il offre tant d’indices qui permettent de pousser l’investigation et d’élargir le
champ de recherche pour mener une étude rigoureuse et riche.

L'histoire d’une ville nous annoncera aussi, la superposition de plusieurs peuples ayant
habité ces espaces et marqués leurs présences, en s'appropriant les lieux par l'acte de
nomination. La ville avec ses territoires et ses quartiers, s’avère un creuset des noms propres.
Certains d’eux ont été mis en évidence et ont été émergés, d’autres restent obscures quant à
leur signification et leur origine. Pour entamer ce point nous essayerons de mettre l’accent sur
l’effet identitaire illustré par la dénomination toponymique, qui est dans notre étude aussi
important que la tâche de localisation. La quête d’identité nécessite une approche
morphosémantique sans négliger la philologie (pour l’histoire et l’étymologie des mots) et la
sociologie (pour la variation et le classement social).

Le lien entre les espaces de vie et les statuts sociaux, avancé par la sociolinguistique
nous amènera à évoquer la problématique :

Dans sa mesure sociolinguistique, comment la dénomination toponymique véhicule


furtivement la fonction identitaire ?

3
[Link]
3
Il nous a paru nécessaire d’aborder les questions :

•Quelles sont les langues impliquées ? Quelle est la langue dominante ?


•Quels sens et quelles formes prennent les dénominations ?

Pour une prise en compte de toutes les possibilités nous avançons ces hypothèses :

•Il est possible d’utiliser l’arabe dialectal, l’arabe standard et le français.


• Nous supposons que les toponymes prendraient des formes simples et complexes.

Dans le cadre de la linguistique, l’étude des noms propres nécessite l’accès à plusieurs
disciplines telles que l’histoire, la morphologie, la lexicologie, etc. Dont chacune de ces
spécialités a ses arrière-plans théoriques et sa méthodologie propre. Pourquoi s’intéresser aux
noms des quartiers ? Ce corpus nous offre un double intérêt, qui permet également d’étudier
les dénominations, au niveau de leurs constructions comme au niveau de leurs interprétations
divergentes. Cette zone dotée d’une mosaïque de cultures, de populations, et de pratiques
langagières nous offre des nombreuses perspectives à innover, selon plusieurs approches, pour
des objectifs différents, et pour des résultats divergents.

Nous avons une grande envie d’étudier les phénomènes sociaux et historiques à travers
le toponyme, ainsi que nous avons bien étudié la sociolinguistique comme un domaine
scientifique très passionnant et le plus grand objectif de notre travail est, d’appliquer notre
méthode pour, décrire et analyser les dimensions structurelles de la toponymie et les
significations qui leur sont sous-jacentes. Ainsi de classer les toponymes de notre ville
rigoureusement, pour construire un petit dictionnaire qui permet aux habitants et aux visiteurs
de Tébessa à connaître plus sur les quartiers de la ville. Ce constat suscite plusieurs questions
sur la méthodologie employée pour la collecte et l’analyse du corpus.

Dans le cadre de notre travail, nous osons utiliser une méthodologie mixte. Nous allons
faire une analyse sociolinguistique d’un corpus constitué à partir des noms des quartiers
habités, selon une approche morphosémantique en rassemblant un nombre suffisant des items
et les étudier, en suivant une méthodologie analytique. L’espace dans son étude n’est jamais
neutre, par sa combinaison culturelle, sociale et intellectuelle. L’analyse spatiale doit
nécessairement respecter la norme sociale, c’est pour ça nous devons faire recours à un
questionnaire destiné aux habitants des régions traitées, et ici la méthode d’investigation
intervient.

4
Notre recherche a besoin de l'investigation de terrain, qui lui permet de collecter les
données, de les analyser et enfin rendre compte des résultats pour les interpréter. À cet égard
notre approche s’est vue une approche sociolinguistique (morphosémantique). Le choix de
l’approche est un choix qui peut servir notre contexte en révélant toutes les dimensions
possibles, afin d’apporter des nouvelles perspectives concernant le fonctionnement des
toponymes dans l’usage national et dans la communication entre les gens. Nous ne prétendons
pas donner une réponse évidente à toutes les questions concernant le nom propre ou étudier
cette unité loin de sa fonction de désignation. Néanmoins nous aimerions dégager les marques
spécifiques qui permettent de le différencier du nom commun et qui permettent de lui donner
la possession. En fonction de l’approche choisie, les aspects moraux, sociaux, grammaticaux
de la question seront révélés. Une certaine forme de décomposition est, pensons-nous
heuristique.

Notre travail s’enchaînera en deux parties :

La première partie sera divisée en trois chapitres : le premier chapitre fera le point sur la
sociolinguistique et la sociolinguistique urbaine ; le deuxième chapitre sera l’occasion
d’évoquer nos champs d’étude morphologique et sémantique. Et pour finir, le troisième
chapitre sera consacré au nom propre, l’onomastique, la toponymie.

La deuxième Partie, à son tour sera repartie en deux chapitres : le premier sera dédié à la
méthodologie ; nous ferons part de la manière dont nous avons procédé notre recherche, et
nous exposerons les outils utilisés lors de l’enquête. Le troisième et dernier chapitre sera
réservé à l’analyse morphologique et sémantique du corpus en ajoutant l’interprétation du
questionnaire destiné aux habitants qui complétera notre investigation afin d’obtenir des
résultats fiables.

5
Partie I : Assise théorique de la recherche

6
Chapitre I : Encrage de la recherche
Dans le chapitre présent, nous allons traiter le domaine de la sociolinguistique et le rôle
de l’urbanisation dans les contacts de langues. La sociolinguistique a mené une sorte de
développement de la linguistique dans la société surtout dans la ville qui est un espace
excellemment axial ainsi qu’on peut s’exprimer les ambitions, les philosophies d’organisation
sociale, la diversité des valeurs linguistiques et les enjeux de la communication en milieu
central. Elle représente une mission essentielle au fonctionnement des espaces de la ville dont
le rôle est avant tout d’expliquer les actions à mener et de fédérer les citoyens autour des
interactions communicationnelles sociales.

La sociolinguistique urbaine a un rôle social primordial dans le développement de la


réflexion sur les relations entre l’individu, la langue et l’entourage urbain. Alors que la
sociolinguistique étudie la diversité et les variations des plusieurs langues, en cherchant à
maîtriser la langue telle qu’elle existe en réalité.

1. La sociolinguistique :

La sociolinguistique est une discipline importante pour comprendre les dynamiques


complexes entre la langue et la société. Elle peut être utilisée pour résoudre les problèmes
linguistiques dans la communication interculturelle, pour établir des politiques linguistiques
efficaces, pour l'enseignement des langues étrangères et pour la traduction et l'interprétation.

1.1 La sociolinguistique entre sociologie et linguistique :

La sociolinguistique examine également les variations linguistiques qui se produisent


dans une communauté linguistique donnée. Elle cherche à comprendre comment ces
variations se produisent, pourquoi elles se produisent, et quelles sont leurs implications pour
la communication interpersonnelle et pour la société dans son ensemble.

D. Hymes a donné un éclat au concept de « la compétence de communication ». Pour ce


dernier, « il ne suffit pas de connaître la langue. La maîtrise de celle-ci au sein de son contexte
social est primordiale »(Bugot, 2018) . Comme la communication dans une organisation est
essentielle pour que les membres d'une équipe travaillent efficacement ensemble et pour
atteindre les objectifs de l'entreprise, la communication dans la société, est aussi nécessaire

7
pour les membres de la communauté afin de satisfaire leur instinct linguistique et préserver
leur équilibre psychosomatique.4

De plus, la sociolinguistique étudie les relations entre la langue et la société, en


examinant comment les facteurs sociaux tels que l'âge, le genre, l'ethnie, la classe sociale,
l'éducation, l'occupation, etc. influencent la variation et le changement linguistique. La
sociolinguistique s'intéresse également à l'utilisation de la langue dans différents contextes de
communication, tels que les interactions informelles et formelles, les médias, la publicité, la
littérature, etc. Elle examine également les attitudes et les perceptions linguistiques des
locuteurs envers leur propre langue et les autres langues, ainsi que les politiques linguistiques
et les pratiques éducatives qui régissent l'utilisation et l'acquisition des langues.

Compte tenu des microscopiques nuances de la linguistique et la sociolinguistique, il est


difficile de ne pas tomber dans les pièges de la première, lorsqu’on veut définir la deuxième.
L’intérêt des sciences humaines et sociales par le lien entre la linguistique et la
sociolinguistique date du début de la fondation des sciences à l’aube du XXe siècle, la
différence entre elles s’est accentuée au cours des années suivantes, sans que toutefois
l’analogie entre elles disparaisse. Ce n’est pas seulement à cause des interrogations
divergentes de chaque communauté linguistique, mais aussi parce que si l’on se limite à un
seul aspect, la variation des approches peut suggérer une diminution de la situation. En effet
les premiers aperçus sur la sociolinguistique sont très récents et originaux, dont leur objectif
est de fournir une analyse critique des propos et des limites de la linguistique. Le linguiste
français Philippe Blanchet déclare que :

« L’une des façons de formuler la distinction entre linguistique


et sociolinguistique est d’opposer deux formulations : le
linguiste qui observe et décrit la langue, se pose essentiellement
la question de savoir comment ça marche, tandis que le
sociolinguiste, tout en se posant cette question (ce qui signifie
qu’être sociolinguiste implique des compétences quant aux outils
descriptifs des formes) doit compléter son questionnement. »
(Blanchet, 2013)

Psychosomatique : c’est un terme désigne les troubles physiques occasionnés ou aggravés


4

par des facteurs psychiques.


8
La sociolinguistique ne se contente pas seulement d’étudier la covariance entre la langue
et la société, elle cherche également à comprendre comment les changements linguistiques et
sociaux interagissent et se renforcent mutuellement. En outre, la sociolinguistique s’inscrit de
plus en plus dans le champ des sciences sociales en questionnant le terrain de recherche et en
cherchant à intervenir sur les problématiques sociales liées à la langue et à la communication.
En somme, la sociolinguistique est une discipline qui étudie les rapports complexes entre la
langue et la société, en se basant sur des approches scientifiques et sociales pour mieux
comprendre les enjeux linguistiques et sociaux de notre époque.

Passant à la langue, qui est l’objet d’étude initial de cette discipline. Blanchet décrit la
situation du système linguistique comme ci : « Suivant une tradition scientifique bien établie
en linguistique interne (caractérisée par la sociolinguistique), ces deux disciplines ne peuvent
prétendre au statut de langue que des systèmes linguistiques tendanciellement homogènes.
Pour notre part, le concept langue ne peut être réduit à sa dimension savante (y compris dans
les acceptions courantes du terme qui en hérite). » (1998 : 50 )

La langue est un concept complexe qui englobe à la fois une variété de termes et de
normes linguistiques, ainsi qu'une dimension socioculturelle et historique. Selon les
sociolinguistes, la langue est un produit social qui émerge de l'interaction entre les individus
et qui est constamment en évolution. Elle est transmise d'une génération à l'autre par des
mécanismes de transmission sociale qui incluent notamment l'éducation, la famille, les médias
et la culture populaire. La langue a un rôle crucial dans la communication humaine, car elle
permet aux individus de transmettre des idées, des connaissances, des émotions et des
sentiments.

Il existe en effet d'autres systèmes sémiotiques, tels que les symboles, les formules
mathématiques ou les graphiques, qui peuvent être utilisés pour communiquer des
informations dans des domaines spécifiques tels que la science, les mathématiques ou
l'informatique.

Cependant, même si ces systèmes sémiotiques peuvent être utilisés pour communiquer
des connaissances, ils ont souvent besoin d'être verbalisés et expliqués pour être compris par
un public plus large. C'est pourquoi la langue reste un outil primordial pour la transmission et
la diffusion des connaissances dans de nombreux domaines.

9
1.2 Labov : la sociolinguistique est la linguistique :

Le sociolinguiste Labov, affirme que la sociolinguistique c’est la linguistique. Il ajoute :


« notre objet d’étude est la structure et l’évolution du langage au sein du contexte social formé
par la communauté linguistique » (Labov, 1976 : 258 )

Il est tout à fait vrai que le contexte social joue un rôle fondamental dans la
compréhension et l'étude des phénomènes linguistiques. En effet, la langue n'est pas un
système isolé, mais elle est étroitement liée à la société et à la culture dans laquelle elle est
utilisée. Les linguistes qui prennent en compte le contexte social s'intéressent à la manière
dont la langue est utilisée par différents groupes sociaux, comment elle évolue dans le temps,
comment elle est influencée par les facteurs socio-économiques et politiques, et comment elle
est perçue et utilisée dans différentes situations de communication.

A cet égard, certaines confusions peuvent exister entre la sociolinguistique et la


sociologie du langage, mais il est important de noter que ces deux disciplines ont des objectifs
différents. La sociolinguistique s'intéresse principalement à la relation entre la langue et la
société, tandis que la sociologie du langage vise à étudier les implications plus larges de la
langue dans les phénomènes sociaux, tels que l'identité, le pouvoir et la domination.

En fin de compte, comprendre la langue dans son contexte social est essentiel pour avoir
une vision complète de la façon dont elle est utilisée et perçue par les locuteurs. Les linguistes
doivent donc prendre en compte le contexte social dans leur étude de la langue, afin de
pouvoir fournir des analyses précises et des recommandations pertinentes pour l'enseignement
et l'apprentissage des langues, ainsi que pour la communication interculturelle.

William Labov, a bien compris cela et a analysé les contributions de ses prédécesseurs
ainsi que les limites de la linguistique générale. Toutefois, des étudiants qui suivent l'école de
Saussure, comme Martinet, ont essayé de contester cette idée en soulignant que les
explications linguistiques devaient se limiter aux interrelations des facteurs structurels
internes. Ils ont uniquement suivi l'esprit de l'approche saussurienne. En réalité, une étude
approfondie des écrits de Saussure montre que le terme "social" ne signifie que "pluralité
d'individus" et ne révèle rien sur l'interaction sociale dans ses aspects les plus larges.

Labov a fait la distinction entre la linguistique générale et la sociolinguistique. Selon lui,


il n'y a pas lieu de faire cette distinction car la sociolinguistique est simplement une extension
de la linguistique générale, prenant en compte l'aspect social des langues. Cette position est en
10
opposition avec celle d’Henri Boyer, qui qualifie cette affirmation de « polémique » entre les
linguistes et les sociolinguistes. Au bout du compte, les deux domaines ; la linguistique et la
sociolinguistique, sont étroitement liés et complémentaires. La linguistique s'intéresse
principalement à la structure et au fonctionnement de la langue, tandis que la
sociolinguistique étudie la langue en tant que pratique sociale, et donc la manière dont la
langue est utilisée par les locuteurs dans différents contextes et dans différentes situations
sociales.

En d'autres termes, la linguistique s'intéresse aux aspects formels de la langue, tandis


que la sociolinguistique se concentre sur les aspects sociaux et culturels de la langue. Par
exemple, la linguistique peut étudier la grammaire et la syntaxe d'une langue, tandis que la
sociolinguistique s'intéressera à la manière dont ces aspects de la langue varient selon l'âge, le
sexe, la classe sociale, l'éducation et l'appartenance ethnique des locuteurs.

Les travaux de Labov, considèrent la langue comme un fait social qui s'intéresse à des
situations concrètes contemporaines. Il cherche à dépasser les méthodes heuristiques de la
linguistique structurale en construisant un instrument de description intégrant les aspects
sociaux des langues.

Selon Kristol, ce qui a valorisé le travail de Labov comme un véritable travail de


fondation, est d’avoir quantifié ses observations, permettant ainsi à la sociolinguistique de
passer de stade de l’inventaire au stade des prédictions sur la direction du changement, la
réflexion labovienne implique une prise en compte de l’usage dans la langue : « c’est dans les
discours qui circulent que les variantes se répandent, et éventuellement se stabilisent, et l’on
sait combien William Labov a été soucieux de trouver des techniques permettant de faire
émerger des plages de parler vernaculaire ̶ style naturel, involontaire, que l’on adopte
lorsqu’on ne s’auto-surveille pas au milieu des interviews ».( Sociolinguistique historique du
domaine gallo-romain, Andres Kristol, Peter Lang, Suisse, 2012, p 50. , 2012)

Les sociolinguistes utilisent diverses méthodes de recherche pour étudier les variations
linguistiques, notamment des enquêtes linguistiques, des études de corpus, des expériences
linguistiques, des observations ethnographiques, etc. Ils cherchent également à comprendre
les normes linguistiques, les attitudes linguistiques et les politiques linguistiques dans une
société donnée.

Bien que la sociolinguistique ait beaucoup contribué à la compréhension des variations


linguistiques, elle rencontre également des défis importants, notamment la difficulté de
11
recueillir des données fiables dans des contextes variés et la complexité de l'interprétation des
données recueillies. En outre, la sociolinguistique doit relever des défis liés à la diversité
linguistique et culturelle dans un monde globalisé et en constante évolution.

En fin de compte, la sociolinguistique est une discipline importante qui nous aide à
mieux comprendre les langues parlées dans le monde, leur diversité, leur richesse et leur
importance pour la vie quotidienne et la communication interculturelle.

1.3 Le paysage sociolinguistique en Algérie :

La journaliste Anna Lietti avance que : « L’expérience du plurilinguisme, et aussi celle


de l’éducation à l’autre au plurilinguisme, est porteuse de toutes ces valeurs : tolérance,
complexité, curiosité qui sont autant d’antidotes à l’ethnisme » (Pour une éducation bilingue,
guide de survie à l'usage des petits européens). C'est-à-dire on parle d’une personne ou d’une
population bilingue qui est capable de communiquer dans plusieurs langues par exemple : un
Français qui s’exprime dans sa langue maternelle, et qui parle en anglais, espagnol, et en
italien. Il n’est pas nécessaire de maîtriser les langues couramment avec ces disciplines
(Grammaire, Linguistique, Phonétique, etc.) pour être qualifié de plurilingue. Il suffit d’être
en mesure de mobiliser les requis linguistiques pour communiquer avec différents
interlocuteurs.

Le plurilinguisme concerne les individus qui sont capables de communiquer dans


plusieurs langues, que ce soit par choix ou par nécessité. Il peut s'agir de personnes ayant
acquis leur compétence linguistique grâce à des études, à leur environnement familial ou à des
voyages. Cette compétence permet, en effet de communiquer avec des personnes issues de
cultures différentes, de découvrir de nouvelles cultures et de développer sa compréhension du
monde. Cela peut également être un atout dans le monde professionnel, notamment dans des
domaines internationaux où la connaissance de plusieurs langues peut être un avantage
considérable. Il est important de souligner que le plurilinguisme ne concerne pas uniquement
la communication orale, mais peut également inclure la compréhension et la production
écrites dans plusieurs langues.

Tout comme les autres pays du Maghreb, deux langues de haut statut jouent un rôle
central dans la société algérienne : l'arabe standard et le français ; leur présence est visible
dans l'usage de la langue, bien qu'à des degrés divers. En raison du facteur d'analphabétisme,
le bilinguisme se révèle instable. De plus, le comportement langagier des jeunes dans le
monde réel a montré une myriade et un comportement contradictoire. Notre observation à ce
12
groupe de jeunes intervenants dans des cadres formels et informels nous a sensibilisés sur un
phénomène apparu récemment. Être monolingue est quelque chose de normal, être multi-/ ou
bilingue c'est normal aussi. Mais, ce qui est déroutant, c'est que la jeune génération qui
possède certainement un déjà acquis/ ou appris répertoire linguistique de plusieurs variétés
linguistiques est devenue monolingue et a tendance à n'utiliser que la langue maternelle.
Malgré cette situation instable, le paysage sociolinguistique algérien se caractérise par la
présence de plusieurs langues. Parmi les langues parlées en Algérie on cite :

1.3.1 L’arabe standard (classique) :

L'arabe standard ou classique est une variété de la langue arabe utilisée dans les
situations formelles et écrites, notamment dans les domaines de l'enseignement, de
l'administration, de la presse et de la culture en Algérie et dans d'autres pays arabophones. Il
est également considéré comme la langue de la religion islamique et de sa culture.

Malgré le statut supérieur ou superposé que l'arabe standard occupe, il lui manque
l'usage naturel dans les conversations. Tous les Arabes prétendent parler arabe classique ;
néanmoins, ce n'est pas le comportement langagier quotidien de personne. L'arabe classique
est un milieu artificiel qui n'a pas eu de locuteurs natifs, pendant presque dix siècles.
Cependant, un sentiment commun que tous Les Arabes ont envers la langue arabe est expliqué
dans le rapport avec leur réalité psychologique. Ils apprécient tous l'arabe standard, car à leur
avis, il est associé à l'islam et le livre sacré, le Coran. De plus, il préserve leur prestige et leur
qualité par son éloquence, son haut degré de rhétorique et sa beauté.

1.3.2. L’arabe algérien (dialectal) :

On peut définir cette variété dialectale, comme le mode d'expression quotidien


fonctionnel. C'est la langue vernaculaire utilisée par la majorité des Algériens, avec de légers
écarts qui nuisent à son homogénéité. Néanmoins, la plupart des variétés différentes des villes
algériennes restent mutuellement intelligibles.

Il est intéressant de noter que cette langue est influencée par des dialectes berbères et
des langues étrangères telles que la langue française, et qu'elle est donc en constante
évolution. Evidemment, les accents peuvent varier d'une région à l'autre, mais il est également
important de souligner que la plupart des Algériens peuvent comprendre et communiquer
facilement en utilisant l'arabe algérien, quelle que soit leur région d'origine.

13
1.3.2 Le Tamazight :

Effectivement, le tamazight est une langue officielle en Algérie depuis 2016, grâce à
l'amendement de l'article 3 de la Constitution qui reconnaît la langue amazighe comme une
langue nationale et officielle au même titre que l'arabe.

La création de l'Académie tamazight en 2016 est une étape importante dans la


promotion et la démocratisation de cette langue. L'Académie est chargée de standardiser la
langue et de développer des programmes d'enseignement pour les enfants et les adultes. Elle a
également pour mission de promouvoir la littérature et la culture amazighes et de faire
reconnaître la langue dans les institutions nationales et internationales.

1.3.3 Le français :

L'occupation française qui a duré plus de 130 années a eu la plus forte influence sur la
société algérienne. En effet, le français a acquis un statut significatif en Algérie et dans
presque tous les pays du Maghreb, dont il fait partie du système linguistique utilisé par les
Algériens, à travers l'intégration des formes linguistiques françaises dans l'arabe dialectal et
les variétés berbères. À l'époque coloniale, le français était imposé aux Algériens comme
langue officielle, ainsi que les autres pays du Maghreb, une raison qui a ouvert la voie à
l'utilisation de français et l’atteinte de son statut actuel, en raison de la politique de la colonie
française qui réside dans l'accès limité à l'éducation pour les natifs. Aujourd’hui, aux écoles,
le français a réussi à acquérir le statut de première langue seconde, elle est enseignée dès le
troisième palier de l’école primaire. On a compris que le Français a une place importante dans
la linguistique algérienne.

1.3.4 L’espagnol :

La présence de l'espagnol en Algérie est surtout concentrée dans l'ouest du pays, en


raison de la proximité géographique entre l'Algérie et l'Espagne. Cette proximité a également
entraîné un échange culturel important entre les deux pays, y compris sur le plan linguistique.

En tant que pays multilingue, l'Algérie compte de nombreuses langues, notamment


l'arabe algérien, le français et le berbère, entre autres. Les locuteurs doivent donc faire des
choix en fonction de la situation dans laquelle ils se trouvent afin de communiquer
efficacement avec leurs interlocuteurs.

14
Pour conclure, la situation linguistique en Algérie, telle qu’elle constitue notre
préoccupation est extrêmement complexe et trompeuse, donc elle doit être considérée comme
une richesse et un signe de vitalité.

2 La sociolinguistique urbaine :

La sociolinguistique urbaine est un domaine d'étude qui s'intéresse à l'interaction entre


les langues et les contextes urbains. Elle prend en compte les facteurs sociaux, culturels et
économiques qui influencent la manière dont les langues sont utilisées et perçues dans les
villes. La dimension spatiale est au cœur de cette discipline car elle permet d'analyser les
relations entre les langues et les différents espaces urbains.

L'un des postulats de la sociolinguistique urbaine est que la ville est un espace
dynamique et complexe, en constante évolution. Les pratiques discursives, c'est-à-dire les
façons dont les individus utilisent et parlent les langues dans la ville, sont influencées par les
contextes sociaux, culturels et économiques spécifiques à chaque espace urbain. Par
conséquent, les discours sur les langues et les usagers de la ville modifient la perception du
réel urbain, créant ainsi de nouvelles significations et de nouvelles réalités, et permettent de
saisir les interactions complexes entre les langues, les pratiques discursives et les espaces
urbains, ainsi que les enjeux sociétaux qui y sont associés. Dans cette perspective, les travaux
sur les fondements de ce domaine se repartissent sur des axes de recherche :

Le premier courant de recherche, se concentre sur l'étude des rapports entre les langues
dans les villes plurilingues, en portant une attention particulière soit sur les caractéristiques
des langues elles-mêmes (leur forme, les emprunts, la régulation des formes irrégulières, etc.),
soit sur leur statut dans des contextes spécifiques (par exemple, les rapports entre les langues
sur les marchés). Les études menées dans ce domaine peuvent également porter sur
l'interaction entre les deux aspects.

Le second courant, en revanche, met l'accent sur la ville en tant que lieu où
l'appropriation des lieux se fait à travers la langue. Les recherches dans ce domaine se
concentrent sur l'analyse du discours urbain et sur la façon dont il contribue à la construction
sociale de l'espace urbain. L'approche interdisciplinaire utilisée dans ce courant de recherche
implique souvent une collaboration avec la géographie sociale et souligne le fait que l'espace
n'est pas une donnée objective, mais plutôt une construction sociale. Les discours de la ville

15
sont considérés comme ayant une influence sur la perception du réel urbain et sur la façon
dont la ville est vécue et comprise.

Le troisième courant s’intéresse à la production lexicale dans les villes. Par exemple : le
langage des jeunes dans les cités, les rapports entre ces actes linguistiques et les difficultés
d’intégration.
2.1 Les champs de la sociolinguistique urbaine :

Les chercheurs spécialisés dans la sociolinguistique urbaine repèrent quatre grandes


orientations dans le champ de cette discipline, en fonction des choix méthodologiques, en
l’occurrence :

La première orientation vise à comprendre les changements linguistiques qui se


produisent dans les villes en termes de répartition des langues et de l'émergence de nouveaux
termes ou expressions qui sont propres à ces espaces urbains. Cette approche est souvent axée
sur l'analyse de données statistiques et le suivi de l'évolution de l'usage des langues dans les
espaces urbains.

La deuxième orientation concerne, la compréhension de l’impact de l’urbanisation sur


les langues. Elle s'intéresse aux effets de l'urbanisation sur les langues, notamment en termes
de contact entre les langues et de changements dans les pratiques linguistiques. Cette
approche prend souvent en compte les dynamiques sociales et économiques associées à
l'urbanisation.

Il y a aussi, l'étude de la territorialisation des représentations linguistiques. Cette étude


ouvre la porte à un champ de recherche très intéressant en sociolinguistique. Elle se concentre
sur la manière dont les groupes sociaux utilisent le langage pour définir et représenter leur
identité dans un contexte urbain spécifique.

Cette troisième orientation est très importante, car elle permet de comprendre comment
les groupes sociaux s'approprient l'espace urbain et comment ils utilisent le langage pour le
définir et le contrôler. Cela peut avoir des implications pour la façon dont les politiques
urbaines sont élaborées et mises en œuvre, car la compréhension des représentations
linguistiques peut aider à identifier les besoins et les préoccupations spécifiques des
différentes communautés urbaines.

16
La dernière orientation concerne, l’étude des phénomènes langagiers liés aux « banlieues
5
» avec tout ce qui les caractérise : parler jeune, graffitis, musique urbaine, etc. L’étude de la
langue dans les banlieues, se concentre sur phénomènes linguistiques, qui sont associés aux
communautés urbaines et périurbaines, souvent caractérisées par des conditions économiques
et sociales défavorisées. Dans ces contextes, on observe souvent une utilisation particulière de
la langue qui reflète l'identité culturelle des locuteurs et leurs expériences de vie.

Le "parler jeune" des banlieues est un exemple de la façon dont les jeunes de ces
communautés utilisent la langue de manière créative et innovante pour créer un langage
distinctif qui leur est propre. Ce langage peut inclure des mots et des expressions spécifiques à
la culture des banlieues, ainsi que des formes d'argot et d'argot régional qui sont souvent
empruntées à d'autres langues ou cultures.

Les graffitis et autres formes d'expression artistique urbaine sont également des
manifestations importantes de la culture des banlieues. Ils utilisent souvent la langue pour
communiquer des messages sociaux ou politiques importants, ainsi que pour exprimer une
identité et une appartenance à une communauté particulière.

2.2 La ville comme centre normatif :

Les villes sont des communautés sociales importantes, car elles sont les lieux où les
habitants se rassemblent et interagissent les uns avec les autres. La ville est également
importante dans la dynamique linguistique et politique, car elle a souvent été le centre de la
culture et de la politique dans l'histoire. Selon Grafmayer : « la ville est à la fois territoire et
population, cadre matériel et unité de vie collective, configuration d’objets physiques et de
relation entre sujets sociaux » (Grafmayer, 1994 : 8 ).

C'est-à-dire, elle renvoie à deux ordres de réalité : la première une ville statique du
moins circonscrite pour un temps dans des cadres matériels et la deuxième une ville
dynamique, habitée par des individus et des groupes en interaction. On peut décider de
s’intéresser plus particulièrement à l’un plutôt qu’à l’autre de ces deux ordres de réalités. Mais
ils ne s’en demeurent pas moins indissociables. Et c’est bien leur interaction même qu’il
convient de considérer ce qu’on veut définir la ville en général ou du moins sur ses traits les
plus significatifs.

5
Le terme "banlieues" fait référence aux zones périphériques situées à la périphérie des
grandes villes, généralement caractérisées par une densité de population plus faible que le
centre-ville et une proportion plus élevée de logements sociaux.
17
La ville est à la fois un lieu central des langues. Elle adopte du plurilinguisme et rejette
du monolinguisme. Et cette concentration est très importante pour la réflexion sur
l’intégration, qui représente un enjeu prioritaire. Car la quête du savoir, est une nécessité
sociale, et l’observation des comportements linguistiques, est une détermination théorique
avant d’être un acte politique. L’urbanisation de la ville reste toujours une opération utile, qui
attire l’attention des géographes, des architectes, des linguistes comme des sociologues. Cette
identité de la ville est considérée comme un langage, par Roland Barthes qui exprime : « La
cité est un discours, et ce discours est véritablement un langage : la ville où nous nous
trouvons, simplement en l’habitant, en la parcourant, en le regardant. Cependant, le problème
est de faire surgir du stade purement métaphorique une expression comme langage de la
ville ... » (Roland Barthes, 1967 : 471)

2.3 La culture urbaine :

Entre ville et culture populaire. Cette vision a cependant évolué au fil du temps, et
aujourd'hui la culture n'est plus nécessairement associée uniquement à la ville, mais peut se
trouver également dans des contextes plus ruraux ou périphériques.

Il convient de noter également que la notion de culture est complexe et plurielle, et peut
prendre différentes formes en fonction des contextes géographiques, historiques et sociaux. La
culture peut ainsi être considérée comme un patrimoine commun, mais également comme un
vecteur d'expression et d'identité pour les individus et les groupes sociaux. Elle peut être
associée à des pratiques artistiques, littéraires ou intellectuelles, mais également à des
traditions populaires, des modes de vie, des croyances religieuses, des pratiques sportives, etc.

Nicolas Hulot a dit : « Le charme est une notion étrangère aux urbanistes » (Etats
d’âme).
C’est-à-dire : L’expression « culture urbaine » recouvre l’ensemble des pratiques culturelles,
artistiques issues de l’espace urbain. L’urbanisme consiste à organiser l’aménagement des
zones urbaines. Il s’agit d’équilibrer entre bien-être des habitants et l’amélioration des
relations sociales sans oublier la préservation de l’environnement. La culture urbaine est un
domaine complexe et diversifié qui implique plusieurs aspects, notamment l'aménagement du
territoire, l'architecture, la protection de l'espace urbain, les pratiques artistiques, musicales et
sportives, ainsi que les politiques publiques et les logiques d'action. Cette culture s'exprime à
travers les comportements, les modes de vie, les expressions artistiques et les pratiques

18
sociales des habitants de la ville. Elle est influencée par les évolutions territoriales, sociales,
économiques et environnementales de la ville.

Ainsi, les cultures urbaines doivent être envisagées dans leur pluralité, afin de prendre
en compte toutes les manifestations et pratiques qui y sont associées. Il convient de considérer
les différents acteurs qui participent à la vie urbaine, tels que les artistes, les sportifs, les
résidents, les associations et les institutions publiques, et de prendre en compte leurs besoins
et leurs aspirations.

Pour cela, les politiques publiques doivent être en mesure de répondre aux défis de la
diversité culturelle en milieu urbain, en offrant des espaces et des équipements adaptés aux
pratiques culturelles et sportives, en favorisant les échanges entre les différents acteurs, et en
encourageant l'émergence de nouvelles formes d'expression culturelle. Comme ça, la culture
urbaine peut contribuer à la dynamique et à l'attractivité de la ville, en renforçant le lien social
et en favorisant l'innovation et la créativité.

Chaque étude sociolinguistique nécessite une collaboration avec des disciplines comme
la morphologie et la sémantique. La collaboration avec ces disciplines peut permettre de
mieux comprendre la dynamique linguistique d'une communauté, ainsi que les facteurs
sociaux, culturels et historiques qui influencent l'utilisation de la langue. Cela peut également
aider les chercheurs à développer des approches méthodologiques plus rigoureuses pour
collecter, analyser et interpréter les données sociolinguistiques. En effet, c’est une pratique
courante, en sciences du langage. À cet égard nous allons consacrer le chapitre suivant pour
faire approfondir nos connaissances sur ces deux disciplines.

19
1. La morphologie :
1.1 Définition :

La morphologie est une branche de la linguistique qui étudie la structure interne des
mots. Elle s'intéresse à la façon dont les morphèmes, qui sont les unités minimales porteuses
de sens et de fonction grammaticale, sont combinés pour former des mots. Donc elle analyse,
les différentes formes qu'un mot peut prendre en fonction de son genre, de son nombre, de son
temps, de sa personne, etc. Elle s'intéresse également à la formation de nouveaux mots par
dérivation, composition ou encore par changement de catégorie grammaticale. Par exemple,
en français, le mot "mangerais" est formé à partir du radical "mang-" et de plusieurs affixes
qui indiquent le temps ("-er-" pour l'infinitif, "-ais" pour le conditionnel présent) et la
personne ("-erais" pour la première personne du singulier). La morphologie permet donc
d'analyser la structure de ce mot et de comprendre comment il est formé à partir d'autres
morphèmes.

Bloomfield, explique la fonction de la morphologie de cette manière : « Nous pouvons


dire que la morphologie comprend les constructions des mots ou des parties de mots, tandis
que la syntaxe comprend les constructions de syntagme » (Bloomfield, 1970, p. 195)

L’influence des paramètres morphologiques sur langue, se manifeste dans plusieurs


situations. Un exemple de variation morphologique importante est la position de l'article
défini en français et en roumain. En français, l'article défini précède le nom, alors qu'en
roumain, il est placé après le nom. Cette différence dans l'ordre des éléments peut avoir des
implications grammaticales importantes dans la construction de phrases en français et en
roumain. Ainsi, en morphologie germanique, certaines particules verbales sont distinctes et
d'autres sont indistinctes. Cette distinction peut également affecter la signification d'une
phrase en allemand.

Enfin, ces dernières années, l'étude des dénominations, surtout toponymiques, a cédé la
place à l'étude des processus de formation, c'est-à-dire la manière dont les mots sont créés à
partir de formes de base. Cette approche permet de mieux comprendre la productivité des
formes et leur évolution dans le temps.

1.2 Les formes des dénominations :

Les dénominations peuvent prendre plusieurs formes en fonction du contexte et de la


nature de la désignation :
20
1.2.1 La forme simple :

La forme simple contient un mot simple. Elle se compose d’une seule unité lexicale, qui
fonctionne comme un nom, ou un adjectif. Elle n’est pas décomposable. Ex : Tébessa, El
Harrach, Chéria …

1.2.2 La forme composée :

La forme composée, combine deux mots ou plus, dont le seul sens est différent n’a
aucune relation avec les mots de sa composition. Ex : Côte d’ivoire, Sidi Achour …

1.2.3 La forme syntagmatique :

La forme syntagmatique, est une combinaison de mots identiques ou supérieurs à deux


unités lexicales. C’est la forme qui se trouve beaucoup dans les noms des quartiers et les rues.
Ex : Le château de Versailles, El boustane, Chalet du lac ….

1.3 La notion de racine :

Les racines représentent des éléments essentiels de la recherche onomastique. À partir


de leur examen, on peut découvrir l'origine et la signification de n’importe quel nom. Georges
Mounin propose une définition plus simple, selon laquelle la racine est : « L’élément de base,
irréductible, commun à tous les représentants d’une même famille de langues. La racine est
obtenue après élimination de tous les affixes et les désinences 6 ; elle est porteuse des sèmes
essentiels, communs à tous Les termes constitués avec cette racine. La racine est donc la
forme abstraite qui connaît des réalisations diverses »(Mounin, 1973, p. 403).

Dans la langue française, de nombreux mots sont formés, en prenant des mots de base et
en leur ajoutant des autres combinaisons. Un mot de base, auquel des affixes (préfixes et
suffixes) sont ajoutés est appelé racine, car il forme le fondement d'un nouveau mot. Le mot
racine est aussi un mot à part entière.

Parce qu'une racine nous donne plus d’informations sur le sens d'un mot, la première
chose que nous demandons à propos d'un mot complexe est souvent : quelle est sa racine ?
Généralement, un mot complexe a plus d'une seule racine. Dans notre vocabulaire natif les
racines peuvent généralement apparaître comme des mots indépendants, on les appelle
morphèmes libres. Les mots composés sont formés, la plupart du temps à partir une racine et
6
Les désinences : élément variable qui s'ajoute au radical d'un mot pour produire les formes
des conjugaisons, des déclinaisons.
21
un ou plusieurs affixes. La racine constitue le noyau du mot et porte la composante majeure
de sa signification. Les racines appartiennent généralement à une catégorie lexicale, comme le
nom, le verbe, l'adjectif ou la préposition, etc. Contrairement aux racines, les affixes
n'appartiennent pas à une catégorie lexicale et sont toujours des morphèmes liés.

La plupart des racines en arabe sont trilitères, c'est-à-dire qu'elles sont composées de
trois consonnes qui forment la base lexicale du mot. Cependant, il est important de noter que
même si les racines sont évidentes, cela ne signifie pas nécessairement que la langue est facile
à apprendre ou à comprendre pour tous les locuteurs.

Il est également vrai que la langue arabe est très cohérente dans son utilisation des
racines, ce qui peut faciliter l'apprentissage de nouveaux mots à partir de racines connues.
Cependant, il est important de noter que l'arabe a également des particules et des outils qui ne
suivent pas toujours cette structure de racine trilitère, ainsi que des emprunts à d'autres
langues.

2. La Sémantique :

2.1 Définition :

La sémantique est la partie de la linguistique, qui étudie le sens des mots, des phrases,
des textes et des discours. Elle s'intéresse à la manière dont les mots et les expressions sont
utilisés pour communiquer des significations, ainsi qu'aux relations entre les mots et les
concepts qu'ils représentent.

Il est important de noter que la sémantique peut également être appliquée dans le
domaine de l'informatique, notamment dans l'étude des langages de programmation. Dans ce
contexte, la sémantique étudie le sens des instructions ou des expressions écrites dans un
langage de programmation, en les comparant à des modèles formels.

On peut différencier la sémantique de la pragmatique, qui étudie le sens dans le


contexte. La pragmatique prend en compte le contexte dans lequel un énoncé est utilisé, ainsi
que les intentions de l'émetteur et les inférences du récepteur, pour déterminer le sens d'un
énoncé. En revanche, la sémantique étudie le sens en faisant abstraction du contexte.

L’objet d’étude de la sémantique est d'intéresser à la manière dont les mots et les
phrases sont utilisés pour communiquer des idées et des significations, ainsi qu'à la manière
dont ces significations sont interprétées par les locuteurs. Elle cherche à comprendre les
22
différentes nuances de sens que les mots peuvent avoir, en fonction de leur contexte
d'utilisation, des connotations associées, des inférences qui peuvent être tirées à partir des
mots et des expressions, ainsi que des connaissances et des croyances partagées par les
locuteurs. Ainsi qu’elle s'intéresse également à la manière dont le sens est construit dans le
discours et comment les différents éléments du discours se combinent pour produire une
signification plus large.

2.2 Le sens :

Le sens est une notion clé en linguistique et en sémantique. En effet, il est important de
comprendre la signification des mots et des phrases pour pouvoir communiquer efficacement.
Comme vous l'avez souligné, les phrases ambiguës sont un exemple de situation où une même
phrase peut avoir plusieurs sens, ce qui peut mener à des malentendus ou des confusions. La
sémantique est donc la branche de la linguistique qui se concentre sur l'étude du sens des mots
et des phrases, ainsi que sur les différentes façons dont le sens peut varier en fonction du
contexte, de l'usage, de la culture, etc.

2.2.1 Le terme signifié :

Un signifié est la représentation mentale d'un concept ou d'une idée qui est associée à un
signe ou à un symbole. En d'autres termes, le signifié est le sens ou la signification d'un signe,
qu'il s'agisse d'un mot, d'une image, d'un geste, d'un son ou d'un objet.

Le signifié est généralement considéré comme l'une des deux composantes du signe,
l'autre étant le signifiant, qui est la forme concrète ou matérielle du signe.

2.2.2 La relation sé/ sa (la semiosis) :

La relation entre le signifiant et le signifié est considérée comme fondamentale dans la


sémiotique, car c'est cette relation qui crée le sens du signe. Cependant, cette relation n'est pas
fixée de manière rigide, mais plutôt influencée par les contextes culturels et les pratiques
sociales. En d'autres termes, la signification d'un signe n'est pas déterminée par une logique
stricte, mais plutôt par des conventions et des présomptions qui sont propres à une culture
donnée.

23
La notion de semiosis fait référence au processus d'interprétation des signes, qui
implique la construction de relations sémantiques entre les signifiants et les signifiés. Ce
processus est influencé par des facteurs contextuels, tels que les pratiques culturelles et les
conventions linguistiques. Ainsi, l'identification des signifiants n'est pas simplement un point
de départ dans l'interprétation des signes, mais plutôt une étape dans un processus plus vaste
qui implique la construction de sens à partir des présomptions culturelles et sociales.

2.2.3 La relation sé/sa (la valeur saussurienne) :

Ferdinand de Saussure l’un des plus grands linguistes de l’histoire a fondé un grand
ouvrage (cours de linguistique générale) dans lequel a défini le signe linguistique comme une
entité psychique à deux facettes :
 Le signifiant : c’est l’image acoustique ou bien la suite des phonèmes qui forment
l’aspect du signe.
 Le signifié : c’est l’idée que représente le signe.

Selon Lui :

« La relation entre le signifié et le signifiant est arbitraire c'est-à-dire il n’y


a pas de relation réelle ou bien elle est illogique entre les deux concepts et
ils sont mis en convention. À travers le temps, le signe linguistique peut être
modifié selon les changements subis par les ordres phonétiques et
sémantiques. Ils aboutissent un déplacement des rapports qui lies aux
signifiés et signifiants. »(Ferdinand de Saussure, Cours de linguistique
générale, Paris, Payot, 1972, 520 p. (ISBN 2-228-88165-1), p. 97, 1972, p.
97)

Le signe linguistique est arbitraire, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de lien naturel entre le
signifiant et le signifié. La relation entre les deux est purement conventionnelle, elle est
établie par la communauté des locuteurs d'une langue.

La théorie saussurienne du signe linguistique a eu une grande influence sur la


linguistique et la sémiologie (étude des signes en général). Elle a également inspiré de
nombreuses autres disciplines, telles que la philosophie, la psychologie, la sociologie et
l'anthropologie.

24
2.2.4 La relation sé/ référant (la référence) :

La référence est un sujet complexe en sémantique car elle est fortement liée à la
pragmatique. Elle est une relation entre le langage et le monde réel ou virtuel, qui permet de
désigner un objet, une personne, une idée ou une situation. Les expressions référentielles sont
des éléments linguistiques qui renvoient à un référent, mais la référence ne peut être établie
qu'en fonction du contexte.

Il existe plusieurs moyens linguistiques pour désigner un référent, tels que les pronoms
démonstratifs, les déictiques, les déterminants et les descriptions définies. Cependant, il est
important de noter que les descriptions définies peuvent parfois ne pas avoir de référent, car
elles peuvent être utilisées pour faire une présupposition, c'est-à-dire pour sous-entendre une
information qui n'est pas explicitement exprimée.

La compréhension de la référence est donc étroitement liée à la compréhension du


contexte et des présuppositions implicites. En fin de compte, la référence est un élément clé
de la communication linguistique, car elle permet de désigner et de discuter de personnes,
d'objets et de situations dans le monde réel ou virtuel.

2.3 Quel sens pour les dénominations ?

La dénomination est un aspect important de l'identité d'une personne ou d'un lieu, car
elle permet de les différencier et de les identifier de manière unique. Les noms propres sont
souvent utilisés pour désigner des personnes, tandis que les toponymes sont utilisés pour les
lieux.

Dans le contexte urbain, les noms de quartiers et les toponymes peuvent avoir une
signification particulière, basée sur des faits historiques et sociaux, qui peuvent être
importants pour les résidents locaux. Par exemple, certains quartiers peuvent être nommés
d'après des personnalités célèbres ou des événements historiques importants, tandis que
d'autres peuvent être nommés en fonction de leur emplacement géographique ou de leur
composition démographique.

2.3.1 La dénotation :

La dénotation d'un mot est sa signification objective, littérale ou conventionnelle, qui


est partagée par tous les locuteurs d'une langue. Elle correspond à la définition d'un concept
telle qu'elle est communément admise dans la langue.
25
Les textes dénotatifs ont pour but de transmettre une information de manière objective,
sans que l'auteur n'exprime sa propre opinion ou ses sentiments personnels. Ils sont souvent
utilisés dans des contextes professionnels, scientifiques, administratifs ou techniques, où il est
important de communiquer de manière claire et précise.

Les noms propres désignent des personnes, des lieux ou des événements spécifiques et
leur dénotation correspond donc à leur référent réel dans le monde. Par exemple, le nom
propre "Paris" dénote la capitale de la France, ou encore le nom propre "Albert Einstein"
dénote le célèbre physicien allemand.

La dénotation des noms propres est souvent liée à leur référent réel, il est possible qu'ils
acquièrent des significations symboliques ou allégoriques qui dépassent leur simple référent et
qui sont partagées par une communauté culturelle ou linguistique donnée.

2.3.2 La connotation :

La connotation est en effet le sens second ou figuré d'un mot qui s'ajoute à son sens
premier ou littéral. Elle dépend du contexte dans lequel le mot est utilisé, ainsi que du niveau
de langue utilisé. Les textes littéraires sont souvent riches en connotations car les écrivains
cherchent à développer leurs concepts et à donner un sens qui leur est propre.

Les noms propres, par définition, désignent un nom unique et spécifique pour une
personne, un lieu ou une chose. En général, ils n'ont pas de connotation particulière, mais leur
signification peut varier en fonction de la culture, de l'histoire ou de l'usage linguistique.

Il est possible que certains noms propres soient associés à des connotations positives ou
négatives en fonction de leur histoire ou de leur contexte. Par exemple, le nom d'Adolf Hitler
est souvent associé à des connotations très négatives en raison de son rôle dans l'Holocauste et
dans la Seconde Guerre mondiale.

En fin de compte, la connotation des noms propres dépend du contexte culturel, social et
historique dans lequel ils sont utilisés.

3. La relation entre la morphologie et la sémantique :

La morphologie et la sémantique sont deux domaines importants de la linguistique qui


sont étroitement liés. La morphologie concerne l'étude de la structure des mots, y compris leur

26
formation, leur composition et leur inflexion, tandis que la sémantique concerne l'étude du
sens des mots, des phrases et des énoncés.

En ce qui concerne le lien entre la morphologie et la sémantique, il y a plusieurs points à


considérer :

- La morphologie peut affecter le sens des mots. Par exemple, un préfixe ou un suffixe
ajouté à un mot peut changer son sens de manière significative. Par exemple, le
préfixe "re-" dans "revoir" indique une répétition d'une action, tandis que le préfixe
"pré-" dans "prévenir" indique une action anticipée.
- La morphologie peut également affecter la structure sémantique des phrases. Par
exemple, en français, l'accord entre le sujet et le verbe est souvent marqué par des
suffixes, ce qui peut changer la signification de la phrase. Par exemple, "le chat
mange" et "les chats mangent" ont des significations différentes en raison de la
différence de nombre entre le sujet et le verbe.
- La sémantique peut également affecter la morphologie. Par exemple, le sens d'un mot
peut déterminer son choix d'affixe. Par exemple, les noms qui expriment une action ou
un processus ont souvent des suffixes en -tion (par exemple, l'action, la digestion),
tandis que les adjectifs qui expriment la qualité ont souvent des suffixes en -able (par
exemple, aimable, confortable).

En fin de compte, la morphologie et la sémantique sont des aspects complémentaires de


la linguistique, et leur interaction est essentielle pour comprendre le fonctionnement du
langage. C’est pour cette raison, nous avons besoin de leur combinaison dans l’étude de notre
corpus.

Après avoir abordé toutes les généralités et les disciplines, en lien avec notre sujet, il est
temps de focaliser sur notre thématique, et de préciser mieux notre démarche selon les
théories principales, qui vont nous conduire cordialement vers le nom propre, qui a inspiré le
plus d’intérêt dans les domaines variés à l’intérieur et à l’extérieur de la linguistique selon un
point de vue résolument interdisciplinaire.

27
28
Chapitre 2 : Les fondements théoriques du nom propre

Dans ce troisième chapitre, nous ferons l’état des recherches portant sur le nom propre
et quelques disciplines qui s’intéressent aux noms propres. Dans notre travail, l'approche
onomastique et linguistique (grammaticale) est primordiale. Nous avons cité les définitions
linguistiques et onomastiques des toponymes. Néanmoins, nous avons constaté que les
frontières entre le toponyme et les autres types du nom propre ne sont pas fixées d'une
manière stable.

La sélection de quelques théories que nous évoquerons et adapterons aux noms propres
nous aidera peut-être à comprendre comment les noms propres de lieux fonctionnent dans
certains contextes.

Le but de ce chapitre est de passer en revue tous les aspects du nom propre. Pour
commencer, nous présenterons les disciplines qui étudient les noms propres et nous
préciserons le lien que ces derniers entretiennent entre eux. Ainsi, nous traiterons de
l’onomastique et des différences terminologiques concernant cette discipline dans la langue.
Nous parcourrons rapidement par la suite les branches de l’onomastique en présentant les
théories les concernant. Dans cette approche, nous terminerons par la toponymie, science qui,
sur un plan chronologique, est ancienne et parmi les premières à avoir suscité des courants de
recherche et des théories. Pour finir, nous tenterons d’esquisser une catégorisation du
toponyme.

1. Les études sur les noms propres :

Étant donné que la considération du nom propre comme un objet proprement linguistique
est récente, et comme plusieurs disciplines ont évoqué la question, nous anticiperons la
présentation du nom propre dans les recherches en linguistique par un aperçu récapitulatif des
études sur le nom propre dans quelques disciplines connexes.

L'intérêt pour les noms propres s’est manifesté très tardivement chez les philosophes. La
logique s'est intéressée aux noms propres en général en tant qu'unités qui, sont exclues ou
incluses dans le système de la langue, étant dépourvues ou pourvues de signification. Cette
question a été soulevée par les philosophes bien avant les linguistes. À la suite des travaux des
philosophes l'idée de surcharge de sens est évoquée par des linguistes, ils ont valorisé
immédiatement cette unité linguistique qu’est le nom propre. Cette unité a été traitée
différemment par les grammairiens, les grammaires traditionnelles opposent la catégorie des

29
noms propres à la catégorie des noms communs, ils ont montré des nouvelles facettes du nom
propre et les propriétés linguistiques particulières qui permettent de le distinguer du nom
commun.

1.1 La notion du nom propre :

Un nom propre est un nom qui sert à désigner un lieu, une personne, ou une chose
spécifique. Pour les distinguer des noms communs, les noms propres sont toujours en
majuscule en français.

Les noms propres incluent les noms de personnes, les noms de lieux, les noms
d’entreprises et d’organisations, ainsi que les titres des livres, des films, des chansons et
d’autres médias. Ils sont définis par contraste avec les noms communs, c’est-à-dire que si un
nom n’est pas propre, il est commun, et vice versa.

1.2 Les noms propres et la logique :

La réflexion sur l’acte de nommer et sur les noms ne vient pas de la linguistique, elle est
venue de la logique. Ce que nous trouvons curieux, c’est le problème de surcharge de sens
des noms propres abordé dans le cadre de la philosophie logique. Notre propos est d’éclairer
le problème de sens tel qu’il est envisagé par certains théoriciens de la logique contemporaine
(Mill, Frege, Russel, Kripke, etc.) dans le cadre de leur traitement d’une classe d’expressions
linguistiques représentées dans le nom propre.

Nous pouvons prendre le risque pour faire un rappel sur une discussion très significative
sur le sens du nom propre, qui a eu lieu au IV e siècle av.-C. Il s’agit d’un débat entre Socrate,
Cratyle, et Hérmogène sur la question du nom propre comme convention arbitraire ou
dérivation naturelle. Hérmogène qui porte un nom qui signifie « fils d’Hermès » (dieu de
chance, de prospérité, et de l’argent dans la mythologie grecque) se demande s’il mérite son
nom. Socrate examine deux thèses opposées : celle d’Hérmogène, qui réplique que chaque
individu a le pouvoir de nommer arbitrairement les choses, et celle de Cratyle, qui soutient
que les mots sont un produit directement des choses qui représentent leur nature. Socrate pour
qu’il arbitre leur débat, tout d’abord il a abordé quelques arguments cratyliens pour mettre en
cause la thèse d’Hermogène, avant de critiquer également celle de Cratyle.

À une période relativement récente, nous entendons parler des perceptions descriptives
des noms propres, et de quelques méthodes et approches théoriques et philosophiques

30
adoptées par certains les théoriciens de la logique afin de distinguer le nom propre du nom
commun, pour clarifier certains aspects de la discussion sur cette question, nous proposons, au
départ, de discuter la conception de John Stuart Mill. Selon ce philosophe la fonction des
noms propres est désignative et non suggestive, il n’est pas spécifique et descriptif, tant qu’il
n’indique pas à quoi il se réfère une définition utile pour porter le sens de la chose laquelle il
se renvoie. Le nom propre dans cette perspective représente un signe phonétique ou graphique
qui sert à identifier une entité spécifique sans représenter aucune information sur la chose à
laquelle il se réfère. Sur cette base le nom propre est devenu dépourvu de sens, car il ne
contient aucune caractéristique qualitative de son référent. C’est donc un mot vide de sens.

Mill considérait le nom propre comme une désignation de choses et non de sens ou des
idées, avec cette affirmation, Mill défendait une nouvelle théorie de la dénomination basée sur
des nouvelles considérations logiques affirmant que le nom propre est un signe linguistique,
qui porte un sens dénotatif comme le nom abstrait, pendant que le nom commun a
évidemment un sens connotatif et significatif.

Certains chercheurs ont qualifié Mill, comme un philosophe rejetant de la signification


des noms propres, il les considère comme « des étiquettes » associées à des objets
extralinguistiques. La linguiste Marie-Noëlle Gary-Prieur éclaire cette affirmation en
montrant cette citation de Mill :

« Lorsque nous appliquons à un objet son nom propre; lorsque


nous disons d’un homme c’est Brown, c’est Smith, ou bien
d’une ville c’est York, nous ne disons rien de ces choses, si ce
n’est que ce sont là leurs noms. Mais en mettant à même celui
qui nous entend de reconnaître l’identité de ces individus, nous
pouvons les rattacher à ce qu’il en sait déjà. En lui disant, c’est
York, nous lui disons quelque autre chose, par exemple qu’à
York, il y à la cathédrale. Mais cela n’est en rien impliqué dans
le nom lui-même; il n’y pensera qu’en vertu de ce qu’il avait
déjà entendu dire d’York ». (Mill, 1988 : 36-37, cité dans Gary-
Prieur, 1994 : 18)

De ce passage, Gary-Prieur conclut ceci : « Mill suggère qu’il existe pourtant des
informations attachées au nom propre : le nom propre évoque ce que l’interlocuteur sait déjà
de son référent. » (Ibid.) Selon la linguiste on ne peut pas confirmer que Mill considère le

31
nom propre totalement vide de sens. Si c’était la perception de Mill, la nature descriptive des
noms exige que ceux-ci aient des caractéristiques spécifiques qui les rendent capables de
porter un sens, sinon ils n’auraient aucune utilité sémantique et logique.

Il est connu de l’histoire de la philosophie du langage que cette question est dérivée du
dialogue entre Cratyle et Socrate, mais les nombreux et différents changements et
développements intellectuels qui se sont produits plus tard ont conduit, en fin de compte, à
des perceptions sémantiques et logiques dans le cadre de la logique contemporaine avec des
philosophes comme Gottlob Frege qui penche du côté du nom propre porteur de sens : « le
nom propre doit avoir un sens […], sans quoi il serait une suite de sons vide et appelé à tort un
nom. Mais, pour l’usage scientifique, on doit exiger de lui qu’il ait également une
signification »(2005, pp. 533-534)

Bernard Russell, plus tard a repris la vision selon laquelle le nom propre est une
étiquette. Il a approfondi cette idée dans ses conceptions particulières du langage, où ses
efforts se sont concentrés dans la direction formelle pour rendre cette étiquette pourvue de
sens. Sur cette réflexion, la signification du nom propre est devenue basée sur la description
que porte ce nom.

Un autre philosophe qui a été intéressé par le nom propre, Saul Kripke pense que
certains termes, notamment les noms propres fonctionnent comme « désignateurs rigides »,
lorsqu’ils réfèrent à la même chose dans tous « les mondes possibles » dans lesquels cette
chose existe. Ce concept technique dans la philosophie du langage a des conséquences
critiques ressenties dans toute la philosophie. Dans leur plus grande généralité, les
conséquences sont métaphysiques et épistémologiques.

Bien d’autres auteurs, ont évoqué les pensées des logiciens dans leurs théories comme :
Georges Kleiber, Marie-Noëlle Gary-Prieur ou Jean-Louis Vaxelaire. Afin de ne pas dévier de
notre objectif initial, nous n’avons présenté que les théories les plus répandues en linguistique.

1.3 Les noms propres et la linguistique :

En sciences du langage, et particulièrement dans le domaine de la linguistique, il y a eu


un grave manque de réflexion sur les problèmes théoriques liés aux noms propres, donc les
propositions faites par les philosophes et les logiciens ont été facilement adoptées par les
linguistes, du moins comme base de discussion. C’est le cas de Georges Kleiber et Guy Le
Bihan. Au contraire, Marie-Noëlle Gary-Prieur et Jean-Louis Vaxelaire approuvent qu’un
32
traitement linguistique des noms propres nécessite une vision quelque peu différente du celle
que les philosophes fournissent.

Georges Kleiber était le premier à rédiger une thèse sur les noms propres. Il examine les
théories des logiciens avant d’estimer que les noms propres ne sont pas complètement vides
de sens, mais qu’on ne peut tout de même pas les décrire comme des noms communs. Entre la
thèse des noms propres dépourvus de sens, et celle des noms propres à sens descriptif fort.
(Kleiber, 1981, p. 331). Aborde la solution du sens dénominatif des noms propres, formulé
comme « un prédicat de dénomination » : « être appelé /N/ constitue le seul contenu
sémantique des noms propres. Le nom propre Shakespeare, par exemple, n’aura pas d’autre
sens que “être appelé /Shakespeare/”. […] ce sens n’a rien d’identifiant. »

Plus récemment encore, Guy Le Bihan refuse complètement d’envisager le nom propre
comme « étiquette » : « Jamais un signe ne sera une étiquette. Peut-être s’en rapproche-t-on
lorsque le nom propre accède dans certains cas (très rares) à la dignité de paradigme, au sens
platonicien du terme, c’est-à-dire lorsqu’il devient un mythe : « C’est un Casanova, c’est un
Don Juan, un Tenorio. C’est un nouveau Pic de la Mirandole ». (LE BIHAN, Guy. (2006) «
Le nom propre : identification, appropriation, valorisation »,, 2006, p. 24)

Bien que la majorité des études se démarre de la réflexion logique, une polémique
contre la théorie héritée des logiciens, a été soulevée par Gary-Prieur et Jean-Louis Vaxelaire.
Selon ce dernier, les logiciens se sont uniquement penchés sur une particularité des noms
propres, alors qu’il en existe plusieurs : « Ainsi, en philosophie analytique, […] le nom propre
est un symbole simple ou non-composé. En se tenant à cette affirmation, la catégorie
généralement des noms propres serait par conséquent amputée d’une énorme majorité de ses
membres puisque ces symboles simples ont non seulement disparu au niveau de
l’anthroponymie moderne, mais ils sont également minoritaires.»(Vaxelaire, 2007, p. 3)

Du même point de vue, Gary-Prieur affirme que la réflexion logique sur la nature du
nom propre n’a rien à voir avec la linguistique. Selon elle, les linguistes et les logiciens ont
évidemment une approche différente : « pour les logiciens, le nom propre est un moyen, et
non un objet d’étude » (1994, p. 24). Gary-Prieur déplore que l’approche logique nous ramène
toujours à une référence unique et identifiable, alors que ce n’est pas le cas.

Jean Molino, Vaxelaire et Gary-Prieur, expliquent pourquoi le nom propre apparaît


comme objet marginal dans la linguistique : le Cours de la linguistique générale de Saussure

33
n’accorde aucune place au nom propre : D’une part, son signifié n’est pas une image mentale
stable, et d’autre part on ne peut pas le valoriser dans un système de signes. Dans ses travaux
Gary-Prieur constate qu’une approche purement syntaxique ne conduit pas à une
compréhension claire des aspects sémantiques des noms propres (c’était déjà mentionné dans
la thèse de Kleiber en 1981). Par la suite Gary-Prieur, comme d’autres linguistes, propose
d’élaborer une théorie préalable de signification capable de rendre compte de la variété de
l’interprétation associée à chacune des constructions du nom propre et qui permet de le
distinguer par rapport aux autres unités lexicales.

Toujours, avec la même savante, mais cette fois à l’égard des grammaires
traditionnelles. Gary-Prieur résume la petite place qu’occupe le nom propre dans les
grammaires comme-ci : « distingués d’abord des noms communs sur une base sémantique
(désignation d’un individu/d’une espèce), ils sont ensuite plus ou moins oubliés dans le
chapitre consacré au nom, mais ils réapparaissent comme cas particuliers sur le plan
morphologique (problèmes du genre et du nombre). On notera l’absence de toute dimension
syntaxique ».(prieur, 1991, p. 7)

Vaxelaire explique à son tour que l’objectif des grammaires n’est pas de décrire le
fonctionnement des noms propres dans la langue mais plutôt de consigner les règles de la
grammaire traditionnelle, prescriptive, qui les affectent.

La grammaire traditionnelle 7 n’a pas échappé à l’approche logique, plusieurs


grammaires considèrent uniquement les noms de lieux ou de personnes comme véritables
noms propres par exemple : la Grammaire de Port-Royal, et Le bon usage de Grévisse et
Goose. Avant que ces derniers ajoutent les noms des êtres surnaturels, les animaux, les titres
des livres et des revues. Vers la même destination, la grammaire en ligne Reverso, propose
les mêmes catégories en faisant suivre cette liste de points de suspension. Pour distinguer le
nom commun du nom propre, on écrit ce dernier avec une majuscule. Toutes les grammaires
concernant le nom propre, ont pour objectif les règles présidant à l’usage de la majuscule,
l’absence de déterminant et de marques morphologiques ainsi que l’impossibilité de traduire.

La grammaire historique, les grammaires canadiennes, la grammaire du français actuel


et la grammaire interactive ont à leur tour confirmé les théories de leurs prédécesseurs
concernant les classes des noms propres, et leur singularité. Paradoxalement, c’était la
Grammaire en tableaux, qui a proposé la liste de noms propre la plus extensive qui
7
La grammaire traditionnelle : Leur analyse s'articule autour des parties de discours et des
fonctions.
34
comprenait : les noms de dieux, les noms de peuples, les noms d’astres, les noms de points
cardinaux, les noms géographiques, les noms de rues, de places, de monuments, etc. Cette
variation causée par l’apparition de quelques pionniers qui résument assez bien les catégories
des noms propres nécessite forcément la naissance de l’onomastique, une science demeure
pragmatique ; qui comprend le nom comme une fonction plutôt que comme une catégorie, et
cela dirige cette science vers la sociolinguistique.

2. L’onomastique :

Étudier le nom propre comme un élément lexical, cela renvoie aussi nécessairement à des
disciplines autres que la linguistique. C’est l’onomastique, l’histoire et l’anthropologie
culturelle qui paraissent le mieux appropriées et qui, dans un cadre pluridisciplinaire
aujourd’hui unanimement reconnu, pourrait améliorer la connaissance déjà incomplète que les
linguistes et les grammairiens ont du nom propre. L’onomastique a fait du nom propre son
objet d’étude,

2.1. Définition et étymologie :

L’onomastique ; (du grec onomastikos signifiant d’un nom propre), est la science qui
étudie les noms propres, Elle est devenue une science vers la fin du siècle dernier, lorsque
l’on eut mis en cause les principes de la linguistique historique. Elle se subdivise en diverses
branches, dont les plus connues sont consacrées aux noms de lieux, de personnes et portent les
noms respectifs de toponymie et anthroponymie, formés d’après d’anciens mots grecs.

En effet, l’onomastique de nos jours se trouve recouvrir des nouveaux champs des
sciences humaines qui se rapportent au domaine de la sociolinguistique, et notamment la
sociolinguistique urbaine que nous mentionnons plus haut. Plus loin de la linguistique,
l’onomastique n’étudie pas le fonctionnement du nom propre dans la langue : elle se contente
de faire l’histoire d’un nom propre spécifique, ou d’étudier les noms propres spécialisés à un
domaine. En lisant les travaux d’onomastique publiés par Dauzat, fondateur de la Revue
internationale d’onomastique, on peut constater que cette discipline avec sa dimension
historique souffre de son manque de proximité avec le sens. C’est ce qui a conduit Vaxelaire à
séparer les propos des onomasticiens de ceux de linguistes : « Il est nécessaire de savoir que le
but recherché par les onomasticiens, qui est de trouver les racines d’un nom, ne peut nous être
d’une grande utilité immédiate (le sens actuel des noms). Bien que ce soit une évidence, il
faut le répéter : l’onomastique possède une vision diachronique alors que l’usage est presque

35
exclusivement synchronique, et l’étymologie d’un nom n’est pas son sens actuel. »
(Vaxelaire, 2005a : 591)

Plus près de notre objet de recherche, nous insistons sur l’importance de l’approche
onomastique dans la création d’une lexicologie du nom propre. Il s’agit de retisser des liens
avec l’onomastique afin que la linguistique bénéficie de la réflexion et du recul des
onomasticiens en combinant les deux approches ; synchronique et diachronique. À cet égard
de nombreux onomasticiens sont d’ailleurs des linguistes reconnus : Dauzat, Pottier, Saussure,
plus récemment Fabre et Kristole.

Dès lors, la plupart des chercheurs, ont favorisé l’avancement de cette science dans le
domaine de la toponymie et l’anthroponymie. Tant que le nom propre renvoie à un référent
déterminé qu’il soit de type réel ou imaginaire. On peut classer les types du nom propre en
deux classes principales et une classe qui englobe le reste.

2.2. Les branches de l’onomastique :


2.2.1. L’anthroponymie : étude des noms de personnes :

L’anthroponymie ; (du grec « anthropos », qui veut dire « homme » et « nymie » vient
d’onoma qui signifie « nom »), est la science qui étudie les anthroponymes, qui désignent les
personnes individuelles ou les groupes : prénoms, patronymes, gentilés, partis, pseudonymes,
organisation et ensembles artistiques. Plusieurs chercheurs ont bien repéré que les noms
personnels sont de plusieurs ordres, chaque catégorie constituant une sous-classe à l’intérieur
des classes des noms, et qu’ils entourent chaque individu pour former autour de lui une aura
pour le faire différencier d’autrui et pour faire ressortir ses spécificités propres . Les
anthroponymes distinguent quatre types de noms :

Les noms de personnes ; pour l’individu, le prénom fonctionne alors comme un vrai
marqueur d’identification, c’est être d’emblée inséré au sein de la communauté. Il signifie
aussi une position au sein d’une famille : on distingue grâce à lui les parents des enfants, le
féminin du masculin, etc. Chaque prénom possède une coloration psychique singulière,
associé à une histoire, une mémoration personnelle, ou une pensée momentanée.

Les noms de famille, pour se distinguer des autres familles au sein de la communauté.
Le nom de famille a toujours une signification première et des circonstances d’attribution, qui
ont prévalu pour le porteur initial, durant que ce nom est devenu héréditaire. Il confère

36
aussitôt à son porteur : un statut social, une fonction dans une hiérarchie, une origine
géographique, une époque historique, etc.

Le patronyme est composé de patro «père», c’est le nom de famille transmis par le père
à son fils ou sa fille, ou de père de mère à l’enfant en cas d’illégitimité. Encore dans ce cas
lorsque le prénom de la mère est donné à son enfant, il s’agit d’un matronyme.

Le surnom, ou le sobriquet ; emprunté à un nombre infini des termes, il est immunisé de toute
contrainte légale, ou censure sociale. C’est un nom substitué ou ajouté par une personne, ou
un groupe afin de soutenir la mémoire publique. Les surnoms sont très utilisés dans la société
non seulement pour les personnes, mais aussi pour les équipes de football, les villes, les pays,
etc.

2.2.2. La toponymie : étude des noms de lieux

La toponymie : (du grec « topos », qui veut dire « lieu » et «nymie » qui veut dire «
nom »), est la science qui étudie les noms propres des lieux. Dubois l’a défini comme-ci :
« Cette récente science cherche à trouver l’origine du nom de lieu, sa signification et à quelle
langue il appartient et, de leurs rapports entre la langue du pays et les langues
mortes »(Dubois, 1975, p. 26). Cette discipline datte de XIXe siècle, avec le progrès de la
philologie elle est devenue peu à peu indépendante et constante. La tache de parcourir les
territoires pour les nommer est primordiale depuis la vie des sociétés préliminaires jusqu’à
nos jours.

Brahim Atoui explique notre besoin de nommer ce qui nous entoure : « toute
dénomination implique une notion de limite, car nommer signifie prendre possession d’un
territoire, d’un espace. On nomme pour délimiter, pour isoler, identifier, distinguer,
démarquer et aussi et surtout pour faire valoir un certain droit sur une aire donnée ».(Atoui,
1997, p. 7)

En France au XIX e siècle. Ce fut A .Lognon, le premier chercheur français, qui s’est
intéressé à cette science. Il a rédigé un premier ouvrage intitulé : « les noms des lieux en
France » en 1920. Ensuite, d’autres chercheurs dans le domaine ont fait développer ses
propos. Nous citons parmi eux Albert Dauzat, Charle Rostaing, et Ernest Nègre.

Les recherches onomastiques deviennent, rapidement, l’affaire des linguistes et des


philologues avec A. Dauzat et A. Vincent. C’est là le fait important : la toponymie et

37
l’anthroponymie demandent toujours l’aide précieuse de l’histoire, mais elles ne sont plus
l’affaire des historiens seuls. Elles deviennent des disciplines linguistiques par excellence.

La toponymie fait partie des indices laissés par les générations passées, sur le sol. Ainsi,
de nombreuses places urbanisées au cours du XXe siècle portent les noms des paysages qui les
ont précédés (dans leurs langues et leurs cultures). À cet égard, les chercheurs ont découvert
les problèmes des variations infinies des noms de lieux : variations sémantiques,
orthographiques, phonétiques, etc.

À cause de cela, la toponymie se développa sous l’ombre de la linguistique et surtout la


dialectologie. Ainsi, très rares furent les toponymistes qui tentèrent de dépasser ces limites.
La géographie elle-même de sa part demeure responsable de cet engagement de la toponymie
dans des pistes linguistiques, les questions discutées se rapportent presque exclusivement à la
grammaire, à l'orthographe, à l'adaptation des mots indigènes et à la traduction de l'anglais au
français. Peu de géographes ont pris l’initiative d’analyser les toponymes de leurs régions ou
de rapprocher la toponymie de la géographie. Ils n’ont même pas eu le souci de rechercher
l’origine, l’explication, le sens, la justification, les modifications et toutes autres
caractéristiques des noms de lieux.

Cela ne signifie pas que la dialectologie domine la toponymie jusqu'à aujourd’hui. Au


contraire de nombreux géographes se sont attachés à établir des normes de gestion
toponymique pour régler l’usage des noms de lieux dans leurs pays. Ils ont laissé appart les
préoccupations de leurs précédés pour régir la situation toponymique dans une perspective
pratique plus que scientifique en s'appuyant sur l'histoire des toponymes. Ces travaux furent
et restent très utiles, voire indispensables. D’une part, ils fournissent des points de repère
arbitraires pour la localisation des milliers des lieux dans la surface du globe terrestre, d’autre
part, de préserver une mémoire collective et protéger l’histoire d’être perdue. Pour diverses
raisons, les deux fonctions de la toponymie bien que complémentaires, se trouvent en
concurrence selon la situation et l’urgence.

En effet, la toponymie en tant que science généralisée, rencontre aujourd’hui plusieurs


problèmes ; la pluralité des langues utilisées pour nommer un même lieu, la convergence des
noms différents et consécutifs qui référent au même lieu, l’usage populaire qui en vient à la
défiguration des toponymes, etc. Les autorités rencontrent ces obstacles à chaque fois ils
veulent normaliser une forme. Laissant le problème de multiplicité des noms appart, la
multiplicité des lieux à nommer reste un problème plus sérieux dans plusieurs pays. La

38
pluralité des langues à son tour peut donner des toponymes juxtaposés, des toponymes
parallèles ou des superposés. Ce qui augmente les problèmes de l’homonymie, la polysémie,
la paronymie et autres phénomènes toponymiques et risque d’engendrer tout un cortège de
confusions et d’imprécisions parfois coûteuses.

La normalisation toponymique apparaît comme une solution évidente et une nécessité


urgente dans ces cas, surtout dans notre monde moderne où la mondialisation de l’information
exige que tous les données soient les plus univoques possible.

2.2.3. Autres :

Dans cette section, on peut regrouper le reste des disciplines qui étudient les noms
propres selon la classification pour la traduction de Bauer. Avec les noms des lieux et des
personnes, Bauer énumère ce qui, par convention, constitue un nom propre, il prend en
considération des éléments extralinguistiques propres au référent :

Sa typologie est constituée des classes principales, et pour chacune plusieurs catégories :
•L’ergonyme : le nom d’un produit, d’établissements d’enseignement et de recherche , d’une
marque, d’entreprises, de titres d’ouvrages, de films, de publications et d’œuvre d’art, ainsi
que les noms de lois, de partis politiques, d’activités humaines et de symboles scientifiques.
•Le praxonyme : les noms de maladies, d’événements culturels et de périodes historiques.
•Le phénonyme : les ouragans, les astres et les comètes, les zones de haute et de basse
pression.
• Le zoonyme : les noms des animaux domestiques.

3. Le toponyme :

Les toponymes constituent une catégorie essentielle des noms propres, on les utilise pour
désigner des lieux. Les toponymes se déclinent en de nombreuses variantes sur la même
racine : Les noms des villes, des régions, des cours d’eau, des montagnes, des voies de
communication, etc.

L'acte de nomination des villes, des rues, ou des quartiers, ne se réduit don pas à un
simple étiquetage d’un objet mais il inclut l’espace nommé ou la région nommée dans un
système complexe de relations culturelles et sociales. Cette vision a été adoptée par plusieurs
toponymistes, on mentionne Paveau qui étudie le toponyme en tant qu'unité très complexe :

39
« Le toponyme n'accomplit pas seulement une dénomination
géographique, mais dessine des cheminements sémantiques
complexes, contingents et parfois originaux, à travers les cadres
culturels, identitaires, affectifs et mémoriels d'un sujet ou d'un
groupe. Au sein d'une approche des faits langagiers et discursifs
qui articule discours et cognition, le toponyme (comme tout nom
propre d'ailleurs) peut être envisagé comme un lieu de mémoire
discursive et un organisateur socio-cognitif permettant aux
locuteurs de construire une histoire collective ». (Paveau, 2008)

Cela veut dire que les toponymes servent aussi à évoquer des événements qui se sont
déroulés dans les lieux qu'ils nomment, et qui sont par conséquent identifiés par ces
toponymes. Du point de vue de l’onomastique, il s’agit d’une transonymisation, dans laquelle
les toponymes sont devenus des praxonymes.

Ce n’est pas sans raison d'ailleurs que des organisations culturelles comme l'UNESCO
et le GENUNG, cherchent à encourager l'identification, la protection et la préservation des
toponymes, et les considèrent comme patrimoine culturel et naturel du monde entier, ayant
une valeur exceptionnelle pour l'humanité. En plus de leur fonction symbolique et culturelle,
certains toponymes (par exemple en Afrique et Amériques) sont des preuves vivantes des
anciennes civilisations et langues qui ont déjà disparu. Ces organisations regroupent certains
espaces géographiques pour les gérer selon un concept holistique de protection, d'éducation et
de développement durable.

3.1. Toponyme, nom géographique ou choronyme :

L’analyse traditionnelle du nom géographique pose des problèmes à beaucoup de


grammairiens. Le fait d’avoir plusieurs dimensions à l’arrivée n’est pas très gênant, alors que
le fait d’avoir plusieurs dimensions au départ va poser un certain nombre de difficultés par
rapport à ce que tout le monde connaît. D'abord, on dit que le toponyme est un nom propre de
lieu, un nom propre est reconnu comme celui qui ne s'applique qu'à un seul être, ou objet, or il
existe un bon nombre de Karim et autant d’Amina, un bon nombre de Madrid et autant de
Londres. Les linguistes dépassent cette difficulté en considérant ces séries comme des
homonymes. La définition du toponyme comme étant un nom propre de lieu ne traduit pas la
réalité du nom géographique. Le nom géographique, il est, théoriquement, composé d'un
élément générique, la plupart du temps un nom commun et d'un nom spécifique qui peut être
un nom propre mais pas forcément ; exemple : Oued Tarfa à Alger, le lac de Sidi Mohamed
Benali à Sidi Bel Abés, Bordj El Kiffan à Alger. Le nom géographique contient toujours un
40
nom spécifique de désignation ou d'identification. Le toponyme comprend fréquemment un
élément générique qui a pour fonction de catégoriser le lieu nommé : c'est un nom commun.
Le toponyme est un nom géographique, mais le nom géographique n'est pas impérieusement
un toponyme car, comme on le verra plus bas, le toponyme couvre plusieurs fonctions de
paramètres sociales et historiques. Il est appelé aussi choronyme, lorsqu’il s’agit d’un
« toponyme évènementiels », comme Tchernobyl, qui circonscrit sur un espace donné une
série d’évènements qui le dépassent.

3.2. Les catégories de toponymes :

En fonction de l'importance géopolitique, économique et socioculturelle des objets


géographiques désignés par toponymes, on distingue les hypertoponymes, les
macrotoponymes, les régiononymes et les microtoponymes . Les hypertoponymes incluent les
noms de continents, d'océans et de pays ; les macrotoponymes combinent des noms de
grandes régions, d'états, de régions, de capitales d'états, de systèmes montagneux, de mers,
rivières, îles; les regiononyms sont les noms de villes, de districts, de petites rivières, de
montagnes, etc. Les microtoponymes sont utilisés pour désigner de petits objets dans des
localités individuelles qui sont connus seulement à un cercle restreint de personnes (ravine,
montagne, rivière, champ, forêt, bâtiment, route, parc, bloc, etc.).

Malgré le fait que le vocabulaire toponymique est une couche étendue dans la langue,
toute la variété de la toponymie peut être réduite à un nombre relativement restreint de types,
parmi lesquels les noms d'objets naturels et d'objets créés par l'homme, voici quelques
catégories essentielles :

3.2.1. Les hydronymes :

Un hydronyme, (du grec « hydrō » qui signifie « eau », et « onyme » qui veut dire
« nom »), est un type de toponyme qui désigne un nom d’un cours d’eau. Les hydronymes
comprennent les noms des rivières et des ruisseaux, des lacs et des étangs, des marécages et
des marais, des mers et des océans, etc. En tant que sous-discipline de la toponymie,
l’hydronymie (ou l’hydronomastique), étudie les noms propres de tous les plans d’eau, les
origines et les significations de ces noms, ainsi que leur développement et leur transmission à
travers l’histoire. Plus que la plupart des toponymes, les hydronymes en tant qu’éléments

41
linguistiques, sont conservés par les peuples. En Algérie la majorité des hydronymes berbères
ont pour générique : Oued, Bir, Ain, Hassi, Hammam, Tala, lac, source, puits, etc.

3.2.2. Les oronymes :

Un oronyme, (du grec « oros » qui signifie « montagne », et « onyme » qui veut dire
« nom »), Les oronymes combinent les noms des éléments de relief et leurs formes :
montagnes, caps, collines, monticules, prés, rochers, ravins, etc. On appelle oronymie, la
partie de toponymie qui étudie les oronymes. Les oronymes en Algérie sont très nombreux et
comportent comme générique : Djbel, Ras, Chaaba, Draa, Tizi, Col, Fedj, Koudia, etc.

3.2.3. Les phytotoponymes et les zootoponymes :

Les toponymes faisant référence à la nature, sont nommés phytotoponymes, lorsqu’ils


font référence à des plantes, et zootoponymes lorsqu’il s’agit des animaux. Ces toponymes ont
été formés en fonction de ce que les gens ont l’habitude de voir dans leur vie quotidienne.
Ainsi, ces noms peuvent être considérés comme indices de la présence antérieure de certaines
espèces. Les phytotoponymes et les zootoponymes peuvent aussi venir d’une analogie entre
l’entité géographique et l’animal ou la plante.

3.2.4. Les urbanonymes :

Les noms des objets de la ville (îlots urbains, rues, places, boulevards, ruelles, terre-
pleins, avenues de monuments commémoratifs, théâtres, musées, cinémas, cafés, hôtels,
magasins, maisons individuelles et autres petits objets à l'intérieur des agglomérations) sont
regroupés sous le terme d'urbanonymes. L'étude des urbanonymes porte sur une partie de la
toponymie qui s’appelle l'urbanonymie. Il existe plusieurs termes qui caractérisent les
éléments du système toponymique de la ville : les godonymes (noms des rues), agoronymes
(noms des places), microhoronymes (noms des quartiers ), ergonymes (noms d'entreprises),
oikodomonymes (noms des bâtiments), ecclésionymes (noms des temples, églises,
monastères, chapelles), dromonymes (noms des routes), nécronymes (noms des cimetières),
agroonymes (noms des terrains, champs, terres arables), microdrimonymes (noms des forêts
et des parcs). Selon la règle, les urbanonymes appartiennent aux microtoponymes, puisqu'ils
sont connus seulement par un cercle restreint de personnes vivant dans une zone limitée.

42
3.3. Type de toponymes :

Il est possible aussi de faire un autre classement des toponymes selon leur rôle, leur
fonction et de leur écriture. On a dégagé les types suivants :

3.3.1. Le toponyme descriptif :


Un nom qui décrit une caractéristique physique d’une zone géographique, à savoir sa
forme, sa couleur, ses constituants, ses dimensions, etc. Les toponymes descriptifs peuvent
être attachés même d’autres descriptions de l’environnement comme le terrain, les plantes et
les animaux. Exemple : « Djbel lazrag » ou « La montagne bleue » à Laghouat, ce nom est
descriptif par la couleur. « Djbel Babor » ou « Le mont Babor » à Sétif, ce nom est descriptif
par la forme, il porte ce nom en raison de sa position similaire à celle d'un bateau à vapeur à la
surface de la mer, et les montagnes à côté de lui ressemblent à de hautes vagues qui se
dirigent vers lui venant de la mer.

3.3.2. Le toponyme dédicatoire :

C’est un nom de lieu qui rappelle le souvenir d’une personne, qui a joué un rôle
significatif à l’échelle local, régional, national ou international. Les toponymes dédicatoires
en général prennent les noms des martyrs et des personnalités publiques ou politiques. Nous
citons les exemples : Avenue Ben Boulaid Mustapha à Oran, Quartier Larbi Ben M’hidi à
Skikda, Boulevard Houari Boumediene à Tébessa.

3.3.3. Le toponyme commémoratif :

C’est un nom de lieu qui rappelle la mémoire d’un événement historique. Ce type de
toponymes permet d’attribuer aux lieux des noms évoquant les pages les plus marquantes de
l’histoire tant locale que régionale ou nationale du pays. Exemples : Avenue 1 er Novembre à
Akbou (Bejaia), Rue 5 Juillet à Oran.

Pour conclure, nous avons évoqué tous ces concepts, et toutes ces théories non
seulement pour cadrer notre recherche, mais aussi pour retracer les balises essentiels pour
notre analyse et pour construire une base solide, sur laquelle nous pouvons compter pour
réaliser notre étude telle que nous l’avons imaginé.

3.3.4 Les toponymes désignant l’eau :

43
Les noms liés à l'eau durent le mieux. En effet, ils constituent une partie importante des
toponymes les plus anciens. À travers les âges, l'eau a été un élément primordial qui a
contribué à sa création dans les zones urbaines, affectant l'ensemble de la population. Ainsi, il
est peu probable que les lieux nommés à la base de l'eau changent avec le temps parce qu'ils
sont connus par de nombreuses personnes, ils ne peuvent donc pas être supprimés
simplement. En plus de présenter une idée sur les sources d'eau de la région, de leur variété et
de leur épaisseur, l'étude des noms de ces sources permet de remonter très loin dans l’histoire.

Les noms des toponymes liés à l'eau sont, souvent très valorisés dans l'histoire et la
géographie des lieux, en particulier dans les zones urbaines où l'eau a souvent joué un rôle
crucial dans le développement de la ville. Les noms de rivières, de lacs, de fontaines, de
sources et d'autres points d'eau ont souvent été utilisés pour donner des indications
géographiques et pour aider à la navigation dans la région. De plus, ces noms sont souvent
liés à des traditions culturelles et historiques qui sont transmises de génération en génération.

3.3.5 Les toponymes désignant le relief :

Le patrimoine géomorphologique est un concept qui englobe les caractéristiques


physiques du relief et de son environnement, ainsi que les liens sociaux, culturels et
identitaires qui s'y rattachent. Dans le domaine de la toponymie, plusieurs lieux sont appelés à
partir des noms de montagnes, de plateaux ou de plaines.

Ces reliefs sont des lieux de référence importants pour les populations locales, qui ont
donné des noms spécifiques aux villes, aux communes ou aux quartiers, en fonction de leurs
caractéristiques géologiques et géomorphologiques. Ces toponymes sont porteurs de sens et
contribuent à la représentation sociale du relief. Ils témoignent de l'observation attentive des
habitants de ces régions et de leur connaissance intime de leur environnement naturel.

La singularité de relief et son importance pour les habitants, se reflètent dans les
toponymes et les noms de lieux, témoignant de la relation étroite entre les populations locales
et leur environnement naturel. Cette relation est essentielle pour la préservation et la
valorisation du patrimoine géomorphologique8, qui constitue une partie intégrante de
l'héritage culturel et naturel de ces régions.

3.3.6 Les toponymes désignant le champ :

8
Géomorphologique : Branche de la géographie étudiant les formes du relief terrestre,
notamment le rôle de l'érosion dans la formation des paysages.
44
La relation entre la terre et l’homme qui l'exploite dans le contexte rural doit
nécessairement apparaitre dans ses dénominations. En effet, depuis l'aube de l'humanité, les
êtres humains ont compris l'importance de la terre pour leur survie et leur développement. La
fertilité de la terre a incité les gens à s'attacher à elle et à profiter de ses ressources pour leur
subsistance.

Dans les sociétés rurales, la vie était centrée sur la terre et les activités agricoles. Les
personnes nommaient souvent leur pays d'après les natures du sol, ce qui reflétait leur lien
étroit avec leur environnement naturel.

En somme, la terre a joué un rôle central dans la vie des communautés rurales et a
façonné leur culture et leur identité. La relation entre les êtres humains et la terre reste
importante aujourd'hui, alors qu’ils cherchent à préserver leur environnement naturel pour les
générations futures, ils nomment les espaces par des noms associés à la terre.

3.3.7 Les toponymes désignant l’habitat :

Les toponymes désignant des habitats, également appelés toponymes résidentiels ou


noms de lieux habités, font référence aux noms donnés aux différentes zones résidentielles et
communautaires, y compris les quartiers, les villages, les villes et les banlieues. Ces noms
peuvent être influencés par différents facteurs tels que la géographie, l'histoire, la culture, la
politique et les traits distinctifs des lieux.

Les termes les plus courants dans ce domaine, qui décrivent l'élément habité sont : Dar
"maison" et Bab "porte". De plus, la série noms liés au port ressort, il comprend les termes
port, quai, jetée et phare. Exemples : phare blanc, jetée de Calais, quai de la Rapée. Mais que
le sujet de l'habitat fait l'objet de plusieurs toponymes établis avec ou en relation avec le terme
« port » n'a rien d'étonnant car il est en toute logique, que dans les villes portuaires « port » est
une dénomination qui s’impose.

3.3.8 Les toponymes désignant les chemins :

Les toponymes qui désignent des noms des chemins et des routes, reflètent souvent
l’importance de ces constructions et la diversité géographique et culturelle de l'Algérie.

45
3.3.9 Les toponymes désignant les croyances religieuses :

Chaque personne adore certains lieux saints en raison de ses croyances religieuses, qui
influencent son langage et sa façon de penser. Par conséquent, il utilise des expressions qui
font référence à sa propre religion. Exemple : Paravent d'amour de Sidi mhand, Yemma
Gouraya, etc. Ces toponymes portent des éléments très importants de l’histoire et la culture
religieuse de la communauté.

Il est intéressant de noter que, bien que ces lieux et régions soient profondément ancrés
dans des croyances religieuses spécifiques, ils peuvent également avoir une signification plus
large en tant que symboles de la foi et de la spiritualité pour de nombreuses personnes.

3.3.10 Les toponymes désignant l’homme :

En toponymie on trouve souvent des noms de lieux qui portent le nom d’une personne,
dans le but de marquer et délimiter son territoire et sa propriété ou bien pour commémorer sa
mémoire. Les toponymes peuvent être liés à une personne (noms individuels) ou à un groupe
de personnes qui sont liées les unes aux autres géographiquement, socialement ou
politiquement (noms collectifs).

L'utilisation d'anthroponymes pour nommer des lieux est très courante en toponymie,
notamment pour marquer une appropriation ou une affiliation territoriale.

Les noms individuels peuvent être liés à une personne importante qui a joué un rôle dans
l'histoire de la région, comme un fondateur, un explorateur, un chef de guerre ou un
personnage mythique. Les noms collectifs peuvent quant à eux faire référence à un groupe de
personnes qui ont une relation particulière avec le lieu, comme une tribu, une famille, une
confrérie9, une corporation ou une institution. Par exemple, la région de l'Alsace tire son nom
d'un peuple germanique du haut Moyen Âge, les Alémans, qui se sont installés dans la région
au 5ème siècle.

Les anthroponymes peuvent aussi être utilisés pour nommer des rues, des bâtiments
publics ou des monuments commémoratifs, afin de rendre hommage à une personne ou à un
groupe de personnes qui ont marqué l'histoire de la région ou du pays. Par exemple, la rue de
la Liberté à Paris a été renommée en l'honneur du général de Gaulle, qui a joué un rôle crucial
dans la libération de la France pendant la Seconde Guerre mondiale.
9
Confrérie : Association de laïques fondée sur des principes religieux dans un but charitable
ou de piété
46
3.3.11 Les toponymes désignant les professions :

Tout sur les métiers et les appellations de la vie associative telles que : les fonctions
administratives, les fonctions militaires, l’enseignement, l’artisanat, etc.

3.3.12 Les toponymes désignant les animaux :

Un toponyme peut être le nom d'un animal sauvage ou domestique ; ça peut être
expliqué par le fait qu'il y avait un animal ou des animaux à l'endroit mentionné. Le nom de
cet animal était connu pour inspirer la peur ou le respect. On reprend les noms des animaux
sauvages perdus comme le tigre.

C'est effectivement une explication plausible pour l'origine de certains toponymes. Dans
de nombreux cas, les noms de lieux sont étroitement liés à la géographie ou à l'histoire locale,
et cela peut inclure la présence d'animaux sauvages ou domestiques dans la région.

Il est également possible que le nom d'un animal ait été choisi pour sa signification
symbolique ou spirituelle dans une culture donnée. Par exemple, le lion est souvent associé à
la force et au pouvoir, tandis que le cerf est souvent associé à la grâce et à la nature.

Il convient toutefois de noter que la signification des toponymes peut varier


considérablement selon les cultures et les époques. Ce qui était autrefois un nom de lieu
respecté peut aujourd'hui sembler obsolète ou dépassé. De même, certains noms de lieux
peuvent être perçus différemment selon les contextes politiques ou sociaux, et il est important
de prendre en compte ces facteurs lors de l'interprétation des toponymes.

3.3.13 Les toponymes désignant les végétaux :

Charles ROSTAING présente sa vision sur les noms des végétaux comme ci : « A
toutes les époques les noms de plantes ont servi à dénommer les lieux habités, surtout les
lieux-dits et les fermes que la présence d’un arbre remarquable suffit à distinguer ».
(Rostsaing, 1948, p. 85).

La nature des images et leur évolution dans le temps et l'espace est un domaine de
recherche tout aussi important des informations sur les relations entre la toponymie et les
plantes. En toponymie, les noms de lieux qui désignent les végétaux sont très répandus et
témoignent de l'importance de la végétation dans la vie des communautés humaines. Ces
toponymes peuvent être des noms de lieux-dits, de rivières, de montagnes, etc. Ils peuvent

47
faire référence à une seule espèce de plante ou à un ensemble de végétaux qui caractérisent un
paysage.

Ces noms de lieux peuvent également être le reflet des relations culturelles entre les
hommes et la nature. En effet, la toponymie peut témoigner des usages que les populations ont
pu faire des plantes (usage médicinal, alimentaire, artisanal, etc.) ou de l'importance
symbolique qu'elles leur accordaient (plantes sacrées, associées à des légendes ou des
croyances locales, etc.).

L’évolution des toponymes de lieux qui désignent les végétaux peut être le reflet de
l'évolution du paysage lui-même. Les noms peuvent ainsi témoigner de la présence passée de
certaines espèces végétales qui ont aujourd'hui disparu ou ont été remplacées par d'autres.

Enfin, l'étude des toponymes liés aux végétaux permet de mieux comprendre les
relations entre les hommes et la nature, ainsi que l'évolution des paysages au fil du temps.

3.3.14 Les toponymes à base d’aspect physique et moral ou statut social :

La toponymie peut être une image qui reflète les mentalités des peuples, leurs
croyances, leurs comportements, leurs valeurs et même leurs statuts sociaux. Ces éléments
donnent plus de valeur et de renforcement au toponyme et au lieu nommé.

Partie II : Traitement des données et principaux résultats

48
Chapitre 1 : Aspects méthodologiques

49
Dans ce chapitre, nous allons présenter d’abord notre objet d’étude qui est le quartier,
avec un focus particulier au milieu urbain, qui nous offre une hétérogénéité des attitudes et
des occurrences.

Dans un deuxième point nous présentons notre corpus de travail et expliquons les
différentes phases qui nous ont permis de collecter les données préparées pour l’analyse ; Il
s'agit de partager la méthodologie utilisée et de parler de la ville où l'enquête a été menée et de
ses quartiers, puisque nous entendons expliquer la ségrégation en Algérie, parmi ses différents
types ; Nous allons créer un tableau qui rassemble les items collectés pour les distinguer les
uns des autres.

1. Le quartier comme objet d’étude :


1.1. Définition du quartier :

Un quartier est une subdivision d'une ville ou d'un lieu qui a une identité distincte et
dont les habitants partagent un sentiment d'appartenance commun. Un quartier peut résulter
d'une décision officielle, d'un aménagement (par exemple un ensemble de logements ouvriers
construit à proximité d'une usine) ou d'un simple développement historique.

Ce sentiment d'appartenance et l'identité spécifique des habitants d'un quartier créent un


antagonisme avec les habitants des autres quartiers. C'est un peu comme les clubs de chaque
région qui sont généralement considérés comme de grands rivaux. En général, les quartiers
voisins sont ceux qui connaissent le plus d'affrontements et ceux qui exacerbent le plus les
antagonismes.

Grafmayer suggère qu’il faut une description des caractéristiques d'une ville entière pour
une description représentative d'un quartier : « Un quartier peut être constitué en unités
d’observation où s’imbriquent diverses populations et où se combinent de multiples processus
[…] On peut aussi s’attacher à identifier des unités jugées suffisamment représentatives pour
que l’étude de la partie vaille dans une large mesure pour l’étude de la totalité »(Gasquet,
2001, p. 49) La division d'une ville en quartiers ne resterait donc pas sans impact sur ses
habitants. Le quartier « produirait des normes partageables et partagées et des attitudes
communes, sans constituer un ensemble immuable et uniforme » (Ibid.)

1.2. Types de quartiers :

50
La géographie urbaine définit le quartier par une physionomie ou un lieu spécifique, qui
permet de le différencier de son environnement. Cette physionomie peut être due à différents
types de particularités liées à :

• Son emplacement : il s’agit des quartiers centraux, des quartiers hauts et bas, des quartiers
rive droite et rive gauche, des quartiers périphériques, etc.

• Ses caractéristiques architecturales et sa construction : on parle des quartiers anciens, des


quartiers nouveaux, des quartiers historiques, des quartiers modernes.

• Ses fonctions : on différencie par exemple : quartiers des ouvriers, quartiers des logements
militaires, quartiers résidentiels, quartier d’affaires, quartier de la gare, etc.

• Les caractéristiques socioculturelles de ses résidents : par exemple : quartiers populaires ou


bourgeois, quartiers riches ou pauvres, quartiers italiens, quartiers musulmans, etc.

• L’image qui lui est associé : on parle par exemple de quartiers à mauvaise réputation ou au
contraire de quartiers propres.

• Sa qualité environnementale : il s’agit des quartiers écologiques où certaines normes de


bonne qualité environnementale s’appliquent à la planification, la construction,
l’aménagement et la gestion.

2. Présentation et description du corpus :

Nous avons choisi deux techniques de collecte de données pour saisir les éléments liés
au travail, l'une des deux nous oblige à descendre sur le terrain. Notre corpus fixe fait
référence aux noms des quartiers. Nous l’avons recueilli par observation au niveau de la ville
de Tébessa.

Pour mener notre recherche, nous avons constitué un corpus d’environ 40 noms à
l’échelle de la ville ( Skanska, Les Arcades, Thevest, La Commune, Bouhaba, Cité 200
logements, Ali Mehani, Route de Constantine, Cité Yahia Farès, Cité Coopemad, La
Basilique, EPLF, Cité Djbel Djorf, El Zaouia, La Rocade, Cité Zouhour, Route de
l’Aérodrome, El Mizeb, Cité El Bassatine, Cité Sonatiba, etc.)

De plus, nous avons utilisé un questionnaire en raison de la nature du sujet qui


s'imposait à nous, tant qu'il s'agissait de connaître l'ensemble des représentations des habitants

51
des quartiers. Ce questionnaire viendra compléter notre corpus afin d'aboutir à un meilleur
résultat concernant l’interprétation et le regroupement des données fournies par l’enquête.

2.1. L’enquête dans la ville de Tébessa :

Cette carte identifie l'emplacement de la ville de Tébessa où notre enquête a été menée.
La ville de Tébessa est l’une des communes de la wilaya de Tébessa, elle est à proximité de la

frontière tunisienne. La ville de Tébessa est située à l'extrême pointe orientale de l'Algérie à
une altitude moyenne d'environ 900 m. Elle occupe une position notable entre le Tell et les
hauts plateaux méridionaux des régions présahariennes.

Aussi connue par le nom de « Thevest », Tébessa possède un important patrimoine


historique et archéologique ancien, en particulier dans la vieille ville qui est encore entourée
de murs byzantins.

Le choix de cette ville est basé sur le fait que c'est notre ville natale, une ville que nous
connaissons parfaitement et dont l'enquête nous est accessible, pour se déplacer facilement
partout dans des endroits différents et aussi pour communiquer confortablement, parce qu'il
faut se rendre compte que l'embarras d'appartenir à un cette ville ou cette ville existe encore

dans notre pays. Héritière d'une époque et d'un patrimoine historique, la ville de Tébessa
nous paraît tout à fait appropriée pour étudier ses toponymes. Ce choix est motivé par
plusieurs raisons : d'abord c'est une ville qui se classe dans la catégorie de l'expansion
52
territoriale, ensuite elle offre une culture longue et variée et enfin au regard de sa position
géographique en tant que ville frontalière de passage notamment à la Tunisie.

2.2. Méthodes et approches :

D’abord, nous avons voulu installer un portrait de la présence et du traitement des


toponymes dans l’histoire, en analysant leurs significations et leur transformation au fil des
années. Pour ce faire nous avons dressé un véritable corpus de noms des quartiers de notre
ville Tébessa. Notre étude comprend la caractérisation de la présence et l’adoption de ces
dénominations ainsi que leurs interprétations divergentes.

Ensuite, nous avons voulu mener une enquête. Pour l’exécution de cela, ce n'est pas
toujours le cas possible de consulter tous les membres de la population, à cause de restrictions
géographiques, financières ou cognitives. Cependant, il est d’encore possible mieux connaître
la population cible, notamment en analysant un échantillon. Pour ce faire, il est essentiel de
choisir la bonne méthode de choix de l’échantillon.

Dans notre étude, nous avons eu recours au type d’échantillon aléatoire, ce qui implique
que chaque personne ou sujet de l’investigation a une probabilité égale de faire partie de
l'échantillon car ils sont tous sélectionnés spontanément. Pour calculer la taille minimale de
notre échantillon nous avons adopté la table d’estimation de Krejcie et Morgan (1970). Etant
donné que la taille de notre population cible est presque de 126000 individus, nous devons
remplir au moins 400 questionnaires pour l’atteinte de notre objectif qui est la généralisation
des résultats obtenues. Cela se traduit par le fait que nous avons commencé notre tour
d’investigation le 10 avril 2023, et nous l’avons terminé le 19 avril 2023.

Le questionnaire que nous avons développé est composé de 12 questions,


chacune d'entre elles a un objectif précis, qui joue un rôle important dans notre enquête pour
obtenir une explication riche plus tard. Il contient 3 questions ouvertes, 5 autres questions
semis ouvertes et enfin 4 questions fermées.

Notre recherche est basée sur l’analyse des données et l’investigation du terrain, qui lui
permet de collecter les données, de les analyser et enfin de rapporter les résultats pour les
interpréter. Par conséquent, notre approche a été considérée comme une approche
morphosémantique qui vise l’analyse des composants et des significations des toponymes,
mais aussi sociolinguistique, dans laquelle l'espace reflète les relations complexes entre la
socialisation, les contraintes sociales, la langue et les pratiques linguistiques ; qui résulte
53
l’inclusion des toponymes, objet de notre étude à l’intérieur de cette connexion, à travers les
pratiques et les représentations des lieux par les peuples. Les noms de lieux sont des noms
propres mais leur usage peut révéler certains caractères. Ils ne sont pas dotés d'une simple
fonction de repérage et d'orientation mais ont un sentiment d'appartenance qui s'incorpore
dans le discours lors de l'évocation du nom du lieu ; d'où l'importance de la toponymie
sociale dans son étude.

2.3. Difficultés de l’étude :

Il devrait être évident pour tout étudiant-chercheur ou chercheur ayant déjà mené une
étude s'inscrivant dans le cadre de la sociolinguistique urbaine que souvent nous devons
rencontrer certaines limites car ce domaine est très complexe.

Lors de notre analyse nous avons rencontré des noms d’origine inconnue, Ces noms
ambigus renvoient sans doute à une époque lointaine où l’écrit était absent. Ces
dénominations ont été transmises oralement telles qu’elles sont. Aussi ce processus a exigé
beaucoup de coordination avec la commune et quelques sources d’informations.

À la suite ; dans notre enquête, nous avons tout d’abord traduit le questionnaire vers
l’arabe, pour faciliter la tâche de compréhension. Le premier contact avec les gens était très
difficile, ils semblaient très défensifs contre le fait d’être interrogé. Il est vrai aussi qu’ils
manquent d’information sur ce sujet, surtout dans la catégorie des jeunes, mais nous avons
heureusement réussi à ressentir le sentiment d’appartenance chez eux. Nous avons aussi
rencontré des problèmes de déplacement ; il nous a fallu visiter 40 quartiers en parcourant la
moitié de notre ville Tébessa, c’était très fatigant, surtout les premiers jours, mais avec le
temps et l’expérience nous nous sommes adaptés.

3. Quartier nouveau vs quartier ancien :

Les styles architecturaux traditionnels et modernes ont tendance à prêter à confusion


tous les individus. Certains confondent les quartiers traditionnels avec les quartiers anciens et
négligés, tandis que les quartiers modernes sont confondus avec les quartiers nouveaux et
polis. Cependant, cela est plus éloigné de la vérité. Un nouveau quartier peut encore intégrer
des styles traditionnels et il existe des quartiers modernes qui ont presque un siècle.

54
3.1. Quartier nouveau :

Le nouveau quartier est un ensemble de bâtiments et de maisons stylées, conçus et


construits à l'heure actuelle par des architectes dans le cadre de la coordination et de la
conception résidentielle, où les constructeurs de ces quartiers suivent toutes les méthodes
possibles pour offrir un lieu à vivre.

Le nouveau quartier est plus développé et exploité, car il comporte de nombreuses


formes d'immenses bâtiments, des complexes, des villas et des appartements modernes.

Généralement le nouveau quartier, puisqu’il a été construit récemment, manque


d’installations nécessaires comme les magasins et les écoles. Il demande un certain temps
d’équipement et de gestion pour qu’il attrape n’importe quel autre quartier.

3.2. Quartier ancien :

C'est un lieu ancien qui a été construit et établi depuis longtemps, tout en préservant sa
forme primitive et en préservant les touches de ses constructeurs. C’est un quartier avec des
maisons simples dans leur grande construction, avec sa touche historique que la plupart des
gens préfèrent, en particulier les personnes âgées. Les maisons et les bâtiments du quartier
ancien sont de tailles raisonnables, dont le nombre d'étages ne dépasse pas quatre ou cinq
étages, et ils remontent souvent à une période historique marquante, par exemple la
colonisation française.

4. La ségrégation spatiale :

La ségrégation spatiale peut être comprise comme la séparation imposée ou préférée de


groupes de personnes dans un territoire particulier par critères de race, d'ethnie, de langue, de
religion ou de revenu. Cette différenciation peut prendre des formes différentes selon les
contextes territoriaux, culturels ou historiques et se caractérise souvent par des formes
d'exclusion économique et sociale, d'iniquité et la disparité spatiale dans l'accès aux
infrastructures, aux services et aux moyens de subsistance.

Ainsi, l’hétérogénéité des groupes au sein de la ville de Tébessa conduira à une


discrimination prise ici au sens de ségrégation. Cette dernière, reste l'un des plus grands
obstacles qui empêchent la jouissance égale des droits à un logement à travers le monde.
L'impact sur les communautés affectées ne s'exerce pas seulement au niveau d'un quartier
mais entraîne également des schémas de ségrégation qui façonnent les inégalités au niveau de
55
la communauté et de la ville, des inégalités qui en définitive portent atteinte à la jouissance
égale de plusieurs droits humains dans nos villes et territoires.

Nous pensons que la discussion tenue dans notre ville sur la façon d'appeler
« populaire » et « moderne » serait porteuse de ségrégation.

4.1. Quartier populaire :

Dans la plupart des villes du monde, y compris les villes arabes, il existe des quartiers
populaires. C'est une zone résidentielle majoritairement habitée par un grand nombre de
personnes, et ses maisons sont liées au patrimoine populaire, ou construites selon la méthode
traditionnelle utilisée dans chaque pays ou ville. Par exemple, nous voyons les quartiers
populaires en Algérie construits dans le style maghrébin, qui se caractérise par la construction
d'arcs, la réalisation de nombreuses inscriptions et la décoration des murs. Le quartier
populaire se caractérise par la simplicité et la gentillesse de ses habitants, car ils ont des
relations proches et des relations étroites comme une grande famille. Ses ruelles et ses routes
sont souvent étroites, et les maisons et les magasins sont proches les uns des autres, adhérant
presque les uns aux autres. Dans les quartiers populaires on trouve plus de préservations des
coutumes et traditions héritées, l'étroite zone géographique permet à l'individu et à sa famille
un espace de sécurité que les autres quartiers n'offrent pas.

4.2. Quartier moderne :

Il est défini comme un ensemble de résidences et de bâtiments qui sont adjacents les uns
aux autres dans un périmètre spécifique, de sorte qu'ils sont construits selon les méthodes et
les normes d'architecture modernes, et les derniers moyens de confort, de sécurité et de luxe.
En plus d’être un lieu à vivre le quartier moderne bénéfice des installations nécessaires et
accessoires. Il comporte des magasins, des cafés et restaurants, des mosquées, des salles de
sport, en plus des écoles et des stations de transport. On trouve tous ces lieux et institutions
dans les quartiers modernes et on n'a pas besoin de déplacer plus loin. Ainsi dans les quartiers
modernes, il existe de nombreux espaces ouverts qui facilitent la marche des voitures et la
marche des gens, comme ça les habitants du quartier pourront se rendre à n’importe quel
endroit à cause des rues confortables et peu fréquentées.

56
5. L’urbanisation de la ville de Tébessa :

La croissance démographique dans les endroits urbains est une caractéristique


essentielle de la ville aujourd’hui. A cela on ajoute l’immigration rurale et les taux de natalité
élevés qui produisent une obstruction pour l’organisation et l’aménagement des quartiers dans
notre ville Tébessa, qui souffre anarchiquement de l’absence des outils d’aménagement et
d’urbanisation, visant la gestion et la construction de la ville, ce qui a entrainé l’apparition des
quartiers anarchiques ; source d’insécurité, des maladies et des phénomènes sociaux, etc.
Parallèlement à ce développement, notamment dans les zones périurbaines, le problème de
vieillissement commence à se manifester dans la partie ancienne de la ville, ce qui pose un
autre type de problème lié aux bâtisses anciens sur les questions de mobilité. Dès lors,
l’arrangement de la ville de Tébessa est devenu nécessaire.

Malgré tous ces troubles, quant à l'urbanisation, la Wilaya de Tébessa en a fait


l'expérience d’une accélération marquante ces dernières années. Cela a été suivi d'un vaste
programme de logements, d'équipements et d'installations, tels que l’aéroport, la gare et autres
installations structurées. Par conséquent des nouveaux quartiers et cités d’habitat ont été
émergés immédiatement dans la ville déjà qualifié d’être un catalogue des quartiers enracinés,
qui représentent toute une histoire nationale ; la préhistoire, l’occupation romaine,
l’occupation vandale et byzantine, l’occupation musulmane, l’occupation française,
l’indépendance, jusqu’au Tébessa la moderne d’aujourd’hui.

6. Quelques distinctions fondamentales :

Quartier Type
Ancien Nouveau Populaire Moderne
Skanska × ×
El Zaouia × ×
Cité Djorf × × ×
Thevest × ×
Cité Yahia Fares × ×
Route de Constantine × ×
Les Arcades × ×
Ali Mehani × ×
Cité El wiem × ×
Route d’Annaba × ×
Cité 200 logements × ×
BATIGEC × ×
Cité El Bassatine × ×
57
La basilique × ×
Cité 600 logements × ×
Cité Sonatiba × ×
Cité Oued Nagues × ×
Quartier Route de × ×
Bakkaria
Chemin des olivieres × ×
Cité El Zitoune × ×
Quartier Bourgeois × ×
Fatma Zohra × ×
Larmout( La × ×
remonte)
Bouhaba × ×
Foubour × ×
Cité Coopemad × ×
Cité 414 × ×
Quartier Des écoles × ×
Cité La commune × ×
EPLF × ×
Quartier El madrsa × ×
EL Djazira × ×
La rocade × ×
El Mizeb × ×

Trab El Zahouani × ×
Doken × ×
Route de × ×
l’aérodrome

Cité Zouhour × ×
Rafana × ×
El Hofra × ×

58
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60

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